Correspondance (page 38)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

983. — A LOUISE DE MARILLAC

[25 août] (1)

Béni soit Dieu, Mademoiselle, des caresses dont sa divine Majesté vous honore ! Il faut les recevoir avec respect et dévotion, et en la vue de quelque croix qu’il vous va préparant. Sa bonté a accoutumé de prévenir les âmes qu’il aime, de la sorte, quand il désire les crucifier. Oh ! quel bonheur d’avoir une providence si paternelle de Dieu sur soi, et que cela vous doit augmenter la foi, la confiance en Dieu et à l’aimer plus que jamais ! Faites-le donc, Mademoiselle. L’action que vous devez faire aujourd’hui vous en dira beaucoup. Je participerai à votre consolation, comme je me propose de le faire à votre croix par le saint sacrifice que j’espère lui présenter aujourd’hui, entre huit et neuf.

Bon jour, Mademoiselle.

3 septembre 1647.

Monseigneur,

Voici un renouvellement que je vous fais du vœu de mon obéissance, avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je vous supplie très humblement, Monseigneur,

Lettre 983. — L. a. — Original au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris.

1) Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle elle est écrite.

Lettre 984 — Reg. 1, f° 63 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

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de l’avoir agréable, comme aussi la très humble prière que M. Ribier, présent porteur, vous va faire touchant l’union de son prieuré de *Bruyères-le-Château (1) Il y a trois raisons, Monseigneur, qui semblent demander cela à votre bonté, outre celle de ce que nous sommes vos pauvres petites créatures, dont la première est le long temps qu’il y a que mondit le prieur a cette volonté, car il y a 6 ou 7 ans, outre que M. son feu père lui donna ce conseil en mourant ; la seconde est notre besoin, à cause de la surcharge de nos emplois : d’un séminaire de 40 prêtres externes que nous avons aux Bons-Enfants, qui ne paient qu’environ le tiers de ce qu’ils dépensent, sept sols par jour ; celle des ordinands, qui s’en va redoubler par la réception de tous ceux qui prendront les ordres mineurs de votre diocèse, que vous, Monseigneur, avez trouvé bon que nous prenions ; et la troisième est, Monseigneur, que ce bénéfice est à la collation de l’abbé de Saint-Florent-lez-Saumur (2), et non de vous, Monseigneur ; de sorte que vous n’ôtez pas aucune chose des droits de votre dignité. Ajoutez à cela, Monseigneur, que ce nous sera une station pour ceux de la compagnie qui iront faire la mission en ces quartiers-là. Votre bonté, Monseigneur, nous a donné l’être en nous établissant à Saint-Lazare ; et nous faisant la charité dont il s’agit, elle nous donnera le moyen de mieux être et de plus travailler pour son service.

J’avoue, Monseigneur, que je suis indigne que vous ayez aucun égard à ma prière pour cela ; mais la bonté paternelle que N.-S. vous a donnée pour votre Mission et pour le bien des âmes de votre diocèse suppléera à mon indignité, qui suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre…

1) Localité de Seine-et-Oise, arrondissement de Corbeil.

* C’est le mot que porte la copie. S’agirait-il de Bruyères-le-Châtel comme l’a cru Pémartin ? Le prieuré dont parle ici saint Vincent a M. Ribier comme titulaire, il est englobé dans l’archidiocèse de Paris, et l’abbé de Saint-Florent-lez-Saumur en est le collateur. Le prieuré de Brienne le Château ne réalise que la première condition ; celui de Bruyères-le-Châtel les réalise toutes les trois. Il ne saurait donc y avoir de doute.

2) Saint-Florent est aujourd’hui englobé dans la ville de Saumur. *Mazarin était abbé de Saint-Florent.

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985. — A MATHURIN GENTIL

De Paris, ce 17 septembre 1647.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’achève de répondre à deux de vos lettres, car par ma dernière je vous ai parlé sur beaucoup de choses qui y sont contenues ; particulièrement pour la décharge de votre maison, je vous ai prié de nous renvoyer nos frères Laisné (1), Dupont (2), Denis (3) et les deux petits écoliers ; ce que je continue de faire, au cas qu’ils ne soient partis.

Je suis certes étonné de la liberté de notre frère Laisné à prendre de l’argent, aussi bien que de l’emploi qu’il en a fait. Nous penserons un peu à ce que nous aurons à faire à son égard.

Nous vous enverrons pour régent notre frère Gurlet (4) après la retraite qu’il va commencer. Il pourra mener les enfants de M. Prudhomme et quelqu’autre avec eux, s’il s’en présente (5).

Je vous ai mandé qu’en nous faisant savoir où demeure M. Gautier, ou celui à qui il nous faut adresser pour le

Lettre 985. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Probablement Nicolas Laisné.

2) Louis Dupont, né à Nemours, entré dans la Congrégation de la Mission le 23 octobre 1641, à l’âge de vingt-deux ans, reçu aux vœux en novembre 1644, supérieur à Toul (1652-1653) Tréguier (1654-1661), Annecy (1662-1663), et Saint-Charles (1664-1671).

3) Peut-être Denis Gigot, né à Donnemarie (Seine-et-Marne), entré dans la congrégation de la Mission le 22 juillet 1647, à l’âge de vingt-deux ans, reçu aux vœux à Troyes le 9 octobre 1649.

4) Claude Gurlet, né à Lyon, reçu dans la congrégation de la Mission le 12 juin 1646, à l’âge de vingt-quatre ans, mort le 2 février 1653

5). Probablement pour le séminaire des Bons-Enfants.

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rachat de Valobron, nous tâcherons de vous faire donner du temps pour le payer.

Si M. le prévôt de la Couture (6) est d’avis qu’on laisse le bail à Madame Gremy pour 29 années, moyennant quelque haussement du prix, et que le logis soit rendu à la fin en bon état, j’en suis content et m’en remets à ce que ledit sieur prévôt en ordonnera.

M. Aubert (7) a tort de demander deux pistoles pour le fumier qu’il a mis aux jardins ; M. Gallais assure qu’elles lui ont été déduites dès la première année, s’en étant payé lui-même par ses mains. Et au regard des quatre pistoles que vous dites lui avoir promises pour la non-jouissance desdits jardins, ledit sieur Gallais s’en était défendu, parce que ledit sieur Aubert ne peut prétendre aucune non-jouissance par le contrat de son bail. Pour moi, je [ne] le sais pas ; conférez-en, je vous prie, avec ledit sieur prévôt.

Quant à l’échange qu’on vous demande à faire avec la petite maison et le quartier de vigne de feu M. de Saint-Jacques (8)…

Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Gentil, prêtre de la Mission, au Mans.

6) Paroisse du Mans.

7). Pierre Aubert, marchand au Mans. (Arch. Nat. S 6707)

8) La phrase est telle quelle dans l’original ; par distraction le secrétaire l’a laissée inachevée

986. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

Du 20 septembre 1647.

Je vous supplie, Monsieur, de partir de Saint-Sauveur (1) et de n’employer pas à Rome plus de six jours pour achever la visite (2). C’est bien assez, tant pource que plus vous abrégerez, moins vous y aurez de peine, que pour la nécessité que nous avons ici de vous. Je suis seul à soutenir le faix, n’ayant que M. Cuissot qui me puisse aider (3). Je vous supplie aussi de vous contenter d’autres six jours pour revoir nos règles avec Messieurs Dehorgny et Alméras, pour reprendre ensuite le chemin de France. Si, passant à Gênes, vous estimez qu’une seconde visite y soit nécessaire, vous la pourrez faire, s’il vous plaît, pendant huit jours seulement. Celle de Marseille se fera de même dans huit ou dix jours. Et quoique je sache que plusieurs considérations pourront requérir plus de temps, néanmoins j’ai sujet de désirer absolument et de vous conjurer, Monsieur, comme je fais, au nom de Notre-Seigneur, de n’y en pas mettre davantage en aucun de ces lieux-là, non tant pour les raisons que j’ai dites, que parce qu’il réussit plus de bien d’une visite faite promptement, pendant que les esprits sont encore dans la chaleur de l’action, que lorsqu’elle traîne trop. Le temps qui passe celui que j’ai dit, sert plutôt à lasser les personnes

Lettre 986. — Reg. 2, p. 104.

1) Abbaye située à quinze lieues de Rome, dans la Sabine ; Antoine Portail s’y était retiré pour éviter les chaleurs de la capitale dont il avait beaucoup souffert.

2) La visite, commencée le 23 avril, ne se termina que le 16 novembre. Les chaleurs furent cause de plusieurs interruptions. (Voir la notice d’Antoine Portail, pp. 55, 59.)

3). Lambert aux Couteaux était en tournée de visites. (Cf. 1. 987)

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visitées et à attiédir la ferveur de l’œuvre, qu’à produire quelque fruit ; nous en avons quelque expérience, et la pratique des autres communautés nous le fait croire ainsi. Je vous supplie derechef d’en user de la sorte ; j’en aurai une singulière consolation (4).

987. — CHARLES TESTACY, SUPéRIEUR, A CAHORS (1)

De Paris, ce 21° septembre 1647.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La présente est seulement pour vous demander nouvelles de trois choses : la première est de l’état de votre santé et de l’opération des remèdes que vous avez pris, la seconde est du succès de votre ordination, et la troisième est de ce qu’est devenu M. Lambert et quelle route il a prise (2). Je croyais avoir de ses lettres par ce dernier courrier et même des vôtres, à l’ordinaire ; mais n’en ayant reçu aucune, je reste en peine de toutes les choses ci-dessus, particulièrement de celle qui vous regarde, ce qui fait que je vous supplie de m’en dire quelque chose. Ce n’est pas que je n’aie grande espérance que tout va bien ; nous l’avons demandé à Dieu par les prières de la compagnie et par celles de celui qui est, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

4) Les circonstances ne favorisèrent pas les désirs du saint, qui ne devait pas revoir Antoine Portail de deux ans.

Lettre 987. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

1). C’est par le contenu de la lettre que nous devinons le nom du destinataire.

2). Le 6 août précédent, Lambert aux Couteaux faisait la visite de la maison de Saintes ; il était le 20 septembre à Cahors.

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988. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 21 septembre 1647.

Monsieur,

Je vous écrivis hier un mot par le bon M. Lambert, qui a visité notre séminaire avec grand fruit. Il vous en dira les particularités.

Je viens de recevoir celle que vous avez pris la peine de m’écrire, du 7 du courant. Je suis très aise que l’élection de la prieure du Pouget soit agréée. C’est une bonne religieuse qui y remettra et maintiendra la réforme, s’il plaît à la reine de lui accorder le brevet nécessaire pour cela. La religieuse pour laquelle on fait quelque bruit est celle pour laquelle Monseigneur l’évêque d’Utique (1) vous parla en ma présence, laquelle, outre les défauts généraux et communs à toutes les religieuses de cette maison, de ne savoir ni par théorie, ni par pratique encore moins, ce que c’est que la religion, en a d’autres particuliers. Ainsi je vous supplie de vous opposer à ce dessein et de faire ressouvenir à Sa Majesté de ce qu’elle m’a si souvent assuré, qu’elle nommerait un homme apostolique à l’évêché de Périgueux, qui est entièrement abandonné en pillage. Les âmes se damnent à milliers et non est qui recogitet. Oh ! que la foi est rare en ce siècle ! Clama, ne cesses. Et souvenez-vous que tant plus le combat sera rude, d’autant plus glorieuse en sera la victoire, et la récompense plus grande, à laquelle je sais bien que vous ne pensez pas.

J’étais prêt à me mettre à l’autel quand j’ai reçu la vôtre. A l’instant j’ai annoncé à nos ordinands que je voulais que dorénavant ceux qui prendraient les 4 moindres assistassent aux ordinations, étant bien juste que notre séminaire se conforme à sa mère.

Je donnerai avis à Monseigneur de Valence (2) des soins que vous avez pris pour lui faire recevoir quelque satisfaction. Il est fort piqué de ce qu’on a donné, par arrêt du Conseil, au présidial ou sénéchal la place qu’il occupait au sermon dans son église. Il est fort nécessaire qu’il soit dans son évêché ;

Lettre 988. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1) Pierre Bertier, évêque titulaire d’Utique, coadjuteur de l’évêque de Montauban.

2) Charles-Jacques de Gelas de Leberon.

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mais je crois aussi qu’on doit tâcher de lui donner quelque satisfaction. Si vous jugez à propos que le roi lui en écrive, en semble qu’il serait expédient que Sa Majesté lui mandat qu’elle avait fait très exprès commandement au gouverneur de Valence de ne le troubler en sa charge et à ce qui est du à sa dignité, etc.

L’on nous a mandé de Sarlat que l’affaire de Monsieur Sevin pour cet évêché était terminé et que les expéditions devraient être délivrées le 20 du courant ; d’où j’en ai reçu grande joie. Je pars demain matin pour aller visiter mon diocèse de ce côté-là et Chancelade pendant les vendanges.

Quand vous verrez la reine, je vous supplie de dire à Sa Majesté que l’évêché de Couserans (3), qui est à présent vacant, est dans une extrême désolation. Je suis, Monsieur, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

27 septembre 1647.

Je ne pense jamais à vous ou à quelqu’un des vôtres qu’avec grande consolation. Vous désirez tous d’être entièrement à Dieu, et Dieu vous désire aussi tous pour lui ; il vous a appelés les premiers à Gênes pour le service qu’il veut de la compagnie en ce lieu ; et pour cela il vous donnera des grâces particulières qui serviront comme de fondement à toutes celles qu’il fera jamais à cette nouvelle maison. Oh ! quel sujet de louange à sa bonté ! Quelle confiance ne devez-vous pas avoir en sa protection ! Mais quelle humilité, quelle union et quel respect les uns pour les autres ! O Dieu, mon Seigneur, soyez, s’il vous plaît, le lien de leurs cœurs ; faites éclore les effets de tant de saintes affections que

3) Pierre de Marca monta sur le siège épiscopal de Couserans en 1648.

Lettre 989. — Reg. 2, p. 198.

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vous leur faites concevoir et donnez croissance aux fruits de leurs travaux pour le salut des âmes ; arrosez de vos bénédictions éternelles cet établissement, comme un nouvel arbre planté de votre main ; fortifiez ces pauvres missionnaires dans leurs fatigues ; enfin, mon Dieu, soyez vous-même leur récompense, et par leurs prières étendez sur moi votre immense miséricorde.

Je reviens à vous, Monsieur, seulement pour vous assurer que je suis en Notre-Seigneur…

990. — A JEAN BARREAU, CONSUL DE FRANCE, A ALGER

(Fin septembre ou début d’octobre 1647 1)

Je reçus hier au soir la triste quoiqu’heureuse nouvelle de la mort de feu M. Nouelly, laquelle m’a fait épancher bien des larmes à diverses reprises, mais des larmes de reconnaissance envers la bonté de Dieu sur la compagnie, de lui avoir donné un prêtre qui aimait si parfaitement Notre-Seigneur et qui a fait une si heureuse fin.

Oh ! que vous êtes heureux de ce que le bon Dieu vous a choisi pour une si sainte œuvre, à l’exclusion de tant d’autres gens inutiles au monde !

Vous voilà donc quasi prisonnier pour la charité, ou, pour mieux dire, pour Jésus-Christ. Quel bonheur de souffrir pour ce grand monarque, et que de couronnes vous attendent en persévérant jusqu’à la fin !

Lettre 990. — Abelly, op. cit., 1, II, chap. I, sect. VII, § III, p, 102.

1) Cette lettre répond à celle qu’avait écrite Jean Barreau le 27 juillet 1647 et qui était arrivée à Paris pendant la retraite annuelle ou fort peu de jours avant (cf. 1. 991).

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991. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[fin septembre ou début d’octobre 1647] (1)

Quoique je sois en retraite, je ne laisse p. as de vous écrire pour recommander à vos prières une personne de la compagnie trépassée : c’est Monsieur Nouelly, prêtre, décédé à Alger, où il avait été envoyé pour assister les pauvres esclaves chrétiens, dont il s’est si dignement acquitté, qu’il a mieux aimé s’exposer au danger d’une maligne contagion qui était parmi les pauvres affligés, que de manquer à les secourir jusqu’à leur dernier soupir, en sorte qu’ayant été saisi du même mal, il en est mort. Notre frère Barreau, son compagnon, m’en a écrit des choses grandement touchantes et de grande édification.

7 octobre 1647.

Monseigneur,

J’ai reçu avec une grande joie, comme toujours, l’honneur qu’il vous a plu me faire, de me faire part de votre accommodement avec Messieurs de votre chapitre, et prie N.-S. qu’il cimente cette union et celle dont il est et sera éternellement uni à son Père (1), et prie sa divine

Lettre 991. — Ms. de Lyon.

1) Celte lettre à été écrite l’année de la mort de M. Nouelly et pendant les huit jours que saint Vincent employait à sa retraite annuelle.

Lettre 992. — Reg. 1, f° 26, copie prise sur la minute autographe.

1) L’évêque de Dax était en procès avec ses chanoines au sujet du libelle des titres de nomination pour les prébendes du chœur, de la portion congrue à payer au chapelain major et des honneurs auxquels il prétendait avoir droit de leur part pendant les offices pontificaux. Le parlement de Bordeaux, saisi de l’affaire, lui avait donné raison par arrêt du 4 avril 1647. Appel fut interjeté devant le Conseil du roi. Mais les chanoines voyant que là aussi leur cause prenait mauvaise tournure, firent proposer à Jacques Desclaux un

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bonté qu’il fasse de même à l’égard de M. de Poyanne (2).

Le bénéfice d’Orthez est toujours là, quoique j’en aie parlé au dernier conseil ; N.-S. en disposera comme et quand il lui plaira. M. de Vignoles, de Béarn, et ses amis font instance pour un sien neveu ; et un autre Béarnais (3) secrétaire du prince Casimir, cardinal de Pologne (4) le demande, et avec grande instance ; et partagent l’esprit de celui qui y peut tout (5)

L’affection que vous, Monseigneur, me témoignez avoir pour l’établissement d’une mission dans votre diocèse, par la plupart de vos lettres, m’y a fait penser plus sérieusement depuis votre dernière, que j’ai reçue dans ma retraite, en laquelle je suis encore, [et] me fait vous proposer, Monseigneur, savoir si un petit prieuré simple que

accommodement dont les évêques d’Aire et de Bazas seraient les arbitres. Les deux prélats rendirent leur sentence le 13 juillet 1647, et l’accord fut scellé par la rédaction de nouveaux statuts. (Cf. Degert, Histoire des évêques de Dax, Paris, 1903, in-8°, p 328 ; et notre Histoire des cathédrales de Dax dans le Bulletin de la Société de Borda, année 1908, p. 275.)

2). Jean-Henri-Gabriel de Baylens, marquis de Poyanne, commandeur des ordres du roi, gouverneur de Dax, Saint-Sever et Navarrenx, lieutenant général du roi dans le Béarn et la Navarre, mort à Saint-Sever *le 3 février 1667, laissant la réputation d’un vaillant capitaine.

3). Isaac Bartet Il devint secrétaire du cabinet, conseiller du roi et résident de Pologne en France. Mademoiselle de Montpensier lui vendit, le 25 novembre 1669, le marquisat de Mézières-en-Brenne, qu’il revendit, le 17 mars 1692, à Louis de Rochechouart, duc de Mortemart. Il mourut en septembre 1707

4). Peu de princes connurent comme le cardinal Casimir les vicissitudes du sort. Né en 1609 il vint en France pendant sa jeunesse, y fut mis en prison par Richelieu, entra chez les Jésuites, reçut le chapeau de cardinal, monta sur le trône de Pologne après la mort de Wladyslaw IV, se fit relever de ses vœux, épousa sa belle-sœur Louise-Marie et gouverna sous le nom de Casimir V. Son règne fut malheureux. La Pologne, attaquée tour à tour par les Cosaques, la Suède, le Brandebourg, la Russie, la Transylvanie et minée par les discordes intestines, dut laisser à ses ennemis une partie importante de son territoire. Veuf en 1667, Casimir V abdiqua et se retira en Flandre, puis dans l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Martin de Nevers. Il mourut dans cette ville en 1672

5) Le cardinal Mazarin.

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nous avons à deux lieues d’Orléans pourrait servir à cet établissement, soit que M. le curé de Poy (6) ou quelqu’autre de delà voulût permuter et s’en pût accommoder. Il consiste en une ferme, où il y a deux fermiers, dont chacun a deux charrues de labour pour environ quatre cents [arpents] (7) de terre, qui sont en une pièce tout à l’entour. Le service que vous en pourrez retirer, ce seront les missions depuis la Toussaint jusques à Pâques, dans les paroisses du diocèse où vous, Monseigneur, les enverrez, [et] les ordinands ; et si vous, Monseigneur, ordonnez que nul sera reçu aux saints ordres qui n’ait passé six mois pour le moins dans votre séminaire, dans quinze ans vous aurez la consolation de voir que votre clergé aura changé de face, s’il plaît à N.-S. de donner sa bénédiction sur son œuvre et le reste, et de n’avoir pas égard à la chétiveté des ouvriers. Monseigneur de Cahors (8) en use de la sorte, sans qu’il lui en coûte rien. Chaque ecclésiastique paye sa pension selon la taxe que mondit seigneur ordonne ; ils ne payent que cent livres ou 40 écus par an. Aussi n’y a-t-il pas province en France où l’on vive à meilleur marché qu’en ce lieu-là, où il est nécessaire d’y consommer tous les vivres ; il n’y a point de transport du tout. Ce qui pourra coûter, ce sont les bâtiments et l’ameublement, s’il n’y en a assez à Burglosse (9), ou là où vous, Monseigneur, les établirez. Quant à l’entretien des

6) Pierre de Larroque (1634-1655). Les curés de Poy ou Pouy étaient aussi directeurs de la chapelle de Buglose.

7). Mot oublié dans l’original

8). Alain de Solminihac.

9) Burglosse ou Buglose était et est encore un quartier de l’ancienne commune de Pouy, aujourd’hui Saint-Vincent-de-Paul. Au temps de l’enfance de saint Vincent, de l’aveu de tous les historiens locaux, il n’y avait à Buglose ni chapelle ni pèlerinage. Jean-Jacques du Sault, évêque de Dax, mû par le bruit des miracles opérés en ce lieu, ordonna une enquête et fit élever, en l’honneur de la sainte Vierge, un modeste sanctuaire, qu’il bénit lui-même solennellement le 16 mai 1622 et qui devint dès lors le centre de sa dévotion à Marie dans la région. Saint Vincent, de passage dans son village

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missionnaires, il me semble qu’il ne monte qu’à 16 ou 1.800 livres. L’on m’a dit que la cure de Poy vaut 1.000 livres. Peut-être que les messes qui se diront à Burglosse pourront suffire au surplus (10)

Voilà, Monseigneur, mes petites pensées sur ce sujet, que je vous propose à l’aventure, pource que vous me faites l’honneur de me commander d’y penser.

Je me viens de ressouvenir que M. Sanguinet, le curé d’auprès de Tartas (11) m’a dit qu’il a quelque pensée de s’en venir demeurer à Paris ; et me semble qu’on me le mande de delà ; si la cure vaut celle de Poy et est de votre diocèse, peut-être sera-t-il bien aise d’en traiter. Je vous dis ceci à l’aventure, Monseigneur, et que vous n’avez personne sur la terre à qui Dieu ait donné plus d’estime et plus d’affection qu’à moi, qui suis, en son amour…

993. — A ANTOINE PORTAIL, A ROME

Du 4 octobre 1647.

Nous sortons de retraite. Nous étions dix-huit en une bande

natal deux ou trois mois après cette inoubliable manifestation, alla prier devant la madone des landes et célébrer la messe dans sa chapelle. (Cf. Collet, op. cit, t. I, p. 109 note l.) L’histoire de Notre-Dame de Buglose a été écrite en 1726 par Raymond Mauriol, prêtre de la Mission. (Histoire de la sainte chapelle et des miracles de Notre-Dame de Buglose, Bordeaux, in-12), puis par l’abbé Danos (Le pèlerinage de Saint-Vincent-de-Paul et de Notre-Dame de Buglose, suivi de l’art de sanctifier le pèlerinage, Paris, 1844, in-16) et le chanoine Labarrère Histoire de Notre-dame de Buglose et Souvenir du Berceau de St-Vincent-de-Paul, Paris, 1857, in-8°). Pour se faire des idées justes sur l’origine du pèlerinage, il vaut mieux consulter l’abbé Gabarra (Pontonx-sur-l’Adour et le prieuré de S Caprais dans la Revue catholique d’Aire et de Dax, 1874), l’abbé Degert (op. cit., p. 313 et suiv) et Jules Bonhomme (l’origine de Buglose dans la Revue de Gascogne, 1882, t. XXIII, pp. 373-383).

10) Les prêtres de la Mission ne devaient s’établir à Buglose qu’en 1706

11) Joseph Sanguinet, curé de Saint-Yaguen, près Tartas, dans l’arrondissement de Saint-Sever et le diocèse de Dax.

Lettre 993. — Reg. 2, p. 6, copie prise sur l’original autographe

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et trente-deux en une autre. Nous venons de faire le renouvellement de nos vœux. Et pource que quelques uns ont dit qu’ils sont nuls, et avaient difficulté de les renouveler (M…. et un clerc étaient les principaux), j’ai empêché que ce dernier les ait renouvelés. Et mondit sieur… m’étant venu trouver pour me dire que toutes ses difficultés étaient tombées en suite de quelque chétif discours que je leur fis hier au soir à tous, il m’a demandé, ce matin, de bonne façon la permission de les renouveler, et effectivement m’a apporté quantité de choses qu’il avait en particulier, pour s’en dépouillez, lesquelles je lui ai néanmoins laissées, et lui ai permis de renouveler ses vœux avec les autres.

La petite exhortation que j’ai faite contenait deux points : le premier était des raisons que nous avions de faire cette rénovation, en sorte qu’il plût à Dieu nous donner la grâce qui accompagne les vœux ; et le second était des moyens, où j’ai dit deux choses : l’une, que je priais ceux qui ne sentaient pas en eux la résolution d’y persévérer, de s’en retirer ; et l’autre, qu’une marque d’avoir cette grâce, c’était d’être résolu de ne jamais parler contre cette sainte action et de la défendre dans les occasions contre ceux qui l’improuveraient, pource que sans doute l’on fera ce qui se pourra pour impugner ces vœux et au dedans et au dehors.

Dieu a béni, ce me semble, cet entretien. Je n’ai jamais vu plus de sentiment de dévotion qu’il en a paru en tous, excepté en moi misérable, le plus grand pécheur du monde. Si donc l’on impugne la chose, ce sera à cause de la réserve de la dispense au Pape ; et néanmoins les docteurs de decà nous disent qu’on l’a pu faire, que chacun peut renoncer à son droit de recourir à l’Ordinaire et se rapporter à Sa Sainteté pour la dispense. Il appartient au Pape primitivement de dispenser des vœux, et

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privativement à l’égard de ceux de chasteté et du pèlerinage de Rome.

Jamais je n’ai mieux vu l’importance de nos vœux qu’aujourd’hui. Monseigneur Ingoli (1) nous peut beaucoup aider pour l’approbation, comme il a fait pour notre bulle et pour notre établissement à Rome. Je vous prie que M. Dehorgny, M. Alméras et vous, Monsieur, lui fassiez bien entendre que nous avons été en peine pour l’affermissement de notre Institut, duquel il est assez informé, Messieurs les prélats ne désirant pas que nous soyons religieux, et les religieux nous conseillant le contraire, fondés sur La légèreté humaine et les grands travaux de notre état ; que la providence de Dieu a enfin inspiré à la compagnie cette sainte invention de nous mettre dans un état auquel nous avons le bonheur de l’état religieux par les vœux simples, et de demeurer néanmoins dans le clergé et dans l’obéissance à Nosseigneurs les prélats, comme les moindres prêtres de leurs diocèses, quant à nos emplois. Je tâcherai de vous envoyer aujourd’hui ou vendredi l’avis des docteurs, Messieurs le pénitencier (2), Duval, Pereyret (3), Cornet (4) et Coqueret. J’ai confiance que, si l’on instruit bien ce saint prélat, lui seul pourra informer Sa Sainteté et la Congré

1) Secrétaire de la Propagande.

2) Jacques Charton, docteur en théologie, directeur du séminaire des Trente-Trois et membre du conseil de conscience.

3). Jacques Péreyret, né à Billom (Puy-de-Dôme) *en 1580, fut d’abord théologal de Mende Il professa avec éclat la philosophie et la théologie au collège de Navarre et fut élevé à la dignité de grand maître. Envoyé à Clermont en qualité de vicaire général, il y travailla activement à la réforme des abus jusqu’à sa mort, qui survint le 15 juillet 1658. Il a écrit en 1650 contre les jansénistes un traité latin sur la grâce (Apparatus ad tractatum de gratia).

4) Nicolas Cornet, né à Amiens le 12 octobre 1592, fut, lui aussi, grand maître de la maison et société de Navarre. Il refusa l’archevêché de Bourges et le titre de confesseur de Richelieu. Il mourut au collège de Boncourt le 18 avril 1663. Bossuet a prononcé son oraison funèbre.

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gation des Réguliers et faire notre affaire ; car qui pourra impugner raisonnablement une chose qui n’est pas contre les conciles, ni les canons, ni les décrets des Papes, ains conforme à l’usage de l’église avant les vœux solennels, auquel temps on les faisait simples, et par conséquent dispensables ?

Que si l’on dit que ceux-là étaient censés religieux, la réponse est bonne, disant qu’encore que ces vœux constituassent l’état de religion en ce temps-là, ils ne le peuvent faire maintenant, parce que l’église défend l’institution de nouvelles religions, si ce n’est qu’elles professent une des quatre règles approuvées de l’église qui embrassent les vœux solennels, ou que le Pape l’autorise, comme celle des Jésuites (5). Or, nous ne prenons point aucune de ces quatre règles de religion, et le Saint-Père ne nous a point érigés en état religieux, ains de clercs séculiers. Il s’ensuit que nous ne sommes point dans un état de religion, attendu même que nous déclarons qu’encore que nous fassions ces vœux simples, nous n’entendons pas être religieux, mais de demeurer toujours dans le clergé.

Que si l’on objecte que les vœux seuls, de leur nature, constituent une personne en l’état religieux, je réponds que cela est vrai des vœux solennels, mais non pas des simples, une personne particulière, voire plusieurs, pouvant faire les trois vœux simples en particulier, sans

5) L’interdiction de fonder un Ordre religieux quelconque sans l’autorisation du Saint-Siège, portée par les XIIe et XIVe conciles œcuméniques, n’est accompagnée d’aucune restriction. Toutefois beaucoup de canonistes pensent avec Vermeersch (De religiosis institutis et personis, Bruges, 1902, 2 vol. in-8°, t I, p. 45), que cette règle ne s’appliquait pas aux Instituts qui embrassaient la règle de saint Basile, de saint Augustin, de saint Benoît ou de saint François. Telle n’est pas l’opinion de Bouix. (Tractatus de jure regularium, Paris, 1857, 2 vol in-8°, t. I, p. 205.)

