Correspondance (page 39)
16 août [1648] (1)
Le départ de vos missionnaires me donne occasion de vous témoigner mes humbles reconnaissances accompagnées d’actions de grâce, de ce que, par votre grande charité, vous avez daigné secourir par vos prêtres missionnaires le petit troupeau que Dieu m’a commis ; ce qui s’est fait, non seulement dans un temps très propre pour nos besoins, mais aussi dans une occurrence entièrement nécessaire. Aussi est-il véritable que par leurs travaux et emplois les peuples ont été excités à la dévotion, qui s’augmente tous les jours. Et quoique ces bons prêtres aient souffert beaucoup d’incommodités depuis leur arrivée en ce pays, ils n’ont pas laissé pour cela de s’appliquer continuellement aux travaux de leur Mission, comme des ouvriers infatigables, lesquels aidés de la grâce, ont glorieusement étendu et augmenté le culte et la gloire de Dieu.
J’espère que ce même Dieu, qui est bon et tout-puissant, sera lui-même votre ample récompense et la leur. Et de mon coté je le prierai qu’il vous conserve longuement, vous ayant choisi pour le bien et utilité de son église.
Lettre 1060. — Abelly, op. cit, 1. II, chap,. I, sect. VIII. 1er éd., p. 148. Cet écrivain note que la lettre fut écrite en latin
1). Né dans le diocèse de Waterford en 1580, nommé à l’archevêché de Cashel en 1626, emprisonné pour la foi à la fin de l’année 1652 et, après neuf mois de captivité, exilé en Espagne, où il mourut le 5 mai 1654.
2) Texte d’Abelly : 1658. La rectification s’impose.
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1061. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
[Tunis, 1648] (1)
Moyennant quelque argent que j’ai donné aux patrons ou gardiens de ces pauvres esclaves je les ai assemblés en chaque lieu ; et là, je les ai instruits, consolés, confessés et confirmés en la foi, par la grâce de Dieu. Et ayant accommodé les lieux le plus décemment que j’ai pu, j’y ai célébré la sainte messe, où ils ont tous communié ; et nous sommes demeurés les uns et les autres pleins de consolation, qu’il a plu à Dieu départir à ces pauvres esclaves au milieu des misères de leur captivité, qui sont fâcheuses et pesantes au delà de ce que des personnes libres peuvent se représenter ; et par conséquent les joies et consolations qu’ils ont goûtées parmi leurs peines ne peuvent être que des fruits de la grâce de Dieu. Je les ai tous embrassés ; et pour les remettre un peu de leurs fatigues, je les ai régalés autant que notre pauvreté l’a pu permettre, et outre cela j’ai donné aux plus pauvres, à chacun, un quart de piastre.
1062. — A LA SŒUR MADELEINE-ELISABETH DE MAUPEOU
RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Ma chère sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit à jamais avec vous ! Vous êtes souhaitée ici ; on vous demande de là, et vous êtes indifférente, comme le doit être une bonne
Lettre 1061. — Abelly, op. cit., 1 II, chap. I, sect., VIII, § 9, 1er éd., p. 131.
1). Jean Le Vacher écrivit cette lettre au retour de son premier voyage aux maceries de la campagne, c’est-à-dire, sans aucun doute, dans l’année de son arrivée à Tunis.
Lettre 1062 — Année sainte, t. VII, p. 253.
1). Madeleine-Elisabeth de Maupeou, fille de Gilles de Maupeou, intendant et contrôleur général des finances sous Henri IV, quitta le monde en janvier 1628, à l’âge de trente-deux ans, pour entrer au premier monastère de la Visitation à Paris. Les religieuses du couvent de Caen l’élurent pour leur supérieure le 24 mai 1635 et la réélurent le 20 mai 1638. En 1641, elle alla fonder un monastère
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servante de Dieu et une bonne fille de Sainte-Marie. Votre monastère d’ici vous demande pour la fondation de Compiègne (6) ; vos chères filles de Bayonne pensent que vous leur êtes nécessaire et font instance a ce que vous demeuriez avec elles. Vous ferez ce que vous jugerez devant Dieu être pour le mieux ; vous vous en viendrez, ou vous demeurerez.
La pensée que j’ai, que vous cherchez Dieu et sa sainte volonté uniquement, fait que j’estime la faire moi-même, en vous remettant le discernement d’icelle. Si vous venez, ce qui est à souhaiter, je vous prie de m’en donner avis, la présente reçue, et que vous veniez au plus tôt, si quelque chose d’importance ne vous arrête, pour que l’on dispose selon cela les choses de la fondation. Oh ! ma chère sœur, que vous serez reçue cordialement, si vous venez ! Que si vous ne venez pas, ne le pouvant, on s’en remettra au bon plaisir de Dieu, qui nous sera connu par le choix que vous ferez. Dieu vous remplisse de plus en plus de son esprit, ma très chère sœur !
Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
De Paris, ce 3e septembre 1648.
de son Ordre à Bayonne, où l’appelait son neveu François Fouquet, évêque de cette ville. Son second triennat avait pris fin depuis un an, quand saint Vincent lui écrivait cette lettre. Elle resta à Bayonne, et les sœurs la mirent de nouveau à leur tête le 2 juin 1650. De retour à Paris, elle dirigea le premier monastère de 1655 à 1658 et y termina ses jours, à l’âge de soixante-dix-huit ans, le 3 juillet 1674. (Cf. Année sainte, t. VII, pp. 249-254)
2) Le monastère de Compiègne s’était ouvert le 13 juin 1648.
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1063. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 5 septembre 1648.
Béni soit Dieu, Mademoiselle, de la sollicitude que Notre-Seigneur vous donne pour vos chères filles et pour moi, dans ces émotions populaires (1) ! Nous voilà tous, par la grâce de Dieu, sans que Notre-Seigneur nous ait faits dignes de souffrir quelque chose pour lui en ce rencontre.
Assurez-vous au reste qu’il n’y a rien que j’aie pensé devoir dire que je n’aie dit, par la grâce de Dieu ; je dis à l’égard de toutes choses. Le mal, c’est que Dieu n’a pas béni mes paroles, quoique je croie fausses celles qu’on dit de la personne dont vous entendez me parler (2), Il est vrai que je tâche de les dire à la manière que font
Lettre 1063. — L. a. — Original au Berceau de saint Vincent de Paul
1) Saint Vincent fait ici allusion aux journées des 26, 27 et 28 août. La nouvelle de l’arrestation de Broussel, conseiller à la Grand’Chambre, avait soulevé le peuple contre la cour. Dans les rues, des barricades s’étaient élevées. La milice bourgeoise, appelée aux armes pour rétablir l’ordre, sympathisait avec les insurgés. Il fallut que la reine cédât et fit revenir Broussel, alors en route vers Sedan
2). Il serait difficile de dire au juste à quoi saint Vincent fait ici allusion Serait-ce aux relations de Mazarin et d’Anne d’Autriche ? Le bruit courut, répandu par les frondeurs, que la reine et son ministre étaient liés par un mariage de conscience ; et certains ajoutaient que saint Vincent lui-même avait béni leur union. On en causa à Saint-Lazare, et le frère Robineau n’hésita pas à interroger le saint, qui lui répondit : "Cela est faux comme le diable." (Cahier ms. du frère Robineau, p. 10, arch. de la Mission.) La question de ce mariage secret a été étudiée par Jules Loiseleur (Problèmes hitoriques. Mazarin a-t-il épousé Anne d’Autricha ? Gabrielle d’Estrées est-elle morte empoisonnée ? 1867, in-l2) et par Victor Molinier (Notice sur cette question historique : Anne d’Autriche et Mazarin étaient~ils secrètement mariés ? Paris, 1887 in-8°) Il semble établi que Mazarin n’était pas dans les ordres sacrés. (Cf. Chéruel Adolphe, Lettres du Cardinal Mazarin, 9 vol. in-4°, Paris, 1872-1906, t. I, p. XVI, note 2.)
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les bons anges, qui proposent, sans se troubler, lorsqu’on ne fait pas usage de leurs lumières.
C’est La leçon que m’a apprise le bienheureux cardinal de Bérulle, et l’expérience que j’ai, que je n’ai pas grâce, ains que je gâte tout, quand j’en use autrement.
Si vous désirez passer chez Madame de Saint-Simon (3) pourquoi non ?
Les choses vont ici tout doucement. Vos malades commencent à se mieux porter partout.
Je tâcherai de dire un mot à M. le comte de Maure (4). J’ai peur pourtant de gâter la chose par ma misère. Je ne descendrai point au particulier néanmoins. Notre-Seigneur suppléera à ce qui me défaudra, s’il lui plaît.
Je loue Dieu de ce que vous me dites des visites de Charités. Oh ! que je suis mortifié de ne les pouvoir faire ! Notre-Seigneur y pourvoira par ailleurs, s’il lui plaît.
Je suis en son amour, Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
De Paris, cette…
3) Louise de Crussol, mariée en secondes noces au marquis de Saint-Simon, qui devint lieutenant général des armées du roi, gouverneur et bailli de Senlis et capitaine du château de Chantilly.
4) Parent par alliance de Louise de Marillac. Il prit une part active aux troubles de la Fronde. Saint Vincent voulait-il lui donner des conseils de sagesse politique ?
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1064. — A JEAN DEHORGNY
D’Orsigny, ce 10e septembre 1648.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 17e août (1), qui est pour achever de répondre aux miennes touchant les diversités d’opinions, celle-ci étant à l’égard du livre de Le communion (2), pour réponse à laquelle je vous dirai, Monsieur, qu’il peut être, ce que vous dites, que quelques personnes ont pu profiter de ce livre en France et en Italie ; mais que d’une centaine qu’il y en a peut-être qui en ont profité à Paris, en les rendant plus respectueux en l’usage de ce sacrement, qu’il y en a pour le moins dix mille auxquels il a nui en les en retirant tout à fait ; que je loue Dieu de ce que vous en usez comme je fais, qui est de ne point parler de ces choses en la famille et de ce qu’elle va son train à Rome comme ici.
Il est vrai, ce que vous dites, que saint Charles Borromée a suscité l’esprit de pénitence dans son diocèse, de
Lettre 1064. — Arch. dép. de Vaucluse, D 296, copie du XVIIe ou du XVIIIe siècle. On trouvera en note les variantes du texte publié en mars 1726 par les Mémoires de Trévoux (p. 448). Ni le manuscrit des archives départementales, ni les Mémoires de Trévoux ne donnent le post-scriptum, que nous avons emprunté au supplément des Lettres et conférences de St Vincent de Paul (p. 70). L’éditeur de ce supplément a eu en main l’original de la lettre, que lui avait communiqué Mademoiselle d’Haussonville et que l’on n’a pu retrouver.
* Voir le texte de cette lettre et son commentaire par Bernard KOCH à la fin du volume XIII. pp. 863 & sq.
1). Mémoires : du 7 août.
2). L’ouvrage avait pour titre : De la fréquente communion, où les sentimens des Pères des Papes et des Conciles touchant l’usage des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie sont fidèlement exposez, pour servir d’adresse aux personnes qui pensent sérieusement à se convertir à Dieu et aux pasteurs et confesseurs zélés pour le bien des âmes, par M. Antoine Arnauld, docteur en théologie, de la maison de Sorbonne. — Sancta Sanctis. — A Paris, chez Antoine Vitré, 1643
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son temps, et l’observance des canons d’icelle, et que c’est ce qui mutina le monde contre lui et même des bons religieux, à cause de la nouveauté ; mais il n’a pas constitué la pénitence ou, quoi que ce soit, la satisfaction, à se retirer de la sainte confession et de l’adorable communion, si ce n’est aux cas portés par les canons, que nous tâchons d’observer (3) en cas des occasions prochaines, des inimitiés, des péchés publics ; mais il est (4) bien éloigné de ce qu’on dit, qu’il ordonnait des pénitences publiques pour des péchés secrets et à faire la satisfaction avant l’absolution, comme le livre dont est question (5) prétend faire.
Venons au particulier. Il est vrai, Monsieur, quoi que vous me disiez du livre de La fréquente communion, qu’il a été fait principalement pour renouveler la pénitence ancienne comme nécessaire pour rentrer en grâces (6) avec Dieu ; car, quoique l’auteur fasse quelquefois semblant de proposer cette pratique ancienne seulement comme plus utile, il est certain néanmoins qu’il la veut pour nécessaire, puisque par tout son (7) livre il la représente comme une des grandes vérités de notre religion, comme la pratique des apôtres et de toute l’église durant douze siècles, comme une tradition immuable, comme une institution de Jésus-Christ, et qu’il ne cesse de faire entendre qu’il est obligé de la garder et d’invectiver continuellement contre ceux qui s’opposent au rétablissement de cette pénitence. D’ailleurs, il enseigne manifestement qu’anciennement il n’y avait point d’autre pénitence pour toute sorte de péchés mortels que la
3) Mémoires. : de pratiquer.
4) Mémoires : était.
5) Mémoires : dont il est question.
6) Mémoires : pour entrer en grâce
7) Mémoires : le.
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publique, comme on voit par le 3e chapitre de la seconde partie, où il prend pour une vérité l’opinion qui porte qu’on ne trouve dans les anciens Pères, et principalement dans Tertullien, que la pénitence publique en laquelle l’église exerçât la puissance de ses clefs ; d’où il s’ensuit par une conséquence très claire, que M. Arnauld a dessein d’établir la pénitence publique pour toutes sortes de péchés mortels et que ce n’est pas une calomnie de l’accuser de cela, mais une vérité que l’on tire aisément de son livre, pourvu qu’on le lise sans préoccupation d’esprit.
Et vous, Monsieur, me dites que cela est faux. Vous êtes à excuser, parce que vous ne saviez (8) pas le fond des maximes de l’auteur et de toutes ces doctrines, qui était de réduire l’église en ses premiers usages, disant que l’église a cessé d’être depuis ces temps-là. Deux des coryphées (9) de ces opinions ont dit à la Mère de Sainte-Marie de Paris (10), laquelle on leur avait fait espérer qu’ils pourraient attirer ii leurs opinions, qu’il y a cinq cents ans qu’il n’y a point d’église ; elle me l’a dit et écrit.
Vous me dites, en second lieu, qu’il est faux que M. Arnauld ait voulu introduire l’usage de faire la pénitence avant l’absolution pour les gros pécheurs. Je réponds que M. Arnauld ne veut pas seulement introduire la pénitence avant l’absolution pour les gros pécheurs, mais il en fait une loi générale pour tous ceux qui sont coupables d’un péché mortel, ce qui se voit par ces paroles tirées de la 2e partie, chapitre 8 : "Qui ne voit combien ce Pape juge nécessaire que le pécheur fasse pénitence de ses péchés, non seulement avant que de communier, mais
8.) Mémoires : savez.
9) M. de Saint-Cyran ne serait-il pas un de ces coryphées ?
10). Hélène-Angélique Lhuillier.
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même avant que de recevoir l’absolution ?" Et un peu plus bas, il ajoute : "Ces paroles ne nous montrent-elles pas clairement que, selon les règles saintes que ce grand Pape a données à toute l’église, après les avoir apprises dans la perpétuelle tradition de la même église, l’ordre que les prêtres doivent garder dans l’exécution de la puissance que le Sauveur (11) leur a donnée de lier et de délier les âmes, c’est de n’absoudre les pécheurs qu’après les avoir laissés dans les gémissements et dans les larmes, et leur avoir fait accomplir une pénitence proportionnée à la qualité de leurs péchés." Il faut être aveugle pour ne pas connaître, par ces paroles et par beaucoup d’autres qui suivent, que M. Arnauld croit qu’il est nécessaire de différer l’absolution pour tous les péchés mortels jusqu’à l’accomplissement de la pénitence ; et en effet, n’ai-je pas vu faire pratiquer cela par M. de Saint-Cyran, et le fait-on pas encore à l’égard de ceux qui se livrent entièrement à leur conduite ? Cependant cette opinion est une hérésie manifeste.
Pour ce qui est de l’absolution déclaratoire, vous me dites qu’il n’a point besoin que de son premier livre pour faire voir le contraire, et m’alléguez trois ou quatre autorités pour cela. Je réponds que ce n’est pas de merveille que M. Arnauld parle quelques fois comme les autres catholiques ; il ne fait en cela qu’imiter Calvin, qui nie trente fois qu’il fasse Dieu auteur du péché, quoiqu’il fasse ailleurs tous ses efforts pour établir cette maxime détestable, que tous les catholiques lui attribuent.
Tous les novateurs (12) font de même ; ils sèment des contradictions dans leurs livres, afin que, si on les reprend
11) Mémoires : le Seigneur.
12). Les Mémoires de Trévoux ajoutent ici le mot en.
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sur quelque point, ils puissent s’échapper, en disant qu’ils ont ailleurs le contraire. J’ai ouï dire à feu M. de Saint-Cyran que, s’il avait dit des vérités dans une chambre à des personnes qui en seraient capables, que, passant en une autre où il en trouverait d’autres qui ne le seraient pas, qu’il leur dirait le contraire ; que Notre-Seigneur en usait de la sorte et recommandait qu’on fît de même (13).
Comment est-ce que M. Arnauld peut soutenir sérieusement que l’absolution efface véritablement les péchés, puisqu’il enseigne, comme je viens de montrer, que le prêtre ne doit point donner l’absolution au pécheur qu’après l’accomplissement de la pénitence, et que la raison principale pour laquelle il veut qu’on observe cet ordre est afin de donner temps au pécheur d’expier ses crimes par une satisfaction salutaire, comme il le prouve amplement dans le chapitre 2e de la seconde partie ? Un homme judicieux qui veut qu’on expie des péchés par une satisfaction salutaire, avant que de recevoir l’absolution, peut-il croire sérieusement que les péchés soient expiés par l’absolution ?
Vous me dites que M. Arnauld dit que l’église retient dans le cœur le désir que les pécheurs fassent pénitence selon les règles anciennes, et que M. Arnauld dit que la
13) Raoul Allier (La cabale des dévots, Paris, 1902, in-16, p. 165) a peine à croire que Saint-Cyran ait pu tenir pareil propos. Il préfère admettre que saint Vincent l’a mal compris. "Saint-Cyran sentait si bien, écrit-il, que sa pensée allait contre les doctrines courantes, que pour éviter les condamnations sommaires et les scandales inutiles, il ne s’en ouvrait qu’à des amis sûrs et en état de le comprendre." Voilà à quoi se réduirait ce que Saint-Cyran aurait dit à saint Vincent. Saint Vincent était là, présent devant l’abbé quand celui-ci parlait ; tel que nous le connaissons, nous savons qu’il était plutôt porté à excuser qu’à accuser, à atténuer la gravité d’actes ou de paroles répréhensibles qu’à l’exagérer. Son autorité est, semble-t-il, d’un autre poids que celle de Raoul Allier.
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pratique ancienne et nouvelle de l’église sont toutes deux bonnes, mais que l’ancienne est meilleure (14), et qu’elle, étant une bonne mère, qui ne respire que le plus grand bien de ses enfants, leur désire toujours le meilleur, au moins dans son cœur.
Je réponds qu’il ne faut point confondre la discipline ecclésiastique avec les désordres qui se peuvent rencontrer. Tout le monde blâme ces désordres ; les casuistes ne cessent de s’en plaindre et de les remarquer, afin qu’on les connaisse ; mais c’est un abus de dire que ne point pratiquer la pénitence de M. Ar [nauld], ce soit un relâchement que l’église tolère avec regret. Nous n’avons pas grande assurance de la pratique d’Orient dont vous parlez ; mais nous savons que, par toute l’Europe, on pratique les sacrements de la manière que M. Arnauld condamne, et que le Pape et tous les évêques approuvent la coutume de donner l’absolution après la confession et de ne point faire pénitence publique que pour des péchés publics. N’est-ce pas un aveuglement insupportable de préférer, en une chose de telle conséquence, les pensées d’un jeune homme, qui n’avait aucune expérience dans la conduite des âmes lorsqu’il a écrit, à la pratique universelle de toute la chrétienté ?
Si la pratique de la pénitence publique a duré en Allemagne jusques au temps de Luther, comme vous dites, ce n’a été que pour les péchés publics ; et personne ne trouve mauvais que cette pénitence soit rétablie partout, puisque le concile de Trente l’ordonne expressément (15). Et quel rapport a l’ordonnance de saint Ignace, que vous m’alléguez aussi, avec la conduite de ceux qui éloignent tout le monde de la communion,
14) Mémoires : est la meilleure
15) Ses. XXIV, chap. VIII.
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non pour huit ou dix jours, mais pour cinq ou six mois, non seulement les grands pécheurs, mais de bonnes religieuses qui vivent en une grande pureté, comme nous avons appris (16) de l’épître de M. de Langres à M. de Saint-Malo (17). Ce n’est pas s’arrêter à des pointilles que de remarquer des désordres si notables et qui ne tendent qu’à la ruine entière de la sainte communion ; et tant s’en faut que des gens de bien doivent mettre en pratique ces (18) maximes pernicieuses, qu’ils ont juste sujet de les mépriser et de concevoir mauvaise opinion de ceux qui les autorisent.
Saint Charles n’avait garde de les approuver, puisqu’il ne recommande rien tant, dans ses conciles et dans ses actes, que la fréquente communion, et qu’il ordonne plusieurs fois de grièves peines contre tous les prédicateurs qui détournent les fidèles directement ou indirectement de la fréquente communion. Et jamais l’on ne trouvera qu’il ait établi la pénitence publique ou l’éloignement de la communion pour toutes sortes de péchés mortels, ni qu’il ait voulu qu’on mît trois ou quatre mois entre la confession et l’absolution, comme il se pratique très souvent et pour des péchés ordinaires par ces nouveaux réformateurs ; de sorte qu’encore qu’il y puisse avoir de l’excès à donner facilement l’absolution à toutes sortes de pécheurs, qui est ce que saint Charles déplore, il ne faut pas conclure de là que ce grand saint approuvât les extrémités dans lesquelles M. Ar [nauld] s’est jeté,
16) Mémoires : comme nous l’avons appris.
17). Le mémoire envoyé par Sébastien Zamet, évêque de Langres, à Achille de Harlay de Sancy, évêque de Saint-Malo, était, croit l’abbé Prunel (Sébastien Zamet, p. 264, note 2), la réponse à un questionnaire préparé par M. de Harlay, sur l’ordre de Richelieu, au sujet de Saint-Cyran. On le trouve en entier dans cet ouvrage pp. 265-268.
18) Mémoires : des.
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puisqu’elles sont entièrement opposées à quantité d’ordonnances qu’il a faites.
Quant à ce qu’on attribue au livre de La fréquente communion, de retirer le monde de la fréquente hantise des saints sacrements, je vous réponds qu’il est véritable que ce livre détourne tout le monde puissamment de la hantise de la sainte communion et de la sainte confession, quoiqu’il fasse semblant, pour mieux couvrir son jeu, d’être fort éloigné de ce dessein. En effet, ne loue-t-il pas hautement dans sa préface, page 36, la piété de ceux qui voudraient différer la communion jusques à la fin de leur vie, comme s’estimant indignes de s’approcher (19) du corps de Jésus-Christ, et n’assure-t-il pas qu’on satisfait plus à Dieu par cette humilité que toutes (20) sortes de bonnes œuvres ? Ne dit-il pas, au contraire, dans le chapitre 2e de la 3" partie, que c’est parler indignement du Roi du ciel que de dire qu’il soit honoré par nos communions et que Jésus-Christ ne peut recevoir que de la honte et de l’outrage par nos fréquentes communions qui se font selon les maximes du Père Molina, chartreux (21), qu’il combat par tout son livre, sous l’apparence d’un écrit fait à plaisir ? De plus, ayant prouvé par saint Denis, dans le chapitre 4 de la première partie, que ceux qui communient doivent être entièrement purifiés des images qui leur restent de leur vie passée par un amour divin pur et sans aucun mélange, qu’ils doivent être parfaitement unis (22) à Dieu seul, entièrement parfaits et entièrement irréprochables, tant s’en faut qu’il ait aucunement adouci les paroles si hautes
9). Mémoires d’approcher.
20) Mémoires : que par toutes.
21). Antoine Molina, auteur d’un traité de l’Instruction des prêtres, qui fut traduit en plusieurs langues, mort en 1612.
22). Mémoires : unis parfaitement.
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et si éloignées de notre faiblesse, que, les ayant données toutes crues, il a toujours soutenu dans son livre de La fréquente communion qu'elles contiennent les dispositions qui sont nécessaires pour communier dignement. Cela étant, comment se peut-il faire qu'un homme qui considère ces maximes et ce procédé de M. Arnauld, puisse s'imaginer qu'il souhaite avec vérité que tous les fidèles communient fort souvent ? Il est certain, au contraire, qu'on ne saurait tenir ces maximes pour véritables, qu'en même temps l'on ne se trouve très éloigné de fréquenter les sacrements. Et pour moi, j'avoue (23) franchement que, si je faisais autant d'état du livre de M. Arnauld que vous en faites, non seulement je renoncerais pour toujours à la sainte messe (24) et à la communion, par esprit d'humilité, mais même j'aurais de l'horreur du sacrement, étant véritable qu'il le représente, à l'égard de ceux qui communient avec les dispositions ordinaires que l'Eglise approuve, comme un piège de Satan et comme un venin qui empoisonne les âmes, et qu'il ne traite tous ceux qui en approchent en cet état de rien moins que de chiens, de pourceaux et d'antechrists (25).
Et quand on fermerait les yeux à toute autre considération pour remarquer seulement ce qu'il dit en plusieurs endroits des dispositions admirables sans lesquelles il ne veut pas qu'on communie, se trouvera-t-il homme sur la terre qui eût si bonne opinion de sa vertu qu'il se croie (26) en état de pouvoir communier dignement ? Cela n'appartient qu'à M. Arnauld, qui, après
23) Mémoires : je vous avoue.
24).Mémoires : à la messe.
25).Mémoires: et qu'il ne traite rien moins tous ceux qui en approchent en cet état que de chiens, de pourceaux et d'antéchrists
26).Mémoires : crût.
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avoir mis ces dispositions à un si haut point qu'un saint Paul eût appréhendé de communier, ne laisse pas de se vanter par plusieurs fois dans son apologie qu'il dit la messe tous les jours ; en quoi son humilité est autant admirable qu'on doit estimer sa charité et la bonne opinion qu'il a de tant de sages directeurs, tant séculiers que réguliers, et de tant de vertueux pénitents, qui pratiquent la dévotion, dont les uns et les autres servent de sujet à ses invectives ordinaires.
Au reste, j'estime que c'est une hérésie de dire que ce soit un grand acte de vertu de vouloir différer la communion jusques à la mort, puisque l'Eglise nous commande de communier tous les ans. C'est aussi une hérésie de préférer cette humilité prétendue à toutes sortes de bonnes œuvres, étant visible que pour le moins le martyre est beaucoup plus excellent; comme aussi de dire absolument que Dieu n'est point honoré par nos communions et qu'il n'en reçoit que de la honte et de l'outrage.
Comme cet auteur éloigne tout le monde de la communion, il ne tiendra pas à lui que toutes les églises ne demeurent sans messes, pource qu'ayant vu ce que dit le vénérable Bède, que ceux qui laissent de célébrer ce saint sacrifice sans quelque légitime empêchement, privent la Sainte Trinité de louange et de gloire, les anges de réjouissance, les pécheurs de pardon, les justes de secours et de grâces, les âmes qui sont en purgatoire de rafraîchissement, l'Eglise des faveurs spirituelles de Jésus-Christ, et eux-mêmes de médecine et de remède, il ne fait point de scrupules d'appliquer tous ces effets admirables aux mérites d'un prêtre qui se retire de l'autel par esprit de pénitence, comme on le voit dans le chapitre 40 de la première partie ; il parle même plus avantageusement de cette pénitence que du sacrifice de la messe. Or, qui ne voit que ce discours est très puissant
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pour persuader à tous les prêtres de négliger de dire la messe, puisqu'on gagne autant sans la dire qu'en la disant, et qu'on peut dire même, selon les maximes de M. Arnauld, qu'on gagne davantage ? Car, comme il relève l'éloignement de la communion beaucoup au-dessus de la communion, il faut aussi qu'il estime beaucoup plus excellent l'éloignement de la messe que la messe même.
Et la morale de tout ceci est que ce nouveau réformateur n'éloigne les prêtres et les laïques de l'autel sinon sous ce beau prétexte de faire pénitence ; mais pour savoir en quoi il met cette grande pénitence, qu'il estime si avantageuse aux âmes, il paraît en paroles expresses dans la préface, page 18, que, de toutes les rigueurs de l'ancienne discipline, il n'en garde quasi autre chose que la séparation du corps du Fils de Dieu, qui est la partie la plus importante, selon les Pères, parce qu'elle représente la privation de la béatitude, et la plus aisée, selon les hommes, parce que tout le monde en est susceptible.
M. Ar[nauld] pourrait-il montrer plus manifestement que son livre n'a été fait qu'à dessein de ruiner la messe et la communion, puisqu'il emploie toute l'antiquité pour nous prêcher la pénitence (dont jamais je n'ai vu faire un seul acte à l'auteur de cette doctrine, ni à ceux qui l'assistaient à l'introduire), et qu'après toutes ces fanfares il se contente qu'on ne communie point ? Certes, ceux qui lisent son livre et qui n'y remarquent pas ce dessein sont du nombre de ceux dont parle le prophète : Oculos habent et non videbunt ; et je ne comprends pas comment vous, Monsieur, pouvez accuser les adversaires de M. Ar[nauld] de ruiner la pénitence, puisqu'on se plaint, au contraire, avec raison, de ce que cet auteur a fait des efforts extraordinaires pour prouver qu'il était nécessaire de faire de longues et rigoureuses
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pénitences avant que de communier et de recevoir l'absolution, et qu'en même temps il a déclaré en paroles expresses (afin que personne n'en prétende cause d'ignorance), qu'il ne réserve autre chose de l'ancienne pénitence que l'éloignement de l'autel.
Voilà, Monsieur, la réponse que je fais à votre lettre, avec tant d'empressement que je n'ai pas le loisir de la relire.
Je m'en vas en ce moment célébrer la sainte messe, afin qu'il plaise à Dieu de vous faire connaître les vérités que je vous dis, pour lesquelles je suis prêt de donner ma vie.
J'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire sur ce sujet, si j'en avais le loisir. Je prie Notre-Seigneur (27) qu'il vous les dise lui-même. Je vous prie de ne me pas faire réponse sur ce sujet, si vous persévérez dans de telles opinions (28), qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Vous ne serez plus maître et administrateur du Saint-Esprit de Toul, si ce parlement ne reçoit l'évocation au Conseil du roi de votre procès contre MM. Thierry et.... dont le dernier a obtenu permission de prendre possession (29). Or, qu'il admette votre évocation, celui qui fait
27) Mémoires : je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ.
28).Mémoires : dans ces opinions.
29).Le bénéfice du Saint-Esprit échappa, en effet, à M Dehorgny. Saint Vincent le fit demander plus tard à Rome pour M. Jolly, qui avait l'intention de le résigner en faveur de la congrégation de la Mission. (Cf. 1. du 10 octobre 1653.) L'affaire traîna. Saint Vincent écrivait à M des Jardins le 29 décembre 1657 : " Nous ne sommes pas encore à bout des lettres de l'union, mais nous sommes toujours après et dans l'espérance de les avoir."
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la charge de premier président mande que le parlement ne le veut point faire, l'ayant refusé pour la deuxième fois et déchiré ladite évocation ; pour le moins, l'avocat général a fait cela ; de sorte que, s'ils ne renoncent à ce dernier arrêt fait, je m'en vais mander que l'on sauve ce que l'on pourra des meubles. Ils ont pris le temps de la révolte quasi générale de nos parlements. Enfin, si nous ne sommes condamnés avant que ma lettre arrive, cela ne saurait tarder huit jours après. In nomine Domini !
Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prêtre de la Mission, à Rome.
1065. —A ETIENNE BLATIRON
De Paris, le 25 septembre 1648.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous m'excuserez bien si je vous écris par une autre main que la mienne, d'autant que je suis fort pressé.
Je loue Dieu des sentiments de Monseigneur le cardinal (1), pour lequel j'ai de très grands sentiments de respect et de révérence, et désirerais volontiers qu'il puisse voir d'où ils procèdent ; il connaîtrait que jamais personne n'en a eu pour un autre de plus grands, comme aussi je bénis Dieu de la charité de ces Messieurs nos cofondateurs et le prie de bénir la chapelle de la maison.
Lettre 1065. — L. s. — Dossier de Turin, original. La fin, à partir des mots: Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur du cœur, est de la main du saint.
1). Le cardinal Durazzo.
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Je suis fort consolé du bon ordre que Monseigneur a résolu de mettre au séminaire en leur faisant faire des exercices spirituels. Je prie Notre-Seigneur de les sanctifier par sa sainte miséricorde.
Vous avez raison de faire quelque difficulté de recevoir ce bon religieux. Je vous prie de côtoyer cet affaire et de laisser agir la providence divine. Si pourtant vous connaissez que cela doive réussir à bien et qu'il fasse beaucoup d'instance, vous en pourrez essayer, s'il vous plaît.
Nous vous enverrons le frère Claude le plus tôt que faire se pourra; il est allé aux eaux à Moulins ; s'il eût été ici, nous vous l'eussions renvoyé. Il désire apprendre à faire du pain et à saigner. Il lui faudra viron (2) quinze jours pour apprendre cela. Cependant nous vous en enverrons deux, afin que vous n'en manquiez pas ; si vous en avez trop, vous les enverrez à Rome.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, du cœur que vous savez, qui est plus attendri pour vous que je ne vous puis expliquer, qui salue votre famille, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J'oubliais à vous dire que j'ai été fort attendri sur ce que vous me dites de cet accident qui est arrivé à G[ênes] (3), que je l'ai dit à la compagnie, que les prêtres ont célébré chacun pour rendre grâces à Dieu de ce que le mal n'a pas été si grand qu'on le nous a fait [craindre] d'abord, et à ce qu'il plaise à la bonté de Dieu de con
2) Viron, environ.
3).On lit en marge tourbillon de vent arrivé le jour de la fête saint Augustin.
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server cette ville sans danger ; et nos frères communieront à cette même intention, Dieu aidant.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur de la Mission de Gênes, à Gênes.
1066.—A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, [Octobre 1648] (1)
Mademoiselle Le Gras est très humblement remerciée par son serviteur Vincent du remède qu'elle lui envoie, duquel il propose de faire usage, Dieu aidant.
Nous travaillerons à l'affaire du Monstrel (2) et de la foire (3).
Je ne me ressouviens point du sujet de la lettre de M. le curé de Serqueux (4) ; si vous le savez, je lui ferai réponse dès aujourd'hui.
Je pense que l'air me pourra profiter ; si peu que je fus dernièrement en notre voyage de Saint-Germain (5), je m'en trouvai mieux. Si je ne vas demain à Saint-Germain, je pourrai partir pour aller voir nos chères sœurs de Fréneville (6) ; c'est un grand cas que cet air m'a toujours [profité (7)] en nos petites infirmités.
Lettre 1066. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date de la réponse à cette lettre.
2).Peut-être Montreuil. Au XIIIe siècle on disait Monsteriolum ou Monsterolum, de Monasteriolum, petit monastère; d’où le mot Monsterel ou Monstrel, encore usité au XVIIe siècle.
3).La célèbre foire de Saint-Laurent dépendait de la maison de Saint-Lazare.
4).En Seine-Inférieure. Deux Filles de la Charité y furent établies par Mgr de Saint-Luc, châtelain de Taillefontaine, par contrat du 13 novembre 1645.
5).Saint-Germain-en-Laye, où était la cour.
6).Les Filles de la Charité s'étaient établies à Fréneville en 1647.
7).Mot oublié dans l’original.
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Feriez-vous pas bien, Mademoiselle, de vous en aller prendre l'air en quelque lieu de ces quartiers, Liancourt, Saint-Denis ou ailleurs ? Je vous prie d'y penser et de me mander quelle est la racine que vous m'envoyez et comme il en faut user.
1067. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Octobre 1648] (1)
Monsieur,
Il ne me souvient pas bien de l'affaire dont M. le curé de Serqueux (2) vous a écrit, mais il m est resté en l'esprit que c'était des religieuses d'auprès de Forges (3), qui sont accusées de quelque grande faute, pour laquelle je crois que ~on veut ôter l'abbaye à celle qui la possède, qu'il tient très innocente de ce dont on l'accuse.
C'est de la réglisse dont l'on fait de la tisane, dont je vous ai envoyé petits morceaux pour en rendre l'usage plus facile mais il faut qu'elle soit nouvelle et n'en couper qu'à mesure que l'on en use, à cause qu'elle noircit. Je n'oserais me vanter que nous en avons dans notre jardin, à cause que nous n'en avons vu encore que la fleur et les feuilles.
J'avais oublié de vous mander que la prieure de Montmartre, qui est sœur de Mlle Channelain et toute proche de mourir du poumon, se recommande à vos saintes prières et vous supplie lui faire la charité la faire recommander aussi à celles de Messieurs de votre compagnie, pour qu'il plaise à Dieu lui faire miséricorde.
Je vous renvoie cette lettre crainte que vous croyiez qu'elle ait été portée à qui elle est.
Je supplie Dieu que votre voyage ne soit pas long et que votre retour soit en parfaite santé.
Nos soeurs nous demandent quelque sirop dont nous n'avons pas de provision ; j'enverrai savoir si le frère Alexandre (4) en pourrait donner.
Lettre 1067. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Châteaudun.
1) Date marquée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) François du Marche.
3).Aujourd'hui chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Neufchâtel-en-Bray ( S. -I .) .
4).Alexandre Véronne.
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Puisque votre charité me le permet, je pourrai aller à St-Denis et peut-être à Bicêtre , je n'ai plus que faire cette année à Liancourt; je crois aussi que Monsieur et Madame s'en vont à la Roche-Guyon pour un mois.
Si vous partez demain, je n'aurai point l'honneur de vous voir avant. Que deviendra ma pauvre conscience en attendant, et l'état auquel mes relâchements, paresses et infidélités ont réduit mon âme, qui ferait peur à sainte Catherine, si elle était sur terre, puisqu'elle lui paraîtrait sans amour, sans cet amour que je devrais tant avoir, et qui, par sa grâce, m'a fait être Monsieur, votre très obéissante servante et très humble.
LOUISE DE MARILLAC.
Ce vendredi.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1068. — A RENé ALMéRAS
23 octobre 1648.
Monsieur,
J'ai reçu deux de vos lettres à la fois, l'une concernant la sortie de M. de Fondimare (1), la réponse du frère Doutrelet (2), le sentiment de M. de Restal sur nos règles et notamment le jugement qu'on fait des vœux ; et l'autre regarde la décharge de l'emploi que vous avez.
Je commence à vous répondre qu'il faut se soumettre à la disposition de la Providence à l'égard des entrées et des sorties de la compagnie et imiter l'acquiescement au bon plaisir de Dieu qu'on voit en Notre-Seigneur au bon plaisir de son Père, dans la désolation de sa divine compagnie ; et que selon ce bon plaisir, il fait et pour
Lettre 1068 — Pémartin, op cit.,t II, p. 121, 1. 612
1) Pierre Fondimare, né au Havre, reçu dans la congrégation de la Mission le 18 octobre 1644, à l'âge de vingt-trois ans.
2).Michel Doutrelet, né à Rouen, reçu dans la congrégation de ia Mission le 14 mai 1644, à l’âge de dix-huit ans, admis aux voeux le 14 mai 1646.
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voit toutes les choses toujours pour sa gloire et pour le bien des personnes que cela regarde. Selon cela, nous devons regarder la sortie de ces personnes comme un bien pour la compagnie et peut-être le leur.
Quant à Doutrelet, vous savez de lui la raison pourquoi il ne veut pas renouveler ses vœux; et s'il est ferme en cela, vous le renverrez au plus tôt, supposé que Sa Sainteté l'approuve. Du reste il faut se soumettre au bon plaisir de Dieu, qui n'aura fait vouloir ce moyen que pour faire subsister la compagnie, et je pense que cela, et tous les divers jugements qu'on a portés de delà sur cet affaire, vous doit faire admettre cet affaire le plus que l'on pourra.
Le Pape (3), dit-on, n'aime pas l'état religieux. A la bonne heure ; mais peut-être que, considérant que nos vœux ne nous font pas religieux, il les approuvera, surtout la chose dépendant de lui (je dis, de sa disposition) ; et il sera bon de lui faire entendre qu'il sera difficile de faire subsister la compagnie, eu égard aux divers, importants, rudes et éloignés emplois qu'elle a. La diversité paraît en ce qu'on se donne au service du pauvre peuple et à celui des ecclésiastiques, et à ceux-ci par les retraites à ceux qui sont en état d'entrer dans les ordres, et d'autres pour les jeunes enfants qui aspirent à l'état ecclésiastique, comme est celui du petit Saint-Lazare, celui de Saint-Méen et du Mans, et les deux ensemble qu'on va commencer à Agen (4), et enfin par les ordinands. Quant aux missions des champs, vous en connaissez la diversité, la rudesse et l'importance des unes et des autres. Le moyen de conserver des hommes
3) Innocent X
4).Le séminaire d’Agen s’ouvrit, en effet, quelques jours après, sous la direction de Guillaume Delattre ; mais il ne fut fondé qu’en 1650.
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libres au milieu de tant de si rudes et si importants emplois ! Ajoutez celui de Barbarie, de Perse et de l’Arabie Heureuse, où la Propagande nous envoie, et celui de Madagascar. Notez, Monsieur, qu’il est bien difficile de la pouvoir faire subsister en sûreté dans des emplois si difficiles. Que si Sa Sainteté, ou la Congrégation à laquelle elle enverra la connaissance de cet affaire, improuve ces vœux simples, qu’elle nous fasse] a charité de nous donner un moyen pour cela. La congrégation est régie par Sa Sainteté ; c’est à elle de nous donner les moyens de subsister, si elle ne trouve pas bon celui que nous proposons. Que si, après tout, elle ne l’agrée pas, nous devons nous soumettre à demeurer en simple congrégation sous ses lois. Nous nous y soumettrons, et peut-être que l’expérience leur fera reconnaître le besoin qu’elle en a. Que si Sa Sainteté pourvoit là-dessus et approuve ce que nous avons fait, cela fera cesser toutes ces petites émotions et ces prétextes d’abandonner la vocation.
J’oubliais de vous dire, à l’égard de Doutrelet, que je ne me ressouviens pas si on lui a donné son titre de la maison, parce que, si cela est, il faut aviser au moyen qu’on prendra pour en être déchargé. M. [Carcireux] (5) nous a fait assigner à ce que nous ayons a lui payer le sien, ensemble les arrérages… (6), sous le prétexte de l’obligation que nous lui avons faite de l’en tenir quitte (c’est-à-dire de lui en conserver la possession). Voyez cette noire ingratitude et ce qu’il y aura à faire à l’égard dudit Doutrelet.
5) M. Pémartina a lu : Curtivaux ; mais ce nom n’a été porté par aucun missionnaire.
6). Ces points remplacent un passage que n’a pas su lire M Pémartin, ou plutôt qu’il a mal lu. Voici son texte : "..les arrérages depuis que nous avions fait, ou quoi que ce soit M. Chomel à notre prioré, et sous le prétexte de l’obligation…"
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Au reste je trouve que vous avez surexcédé en ce que vous avez donné au sieur de Fondimare. A quel propos donner des largesses à ceux qui désertent la compagnie ? Baste pour ceux que l’on renvoie ; encore ne suffit-il pas qu’on leur donne huit ou dix écus au plus ? Il sera bon que vous fassiez entendre cela à la famille, afin qu’on le sache et qu’on s’y attende. Les Pères jésuites ne donnent rien à ceux qui sortent, non plus que les Pères de l’Oratoire, ni pas un Ordre que je sache.
Quant à nos règles, je pense, Monsieur, qu’il est nécessaire que vous commenciez à les faire approuver, ou, pour le moins, celle des vœux et celle de la perpétuité du généralat, à l’égard de ceux qui viendront à l’avenir. Que s’il y a tant de difficulté à faire recevoir toutes les règles, il faudrait les faire réduire en ces abrégés que vous m’avez envoyés, y ajoutant les deux points ci-dessus. Au nom de Dieu, Monsieur, ne perdez pas le temps en cela.
Venons à votre petite lettre. Je vous promets qu’elle m’a bien fait faire des examens sur ce qui vous peut avoir mû à demander votre décharge de votre emploi. Quelquefois le cœur m’a dit que vous aviez voulu imiter MM. Dehorgny et Codoing, qui ont demandé, comme vous, d’être déchargés de leur supériorité ; d’autres, que vous pensiez que votre conduite est la cause de la sortie de ces messieurs, et d’autres, que ce n’est point tout cela, mais que la cause véritable est quelque intelligence particulière que j’ai avec M. Dehorgny, dont je ne vous donne pas connaissance ; que les paquets de lettres que j’ai écrites audit sieur Dehorgny (7) vous font penser que je traite quelque chose avec M. Dehorgny, de laquelle
7) Les lettres du 25 juin et du 10 septembre et peut-être d’autres que nous n’avons plus
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lui ni moi ne vous donnons point de connaissance de cet affaire, faute de confiance en vous.
