Correspondance (page 5)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

110. — A LOUISE DE MARILLAC, A VILLENEUVE-SAINT-GEORGES

Mademoiselle,

Votre lettre du 27 m’a été donnée céans ; à même temps j’ai écrit à M. Pavillon pour le prier de vous aller voir et lui ai envoyé votre lettre. Il ne m’a point fait réponse. Dès que je l’aurai, je [la] vous enverrai ; sinon, M. [Soufliers] (1), qui a été assez goûté au catéchisme qu’il a fait à Villeneuve. Aussi bien M. de la Salle n’est-il pas ici.

Je ne doutais point certes que vous ne trouviez très grande difficulté au rétablissement de la Charité, et plus que vous ne m’en dites ; mais béni soit Dieu de ce qu’il y a quelque sujet d’espérer que vous la rétablirez !

Quant aux difficultés que vous me mandez, je trouve bon que vous en usiez ainsi que vous me mandez.

Mademoiselle Poulaillon m’a dit qu’elle espère aller

Lettre 110. — Manuscrit Saint-Paul, p. 29.

1). Le copiste a écrit Soudier ; mais c’est là une distraction manifeste, car les deux frères Le Soudier n’entrèrent dans la congrégation de la Mission qu’en 1638. — François Soufliers, né à Montmirail en 1606, reçu aux Bons-Enfants en août 1629, ordonné prêtre en septembre 1631, fut supérieur à Notre-Dame de la Rose de 1642 à 1644. Saint Vincent recommandait d’imiter sa manière de traiter avec les hérétiques.

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coucher chez vous samedi, et j’ai écrit à Madame Goussault que l’on faisait état en cette ville qu’elle ira voir la maîtresse d’école de Villeneuve dimanche après-dîner. O Dieu ! quelle bonne petite compagnie ! Je prie Notre-Seigneur qu’il lie vos cœurs en un, qui soit le sien, et qu’il vous fortifie dans vos travaux.

De Paris, ce 7 juillet 1632.

111. — A LOUISE DE MARILLAC, A VILLENEUVE-SAINT-GEORGES

De Saint-Lazare, ce 10 juillet 1632.

Mademoiselle,

Béni soit Dieu, Mademoiselle, de ce que vous vous portez bien parmi tant de travail et de ce qu’il a béni votre emploi ! Je pense bien voirement qu’il serait à propos d’établir à Villeneuve une maîtresse d’école ; mais où la prendrons-nous ? Germaine ne serait pas fâchée d’y aller, à ce que je juge par une lettre que m’a écrite M. Belin ; mais quel moyen de la retirer de Villepreux, si l’on n’y met quelque autre ? Et puis, où prendrons-nous celle-là ? Certes, je n’y vois point de moyen, surtout dans le peu de temps que vous avez pour voir Mademoiselle d’Attichy. Quand vous serez de deçà, l’on y avisera ; ce qui pourra être l’un des jours de la semaine prochaine ; s’il vous plaît, cependant, vous ferez espérer aux mères de vos écolières que vous leur enverrez une maîtresse le plus tôt que vous pourrez, ou que vous les irez voir et conférer du moyen de loger la maîtresse et de l’entretenir. Nous vous attendrons donc pendant ce temps-là.

Informez-vous, je vous en supplie, comme va la Cha-

Lettre 111. — Manuscrit Saint-Paul, p. 31.

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rité de Crosnes (1). C’est un petit village éloigné de [Villeneuve] (2) comme de la porte Saint-Victor à Notre-Dame ou environ. Si vous aviez une monture pour y aller, vous n’y perdriez pas le temps.

112. — A FRANçOIS DU COUDRAY, PRêTRE DE LA MISSION. A ROME

Du 12 de juillet 1632.

Dès que j’aurai reçu les témoignages que la Congrégation désire de Mgr le nonce (1) et de Mgr l’archevêque (2), je vous les enverrai, si tant est que nous puissions les obtenir ; car, il est vrai, on tâche à nous brouiller, comme vous m’avez mandé ; et cela jusqu’à la personne de laquelle nous devrions espérer la plus grande assistance après Dieu. Mais tout cela ne m’étonnerait pas sans mes péchés, qui me donnent sujet de craindre non pas le succès de la chose, qui tôt ou tard se fera de delà comme de decà ; mais je ne saurais vous exprimer combien les artifices m’étonnent. Le R. P. Général (3) désavoue

1). En Seine-et-Oise, arrondissement de Corbeil, à deux kilomètres de Villeneuve.

2). Le copiste du manuscrit Saint-Paul a écrit par distraction Villepreux.

Lettre 112. — Reg. 2, p. 2.

1). Alexandre Bichi, né à Sienne, mort à Rome le 25 mai 1657. Il fut évêque d’Isola (1628), de Carpentras (1630), nonce apostolique en France (1630), cardinal (1633), légat d’Avignon (1634). Mazarin lui confia des missions importantes. (Cf. Tamizey de Larroque, Le Cardinal Bichi, évêque de Carpentras. — Lettres à Peiresc, Paris, 1885.)

2). Jean-François de Gondi.