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pour cela être religieux. Si donc des personnes particulières le peuvent, pourquoi non une compagnie ?

Au nom de Dieu, Monsieur, pesez cette vérité et la faites peser. Priez Dieu pour cet affaire et n’y perdez pas temps. Si Monseigneur Ingoli le goûte et l’entreprend, j’ai une parfaite confiance qu’il en viendra à bout.

994. — LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT

Du 10 octobre 1647..

Monsieur,

J’ai vu la lettre que vous avez écrite à de Lionne (1) sur le sujet de la promotion à l’épiscopat de M. l’abbé de Chailli (2) ; et comme la difficulté que vous y trouvez consiste en une question de fait, dont m’étant enquis avec soin, j’ai trouvé que la chose qu’on vous a dite n’avait jamais été, et en suis assuré tous les jours par personnes dignes de foi, je vous prie de faire, de votre coté, sans perte de temps, les diligences que vous croirez nécessaires pour la satisfaction de votre esprit afin que vous vous en éclaircissiez pleinement et que vous m’écriviez ce que vous aurez appris, Sa Majesté désirant, pour plusieurs considérations importantes, que je vous dirai à notre première vue, mettre fin à cette affaire sans plus de délai (3).

Cependant je demeure…

Lettre 994. — Bibl. Maz., ms. 2216, f° 404, copie

1) Hugues de Lionne, confident de Mazarin, qu’il avait connu à Rome. Après avoir été secrétaire des commandements de la reine régente il devint grand maître des cérémonies et commandeur des ordres du roi, fut envoyé en Italie (1654-1656) et en Allemagne (1658) en qualité d’ambassadeur extraordinaire, contribua à l’élection d’Alexandre VII, négocia les préliminaires de la paix des Pyrénées, fut nommé ministre d’état en 1658, poste qu’il continua d’occuper après la mort de Mazarin, et mourut à Paris le 1er septembre 1671, à l’âge de soixante ans.

2) Charles-Louis de Lorraine, abbé de Chailli, célèbre abbaye de l’ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Senlis, mort à Paris le 1er juin 1668. Il était proposé pour l’évêché de Condom.

3). Saint Vincent tint bon. L’évêché de Condom fut donné à Jean d’Estrades, évêque de Périgueux, qui céda son siège à Charles-Louis de Lorraine en 1658 en échange de l’abbaye de Chailli, *en un temps où le saint ne faisait plus partie du Conseil de Conscience.

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995. — A GUILLAUME DELVILLE

De Paris, ce 11 octobre 1647.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Nous vous envoyons six ou sept prêtres, cinq de la compagnie et les deux autres du séminaire des Bons-Enfants. Des cinq il y en a deux de Montmirail, et des trois restants l’un est Monsieur Watebled (1), dont vous connaissez la bonté. Celui-ci pourra servir à l’observance de la régularité sous vous, qui ne manquez pas d’autres occupations. Il importe que l’on observe bien les règles, à cause que plusieurs d’entre eux sont destinés pour d’autres maisons, où il importe qu’ils portent ce qui s’observe de deçà dans les missions. Il sera bon qu’à cet effet aussitôt vous fassiez lire à table les règles qu’on doit lire au commencement des missions. Monsieur le théologal (2) est capable de cela ; il y a été d’autres fois ; mais il le faut prier, lui, de ne pas s’assujettir au temps du coucher, ni aux autres emplois.

Vous me mandez que Monsieur le théologal ne parlera que trois fois par semaine et qu’il faut que vous souteniez le reste pour le soir et la prédication du matin. Cela me paraît difficile. J’espère vous envoyer M. Tholard dans trois ou quatre jours, qui pourra vous soulager et faire le matin. Il a grâce de Dieu pour disposer les peuples

Lettre 995. — Recueil du procès de béatification.

1) Pierre Watebled, frère du célèbre Vatable, né à Tully (Somme), entré dans la congrégation de la Mission le 19 janvier 1641, à l’âge de dix-neuf ans, reçu aux vœux le 14 juin 1643, supérieur du séminaire de Saintes de 1650 à 1651, mort victime de son dévouement à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) en octobre 1652.

2). Antoine Caignet.

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à recevoir les miséricordes qu’il répand dans les missions bien faites, et qui est autant à dire aux missions où la régularité s’observe. Il ne confessera point (3) ; il pourra servir aux accommodements. Si un rhume qu’il a lui permet et Dieu bénit une saignée qu’on lui a faite aujourd’hui, il pourra partir dans trois jours.

Vous me mandez que Madame de Longueville veut faire les frais. O mon Dieu ! Monsieur, faut-il commencer du temps de Monsieur Delville et du mien et par Monsieur Delville la dissipation et la ruine de l’esprit de la Mission ! O Jésus ! à Dieu ne plaise que vous soyez l’instrument d’un tel malheur ! Nous ne sommes pas moins obligés à faire gratis nos missions, que les Capucins à vivre d’aumônes. Eh ! bon Dieu ! que dirait-on d’un Capucin qui toucherait de l’argent, et que n’a-t-on pas raison de dire des missionnaires qui se laisseront défrayer par quelques-uns dans les missions, et cela par Monsieur Delville et de mon temps ! O Jésus ! absit hoc a nobis !

Voici vingt écus, que j’ai dit qu’on vous délivre, déduits les frais du voyage. Vous fournirez ce qu’il faudra. C’est pour vous donner le temps d’envoyer quérir ce qu’il faudra pour toute la dépense. C’est votre département. Que si l’on vous y fait quelque empêchement, quittez, Monsieur, après que vous en aurez demandé la permission à Monseigneur de Meaux (4). Changez de logis et prenez-en un où vous ayez la liberté de faire votre dépense. Sachez, Monsieur, que je me suis trouvé dans pareil rencontre et que je dis tout franc à la dame qui avait procuré la mission que, si elle ne permettait que nous nous unissions, que nous nous en retournerions ce

3) Pour le motif indiqué dans la lettre 424.

4) Dominique Séguier, évêque de Meaux.

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même jour-là ; en effet, nous l’aurions fait, si cette bonne dame ne nous eût dit qu’elle consentait que nous fissions ce que nous voudrions. Et de cela elle resta fort édifiée, et je vous assure de la même chose du côté de Madame de Longueville ; et je vous dis plus : qu’elle et tous ceux qui le sauront resteront édifiés de votre fidélité à l’observance de nos règles, et que vous malédifieriez tout le monde si vous vous laissiez aller à l’effet de sa bonté de vous laisser tenter.

Au nom de Dieu, Monsieur, usez-en comme je vous le dis, maintenant et toujours. Que si vous n’avez pas ce qu’il faut pour cela, mandez-le-moi ; nous y pourvoirons. Je vous dis ceci avec une très grande douleur de voir de mon temps ce malheur arrivé en notre compagnie, et cela par Monsieur Delville, que je chéris plus que moi-même un million de fois, et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, son très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Delville, supérieur des prêtres de la Mission de Crécy, à Coulommiers.

996. — A JEAN CHRéTIEN, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

[Entre septembre et novembre 1647] (1)

Prévenu par Jean Chrétien que Jean Le Vacher (2) malade,

Lettre 996. — Vie manuscrite de Jean Le Vacher, p. 3. Cette vie se trouve aux archives de la Mission.

1). Voir note 2.

2). Jean Le Vacher, né à Ecouen (Seine-et-Oise) le 15 mars 1619, entra dans la congrégation de la Mission, ainsi que son frère Philippe, le 5 octobre 1649, fit les vœux en 1646 et fut ordonné prêtre

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n’était pas en état d’aller de Marseille à Tunis, Vincent de Paul répond que le voyage ne doit pas être différé (3).

997 — A JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

[Entre septembre et novembre 1647] (1)

Vincent de Paul invite Jean Le Vacher à prendre les précautions que demande son état de santé et à s’embarquer sans crainte.

en 1697. Julien Guérin, missionnaire à Tunis, ayant besoin d’un aide, saint Vincent lui envoya Jean Le Vacher. Le 23 août 1647, comme le fondateur et son jeune disciple quittaient ensemble la maison de Saint-Lazare ils se trouvèrent en présence du nonce Nïcolas Bagni. "Monseigneur, dit le saint, vous venez fort à propos pour donner votre bénédiction à ce bon prêtre, qui part pour la Mission de Tunis. — Quoi ! cet enfant ! s’écria le nonce étonné. — Monseigneur, reprit le saint il a vocation pour cela." Jean Le Vacher arriva à Tunis le 22 novembre 1647. La mort de Julien Guérin, puis, deux mois après, celle de Martin de Lange consul, firent reporter sur lui la double charge de chef de la Mission et de consul. Il ajouta à ces titres, en 1650 celui de vicaire apostolique. Comme le Saint-Siège n’admettait pas que le consulat fût géré par des prêtres, saint Vincent y envoya un laïque, Martin Husson, qui arriva à Tunis en 1653 et en repartit en avril 1657, chassé par le bey. Jean Le Vacher reprit pendant deux ans les fonctions de consul. Il rentra en France en 1666 et fut envoyé à Alger en 1668 comme vicaire général de Carthage et vicaire apostolique d’Alger et de Tunis. Sa vie à Alger fut celle d’un apôtre et sa mort celle d’un martyr. Le 26 juillet 1683, pendant le bombardement de cette ville par Duquesne, les Turcs, après avoir mis tout en œuvre pour obtenir de lui un acte d’apostasie, l’attachèrent à la bouche d’un canon, qui projeta son corps dans la mer. (Cf. Raymond Gleizes, Jean le Vacher, Paris, 1914 in-16.)

3). D’après le premier biographe de Jean Le Vacher, saint Vincent aurait répondu en substance : "Si M. Le Vacher est trop faible pour aller jusqu’au vaisseau, qu’on l’y porte ! Si durant le trajet il ne peut résister à l’air de la mer, qu’on le jette dedans !" Cette façon de parler est tellement étrange sous la plume du saint qu’on est porté à se demander si sa pensée a été bien rendue.

Lettre 997. — Vie manuscrite de Jean Le Vacher, p. 3.

1). Cette lettre est de même date que la précédente.

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998. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Ce 19 octobre [1647] (1)

Je fus bien fâchée de n’avoir point su que l’on vous eut été treuver pour vous mander que, par la grâce de Dieu, je n’ai point été plus mal que votre charité me laissa, et toujours mieux ; ce qui fut cause que j’allai à la messe le jour saint Luc.

Mesdames de Herse, Traversay, de St-Mandé (2) et Viole s’assemblèrent encore hier céans, sans que je susse pourquoi, ni qu’elles le dussent, que environ une heure auparavant. Je crois que c’était pour se réjouir que la Providence avait fait paraître le soin qu’elle veut avoir des pauvres petits enfants. Il est venu plusieurs petites aumônes, et le meilleur secours est qu’elles devaient recevoir aujourd’hui cinq mille livres ; je crois que c’est des 8000, car c’est le receveur de l’Hôtel Dieu qui doit recevoir la quittance.

Elles s’attendent bien à la conférence que votre [charité] résolut avant son partement.

Leur cœur s’est tout renouvelé en la vue de ce secours, et se sont résolues de faire continuer leur ouvrage à Bicêtre, et pour cela Madame Traversay et Mademoiselle Viole y doivent aller lundi passer la journée. Elles m’ont chargée de solliciter Monsieur Drouard pour recevoir 500 livres d’une part, et deux cents de l’autre, et cela par l’ordre de Madame la duchesse d’Aiguillon. l’espère que votre retour achèvera de donner trêve aux grands besoins de l’œuvre de Notre-Seigneur, par l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très obéissante fille et très obligée servante.

LOUISE DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission.

Lettre 998. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Marie de Fortia, épouse de Jérôme de l’Arche, seigneur de Saint-Mandé, lieutenant général civil et criminel au baillage du palais à Paris

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999. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Octobre 1647] (1)

Monsieur,

Une bonne dame, excitée par Mademoiselle de Lamoignon et par la conduite de la divine Providence nous a envoyé cent écus pour ces pauvres petits enfants. Soyez-lui-en reconnaissant pour nous, s’il vous plaît, Monsieur, et me permettez faire souvenir votre charité de notre sœur Jeanne Lepeintre.

Je vous supplie, si vous le jugez à propos, nous laisser les 3 mémoires que nous vous avons envoyés pour l’assemblée des dames, crainte qu’ils ne soient brouillés en votre absence

Mon incommodité me continue, et j’ai pensé que notre bon Dieu, par ces si fréquents changements d’un peu mieux et plus mal, veut que le m’en serve pour faire connaître à votre charité l’inconstance de mes passions, de qui je suis si dépendante que, quelque résolution que je fasse, [elles] ne me donnent point liberté de les assujettir à la raison, étant quelques jours un peu remise, et aussitôt je m’échappe.

Je supplie très humblement votre charité, si elle a, dans quelques-uns de ses livres, quelque image approchante de la ressemblance des images de la Charité (2), me faire le bien m’en donner une, et vous demande pardon de cette liberté. C’est que je n’en puis recouvrer comme je la souhaite, et j’espère que cela m’aiderait beaucoup, aidée aussi des prières de votre charité, de qui je suis, mon très honoré Père, très obéissante servante et tout indigne fille.

Faites-moi, s’il vous plaît la charité de me donner la bénédiction de notre bon Dieu et la votre à la sainte messe.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1000. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Novembre 1647] (1)

Monsieur,

Il m’a semble que Dieu a mis mon âme dans une grande

Lettre 999. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

2) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Voir t. II, p. 10, note 6.

Lettre 1000. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

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paix et simplicité à l’oraison, très imparfaite de ma part, que j’ai faite sur le sujet de la nécessité que la compagnie des Filles de la Charité soit toujours successivement sous la conduite que la divine Providence leur a donnée, tant pour le spirituel que temporel, en laquelle je pense avoir vu qu’il serait plus avantageux à sa gloire que la compagnie vint à manquer entièrement, que d’être en une autre conduite, puisqu’il semble que ce serait contre la volonté de Dieu. Les marques sont qu’il y a sujet de croire que Dieu inspire et fait connaître sa volonté pour la perfection des œuvres que sa bonté veut faire, au commencement qu’il fait connaître ses desseins, et vous savez, Monsieur, qu’en ces commencements de celui-ci, qu’il a été proposé que le temporel de ladite compagnie, s’il venait à manquer par malversation, retournerait à la Mission, à ce qu’il fut employé pour l’instruction du peuple des champs.

J’espère que, si votre charité a entendu de Notre-Seigneur ce qu’il me semble vous avoir dit en la personne de saint Pierre, que c’était sur elle qu’il voulait édifier cette compagnie, qu’elle persévérera au service qu’elle lui demande pour l’instruction des petits et le soulagement des malades. Pour ce qui est du parloir je n’ai point vu en mon esprit aucune résolution ; mais pour l’élection des dames, oh ! je vois toujours plus nécessaire celle dont j’ai parlé à votre charité, de qui je suis, Monsieur, votre très obéissante fille et très obligée servante.

LOUISE DE MARILLAC.

Je supplie très humblement votre charité, s’il y a moyen, nous donner demain la conférence et nous faire le bien de nous en avertir.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1001. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 4 décembre 1647

Monsieur,

Je vous rends grâces de tout mon cœur de tous les soins que vous avez pris de nous donner Monsieur de Sevin pour évêque de Sarlat. C’est un œuvre de si grand mérite qu’il

Lettre 1001. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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ne se peut dire. Dieu soit votre récompense ! J’ai mis dans votre paquet la réponse d’une lettre qu’il m’a écrite, n’ayant point d’adresse ; j’ai cru que vous auriez agréable de prendre la peine de la lui faire tenir.

Monsieur d’Estrades nommé à l’évêché de Condom, m’a écrit depuis peu que vous aviez résisté puissamment au Conseil à ce que l’abbé duquel je vous avais écrit par son avis (1) ne fût nommé évêque de Périgueux. Je ne puis concevoir comment il est possible qu’on pense à donner des évêchés à des personnes de cette sorte, et un évêché de telle importance que celui de Périgueux, et en l’état auquel il est et qu’on sait bien, l’ayant dit et déclaré si souvent, et la nécessité d’y pourvoir d’un homme apostolique ; à quoi je vous conjure de vous employer et ne vous lasser jamais pour une si sainte œuvre.

La Mère de Laroque, élue prieure du monastère du Pouget par les religieuses de cette maison fait bien sa charge. J’ai dit à un sien beau-frère, qu’elle m’avait envoyé pour me visiter de sa part, qu’il fallait avoir le brevet du roi, suivant ce que vous m’aviez écrit. Ils enverront ou donneront ordre à quelqu’un de Paris de le demander. Celui qui aura cette charge s’adressera à vous pour savoir l’ordre qu’il faut qu’il tienne pour le retirer. Je suis toujours, Monsieur, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

1002. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 13 décembre 1647.

Je rends grâces à Dieu de l’accroissement de votre santé au milieu de tant de travaux. Vous êtes délicat et faible et sans cesse dans des exercices pénibles ; néanmoins sa divine bonté se plaît à vous conserver. Ce n’est pas sans raison, ni sans m’avoir fait penser qu’il en va presque de vous comme de Mademoiselle Le Gras, laquelle je considère comme morte naturellement depuis dix ans ; et, à la voir, on dirait qu’elle sort du tombeau,

1) Voir la lettre 980.

Lettre 1002. — Reg. 2, p. 218.

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tant son corps est faible et son visage pâle ; mais Dieu sait quelle force d’esprit elle n’a pas. Il n’y a pas longtemps qu’elle a fait un voyage de cent lieues (1) ; et sans les maladies fréquentes qu’elle a et le respect qu’elle porte à l’obéissance, elle irait souvent d’un côté et d’autre visiter ses filles et travailler avec elles, quoiqu’elle n’ait de vie que celle qu’elle reçoit de la grâce. C’est la même grâce aussi, Monsieur, qui vous fortifie pour vous sanctifier, et qui vous sanctifie afin que vous confortiez les autres dans les voies du salut.

J’approuve infiniment le petit support que vous vous donnez, vous et M. Martin, dans les prédications et catéchismes que vous et lui faites journellement. O bonté divine, unissez ainsi tous les cœurs de la petite compagnie de la Mission, et puis commandez ce qu’il vous plaira ; la peine leur sera douce et tout emploi facile, le fort soulagera le faible et le faible chérira le fort et lui obtiendra de Dieu accroissement de force ; et ainsi, Seigneur, votre œuvre se fera à votre gré et à l’édification de votre église, et vos ouvriers se multiplieront, attirés par l’odeur d’une telle charité.

1003. — éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GêNES,

A SAINT VINCENT

16 décembre 1647.

La mission de… a pleinement réussi ; sept bandits se sont convertis et un Turc employé au service d’un gentilhomme a demandé le baptême, qu’on lui a donné, après l’avoir convenablement préparé.

1) Pour conduire les Filles de la Charité à l’hôpital de Nantes.

Lettre 1003. — Abelly, op. Cit, 1. II, chap. I, sect. IV, p. 70.

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1004. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES

20 décembre 1647.

Que dirons-nous de la maison de Marseille ? Elle a grand besoin de votre secours ; venez-vous-y-en donc s’il vous plaît, au plus tôt ; vous y trouverez indigence d’ouvriers et, comme vous savez, d’un bon supérieur (1) particulièrement à cette heure que l’on projette d’y établir un séminaire, lequel sans doute y sera fort utile. Mais quel remède à ces besoins ? Nous y allons bien envoyer deux ou trois personnes après l’ordination ; et notre frère Get (2), qui fait l’entretien du matin aux ordinands avec grande clarté et beaucoup de témoignages de sa suffisance, sera du nombre, ainsi que, je l’espère, pour aller diriger ledit séminaire ; mais d’y envoyer un chef capable, il nous est impossible. Nous avions pensé à M. [Cuissot], qui a la vigilance aux choses extérieures, mais peu d’onction pour le dedans, bien qu’il soit tout à Dieu ; et voilà que Monseigneur de Cahors nous l’a enlevé, ne pouvant goûter M. [Testacy], qui est maintenant à Saintes. M. du Chesne serait bien propre, s’il était ici, car la diversité des emplois de cette maison-là requiert un esprit agissant ; mais il y a six mois que nous

Lettre 1004 — Reg. 2, p. 102.

1). Le supérieur était Jean Chrétien.

2). Firmin Get, né à Chépy (Somme) le 19 janvier 1621, entré dans la congrégation de la Mission le 6 janvier 1641, reçu aux vœux en janvier 1643. Il fut placé à la maison de Marseille en 1648, en prit la direction en 1654 et la garda jusqu’à 1662, sauf un temps très court passé à Montpellier pour fonder un séminaire qui ne dura que quelques mois (1659-1660). Il devint ensuite supérieur à Sedan (1663-1668, 1673-1681), supérieur au Mans (1670-1673), et visiteur de la province du Poitou, poste qu’il occupa jusqu’au 4 avril 1682.

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n’avons reçu de ses lettres (3), ce qui nous met bien en peine. D’un autre côté, la Providence nous ôte les moyens d’y laisser pour un temps M. Dehorgny, comme nous avions projeté ; enfin elle nous contraint d’y laisser encore M. [Chrétien] (4).

Cela étant, je vous supplie de le ménager et de considérer deux choses : l’une, qu’il a auprès de lui une personne qui, par antipathie, fait voir ses fautes plus grandes que peut-être elles ne sont ; et l’autre, qu’il est difficile de se bien posséder et d’être exact à tout parmi la multiplicité des affaires. Vous y aurez égard, s’il vous plaît, et le traiterez le plus doucement qu’il vous sera possible, pour ne le pas décourager. Si néanmoins, vous jugez que M… soit pour mieux réussir en la conduite que l’autre, vous en pourrez faire un essai.

Il sera bon que vous apportiez une grande circonspection, en ce qui regarde l’hôpital, envers Messieurs les administrateurs, et surtout et pour toutes choses envers Monseigneur de Marseille (5). Notre-Seigneur vous inspirera le reste et vous donnera part à son esprit. Je l’espère d’autant plus que cette visite est plus importante que les précédentes, comme cette maison est aussi la plus difficile que nous ayons, à cause de la diversité extraordinaire de ses emplois : de l’hôpital, des missions sur les galères, des missions sur le terroir, des aumôniers, du séminaire, des affaires de Barbarie, des lettres qu’il faut envoyer et recevoir, et de quelques autres circonstances.

3) Vincent de Paul ne tarda pas à recevoir des nouvelles de Pierre du Chesne, qui était malade en Irlande.

4). Il continua jusqu’en 1653.

5). Etienne du Puget (1644-1668).

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1005. — A NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET

De Paris, ce [3e] janvier (1) 1648.

Monseigneur,

Agréez, s’il vous plaît, qu’en ce commencement d’année, je vous renouvelle les offres de mon obéissance perpétuelle, et que, prosterné en esprit à vos pieds, Monseigneur, je vous demande votre bénédiction, à ce qu’il plaise à Dieu faire miséricorde à mon âme, maintenant que sa séparation est proche d’avec ce misérable corps. C’est ce que je fais, Monseigneur, avec toute l’humilité et la confiance que le peut un pauvre prêtre vers l’un des plus dignes prélats qu’il connaisse au monde. J’apprends de plus en plus, Monseigneur, la bénédiction que Dieu donne à vos conduites tout apostoliques et qui répandent partout tant de suaves odeurs que mon chétif cœur ne peut contenir la joie qu’il en ressent. Je prie Notre-Seigneur qu’il continue de se glorifier par elles.

J’ai été prié par M. de Benjamin, fils de feu M. de Benjamin, qui tenait de l’Académie du roi, de vous parler de lui et de vous supplier, comme je fais, Monseigneur, de le recevoir pour quelque temps près de votre sacrée personne. Il est ecclésiastique, diacre, âgé de 28 ou 30 ans, pieux, savant, qui a l’esprit bon et qui ne cherche qu’à se perfectionner en sa profession ; ce qu’il témoigne particulièrement par le choix qu’il fait d’une si bonne école. Je ne vous en parle, Monseigneur, qu’à

Lettre 1005. — Gossin, op. Cit., p. 453, d’après l’original communiqué par la marquise de Périer

1) Texte de Gossin : 31. cette date est évidemment fautive, car la réponse est du 29 janvier.

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condition que vous le puissiez faire sans vous incommoder. Il ne vous sera nullement à charge pour sa dépense, car il a 5 ou 6.000 livres de rente de son patrimoine. Faites-moi la grâce, s’il vous plaît, Monseigneur, de me mander votre intention et de m’honorer de vos commandements. Vous savez qu’ils me seront très chers et que je suis à la vie et à la mort, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa glorieuse Mère, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1006. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Entre 1644 et 1649] (1)

Se souvenir d’avertir les dames qu’elles prennent garde, dans les instructions, de ne pas beaucoup parler aux extrêmement malades, quoiqu’ils n’aient pas fait de confession générale, mais seulement les avertir de se confesser des péchés qu’ils auraient oubliés ou retenus autrefois, s’ils s’en souviennent, avec volonté de se confesser de tous ceux qu’ils ont commis contre Dieu et le prochain ; si elles pouvaient leur faire prononcer des actes de foi, espérance et charité nécessaires à salut et employer beaucoup de temps à disposer ceux qui guérissent, à faire des résolutions de vivre en bonnes chrétiennes. et leur enseigner comment il faudra qu’elles fassent. Voilà, Monsieur, l’avis de la Mère dite des Sacrements (2) donné à Mademoiselle de Villenant. Mais je viens de recevoir cette lettre de Mademoiselle de Lamoignon, qui dit que

Lettre 1006. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original Par cette lettre, Louise de Marillac suggère à saint vincent les avis qu’il conviendrait de donner aux dames de la Charité dans la réunion du lendemain

1) L’empreinte apposée sur la cire qui a servi à cacheter cette lettre ne se trouve sur aucune des lettres antérieures à l’année 1644 ; I’expression "Monsieur" indique qu’il faut la placer avant 1650

2.La religieuse augustine de l’Hôtel-Dieu chargée d’avertir l’aumônier quand un malade demandait les sacrements.

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Mademoiselle de St-Mandé propose de n’en rien dire à la grande assemblée.

S’il plaît à votre charité, Monsieur, se souvenir de faire entendre le bien que c’est d’aider à la continuation d’un bon œuvre commencé aussi bien après sa mort que durant que l’on y agit en sa vie, quand il est entrepris pour l’amour de Dieu, comme celui des Enfants treuvés, et que pour cela ceux qui, par leur testament, font du bien en ont même mérite quand il est fait en parfaite charité, que de ce qu’ils ont fait en leur vie, ayant eu la volonté de le faire s’ils eussent pu, pourvu que cela soit véritable ? Je pense que cela pourra servir, représentant le danger que tout demeure. S’il plaît aussi à votre charité me mander la demeure de Madame la présidente du Sault pour lui envoyer le billet pour l’avertir de l’assemblée de demain, que vous n’oublierez pas, s’il vous plaît. ?

Les dames se relâchent bien de se treuver à la collation, et quelques-unes méritent louange pour y être bien soigneusement.

Pardonnez, Monsieur, à votre très petite fille et servante.

L. DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1007. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce mercredi matin [15 janvier 1648] (1)

Monsieur,

Nous sommes arrivés à Bicêtre en bonne santé, Dieu merci, mais pour n’y guère être. Je supplie très humblement votre charité nous envoyer dès demain le frère boulanger à qui j’ai parlé, pour nous instruire et aider à faire faire un bon four et nous trouver une personne qui s’y entende bien. Il serait bien nécessaire aussi de commencer à vendre le vin ; il s’en fait un très grand débit en ce quartier, en barils et grosses bouteilles, à cause des soldats (2), Que si l’on attendait

Lettre 1007. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Les cabaretiers de Paris ne virent pas cette vente de bon œil ; ils firent tomber leur colère sur les sœurs et allèrent jusqu’à les insulter et les maltraiter. Les coupables, déférés à la justice, n’échappèrent au châtiment que sur l’intervention de Vincent de

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davantage, il est à craindre que la vente ne soit pas si bonne. Ma sœur Geneviève (3) dit qu’elle croit que ces dames veulent attendre d’avoir du vin de moindre prix pour le mêler.

Je ne pense pas que ce fût un ménage, parce qu’il serait nécessaire d’un garçon pour cela, qui pourrait bien emporter tout le profit, outre que ce serait un grand embarras pour nos sœurs, qui auraient à prendre garde que l’on ne fit point de tort, ce qui serait bien difficile à éviter.

Je supplie très humblement votre charité se souvenir que c’est d’aujourd’hui en huit jours qu’elle nous a promis la conférence (4).

Je vis hier la sœur de Monsieur Vacherot bien fort malade. Elle me dit de la recommander en vos saintes prières et que, si elle osait, elle vous supplierait de lui faire la charité de prendre la peine de l’aller voir. Si elle empirait, je vous en supplierais volontiers. Je prie notre sœur Julienne (5) de vous en avertir si vous le jugez à propos.

Je pense que cela ferait beaucoup de bien à nos sœurs que vous prissiez aussi la peine de donner une visite à nos sœurs

Paul. (Déposition de sœur Geneviève Doinel, dix-septième témoin au procès de béatification de saint Vincent.)

3). Geneviève Poisson.

4). Saint Vincent donna sa conférence le 22 janvier.

5). Julienne Loret était née à Paris. Orpheline de bonne heure, elle fut recueillie par les parents de Jacques de la Fosse, prêtre de la Mission. "C’était un petit corps qui renfermait une grande âme", est-il dit dans la conférence qui fut faite après son décès. (Recueil des principales circulaires des s. upérieurs générauX de la Mission, Paris, 1877-1880, 3 vol. in-4, t. II, p. 524) Elle entra en communauté le 9 juin 1644 et fit les premiers vœux le 25 décembre 1649. Son mérite et sa vertu étaient si remarquables que, trois ans à peine après son admission, le 30 octobre 1647, elle était chargée de la formation des nouvelles sœurs. Louise de Marillac la prit en même temps pour son assistante. "C’était elle qui conduisait toute la communauté, dira plus tard Mathurine Guérin, parce que Mademoiselle n’était point en état d’assister à aucun exercice."(Recueil des principales circulaires, t. II, p.530) Julienne Loret faisait en même temps les fonctions de secrétaire A ce titre, elle était chargée de prendre les entretiens de saint Vincent, qu’elle écoutait, la plume en main. En 1651, elle fut envoyée à Chars (Seine-et-Oise) pour mettre ordre à une situation particulièrement délicate. Quand elle revint à Paris en 1653, après deux ans de dures épreuves, ce fut pour recevoir sa nomination de supérieure à Fontenay-aux-Roses (Seine), où elle était encore en 1655. Rappelée à la maison-mère, elle y remplit de nouveau les fonctions d’assistante,

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du logis, pour faire entendre à ma sœur Hellot le bien qui peut arriver à la compagnie que les sœurs s’habituent à la soumission les unes aux autres, et que celles qui paraissent avoir quelqu’autorité servent d’exemple.