Mais je vous dirai, quant au premier point, que, s’il n’y a que cette raison que je vous allègue, je n’ai pas raison de me mettre en peine, mais de louer Dieu de ce que je ne sache pas un supérieur qui ne demande d’être déchargé de la supériorité ; quant au second, que jamais cette pensée ne s’est présentée à mon esprit, et que tant s’en faut, que je rends grâces à Dieu de votre bonne conduite et le prie qu’il vous la continue ; et pour la troisième, que l’affaire dont je lui écrivais est de telle nature, qu’il n’y a personne sur la terre avec laquelle je puisse traiter de cet affaire, non pas même avec M. Lambert, qui me tient lieu d’assistant, et auquel j’ai une parfaite confiance, comme j’en ai, de raison, à ceux à qui je me communique. Mais je n’ai point parlé à qui que ce soit de la compagnie, et l’ai prié, lui, de n’en parler à qui que ce soit. Il s’agit du salut et de la réputation d’une personne qui ne veut pas que j’en parle à autre que lui. Voilà, Monsieur, la nature de l’affaire que je traite avec lui. Au nom de Dieu, Monsieur, assurez-vous qu’il n’y a personne au monde en laquelle Dieu me donne plus de confiance qu’à vous, ni pour qui j’ai plus d’estime. Après cela, je vous supplie de ranger cette icelle pensée à celle que l’esprit malin vous donna lorsque vous étiez malade ; je vous assure qu’elles viennent toutes deux de la même source et tendent à la même fin ; et de cela je vous en assure en la présence de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis…
M. Brisacier a aversion aux vœux ; il m’en a parlé autrefois de la sorte. Il fut pourtant satisfait quand je lui dis que nous ne prétendions pas entrer en l’état religieux. Il m’a dit qu’il pourrait être employé dans les
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affaires du roi, de delà ; si cela a lieu, il faudra procéder avec précaution avec lui. Vous pourrez lui en dire quelque chose, comme votre pensée ; tout l’effort doit être à l’égard de ceux de la Congrégation. Il suffit que vous dressiez vos principales forces de ce côté-là et que vous fassiez agir par Monsieur l’ambassadeur (8) vers Sa Sainteté. Il y a déjà quelque factum nouveau d’autre côté à notre égard. Que si Monsieur l’ambassadeur n’est pas si goûté de Sa Sainteté, il suffira qu’il lui en parle une fois d’abord et que vous fassiez vos sollicitations particulières, pas tant par raisons que par recommandations auprès de Nosseigneurs, le plus que vous pourrez à l’égard de nos Français. Mitte sapientiam et nihil deerit.
1069. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE
30 octobre 1648.
La pratique de porter le chapelet à la ceinture s’observe toujours en cette maison ; je vous prie que cela s’observe de delà. Nos autres maisons y sont fidèles ; c’est un usage saint et d’édification.
1070. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 30 octobre 1648.
Je prie Dieu qu’il vous inspire la manière d’agir utilement avec M.… ; il me semble que la meilleure sera celle qui aura plus de douceur et de support, comme
8) Le marquis de Fontenay-Mareuil.
Lettre 1069. — Reg. 2, p. 104.
Lettre 1070. — Reg. 2, p. 200
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plus conforme à l’esprit de Notre-Seigneur et plus propre à gagner les cœurs. Si vous gagnez le sien, vous aurez de lui toute satisfaction. L’état où il est n’est qu’une tentation qui passe, pour laquelle il faut prier Dieu pour lui.
Je vous prie de suspendre les retraites d’un jour par mois auxquelles vous désirez que votre famille s’adonne. Nous sommes après pour examiner s’il est convenable, ou non, de continuer celles qui se font ici, à cause de quelques inconvénients qui en sont arrivés.
1071. — A UN éVêQUE NOUVELLEMENT éLU (1)
Non parum aegre tuli quod me invaletudo corporis et negotiorum multiplic[ium] ingruentium accumulata turba prohibuerit, ne ei quo me praevenire dignata est Dominatio Sua Ill[ustrissi] ma honori meis utcumque satisfacerem litteris. Huic gratiae impares in me gratias agnosco, ut et iis quibus nostros antehac Romae in dies prosecuta est beneficiis. Sed D[omi]nus retribuet pro me ; imo jam pauperum fidejussor Christus exuberantissime respondit ad votum et ad m[eritum], eum eligens in episcopum, qui prodesse velit et praeesse sciat, qui, prudent[ia et] moribus praeeminens, cathedram sanctorum implere sufi~ciat. Laetat[us sum] in his et superabundo gaudio quod sic magnifice exaltaverit Deus [provi]dentiam suam, ut eum qui de virtute profecerat in virtutem, de [honore] etiam promoveret in honorem.
Lettre 1071 — L. s. — Bibl. Vaticane, fonds Barberini, Latinorum 2172, original. A l’orthographe de certains mots, on devine que la lettre a été écrite par un secrétaire italien.
1). Probablement Jean-Baptiste Spinola, élu évêque de Matera le 14 mai 1648, transféré à Gênes en 1664, puis promu au cardinalat, mort le 4 janvier 1704.
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Confidimus autem in D[omi]no et speramus [ut qui] vos ad magna in bonum Ecclesiae provexit, etiam in idipsum sublim [et] ad majora. Cum multa gratiarum actione preces affectuosas offerim [us pro h]is. Qui segregavit vos ad dandam scientiam salutis plebi suae, ipse in b[onum] v[est]ros continuet Ecclesiamque v[est]ram sine maculis et rugis sub v[est]ra prov[identia] conservet. Hacc eo vel maxime speramus quo Deus tumultuantes ibi [discordiarum] et belli nascentis fluctus tranquillavit ad pacem, pro qua eum incessanter [deprecari] non desinimus. Quod autem nostros suis continuo juvat consiliis et specia[li prose] quitur benevolentia, his ego non quales volo sed quales valeo, refero grati [as] ; precibus respondebo et votis ; et quod meae exiguitatis impotentia non prae[bet], exuberans munificentia illius exolvet qui de thesauris suae gratiae multi[plicis] erogat universis. Interim, si quando me jussis suis cohonestare dignetur, [me] semper in obsequio suae Dominationis Ill [ustrissi] mae experietur promptissimum.
V[est] rae Ill[ustrissi]mae et R[everendissi] mae Dominationis humillimus necnon devotissimus in D[omi]no.
VINCENTIUS A PAULO,
indignus superior generalis congregationis Missionis
Parisiis, nonis novembris (1) 1648.
TRADUCTION
Grande a été ma peine de ne pouvoir, à cause de ma maladie et de la multiplicité des affaires, répondre plus tôt, par lettre, à l’honneur dont Votre Grandeur a daigné me prévenir. Je me reconnais incapable de vous remercier dignement, tant de cette faveur, que des bienfaits dont jusqu’à présent vous avez comblé nos confrères de Rome. Mais Dieu acquittera
1) 5 novembre
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pour moi cette dette de reconnaissance ; et Notre-Seigneur, qui s’est fait caution pour les pauvres, répond déjà surabondamment à mes vœux en choisissant pour l’épiscopat un prélat qui veut se rendre utile, sait gouverner, est remarquable par sa prudence et l’intégrité de ses mœurs et promet d’être un digne successeur des saints. Quel n’est pas mon bonheur et ma joie de voir que Dieu a si bien dirigé le cours des événements qu’après vous avoir fait croître de vertu en vertu, il vous mène d’honneur en honneur ! Confiant dans le Seigneur, nous espérons qu’après vous avoir conduit à de hautes destinées, pour le bien de son église, il vous élèvera plus haut encore. Avec nos actions de grâces, nous lui offrons aussi nos affectueuses prières. Puisse Celui qui vous a choisi pour donner la science à son peuple, maintenir vos ouailles dans le bien et conserver votre église sans tache ni ride sous votre conduite pastorale ! Nous l’espérons d’autant plus que Dieu a apaisé les troubles qui s’élevaient ici comme des flots tumultueux et fait cesser la guerre qui commençait. Nous jouissons maintenant de la paix, dont nous lui demandons avec instance le maintien.
Quant aux conseils et à la bienveillance dont vous daignez favoriser nos confrères, je vous en remercie, non dans la mesure de mon devoir, mais dans celle de mes forces ; j’y répondrai par mes vœux et mes prières. Ce que l’impuissance de ma petitesse ne peut vous offrir, vous le recevrez de la libéralité surabondante de Celui qui fait participer tous les hommes au trésor de ses grâces.
Si cependant Votre Grandeur veut m’honorer de ses commandements, elle me trouvera toujours dans la disposition de la plus prompte obéissance.
De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime le très humble et très dévoué serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur général de la congrégation de la Mission.
De Paris, ce jour des nones de novembre 1648.
1072. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 6 novembre [1648] (1)
Monsieur,
Une personne de Fontainebleau nous manda, y a quelques
Lettre 1072. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la maison centrale d’Ans, près Liége
1) Voir Lettres de Louise de Marillac, 1. 223.
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jours, que notre sœur Barbe Angiboust avait la fièvre depuis la Notre-Dame de septembre, et hier l’on nous dit de Saint-Germain-de-l’Auxerrois que son confesseur avait mandé à une dame de la paroisse qu’elle se mourait et que l’on lui allait donner l’extrême-onction. Treuvez-vous bon Monsieur, que, sur ces nouvelles, nous y envoyions aujourd’hui une sœur ? car nous avons écrit, et une de nos sœurs partit, y a huit jours, pour y être sa compagne, et nous n’en avons eu aucune nouvelle.
S’il plaît à votre charité nous donner promptement réponse ? Je vous demande aussi, pour l’amour de Dieu, votre bénédiction, étant, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
L. DE M.
Sil vous plaît vous souvenir de la réponse de Monsieur de Beauvais (2).
1073. — A LOUISE DE MARILLAC
[6 ou 7 novembre 1648] (1)
PREMIèRE RéDACTION
Mademoiselle,
Il y aurait charité et encouragement pour les autres sœurs si vous envoyiez visiter notre pauvre malade par une fille (2), par le coche, s’il y en a, sinon par eau (3) jusques à Melun et de là à pied trois lieues jusques à Fontainebleau, avec quelqu’un qui l’accompagne.
2) Augustin Potier.
Lettre 1073. — L. a. —- Original chez les Filles de la Charité
d’Ans près Liège.
1) Cette lettre répond à la précédente. Saint Vincent avait d’abord écrit sa réponse autour du texte même de Louise de Marillac ; mais soit que ce ne fût pas assez lisible, soit qu’il n’eût pas assez bien exprimé sa pensée, il la recommença sur la feuille restée en blanc.
2). Louise de Marillac fit choix d’Anne Hardemont.
3). Par la Seine.
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DEUXIèME RéDACTION
Je suis bien touché de la maladie extrême de notre pauvre sœur Barbe. Il y aura piété de lui envoyer une fille et encouragement pour les autres. Vous pourrez donc l’envoyer, s’il vous plaît, Mademoiselle, par le coche, s’il y en a, ou par eau jusques à Melun, d’où une commodité s’y trouve le lundi ou le mardi au port Saint-Paul (4), et de là il faudra qu’elle aille à pied dans les bois jusques à Fontainebleau, où il n’y a point de danger à présent que la cour n’y est pas. Et le coche est à la rue de la Cossonneries (5).
1074. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
De Paris, ce 7 novembre 1648.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je réponds à la vôtre très chère du 26 du mois passé, pressé de sortir pour aller à Saint-Denis, où je fais la visite chez les filles de la Visitation. Nous n’avons rien reçu de la partie due à feu M. Le Bourgais (1) que 100 livres, lesquelles lui furent envoyées, comme vous savez. Il y a peu de sujet d’espérer le reste,
4) Sur le quai des Célestins, en face de 11 rue Saint-Paul. C’est là qu’étaient débarqués les vins, les fers, le charbon de terre et les denrées d’épicerie.
5). Cette rue existe encore sous le même nom ; elle aboutit, du côté du boulevard Sébastopol, de l’autre aux Halles centrales.
Lettre 1074. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Jacques Le Bourgais, né à Coutances, reçu prêtre dans la congrégation de la Mission le 17 septembre 1645, à l’âge de trente-huit ans.
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vu que nous n’avons point l’obligation et qu’il est juste que cela revienne aux parents du défunt. Son père vit, ce me semble.
Vous ferez bien de sortir d’affaires avec M. Voseillan, pour les rachats des viviers. S’il ne veut relâcher jusqu’aux 125 livres, il faudra lui donner quelque chose de plus plutôt que de plaider.
Il est vrai que nos affaires sont comme faites avec M. Rivière, et vous devez agir en ce qui regarde ses chapelles ainsi que vous faites au reste, sauf que vous devez paraître agissant comme procureur dudit sieur Rivière, attendant que nous ayons tout à fait conclu et arrêté avec lui.
Nous faisons notre possible pour vous envoyer des prêtres et des frères.
Notre intention n’est pas que nul de votre maison offre le sacrifice pour nos défunts au préjudice des obligations que vous avez, auxquelles il faut satisfaire préalablement ; et au lieu des messes, on pourra faire des prières pour nos défunts.
M. Bajoue envoie à M. Cornaire (2) trois livres et à M. Roujon un règlement de la Charité, le tout empaqueté et couvert de papier, dont l’adresse vous en est faite par le messager ; faites-le retirer, s’il vous plaît, et continuez à prier pour moi, qui suis, du cœur que Dieu sait, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la première page : M. Gentil.
1) Guillaume Cornaire, né le 4 juin 1614 à Tincey (Haute-Saône), ordonné prêtre au carême de l’année 1639, entré dans la congrégation de la Mission le 2 décembre 1647, reçu aux vœux au Mans le 23 novembre 1653, placé à Fontainebleau en novembre 1661. Le frère Chollier a écrit sa notice, qui ne nous a pas été conservée.
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1075. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 15 novembre 1648.
Il se faut garder de donner aucun sujet de mécontentement à Messieurs les grands vicaires ; ils sont nos maîtres ; nous devons nous ajuster à leurs volontés, autant qu’il nous est possible. Lors donc qu’ils vous enverront des ecclésiastiques, la compagnie les doit recevoir volontiers et les tenir le temps qu’ils ordonneront, et même les prêtres qu’ils y enverront pour recevoir correction, sauf à leur représenter humblement que vous êtes surchargés, s’il en est ainsi, ou les autres inconvénients qui peuvent survenir. Il est aussi fort convenable que la compagnie suive leurs intentions touchant les missions, pour n’en entreprendre aucune sans leur consentement, ni sans leur demander les lieux. Nous devons avoir pour maxime de ne jamais nous étonner des difficultés présentes, non plus que d’un vent qui passe, pource qu’avec un peu de patience on les verra dissiper. Le temps change tout. J’ai lu dans l’histoire des Jésuites que le Pape qui succéda à celui qui érigea leur compagnie en religion (1), les obligea à porter un chaperon ; cela leur était un peu dur, et pourtant il fallut passer par là durant sa vie ; mais après sa mort ils quittèrent aussitôt le chaperon (2). De même, si maintenant on exige de vous quelque chose qui ne vous revienne pas, coulez doucement un peu de jours ; la vicissitude des choses vous délivrera bientôt de cette sujétion. Dieu nous élève et nous abaisse, il nous console et nous afflige, selon qu’il nous voit disposés à profiter de ces états.
Lettre 1075. — Reg. 2, p. 107.
1) Religion Ordre religieux.
2). L’habit de chœur. Paul IV avait quatre-vingt-trois ans, quand il prit cette mesure. Il mourut l’année suivante.
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1076 - HENRI DE MAUPAS DE TOURS, éVêQUE DU PUY,
A SAINT VINCENT
Monsieur,
Deux affaires très importantes a la gloire de Dieu m’obligent de vous faire ces lignes.
Les désordres de l’abbaye de Monestier (1), Ordre de St-Benoît, dans ce diocèse, à 4 lieues du Puy. Elle dépend de Messieurs de Sansterre. Les Pères de la réforme de St-Maur qui demeurent à l’abbaye de St-Germain-des-Prés, vous en diront toutes nouvelles. J’en revins hier où j’ai fait sommation au prieur de châtier un religieux… (2) qui avait sa concubine dans sa chambre quand j’arrivai, laquelle doit accoucher dans huit jours.
Les violences et les sacrilèges que les soldats du régiment du Languedoc, commandés par le sieur de Valon ont commis dans une église de mon diocèse depuis trois jours en çà. Je vous supplie très humblement d’en informer la reine au plus tôt. J’en écris à Monsieur l’argentier plus au long. Je crois qu’il vous montrera ma lettre. Il y va de la gloire de Dieu. Les autels ont été profanés, le saint ciboire dérobé, et le calice dans lequel on consacrait tous les jours. J’appréhende que Dieu ne fasse sentir sa colère à ceux qui ont l’autorité en main, s’ils n’arrangent sa querelle. J’enverrai homme exprès dans huit jours à la cour pour porter les informations et les plaintes.
C’est, Monsieur votre très humble serviteur.
HENRY,
évêque du Puy.
Du Puy, ce 18 novembre 1648.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission à Paris.
Lettre 1076. — L. a — Dossier de la Mission. original.
1). Commune de l’arrondissement d’Ambert (Puy-de-Dôme).
*Aujourd’hui Le Monastier, chef-lieu de canton de la Haute-Loire.
2) Ce mauvais religieux avait donné un tel scandale que, par respect pour le lecteur nous sommes obligés d’arrêter ici la phrase de l’évêque du Puy. Suite ajouteé à sa place, Cl. L.
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1077. — THOMAS TURCHI, SUPéRIEUR GéNéRAL DES DOMINICAINS, A SAINT VINCENT
26 novembre [1648] (1)
Rmus D. Vincent de Paul, Congregationis Missionis superior generalis. Monet ut audivit P. Labat, Biarrotte et fratrem Bernardum, consuluisse, imo remisisse in suam provinciam, ut reconciliarentur et colloquerentur ; exspectare se definitionem colloquii, ut, negotium si illi placet, definiat unionem et pacem illorum, rem sane gratissimam Regi, Reginae et D. Cardinali.
TRADUCTION
26 novembre 1648.
Thomas Turchi prévient Vincent de Paul qu’après avoir entendu les Pères Labat, Biarrotte et le frère Bernard, il leur a conseillé de retourner dans leur province, ou mieux les y a renvoyés, les engageant à négocier en vue de la réconciliation. Il attend le résultat des pourparlers pour décréter l’union et la paix, si les conditions proposées lui plaisent, mesure qui sera très agréable au roi, à la reine et à Monsieur le cardinal.
1078. — A JEAN BARREAU, CONSUL DE FRANCE, A ALGER
4 décembre 1648.
Nous ne pouvons mieux assurer notre bonheur éternel qu’en vivant et mourant au service des pauvres, entre les bras de la Providence et dans un actuel renoncement de nous-mêmes, pour suivre Jésus-Christ.
Lettre 1077. — Arch. de la Mission, copie prise à la maison généralice des Pères dominicains, Epistolae R. P. Turchi, IV, 88, p. 20.
1). Date imposée par la place du document dans le registre.
Lettre 1078. — Reg. 2, p. 34.
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1079.— LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1648] (1)
Monsieur,
Nous sommes bien empêchées de donner une personne pour aller à l’assemblée chez Madame la duchesse d’Aiguillon, ne lui pouvant donner autre instruction que lui mettre nos papiers entre les mains. Et comme je crois que l’intérêt de tous les autres est semblable au nôtre, j’ai pensé que peut-être mon fils pourrait s’y trouver et faire comme les autres, si ce n’était Monsieur, que votre charité treuvât bon que nous baillassions nos papiers à celui qui s’y treuvera pour votre maison.
Nous attendrons l’ordre qu’il vous plaira nous donner, priant Dieu qu’il vous donne parfaite santé pour sa gloire, étant Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1080. — éTIENNE BLATIRON A SAINT VINCENT
Gênes, 10 décembre 1648.
Pendant une mission donnée à Lavagna (1), plusieurs bandits se sont convertis.
1081. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME
Du 11e décembre 1648.
Dieu soit béni, Monsieur, de ce que votre famille marche présentement de bon pas ! Il plaît à Dieu que quelquefois les communautés tombent en telle désolation qu’il semble que tout est perdu ; mais après il les
Lettre 1079. — L. a. — Origina ! communiqué par la supérieure des Filles de la Charité de la rue Oudinot, 3, Paris.
1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
Lettre 1080. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. IV, 1er éd., p. 71
1). Petite ville de la province de Gênes et patrie d’Innocent IV.
Lettre 1081. — Reg. 2, p. 229.
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élève en meilleur état qu’elles n’étaient. Les touches d’en haut sont toujours salutaires. Je vous prie de demander à Dieu pour moi, comme je ferai pour vous, que jamais notre esprit s’étonne de voir de la décadence en nos maisons. Il abat et redresse quand bon lui semble ; et l’abaissement qu’il fait de quelque [personne] dont il prétend se servir, est un présage de sa future élévation. La défiance de votre conduite est bonne ; mais ne faut-il pas se confier en Notre-Seigneur et ne faut-il pas le laisser faire, puisque c’est lui qui conduit, et non pas nous ?
1082 — THOMAS TURCHI A SAINT VINCENT
Rome, ce 21 décembre 1648.
Monsieur et Révérendissime Père Vincent,
Je me sens très obligé à votre zèle pour le bien des affaires de mon Ordre, et au soin que vous avez pris de remettre les Pères anciens de la province toulousaine dans les voies de leur devoir, dont la vanité et le libertinage les a détraqués et leur a fait inventer des griefs où ils auraient eux-mêmes mis leur bien et leur repos. le n’ai fait, Monsieur, l’union dont ils se plaignent qu’à leur instance et par leur consentement pour accorder leurs querelles et différends particuliers, où ils étaient depuis deux ans, sans provincial, dans la confusion et dans les factions et partialités où les prétentions de quelques-uns et entre autres des Pères Biarrotte et Marrin (1) les avaient jetés. Le piteux état où je trouvais les couvents de cette province, y faisant ma visite, tant pour le temporel que pour le spirituel, les débris des maisons qui tombaient en ruines à Marciac (2) La Réole, le Port Sainte-Marie (3), etc., par la mauvaise économie
Lettre 1082. — Arch. de la Mission, copie prise à la maison généralice des Pères dominicains, Epistolae R. P. Turchi IV, 88, p. 118.
1) Peut-être Martin.
2). Chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Mirande (Gers).
3). Chef-lieu de canton dans l’arrondissement d’Agen (Lot-et-Garonne).
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et le peu de zèle du bien commun et de l’observance des officiers, les scandales arrivés de tous côtés, comme à Bergerac, Agen, Marciac, La Réole, le Port Sainte-Marie, etc., les plaintes générales des séculiers, qui n’étaient ni servis ni édifiés, enfin les prières communes de tous et eux-mêmes se voyant sans novices, sans études et sans moyens ni espérance d’en pouvoir avoir, à cause de la petitesse et pauvreté de leurs couvents, m’obligèrent à apporter ce remède efficace et unique à tant de maux présents et à venir par ladite union de cette province si misérable et au reste la deuxième de l’Ordre, à la congrégation de Saint-Louis de decà la Loire, dont les couvents sont en bonne odeur et pour le spirituel et pour le temporel et ont moyen d’élever dans l’observance et la science nombre de novices et écoliers, pour réparer les brèches de cette province autrement irréparables, et y insinuer insensiblement et amoureusement les principes et pratiques de la vie régulière, qui est le fondement et l’unique arc-boutant des maisons religieuses. Ces considérations, Monsieur, qui avaient cimenté cette union, les eussent portés à l’entretenir et chérir si l’ambition et vanité de quelques messieurs ou docteurs ne les eût changés, se voyant privés de la charge de provincial [tant] pour n’avoir rien (?) qui tendît à l’observance régulière qui était l’unique chemin pour le bien et conservation de l’observance dans les couvents où elle était déjà que pour obliger les autres à la recevoir et embrasser et ce conformément aux ordres et volontés des rois très chrétiens d’heureuse mémoire Henry IV et Louis XIII, qui ont toujours fait instance aux chapitres généraux et aux généraux de l’Ordre que les provinciaux de France fussent de l’observance et les novices élevés dans les maisons de l’étroite observance, qui est un de leurs autres griefs, pour lesquels ils ont bien osé ici par les artifices du P. Labat, lors leur procureur en cette cour, extorquer sous faux exposés et subrepticement, des bulles de Committimus in partibus contre le bref du Pape Urbain VIII, d’heureuse mémoire, les ordres des chapitres généraux et le décret de la Congrégation des Réguliers tout fraîchement donné qui les condamne de m’obéir, sur et après avoir vu tous leursdits griefs. Si bien, Monsieur, qu’en cette affaire portée avec tant de violence et de hardiesse contre l’honneur de cette cour, fort indignée d’avoir été surprise, contre l’autorité de la Congrégation des cardinaux, contre les ordres du Roi, qui a bien daigné, par ses patentes, confirmer ledit décret d’union, et contre la disposition des parlements de Toulouse et Bordeaux, qui l’ont homologué, enfin contre les bonnes intentions de M. le cardinal, par l’avis duquel j’ai noué toute cette affaire, je ne puis me relâcher en chose quelconque qu’ils
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n’aient auparavant obéi et réparé, par leur obéissance et leurs soumissions, les mauvaises semences de rébellion et irrévérence que leurs violences et surprises ont jeté dans les esprits des religieux, de très dangereuse suite et exemple si j’y déférais le moins du monde, quand bien mon devoir et ma conscience me le permettraient. Et partant, Monsieur, je vous prie trouver bon qu’ils m’obéissent, et après je leur ferai connaître que je suis leur père et toujours en état de leur faire grâce, quand ils seront dans les termes de la recevoir, c’est-à-dire dans leur devoir.
Je ne puis à présent autre chose, étant obligé aux intérêts de cette cour et de mon Ordre, vous étant beaucoup obligé d’avoir voulu les porter à leur devoir. Dieu veuille qu’ils vous croient ! Et de ces difficultés vous voyez Monsieur, combien il y a de peine de contenter tout le monde et que, lorsque Messeigneurs les évêques font instance pour la réforme des couvents, a combien d’affres et de difficultés il faut se résoudre, et qu’il est beaucoup plus aisé de souhaiter ce bien que de l’exécuter, et que, si je ne réponds pas… de leurs bons désirs sitôt que comme ils le souhaitent, que c’est plus faute de moyen que de bonne volonté, puisque ce m’est une de mes plus grandes consolations de voir mon Ordre dans l’observance et dans l’état de sa vocation.
Je prie Dieu qu’il vous continue ses grâces et bénisse vos saintes intentions, pour lesquelles si je puis ici quelque chose, je vous prie m’employer ici avec autant de liberté que j’ai de confiance en votre piété. je [me] suis déjà offert ici pour tout ce que je puis à vos bons Pères et enfants qui sont ici.
Je vous prie me croire….
1083. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce jour de [Noël 1648] (1).
M [onsieur,]
[La grâce de] Not[re-Seigneur soit avec vous pour j[amais].
[Puisqu’]il a p[lu à Dieu bénir les travaux] q[ue vous avez]
Lettre 1083. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Ce document est en très mauvais état
1) La date se trouvait sur la partie de l’original rongée par l’humidité ; elle a été reproduite au dos de la lettre.
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faits [et leur donner bon succès], je le prie qu’il soit lui-même votre récompense] et que toutes ses créatures l’en g[lorifient]. Il voit la reconnaissance que j’en ai, et cela me console, dans l’impuissance ou je suis de l’exprimer par paroles. Plaise à sa divine bonté que les âmes que vous avez secourues fassent un saint usage des lumières qu’elles ont reçues, et que celles que vous allez secourir ressentent les effets de sa miséricorde !
Je n’ai pas regret de Ce que vous êtes passé de l’une mission à l’autre sans retourner au logis, sinon pource que vous vous privez d’un peu de repos, craignant fort que l’excès du travail vous accable. Au nom de N.-S., Monsieur, ménagez-vous.
Mardi dernier partirent d’ici notre frère Ennery (2), notre fr[ère] Claude et un autre bon frère coadjuteur, tous bien aises de vous aller rendre leurs services et soumissions. Ils se mirent dans le coche de Lyon avec un prêtre et un clerc de [notre compagnie] qui s’en vont en Barbarie. [Le premier, qui se nomme M.] Dieppe (3) [va à A]lger à la place [de M. Lesage,] et l’a[utre à] Tunis pour [faire l’office de] cons[ul de la nat]ion française ; [en cette qualité, il est char]gé de [fa]ciliter [le rachat des esc]laves. [Il se nom] me Huguier (4), [à la] connaissance des affaires dans le monde et est bien craignant Dieu.
2) Jean Ennery, né en décembre 1616, à Castle Mak Ennery (diocèse de Limerick, Irlande), entré dans la congrégation de la Mission le 23 septembre 1642, reçu aux vœux le 11 octobre 1645. C’était ; au dire de saint Vincent (Abelly, op. cit., 1. III, p. 48) un "homme sage, pieux et exemplaire" Il professa la théologie à Saint-Lazare (1652), secourut les malheureux habitants de la Champagne éprouvés par la guerre (1653) et assista ceux de ses compatriotes qui s’étaient réfugiés à Troyes (1654). Envoyé à Gênes, il y mourut de la peste en 1657
3). Jean Dieppe, né à Cancale (Ille-et-Vilaine), reçu dans la congrégation de la Mission le 5 août 1647, à l’âge de trente ans, mort de la peste à Alger le 2 mai 1649. Il avait quitté Paris le 22 décembre.
4). Benjamin-Joseph Huguier, né à Sézanne (Marne) le 10 mars 1613,
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Il a plu à Dieu de disposer du bon M. de Fargis (5), qui était parmi nous depuis un an et qui nous consolait beaucoup, étant fort pieux et de bon exemple. Nous nous entretiendrons de lui un de ces jours. Je vous prie de prier et de faire prier Dieu pour son âme, sans oublier la mienne, qui chérit tendrement la vôtre et votre petite famille, que je salue en esprit d’humilité et d’affection.
Si notre frère Robert se veut faire religieux, à la
procureur au Châtelet de Paris avant son admission dans la congrégation de la Mission, où il entra le 15 septembre 1647, reçu aux vœux en 1651 après son retour en France, ordonné prêtre en février 1655. Après son ordination, il devint aumônier des galériens de Toulon. Cependant la Barbarie l’attirait. Il fut envoyé à Alger le 19 septembre 1662, avec le titre de vicaire apostolique. La peste y exerçait alors de terribles ravages. Il contracta la maladie au chevet des mourants qu’il allait assister et succomba lui-même en avril 1663. (Mémoires de la congrégation de la Mission, t. II, p. 221-230.)
5). La famille de Charles d’Angennes, seigneur de Fargis, s’était fait un nom dans les armes et la diplomatie. Par son mariage avec Madeleine de Silly, sœur de Madame de Gondi (vers 1610), il devint comte de la Rochepot. Il est probable que saint Vincent le vit plus d’une fois chez le général des galères, quand il y était aumônier. M. de Fargis fut ambassadeur en Espagne de 1620 à 1626. Le 1er janvier 1626, il signa le traité de Monçon, qui fut désavoué par Richelieu et conclu sur de nouvelles bases le 6 mars. On sait que la reine-mère, mécontente de la politique et de l’influence de Richelieu, avait groupé autour d’elle un certain nombre de personnages disposés à renverser le puissant ministre. Madame de Fargis, sa dame d’honneur, qui était de l’opposition, prit part aux intrigues. Condamnée à mort en 1631, elle s’enfuit à l’étranger et mourut à Louvain en 1639. Son mari fut enfermé pour le même motif à la Bastille le 14 février 1633. Peu d’années après, il eut la douleur de perdre son fils, tué au siège d’Arras, le 2 juin 1640, à l’âge de vingt-sept ans. Il lui restait une fille Henriette, alors au Port-Royal. Malgré les pressantes démarches de son père, elle refusa de se marier, préférant passer sa vie dans cette abbaye, où elle mourut le 3 juin 1691, après en avoir été longtemps abbesse. M. de Fargis quitta le monde et entra dans la congrégation de la Mission le 31 décembre 1647. Il mena au séminaire une conduite si exemplaire que saint Vincent avoue "ne lui avoir jamais vu commettre un seul péché véniel". Il mourut le 20 décembre 1648 (Notices, t. II, pp. 425-430)
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bonne heure, laissez-le faire, attendu que depuis si longtemps on n’a pu lui ôter la fantaisie d’étudier. Notre-Seigneur nous fasse part de son humilité, de sa patience et de sa charité, en l’amour de laquelle je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : [A Mo] nsieur [Monsieur] Blatiron, supérieur [des prêtres] de la Mission, à Gênes.
1084. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Décembre 1648 ou janvier 1649] (1)
Monsieur,
Il a plu à Dieu nous ôter le bon frère de Fargis un an après que sa bonté nous l’avait donné. Il était comte de Rochepot et seigneur de Fargis ; il avait épousé la sœur de Madame la Générale des galères, notre première fondatrice ; il avait été ambassadeur du roi en Espagne. Il décéda le 20e du mois de décembre. En sa mort comme en sa vie, il a paru fort détaché et tout plein de Dieu. Certes, Monsieur, il nous a été un grand exemple pendant que nous avons eu le bonheur de le posséder, en sorte que je ne lui ai jamais vu commettre un seul péché véniel. Je recommande son âme à vos prières et je prie Notre-Seigneur qu’il sanctifie la vôtre de plus en plus. Je ne doute point de votre courage pour l’imiter.
Lettre 1084. — Manuscrit de Lyon.
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1085. — AU MARQUIS DESPORTES
Ce dernier jour de l’an 1648.
Monsieur,
La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire est digne d’une âme vraiment chrétienne comme la vôtre. Je ne puis vous exprimer, Monsieur, combien je reste édifié de vos sentiments pour la prélature et de vos dispositions touchant la pension, pour laquelle je vous rendrai tous les services qui me seront possibles. Le bon usage que vous en voulez faire m’y oblige doublement ; à quoi néanmoins je prévois deux difficultés : la première est que l’on ne donne point de pensions ecclésiastiques qu’à ceux qui le sont, qui en portent l’habit et qui en effet vivent conformément à cela. Je sais, Monsieur, que vous avez l’esprit ecclésiastique et que cette difficulté n’a point de lieu à votre égard. Mais en voici une seconde qui est fort à craindre ; c’est que la reine et Mgr le cardinal (1) se trouvent si fort accablés de demandeurs de toute sorte qu’ils n’ont aucune liberté de considérer ceux qui le méritent le plus. On leur arrache les pensions comme les bénéfices, et on les empêche de disposer à leur gré des uns et des autres. Je ne laisserai pas, Monsieur, de leur parler de vous aux occasions et en la manière que Dieu sait. Il est vrai que votre nom est trop illustre et votre mérite trop connu pour avoir besoin d’être préconisés, et peut-être que l’estime que Sa Majesté et S [on] E [minence] en font les obligera de vous donner contentement plus tôt que je n’ose espérer. Je prie N.-S. que cela soit.
Lettre 1085. — Reg I, f° 30. Le copiste note que la lettre a été écrite par le secrétaire et signée par le saint.
1). Le cardinal Mazarin.
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Il a plu à sa divine bonté nous ôter le bon M. de Fargis, un an après qu’elle nous l’avait donné ; il décéda le 19 de ce mois (2). En sa mort comme en sa vie, il nous a paru fort détaché et tout plein de Dieu. Certes, Monsieur, il nous a été à grand exemple pendant que nous avons eu le bonheur de le posséder, en sorte que je ne lui ai jamais vu commettre un simple péché véniel. Je recommande son âme à vos prières et je prie N.-S. qu’il sanctifie la vôtre de plus en plus. Je ne doute point, Monsieur, de votre courage pour l’imiter en sa retraite, s’il vous était possible ; ains je crois que vous vivez chez vous aussi pieusement et religieusement que vous feriez dans un cloître. O Dieu ! Monsieur, qu’il fait bon se disposer ainsi à l’éternité bienheureuse, en l’amour de laquelle je suis, Monsieur, votre…
VINCENT DEPAUL.
1086. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT-LAZARE
De Fréneville, ce 18 janvier (1) 1649.
Vincent de Paul écrit qu’il n’est pas expédient de mettre en vente le blé conservé dans les greniers de Saint-Lazare. Mieux vaut le prêter à usure au bon Dieu en faisant l’aumône aux pauvres. Si l’aumône d’un setier de blé par jour ne suffit pas, qu’on en donne deux.
2) Nous lisons dans la lettre précédente que M. de Fargis est mort le 20. La contradiction serait-elle due à une erreur de copiste ou a un oubli du saint ?
Lettre 1086. — Lettre signalée par le frère Pierre Chollier dans sa déposition au procès de béatification de saint Vincent
1) Le 18 janvier, saint Vincent était encore à Villepreux ; par suite il y a ici erreur ou sur la localité ou sur la date. La lettre pourrait bien être du 28.
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1087. — A ANTOINE PORTAIL
De Villepreux, ce 22 janvier 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne sais si vous m’avez écrit par l’ordinaire qui arriva la semaine passée ; je n’ai point reçu lettre de votre part, mais oui bien de M. Chrétien et de Tunis. Je ne vous écrivis point la semaine passée ; vous en savez la cause, comme je crois. Je partis de Paris le 14e de ce mois pour aller à Saint-Germain, à dessein d’y rendre quelque petit service à Dieu ; mais mes péchés m’en ont rendu indigne ; et après 3 ou 4 jours de séjour, je me suis rendu en ce lieu, d’où je partirai après demain pour aller visiter nos maisons (1) Il plaît à Dieu que je sois maintenant inutile à toute autre chose. J’irai
Lettre 1087. _ L s — Dossier de Turin, original.
1) Se sentant peu en sûreté dans Paris, la reine s’était retirée à Saint-Germain-en-Laye, suivie de la plus grande partie de la cour. Le parlement, les grands et le peuple étaient prêts à tout pour obtenir le renvoi de Mazarin. Tout Paris était sous les armes. Saint Vincent, ému des malheurs qui se préparaient et de ceux qui désolaient déjà la capitale, résolut une démarche auprès d’Anne d’Autriche, qui l’écoutait volontiers. Il partit le 14, avant le jour, accompagné de son fidèle secrétaire, le frère Ducournau, qui a laissé de ce voyage un récit utilisé par Collet. A Clichy, des gens armés de piques et de fusils se précipitèrent sur les deux voyageurs. Le saint n’aurait peut-être pas échappé au danger si l’un des assaillants n’eût reconnu en lui son ancien curé et calmé ses compagnons. A Neuilly, la Seine était débordée ; Vincent de Paul la traversa courageusement sur son cheval. Il arriva à Saint-Germain entre neuf et dix heures, vit la reine et lui dit nettement que son devoir était de renvoyer son ministre. Introduit devant Mazarin, il lui parla avec la même franchise. Mazarin, un moment étonné, lui répondit il se sacrifierait volontiers si tel était l’avis de Le Tellier. L’avis de Le Tellier, on le devine, fut négatif. Trois jours après, le saint, muni d’un passeport et protégé par une escorte, prenait le chemin
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droit au Mans, et puis en Bretagne. Je vous ai mandé que M. du Chesne irait à Marseille ; mais, certes, il est trop nécessaire à Saint-Lazare. Je vous prie, Monsieur, d’avoir patience et de faire comme vous pourrez et pour les sujets et pour la subsistance ; nous sommes dans l’impossibilité de vous rien fournir, non plus qu’aux autres maisons qui ont leur revenu sur les coches, lesquels ne vont plus ; et, selon les apparences, nous n’en retirerons de longtemps aucune chose, non pas même de ce que les fermiers nous doivent. Ceux des aides ne nous payeront non plus, tandis que ces troubles dureront. Tout cela ne vous exprime pas encore assez l’extrémité où se trouve le pauvre Saint-Lazare (2), Dieu soit loué ! Quel moyen donc, me direz-vous, que la maison de Marseille s’entretienne ? Il faut premièrement et sans barguigner renvoyer tous vos séminaristes qui ne payent une pension suffisance ; 2° dire à Mgr de Marseille (3) ce qui se passe, afin de l’exciter à vous subvenir de quelque chose ; et en troisième lieu, tâcher de trouver des messes. J’ai regret de vous dire ceci ; mais la
de Villepreux Il ne pouvait retourner à Paris, où la nouvelle de sa visite à la cour risquait de soulever contre lui la colère du peuple, déjà excité par le bruit du mariage secret de la reine et de Mazarin béni, disait-on, par Vincent lui-même. (Cf. Collet, op. cit., t. I, p. 468) La démarche du saint supposait beaucoup de courage, car la reine s’irritait contre tous ceux qui lui parlaient de s’adoucir. (Cf. la France au milieu du XVIIe siècle, d’après la correspondance de Guy Patin, Paris, 1901, in-l6, p. 11)
2). Quand il écrivait ces lignes, saint Vincent ignorait encore que six cents soldats, logés à Saint-Lazare, avaient pillé et saccagé la maison, enlevé les portes, vendu une partie du blé et mis le feu aux provisions de bois. (Cf. Abelly, op. cit., 1. I, chap. XXXIX, p. 1182) Collet, op. cit. t. I, p. 471) A cette nouvelle, la ville avait ordonné au colonel de Lamoignon d’envoyer chaque jour des soldats, jusqu’à nouvel ordre, à la maison de Saint-Lazare pour sa "sûreté et conservation" (Cf. Registres de l’hôtel de ville de *Paris pendant la Fronde, éd. par MM. Le Roux de Lincy et Douet d’Arcq, Paris, 1847, 3 vol. in-8°, t. I, p. 204.)
3). Etienne de Puget (1644-1668).
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nécessité prévaut à toute autre considération. Enfin faites votre possible pour ne pas nous engager.
Ceux de Barbarie doivent être avertis de ce qui se passe, afin qu’ils ménagent leur dépense. J’en écris à M. Le Vacher (4). Et pource qu’il me mande que le frère qui va pour proconsul (5) a besoin de faire plusieurs présents en entrant en charge, et que nous ne pouvons lui rien envoyer pour cela, j’estime qu’il fera bien de différer son passage, et je vous prie de le retenir pour encore.
Je suis en peine de la faute qu’a faite M. Le Vacher, permettant l’imposition sur les barques de France, pour payer les dettes d’un particulier. Les marchands de Marseille ont raison de s’en plaindre. Je vous prie de les voir de ma part, et, après leur avoir demandé pardon, savoir d’eux quel moyen il y a de remédier à cette faute ; à quoi je m’emploierai volontiers ; et dès maintenant je m’en vais écrire en cour pour avoir une lettre du roi au day, à ce qu’il ne souffre point aucune levée sur les vaisseaux français, pour laisser le commerce libre. Je prierai aussi Madame la duchesse d’Aiguillon de presser les expéditions et pour la survivance et pour la commission du consulat de Tunis (6).
Le doute que les postes aillent et que la présente vous soit rendue, m’oblige à finir pour vous assurer que je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Marseille.
4) Jean Le Vacher.
5) Benjamin Huguier, clerc de la Mission.
6). Martin de Lanne, consul à Tunis, était mort sur la fin de
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1088. — A LOUISE DE MARILLAC
De Fréneville, ce 4 février 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Me voici encore à Fréneville (1) où ce temps si froid m’a surpris, à l’occasion de la fête que j’y ai voulu passer, pour aider à disposer ces bonnes gens pour se donner à Dieu, afin qu’il lui plaise leur faire la grâce de faire bon usage des afflictions qu’ils attendent.
Nos chères sœurs (2) me paraissent de plus en plus unies et aimant leur vocation, et s’en acquittent bien, Dieu merci ; elles nous donnent de leur pain bis, où le fermier mêle de l’orge dans le sien ; cela est venu de leur charité ; nous leur donnerons du blé en récompense. Elles nous ont aussi envoyé des pommes, que les bonnes gens leur ont données. Elles se confessent à M. Le Gros (3), depuis le temps qu’elles avaient été à quelqu’un de
juillet 1648. La duchesse d’Aiguillon, qui avait déjà acheté le consulat d’Alger, fit, pour les mêmes motifs, l’acquisition du consulat de Tunis, qu’elle offrit, avec la permission du roi, à la congrégation de la Mission.
Lettre 1088. — Cette lettre a été publiée, d’après l’original, dans la Notice sur la conservation et la translation des reliques de saint Vincent de Paul p 9.
