Correspondance (page 4)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

83. — A LOUISE DE MARILLAC, AU MESNIL

Mademoiselle,

Si Monseigneur de Châlons (1) ne vous a envoyé quérir et qu’il soit proche, il me semble que vous ferez bien de l’aller voir et de lui dire tout simplement à la bonne foi pourquoi le R. P. de Gondy vous a priée de prendre la peine d’aller en Champagne et ce que vous faites ; et

2). Il semble, d’après cette lettre, que Mademoiselle du Fay avait un pied-à-terre hors Paris dans une communauté, probablement au couvent des Dominicaines de Poissy. (Cf. lettre 13.)

3). Saint-Jacques-du-Haut-Pas.

4). Aubervilliers, lieu de pèlerinage très fréquenté sous le nom de Notre-Dame-des-Vertus ou des Miracles. Les Pères de l’Oratoire y avaient un établissement.

Lettre 33. — Manuscrit Saint-Paul, p. 14. M. Charavay, qui a mis l’original en vente le 28 mars 1874, nous dit qu’il est en entier de la main du saint. Le résumé qu’il en fait montre que le texte du manuscrit Saint-Paul est incomplet. Dans le passage supprimé, saint Vincent donnait à Louise de Marillac des nouvelles de son fils, qui était retourné la veille au collège le cœur gros, tant il se plaisait au milieu des prêtres de la Mission.

1). Henri Clausse de Fleury (1624-1640.)

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offrez-vous à retrancher ce qu’il lui plaira de votre procédé et à tout quitter, s’il l’a agréable ; c’est là l’esprit de Dieu. Je ne trouve point de bénédiction qu’en cela. Monseigneur de Châlons est un saint personnage. Vous devez le regarder comme interprète de la volonté de Dieu au fait qui se présente. Que s’il trouve bon que vous changiez quelque chose en votre manière de faire, soyez-y exacte, s’il vous plaît. S’il trouve bon que vous vous en reveniez, faites-le tranquillement et gaiement, puisque vous ferez la volonté de Dieu. Que s’il est éloigné et vous laisse faire, continuez, s’il vous plaît, à enseigner les petites filles. Que s’il s’y rencontre des femmes, à la bonne heure ; mais ne faites dire au prône qu’elles le fassent, s’il vous plaît ; ains seulement vous pourrez faire avertir les sœurs de la Charité de vous voir toutes ensemble. Honorez en ce procédé l’humilité du Fils de Dieu dans le sien.

Notre compagnie étant à présent à Bergier (2) il n’est pas expédient, je pense, que vous y alliez. Tenez-vous donc au Mesnil, s’il vous plaît, jusques à ce que la mission y aille ; alors vous pourrez aller à Bergier et aux autres lieux ; et mandez-moi, je vous en prie, le succès (3) de ce que vous avez fait avec Monseigneur de Châlons.

Ce 15 septembre 1631 (4)

2). Bergères.

3). Succès, résultat.

4.) Date donnée par Charavay.

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84. — A LOUISE DE MARILLAC

[22 ou 23 septembre 1631] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ai écrit, il y a huit jours, et ai adressé mes lettres au R. P. de Gondy ; maintenant je vous envoie ces trois paquets de chemises et la lettre incluse. Monsieur votre fils se porte bien, Dieu merci, et me semble que son esprit s’ouvre de plus en plus. Dès que les jours seront un peu rafraîchis, il viendra se purger céans.

Cette bonne Madame Laurent est toujours malade ; je l’ai envoyé visiter. Mademoiselle du Fay l’a été un peu ; mais, Dieu merci, elle se porte mieux. Madame la maréchale de Marillac est allée recevoir au ciel la récompense de ses travaux (2). Or sus, ceci vous attendrira ; mais quoi ! Notre-Seigneur l’ayant voulu ainsi, il faut adorer sa Providence et travailler à nous conformer, en toutes choses, à son saint vouloir. Certes, je sais bien que votre cher cœur ne demande pas mieux et que, si la partie intérieure s’émeut, que bientôt elle s’accoisera (3). Le Fils de Dieu pleura le Lazare ; pourquoi ne pleurerez-vous pas cette bonne dame ? Il n’y a point danger, pourvu que, comme le Fils de Dieu, vous vous conformiez là dedans a la volonté de son Père ; et c’est ce que je m’assure que vous ferez. Mais comment vous portez-vous ? Cet air subtil ne

Lettre 84. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Montluçon.

1). La lettre 83 étant du 15 septembre, celle-ci, écrite huit jours après, est du 22 ou du 23. 2. Le 13 septembre.

3). S’accoisera. se calmera.

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vous indispose-t-il point ? Et Germaine plaint-elle pas bien ses filles, qu’elle sait être à La merci de M. Belin (4) ? Quand irez-vous en Champagne ? Cette bonne fille profite-t-elle ? Y a-t-il du bien à espérer ? Un mot de tout cela, s’il vous plaît ? Je ne vous puis rien dire de nouveau d’ici, sinon que nous avons] a maladie vis-à-vis de céans et que Notre-Seigneur nous conserve tous en bonne santé, Dieu merci, à ma petite fiévrotte près. Je m’assure que vous ne nous oubliez pas en vos prières (5) et que vous croyez bien que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de celui de la sainte Vierge, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je me suis trompé en vous disant que je vous envoie des paquets, pource que je pensais que trois paquets de toile que j’ai trouvés sur notre table fussent des chemises et pour vous.

85. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici enfin une lettre de Monsieur votre fils que je vous envoie. J’espère que nous le ferons purger lundi prochain et saigner, selon l’ordre que vous nous donnez.

Mademoiselle Sevin m’arrêta avant-hier avec cette bonne grosse jeune demoiselle qui porte le deuil auprès

4). Voir la lettre 81.

5). Après vos prières, le saint avait écrit Bon soir, Mademoiselle. Il raya ces trois mots pour continuer la phrase comme ci-dessus.

Lettre 85. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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de votre logis et qui désire entrer à Sainte-Marie sœur domestique, et me dit qu’elle vous cherchait un logis, pource que Monsieur Véron (1) a besoin de votre chambre et que Monsieur son fils ayant à présent un office, il lui faut une salle pour y recevoir le monde ; sur quoi, je lui dis que vous seriez bien marrie de l’incommoder et que je la priais de travailler à vous trouver logement, et que je vous en donnerais avis, afin de savoir de vous si vous affectez quelque quartier (2), Mandez-le-moi donc, s’il vous plaît, et si vous avez besoin d’argent, pource qu’on vous a apporté les quatre-vingts et tant de livres de votre rente.

Mademoiselle Tranchot (3) vous désire fort à Villeneuve-Saint-Georges (4), où la Charité va mal, et moi je pense que Notre-Seigneur vous réserve le succès de ce bon œuvre. Mademoiselle du Fay se porte bien. Elle est toujours en quête de logement aussi.

Il fut hier emporté un prêtre de Saint-Nicolas (5) à Saint-Louis (6) ; c’est un des nouveaux. J’ai envoyé au

1). Rappelons ici que Mademoiselle Sevin, veuve de Jacques Sevin, correcteur en la Chambre des Comptes, était née Marie Véron.

2). Louise de Marillac avait quitté vers 1619 la paroisse Saint-Merry pour s’établir, avec son mari et son fils, sur la paroisse Saint-Sauveur, rue Cours-au-Villain ou Courteau-Villain, formée aujourd’hui par la partie de la rue de Montmorency qui s’étend de la rue Beaubourg à la rue du Temple. En 1626, elle vint habiter rue Saint-Victor, près des Bons-Enfants (Gobillon, op. cit, p. 29). Le 8 octobre 1627, une lettre lui est adressée rue Saint-Victor chez M. Tiron Saint-Priest (Madame de Richemont, op. cit., p. 46, note 2) ; elle était en 1629 chez M. Guélin, auditeur des comptes, toujours rue Saint-Victor. (Lettre d’Alexandre Regourd ; Arch. des Filles de la Charité.) Nous la trouvons maintenant chez M. Véron. Ce dernier ayant besoin des appartements qu’elle occupait, elle chercha un autre local dans le même quartier.