Le travail de nos pauvres sœurs de céans n’est presque pas croyable, non tant pour la grande peine comme pour les répugnances que naturellement l’on a à cet exercice. C’est pourquoi il est très juste de leur aider à les encourager et faire connaître ce qu’elles font et ce que c’est de leur exercice devant Dieu, comme aussi de les aider de prières. J’en ai plus de besoin que pas une, étant la plus infirme de corps et de courage, quoique j’aie le bonheur d’être, Monsieur, votre très humble servante et très obligée fille.

Suscription : A Monsieur, Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission.

1008. — A PLUSIEURS PRêTRES (1)

De Paris, ce 17 janvier 1618.

Messieurs,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ayant su les travaux que vous avez pris en la mission sur les galères et la bonne part que vous avez à la bénédiction qu’il a plu à Dieu d’y donner, je n’ai pu dénier à mon cœur le témoignage de reconnaissance que j’en dois à votre zèle. Quel bonheur, Messieurs, d’imiter de si près Notre-Seigneur, qui est venu en ce monde pour

qu’elle conserva après la mort de la fondatrice, sous la Mère Chétif, et qu’elle reprit plus tard sous la Mère Nicole Haran. Elle mourut à Fontainebleau le 9 août 1699. Sa vie manuscrite, œuvre d’Antoine Durand, prêtre de la Mission, se trouve à la maison mère des Filles de la Charité.

Lettre 1008. — L. s. — Original à l’hôpital Saint-Eloi de Montpellier

1) Peut-être des prêtres de la congrégation fondée par Christophe d’Authier.

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les mêmes fins pour lesquelles vous vous êtes donnés à lui dans l’emploi que vous avez, d’autant plus grand que les besoins sont extrêmes parmi ces pauvres âmes ! Certes, votre couronne sera grande, et plus grande si vous l’acquérez par la. persévérance. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous anime de plus en plus de son esprit, et qu’il me donne les occasions de vous rendre mes services, désirant de tout mon cœur de vous témoigner que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1009. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 23 janvier [1648] (1)

Monsieur,

Voilà la lettre de Mademoiselle Poulaillon qui donne témoignage de la fidélité de cet homme qui se présente pour Bicêtre (2), Il dit, outre cela, qu’il sait bien faire le pain, travailler au jardin, labourer et charrier. Tout cela est à faire en ce lieu-là, et le tout fort cher, quand il faut faire travailler à journée. Si votre charité le treuve à propos, elle parlera de l’impossibilité de faire la porte pour vendre Le vin au lieu où Madame la présidente de Herse l’avait marqué, à cause qu’il faudrait des degrés au moins de deux toises, ou à peu près.

Il est mort 52 enfants dans Bicêtre depuis que l’on y est, et bien encore 15 ou 16 qui ne valent guère mieux. J’espère

Lettre 1009. — L. a. — Dossier des Fille, de la Charité, original.

1) La lettre de Mademoiselle de Pollalion, à la suite de laquelle Louise de Marillac a écrit la sienne, porte la date du 22 janvier 1648.

2). La lettre de Mademoiselle de Pollalion a été publiée par la sœur de Geoffre dans le volume autographié des Lettres de Louise de Marillac p. 350

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que, quand tout sera bien accommodé selon le désir de ces bonnes dames, ils n’iront pas si vite. Peut-être qu’elles diront que j’ai parlé du besoin qu’il y a que le Saint Sacrement y soit, non seulement pour la nécessité, mais pour que Notre-Seigneur prenne possession de cette maison, à la vue du peuple, qui a intérêt à l’œuvre en quelque manière. Ce qui me fait prendre la liberté de vous dire qu’il m’est venu en la pensée que non seulement les dames devaient être averties du jour mais aussi de faire dire efficacement aux prônes des paroisses, pour obliger le monde à y faire du bien. Car comme l’on voit ce magnifique lieu, que l’on croit être aux petits enfants, que toutes les personnes qui le gouvernent sont de grande condition, la plupart croient qu’il y a de grands biens, et il nous faut emprunter ce que l’on achète pour les provisions, outre toutes les autres nécessités que vous savez.

S’il plaît à votre charité se souvenir de nous demander des filles nous en sommes dans une nécessité bien pressante, car l’ouvrage de la maison et d’ailleurs augmente tous les jours.

Faites-moi toujours l’honneur de me croire, Monsieur, votre très obéissante servante et très obligée fille.

LOUISE DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1010. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

24 janvier 1648.

Madame,

Il n’y a que Notre-Seigneur seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que j’ai reçue de la bénédiction qu’il a donnée aux armes de Mgr le duc de Richelieu (1), ni la tendresse avec laquelle je lui demande sa

Lettre 1010. -- Reg I, f° 67, copie prise sur la minute autographe.

1) Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu, né le 2 octobre 1631, avait succédé à son père François de Vignerod, frère de la duchesse d’Aiguillon, dans la charge de général des galères. Dans ! a bataille dont parle ici saint Vincent, le duc avait sous ses ordres une trentaine de vaisseaux français, trois vaisseaux portugais et quatre brûlots. Il mit le feu à cinq vaisseaux espagnols, qui avaient jeté l’ancre sous Castellamare ; et comme le gros de la flotte

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conservation et la sanctification à l’infini de votre chère âme.

Voici des lettres de Marseille. J’ai grande peine d’envoyer là (2) M. Lambert, pour beaucoup de raisons. M. Codoing est dangereusement malade et peut-être devant Dieu. C’est à Saint-Méen où il est tombé malade. Nous avons céans un homme qui a quelques qualités plus accommodantes pour le dehors que M. Delattre ; c’est le supérieur de La Rose ; je dis M. Delattre ; il est vrai que M. Delattre est plus intérieur et régulier. Nous verrons en suite de la visite de M. Portail, dont il me doit envoyer le résultat par le premier courrier.

Je lui dis hier, par ma lettre que j’écrivis au soir, qu’il partît pour Annecy aussitôt qu’il aurait achevé la visite à Marseille ; mais ayant relu sa lettre, que je vous envoie ce matin, j’ai pensé qu’il est à propos qu’il demeure jusques à ce que les affaires de la maison et du séminaire soient éclaircis (3), et je lui mande qu’il demeure.

Madame la princesse (4) doit assister, à 3 heures précisément aujourd’hui, chez Madame de Lamoignon, à l’assemblée. Y serez-vous, Madame ? Si cela est, nous aurons

ennemie approchait, il la canonna, la repoussa sur Baia et sur le château de l’Œuf et coula trois ou quatre navires. Cette victoire fut sans lendemain, à cause du manque de vivres, qui obligea la flotte à revenir sur les côtes de France. Le duc de Richelieu mourut le 10 mai 1715.

2) A Marseille comme supérieur.

3). Le séminaire de Marseille s’ouvrit dans le courant de l’année 1648. Ce fut un des motifs qui retinrent si longtemps Antoine Portail dans cette ville, où il dut encore s’occuper de procurer un logement convenable aux missionnaires, qui étaient à l’étroit dans une maison louée au voisinage de l’arsenal. Il acheta pour eux un vaste terrain, situé aujourd’hui au centre de la ville, entre la rue du Tapis-Vert la rue Thubaneau, le boulevard Dugommier et la rue Longue-des-Capucines, et fit commencer les constructions, qui devaient durer une dizaine d’années. (Cf. Simard, op. cit, p. 95.)

4). Charlotte de Montmorency, princesse douairière de Condé.

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le bonheur de vous parler de toutes ces choses. Vous verrez ici une lettre de M. Barreau.

1011. — NICOLAS PAVILLON A SAINT VINCENT

D’Alet, ce 29 janvier 1648.

Monsieur mon très cher et très honoré Père,

Je chéris et respecte d’autant plus les lettres qui me viennent maintenant de votre part, que je sais qu’elles sont comme tirées de la presse de vos saintes et très importantes occupations pour le service de Dieu et de l’église, qui vont, comme j’apprends, croissant de jour en jour. Aussi, quand ce bonheur m’arrive, je le reçois comme un effet de votre charité paternelle vers moi, qui me sens obligé par conséquent de vous en faire un remerciement très particulier avec toute l’humilité affection et révérence qui m’est possible.

Si la disposition de notre pauvre et chétive famille et la condition de nos divers petits emplois souffraient que je reçusse des ecclésiastiques parmi nous pour y faire servir, autres que ceux qui nous sont nécessaires pour l’administration du diocèse et des affaires qui en dépendent, j’agréerais de bien bon cœur une telle occasion qu’il vous plaît me proposer et qui, à mon avis, ne pourrait réussir qu’à la commune édification de tous nos domestiques et de notre clergé. Mais me trouvant ci-devant obligé de m’excuser, pour ces mêmes raisons, envers plusieurs, des principales et des plus remarquables familles de ce pays, qui s’étaient présentés pour cette même fin, je devrais, ce me semble, appréhender de leur donner quelque sujet de mécontentement, en recevant quelques autres d’ailleurs, et de faire encore un préjugé pour l’avenir en semblables rencontres. Examinez, Monsieur, vous-même, s’il vous plaît, le fondement de cette difficulté.

Cependant mon très cher et très honoré Père, je ne vous puis dissimuler qu’un des plus grands désirs qui me pourraient rester en cette vie serait d’avoir l’honneur de vous revoir encore et de jouir, au moins pour quelque peu de temps, de votre santé et amiable conversation, ce qui serait sans doute d’une singulière consolation et très grande utilité spirituelle pour moi. Mais si la divine Providence en dispose autrement, comme il y a de l’apparence, au moins la suppliai-je

Lettre 1011. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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très humblement de n’avoir pas égard à mon extrême indignité pour me priver de cette grâce dedans l’éternité. Vous me pouvez, mon très cher Père, par vos saintes prières et sacrifices, obtenir cette miséricorde, et c’est de quoi je vous conjure très instamment comme aussi de me croire plus que jamais, en l’amour de notre cher Sauveur et de sa sainte Mère, Monsieur mon très cher et très honore Père, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur et fils.

NICOLAS,

indigne évêque d’Alet.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à Saint-Lazare-lez-Paris.

1012. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

Les habitants de Saché (1), commune de 600 communiants, ont suivi avec édification les exercices de la mission : 1200 fidèles se sont trouvés à la communion générale ; nombreuses ont été les réconciliations, restitutions et conversions ; le curé, son vicaire et cinq autres ecclésiastiques ont fait leur confession générale ; un des plus riches du lieu, dont le cœur était resté jusqu’alors fermé à la compassion, a fait annoncer au prône qu’il donnerait du pain, trois fois la semaine, aux pauvres qui se présenteraient à sa porte.

1013. — BALTHAZAR GRANGIER, éVêQUE DE TRéGUIER,

A SAINT VINCENT

Guingamp, 1648.

Votre lettre nous a trouvés tous occupés dans notre mission, de laquelle j’espère beaucoup. L’un de vos prêtres y prêche le soir admirablement et dévotement ; un autre fait le principal

Lettre 1012. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 8, 1er éd., P 53

1) Commune de l’arrondissement de Chinon (I-et-L.).

Lettre 1013. — Abelly, op cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 6, 1er éd., p 44

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catéchisme à une heure après-midi, où il se fait admirer et aimer des petits et des grands ; un autre fait le petit catéchisme, et mon théologal prêche le matin en bas breton enfin tout le monde travaille et on n’a pas même voulu me laisser oisif, car je prêche deux jours la semaine. Nous commencerons tous à confesser demain, Dieu aidant. Les gens de ce pays sont fort étonnés, n’étant pas accoutumés aux missions, chacun en dit son avis diversement mais avec respect. J’espère qu’avec la grâce de Dieu tout ira bien.

1014. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[1648] (1)

Voilà que nous allons enterrer le corps de notre bon Monsieur du Chastel, qui décéda hier, à une heure après midi, après avoir si longtemps édifié de sa patience dans une aussi fâcheuse maladie que la sienne. Je vous prie de lui rendre les assistances des saints sacrifices et des prières de votre famille.

1015. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

De Paris, ce 7 février 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Mon Dieu ! Monsieur, que je suis consolé de la conférence que vous avez faite sur les défauts des missions des galères ! Le fruit qui en a réussi (1) est une marque que Dieu a eu bien agréable cette action. Je l’en remercie de

Lettre 1014. — Ms. de Lyon.

1) Année de la mort de Pierre Duchastel.

Lettre 1015. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Qui en a réussi, qui s’en est ensuivi.

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tout mon cœur, et vous, Monsieur, de ce que vous avez : assisté à l’assemblée de Messieurs les administrateurs (2). Je n’ai pu achever de lire les articles qu’ils vous ont proposés ; je les verrai, Dieu aidant, ensemble la fondation de Madame la duchesse (3). Afin que sur les obligations d’icelle je vous puisse dire mes pensées avant que vous dressiez aucun règlement touchant l’hôpital, je vous prie de nous envoyer une copie de la patente de sa fondation, laquelle nous servira à bonne fin ; je dis la fondation ou déclaration du roi à l’égard de l’hôpital (4). Il sera bon que vous fassiez entendre auxdits sieurs administrateurs que la compagnie n’a point de visiteur général, mais seulement un en chaque province.

Je ne suis pas marri que M. Tyrry n’aille à Alger et serais bien aise de savoir si M. Lesage y est allé et quel temps il a eu.

Dans cinq ou six jours, Dieu aidant, nous vous allons envoyer une belle carrossée de monde, la plus grande partie pour Rome et l’autre pour Marseille. Je vous prie de les attendre et de me recommander à Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Monseigneur de Marseille (5) est-il de retour ? Lui avez-vous rendu ma lettre et fait la proposition du séminaire ? En ce cas, quel accueil et quelle disposition avez-vous remarqués ?

Au bas de la première page. M. Portail.

2) Les administrateurs de l’hôpital des galériens.

3) La duchesse d’Aiguillon.

4) Ce membre de phrase est de la main du saint.

5) Etienne de Puget.

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1016. — A ANTOINE PORTAIL

De Paris, ce 14 février [1618] (1)

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais

Je ne doute point que Messieurs les administrateurs (2) n’aient dessein de prédominer en tout. Quand ils vous reparleront des règles de l’hôpital, dites-leur, s’il vous plaît, comme de vous-même, qu’une bonne maxime de ceux que Dieu emploie à l’établissement des œuvres saintes et nouvelles est de différer autant qu’ils peuvent le règlement qu’ils font, à cause que l’expérience montre que ce qui est faisable au commencement est parfois nuisible dans le progrès, ou sujet à des inconvénients fâcheux ; que pour cela quelques communautés n’ont fait leurs constitutions que cent ans après, comme les Chartreux. Saint Ignace ne fit qu’un petit projet des siennes ; mais sa compagnie les a mises depuis en l’état qu’elles sont, selon les lumières que le temps leur a découvertes. M. de Genève, pour s’être trop hâté à faire le règlement des filles de Sainte-Marie, a été obligé de faire un directoire (3).

Si, après cette raison générale, lesdits sieurs administrateurs

Lettre 1016. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) La lettre est de 1648, bien que le secrétaire l’ait, par distraction, datée de 1647. Trois raisons plus particulièrement nous portent à faire cette modification au texte : 1° Les missionnaires d’Hibernie n’ont pu écrire au saint en septembre 1646, vu qu’ils n’ont quitté la France que deux mois après, en novembre (cf. 1 902) ; 2° Firmin Get n’était pas prêtre le 20 décembre 1647 (cf 1 1004) ; 3° Louis Callon vivait encore le 14 février 1647. Il faut donc abandonner l’année 1647, et seule l’année 1648 peut convenir.

2). Les administrateurs de l’hôpital des galériens.

3) Le directoire de la Visitation fut préparé dans une assemblée plénière tenue à Annecy en mai 1623, sous la présidence de sainte Chantal, la vénérable fondatrice s’inspira surtout de notes laissées

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vous pressent, venez au particulier et leur dites, s’il vous plaît, que nous ne pouvons nous obliger d’entretenir deux prêtres de la compagnie (4) dans l’hôpital : 1° parce que la fondation de Madame la duchesse (5) ne le détermine pas ; 2° que le revenu n’est suffisant pour cela et pour les autres charges ; 3° que notre institut n’a que deux fins principales, savoir est l’instruction du pauvre peuple de la campagne et les séminaires ; qu’en cela git notre devoir, et non en la direction des hôpitaux qui n’est qu’un accessoire ; que néanmoins nous avons entrepris celle dont est question, dans la pensée d’y employer des prêtres externes, quand les nôtres ne pourraient suffire, ainsi que nous faisons dans les missions. Je vous envoie un extrait de ce à quoi la fondation nous oblige. Certes, l’entretien de deux prêtres à l’hôpital nous serait une grande charge, puisque, si l’un d’eux tombait malade, comme il arriverait souvent, il en faudrait un troisième. Dieu vous inspirera le reste.

Notre monde partira, Dieu aidant, au premier voyage du coche de Lyon. M. Gallais sera de la partie, comme j’espère. M. Get est assez bon et sage pour servir d’assistant. Ce n’était pas mon intention qu’on nourrît si longtemps le prêtre arménien ; mais, puisque c’est faire une charité, in nomine Domini ! 2 ou 3 séminaristes du collège (6) étaient tout disposés d’aller sur les galères ; mais sur ce que M. Chrétien nous manda qu’il ne les fallait envoyer et qu’il trouve

par saint François de Sales, mort le 28 décembre 1622. ce directoire a été édité en 1850 sous le litre Coutumier et directoire pour les sœurs religieuses de la Visitation Sainte-Marie.

4) Les mots "de la compagnie" sont en interligne et de la main du saint

5.) La duchesse d’Aiguillon

6) Le collège des Bons-Enfants

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rait suffisamment des prêtres du pays pour cela, nous les avons découragés et divertis de leur résolution ; si bien que je crains qu’il ne s’en trouvera point à présent qui veuillent y aller. J’ai néanmoins fait prier M. Berthe 7 d’en sonder quelques-uns.

J’ai reçu les papiers de M. de Trébizonde (8) et l’indulgence demandée par feu M. Callon (9).

Nous n’avons rien de nouveau, sinon de vieilles nouvelles d’Hibernie, arrivées depuis deux jours et datées des mois de septembre et de novembre.

M. du Chesne est incommodé d’un flux de sang depuis un mois avant sa dernière lettre, et notre frère Le Vacher (10) depuis qu’il est en Hibernie. Les autres sont bien disposés, grâces à Dieu. Les misères du pays sont grandes en toute façon et les ennemis environnent le lieu où nos gens résident, en sorte que, quand ils vont en mission, ils sont en danger (11) Je les recommande à vos prières, et en particulier mon âme.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Marseille.

7) Supérieur du collège des Bons-Enfants.

8) L’évêque in paribus de Trébizonde

9) Il était mort à Aumale le 26 août 1647

10) Philippe Le Vacher

11) Les troupes confédérées étaient entrées, en septembre 1647, à Tipperary et à Caher, puis, se portant sur Cashel, avaient pris la ville et massacré une partie de ses habitants. Le 13 novembre, elles infligèrent une sanglante défaite à l’armée irlandaise massée à Kanturk. Les catholiques irlandais qui échappèrent aux combats ou aux massacres ne pouvaient échapper à la misère. Les prêtres étaient plus exposés ; ils devaient se cacher pour pratiquer leur religion, sous peine de prison et de mort.

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1017. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 14 février 1648.

Les grâces que Dieu verse sur vos travaux sont des effets de sa pure miséricorde et non de nos chétives prières ; nous sommes de pauvres gens, plus capables de détourner ses bénédictions que de les attirer. Je remercie sa divine bonté du zèle et de la fidélité qu’elle donne à votre cœur et à ceux qui sont avec vous. Certes, Monsieur, je suis si touché de l’usage que vous faites de ces vertus et de beaucoup d’autres, que, quand l’occasion se présente d’exciter la communauté de Saint-Lazare à sa propre perfection, je lui rapporte les exemples que la vôtre nous en donne ; je lui raconte vos longs travaux, nonobstant les infirmités d’aucuns, votre patience dans les difficultés, la charité et le support que vous avez les uns pour les autres, le gracieux accueil, la prévention d’honneur et les services que les externes trouvent en chacun de vous. D’où vous voyez, Monsieur, que le miel de votre ruche s’écoule jusques dans cette maison et sert à la nourriture de ses enfants. O Dieu ! quel sujet de consolation pour toute la compagnie ! mais quel motif à notre petite famille de s’humilier devant Dieu et de faire toujours de mieux en mieux, puisqu’il se plaît à étendre et à multiplier ainsi les biens qu’elle fait, aux lieux mêmes où elle n’est point !

Les présents que l’on vous apportera dans Gênes, vous les pourrez recevoir, quoiqu’ils viennent des lieux où vous avez fait la mission ; mais ceux que l’on vous pourrait offrir en faisant lesdites missions, refusez-les honnêtement.

Lettre 1017. — Reg. 2, p. 199.

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1018. — A LA MARQUISE DE MAIGNELAY

De Saint-Lazare, ce samedi matin [1647 ou 1648] (1).

Madame,

C’est avec toute l’humilité et le respect qui m’est possible, que je vous supplie, prosterné en esprit à vos pieds, de me pardonner si je ne me rends aujourd’hui chez Monsieur du Fresne, selon votre commandement, pour ce que, ne pouvant faire ce qu’il a proposé, de suite, pour les raisons de conscience que je vous ai dites, Madame, j’aurais trop d’affliction de refuser en présence la personne du monde à laquelle j’ai plus d’obligation et d’affection d’obéir, du fait dont il s’agit, vous protestant, Madame, que j’aimerais mieux mourir que de vous désobéir, s’il y allait de moins que de mon salut, et que, tant s’en faut que ce soit manquer d’affection pour ces bonnes filles (2), que, si je me Laissais aller aux mouvements de ma nature, je m’en irais les trouver à l’heure que je vous parle.

Et pour ce qui regarde Mademoiselle d’Anse (3), je ne

Lettre 1018. — L. a. — Original au British Museum, Egleton ms 1609, f° 35. Cette lettre a été tirée en fac-similé à un grand nombre d’exemplaires

1) Voir note 2.

2) Les filles de la Visitation, que saint Vincent cessa de visiter pendant dix-huit mois, à la suite d’une résolution prise pendant sa retraite de 1646. Nous savons, par la conférence du 13 novembre 1654 aux missionnaires, que ces religieuses eurent recours à la marquise de Maignelay pour faire fléchir le saint et que ce moyen leur réussit.

3). Marie Lambert, demoiselle d’Anse, fille d’honneur de la reine Anne d’Autriche et dame de la Charité. Disgraciée et renvoyée de la cour à l’époque de la Fronde, pour avoir laissé paraître ses sentiments vis-à-vis de Mazarin, elle sut si bien regagner la faveur de la reine que celle-ci lui donna dix mille livres par testament. Louise de Marillac et saint Vincent eurent plus d’une fois recours à ses bons offices.

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manquerai, Madame, d’aller recevoir vos commandements demain ou après, Dieu aidant, en l’amour duquel je suis, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Madame Madame la marquise de Maignelay.

1019. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Il y a plus d’un mois que nous sommes averties que Monsieur l’abbé de Vaux doit venir en cette ville au commencement du mois de mai, et qu’il est nécessaire qu’il ordonne d’un directeur pour nos sœurs, ce qui ne fait (1) avant que je vous aie fait toutes ses propositions, avant qu’il parte et que le changement des sœurs soit fait.

Mon peu d’expérience et capacité empêchent que je ne puis donner sujet à votre charité de prévoir (2) aux dangers où je vois souvent toute la compagnie dépérir petit à petit plutôt que s’établir ; ce qui me donne souvent les pensées d’Agar sur la crainte de la mort de son fils pour ne le voir périr ; mais plus justement qu’elle, puisque ce sont mes péchés qui sont cause de tous les désordres.

Je vous demande très humblement pardon de la surcharge de peine que je vous donne. Si je ne pensais que c’est la volonté de Dieu, j’essaierais de voir en paix tous ces dangers. Je supplie sa bonté y remédier et votre charité croire toujours que je suis, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

Lettre 1019 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Probablement pour "ce qu’il ne fera"

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1020. — A CHARLES NACQUART, PRêTRE DE LA MISSION,

A RICHELIEU (1)

De Paris, ce 22 mars 1648 (2)

Monsieur,

Il y a longtemps, Monsieur, que Notre-Seigneur a donné à votre cœur les sentiments pour lui rendre quelque signalé service ; et quand on fit à Richelieu l’ouverture des missions parmi les gentils et idolâtres (3), il me semble que Notre-Seigneur fit sentir à votre âme qu’il vous y appelait, comme pour lors vous me l’écrivîtes, ensemble avec quelqu’autre de la famille de Richelieu. Il est temps que cette semence de la divine vocation sur vous ait son effet. Et voilà que M. le nonce, de l’autorité de la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foi, de laquelle notre Saint-Père le Pape est chef, a choisi la compagnie pour aller servir Dieu dans l’île Saint-Laurent,

Lettre 1020. — Arch. de la Mission, dossier de Madagascar, copie ancienne.

1) Charles Nacquart, né à Treslon (Marne) était entré dans la congrégation de la Mission le 6 avril 1640, à l’âge de vingt-trois ans. Arrivé à Madagascar le 4 décembre 1648, il étudia si bien la langue du pays, avec laquelle il avait déjà fait connaissance sur le bateau qu’en peu de temps il fut capable de rédiger un court abrégé de la doctrine chrétienne. Il convertit plusieurs protestants, baptisa soixante-dix-sept malgaches et régularisa la situation de Français qui vivaient en concubinage avec des femmes indigènes. Il évangélisa non seulement Fort-Dauphin, mais tout le pays d’alentour, dans un rayon de plus de dix lieues. Tant de travaux l’épuisèrent. Il mourut le 29 mai 1650. Les Mémoires de la Congrégation de la Miss : on (Paris, 1863-1899, II vol. in-8°) ont publié (t. IX) ses lettres, son journal et son testament, sur d’anciennes copies conservées aux archives de la Mission

2). Abelly, qui reproduit cette lettre en entier (op. cit., t. II, chap. I, sect. IX, § I, p. 156), non sans la retoucher sur plusieurs points, la date d’avril 1648.

3). Le sens est : quand on annonça à la maison de Richelieu qu’on allait commencer la Mission de Madagascar.

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autrement dite Madagascar (4) ; et la compagnie a jeté les yeux sur vous, comme sur la meilleure hostie qu’elle ait, pour en faire hommage à notre souverain Créateur, pour lui rendre ce service, avec un autre bon prêtre de la compagnie.

O mon plus que très cher Monsieur, que dit votre cœur à cette nouvelle ? A-t-il la honte et la confusion convenables pour recevoir une telle grâce du ciel ? vocation aussi grande et aussi adorable que celle des plus grands apôtres et des plus grands saints de l’église de Dieu ; desseins éternels accomplis dans le temps sur vous ! L’humilité, Monsieur, est seule capable de porter cette grâce ; le parfait abandon de tout ce que vous êtes et pouvez être, dans l’exubérante confiance en votre souverain Créateur doit suivre. La générosité et grandeur de courage vous est nécessaire. Il vous faut une foi aussi grande que celle d’Abraham ; la charité de saint Paul vous fait grand besoin ; le zèle, la patience, la déférence, la pauvreté, la sollicitude, la discrétion, l’intégrité des mœurs et le grand désir de vous consommer tout pour Dieu vous sont aussi convenables qu’au grand saint François Xavier.

Cette île [est] (5) sous le Capricorne. Elle a 400 lieues

4) Le départ des missionnaires fut si précipité que saint Vincent n’ayant pas le temps de recourir à Rome, se contenta de demander les pouvoirs à Nicolas Bagni, nonce en France. Le nonce ignorait que la Propagande réservait la Mission de Madagascar aux Carmes déchaussés et leur avait déjà accordé toutes les facultés nécessaires. Par décret du 20 juillet 1648, la Propagande suspendit les pouvoirs donnés par le nonce à Charles Nacquart et à Nicolas Gondrée. Toutefois, pour ne pas les condamner à une oisiveté forcée, elle leur permit d’exercer toutes les fonctions curiales, pour les catholiques de l’île seulement, jusqu’à ce que les Carmes eussent renoncé à leurs droits. La situation fut régularisée par le désistement de ces religieux et un nouveau décret de la Propagande.

5). Mot oublié dans la copie.

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de long et environ cent soixante de large (6). Il y a des pauvres gens dans l’ignorance d’un Dieu, que l’on trouve pourtant fort simples, bons esprits et fort adroits. Pour y aller, on passe la ligne de l’équateur. Ceux qui ont la direction de cette île sont des marchands de Paris, qui sont comme les rois du pays (7).

La première chose que vous aurez à faire, ce sera de vous mouler sur le voyage que fit le grand saint François Xavier, de servir et édifier ceux des vaisseaux qui vous conduiront ; y établir les prières publiques, si faire se peut ; avoir grand soin des incommodés et s’incommoder toujours pour accommoder les autres ; porter le bonheur de la navigation, qui dure quatre ou cinq mois (8), autant par vos prières et la pratique de toutes les vertus, que les mariniers feront par leurs travaux et leur adresse ; et à l’égard de ces messieurs (9) leur garder toujours grand respect ; être pourtant fidèle à Dieu pour ne pas manquer à ses intérêts, et jamais ne trahir sa conscience par aucune considération, mais se prendre soigneusement garde de ne pas gâter les affaires du bon Dieu, pour les trop précipiter ; prendre bien son temps et le savoir attendre.

Quand vous serez arrivé en cette île (10) vous aurez

6) L’île mesure exactement 1 515 kilomètres du nord au sud et 470 de largeur moyenne.

7). Une société de capitalistes, la Société de l’Orient composée de vingt-quatre membres, avait obtenu de Richelieu, le 22 janvier 1642, le droit exclusif de faire le commerce à Madagascar et aux îles adjacentes pendant dix ans. Ils avaient envoyé des colons dans l’île, sous l’autorité de M. de Pronis, qui d’abus en abus avait obligé la Compagnie à lui chercher un successeur. M. De Flacourt fut choisi. Il alla prendre possession de son poste par le bateau qui conduisit MM. Nacquart et Gondrée. (Cf. Mémoire sur la Compagnie des Indes Orientales, 1642-1720, Bibl. nat. f.f. 6231).