1). Forcé par le froid et les neiges de séjourner à Fréneville, saint Vincent n’y resta pas inoccupé. A la suite d’un sermon sur les moyens de calmer la colère de Dieu et sur l’attitude à garder au milieu des ruines que menaçait de causer la guerre civile, les habitants de Valpuiseaux firent presque tous leur confession. (Cf. Collet, op. cit., t. I, p. 472-473.)
2). La sœur Toussainte et la sœur Jeanne Fouré, de Loudun.
3). Jean-Baptiste Le Gros, né en 1614 au diocèse de Coutances, entré prêtre à Saint-Lazare le 24 juin 1644, reçu aux vœux le 29 juin 1646, procureur de la maison-mère de 1648 à 1651, supérieur au séminaire Saint-Charles en 1651, à Richelieu de 1651-1655, mort le 5 novembre 1655 à Montech (T.-et-G.) (Cf. Notices, t. III, pp. 146-148 ; ms. de Lyon, f° 226-230)
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nous, et ont fait de même à nous, depuis qu’elles ont été à M. Le Gros. Cette pratique me paraît bonne.
Je vous trouve bien courageuse de tenir ainsi bon dans votre maison. L’on parlait du fou (4) d’autrefois, et c’est ce qui me fit vous écrire ce que je vous ai écrit. L’on n’en viendra pas à cet excès, comme je crois.
Notre-Seigneur vous donne de la santé parmi tout cela ; je l’en remercie de tout mon cœur et le prie à la sainte messe, où je vous vois devant Dieu tous les jours, qu’il vous conserve.
Dès que le beau temps sera venu, j’espère partir et d’aller droit à Angers, Dieu aidant, où Dieu sait de quel cœur j’y verrai vos filles.
M. Escart m’a parlé d’une, qui est à Bicêtre, qui gêne bien les autres ; il sera bon que vous voyiez ce qu’il y aura à faire.
Voilà, Mademoiselle, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je me recommande à vos prières et à celles de nos chères sœurs, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1089. — A JACQUES NORAIS (1)
[De Fréneville, ce] 5 février 1649.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Mon Dieu ! Monsieur, que j’ai senti et sens, au moment
4). C’est le mot que porte le texte. La lecture est sans doute fautive
Lettre 1089. — Reg. I, f° 15, copie prise sur la minute autographe.
1) Coseigneur d’Orsigny, secrétaire honoraire du roi.
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que je vous parle, de la douleur de La perte que vous avez faite au pillage qui a été fait en votre maison d’Orsigny ! Je vous avoue, Monsieur, que le dommage que nous avons reçu et que nous pouvons encore recevoir ne m’est rien en comparaison. Nos péchés nous ont rendus coupables de toutes ces pertes. Mais vous, Monsieur, qu’avez-vous fait et qu’a fait notre bonne Mademoiselle, que N.-S. a chargée d’une si pesante croix que celle de sa longue et douloureuse maladie ! Il vous a visités tous deux par vos propres entrailles, par une longue et fâcheuse maladie, et en vos biens ; quel nom donnerons [-nous] (3) à cette conduite de Dieu sur vous ? Certes, Monsieur, je n’en vois point de plus rapportante en quelque façon que celle qu’il a tenue sur Job, qu’il a affligé en ces trois manières. O Monsieur, quel bonheur d’être traité en ce monde comme ce grand saint, que Dieu montrait comme le parangon des justes, qui ne dit ni ne fit jamais rien qui déplût à sa divine Majesté ! Ajoutez à cela, Monsieur, que c’est un Dieu qui l’a fait, sans l’ordre duquel rien ne se fait, et que sa divine bonté, qui vous chérit plus tendrement que jamais père n’aima son enfant, l’a fait pour se glorifier en vous deux, pour sanctifier vos chères âmes de plus en plus et pour faire voir au ciel et à la terre l’amour qu’il a pour vous, et l’estime qu’il fait de votre vertu, puisqu’il la met à une telle épreuve. Un païen nous apprend qu’en ces occasions il se faut soumettre à la Providence ; et le Fils de Dieu, qui l’entendait mieux que lui, nous dit que c’est être bien heureux que de souffrir en pareils rencontres, et que sa gloire est la récompense de ceux qui le font avec patience pour l’amour de lui. Il le faut bien dire : un esprit moins bien appris en l’école de Jésus-Christ que
2) Elisabeth Merault, épouse de Jacques Norais
3) Mot oublié par le copiste.
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Monsieur et Mademoiselle Norais [l’accepterait] (4) puisque c’est une nécessité et qu’il n’y a point de remède ; mais je m’assure que votre piété, qui sait bien que la charité convertit la nécessité en vertu, par l’agrément du bon plaisir de Dieu, dans toutes les afflictions que nécessairement nous souffrons, saura bien entrer en cette béatitude et en rapporter le mérite de la gloire. Selon cela, Monsieur, il est vrai de dire que ce qui paraît une perte pour vous selon la chair, est un grand avantage selon l’esprit et un sujet grand de rendre grâces à Dieu.
1090. — AUX DAMES DE LA CHARITé
[De Fréneville, ce] 11 février 1649.
Mesdames,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La providence de Dieu m’ayant éloigné de vous, je ne laisse pas de vous voir souvent au saint autel et de vous offrir, vous et vos familles, à N.-S., dans la confiance que j’ai que votre charité demande à Dieu miséricorde pour moi. Je vous supplie très humblement, Mesdames, de me faire cette grâce et de vous assurer que, s’il plaît à Dieu d’avoir égard aux prières que je lui offre et continuerai de lui offrir incessamment pour vous, que vous serez consolées et protégées de sa spéciale protection, dans les communes afflictions dont il plaît à sa divine Majesté de nous éprouver.
Vous aurez pu savoir, Mesdames, comme Dieu m’a donné l’occasion d’aller visiter les maisons de notre petite compagnie, où je m’en vas, avec dessein de revenir, lorsque l’état des choses] le permettra. Que ferons
4) Mot oublié par le copiste.
Lettre 1090. — Reg. I, f° 27 v°.
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nous cependant, Mesdames, des œuvres que le bon Dieu vous a commises, particulièrement de la Charité de l’Hôtel-Dieu et des pauvres enfants trouvés ? De vérité, il semble que les misères particulières nous dispensent du soin des publiques, et que nous aurions un bon prétexte devant les hommes pour nous retirer de ce soin ; mais certes, Mesdames, je ne sais pas comme il en irait devant Dieu, lequel nous pourrait dire ce que saint Paul disait aux Corinthiens, qui se trouvaient en pareil accessoire (1) : "Avez-vous encore résisté jusques au sang (2) ?" ou pour le moins, avez-vous encore vendu une partie des joyaux que vous avez ? Que dis-je, Mesdames ? Je sais qu’il y en a plusieurs entre vous, et je crois le même de tant. que vous êtes, qui avez fait des charités, lesquelles seraient trouvées très grandes, non seulement en des personnes de votre condition, mais aussi en des reines ; les pierres le diraient si je m’en taisais ; et c’est pour l’excellence de vos cœurs incomparablement charitables que je vous parle de la sorte. Je me garderais bien d’en user ainsi à l’endroit d’autres personnes moins animées de l’esprit de Dieu que vous êtes.
Mais que ferons-nous donc ? Il semble qu’il est à propos de mettre en question, Mesdames ! s’il est expédient que vous fassiez la grande assemblée qu’on avait proposée. Quand, où et comment ? Il y a des raisons pour et contre.
Il semble premièrement qu’elle se doit faire, à cause que c’est l’usage d’en faire une environ ce temps-ci ; et en second lieu, les besoins étant extraordinaires, il semble que les moyens d’y remédier doivent être aussi extraordinaires, comme ceux d’une assemblée générale.
1) Accessoire, circonstance
2) épître aux Hébreux XII, 4
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Contre cela, il semble qu’elle ne soit pas de saison présentement, à cause du trouble dans lequel l’on est, qui inquiète les esprits et refroidit la charité ; peut-être que plusieurs dames appréhendent de s’y rendre et que celles qui s’y trouveront, si elles n’ont une charité qui passe le commun, s’entrefroidiront les unes les autres ; et puis, Madame la princesse (3) n’y étant pas, ni Mesdames d’Aiguillon et de Brienne (4), il semble qu’il y aurait quelque chose à souhaiter, surtout si l’on pensait à faire quelque changement en la substance de l’œuvre.
Voilà, Mesdames, le pour et le contre qui me tombe dans l’esprit présentement. Vous examinerez cela, s’il vous plaît, à la pluralité des voix. Madame la duchesse d’Aiguillon me dit, lorsque je partis de Saint-Germain, ou m’a écrit depuis, que la reine lui avait dit qu’elle enverrait quelque chose pour les pauvres enfants trouvés. Je ne sais si elle l’a fait. J’ai prié M. Lambert de leur envoyer un peu de blé, et ai écrit à Madame la présidente de Lamoignon, afin qu’elle ait agréable de s’employer vers Messieurs de la ville pour donner escorte au blé, au dedans et au dehors de la ville ; je ne sais, non plus, ce qui en a été fait ; si cela n’est exécuté, je prie l’un et l’autre par celle-ci de faire ce qu’il faudra pour cet effet.
Et pource que cela ne suffit pas, voyez, Mesdames, s’il est à propos d’emprunter, comme officières de la Charité, quelque somme de deux ou trois mille livres, pour subvenir aux besoins plus pressants. J’écris à
3) Charlotte de Montmorency, princesse de Condé.
4). Louise de Béon, femme d’Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, seigneur de Bassy, secrétaire d’état aux affaires étrangères. Madame de Brienne prit une part active, comme dame de la Charité, aux bonnes œuvres de saint Vincent et de Louise de Marillac. L’œuvre des Filles de la Providence lui doit aussi beaucoup. Elle mourut le 2 septembre 1665.
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M. Lambert qu’il s’oblige aussi à notre nom ; que si l’on a peine de s’obliger, il est expédient de faire un effort chacun de nous à cet effet ; en ce cas, je prie M. Lambert de faire ce qu’il faudra de notre part. J’avoue, Mesdames, que ce que je dis est un peu chargeant ; mais cela serait encore plus vrai si je le disais à des personnes moins charitables que vous. Après tout, je prie N.-S., qui préside ès assemblées qui se font en son nom, comme la vôtre, qu’il vous fasse connaître ce qu’il désire de vous en cette occasion et vous fasse la grâce de l’accomplir.
Ces grandes froidures m’ont retenu en ce lieu (5) et le feront encore jusqu’à ce que le temps soit adouci ; alors j’espère partir pour Le Mans ou pour Angers ou pour tous les deux ; j’espère recevoir là le résultat de votre assemblée, si M. Lambert ne me l’envoie ici par un exprès.
Je prie Dieu cependant qu’il bénisse et sanctifie de plus en plus votre même assemblée et vos chères personnes.
Je suis, en l’amour de N.-S., Mesdames, votre….
VINCENT DEPAUL.
1091. — A DENIS GAUTIER
D’Orléans, ce 25 février 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
La providence de Dieu vous a rendu le refuge de la
5). Fréneville.
Lettre 1091. — Recueil du procès de béatification.
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pauvre Mission de Paris. Voici Monsieur Escart et nos frères Jean Geneset (1) et Ambroise (2) qui vont pour jouir de la charité que vous faites au séminaire. Tous connaissent l’esprit de piété et de l’exacte régularité dudit sieur Escart, et serez édifié, comme j’espère, de nos frères.
Monsieur Lambert m’a écrit que vous avez dessein de faire valoir par vos mains le bois de Bouchard et que vous lui avez demandé ci-devant des frères pour cela. L’un de ceux-ci gouvernait le manège d’Orsigny, d’où vous avez retiré les chevaux que Monsieur Testacy vous amène ; et l’autre est vigneron, qui pourra faire vos vignes.
Et moi j’espère partir demain pour aller commencer la visite par Le Mans. La miséricorde de Dieu m’a donné le temps pour cela. Je suis parti de Paris, il y a plus de six semaines, pour Saint-Germain-en-Laye, où j’ai passé trois ou quatre jours ; et m’étant mis en chemin pour Le Mans, l’on me manda que l’on attendait le pillage d’Orsigny, à ce que je mandasse à nos frères ce qu’ils feraient. Cela m’obligea de prendre le chemin de Fréneville, où, la rigueur de l’hiver m’ayant surpris, j’ai été contraint de passer un mois ; et voici le troisième jour que j’en suis parti, avec un troupeau de deux cent quarante moutons, que je vous envoyais ; mais le mauvais temps nous a contraints de les laisser par les chemins, chez une dame de connaissance. C’est le troupeau que nous avons sauvé du pillage d’Orsigny (3).
1) Jean Geneset, frère coadjuteur, né à Saint-Mihiel, reçu dans la congrégation de la Mission vers 1643, à l’âge d’environ vingt ans, mort en septembre 1652.
2). Ambroise Tumy, frère coadjuteur, né à Argenteuil (Seine-et-Oise), entré dans la congrégation de la Mission le 10 août 1644 à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux en décembre 1652.
3) La ferme d’Orsigny était la principale ressource de la maison
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Me voici donc sur le point d’aller commencer ma visite au Mans. De là j’espère passer à Angers pour tâcher de retirer ce qui nous est dû par le fermier des aides et vous envoyer ce qu’on vous a destiné. Et de là je pourrai tirer sur Saint-Méen et à Tréguier et revenir de là chez vous ou à Luçon et tâcher de continuer, Dieu aidant, la visite par Tours, si mes forces me le permettent.
O Monsieur, que je me suis affligé de la mort de feu Monsieur du Coudray ! J’avais pensée de le prendre en passant et de l’amener quand et moi, et voilà que Notre-Seigneur en a disposé autrement. Je vous prie, Monsieur, de m’écrire à Angers le détail comme Dieu en a disposé, et d’adresser votre lettre aux filles de Sainte-Marie, si vous trouvez occasion, et non autrement. Je vous prierais de vous y rendre, si j’étais assuré du temps que j’y pourrais être.
Je ne vous dis point des nouvelles de Saint-Lazare, ni de nos petits collèges de Paris (4) ; M. Escart vous les pourra dire ; il en est parti depuis moi. Ce qui est arrivé depuis son départ, c’est que l’on a déchargé cette maison de tout le monde qu’on a pu, pour avoir moyen de continuer l’aumône plus longtemps à deux mille tant de pauvres, auxquels l’on la fait tous les jours, par la grâce de Dieu, en sorte qu’il faut chaque jour quatre setiers de blé, mesure de Paris, pour le moins. Crécy, Troyes et Montmirail secourent leurs pauvres, mûs en cette occasion par l’exemple que vous leur avez donné. Plaise à Notre-Seigneur Jésus-Christ conserver ce support
de Saint-Lazare. Des soldats de l’armée royale l’avaient mise au pillage. "Le bétail, le froment, les meubles de quelques frères qui la faisaient valoir, ceux même d’un riche particulier, qui y étaient en dépôt, tout fut enlevé." (Collet, op. cil., t. I, p. 471.
4) Le collège des Bons-Enfants et Saint-Charles.
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à la compagnie, tant qu’elle durera, et faire la grâce aux maisons de pouvoir subsister ! J’embrasse votre communauté prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et vous prie, et elle aussi, de me donner à sa divine bonté, laquelle me fasse miséricorde et la grâce de le mieux servir que j’en ai fait par le passé. Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Gautier, supérieur des prêtres de la Mission, à Richelieu.
1092. — LA DUCHESSE D’AIGUILLON A SAINT VINCENT
De Saint-Germain (1) ce 2 de mars 1649.
J’étais extrêmement en peine de n’avoir de vos nouvelles et de ne pouvoir vous en mander des nôtres ; mais le bon frère Mathieu (2) vient d’arriver pour avoir du blé pour les pauvres enfants trouvés, qui m’a donné cet avis, dont je me sers pour vous dire qu’il semble que Dieu nous donne quelque lieu d’espérer qu’il veut, par sa miséricorde, nous donner l’accommodement, les choses semblant s’y disposer MM. du Parlement ayant envoyé des députés à la reine qui a eu la bonté de leur accorder qu’on leur donnerait du blé pour chaque jour que la conférence durerait, s’ils voulaient envoyer des personnes à qui ils donnassent pouvoir absolu de terminer les affaires sans plus redélibérer ni retourner au Parlement après le retour et la relation de cette proposition. Ils ont enfin donné pouvoir comme on le désirait, à Messieurs le premier président (3) de Mesmes (4), de Nesmond (9) et le Coigneux (6),
Lettre 1092. — L. a. — Dossier de Turin, original
1) Saint-Germain-en-Laye.
2). Mathieu Régnard.
3). Mathieu Molé.
4). Henri de Mesmes, comte d’Avaux, président à mortier au parlement, mort en 1650.
5). François-Théodore de Nesmond, président à mortier au parlement.
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président Viole (7), Longueil (8), Menardeau (9), Le Cocq (10), Bitault (11), Lefebvre (12). Cette conférence se doit tenir à Rueil jeudi où Monsieur (13), M. le Prince (14), M. le cardinal (15), M. le chancelier (16) et M. de la Rivière (17) doivent aller. Il faut prier Dieu qu’il y préside pour y faire la paix (18). On a chanté ici aujourd’hui le Te Deum de celle d’Allemagne, dont la ratification est arrivée.
Je pense qu’il serait bon que vous attendissiez à Orléans ou au Mans l’effet de cette conférence afin que si elle réussit, comme nous désirons, vous n’alliez pas plus loin. Je prendrai soin de vous avertir de ce qui arrivera.
Je vous envoie une lettre du gardien des Capucins de Chinon, où vous verrez comme il se plaint de l’aumônier de Champigny (19). M. du Rivau (20) m’a mandé la même chose. Faites-moi savoir, s’il vous plaît, ce que je dois faire, car ils craignent qu’il n’emporte l’argent des pauvres. Priez, s’il vous plaît, pour moi et me croyez toujours votre très humble servante.
6). Jacques le Coigneux, président à mortier au parlement, mort le 21 août 1651.
7) Président de la quatrième chambre des enquêtes au parlement.
8). René de Longueil, marquis de Maisons, second président au parlement, plus tard surintendant des finances, ministre d’état et chancelier de la reine-mère, mort le 1er septembre 1677.
9). Claude Menardeau, conseiller au parlement.
10) Jean Le Cocq, seigneur de Courbeville, conseiller au parlement
11) Conseiller au parlement
12) Louis Lefebvre de Caumartin, conseiller au parlement.
13) Gaston, duc d’Orléans.
14) Le prince de Condé
15) Le cardinal Mazarin.
16) Pierre Séguier.
17) Louis Barbier, abbé de la Rivière, né en 1593, régent au collège du Plessis, puis favori du duc d’Orléans, ministre d’état en 1646, évêque de Langres en 1665, mort en 1670.
18). L’accord entre la cour et les délégués du parlement fut conclu le 11 mars ; il ne fut scellé que le 1er avril, après avoir été modifié par le parlement.
19) Champigny-sur-Veude, près de Richelieu. L’hôpital avait pour aumônier M. Romillon.
20) Le chevalier Jacques de Beauvat, sieur du Rivau
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4093. — A ANTOINE PORTAIL
Du Mans, ce 4e de mars 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous connais trop attaché au bon plaisir de Dieu pour vous étonner de n’avoir reçu de mes lettres depuis un ou deux mois ; c’est bien malgré moi, car je n’eusse point discontinué de vous écrire si les postes n’avaient cessé d’aller.
Vous avez su mon départ de Paris et l’une des causes d’icelui, laquelle n’ayant pas réussi à cause de mes péchés, je tâche de mettre la seconde en exécution, qui est de visiter nos maisons. Je suis venu commencer par celle-ci, après un mois de séjour à Fréneville, où les grands froids et les neiges m’ont assiégé. Je n’avais dessein d’y être que deux ou trois jours, pour y loger un troupeau de moutons et deux chevaux sauvés du pillage d’Orsigny ; mais je crois que la Providence m’y a retenu si longtemps pour me faire connaître qu’ils n’y étaient pas en assurance ; car les gens de guerre sont venus à un quart de lieue enlever les chevaux d’une ferme ; ce qui m’a obligé d’en partir, en un temps fort rude, et de faire mener les moutons en un village fermé, au deçà d’Etampes, à 4 ou 5 lieues. Pour les chevaux, je les ai menés ici, où j’arrivai le second de ce mois, en bonne santé, grâces à Dieu, nonobstant les difficultés du temps et des chemins. Le lendemain au soir, j’y ai
Lettre 1093. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum et les mots M. le consul d’Alger ait de quoi soutenir la dépense et je ne sais pas ce qui s’est passé à celle de M. du Coudray, sont de la main du saint.
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fait l’ouverture de la visite. Celles que j’ai reçues de la ville m’ont empêché de la continuer sans intermission. Je ne sais encore comme il en va ; mais à l’aspect tout me semble bien. J’espère en partir dans 10 ou 12 jours pour Bretagne, et de là à Richelieu, et ensuite aux autres maisons ; et s’il plaît à Dieu de me continuer la santé, j’espère avoir le bonheur de vous voir à Marseille. Ce me serait une grande consolation, après les travaux (1) d’un si long voyage et les sujets d’affliction que nous voyons.
Vous savez, comme je crois, les pertes que nous souffrons, non seulement des blés que nous avions à Orsigny et à Saint-Lazare (2), mais par la privation de toutes nos rentes, ce qui nous a obligés de décharger Saint-Lazare et les Bons-Enfants, où il n’y a plus que 7 ou 8 prêtres, 18 ou 19 écoliers et quelques frères ; le reste a été envoyé à Richelieu, ici et ailleurs ; et encore ceux-là seront-ils obligés de sortir, quand il n’y aura plus rien. De si peu qu’il y a de blé, l’on en distribue tous les jours 3 ou 4 setiers à deux ou trois mille pauvres ; ce qui nous est une très sensible consolation et un grand bonheur dans l’extrémité où nous sommes, et qui nous donne espérance que Dieu ne nous abandonnera pas, surtout la maison de Marseille, quoique nous soyons hors d’état de la secourir. Oui, Monsieur, à mon grand regret, je vous l’ai déjà mandé et vous le voyez. Faites-le savoir à Mgr l’évêque, afin qu’il vous subvienne pour le séminaire. Il vous en faut décharger ; sinon, de ceux qui payeront pension suffisante. La chose parle d’elle-même, et je ne sais s’il ne faudra pas que quelques-uns de la compagnie aillent exercer sur les galères les offices d’aumôniers,
1) Rédaction primitive : tracas.
2) Mots raturés en cet endroit : qui nous eussent presque duré toute l’année.
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pour jouir des gages et, par ce moyen, faire subsister cette maison. Enfin, Monsieur, je prie Notre-Seigneur qu’il vous en découvre les moyens et que de plus en plus il vous donne participation à sa patience et à sa conduite, pour continuer d’assister cette pauvre famille en cette fâcheuse occurrence, pendant laquelle il semble expédient que notre frère Huguier n’aille point à Tunis, ni M. Dieppe en Alger, sinon que M. le consul d’Alger ait de quoi soutenir la dépense (3), ne leur pouvant rien envoyer de deçà. Retenez-les donc, si vous le jugez à propos.
Il a plu au bon Dieu disposer de M. du Coudray à Richelieu et de notre frère Dumesnil (4) à Saint-Lazare. J’ai grand regret du premier, pour ne l’avoir pu voir auparavant. Vous savez les obligations que lui a la compagnie. Je le recommande particulièrement à vos prières et à celles de la famille, et de rendre à l’un et à l’autre les devoirs accoutumés. Le dernier est mort comme il a vécu. Je ne sais pas ce qui s’est passé à celle de M. du Coudray.
Je suis pressé de finir en me recommandant moi-même à vos saints sacrifices. J’embrasse tendrement M. Chrétien et toute sa famille, de laquelle et de vous particulièrement je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je suis en quelque pensée, si les choses se pacifient, de faire une assemblée de tous ou de partie des supérieurs.
3) Rédaction primitive : sinon que ceux qui y sont les puissent entretenir et eux aussi, des revenus du consulat.
4). Jacques Dumesnil, clerc, né à Nibas (Somme), reçu dans la congrégation de la Mission le 6 janvier 1641 à l’âge de dix-neuf ans.
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Dites-m’en votre pensée, s’il vous plaît, et adressez vos lettres à Madame la duchesse d’Aiguillon en cour. Poisez (5) s’il est à propos que vous importuniez Monseigneur de vos besoins, et s’il est expédient que vous employiez quelques-uns sur les galères en attendant, ou d’en envoyer quelques-uns à Gênes, si M. le cardinal l’agrée.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Marseille.
1094. — A LOUISE DE MARILLAC
Du Mans, ce 14e de mars 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
C’est pour vous donner de mes nouvelles et pour vous en demander des vôtres. Les miennes sont que je me porte bien, grâces à Dieu, et que dans trois ou quatre jours j’espère partir pour aller à Angers, où je verrai vos filles.
Monsieur Gautier est venu de Richelieu ici, qui m’a dit la disposition que Dieu a faite de la pauvre sœur Elisabeth (1), dont j’ai été fort touché. Il juge expédient de rappeler l’autre et d’en envoyer deux de Paris, mais j’estime que cela est fort difficile à faire en cette mauvaise saison, de laquelle je ne doute point que vous ne receviez beaucoup de peine et que votre famille n’en souffre avec vous.
Lettre 1094. — L. s. — L’original appartenait en 1881 à M. le comte Yvert, de Saint-Germain-en-Laye. Le post-scriptum est de la main du saint.
1). Elisabeth Martin, décédée à Richelieu.
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Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ que lui-même soit votre force et votre consolation et qu’il tire sa gloire des afflictions publiques et particulières. J’ai toujours confiance aux prières de votre communauté et spécialement aux vôtres. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. L M.
Monsieur Gautier m’a dit qu’il a vu vos bonnes sœurs en passant à Angers, que cela va assez bien, que ma sœur Cécile (2) fait toujours des merveilles et qu’il y en a deux qui exercent le reste (3), dont l’une est à l’excès de la scrupulosité ; j’espère les voir dans quatre ou cinq jours, Dieu aidant.
1095.— EDMOND DWYER, éVêQUE DE LIMERICK, A SAINT VINCENT
[1649 ou 1650] (1)
J’ai souvent écrit à Votre Révérence l’état de vos missionnaires en ce royaume. Il est tel (à dire la vérité comme elle est devant Dieu) que jamais, de mémoire d’homme, nous n’avons ouï dire qu’il se soit fait un si grand progrès et avancement en la foi catholique, que celui que nous remarquons avoir été fait ces dernières années par leur industrie, par leur piété et par leur assiduité ; et surtout au commencement
2) Cécile Angiboust, supérieure des sœurs de l’hôpital d’Angers (1647-1657)
3) Sœur Jeanne, de Loudun, et sœur Barbe, de Troyes.
Lettre 1095 — Abelly, op, cit., 1. Il, chap. I, sect. VIII, 1er éd., p. 151. La lettre a été écrite en latin ; nous donnons ici la traduction d’Abelly.
1) Dans son récit, Abelly laisse clairement entendre que la mission de Limerick dont parle cette lettre, s’est donnée au commencement d’une année, entre le 16 août 1648 et avril 1650.
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de la présente année, que nous avons ouvert la mission en cette ville, où il n’y a pas moins de vingt mille communiants, et cela avec tant de fruit et d’applaudissement de tous les habitants, que je ne doute point que, grâces à Dieu, la plupart n’aient été délivrés des griffes de Satan par le remède qu’on a apporté à tant dé confessions invalides, ivrogneries, jurements, adultères et autres désordres, qui ont été entièrement abolis ; en telle sorte que toute la ville a changé de face, étant obligée de recourir à la pénitence par la peste, famine, guerre et dangers qui nous serrent de tous côtés, et que nous recevrons comme des signes manifestes de la colère de Dieu. Sa bonté néanmoins a voulu nous faire cette faveur, quoique serviteurs inutiles, de nous employer à cet ouvrage qui, à la vérité, a été difficile à son commencement, et quelques-uns même ont cru que nous n’en pourrions venir à bout ; mais Dieu s’est servi des faibles pour confondre les forts de ce monde. Les premiers de cette ville se rendent si assidus aux prédications, aux catéchismes et à tous les autres exercices de la mission, qu’à peine l’église cathédrale est-elle assez grande. Nous ne saurions mieux apaiser la colère de Dieu qu’en extirpant les péchés qui sont le fondement et la cause de tous les maux. Et certes, c’est fait de nous si Dieu ne nous tend la main. C’est à lui à qui il appartient de faire miséricorde et de pardonner.
Mon Père, j’avoue que je suis redevable à vos enfants du salut de mon âme. écrivez-leur quelques paroles de consolation. Je ne sache sous le ciel Mission plus utile que celle-ci d’Ibernie ; car, quand il y en aurait cent, la Mission serait toujours grande pour si peu d’ouvriers. Nos péchés sont très griefs. Qui sait si Dieu ne nous veut pas arracher de ce royaume et donner le pain des anges aux chiens, à notre blâme et confusion !
1096. — A LOUISE DE MARILLAC
D’Angers, ce 23 mars 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu ici une de vos lettres, du 3 de mars, par l’adresse
Lettre 1096. L. a. — L’original appartient aux Filles de la Charité de la rue Mage, 20, à Toulouse.
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de la Mère de Sainte-Marie (1), qui m’a beaucoup consolé, voyant la santé que Notre-Seigneur vous donne, la bénédiction qu’il donne à vos travaux, à ceux de Madame et Mademoiselle de Lamoignon et généralement à toutes les dames des Charités des paroisses de Paris.
Vous pouvez croire, Mademoiselle, que j’en rends bien volontiers grâces à Dieu et que je le prie qu’il leur fasse celle de continuer. Mais j’ai été bien affligé, ayant appris comment vos pauvres filles et vos pauvres enfants trouvés à Bicêtre sont encore assiégés de tous côtés d’une grosse armée (2). Je me console en l’espérance que Notre-Seigneur, qui les a reçus en sa protection spéciale, n’aura pas permis qu’il leur soit mésarrivé.
Il y a trois ou quatre jours que je travaille ici à la visite de nos chères sœurs de l’Hôtel-Dieu, et fis hier au soir la dernière action, qui est de conclure la visite ; et voilà que j’en fais transcrire les avis que je leur laisse. Au reste, je vous puis dire que cela va bien, par la grâce de Dieu. Vous le jugerez bien en vous disant qu’elles observent exactement leur emploi de la journée et qu’il ne s’est trouvé qu’une seule faute qu’elles y ont faite, qui est de manquer au silence depuis les huit heures du soir jusques aux prières. Enfin cela va si bien que j’en ai
1) La Mère Marie-Augustine Bouvard, supérieure de la Visitation d’Angers. Elle avait été professe au. second monastère de Paris.
2). Les soldats de Condé, au nombre de douze à quinze mille, étaient dispersés autour de la capitale. Il y en avait à Saint-Denis, tout près de la maison-mère, et à Bourg-la-Reine, près de Bicêtre. Plusieurs tentèrent de pénétrer à diverses reprises dans la maison des enfants trouvés, où les sœurs vivaient dans des alarmes continuelles. Louise de Marillac recommanda à Geneviève Poisson et à ses compagnes de prendre les précautions les plus rigoureuses contre les excès de la soldatesque. "Faites bien tenir toutes nos sœurs ensemble, disait-elle dans une de ses lettres (1. 234), et ayez grand soin des grandes filles, que vous devez tenir toujours devant vos yeux ou enfermées à l’école."
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mon cœur plein de consolation. Il y en a pourtant une ou deux que je pense qu’il faudra changer ; nous verrons. Je ne vous dis point le détail de la conduite de Notre-Seigneur sur elles, dans le doute que j’ai que ce billet vienne jusques à vous.
J’espère partir demain pour Saint-Méen et de passer à Nantes et de voir là nos chères sœurs, que je souhaite qu’il plaise à Dieu que je trouve en aussi bon état que sont celles-ci.
Je salue cependant nos bonnes dames de la Charité et me recommande aux prières de nos chères sœurs, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, supérieure des Filles de la Charité, à Paris.
1097. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Méen, ce lundi de Pâques (1) 1699.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
L’occupation de la visite que je fais ici m’empêche de vous écrire de ma main.
Je loue Dieu de la conservation de nos sœurs de Bicêtre et de Saint-Denis (2) et du bon état où les autres se
Lettre 1097. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) 5 avril
2). La fondation de Saint-Denis était due à Mademoiselle de Lamoignon et à Madame de Nesmond. MadameTurgis, Françoise
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trouvent ; surtout je remercie sa divine bonté de votre bonne disposition, et vous des prières que vous faites pour la mienne (3).
Je suis grandement touché de la charité et de la persévérance du bon M. Alain, aussi bien que des dégâts de Bicêtre et de la pauvreté des enfants. Dieu soit la récompense du premier et veuille pourvoir au reste ! Puisque ce lieu est inhabitable, il serait à souhaiter qu’il plût au Parlement ou à la ville d’en donner un autre ; mais vraisemblablement ils ne le feront pas. Il ne faut néanmoins laisser de le demander, si tel est l’avis des dames, lequel il faut prendre en cette occasion ; ce que vous ferez, s’il vous plaît, par Madame de Lamoignon, qui leur en parlera. Si Madame la princesse (4), Madame la duchesse d’Aiguillon et Madame de Brienne peuvent être consultées pour cela, on fera bien de savoir leurs sentiments ; le mien est qu’elles s’en rapporteront à ce que les autres dames résoudront.
Je n’ai reçu qu’une de vos lettres à Angers, à laquelle je fis réponse du même lieu ; si je me souvenais des points, je vous répéterais ici ce que je vous ai écrit.
Sur le désir que vous avez de vous décharger des filles inutiles, je n’entends pas bien de quelle inutilité vous vous plaignez ; si c’est de celles qui ne valent ou ne savent agir après avoir été exercées quelque temps,
Noret, de Liancourt, et Marguerite Le Joint, d’Arras, Filles de la Charité, avaient pris possession de l’hôpital le 22 août 1645.
3). Sont raturées en cet endroit les cinq lignes qui suivent : "laquelle a été altérée de quelque fièvre pendant la nuit, en suite d’une chute que je fis dans l’eau le cheval s’y étant couché, et d’où je n’eusse pu me retirer, si je n’eusse été reconnu. Je me porte maintenant assez bien, grâces à Dieu." C’était à une demi lieu de Durtal, dit Collet (op. Cit., t. I, p. 474), ou plutôt le frère Ducournau, dont il suit le récit. Le saint fut sauvé par un de ses prêtres qui l’accompagnait. Il remonta à cheval tout trempé et alla st sécher dans une petite chaumière.
4). Charlotte de Montmorency.
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et qui, en effet, n’ont aucune qualité qui donne espérance d’amendement, vous ferez bien de les renvoyer ; mais si c’est de celles qui ne sont encore assez bien dressées aux emplois de la charité, et pour cela n’y peuvent vaquer, ou qui en sont empêchées par quelque infirmité dont elles peuvent guérir, je crois, Mademoiselle, qu’il faut patienter à leur égard autant qu’il se pourra.
La revue (5) se fera avec la retraite, à la Pentecôte, Dieu aidant.
Je suis bien aise du séjour que vous avez fait à Paris ; ce n’a pas été sans sujet, je le sais bien.
Entre nos sœurs d’Angers, il n’y en a que deux qui aient des peines d’esprit ; et encore est-ce peu de chose, et j’espère que ce ne sera rien ; les autres sont contentes et toutes fort exactes à leur petit fait. La sœur Cécile (6) ne se peut estimer, ni la consolation qu’elles m’ont donnée comprendre ; je vous l’ai déjà mandé. S’il fallait en séparer la sœur Jeanne, il ne la faudrait pas renvoyer tout d’un coup en son pays (7), mais en essayer encore à Richelieu, d’où elle en serait proche.
Quand je serai à Nantes, je verrai ce que c’est de la sœur Marie, de Tours, et vous en écrirai.
Si vous jugez expédient de renvoyer ici celle dont vous me parlez, faites-le ; et pour la sœur Mathurine (8), je la prie de ne se donner aucune peine de ses parents.
5). La confession de l’année ou du moins des mois écoulés depuis la retraite précédente.
6). Cécile-Agnès Angihoust.
7). Elle était de Loudun.
8). Mathurine Guérin, qui fut secrétaire de Louise de Marillac et quatre fois supérieure générale. Elle était entrée chez les Filles de la Charité le 4 septembre 1648, malgré la résistance opiniâtre de ses parents. Sa notice a été publiée dans les Circulaires des supérieurs généraux et des sœurs supérieures aux Filles de la Charité et remarques ou notices sur les sœurs défuntes de la Communauté, Paris, 1847, in-4°, pp- 556-568.
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M. Thibault les doit voir (9), pour leur ôter celle qu’ils peuvent avoir pour elle. J’ai grande confiance en vos prières et en celles de toutes nos sœurs ; je leur eh demande la continuation et à vous particulièrement, à qui je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1098. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 6 avril 1649.
Mon très honoré Père,
Nous sommes en très grande peine du lieu et de l’état où vous êtes. Je supplie la bonté de Dieu que votre disposition et vos affaires de votre communauté vous permettent de venir bientôt. Vous êtes bien désiré à Paris pour les œuvres de charité. Madame la présidente de Lamoignon particulièrement vous prie de revenir promptement.
Je laisse aux autres à vous dire les nouvelles de la paix n’en sachant autre chose que ce qui nous en fait louer Dieu avec le peuple.
Le bon Monsieur Alain est trépassé, et nos sœurs se disposent [à] retourner un de ces jours à Bicêtre pour y toujours occuper la place et semer la terre. Dieu veuille qu’elles y puissent demeurer le temps que la Providence l’a ordonné ! Madame la présidente du Sault vous salue très humblement ; elle vous souhaite bien fort ici avant qu’elle parte pour s’en retourner chez elle. Je vous supplie très humblement, mon très honoré Père, si vous approcher de Nantes, ne pas oublier nos pauvres sœurs ; et s’il y a moyen qu’elles se passent de changer de
9) M Thibault était supérieur de l’établissement de Saint-Méen.
Lettre 1098. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
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sœurs, et, comme je vous avais mandé par deux précédentes lettres, que, au moins, si votre charité trouvait nécessaire que la sœur Marie, de Tours, fut changée, qu’elle fut renvoyée à Tours plutôt que de revenir à Paris. Nous en avons essayé en plusieurs endroits, et, l’envoyant à Nantes, je lui dis que c’était le dernier essai. Vous en ordonnerez ainsi que votre charité le treuvera à propos, selon que Notre-Seigneur vous l’inspirera.
Au nom de Dieu, mon cher Père, priez pour nous. Je vous avais écrit et fait connaître nos besoins et les miens particuliers ; mais je crains bien que nos lettres ne vous aient pas été rendues. Pourvu qu’il plaise à Dieu nous faire miséricorde et nous redonner ce que, par sa justice, il nous a ôté ! et suis, en son très saint amour, mon très honoré Père, votre très obéissante et très obligée fille et servante
LOUISE DE MARILLAC
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général des prêtres de la Mission.
1099. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Méen, ce 9 avril 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’espère partir dans trois ou quatre jours pour Nantes et de vous écrire de là de l’état auquel je trouverai nos chères sœurs. Monsieur des Jonchères (1) a écrit à Monseigneur de Saint-Malo (2) qu’il m’offrait logement chez lui et que je lui donne avis du jour que je pense arriver là. Mondit seigneur pense que c’est à cause de l’émotion. Notre-Seigneur sera notre conduite, s’il lui plaît.
J’ai appris ici avec douleur la mort du bon M. Alain.
Lettre 1099. — études religieuses, t VIII, p. 1875, pl 284, d’après l’original.
1). Aumônier de l’hôpital de Nantes et directeur des sœurs.
2). Ferdinand de Neufville (1646-1657).
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O Mademoiselle, que cela m’a touché ! Il faut prier Dieu qu’il nous en envoie quelqu’autre qui lui [ressemble (3)].
L’on m’a écrit comme l’on a tiré les pauvres enfants de Bicêtre (4). Je suis en peine de savoir où l’on les a transportés. Mon Dieu ! que d’embarras que ce changement vous aura donnés !
Je ne puis que je ne vous répète par celle-ci la consolation que j’ai reçue dans la visite de nos chères sœurs d’Angers. O Mademoiselle, qu’il y a grand sujet de louer Dieu de son adorable conduite sur ces bonnes filles !
Notre sœur Jeanne, de Loudun, et notre sœur Barbe, qui est de Troyes, si me semble, étaient un peu remises, et la dernière quasi tout à fait ; il faut attendre l’événement.
Je continue à me porter bien, Dieu merci. J’ai pris l’occasion ici de me faire purger et saigner. Je ne doute pas que vous ne me recommandiez à Notre-Seigneur, et nos chères sœurs aussi. Je vous vois [toutes] devant Dieu (5) au saint sacrifice de la messe.
Si vous voyez la bonne Madame de Lamoignon et nos bonnes dames de la Charité, vous les assurerez, s’il vous plaît, que je ne les oublie point devant Dieu, en l’amour duquel je suis votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
3) Texte des études : reporte.
4) Les enfants trouvés furent transférés provisoirement à la maison mère des Filles de la Charité, à cause du siège de Paris.
5) Celui qui a publié cette lettre dans les études religieuses a lu je vous vois vous êtes devant Dieu. Nous croyons que le vrai texte est celui que nous donnons.
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1100 — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Méen, ce 15 avril 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
C’est pour vous donner encore de mes nouvelles et vous en demander des vôtres. Je continue à me bien porter, grâces à Dieu. Je suis assiégé ici par le mauvais temps et le débordement des eaux ; sans cela je serais parti pour Nantes mardi passé, et en partirai si tôt que ce petit déluge sera écoulé, pour aller visiter nos sœurs, comme celles d’Angers, qui m’ont donné plus de consolation que je n’en ai reçu longtemps il y a. Je vous l’ai mandé et ne puis cesser de vous le dire. Elles ont besoin d’une sœur propre pour enseigner les mystères aux pauvres, si tôt qu’ils sont arrivés, ainsi que font les dames de l’Hôtel-Dieu ; nous en reparlerons, Dieu aidant.
Je continuerai cependant à demander à Dieu votre conservation et ses bénédictions sur vous et vos filles, lesquelles je salue, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, supérieure des Filles de la Charité, à Paris.
Lettre 1100. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
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1101. — A LOUISE DE MARILLAC
De Nantes, ce 28 avril 1649.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici le dixième jour que je suis arrivé en cette ville, et j’en espère partir demain, Dieu aidant, pour Luçon. J’ai trouvé les pauvres Filles de la Charité à la sortie d’une grande persécution qu’on leur a faite. L’on les accuse d’une infinité de choses ; la principale est qu’elles s’approprient le bien des pauvres. Les 3 prêtres qui sont dans la maison et M. Valton de Lafosse (c’est le mari de cette femme à qui la sœur Jeanne Saint-Albin (1) avait dit quelque chose qui l’offensait), qui était père des pauvres (2) l’année passée, leur ont suscité cette pièce (3) par le moyen de celui-ci, lequel, sortant de charge et allant remercier Messieurs de la maison de ville (4), leur dit que tout irait bien à l’hôpital sans les Filles de la Charité, qui faisaient fort mal leur devoir, et, qui pis est, qu’elles ruinaient l’hôpital et faisaient leur main (5), et s’offrit à donner l’argent pour les renvoyer. La maison de ville députa vers Messieurs du chapitre et vers le présidial, pour faire une assemblée, à ce que les trois corps députassent pour vérifier cette accusation et déterminer du
Lettre 1101. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1) La sœur Jeanne Saint-Albin fut rappelée à Paris en décembre 1650. Peu s’en fallut qu’elle ne quittât la Communauté en octobre 1655. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 457.) Nous retrouvons encore son nom sur la liste des Filles de la Charité après 1660.
2). Administrateur de l’hospice.
3). Pièce, persécution.
4). Les échevins.
5). C’est-à-dire, dérobaient ce qui ne leur appartenait pas.
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renvoi ou de la rétention des filles ; ce qui fut fait. Mais, par la grâce de Dieu, Messieurs les pères d’à présent firent voir clairement que l’accusation était fausse, et députèrent M. le doyen (6) pour le dire aux filles et les encourager.