3). Dame de la Charité

4). En Seine-et-Oise.

5). De la communauté d’Adrien Bourdoise.

6). Hôpital fondé en 1607 pour recevoir les pestiférés, que l’on soignait jusque-là à l’Hôtel-Dieu.

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jourd’hui cette bonne fille de Saint-Sauveur à Villepreux (7).

Or sus, où êtes-vous à présent ? Que fait Notre-Seigneur de vous ? L’on m’a dit que l’on a trouvé le Père de Gondy sur le chemin de Champagne. J’estime que vous y êtes aussi. Plaise à Notre-Seigneur d’y bénir votre travail et de vous bien fortifier pour cela !

Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 12 octobre 1631.

86. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de votre santé, de votre travail et de tout ce que vous me mandez. Monsieur votre fils vint céans avec un petit mal de tête, il y a quatre ou cinq jours. Nous le fîmes saigner le lendemain et garder le lit. M. Quartier nous dit qu’il ne fallait point le purger que son mal de tête ne fût passé, ce qu’il a fait dans trois jours après, en façon qu’il ne lui reste aucune émotion ; c’est pourquoi nous l’avons fait prendre sa petite médecine ce matin. Il est gai et sage parmi nous, de sorte qu’il nous édifie tous. Si cela continue, il y aura sujet de louer Dieu et d’espérer que vous en aurez de la consolation.

7). Marguerite Naseau. Elle avait quitté les fonctions de maîtresse d’école à Villepreux pour venir aider à Saint-Sauveur les dames de la Charité. Saint Vincent la renvoyait provisoirement à Villepreux pour remplacer M. Belin.

Lettre 86. — L. a. — Original à la maison centrale des prêtres de la Mission à Naples.

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Quand il aura été purgé et qu’il se sera bien porté trois jours après, nous lui permettrons de retourner au collège. Je dis, quand il se sera bien porté trois jours après, et entends dire si son mal ne revient, car il n’en a point pour tout.

J’enverrai aujourd’hui l’argent à Mademoiselle Sevin pour la robe, et la lettre à notre sœur Germaine, laquelle viendra fort à propos.

Si cette bonne fille de dix-huit ans a bon sens et fermeté d’esprit, ne faites point difficulté de lui laisser le soin des filles (1). Un bon esprit est meilleur en cet âge-là qu’un mal fait à cinquante ans.

Je baillerai de plus la couverture à Monsieur votre fils et je ferai tout ce que vous me mandez.

Il est vrai qu’il est à souhaiter que les personnes qui se voudront appliquer à ce bon œuvre n’aient d’autre dessein ni chose à faire que cela. Je m’en vas au premier jour à Pontoise. L’on m’a parlé d’une qui est là. Je la retiendrai pour Sartrouville (2), où Madame de Villeneuve (3) la désire.

Notre petite compagnie partira dans deux ou trois jours. Je vous prie de dire à Monsieur le lieutenant que je le salue très humblement et suis son serviteur et que je le prie de nous arrêter trois lits à l’hôtellerie. Je salue de plus Germaine, à laquelle vous direz, s’il vous plaît, que j’ai donné ordre pour faire tenir sa lettre à son frère.

1). comme maîtresse d’école au Mesnil.

2). commune de Seine-et-Oise dans le canton d’Argenteuil.

3). Veuve de Claude-Marcel de Villeneuve, maître des requêtes, sœur de la Mère Hélène-Angélique l’Huillier, de la Visitation, amie de Mademoiselle Le Gras et de Madame de Lamoignon et fondatrice des Filles de la Croix, qu’elle établit en 1641, morte le 15 janvier 1650, à l’âge de cinquante-trois ans. (Madame de Villeneuve, par le P. de Salinis, Paris, 1918, in.8°.)

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Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, cette veille de saint Luc (4) 1631.

Souscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras au Mesnil.

87. — A MONSIEUR COLLETOT

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La confrérie de la Charité dont je vous ai envoyé le règlement n’est point pour assister les malades de la contagion. Il y a quelques endroits là où les servante, des pauvres, c’est-à-dire ces honnêtes femmes qui sont de la Charité, se sont proposé non d’aller visiter lesdits malades de la contagion, mais bien de leur apporter des vivres, ou de leur apporter en quelque endroit, de telle distance du lieu où ces pauvres gens se sont retirés qu’elles ne soient en danger de prendre le mal. Cela s’entend aux lieux où il n’y a point ordre pour lesdits pauvres pestiférés. Mais pour ladite confrérie, elle n’est point directement pour lesdits pestiférés, * ains indirectement seulement. Que si l’on est affligé en votre paroisse de cette maladie, il faudrait que la Charité députât quelque pauvre bonne femme ou quelque bon homme, qu’il apportât lesdits vivres sans que les servantes des pauvres y aillent chacune son jour, comme les autres malades.

4). 17 octobre

Lettre 87. — L. a. — Original au British Museum, foreign private letters, Egleton 27, f° 166.

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Et voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour réponse à la vôtre, excepté que je prie Dieu qu’il bénisse le saint œuvre que vous entreprenez, qu’il sanctifie votre âme, qu’il soit lui-même votre récompense en ce monde et en l’autre et qu’il me fasse digne d’être, en son amour et celui de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Colletot, prieur de la Forêt-le-Roi (1)

88. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai fait voir votre lettre au Père de Gondy, celles de Monseigneur de Châlons à vous et la vôtre à lui (l). Or, toutes choses pesées et considérées, et à son grand regret, il est d’avis que vous obéissiez à Monseigneur de Châlons, pource qu’il estime que Dieu le veut ainsi, puisque c’est par l’ordre de celui qui est l’interprète de sa volonté au lieu où vous êtes. Or, telle étant la volonté de Dieu, revenez-vous-en, s’il vous plaît. Vous ne laisserez pas d’avoir la récompense que vous auriez si vous aviez instruit toutes les filles de ces quartiers-là. Oh ! que vous êtes heureuse de ce que vous avez ce rapport au Fils de Dieu d’avoir été, comme lui, obligée de vous re-

1. Mot de lecture douteuse.

Lettre 88. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Le saint veut dire évidemment : j’ai fait voir au P. de Gondi la lettre que vous m’avez adressée, celles que l’évêque de Châlons vous a écrites et votre réponse à ce prélat.

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tirer d’une province où, Dieu merci, vous ne faisiez pas du mal ! Le R. Père de Gondy vous remerciera ici de la peine que vous avez prise et vous témoignera le sentiment qu’il en a ; et moi je vous prie de ne pas entrer dans l’opinion que cela se fasse par votre faute. Non, ce n’est pas cela, ains une pure disposition de Dieu, pour sa plus grande gloire et pour le plus grand bien de votre âme. Ce qui davantage est relevé en la vie de saint Louis, c’est la tranquillité avec laquelle il s’en revint de la Terre Sainte sans avoir réussi selon son dessein ; et peut-être que vous n’aurez jamais occasion en laquelle vous puissiez plus donner à Dieu qu’en celle-ci. Usez-en donc selon la mesure de la grâce que Notre-Seigneur a toujours fait paraître en vous.

Mademoiselle Sevin vous écrit comme elle vous prie de vous pourvoir d’un autre logis. Vous pourrez aller descendre chez Mademoiselle du Fay et y demeurer jusques à ce que vous ayez un logis qui vous soit propre. Cette bonne Mademoiselle Sevin y travaillera (2).