8). Elle dura plus de six mois.

9). MM. de Flacourt, de Bloye, Galiot, Ruffin et autres compagnons de voyage.

10) Le copiste a écrit ville, par distraction sans doute.

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1° à vous régler selon que vous pourrez. Il faudra peut-être vous diviser, pour servir en diverses habitations ; il faudra vous voir l’un et l’autre le plus souvent que vous pourrez, pour vous consoler et vous fortifier. Vous ferez toutes les fonctions curiales à l’égard des Français et des idolâtres convertis. Vous suivrez en tout l’usage du concile de Trente et vous servirez du rituel romain. Vous ne permettrez qu’on n’introduise aucun usage ; et si déjà il y en avait, vous tâcherez doucement à ramener les choses à ce point. Pour cela, il sera bon que vous emportiez au moins deux rituels de Rome. Le capital de votre étude, après avoir travaillé à vivre parmi ceux que (11) vous devrez converser en odeur de suavité et de bon exemple, sera de faire concevoir à ces pauvres gens, nés dans les ténèbres de l’ignorance de leur Créateur, les vérités de notre foi, non pas par des raisons subtiles de la théologie, mais par des raisonnements pris de la nature ; car il faut commencer par là, tâchant de leur faire connaître que vous ne faites que développer en eux les marques que Dieu leur a laissées de soi-même, que la corruption de la nature, depuis longtemps habituée au mal, leur avait effacées. Pour cela, Monsieur, il faudra souvent vous adresser au Père des lumières et lui répéter ce que vous lui dites tous les jours : Da mihi intellectum ut sciam testimonia tua (12), Vous rangerez par la méditation les lumières qu’il vous donnera, et pour montrer la vérité du premier et souverain être et les convenances pour le mystère de la Trinité, la nécessité du mystère de l’Incarnation, qui nous fait naître un second homme parfait, après la corruption du premier, pour nous réformer et redresser sur lui. Je voudrais leur faire voir les

11) Que, avec qui

12) Psaume CXVIII, 125

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infirmités de la nature humaine par les désordres qu’eux-mêmes condamnent ; car ils ont des lois, des rois et des châtiments.

Quoiqu’il y ait quelques livres qui traitent ces matières, comme le catéchisme de Grenade (13) ou autre, que nous tâcherons de vous envoyer, je ne puis que je ne vous répète, Monsieur, que le meilleur sera l’oraison : Accedite ad eum et illuminamini (14) ; s’abandonner à l’esprit de Dieu, qui parle en ces rencontres. S’il plaît à sa divine bonté vous donner grâce pour cultiver la semence des chrétiens qui y sont déjà et qui y vivent avec ces bonnes gens dans la charité chrétienne, je ne doute nullement, Monsieur, que Notre-Seigneur ne se serve de vous de delà pour préparer à la compagnie une ample moisson. Allez donc, Monsieur, et, ayant mission de Dieu par ceux qui vous le représentent sur la terre, jetez hardiment les rets.

Je sais combien votre cœur aime la pureté. Il vous en faudra faire de delà un grand usage, [attendu que ces peuples (15) viciés en beaucoup de choses, le sont particulièrement de ce côté-là, jusque-là que l’on dit que les maris mènent leurs propres femmes aux Européens, pour avoir des enfants d’eux. La grâce infaillible de votre vocation vous garantira de tous ces dangers.

Nous aurons tous les ans de vos nouvelles, et nous vous en donnerons des nôtres.

Encore qu’il ne faille point d’argent en ces pays pour y vivre, néanmoins, Monsieur, la compagnie a ordonné qu’on vous envoyât cent écus en or pour les nécessités

13). Catéchisme ou instruction du symbole de la foy, traduction par le chanoine Nicole Colin, Paris, Chaudières, 1587, in-f°

14) Livre des Psaumes XXXIII, 6.

15) Ces mots, nécessaires au sens de la phrase, ne sont pas dans la copie ; nous les empruntons aux texte d’Abelly.

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qui peuvent survenir. Nous vous enverrons aussi une chapelle complète, deux rituels romains, deux petites Bibles, deux conciles de Trente (16) deux Binsfeld (17) des images de tous nos mystères, qui servent merveilleusement à faire comprendre à ces bonnes gens ce qu’on leur veut apprendre, et qui se plaisent à en voir.

Nous avons ici un jeune homme de ce pays-là, d’environ vingt ans, que Monseigneur le nonce doit baptiser aujourd’hui. Je me sers d’images pour l’instruire, et il me semble que cela lui sert pour lui lier l’imagination.

Je ne sais s’il ne serait pas nécessaire de porter des fers pour faire des pains à dire la sainte messe, des épingles, des étuis de poche, chacun trois ou quatre, des huiles saintes pour le baptême et l’extrême-onction, chacun un Busée (18) quelques Introduction à la vie dévote (19) des abrégés des vies des saints.

Vous avez une obédience (20) de nous, un plein pouvoir de Monsieur le nonce, lequel a grandement cette œuvre à cœur.

Avec cela je me donne absolument à vous, sinon pour vous suivre en effet, d’autant que j’en suis indigne, au moins pour prier Dieu, tous les jours qu’il plaira à Dieu de me laisser sur la terre, pour vous, et, s’il plaît à Dieu me faire miséricorde, pour vous revoir dans l’éternité et

16) Les premières éditions des canons et décrets du concile de Trente avaient paru à Rome en 1564. Les plus récentes étaient celles d’Anvers (1640) et de Cologne (1644).

17) Auteur d’un enchiridion theologiae pastoralis, Trèves, 1591, in-8°, réédité à Paris en 1646

18) Manuel des Méditations dévotes sur tous les évangiles des dimanches et fêtes de l’année. Cet ouvrage, composé en latin par le P. Busée, avait été traduit et augmenté par Antoine Portail en 1644.

19). Une belle édition de Introduction à la vie dévote venait de paraître à Paris en 1641

20.) La lettre d’obédience fut envoyée le 28 mars à MM Nacquart et Gondrée. Elle a été publiée dans les Mémoires, t. IX, p. 42, note l.

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vous y honorer comme une personne qui sera placée par la dignité de sa vocation au nombre des personnes apostoliques.

Je finis, prosterné en esprit à vos pieds, demandant qu’il vous plaise aussi m’offrir à notre commun Seigneur, afin que je lui sois fidèle et que j’achève en son amour le chemin de l’éternité, qui suis dans le temps et serai à jamais, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Celui que nous vous destinons est M. Gondrée, lequel vous avez peut-être vu à Saintes, où il a demeuré, étant encore clerc ; c’est un des meilleurs sujets de la compagnie, en qui la dévotion qu’il avait, entrant en icelle, se conserve toujours ; il est humble, charitable, cordial et zélé ; bref il est tel que je ne puis vous en dire le bien que j’en pense.

Quelques marchands partiront d’ici mercredi ou jeudi pour aller à La Rochelle, où l’embarquement se doit faire. S’ils désirent passer à Richelieu, Monsieur Gondrée pourra aller avec eux pour vous y aller joindre, et eux s’en iront devant disposer leur vaisseau et vous attendre vers le (15) ou le 20 du mois prochain, auquel temps ils doivent faire voile (21). Je vous supplie, Monsieur, de vous tenir prêt.

Nous ajouterons aux livres jà nommés la vie et les épîtres de l’Apôtre des Indes (22),

21) Le vaisseau ne leva l’ancre que le 21 mai, jour de l’Ascension

22) Parmi les vies françaises de saint François Xavier, saint Vincent pouvait connaître celles de Martin Christophe (1608), Michel Coissard (1612), Etienne Binet (1622), du P. de Balinghem et une vie anonyme publiée à Mons en 1619. La première édition française de ses lettres avait paru à Paris en 1628.

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Ne divulguez ceci, s’il vous plaît, non plus que nous ne l’avons encore divulgué de deçà.

L’un des messieurs à qui cette île est donnée par le roi s’en va au voyage (23) ; il fera votre dépense sur mer et sur les lieux. Vous verrez sur les lieux si, avec le temps, vous y pourrez avoir du bien, pour vous y entretenir en votre particulier. Il y fait si bon vivre que cinq sols de riz, qui tient lieu de pain, suffisent pour nourrir cent hommes par jour.

Que vous dirai-je davantage, Monsieur, sinon que je prie Notre-Seigneur, qui vous a donné part à sa charité, qu’il vous la donne de même à sa patience, et qu’il n’y a condition que je souhaitasse plus sur la terre, s’il m’était loisible, que celle de vous aller servir de compagnon à la place de M. Gondrée.

1021. — A DENIS GAUTIER, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

De Paris, ce 29 de mars 1648.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’écris à M. Nacquart par M. Gondrée, qui part aujourd’hui dans un coche pour Richelieu, afin de se rendre ensemblement à La Rochelle avec ces messieurs qui les doivent mener aux Indes, environ le 20e du mois prochain.

Monseigneur l’archevêque de Reims (1) est dans votre voisinage ; il m’a écrit que vous ne l’avez point visité.

23) M. de Flacourt. La Société de l’Orient avait promis de procurer aux missionnaires le logement, des vivres et des vêtements. Le nouveau gouverneur ne tint pas ces engagements.

Lettre 1021. — L s. — Dossier de Turin, original.

1) Léonord d’Estampes de Valençay

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Je vous supplie, Monsieur, de l’aller voir, et, vous prosternant à ses, pieds, de lui demander pardon de ne lui avoir rendu plus tôt vos devoirs ; que vous venez lui offrir votre obéissance et celle de votre compagnie, comme à celui qui vous a établis à Richelieu (2) et à qui, pour cette raison, vous devez toute sorte de respect et de soumission. Vous lui ferez aussi de ma part, s’il vous plaît, un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle.

Je vous ai recommandé M. du Coudray et je le vous recommande encore ; je ne le puis faire assez selon l’étendue de l’affection que Dieu me donne pour lui (3). Je vous prie de lui en donner témoignage et de me mander en quel état il est. Nous avons demandé à Notre-Seigneur sa conservation et sa santé.

Je ne sais si M. Chiroye (4) a recouvré la sienne ; je lui ai demandé des nouvelles il y a huit jours. Je vous prie de m’en écrire, au cas qu’il ne le fasse, et de saluer de ma part toute la famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

M. Gondrée est parti sans la lettre de M. Nacquart ; je la vous envoie (5). Voyez La lettre du frère Cruoly (6) et la lui rendez, si vous le jugez à propos.

Au bas de la première page : M. Gautier.

2) Voir t. I, pp. 430 et 447.

3) On sait que François du Coudray avait sur certains points dogmatiques des idées singulières.

4). Supérieur à Luçon.

5). Voir lettre 1020

6). Donat Cruoly, né à Cork (Irlande) le 24 juillet 1623, entré dans la congrégation de la Mission le 9 mai 1643, reçu aux vœux

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1022. CHARLES NACQUART A SAINT VINCENT

Du 1er avril 1648.

Monsieur

Votre sainte bénédiction, s’il vous plaît !

Il me semble en lisant et relisant la vôtre que les termes d’icelle n’étaient point d’un homme mais des paroles de l’esprit de Dieu, qui me communiquent, à la vérité, que c’est son bon plaisir de se servir de moi en une si noble et relevée vocation dont à la vérité, je me reconnais très indigne, et n’y ai pas senti de répugnance de la part de la chose, sinon que j’aurais bien désiré et souhaiterais bien encore d’être sous la conduite de quelqu’un et n’avoir point de direction, dont je me vois totalement incapable, faute de vertu et de prudence et de science, ce qui me donne très grande appréhension de gâter. l’œuvre de Dieu et d’empêcher beaucoup sa gloire, qu’un autre procurerait bien plus avantageusement, et serais en grand repos de n’avoir qu’à obéir. Hélas ! j’ai bien de la peine de me persuader que ce soit à moi, pauvre Charles Nacquart, que s’adresse cette signification du dessein de Dieu. Oh bien ! pourtant, puisque vous me tenez lieu de père sur terre, après celui que j’ai au ciel, je n’en doute pas Que M. Gondrée vienne quand il lui plaira ; j’irai avec lui comme un enfant perdu, à l’aveugle pour découvrir si cette terre est de promission. Et quoique j’aie vu ma main toute lépreuse, je me confie que Dieu nous donnera sa verge toute puissante pour opérer ce qu’il lui plaira. Mais au moins, si vous n’envoyez un supérieur, ajoutez, s’il vous plaît, un troisième compagnon, afin que ce triple cordon soit plus fort et indissoluble. Vous n’en avez peut-être pas à nous donner, dites-vous. Vous n’avez qu’à mettre (1) une lettre ici à M. Maillard (2) qui, s’il

en novembre 1645, ordonné prêtre en 1650. Il fut du nombre des missionnaires envoyés en Picardie en 1651 pour porter secours aux populations réduites à la misère. Saint Vincent le nomma ensuite directeur des étudiants et professeur de théologie à Saint-Lazare (1653-1654), puis l’envoya comme supérieur au Mans, d’où il revint à Saint-Lazare en 1657 pour professer la morale. Donat Cruoly fut à la tête de la maison de Saint-Brieuc de 1667 à 1670.

Lettre 1022 —. Arch. de la Mission, dossier de Madagascar, copie.

1). Mettre, envoyer.

2). Antoine Maillard, né à Veney (Meurthe), entré dans la congrégation de la Mission le 21 mai 1644, à l’âge de vingt-six ans, reçu aux vœux en 1646, longtemps procureur de la maison de Saint-Lazare, procureur général de 1679 à 1686.

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vous en souvient, il y a deux ans, vous le demanda aussi instamment que pas un et qui tout présentement, comme j’avais la main à la plume, ayant, par quelque conjecture soupçonné, par quelque chose qu’il a reconnu de M. Gautier, n’a prié instamment de vous dire qu’il y a encore son cœur plus porté que jamais, si vous le trouvez bon. En vérité aussi je crois qu’il aurait beaucoup de grâces, à raison de sa vertu et douceur et autres qualités, par lesquelles nous ne serions qu’un cœur. Si vous dites qu’il est trop nécessaire pour procureur à Richelieu, il a mis tout en si bon ordre qu’un autre n’aurait pas peine de lui succéder ; ce frère Vageot qui a l’estomac dévoyé pour l’étude (3), peut-être s’en acquittera bien. Donnez-le-nous (4) et pour supérieur ; il n’est point capable de vanité. Il y a des hommes qui s’enivrent d’un verre de vin et qui se noient dans 4 doigts d’eau. La moindre fumée d’honneur est capable de m’étourdir. Je puis dire : qui datus est mihi stimulus carnis (5), en entendant l’autre sexe ; ce qui me fait appréhender d’être quelquefois seul. Comme vous dites, il ne coûtera pas plus 3 que 2 ; mais fiat voluntas Domini ! Mais voici des demandes, au cas que vous confirmiez en moi votre première proposition.

Faudra-t-il choisir un lieu de résidence duquel, comme d’un centre, nous allions à la circonférence de l’île faire des missions, comme en ce pays, pour y revenir ? Y a-t-il là des villes, des paroisses, des églises, d’autres prêtres que nous (6) d’autre religion de controverse ? Y a-t-il d’autres seigneurs que les Français, dont il faille dépendre ? Comment faut-il faire les fonctions curiales ? De même qu’en ce pays ? Faut-il observer nos mêmes cérémonies entièrement, et il n’y a pas (7) de livre de plain-chant ? Dirons-nous la messe tous les jours dans le vaisseau ? Aurons-nous partout de la matière de consécration ? Si nous n’avons qu’une chapelle, comment faire, quand nous serons divisés ? N’y a-t-il point d’obstacles à notre religion pour toutes nos fonctions, nos habits de prêtres ? Faut-il avoir

3) Philippe Vageot, clerc, né à Bellegarde (Ain), entré dans la congrégation de la Mission le 3 mai 1645, à l’âge de vingt et un ans, reçu aux vœux le 12 octobre 1647, ordonné prêtre en septembre 1648, placé à la maison de Saintes peu après son ordination, supérieur de cet établissement de 1651 à 1655, année de sa sortie de la compagnie.

4) Antoine Maillard.

5). Seconde épître aux Corinthiens XII, 7.

6). Il n’y avait à Madagascar, dans la région qu’allaient habiter les missionnaires, qu’un seul prêtre, M. de Bellebarbe.

7). Il n’y a pas, n’y a-t-il pas ?

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des bonnets carrés, des surplis ? Pourrons-nous établir des confréries de la Charité, recevoir des exercitants ? Comment réglerons-nous notre temps sans horloge ou montres ? Pourriez-vous nous envoyer le règlement de la Mission comme on y a mis la dernière main (8) ? Pourrons-nous admettre des compagnons de ce pays, ou pour être prêtres et instruire ? Y a-t-il des évêques, ou aurons-nous quelques coadjuteurs d’ici ou de là ? Le frère J. Bance (9) s’était offert, comme vous savez. Faut-il accepter quelque fondation pour notre subsistance en particulier et faire bâtir sans vous en avoir écrit ? Cela serait bien long.

Il y aurait possible (10) d’autre chose à vous proposer, auxquelles vous suppléerez en nous donnant de nouveaux avis, si vous n’y avez déjà pourvu par M. Gondrée. Vous aurez encore assez de temps pour répondre à la présente, avant que nous partions, si vous en prenez la peine, par la première poste, à quoi nous nous attendrons. Aurons-nous un encensoir, de l’encens, un soleil pour honorer N.-S. au Saint Sacrement de l’autel ? L’aurons-nous toujours consacré dans le vaisseau ? Tâcherons-nous de faire faire des confessions générales à tous ceux du vaisseau ? Ferons-nous lecture de table sur le chemin et là. ? Pourrons-nous avoir sur le chemin et au pays la liberté de garder l’ordre de la journée d’un missionnaire, faire des conférences entre nous et en faire avec ces messieurs du vaisseau, s’ils y sont disposés, et aussi, dans le pays, aux enfants, aux hommes (11) ? Si nous avions des indulgences beaucoup à distribuer et des messes privilégiées, des prières de 40 h., etc., cela exercerait la dévotion.

J’attendrai la vôtre pour vous dire adieu et faire mon testament (12) avant que mourir moralement à tout le pays. Offrez-nous derechef aux prières de la compagnie, sans lesquelles j’aurais bien moins de confiance pour une telle entreprise, à laquelle ces marchands qui y vont pour le temporel me serviront d’aiguillon ou de confusion, si je ne fais pour la gloire de Dieu et le salut des âmes autant comme eux pour

8) Avec les dernières modifications.

9). Jean Bance, né à Ménonval (Seine-Inférieure) en 1611, reçu dans la congrégation de la Mission, comme frère coadjuteur, le 9 novembre 1637.

10) Possible, peut-être.

11) La réponse de saint Vincent fut affirmative, et Charles Nacquart eut la joie de voir matelots et passagers répondre à son appel.

12) Le seul testament que nous ayons de Charles Nacquart est du 24 juin 1649. Il a été publié dans les Mémoires, t. IX, p. 137.

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leur trafic, quoique je craigne extrêmement de me perdre, sachant mes infirmités et l’incapacité à la conduite des âmes. N.-S. me veuille tenir la main et me donner ce que vous m’avez déjà souhaité et que vous lui demanderez avec tant d’autres bonnes âmes, dont par vous je mendie le secours.

Je suis, en son amour, inviolablement et de tout mon cœur, en celui de sa sainte Mère et de saint Joseph, Monsieur et très honoré Père, votre très humble et très obéissant et très affectionné fils.

CHARLES NACQUART,

très indigne prêtre de la Mission.

Y a-t-il danger d’écrire un petit mot à mon père pour lui demander sa bénédiction et qu’il fasse prier Dieu pour moi

1023. — NICOLAS GONDRéE, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

De Tours, ce 3 avril 1648.

Monsieur,

Votre bénédiction !

Je suis arrivé à Tours heureusement, en la compagnie de Monsieur de Bloye, qui nous conduit, par l’ordre de M. de Flacourt (1) II ne pouvait nous donner un homme de meilleure conduite, non seulement pour le temporel, mais aussi pour le spirituel. Je vous puis assurer que j’ai reçu de lui autant d’édification comme jamais j’ai reçu de personnes de sa condition, chantant et excitant les autres soir et matin et à toute heure à la dévotion. J’espère que Dieu se veut servir de lui en Madagascar ; car il m’a fait paraître autant d’ardeur comme je pourrais espérer, et autant de désir d’amplifier la gloire de Dieu en ces peuples, non seulement par les autres les défendant par sont autorité, mais aussi par les instructions familières qu’il a dessein de leur faire. II commence déjà sa mission,

Lettre 1023. — Arch. de la Mission, copie du XVIIe siècle.

1). Etienne de Flacourt, né à Orléans en 1607, gouverna la colonie de Madagascar, au nom de la Compagnie des Indes, de 1648 à 1655, au milieu de mille difficultés, suscitées surtout par les colons, qui attentèrent plus d’une fois à sa vie. Après son retour en France, il fut employé dans l’administration de la Compagnie. Il a laissé une Histoire de la grande îsle de Madagascar (Paris, 1654, in-4) et un Dictionnaire de la langue de Madagascar (Paris, 1658, in-8), qu’il a dédié à Saint Vincent.

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enseignant à communier, le Pater et le Credo ; en un mot, c’est un soleil au milieu de plusieurs étoiles ; et moi ne suis que ténèbres, à cause de mes imperfections, au milieu de ces lumières. Il voudrait que plusieurs ecclésiastiques voulussent se donner à Dieu pour la conversion de l’île ; ce qu’il m’a manifesté ; car ayant fait rencontre d’un honnête prêtre qui cherchait condition, il fut ravi de connaître la bonne volonté qu’il avait de servir à Dieu en ce pays, et après avoir sondé son intérieur, qui est très bon car il nous proteste que ce n’est point son intérêt propre qui le fait aller en ce quartier, mais la pure gloire de Dieu. avec désir de souffrir, d’obéir, de travailler et d’endurer le martyre s’il en est de besoin. Béni soit Dieu de lui avoir communiqué cet esprit ! Il espère de vos nouvelles le plus tôt que vous pourrez car il pourra acheter quelque rafraîchissement pour cela, pourvu que vous le fassiez trouver bon à Monseigneur le nonce (2), à qui, comme à vous, Monsieur, [je suis] votre très humble serviteur.

N. GONDRéE,

prêtre indigne de la Mission.

Monsieur de Bloye, M. Galiot, M. Rufin et le reste de notre bande se recommandent à vos saintes prières et à celles de toute la compagnie. Vous pensez que nous allions seulement deux missionnaires, mais ils m’ont assuré que nous ne serions point seuls ; et en quoi ils nous pourront assister, ils feront de bon cœur, et que, pour couronner leur travail, ils vous iront saluer, comme quelqu’uns m’ont promis, afin de remercier Dieu de leur voyage faisant une bonne retraite, comme quelqu’uns ont déjà fait. Plaise à Dieu qu’ils puissent exécuter ces desseins. !

Monsieur de Bloye vous prie de prendre la peine d’adresser les vôtres à M. Henry, dans La Rochelle, où il a mené ce bon prêtre, qui m’a montré toutes ses lettres en bonne forme. Ce bon prêtre m’a fait vous dire qu’il attend avec impatience vos réponses ; et nous sommes dans les mêmes désirs de savoir les succès de cette affaire. Le nom de ce bon prêtre est Abraham Louvel, de l’évêché du Mans.

Monsieur, je ne vous envoie la présente que pour satisfaire à la volonté de M. de Bloye, qui l’a ainsi désiré pour savoir votre volonté touchant ce bon prêtre, qui a été vicaire en quantité de villes, parait trop fin un peu ignorant, a été refusé à Orléans ; bref, je ne pense point que nous nous puissions accommoder avec lui. Nous attendons vos réponses.

2). Nicolas Bagni.

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1024. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1645 et 16491]

Mademoiselle,

Je trouve bon et vous promets de faire tout ce que vous me mandez.

Je m’en vas dire à cette fille que je pense qu’il est bon qu’elle demeure ici ; et cela est conforme à l’évangile.

Puisque celle de cette paroisse (2) s’en veut aller, à la bonne heure, mettez sœur Jeanne de la Croix (3) à sa place et parlez-lui en la manière que vous dites.

J’ai soin de ma santé et en aurez encore davantage ; je le vous promets, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

V. D.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

1025. — JEAN-JACQUES OLIER A SAINT VINCENT

[Avril 1648] (1)

Qui a Dieu a tout.

Monsieur,

J’ai à vous donner avis que le Père Maurice (2) a été visité

Lettre 1024 — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 3.

2). La paroisse Saint-Laurent.

3). Sœur Jeanne de la Croix, née au Mans, était entrée chez les Filles de la Charité en 1645 ou 1646. Elle fut placée à Serqueux au plus tard en 1649, devint assistante de Louise de Marillac en 1651 puis dirigea l’établissement de Châteaudun et fut encore une fois nommée assistante.

Lettre 1025. — L. a. — Arch. du séminaire de Saint-Sulpice original.

1). Date ajoutée au dos de l’original.

2) Carme déchaussé de la maison de Paris, sur la paroisse Saint-Sulpice.

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par M. du Bosquet (3) et, que M. l’abbé de Cérisy (4) conserve avec lui grande intelligence, par le moyen de Madame Seguin, qui est la pénitente affidée dudit Père Maurice, qui ne souffrira qu’avec violence que le bon Père lui soit ôté, et fera ce qu’elle pourra sur l’esprit de M. le chancelier (5) par ces messieurs et par elle-même, pour se le conserver Cette bonne dame est affectionnée au parti nouveau, autant qu’on le peut être et comme, ces jours passés, je faisais avertir, par un de nos messieurs, Madame la chancelière de donner avis à M. son mari qu’on voulait faire venir en cette ville le Père Séguenot (6), qui serait une chose périlleuse, la bonne Madame Seguin se déclara porter avec peine qu’on s’opposât à ce parti et ses suppôts. Et peut-être, Monsieur, serait-il important que vous vissiez M. le chancelier pour le prévenir sur ceci, selon que la divine sagesse vous en pourrait ouvrir les voies.

Je suis libre à vous faire savoir ces choses comme des intrigues nécessaires à découvrir dedans l’œuvre de Dieu, que vous aimez et qu’il vous charge de maintenir

OLIER.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission.

1026. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

Au mois d’avril 1648.

Monsieur,

J’écris à Madame la marquise de Senecey (1) et la supplie de

3) Le futur évêque de Lodève.

4). Germain Habert, abbé de Cérisy (Manche), membre de l’Académie française, auteur d’une vie du cardinal de Bérulle, mort en 1655.

5). Pierre Séguier.

6). Claude Séguenot, né à Avallon le 6 mai 1596, quitta le barreau pour entrer à l’Oratoire en 1624. Il se lia de bonne heure avec l’abbé de Saint-Cyran. Sa traduction française du livre de saint Augustin sur la virginité lui valut quatre ans d’emprisonnement à la Bastille (1638-1643) et la censure de la Sorbonne. Il fut supérieur à Nancy, Dijon, Rouen, Saumur, Tours, fut nommé assistant du général en 1661, 1666 et 1669 et gouverna l’Oratoire de Paris de 1667 à 1673. Il mourut dans cette ville le 7 mars 1676. Plusieurs de ses ouvrages sont restés manuscrits

Lettre 1026. — Arch. de l’évêché de Cahors, copie prise sur l’original.

1) Marie-Catherine de la Rochefoucauld, comtesse, puis duchesse

294 - représenter à la reine l’état déplorable du diocèse de Rodez, qui est quasi aussi ruiné que celui de Périgueux, excepté que les églises n’y sont pas si ruinées et qu’il y a plus d’ecclésiastiques, les mœurs desquels sont si dépravées que dès lors que Mgr de Rodez (2) fut mort, ils quittèrent l’habit clérical. Les uns pendaient leurs soutanes aux fenêtres des cabarets, les autres buvaient à sa santé, et ceux qui avaient quitté leurs concubines les reprirent La première action que firent les vicaires généraux fut de casser toutes les ordonnances que ce prélat avait faites pour la réforme de son diocèse ; ce qui a rempli d’un si grand scandale toute cette province, que je ne saurais l’exprimer, que c’est un des plus grands diocèses de ce royaume et de la plus difficile conduite qui se puisse voir à cause des esprits des personnes de ce pays-là, qui sont très, fâcheux, et qu’il (est) tout à fait nécessaire que Sa Majesté y pourvoie d’un homme apostolique, et que je la supplie de dire à Sa Majesté, ou comme venant d’elle-même, ou comme l’en ayant suppliée. Je vous ai voulu mettre ici ce que je lui ai écrit, afin que vous vous en serviez dans l’occasion. Je vous supplie, au non de Dieu, d’apporter tout le soin qui vous sera possible afin que ce diocèse soit pourvu d’un pasteur tel que l’état auquel il est réduit le requiert. Il n’est pas seulement nécessaire que ce soit une personne apostolique, mais encore qu’il soit doué d’une grande force d’esprit et d’un grand cœur. Serait-il possible que la reine, par quelque considération d’état, voulut mettre là une personne qui n’eut pas les qualités requises pour réformer ce diocèse ? Je ne le puis croire de cette bonne princesse, et en aurais grande douleur, si cela arrivait. Si vous voulez lui dire ce que je vous ai écrit, vous pouvez bien assurer Sa Majesté que cela est très véritable. Il y a bien peu de personnes qui sachent mieux l’état de ce diocèse que moi. Il entoure le mien plus de vingt lieues de France et il cause des maux que je ne saurais vous dire. Quelque diligence que j’y apporte de mettre sur les frontières de bons vicaires forains d’y faire de fréquentes visites et y envoyer souvent nos missionnaires, néanmoins cela n’empêche pas qu’il n’en reçoive de grands dommages tant les mœurs des ecclésiastiques de ce pays sont scandaleuses et dépravées.

de Rendan, première dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche, gouvernante de Louis XIV durant son bas âge, mariée à Henri de Bauffremont, baron de Senecey, qu’elle perdit en 1622, morte le 10 avril 1677 à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.

2). Charles de Noailles, mort le 27 mars 1648. On lui donna pour successeur, le 10 juin 1648, Hardouin de Péréfixce, le futur archevêque de Paris.

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Le bon Monsieur Ferrier (3) s’est retiré, qui avait, dans le peu de temps qu’il y a demeuré, travaillé beaucoup pour la réforme de ce clergé, et s’était acquis une grande réputation et créance dans tout ce pays, etc.

Laissera-t-on toujours le pauvre diocèse de Périgueux dans la misère ? J’avais envie d’écrire à Madame la Marquise de Senecey ; et si voulez le dire à la reine, que je vous l’ai mandé et qu’il n’y a rien de quoi Dieu lui fasse tant rendre compte que de ne pourvoir les évêchés de pasteurs qui aient les qualités requises et de n’y avoir assez tôt pourvu. Dieu inspire Sa Majesté de faire choix de personnes qui soient selon son cœur. !