Mais tout cela n’a pas [fait] (7) perdre cœur aux accusateurs, lesquels ont vu Monseigneur de Nantes (8) depuis deux jours, à son retour, et lui ont dit des merveilles contre ces pauvres filles. Or, l’on m’a dit aujourd’hui que mondit seigneur de Nantes, qui a eu toujours à peine cet établissement, veut prendre derechef connaissance de toutes les plaintes qu’on fait contre elles. Je me suis donné l’honneur de le voir avant cette dernière plainte, et lui dis que j’avais vu ces bonnes filles de l’hôpital, que j’avais trouvé quantité de choses à souhaiter en elles, mais que, par la grâce de Dieu, elles étaient innocentes des choses dont on les accusait ; à quoi il me répondit qu’elles sont bonnes filles, et cela d’assez bonne grâce. Je suis présentement dans le doute si je le dois retourner voir pour lui parler plus au long de cet affaire ; mais parce que, l’un côté, je vois que, quoi que je lui die, il ne se déprendra pas de la résolution qu’il a prise de prendre connaissance de ces accusations, quoi que je lui die, et que je ne pourrai pas lui lever l’aversion qu’il a de cet œuvre, et quelques autres raisons particulières, que je vous dirai, c’est ce qui fit, je pense, qu’il n’est pas expédient que je le voie ; je le ferai néanmoins, si Messieurs des Jonchères (9) en sont d’avis. Voilà pour la persécution de ces pauvres filles.
6). Le doyen du chapitre.
7). Mot oublié dans l’original.
8) Gabriel de Beauvau de Rivarennes.
9).M. des Jonchères, directeur des filles de la Charité de Nantes avait un frère président au présidial de cette ville.
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J’ai fait la visite et les ai vues tous les jours, un ou deux exceptés. Il faut avouer qu’elles ne sont pas dans l’état qu’il serait à désirer : 1° elles se sont oubliées de l’observance de la régularité ; 2° elles n’ont point été exactes à l’oraison, a la lecture, aux examens, ni au silence ; il n’y avait point ou peu de charité entre elles, d’obéissance ni de support, ni, à vrai dire, l’application qu’il fallait à l’assistance des malades (10).
Jeanne, la servante (11), est une fort bonne fille, judicieuse et douce ; quelques-unes d’entre elles estiment qu’elle n’a pas été assez fort prévoyante.
Henriette (12) est une fille pleine d’ardeur et de charité, mais peu respectueuse, peu soumise à la servante, ou point du tout, et fâcheuse au médecin et à quantité de personnes, et peu régulière ; et, comme je le pense, elle est la cause de la plupart du dérèglement des filles.
Je ne puis continuer à vous dire l’état de chacune des autres ; je le ferai de vive voix, Dieu aidant. Je suis pressé. Elles sont maintenant en meilleur état, par la grâce de Dieu, et résolues de bien faire.
Il est absolument nécessaire de rappeler Henriette et d’envoyer quelqu’une à sa place, qui sache faire l’apothicairerie. Il est nécessaire d’envoyer Marie (13) à Richelieu ; et y étant, nous penserons à la manière de la renvoyer chez elle ; les choses ne sont point en état de le faire d’ici, non pas même de l’en retirer, que lorsque celle que vous destinez à sa place sera arrivée. Il en faut une huitième. S’il y a moyen, je vous prie d’en envoyer deux comme il les faut ; et étant à Paris, nous aviserons au reste des choses.
10) Nous avons encore la minute autographe des avis que le saint laissa aux sœurs de Nantes à la fin de cette visite.
11). Jeanne Lepeintre, supérieure à l’hôpital de Nantes.
12) Elle était à Nantes depuis 1646, chargée de la pharmacie.
13). Marie, de Tours.
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L’on m’a parlé d’un autre établissement dans le diocèse de Vannes ; j’ai dit à M. des Jonchères qu’il n’y faut pas penser, au moins si tôt.
J’espère partir demain pour Luçon et ensuite revenir à Richelieu, Dieu aidant, et de là à Paris, si quelque chose pressante ne requiert que je passe outre ; auquel cas ce n’est que le voyage d’un mois pour aller et revenir à Richelieu. Lorsque nous serons à Paris, nous parlerons de toutes les choses qu’il faudra pour ici.
Je vous prie cependant, Mademoiselle, d’avoir soin de votre santé, pour l’amour de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à Paris.
1102. — A ANTOINE PORTAIL
De Richelieu, ce 11° mai 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai trouvé en cette maison deux de vos lettres. Je ne me souviens pas que vous m’ayez fait aucune proposition sur laquelle vous ayez à prendre le conseil d’autrui, si vous n’avez le mien, comme vous dites être obligé de le faire dans le 20e de ce mois ; et je viens de lire les points de 4 ou 5 lettres de votre part qui ont précédé
Lettre 1102. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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les dernières, où je n’ai rien trouvé de cela. Si la chose est telle qu’elle ne se puisse écrire, ou qu’elle soit si pressée que vous ne m’en puissiez donner avis et en attendre ma réponse auparavant que de la résoudre, prenez le sentiment des consulteurs de la maison et celui de M. de la Coste, et moi je prierai Dieu qu’il vous fasse la grâce de suivre en toutes choses ses desseins éternels.
Dieu sait quel est mon souhait pour les visites des maisons de delà et que le regret que j’ai de ne les pouvoir faire me touche sensiblement, la reine m’ayant fait commander diverses fois de retourner à Paris. Or, je ne vois pas comment je puis faire la volonté de Dieu, en n’obéissant pas, moi qui ai toujours cru et enseigné que l’on doit obéir aux princes, même aux méchants, comme dit l’écriture. Tout ce que je puis faire est de faire prier Sa Majesté, comme je fais, de me permettre de continuer mon voyage, non pas jusqu’à Marseille, mais seulement jusqu’à Cahors. J’en attendrai ici la réponse.
Quand je serai à Paris, nous tâcherons de vous envoyer M. du Chesne ou quelqu’autre, accompagné d’un frère. Je ne sais si ce pourra être le frère Jean Parre (1)
A propos de frère, on me mande de Gênes que vous avez retenu le frère Claude, qui s’y en retournait. Je m’en étonne, puisque vous savez le besoin qu’ils en ont ; ils me le demandent avec grande instance ; je vous prie de leur envoyer
1) Né à Chatillon-en-Dunois (Eure-et-Loir), entré dans la congrégation de la Mission le 16 avril 1638, à l’âge de vingt-sept ans reçu aux vœux en 1643, mort après 1660. Il est, parmi les frères coadjuteurs, avec le frère Mathieu Régnard, l’un des plus intelligents et des plus actifs instruments que la divine providence ait mis dans les mains de saint Vincent. Il parcourut en tous sens la Picardie et la Champagne, se rendant compte des besoins et y portant remède.
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Tout le reste de vos lettres, jusqu’à 6 ou 7, ne désirent autre chose de moi que mille louanges à Dieu de tout ce que vous me mandez, particulièrement du succès de l’ordination, de la mission de Fréjus, des conférences avec les ecclésiastiques externes, du zèle de M. Brunet, de la satisfaction de M. de la Coste, de sa charité pour la famille et enfin des bénédictions que Dieu répand sur icelle. Je prie donc son infinie miséricorde qu’elle soit elle-même son action de grâces et qu’elle sanctifie de plus en plus vos âmes, singulièrement la vôtre, de laquelle je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p.d. l. M.
Puisque voici la paix (2), par la grâce de Dieu, il me semble qu’il n’y a rien qui nous doive empêcher de faire la congrégation des supérieurs de la compagnie à Paris.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Marseille.
1103. — A LOUISE DE MARILLAC
De Richelieu, ce lendemain de l’Ascension [1649] (1).
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
M. Lambert vous aura pu dire mon arrivée en ce lieu.
2) La paix de Rueil conclue, dans les premiers jours de mars, entre la cour et le parlement.
Lettre 1103. — L. a. — L’original est exposé dans la salle des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul à Metz.
1). Le contenu de la lettre et le lieu d’où elle est écrite ne permettent
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Je fus pressé de visites le lendemain au matin que le courrier partait pour vous écrire, et l’ai été en sorte depuis et appliqué au fait de notre visite que je n’ai pu encore entretenir notre bonne sœur (2) ; je le ferai, Dieu aidant, au premier jour.
J’écris à M. Lambert et un mot à Madame la duchesse pour la remercier de ses chevaux (3) et leur dis les raisons que j’ai de souhaiter de pouvoir aller jusques à Notre-Dame de la Rose et en trois ou quatre maisons que nous avons de delà, et me soumets pourtant à leur avis, qui voient, comme vous, les besoins de delà. Le sujet de crainte d’aller à cheval et au soleil en seront ôtés par l’usage du carrosse qu’on m’a envoyé.
Ce qui presse le plus, c’est loger les enfants trouvés. J’ai dit à madite dame les raisons que je ne vous redis pas ; elle les vous aura pu dire, ou M. Lambert. Il n’y va que d’un mois, ou environ. En un mot, je lui propose une assemblée générale des dames, pour résoudre si l’on fera instance vers la reine, si l’on demandera une quête générale, ou si l’on présentera requête au parlement pour pourvoir aux besoins, au nom des officières ; ce qui rendra la chose plus considérable que votre nom seul ; et je dis que M. Lambert pourra faire cela, s’il y a inconvénient à m’attendre, et qu’après tout je ferai ce qu’on me mandera.
aucun doute sur sa date. En 1649, le lendemain de l’Ascension était le 14 mai.
2). Les deux Filles de la Charité de Richelieu étaient sœur Françoise Carcireux, de Beauvais, et sœur Charlotte Royer, de Liancourt.
3). La duchesse d’Aiguillon avait eu la délicate attention d’envoyer au saint pour son retour deux chevaux, attelés au carrosse qu’elle lui avait précédemment donné. Quand Vincent de Paul voulut rendre les chevaux, la duchesse d’Aiguillon le pria de les garder. Le saint ne put refuser et il dut s’en servir, par ordre de la reine. (Cf. Abelly, op. cit, 1. I, chap. XXXIX, p. 186.)
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Je vous ai écrit l’état de nos sœurs de Nantes. M. l’abbé de Vaux m’écrit que celles d’Angers font bien, dont je rends grâces à Dieu.
M. Gautier m’a dit qu’il y a ici quantité de filles qui demandent d’être reçues à la Charité. Plaise à Notre-Seigneur nous recevoir en la sienne et vous conserver en bonne santé !
Je suis, en son amour, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
ind. p. d. l. M.
Au nom de Dieu, Mademoiselle, ne soyez pas en peine de M. le bailli (4). Voyez-vous pas la conduite extraordinaire que Notre-Seigneur a prise de lui quasi sans vous ? Laissez faire à sa divine Majesté ; il saura bien faire voir à la mère, qui a soin de tant d’enfants, la satisfaction qu’il en a, par celui qu’il prendra du sien, et qu’elle ne le pourra prévenir ni surpasser en bonté. Ressouvenez-vous de ce que je vous ai dit d’autrefois de la bonne et bienheureuse Madame de Chantal sur le sujet de feu M. son fils.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras à Paris.
4) Pour donner une situation au fils de Louise de Marillac, saint Vincent l’avait nommé bailli de Saint-Lazare. Michel Le Gras était chargé, à ce titre, de rendre la justice dans les dépendances de ce fief. Il garda cet office jusqu’en 1656. Sa mère, préoccupée avant tout du salut de son âme, songeait à le marier et n’aboutissait pas assez vite, au gré de ses désirs.
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1104. — CHARLES NACQUART, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
[Du fort Dauphin, 27 Mai 1649] (1)
Monsieur et très honoré Père,
Votre bénédiction, s’il vous plaît !
La mémoire du juste devant être éternelle c’est bien le moindre devoir que je suis obligé de rendre à la mémoire de mon cher frère et compagnon Monsieur Gondrée, défunt que de vous envoyer l’extrémité de sa vie et les vertus qu’il a pratiquées dans la maladie qui me l’a ravi dans le printemps de son âge et dans l’espérance que j’avais de voir travailler ce bon ouvrier.
Ce sera donc ici un échantillon pour joindre à la conférence qui se fera à son sujet, afin que vous ne manquiez pas des dernières actions, qui sont la couronne de toutes les précédentes.
Je ne répéterai point ici les vertus qu’il a pratiquées sur le chemin, étant à La Rochelle et dans le voyage de notre navigation de six mois et demi sur mer ; car il y a pratiqué les vertus d’un bon missionnaire l’humilité, la mortification, la charité, la douceur, la simplicité et le zèle, sans en laisser passer d’occasion ; et de tout ce qui s’est fait ici dans les six mois qu’il y a vécus selon que vous avez vu dans le journal que j’en ai fait la meilleure partie lui est due.
Mais laissant à part la piété, la modestie, la douce conversation, l’exactitude et le soin tant des Français que des nègres en toutes les rencontres de les servir et instruire, je viens au premier voyage qu’il fit à Fanshère avec Monsieur de Flacourt vers Andian Ramach, qui est le roi de cette contrée où est notre habitation. Ce fut le vendredi avant les Rogations. Je lui laissai aller, parce que j’y avais déjà été deux fois. étant là, n’ayant pu dire la messe le dimanche, il fit la prière publique avec les Français qui avaient accompagné Monsieur de Flacourt. C’était devant la maison de ce roi, qui y assista avec plusieurs nègres en grand silence et réitéra la promesse qu’il m’avait faite de se remettre dans le devoir
Lettre 1104. — L. a. — Dossier de la Mission, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original. Fort-Dauphin (on disait alors le fort Dauphin) est situé au sud de Madagascar, sur la côte orientale.
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d’un bon chrétien quand il y aurait des prêtres avec lui et une église bâtie en ce lieu. Mais comme ce voyage se fit dans un temps d’abstinence de viande et qu’il ne se trouve pas de poisson et des légumes comme l’on veut en ce pays, ainsi qu’en France, quoiqu’il eut donné dispense aux Français, il voulut garder l’abstinence et ne mangea qu’un peu de riz cuit à l’eau ; ce qui, joint à la chaleur du chemin, lui causa la maladie de laquelle il n’est pas relevé.
Regardons comme Notre-Seigneur a affiné cet or dans le creuset et comme il a fait paraître la patience dans son infirmité.
Le mercredi, qui était la veille de l’Ascension de Notre-Seigneur, quoiqu’il se trouvât fort indisposé il voulut célébrer la messe qu’il eut peine d’achever ; et ce nonobstant il ne laissa pas d’aller encore confesser un Français moribond qui l’avait prié de cela, d’où il revint en grand frisson et se mit sur le lit, me disant qu’il avait été fort inquiet de rêveries la nuit, et entre autres qu’il s’était imaginé faire quantité de croix ; sur quoi il dit que c’était un présage qu’il lui en faudrait bientôt une.
Je lui demandai la cause de son mal. Il me dit que c’était en partie ce voyage, qui l’avait constipé, et que, en rentrant chez nous, qu’il avait senti la puanteur d’un malade que nous avions retiré, faute qu’il n’y avait point d’autre lieu pour le mettre, dont il avait eu grand mal au cœur.
Le voilà donc attaqué d’une fièvre si violente que l’après-midi il perdit le jugement en vint en frénésie, qui le fit lever, voulant sortir tout effaré, ayant perdu la parole. Je courus à lui et, l’ayant embrassé, je le remis sur son lit, où il fut encore un quart d’heure sans pouvoir parler, quoiqu’il y fit son effort ; et de sa bouche sortait comme de l’écume rouge marque qu’il était pulmonique ; aussi avait-il la courte haleine et peine à chanter à l’église.
La parole lui étant revenue, il n’avait point de mémoire de ce qu’il venait de faire. La première chose qu’il demande fut de se confesser.
Le vendredi, la fièvre ne fut pas si violente. Mais ce fut pour reprendre de nouvelles forces pour le battre en ruine, car elle redoubla le soir ; et lui ayant donné un grand cours de ventre, après avoir été retenu, il fut tellement affaibli tout à coup qu’il ne se pouvait plus soutenir ; et il avait une douleur si cuisante en toutes les jointures qu’il disait être impossible de souffrir davantage ; et cependant ses plus hauts cris étaient de "que béni soit Dieu ! glorifié soit Dieu ! Si vous prenez plaisir à me voir tant souffrir, c’est aussi mon contentement ; si vous augmentez la douleur, augmentez aussi la patience."
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Et comme je lui disais : "Courage, mon cher frère ! notre bon Dieu regarde comme vous combattez. Il vous éprouve dans le feu de cette fièvre. Ne vaut-il pas mieux, comme il est dit en une oraison du carême (2), ut temporaliter maceremur in corpore quam suppliciis deputemur aeternis ?" — Vous avez bien raison ; ah ! que Dieu est bon ! disait-il, et qu’il m’aime ! Je ne suis pas digne de son amour."
Ces douleurs qu’il souffrait m’obligèrent à y chercher remède, et par bonheur je rencontrai une huile de fruit de sang-de-dragon, que les nègres font, et bien chaude. L’on oignait le lieu de sa douleur, dont il recevait soulagement. Après quoi il ne cessait de remercier le Créateur. Mais ce relâche n’était pas pour longtemps ; car cette même douleur commençait et l’empêchait de prendre aucun repos. Sur quoi je lui dis qu’il pouvait dire : Deus meus, ad te de luce vigilo (3). Il me dit : "Je puis bien dire aussi : De nocte vigilo."
Le lendemain de l’Ascension je lui dis qu’il se fallait mettre in manu Domini et recevoir les sacrements, qui sont les remèdes divins lorsque les humains ne peuvent rien. Très volontiers, dit-il ; je remets cela à votre volonté." Tant il avait l’obéissance en recommandation.
Et aimant mieux prévenir que de différer trop tard, je lui apportai Notre-Seigneur ; et en présence de la plupart de nos Français, qui eurent dévotion d’accompagner le Saint Sacrement, je lui dis, ayant le cour attendri et la parole entrecoupée de tendresse : "Eh bien ! mon cher frère, voici ce grand médecin de l’âme et du corps qui vous vient visiter. C’est à présent qu’il faut pratiquer ce que vous avez si souvent enseigné aux malades, à savoir des actes de foi, d’humilité, de contrition, de charité." — " Je le désire ainsi", dit-il. Et comme je lui dis que, dans l’incertitude du succès de sa maladie, je lui donnais pour viatique et qu’il se donnât tout à celui qui se donnait tout à lui, "je ne suis point à moi, dit-il généreusement ; qu’il fasse de moi tout ce qui lui plaira ; je suis totalement à lui" ; et ainsi le reçut avec grande dévotion.
De là en avant ses forces diminuant, son esprit n’était pas moins fort pour s’occuper en Dieu par des aspirations qui seraient trop longues à déduire. On n’épargnait rien qui put contribuer à sa santé, et lui, de son coté, ne refusait rien de tout ce qu’on le priait de prendre pour l’amour de notre bon Dieu.
2) Le vendredi après le dimanche de la Passion.
3). Psaume LXII, 2.
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La fête de la Pentecôte étant arrivée, j’exposai le Saint Sacrement pour les prières de quarante-heures et priai un chacun, par l’intérêt qu’ils avaient à sa santé, de solliciter le cœur de Notre-Seigneur pour l’obtenir, si elle lui était nécessaire. Et de ma part, je faisais la prière des Apôtres : "Ne derelinquas nos orphanos (l)", à double intention, tant pour n’être point privé des grâces du Saint-Esprit, que pour n’être orphelin de mon Père spirituel. N’avez-vous pas dit, Seigneur, que c’était un malheur à celui qui demeurait seul, sans compagnon pour l’échauffer dans sa froideur ou le relever dans sa chute ? Mais après avoir laisse sortir les gémissements de mon cœur et que j’avais demandé la conservation d’un ouvrier si nécessaire en un pays où il n’y en avait que trop de besoin, lorsque j’étais retourné au logis, je n’avais aucune réponse que de mort voyant que la maladie augmentait, avec une si grande débilité que ce n’était plus que rêveries, qui pourtant étaient toutes pieuses comme de dire la messe, d’instruire quelqu’un. Sur quoi, je prenais occasion de l’aider à élever son cœur à Dieu par quelque verset des psaumes ou autres ; et en moi-même je faisais réflexion que c’est bien vrai que le moulin rend la farine du blé qu’on y a mise, et que l’esprit s’occupe naturellement aux choses et aux pensées qu’on y a souvent admises. Mais ce n’était pas une rêverie lorsqu’il me disait, et à ceux qui le venaient voir : "Oh ! qu’il fait bon servir Dieu, quand on est en santé ; car croyez. moi qu’on a bien de la peine dans la maladie, qui abat le pauvre esprit." Et d’autres fois il disait avec sentiment : "Il semble qu’on soit misérable quand le corps souffre ; mais pourtant c’est un bonheur, qui est grand, de souffrir le mal pour l’amour de Dieu. On achète l’éternité de gloire par un moment de tribulation." Il faisait bien paraître qu’il était dans cette pratique de souffrir avec plaisir ; car encore que ses douleurs, dont j’ai parlé ci-dessus, dans toutes les jointures, qui lui avaient fait dire au commencement qu’on ne pouvait pas souffrir davantage quoique, dis-je ces douleurs augmentassent, il disait : "Je ne souffre pas tant, car je sens une force au dedans de moi et une grâce qui fait que tout ce mal n’est presque comme rien." —"Eh bien ! c’est pour vérifier ce qui est dit : Juxta est Dominus iis qui tribulato sunt corde (5) ; cum ipso sum in tribulatione (6)". Et lui disais-je. Et lui d’une douceur répondait presque toujours à tous ces versets :
4) Saint Jean XIV, 18.
5) Psaume XXXIII, 9.
6). Psaume XC, 15.
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"Eh ! vous avez bien raison, mon cher Monsieur, il est bien vrai."
Et après avoir rentré en rêverie, il parlait tout bas et disait : Comment pourra-t-on convertir ces huguenots ?" Et je lui répondais : "Ce sera par une douce conversation." Et ce qui est digne de remarque, c’est qu’en effet peu de temps après sa mort, de dix qu’il y avait ici, il s’en est converti cinq, qui successivement sont revenus en suite d’avoir conversé doucement et humblement avec eux. Possible aussi ai-je tort d’avoir cru que c’était en rêvant qu’il parlait de la conversion de ces huguenots, car peut-être c’était une prière qu’il faisait exprès, qui dès lors fut exaucée dans son affection, quoique depuis exécutée.
Il y avait dix jours qu’il avait communié, et je lui ai demandé s’il ne voulait pas réitérer la communion, pour recevoir Celui qui avait envoyé le Saint-Esprit sur les Apôtres. "Oh ! que très volontiers !" dit-il. Mais ayant été occupé, le jour de Pentecôte, à chanter matines et la messe solennelle et à la réconciliation de ceux qui firent leurs dévotions, et l’après-dînée, après vêpres, à l’exhortation des Français et à l’instruction des nègres, ce fut le lendemain que je lui apportai Notre-Seigneur, qu’il reçut avec pareille dévotion que la première fois. Et comme presque tous les Français y étaient présents, il leur recommanda avec affection de cœur la dévotion envers la sainte Vierge, encore qu’il ne parlât qu’avec peine et me pria de leur recommander.
Je ne puis passer sans dire ici ce que je crois qu’on remarquera dans la conférence de sa vie que cette dévotion envers la bonne sainte Vierge était si fervente qu’il en a laissé ici par écrit quantité de pratiques, que je crois qu’il avait prises dans la retraite ; et il me semble qu’il s’était associé avec trois ou quatre des séminaristes de St-Lazare pour s’y encourager les uns les autres et en parler dans les récréations et colloques spirituels.
Après qu’il eut communié, je le trouvai si exténué que je lui parlai de recevoir l’extrême-onction, espérant plutôt la santé par la vertu des sacrements que par les remèdes, et aussitôt je lui apportai, et l’a reçue avec telle dévotion, en présentant ce qu’il fallait oindre et en répondant aux paroles, que j’étais attendri, la larme à l’œil, et toute la compagnie aussi. Ce qu’ayant achevé, je fus célébrer la sainte messe, à la fin de laquelle je reçus au baptême une fille adulte, pour être donnée en mariage à un nègre baptisé en France, à Nantes, qui était le compagnon de celui qui fut baptisé à Paris, qui depuis s’est aussi marié peu après à une négresse d’ici, que j’ai baptisée.
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étant de retour de l’église et n’ayant rien de quoi consoler ce pauvre ami languissant, dont l’infirmité était à la mort, je lui dis ce que je venais de faire à l’église : "Eh bien ! mon cher ami, voilà que nous venons de commencer l’œuvre de Notre-Seigneur en baptisant une adulte, et nous en recevrons bientôt une autre, quand j’aurai achevé de l’instruire ; n’en êtes-vous pas bien aise. ?" Il renforça sa parole : "O mon Dieu, qui n’en serait joyeux ? N’est-ce pas pour cela que nous avons été envoyés ici ? Mais mon plus grand regret à présent est s’il me faut quitter ces pauvres gens, dans lesquels il y a si grande disposition. O bon Dieu, que c’est un grand honneur ! Eh ! ne me ferez-vous point la grâce de vous servir en cela !"
Ces sentiments et ce zèle du salut des habitants de ce pays se peuvent mieux penser qu’exprimer ; car c’est de quoi il m’entretenait souvent dans sa santé, et ne me parlait de notre Mission en ce pays qu’avec des termes de gratitude envers Dieu, du grand honneur qu’il nous avait fait ; et le seul ressouvenir de la dévotion avec laquelle il en parlait, me tire à présent que j’écris, les larmes des yeux ; et je ressens bien de la confusion de m’en acquitter si mal.
Je reviens à notre malade, qui, après avoir dit de si belles paroles dans un petit intervalle, en forçant beaucoup sa voix, retombait aussitôt dans l’assoupissement, pendant lequel se vérifiait encore davantage l’affection de la conversion de ces pauvres infidèles. Et comme il s’était adonné à apprendre la langue du pays, il disait en rêvant : "Oui, c’est un bon mot, Aka alino", qui signifie : n’oubliez pas. N’était-ce pas en ce seul mot donner à connaître l’affection qu’il avait eue dans l’instruction à bien inculquer la doctrine chrétienne ? Et incontinent il disait en sursaut : "Oui-da, Messieurs, je vous en appelle à témoins, si j’ai tout quitté en France et fait six mille lieues sur mer avant que d’arriver ici avec tant de peine, si ce n’est pour la conversion de ces pauvres gens !" Je lui disais que nous avions commencé à cultiver la terre, et qu’ayant semé, la moisson viendrait quand il plairait à Notre-Seigneur. "Oui, mais cela est bien long", disait-il. "Quoi ! disais-je, pensez-vous que ceux qui se disposent selon leur possible et qui disposent aussi les choses pour l’avenir, comme nous tâchons de faire fassent moins que ceux qui avanceront davantage, à cause qu’ils trouveront le chemin frayé ?"
La dernière des fêtes, je vis bien qu’il ne pouvait pas résister davantage à la violence d’une fièvre si maligne dont il était presque consommé depuis quatorze jours, que la chaleur, la douleur excessive de tête et de tous les membres de son pauvre corps l’avaient exténué. Après être revenu du
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service de l’église, je lui demandai : "En cas qu’il plaise à Notre-Seigneur vous retirer de cet exil, que désirez-vous dire à notre bon Père Monsieur Vincent ?" — "Mandez-lui que je le remercie très humblement de ce qu’il m’a admis et souffert au nombre des missionnaires, et particulièrement de ce qu’il m’a choisi pour m’envoyer en ce pays, au lieu de tant d’autres qui s’en fussent mieux acquittés que je n’ai fait."—" Que dites-vous à Monsieur Lambert et à tout le séminaire ?" — "Dites-leur qu’ils remercient Dieu pour le même sujet." —"Et à Madame votre mère et à vos parents ?" — "Je les prie de faire célébrer un bon nombre de messes pour moi à même intention." — "Et si vous me laissez ici seul, quel testament me laissez-vous ?" Il me demanda si je ne dirais pas très bien des messes pour lui. "Oui-da, cela vous est acquis ; vous prierez pour moi là-haut, et moi pour vous ici-bas ; et quand la mort séparera nos corps, elle ne divisera pas nos cœurs, qui étaient si bien unis pour un même dessein de servir Dieu et de le faire servir. Mais n’avez-vous que cela à me dire ?" Et après avoir un peu ruminé, il me dit en présence de deux ou trois Français : "Je vous dis pour vrai testament que je vous avertis qu’il vous faudra beaucoup souffrir ici (et le réitéra : oui, bien souffrir), non pas pour un peu, mais je vous dis encore une fois très bien."
Je ne lui en demandai pas la raison et je fus content de conserver dans mon cœur ce cher testament suppliant Notre-Seigneur que sa volonté se fit en moi de moi et par moi, et que ce fut tout pour la gloire du même Dieu.
Je ne dis mot si ce testament s’est trouvé véritable car pour les peines du corps qu’il faut ici souffrir pour la chaleur et pour la disette de beaucoup de choses dont on abonde en France, cela est toujours fort peu. Mais je bénis Dieu de la grâce qu’il m’a faite d’avoir surmonté beaucoup de peines d’esprit, de me voir seul in terra aliéna et être privé de la bonne compagnie du défunt et de l’espérance d en avoir d’autres de longtemps après, pour recevoir les sacrements, et de ne pouvoir pas beaucoup avancer (étant seul et engagé avec des Français) dans un ouvrage qui demande des ouvriers sans délai.
Enfin sur le soir, après le salut, où chacun se trouva pour le dernier effort de presser Notre-Seigneur d’ôter l’infirmité de celui qu’il aillait et que nous aimions tous, je revins [le] lui dire. Comme il semblait perdre connaissance, je lui demandais s’il me connaissait bien. "Oui-da, vous vous appelez Nacquart" Et comme je tâchais de l’exciter à la gaieté, je lui demandais s’il savait bien son nom. Il me fit, en souriant un peu une réponse qui fait connaître l’habitude qu’il avait de l’humilité :
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"Pour moi dit-il, je m’appelle une personne qui ne vaut pas grand chose."—"Dieu soit béni, qui vous donne ces sentiments-là disais-je ; vous n’en serez pas moins devant lui." Et quoique son esprit fût dans l’extravagance pour les choses temporelles, il s’occupait sans relâche d’autant plus aux spirituelles et du profond centre de son humilité il s’élevait à la confiance de la miséricorde divine, et, serrant le crucifix, disait en balbutiant : "Oui, Dieu me pardonnera, car sans cela je serais perdu." Et parce que je touchais seulement à son crucifix, il le serrait davantage, comme s’il eut dit intérieurement : inveni quem diligit anima mea ; teneo et non dimittam (7). Et prévoyant qu’il ne la ferait pas longue et que je n’aurais de longtemps occasion de me réconcilier à Notre-Seigneur, je lui demandai s’il pourrait m’administrer le sacrement de pénitence et s’il pourrait bien diriger son intention et m’entendre et prononcer l’absolution. "Oui-da, oui da." Et aussitôt se découvrit et je reçus le sacrement de lui, sans qu’il hésitat ; et m’ayant aussi exhorté au regret de mes péchés, je reçus sa dernière bénédiction.
Je demeurais auprès de lui pour l’encourager à cette extrémité, et lui-même s’occupait assez, car il retournait à son crucifix ; et après l’avoir regardé il ôtait son bonnet avec peine, tant il était faible ; et les mains tremblantes en tenant l’image de son Maître, il voulait s’efforcer de réciter les litanies de son saint nom ; mais, la mémoire lui manquant je prononçais, et il répondait avec dévotion. Mais je tâchais de le modérer et le faire un peu prendre du repos, car il s’était un peu tourmenté. Et sur les dix heures du soir, je lui fis quelque reste d’espérance, quoique d’ailleurs je craignais pour cette nuit ; ce qui fit que je mis deux gardes pour le veiller. Et comme je me sentais un peu abattu, pour avoir été sur pied presque nuit et jour, tant à l’église durant les fêtes, outre la tristesse qui m’avait empêché de prendre de la nourriture à l’ordinaire, on me dit que j’allasse reposer et que je me conservasse pour le public. A quoi je me laissai aller ayant prié les gardes d’y bien prendre du soin et qu’on m’avertit à la moindre apparence, et me suis jeté sur le lit, ayant donné le bonsoir au malade et prié qu’il fit son possible de reposer.
Cependant il survint un grand vent, qui faisait du bruit en soufflant sur les feuilles dont la case était couverte, ainsi que sont les maisons de ce pays. Les Français qui le veillaient s’étant un peu retirés, l’on l’entendait souvent répéter ces paroles
7) Livre des Cantiques III, 4.
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qu’il avait mises en son esprit dès le commencement de sa maladie : Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo ! (8) Et son crucifix étant attaché à la natte à coté de lui, il y portait la main, à la faveur d’une corde qui était suspendue pour l’aider à se remuer, et disait beaucoup de paroles qu’on ne pouvait distinguer.
Oh ! paresseux que je suis de m’être lâchement laisse persuader d’aller reposer, cependant que mon frère réitérait si souvent qu’il veillait à Notre-Seigneur pendant la nuit aussi bien que le jour ! Et qui doute que cette main faible qu’il portait avec artifice sur l’image du crucifix, ne cherchât ce que l’apôtre saint Thomas voulut toucher et qu’il ne dit avec lui : Deus meus et Deus meus, et que le cœur qui avait si tendrement aimé et si fidèlement servi le Seigneur et si courageusement combattu se voyant à la fin de sa carrière dans le temps qu’il espérait la commencer dans ce pays, ne s’écriât : Cupio dissolvi et esse cum Christo (9) !
Mais il vaut mieux que je laisse à penser ce qu’il a pu dire et penser dans ce dernier intervalle où, étant plus prêt de son centre, sans doute ces mouvements étaient bien plus violents, lorsque tout à coup les gardes l’ayant interrogé s’il désirait quelque chose, ils ne reçurent aucune réponse. Sur quoi m’ayant éveillé environ une heure après minuit, je ne trouvai plus que le corps de celui dont l’âme était allée recevoir la récompense non seulement des services qu’il avait rendus et des vertus qu’il avait pratiquées envers Dieu, son prochain et envers soi-même. Je vous laisse à penser en quel état se trouva mon pauvre cœur qui frémit encore à présent que j’écris, et quel surcroît d’affliction ce me fut d’ensevelir ce béni corps, qui avait servi non seulement à confesser Notre-Seigneur devant les hommes, mais qui avait aussi souffert le martyre de tant de mortifications que volontairement il avait choisies et qu’il avait aussi endurées avec une patience admirable, spécialement en cette dernière épreuve où il avait été affiné et achevé d’être purifié comme l’or dans le creuset.
Mais je sais bien que je ne puis exprimer la peine que je ressentis par tendresses et regrets, lorsque je faisais les funérailles, tant en chantant l’office des morts, que célébrant la messe, et encore plus lorsqu’il fallut donner à la terre celui que j’eusse voulu racheter par ma vie. Oh ! combien de sanglots interrompirent le chant de l’office et enfin m’obligèrent sur la fin de prier les assistants, qui ne pouvaient contenir
8) Psaume LXII, 2.
9). épître de saint Paul aus Philippiens I, 23
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leurs larmes, de m’excuser dans mon infirmité, sur ce que Notre-Seigneur même avait été excusé, lorsqu’on lui dit à la résurrection de son ami le Lazare : Ecce quomodo amabas eum (10) !
Ce n’étaient pas seulement les Français qui avaient la face couverte de deuil, mais aussi les nègres, qui ne commençaient qu’à le connaître qui se trouvèrent en bon nombre sans pouvoir s’empêcher de pleurer à la mort de celui pendant la vie duquel ils disaient qu’on n’avait point encore vu de semblables hommes qui ne fussent point colères et fâcheux et qui leur parlassent avec affection des choses de leur salut, comme nous tâchions de faire en les instruisant.
Je sais bien que ma mort, arrivée quand il plaira à Dieu, ne me sera pas si sensible qu’a été la sienne, et que les causes de tristesse ont entré si avant dans mon âme qu’elles m’eussent submergé si je n’avais pensé qu’il n’était pas mort, mais qu’il dormait et qu’il fallait fermer la bouche, puisque c’était Dieu qui l’avait fait pour le mieux, quoique j’eusse la pensée que ce fut un châtiment rigoureux qu’il me donnât, pour n’avoir pas bien profité de son bon exemple pendant sa vie. Mais peu à peu j’ai absorbé ma tristesse dans la résignation au bon plaisir de Dieu et dans l’abandon à sa sainte providence, en demandant la portion des grâces qu’il avait préparées à un si fidèle serviteur, duquel je ne parle plus sinon pour achever de me consoler, et toute la compagnie, par les paroles qui serviront de canonisation au défunt : Beatus ille servus quem, cum venerit dominus ejus, invenerit vigilantem, etc.
Je crois que chacun de ceux qui l’ont connu à Paris et ailleurs rendront témoignage qu’il a toujours veillé in prima vigilia de son séminaire ; in secunda vigilia, quand il était à Saintes ; in tertia vigilia, quand il retourna depuis encore à Paris, où il a reçu la prêtrise ; et vous verrez que, pendant que j’ai eu le bonheur d’être en sa compagnie, j’ai remarqué le soin qu’il a eu de tenir son corps et son âme dans une pureté incomparable et angélique, et son cœur dans la pratique de toutes les vertus d’un bon missionnaire. Et enfin après avoir fait beaucoup de bien, point de mal que j’aie pu connaître, après avoir été droit à Dieu dans ses actions et y en avoir tant conduit d’autres, finissant ses jours dans le regret de ne pas souffrir pour s’employer en la conversion de ce nouveau royaume à gagner si facilement pour Notre-Seigneur, et après avoir souffert Ce qu’un corps peut souffrir dans sa
10) Saint Jean XI, 36.
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maladie, et avec une joie comme il témoignait, en quoi il est plus louable de ce qu’il était d’un naturel prompt, qu’il avait parfaitement dompté et réduit à une douceur cordiale, enfin après avoir veillé nuit et jour, comme il répétait souvent pendant sa maladie et jusqu’à la fin, qui peut douter qu’il n’ait été trouvé veillant pour ce Seigneur qui, au chant du coq où il mourut, après la minuit, sans doute l’a fait incontinent entrer dans la lumière de sa gloire et dans la possession de tous ses biens ? Et si je ne puis pas dire qu’il est saint, supposé ce que dessus, je puis assurer qu’il est Beatus selon l’écriture.
Je n’oublierai pas une remarque, qui est qu’incontinent après sa mort, l’astre qui préside à la nuit s’éclipsa bien l’espace de trois heures ; ce qui me donna à penser que le ciel, aussi bien que nous, contribuait au deuil de celui qui était si nécessaire pour contribuer à dissiper la nuit et les ténèbres de l’ignorance de cette terre. Et de là je finis et conclus que, s’il n’y a si bel astre qui ne s’éclipse, il n’y a si juste qui ne pèche et qui n’ait besoin après sa mort des prières et suffrages de l’église ; ce que je suis assuré qu’il ne lui sera pas retardé de toute la compagnie, en toutes nos maisons, de lui rendre les devoirs et les prières ordinaires, incontinent qu’on en sera averti, comme je crois que vous ferez, par une lettre circulaire, de laquelle j’ai sujet de désirer le commencement et tout le progrès qu’on aura remarqué, pour joindre le tout à cette fin que j’envoie, souhaitant que ce béni testament de souffrances qui m’a été laissé, soit exécuté en moi pour marque assurée d’élection faite de moi pour porter en ce pays ou ailleurs le nom de celui en l’amour duquel je désire finir ma vie comme a fait le défunt, et demeurer à jamais, Monsieur et très honoré Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
NACQUART,
indigne prêtre de la Mission.
1105. — A LOUISE DE MARILLAC
Richelieu, 29 mai 1649.
Mademoiselle,
J’ai reçu la vôtre, qui m’a affligé et consolé en même temps, apprenant votre indisposition et votre guérison
Lettre 1105 — Pémartin, op cit, t II, p 162, I 648
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au même moment ; j’en rends grâces à Dieu et le prie qu’il vous fortifie de plus en plus.
Ma petite fiévrotte m’a quitté, Dieu merci. J’achève ma visite et espère partir dans quatre ou cinq jours, Dieu aidant. Je ne suis pas encore sorti de céans pour faire mes visites et n’ai point vu notre sœur ; ce sera demain ou après, Dieu aidant.
Je loue Dieu de la charité que vous a faite Madame la chancelière (1).
J’ai grande douleur de la perte de notre bonne sœur qui est revenue malade de Saint-Denis, et bénis Dieu de la retraite (2) de celles qu’il n’a pas appelées.
Si l’affaire de Saint-Germain n’est point faite, nous en parlerons au retour, Dieu aidant.
Il me semble d’abord qu’il vaut mieux que M. le bailli coule tout doucement, que d’employer tout ce qu’il a en cet office (3) ; peut-être le vendra-t-on plus cher.
Je verrai avec plus d’application les filles d’ici qui se présentent. Je me recommande cependant à vos prières, qui suis en l’amour de Notre-Seigneur…
1106. — UN PRêTRE DE LA MISSION DE BARBARIE A SAINT VINCENT
[Entre 1645 (1) et 1660]
Notre-Seigneur nous a fait la grâce de retrouver deux de nos pierres précieuses qui s’étaient perdues ; elles sont de grand prix et l’éclat en est tout céleste. J’en ai reçu un très grand contentement.
1) Madame Séguier.
2). Retraite, départ.
3). Des démarches furent faites en 1649 pour procurer à Michel Le Gras, bailli de Saint-Lazare, un office à la cour des monnaies. Mais celui-ci n’avait pas encore l’argent suffisant pour cet achat
Lettre 1106. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. I sect VII, § 10 1er éd., p 135.
1) Commencement de la Mission de Barbarie.
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1107. — BENJAMIN HUGUIER, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
A Tunis, ce 5 juin 1649.
Monsieur,
Votre bénédiction !
Monsieur Le Vacher (1) m’ayant aujourd’hui fait lecture d’une lettre qu’il venait de recevoir de Monsieur Barreau, par laquelle il lui donne part de la mort du bon M. Dieppe, qui fut le 2 mai dernier, j’ai pensé qu’ayant eu le bien de vivre longtemps avec lui au séminaire et d’avoir été envoyé le même jour pour la Barbarie, il était de mon devoir de vous écrire les vertus qu’il a pratiquées, dont j’ai eu connaissance et que son humilité n’a pu cacher.
Son zèle premièrement à se sanctifier pour Dieu et pour le soulagement des pauvres chrétiens me parut lorsque deux jours avant que nous partissions de Paris, il me témoigna la joie d’être choisi, prévoyant, ce que Dieu a permis, que, dans son emploi parmi les esclaves malades ou dans la difficulté d’exercer ses fonctions chez les Turcs, il serait en peu de temps consommé comme un holocauste.
Cela lui fit supporter généreusement les peines du voyage jusqu’à Marseille où il fut la plupart du temps incommodé en sa santé, sans néanmoins manquer à célébrer la sainte messe et réciter son office, bien que, pour son indisposition dans le coche, il fût obligé d’y donner le temps que nous donnions au repos employant le temps où il semblait se récréer, à nous faire entretenir par chants spirituels et à s’instruire de la langue espagnole, travaillant toujours et se reposant ainsi.
Monsieur Portail l’ayant prié d’instruire un pauvre hérétique, qui disait se vouloir convertir et que Monseigneur de Marseille (2) avait envoyé, on ne peut voir plus de douceur et de charité que celle que tous ceux de la maison lui virent exercer ; comme aussi lorsque l’occasion se présenta heureusement de pouvoir être employé, sur la fin d’une mission qui se faisait dans une galère à entendre les confessions générales, où il prit tout ce qu’il y a de fatigue dans les exercices comme grand sujet de joie.
Lettre 1107. — Ms. de Lyon, f° 212 et suiv.
1). Jean Le Vacher.
2). Etienne de Puget (1644, 11 janvier 1668).
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Il était dévôt à la très sainte Vierge, en sorte qu’ayant ordre de se préparer pour le voyage, il ne fit point de visite qu’une, où je lui fus donné pour compagnon, à Notre-Dame des Vertus (3), où il célébra après cela. Il témoigna, par une certaine allégresse extérieure, procédant, comme je crois, d’une intérieure, que, dans toutes les tempêtes futures, cette Mère-Vierge lui donnerait, en son Fils, un port de salut.
M. barreau l’appelle homme paisible, sans dol et vrai israélite. C’est ce que j’ai vu dans le séminaire, tout le voyage et depuis.
Vous l’avez très justement nommé pour notre supérieur dans le voyage ; mais il n’en sembla jamais user, quoiqu’il gardât et fit garder ce que nous avions prescrit, ce qui se faisait avec tant de suavité et de condescendance qu’il se quittait, et ses commodités, où il trouvait que nous suivions vos ordres, et qu’il nous contentait d’une douceur, accompagnée de ce sel que demande N.-S., comme nous le remarquâmes à Lyon, où, soupant par occasion imprévue avec trois ou quatre externes, après avoir gardé ce qui se pouvait d’honneur et de civilité, il quitta la table avant la fin du souper, parce qu’un capitaine allemand huguenot, inconnu jusqu’alors entreprit de faire un conte au désavantage d’un religieux. En quoi nous accompagnâmes M. Dieppe, à la confusion de l’hérétique qui pourra une autre fois être plus discret.