3). Charles de Condren, né à Vauxbuin, près de Soissons, le 15 décembre 1588, entra à l’Oratoire le 17 juin 1617, après avoir pris le doctorat en Sorbonne. Il alla fonder le séminaire de Langres en 1619, celui de Saint-Magloire en 1620, puis établit une maison de son ordre à Poitiers, où il resta plus d’un an De retour à Paris, il se fit une grande réputation de directeur d’âmes, qui attira vers lui Gaston, duc d’Orléans, frère du roi, Olier, Meyster, Amelote et

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pourtant tout cela et m’a promis d’écrire à M. le cardinal Bagni (1), à M. l’ambassadeur (5) et au R. P. René (6), Dès que j’aurai ses lettres, je vous les enverrai. Cependant vous agirez, s’il vous plaît, le plus chrétiennement qu’il vous sera possible avec ceux qui nous embarrassent. Je les vois ici aussi souvent et cordialement, Dieu merci, comme je faisais ; et me semble que, par la grâce de Dieu, non seulement je ne leur ai point d’aversion, ains que je les honore et chéris davantage ; et vous dirai plus, que je ne m’en suis pas encore plaint au Père de Gondy (7), de peur de l’indisposer en sa vocation. Il est vrai ce qu’ils ont écrit de delà, que le P. B. (8) est allé en mission en Normandie, avec six ou sept, depuis environ quinze jours après Pâques, et que je leur ai baillé M. Renar (9), pource qu’ils m’en ont fait instance, afin de

d’autres personnages éminents. Il gouverna l’Oratoire du 30 octobre 1629 au 7 janvier 1641, jour de sa mort. (Vie du P. Charles de Condren, par Amelote, Paris, 1643, in-4°.) Saint Vincent l’avait en haute estime. "Il m’en a parlé en des termes qui paraîtraient incroyables écrit Jean-Jacques Olier (Mémoires autographes, t. II, p 255), et je me souviens qu’il me dit à son sujet : Il ne s’est point trouvé un homme semblable à lui, non est inventus similis illi ; et mille autres choses semblables, jusque-là que, lorsqu’il apprit sa mort, se jetant à genoux et se frappant la poitrine, il s’accusait, les larmes aux yeux, de n’avoir point honoré ce saint homme autant qu’il méritait de l’être."

4.) Jean-François Bagni, né en * Octobre 1578, évêque de Cervia, de * Rieti, vice-légat d’Avignon, nonce dans les Flandres, puis en France (1627), cardinal en 1629, mort le 24 juillet 1641.

5). * Le marquis de Brassac

6). Le Père René Barrême, disciple préféré du P. de Condren, né à Arles, reçu à l’Oratoire en 1623, mort à Arles le 16 janvier 1685 Il avait un goût tout particulier pour les missions et excellait dans la manière de faire le catéchisme, qu’il enseignait au moyen de grands tableaux représentant les principaux mystères et les sacrements. (Bibliothèque Oratorienne, par le P. Ingold, 3 vol. in-12, Paris, 1880-1883, t. I, p. 246, note 1.)

7). Oratorien depuis 1627.

8). Peut-être François Bourgoing, qui précéda saint Vincent à la cure de Clichy et devait succéder à Charles de Condren comme supérieur de l’Oratoire.

9). Saint Vincent n’avait peut-être pas parmi les membres de la conférence des mardis d’auxiliaire plus zélé et plus utile que Fran-

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se conformer à nous ; et que, depuis, un des leurs est venu passer deux ou trois jours à une de nos missions de ce diocèse pour voir comme l’on fait ; et s’il leur plaît d’y venir davantage, ils seront les bienvenus ; car je ne croirais pas être chrétien, si je ne tâchais de participer à l’utinam omnes prophetarent de saint Paul (10) Hélas ! Monsieur, la campagne est si grande ! Il y a des peuples à milliers qui remplissent l’enfer. Tous les ecclésiastiques ne suffiraient pas, avec tous les religieux, pour subvenir à ce malheur. Faudrait-il que nous fussions si misérables d’envier que ces personnes-là s’appliquassent au secours de ces pauvres âmes qui se vont incessamment perdant ! Oh ! certes, ce serait être cou-