Pour les cinquante écus, gardez-les ; vous aviserez ici comme vous en ferez. Monsieur votre fils s’est retiré au collège ; il se porte fort bien et fait de même.

Je salue très humblement Monsieur le curé, Monsieur Ferrat et Germaine et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

V. DEPAUL.

De Paris, cette veille de la Toussaint [1631 3.]

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras au Mesnil.

2. Eut-elle le temps d’y travailler ? Elle mourut à la fin décembre et fut inhumée le 31 dans l’église de Saint-Nicolas, devant la chaire du prédicateur (Bibl. Nat., ms., fr. 32.590.)

3). 31 octobre. L’année est imposée par le contenu.

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88. — A LOUISE DE MARILLAC

[1631] (1)

Mademoiselle,

Madame Laurent s’en va vous trouver, l’ayant jugée la plus propre pour le présent. Je vous envoie les lettres que j’avais écrites pour elle ; vous en userez selon votre prudence. Je loue Dieu de ce que vous voilà mieux que quand vous partîtes et le prie qu’il vous remplisse de paix et de tranquillité. Je doute que M. soit propre à ce que vous dites, et la fille à vous suivre. Je pense qu’il faut surseoir la résolution de cela.

Quand viendrez-vous ? Sera-ce cette semaine ? Ce sera lorsque l’établissement de cette bonne Madame Laurent le vous permettra. Je pense commencer demain la visite du faubourg (2). L’on m’écrit d’une bonne fille d’auprès de Pontoise, qui est fort propre et qui a grand désir de servir Dieu en l’instruction des enfants, et moi je suis en l’amour de Notre-Seigneur…

90. — A JEAN DE LA SALLE, PRêTRE DE LA MISSION, AU MESNIL

Du 11 novembre 1631.

Il n’y a point de difficulté de recevoir la charité de

Lettre 89. — Manuscrit Saint-Paul, p. 81. * La lettre 89 serait à sa place entre les lettres 74 et 75

1). Cette lettre a des liens étroits avec les lettres 79 et 81. Nous nous apercevons trop tard qu’elle les a précédées toutes deux. Elle est du mois de juillet ou du mois d’août. Louise de Marillac l’a vraisemblablement reçue à Villepreux.

2). C’est-à-dire du second monastère de la Visitation, établi par la Mère de Beaumont, le 13 août 1626, dans la maison de M. Le Clère, au faubourg Saint-Jacques, grâce à la générosité de la marquise de Dampierre et de Madame de Villeneuve. Saint Vincent en était supérieur et Marie-Jacqueline Favre supérieure. (Histoire chronologique des fondations de tout l’ordre de la Visitation de Sainte-Marie, Bibl. Maz., ms. 2439.)

Lettre 90. — Reg. 2, p. 196. Le copiste note que l’original était de la main du saint.

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Monseigneur le R. P. de Gondy. Si déjà vous l’avez refusée, faites-en vos excuses à M. Ferrat. C’est notre fondateur. Nous n’avons point droit de refuser ce qu’il nous donne pour l’amour de Dieu, non plus que de quelqu’autre qui ne serait pas du lieu où l’on ferait la mission. Saint Paul en usait ainsi et ne prenait jamais au lieu où il travaillait ; mais il prenait des autres églises pour travailler aux nouvelles, lorsque l’ouvrage de ses mains ne suffisait pas, ou que la prédication et les conversions l’empêchaient de travailler de ses mains pour gagner sa vie. Spolians Ecclesies Macedoniae, ut non essem vobis oneri, dit-il aux Corinthiens (1), quoiqu’il dise que sa gloire en la prédication de l’évangile était de ne rien prendre.

91. — A GUILLAUME DE LESTOCQ, CURE DE SAINT-LAURENT (1)

[1631] (2)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je passai hier chez M. le procureur général (3) et trouvai quatre ou cinq carrosses devant sa porte ; et, pource qu’il était fort tard et qu’il m’eût fallu attendre longtemps, je pensai qu’il valait mieux remettre la partie jusques aujourd’hui l’après-dînée. Je le verrai donc tan-

1). Deuxième épître aux Corinthiens, XI, 8-9. Le saint ne reproduit pas textuellement la phrase de saint Paul.

Lettre 91. — Recueil du procès de béatification.

1). Il fut à la tête de la paroisse Saint-Laurent, alors près Paris, de 1628 au 9 mai 1661, jour de sa mort. C’est lui qui fut le principal instrument de l’union à la congrégation de la Mission du prieuré de Saint-Lazare. Il a fait de cette union un récit détaillé, qui a trouvé place dans l’ouvrage d’Abelly (op. cit., t. I, chap. XXII, p. 95 et suv.)

2). Voir note 5.

3.) Matthieu Molé.

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tôt, selon l’ordre de Monsieur le prieur (4), lequel je n’aurai point l’honneur d’aller trouver ce matin, tant pource qu’il me semble qu’il désire que nous ayons la parole de mondit sieur le procureur général avant que de conclure (5), qu’afin que vous, Monsieur, nous fassiez la charité de lui dire quelques difficultés qui se trouvent aux propositions qu’il me fit l’honneur de me faire hier.

Mondit sieur le prieur me fit donc l’honneur de me

4). Adrien Le Bon, chanoine régulier de Saint-Augustin, né à Neufchâtel (Seine-Inférieure), mort à Saint-Lazare le 9 avril 1651, dans sa soixante-quatorzième année.

5). Adrien Le Bon fut porté à résigner le prieuré de Saint-Lazare par la mésintelligence qui régnait entre lui et ses religieux. Le bruit des heureux fruits que recueillaient dans leurs courses apostoliques saint Vincent et ses missionnaires, ainsi que les conseils du curé de la paroisse, lui firent jeter ses regards de leur côté. M. de Lestocq le conduisit lui-même aux Bons-Enfants. L’offre généreuse du bon prieur effraya l’humilité de saint Vincent. Il refusa. Adrien Le Bon persista dans son dessein. Six mois après, il revenait au collège et renouvelait, vainement encore, sa proposition. Pendant six autres mois, ce furent de nouvelles instances, qui devenaient de jour en jour plus pressantes. Enfin, il fut convenu qu’on s’en remettrait à la décision d’André Duval. Ce dernier fut de l’avis du prieur. Le plus gros obstacle était écarté. Restait à s’accorder sur les clauses du contrat. Ce ne fut pas facile. La lettre de saint Vincent à M. de Lestocq nous fait connaître quelques-uns des points débattus entre les parties. L e contrat fut passé le 7 janvier 1637. Le lendemain, saint Vincent et les siens venaient habiter Saint-Lazare. Ce récit, confirmé par les déclarations du saint (cf. lettre du 30 janvier 1656 à Nicolas Etienne), mérite une toute autre confiance que le récit contenu dans l’Histoire des chanoines réguliers de l’ordre de S. Augustin de la Congrégation de France, Bibl. Sainte-Geneviève, 4 vol. in-f°, ms. 611-614, t. III, f° 57 V°. L’auteur de cet ouvrage prétend que la donation à saint Vincent du prieuré de Saint-Lazare fut le résultat de ses manœuvres. Pour rester en possession de son bien Vincent de Paul eut à soutenir plus d’un procès. Son droit fut toujours reconnu. L’union fut approuvée le 8 janvier par l’archevêque de Paris, quelques jours après par le roi, le 24 mars par le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris, le 7 septembre par le Parlement, le 15 mars 1635 par le Pape Urbain VIII. Saint-Lazare était en dehors de Paris. Les bâtiments et l’enclos couvraient le vaste quadrilatère compris actuellement entre la rue du Paradis, la rue du faubourg Saint-Denis, le boulevard de la Chapelle et la rue du faubourg Poissonnière (Cf. Saint-Lazare, par Jean Parrang dans les Petites Annales de S. Vincent de Paul, 1903, pp. 13-30.)