Je suis cependant, Monsieur, etc.

ALAIN,

év de Cahors.

1027. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

Du 24 avril 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! (a)

Je vous prie de terminer toutes choses avec Messieurs les administrateurs de l’hôpital avant votre retour. A ce que je vois, il n’y aura pas de grandes difficultés. Ils approuvent déjà que la direction spirituelle nous demeure tout entière ; et en cela ils se conforment à ceux de l’Hôtel-Dieu de Paris, qui ne prennent aucune connaissance que du temporel, laissant le reste aux

3) Disciple du Père de Condren et collaborateur de Jean-Jacques Olier, un des fondateurs du séminaire de Saint-Sulpice. Venu à Rodez à la demande de l’évêque, Charles de Noailles, qui lui conféra les titres de grand vicaire et d’official. *Il fit reconnaître comme séminaire diocésain le séminaire à Villefranche, fondé par Raymond Bonal. et travailla à la réforme du diocèse avec tant de succès, qu’après six mois de séjour il jugea son œuvre accomplie et retourna à Paris.

Lettre 1027. — Recueil des exhortations et lettres de saint Vincent, première partie, p. 286.

*Reg.2, p. 103.

a) Coste demande de supprimer les lignes 19 à 21…. ??? VIII, 627.

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soins de Messieurs de Notre-Dame (1), et ceux-ci ne servent pas ledit Hôtel-Dieu par eux-mêmes, mais ils le font desservir par d’autres ; ils se contentent d’en députer un d’entre eux pour voir en général si tout va bien. Nous ferons volontiers de même, et j’assure Monsieur de la Coste que je n’ai jamais entendu faire autrement, à cause que le service des hôpitaux ne s’accorde pas avec nos fonctions. Nous mettrons dans celui des forçats des prêtres externes, que nous choisirons dans les séminaires, et un des nôtres veillera sur eux et travaillera avec eux.

1028. — A DENIS GAUTIER, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

De Paris, ce 26 avril 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Oui, Monsieur, allez remercier, s’il vous plaît, Monseigneur l’archevêque de Tours ; sa charité et sa courtoisie exercée vers les vôtres méritent bien ce voyage. En lui témoignant votre reconnaissance, faites-lui connaître la mienne et le suppliez d’agréer le renouvellement des offres de mon obéissance, que je lui fais par vous avec toute l’humilité qu’il m’est possible.

Je rends grâces à Dieu de la nouvelle dignité de Messieurs Constantin (1) et Manceau (2) ; saluez-les de ma part

1) Les chanoines de Notre-Dame de Paris.

Lettre 1028. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) François Constantin, né à Limoges, entré dans la congrégation de la Mission le 19 décembre 1643, à l’âge de vingt. ans, reçu aux vœux le 25 décembre 1645, ordonné prêtre le 31 mars 1648.

2). Simon Manceau, né à Kalembourg hameau de la commune de Laumesfeld (Moselle), reçu dans la congrégation de la Mission le 17 janvier 1645 à l’âge de vingt-quatre ans, ordonné prêtre le 31 mars 1648. Il était encore à Richelieu en 1651.

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et leur dites, s’il vous plaît, que j’ai prié et prierai encore Notre-Seigneur qu’il leur donne toujours de nouvelles dispositions pour le Sacrifice, et la grâce de ne l’offrir jamais par coutume ; que je les supplie de se souvenir de moi, quand ils prononceront Nobis quoque peccatoribus, comme du plus grand pécheur qui soit sur la terre. C’est en cette vue, Monsieur, que je me recommande pareillement à vos prières et à celles de votre communauté, à laquelle et à vous en particulier je fais don de mon cœur et de tout ce que je suis, quoique tel que je viens de dire.

Je suis bien aise que M. du Coudray se porte mieux, et de la liberté que vous lui donnez de demeurer à Bois-Bouchard (3). Je vous conjure, Monsieur, de le supporter en cela et au reste (4) autant que vous le pourrez, et moi particulièrement, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

M. Lambert ne vous fait point de réponse, parce qu’au sortir de sa retraite, où il honorait celle de Notre-Seigneur au ventre de son incomparable Mère, il a voulu encore honorer son enfance, en demeurant au séminaire, où il est rentré depuis 4 ou 5 jours, Dieu sait avec quelle humilité et avec quelle édification pour la compagnie.

Au bas de la première page : M. Gautier.

3) Le fief de Bois-Bouchard, situé dans le voisinage de Marie-de-l’Etoile, appartenait aux missionnaires de Richelieu, qui y avaient établi leur maison de campagne.

4). Voir p. 286, note 3.

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1029. — LOUISE DE. MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce jour sainte Monique [4 mai 1648] (1).

Monsieur,

Je crois que Mlle Viole proposera un boulanger pour cuire à Bicêtre ; si votre charité treuve bon de dire que déjà y en a eu un qui boulange fort bien, et que l’on s’est bien treuvé de sa façon ? car j’appréhenderais bien que l’on en introduisit un autre qui ne serait pas si propre tant pour le bien des enfants que pour nos sœurs.

Monsieur le curé de St-Laurent (2) se plaint toujours de n’avoir pas ce qui lui appartient pour les baptêmes. Les dames veulent qu’il intente un procès contre Monsieur le curé de St-Christophe (3) ; mais, comme il n’a aucune copie du contrat de fondation, il ne le peut pas, outre que mondit sieur de St-Christophe se plaignait de n’en pouvoir rien tirer. Je crois Monsieur, qu’il serait nécessaire que ces dames prissent la peine d’en savoir la raison, et serait aussi bien aisé de faire donner les papiers nécessaires à Monsieur de St-Laurent.

Il m’est venu en pensée depuis hier de proposer à votre charité si elle treuverait bon pour ne pas tant choquer Monsieur le curé de Chars (4), d’envoyer ma sœur Jeanne-Christine à la place de ma sœur Turgis et de réserver la sœur Jacquette pour Chantilly (5), car je prévois qu’il nous faudra encore ôter de Chars celle qui y est demeurée pour ne pas négliger l’avertissement de la personne inconnue mais l’une et l’autre demandent à faire les vœux y a longtemps, et je crois que ce serait trop les affliger de les remettre ; il y a grande apparence que ce sera utilement, étant l’une et l’autre d’esprit assez mûr et d’âge assez avancé.

Lettre 1029. — L. a. — Original chez les sœurs de la Miséricorde de Montpellier

1) Date ajoutée au dos de la lettre par le frère Ducoumau.

2). Guillaume de Lestocq.

3). Paroisse de Paris. Elle comprenait dans son enceinte, près de l’Hôtel-Dieu, la maison dans laquelle étaient portés les enfants nouvellement trouvés. Il y avait une autre maison d’enfants trouvés sur la paroisse Saint-Laurent.

4). Commune de l’arrondissement de Pontoise. Les Filles de la Charité, établies dans la localité depuis 1647, avaient beaucoup à souffrir des tendances jansénistes de M. Pouvot, curé de la paroisse.

5) Les Filles de la Charité y avaient un établissement depuis l’année précédente. (Cf. Chantilly par le chanoine Eugène Muller Senlis, 1913, in-8°)

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S’il vous plaît prendre la peine nous donner réponse en ce sujet au plus tôt à cause que le temps presse pour Chars et moi de me dire, Monsieur, votre très obéissante servante et indigne fille.

LOUISE DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1030. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

Du 8e mai 1648.

C’est bien dit, Monsieur, qu’il ne faut pas que le supérieur de la maison de Marseille demande avis à Messieurs les administrateurs, quand il sera question de mettre ou de changer des prêtres externes dans l’hôpital : je veux dire qu’il ne faut pas que cela lui soit une obligation. Il aura droit de les établir et de les destituer par lui-même, comme un curé son vicaire. Vous ajusterez donc toutes choses conformément au mémoire que je vous ai envoyé, et en conviendrez par écrit, si ces messieurs le désirent, particulièrement au cas que les patentes de la fondation, ou les règlements qu’ils ont faits, nous obligeassent ou à d’autres choses, ou à faire autrement que ledit mémoire ne porte, lequel écrit se pourra insérer à la suite de leur règlement, si vous le jugez à propos. Vous pourrez aussi convenir des autres circonstances, comme du temps et des occupations, non toutefois pour nous obliger à faire aucun service solennel dans la chapelle, bon pour y prêcher une fois le mois et y faire le catéchisme parfois. Notre maison est trop pauvre pour entretenir les prêtres qu’il faudrait, s’il fallait chanter et faire tout ce que ces messieurs demandent.

Lettre 1030. — Reg. 2, p. 104

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Dites-leur que nous ferons le mieux que nous pourrons, et avec le plus d’ajustement à ce qu’ils désireront. Après cela ne nous amusons point à vouloir pénétrer dans leurs intentions pour l’avenir ; car pour voir en eux tant de circonspection en ce commencement, il ne faut pas s’imaginer qu’ils aient dessein d’empiéter sur le spirituel, mais seulement de bien faire les choses, selon leurs lumières présentes.

1031. — JULIEN GUéRIN, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

Tunis, mai 1648.

Il m’est impossible de vous exprimer combien grands ont été les gémissements et les pleurs des pauvres esclaves, de tous les marchands et de M. le consul (1) et combien de consolation nous recevons de leur part. Les Turcs mêmes nous viennent visiter dans notre affliction, et les plus grands de la ville de Tunis m’ont envoyé offrir de leur part secours et service. Enfin, Monsieur, je vois évidemment qu’il fait bon servir fidèlement Dieu, puisque dans la tribulation il suscite ses ennemis mêmes pour secourir et assister ses pauvres serviteurs. Nous sommes affligés de la guerre, de la peste et de la famine, même excessivement, et avec cela nous sommes sans argent ; mais pour ce qui regarde notre courage il est très bon, Dieu merci ; nous ne craignons non plus la peste que s’il n’y en avait point. La joie que nous avons, notre frère et moi, de la santé de notre bon M. Le Vacher, nous a rendus forts comme les lions de nos montagnes.

1032. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

13 mai 1648

Monsieur,

Nous sommes pressées d’envoyer deux de nos sœurs, l’une

Lettre 1031. — Abelly, op cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § I,

1er éd., p. 94

1) Martin de Lange. Ces gémissements avaient eu pour cause la crainte de perdre Jean Le Vacher, que la peste avait failli emporter.

Lettre 1032. — Hospice de Dourdan, copie.

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à Crespières (1) et l’autre à Maule ; et ce sont de celles qui ont demandé, il y a bien longtemps, à votre charité de se donner à Dieu par les vœux. Il y a bien six à sept ans qu’elles sont dans la compagnie, sans avoir jamais témoigné aucun dégoût, mais, au contraire, elles ont toujours été de très bon exemple S’il plaît à votre charité leur permettre demain matin, avant de partir entendre la messe et faire cette sainte action ? Elles ne partiront que sur les midi. Vous nous ferez, s‘s’il vous plaît, la charité de nous faire avertir, si vous l’agréez, et si nous aurons le bien d’entendre de vous la sainte messe pour ce sujet.

J’ai bien grand besoin que Dieu me fasse la grâce de vous parler et que votre charité me croie toujours, Monsieur, votre très obéissante fille et très humble servante.

LOUISE DE MARILLAC.

L’une de nos sœurs s’appelle Andrée, qui est près de Tours, et l’autre Catherine de Gesse, qui servait les pauvres à Saint-Gervais.

1033. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES

De Paris, ce 15 mai 15 1648.

Je ne puis cesser, Monsieur, de vous recommander votre santé ; elle m’est si chère et si utile aux âmes, que je vous supplie derechef de faire votre possible pour la recouvrer, suspendant toute sorte de travail et suivant exactement les avis des médecins. Souvenez-vous, Monsieur, que saint Augustin dit que qui n’obéit aux médecins fait ce qui est en lui pour se donner la mort ; nous lirons cela un de ces jours à l’office. J’espère donc que vous serez fidèle à leurs ordonnances et que vous donnerez cette consolation à la compagnie, après tant d’autres qu’elle en a reçues de vous, à qui je suis, en l’amour de

1) Commune de l’arrondissement de Versailles. Les sœurs venaient d’y fonder un établissement.

Lettre 1033. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Notre-Seigneur, Monsieur, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

M. le premier président de la cour des Aides m’a dit beaucoup de bien de M. votre frère.

Au bas de la première page. M. Martin.

1034. — DENIS GAUTIER, SUPéRIEUR A RICHELIEU,

A SAINT VINCENT

1648.

Pendant deux missions données dans le Bas-Poitou trois missionnaires ont eu le bonheur de convertir douze hérétiques notables

1035. — JEAN BARREAU, CONSUL A ALGER, A SAINT VINCENT

[Alger, mai 1648] (1)

Voici une histoire qui ne vous semblera pas moins belle que celle de l’année passée, par l’issue de laquelle vous pourrez reconnaître le secours que j’ai reçu de la main toute puissante de notre bon Dieu, qui m’a guéri encore à cette fois du mal contagieux, qui va tous les jours en augmentant Je ne puis pénétrer dans les délibérations de ses conseils mais j’appréhende avec juste raison qu’il ne jette la paille dans le feu, après en avoir cueilli le froment

Il semblait que les grands et importants services que feu monsieur Lesage, mon très cher et bien-aimé père et maître rendait à notre bon Dieu, dans la personne des pauvres chrétiens esclaves, dans cette ville d’Alger, lui devaient donner un

Lettre 1034 — Abelly, op. cit., 1, II, chap. I, sect. Il, § 8,1er éd p 53

Lettre 1035. — Ms. de Lyon, f° 203 et suiv.

1) Jean Barreau écrit cette lettre après le 12 mai 1648, jour de la mort de Jacques Lesage, dans le courant de ce même mois.

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siècle de vie, et que les lâchetés devaient bientôt trouver leur fin dans la fin de la mienne. Je vois tout le contraire, à ma confusion.

Il n’a paru en cette ville que comme un éclair, mais qui a laissé des marques très sensibles de ses effets et qui l’ont d’autant plus fait considérer qu’il sont plus considérables. Sa mission na pas été si longue que celle de feu Monsieur Nouelly ; mais son travail a bien été aussi grand, à cause de la grande quantité d’occasions que Notre-Seigneur lui a présentées depuis le jour des Cendres dernier, qu’il est entré en cette ville, jusques au 12 du présent mois, qu’il est allé à la gloire, tout ce temps n’ayant été qu’une suite continuelle de soins et de sollicitudes pour le secours tant spirituel que temporel des pauvres malades tant de la peste que d’autre maladie.

Son premier soin après son arrivée fut de s’informer exactement de la manière avec laquelle mondit sieur Nouelly se comportait à l’égard des pauvres chrétiens esclaves et sa méthode pour les secourir, et après, pour les porter à faire des fruits dignes de pénitence par de salutaires exhortations qu’il faisait dans les bains de Cheleby et du Collorgli, qui sont deux personnes puissantes dans la ville, tant à la fin de la messe que des vêpres, à la fin desquelles il leur faisait faire quelquefois les prières du soir, ainsi qu’il avait fait, au commencement de sa messe, celles du matin ; ce qui ne s’était encore pratiqué dans cette ville ; et pour obliger un chacun à entrer en cette sainte coutume, il avait fait traduire les prières en langue espagnole, comme étant la plus vulgaire en cette ville, à quoi nous travaillions à l’heure même que la violence de son mal l’obligea à se mettre au lit.

A la fin de ses exhortations, il suppliait tous les assistants de le faire avertir quand quelqu’un d’entre eux ou de leur connaissance serait tombé malade, soit de peste, ou d’autre mal, et qu’il les assisterait même au péril de sa vie. Cette supplication était faite avec un si grand sentiment d’amour qu’il tirait les larmes des yeux d’un chacun. Mais ce n’était encore rien au regard du zèle avec lequel il exécutait ce qu’il leur avait promis ; ce qui lui donna un tel crédit parmi les pauvres chrétiens qu’ils accouraient à lui de tous cotés pour être secourus ou spirituellement ou corporellement, selon leurs nécessites et comme il appréhendait que ses paroles n’eussent pas assez d’efficace sur leurs esprits, il leur promettait de récompenser de quelque somme d’argent ceux qui lui feraient la faveur dont il était si fort altéré, qu’il avait toujours des chrétiens à sa solde, qui ne faisaient autre chose que d’aller par la ville s’informer où il y avait des malades,

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tellement que ce que sa faiblesse ne lui permettait pas de faire par lui-même, il le faisait par l’entremise d’autrui ; et pour ce qui dépendait de son ministère il le faisait avec une ardeur très grande, tant en l’ad ministration des sacrements qu’autres secours

/I savait accompagner son zèle avec une telle discrétion et prudence qu’il envoyait premièrement le sieur Claude Didier, apothicaire, qu’il avait amené avec lui de France, pour trouver quelques moyens de parler aux malades. Que si en effet, il y avait de la peine d’entrer, il faisait entendre au patron qu’il ne pouvait donner remède à son esclave que le médecin ne l’eut visité, et qu’à cet effet il lui en amènerait un. Et de cette manière, il avait entrée où il y avait péril de la vie.

A la faveur donc de cette invention ils entrèrent tous deux dans la maison d’un Turc, lequel d’abord les repoussa rudement ; mais lui ayant dit qu’ils étaient l’un médecin, l’autre chirurgien, qu’ils venaient visiter son chrétien malade, il leur permit et voulut entrer avec eux. Le sieur Didier, voyant que sa présence les pouvait empêcher, se mit à discourir avec lui, et insensiblement le fit sortir du trou où gisait ce pauvre malade, cependant que notre médecin faisait son pieux office. Le Turc croyait bonnement tout ce qu’on lui disait touchant la personne qui était avec son esclave. Mais les femmes étant survenues sur ces entrefaites reconnurent que c’était un papas ; c’est ainsi qu’ils appellent les prêtres. Notre bon Dieu toutefois, qui voyait de bon œil tout cet artifice, leur donna assez de retenue pour ne le point déceler, à moins de quoi il y avait grand danger pour l’un et pour l’autre. Ainsi leur invention réussit, à l’avantage du pauvre chrétien, à la plus grande gloire de Dieu

Une autrefois, il se servit du même artifice pour entrer dans la maison d’un Turc puissant, où il y avait un pauvre chrétien et un renégat espagnol, tous deux frappés de peste, et, nonobstant les deux dangers apparents, l’un de la peste, l’autre du feu, il se résolut d’y entrer, à quelque prix que ce fut. En effet, il lui réussit en telle façon que le renégat, qui était couché à coté du chrétien, entendant les exhortations qu’il lui faisait et les regrets qu’il témoigna alors, il fut touché d’un très sensible déplaisir d’avoir quitté notre sainte foi, et demanda instamment le sacrement de pénitence ; ce que notre bon médecin jugea bon de différer jusqu’au soir pour prendre ce petit avis et conseil sur ce qu’il avait à faire en telle occurrence. Il lui fit faire cependant quelques actes de contrition, dans l’espérance qu’il avait de retourner sur le soir ; à quoi il ne manqua pas, quoique je lui eusse repré

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senté qu’il n’y allait pas moins que du feu et que, si le renégat, en mourant, refusait de dire certaines paroles qu’ils ont entre eux, on attribuerait cela à sa visite ; ou qu’il revint en convalescence, toujours il y avait du péril. Tout cela n’empêcha pas qu’il ne retournât le soir même. Mais, hélas. ! que les jugements de Dieu sont équitables ! il trouva que Notre-Seigneur en avait déjà disposé et qu’il était mort.

De la part du chrétien, il n’y avait pas moins de danger, à cause que le patron avait dessein de le rendre turc Ledit sieur Didier y est retourné plusieurs fois, sans que jamais on lui ait voulu permettre de le revoir. Notre bon médecin voulut tenter encore une fois pour exhorter ce pauvre chrétien à tenir ferme en la foi. Mais le jour même qu’il devait exécuter son dessein, il tomba malade ; et ainsi du depuis nous n’en avons pas ouï parler du tout Ce qui nous donne sujet d’appréhension est que certaines femmes avaient grand soin de lui pendant sa maladie et que, se faisant fortes de sa faiblesse, elles ne le pervertissent.

Il me semble, Monsieur, qu’en voilà assez pour faire un martyr desiderio. Ce n’est pas la seule occasion où il s’est offert à la mort. Il y en a quantité d’autres, que son humilité nous a cachées. Peu de temps avant que de tomber malade, son zèle le porta à entrer dans une maison où étaient des personnes frappées de peste, pour aller secourir un pauvre chrétien mourant. Et ce même zèle le fit entrer dans une autre maison d’où tout le monde avait fui ; et trouvant tout raide mort celui qu’il cherchait, sans s’effrayer aucunement, se mit à genoux à ses pieds, et ayant dit un De profundis pour son âme s’en alla chercher son aventure ailleurs. O Monsieur, que je la trouve heureuse !

Si ses forces avaient été égales à son courage, il nous aurait bien donné de la matière pour nous entretenir, encore que je n’en manque pas, par la grâce de Dieu. Si je voulais spécifier en détail toutes ses actions héroïques y ayant eu peu de jours auxquels il ne lui soit arrivé quelque chose digne de remarque, si je pouvais ressusciter les chrétiens qui sont morts de peste dans l’hôpital de Cheleby ou dans le bain de la Douane, ils nous découvriraient bien des choses qu’il nous a tenues cachées. Enfin, je pense tout dire en disant qu’il n’y a aucun chrétien, de quelque nation qu’il soit qui ait imploré son secours dans sa maladie, telle qu’elle fût qui n’ait été assisté par lui avec une charité incroyable.

Parmi ses hautes occupations, il se ressouvenait toujours de ses bains, dans lesquels il prêchait avec tant de bénédiction que nous avons vu des esclaves qui ne s’étaient confessés de 10, 12 et 14 années, se venir jeter à ses pieds à Pâques

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et faire leurs devoirs avec des généreuses résolutions de se défaire de leurs mauvaises habitudes.

La semaine sainte arrivant il redoubla ses exhortations qu’il faisait après les ténèbres, que nous chantâmes ces trois jours accoutumés. Le jeudi saint, il fit la cérémonie du lavement des pieds avec une telle dévotion qu’il tirait les larmes des yeux d’un chacun. Et comme j’étais là présent, j’en versai aussi une petite part.

Le lendemain, il prêcha la passion, tenant le crucifix à la main, à la fin de laquelle il demanda justice, à l’encontre de ceux qui négligeraient leur devoir. Ensuite il fit faire une protestation générale à tous ses auditeurs de se mettre en état de bons chrétiens ; à quoi la plupart ont été fidèles. Et pour en faciliter les moyens, comme ils n’étaient que deux prêtres, il résolut de. coucher la nuit dans le bain pour entendre les confessions de ceux qui se présenteraient. Le jour suivant, il célébra l’office avec toutes les cérémonies et dévotion que le temps et le lieu pouvaient permettre.

Après avoir parlé au mieux qu’il m’a été possible, mais non pas comme l’importance du sujet le mérite, de la manière qu’il a traité avec les étrangers il me semble qu’il ne sera pas hors de propos de dire trois mots de sa douceur à régler les choses domestiques, par le moyen de laquelle il a su me réduire peu à peu à ce que bon lui a semblé, comme aussi tous ceux de la maison.

Je me suis donné l’honneur de vous écrire ci-devant les dispositions que j’avais apportées à le recevoir, et la grande tranquillité qu’elle m’avait causée. C’est pourquoi je n’en parlerai point ici. jamais qu’il ne l’a oui contredire à quoi que ce soit. Il approuvait avec flatterie tout ce qui s’y faisait ; et la sympathie qui était entre nous était si grande que, quand il était dehors, j’étais en peine, et, lorsqu’il ne me voyait point, il n’était point en repos. Nos affections étaient si unies que nous n’avions tous deux qu’un cœur, avec cette différence toutefois que le mien était bien éloigné de la l’affection du sien. Mais, hélas ! que ce bonheur n’a pas duré ! Il me semble que ce n’est qu’un songe.

Par tout ce que dessus il est aisé à juger que son mal n’est provenu que de son assiduité à secourir les pauvres malades de peste et autres maladies qui l’obligèrent, le vendredi cinq du présent mois à se mettre au lit. La nuit précédente, il avait ressenti quelque douleur en l’aine droite, qui l’avait obligé d’appeler ledit sieur Didier pour le visiter, qui lui conseilla de se remettre dans le lit ; mais comme il préféra le salut des âmes à celui de son corps, il n’eut pas assez de force sur son esprit pour l’empêcher d’aller dire

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la messe au bain de la Douane, et qu’il ne repassât, au retour, au bain de Cheleby, où Le R. P. préfet des capucins s’était rendu pour chanter une grand’messe de saint Roch, à l’instance des majordomes dudit bain, à laquelle il devait faire L’office de diacre. La sainte messe achevée, avec beaucoup de fatigue pour lui, nous retournâmes à la maison où il me déclara son mal ; et après avoir travaillé avec lui fort longtemps à la traduction des prières dont j’ai parlé ci-dessus, il fut contraint de se mettre au lit, sur les deux heures après midi, avec une certaine joie et allégresse de se voir arrêté pour un si beau sujet ; ce qui me fit répandre des larmes d’une douce consolation, faisant réflexion que M. Nouelly était tombé malade un pareil jour de vendredi.

Après quoi nous le visitâmes et trouvâmes que la peste était déjà toute grosse. Environ une heure après, le charbon parut au dessus, à la distance d’un travers de doigt, ce qui nous donna d’abord bonne opinion.

Aussitôt ledit sieur Didier lui appliqua les remèdes, pour aider à la nature, qui semblait vouloir faire son effet d’elle-même. Nous lui fîmes prendre cependant des potions cordiales avec des bouillons ; mais la faiblesse de son estomac les lui fit vomir ; ce qui obligea ledit sieur Didier de lui appliquer un épithème sur l’estomac de thériaque, etc. Il avait fort peu de fièvre sans mal de cœur, ni de tête ; ce qui nous laissait espérer que ce ne serait rien, ou au plus qu’il en serait quitte pour le mal. Nous ne laissâmes pas que de le faire confesser sur le soir et, le lendemain, lui donner le sacré viatique. Néanmoins, comme il dormait peu et avec de grandes inquiétudes, on jugea que son mal s’était déjà emparé du cœur. C’est pourquoi on jugea à propos de lui donner dimanche matin, l’extrême-onction, pendant qu’il avait encore le jugement bon, après laquelle il me demanda la formule des vœux que ceux de la compagnie font entre vos mains, qu’il me pria de lire mot à mot et qu’il répéta avec une très grande ardeur, et de vous assurer qu’il mourait avec tous les sentiments que la compagnie demande de ses sujets ; et quand il plairait à notre bon Dieu de lui renvoyer la santé, il protestait de l’employer au salut des âmes jusqu’au dernier soupir de sa vie. le vous assure que cela me tira les larmes des yeux. Après lui avoir demandé à genoux sa bénédiction et me l’avoir donnée, je lui répétai mot à mot la même formule des vœux et le priai qu’arrivant devant Dieu au ciel il portât pareil témoignage devant sa divine Majesté qu’il me commandait de porter devant les hommes. Je l’embrassai, à l’heure même, avec toute la cordialité qu’il me fut possible, protestant de mourir plutôt à ses

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pieds que de l’abandonner. Et s’étant ressouvenu d’une certaine croix d’argent qu’il portait à son col, dans laquelle il y avait des reliques, il se l’arracha lui-même, disant qu’il faisait scrupule de mourir avec ce trésor et me le remit entre mes mains pour en disposer ainsi qu’il vous plairait. Et lui ayant demandé s’il ne la portait pas avec permission il me dit qu’à la vérité vous la lui aviez bien donnée, mais que vous ne pensiez pas qu’elle fut de telle conséquence. Voilà, Monsieur, jusqu’où a été son détachement.

Cependant la faiblesse de son estomac lui ayant fait rejeter jusqu’aux restaurants que nous lui avions faits, voyant qu’il ne pouvait supporter les bouillons, enfin le mardi 12 du présent mois, il lui survint une petite sueur, qui lui dura environ un quart d’heure, et que nous pensions être une crise, après laquelle il demeura froid par les extrémités. Puis nous lui demandâmes comment il se trouvait, et nous dit qu’il lui semblait être en repos Et lorsque nous le croyions ainsi un quart d’heure après il se trouva à l’agonie. Aussitôt je me saisis de son crucifix et le lui fis baiser en faisant un acte de contrition, qu’il répéta mot à mot. Puis je lui fis dire Maria mater gratiae et dix ou douze fois le sacré nom de Jésus et de Marie. En suite de quoi le R. P. Sébastien (2) religieux de Notre-Dame de la Merci, lui donna indulgence plénière, en vertu de son Ordre, avec absolution générale ; et un moment après il mourut, les mains jointes, sans aucune violence, ni perte de jugement.

Voilà, Monsieur, une mort autant à souhaiter que la vie a été exemplaire et à imiter, et qui nous fait bien reconnaître que in brevi explevit tempora multa, étant mort à l’âge de 36 ans, ainsi que, peu de temps auparavant, il m’avait dit son âge.

Si feu Monsieur Nouelly a été regretté, il ne l’a pas moins été ; les pleurs des pauvres chrétiens en sont de véritables témoins, qui disent tout haut avoir perdu leur père.

Le lendemain, nous le portâmes à Bab-Azoun, auprès de feu M. Nouelly, en compagnie de quatre ou cinq cents chrétiens, pleurant de se voir abandonnés dans le danger qu’ils courent d’autant que les autres prêtres ne se veulent pas tant hasarder ; et à moins que des cœurs pareils à ces deux Messieurs, à peine seront-ils secourus.

Le jour même fut dite sur son corps la première messe dans notre chapelle, que j’avais fait mettre dans un autre lieu,

2) Sébastien Brugière.

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à cause qu’elle était trop petite. La messe fut dite par un religieux bénédictin qui est le seul prêtre que nous ayons de ces trois que l’on disait être observantins, pris depuis peu. Notre défunt a eu un avantage par dessus les autres, parce qu’aussitôt qu’un chrétien meurt, il est portée en terre.