Il savait que la convoitise est la reine des vices, et embrassait son contraire, pratiquant la pauvreté en ce qu’il pouvait. Sans parler de ce que j’ai vu de lui au séminaire, puisque mes frères l’ont aussi vu, je l’en vis sortir, avec cette confusion pour moi, qu’étant bien fourni et tout de neuf, un de nos Messieurs me mit devant les yeux qu’il n’avait que son vieux chapeau, son habit et chaussure ordinaires, pour me faire connaître que je devais avoir soin de lui. Tout ce qu’il emporta, après trois petits livres que nous avons au séminaire, fut un vieux bréviaire et une discipline, dont je m’aperçus en chemin, se confirmant dans ce même esprit durant le voyage, où il ne voulut pas se servir de sa supériorité pour acheter ce que l’on trouve en quelques villes où nous passions, mais bien pour faire le chemin à pied depuis Avignon jusqu’à Marseille, non pas que l’argent nous manquât, mais pour imiter, en quelqu’une de ces choses, les voyages de N-S.
J’ai loué Dieu et l’ai remercié, dans le service solennel que nous avons aussitôt fait, de ce qu’il a voulu ainsi dans une carrière commençante, retirer à lui le bon Monsieur Dieppe.
3) A Anbervilliers, près Paris.
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Cette mort m est un puissant sermon Dieu veuille que j’en fasse mon profit et que, non content de mourir dans la Barbarie, je meure en vrai missionnaire, serviteur de Dieu et imitateur de N.S..J. C.
Je le demande à Dieu par vos saintes prières étant, Monsieur, en N.-S. J.- C., votre obéissant.
HUGUIER,
f. i. d. l M
1108. — A MICHEL THéPAULT DE RUMELIN (1)
De Paris, ce 7 juin 1649 (2).
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici un petit mot de remercîment pour un grand nombre de biens que nos missionnaires de Tréguier (3) reçoivent continuellement de vous, Monsieur, par le logement, les aumônes, les conseils et la protection que vous leur donnez, mais remercîment poussé d’un cœur plein de reconnaissance et de respect pour le vôtre, comme l’image vivante de la charité de Dieu. M. Tholard (4) ne pouvant contenir le ressentiment qu’il en a, l’a
Lettre 1108. — L. s. — Dossier de la Mission, décalque de l’original.
1). Messire Michel Thépault, sieur de Rumelin, licencié en droit civil et canonique, d’abord recteur de Pleumeur-Bodou et de Plougasnou, puis chanoine de la cathédrale de Tréguier et pénitencier du diocèse, fut un grand bienfaiteur des missionnaires et le fondateur du séminaire de Tréguier. Il mourut le 30 août 1677. (Voir le discours du chanoine Daniel dans les Annales de la Congrégation de la Mission, t. LXIII, 1908, p. 191-201)
2). Saint Vincent ne fut de retour à Paris que le 13 juin. (Cf. I, 1110) Ou la lettre est mal datée, ou elle n’est pas partie de Paris. La première hypothèse nous semble la plus probable.
3). Bien qu’il n’y eût pas encore de maison fondée à Tréguier, les missionnaires s’y étaient établis en fait, pour répondre à l’appel de l’évêque, Grangier de Liverdi.
4). Supérieur de la maison de Tréguier.
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répandu jusqu’à nous, afin que nos actions de grâces accompagnent les siennes, et nos prières celles qu’il fait pour votre plus grande sanctification. Nous prierons donc Dieu, Monsieur, comme je fais, qu’il soit lui-même votre remercîment et votre récompense et qu’il nous fasse dignes de vous rendre service. Sa divine bonté sait de quelle affection nous le ferons. Pour mon particulier, Monsieur, je vous offre mon obéissance, avec toute l’humilité que je le puis, vous suppliant très humblement d’en user aux occasions et de continuer votre paternelle protection audit sieur Tholard et à son confrère, à ce qu’ils correspondent aux saintes instructions de Monseigneur l’évêque et ne soient inutiles aux âmes, dont le zèle vous fait tant contribuer à leur salut
Notre-Seigneur me fasse part à vos vertus et à vos prières, et me rende digne de l’honneur que j’ai d’être, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur !
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Rumelin, chanoine en l’église cathédrale de Tréguier, à Tréguier.
1109. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME
Du 18 juin 1649.
J’ai vu par deux de vos lettres l’état des choses de delà. Il ne se faut nullement rebuter pour le peu d’apparence qu’il y a d’y réussir ; c’est un nuage qui passe ; le jour viendra auquel la compagnie aura plus de créance et plus d’appui, et que ceux qui pourront lui faire du
Lettre 1109 — Reg 2, p 230
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bien auront plus de charité pour elle qu’ils n’en ont présentement. Les Jésuites furent assez traversés en leur commencement pendant le pontificat de [Paul IV] (1) qui les obligea de porter un capuchon ; et ils le portèrent, en effet, pendant sa vie ; mais après sa mort ils le laissèrent, le nouveau Pape leur ayant été plus favorable. Soumettons-nous à la Providence ; elle fera nos affaires en son temps et en sa manière.
1110. — A GABRIEL DELESPINEY (1)
De Paris, ce 19 juin 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Me voici de retour depuis dimanche, en bonne santé, grâces à Dieu. Je viens de recevoir vos lettres avec consolation et grande reconnaissance vers la bonté divine de la bonne conduite qu’elle vous donne et du soin et diligence avec lesquels vous agissez. Je prie Notre-Seigneur qu’il en tire sa gloire, et vous la sanctification de votre chère âme.
M. le gouverneur de Toul n’est pas encore arrivé ; quand il le sera, je lui ferai les remerciements que nous lui devons ; je verrai quel est son sentiment touchant l’évocation. J’attends la dernière résolution que doivent prendre sur ce sujet Messieurs Trélon et Midot. Je me donne l’honneur d’écrire au premier pour réponse à sa lettre. Il faudra bien suivre leurs avis. Comment ferions
1) Nom omis dans la copie.
Lettre 1110. — L. s. — Dossier de Turin, original
1). Né à Grandchamp (Calvados), reçu dans la congrégation de la Mission le 5 août 1645, supérieur à Toul de 1648 à 1652 et à Marseille de 1659 à 1660.
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nous donc ? Ne vaut-il pas mieux faillir avec conseil que de hasarder de notre tête ? On m’a dit que Plenevaux est ici ; j’ai chargé quelqu’un de prendre garde qu’il ne nous surprenne au Conseil, y faisant quelque poursuite. J’estime comme inutile d’écrire à M. Midot ; sa charité le pousse assez à nous bien faire, et il sait que la reconnaissance que nous en avons sera éternelle. Donnez-lui tous les témoignages possibles de la mienne et de mon obéissance, et dites à votre chère famille que, prosterné à ses pieds en esprit, je l’embrasse avec toute la tendresse de mon cœur et que je prie instamment Notre-Seigneur qu’il la comble de plus en plus de ses consolations et de ses lumières.
Je me recommande aussi à ses prières et aux vôtres. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’écris néanmoins à M. Midot.
Suscription : A Monsieur Monsieur Delespiney, supérieur de la Mission de Toul, à Toul.
1111. — AU FRèRE JACQUES RIVET (1)
Du 19 juin 1649.
Dieu sait que la consolation que j’ai reçue de votre lettre surpasse ce que j’en puis dire. Vous ne doutez pas
Lettre 1111. — Reg. 2, p. 297.
1). Saint Vincent l’avait prêté à "l’évêque de Condom pour lui servir de maître d’hôtel pendant l’absence" de celui qui remplissait d’ordinaire cet office ; et ce prélat en était si satisfait "qu’il le voulait retenir pour toujours ; et à la fin on le pressa pour le marier" (Note du Reg. 2)
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que toutes celles qui me viennent de votre part ne me soient très chères, puisque vous savez la singulière affection que Dieu m’a donnée pour vous, laquelle eût reçu un notable accroissement, si déjà elle n’eût été entière, comme elle est, en voyant par votre lettre la sincérité de votre cœur et sa fidélité à Dieu, dont je remercie sa divine bonté.
Oh ! je le crois bien, mon cher frère, que vous aimeriez mieux mourir que de quitter Dieu pour les hommes ; car enfin les hommes passent et Dieu demeure. C’est un essai que Notre-Seigneur fait de votre fermeté, pour vous donner une plus grande participation à son amour. La connaissance qu’on m’a donnée, que vous êtes nécessaire à La Rose, fait que je vous prie de vous y en retourner, la présente reçue, et, quand vous y serez arrivé, de me le faire savoir.
Vous avez appris, comme je pense, le voyage que j’ai fait en Bretagne et en Poitou. J’espérais de vous aller voir ; mais la Providence en a disposé autrement et m’a ramené à Paris depuis quelques jours en bonne disposition, par sa divine bonté. Nos maisons où j’ai passé m’ont donné sujet de louer Dieu de la régularité qui s’y observe et de l’union qui y paraît.
Celles de Paris vont toujours bien, grâces à Dieu, et en général toute la compagnie, selon qu’on me le mande. Ce n’est pas qu’il n’y en ait quelqu’un par-ci par-là en qui il y a à redire ; et de cela il ne s’en faut pas étonner, puisqu’entre les disciples de Notre-Seigneur il s’y est trouvé des défauts.
La tendresse de mon cœur m’a fait ainsi parler au vôtre, quoique je n’eusse pas dessein de vous en dire tant.
J’ai toujours confiance en vos prières. Adieu, mon cher frère, tenons-nous bien à lui.
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1112. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Vers juin (1649) (1)
J’ai tressailli d’aise en la ressouvenance du bon Monsieur Dieppe, qui est mort à Alger (2). Je n’y pense jamais que je ne reste embaumé de l’odeur de sa vertu. Le frère Barreau m’en parle par sa dernière lettre, avec de nouveaux sentiments d’estime et de regret, tant il l’a reconnu plein de bonnes intentions et propre à l’emploi qu’il avait entrepris. Plaise à Dieu donner à la compagnie des sujets aussi enflammés dans notre chère vocation !
Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre force pour continuer jusqu’à l’accomplissement de son dessein éternel sur vous.
1113. — AU FRèRE JACQUES RIVET
Du 27 juin 1649.
A Dieu soit la gloire, mon cher frère, et à vous mille bénédictions du ciel pour la fermeté que vous avez à votre vocation, en laquelle sa bonté infinie veut sans doute sanctifier votre chère âme ! Hélas ! que votre consolation sera grande à l’heure de la mort, d’avoir ainsi surmonté les difficultés ! Je prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie de plus en plus de son esprit, pour lui être toujours fidèle.
Je vous ai déjà prié de vous en retourner à La Rose, et peut-être que la présente vous y trouvera ; en ce cas, j’en loue Dieu par avance ; mais si vous êtes encore à
Lettre 1112. — Manuscrit de Lyon.
1) Voir note 2.
2) Le 2 mai 1649.
Lettre 1113. — Reg. 2, p. 298.
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Condom, prenez honnêtement congé de Monseigneur l’évêque (I) au plus tôt, et quoi qu’il vous dise ; il vous estimera toujours de vous voir résolu à suivre la voix de Dieu, qui vous appelle à La Rose.
Je vous assure, mon cher frère, que M. votre frère (3) est à Saintes et qu’il y vit content et en très bon missionnaire. Il a auprès de lui votre petit frère (3), où nous l’avons envoyé pour changer d’air, parce qu’il ne se portait pas bien ici.
Adieu, mon cher frère. Priez Dieu pour moi, s’il vous plaît.
1114. — A LA MERE JEANNE-MARGUERITE CHAHU (1)
(Vers juin 1649 (2).
Je pensais, ma chère sœur, avoir la consolation de
1) Jean d’Estrades,
2). Louis Rivet. prêtre de la Mission.
3). François Rivet, né à Houdan (Seine-et-Oise) le 28 juillet 1628, entré dans la congrégation de la Mission le 12 octobre 1647, reçu aux vœux le 6 novembre 1650, ordonné prêtre le 1er avril 1656.
Lettre 1114. — Reg. 1, f° 6, copie prise sur la minute autographe.
1). Le nom du destinataire se laisse deviner par le contenu. La lettre a été écrite, après la mort de sainte Chantal, à une religieuse de la Visitation professe d’un des monastères de Paris. Or, des quatre sœurs qui furent placées à la tête de la Visitation de Meaux de 1641 à 1660, et c’est parmi elles que nous devons choisir, toutes ayant été élues aux dates régulières, la Mère Jeanne-Marguerite Chahu est la seule que Paris ait prêtée à Meaux. Reçue au premier monastère de la Visitation en 1621, elle l’avait quitté en 1627 pour aller fonder à Dol, en Bretagne, un établissement, qui fut transféré à Caen en 1631. Les suffrages des sœurs de Riom l’enlevèrent au monastère de Caen un an après la fin de son second triennat. Elle fut supérieure à Riom de 1636 à 1642, à Dijon de 1642 à 1648, à Meaux de 1649 à 1652, à Caen de 1653 à 1659 et mourut le 27 janvier 1660, à l’âge de soixante-trois ans. Après son départ de Dijon, elle passa six mois au couvent de la Conception, rue Saint-Honoré, à Paris, avec mission d’y établir la réforme. (Année sainte, pp. 785-802)
2). La Mère Chahu fut élue supérieure du monastère de Meaux le 20 mai 1649
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voir votre chère personne tant désirée, au lieu des lettres que vous m’avez envoyées, lesquelles j’avoue à votre cher cœur qu’elles m’ont beaucoup contristé, voyant la personne du monde que j’ai toujours regardée des plus soumises à la providence de Dieu mettre en difficulté si elle doit consentir au choix que N.-S. a fait d’elle pour la direction de ses chères épouses et vos filles de Meaux ; car il paraît, ma chère sœur, que cette élection est une vraie vocation de Dieu : 1° parce qu’elle est canoniquement faite, à cause que toutes les conditions nécessaires à cela s’y rencontrent. Elle a été faite en la présence du supérieur, du mutuel consentement de la communauté, de celui de votre supérieur, de celui de la supérieure de votre chère maison d’ici, à laquelle l’on a fait plusieurs instances pour vous obtenir, avant qu’elle ait consenti ; que vous êtes libre, et non nécessaire, au lieu où vous êtes, ainsi que vous nous avez mandé par plusieurs fois ; et que tout cela est conforme à votre saint coutumier, au saint concile de Trente, aux avis de notre bienheureuse Mère de Chantal et à l’usage, sans que j’aie jamais ouï dire qu’aucune de votre saint Ordre ait refusé d’obéir à Dieu en pareils rencontres, quoiqu’il y en ait quelques-unes qui y aient fait difficulté d’abord ; et c’est ce qui a donné sujet à notre bienheureuse Mère de dire, en ses réponses à celles qui en feraient de pareilles, ce qu’elle dit sur la constitution 47, Des élections des supérieures, feuillet 647, tout au bas. Et certes, ma chère sœur, ce n’est pas tant notre bienheureuse Mère qui dit cela, comme le Saint-Esprit, qui dit en la session 9e, canon 7, que, si on ne trouve point au même monastère des filles qui aient les qualités qu’il marque qu’il faut à une élection canonique, qu’on en puisse élire une autre du même Ordre.
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Au nom de Dieu, ma chère [Mère 3] souffrez que je vous demande ce que vous répondrez à Dieu au moment que vous lui irez rendre compte, à la mort, s'il vous demande pourquoi vous n'avez pas obéi à votre saint coutumier, aux avis de notre bienheureuse Mère, à l'usage invariable de l'Ordre et, qui plus est, au Saint-Esprit même, qui vous parle par la bouche du saint concile. Que si vous dites qu'on n'a pas demandé votre avis avant que de consentir à ce que vous ayez été mise sur le catalogue, il s'en faut prendre à moi, qui n'y ai pas fait attention, pour n'avoir jamais vu l'usage de demander telles permissions aux sœurs dont il s'agit. Mais mon incivilité, s'il y en a, ma chère sœur, ne vous excusera pas devant Dieu. Si vous me dites que votre cher monastère a besoin de vous, je vous réponds, ma chère sœur, qu'il est vrai que notre bienheureuse Mère veut, en ses réponses, que les supérieures des filles aient égard à cela, mais que j'ai vu, par les lettres que vous m'écrivîtes l'année passée, que vos chères sœurs se pouvaient passer de vous ; et queIques-unes que vous avez écrites depuis peu disent la même chose.
Toutes ces raisons font, ma chère Mère, que je vous prie de faire vos exercices spirituels sur cela, pour impétrer de sa divine Majesté la force de lui obéir en cette occasion, ou pour le moins une heure d'oraison mentale, que je vous prie de faire sur ce sujet, que vous pourrez faire une heure durant sur les points suivants : 1° les raisons que vous avez de faire en cette occasion ce que vous voudriez avoir fait à l'heure de la mort ; 2° savoir s'il y a raison de douter que la volonté de Dieu soit en ce qui vous est ordonné par votre saint coutumier,
3) Mot oublié par le copiste.
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conseillé par notre bienheureuse Mère, confirmé par l'usage de votre saint Ordre et par le saint-concile de Trente ; 3° de regarder au fond de votre âme et devant Dieu si vous n'avez pas quelque autre dessein que celui [d'obéir 4] plutôt à vos sentiments qu'à Dieu ; auquel cas je vous conjure, ma chère sœur, de passer par-dessus vos sentiments et de donner la gloire à Dieu que lui doit rendre une vraie fille de Sainte-Marie en cette occasion. Je suis dans l'espérance que vous le ferez, et aurai la constante résolution d'être toute ma vie, en l'amour de Notre-Seigneur...
Que si vous dites, ma chère sœur, par votre dernière que vous êtes prête à partir, mais que les paysans de delà vous en empêchent ; au nom de Dieu, ma chère Mère, faites vos efforts et ne laissez pas ce prétexte de désobéissance à votre saint Ordre. Monseigneur l'évêque est trop bon pour vous en empêcher, M. Duvergier trop raisonnable pour n'y pas consentir; et enfin, quand l'on vous fermerait les portes de la ville, M. le gouverneur et Madame la gouvernante auront assez de discrétion pour vous les faire ouvrir. Notre bienheureuse Mère blâmait ces prétextes et se proposait pour exemple que, quand les supérieurs des maisons où l'on l'aurait envoyée l'enfermeraient dans une tour, qu'elle trouverait, avec l'aide de Dieu, moyen d'en sortir pour obéir à son supérieur.
1115. —A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Dernier juin 1619.
J'ai oublié, étant à Richelieu, de vous laisser par écrit
4) Mot oublié par le copiste.
Lettre 1115. — Reg. 2, p. 263.
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les matières sur lesquelles se doivent faire vos récréations ; je viens de m'en souvenir, et en voici la liste. Le moyen de s'en bien servir est que le supérieur ou celui qui le représente en son absence, comme l'assistant ou le plus ancien, propose une difficulté et que chacun rapporte bonnement et simplement son opinion sur le sujet, sans répliquer à ce que les autres auront dit, et qu'ensuite celui qui a proposé la question dise son avis et donne conclusion à la pluralité des voix ; ce que nous avons autrefois pratiqué ici fort utilement et de bonne grâce.
Je ne sais si je vous ai prié de destiner quelqu'un qui fasse compagnie à M. ..., quand il va aux religieuses. En cas que vous ne l'ayez pas fait, je vous prie de le faire et de ne permettre pas que qui que ce soit sorte de la maison sans un compagnon qui soit de la compagnie, non tant pour le danger que pour l'exemple.
1116. —- A LOUIS THIBAULT, SUPéRIEUR, A SAINT-MéEN
Paris, 3 juillet 1649.
Monsieur,
Il y a tantôt quinze ou vingt jours que je suis de retour; mais encore suis-je à peine en état de me reconnaître et de prendre le loisir de vous écrire. Je le fais néanmoins, pour répondre à celle que vous avez écrite à M. Lambert.
Nous allons disposer un prêtre et un clerc, sinon tels que vous les désirez, du moins des plus propres que nous avons. Ils partiront dans huit ou quinze jours. Quand ils seront arrivés chez vous, vous nous renverrez, s'il
Lettre 1116. — Pémartin, op. cit., t. II, p.167 1. 654.
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vous plaît, MM. Bureau (1) et Le Blanc (2), et avec eux frère Joseph, en cas que vous ayez assez de frères sans lui. Quant au frère Pascal (3) je souhaite fort qu'il vous donne satisfaction, ou que vous le supportiez quelque temps, en essayant de le ranger à son devoir ; car, s'il est incorrigible, il le faudra enfin renvoyer.
J'ai dit à Mademoiselle Le Gras la peine où vous êtes pour cette fille qu'elle a renvoyée ; elle fera désormais usage de votre avertissement et écrira aux parents de celles qui ne lui seront pas propres, auparavant leur sortie. Si elle ne l'a fait pour celle-ci, elle espère que vous réparerez la faute et que peu à peu vous apaiserez son frère. C'est une bonne fille, à la vérité, mais elle n'a pas le sens commun en certaines choses, qui est une grande infirmité à des filles qui conversent avec le prochain, et pour laquelle cette bonne demoiselle a été obligée de la faire retirer. Cela n'empêchera pas, Monsieur, que celles qui postulent n'y soient reçues, quand vous jugerez qu'il est temps, et que vous nous assurerez de leurs bonnes qualités.
Je suis plein de reconnaissance vers la bonté de Dieu des forces qu'il vous donne après tant de travaux, des grâces qu'il fait à votre famille et des bénédictions qu'il a données à vos missions; et je l'en remercie de tout mon cœur, le suppliant qu'il vous les continue et vous sanctifie tous de plus en plus.
Je salue et embrasse très affectueusement MM. Serre (4)
1) Jean Bureau, né au mois d'août 1609 à Englesqueville (Calvados), entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1639
2) Georges Le Blanc.
3) Jean-pascal Goret.
4) Louis Serre, né à Epinal, ordonné prêtre en septembre 1643, entré dans la congrégation de la Mission le 23 mars 1644, à l'âge de vingt-six ans, reçu aux vœux en juillet 1646. Son premier poste fut Crécy, où il fut supérieur de 1646 à 1648. Envoyé de là à
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de Beaumont, Le Blanc, Turbot (5) et autres, particulièrement et plus tendrement vous, Monsieur, à qui je suis, en l'amour de N.-S...
Il nous sera difficile de vous envoyer un prêtre, à ce que je viens de penser, et en ce cas, nous vous enverrons deux frères. Je serai consolé de savoir de combien de personnes vos deux séminaires sont composés.
1117. — A HUGUES PERRAUD, PRêTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU
Du 4 juillet 1649
Je suis bien aise de savoir que vous vous disposez au voyage des eaux ; plaise à Dieu qu'elles vous soient salutaires et que lui-même soit votre force pour aller, pour venir et pour bien user des difficultés que sa providence vous fera rencontrer ! Allez donc, Monsieur, allez à la bonne heure, non pour chercher la santé, mais pour accomplir le bon plaisir de Dieu, et revenez aussi content d'être toujours incommodé que si vous étiez guéri, dans l'espérance que Notre-Seigneur n'en sera pas moins glorifié.
Je ne sais pourquoi vous craignez que le supérieur ne vous donne raisonnablement ce qu'il faudra ; il ne voudrait pas vous faire demander l'aumône, quoiqu'il ne veuille pas aussi vous refuser l'occasion d'honorer la pauvreté de Notre-Seigneur en votre dépense. Soyons
Saint-Méen, il y passa presque toute sa vie de missionnaire. Il dirigea cette maison de 1655 à 1665, de 1671 à 1675 et de 1676 à 1681.
5).Jean Turbot, né à Beaumesnil (Eure), entré dans la congrégation de la Mission le 8 mars l694, à l'âge de vingt-trois ans, reçu aux vœux en juillet 1646, ordonné prêtre en mars 1648.
Lettre 1117. — Reg. 2, p. 298.
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bien à Dieu, Monsieur, il sera tout à nous, et avec lui nous aurons toutes choses.
1118. —A UN PRêTRE DE LA MISSION, DE LA MAISON DE GENES (1)
Vous êtes bien heureux, Monsieur, d'être si fort occupé en votre office et par conséquent à faire la volonté de Dieu, que vous n'avez pas le loisir de penser à vous. Lui-même y pense assez, et il fait les affaires de votre âme, pendant que vous faites celles de votre vocation, en laquelle je le prie qu'il vous bénisse de plus en plus
1119. —A RENé ALMERAS, SUPéRIEUR, A ROME
Du 9 juillet 1649.
Je vous prie, Monsieur, comptons pour rien les difficultés présentes de votre établissement. Ce qui ne se fait dans un temps se fait dans un autre, particulièrement à Rome. Vous pouvez relâcher les poursuites, mais ne vous en désistez pas.
Je vois bien qu'il ne faut plus s'attendre à la maison dont vous pensiez traiter ; mais voyez ailleurs, et ne perdez pas quelqu'autre occasion, si elle se présente, sans pourtant la chercher pour encore avec trop d'empressement. Ce qui m'étonne plus, Monsieur, est que ces bons Pères (I) qui autrefois ont souhaité de s'incorporer à nous,
Lettre 1118. — Reg. 2, p. 350.
1).La date du 5 février 1649 que donne le Recueil des Exhortations et Lettres de Saint Vincent, deuxième partie, p. 132, n'offre aucune garantie ; elle semble même tout à fait improbable.
Lettre 1119. —Reg. 2, p. 230.
1) Les prêtres de la congrégation fondée par d'Authier de Sisgau.
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aient traversé votre dessein. J'ai peine à le croire ; mais quand il serait vrai, nous ne devons rien ôter du respect et du service que nous devons aux grands serviteurs de Dieu, tels qu'ils sont ; et autant que vous pourrez leur témoigner estime et affection, je vous prie de le faire.
1120.—A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GENES
Du 9e juillet 1649.
Il n'y a remède, Monsieur ; vous voilà donc malade, et malade hors de Gênes, éloigné de secours, dans un lieu où les maladies sont grandes et périlleuses par l'intempérie de l'air, a;ainsi que vous-même m'avez écrit. Dieu en soit béni ! Vous me cachez pourtant votre mal ; et si M. Manin ne me l'avait fait savoir, je n'aurais que la crainte de vous savoir dans le danger ; mais Dieu n'a pas voulu me voir sans affliction, pendant qu'il vous tient dans la souffrance ; et la sainte union de nos cœurs ne le permettait pas.
Ce que j'ai fait après cette nouvelle est de présenter à Dieu vos douleurs et les miennes, de lui demander pour vous et pour moi l'acquiescement à son bon plaisir et enfin votre santé, si elle est pour sa plus grande gloire, ou bien un parfait usage de sa visite. Je vous ai aussi recommandé pour tout cela aux prières de la compagnie le plus tendrement que j'ai pu, et je crois qu'un chacun a bien fait son devoir devant Notre-Seigneur, qui sait combien vous nous êtes cher à tous et combien nous serons consolés, s'il a agréable de vous conserver.
Lettre 1120. — Reg. 2, p. 219.
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1121. - ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 9 juilIet 1649.
Monsieur
Ayant appris par Monsieur Cuissot que vous étiez à présent à Paris, je n'ai pas voulu différer à vous écrire comme j'eusse fait il y a longtemps, si les occasions se fussent offertes, desquelles les troubles qui ont agité l'état depuis quelque temps, m'ont privé. J'ose bien vous dire que, si je n'ai pas eu le bonheur de communiquer avec vous par lettres, je n'ai pas laissé de le faire en esprit. Il est vrai qu'ayant appris que vous avez pris la campagne pour visiter nos maisons, j'avais eu de l'appréhension que le peu de santé que vous avez, ne fut altéré en une saison et un temps si rude comme il a fait cet hiver. Dieu soit béni de ce qu'il vous a conservé pour son service!
Nos deux députés de Chancelade (1) m'avaient rempli de joie et de consolation, à leur arrivée en ce lieu, en m'ayant rapporté que vous leur aviez dit à Richelieu que vous nous feriez la faveur de visiter votre maison de Cahors. Je ne saurais dire la joie et la consolation que cette nouvelle me causa. Je me proposais de vous garder quelque temps en ce lieu, qui est des meilleurs airs du royaume, pour y recouvrer une parfaite santé, et de vous entretenir de beaucoup de choses. Béni soit notre bon Maître, qui nous a privés de cette consolation Je croyais encore que vous eussiez reçu de la consolation de voir notre séminaire, où vous eussiez trouvé trente-cinq séminaristes, qui vous eussent donné de la satisfaction. Ceux des vôtres qui l'ont vu disent que c'est le plus beau du royaume ; et depuis peu on m'a dit que l'ordre y est mieux observé même qu'en ceux de Paris. M. Cuissot s'acquitte bien de sa charge ; il est important que vous l'y laissiez.
Je crois qu'il vous aura fait savoir comme quoi le grand archidiacre de mon Eglise donna par son testament une sienne métairie à notre séminaire, à une lieue de Cahors, un des plus beaux lieux du voisinage et où il y a un corps de logis bien logeable et assorti de tout ce qu'il faut (2). Ce bien
Lettre 1121. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier copie prise sur l’original.
1) Les Pères Vilet et Parrot.
2) Par testament du 1er février 1649, Claude-Antoine Hébrard de Saint-Sulpice, grand archidiacre de Cahors, avait donné au séminaire sa métairie de Cayran, près de Cieurac.
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vaut richement huit mille livres, dans .la jouissance duquel ils sont dès à présent. Il est vrai qu'ils sont obligés d'entretenir un jeune homme pour être d'Eglise, etc.
ALAIN,
év. de Cahors.
1122. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Du 25 juillet 1649.
Je persévère en ce que je vous ai dit touchant ceux qui vont et viennent hors de la maison, qu'il est bon de se tenir à la pratique de Notre-Seigneur, lorsqu'il envoyait ses disciples deux à deux. Il vous est aisé, pendant que vous avez le séminaire interne, de donner un compagnon à ceux qui sortent pour aller à la ville ou aux environs; et ce sera autant de divertissement pour les séminaristes, qui parfois en ont besoin. Et quand même vous n'auriez pas le séminaire, la chose mérite bien que l'on vous donne une personne exprès pour servir de second, autant que se pourra, ou pour faire au logis ce qu'un autre y ferait pendant qu'il en accompagnera quelques-uns deçà et delà. Je dis ceci pour ceux qui sortent à pied ; car, quant à ceux qui vont plus loin à cheval, il suffira qu'un domestique les accompagne.
Il ne se faut nullement étonner des petites mésintelligences qui arrivent ; les anges et les apôtres sont tombés en différend ; et Notre-Seigneur le permet dedans et dehors les communautés pour un plus grand bien ; mais c'est à nous d'en éviter les suites fâcheuses et à nous rallier le plus tôt et le plus intimement qu'il est possible. Que serait-ce, Monsieur, si tout le monde approuvait notre procédé en toutes choses et si jamais nous ne
Lettre 1122. — Reg. 2, p. 177.
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trouvions à redire aux déportements des autres ? Il faudrait que Dieu changeât la nature humaine. Je sais que ces deux messieurs ont bonne intention et que l'union se conservera entière entre eux, s'ils veulent donner, comme je n'en doute pas, quelque chose à la douceur et au support tant recommandés par Notre-Seigneur.
1123.—ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 28 juillet 1649.
Monsieur,
Je vous écrivis par le dernier courrier une longue lettre. Celle-ci sera seulement pour vous dire que, n'ayant pu trouver en ce pays un ecclésiastique qui eut les qualités requises pour être directeur du monastère des Ursulines de Cahors, et sachant que vous ne vous lassez jamais de travailler pour la gloire de Dieu, je m'adresse à vous pour vous supplier, comme je fais par celle-ci, de m’en procurer un qui ait tout ce qui est nécessaire pour la direction de ce monastère. J'ai tant de confiance en vous que je crois que vous ne m'en adresserez pas d'autre. Je vous prie d'y travailler le plus tôt que vous pourrez, et, en ayant fait rencontre, me donner avis des qualités que vous remarquerez en lui ... Je souhaiterais bien qu'il fût âgé pour le moins de 40 ans, qu'il eut l'expérience de la conduite des religieuses et qu'il fut homme d'oraison.
ALAIN,
év. de Cahors.
1123 bis Présentation à la cure de Romagné
(près de Fougères, Ille-et-Vilaine)
28 juillet 1649 voir le texte à la fin du volume
Lettre 1123. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l'original.
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1124. — AU FRERE FRANCOIS FOURNIER, CLERC DE LA MISSION,
A AGEN (1)
1er août 1649.
Mon cher frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je me réjouis d'apprendre que vous êtes ailé visiter le séminaire de Cahors, et que, ayant été édifié du bon ordre que vous y avez remarqué, vous avez résolu de le faire établir au séminaire d'Agen, où vous êtes directeur. Pour cela et pour la sanctification de toutes vos actions, je supplie Notre-Seigneur qu'il vous anime de son esprit. Voyant votre cœur si empressé et si plein de bonnes intentions, j'ai conçu dans le mien une estime de votre personne bien au-dessus de celle que j'avais déjà. Continuez donc, mon cher frère, à vous donner tout à Dieu, à procurer sa gloire et le salut du prochain et à travailler pour le pauvre peuple, en formant de bons ecclésiastiques, qui soient la lumière du monde et les dispensateurs des trésors du ciel et de la terre. De grâce, considérez les obligations que vous avez à Dieu, qui
Lettre 1124. — Notice manuscrite italienne de François Fournier (Arch. de l'établissement principal des prêtres de la Mission à Rome.) Le texte que nous donnons ici est une traduction de l'italien.
1).François Fournier, né à Laval le 2 février 1625, entré dans la congrégation de la Mission le 12 août 1644, reçu aux vœux le 24 septembre 1646, ordonné prêtre le 25 septembre 1650, professeur de théologie au séminaire d'Agen de 1649 à 1658, puis à celui de Cahors de 1658 à 1663, secrétaire général de sa congrégation de 1663 à 1677, assistant général de 1667 au 4 avril 1677, jour de sa mort. On en a fait à tort l'auteur de la vie de saint Vincent communément et justement attribuée à Abelly. Qu'il ait eu, comme secrétaire général, ulle certaine part dans la préparation des matériaux, c'est fort possible, probable même ; mais là se borna son rôle ; et encore y a-t-il des raisons de croire que, sur ce point, le frère Ducournau fit beaucoup plus que lui. (Noliees, t. I, p 247-267. )
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vous a élevé à un emploi si sublime. Souvenez-vous que les moyens de vous comporter utilement dans votre office sont la défiance de vous-même et la confiance dans le Seigneur, qui, s'il avait besoin de l'aide des hommes pour faire réussir ses desseins, aurait mis en votre place un docteur et un saint.
1125. —A ANTOINE PORTAIL
De Paris, ce août 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous écris dans une affliction aussi sensible que j'en ai eue longtemps y a. Je viens d'apprendre la perte que nous avons faite du bon M. Brunet (1) ce bon ouvrier du Seigneur, ce grand ami des pauvres et cette lumière de la compagnie. Oh bien ! puisque c'est Dieu qui nous l'a ôté, il faut adorer sa conduite et demeurer en paix. Ce qui augmente ma peine est la crainte que la compagnie de delà soit en danger de la maladie ou dans le mal même ; ce qu'à Dieu ne plaise (2)! Le secours que nous vous pouvons donner, Monsieur, en cette fâcheuse conjoncture, est de prier sa divine bonté, comme je fais et comme nous ferons tous, qu'elle soit votre lumière et votre force ; car de vous donner des avis, nous ne le pouvons pas, ne sachant l'état présent où vous êtes, ni l'événement du mal commencé ; et puis auparavant que
Lettre 1125. — L. s. -- Dossier de Turin, original
1) Sur les détails de cette mort voir la lettre suivante.
2).La peste de 1649, portée à Marseille par des vaisseaux venus d’Alger et du Levant, fit plus de 8 000 victimes, une seule parmi les prêtres de la Mission. Elle dura jusqu'aux premiers jours de l'année 1650.
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vous receviez la présente, j'espère que vous aurez donné ordre à tout, non seulement à la conservation de la compagnie, mais encore à l'hôpital et au reste de ses emplois. Si les galères sont sorties du port de Marseille, comme on nous a dit, il est aisé de pourvoir et de satisfaire au surplus, avec la grâce de Dieu, à qui je vous recommande derechef, pour que lui-même soit votre consolation et celle de toute la famille.
Madame la duchesse d'Aiguillon vous doit envoyer 500 livres, savoir 400 livres pour des messes célébrées ou à célébrer, selon l'ordre que vous en avez déjà reçu, et cent livres pour d'autres messes qu'elle vous demande pour l'âme de feu M. de la Coste (3). Si vous avez besoin davantage d'argent, mandez-le-moi, nous vous en enverrons incontinent, et, si besoin est, nous vendrons nos croix et nos calices pour vous secourir.
J'estime que vous êtes déjà parti pour Annecy, et avec vous M. Chrétien, conformément à ce que je vous ai mandé, et que vous aurez laissé la conduite à M. Le Soudier (4) si quelque raison particulière ne vous en a fait user autrement. Et au cas que vous soyez encore à Marseille et que vous puissiez vous dégager, je vous
3) Mort le 24 juillet. Dès les premières atteintes du mal, M. de la Coste avait mis ordre à sa conscience et à ses affaire Il eut la force de dicter son testament, dans lequel nous lisons ces mots : " Je donne à la maison des prêtres de la Mission de France... la somme de seize mille livres..., pour la rente en provenant être employée annuellement et perpétuellement par lesdits prêtres de la Mission de France à l'entretènement du séminaire qu'ils désirent établir pour instruire les ecclésiastiques de toutes les choses qui regardent le perfectionnement de leur état... Si ledit séminaire n'était pas encore pleinement établi .au temps de mon décès, ils emploieront... le revenu desdites 16.000 livres, partie pour faire des missions et remédier aux plus urgentes nécessités qu'ils trouveront en icelles, partie pour l'entretien des ecclésiastiques qui se feront promouvoir aux ordres à chaque ordination " (Vie de M le Chevalier de la Coste, pp. 198-199 )
4). Jacques Le Soudier.
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prie de le faire et d'accomplir ce dessus. Je vous écris à Annecy par ce même ordinaire, afin que, de quel côté que ce soit, vous ayez de mes nouvelles. Dieu nous en donne bientôt des vôtres, aussi bonnes que je les souhaite !
J'allais finir sans la pensée qui me vient du bon M. de la Coste, dont Dieu a disposé et dont je ne puis parler qu'avec des sentiments d'estime et de révérence inexprimables, à raison de sa piété, de son zèle et de tant de grâces célestes dont il était rempli. Oh ! qu'il est bienheureux et que j'ai sujet de m'étonner de voir la perte que nous faisons de ces deux grands serviteurs de Dieu, et que je sois encore au monde, inutile que je suis ! Voire même, j'ai raison de craindre que mes péchés ne soient la cause de cette affliction. Je vous prie, Monsieur, de demander miséricorde pour moi, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.M.
Priez M. Le Soudier qu'il nous envoie une procuration par devant notaire, conforme au mémoire que je vous envoie.
Le frère Alexandre (5) vous prie de lui porter une ou deux livres d'huile de scorpion, et le frère Jean Besson vous demande autre chose. Si vous pouvez faire l'un et l'autre, faites-le, s’il vous plaît, ou celui qui verra la présente en votre absence.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, ou, en son absence, au supérieur de la Mission de Marseille, à Marseille.
5) Alexandre Véronne.
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1126.—A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GENES (1)
[vers le 6 août 1649] (1)
Nous sommes dans une très sensible affliction pour une perte notable que la compagnie vient de faire en la personne du bon Monsieur Brunet, de qui vous m'avez écrit tant de bien et de qui, certes, il ne s'en peut dire assez. Dieu en a disposé le 24 de juillet, et avec lui d'un grand serviteur de Dieu, qui avait le principal soin de l'hôpital des forçats de Marseille et qui en était comme l'auteur et le protecteur. C'est Monsieur le chevalier de la Coste. Voyez comment. Une barque étant venue d'Alger avec la peste, on lui a fait faire la quarantaine à la rade. Pendant ce temps, tous les matelots sont morts, et les hardes et les cordages ont été jetés dans la mer. Quelques pécheurs ayant rencontré un matelas qui surnageait, ils l'ont pris, l'ont fait sécher, s'en sont servis et sont morts de la peste. De là leurs voisins la prirent. Monsieur Brunet les étant allé confesser, ils moururent en sa présence, dès qu'il les eut absous. Lui s'en étant allé à l'hôpital, dîna avec Monsieur de la Coste, lui racontant ce qu'il venait de faire; et incontinent la maladie les prit tous deux. C'était le jour de sainte Madeleine ; et tous deux moururent deux ou trois jours après, quasi à la même heure (3). 0 Monsieur, quelle
Lettre1126. — Manuscrit de Lyon.
1).Le manuscrit de Lyon ne donne pas le nom du destinataire. Les mots " Monsieur Brunet, de qui vous m'avez tant écrit de bien " désignent clairement Etienne Blatiron, que Jean Brunet venait de quitter pour aller à Marseille.
2).Cette lettre, si elle n'est du même jour que la lettre 1125 l'a suivie de très près.
3).Il y a quelques divergences de détails entre ce récit et celui de Ruffi dans la Vie de le chevalier de la Coste (PP. 185-186). Ruffi écrit que le 19 juillet on fit " prier M. Brunet,... qui demeurait
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perte pour nous, pour l'hôpital et pour toute la ville ! Mais aussi c'est Dieu qui les a appelés ; son saint nom soit béni !
1127.—A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Vers le 6 août 1649] (1)
Avant que de répondre à vos lettres, permettez-moi que je communique à votre cœur l'amertume du mien. Nous venons de perdre à Marseille le bon Monsieur Brunet, qui, après avoir assisté au trépas de quelques pestiférés le jour de sainte Madeleine, s'est trouvé atteint de cette maladie et en est mort deux jours après. C'est à Madame la duchesse d'Aiguillon que l'on a mandé cette triste nouvelle par un courrier exprès. Ce qui augmente notre peine, c'est l'incertitude de l'état de cette pauvre famille, qui souffre dans l'affliction commune et qui est plus exposée au danger que le reste du peuple, lequel se sauve et se cache le mieux qu'il peut.
1128.—LOUISE DE MARLLAC A SAINT VINCENT~
Ce samedi. [Août 1649] (1).
Monsieur,
L'ouverture que Madame la duchesse fit de faire nourrir les enfants de lait de chèvre m’a fait penser à un autre expédient,
dans l'hôpital... d'aller aux îles confesser quelques personnes qui y faisaient quarantaine. " Il " y alla,... et à son retour... confessa aussi une pauvre femme, qui mourut dès qu'elle eut reçu l'absolution Il ne se fut pas plus tôt acquitté de cet office qu'il se trouva saisi d'une fièvre si violente qu'il eut peine de pouvoir gagner l'hôpital. M. de la Coste le conduisit lui-même dans sa chambre." Et Ruffi ajoute que, sans regarder au danger qui le menaçait, M. de la Coste soigna Jean Brunet et contracta la maladie à son chevet.
Lettre 1127. — Manuscrit de Lyon.
1) Même remarque qu’à la lettre 1126, note 2.
Lettre 1128. — L a. — Original à l'hôpital d'Evreux.
1) Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.
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que, s'il réussissait, l'on les pourrait faire nourrir pour un écu; mais il en faudrait faire un essai avant de proposer et les bailler quand il plaira à votre charité, je vous dirai comment, à cause que cela serait long à vous le mander.
Je vous supplie très humblement, mon très honoré Père, vous souvenir de la supplication que je vous fis hier, et prendre la peine me mander si votre charité accorde à notre sœur Françoise la jardinière ce qu'elle lui demanda hier, et offrir à Dieu au saint autel le renouvellement de quelques autres, nous donner votre sainte bénédiction, comme étant, mon très honoré Père, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
L. DE M.
1129. —LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Août 1649] (1)
Monsieur,
Depuis cette lettre écrite (2), j'ai pensé qu'il valait mieux l’adresser à votre charité, pour le besoin que cette affaire a d'être vidée promptement; et pour cela je vous envoie celle de ma sœur Julienne (3), qui vous fera connaître le tout. Monsieur Lambert sait ce que c'est ; et tout le mal n'est arrivé que par attache aux confesseurs. Il est bien nécessaire de penser ce que l'on pourra faire pour éviter ces fâcheux rencontres. J'ai grand déplaisir de vous causer tant d’ennui par mes mauvaises conduites. Votre charité se souviendra, s'il lui plaît, que je lui ai déjà parlé de cette pauvre jeune sœur (4) et que vous proposez de la renvoyer Mais elle est très résolue de ne s'en point retourner, et le conseil que la Renée lui a donné est de se lasser mettre dans le coche et en descendre un peu après que l'on l'aura quittée. Ce sont des esprits hardis capables de beaucoup de mal ; c’est pourquoi il en faut avoir pitié Ma pensée est que ce malheur leur arrive pour la hardiesse.
Lettre 1129. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.
2) Une lettre à Julienne Loret.
3).Julienne Loret.