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dire hier au soir qu’il avait conféré avec Messieurs ses religieux (6) touchant notre manière de faire au chœur, le logement et ameublement, et la pension que donneraient ceux qui voudraient vivre parmi nous. Or, je vous dirai que, pour la dernière difficulté, qui est que chacun de Messieurs les religieux ne paiera que deux cents livres de pension, que j’acquiesce très volontiers à cela, quoiqu’ayant supputé la dépense au juste de ce qu’il nous a coûté à présent il nous en coûtera davantage, et que les pensions même des écoliers sont de quatre-vingt-dix * écus.

Quant au logement, je crains qu’il n’arrive quelque difficulté avec le temps, si nous étions ensemble au dortoir, parce que nous observons le silence depuis le soir après la prière jusqu’au lendemain après le dîner, que nous avons une heure de récréation ; et depuis la récréation jusques au soir après souper, auquel temps nous avons encore une heure de récréation, laquelle achevée, nous rentrons dans le silence, pendant lequel nous ne parlons que de choses nécessaires, et encore tout bas. Or, quiconque ôte cela d’une communauté y introduit un désordre et une confusion qui ne se peuvent dire, qui a fait dire à un saint personnage, qu’il assurera, voyant une communauté qui observe exactement le silence, qu’elle observe aussi le reste de la régularité ; et qu’au contraire. voyant une autre où le silence ne s’observe pas, qu’il est impossible que le reste de la régularité s’observe. Or, il y a bien sujet de craindre, Monsieur, que ces Messieurs ne voulussent pas s’obliger à cela et que, ne le faisant pas, nous ne ruinassions une pratique si nécessaire et laquelle

6). Les religieux étaient au nombre de neuf : Adrien Le Bon, prieur Nicolas Maheut, sous-prieur ; Claude Cousin, receveur ; Claude Gothereau, dépensier ; Richard Levasseur, sacristain ; Adrien Descourtils ; Jacques Lescellier ; François Caigne et Claude de Morennes. (Cf. Arch. Nat. M. 212.)

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nous avons tâché d’observer jusqu’à présent le moins mal qu’il nous a été possible ; c’est pourquoi il me semble qu’il serait expédient de revenir aux propositions que me firent Messieurs les religieux en la présence de mondit sieur le prieur, qui est qu’ils prendront quelques logements particuliers que l’on leur fera accommoder à leur usage, avec des cheminées ; et pour le regard des meubles, ils pourront prendre les leurs de leurs chambres ; et pour le linge et de la vaisselle, nous leur en baillerons, ou cinquante] ivres à chacun pour en avoir ; à quoi tant s’en faut que je trouve de la simonie, qu’au contraire il me semble qu’il est plus que raisonnable d’en user ainsi, puisque ces Messieurs nous laisseront leurs meubles communs. Par ce moyen donc ils nous laisseront le dortoir, où nous pourrons sans aucune difficulté observer notre silence.

Et pour le regard du chœur, mondit sieur le prieur propose les rangs, et que nous y porterons le domino (7) depuis la Toussaint jusqu’à Pâques et encore l’aumusse (8). Or, je vous dirai, Monsieur, qu’encore que je ne fais aucune difficulté, que, quand ces Messieurs auront agréable de venir au chœur, la compagnie ne leur doive laisser les premiers rangs, je pense néanmoins qu’il n’est pas expédient de ne nous point charger de l’aumusse ni du domino ; et pour éviter la confusion et le soupçon que le parlement aurait que nous commencerions à devenir chanoines, et par conséquent que nous renonçons tacitement à notre dessein de travailler incessamment pour le pauvre peuple des champs, qu’il est, dis-je, expédient que l’on ne nous charge ni de l’aumusse ni du domino, et que l’on nous laisse le service pour le faire selon la décharge de notre conscience, comme il est conclu dans

7). Camail noir.

8). Fourrure que les chanoines portent d’ordinaire sur le bras.

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le concordat. Or, la façon selon laquelle je me propose de le faire, et comme Monsieur le prieur a trouvé bon d’autrefois, est de dire l’office media voce sans chanter, excepté la grand’messe et vêpres les dimanches et fêtes.

Et voilà, Monsieur, les difficultés que je trouve aux propositions que M. le prieur me fit l’honneur de me faire hier au soir et lesquelles je vous supplie très humblement de lui proposer ce matin et de me mander son sentiment. J’ai une très parfaite confiance que, comme il regarde principalement la gloire de Dieu et le salut du peuple en ces affaires, et que voyant les inconvénients qui pourraient arriver si les choses se passaient comme il les a proposées, qu’il aura agréable la très humble représentation que je lui en fais, qui aimerais mieux que nous demeurassions toujours en notre pauvreté que de détourner le dessein de Dieu sur nous. Je suis honteux de vous tant importuner ; votre charité me le pardonnera, s’il vous plaît.

Je suis cependant en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce samedi matin.

92. — A LOUISE DE MARILLAC

[1631] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’enverrai quérir le peintre demain et agirai selon ce

Lettre 92. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre n’est pas postérieure à l’année 1631, vu qu’il y est fait mention de Mademoiselle Sevin, morte au mois de décembre de cette même année ; d’autre part, divers indices nous empêchent de remonter plus haut.

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que vous me mandez, et ferai savoir par même moyen aux gardes des pauvres malades de Saint-Sauveur ce que Mademoiselle Tranchot vous a fait dire pour Monsieur votre fils. Nous le verrons quand il vous plaira ; mais je ne pense pas que vous lui deviez faire prendre les ordres si tôt. Il n’est point en âge pour les ordres sacrés (2) ; et, pour les quatre mineurs, il n’y a point d’utilité ni de nécessité pour encore, et il faudrait qu’il se détournât de ses études pour s’y préparer ; ce qui lui serait un aussi grand dommage.

Que j’ai peine de votre peine ! Mais quoi ! tel étant l’ordre de la Providence, quel remède ? Ains quel mal véritable en devez-vous appréhender ? Eh bien ! c’est un homme qui dit que vous lui avez promis mariage 3 et il n’est pas vrai. L’on se plaint de vous à faux. Vous souffrez en votre intérieur à tort et sans cause. Vous craignez qu’on ne parle de vous ? Soit, mais assurez-vous que c’est là un des grands moyens de conformité au Fils de Dieu que vous pourriez avoir sur la terre et que vous acquerrez par là des conquêtes sur vous, que vous n’avez jamais pu avoir. Oh ! que de vaines complaisances sont anéanties par là et que d’actes d’humiliation sont produits par ce moyen ! Or sus, il ne vous en peut arriver que tout bien et pour ce monde et pour l’autre. Fortifiez-vous donc là dedans contre les sentiments de la nature, et le jour viendra que vous bénirez l’heure de ce que Notre-Seigneur vous exerce de ce côté-là, et moi je suis, en son amour, votre très humble serviteur.

V. D.

Je vous supplie m’excuser de ce que je ne vous ai point [fait porter] (4) cette réponse aujourd’hui ; l’em-

2). Michel Le Gras n’avait que dix-huit ans environ.

3). Louise de Marillac avait alors quarante ans

4). Mots oubliés dans l’original.

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barras que me donne notre affaire m’en empêche (5). Je vous prie vous informer de Mademoiselle Sevin ce qu’elle en sait et de me le mander. Je ne fais que d’arriver de la ville, où j’ai été depuis au matin.