Ce matin a été chanté un service solennel au bain du roi où a assisté un bon nombre de chrétiens, autant que le loisir leur a pu permettre. Le R. P. capucin a parcouru en trois mots quelqu’une de ses actions les plus principales ; mais, comme il y a peu de temps qu’il est en cette ville, il ne pouvait pas avoir la connaissance de tout ce qui lui est arrivé. Voici à peu près ce que j’ai pu retenir de son langage : que plus les choses sont parfaites, plus elles doivent être regrettées, quand nous les perdons. Il prouva sa perfection par sa mortification, étant mort à lui-même, puisque, sans considérer les intérêts de sa santé, il s’est exposé pour le salut de ses frères ; et a allégué Le passage de l’Apocalypse Beati mortui et avec l’application de saint Ambroise. Il la prouva aussi par sa simplicité et sa douceur, en le comparant à cet enfant de l’évangile auquel Notre-Seigneur disant les commandements de Dieu, il lui fit réponse : hac hora, etc. ; et quand ce viendrait au jugement notre défunt pourrait bien dire la même chose. Il la prouva aussi par sa charité, s’étant exposé si généreusement à venir en cette ville, sachant bien que le mal était si grand, Majorem caritatem, etc. Et enfin il conclut qu’il y en avait assez pour faire un martyr. Mais qu’eut-il dit s’il eut su ce qui est ci-dessus !

Le R. P. Sébastien lui a donné tout le secours qui lui a été possible. Je puis dire que sa charité est grande, puisqu’aussitôt qu’il apprit sa maladie, il se vint offrir à lui et ne l’abandonna qu’en le mettant en terre.

Ledit sieur Didier, qui avait une inclination particulière pour ses vertus, a fait humainement tout ce qui lui a été possible pour contribuer à sa santé ayant toujours couché en sa chambre pour être plus prompt à le secourir,, quelque danger qu’il y eut eu.

Les pauvres René Duchesne et Jean Benoît, qui n’espèrent point de liberté que de votre secours, se sont employés de toute leur affection.

Enfin, Monsieur, tous y ont fait leur devoir. Il n’y a que moi qui m’en suis très mal acquitté dont je vous demande très humblement pardon. Ce sont les sentiments avec lesquels je suis obligé de fermer la présente, qui va par voie du bastion, en vous assurant que je m’estimerai bienheureux si, après une si belle vie, je pouvais avoir une si belle mort, que le vous prie d’obtenir pour moi de notre bon Dieu, en

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l’amour duquel je suis, de tout mon cœur, Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur.

BARREAU.

Je vous demande pardon de la précipitation avec laquelle la présente est achevée. Nous pensions que la galère ne dût partir que demain. Il vient de venir un ordre de la faire partir tout à l’heure Le R. P. capucin est fort malade ; on ne sait ce que c’est. L’autre prêtre est en galère où sont allés René Duchesne et Jean Benoît. Je suis à présent seul.

1036. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Il est vrai que j’ai une affection toute particulière pour la fête de la Pentecôte et que ce temps-ci de son attente m’est très cher. Je me souviens d’avoir eu, y a quelque temps, une grande consolation, Oyant un prédicateur dire que ce fut en ce jour-là que Dieu donna sa loi écrite à Moïse, et qu’en la loi de grâce il avait donné, en ce même jour, à son église la loi de son amour, qui portait puissance de l’effectuer. Et parce que, en ce même jour, il a plu à Dieu mettre en mon cœur une loi qui n’en est jamais sortie, nonobstant toutes mes méchancetés (2), je souhaiterais volontiers, s’il m’était permis, qu’en ce même jour sa bonté fit entendre les moyens d’observer cette loi selon sa sainte volonté. Je ne sais si ce n’a point été pour cela que j’ai eu pensée de vous demander permission de nous disposer à cette fête par la privation de la sainte communion ces onze jours que la sainte Vierge, les apôtres et saintes femmes ont été séparés de leur cher Maître nous servant aussi de cette occasion pour penser au mauvais usage que nous avons fait toute l’année de nos communions, afin d’exciter en nous un nouveau désir de communier avec plus de ferveur et d’utilité pour la gloire de Dieu, et afin aussi de participer avec les apôtres au baptême qu’ils reçurent d’amour et de ferveur pour le service

Lettre 1036. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Après 1649, Louise de Marillac emploie toujours en tête de ses lettres l’expression : "Mon très honoré Père."

2), Voir lettre 753, note l.

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du prochain. Je vous supplie très humblement, Monsieur, que les faiblesses de mon esprit que je vous ai fait paraître, n’exigent point de votre charité la condescendance qui vous pourrait donner pensée que je voudrais que vous déférassiez à mes pensées ; car cela est tout à fait extorqué de mon désir, et n’ai point plus grand plaisir que quand je suis raisonnablement contrariée, Dieu me faisant la grâce presque toujours de connaître et estimer les avis d’autrui tout autres que les miens, et particulièrement quand c’est une charité. Je suis assurée de voir évidemment cette vérité, quoique ce soit en des sujets qui me soient cachés pour un temps.

1037. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES

De Paris, ce 22 mai 1648.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre, écrite en l’absence de M. Blatiron ; elle m’a donné une joie particulière, m’apprenant votre meilleure disposition ; mais je demeure contristé de vous voir délibéré (1) à retourner déjà au travail, où je crains que vous retombiez en pire état. Je vous supplie d’avoir patience, et de vous fortifier tant que vous pourrez, par le repos et les remèdes ; vous ne me pouvez donner une plus grande consolation, ni rendre plus de service au prochain, qu’en vous mettant en état de lui en rendre longuement. Ces Messieurs, à qui vous pensez donner scandale, seront, au contraire, édifiés de vous savoir bien obéissant en ceci, comme vous l’êtes aux grandes et difficiles occasions.

J’ai écrit à M. Blatiron qu’il retienne pour encore M. Brunet, bien que nous en ayons grand besoin ailleurs

Lettre 1037. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Délibéré décidé.

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Je vous supplie de recommander mon âme à Notre-Seigneur, puisque je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

Au bas de la première page. M. Martin.

1038. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES

De Paris, ce 12e juin 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie du soin que vous prenez de m’écrire, en l’absence de M. Blatiron.

Je suis après pour trouver le moyen de vous faire tenir nos lettres, sans qu’il vous en coûte rien. Il n’est pas raisonnable que le port se paye 2 fois.

J’écris à M. Alméras qu’il vous donne, s’il peut, un de ses frères, en échange d’un autre que vous lui enverrez.

Vous savez que la famille de Gênes m’est très chère et que je suis très consolé quand les sujets d’icelle sont contents et qu’en général tout y va bien. Je la recommande pour cet effet très souvent à Notre-Seigneur, et en particulier votre chère âme, Monsieur, à laquelle la mienne est collée fort intimement.

Je songe tout de bon à vous envoyer un homme d’âge, tel que vous et M. Blatiron m’avez écrit qu’il le faut, afin que ceux qui viendront à la maison aient confiance en lui.

Vous ne me dites rien de votre santé ; plaise à Dieu

Lettre 1033 — L. s. — Dossier de Turin, original.

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qu’il la perfectionne de plus en plus pour sa gloire et pour ma consolation, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

Au bas de la première page : M. Martin.

1039. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS

De Paris, ce 14 juin 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Puisque M. Lucas (1) est allé en mission, je vous supplie d’envoyer par un exprès la lettre ci-incluse à Monsieur de Saint-Aignan, qui la lui rende en main propre. Vous donnerez aussi à M. Charpentier celle que je lui écris ; peut-être se pourra-t-il rendre le porteur de la première.

Nous n’avons personne à vous donner pour les orgues, notre frère Dufresne (2) étant nécessaire de deçà.

Puisque c’est une coutume de donner à déjeuner à M. le lieutenant général, officiers et autres qui se trouvent avec lui au jour du Saint-Sacrement, cette coutume-là acquiert droit, et partant il le faut payer ; il serait difficile de s’en dispenser.

Je vous écris à la hâte, mais non sans consolation de

Lettre 1039. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) Antoine Lucas, supérieur de la maison.

2). Peut-être Denis Dufresne, coadjuteur, né à Argenteuil (Seine-et-Oise), entré dans la congrégation de la Mission le 1er novembre 1642, à l’âge de quarante et un ans

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vous assurer que votre cœur m’est cher et que je suis de tout le mien, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Au bas de la première page : M. Gentil.

1040. — THOMAS TURCHI, SUPéRIEUR GéNéRAL DES DOMINICAINS, A SAINT VINCENT

Reverendissime Pater et Domine

Tot vestrae in me meumque OrdineM pietatis titulis Vestrae Reverendissimae Paternitatis debitor factus, saepius cogor mea gratitudine vestras curas publicas sanctioresque interpellare vestramque gravare modestiam dum beneficia vestra gratus recolo. Inter haec urgent me maxime ad referendas vobis gratias quae non ita pridem effecistis pro fundatione cathedrae theologicae in studio generali Casseliensi Ordinis nostri, in Hibernia ad usum publicum tam regularium quam saecularium, id que ad instantiam Reverendi Patris Fratris Fabiani Ryan, Hiberni, Ordinis nostri, pro illo negotio a provinciali suo deputati. Et vestrum in Ordinem beneficium eo magis sensi quo publicum quoque ad Dei cognitionem et gloriam multorumque eruditionem et salutem tam proficuum quam Ordini nostro utile erit et honorificum… est quod orem et sperem ut tam pio operi ab ea manu imponatur… a qua meruit fundari, totisque profusae charitatis incentivis caeptum… urgentibus flammis consummetur. In utriusque gratiae factae et speratae vicem, mea meique Ordinis hic et ubique, maxime vero in Hibernia, offero et spondeo vota pro Vestrae Reverendissimae Paternitatis totiusque vestrae sacrae societatis conservatione et prosperitate, ut habeat ubique gratum quem sibi ubique fecit esse debitorem dum majora possim et plura quam vota quibus vobis efficaciter probem quod vere et sincere sim Vestrae Reverendissimae Paternitatis humillimus et devotissimus servus in Domino.

Romae, in conventu Sanctae-Mariae super Minervam, 15a junii 1648.

Lettre 1040 — Arch. de la Mission, copie prise à la maison généralice des Pères dominicains, Epistolae R. P. Turchi, IV p. 91.

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TRADUCTION

Très Révérend Père et Monsieur,

Le pieux dévouement de votre Paternité Révérendissime envers ma personne et mon Ordre vous donne tant de droits à ma gratitude que je suis souvent pressé, quand je me rémémore vos bienfaits, de venir vous distraire, par mes remerciements, de vos saintes et publiques occupations et blesser votre modestie.

Ce qui me presse surtout de vous témoigner ma reconnaissance, c’est la fondation d’une chaire de théologie, pour l’usage public tant des réguliers que des séculiers à l’université que notre Ordre dirige à Cashel, en Hibernie, et cela sur les instances du R. P. frère Fabien Ryan, Irlandais, de notre Ordre député à cet effet par son provincial. J’ai senti d’autant plus fortement ce bienfait envers notre Ordre que, public de sa nature, il est aussi profitable à la connaissance et à la gloire de Dieu, à l’érudition et au salut de beaucoup qu’utile et honorable à notre Institut. Je demande, et c’est la mon espoir, que ce pieux ouvrage soit soutenu par la main qui l’a fondé, et que, commencé sous l’inspiration d’une abondante charité, il soit consommé par les flammes ardentes de la même vertu.

En retour des services rendus et de celui que j’espère, j’offre à Votre Paternité Révérendissime les vœux que je forme, ainsi que mon Ordre, ici et partout, en Irlande surtout, pour la conservation de votre personne et de votre pieuse compagnie. Elle aura partout la reconnaissance de celui qu’elle fait partout son obligé, en attendant que je puisse vous présenter plus que des vœux et vous prouver efficacement que je suis vraiment et sincèrement de Votre Paternité Révérendissime le serviteur très humble et très dévoué en Notre-Seigneur.

A Rome, au couvent Sainte-Marie de la Minerve, le juin 1648.

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1041. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Juin 1648] (1)

Monsieur,

Monsieur Lambert vous dira l’extrémité de notre chère sœur Louise, de Saint-jacques (2). Je supplie très humblement votre charité lui faire entendre ce que c’est que la bénédiction que notre Saint-Père nous a accordée, et la manière de l’appliquer, afin que notre pauvre sœur ait part à ce grand bien.

Je vous supplie très humblement me permettre de l’aller demain voir, si je puis avoir commodité, et Madame de Marillac (3), et, par même moyen, faire les trois saintes stations dans la rue Saint-Denis, tout proche l’une de l’autre ; et si votre charité se voulait donner la peine de me parler samedi, j’en serais bien aise, pour communier dimanche, à l’intention du jubilé.

Je vous supplie très humblement prendre la peine me mander s’il est nécessaire que j’écrive à ma sœur Barbe (4) au sujet de la petite qu’elle nous à envoyée, vu ce qu’elle m’en mande (5), comme aussi ce que je lui manderai de cette femme

Lettre 1041. — Ms. Saint-Paul, p. 24.

1). La présence à Paris de Lambert aux Couteaux et de Louis Thibault et la mention du jubilé ne laissent aucun doute sur l’année. D’autre part, la lettre précède de fort peu de jours le 24 juin, date de celle qui porte le n° 181 bis dans la correspondance de Louise de Marillac.

2). Saint-Jacques de la Boucherie. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 181 bis.)

3). Jeanne Potier, épouse de Michel de Marillac, petit-fils du garde des sceaux de même nom.

4). Barbe Angiboust, qui était alors à Fontainebleau.

5). Cette "bonne petite fille", comme l’appelle la fondatrice (Lettres de Louise de Marillac, 1. 181 bis), Vint. à Paris, et Mademoiselle, la trouvant trop jeune, la renvoya à Barbe Angiboust "Je crois que vous ferez… bien, lui écrivait-elle le 24 juin 1648, de la mettre en quelque condition, pourvu que ce soit chez des gens de bien, comme chez quelque laboureur, quand elle ne serait du commencement qu’à garder les vaches ; et puis, à mesure qu’elle croîtra, on lui pourra faire faire quelque chose de plus ; et quand elle aura servi trois ou quatre ans, si Dieu lui donne la volonté de le servir parmi nous, nous la pourrons prendre ; et il sera bien mieux que ce soit elle qui le désire, quand elle sera en âge capable, que d’y venir à présent qu’elle ne sait encore ce qu’elle veut."

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et 2 filles dont elle nous parle dans sa lettre que j’ai reçue hier, que je vous envoie.

Si Monsieur Lambert me fait la charité vous dire toutes les plaintes que l’on lui a faites de moi, vous verrez bien le besoin que j’ai que vous m’accordiez la demande que je vous fais pour samedi.

Monsieur l’aumônier de Mademoiselle (6) me vient de mander de bouche qu’il se donnerait la peine de venir en ce quartier pour vous communiquer la lettre de ma sœur Barbe, et qu’il me la ferait voir aussi. Je ne lui avais rien mandé de votre part.

1042. — A LOUISE DE MARILLAC

[Juin 1648] (1)

Monsieur Lambert fut voir hier notre bonne sœur de Saint-Jacques, qu’il trouva en très grand danger, mais disposée à l’égal au bon plaisir de Dieu.

Je ne sais pas [encore] (1) ce qui se pratique en cette nature d’indulgence que notre Saint-Père vous a donnée ; je m’en informerai. Aussi bien cette bonne fille a-t-elle gagné le jubilé, pendant lequel toutes autres indulgences cessent. Si votre santé le vous permet et vous aviez un carrosse, vous la pourriez aller voir et faire vos stations en deux ou trois lieux au plus.

Il sera bon de mander à ma sœur Barbe qu’elle vous envoie ces deux filles, si M. Thibault les juge propres, et ne lui rien dire de la fille qui a accompagné cette sœur.

6) La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII.

Lettre 1042 — Ms. Saint-Paul, p. 24. Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle saint Vincent l’a écrite.

1). Le manuscrit porte : avoir ; c’est évidemment une faute de copiste.

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1043. — A JEAN DEHORGNY *

De Paris, ce 25 juin 1648.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Votre dernière lettre dit deux choses : l’une, que nous donnons des emplois trop considérables à nos frères coadjuteurs, et l’autre, que nousavons mal fait de nous déclarer contre les opinions du temps.

Je vous dirai pour le premier, Monsieur, que je remercie très humblement Notre-Seigneur de ce qu’il vous fait faire attention à la conduite de la compagnie, et vous prie de continuer, quoiqu’il me semble que nous ayons raison d’en user comme nous faisons à l’égard des deux points ci-dessus.

Il n’y a en toute la compagnie que notre frère Alexandre (1) qui ait la recette et la mise entre les mains, que nous lui donnâmes quand (2) nous envoyâmes M. Gentil au Mans (3), et cela faute d’un prêtre qu’on pût appliquer à cela ; et il s’est appliqué à cet emploi en sorte qu’il y a sujet d’en (4) louer Dieu.

Ce bon frère Nicolas (5) que vous me marquez, de la maison de Crécy, n’avait pas l’argent entre ses mains, quoiqu’on vous ait dit. L’argent se garde là dans un coffre à deux serrures, dont M. Tournisson (6) avait l’une

Lettre 1043 — Arch. dép. de Vaucluse, D 296, copie ancienne prise sur l’original. Nous signalerons en note les variantes du texte publié par les Mémoires de Trévoux en avril 1726 (p. 742 et suiv.).

* Voir le texte de cette lettre et son commentaire par Bernard KOCH à la fin du volume XIII. pp. 863 & sq.

1). Alexandre Véronne.

2) Mémoires de Trévoux : lorsque.

3) Mémoires : Maine.

4) Mémoires : : de.

5). Plusieurs frères coadjuteurs portaient ce petit nom.

6) Ce nom ne se trouve pas dans le catalogue du personnel.

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et son assistant avait l’autre ; et il en va de même partout, notamment où M. Portail a fait sa visite. Cela n’empêche pas que nous ne mettions cet emploi entre les mains d’un prêtre dans quelque temps et que nous ne fassions attention à ce que vous me dites.

Je pense que ce qui trouble les ordres par les frères vient de ce qu’on les tient trop bas. Saint François ordonne que les frères lais auraient voix à l’élection des gardiens ; mais les Capucins et les Récollets ont ôté cela, et c’est ce qui désespère ces pauvres frères et qui les a obligés de s’en plaindre au Pape. Le Fils de Dieu traitait ses apôtres d’amis, quoiqu’ils ne fussent pas encore prêtres ; et nous voulons traiter les nôtres de serviteurs, quoiqu’il soit vrai de dire que la plupart aient plus de vertu que la plupart d’entre nous, pour le moins plus que moi (7) !

Quant au 2° point (8) qui concerne la faute que nous avons faite de nous déclarer contre les opinions du temps, voici, Monsieur, les raisons qui m’y ont porté.

La première est celle de mon emploi au Conseil des choses ecclésiastiques, dans lequel chacun s’est déclaré contre : la reine, Mgr le cardinal (9), M. le chancelier (10) et M. le pénitencier (11). Jugez de là si j’ai pu demeurer neutre. Le succès a fait voir qu’il était expédient d’en user de la sorte.

La seconde raison est celle de la connaissance que j’ai du dessein de l’auteur de ces opinions nouvelles (12), d’anéantir l’état présent de l’église et de la remettre en son pouvoir. Il me dit un jour que le dessein de Dieu

7) Tout cet alinéa manque dans les Mémoires de Trévoux.

8) Mémoires : second point.

9) Le cardinal Mazarin.

10) Pierre Séguier.

11) Jacques Charton.

12) Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran.

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était de ruiner l’église présente et que ceux qui s’employaient pour La soutenir faisaient contre son dessein ; et, comme je lui dis que c’était Le prétexte que prenaient pour l’ordinaire la les hérésiarques, comme Calvin, il me répartit que Calvin n’avait pas mal fait en tout ce qu’il avait entrepris, mais qu’il s’était mal défendu (14)

Le troisième a été que j’ai vu que trois ou quatre Papes (15) avaient condamné les opinions de Baïus (16), que Jansénius soutient, comme avait fait aussi la Sorbonne en l’année 1560, et que la plus sainte partie de la même faculté, qui sont tous les anciens, se déclarent contre ces opinions nouvelles (17), et que notre Saint-Père a condamné celle des deux chefs, qu’on voulait établir avec mauvais dessein (18). Et la quatrième, que je mets ici La dernière, outre plusieurs autres, est ce que dit Célestin, pape (Epistola 2 ad Episcopos Galliae), contre quelques prêtres qui

13) Mémoires : c’étaient pour l’ordinaire les prétextes que prenaient les.

14) Abelly nous a conservé le récit de cet entretien, op. cit., t. II, chap. XII, p. 410

15) Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII.

16). Michel Baïus était né à Melin (Belgique) en 1513. Nommé professeur d’écriture Sainte à l’Université de Louvain, puis chancelier de ce corps, il sut si bien se faire apprécier de ses collègues que ceux-ci le députèrent au concile de Trente. C’est encore sur lui qu’on jeta les yeux pour remplir les fonctions d’inquisiteur général. Ses opinions étranges sur l’état de la nature réparée, la justification, l’efficacité des sacrements et le mérite des bonnes œuvres, opinions qu’il répandait par ses enseignements et ses écrits, émurent plusieurs docteurs de Louvain et lui suscitèrent des attaques. Dix-huit de ses propositions furent condamnées par la Faculté de Paris (27 juin 1560), soixante-seize par Pie V (1er octobre 1567, 13 mai 1569). Grégoire XIII dut intervenir de nouveau le 29 janvier 1579. Baïus mourut le 19 septembre 1589, après avoir rétracté ses erreurs de vive voix et par écrit. Ses Œuvres, imprimées à Cologne en 1696 par les jansénistes Quesnel et Gerberon, furent mises à l’index le 8 mai 1697

17). Le jansénisme avait des adhérents en Sorbonne, surtout parmi les jeunes docteurs. (Voir Rapin, Mémoires, t. I, p. 43-46.)

18). La condamnation d’Innocent X est du 24 janvier 1647.

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avançaient quelques erreurs contre la grâce et lesquelles ces évêques avaient condamnées. Ce bon Pape, après les avoir loués de s’être opposés à la doctrine de ces prêtres, il (19) dit ces mêmes paroles : "Timeo ne connivere sit hoc tacere, timeo ne illi magis loquantur qui permittunt illis taliter loqui, in lalibus causis non caret suspicione taciturnitas, quia occurreret veritas, si falsitas displiceret ; merito namque causa nos respicit, si silentio faveamus errori (20)." Que si l’on me dit que cela est vrai à l’égard des évêques, et non pas à celui d’un particulier, je réponds que, vraisemblablement, cela s’entend non seulement des évêques, mais aussi de ceux qui voient le mal et qui, en tant qu’en eux est, ne l’empêchent pas.

Voyons maintenant de quoi il s’agit. Vous me dites que c’est du livre De la fréquente communion de Jansénius (21) ; que, pour le premier (22), qui l’avez lu par deux fois et que peut-être le mésusage qu’on fait de ce divin sacrement a donné lieu à cela.

Il est vrai, Monsieur, qu’il n’y a que trop de gens qui abusent de ce divin sacrement, et moi misérable plus que tous les hommes du monde, et je vous prie de m’aider à en demander pardon à Dieu ; mais La lecture de ce livre, au lieu d’affectionner les hommes à la fréquente

19) Ce mot ne se trouve pas dans le texte de Trévoux.

20) Patrologiae Cursus completus, éd. Migne, Paris, 1857-1864, 221 vol. in-4°, t. IV, col. 529. Migne a préféré la variante foveamus errorem

21). Rarement livre fit plus de bruit et eut plus de succès que le livre De la fréquente communion, composé par Antoine Arnauld selon l’esprit de Jansénius, publié à Paris en 1643 et déjà parvenu à sa sixième édition en 1648. M. Dehorony l’avait reçu des mains de son ami le janséniste Bourgeois, docteur en théologie, qui était venu à Rome pour en pêcher une condamnation. Il l’avait lu, s’en était pénétré et en trouvait les principes excellents. (Hermant, Mémoires… sur l’histoire ecclésiastique du XVIIe siècle, 1630-1663, éd. Gazier, Paris, 1905-1908, 6 vol. in-8°, t. I, p. 389.)

22). Mémoires : la première.

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communion, elle (23) en retire plutôt. L’on ne voit plus cette hantise des sacrements qu’on voyait d’autres fois, non pas même à Pâques. Plusieurs curés de Paris se plaignent de ce qu’ils ont beaucoup moins de communiants que les années passées. Saint-Sulpice en a 3.000 de (24) moins ; Monsieur le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (25) ayant visité les familles de la paroisse après Pâques, en personne et par d’autres, nous dit dernièrement qu’il a trouvé 1.500 de ses paroissiens qui n’ont point communié ; et ainsi des autres. L’on ne voit quasi plus personne qui s’en approche les premiers dimanches du mois et les bonnes fêtes, ou très peu, et guère plus aux religions (26), si ce n’est encore un peu aux Jésuites. Aussi est-ce ce qu’a prétendu feu M. de Saint-Cyran pour desaccréditer (27) les Jésuites. M. de Chavigny disait, ces jours passés, à un intime ami que ce bon Monsieur lui avait dit que lui et Jansénius avaient entrepris leur dessein pour désaccréditer ce saint Ordre-là à l’égard de la doctrine et de l’administration des sacrements. Et moi je lui ai ouï tenir quasi tous les jours quantité de discours conformes à cela.

Dès que M. Arnauld (28), qui a donné son nom à ce

23) Ce mot ne se trouve pas dans les Mémoires de Trévoux.

24). Ce mot manque également dans les Mémoires de Trévoux.

25). Hippolyte Féret.

26). Religions, communautés religieuses.

27). Désaccréditer, discréditer.

28). Antoine Arnauld, né à Paris le 6 février 1612, ordonné prêtre en 1641, admis dans la société de Sorbonne en 1643, devint, à la mort de Saint-Cyran, le clef du parti janséniste, dont il était déjà l’apôtre et le théologien. Son premier ouvrage de controverse fit beaucoup parler de lui ; c’était le livre de la fréquente communion. Il a écrit, depuis, la Grammaire générale, la Logique ou l’Art de penser et un si grand nombre d’autres traités que, joints à ses lettres, ils forment une collection de quarante-cinq volumes in-4°. Il mourut en exil à Bruxelles le 8 août 1694. Ses frères et ses sœurs furent tous d’ardents jansénistes ; quelques-uns même, comme *Arnauld d’Andilly, Henri Arnauld, évêque d’Angers, Catherine Arnauld,

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livre, vit l’opposition qu’il rencontra de divers côtés sur le sujet de la pénitence publique et sur celle qu’il voulait introduire avant la communion, il s’expliqua à l’égard de cela de l’absolution simplement déclaratoire ; mais, quoi qu’il en soit, il y reste encore des erreurs, à ce que nous dit dernièrement Monsieur le grand maître de Navarre (29), qui est un des plus savants du siècle, comme aussi M. le pénitencier (30), Messieurs Cornet et Coqueret, qui étaient assemblés céans pour ces sortes d’affaires et que cette déclaration est captieuse et contient quantité de choses qui ne valent guère mieux que ce qu’il dit (31) dans le premier livre. Ce qu’il dit : que l’église, ayant, au commencement, pratiqué la pénitence publique avant l’absolution, avait toujours affection de rétablir cet usage, et qu’autrement elle ne serait pas la colonne de vérité, toujours semblable à elle-même, ains une synagogue d’erreurs, cela, Monsieur, ne porte-t-il pas à faux ? L’église, qui ne change jamais dans les (32) choses de la foi, ne le peut-elle pas faire à l’égard de la discipline ; et Dieu, qui est immuable en lui-même, n’a-t-il pas changé ses conduites à l’égard des hommes ? Notre-Seigneur, son Fils, n’a-t-il pas changé quelquefois les siennes, et les apôtres les leurs ? A quel propos cet homme dit-il donc que l’église serait en erreur, si elle ne retenait l’affection de rétablir ces sortes de pénitences qu’elle pratiquait au passé ? Cela est-il orthodoxe ?

Quant à Jansénius, il le faut considérer ou comme soutenant les opinions de Baïus, tant de fois condamnées

mère de Le Maistre de Sacy, la Mère Angélique et la Mère Agnès ont joué un rôle important dans le parti. (Cf. Pierre Varin, La vérité sur les Arnauld Paris, 1847, 2 vol. in-8°.)

29). Jacques Péreyret.

30) Jacques Charton

31) Mémoires : a dit.

32) Mémoires : Quant aux.

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par les Papes et par la Sorbonne, comme je l’ai (33) dit, ou comme soutenant d’autres doctrines qu’il traite là dedans. Quant au premier, n’avons-nous pas obligation de nous tenir à la censure que les Papes et ce docte corps ont faite de ces opinions-là et de nous déclarer contre ? Quant au reste du livre, le Pape défendant de le lire, le Conseil des choses ecclésiastiques n’a-t-il pas dû conseiller à la reine de tenir la main à ce que [ce que] (34) le Pape Urbain huitième a ordonné s’exécute, et faire profession ouverte de se déclarer contre les opinions de Baïus censurées et ces sortes de nouvelles opinions de ce docteur, qui soutient hardiment celles que l’église n’a point (35) encore déterminées touchant la grâce ?

Vous me dites par la vôtre que Jansénius a lu dix fois toutes les œuvres de saint Augustin et trente fois les traités de la grâce, et qu’il n’y a pas d’apparence que les missionnaires se mêlent de juger des opinions de ce grand homme.

Je vous réponds à cela, Monsieur, que d’ordinaire ceux qui veulent établir de nouvelles doctrines sont hommes fort savants et qu’ils étudient avec grande assiduité et application les auteurs desquels ils se veulent servir ; qu’il faut avouer que ce prélat était fort savant, et qu’ayant le dessein que j’ai dit de désaccréditer les Jésuites, il a pu lire saint Augustin le nombre de fois que vous me dites ; mais cela n’empêche pas qu’il ne soit pu tomber dans l’erreur et que nous ne serions pas excusables d’adhérer à ses opinions, qui sont contraires aux censures qui ont été faites contre sa doctrine. Les prêtres ont obligation de ne pas adhérer et de contredire la doctrine de Calvin et des autres

33) Mémoires : j’ai.

34) Mots oubliés dans la copie.

35) Mémoires : pas.

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hérésiarques, quoiqu’ils n’aient jamais lu les auteurs sur lesquels ils se sont fondés, non pas même ses livres.