4) La sœur Anne-Marie. La lettre de Louise de Marillac àJulienne Loret (Lettres de Louise de Marillac, 1. 256) précise ce qu'on lui reprochait.
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qu'elles ont de recevoir les sacrements dans toutes ces mauvaises dispositions. Dieu nous fasse miséricorde, et à moi la grâce d'être toujours, mon très cher Père, votre très obéissante servante et très obligée fille.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1130. —LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 30 août [1649] (1).
Monsieur et très honoré Père,
Je me doutais bien du besoin que j'avais de venir en ce lieu, duquel je ne vous saurai rendre compte que quand j'aurai l'honneur de vous voir. Monsieur Delahodde, chapelain de Chantilly (2), m'est venu trouver pour me donner quelques avis. Il semble que toute la famille de part et d'autre soit attaquée. Je ne sais ce que notre bon Dieu nous veut dire par ce moyen. Je supplie très humblement votre charité prendre la peine me mander si je passerai à Chantilly pour ce sujet; je crois qu'il serait nécessaire.
J'ai su que Madame de Romilly a appris que la famille de Monsieur Portier qui demeure devant Saint-Paul, est toute telle que nous la saurions désirer (3). Elle vous doit parler de leur part. Je vous supplie très humblement, mon très cher Père, ne lui point parler du bien, si elle ne vous en parle, à cause que ceux qui ont parlé à mon fils de cette affaire lui ont dit que les parents étaient contents du bien, et l'on observe en toutes ces occasions de ne pas dire si clairement ce que l'on a, à cause que cela préjudicie quand les affaires ne se font pas. Les espérances de l'avenir, tant en biens qu'emplois, sont considérables. Ce n'est pas que j'aie intention ni volonté de tromper personne ; Dieu m'en garde ! mais il me semble que la dépense du passé qui a servi à rendre un homme capable d'être employé, est considérable, comme aussi ses dispositions
Lettre 1130. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date marquée au dos de l'original par le frère Ducournau.
2) Les Filles de la Charité y étaient établies depuis deux ou trois ans.
3) Il s'agit d'un projet de mariage. Les pourparlers n'aboutirent pas .
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à ne pas dissiper ce que l'on a mais à travailler pour en acquérir ; et c'est ce que j'espère qu'il fera fortement, quand il sera établi. Je supplie très humblement votre charité recommander cette affaire à notre bon Dieu et tous les besoins de notre compagnie, pour y attirer ses grâces et bénédictions et me donner la votre pour son amour par lequel je suis, mon très honoré Père, votre très obéissante servante et très obligée fille
31 août 1649.
Vincent de Paul parle dans cette lettre de réparations faire a l'occasion d'hosties odieusement profanées par les troupes aux environs de Paris (l).
Lettre 1131. — Collet, op. cit., t. I, p. 479.
1) Les sacrilèges et les profanations s'étaient multipliés aux environs de la capitale durant le blocus de Paris. Des soldats indisciplines étaient entrés dans les églises, avaient volé les ornements brisée les tabernacles, emporté les vases sacrés, avec les hosties Limeil, Croissy, Férolles, Villabé, Antony et Chatillon-sur-Marne furent particulièrement éprouvés. La Compagnie du Saint-Sacrement ému, ordonna une enquête et convia ses membres et même le public à faire amende honorable à Notre-Seigneur. Des missionnaires furent envoyés, par ses soins, dans les localités qui avaient eu le plus à souffrir de la soldatesque. (Cf. d'Argenson, op. cit, p. 106 et suiv.)
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1132. —A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 2 de septembre [1649] (1).
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous êtes un peu trop sensible à la sortie de vos filles. Au nom de Dieu, Mademoiselle, travaillez à acquérir la grâce de l'agrément de pareils rencontres. C'est une miséricorde que Notre-Seigneur fait à la compagnie de la purger de la sorte, et ce sera une des premières choses que Notre-Seigneur vous fera voir au ciel. Vous êtes assurée cependant que nulle de celles que Notre-Seigneur a appelées dans la compagnie abandonnera sa vocation; qu'avez-vous à faire des autres ? Il est vrai que Renée et Mathurine sont sorties et que Anne-Marie ne la fera pas longue, comme il y a apparence ; laissons-la aller; vous ne manquerez pas de filles. M. Thibault me mande qu'il en a trois ou quatre en main, si l'on veut qu'il les envoie. Je lui ai fait réponse que nous résoudrons cela à votre retour, auquel vous pourrez passer à Chantilly ; faites-le donc, s'il vous plaît.
Nous fîmes hier la grande assemblée ; jamais je n'ai vu les dames si animées à ce bon œuvre.
Madame de Romilly m'a parlé de l'affaire que vous savez. Elle dit qu'on donnera quinze mille livres à cette bonne fille et qu'elle en peut espérer encore autant après la mort de ses père et mère. Je lui dis le détail du bien de M. le bailli (2) en la présence de Madame d'Aiguillon,
Lettre 1132 — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Toulouse, 20, rue Mage.
1) Saint Vincent répond aux lettres 1129 et 1130.
2). Michel Le Gras, bailli de Saint.Lazare.
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qui fut d’avis qu’on ne dît pas les choses qu’en gros, comme vous. Cette bonne dame avait charge, du côté de la fille, de s’informer et de la personne et du bien. J’ai vu ensuite le Père Delahaie et lui ai confié cet affaire il m’en doit informer de son côté.
Voilà, Mademoiselle, ce que je vous puis dire pour le présent, si me semble, sinon que je vous prie derechef de remercier Dieu de ce qu’il purge ainsi votre petite compagnie, que je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse, qui suis, en son amour, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras à Liancourt.
1133. — A MONSIEUR DES VERGNES
De Paris, ce 4 septembre 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre paquet (1) avec le respect et la joie que je dois et à votre personne et aux sujets de consolation qu’il contient. Vous pouvez penser, Monsieur, si c’est de bon cœur que j’ai rendu grâces à Dieu de celles qu’il fait à Mgr de Périgueux (2) et des services signalés que réciproquement il rend à sa divine Majesté. Vous m’avez fort obligé, Monsieur, de m’envoyer ses ordonnances
Lettre 1133. — L. s. — Original à l’asile Saint-Vincent à Montpellier.
1) Première rédaction : lettre.
2) Philibert de Brandon (1648-1652).
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synodales. Je les ai trouvées dignes de leur auteur et d’un grand présage de bénédiction sur son diocèse. Sa piété et son zèle incomparables ont toujours fait espérer des actions semblables. Dieu le conserve à l’église un siècle tout entier !
Je ne réponds rien, Monsieur, à la congratulation que vous me faites à son occasion, sinon que je ne la mérite aucunement. Il paraît assez que sa vocation est purement de Dieu et non de l’ouvrage des hommes.
Je n’ai guère tardé d’envoyer au gazetier votre billet sur la conversion du seigneur que vous savez. Plaise à Dieu bénir de plus en plus les travaux de ce grand prélat, afin qu’ils portent de tels fruits !
Vous savez, Monsieur, que nous sommes tous dédiés au service de Nosseigneurs les évêques. Si Monseigneur de Périgueux nous commande de prendre soin de son séminaire, nous lui enverrons des meilleurs sujets que nous aurons, et cela quand il lui plaira. Si vous jugez qu’il soit à propos de l’en assurer, je vous prie de le faire ; je veux dire, au cas qu’il le souhaite, et non autrement. Il est à souhaiter que tels affaires se fassent par le seul mouvement de Dieu, plutôt que par la persuasion de quelqu’un.
Je prie Notre-Seigneur qu’il nous rende dignes de l’honneur de votre bienveillance, et moi de celui que j’ai d’être, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au cas que mondit seigneur ait agréable de se servir de nous, il nous obligerait de nous le faire savoir deux mois auparavant l’établissement, afin que nous disposions autant d’ouvriers qu’il en désirera.
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Suscription : A Monsieur Monsieur des Vergnes, official de Cahors, étant de présent à Périgueux chez Mgr l’évêque, à Périgueux.
1134. — AU FRèRE JACQUES RIVET
Du 5 septembre 1649.
J’ai reçu votre lettre avec consolation d’un côté, pource que c’était votre lettre, et d’un autre avec affliction, pour le sujet qu’il y a de craindre que vous succombiez aux attraits qui vous invitent à quitter votre vocation. Vous voyant dans ce danger, j’ai obligation de vous prêter la main pour vous en tirer, comme je fais par mes prières et par mes lettres. Je vous ai déjà écrit deux fois (1), et voici la troisième, à ce que vous retourniez à La Rose ou à Agen. J’ai prié Monseigneur de Condom (2) de l’avoir agréable, et il y a consenti, après que son maître d’hôtel serait de retour. Or, je sais qu’il est maintenant chez lui ; et vous, mon frère, vous n’êtes pas chez vous. A quoi tient-il ? Vous souvenez-vous point des lumières que Dieu vous a données tant de fois dans vos oraisons, qui vous ont fait résoudre devant sa divine Majesté et témoigner publiquement à toute la compagnie que vous mourriez plutôt que d’en sortir ? Et voilà qu’à la moindre occasion, où il ne s’agit ni de mort, ni de sang, ni de menaces, vous vous rendez sans une résistance telle que le mérite une promesse faite à Dieu, qui est un Dieu ferme, jaloux de son honneur et qui veut être servi à son gré. Il vous a appelé en la compagnie ; vous n’en doutez pas ; il vous y a même conservé contre
Lettre 1134. — Reg, 2, p. 298.
1) Lettres 1111 et 1113.
2) Jean d’Estrades (1647-1660).
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les efforts de votre propre père, qui a voulu vous avoir auprès de lui ; et vous avez mieux aimé suivre l’évangile que de le contenter.
Vous avez vécu parmi nous avec édification, en sorte que Notre-Seigneur a toujours été honoré en votre personne. Voulez-vous maintenant vous en dédire, abuser de ses grâces, vous jouer de sa bonté et tomber dans les repentirs où d’autres sont tombés par le désordre ? Je n’en ai point vu sortir d’aucune communauté à qui Dieu ait fait les grâces que vous avez reçues de sa bonté, qu’un mois après il n’ait ressenti en sa conscience les reproches de Dieu, et en sa vie mille déplaisirs.
Mais j’ai intention de toujours plaire à Dieu, me direz-vous. Hélas ! on ne manque jamais de bons prétextes ; et si vous vous examinez bien, vous trouverez que ce n’est pas pour vous rendre meilleur, plus soumis, plus détaché du monde et de vos aises, plus humble, plus mortifié et plus uni au prochain par charité, ainsi qu’il le faut être pour devenir plus agréable à Dieu. Vous pensez néanmoins, mon cher frère, lui faire service et faire votre salut en vous éloignant de la voie de perfection ; c’est un abus. Si déjà vous n’étiez pas entré dans cette voie des parfaits, à la bonne heure ; mais saint Paul dit que ceux qui ont été une fois illuminés et ont goûté la parole de Dieu, s’ils retombent, ne peuvent que très difficilement être renouvelés à pénitence (3). Comment vous persuadez-vous de vous pouvoir conserver en retournant au monde, puisque, n’y étant pas, vous avez tant de peine à vous surmonter ? Je n’appelle pas monde la maison de Monseigneur de Condom ; mais vous n’en seriez pas loin et peut-être que vous n’y seriez pas longtemps.
3) épître aux hébreux VI, 4-6
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Dieu nous laisse aller de mal en pis, quand nous sortons de l’état où il nous a mis. La défunte reine mère (4) fit un jour commandement à Monseigneur le cardinal de Bérulle de lui renvoyer un page qui s’était retiré à l’Oratoire. Ce saint personnage lui fit réponse qu’il ne pouvait pas ôter à Dieu un jeune homme qui s’était donné à lui, et qu’il ne voulait pas être responsable de son salut. Je me suis servi de cet exemple envers Monseigneur de Condom, afin qu’il m’excuse si je ne puis consentir à votre retraite. Non, mon cher frère, je ne puis y consentir, pour cette raison que ce n’est pas la volonté de Dieu et qu’il y aurait du risque pour votre chère âme. Si vous croyez le contraire, au moins ne sortez point que par la même porte que vous êtes entré en la compagnie. Cette porte sont les exercices spirituels, lesquels je vous prie de faire auparavant que de vous résoudre à une séparation de cette importance. Si la maison de La Rose ne vous revient pas, ni celle d’Agen aussi, venez-vous-en à Richelieu ; vous serez bien reçu partout. La bonté de votre cœur a gagné toutes les affections du mien, et ces affections n’ont autre but que la gloire de Dieu et votre sanctification. Vous le croyez ainsi, je le sais bien, et vous savez aussi que je suis en Notre-Seigneur…
1135. — A LA SUPéRIEURE DU SECOND MONASTèRE
DE LA VISITATION DE PARIS
De Saint-Lazare, ce jour de la Nativité de la Sainte Vierge.
Je prie notre chère Mère la supérieure de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques de permettre
4) Marie de Médicis, mère de Louis XIII.
Lettre 1135. — L. a — Original chez les Filles de la Charité de la rue des Bourdonnais, à Versailles.
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l’entrée de son monastère une fois aux Révérendes Mères de Saint-Jean et de Saint-Joseph, de l’abbaye de Montmartre.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
1436. — A RENé ALMéRAS
De Paris, ce 11e septembre 1649.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous avez juste sujet de vous exclamer, comme vous faites, de voir les services de M. Ferentilli (1) si peu reconnus de la France ; mais aussi y a-t-il de quoi excuser M. le C [ardinal] (2), soit à cause des empêchements que les troubles lui ont donnés, que de ceux qui lui restent, pour les raisons que je vous ai écrites. Certes, ce n’est pas faute de bonne volonté ; je lui en ai toujours trouvé beaucoup pour ce bon prélat ; mais par impuissance, il ne lui témoigne pas.
La dispense de M. de La Haye-Aubert, touchant le vicariat d’Aumale, sera scellée au premier jour de sceau, comme j’espère ; je vous ferai savoir ce qu’elle coûtera.
Nous attendons avec patience cette bénite réponse du Pape et croyons avec foi que la volonté de Dieu nous sera connue par icelle ; et partant nous nous y conformerons
Lettre 1136. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Prélat romain très dévoué à saint vincent et à sa congrégation
2) Le cardinal Mazarin.
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sans réplique, moyennant sa sainte grâce. Je suis ravi que votre sentiment soit contraire à celui de donner de l’argent pour réussir en cet affaire (3), et que vous veuillez en attendre le succès de la seule Providence. Mon Dieu ! Monsieur, que je souhaite fort que la compagnie soit fortement établie sur cette maxime, qui a la foi pour fondement ! Je ne vous ai écrit cette proposition tortue que pour vous dire qu’elle m’avait été suggérée par M. le C [ardinal] Gr [imaldi], et derechef je vous assure que je suis fort édifié de ce que vous la rejetez.
Je le suis encore beaucoup des stations que vous avez faites aux sept églises en considération du déshonneur rendu ici au Saint Sacrement, dont je vous remercie (4).
M. Duiguin, qui était en Hibernie, est ici depuis quelques jours ; il a laissé à Saint-Méen le frère Patriarche, non encore remis de l’altération de son esprit, pour laquelle M. Brin nous les a renvoyés, bien qu’il s’en trouve mieux notablement. On me mande que ce bon frère, tel qu’il est, est à grande édification à la compagnie, tant il est cordial, gracieux, agissant et tout à Dieu. Nous venons d’en perdre un quasi semblable ; il est mort céans, il n’y a que 3 ou 4 jours, et au bout de 18 ou 20 mois qu’il y a été reçu. Toute la communauté le regrette, et moi j’en suis encore affligé, bien qu’en cela et en toute autre chose j’adore de tout mon cœur la conduite de Dieu. Ce bon enfant s’appelait Simon, venu
3) Probablement l’affaire des vœux. Les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité étaient facultatifs parmi les membres de la congrégation de la Mission. Saint Vincent travaillait à les rendre obligatoires pour tous ceux qui entreraient dorénavant dans la compagnie. Six ans devaient s’écouler avant qu’il eût complète satisfaction.
4). Voir lettre 1131 note l.
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du Mans (5). Je vous prie de prier et de faire prier pour son âme et pour la mienne aussi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Alméras, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
1137. — A UN PRêTRE DE LA MISSION DE LA MAISON, DE ROME
[1649] (1)
La congrégation s’augmente en nombre et en vertu, par la miséricorde de Dieu, ainsi qu’il m’a paru dans les visites et que chacun le reconnaît. Il n’y a que moi, misérable, qui vais toujours me chargeant de nouvelles iniquités et abominations. O Monsieur, que Dieu est miséricordieux de me supporter avec tant de patience et de longanimité, et que je suis chétif et misérable d’abuser si fort de sa miséricorde ! Je vous supplie, Monsieur, de m’offrir souvent à sa divine Majesté.
5) Ce frère Simon ne peut être, si nous consultons le catalogue du personnel, que "Simon Busson, né en la ville et diocèse du Mans, âgé d’environ 22 ans…, reçu à Paris vers le carême 1648" Il n’y avait pas d’autre frère Simon. La notice du frère Busson (Notioes, t. II, pp. 431-438) est erronée sur deux points : il n’est pas mort le 12 septembre et n’est pas resté trois ans dans la congrégation de la Mission.
Lettre 1137. — Abelly, op. cit., 2e édition, 2e partie, p. 146.
1). Date imposée par le mot du saint sur les visites qu’il vient de faire.
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1138. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 17 septembre 1649.
Si vous êtes enfin logés autrement qu’à louage, il y aura grand sujet de croire que c’est par la puissante main de Dieu et par sa spéciale bonté ; car qui pourrait vaincre sans lui tant et de si grandes difficultés ? Et qui pourrait, sans une grâce particulière du ciel, persévérer constamment en cette entreprise, comme font vos incomparables fondateurs ? Si aussi la chose ne réussit pas après tant d’efforts et de prières, ce sera une évidente marque que Dieu ne le veut pas ; et partant, Monsieur, attendons-en l’issue avec grande indifférence
J’avoue qu’il est difficile que nos frères se contiennent dans l’accablement du travail ; nous en avons ailleurs qui ne font que peu et qui se plaignent beaucoup, qui exercent la patience de leurs supérieurs. Je loue Dieu de celle que vous avez pratiquée envers les vôtres, et en particulier envers le frère…, lorsque vous avez laissé passer le soulèvement de sa bile. Je m’assure qu’il aura reconnu sa faute ; car le support gagne cela, plutôt que les répréhensions, lesquelles néanmoins se doivent faire en leur saison et avec la prudence que Dieu vous a donnée. O Dieu ! Monsieur, que le support nous est nécessaire généralement pour tous et en toutes choses, et que de bon cœur je rends grâces à Dieu de celui qu’il vous a donné ! Demandez-lui-en pour moi, s’il vous plaît, autant qu’il en faut, pour mériter celui que je lui fais exercer depuis 69 ans qu’il me souffre sur la terre.
Lettre 1138 — Reg 2, p 200
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1139. — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES
Du 18 septembre 1649.
Les lettres que je reçois de vous me donnent une très grande consolation, Dieu le sait, à cause de la disposition qu’il vous donne pour les esclaves et les forçats, qui est une grâce si précieuse qu’il ne s’en voit point de plus grande sur la terre ; et ce qui m’en fait remercier Dieu avec un double sentiment de reconnaissance est la fidélité de votre cœur, qui plie et se raidit selon le bon plaisir divin. Or, le service de ces pauvres gens étant d’une vocation extraordinaire, il la faut bien examiner et prier Dieu qu’il nous fasse connaître si vous y êtes appelé ; c’est ce que je vous prie de faire de votre côté et ce que je me propose de faire du mien, non que je doute aucunement de votre résolution, mais pour plus d’assurance de la volonté de Dieu. Aussi n’est-il pas temps d’y aller : la peste de Marseille a fait enfuir les galères et a rendu l’hôpital sans malades ; et la peste qui est en Barbarie nous fera différer d’y envoyer. Voilà donc un peu de patience à prendre en cette attente et une occasion de mieux mériter le bonheur d’un si saint emploi par le bon usage des moindres où vous êtes appliqué, qui sont néanmoins très grands, puisqu’en la maison de Dieu tout y est suprême et royal.
Lettre 1139. — Reg. 2, p. 300.
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1140. — AU R. P. FRANçOIS BLANCHART (1).
De Saint-Lazare, ce jour saint Jérôme (2) 1649.
Mon Révérend Père,
Voici Monsieur de Saint-Paul, religieux de votre saint Ordre et frère de M. de La Bourlerie, sous-gouverneur du roi, qui a désir de passer un mois chez vous, pour voir vos saintes observances et pratiquer celles qui seront conformes au dessein qu’il a de vivre et de faire vivre une petite communauté dans l’observance des règles de saint Augustin, non pas dans l’exactitude de votre sainte congrégation, mais le mieux qui se pourra sans cela. Je lui ai donné la confiance que votre bonté lui fera cette grâce. Je vous supplie très humblement, mon R[évérend] Père, de l’avoir agréable ; en quoi faisant, vous contribuerez à la sanctification de son âme, au salut de celles qui lui seront commises, obligerez une personne qui le mérite et mondit sieur de La Bourlerie, son frère ; et je vous assure, mon R [évérend] Père, que je m’en sentirai aussi fort votre obligé que si vous m’aviez fait cette grâce à moi-même, qui suis, mon
Lettre 1140. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Mill-Hill, Londres.
1). François Blanchart était d’Amiens, où il naquit en 1606. Après un séjour de courte durée au couvent de Saint-Acheul (1624), puis à l’abbaye Saint-Vincent de Senlis, il vint à l’abbaye Sainte-Geneviève, qu’il quitta pour introduire la réforme et remplir l’office de supérieur au couvent de Sainte-Catherine de Paris, puis à celui de Saint-Denis de Reims. Son mérite le fit choisir pour de plus hautes charges ; il devint assistant, visiteur, général coadjuteur (18 décembre 1644) et enfin abbé de Sainte-Geneviève et supérieur de tout l’Ordre (février 1645). La congrégation des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève l’eut à sa tête de 1645 à 1650, de 1653 à 1665 et de 1667 à 1675.
2).30 septembre.
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R[évérend] Père, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
Suscription : A mon Révérend Père le Révérend Père abbé de la congrégation de Sainte-Geneviève.
1141. — A PHILIBERT DE BEAUMANOIR DE LAVARDIN,
éVêQUE DU MANS
Octobre 1649
Monseigneur,
Je me donne la confiance de vous écrire la présente pour vous faire offre, avec toute l’humilité et le respect que je le puis, de mon obéissance perpétuelle. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de l’avoir agréable et que je vous donne avis qu’il y a ici quantité d’ecclésiastiques, même de quelque condition, qui demandent les bénéfices qui ont vaqué et que vous avez donnés depuis votre sacre, et entre les autres l’archidiaconé et la chanoinie que vous avez donnés, faute par vous, Monseigneur,
Lettre 1141. — Reg. 1, f° 10 copie prise sur l’original autographe.
1) Ce prélat avait encore sur le cœur l’attitude de saint Vincent, qui n’avait pas cru devoir le recommander pour l’épiscopat. Il était venu s’établir au Mans, avant même d’avoir reçu ses bulles. Aussi grand fut l’étonnement de Vincent de Paul quand, arrivant dans cette ville le 2 mars 1649, il sut que l’évêque était là. Il lui fit demander, par deux de ses prêtres, la permission de rester sept ou huit jours au séminaire. Philibert de Lavardin, flatté de cette démarche, acquiesça volontiers et ajouta même qu’il aurait été très heureux de recevoir saint Vincent chez lui. Celui-ci se disposait à aller remercier le prélat quand il apprit son départ. Philibert de Lavardin ne fut pas un évêque modèle. Aussi, le bruit ayant couru après sa mort que, de son propre aveu, il n’avait jamais eu l’intention d’ordonner qui que ce soit, beaucoup se laissèrent convaincre et se firent réordonner.
1) Le bruit était faux. (Cf. Collel, op cit., t. I P 473)
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d’avoir manqué de faire enregistrer à la Chambre des Comptes votre serment de fidélité ; faute de quoi, l’on prétend que vous, Monseigneur, n’avez pu disposer de ces bénéfices. Le dernier qui m’a pressé pour cela, c’est un aumônier du roi, qui le demande pour un sien frère, et m’amena un docteur de Sorbonne fort intelligent en ces matières bénéficiales, pour me persuader que c’est au roi à donner ces bénéfices ; mais, par la grâce de Dieu, je tins ferme, et, comme je le pense, avec raison. Néanmoins, pource que les gens qui les demandent sont en grand nombre [et] pourraient obtenir ces bénéfices par quelqu’autre moyen, j’ai pensé, Monseigneur, que, faisant profession particulière de servitude à l’égard de Nosseigneurs les évêques et particulièrement vers ceux qui nous font la grâce de nous supporter dans leurs diocèses, comme vous faites avec beaucoup de bonté dans le vôtre, Monseigneur, que je vous en dois donner avis, à l’effet qu’il vous plaise, Monseigneur, de faire enregistrer votre serment de fidélité, pour ôter le prétexte de ces gens ici et des autres qui se pourront remuer pour cela.
J’ai fait difficulté de me donner la hardiesse que je prends de vous écrire, Monseigneur, dans le doute si vous, Monseigneur, l’auriez agréable ; mais l’importance de la chose et la crainte de manquer à ce que je vous dois, m’ont fait aimer mieux tomber dans la témérité que dans le défaut de fidélité au service que je vous dois, Monseigneur, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. P. d l. M.
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1142. — A JACQUES CHIROYE
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis bien aise que vous ayez reçu payement de la lettre de change que je vous ai envoyée de 1.500 livres et que de cela vous ayez remboursé les sommes que vous aviez auparavant prises, pensant que nous les acquitterions de deçà.
Mais je suis certes plus étonné d’apprendre que Monseigneur (1) ne se lasse jamais de vous donner. Seigneur Dieu, quelle charité ! J’ai eu le bonheur de communiquer avec feu Mgr de Genève (2) plusieurs fois pendant sa vie. Il avait une si grande bonté que celle de Dieu se voyait sensiblement au travers de la sienne ; mais avant ni depuis lui, je n’ai jamais vu personne en qui cette même bonté divine ait mieux paru qu’elle paraît en Monseigneur de Luçon. Je lui fais un mot de remerciement a l’occasion de ses dernières libéralités, plutôt pour éviter l’ingratitude, que pour lui témoigner ma reconnaissance, puisqu’elle est telle que je ne la puis exprimer. Dieu nous fasse la grâce de rendre au diocèse de Luçon les services que cet insigne prélat s’attend de nous et que nous lui devons par tant et tant de raisons ! Je suis consolé de savoir que vous vous étudiez à lui rendre toute la révérence, la soumission et l’obéissance possibles ; aussi ne seriez-vous point excusable, si vous manquiez à un si juste devoir.
Lettre 1142. — L. s. Dossier de Turin, original.
1) Pierre Nivelle, évêque de Luçon.
2) Saint François de Sales
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J’écris à Richelieu que l’on vous envoie en diligence un prêtre pour la mission de M. Thouvant (3) ; j’espère qu’il sera chez vous deux ou trois jours après que la présente vous sera rendue. Avant la fin de cette mission, nous penserons à la proposition que vous nous faites touchant M. L., et je vous en écrirai. Plaise à Dieu bénir vos travaux et votre conduite et me faire participant au mérite de vos prières et saints sacrifices ! Je salue cordialement votre petite famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Chiroye, supérieur des prêtres de la Mission, à Luçon.
1143. — A RENé ALMERAS, SUPéRIEUR, A ROME
Du 8 octobre 1649.
M. Férentilli vous a parlé en Romain quand il vous a conseillé d’avoir des hommes de mise, et certes en ami. Mais quoi ! que feraient à Rome M…. et semblables de cette sorte ? Il ne vous est pas loisible d’y prêcher, ni de confesser dans la maison, ni d’enseigner les ordinands en public ; cui ergo fini ? Pour avoir seulement des gens de bonne mine à l’autel et au réfectoire, et les tirer des emplois qu’ils ont de deçà ! Certes, Monsieur, cette montre d’hommes serait cher vendue à la compagnie, et je ne sais s’il n’y aurait pas quelque chose à
3) Claude Thouvant, chanoine et archidiacre d’Aizenay. (Voir lettre 907, note 6.)
Lettre 1143. — Reg. 2, p. 230.
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souhaiter devant Dieu. De dire qu’ils paraîtront dans la paroisse, si une fois vous en avez une, cui fini encore cela ? Et puis, si je ne me trompe, l’on fait peu d’offices et de prédications dans les paroisses de la ville. Que si tant est que la Providence nous donne de l’emploi dans Rome, vous verrez bientôt à vous, non pas de nos anciens, mais ce que nous avons de personnes plus rapportantes au bien de la Mère des églises. O Jésus ! Monsieur, il faudrait bien vous assortir.
1144. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
De Paris, ce 12e octobre 1619.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous avions déjà la parole de Mgr le chancelier (1) et un arrêt signé du rapporteur, pour arrêter les poursuites de Hossard jusqu’à la vérification de notre établissement au parlement (2) ; mais en ayant parlé à M. le premier président (3), il m’a dit que le même parlement casserait tout ce qui pourrait venir du Conseil ; que dans 15 jours il ferait prier M. le procureur général (4) de le venir voir et qu’il tâcherait de le résoudre à donner ses conclusions, lesquelles il nous refuse depuis 2 ou 3 ans. Vous
Lettre 1144. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1). Pierre Séguier.
2). Le parlement enregistra, le 15 janvier 1650, les lettres patentes par lesquelles le roi avait uni à la congrégation de la Mission, au mois d’août 1645, la maîtrise ou prévôté de l’église collégiale et royale de Notre-Dame de Coëffort au Mans et les bénéfices en dépendants.
3). Mathieu Molé.
4). Blaise Méliand.
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voyez, Monsieur, que cela requiert que vous tiriez de longue avec M. Hossard.
Comment pourrais-je faire payer à M. Aubert les 20 livres que le fermier a, s’il lui doit, puisque nous ne pouvons nous-mêmes rien avoir de ce qu’il est obligé de nous délivrer ? Il nous excusera, s’il lui plaît.
Je suis bien en peine de ce qu’on a détourné l’ordination, et prie Dieu qu’il vous fasse la grâce de réparer cette faute à la prochaine occasion. J’en écrirai, afin qu’on voie les moyens de la faire, et me ! semble l’avoir déjà fait, comme aussi qu’on contribue de ce qu’on pourra (5) la multiplication du petit et du grand séminaire. Je ne lui écris pas maintenant, ne le croyant pas de retour de son voyage.
Je salue et embrasse cordialement votre chère âme et toute la famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je viens d’apprendre votre indisposition ; j’en ai certes grand déplaisir et l’aurais encore plus grand si je n’espérais qu’à présent vous vous portez mieux. J’en prie Notre-Seigneur de toute mon affection ; et vous, Monsieur, je vous conjure de vous bien aider à vous guérir, n’épargnant rien de ce qui pourra contribuer à cela. J’attends nouvelles plus récentes de l’état de votre santé.
Aurez-vous place et trouverez-vous cent lits à emprunter
5) Première rédaction : "Dieu pardonne à M. L., s’il a détourné l’ordination, et lui fasse la grâce de réparer cette faute à la prochaine occasion ! Je lui écrirai qu’il s’y dispose, et me semble l’avoir déjà fait, comme aussi qu’il contribue à ce qu’il pourra." La correction est de la main du saint.
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pour une partie des ordinands ? Je vous prie de m’en écrire ; ils sont obligés de payer leur dépense (6).
Au bas de la première page. M. Gentil.
1145. — MAZARIN A SAINT VINCENT
Du 13 octobre 1649.
Monsieur,
Je vous suis bien obligé de vos bons avis et de tout ce que vous m’avez écrit par votre lettre du quatrième de ce mois. Je les ai reçus avec la confiance et l’estime qu’ils méritent ; et véritablement il ne se peut voir un raisonnement plus judicieux, ni plus rempli d’affection pour moi. Je vous en rends mille grâces, vous priant de me continuer dans les rencontres les effets d’un soin si officieux, cependant que pour m’en revancher je chercherai les occasions de vous témoigner, mieux que par ces lignes, que je suis…
1146. — ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GêNES, A SAINT VINCENT
19 octobre 1649.
Monsieur,
Il y a quelque temps que je vous écrivis quelque chose touchant la vertu que j’avais reconnue en Monsieur Brunet pendant sa vie, et voudrais à présent me pouvoir ressouvenir de cela même et d’une grande multitude [d’actes de vertu] que je lui ai vus faire et que j’aurais notés et tâché d’imiter si j’eusse été assez soigneux de mon bien. Nous avons fait une conférence sur ce sujet, et mon dessein était de vous en envoyer un recueil au net, mais les continuelles occupations que nous avons ne nous permettent pas de faire aucune chose
6) Ces derniers mots, depuis Auriez-vous place, sont de la main du saint
Lettre 1145 — Arch des Aff étrang., Mémoires et Documents, France, ms 264, f° 487, copie
Lettre 1146 — Ms de Lyon, f° 223 et suiv
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avec loisir, mais tout à la hâte, ainsi que je fais la présente, vous suppliant d’agréer plus ma bonne volonté que mon travail, et tout ce que je vous saurais dire de ce bon serviteur de Dieu n’est rien qu’une ombre en comparaison de la vérité. J’avais prie Monsieur Alméras de faire le recueil des actes principaux de ses vertus ; mais il m’a répondu que c’était une demande trop difficile et que ses actes de vertu étaient en si grand nombre et si excellents qu’on ne pouvait les coucher en une main de papier, que ses vertus se peuvent mieux admirer qu’écrire, parce qu’elles étaient solides et cachées et que sa vie n’était pas tant apparente et pompeuse que solide et intérieure.
Entre autres choses, dit-il, j’admirais sa grande humilité, sa douceur admirable, sa résignation et conformité à la volonté de Dieu très parfait e ; mais ce qui a été plus considérable, c’est sa continuelle et uniforme persévérance en ces vertus-là, de façon qu’étant vieux et ancien il ne le faisait pas connaître et ne faisait l’emeritus miles mais il paraissait un enfant et un séminariste en la pratique de l’humilité, de l’obéissance et en tout le reste. Jusqu’ici ce sont les paroles de Monsieur Alméras.
Voici quelque chose de ce que les Messieurs qui sont à Gênes ont remarqué en ce bon serviteur de Dieu :
1° Une très profonde humilité, s’estimant toujours le moindre. Il prenait un plaisir singulier d être employé aux offices les plus bas et cherchait toutes les occasions de les pratiquer. Quand il fallait balayer, il était le premier pour l’ordinaire et retranchait souvent de sa récréation pour aller à la cuisine laver la vaisselle. Il s’estimait heureux quand il ne se trouvait personne pour servir aux messes, afin de les servir lui-même ; et, si parfois il faisait quelque petite faute en les servant, il s’humiliait au plus tôt et se jetait au pied du prêtre pour lui demander pardon. S’il s’apercevait que quelqu’un eût les pieds crottés, il prenait le temps que personne ne s’en apercevait et nettoyait les souliers en cachette. Il recevait avec grande humilité les habits qu’on lui portait, et rapportait lui-même ceux qu’il laissait, sans en vouloir donner la peine aux frères qui avaient soin de les venir prendre. Il ne se plaignait jamais, qu’une soutane fut longue ou courte ou mal faite. Allant dehors se promener avec quelqu’un de la compagnie, quoique plus jeune, il tâchait toujours de donner la main droite à son compagnon et s’il ne pouvait obtenir le plus bas lieu, il se confondait et rougissait, faisant bien voir par là que ce qu’il en faisait n’était pas par compliment, mais par un vrai sentiment d’humilité. Cette même vertu faisait qu’on ne l’entendait
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jamais disputer avec personne. Que si parfois en la conversation il se rencontrait quelqu’un qui eût une opinion contraire à la sienne, il condescendait incontinent avec un souris gracieux, soumettant son jugement à celui d’autrui. Faisant voyage d’Alet à Marseille un jour à pied, il se fit mal à une jambe auprès de Narbonne, et, ayant séjourné huit jours avec son compagnon, avec l’espérance de s’embarquer, ils furent contraints d’aller par terre, et ne pouvant aller tous deux à cheval, pour être courts d’argent, et, d’autre part, le bon Monsieur Brunet ne pouvant plus marcher à pied, ils achetèrent un âne pour le porter avec leurs manteaux, sans selle ni étrier. En cette façon il alla six-vingts lieues. Or je ne saurai jamais vous exprimer la joie qu’il avait en son cœur et qu’il témoignait au dehors de se voir sur cet animal quoiqu’il fut souvent moqué et suivi des enfants, qui le montraient au doigt et criaient après lui. Dans les missions, encore qu’il fut incommodé d’une jambe, comme l’on sait, il ne voulait pas aller à cheval que tous les autres n’y allassent ; et, en tel cas, il choisissait le pire cheval, et le plus mal accommodé et prenait plaisir d’aller à cheval sans selle et sans bride, par les lieux où il était le plus connu, non sans admiration et étonnement de ceux qui le voyaient et le connaissaient.
On peut connaître sa grande obéissance de la parfaite résignation qu’il avait pour demeurer en quelque lieu qui lut fut assigné et à faire quelqu’office ou exercice qu’on eût voulu. Il fut envoyé de Notre-Dame de La Rose à Alet, où il jouissait d’un contentement indicible pour la conversation de Monseigneur d’Alet (1) et pour le grand fruit qu’il pouvait faire pour les âmes. Il y fut trois mois seulement ; et, ayant reçu ordre d’en partir, il ne se troubla aucunement. étant après envoyé de Rome à Gênes, il n’y fut pas plus tôt arrivé qu’on parla de le rappeler à Rome. Il se montra toujours indifférent et prêt d’aller où l’obéissance l’appellerait. Il fut un jour assigné pour compagnon à un prêtre qui allait dehors. Il se mit aussitôt en devoir de l’accompagner nonobstant qu’il eût une diarrhée, qui le travaillait depuis trois jours ; de quoi son compagnon s’étant aperçu, il lui demanda pourquoi il ne l’avait pas averti de son incommodité. Il lui répondit qu’il n’avait pas estimé se devoir excuser lorsque l’obéissance l’appelait montrant en ceci combien était grande son obéissance et sa mortification. Il était grandement mortifié en tout, et, ce qui était le plus admirable, c’est qu’il s’étudiait tellement à cacher sa vertu que nous n’en savons que la moindre partie.
1) Nicolas Pavillon.
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Sa mortification le rendait si ponctuel et obéissant à tous les ordres de la maison qu’il semblait n’avoir point de sentiment, sinon pour obéir, de façon qu’il semble que ce texte de l’écriture ne se peut pas vérifier en lui : proni sunt sensus hominis ad malum ab adolescentia. Il était si mortifié en la langue qu’on ne le trouvait jamais parler hors le temps, et suivait fort bien le conseil du sage : os sapientis in corde suo. Que si la nécessité l’obligeait à parler, c’était bas et en peu de mots. Il était fort sobre au manger ; et, quand on servait des fruits nouveaux ou quelque portion un peu meilleure qu’à l’ordinaire, il n’y touchait pas de sorte que les frères s’entredisaient en tel cas : la portion de Monsieur Brunet demeurera entière ; ce qu’ils ont vu arriver souvent ainsi qu’ils avaient pensé. Il portait une petite chaîne de fer sur la chair et disait qu’il était esclave de Jésus-Christ. Il portait un crucifix au col d’un demi-pied, sans croix et qui avait trois clous pointus assez longs, lesquels souvent il mettait contre la chair nue pour ressentir et honorer les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mortificationem Jesu Christi in corpore circumferens, selon le conseil de saint Paul (2). Il ne se plaignait jamais ni de froid, ni de chaud, ni de lassitude ni du manger, ni du boire, ni du coucher, ni de l’incommodité de la chambre, étant loge dans un petit recoin, au-dessous d’un degré où il n’y avait qu’une petite fenêtre et pas une chaise pour s’asseoir ; et personne ne s’en apercevait. Il n’en disait mot et n’en voulait prendre lui-même jusqu’à ce qu’un de la maison l’ayant trouvé qu’il écrivait à genoux, lui en apporta une.
Si le paradis est la récompense des pauvres d’esprit, Monsieur Brunet y aura bonne part, puisqu’il n’avait aucune affection aux choses de la terre ; ce qui se voyait assez. Lorsqu’il recevait quelque médaille livret ou chapelet et chose semblable pour son usage, il ne l’acceptait point qu’à condition de le pouvoir donner, lorsque la charité le requerrait. Et, en effet, il donnait tout ce qu’il avait au premier qui le lui demandait, et lui ayant été demandé pourquoi il donnait si facilement ces choses il répondit qu’un acte de charité vaut plus que tous les biens du monde. Si, par aventure, il oubliait ou perdait quelque chose il ne s’en affligeait nullement, mais disait que, si quelqu’un l’avait trouvé, il en ferait meilleur usage que lui. Quant à la manière des habits il était dans cette pratique de ne rien demander, ni refuser, et montrait plus grande allégresse lorsqu’on lui donnait de vieux habits. Il était extrêmement ponctuel et exact en l’observance des
2) Seconde épître de saint Paul aux Corinthiens IV, 10.
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règles, et encore bien qu’il fût logé dans les chambres les plus éloignées, il se trouvait toujours des premiers à l’office divin et aux autres actions de la communauté. Il ne laissait jamais passer le mois, non plus aux champs qu’à la maison, sans se présenter au supérieur pour faire la communication intérieure, quoique bien souvent il ne savait que dire tant il avait sa vie et son âme bien règlées, et, aussitôt qu’il entendait sonner la cloche, il se mettait à genoux et laissait une chose commencée pour courir où l’obéissance l’appelait.
Sa simplicité était extraordinaire, non feinte ni dissimulée de façon que qui le voyait ou l’entendait pénétrait jusque dans son coeur. Il ne savait ce que c’était qu’équivoque, et fuyait l’exagération aux choses qu’il avait vues et entendues.
Mais qui pourrait expliquer sa douceur, sa bénignité et cordialité ? Si quelqu’un étant en colère voyait ce bon serviteur de Dieu, il fallait qu’il s’apaisât, et se vérifiaient en lui ces paroles de Jésus-Christ : Beati mites quoniam ipsi possidebunt terram (3), c’est-à-dire, selon saint Augustin possidebunt corda hominum vel subjugabunt. Il aimait fort la solitude ce qui faisait qu’il avait l’oraison et méditation fort familières. On ne le voyait jamais courir d’une part ni d’autre par la maison ; et qui avait besoin de lui n’avait pas grande peine à le trouver, étant d’ordinaire à sa chambre et quasi toujours à genoux ou debout, lisant et faisant oraison en cette solitude et retraite. Il avait acquis une grande union avec Dieu, avec lequel il s’entretenait si souvent et si amoureusement qu’on lui voyait les yeux tout baignés de larmes et une face toute lumineuse qui émouvait à dévotion. Jamais on ne le vit triste ou mélancolique, quoiqu’il se présentât souvent des occasions de l’être, suivant l’ordre de la nature corrompue, mais bien avec la grâce de Dieu en la pratique continuelle des vertus. Il ne se troublait point et conservait sa gaieté, se conformant en tout à la volonté de Dieu et recevant de sa main les choses contraires comme les favorables.
Je finis, parce que l’on me lève la plume de la main, et je suis certain que ce que j’ai dit est fort peu de chose eu égard à ce qui pourrait se dire. Je prie ce bon serviteur de Dieu de vouloir prier pour nous au ciel, où je crois qu’il jouit de la gloire qui ne finira jamais, en l’amour de laquelle je suis Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
ETIENNE BLATIRON,
indigne prêtre de la Mission.
3) évangile de saint Mathieu V 4
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1147. — A GUILLAUME DELATTRE, SUPéRIEUR, A AGEN
Du 23 octobre 1649.
Je ne vois pas que le mal soit si grand à La Rose qu’on le fait ; il est vrai qu’il s’est passé quelque chose dans l’esprit de M…. ; mais il en est délivré. A ce propos, je vous dirai, non tant pour cela que pour toutes les autres brouilleries, que je crains que quelque mauvais esprit, pour insinuer divorce dans nos maisons et entre nos frères, vous donne des avis peu charitables. Si cela est, Monsieur, donnez-vous à Dieu pour ne le point écouter ; vous en ressentirez une pareille consolation à celle que j’ai eue d’avoir un jour défendu à un serviteur que j’avais avant la naissance de la compagnie, de me faire aucun rapport qui fût préjudiciable à personne, à cause que je reconnus en lui cette pente et que déjà il m’avait voulu donner de mauvaises impressions contre un honnête homme avec lequel je vivais ; il n’osa plus m’apporter de telles nouvelles. Toutes les fois que j’y pense, j’ai le cœur attendri de reconnaissance vers Dieu de cette grâce-là. Les médisances nuisent souvent autant à ceux qui les écoutent qu’à ceux qui les inventent, quand elles ne feraient autre mal qu’inquiéter l’esprit, comme elles font, et donner sujet de tentation d’en parler ou d’en écrire à d’autres.