Ce mardi au soir.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

93. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1634] (1)

Voici cette bonne fille, qui est venue pour vous servir, si vous l’avez agréable. Elle se porte bien, Dieu merci, à un petit sentiment de fièvre près, à l’heure qu’elle avait accoutumé de la prendre. Je crois que vous en serez bien servie. Si vous l’avez agréable, vous la pourrez renvoyer chez elle pour sept ou huit jours.

Quant à l’eau (2), buvez-en hardiment, jamais elle n’a fait mal à personne et y en a quantité qui en sont guéris. Madame de Portnal commence à s’en bien trouver. Je ferai dire à Monsieur Deure qu’il vous en envoie, ou bien mandez à Mademoiselle qu’elle lui fasse dire.

Je partirai demain en hâte. Si je puis, je vous verrai. Je ne serai que dix ou douze jours, comme j’espère. Aidez-nous de vos prières et vous consolez en l’objet de votre amour, qui est Notre-Seigneur souffrant ; et je

5). Ne s’agirait-il pas des négociations en cours pour l’union du prieuré de Saint-Lazare à la congrégation de la Mission ?

Lettre 93. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre est certainement antérieure à l’institution des Filles de la Charité (novembre 1633), car, après Cette date, Louise de Marillac n’avait pas de servante à son service.

2). Une eau minérale ou purgative

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serai, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre serviteur.

V.D.

Je vous dis derechef que vous ne laissiez point de boire de cette eau.

84. — A FRANCOIS DU COUDRAY, PRETRE DE LA MISSION, A ROME

Du 23 décembre 1631.

… Quant aux mémoires que vous désireriez être présentés par d’autres qui eussent moins d’intérêt à la chose que nous, je le voudrais bien aussi, quoiqu’il me semble que cela soit assez ingénu ; mais quel remède ? Qui dit les choses tout bonnement, comme elles sont, et se soumet, Dieu agrée, comme je crois, ce procédé. La vérité et l’humilité s’accordent bien ensemble (1)

85. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

Béni soit Dieu de ce que sa bonté vous confirme de plus en plus en son amour et en l’accomplissement de sa sainte volonté. Il sera voirement à propos que vous fassiez quelque pèlerinage pour ce que vous me mandez ; mais, pour l’amour de Dieu, Mademoiselle, ne vous mettez pas malade par les chemins. Il faut donner lieu à la maladie comme à un état tout divin. Il est vrai que Notre-Seigneur vous aide d’une manière spéciale. Il me

Lettre 94. — Reg. 2, p. 2.

1). François du Coudray négociait à Rome l’approbation de la congrégation de la Mission.

Lettre 95. — Manuscrit Saint-Paul, p. 66.

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semble que vous êtes meurtrière de vous-même pour le peu de soin que vous en avez. Soyez bien gaie, je vous en supplie. Oh ! que les personnes de bonne volonté en ont grand sujet !

96. — A LOUISE DE MARILLAC

Il faut pour le plus sûr avoir une attestation du médecin, comme il est expédient que vous et Monsieur votre fils mangiez de la viande, et que vous l’envoyiez au greffier de Monsieur de Paris, nommé M. Baudouin ; et sans difficulté il vous mettra la permission au pied ; et cela étant, ne faites point de difficulté d’en manger. Ains, en tant qu’en moi est, je le vous ordonne, comme aussi de rejeter les défiantes pensées que vous permettez à votre cœur. Et soyez pleine de confiance que vous êtes la chère fille de Notre-Seigneur, par sa miséricorde.

Je vous ordonne de plus de vous concilier la sainte joie de votre cœur par tous les divertissements qui vous seront possibles et de me pardonner si je n’ai eu l’honneur de vous voir, à cause de quantité d’affaires qui m’occupent. Assurez-vous, Mademoiselle, que j’aurai ce bonheur le plus tôt qu’il me sera possible et que je suis votre serviteur.

V.D.

Je vous prie de faire travailler demain au matin à cette permission, afin que vous puissiez manger de la viande dès demain ; car l’usage du poisson vous est entièrement contraire.

Souscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 96. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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97. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1632] (1)

Faites ce que vous dira Monsieur Bouvard (2) avec confiance que Dieu bénira ses remèdes, Mademoiselle, je vous en prie. Je ne dis pas que vous les preniez tous ; j’espère qu’il n’en sera pas besoin. Or sus, il le faut donc faire. Et pour le reste, cela se fera en son temps. Tenez-vous bien gaie surtout. Je verrai Monsieur Bouvard et lui parlerai de vous et de l’opiat.

Pour le reste dont nous parlâmes hier, ne vous en mettez point en peine. Celui qui a la disposition des temps disposera de cet affaire dans le temps qu’il a prévu convenable de toute éternité.

Faites-vous donc guérir, et bientôt, je vous en supplie, et je serai, en, l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble et obéissant serviteur.

98. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1632] (1)

Ne vous le disais-je pas bien hier, Mademoiselle, qu’il vous fallait accorder ce que vous demandiez, pource qu’aussi bien votre cœur n’aurait point de repos que cela

Lettre 97. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre semble écrite avant l’institution des Filles de la Charité.

2.) Premier médecin du roi Louis XIII, mort le 22 octobre 1658 à l’âge de quatre-vingt-six ans. Plusieurs de ses filles entrèrent à la Visitation, entre autres Marie-Augustine, qui fut supérieure du monastère du faubourg.

Lettre 98. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La mention de M. Bouvard, qui fut peu de temps, semble-t-il, médecin de Louise de Marillac, nous a porté à rapprocher cette lettre de la lettre 97.

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ne fût fait. Faites donc, à la bonne heure, doucement et sans empressement. Vous serez cause que j’en referai un pour moi, un de ces matins. Mais voyez après cela Monsieur Bouvard. Ains soyez bientôt guérie pour servir Dieu. Oh ! que mon cœur désire que cela soit, et promptement ! Or sus, faites-y, de votre côté, ce qu’il faut. Soyez bien gaie cependant et faites gaiement ce que vous avez à faire, et je serai, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

Je voudrais bien savoir si M. Meynard est procureur au Châtelet ou à la Cour.

99. — A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ces lignes seront pour vous donner de nos nouvelles et pour en apprendre des vôtres. Pour les nôtres, elles sont telles que, Dieu merci, je me porte toujours de mieux en mieux ; et n’eût été quelques petits ressentiments de fièvre, qui m’ont repris depuis un jour ou deux, je vous serais allé remercier de tant de charité que vous m’avez faite. Et pour vous, comment vous va-t-il, Mademoiselle ? êtes-vous en meilleure santé que ces jours passés ?

Lettre 99 — Reg. I, f° 69. Le copiste note que l’écriture de l’original était celle de saint Vincent.

1). Le nom de Mademoiselle du Fay ne paraît dans aucune des lettres qui sont certainement postérieures à l’année 1695 ou antérieures à 1626.

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êtes-vous plus forte ? Mais ménagez-vous mieux votre santé que par le passé ? Et le cœur est-il bien généreux ? Se laisse-t-il point abattre quelquefois ? Pour l’amour de Dieu, Mademoiselle, fortifiez-vous bien en l’une et en l’autre manières, afin que vous serviez Dieu en sainteté et justice longues années.

Au reste, je vous supplie me mander où l’on achète les disciplines, pource que j’en ai besoin d’une douzaine ; mais il n’est point besoin que vous me fassiez réponse à présent ; il suffira que ce soit dans un jour ou deux.