Vous me dites de plus que les opinions que nous disons anciennes sont modernes, qu’il y a environ 70 ans que Molina (36) a inventé les opinions qu’on dit anciennes, touchant le différend. Je vous avoue, Monsieur, que Molina est auteur de la science qu’on dit médienne (37), qui n’est, à proprement parler, que le moyen par lequel on fait voir comme cela se fait et d’où vient que deux hommes qui ont pareil esprit, mêmes dispositions et pareil degré de grâce pour faire les œuvres de leur salut, et que néanmoins l’un le fait et que (38) l’autre ne le fait pas, l’un est sauvé et l’autre se perd. Mais quoi ! Monsieur, il ne s’agit pas de cela, qui n’est pas article de foi. La doctrine qu’il combat, que J.- C. est mort pour tout le monde, est-elle nouvelle ? N’est-elle pas de saint Paul et de saint Jean ? L’opinion contraire n’a-t-elle pas été condamnée au concile de Mayence (39) et en plusieurs autres (40) contre Godeschalcus (41) ? Saint Léon ne

36). Louis Molina, célèbre jésuite espagnol né en 1533, mort à Madrid en 1600, connu surtout par son livre De concordia gratiae et liberii arbitrii, qui développe sa théorie de la science moyenne. Cet ouvrage, attaqué dès son apparition, donna lieu à de violentes polémiques entre Jésuites et Dominicains. L’affaire fut portée devant le tribunal de Clément VIII, qui institua, pour la juger, la congrégation de Auxiliis. Après bien des discussions sans résultat, Paul V laissa libre l’enseignement des doctrines contestées et interdit aux deux écoles, sous menace de graves peines, de se censurer mutuellement

37). La science moyenne, ainsi appelée, parce qu’elle tient en quelque sorte le milieu entre la science divine du possible et celle des faits qui doivent absolument arriver, est la Connaissance par laquelle Dieu sait infailliblement, avant tout décret absolu de sa volonté, ce que l’homme fera sous quelque condition et avec quelque secours de la grâce que ce soit.

38). Mot omis dans les Mémoires de Trévoux.

39). En 848

40). Par exemple au concile de Quiercy-sur-Oise, en 849.

41). Godescale, Gotescale ou Fulgence, savant Bénédictin, né en Allemagne en 806, enseigne des doctrines hétérodoxes sur la prédestination.

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dit-il pas dans les leçons de Noël, que Notre-Seigneur est né pro liberandis hominibus (42) ? et la plupart des saints Pères tiennent-ils pas ce langage-là ? Le concile de Trente, en la session 6e, De Justificatione, chapitre 2e, n’apporte-t-il pas les paroles de saint Jean sur ce sujet : Hunc proposuit Deus propitiationem per fidem in sanguine ipsius pro peccatis nostris, non solum autem pro nostris, sed etiam pro totius mundi (43) ? Et au troisième : Verum etsi ille pro omnibus mortuus est ; il dit ensuite qu’encore que cela soit ainsi, non omnes tamen mortis ejus beneficium recipiunt, sed ii dumtaxat quibus meritum passionis ejus communicatur. Après cela, Monsieur, dirons-nous cette doctrine nouvelle ?

Dirons-nous encore nouvelle celle qu’il combat, contre la possibilité de l’observance des commandements de Dieu, contre le canon 18 du même concile (44) et de la même session, qui dit que, si quis dixerit Dei praecepta homini etiam justificato et sub gratia constituto esse ad observandum impossibilie, anathema sit.

Et celle que vous dites, Monsieur, qu’il nous importe peu de savoir s’il y a des grâces suffisantes, ou si elles sont toutes efficaces, est-elle nouvelle ? N’est-elle pas contenue dans le second concile d’Orange, chapitre 25 ? Voici, Monsieur, les paroles de ce concile, par lequel vous verrez, sinon les mots propres de grâce suffisante, pour le moins l’équivalence du sens. Hoc etiam secundun fidem catholicam credimus quod, accepta per baptismum gratio, omnes baptizati, Christo auxiliante et cooperante, quae

Condamné par plusieurs conciles il fut dégradé, fouetté publiquement et enfermé dans l’abbaye *d’Hautvilliers. Il mourut dans sa prison en 868, sans avoir renoncé à ses idées.

42). Mémoires : omnibus.

43). Première épître de saint Jean, II, 2.

44). Mémoires. : les canons saints du même concile.

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ad salutem pertinent, possint et debeant, si fideliter laborare voluerint, adimplere.

Et quant à ce que vous dites, qu’il nous importe peu de savoir cela, je vous supplie (45), Monsieur, de souffrir que je vous dise qu’il me semble qu’il est de grande importance que tous les chrétiens sachent et croient que Dieu est si bon que tous les chrétiens peuvent, avec la grâce de Jésus-Christ, opérer leur salut, qu’il leur donne les moyens par Jésus-Christ et que cela manifeste et magnifie beaucoup l’infinie bonté de Dieu.

L’on ne peut non plus dire nouvelle l’opinion de l’église qui croit que toutes les grâces ne sont pas efficaces, puisque l’homme les peut refuser, chap. 4, De Justificatione.

Vous dites que Clément VIII et Paul V ont défendu que l’on dispute des choses de la grâce (46). Je vous répondrai (47), Monsieur, que cela s’entend des choses qui ne sont pas déterminées, comme le sont celles que je viens de dire ; et pour les autres qui ne sont pas déterminées par l’église, pourquoi Jansénius l’attaque-t-il ? Et en ce cas, n’est-il pas du droit naturel de défendre l’église et de soutenir les censures fulminées contre ?

Vous dites que ce sont des matières d’école. Il est vrai de quelques-unes ; et quoique d’autres soient telles, faut-il pour cela s’en taire et laisser altérer le fond des vérités par ces subtilités ? Le pauvre peuple n’est-il pas obligé de croire et par conséquent d’être instruit des

45) Mémoires : prie.

46). Pour mettre fin aux discussions, qui troublaient deux Ordres célèbres de l’église après l’apparition du livre de Molina, Clément VIII évoqua l’affaire et interdit aux deux parties la discussion des questions controversées, jusqu’à ce qu’il eût fait connaître sa décision.

47). Mémoires : dirai.

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choses de la Trinité et du Saint Sacrement, qui sont si subtiles ?

Voilà, Monsieur, ce qui me vient en l’esprit pour vous faire voir la raison que nous avons de nous être déclarés en ce rencontre contre ces opinions nouvelles, contre lesquelles je n’en vois point, sinon deux, dont l’une est le sujet de craindre qu’en pensant arrêter ce torrent des nouvelles opinions, l’on enflamme davantage les esprits. A quoi je réponds que, si cela était, il ne faudrait point s’opposer aux hérésies, à ceux qui nous veulent ravir la vie ou le bien, et que le berger ferait mal de crier au loup, lorsqu’il voit qu’il est prêt (48) d’entrer dans la bergerie. L’autre est celle de la prudence, qui est purement humaine, étant fondée sur le que dira-t-on ? L’on se fera des ennemis. O Jésus ! Monsieur, jà (49) n’advienne que les missionnaires ne défendent pas les intérêts de Dieu et de l’église pour ces chétifs et misérables motifs, qui ruinent] es intérêts de Dieu et de son église et remplissent d’âmes les enfers (50).

Oui, mais, me direz-vous, faut-il que les missionnaires prêchent contre les opinions du temps et le monde, qu’ils s’en entretiennent, qu’ils disputent, attaquent et défendent à cor et à cri les anciennes opinions ? O (51) Jésus, nenni ! Voici comme nous en usons : jamais nous ne disputons de ces matières, jamais nous n’en prêchons, ni jamais nous n’en parlons dans les compagnies, si l’on ne nous en parle ; mais si l’on le fait, l’on tâche d’en parler avec le plus de retenue que l’on peut, M. G[illes] excepté, qui se laisse un peu emporter par son zèle ; à quoi je tâcherai de remédier, Dieu aidant (52).

48) Mémoire : au loup, quand il est prêt.

49). Mémoires : ah !

50). Mémoires : et qui remplissent les enfers.

51). Mémoires : Ah !

52).M. Gilles professait la théologie à Saint-Lazare et donnait des entretiens

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Quoi donc ! me direz-vous, défendez-vous qu’on dispute sur ces matières ? Je réponds que oui et qu’on en (53) dispute point céans pour tout.

Mais quoi ! désirez-vous qu’on n’en parle point à la Mission de Rome ni ailleurs ? C’est à quoi je prie les officiers de tenir la main et de donner pénitence à ceux qui le feront, si ce n’est au cas que j’ai dit.

Et pource que vous me dites, Monsieur, qu’il faut laisser chacun de la compagnie croire de ces matières ce qu’il lui plaira (54), ô Jésus ! Monsieur, il n’est pas expédient qu’on soutienne diverses opinions dans la compagnie ; il faut que nous soyons toujours unius labii, autrement nous nous déchirerions tous les uns les autres dans la même compagnie.

Et le moyen de s’assujettir à l’opinion d’un supérieur ? Je réponds que ce n’est pas au supérieur qu’il se soumet, ains à Dieu et au sentiment des Papes, des conciles, des saints. Et si quelqu’un ne voulait pas déférer, il ferait mieux (55) de se retirer, et la compagnie de l’en prier. Beaucoup de compagnies de l’église de Dieu nous donnent l’exemple de cela. Les Carmes déchaussés, en (56) leur chapitre qu’ils tinrent l’année passée, ordonnèrent que leurs professeurs en théologie enseigneraient les opinions anciennes de l’église et agiraient contre les nouvelles. Chacun sait que les Révérends Pères jésuites en usent de la sorte, comme, au contraire, la congrégation de Sainte-Geneviève ordonne

aux ordinands. Après plusieurs avertissements, saint Vincent, voyant qu’il ne pouvaient le corriger de son zèle immodéré contre les opinions nouvelles, l’éloigna de Saint-Lazare.

53). Mémoires : qu’on n’en.

54) Mémoires : libre de croire de ces matières ce qu’il lui semblera.

55). Mémoires : bien.

56). Mémoires : dans.

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à leurs docteurs de soutenir les opinions de saint Augustin, ce que nous prétendons faire aussi en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile par saint Augustin, pource que le premier est infaillible et le second ne l’est pas. Que si l’on dit que quelques Papes ont ordonné que l’on croie (57) saint Augustin à l’égard des choses de la grâce, cela s’entend au plus des matières disputées et résolues alors (58) ; mais, comme il s’en fait de temps en temps des nouvelles, il faut s’en tenir pour celles-là à la détermination d’un concile (59), qui a déterminé toutes choses selon le vrai sens de saint Augustin, qu’il l’entendait mieux que Jansénius et ses sectaires (60).

Voilà, Monsieur, la réponse à votre lettre, laquelle je n’ai point communiquée à qui que ce soit, ni (61) la communiquerai jamais ; je vous dis de plus que je n’en ai parlé à qui que ce soit et que je ne me suis fait aider par qui que ce soit au monde en ce que je vous dis, et que vous le jugerez bien par mon chétif style et par mon ignorance, qui ne paraît que trop. Que s’il y a quelque chose qui semble (62) au-dessus de cela, je vous avoue, Monsieur, que j’ai fait quelque petite étude touchant ces

57). Mémoires : croira.

58). Dans une lettre à saint Césaire, évêque d’Arles, le pape Boniface II, met saint Augustin au nombre des Pères qui ont exposé la vraie doctrine de la grâce : "Cum de hac re multii Patres et prae caeteris beatae reordationis Augustinus, episcopus, sed et majores nostri apostolicae sedis antistites ita ratione probentur disseruisse latissima ut nulli ulterius deberet esse ambiguum, fidem quoque nobis ipsam venire de gratia supersedendum duximus responsione multiiplici" (Migne, Patrologiae cursus completus, t. LXV, col. 31).

59) Le concile de Trente.

60). Parmi les propositions condamnées par le Saint-Office le 7 décembre 1690 nous trouvons celle-ci (prop. 30) : Ubi quis invenerit doctrinam in Augustinus clare fundatam illam absolute potest tenere et docere, non respiciendo ad ullam Pontificis bullam.

61). Mémoires ; et ne.

62). Les mots qui semble sont omis dans les Mémoires de Trévoux.

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questions et que c’est le sujet ordinaire de mes chétives oraisons (63).

Je vous supplie, Monsieur, de la communiquer à M. Alméras (64) ; et à ceux que vous jugerez à propos de la compagnie, à ce qu’on voie les raisons que j’ai eues d’entrer dans les sentiments anciens de l’église et de me déclarer contre les nouvelles (65) et que nous demandions à Dieu et fassions (66) tout ce qui sera en nous pour être cor unum et anima una (67) en ce fait comme en tout le reste. Je vivrai dans cette espérance et aurais une affliction que je ne vous puis exprimer, si quelqu’un, quittant les vives sources des vérités de l’église, se fabriquait des citernes des opinions nouvelles, du danger desquelles il n’y a guère personne qui ait mieux été informé par l’auteur que moi, qui suis, Monsieur, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’ose vous dire, Monsieur, que M. Féret (68) s’étant embarrassé dans ces opinions nouvelles, il a dit à Monsieur le curé de Saint-Josse (69) que ce qui l’en a retiré, c’est la fermeté qu’il a vue en (70) ce misérable pécheur contre cela,

63) Saint Vincent a écrit sur la grâce un travail très substantiel, que nous publierons en son lieu.

64). D’après ce que nous verrons plus loin (I 1068), il est fort probable que Jean Dehorgny préféra ne pas communiquer à son supérieur.

65). Contre les nouvelles opinions.

66). Mémoires : et que nous fassions.

67) Livre des Actes IV, 32.

68) Collet écrit à tort : Froger (op cit., t I, p 539, note) était mort en septembre 1646.

69) Louis Abelly, le biographe de saint Vincent

70) Mémoires : dans.

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dans deux ou trois conférences que nous avons eues sur ce sujet ; c’est M. le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui fut reconnu, d’abord qu’il revint d’Alet, par un chacun qu’il était dans ces opinions, desquelles il est à tel point hors de ces sentiments qu’il a proposé à M. de Saint-Josse qu’il faut que nous fassions quelque manière de congrégation secrète pour défendre les vérités anciennes. Je vous supplie de tenir ceci secret. Je n’ai point eu le loisir de lire ma lettre, et je ne l’ai osé faire transcrire ; vous aurez peine à la lire ; excusez-moi.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prêtre de la Mission, à Rome.

1044. — CHARLES NACQUART, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

De l’île Saint-Vincent du Cap-Vert (1) [25 juin 1648] (2)

Monsieur,

Votre sainte bénédiction s’il vous plaît !

Nous voici pour quatre ou cinq jours en terre pour prendre des eaux. Notre départ de La Rochelle fut le jour de l’Ascension, auquel l’ancre fut levée. Nous sommes en bonne santé, Dieu merci, après quelque peu de mal de mer ou vomissement dès le commencement. Nous avons eu la consolation de voir la piété de ceux de notre vaisseau, qui ont fait leur devoir pour gagner le jubilé que j’avais appris avoir été concédé par Sa Sainteté, dont nous fîmes ouverture depuis la Pentecôte jusqu’à la Fête-Dieu. Nous arrivâmes en cette île la veille de saint Jean, où nous avons célébré la messe tous

Lettre 1044. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.

1) île de l’archipel portugais du Cap-Vert, dans la partie occidentale du groupe.

2). La lettre a été certainement écrite entre le 23 et le 29 juin 1648. La date du 25 semble résulter de la comparaison de ce qui est dit ici avec le contenu de la lettre 1179.

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les jours comme aussi avons-nous fait dans le vaisseau tant que le temps nous l’a permis. Nous avons ici rencontré des Portugais fort bon chrétiens, quoiqu’esclaves, qui sont ici envoyés pour la chasse des cabris. Nous espérons les confesser par interprète et les communier demain pour leur faire part du jubilé comme nous avons fait hier et aujourd’hui environ à une douzaine d’un vaisseau qui est de Dieppe, venu à même île pour des eaux. Ce que nous avons admiré en ces Portugais est qu’ils sont bons musiciens, et chantèrent des psaumes avec bonne harmonie.

Mais nous voilà prêts de remettre en mer pour encore quatre mois environ. Priez Notre-Seigneur qu’il nous fasse arriver au but qu’il prétend, comme des sagesses élues. Nous espérons beaucoup de fruit en ce pays, avec la grâce de Dieu, vu nommément que Monsieur notre commandeur (3) (qui vous présente ici ses très humbles recommandations) nous témoigne un grand désir d’y contribuer. Nous vous écrirons de ce pays, et si vous nous voulez écrire et envoyer quelque chose quand il partira quelque vaisseau pour ces Messieurs…

Nous célébrons la messe ordinairement en particulier pour vous et pour la compagnie en général et pour Monsieur Lambert et autres particuliers de notre connaissance, sans oublier le séminaire afin qu’il l’augmente en nombre et en vertu et qu’il fasse croître des plantes, pour venir peupler l’île Saint-Laurent (4) et autres lieux qui ont si grand besoin d’ouvriers.

Entre autres, je vous prie de vous enquérir, s’il y a moyen, d’un nommé Monsieur Rozée, marchand de Rouen, demeurant rue aux Ours, qui a la direction, pour les Français, des îles de Sénégal, où l’on dit qu’il y a quantité d’âmes à gagner à J.- C., et aussi aux Iles de Cap-de-Vert et de Gambie, où il n’y a point de prêtres, sinon peut-être un aumônier pour le vaisseau qu’on y envoie. Tout cela dépend de ce M. Rozée, qu’on dit être homme vertueux et bon chrétien. Notre capitaine de navire dit qu’il y a autant d’assurance et de liberté d’y prêcher l’évangile comme dans Paris. Tous ces pauvres gens sont mahométans et bons, fort dociles. Dieu y veuille pourvoir !

Adieu, Monsieur. Nous apprenons la langue de Madagascar. Recommandez-nous derechef aux prières de toute la Compagnie et spécialement à Monsieur Lambert et à Monsieur Gautier, auxquels j’écrirais si le loisir me le permettait. Le porteur de la présente est un capitaine de Dieppe.

3) M de Flacourt.

4.) Ancien nom de l’île de Madagascar.

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le suis de tout mon cœur, en l’amour sacré de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur et très honoré Père votre très humble et très obéissant fils.

C. JACQUART, indigne prêtre de la Mission de l’île Saint-Laurent.

1045. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES

De Paris, ce 26 juin 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 1er de ce mois avec celles de M. Blatiron. Nous avons aujourd’hui recommandé fort expressément aux prières de la compagnie Mgr le cardinal (1), à ce qu’il plaise à Dieu lui donner la paix en son diocèse et, pour le bien de ce même diocèse, le conserver longuement. Dieu sait si nous vous avons oublié, vous ni nos chers confrères, et si nous continuerons fidèlement à lui demander l’abondance de ses bénédictions sur un chacun de vous en particulier.

Je crois, comme vous, Monsieur, qu’il sera utile d’aller aux lieux où l’on a fait la mission, faire de temps en temps une prédication en passant et rétablir la confrérie de la Charité, au cas qu’elle soit déchue ; mais il faut concerter cela auparavant et ne pas quitter quelque chose de meilleur.

Je rends grâces à Dieu de ce qu’il a redonné la santé au signor Baliano (2) ; je m’en suis beaucoup réjoui et je

Lettre 1045. — L s — Dossier de Turin, original.

1) Le cardinal Durazzo, archevêque de Gênes.

2). Pierre-Paul Baliano, né à Gênes le 3 février 1628, entra dans la congrégation de la Mission à Gênes le ler novembre 1649 et fut reçu aux vœux le 8 septembre 1652. Peut-être est-il question ici de son père ou d’un parent.

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prie Notre-Seigneur qu’il le conserve et pour sa gloire et pour notre consolation. La mienne sera toujours de vous témoigner que je suis, en l’amour de ce même Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page. M. Martin.

1046. — A LA PROPAGANDE

[1648] (1)

Eminentissimi e Reverendissimi Signori,

Non essendo per ancora date ad alcuna religione o Preti secolari le tre Arabie Felice, Petrea e Deserta da coltivarsi e ridursi alla fede cristiana, Vincenzo a Paolo, superiore della Congregazione della Missione, offerisce di mandare dei suoi a dette Arabie quando l’Eminenze Vostre restino servite d’affidargliele a coltivare a lui, la Missione sub noimine propri0, accio la possa andar provvedendo di tempo in tempo delle cose necessarie, e concedergli le facoltà solite, con potestà ancora di fare un vice-Ejrefetto, che abbia da risiedere in bocca di un porto confine all’Arabia Felice, ove colle navigazioni degl’Olandesi ed Inglesi si potranno mandar i Missionari, i quali, per ora supplico, siano al numero di sei sacerdoti della sua Congregazione da proporsi ed approvarsi da Monsignore Nunzio di Francia, il quale dara la nota dei soggetti scelti, accio la Sacra Congregazione

Lettre 1046. — Supplique non signée. — Arch. de la Propagande, original.

1) Voir lettre 1068, p. 380.

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li possa dichiarare Missionari, ed approvare per vice prefetto quello che sarà più idoneo (2).

Che e Quas Deus, etc.

TRADUCTION

Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

Les trois parties de l’Arabie connues sous le nom d’Arabie Heureuse, Arabie Pétrée et Arabie Déserte n’ayant encore été confiées à aucun Ordre religieux ni à aucun prêtre séculier, pour être évangélisées et ramenées à la foi chrétienne, Vincent de Paul, supérieur de la congrégation de la Mission, offre d’y envoyer plusieurs de ses prêtres. A cet effet, il supplie Vos éminences de vouloir bien lui donner cette Mission, qu’il dirigerait en son nom propre et qu’il pourvoirait de temps en temps des choses nécessaires, de lui accorder les facultés habituelles et aussi le pouvoir d’établir un vice-préfet, qui aurait sa résidence à l’entrée d’un port, sur les confins de l’Arabie Heureuse, où les missionnaires pourraient débarquer, amenés par des vaisseaux hollandais ou anglais. Ils seraient, pour commencer, au nombre de six. Leur liste, dressée par le suppliant, serait remise au nonce de France, qui témoignerait dé l’aptitude des sujets proposés et la présenterait à la Sacrée Congrégation, pour qu’elle donnât aux missionnaires les pouvoirs nécessaires et choisît parmi eux le plus digne de remplir les fonctions de vice-préfet.

1047. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 3 juillet 1648.

Notre pauvre nature n’est-elle pas misérable ? Tout le monde est content à Gênes de notre frère [Sébastien] (1). Il n’y a que lui seul qui ne se peut supporter ; il en veut sortir pour se satisfaire, quoiqu’il voie bien qu’il ne le peut sans déplaire et sans incommoder ceux envers

2) Le projet n’aboutit pas.

Lettre 1047. — Reg. 2. p. 199.

1). Le frère Sébastien Nodo.

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lesquels il pourrait exercer une continuelle charité, comme il a fait jusqu’à maintenant. Il se pourra faire néanmoins que Dieu tirera sa gloire d’une telle faute ; je l’en prie de tout mon cœur, etc.

C’est la vérité, Monsieur, que ceux-là feront bien aux pays étrangers à l’égard des pauvres et des captifs s’ils se plaisent à faire ici les mêmes choses auprès des malades et des affligés. Je loue Dieu de ce que vous éprouvez le frère Sébastien dans le mouvement qu’il a d’aller en Barbarie.

1048. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

Tunis, 1648.

Parmi les esclaves capturés par les corsaires et emmenés à Tunis se trouvent deux jeunes garçons, de quinze ans environ l’un Français, l’autre Anglais ; les maisons de leurs maîtres étant assez proches, ils avaient la facilité de se voir souvent Ils s’aimaient comme deux frères. L’Anglais, converti du luthéranisme par le Français, avait été instruit par Jean Le Vacher. Il s’attacha si fortement à sa nouvelle foi qu’à des marchands anglais hérétiques venus pour racheter des esclaves de leur pays et de leur religion, il déclara préférer l’esclavage à l’apostasie.

Les deux amis continuèrent de se fréquenter et de s’encourager l’un l’autre dans leurs bonnes dispositions. Il arriva plus d’une fois que leurs patrons, après avoir vainement tenté de les entraîner dans le mahométisme, les brutalisèrent au point de les faire tomber évanouis à terre.

L’Anglais vint un jour chez le Français, au moment où celui-ci gisait inanimé. Il l’appela. "Je suis chrétien pour la vie", répondit le Français, qui reprenait ses sens. Le jeune visiteur se pencha pour baiser les pieds ensanglantés de son ami. Sur ces entrefaites, des Turcs entrèrent. A leurs questions, il répondit : "J’honore les membres qui viennent de souffrir pour Jesus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu." Les infidèles furieux le chassèrent en l’injuriant.

Lettre 1048. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. VII § XI, 1er éd., p. 135

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Quelque temps après, le Français trouva, à son tour, l’Anglais étendu sur une natte de jonc, le corps meurtri des coups que venait de lui donner son patron. A côté, devisaient des Turcs et le patron lui-même. Le Français s’approcha. "Qui aimes-tu davantage, demanda-t-il à son ami, Jésus-Christ ou Mahomet ?" L’Anglais répondit : "Jésus-Christ. Je suis chrétien et je veux mourir chrétien." A ces mots, les Turcs entrèrent dans une violente colère. L’un d’eux, qui portait deux couteaux à ses côtes, fit mine de vouloir couper les oreilles du Français. L’enfant prit lui-même un des couteaux et, sans hésiter, se trancha une oreille. Pour l’empêcher d’aller plus loin, on s ! empressa de le désarmer.

Dès ce jour, les Turcs cessèrent leurs sollicitations ; ils jugeaient toute tentative vouée à l’insuccès.

Les deux jeunes martyrs moururent l’année suivante, emportés par une maladie contagieuse.

1049. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A SAINT-MéEN

11 juillet 1648.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici dans un billet la réponse de Mademoiselle Le Gras et la mienne touchant les filles de Moncontour (1) et celles de Saint-Méen qui se veulent donner à Dieu dans la compagnie des Filles de la Charité.

Il ne se peut dire la bonne édification que les trois défuntes ont donnée pendant le peu de temps qu’elles ont vécu depuis leur arrivée ; nous en avons fait des conférences où il fut rapporté des choses admirables de ces bonnes filles, en sorte que leur vie et leur mort nous ont laissé des marques et des sentiments de leur sanctification.

Lettre 1049. — Recueil de lettres choisies, exemplaire de la maison. mère des Filles de la Charité

1) Aujourd’hui chef-lieu de canton dans les Côtes-du-Nord. Mathurine Guérin était du nombre de ces filles ; elle seule persévéra.

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1050. — AU *BUREAU DES FINANCES DE LA VILLE DE PARIS

[Vers le 14 juillet 1648] (1)

Lesdits suppliants vous remontrent que ledit chemin de Saint-Maur (2) n’étant que chemin de chasse, qui ne doit avoir que trente pieds de largeur, conformément à vos ordonnances, et même que ledit chemin, en plusieurs endroits de son étendue, il n’y ait que quatre toises au plus de large et même en son embouchure, vers la vallée de Fécamp (3), là où il se perd pour entrer dans le grand chemin de la porte Saint-Antoine (4), allant audit Saint-Maur, à l’endroit de laquelle vallée de Fécamp jusques à l’entrée de Picpus icelui chemin de Saint-Maur n’a qu’une charrière de largeur, qui n’est pas seulement un chemin carrière, qui doit avoir quinze pieds ; ce qui vous aurait été fait rapport par Jacques Bouzauct, commis à l’exercice de ladite voirie de la ville et faubourg de Paris, suivant votre ordonnance du huitième novembre mil six cent quarante-cinq.

Ce considéré, mesdits sieurs, il vous plaise permettre auxdits suppliants de faire assigner par devant vous ledit Vincent Thibaut, pour voir dire et ordonner qu’attendu qu’il s’est reculé dudit chemin de Saint-Maur de quatre toises par haut vers son embouchure, vers la chaussée du Bourget (5), et de quatre toises deux pieds

Lettre 1050. — Requête signée. L’original appartient aux Filles de la Charité de la rue Oudinot, 3, Paris.

1). Voir note 6.

2). Aujourd’hui rue Saint-Maur.

3) Il y avait autrefois à Paris une rue de la Vallée-de-Fécamp. C’est aujourd’hui la partie de la rue de Charenton qui va de la rue de Montgallet à la barrière.

4). La porte Saint-Antoine se trouvait près de la Bastille.

5). Ce nom était porté autrefois par la partie de la rue du faubourg

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par en bas, et avoir par ce moyen entrepris sur les terres desdits suppliants jusques à la quantité de quatre-vingt-treize toises et demie de terre en superficie, que lesdits suppliants reprendront pareille quantité de terre, qui est entre ledit chemin de Saint-Maur et la maison de clôture dudit Thibaut, pour en faire et disposer comme du propre et de l’ancien domaine dudit Saint-Lazare, et ordonner que ledit chemin de Saint-Maur aura en son embouchure, vers ladite chaussée du Bourget, telle largeur qu’il est porté par vos ordonnances, qui est de trente pieds de large, et ordonner que ci-après aucun alignement ne soit donné aux particuliers qui voudront bâtir de l’autre côté dudit chemin de Saint-Maur, vis-à-vis des terres desdits suppliants, sans qu’iceux y soient appelés, à ce que à l’avenir aucun ne fasse entreprise sur leurs terres et que les chemins aient leurs largeurs conformes à vos ordonnances ; et vous ferez justice (6).

VINCENT DEPAUL,

1051. — A UN CLERC DE LA MISSION

15 juillet 1648.

Je veux suspendre mon jugement au sujet de votre lettre,

Saint-Martin qui va de l’église Saint-Laurent à la rue de Flandre.

6) On lit à la suite de la requête : "La présente requête sera communiquée audit Thibaut, et lui assigné au premier jour par devant nous, pour être ouï et répondre sur icelle ; auquel jour ledit Thibaut rapportera l’alignement qui lui a été donné pour sa clôture et bâtiment. — Fait au bureau des finances à Paris, le quatorzième jour de juillet mil six cent quarante-huit et défenses à tous autres de faire aucun bâtiment sans notre permission. — Devavoquier, Hard, Longuer. — Par mesdits sieurs.. Sensier. — L’an mil six cent quarante-huit, le sixième jour d’août, à la requête des vénérables prêtres de la Congrégation de la Mission."

Lettre 1051. — Reg. 2, p. 296.

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tandis que M…. ne m’en dira mot. J’ai peine à croire que son procédé soit tel que vous le décrivez, ou que la parole qui vous est si sensible soit sortie de lui sans beaucoup de sujet. Je sais que sa conduite est assez douce, grâces à Dieu ; personne que vous ne m’en a encore fait plainte ; et je trouve la vôtre d’autant plus étrange que sa douceur a été considérable en votre endroit, non seulement pour supporter vos fautes, mais pour les cacher aux autres, comme il voulut faire à moi-même, lorsque vous m’écrivîtes une lettre moins digérée qu’il ne fallait ; car il m’en fit une pour votre justification.

Mais supposons qu’il se soit échappé, comme il vous semble ; faut-il s’alarmer de si peu de chose ? De qui supporterez-vous les imperfections et quelle injure êtes-vous capable de souffrir, si, de votre propre supérieur, une parole inconsidérée vous est insupportable ? Peut-être l’a-t-il dite exprès pour vous éprouver ; et en ce cas cette épreuve ne lui a pas mal réussi, puisque votre indisposition a paru aussitôt en plusieurs manières : 1° vous excusez votre faute par la comparaison de celle de votre frère ; 2° vous vous plaignez que la leçon des enfants vous est une pesante surcharge ; 3° vous demandez à changer de maison ; 4° vous vous montrez plein de propre estime, et vous présumez que toute la communauté rendre témoignage de n’avoir jamais rien remarqué en vous qui mérite la correction qui vous a été faite. Toutes ces choses sont bien éloignées des sentiments du pauvre publicain et de ceux que doit avoir un bon missionnaire, et néanmoins vous me les écrivez, dites-vous, pour conserver votre vocation. Dieu veuille, mon cher frère, que vous en ayez le dessein ! mais ce n’en est guère le chemin. La pratique de la patience, de l’humilité et de l’exactitude au règlement est la bonne marque de notre persévérance.