Je pense bien que l’épargne vous a fait subsister. Je sais que vous avez peu de revenu, que les pensions ne vous aident que petitement et que, la cherté étant grande cette année, il vous sera difficile de vous en tirer ; mais je sais bien aussi que, si vous connaissiez notre impuissance à vous secourir, vous en auriez compassion et ne
Lettre 1147. — Reg. 2, p. 300.
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songeriez à rien moins qu’à nous demander. Les guerres passées et la disette présente de quasi tout le royaume empêchent que nous soyons payés et fassions notre petite provision. Je serais certes plus étonné que je ne fus jamais, si Dieu ne m’avait donné un peu de confiance et de soumission à sa providence, voyant d’une part notre pauvreté et d’une autre la grande dépense que nous avons à soutenir. Vous devez régler la vôtre à vos forces et n’en entreprendre qu’autant que vous en pouvez faire. Je dis cela au sujet des pauvres prêtres passants que vous voudriez assister. A la vérité, ce serait très bien fait si vous le pouviez faire ; mais vous devez plutôt satisfaire à la nécessité. De demander à Monseigneur permission d’exercer cette hospitalité, il n’est pas expédient ; il approuvera volontiers les propositions que vous lui ferez pour le bien de son séminaire, mais il n’est pas d’humeur à se contenter des autres qui ne le touchent pas ; si néanmoins vous estimez qu’il lui faille écrire votre besoin, je m’en remets à votre prudence.
1148 — A MONSEIGNEUR DENIS MASSARI (1)
De Paris, ce 5e novembre 1649.
Monseigneur,
Je ne saurais vous exprimer avec quelle joie et respect tout ensemble j’ai reçu la lettre qu’il vous a plu me faire l’honneur de m’écrire, venant d’une personne qui m’est si chère et que j’honore tant. Si auparavant j’avais de l’estime pour Votre Seigneurie Illustrissime, sur la relation
Lettre 1148. — L. s. — Arch. de la Propagande, II Africa, n° 248, f° 120, original.
1). Il venait de succéder à Monseigneur Ingoli comme secrétaire de la propagande.
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qui m’était faite de ses vertus, maintenant je suis obligé d’avoir de l’amour pour elle et de la reconnaissance, à laquelle j’ajoute ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, que je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’avoir pour agréable, avec celle de notre petite congrégation, qui est toute vôtre J’ai prié Dieu de tout mon cœur, conformément à votre désir, qu’il bénisse l’emploi si important dans lequel sa providence vous a mis. Et parce que j’ai appris des nôtres de delà que Votre Seigneurie Illustrissime, en son entrée dans le collège de Propaganda Fide, avait eu la dévotion de faire faire une communion générale pour cette fin, afin d’y correspondre de notre côté, j’en ai fait faire aussi une céans ; et tous les prêtres de la maison ont célébré pareillement à votre intention. Et s’il plaît à Dieu, nous renouvellerons de temps en temps les mêmes prières, ne pouvant être employées, ce me semble, pour un meilleur sujet.
Permettez-moi, s’il vous plaît, Monseigneur, que je vous demande pour moi l’assistance de vos prières et que je vous assure que je suis et serai toujours, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
1140. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
Du 9 novembre 1649.
J’ai nouvelles d’une de nos maisons (1) que la mauvaise
Lettre 1149. — Reg. 2, p. 131.
1). Cette maison semble bien être le séminaire du Mans, dont Mathurin Gentil était économe.
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nourriture qu’on y donne fait de mauvais effets dans les corps et dans les esprits, en sorte que, si la personne qui a le soin de la dépense et qui, pensant épargner, se porte a cet excès de ménagerie (3), ne fait un meilleur ordinaire, après l’avertissement que je lui en fais et la lettre que je lui en écris, je serai contraint d’en mettre un autre à sa place, qui donne raisonnablement de quoi sustenter la famille, comme l’on fait à Saint-Lazare et ailleurs ; car, faute de cela, plusieurs en sont indisposés. Je vous dis ceci, Monsieur, à cause que vous êtes en pareil office, et afin que vous ayez soin, s’il vous plaît, d’éviter semblables inconvénients, tâchant de donner de bon pain, bonne viande et de ne pas vendre le meilleur vin pour en donner de pire, ni exposer la communauté aux plaintes d’un avare traitement. J’ai été si touché de celles qu’on m’a faites de la maison dont je parle, que j’appréhende grandement que d’autres me donnent un même sujet d’affliction ; j’espère que ce ne sera pas de votre côté ; je vous prie d’y faire attention.
1150. — ETIENNE BLATIR0N, SUPéRIEUR A GêNES, A SAINT VINCENT
Gênes, novembre 1649.
L’Eminentissime Cardinal (1) a été huit jours avec nous et a fait les exercices spirituels avec les missionnaires, au nombre de dix. Oh ! que c’est un grand serviteur de Dieu ! On ne saurait croire avec quelle exactitude et ponctualité il a observé l’ordre des exercices, quoiqu’il soit d’une complexion fort faible et âgé de 56 ans, mais qui montre en avoir davantage par ses continuels travaux, tant spirituels que corporels. Il faisait oraison le matin en commun avec les autres, et à genoux,
2.) Ménagerie, économie.
Lettre 1150. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. IV, 1er éd., p. 291
1) Le cardinal Durazzo.
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sans se mouvoir depuis le commencement jusqu’à la fin bien que quelques-uns se levassent. Et quant aux autres méditations, que chacun faisait dans sa chambre il les faisait à genoux ou, si parfois il se trouvait un peu fatigué, il me demandait s’il pourrait se lever ; je lui avais déjà dit qu’il le pouvait et que même il était a propos qu’il s’assit quelque peu de temps pour ne se pas trop incommoder ; et il ne laissait pas à chaque fois de me le demander, pour avoir le mérite de l’obéissance. Lorsqu’il communiquait les pensées et les bons sentiments de ses oraisons il le faisait avec autant de simplicité, d’humilité et de dévotion qu’aucun de nous. Sitôt qu’il entendait la cloche pour l’office ou pour les autres exercices de la communauté, il laissait tout et se trouvait des premiers à la chapelle. A table, il voulait être traité comme les autres ; je le suppliai de permettre que nous le traitassions différemment ; à quoi enfin il condescendit. Il montrait avoir peine qu’on lui donnât à laver à part, se voulant conformer aux autres.
Sur la fin des exercices, je le priai de nous donner à tous sa bénédiction, pour impétrer de Dieu la persévérance ; ce qu’il ne voulait pas faire ; mais, au contraire, il voulait absolument que je la donnasse moi-même. Toutefois, après beaucoup d’importunités, il nous la donna. Oh ! mon cher Père, quel exemple de vertu avons-nous devant les yeux !
1151. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Entre 1647 et 1649] (1)
Mon très honoré Père,
Pardonnez à ma trop violente appréhension de la chose que j’ai toujours le plus crainte en la personne de qui je vous ai parlé. Les réflexions que je fais en ce sujet (qui augmentent ma douleur) ont été cause que la consolation que Dieu me donne par votre charité ne vous a pas paru. Si vous croyez qu’il y a eu de la conduite de la divine Providence en ma vie, au
Lettre 1151. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Avant 1647, Louise. de Marillac écrit toujours "Monsieur", en tête de ses lettres à saint Vincent ; après 1649, elle ne l’appelle plus que "Monsieur et très honoré Père", ou "mon très honoré Père", ou "mon très Révérend Père". Ici nous trouvons "Mon très honoré Père" au début, "Monsieur" à la fin ; ce qui indique la période 1647-1649
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nom de Dieu, mon très cher Père, ne m’abandonnez pas en ce besoin, sinon faites-moi la charité de me faire connaître ma tromperie, pour que je ne meure pas impénitente.
J’ai oublié de vous très humblement supplier pour l’amour de Dieu de dire demain la sainte messe pour mon fils et de faire ce qu’il plaira à Dieu vous inspirer pour lui aider à sortir de la grande peine en laquelle je crois qu’il est, et qui vous ferait grande compassion, si vous la voyiez comme moi.
Je fais tout ce que je puis pour entrer dans les pensées que vous m’avez fait l’honneur de me donner. J’ai soupé mieux que je ne pensais, et veux essayer de donner à Dieu ce qu’il me demande par ce rencontre-ci, que j’espère connaître par les avertissements que votre charité me donnera dont j’ai grand besoin, et d’être autant que Dieu le veut, Monsieur, votre très obligée fille et humble servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1152. — AU FRèRE JACQUES RIVET, FRèRE COADJUTEUR A LA ROSE
13 novembre 1649.
J’ai reçu vos lettres et par elles une consolation que je ne puis vous exprimer, de vous savoir de retour à La Rose, où je vous adresse la présente, pour vous dire que vous y soyez le bien revenu. Certes, quoi que l’on m’ait écrit de vous, j’ai toujours cru que vous feriez ce que vous avez fait. A la vérité, le pas a été dangereux ; mais la grâce de Dieu a été forte, et vous fidèle à la vocation, dont je bénis mille et mille fois sa miséricorde. Vous eussiez fait du bien auprès de ce bon prélat (1), mais vous en ferez incomparablement davantage, demeurant dans le premier état où vous savez que Dieu vous a mis ; et bien que ce seigneur-là soit grandement vertueux, vous eussiez néanmoins été obligé à converser avec des gens
Lettre 1152. — Reg. 2, p. 301.
1) Jean d’Estrades, évêque de Condom.
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qui ne le sont pas tant que lui, dont l’exemple et la conversation vous eussent peut-être trop endommagé. Notre affaire va à gagner le ciel ; le reste n’est qu’un pur amusement ; allons-y donc par les voies plus courtes et plus sûres, comme sont celles d’une vie retirée, de l’acquisition des vertus chrétiennes et évangéliques, et enfin de l’observance de notre petit règlement. Or sus, mon cher frère, je prie Notre-Seigneur, qui vous a conservé dans un tel péril, qu’il accomplisse en vous ses desseins éternels ; sans doute qu’il vous veut élever en sa maison et vous rendre tout sien dans le temps et dans l’éternité. Amen.
1153. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
15 novembre [1649] (1).
Quant à l’alliance éternelle que vous désirez contracter avec Notre-Seigneur dans la compagnie, ô Jésus ! Monsieur, je le veux bien, et de tout mon cœur, qui chérit le vôtre plus que je ne vous puis exprimer.
1154. —- LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Novembre 1649 (1)
Mon très honoré Père,
Je suis extrêmement fâchée de vous être tant importune, mais l’impossibilité de continuer à recevoir ; les petits enfants
Lettre 1153. — Reg. 2, p. 18.
1). Le manuscrit date la lettre de 1645. Il est fort probable que le copiste a pris un 9 pour un 5. Le 15 novembre 1645, en effet, Marc Coglée était à Marseille, non à Sedan. De plus, il n’a fait les vœux que le 13 décembre 1649.
Lettre 1154 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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nous presse trop. Il y en a présentement sept, à nos deux nourrices, qui ne veulent point boire au biberon, et l’on n’a pas un double (2) pour les mettre en nourrice, ni aucune provision de drap ni linge, et nous n avons aucune espérance d’en pouvoir plus emprunter. Faites-nous la charité, mon très honoré Père, de nous mander si nous pouvons en conscience les voir mettre en état de mourir, car les dames ne font aucun cas de nous donner secours, et je m’assure qu’elles croient que nous faisons nos affaires à leurs dépens, ce qui est bien contraire à la vérité, car de l’argent qu’il fut résolu que nous recevrions pour la nourriture des nourrices, nous n’en avons retenu que cent livres. Je ne sache qu’un seul moyen pour le soulagement de tous ceux qui souffrent en cette œuvre, qui est que nous, au nom de notre compagnie, présentions requête à Monsieur le premier président (3) pour nous faire décharger de recevoir les enfants et en charger qui il lui plaira. Mais il faudrait que les dames agréassent cette action, pour ne choquer personne : sans cela, il me semble que nous sommes en continuel péché mortel.
Il fut hier apporté 4 enfants, et, outre les 7 à la mamelle, y en a trois sevrés, tout nouveau treuvés dont y en a un en chartre (4), et les faut remettre en nourrice s’il se peut. Si nous pouvions porter cette peine sans vous en faire part, je le ferais très volontiers, mais notre impuissance ne le permet pas. Ces bonnes dames ne font pas ce qu’elles peuvent ; pas une n’a rien envoyé, ni il ne se reçoit rien de celles de la compagnie, à cause que la plupart ont avancé leur année. Je supplie Dieu nous faire miséricorde ; je commence à craindre que toute cette misère vienne à cause de moi, qui suis toute telle que je suis, mon très honoré Père, votre très obéissante et très obligée fille.
L. DE MARILLAC.
Je pense qu’il faudrait faire une grande assemblée. La collation de l’Hôtel-Dieu s’en va aussi périr.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2) Petite pièce de cuivre de la valeur de deux deniers.
3) Mathieu Molé.
4) Maladie du carreau ou de l’atrophie mésentérique.
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1155. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Novembre 1649 (1)
Mon très honoré Père,
Je supplie très humblement votre charité de me donner demain quelque quart d’heure, pour que je puisse regagner ce qu’il m’a semblé que j’avais perdu hier par l’occasion que la divine Providence m’en donnait. Je ne sais si je dois en accuser la crainte ou mon orgueil, qui me fait toujours reculer à parler de moi.
Voilà la réponse de Madame de Romilly. Je vous supplie prendre la peine me mander si je ne laisserai pas d’envoyer votre lettre à Madame la présidente de Lamoignon encore que Madame la princesse (2) ne vienne pas, et s’il est expédient de prier Madame de Brienne, qui est de retour en cette ville. Voilà un petit mémoire que j’ai fait à ce que vous preniez la peine, si vous le jugez à propos, d’en parler à l’assemblée et nous avertir où elle se fera pour le mander à Mademoiselle de Lamoignon.
S’il plaît à votre charité nous mander si nous avertirons nos sœurs de Serqueux de nous envoyer la fille dont elles nous parlent ? Voilà aussi une lettre de Messieurs de Gien. Que leur dirons-nous ? Madame la duchesse de Ventadour (3) ne presse-t-elle point davantage ?
Il s’en alla encore hier une de nos sœurs, avec son habit,
Lettre 1155. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2). Charlotte de Montmorency, princesse de Condé.
3). La duchesse de Ventadour, née Marie de la Guiche de Saint-Gérand, avait épousé, le 8 février 1645, Charles de Lévis, duc de Ventadour, veuf de Suzanne de Thémines de Montluc, qui avait légué par testament 40.000 livres à saint Vincent pour la fondation d’une mission à Cauna (Landes). Après la mort de son mari (19 mai 1649) Marie de la Guiche chercha sa consolation dans les œuvres de charité. Ce fut une des principales auxiliaires et des meilleures amies de Louise de Marillac. La veille du jour où celle-ci allait rendre son âme à Dieu, la duchesse de Ventadour accourut. Elle soigna la mourante avec tout le dévouement d’une Fille de la Charité, passa une partie de la nuit auprès d’elle, puis, après un court repos revint et resta au chevet de la vénérée malade jusqu’à la dernière minute. Elle voulut tenir elle-même le cierge béni. (Cf. Gobillon, op cit, pp. 178 et 180) La duchesse de Ventadour fut élue en 1683 présidente
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sans dire mot, c’est celle de St-Cloud. Que veut dire cela ? Ne faudrait point de nécessité faire quelque répréhension sensible à quelques-unes pour que cela fît perdre cette coutume ? car celle-ci une fois nous a demandé de s’en aller ; nous lui accordâmes et demeura de sa libre volonté. Il me semble que Dieu nous parle par ces rencontres, ou pour détruire l’œuvre, ou pour l’affermir. S’il plaît à votre charité y penser et me dire en toute liberté si je suis le Jonas qu’il faille en tirer ?
Je suis à Dieu pour tout ce qui lui plaira et, Monsieur, votre très obéissante servante et très obligée fille.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1156. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Novembre 1649] (1).
Mon très honoré Père,
Je suis trop importune mais nous sommes tout à fait au point qu’il faut avoir du secours sans retarder, ou tout quitter. Il fut nécessaire hier de bailler tout l’argent de la dépense de céans, à 15 ou 20 livres près, pour avoir du blé pour le, enfants de Bicêtre, et d’en emprunter pour avoir jusques a 4 setiers ; et l’on ne saurait recevoir quoi que ce soit d’un mois d’ici. Il y a céans 12 ou 13 enfants, et l’on n’a point de langes pour les changer. Il faut, s’il vous plaît, que l’assemblée des dames de demain fasse quelque chose, soit la résolution de quêter aux paroisses tous les dimanches, y poser de petits troncs en quelque lieu éminent, les faire recommander par Messieurs les curés et prédicateurs et faire cette quête à la
des dames de la Charité. Elle mourut en son château de Sainte-Marie-du-Mont en Normandie, dans la nuit du 22 au 23 juillet 1701, âgée de soixante-dix-huit ans. Grâce à ses libéralités, cette localité eut dès 1655 son établissement de Filles de la Charité.
Lettre 1156. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2). Charlottte de Montmorency, princesse de Condé.
3) Marie de Hautefort, femme remarquable par sa grande beauté, qui lui avait valu dans sa jeunesse les adulations de la cour et les faveurs de Louis XIII, mariée au duc de Schomberg, pair et maréchal de France, comte de Nanteuil, morte le 1er août 1691. (Madame de Hautefort par Victor Cousin, Paris, 1868, in-8°)
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cour qui fut proposée. Je crois que si l’on allait parler à Madame la princesse (2) sur ces extrêmes besoins, qu’elle donnerait quelque chose. Cela est pitoyable que les dames se mettent si peu en peine ; il faut qu’elles croient que nous avons bien de quoi faire subsister, ou quelles nous veuillent contraindre à tout quitter ; et pour ces raisons je pense qu’elles ont résolu de ne rien faire du tout.
S’il plaît à votre charité nous faire avertir si nous enverrons des billets pour l’Assemblée et si vous treuvez bon que l’on y mande Madame de Schomberg (3) et Madame de Verthamon (7) ?
Pour le reste que j’avais à vous dire, cela serait trop long ; ce sera plus tôt fait demain de vous en dire un mot, si j’ai l’honneur de vous voir. J’ai grand besoin de très particulière assistance de Dieu, ne voyant, en tout ce qui me touche, que misère et affliction. Dieu en soit béni ! C’est assez vous faire connaître le besoin que j’ai, qui n’a autre espérance de secours et consolation que de votre charité, de qui la Providence a voulu que je sois, mon très honoré Père très obéissante fille et très obligée servante.
S’il plaît à votre charité nous mander si le billet pour la conférence est bien le sujet qu’elle m’a donné, sur la plainte que je vous faisais des sœurs qui demandent d’être changées (7) Je crains que vous alliez aux champs.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1157. — A JEAN GICQUEL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS (1)
Du 5 décembre 1649.
La difficulté que vous avez à faire le débit de la dépense des missions m’oblige à vous prier de vous bien donner à Dieu pour agréer toute sorte d’emplois. Vous
Lettre 1157. — Reg. 2, p. 301.
1) Jean Gicquel, né à Miniac (Ille-et-Vilaine) le 24 décembre 1617, ordonné prêtre au carême de l’année 1642, entré dans la congrégation de la Mission le 5 août 1647, reçu aux vœux le 6 mai 1651, supérieur au séminaire du Mans de 1651 à 1657, directeur de la compagnie des Filles de la Charité de 1668 à 1672. On lui attribue un journal très intéressant des derniers jours de saint Vincent, journal conservé à la maison-mère de la Mission.
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devez estimer, Monsieur, que vous faites sa volonté quand vous accomplissez les ordres qu’on vous donne, et vous persuader qu’on s’éloigne de cette divine volonté, quand on suit son propre choix. Ce serait assez de vous dire cela même, au regard des cérémonies ; mais il y a plus, c’est qu’elles sont grandement recommandées dans les Saintes écritures, où elles vont quasi de pair avec les divins commandements ; ce qui a fait penser que Dieu est autant honoré par les cérémonies, quand elles sont faites dans son esprit, comme il l’est par l’observance de sa loi. Et de là vous pouvez juger de quelle importance est cet exercice et s’il n’y a pas de la tentation à s’en faire exempter. Au nom de Dieu, Monsieur, tenons-nous dans l’indifférence ; appliquons-nous d’une égale affection à tout ce que l’obéissance nous marquera, soit agréable ou désagréable. Nous sommes à Dieu, par sa grâce ; que désirons-nous autre chose que de lui plaire ? Si l’on nous contredit, ce n’est pas merveille ; quel mérite y a-t-il de ne l’être pas ? Et qui est celui qui s’en peut garantir ? Faut-il, pour quelque petite contradiction, désister de faire le bien, et un bien tel qu’est celui de glorifier Dieu ? La personne dont vous m’écrivez, qui trouve à redire à vos cérémonies, a grand tort d’agir comme il agit ; mais j’espère qu’il ne le fera plus. Je lui en ai touché un mot, et peut-être que je lui ferai encore mieux connaître sa faute à la première occasion.
Nous vous enverrons quelqu’un bientôt, Dieu aidant, pour convenir des mêmes cérémonies que nous faisons ici, afin qu’en cela, comme au reste, nous tâchions d’être uni formes.
Je loue Dieu du bien que l’on me mande de vous, qui êtes à exemple de delà. J’en ai le cœur plein de consolation.
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1158. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 8 décembre 1649.
Si M…. m’écrit, je prendrai sujet, en lui faisant réponse, de lui faire sentir qu’il ne nous donne pas la satisfaction qu’il nous a fait espérer, et je tâcherai de lui insinuer un peu plus de soumission et d’indifférence qu’il n’en témoigne ; mais, comme c’est plutôt l’office du Saint-Esprit que celui des hommes, qui peuvent dire, mais non pas toucher, nous prierons Dieu pour cela ; et c’est ce que je vous prie de faire, Monsieur, à ce qu’il l’attire fortement à la pratique des vertus, surtout de l’humilité et de la condescendance ; à quoi vos bons exemples contribueront aussi. Sa correction sera peut-être de longue venue, à cause de son âge bouillant et de la vivacité de son esprit ; mais patience ! cela même nous le doit faire doucement supporter, dans l’espérance qu’un âge plus avancé rabattra les fumées de la présomption et la vigueur de l’appétit, qui, d’ordinaire, se trouve dans les jeunes gens.
Je sais assez, Monsieur, combien il y a à souffrir dans l’office où vous êtes, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie dans les difficultés ; c’est dans ces occasions ou nous acquérons les vertus ; et là où il n’y a point de peine, il y a peu de mérite. Je voudrais qu’il plût à Dieu nous donner une grande indifférence pour les emplois. O Monsieur, que nous serions pour lors assuré de faire sa sainte volonté, qui est notre unique prétention, et que nous aurions de paix et de contentement, ce me semble ! Je vous supplie de lui demander instamment cette grâce pour moi et pour toute la compagnie. Je lui
Lettre 1158 — Reg 2, p 108
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lui offre souvent votre âme, qui m’est très chère, pource qu’elle est bien bonne et bien précieuse à Notre-Seigneur, en qui je suis votre…
1159. — A RENé ALMERAS, SUPéRIEUR, A ROME
10 décembre 1649.
Je ne puis pas bien vous répondre, au sujet du frère [Doutrelet] (1), que je ne sache à quoi il s’est déterminé et jusques où peuvent aller ses bonnes intentions pour la compagnie, si tant est qu’il soit résolu d’y demeurer. Je vous dirai néanmoins, Monsieur, que, si sa conversion est véritable et si étendue qu’elle embrasse un dessein arrêté de mourir en sa vocation et d’y vivre selon nos usages, une soumission entière aux supérieurs, et l’indifférence aux lieux et aux emplois, et enfin le désir de travailler incessamment à l’acquisition des vertus, si, dis-je, tout cela vous paraît dans la solidité qu’il faut, je consens que vous le reteniez et en essayiez quelque temps. Que s’il se résout à sortir, je n’ai rien à dire, sinon in nomine Domini, et qu’il faut, en même temps qu’il sortira, lui faire signifier la révocation de son titre. Mais s’il veut encore côtoyer ces deux extrémités, marchander avec Dieu et avec la compagnie, n’aller que d’un pied, vouloir faire une chose et non pas une autre, bref, nous être à peine, comme il est depuis quelque temps, je crois qu’il n’en faut pas faire à deux fois et que vous devez tâcher à le résoudre doucement à la retraite et à tirer de lui, si vous pouvez, une déclaration par écrit que, le titre ne lui ayant été fait que pour lui donner moyen de travailler dans la compagnie, il n’entend point
Lettre 1159. — Reg 2, p. 268
1) Voir la lettre 1068
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s’en servir, ni en rien demander, attendu sa sortie. Et s’il ne le veut pas faire, ne laissez pas de le mettre dehors, s’il vous plaît ; et dans cet instant, faites-lui notifier la révocation que nous faisons dudit titre et en faites avertir ceux auxquels il se pourrait adresser pour se faire donner les saints ordres, afin d’empêcher qu’il y soit admis. Il est aussi à propos qu’en même temps vous fassiez un procès-verbal de sa mauvaise conduite, marquant les actions plus scandaleuses qu’il a faites, et l’état présent où il se trouve. Vous le ferez signer par quelques-uns de vos prêtres qui ont remarqué ses dérèglements. Vous verrez comment il faudra faire cet acte ; prenez-en avis. Si je ne puis aujourd’hui, je vous enverrai au premier jour la procuration de la compagnie pour faire ladite révocation.
1160. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1649] (1)
Monsieur,
Voilà une lettre de Mademoiselle de Villenant par laquelle vous verrez ce que j’ai appris de l’affaire (2). Ce qui m’inquiète est la difficulté que les veuves ont à se défaire de leur office après la mort de leur mari ; l’argent qu’il nous faut treuver pour se faire recevoir et pour la taxe aux parties casuelles ou la peine à en obtenir le don que l’on m’a dit se pouvoir faire ; et de plus la bonne demoiselle qui négocie cette affaire, m’a dit aujourd’hui que ce qui pressait d’avoir résolution est que la personne qui avait été en pourparler de cette affaire devant nous était allée en son pays, et que l’on
Lettre 1160. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2). A la veille du jour où, devait se faire le mariage de Michel Le Gras, sa mère cherchait. à lui assurer une situation honorable. Le projet dont elle parle dans cette lettre n’aboutit pas. Il fallut chercher autre chose. René-Michel de la Rochemaillet, oncle de celle que Michel devait épouser, consentit à céder au jeune homme l’office de conseiller à la cour des Monnaies.
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serait bien aise que, à son retour, il treuvat l’affaire faite à un autre. Cela me donne un peu de crainte que l’on ne pense à rompre avec nous. Si cela est, je ne saurai plus que dire.
Toutes les difficultés ci-dessus ne sont qu’en vue du peu d’expérience de mon fils ; mais il a besoin d’éperon pour travailler à bon escient et de quelque moyen de s’occuper par lui-même. Il a, comme moi, l’esprit paresseux ; et pour agir il faut que nous soyons pressés, soit par les affaires nécessaires, soit par nos inclinations, qui, par saillies, nous font entreprendre de faire même des choses assez difficiles.
Monsieur de Marillac (3) voyant les articles (4), a bien vu y avoir quelque chose à désirer, mais néanmoins ne m’a pas conseillé de rompre, encore que l’on ne m’accordât pas ce qu’il m’a conseillé de demander voyant en cette affaire de grands avantages pour nous. Si votre charité venait samedi matin en ce quartier, je la supplie très humblement m’en faire avertir ; ce doit être ce jour-là que l’oncle (5) et la fille (6) doivent venir, et je pense qu’il faudra convenir de tout. Votre cher et bon avis m’aidera beaucoup à prendre résolution. Je vous supplie très humblement me le donner de la part de Notre-Seigneur, par lequel je suis, Monsieur, votre très humble fille et très obligée servante.
L. DE M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1161. — A SIMON LE GRAS, éVêQUE DE SOISSONS
De Paris, ce 15e décembre 1649.
Monseigneur,
J’ai reçu votre lettre et vos commandements comme s’ils me fussent venus de la part de Notre-Seigneur.
3) Michel de Marillac, conseiller au parlement.
4) Les articles du contrat de mariage.
5) René-Michel de la Rochemaillet.
6) Demoiselle Gabrielle Le Clerc, fille du seigneur de Chennevières et de feu dame Musset de la Rochemaillet.
Lettre 1161. — Bibl. de Sainte-Geneviève, ms. 3251, f° 323, copie. L’orthographe de la copie montre que l’original était en entier de la main du saint.
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J’étais entré dans vos sentiments, Monseigneur, touchant Madame l’abbesse de Biaches (1), auparavant que je les connusse, et je m’étais servi à peu près des mêmes raisons que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, vers ceux qui m’ont parlé pour elle, et vers elle-même, pour la faire désister de Saint-Jean-des-Bois (2) et résoudre d’accepter Argensolles (3) ; à quoi, Monseigneur, elle s’est enfin déterminée, pourvu que Madame d’Argensolles et ses religieuses y donnent consentement. Je lui dis que j’y travaillerais, et, en effet, j’en fis la proposition bientôt après à M. de Montmaur, beau-frère de ladite dame d’Argensolles (4), lequel j’ai instruit à plein fond du mérite de l’affaire, à ce qu’il s’entremette vers elle, comme volontiers il m’a fait espérer. Du depuis il m’a dit qu’il en a conféré avec une religieuse de l’Ordre, qui fait les affaires de ladite dame, et qu’il l’a priée d’aller à Saint-Germain et de lui en parler, dont nous attendons la réponse.
Entre les difficultés que mondit sieur de Montmaur a prévu que lesdites religieuses d’Argensolles nous feront, la principale est le. sujet qu’elles ont de craindre que, livrant leur maison à des religieuses de pareil Ordre, elles ne veuillent quelque jour passer du positoire au possessoire, et qu’ainsi la propriété leur soit contestée par celles qui n’y ont aucun droit. A cela, Monseigneur, j’ai répondu qu’il en sera fait un traité si authentique que jamais cette prétention n’aura lieu, lequel sera homologué
1) Blanche d’Estourmel. Elle gouverna le monastère de Biaches, au diocèse de Noyon, de 1614 à 1664.
2). Dans l’Oise, près Compiègne. Saint-Jean-des-Bois et Argensolles étaient du diocèse de Soissons.
3). Argensolles est à une lieue d’Epernay. Le monastère avait alors à sa tête Claude de Buade (1630-1681). Il était, comme celui de Biaches, de l’Ordre de Cîteaux.
4). Maître des requêtes
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en parlement et ailleurs où besoin sera, et où elles déclareront qu’elles n’entrent dans ce monastère que par simple hospitalité, et s’obligeront de sortir lorsqu’il plaira à Dieu nous donner la paix.
Je me donnerai l’honneur, Monseigneur, de vous faire savoir la suite de cette négociation, qui m’est à bénédiction particulière, puisqu’elle me donne sujet de vous demander la vôtre, comme je fais, Monseigneur, très humblement prosterné en esprit à vos pieds, vous suppliant de croire qu’il n’y a prêtre en votre diocèse qui vous rende obéissance avec plus de soumission et de joie que je ferai, quand vous aurez agréable de m’en donner les occasions ; et c’est ce que j’attends, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
1162. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
15 décembre 1649.
Ayant vu la lettre que vous avez écrite à M. Lambert, je prends sujet de vous dire que nous ne devons point nous entremettre pour les affaires de M. le duc (1) : 1° pource que cela donne jalousie à ses officiers de delà ; 2° que ce serait nous rendre importuns envers Madame (2), qui sera fort édifiée, si nous la laissons ; 3° votre prédécesseur (3) ayant donné sujet de penser qu’il s’autorisait
Lettre 1162. — Reg. 2, p. 178.
1) Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu, neveu de la duchesse d’Aiguillon.
2). La duchesse d’Aiguillon.
3). Denis Gautier.
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un peu trop de la faveur de madite dame, il a attiré sur lui et sur la compagnie la malveillance du peuple et l’envie des principaux de la ville ; 4° notre profession nous doit faire abstenir de négocier aucune affaire séculière. Et puis, si je ne me trompe, le procureur dont vous parlez me vint trouver quand j’étais à Richelieu et désira de moi la même assistance ; mais j’appris qu’il y avait des raisons particulières pour lesquelles on ne lui doit pas accorder sa demande. Vous n’en parlez aussi, Monsieur, que par simple proposition, et seulement pour ne le pas désobliger par un refus d’écrire pour lui ; ni moi je ne vous dis pas tout ceci tant pour son sujet que pour d’autres occasions qui se présenteront. Dans la nouveauté d’un séjour et d’un emploi, nous avons toujours besoin de quelques avertissements.
Je vous dirai encore, Monsieur, touchant la nourriture du prédicateur, qu’il n’est pas temps de s’en plaindre et encore moins de la rejeter sur les habitants, de crainte qu’ils se confirment dans l’opinion qu’ils ont, que nous sommes des gens avares, et qu’ils nous reprochent que la maison est bien rentée, et que, recevant d’autres personnes en retraite gratis, nous pouvons bien faire la charité à un pauvre Capucin. On verra avec le temps si l’on pourra procurer quelque fonds à la fabrique pour cela et pour le reste. Cependant je vous prie derechef de laisser les choses comme elles sont, sans rien changer ni innover, et cela pour cause.
Ceci vous servira de réponse à la pensée que vous avez eue de faire un papier terrier, un arpentement des terres, etc. Ce n’est pas qu’il n’en faille venir là, mais non de quelque temps ; il nous faut auparavant obtenir l’amortissement du seigneur.
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1163. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Mercuès, le 15 décembre 1649.
Après vous avoir rendu mille grâces du soin qu’il vous a plu prendre de parler à Monsieur le chancelier et lui avoir si bien exposé les raisons qui le peuvent mouvoir à m’accorder la grâce que je lui demande, et vous avoir supplié de me vouloir continuer les mêmes soins près la reine je vous dirai que je tiens mon évocation aussi assurée que si je l’avais entre les mains, parce qu’il ne faut pour cela qu’un commandement de Sa Majesté à Monsieur le chancelier, car, ne m’ayant jamais refusé aucune chose que je lui aie demandée, ce qui a été toujours pour les autres comment pourrais-je douter quelle me refuse cette grâce que je lui demande pour ma chère épouse, après avoir fait et souffert, comme j’ai fait, pour le service du roi et de Sa Majesté pouvant dire avec vérité que, depuis le commencement de ce trouble jusqu’à présent, je n’ai laissé passer aucune occasion que je n’aie ménagée et employée pour cela. Je n’ai pas même attendu qu’elles se présentassent mais les ai recherchées et me suis opposé fortement et constamment à tout ce que j’ai connu contraire au service de Leurs Majestés, et qu’après cela, me trouvant dans l’extrémité dans laquelle je me vois, elle me refuse sa protection, je ne le saurais croire.
Vous recevrez par les mains des députés une copie de notre conférence, que je n’ai encore envoyée à aucun de Messeigneurs les prélats qui y ont assisté, qu’à Monseigneur de Périgueux, n’ayant pas eu le temps de la revoir et l’examiner ; ce que je ferai après être sorti de mes exercices, que je fais présentement. J’ai ajouté, après vous l‘avoir envoyée, au commencement de l’article de la visite, les mots que vous verrez dans le billet ci-inclus, que j’ai jugé à propos d’insérer comme étant conformes aux conciles et aux saints décrets. Vous verrez comme quoi il a été résolu d’établir des séminaires et que ceux qui ne le pourront enverront les ecclésiastiques de leur diocèse dans le plus prochain Et pour ce qui est de la conduite, nous avons toujours entendu qu’elle fût donnée aux vôtres. Nous demeurâmes aussi d’accord qu’il fallait établir un collège ou maison pour y recevoir les personnes
Lettre 1163 — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original
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qui se dédieront au service de Dieu, pour être élevées à la piété et dans l’esprit de l’église pendant leurs études ; et ce fut pour lors que je dis qu’il en fallait donner la conduite aux vôtres, et apportai plusieurs raisons pour cela. Aussi fut-ce une proposition agréée de toute la compagnie, etc.
ALAIN DE SOLMINHIAC,
évêque de Cahors.
1164. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1649] (1)
Monsieur,
Je crois que votre charité se souviendra que je lui ai parlé de cette bonne file de St-Cloud, pour laquelle est cette lettre, que vous prendrez la peine de voir, s’il vous plaît. La divine Providence n’a pas permis qu’elle ait trouvé à vendre ses héritages ; mais elle les donne à loyer à sa sœur, qui est bien solvable et qui lui en doit rendre par an trente écus. Nos sœurs l’affectionnent et ne treuvent pas d’inconvénient de la recevoir, pourvu que votre charité l’agrée.
Nous désirerions bien savoir si les pauvres nourriciers auront quelqu’argent ces fêtes et si les enfants qu’ils rapportent encore à la mamelle, faute de payement, ne seront pas mis en nourrice sur l’argent donné pour y mettre les nouveaux trouvés. L’on fera tout ce que l’on pourra pour leur faire remporter si l’on a quelque chose ; mais déjà il nous en est demeuré.
Nous avons grand besoin de la conduite de Dieu pour l’affaire de mon fils (2) qui, je crois, se donnera l’honneur de vous en parler ayant pris la liberté de demeurer ce soir chez vous, crainte de mauvais rencontre. Il vous dira les incidents fâcheux de cette affaire, qu’il me semble avoir toujours soumise à la volonté de Dieu, en laquelle j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 1164. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Voir lettre 1160 note 2
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1165 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1649] (1)
Monsieur,
Je supplie très humblement votre charité bien recommander à Dieu notre affaire (2). J’ai treuvé Mesdames de Marillac (3) bien disposées à nous faire plaisir ; mais la religieuse treuve à propos que je voie Mlle d’Atri (4), pour la faire souvenir des services que feu M. Le Gras a rendus à feu Mme sa mère, et essayer qu’elle fasse pour mon fils quelque disposition, comme M. le comte de. Maure (5) ; et pour cela, je vous prie me permettre d’aller à Port-Royal avec Madame sa femme, qui m’y veut bien mener demain ou après.
Je crains bien que Madame de Herse ait éloigné les dames de se trouver à l’assemblée, par la proposition qu’elle a faite d’y apporter de l’argent. Je pense, Monsieur, qu’il serait nécessaire qu’elle fît entendre que sa pensée n’est pas que ce soit de leur bourse, ni que l’on y voulut obliger personne.
Plus je pense à ce que l’on doit, et plus je crains que l’affaire nous demeure sur les bras. Les nourrices commencent à nous fort menacer et à rapporter les enfants, et les dettes se multiplieront à tel point qu’il n’y aura pas d’espérance de les payer ; et puis la compagnie sera décriée par la campagne plus que la fausse monnaie.
Je pense à cette bonne pauvre femme grosse. Je crois qu’elle pourrait être reçue présentement ; s’il vous plaît que j’en parle, de votre part, à la Révérende. Mère prieure (6) et à Madame Le Vacher, je le ferai très volontiers.
Je n’ai pas eu le temps de voir M. Desbordes (7) comme je
Lettre 1165. — Dossier de la Mission, copie prise chez M. Julien Durand, 263 boulevard Saint-Germain, Paris.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) L’emploi que Louise de Marillac désirait pour son fils.
3). Jeanne Potier, épouse de Michel de Marillac, et Marie de Creil, veuve de René de Marillac, alors religieuse au Carmel.
4). Marie-Angélique d’Atri, fille de Geneviève d’Attichy. Le mari de Louise de Marillac avait beaucoup fait pour les d’Attichy, après la mort de leurs parents. Il "avait tout consommé, écrit la fondatrice son temps et sa vie, au soin des affaires de" leur "maison, négligeant entièrement les siennes propres".
5). époux d’Anne d’Attichy, tante de Mademoiselle d’Atri.
6). La prieure des Augustines de l’Hôtel-Dieu.
7) Vicomte de Soudé et auditeur des comptes
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m’étais proposé. M..de Marillac m’a donné éclaircissement du plus pressé. N’était que cette affaire est de la conduite de la divine Providence, je l’appréhenderais grandement
Vous savez mes besoins pour obtenir de notre bon Dieu les moyens d’attirer la grâce pour l’exécution, et qu’il veut toujours, ce me semble, que je remette ma volonté et mon petit pouvoir d’agir entre les mains de votre charité pour lui tout offrir ; ce que je fais très particulièrement en ce sujet et tout autre, pour l’accomplissement de ses saints desseins sur celle qui est par sa grâce, Monsieur votre très obéissante servante et très obligée fille.
LOUISE DE MARILLAC.
1166 — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce jeudi, à onze heures. [Décembre 1649 (1)]
Mademoiselle,
Vous avez raison de craindre quelque chose en la nature du dot qui est cet office. Ce qui me fait vous dire ceci, c’est à cause qu’il y a longtemps qu’il est vacant, que cela procède peut-être de ce qu’ils n’ont trouvé de marchand qui le voulût acheter. Vraisemblablement ils le devaient vendre, puisqu’il appartient à plusieurs ; je ne sais point s’il ne serait pas de ceux de nouvelle création, desquels peu de gens veulent acheter ; il est à propos que vous vous en informiez. Mademoiselle Lunis a un neveu de feu M. son mari, qui est de la cour des Monnaies, qui se nomme M. Cocquerel. Celui-ci, par l’adresse de madite demoiselle Lunis, vous pourra dire de quelle nature il est, ce qu’ils valent de prix, combien de gages ils ont, s’ils en sont payés, s’il n’y a point de saisie pour dette, ou d’opposition au sceau.
L’œuvre des enfants est entre les mains de Notre
Lettre 1166 — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre répond à la précédente
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Seigneur. Nous verrons vendredi l’effet de la proposition de Madame de Herse (2) Pour les injures que la compagnie aura à souffrir, puisque c’est en bien faisant, elle sera bien heureuse
Vous me ferez plaisir de parler à ces bonnes religieuses de l’Hôtel-Dieu pour cette pauvre créature, qui n’est pas encore en cette ville et n’y sera de dix ou douze jours.
Vous ferez bien de voir Mademoiselle d’Atri.
Je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse vos travaux et votre affaire, qui suis v. s.
V. D.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1167. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Du 18 décembre 649.
Je pensais que notre frère Admirault (1) s’en tiendrait à ce que j’ai déjà mandé à M. Benoît (2) pour lui dire, qui
2) D’après Mgr Baunard (op. cit., p. 399), ce serait au discours tenu dans cette assemblée que se rapporterait l’émouvante péroraison si souvent et si justement citée comme un modèle d’éloquence "Or sus, Mesdames, la compassion et la charité, etc.", et ce discours ne serait autre que celui dont le canevas nous a été conservé dans le recueil des Lettres de Louise de Marillac, p. 449 et suiv Cette double affirmation est gratuite et même erronée. (Cf. Saint Vincent de Paul et les Dames de la Charité par P. Coste, Paris, 1917, in-8, p. 32, note 2.)
Lettre 1167. — Reg. 2, pp. 302, 178 Le second fragment commence aux mots : N’y a-t-il pas moyen, Monsieur, de renvoyer à M. Cuissot. Précédait-il ou suivait-il dans l’original le fragment que nous mettons ici en premier lieu ? Nous ne saurions le dire.
1) Claude Admirault, né à Chinon, entré dans la congrégation de la Mission le 20 septembre 1648, à l’âge de seize ans, reçu aux vœux en 1651, ordonné prêtre en décembre 1656, placé au séminaire d’Agen, supérieur du séminaire de Montauban de 1665 à 1675 et de 1686 à 1690, du séminaire d’Agen de 1690 à 1694.
2). Benoît Bécu.
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est que nous avons en pratique le conseil de l’évangile, de ne retourner chez nos parents, après les avoir quittés pour suivre Notre-Seigneur. Vous savez ce qu’il a dit sur ce sujet et comme il détournait ses disciples d’aller en leur pays ; il y voyait de l’inconvénient pour eux, et nous en avons toujours trouvé pour les nôtres en telles occasions. Si vous me dites, Monsieur, pourquoi donc nous vous avons envoyé chez vous, je vous répondrai que c’est parce que vous ne le demandiez pas, comme en effet vous n’y êtes allé que par obéissance. Et puis il y a grande différence de vous à un jeune homme ; vous êtes ancien et, par manière de dire, confirmé dans la compagnie ; et lui au contraire est frêle et commençant. Je vous prie donc de le détourner de cette visite et d’en ôter l’espérance à ses parents.