Je salue de tout mon cœur le bon M. de Vincy (2) et suis à vous et à lui, en l’amour de Notre Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

100. — A FRANçOIS DU COUDRAY, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur le Jarriel, banquier, nous a fait la charité d’entreprendre l’expédition des bulles d’union de Saint-Lazare à notre petite congrégation et en fait l’adresse à Monsieur Marchand (l). Vous prendrez la peine, Monsieur, s’il vous plaît, la présente reçue, d’aller trouver Monsieur Marchand et de commencer à travailler à cet affaire, pour en avoir l’expédition le plus tôt que faire se pourra, pource qu’elle nous est absolument nécessaire,

2. Frère de Mademoiselle du Fay.

Lettre 100. — L. a. — Original à l’hospice Saint-Nicolas de Metz.

1). Banquier expéditionnaire en cour de Rome.

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à cause des oppositions qu’on nous fait (2) et pour lesquelles l’on nous presse de deçà. J’ose encore espérer de la charité de Messieurs le Bret (3) et de Luzarches qu’ils nous continueront leur charité en cette occasion qui regarde notre établissement, et nous leur devrons à l’un et à l’autre ce que Dieu seul leur peut rendre. Vous pourrez adresser vos lettres audit sieur Jarriel comme à un notre ancien ami et auquel, après Dieu, nous devons une bonne partie du bien de cet affaire. Il me reste à vous prier d’avoir soin de votre santé sur toutes choses ; et attendant qu’il plaise à Notre-Seigneur bénir le succès de vos travaux, je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 2 mars 1632.

2). L’opposition venait des religieux de Saint-Victor, de Louis de Mesgrigny, abbé de Quincy, et des curés de la ville, faubourgs et banlieue de Paris. Appelés à Saint-Lazare au commencement du XVIe siècle par Etienne de Poncher, évêque de Paris, qui espérait réformer les abus en changeant l’administration, les religieux de Saint-Victor n’avaient cessé depuis d’occuper le prieuré, qu’ils avaient fini par considérer comme leur bien propre. Il n’en était rien pourtant. Toutes les provisions témoignaient que les évêques de Paris se réservaient le droit de révoquer le prieur et même d’y mettre d’autres ecclésiastiques à leur place. De plus, le 5 décembre 1625, les religieux de l’abbaye de Saint-Victor avaient décidé que les diverses maisons de l’ordre seraient désormais indépendantes de l’abbaye. C’était par le fait une renonciation à leurs droits sur Saint-Lazare. Rome prit du temps avant d’accueillir la supplique de saint Vincent. La bulle d’union fut signée par Urbain VIII le 18 mars 1635 mais l’expédition n’eut pas lieu. Alexandre VII en accorda une nouvelle le 18 avril 1655. (Cf. Arch. Nat. MM 534.)

3). Jacques le Bret, chanoine de Toul, auditeur de Rote et clerc de la Chambre apostolique, était de Paris. Il fut préconisé à l’évêché de Toul le 24 avril 1645 et sacré à Saint-Louis-des-Français. Le roi de France, qui n’avait pas été prévenu diplomatiquement, refusa de le reconnaître. Le différend fut levé par le décès de l’intéressé, qui mourut à Rome le 15 juin de la même année. Jacques le Bret rendit bien des services à la congrégation de la Mission.

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101. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien aise de ce que vous avez pris comme il faut la nouvelle de la maladie de Mademoiselle de Potrincourt (1), de laquelle je n’ai point su des nouvelles depuis cinq ou six jours en ça. Mais je suis marri de en que vous laissez tremper votre esprit en quelques vaines appréhensions qui sont plutôt à empêchement qu’à avancement à votre salut. Mettez-vous toute dans la sainte dilection qui opère la confiance en Dieu et la défiance de soi, Mademoiselle, je vous en prie ; et laissez cette crainte, qui me semble parfois un peu servile, à ceux à qui Dieu n’a point donné les sentiments de lui qu’à vous ; et surtout méprisez ces pensées, qui semblent infirmer la sainte foi que Dieu a mise en vous (2) et encore plus l’auteur dont elles procèdent, qui n’a pouvoir que celui que vous lui donnerez. Or absit que vous lui ayez jamais donné celui-là ! Les larmes que la peine que vous en avez produisent sont autant de témoins de ce que je vous dis. Soyez donc en repos de ce côté-là.

Pour Monsieur de Marillac (3) je veux tout ce que vous

Lettre 101. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Françoise de Mornay, épouse de Jacques de Biancourt, seigneur de Potrincourt.

2). Louise de Marillac avait été assaillie autrefois de doutes sur l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu ; ces tentations lui se. raient-elles revenues ?

3). Les biographes de Louise de Marillac supposent qu’il est ici question de Michel de Marillac, emprisonné à Châteaudun, et que sa nièce voulait tenter une démarche pour obtenir sa liberté. (Cf. Madame de Richemont, op. cit., p.100 ; Mgr Baunard, op. cit., p. 114 ; M. de Broglie, Le Vénérable Louise de Marillac, Paris, 1911, in-12, p. 65.) Ce n’est là qu’une hypothèse. On pourrait en faire d’autres.

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trouverez bon ; mais prenez garde de vous embarrasser. Il me semble en ces choses qu’il faut être disposé a prendre l’avis que celui à qui l’on se conseille donne ; et, quand il vous dira quelque chose contre votre sentiment, qu’il n’y faudra point retourner deux fois. Faites pourtant ce que Notre-Seigneur vous suggérera. D’une chose vous assuré-je bien, qu’il ne vous conseillera rien que de parfait, et que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

102. — A N ***

[1632] (1)

Vous savez bien que les religieux de [Saint-Victor] nous contestent Saint-Lazare (2), Vous ne sauriez croire les devoirs de soumission que je leur ai rendus, selon l’ordre de l’évangile, quoiqu’en vérité ils ne soient point fondés en raison, à ce que M. Duval m’a assuré et à ce que me disent toutes les personnes qui savent de quoi

Il n’est même pas sûr qu’il s’agisse ici de l’ancien garde des sceaux. Saint Vincent pourrait aussi bien avoir en vue un autre Marillac, le maréchal par exemple ou le petit-fils de Michel.

Lettre 102. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXII, fin, p. 101.

1). Voir note 2.

2). Les religieux de Saint-Victor avaient produit une première requête le 17 décembre 1631 pour empêcher le contrat d’union. Ils en présentèrent une seconde le 13 mai 1632 pour le faire casser. Malgré l’appui que leur prêtèrent l’abbé de Quincy et les curés de Paris et de la banlieue, ils ne purent obtenir gain de cause. Le Parlement décida, le 21 août, qu’il verrait le concordat, et le 7 septembre il en ordonna l’enregistrement, tout en exigeant des prêtres de la Mission qu’ils se retirassent "par devers le sieur archevêque de Paris pour obtenir lettres d’établissement à perpétuité en ladite maison de Saint-Lazare". (Arch. Nat. M 212, liasse n° 4.)

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i] s’agit. Il en sera ce qu’il plaira à Notre-Seigneur, qui sait en vérité que sa bonté m’a rendu autant indifférent en cette occasion qu’en aucun autre affaire que j’aie jamais eu. Aidez-moi à l’en remercier, s’il vous plaît.

103. — A LOUISE DE MARILLAC

Il vaut donc mieux en user ainsi que vous me mandez, Mademoiselle, et différer pour ne rien hasarder. Que si entre ci et mon retour vous trouvez quelque personne affidée, faites ; sinon, différez (1) ; Notre-Seigneur y pourvoira, surtout si vous vous aimez bien aux pieds de la croix, où vous vous trouvez à présent et qui est la meilleure place que vous puissiez avoir en ce monde. Aimez-vous-y donc, Mademoiselle, et ne craignez rien. Ne nous oubliez pas en vos prières et j’aurai soin de vous recommander à nos bonnes gens des champs.