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Nous verrons si désormais vous travaillerez à l’acquisition de ces vertus et si vous donnerez à votre supérieur plus de satisfaction que par le passé. Je vous assure, mon cher Frère, que ce serait là une de mes plus sensibles consolations. Je demanderai à Dieu qu’il vous fasse cette grâce ; car votre âme m’est plus chère que je ne vous puis exprimer.

1052. — ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 15 juillet 1648.

Monsieur,

A près vous avoir rendu de très humbles grâces, comme je fais par celle-ci, de l’affection avec laquelle vous nous donnez vos assistances en l’affaire que nos religieux de Chancelade et nous avons contre ceux de Ste-Geneviève, laquelle je vous supplie de nous continuer, agréez que je vous die que tant s’en faut que j’aie jamais eu la pensée de ne vouloir pas que vous receviez en votre congrégation des ecclésiastiques de mon diocèse, qu’au contraire j’ai toujours cru qu’il était juste et nécessaire que vous en reçussiez : juste, parce que votre congrégation le sert bien ; nécessaire, parce que les vôtres qui conduisent notre séminaire ne pourront pas faire les missions utilement s’il n’y a aucun de mon diocèse avec eux à cause du langage du pays, auquel il est nécessaire qu’elles se fassent, pour être utiles, lequel ils ne savent pas. Et vous pourrez vous ressouvenir qu’entre les raisons que je vous ai dites, pour lesquelles vous deviez faire état de notre séminaire, c’est que vous en pouviez retirer, comme il est véritable, beaucoup de sujets pour faire faire des missions dans tout ce pays et le Languedoc, que c’est presque la même langue. Il est vrai que j’estimai qu’il était nécessaire que ce fut avec certaines conditions : l’une à cause de la fondation de huit cents livres que mon clergé donne annuellement pour l’entretènement de six séminaristes destinés au service de notre diocèse par notre emploi ; j’ai cru qu’il était nécessaire que ce nombre fut rempli avant que vous en pensussiez prendre d’autres ; et vous en êtes demeuré d’accord avec moi, et.M. Lambert aussi,

Lettre 1052. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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quand il fut ici. L’autre, qui est plutôt un avis que non pas une condition, que vous ayez égard à la nécessité que ce diocèse avait de prêtres ; car vous ne sauriez croire combien elle était grande lorsque j’y vins. A présent il est presque pourvu de ceux qui lui sont nécessaires, ou le sera dans peu de temps ; et il y en aurait de reste si les autres diocèses ne les prenaient.

Vous seriez ravi de voir mon clergé, et béniriez Dieu mille fois si vous saviez le bien que les vôtres ont fait dans notre séminaire, qui s’est répandu par toute la province. Je vous prie donc d’examiner encore si cette condition est juste, de n’en prendre point jusques à ce que ce nombre de six soit complet. Il n’y en a que deux ; encore sont-ils étrangers, convertis à notre religion, lesquels veulent embrasser l’état ecclésiastique. Je n’ai pas voulu que les vôtres se missent jusques à présent en peine de procurer que ce nombre fût rempli, mais bien tout au contraire, au moins du temps du gouvernement de M. Delattre et de M. Testacy.

Après tout, je n’ai qu’à vous dire deux choses : l’une que l’affection que j’ai pour votre congrégation, qui ne cédera jamais à celle d’aucun des vôtres, me fait vous supplier de considérer très mûrement si vous ne devez point mettre quelque condition dans le pouvoir que vous donnerez aux vôtres de recevoir des ecclésiastiques des diocèses dans lesquels vous serez établi s ; car j’ai toujours cru, et ce que les vôtres ont fait en mon endroit me le fait croire davantage, que c’est absolument nécessaire, afin de vivre en bonne intelligence avec les évêques qui vous appelleront dans leurs diocèses. Ne mesurez pas, je vous prie, les autres à votre aune ; vous vous y tromperiez assurément. Plût à Dieu qu’il en eût coûté une partie de mon sang, que je baillerais volontiers pour votre compagnie, qu’ils eussent votre esprit ! et Dieu veuille par sa grâce, qu’ils en aient une partie, sinon le tout ! Il me semble bien que le bon M. Lambert tâche de le prendre, je souhaiterais bien que les autres en fissent de même.

L’autre chose que j’ai à vous dire est qu’il n’y aura point de condition pour vous ; vous aurez toujours tout pouvoir sur ce qui dépendra de moi ; mais je vous supplie, que cela soit dit entre vous et moi seulement, et de me croire, Monsieur, etc.

ALAIN

év. de Cahors.

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1053. — ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 22 juillet 1648.

Monsieur,

Je vous rends mille grâces des continuels soins qu’il vous plaît prendre pour nos religieux et pour moi en l’affaire que nous avons avec ceux de. Sainte-Geneviève.

Puisque vous n’avez pu obtenir la confirmation perpétuelle de la Mère de Laroque (1), nous tâcherons de la faire continuer par le moyen des supérieurs de l’Ordre.

Je vous ai écrit au long touchant la réception des ecclésiastiques de mon diocèse en votre congrégation. Vous verrez comme je n’ai pas entendu que vous n’en receviez absolument ni eu la pensée. Néanmoins permettez-moi de vous dire qu’il me semble que vous ne pourvoirez pas assez aux inconvénients qui arriveront, si vous n’ajoutez quelque condition à ce règlement que vous trouvez juste, qu’il n’en sera pas reçu de ceux qui sont dans le séminaire, pendant qu’ils y seront, ce que m’a fait M. Delattre, qui était engagé pendant qu’il y était, et les a remis à être reçus jusqu’à ce qu’ils en fussent dehors. Pourvoyez, je vous prie, à cet inconvénient ; car pour ceux qui sont aux études chez vous ou ailleurs, ou qui sont hors le séminaire et n’y ont pas demeuré, je n’en ai jamais fait de difficulté, mais seulement dit, par forme d’avis, qu’ils doivent être retenus à en recevoir jusques à ce que le diocèse fut pourvu de ceux qui lui sont nécessaires. Voilà mes petits sentiments, que je soumets aux vôtres.

Cependant je vous rends mille millions de grâces de tant de soin que vous avez pris pour nous donner M. Brandon pour Périgueux, lequel enfin Dieu a béni. J’espère qu’il en sera glorifié et vous récompensé. Et parce que mon diocèse prend part au bien à cause du voisinage, je vous supplie, quand vous verrez la reine, si vous le jugez à propos, de dire à Sa Majesté que je lui en rends de très humbles grâces. Je prie Dieu de lui faire la grâce de pourvoir toujours de bons pasteurs aux évêchés de ce royaume.

Je suis toujours, Monsieur, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

Lettre 1053. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1). Comme prieure du monastère du Pouget.

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1054. - — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

24 juillet 1648.

J’ai reçu votre lettre avec joie, voyant la fidélité que vous avez eue à me découvrir les pensées qui agitent votre cœur. Ce n’est pas merveille que vous soyez tenté ; au contraire, ce serait chose nouvelle si vous ne l’étiez point, pource que la vie des hommes n’est autre chose que tentation, et nul n’en est exempt, particulièrement de ceux qui se sont donnés à Dieu ; son propre Fils même a passé par cette épreuve. Mais si c’est une nécessité pour tous, c’est aussi un sujet de mérite pour les personnes à qui Dieu fait la grâce de réduire tout en bien, comme vous faites. Vous savez assez, Monsieur, que sans les désordres il n’y aurait point de règlements ; mais nos inclinations se portent au mal en tant de manières qu’il a été de la prudence divine et humaine de leur opposer des remèdes spécifiques. C’est pour cela que l’Ancien et le Nouveau Testament sont pleins de commandements, de conseils et de règles de salut, que l’église a tant fait d’ordonnances et de décrets, et que les jurisconsultes ont établi des lois pour les choses civiles. Les règles que vous avez sont maximes évangéliques et moyens pour les garder, à peu près les mêmes que nous pratiquons de deçà, où personne, grâces à Dieu, ne s’en est encore plaint. Que si le nombre vous en semble excessif, je vous supplie de considérer combien grand est celui des préceptes divins, des canons, décrets, lois et admonitions dont je viens de parler ; plusieurs gros volumes ne les peuvent contenir. Il se peut faire néanmoins que

Lettre 1054 — Reg 2, p 31

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vous ayez peine de la diversité des choses qui vous sont recommandées et de ce que peut-être on vous presse trop pour les observer. Je suis bien aise que vous m’en ayez écrit, parce que je prierai les visiteurs de faire attention ci-après à ne rien ordonner que fort à propos ; comme je prie votre supérieur (1) de vous faire traiter doucement, en cas que par le passé on ait manqué à le faire, même de vous faire changer de lieu, si vous le désirez.

La compagnie a toujours été bien satisfaite de votre exactitude ; ceux qui vous ont vu ici en ont été fort édifiés, et, à ce que j’apprends, ceux qui habitent maintenant avec vous ne le sont pas moins ; ce qui me fait juger que la petite répugnance que vous avez est une production du mauvais esprit, qui veut vous ennuyer dans un si beau chemin. Je vous prie, Monsieur, ne l’écoutez point ; car si deux ou trois règles vous déplaisent pour être superflues à votre égard, un autre les affectionne parce qu’elles lui conviennent. Les enfants de Notre-Seigneur marchent bonnement dans ses voies ; ils ont confiance en lui ; aussi quand ils tombent, il les relève ; et si, au lieu de s’arrêter à maugréer la pierre où ils ont bronché, ils s’humilient dans leur chute, il les fait avancer à grands pas en son amour. C’est ce que j’espère de vous, Monsieur, qui êtes tout à lui, par sa miséricorde, et qui ne respirez que sa sainte volonté.

Il y a grande différence entre la vie apostolique et la solitude des Chartreux. Celle-ci, à la vérité, est très sainte, mais elle n’est pas convenable à ceux que Dieu a appelés à la première, qui en soi est plus excellente ; autrement saint Jean-Baptiste et Jésus-Christ même ne l’auraient pas préférée à l’autre, comme

1) Louis Rivet

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ils ont fait, en quittant le désert pour prêcher aux peuples ; outre que la vie apostolique n’exclut pas la contemplation, mais l’embrasse et s’en prévaut pour mieux connaître les vérités éternelles qu’elle doit annoncer ; et d’ailleurs elle est plus utile au prochain, lequel nous avons obligation d’aimer comme nous-mêmes, et par conséquent de l’aider d’une autre manière que ne font pas les solitaires. Et quoiqu’il vous semble que vous vous acquitteriez plus volontiers des devoirs de cette sainte religion que de ceux de notre petit institut, vous y seriez sans doute trompé, comme beaucoup d’autres qui ont quitté leur véritable vocation pour entrer dans une manière de vie différente, en laquelle ils ont trouvé moins de satisfaction. Pourquoi ? parce que les difficultés qu’ils ont pensé fuir n’étaient pas en la chose qu’ils ont délaissée, mais dans leur propre imagination, la qualité de l’esprit se trouvant la même partout, faute de la corriger par une continuelle mortification. Au reste, Monsieur, vous savez que nous ne sommes pas religieux et n’avons pas intention de l’être ; Dieu ne nous a pas jugés propres pour cet état. Prions-le qu’il nous rende dignes de celui où il nous a mis.

1055. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

Du 24 juillet 1648.

Vos incommodités m’affligent à bon escient ; je pense que le changement d’air vous sera bon ; mais avant de reprendre celui de France, je vous prie d’essayer celui de la campagne de Rome par le moyen des missions qu’on y fera cet hiver. Si ce remède est sans effet, je

Lettre 1055. — Reg. 2, p. 297.

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vous assure, Monsieur, que nous vous prierons de vous en revenir, et dès maintenant je le ferais, sans que je crains de contrevenir au dessein de Dieu sur vous, en vous rappelant ici, avant que d’avoir tenté de delà les moyens possibles pour vous bien porter.

Quant à la seconde raison que vous avez de repasser en France, croyez, Monsieur, que les chaleurs du climat ne contribuent guère aux mouvements déshonnêtes, la chair traîne partout ses infinités. Quand vous seriez ici, vous en ressentiriez les misères de même qu’en Italie ; c’est un exercice que Dieu permet en vous, comme il l’a permis en saint Paul, et peut-être pour la même fin, ou au moins pour vous donner sujet de mérite.

1056. — ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 28 juillet 1648.

Monsieur,

Le soin que j’avais apporté qu’on ne parlât point de ces nouvelles opinions dans cette ville de Cahors ni dans tout le reste de mon diocèse, a été cause que nous avons vécu en grand repos jusques à présent. Mais comme l’ennemi commun de la paix ne cesse jamais de travailler à semer des troubles il est arrivé depuis peu qu’un des professeurs en théologie de notre université (1) a enseigné la doctrine et les opinions de Jansenius. En ayant eu avis pendant la retraite de mes exercices, le mandai au grand archidiacre de mon église cathédrale (2), qui a de grandes qualités et est grand ennemi de toutes ces nouveautés, de lui aller dire de ma part que je m’étonnais fort qu’il enseignât cette doctrine et lui faire commandement de cesser ; ce qu’il fit incontinent. Mais ce docteur au lieu d’obéir, lui répondit avec arrogance qu’il avait déjà

Lettre 1056. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1). Le Père Louis Mesplède, dominicain. On garde aux archives de l’évêché de Cahors le procès-verbal dressé sur les opinions de ce religieux

2) Claude-Antoine Hébrard de Saint-Sulpice.

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baillé ce traité, et lui dit beaucoup de choses là-dessus pour soutenir ces opinions.

Le grand archidiacre m’ayant rapporte cela, je mandai incontinent à mon promoteur de faire commandement de ma part à tous les écoliers de m’apporter leurs écrits et leur faire défense, à peine de désobéissance, d’en aller plus prendre sous ce professeur, qui est un religieux de l’Ordre de St-Dominique ; à quoi ils obéirent incontinent ; et fallut qu’il cessât faute d’écoliers.

Le théologal de mon église, qui ne l’aime pas, ayant appris cela, prêcha contre ces opinions ; ce qui le mit aux champs. En ayant eu avis, je donnai charge à mon promoteur de faire défense audit théologal de prêcher plus de la sorte, désirant assoupir cela, comme c’est le mieux, et d’aller dire à ce professeur que je n’approuvais pas ce que le théologal avait fait, et que, s’il n’en parlait pas de son coté et qu’il se reconnut, je tâcherais d’assoupir cela et lui conserver son honneur. Il me remercia fort par mon promoteur ; mais en même temps, ayant appris que l’université était assemblée, part de son couvent et s’en va dans la salle où ils étaient et leur représenta que j’avais fait enlever ses écrits, fait faire défense à ses écoliers de l’aller plus ouïr et que bien que je lui eusse envoyé faire faire des excuses par mon promoteur, néanmoins il ne se sentait pas satisfait et qu’il les priait de se joindre à lui pour plaider contre moi, offrant de fournir tout l’argent nécessaire.

L’université l’ayant fait sortir pour opiner, il fut résolu d’une commune voix de ne souffrir jamais que cette doctrine fut enseignée dans l’université, et se joignirent tous à moi, et, l’ayant fait rentrer, il fut fort rabroué. J’en envoyai donner avis à tous les couvents, lesquels se joignirent aussi tous à moi ; et toutes les personnes de condition qui surent son procédé, le blâmèrent fort de sorte qu’il s’est trouvé tout seul ; et à peine s’est-il trouvé quelques esprits qui se soient seulement voulu informer dans le particulier que c’était.

Il ne s’est pas néanmoins arrêté là, car il a crié hautement qu’il ferait imprimer ces opinions pour les défendre.

Sur ce temps Messeigneurs les évêques de Bazas (3) et de Condom (4) m’ayant fait l’honneur de me venir voir, je mandai le grand archidiacre et le chancelier (5) de se rendre ici ; ce qu’ayant fait, ils rapportèrent devant eux les opinions des autres professeurs ; et ayant vu que c’étaient les mêmes opinions

3) Samuel Martineau

4) Jean d’Estrades.

5) Pierre Parriel, chancelier de l’université de Cahors

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de Jansénius, il fut résolu que je lui manderais de me venir trouver, et, s’il venait, je lui ferais une bonne réprimande de ce qu’il avait enseigné cette doctrine, et lui ferais très expresses inhibitions et défenses de l’enseigner jamais plus et lui ordonnerais de témoigner à ceux à qui il en avait parlé, qu’il en était bien marri ; que s’il n obéissait pas, je ferais un décret portant inhibitions et défenses de ne l’enseigner plus, à peine d’être procédé contre lui par toutes voies de droit, et aux écoliers de ne l’écouter plus, à peine d’excommunication ni de retenir ses écrits ; et l’université ferait un autre décret, par lequel elle le priverait de voix active et passive et lui défendrait de plus enseigner.

Ayant eu connaissance de cette résolution il est revenu à soi, et hier il vint céans avec le chancelier et me témoigna le déplaisir qu’il avait d’avoir enseigné cette doctrine et de m’avoir déplu. Je lui fis une bonne réprimande et lui fis connaître sa faute, de façon que, par la grâce de Dieu, ce feu qui s’allait allumer dans notre ville s’est éteint, et j’espère que dans peu de jours il ne s’en parlera pas.

Cet affaire m’a donné grande douleur au commencement ; mais, grâces à Dieu, il a été étouffé dans sa naissance. Je vous l’ai voulu mander, parce que je serai bien aise que vous sachiez les affaires de cette nature qui se passeront dans mon diocèse, et afin que vous vous ressouveniez de ce que je vous ai dit si souvent, que ma présence était si nécessaire dans mon diocèse que je n’en devais jan sais sortir que pour de très grandes et urgentes affaires, et pour vous dire aussi que Messeigneurs de Bazas et de Condom m’ont extraordinairement pressé de m’en aller à la cour pour les défendre contre les violences qu’ils souffrent de Monsieur d’Epernon (6), particulièrement Monseigneur de Bazas et plusieurs autres de la province ; que les prélats qui sont là-bas leur écrivent qu’il faut que tous ceux de la province y aillent en foule et me nomment en particulier. Je leur ai répondu que je serai toujours à eux inséparablement pour la défense de leur dignité et de leurs personnes, mais que, pour aller à Paris, je ne croyais pas que je le pusse, à cause de la nécessité que mon diocèse a de ma présence ; que j’y avais quatre grandes affaires, la moindre desquelles requérait ma présence, sans que je m’y sois pu résoudre, quoique peut-être j’y serai contraint. Je leur ai remontré beaucoup de choses là-dessus et leur ai dit que je vous en écrirais. Ils m’ont dit de recommander l’affaire à Notre-Seigneur et qu’ils s’en remettaient à moi. Je vous dirai doncques que

6) Le duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne.

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je n’ai jamais pu connaître que ce fût la volonté de Dieu que j’y allasse pour ce sujet. Au contraire il me semble que ce serait contre sa volonté ; car je ne me souviens point d’avoir vu d exemple dans l’histoire ecclésiastique que tous les évêques d’une province l’aient quittée pour aller porter, leurs plaintes aux princes des persécutions des gouverneurs, non pas même de celles des tyrans, mais bien de députer quelqu’un ; et les autres demeuraient dans leurs diocèses ou, s’ils ne pouvaient y être en sûreté, se retiraient dans les voisins, et de là donnaient leurs assistances à leurs peuples. Je ne vois pas aussi que cela fût approuvé à la cour, particulièrement au temps où nous sommes, qui nous obligerait, si nous y étions, d’en partir pour revenir en nos diocèses ; et moi particulièrement je ne voudrais pas pour de mon sang en avoir été absent pendant que ce docteur y enseignait cette mauvaise doctrine, que peut-être je n’eusse jamais pu extirper, et d’autant plus que tout Toulouse est en feu.

Je vous prie me mander là-dessus vos sentiments. Cependant je vous dirai que mondit seigneur de Bazas, voyant que les violences de d’Epernon s’augmentent de jour à autre et qu’il se prévaut du temps, s’est résolu de se retirer à Paris pour quelque temps, mais avec intention de ne se plaindre point pendant ces troubles. C’est un grand prélat et qui mérite bien d’être assisté et que la reine l’appuie. C’est pourquoi je vous supplie de disposer l’esprit de Sa Majesté pour cela, afin que, quand il sera temps, elle prenne la cause. Au nom de Dieu, employez tout ce que vous avez de pouvoir et crédit pour empêcher que Monsieur de Laverdin ne soit évêque du Mans (7), pour les raisons que Monseigneur de Bazas vous dira. Cependant croyez-moi, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

7) Philibert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin avait une assez mauvaise réputation, il fut toutefois nommé évêque du Mans le 20 février 1649, malgré les résistances de saint Vincent

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1057. — A DENIS GAUTIER, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

[Juillet 1648] (1)

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Voici une nouvelle bien affligeante, mais qui est mêlée d’une grande consolation. Dieu a disposé du bon M. Guérin à Tunis et peut-être de M. Lesage en Alger (2), l’un et l’autre frappés de peste, laquelle depuis longtemps est fort échauffée en ces lieux-là ; M. Le Vacher et notre frère François (3) en ont aussi ressenti le venin ; mais il a plu à sa divine bonté de les conserver quasi par miracle.

Nous attendions la nouvelle de la mort dudit sieur Le Vacher, lorsque lui-même nous a mandé celle dudit sieur Guérin, qui arriva le mois de mai dernier (4). Sa fin, comme sa vie, a rendu de véritables témoignages de son zèle et de sa charité, qui nous donnent une assurance moralement infaillible de la réception de son âme dans

Lettre 1057. — L. s. — Dossier de Turin, original. Cette lettre a été envoyée aux diverses maisons de la congrégation de la Mission.

1). L’année ne fait aucun doute, car Julien Guérin est mort le 25 mai 1648. Il n’y a pas la même certitude pour le mois. Si nous donnons la préférence au mois de juillet, c’est que le saint n’a pu recevoir avant juillet la lettre écrite le 20 juin par Jean Le Vacher et eut vraisemblablement avant le mois d’août celle que le frère Barreau lui adressa le 12 mai ou dans les huit jours qui suivirent.

2). Il était mort, en effet, le 12 mai précédent, victime de son dévouement pour les pestiférés, qu’il visitait et consolait, sans se soucier de sa propre santé.

3). François Francillon, né à Céaux (Vienne) en janvier 1621, reçu dans la congrégation de la Mission, comme frère coadjuteur, en avril 1645. Il accompagna Julien Guérin à Tunis, revint en France, fut envoyé à Alger et s’y dévoua jusqu’au 6 juillet 1688, jour où les Turcs l’attachèrent à la bouche d’un canon.

4). Le 25 mai, date donnée par Jean Le Vacher lui-même dans une lettre qu’il adressa de Tunis à René Alméras le 22 juin 1648.

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l’éternité bienheureuse. Je vous prie néanmoins de lui rendre le secours accoutumé.

Ce que nous savons de M. Lesage est que notre frère Barreau, son compagnon, nous a mandé, par lettres du quatrième de mai, qu’il était tombé malade de la contagion deux jours auparavant ; et Monsieur Le Vacher, par une lettre du vingtième de juin, en parle en ces termes : "J’estime, dit-il, que vous avez à présent reçu des lettres d’Alger sur la mort de M. Lesage." Or, bien que nous n’en ayons reçu d’autre que celles de sa maladie, nous craignons pourtant que le trépas s’en soit ensuivi, et qu’étant venu à la connaissance dudit sieur Le Vacher, l’avis qu’il nous en donne en si peu de mots ne soit que trop véritable. Il se peut faire aussi que ce n’est qu’un faux bruit ; car il est éloigné d’Alger de cent lieues.

Tandis, Monsieur, que nous en attendons la dernière nouvelle, M. Le Vacher est donc en bonne disposition, grâces à Dieu. Il a été pourtant à telle extrémité qu’on l’a tenu pour mort, en sorte que le bon M. Guérin, qui n’était encore malade, avait déjà donné ordre à sa sépulture, et chacun s’était retiré de sa chambre, à la réserve de notre frère Franc, ois, lequel, le regardant de fois à autre, aperçut en lui, deux heures après, quelques signes de vie ; et à l’instant il sortit dehors pour en avertir ceux qui l’avaient abandonné comme mort, lesquels accoururent pour s’assurer de la vérité, et l’ayant reconnue, ils en restèrent également étonnés et consoles.

Peu de jours après, ce bon frère fut attaqué de deux pestes et de la fièvre continue. M. Guérin ensuite tomba malade ; si bien que les voilà tous trois dans le lit ; ce qu’étant rapporté audit frère François, sa charité le pressa si fort qu’au même temps il se leva pour assister les autres ; et comme on le voulut empêcher, à cause

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qu’il était bien mal, il répondit : "Dieu fera de moi ce qu’il lui plaira ; mais il faut qu’en l’état où ils sont, je leur fasse le bien que je pourrai." En effet, il les a toujours servis jusqu’au décès de l’un et jusqu’à la bonne disposition de l’autre, leur donnant des bouillons et des remèdes, allant tantôt en ville, tantôt ailleurs ; il a fait enfin pour leur soulagement comme s’il n’eut eu aucun m. al.

Quelques jours après, pour récompense de sa charité, Dieu permit qu’il se trouvât guéri d’une de ses pestes. L’appétit lui revint, et peu à peu l’autre peste se dissipa aussi, sans qu’il ait pris aucun remède qu’après que ledit sieur Le Vacher s’est bien porté, lequel le fit saigner et purger. Il parle de ce frère comme d’une merveille, et le bon M. Guérin ne m’en a jamais parlé qu’avec louanges.

Voilà, Monsieur, de grands sujets de louer Dieu et pour la santé des uns et pour le décès des autres : de celle-là, pource qu’elle donne moyen à ces deux bons serviteurs de Dieu de lui continuer leurs services en la personne des esclaves malades et abandonnés, qui est un degré de charité le plus élevé qui se puisse exercer en ce monde ; et de celui-ci, pour ce qu’une telle mort est précieuse au ciel et à la terre, et qui sera, Dieu aidant, la semence des missionnaires, comme le sang des martyrs a été celle des chrétiens ; aussi est-ce un martyre d’amour de mourir pour l’assistance corporelle et spirituelle des membres vivants de J.- C.

Nous nous sommes entretenus vendredi au soir des vertus de feu M. Guérin et continuerons à la prochaine conférence ; nous faisons recueillir ce qui s’en dit pour en faire part à toutes nos maisons. Le sujet le mérite bien ; c’était une âme des plus pures, des plus détachées et des plus à Dieu et au prochain que j’aie jamais reconnue.

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O Monsieur, quelle perte pour les pauvres, mais quelle perte pour nous de n’avoir plus cet exemple de zèle et de charité ! Souvent je m’en suis servi comme du plus efficace pour animer la compagnie à la pratique de ces vertus. Nous ne l’avons plus ; Dieu nous l’a ôté ; peut-être que c’est pour nous punir du mésusage que nous en avons fait ; mais, comme il est vrai que la plupart en ont profité, Dieu veut nous exciter à une plus grande émulation pour aller établir partout l’empire de son Fils Notre-Seigneur, ainsi qu’a fait notre bon M. Guérin, qui jouit maintenant de la récompense due à ses travaux et qui nous obtiendra la grâce de l’imiter, si, en effet, nous commençons dès à présent dans les occasions journalières que nous en avons. Ce bon serviteur de Dieu n’a pas attendu qu’il fût en Barbarie pour aimer et consoler les pauvres ; il l’a toujours fait en France et en Lorraine, autant qu’il l’a pu ; et c’est ce qui lui a mérité le bonheur d’aller mourir au service des pauvres esclaves, ainsi que plusieurs ont remarqué en notre conférence.

Je prie N.-S. qu’il soit la vie de nos cœurs et qu’il me fasse digne de la grâce que j’ai reçue de sa divine miséricorde, d’être, en elle, comme je suis, et de vous et de votre petite compagnie, que j’embrasse tendrement en esprit, Monsieur, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de le première page. M. Gautier.

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1058. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

15 août 1648.

Je loue Dieu de votre vigilance et bonne conduite à procurer que ces Messieurs les ecclésiastiques de Gênes qu’on appelle missionnaires ne soient plus appelés ainsi, pour empêcher la confusion des mêmes noms et prévenir les inconvénients qui arrivent de la multiplicité de ceux qui les portent. Vous ferez bien d’insister aussi à ce qu’il plaise à Monseigneur le cardinal de changer le nom aux exercices qu’ils font, de crainte que, les appelant missions, on ne vienne encore avec le temps à nommer ceux qui les feront, missionnaires, parce que souvent les ouvriers tirent leur nom de celui de leurs ouvrages, et l’on passe facilement de l’un à l’autre ; outre que c’est l’usage de l’église d’assigner à toutes les compagnies et à leurs fonctions divers noms, pour les distinguer les uns des autres.

1059. — EDMOND DWYER, éVêQUE DE LIMERICK, A SAINT VINCENT

Vers août 1648] (1)

Il est juste, Monsieur, que je vous rende des actions de grâces, de tout mon cœur, du bienfait que j’ai reçu de vous par vos prêtres, et que je vous dise le très grand besoin que l’on a de les avoir en ce pays. Je puis vous assurer confidemment que leurs travaux y ont fait plus de fruit et qu’ils ont converti plus d’âmes que tout le reste des ecclésiastiques ;

Lettre 1058 — Reg. 2, p. 85.

Lettre 1059. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. I, sect. VIII, 1er éd., p. 149

1) Abelly dit que cette lettre est du même temps que la lettre 1060.

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et de plus, que, par leur exemple et leur bonne conduite, la plupart de la noblesse de l’un et l’autre sexe est devenue un modèle de vertu et de dévotion, qui ne paraissait point parmi nous devant l’arrivée de vos missionnaires en ces quartiers. Il est vrai que les troubles et les armées de ce royaume ont été un grand empêchement à leurs fonctions ; et néanmoins la mémoire des choses qui regardent Dieu et le salut est tellement gravée, par leur moyen dans les esprits des habitants des villes et des gens de la campagne, qu’ils bénissent Dieu également dans leurs adversités aussi bien que dans leurs prospérités. J’espère de me sauver moi-même par leur assistance.

1000. — THOMAS WALSCH, ARCHEVêQUE DE CASHEL (1)

A SAINT VINCENT

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