N’y a-t-il pas moyen, Monsieur, de renvoyer à M. Cuissot (3) le frère qu’il vous a prêté ? Ce mot de prêter n’oblige-t-il pas à rendre ? Et si vous le lui avez promis, n’êtes-vous pas doublement obligé à vous en acquitter ? Il ne sert de dire que vous lui avez laissé Robin (4) puisqu’il ne cesse de réclamer Bernard (5). La bonne foi doit être gardée parmi nous. Quelque besoin que la maison de Richelieu ait de ce frère, il est toujours vrai qu’il appartient à celle de Cahors, qui d’ailleurs en a grandement à faire. Vous savez qu’il y a environ 40 personnes et qu’il n’y a que trois ou quatre frères, au lieu que vous en avez pour le moins cinq. S’il vous en faut davantage, prenez un domestique et renvoyez ce frère ; je vous
3) Supérieur du séminaire de Cahors.
4). Jacques Robin, né à Mortiers (Charente-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission le 8 mars 1644, reçu aux vœux le 7 septembre 1648.
5). Bernard Gazet, né à Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), reçu dans la congrégation de la Mission à La Rose le 26 février 1647, à l’âge de vingt-deux ans.
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supplie que ce soit au plus tôt. L’ordre veut que les frères ne puissent, non plus que les prêtres, quitter une maison pour aller dans une autre, ni demeurer dans cette autre par leur choix ni par celui des supérieurs particuliers, si le général ne l’a ainsi déterminé ; c’est ce que j’écrivis dernièrement à Cahors, à Agen et à La Rose, où il est arrivé des noises par le changement des frères.
1168. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT.
Ce 20 décembre 1649.
Monsieur,
J’ai eu assurance que la charge est à ceux qui en disposent, et que personne ne la saurait acquérir sans leur démission.
Notre affaire continue. J’ai trouvé la personne dont je vous parlai hier, hors de passion, et a bien fait ce matin ce qu’il devait faire. Je supplie très humblement votre charité continuer de la recommander à Dieu.
Mademoiselle de Villenant vous supplie très humblement qu’elle vous puisse parler avant jeudi ; et pour cela, Monsieur, s’il vous plaît lui dire le lieu auquel elle se donnera l’honneur de vous aller trouver, vous prendrez la peine me le mander s’il y a moyen par notre sœur qui porte la présente. C’est une affaire d’importance, pour la gloire de Dieu et pressée.
J’ai été bien fâchée de n’avoir point passé chez Monsieur Desbordes le cocher s’est mépris, ne sachant pas le chemin.
Voilà l’éclaircissement du doute que nous avions, s’il plaît à votre charité qu’il ne soit pas égaré et me faire toujours l’honneur de me croire, Monsieur, votre très obéissante et très obligée fille et servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général des vénérables prêtres de la Mission.
Lettre 1168. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau
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1169. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du dernier de l’an 1649.
J’avais bien prévu que votre voyage de Rome se ferait à contretemps si vous l’entrepreniez dans la conjoncture présente de vos affaires ; et je vous ai mandé de le différer, si vous le jugiez convenable Votre compagnie a eu raison aussi de le désirer, mais elle a mal procédé dans la manière de vous retenir : 1° parce qu’elle doit déférer à la conduite du supérieur et aux ordres du général ; 2° qu’elle ne s’est pas adressée à moi pour me représenter les inconvénients de votre éloignement ; 3° de ce que pour l’empêcher elle a eu recours à des moyens extérieurs, ayant imploré l’aide de ceux qui ne sont pas de la congrégation ; car encore que nous devions obéissance aux prélats quant à nos emplois envers le prochain, la direction intérieure appartient néanmoins au supérieur et aux officiers de la compagnie ; 4° dans une famille, on ne voit que les raisons particulières qui la regardent ; et nous voyons non seulement celles-là, mais les raisons générales pour lesquelles on doit ordonner les choses, lesquelles étant inconnues aux particuliers, ils ne doivent pas aussi mettre empêchement à ce qui n’est pas de leur ressort. Enfin, Monsieur, la compagnie est tombée en sa naissance dans le désordre où d’autres ne se trouvent qu’après plusieurs siècles ; et le chemin à la division demeure ouvert, quand les sujets improuvent ce que font les supérieurs. Je veux croire que les vôtres n’ont pas fait réflexion à cela, et partant je les excuse ; mais ne laissez pas de faire entendre au visiteur, qui sera bientôt chez vous, ce que je viens de
Lettre 1169. — Reg 2,. p 264
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vous écrire, afin qu’il leur en parle de si bonne façon qu’ils ne tombent plus dans une telle faute.
Vous me dites qu’il y a un surveillant chez vous qui remarque et qui rapporte ce qui se passe ; je vous prie de me dire si c’est un Français, et son nom en termes couverts. Je sais que vous menez tous une vie où non seulement il n’y a rien à reprendre, mais qui est pleine d’édification ; néanmoins je confesse qu’il est bien fâcheux d’être ainsi syndiqués (1), pource que les esprits adonnés à cela ne jugent jamais des choses selon qu’elles sont, mais selon qu’ils sont eux-mêmes.
1170. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Mercuès, 5 janvier 1650.
Monsieur,
Je vous rends très humblement grâces des offres que vous me faites de vos assistances tant pour l’affaire de Chancelade que pour notre évocation. La croyance que j’ai eue que vous auriez cette bonté pour moi, m’a fait en user comme je fais en votre endroit ; et comme je n’ai pas moins d’affection pour votre service et dévote congrégation que pour mes propres affaires, je ne fais pas difficulté de vous employer, comme je fais, dans les occasions. Si Monsieur le chancelier refuse de m’accorder ce que je lui demande, et que la reine ne lui commende pas de me le donner, cela refroidira bien en ce pays les esprits au service du roi, quand on le saura ; car si, après m’être exposé comme j’ai fait, on m’abandonne, que croiront les autres qu’on fera d’eux ? Nous en attendrons l’événement.
L’approbation que vous donnez à notre conférence fera que je l’en estimerai davantage. Il s’y est bien résolu beaucoup d’autres choses qui n’y sont pas couchées par écrit entre autres une qui vous regarde et que peut-être j’ajouterai, si vous le jugez à propos c’est de faire instance à notre Saint-Père à ce qu’il ne donne plus de rescrits de promovendo a quocumque
1) Syndiqués, censurés.
Lettre 1170. —- Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original
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episcopo, sur les Vertus de l’Ordinaire ni d’extra tempora. Monseigneur de Périgueux s’est chargé d’en écrire, de ma part de l’assemblée, à Monseigneur le cardinal Dataire, auquel j’en ai écrit par avance et lui mande les grands maux que cela cause dans nos diocèses, que c’est la ruine de nos séminaires, qui sont établis principalement pour éprouver la vocation des ecclésiastiques ; ce qui est tant recommandé par les saints canons. Tous les prélats du royaume se devraient joindre à nous pour cela.
L’on se bat tous les jours à Bordeaux (1), et la désolation est si grande en ce pays-là que cela n’est pas croyable.
Je ne me suis jamais plaint du Père Faure, jacobin, de ce qu’il refusa de prêcher dans notre chaire, ne le pouvant pas faire, parce que je ne lui avais jamais parlé, ni vu, ni écrit ; c’est de son provincial, auquel j’avais promis notre chaire, et qui m’avait assuré que le P. Faure viendrai prêcher.
Ce n’est pas le vicaire de Puy-l’Evêque (2) qui demande d’entrer dans votre compagnie ; c’est un autre qui sert une des annexes de cette paroisse, natif de ce lieu, les esprits duquel sont bien différents de ceux de Gourdon. Celui-ci est doux et vertueux et a étudié en théologie. Il a ce défaut de n’y voir que d’un œil sans difformité. Néanmoins il a eu un rescrit de Rome pour avoir la dispense, parce que c’est celui du canon et je lui ai baillé les ordres. Monsieur Cuissot m’a dit qu’il ne s’était pas adressé à lui pour lui découvrir son dessein, que c’était à M. Water. Je lui dirai ou ferai savoir de lui mander de l’aller trouver, afin qu’il examine sa vocation et qu’il vous mande ce qu’il jugera, pour savoir si vous désirez qu’on vous l’envoie ; ce que nous ferons de bon cœur, désirant vous témoigner, en cette occasion et les autres qui s’offriront pour votre service, que je suis, etc.
ALAIN
év. de Cahors.
1171. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 7 janvier 1650.
Pour le rencontre arrivé avec Messieurs du bureau
1) Voir Bordeaux sous la Fronde (1650), d’après les Mémoires de Lenet, par Antoine Saintmarc, Bordeaux, 1856, in-18.
2). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Cahors.
Lettre 1171. — Reg. 2, p. 144.
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de Sedan, qui veulent la disposition de la recette de la confrérie du Rosaire, il sera bon qu’en pareilles émulations publiques qui regarderont la compagnie, vous nous en donniez avis aussitôt. Cependant vous ferez bien de vous ajuster au désir de ces Messieurs touchant cette recette, pour les adoucir et vous conserver en bonne intelligence avec eux, puisque vous les voyez résolus à ne pas souffrir que cette direction demeure au curé si absolue qu’ils n’en prennent connaissance, et que d’ailleurs ce qu’ils demandent est juste, supposé le règlement. Le public même, qui contribue à ces aumônes, le doit désirer. Le religieux qui a fait l’établissement n’a pu déroger par ses ordonnances, ni par l’usage des autres lieux où cette confrérie est établie, aux règles de la paroisse, si ce n’est que les marguilliers d’alors y aient consenti.
1172. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON
9 janvier 1650.
On m’a dit ici qu’il s’en faut bien que la Motte vaille cinquante écus de rente, comme vous m’avez écrit ; et quand elle vaudrait davantage, cela mérite-t-il que vous fassiez un double ménage, ni la dépense qu’il faut pour les achats et les agencements qu’il convient faire ? Je vous en ai déjà écrit ma pensée. Je crains fort que ce que Monseigneur (1) en fait, à ce que vous dites, que ce soit par votre induction, ouverte ou tacite, plutôt que par son mouvement propre. Cela étant, je vous prie de détourner l’exécution de ce projet, qui pourrait être plus onéreux qu’avantageux ; et, au nom de
Lettre 1172. — Reg. 2, p. 160.
1) Pierre Nivelle, évêque de Luçon.
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Dieu, Monsieur, ayons plus de soin d’étendre l’empire de Jésus-Christ que nos possessions. Faisons ses affaires ; il fera les nôtres ; et honorons sa pauvreté, au moins par notre modération, si nous ne le faisons pas par une entière imitation.
1173. — A LOUIS SERRE, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT-MEEN
Du 1er janvier 1650.
Vous m’avez sensiblement consolé de me mander l’état de votre maison ; mais ce que vous me dites de M. Thibault m’afflige : il expose trop sa santé ; il ne se portait pas bien, et néanmoins il est allé au travail ; je crains qu’enfin il n’y succombe. Au nom de Dieu, Monsieur, prenez soin de lui et faites qu’il se repose et se ménage mieux ; vous ferez service à la compagnie et à grand nombre de personnes qui en doivent recevoir de lui pour leur salut. Je vous fais la même prière à l’égard des autres qui ont besoin de se modérer.
1174. — A UN éVêQUE (1)
[Entre 1643 et 1652] (2)
Qui est-ce qui ne reconnaîtra que c’est une bénédiction de Dieu bien manifeste sur le diocèse de… de lui avoir
Lettre 1173. — Reg. 2, p. 173.
Lettre 1174. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XI, sect. IV, p. 138.
1). Abelly dit que la lettre est adressée à un prélat de grand mérite nommé par l’influence de saint Vincent, auquel il avait fait connaître les premiers fruits de ses travaux.
2) Temps pendant lequel saint vincent fut membre du Conseil de conscience
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donné un évêque qui porte la paix aux âmes en des lieux où, depuis cent ans, on n’avait point ouï parler ni d’évêques, ni de visites. Et après cela, Monseigneur, puis-je concevoir une estime assez grande de votre personne, ni vous rendre des respects assez profonds ? Mais ne dois-je pas dire que vous êtes vraiment un évêque Dieu-donné, un prélat de grâce, un homme tout apostolique, qui par Jésus-Christ s’est fait connaître aux peuples les plus désolés ? Que son saint nom en soit à jamais béni et vous conserve une longue suite d’années, pour être enfin récompensé d’une éternité de gloire et reconnu dans le ciel parmi un très grand nombre d’âmes bienheureuses qui auront eu entrée en ce séjour de gloire par votre moyen et qui vous y reconnaîtront pour leur second sauveur après Jésus-Christ !
1175. — A LA MèRE ANNE-MARIE BOLLAINI,
SUPéRIEURE, AU COUVENT DE LA MADELEINE
Ma chère Mère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Ce que vous me demandez touchant ce bon ecclésias
Lettre 1175. — Reg. 1, fo 62 V° copie prise sur l’original autographe.
1). Anne-Marie Bollain était née le 30 septembre 1599 Quand elle se présenta à saint François de Sales, alors à Paris, pour se faire recevoir au premier monastère de la Visitation, celui-ci lui demanda son nom. "Bollain" répondit-elle. "ma fille lui dit le saint, le lin est une petite graine qui multiplie extrêmement ; vous devez être ainsi dans la terre de la sainte religion, où je promets place." son esprit était si mûr dès le noviciat que Sainte Chantal régla d’après ses avis divers articles du coutumier. En 1629, elle alla, en qualité de supérieure, au couvent de Sainte-Madeleine, qu’elle quitta en 1633, appelée au premier monastère par les suffrages des sœurs qui la voulaient à leur tête. Trois ans après, elle reprit sa place au
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tique pour la direction de la maison (2) souffre deux difficultés : l’une, du côté de l’autorité, qu’il voudra prendre plus grande qu’il n’est pas expédient, à cause qu’il se tiendra supérieur-né ; et peut-être que ses successeurs prétendront la même chose de droit ; la seconde, et que je mets la dernière, est sa personne qui, étant un peu délicate et infirme, fera difficulté de se charger d’abord de votre maison. Il vaut mieux observer comme la chose ira en ce commencement.
J’ai dit à notre frère qui fait les affaires, qu’il vous rapporte aujourd’hui les papiers que vous m’avez envoyés, qui ne sont que des copies. Vous m’avez fait proposer de nous rapporter à des arbitres, et que vous preniez M. Deffita (3) pour vous. Je vous ai mandé que très volontiers nous nous tiendrons à son jugement. Je n’ai trouvé que M. Pepin qui estime que nous n’avons pu faire le bail de Verneuil ; M. Blavet dit en sa présence que nous le pouvions ; et tous ceux à qui j’en ai parlé depuis, qui sont entendus au fait des coches, estiment qu’il n’est pas juste que vos coches de Dreux empêchent l’établissement de celles de Verneuil, ni de Lisieux, Bayeux, Coutances et Valognes, qui sont au delà, où les propriétaires des coches de Rouen auxquelles vous avez part, ont droit d’en mettre, et par toute la Normandie. Jugez vous-même, ma chère Mère, quelle raison a Dreux d’exclure toutes ces autres villes, qui n’en ont point, d’en avoir pour leur commodité, quand
couvent de Sainte-Madeleine, dont elle s’éloigna de nouveau en 1664 pour gouverner la communauté de Chaillot pendant six ans. Le premier monastère la redemanda en 1673. Elle y mourut le 15 janvier 1683, après avoir servi Dieu dans le cloître durant soixante-trois ans. Sainte Chantal disait d’elle que c’était "une âme très fervente et vertueuse qui allait droit à Dieu" (Année Sainte, t. I, pp. 360-375.)
2). Le couvent de la Madeleine.
3) Avocat de Paris et ami du saint.
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ils voudront Et puis, il y a quantité d’exemples de cela : les coches d’Abbeville et de Calais ne laissent pas de passer sur La route de Beauvais, où il y en a d’établies. Oui, dit-on, mais les propriétaires auront moins de leur ferme. Et quand cela serait, votre intérêt particulier doit-il porter préjudice aux autres villes qui sont au delà, puisque l’établissement des coches regarde la commodité publique ? Il y a une chose qui n’est pas juste, c’est que les autres coches prennent des personnes à Dreux ; et pour cela, il doit être permis au coche de Dreux de saisir les autres coches, s’ils le faisaient.
Voilà, ma chère Mère, mes petites pensées, que je vous écris tout simplement. L’on m’ôte la plume de la main et me contraint à finir. Que si M. Deffita juge autrement, je m’y soumets, qui suis, en l’amour de N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. Mission.
1176. — AUX SUPéRIEURS DES MAISONS DE LA COMPAGNIE (1)
Du 15 janvier 1650.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous savez que toutes les choses de ce monde sont sujettes à quelque altération, que l’homme même n’est
Lettre 1176. — Reg. 2, p. 302. Il existe d’autres copies anciennes concordantes, dont une aux archives départementales de Vaucluse, D 296.
1) D’après Collet, op. cit, t. II, p. 295.
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jamais en même état et que Dieu permet souvent du déchet dans les compagnies les plus saintes ; il en est arrivé ainsi en quelques-unes de nos maisons, dont nous nous sommes aperçus depuis certain temps, par les visites qui ont été faites, sans que d’abord nous en ayons connu la source. Il a fallu, pour la découvrir, un peu de patience et d’attention de notre part ; mais enfin Dieu nous a fait voir que la liberté de quelques uns à reposer davantage que la règle ne porte, a produit ce mauvais effet ; d’autant que, ne se trouvant pas à l’oraison avec les autres, ils étaient privés des avantages qu’il y a de la faire en commun, et souvent ils n’en faisaient que peu ou point en particulier. De là venait que, telles personnes étant moins attentives sur elles, leurs actions en étaient plus languissantes et la communauté inégale en ses pratiques. Pour remédier à ce désordre, il en faut ôter la cause, et, à cet effet, recommander l’exactitude du lever et y faire tenir la main, en sorte que peu à peu chaque maison change de face, se rendant plus affectionnée au règlement, et que chacun en particulier soit plus soigneux de son bien spirituel ; ce qui nous a donné sujet de faire notre première conférence en cette nouvelle année sur cette première action de la journée, pour nous confirmer davantage dans la résolution de nous lever tous indispensablement dès les quatre heures et ainsi entrer plus avant dans les heureuses suites de cette fidélité, lesquelles, avec les inconvénients qui arrivent du contraire, nous ayant servi de motifs en notre entretien, j’ai pensé, Monsieur, vous en devoir faire part, ensemble des objections et des réponses qu’on peut faire là-dessus et des moyens dont on se peut servir, à ce que vous en donniez connaissance à votre famille, pour la maintenir dans le même usage,
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ou pour y entrer, si elle n’y était pas, afin qu’elle participe au même bonheur.
Le premier avantage qui revient de se lever au moment où l’on entend le réveil, est que l’on accomplit la règle et par conséquent la volonté de Dieu.
2° L’obéissance rendue à cette heure-là étant d’autant plus agréable à Dieu qu’elle est prompte, elle attire aussi bénédiction sur les autres actions du jour, comme il paraît en la promptitude de Samuel, qui s’étant levé trois fois en une nuit, il en a été loué du ciel et de la terre et grandement favorisé de Dieu.
3° La prémice des bonnes œuvres est la plus honorable. Or, tout honneur étant dû à Dieu, il est raisonnable de lui donner celui-là ; si nous le lui refusons, nous faisons la première part au diable et le préférons à Dieu. De là vient que ce lion rôde le matin autour du lit pour attraper cette action, afin que, s’il ne peut avoir autre chose de nous pendant le jour, il se puisse pour le moins vanter d’avoir eu la première de nos actions.
4° On contracte habitude quand on s’accoutume à l’heure. Elle fait que par après on est prompt au réveil, et elle sert même d’horloge aux lieux où il n’y en a point, et on n’a pas de peine à sauter du lit. Et au contraire, la nature se prévaut des avantages qu’on lui donne : reposant un jour, elle demande le lendemain la même satisfaction et la demandera tandis qu’on ne lui en ôtera pas tout à fait l’espérance.
5° Si Notre-Seigneur a quitté le paradis pour nous et s’est réduit en cette vie à une telle pauvreté qu’il n’avait pas où reposer sa tête, combien davantage devons-nous quitter un lit pour aller à lui !
6° Un sommeil réglé sert à la bonne disposition du corps et de l’esprit ; et qui dort longtemps se rend
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efféminé ; aussi les tentations arrivent-elles en ce temps-là.
7° Si la vie de l’homme est trop courte pour servir Dieu dignement et pour réparer les mauvais usages qu’il a faits de la nuit, c’est chose déplorable de vouloir encore retrancher du peu de temps que nous avons pour cela. Un marchand se lève de bon matin pour devenir riche ; tous les instants lui sont chers ; les voleurs en font bien autant et passent les nuits pour surprendre le passant ; faut-il que nous ayons moins de diligence pour le bien qu’ils en ont pour le mal ? Les mondains font leurs visites dès le matin et se trouvent au lever d’un grand avec grand soin. Mon Dieu ! quelle honte si la paresse nous fit perdre l’heure assignée pour converser avec le Seigneur des seigneurs, notre appui et notre tout !
8° Quand on assiste à l’oraison et aux répétitions, on participe aux bénédictions de Notre-Seigneur, qui s’y communique abondamment, se trouvant, comme il dit, au milieu de ceux qui sont assemblés en son nom. Le matin est le temps le plus propre pour cette action et le plus tranquille de la journée ; aussi les anciens ermites et les saints, à l’exemple de David, l’ont employé à prier et à méditer. L’Israélite se devait lever matin pour cueillir la manne ; et nous qui sommes sans grâce et sans vertu, pourquoi ne ferons-nous pas de même pour en avoir ? Dieu ne départ pas en tout temps également ses faveurs.
Certes, depuis qu’il nous a fait la grâce de nous lever tous ensemble, nous voyons céans plus de ponctualité, de recueillement et de modestie ; ce qui nous fait espérer que, tant que ce bel accord durera, la vertu ira toujours augmentant et que chacun s’affermira davantage en sa vocation. La nonchalance en a fait
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sortir plusieurs, qui, ne se pouvant dorloter à souhait, ne pouvaient s’affectionner à leur état. Quel moyen d’aller volontiers à l’oraison, si l’on ne se lève qu’à regret ; de méditer utilement, quand on n’est à l’église qu’à demi et seulement par bienséance ! Au contraire, ceux qui ont affection au lever persévèrent d’ordinaire, ne se relâchent guère et font d’heureux progrès. La grâce de la vocation tient à l’oraison, et la grâce de l’oraison à celle du lever. Si donc nous sommes fidèles à cette première action, si nous nous trouvons ensemble devant Notre-Seigneur et nous présentons tous ensemblement à lui, ainsi que faisaient les premiers chrétiens, il se donnera réciproquement à nous, il nous illustrera de ses lumières et fera lui-même en nous et par nous les biens que nous avons obligation de faire en son église ; enfin il nous fera la grâce de parvenir au degré de perfection qu’il désire de nous, pour le pouvoir un jour pleinement posséder dans l’éternité des siècles.
Voilà, Monsieur, combien il est important que toute la compagnie se lève exactement à quatre heures, puisque l’oraison tire sa valeur de cette première action et que les autres actions ne valent que ce que l’oraison les fait valoir. Celui-là le savait bien qui disait que de son oraison il jugeait quel serait le reste de sa journée.
Mais d’autant que la délicatesse d’aucuns ne se rendra pas sans réplique, pource qu’elle n’est sans prétexte, je prévois qu’elle me dira que la règle du lever ne doit pas obliger également les personnes de faible complexion comme les plus robustes, et que celles-là ont besoin d’un plus long repos que les autres. A quoi j’oppose l’avis des médecins, qui tous conviennent que sept heures suffisent à toute sorte de personnes, et
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l’exemple de tous les Ordres de l’église, qui ont leur repos limité à sept heures ; aucun n’en prend pas davantage, et il y en a qui n’en ont pas tant, et la plupart ne les ont qu’interrompues ; car ils se lèvent une ou deux fois dans la nuit pour aller au chœur. Et ce qui condamne notre lâcheté, c’est que les filles n’ont pas un plus grand privilège, bien qu’elles soient plus faibles et aient été élevées plus délicatement. Mais ne reposent elles pas quelquefois plus qu’à l’ordinaire ? Non, jamais je ne l’ai ouï dire, et je le puis assurer des filles de Sainte-Marie ; j’excepte les malades qui sont aux infirmeries.
Un autre me dira : quoi ! Monsieur, faut-il se lever quand on se sent incommodé ? J’ai un grand mal de tête, une douleur de dents, un accès de fièvre qui m’ont empêché de dormir presque toute la nuit..- Oui, mon frère, mon ami, il se faut lever, si vous n’êtes dans l’infirmerie, ou n’avez ordre de demeurer plus longtemps en votre lit ; car, si sept heures de repos ne vous ont pas soulagé, une ni deux heures davantage, prises de votre propre mouvement, ne vous guériront pas. Mais quand, en effet, vous en seriez soulagé, il est expédient que vous donniez gloire à Dieu, comme les autres, vous trouvant au lieu destiné pour l’oraison, et que là vous représentiez votre besoin au supérieur ; autrement, nous serions toujours à recommencer, pource que souvent plusieurs sentent quelque incommodité et que d’autres pourraient feindre d’en avoir, pour se délicater, et ainsi ce serait une occasion continuelle de désordre. Si l’on manque à dormir une nuit, la nature se saura bien réparer une autre nuit.
Entendez-vous aussi, Monsieur, répliquera quelqu’un, retrancher toute sorte de repos extraordinaire à ceux qui arrivent de voyage, ou qui sortent de quelque long
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travail ? — Oui, pour le matin ; que si le supérieur juge que la lassitude soit telle qu’elle requière plus de sept heures de repos, il les fera coucher dès le soir plus tôt que les autres.
Mais ils arrivent fort tard et fort harassés. en ce cas, il y aura pas de mal de les faire reposer le matin, car la nécessité sert de règle.
Quoi ! toujours se lever à quatre heures, et la coutume est de reposer jusqu’à six une fois la semaine, ou tout au moins en quinze jours, afin de se refaire un peu ; cela est bien fâcheux et capable de nous faire malades ! — Voilà le langage de l’amour-propre et voici ma réponse. Notre règlement et la coutume même veulent que nous nous levions tous en même temps ; s’il y a eu du relâchement, ce n’est que depuis quelque temps et seulement dans quelques maisons, par l’abus des particuliers et la tolérance des supérieurs ; car en d’autres la pratique du lever a été toujours fidèlement observée ; aussi sont-elles en bénédiction. De penser que l’on soit malade pour ne donner pas quelque intervalle à cette exactitude, c’est une Imagination ; l’expérience fait voir le contraire. Depuis que tous se lèvent, nous n’avons aucun malade céans qui ne le fût auparavant, et n’en savons point ailleurs ; mais nous savons, et les médecins le disent, que le trop dormir nuit aux pituiteux et cacochymes.
Finalement, si on m’objecte qu’il peut arriver quelque affaire qui empêchera quelqu’un de se coucher à neuf et voire à dix heures, et qu’il est raisonnable qu’il prenne le matin le repos qu’il a perdu le soir, je réponds qu’il faut éviter, s’il est possible, ces empêchements-là, pour se retirer à l’heure ; et si on ne le peut pas, c’est si rarement, que la privation d’une, ni deux heures de sommeil n’est pas considérable, en comparaison du scandale
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qu’on donne, demeurant au lit, lorsque les autres font l’oraison.
N’ai-je pas tort, Monsieur, de n’être tant étendu en votre endroit pour montrer l’utilité et l’importance du lever, puisque votre famille est peut-être des plus ferventes et plus régulières de la compagnie ? Cela étant, mon dessein n’est pas aussi de lui persuader autre chose qu’une tendre et humble reconnaissance envers Dieu de la fidélité qu’il lui donne ; mais si elle est tombée dans le défaut que nous combattons, j’ai raison, si me semble, de l’inviter à s’en relever, et de vous prier, comme je fais, d’y tenir la main.
En voici brièvement les moyens pour vous et pour elle. Les siens sont :
1° De se convaincre que l’exactitude du lever est une pratique des plus importantes de la compagnie, et que tel qu’est le commencement, tel est le reste de la journée ; 2° de se bien donner à Dieu le soir, en se couchant, lui demandant la force de se vaincre le matin et d’obéir à sa voix sans aucun retardement, invoquant à cet effet la protection de la sainte Vierge par un Ave Maria, dit à genoux, et se recommandant à son ange gardien ; plusieurs se sont bien trouvés d’en user ainsi ; 3° se représenter que la cloche est la voix de Dieu, et, au moment que l’on l’entend, se jeter au bas du lit, en faisant le signe de la croix, se prosterner à terre, et, en la baisant, adorer Dieu unanimement avec le reste de la communauté, qui, en ce même instant, l’adore, et, quand on y manque, s’imposer quelque pénitence. Il y en a qui se sont disciplinés autant de temps qu’ils en avaient perdu à disputer avec le chevet. Le dernier moyen pour chaque particulier est de ne jamais démordre de cette exactitude ; car plus on diffère, plus on se rend inhabile.
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Les moyens généraux qui dépendent de vos soins, Monsieur, et des officiers de la maison sont : en premier lieu, qu’il y ait toujours un excitateur qui aille de chambre en chambre porter de la lumière, quand il en faut, et dire hautement : Benedicamus Domino, et le répéter jusqu’à ce qu’on réponde ; qu’après cela un autre fasse la visite, voire une double visite, quand la communauté est grande, et que ceux qui seront nommés pour cela le fassent exactement ; secondement et enfin, que ceux qui ont la conduite tiennent ferme et ne permettent à personne de reposer jamais après les quatre heures du matin, sous quelque prétexte que ce soit, hors l’infirmerie, s’il y en a, sinon, en cas de grande nécessité.
Et à propos de conduite, l’exactitude au lever a été trouvée si belle et tant utile qu’on a jugé que ceux qui n’y étaient pas fidèles ne devaient jamais être employés aux charges de la compagnie, pource que leur exemple serait bientôt suivi en ce relâchement et qu’ils auraient mauvaise grâce de prendre pour eux ce qu’ils seraient obligés de refuser aux autres. Plaise à Dieu, Monsieur, de, nous pardonner les manquements passés et de nous faire la grâce de nous en corriger, en sorte que nous soyons comme ces bienheureux serviteurs que le maître trouvera veillant, quand il viendra ! "Je vous dis en vérité, dit Notre-Seigneur (2) qu’il les fera seoir à table, et, s’avançant, les servira ; et s’il vient en la seconde veille et pareillement en la troisième, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux seront ces serviteurs-là ; en vérité je vous dis qu’il les commettra sur tout ce qu’il a"
En voilà assez, Monsieur, pour une lettre. Offrez-moi, s’il vous plaît, à Dieu et aux prières de votre petite
2) Evangile de saint Luc XII, 37-38.
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compagnie, de laquelle et de vous en particulier je suis Monsieur, très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1177. — A LOUISE DE MARILLAC
[Janvier 1650] (1)
Je n’entends non plus rien dans ces sortes de choses que vous me proposez, Mademoiselle, qu’aux articles que vous m’avez fait voir. Que si vous jugez qu’il faut que M. le prieur (2) et moi soyons nommés dans le contrat, il le faut nommer avant moi. Je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse les mariés (3) et qu’il vous donne les dispositions qu’il donna à la sainte Vierge, lorsqu’elle assista avec son fils au mariage de Cana.
Votre bonne fille de Vienne m’est venue presser ce matin pour les nourriciers. Je lui ai dit que nous faisons tout ce que nous pouvons, et qu’il faut avoir patience pour quelque temps et faire le moins mal qu’on pourra ;
Lettre 1177. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1). Voir note 3.
2). Adrien Le Bon, ancien prieur de Saint-Lazare.
3). Louise de Marillac voyait enfin la réalisation de ses vœux les plus chers. Le 13 janvier 1650 elle écrivait à Jeanne Lepeintre, supérieure à Nantes : "Je vous supplie faire la sainte communion toutes nos sœurs à l’intention de mon fils, qui je crois, recevra le sacrement de mariage un de ces jours. Dieu lui a choisi, ce semble, une jeune demoiselle bien vertueuse, qui n’est pas de Paris." En effet, le 18, Michel Le Gras épousait, dans l’église Saint-Sauveur, Gabrielle Le Clerc, fille du seigneur de Chennevières et de feu dame Musset de la Rochemaillet. René-Michel de la Rochemaillet, oncle de sa femme, lui cédait en même temps l’office de conseiller à la cour des Monnaies. L’année suivante, naissait une petite fille, qu’on appela Renée Louise en famille, et chez les Filles de la Charité la petite sœur. Renée-Louise deviendra plus tard Mlle d’Ormilly ; elle vivait encore en 1696, année du décès de son père.
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mais, comme ce n’est pas de l’argent comptant, je pense qu’elle est restée un peu mortifiée.
1178. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME
4 février 1650.
J’ai envoyé votre lettre à M…. Ce que vous lui écrivez au sujet de Florence est bien à propos. Dieu nous a fait La grâce de ne rechercher jusqu’à cette heure aucun établissement directement, ni indirectement ; et si la compagnie m’en croit, elle se conservera inviolablement dans cette maxime ; car, si nous sommes bons, nous n’en manquerons pas ; et si nous ne sommes pas tels, nous n’en avons déjà que trop ; et à peine pouvons-nous remplir le peu de maisons que nous avons. On m’a dit que Monseigneur l’archevêque de Toulouse (1) attend il y a longtemps que je lui témoigne quelque souhait que la compagnie travaille en son diocèse, pour nous y établir et nous donner la conduite de son séminaire mais je n’ai garde d’en donner le moindre signe Monsieur son frère était céans il y a peu de jours, qui me côtoya longtemps sur ce sujet, et je m’empêchai exprès de parler. Il faut que la Providence nous appelle et que nous la suivions, pour aller sûrement.
1179. — CHARLES NACQUART, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
Monsieur et très honoré Père,
Votre bénédiction !
Puisqu’uns si long espace de mer qui nous sépare ne permet
Lettre 1178. — Reg. 2, p. 60
1) Charles de Montchal.
Lettre 1179. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle. Saint
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pas que je puisse de bouche vous rendre compte de ma mission j’ai recours à la présente, laquelle fera à votre charité et, par mette moyen, à la Sacrée Congrégation de Propaganda fide, le récit qu’elle attend d’un explorateur envoyé en cette terre pour savoir si elle est de promission et capable d’encourager les hommes évangéliques à la conquérir à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je sais bien que l’humilité devrait couvrir la face de confusion et fermer la bouche à un si chétif instrument comme je suis, me voyant employé à un œuvre de si grande conséquence et dont je me reconnais autant indigne qu’incapable. Mais mon devoir et la charité, joints à l’attente de Sacrée Congrégation, m’obligent d’imiter la simplicité de ceux qui ont écrit ce que Dieu avait fait en eux et par eux en de semblables emplois, comme je remarque qu’a fait le grand saint François Xavier par ses admirables apôtres, me reconnaissant d’ailleurs obligé de marcher sur ses pas en considération de ce qu’il a été mon prédécesseur, non d’effet, mais de volonté car il avait un extrême désir de venir en cette île ; mais il en fut poussé et conduit ailleurs par des vents contraires ou plutôt par l’Esprit de Dieu.
Je vous déduirai tout simplement et sans ornement quelles furent nos occupations auparavant notre embarquement, et sur terre et sur mer, avec une briève description du pays, des habitants et de leurs mœurs et superstitieuses cérémonies, et de ce que la bonté de Dieu a fait par notre moyen en ce pays. La gloire du bien en soit à Dieu, et à moi pardon et miséricorde du mal commis et du bien omis !
1. De ce qui se passa avant notre embarquement.
Monsieur Gondrée, mon compagnon, et moi nous partîmes de Richelieu lieu de notre habitation, le 18 avril 1648 pour La Rochelle et sur les chemins nous fîmes, selon la coutume de notre congrégation, la doctrine chrétienne devant la porte des hôtelleries et ailleurs, quand l’occasion s’en présenta.
Nous arrivâmes à La Rochelle le vendredi saint où n’ayant pas trouvé le vaisseau prêt, nous y séjournâmes près d’un mois, non toutefois sans exercice, car, nous étant présentés à. Mgr l’évêque dudit lieu (1), il nous donna permission de nous occuper dans la ville ou à la campagne à ce que nous penserions être le plus expédient pour la gloire de Dieu. Ce qu’ayant accepté avec remerciement, à l’imitation de saint François Xavier, que
Vincent fit prendre plusieurs copies de cette lettre pour la communiquer aux maisons de sa compagnie et même à des personnes du dehors.
1). Jacques-Raoul de la Guibourgère (1646, 15 mai 1661).
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vous nous avez donné pour modèle en notre voyage, nous choisîmes les hôpitaux, dans lesquels, quoique nous n’y fussions pas logés, nous passions une bonne partie de la matinée à la visite et service des malades, avec la permission des pères de la Charité, qui nous faisaient la faveur de nous y employer avec eux.
Les prisonniers furent nos paroissiens dans le temps pascal auxquels, après avoir administré les sacrements, nous servions de pieds, pour aller visiter, de leur part, ceux dont ils leur délivrance.
2 Des choses plus remarquables de notre navigation.
Le 21 mai, jour de l’Ascension de N.-S., dès le matin, on leva l’ancre, et à la messe, qui fut aussitôt célébrée j’exhortai la compagnie de confier notre voyage à la providence de Dieu, qui rendrait la mer et les vents favorables à notre vaisseau à proportion du soin que nous aurions de posséder nos cœurs dans la pureté de la grâce et fidélité à son service.
La fête de Pentecôte s’approchant, je disposai notre troupeau, composé de cent vingt personnes, à recevoir le Saint-Esprit par la pénitence, et fis l’ouverture du jubilé que Sa Sainteté avait pour lors concédé aux fidèles pour la paix. Chacun fît son devoir par des confessions générales ; en quoi nous nous occupâmes jusques à la fête du Saint-Sacrement, aimant mieux prévenir, à cause des périls de la mer, que d’attendre avec incertitude que nous fussions arrivés où on prétendait aller
Un petit vaisseau de Dieppe qui allait à Saint-Christophe (2) mouilla l’ancre à Saint-Vincent (3) au Cap-Vert, la veille de saint Jean-Baptiste, où nous nous étions arrêtés pour prendre des eaux. Une bonne partie des passagers gagnèrent le jubilé à terre où nous célébrions la messe.
Le lendemain, jour de saint Jean-Baptiste, douze Portugais noirs, bons chrétiens, vinrent entendre la messe, à la fin de laquelle ils chantèrent en musique le Te Deum laudamus et demandèrent les sacrements que nous ne pûmes leur administrer, à cause que nous n’entendions pas leur langage. De cette île, je vous écrivis, Monsieur, et vous représentai la nécessité de prêtres qu’il y avait au pays de Sénégal proche du Cap-Vert, où les habitants, qui sont nègres, montrent beaucoup de disposition à recevoir l’évangile Il a aucun danger sinon qu’en une
2).île des petites Antilles anglaises.
3) île de l’archipel du Cap-Vert.
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saison l’air y est un peu malsain. Si on désirait savoir les voies et les moyens de s’établir en ce pays, il faudrait s’adresser à M. Rozée, demeurant à Rouen, qui est un des directeurs et seigneurs qui ont la concession de ce pays et qui y envoient les navires.
Après avoir demeuré six jours pour prendre des rafraîchissements, nous entrâmes en mer, et, ayant eu le vent contraire depuis le commencement de juillet jusqu’au 16 d’août, nous nous vîmes presque dans la nécessité de relâcher et quoique proche de la ligne ; mais nous eûmes recours à Celui qui tire les vents de ses trésors et à l’étoile de la mer, la sainte Vierge, en l’honneur de laquelle nous fîmes vœu public à Dieu de nous confesser et communier dans la semaine précédant sa glorieuse Assomption et de bâtir une église à Madagascar sous l’invocation de cette reine du ciel ; à quoi on ajouta une aumône, à la volonté de chaque particulier. Aussitôt que chacun eut jeté le Jonas dans la mer de pénitence la tempête cessa et le vent se tourna à notre faveur, de sorte que, la veille de Notre-Dame nous nous trouvâmes sous la ligne.
Nous expérimentâmes le même secours du ciel vers la Notre-Dame de septembre : le vent, qui nous était contraire devint favorable incontinent après les prières publiques que nous fîmes à l’honneur de la sainte Vierge, l’assistance de laquelle nous avons expérimentée en plusieurs autres occasions
étant à la vue du cap de Bonne-Espérance, Dieu nous préserva du danger d’être brisés contre un rocher, qui était à deux lieues de terre caché ; un matelot le découvrit, et on l’évita promptement ; et en abordant pour mouiller l’ancre, notre vaisseau s’échoua sur un autre rocher, où nous demeurâmes six ou sept heures dans la crainte de demeurer dans un pays stérile et inconnu ; mais enfin la marée le releva, sans être endommagé, pour aller jeter l’ancre au port qu’on appelle la baie de Saldanha (4).
3. De la baie de Saldanha et de ses habitants
Plusieurs, par la longueur du voyage et l’usage des viandes salées et des eaux, qui se corrompent à la longue, avaient contracté un mal dans les nerfs et jointures, qu’on appelle scorbut. La terre guérit cette maladie. Dans ce lieu, allant prendre des eaux, nous vîmes certains nègres habitants du pays, vêtus de peaux d’animaux, armés d’arcs et de flèches dont ils se servent pour la chasse, fort maigres et si affamés qu’ils se ruaient
4) Baie de la côte sud-ouest de l’Afrique dans la colonie du Cap. Le copiste écrit : baie de Sardaigne.
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comme des chiens sur la viande qu’on leur jetait. Je fus sensiblement touché de compassion, voyant ces pauvres gens dans l’ignorance de leur Créateur ; et prosterné a terre, je priai Celui qui veut que tout le monde soit éclairé et sauvé de leur pourvoir des moyens nécessaires à salut. Ils remarquèrent cette action et dirent entre eux. "Voilà des saterons" c’est-à-dire des grands prêtres, ce qui me fit croire qu’il y a entre eux des personnes destinées à quelque espèce de culte, quoique je n’y aie pas remarqué aucun signe, sinon que les hommes sont circoncis et les femmes se coupent une jointure d’un doigt quand le premier et second enfants viennent au monde ; mais je crois que ces choses s’observent plutôt par coutume que par motif de religion Je remarquai entre eux quelqu’ordre, car, en leur repas, les hommes, les femmes et petits enfants étaient tous séparés chacun mangeant avec son semblable. Le moyen d‘aider ces pauvres barbares serait, ce me semble, de tâcher en passant, d’avoir par amitié un ou deux garçons de douze ou quinze ans et leur apprendre notre langue. On se pourrait ainsi peu à peu informer de leurs mœurs et des moyens de les instruire. Si quelques-uns des nôtres passent par là, je les supplie de tenter cette voie ou quelqu’autre meilleure.
Après avoir demeuré huit jours au cap de Bonne-Espérance, nous en sortîmes et nous mêmes en pleine mer, mais tout à coup le vent contraire nous contraignit de jeter l’ancre Dieu peut-être punissant notre négligence ou froideur à le remercier des commodités que nous venions de prendre à terre ; car, ayant célébré la sainte messe en cette intention, nous eûmes si bon vent qu’en peu de temps nous passâmes le cap des Aiguilles (5) qui d’ordinaire est très difficile et dangereux.
Ce en quoi j’ai beaucoup admiré la sagesse de Dieu pendant notre navigation est la multitude innombrable de divers poissons, fort semblables aux animaux de la terre entre lesquels nous en avons vu à qui elle a donné des ailes, par le moyen desquelles, étant poursuivis presque de tous les autres poissons, ils se sauvent Il en est venu même dans notre vaisseau.
Enfin après six mois de navigation nous découvrîmes la terre de Madagascar. j’exhortai pour lors tous ceux du vaisseau d’oublier réciproquement toutes les petites offenses survenues dans un si long et si ennuyeux voyage ; ce qu’un chacun promit de faire ; et le quatrième de décembre, nous jetâmes l’ancre au port si ardemment et si longtemps désiré.
étant arrivés au port, je mis pied à terre des premiers ; et
5) Pointe extrême du sud de l’Afrique
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au premier pas, je fléchis le genou en terre pour m’offrir à Dieu dans l’exécution de ses desseins et prendre possession spirituelle de cette île et de toutes les autres, en son nom, par l’autorité de notre Saint-Père le Pape, afin d’y établir l’empire de J.-C. en détruisant celui du prince des ténèbres. J’allai tout droit à la chapelle du fort pour y célébrer la messe qui n’y avait point été dite depuis cinq mois, faute de matière de consécration. Le lendemain, cinquième de décembre M. de Flacourt, notre conducteur et envoyé gouverneur du pays, avec M. Gondrée, mon compagnon et tous ceux du vaisseau étant venus au fort, je célébrai la messe haute en actions de grâces ; et le Te Deum laudamus fut chanté, comme nous en avions fait vœu sur mer à Dieu. Les Français que nous trouvâmes, nous reçurent avec grande joie ; et chacun s’étant logé nous primes quartier dans une petite case qui restait.