Suscription : Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

104. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1634] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ce billet sera à trois fins : pour vous donner le bon

Lettre 103. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). On peut, avec les biographes de Louise de Marillac, interpréter ces mots de démarches qu’elle désirait faire pour la délivrance soit de Michel de Marillac, ancien garde des sceaux, soit du maréchal Louis de Marillac.

Lettre 104. — L. a — Copie du XVIIe ou du XVIIIe siècle à l’hôpital de Pernambuco (Brésil).

1). Tout porte à croire que la lettre a précédé l’institution des Filles de la Charité. L’insistance que met le saint à parler de saint Joseph n’indiquerait-elle pas qu’il l’écrivit le 19 mars ?

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jour, pour vous remercier de ce tant beau et agréable parement que votre charité nous a envoyé, lequel me pensa ravir hier le cœur d’aise, voyant le vôtre là dedans, et cela tout à coup entrant dans la chapelle, ne sachant pas qu’il y fût ; et cette aise dura. hier et dure encore avec une tendresse inexplicable, laquelle opère en moi plusieurs pensées, lesquelles, si Dieu l’a agréable, je vous pourrai dire, me contentant cependant de vous dire que je prie Dieu qu’il embellisse votre âme de son parfait et divin amour, pendant que vous embellissez ainsi sa maison de tant de beaux parements.

La troisième fin est la prière que je vous fais de ne point aller aujourd’hui aux pauvres, et qu’ainsi vous honorerez le non-faire du Fils de Dieu et celui de saint Joseph, lequel, ayant la puissance du ciel et de la terre en sa conduite et sous son pouvoir, a voulu néanmoins paraître sans pouvoir. Envoyez-y Madame Richard. Peut-être que Dieu lui communiquera là quelque grâce dont elle a besoin, et à vous celle de quelque degré d’humilité, de compassion des infirmes ou de connaissance de vous-même, l’impuissance que vous avez de tendre à ce que votre ferveur vous fait prétendre.

Enfin vous y gagnerez, si vous le faites, pource que Notre-Seigneur le veut ainsi, en]’amour duquel et celui de sa sainte Mère et de saint Joseph, je suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

105. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai 1632] (1)

Mademoiselle,

Ce que vous me mandez de M. le maréchal de Maril-

Lettre 105. — Manuscrit Saint-Paul, p. 74.

1). La lettre est du 8, 9 ou 10 mai. (Cf. note 2.)

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lac me paraît digne de grande compassion et m’afflige (2). Honorons là dedans le bon plaisir de Dieu et le bonheur de ceux qui honorent le supplice du Fils de Dieu par le leur. Il ne nous importe comme quoi nos parents vont à Dieu, pourvu qu’ils y aillent. Or, le bon usage de ce genre de mort est un des plus assurés pour la vie éternelle. Ne le plaignons donc point ; ains acquiesçons à l’adorable volonté de Dieu.

106. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Me voici votre voisin depuis midi (2). J’ai envoyé voir si vous étiez chez vous, sur les deux heures ; mais vous étiez allée en dévotion. Si demain, incontinent après

2). Louis de Marillac, comte de Beaumont-le-Roger et maréchal de France, Michel de Marillac, garde des sceaux, et Louis de Marillac, père de Louise de Marillac, étaient fils d’un même père. Le premier, qui était le plus jeune des trois, fut ambassadeur en Savoie, en Italie, en Lorraine, en Allemagne, commissaire général des armées de Louis XIII, maréchal de camp, capitaine général des gens d’armes de la reine, lieutenant général pour les diocèses de Metz, Toul et Verdun, gouverneur de la ville et citadelle de Verdun et maréchal de France. Il se signala au siège de Montauban, où il fut blessé, au combat de l’île de Ré, au siège de La Rochelle, à la prise de Privas et ailleurs. Il était lieutenant général du roi à l’armée d’Italie, quand Richelieu décida de l’arrêter. Le cardinal-ministre le fit saisir par ses commissaires, le 30 octobre 1630, au camp de Felizzo, en Piémont, et le tint de longs mois en prison. La sentence de mort fut portée contre lui à Rueil le 8 mai 1632 et mise à exécution le surlendemain sur la place de Grève, à Paris.

Lettre 106. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre est du temps où saint Vincent était établi à Saint-Lazare (après 1631) et Louise de Marillac près du collège des Bons-Enfants (avant mai 1636).

2). Saint Vincent allait assez souvent au collège des Bons-Enfants.

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dîner, il vous plaît prendre la peine de venir jusques ici, nous apprendrons de vive voix ce que vous nous écrivez ; et cependant je vous supplie d’honorer les abandons intérieurs auxquels les saints, voire même le Saint des saints se sont trouvés quelquefois, et l’union plus étroite qu’ils ont eue ensuite à Dieu.

Je vous souhaite le bon soir et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

V.D.P

Je ne puis que je ne vous die que je me propose de vous bien blâmer demain de ce que vous vous laissez aller ainsi à ces vaines et frivoles appréhensions. Oh ! apprêtez-vous à être bien tancée !

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

A LOUISE DE MARILLAC

[Mai 1632] (1)

Mademoiselle,

Quant à votre petite retraite (2) faites-la tout doucement, selon l’ordre de l’Introduction de Monsieur de

Lettre 107. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la maison centrale de Turin.

1). Cette lettre a été écrite à l’époque d’un déménagement de Louise de Marillac. Certains indices nous portent à croire que ce fut en mai 1632, peu de jours avant sa retraite de l’Ascension. Le changement de domicile projeté à la fin de l’année 1631 avait été différé, ou bien Louise avait pris un logement provisoire.

2). "Je désirerais bien huit ou dix jours de retraite, deux fois l’année, à savoir les jours entre l’Ascension et la Pentecôte, pour honorer la grâce que Dieu a faite à son église, lui donnant son Saint-Esprit pour la conduire, et l’élection des apôtres pour annoncer son saint évangile, pour lequel pratiquer j’aurai une particulière attention à l’entendre et dévotion à la loi de Dieu, qui sont ses commandements. Les autres jours de retraite seront dans les Avents…" (Pensées, p. 5.) Une déchirure empêche de connaître la suite du texte.

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Genève (3) ; mais ne faites que deux oraisons par jour, une heure le matin et demi-heure l’après-dînée, et vous irez pendant l’intervalle quelque chose de Gerson (4) ou des vies des saintes veuves auxquelles vous avez plus particulière dévotion ; et le reste du temps vous l’emploierez à penser à la vie passée et à celle qui vous reste. Mais faites tout cela bien doucement, s’il vous plaît, après que vous aurez changé de logis, et contentez-vous de faire cela six jours durant. Ne m’oubliez pas en vos prières. Peut-être que je ferai la mienne en même temps. Dieu nous fasse la grâce de la bien faire !

Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

108. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai ou juin 1632] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ soit avec vous !

Si vous jugez à propos avec M. Compaing (2) de ren-

3). Introduction à la vie dévote, par saint François de Sales.

4). Louise écrit dans une de ses lettres à l’abbé de Vaux (lettre 63) : "Après la confession, la lecture est dans Gerson ou autre livre semblable qui excite à l’amour de Dieu." L’œuvre littéraire de Gerson est considérable. Parmi les ouvrages écrits ou traduits en français dont la lecture pouvait être recommandée à Louise de Marillac, nous signalerons l’Opus tripartitum, le Dénat spirituel, La Doctrine de bien vivre en ce monde, Les règles de bien vivre, Le trésor de Sapience et La mendicité spirituelle. Notons que saint Vincent attribue ailleurs l’Imitation de Jésus-Christ à Thomas a Kempis.

Lettre 108. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite, semble-t-il, quand Louise de Marillac venait de changer de logis et alors qu’elle se trouvait encore sur la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

2). Guillaume Compaing, fils du seigneur de l’Estang, eut l’hon-

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voyer cette femme, faites-le. S’il faut quelque chose pour cela, je le baillerai. Et pource que je suis par dessus la tête de quantité d’exercitants, un évêque nommé, un premier président, deux docteurs, un professeur en théologie et M. Pavillon (3), outre nos exercices, tout cela, dis-je, m’empêche de vous aller voir (4). C’est pourquoi, vous m’enverrez, s’il vous plaît, le mémoire dont vous me parlez.

Je suis bien aise de votre beau logement et dirai une douzaine de paroles à Germaine quand il lui plaira. M. Belin est céans. Quant à cet honnête homme, pour M.

neur d’être assisté à sa première messe par saint François de Sales. Il prêta sa maison aux prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et entra lui-même dans leur communauté en 1621. Il fit beaucoup de bien à la paroisse Saint-Nicolas, dont il resta vicaire pendant quarante-trois ans, et aux Filles de Sainte-Geneviève, dont il fut directeur. La reconstruction de l’église paroissiale lui occasionna beaucoup de dépenses et lui coûta même la vie, car il mourut le 21 août 1665, écrasé par la chute d’un échafaudage. (Jean Darche, op. cit., t. I, pp. 348-35 1)

3). Nicolas Pavillon, né à Paris le 17 novembre 1597, se mit tout jeune prêtre sous la direction de saint Vincent, qui lui donna des catéchismes à faire, l’employa à l’œuvre des missions, l’envoya aux Charités où sa présence était jugée utile, et lui confia plus d’une fois la direction des conférences et des retraites ecclésiastiques. Nommé en 1637 à l’évêché d’Alet, Pavillon n’accepta que sur les instances du saint. Cette élévation ne le détourna pas de ses travaux apostoliques. Il donna une mission à Rueil, sur l’invitation de Richelieu, puis à Saint-Germain-en-Laye, à la demande du roi. Il fut sacré à Saint-Lazare le 22 août 1639 et alla dans son diocèse accompagné d’Etienne Blatiron, prêtre de la Mission. évêque zélé, intelligent, réformateur, il justifia les espérances qu’on avait mises en lui. Son épiscopat eut été plus fécond s’il s’était mieux prémuni contre les idées jansénistes. Saint Vincent le supplia vainement de signer le formulaire. L’évêque d’Alet mourut le 8 décembre 1677. On a plusieurs vies imprimées et manuscrites de ce prélat. La dernière a été composée par M. Etienne Dejean sous ce titre Un prélat indépendant au XVII ° siècle, Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, Paris, 1909, in-8°.

4). Saint Vincent ouvrait toutes grandes les portes de sa maison aux personnes qui désiraient y faire leur retraite. L’hospitalité qu’il leur donnait était gratuite. Dieu seul connaît le nombre incalculable d’ecclésiastiques et de laïques, de tout pays et de toute condition, qu’il reçut soit aux Bons-Enfants, soit à Saint-Lazare. (Abelly, op cit., t. I, chap. XXVI, p. 119 et suiv.)

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Renouard, il faut le faire demander par le petit Hermite. Il le connaît. Il faut lui dire que c’est celui qu’il nous a voulu bailler, ci-devant marchand. Monsieur votre fils est ici. Il me revient toujours de mieux en mieux. Adieu, Mademoiselle, je suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

109. — A LOUISE DE MARILLAC

[Juin 1632] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Mon Dieu, Mademoiselle, que je fais des fautes à votre égard ! Je vous assurai hier que j’aurais le bien d’aller voir aujourd’hui votre beau et dévot paradis (2) et que je verrais Madame la présidente Goussault (3) et Mademoiselle Poulaillon (4), et cependant je n’ai fait ni l’un

Lettre 109. — L. a. — Dossier des prêtres de la Mission, original.

1). Cette lettre demande à être rapprochée de la lettre 110. Elle est antérieure au départ de Louise de Marillac pour Villeneuve, ou celle-ci se trouvait le 27 juin.

2). Le nouveau domicile de Louise de Marillac.

3). Geneviève Fayet avait épousé en 1613 Antoine Goussault, seigneur de Souvigny, conseiller du roi et président en la Chambre des Comptes de Paris, et avait eu cinq enfants de son mariage. Veuve en 1631 elle se consacra avec un dévouement inlassable aux œuvres de charité. Elle eut la première idée d’une association de dames pour le soulagement des malades de l’Hôtel-Dieu et en fut la première supérieure. C’est grâce à elle que les Filles de la Charité furent appelées à l’hôpital d’Angers. Son nom revient sans cesse dans les lettres de saint Vincent à Louise de Marillac. Elle mourut dans l’exercice de la charité le 20 septembre 1639.

4). Marie de Lumague, veuve de François de Pollalion, gentilhomme ordinaire de la maison de Louis XIII, était du nombre de ces pieuses veuves que saint Vincent appliquait aux travaux de l’apos-

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ni l’autre, et m’en suis allé aux champs, d’où je viens de revenir. C’est pour travailler à la Charité de Champigny (5), qui requiert bien votre présence. Je vous supplie très humblement de me le pardonner et de vous en aller demain à Villeneuve, si Madame Goussault et Mademoiselle Poulaillon vous y mènent, et pour cela je vous prie de leur écrire ce matin ; si elles ne peuvent aller l’une ni l’autre, je ne sais si vous serez incommodée dans le bateau de Joigny (6), qui part samedi à huit heures. Je pense néanmoins que non, pource qu’il est couvert. Quand vous serez à Villeneuve, il faudra vous retirer chez Mademoiselle Tranchot (7) et rendre à Monsieur le curé celle que je lui écris, dont vous verrez la teneur. Il n’y aura point danger que vous instruisiez les filles seulement. Cela vous facilitera le moyen de gagner leurs mères à Dieu. Pour la Charité, vous ne trouverez que neuf sœurs de la confrérie ; vous tâcherez d’en gagner d’autres. Si nous le pouvons, nous vous enverrons Monsieur Pavillon pour prêcher un dimanche.

Je ne vous dirai rien pour le surplus. Notre-Seigneur

tolat. Née à Paris le 29 novembre 1599, mariée à l’âge de dix-huit ans, veuve peu après, elle fit vœu de continence et se mit sous la direction du saint. En compagnie de Louise de Marillac ou d’autres dames charitables, elle visitait les Charités, instruisait les petites filles, portait des aumônes aux pauvres. Elle avait surtout à cœur de recueillir et de relever les filles déréglées et fonda pour cela les Filles de la Providence. Saint Vincent travailla aux règles de cet institut, lui procura des secours, de bons directeurs et obtint son approbation par le roi et l’archevêque de Paris. Mademoiselle de Pollalion mourut le 4 septembre 1657. (Vie de la Vénérable Servante de Dieu, Marie Lumague, veuve de M. Pollalion, par M. Colin, 1754, in-12 ; Histoire de l’Union chrétienne de Fontenay-le-Comte, par l’abbé Teillet, Fontenay-le-Comte, 1898, in-8.) Saint Vincent écrit toujours Poulaillon au lieu de Pollalion.

5). Champigny-sur-Marne (Seine).

6). Ville située sur les bords de l’Yonne, un des affluents de la Seine.

7). Louise de Marillac a écrit du côté de l’adresse ces mots, empruntés à la lettre du 12 octobre 1631 : "Mademoiselle Tranchot vous désire fort à Villeneuve, où la Charité va mal."

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vous conseillera ce que vous aurez à faire ; et vous aurez soin, s’il vous plaît, de votre santé et d’honorer la gaieté de cœur de Notre-Seigneur. Et moi je prie Dieu qu’il vous ramène en parfaite santé et pleine de mérite et chargée des dépouilles de l’ennemi de l’empire de Dieu, en l’amour duquel je suis v. s.

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