çois Renar, né à Paris le 25 avril 1604. Ce saint prêtre partageait son temps entre la direction des âmes et les œuvres de charité. Tous les matins, de six heures à midi, il se tenait à la disposition de ses pénitentes, au nombre desquelles était Jeanne Potier, épouse de Michel de Marillac. On le voyait à l’Hôtel-Dieu auprès des malades, qu’il visitait et instruisait. Il prêchait dans les hôpitaux et les prisons, faisait le catéchisme aux enfants, allait annoncer l’évangile dans les villages, souvent avec les prêtres de la Mission Il prit part aux missions qui se donnèrent aux Quinze-Vingts, à la Pitié, au Refuge, à La Chapelle, où il se chargea de faire le catéchisme aux pauvres Lorrains. Où ne le trouvait-on pas ? Il apporta la bonne parole aux populations du Poitou, de la Touraine, de la Saintonge, de l’Auvergne, de la Champagne, de la Bourgogne, de "presque toutes les provinces de France", dit son biographe. Saint Vincent l’invita à donner les entretiens des ordinands à Saint-Lazare. François Renar ayant eu, comme beaucoup d’autres, la curiosité d’aller voir sur place les possédées de Loudun, dont on parlait partout ; il dit la messe dans leur chapelle, constamment distrait par leurs vociférations et leurs blasphèmes. Sur la fin de sa vie, alors que les infirmités ne lui permettaient plus la même activité, il devint directeur des religieuses de Saint-Thomas. La mort mit fin à ses travaux le 14 janvier 1653. (L’idée d’un véritable prestre de l’église de Jésus-Christ et d’un fidèle directeur des âmes, exprimée en la vie de M. Renar, prestre, directeur des religieuses du monastère de St Thomas, par Me Louis Abelly, prestre, docteur en la faculté de théologie, Paris, in-l2 ; Les opuscules spirituels de Monsieur Renar, prestre, directeur des religieuses du monastère de St. Thomas, recueillis par les soins de Messire Louis Abelly, évêque de Rodez, Paris, 1698, in-8.)

10). Saint Vincent ne prétend pas faire une citation textuelle. On trouve l’équivalent de ces mots dans la première épître aux Corintiens XIV, 39, et surtout dans le livre des Nombres XI, 29.

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pable de l’accomplissement de la mission de Jésus-Christ sur la terre. Que si l’on nous veut empêcher nous autres, il faut prier, s’humilier et faire pénitence des péchés que nous avons faits en ce saint ministère. Je vous supplie selon cela, Monsieur, de ne laisser pas de voir ces Pères et de faire à leur égard ce que Notre-Seigneur conseille que l’on fasse à l’égard de ceux qui exercent et empêchent, et de prier ceux à qui Dieu a donné de la charité pour nous, de ne leur point nuire de parole, ni d’effet.

113. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1632] (l)

Mademoiselle,

Il sera bon que vous communiquiez avec Madame Goussault et Mademoiselle Poulaillon touchant Germaine pour avoir leur avis. Il n’y a que deux jours que j’ai fait attention à cette manière d’agir, qui me semble de cordialité et de déférence ; et peut-être leur ai-je pu faire peine en vous faisant prendre la dernière résolution de votre emploi sans leur dire.

114. — A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 113. — Manuscrit Saint-Paul, p. 42.

1). Cette lettre semble peu éloignée du temps où s’établirent les premières relations entre saint Vincent, Madame Goussault et Mademoiselle de Pollalion.

Lettre 114. — Reg. 1, f° 68. Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent lui-même.

1). Même remarque qu’à la lettre 99, note 1.

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Un mien intime ami ayant une affaire dont M. de Villenosse est commissaire, mon cœur n’a pu lui celer que j’espérais lui pouvoir rendre quelque service par votre faveur. Je vous supplie très humblement, Mademoiselle, de me faire celle de vous employer pour cela et de lui présenter le papier ci-inclus avec votre recommandation. La vertu fort notable de la personne, son besoin et votre charité pour moi me donnent la confiance de vous en importuner ; et le sujet de confusion que j’ai de vous importuner me fera plus considéré et réservé une autre fois pour ne le pas faire, à la charge que vous ne prendrez point la peine de venir céans et que vous ne m’épargnerez point en ce que vous me jugerez digne de vous servir, qui suis, en l’amour de Jésus et de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre…

L’affaire se doit juger demain. Je vous supplie, Mademoiselle, de l’avoir pour recommandé aujourd’hui.

115. — A LOUISE DE MARILLAC

[163 1] (1)

Mademoiselle,

La charité vers ces pauvres forçats est d’un mérite incomparable devant Dieu. Vous avez bien fait de les assister et vous ferez bien de continuer en la manière que vous le pourrez, jusqu’à ce que j’aie le bien de vous voir, qui sera dans deux ou trois jours. Pensez un peu si votre Charité de Saint-Nicolas s’en voudrait charger, au moins pour quelque temps ; vous les aideriez de l’argent qui vous reste. Mais quoi ! cela est difficile, et c’est ce qui me fait jeter cette pensée en votre esprit à l’aventure (2).

Lettre 115. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXVIII, début, p. 128

1). Voir note 2.

2). Du jour où il fut nommé aumônier général des galères de

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A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je trouve bien tout ce que vous me mandez ; et pource que Madame la présidente Goussault est aux champs et que Mademoiselle du Fay n’a point son carrosse, je tâcherai de vous aller voir demain ou après. Fortifiez-vous donc bien cependant.

France, saint Vincent s’occupa d’améliorer, au double point de vue corporel et spirituel, le sort des pauvres forçats qui attendaient dans les cachots de la Conciergerie ou dans les autres prisons de Paris leur envoi sur les galères. En 1622, il loua pour eux une maison au faubourg Saint-Honoré, près de l’église Saint-Roch. Dans le contrat passé le 17 avril 1625 entre Philippe-Emmanuel de Gondi, son épouse et saint Vincent, il est stipulé que les missionnaires seront tenus à perpétuité d’assister spirituellement les pauvres forçats, afin qu’ils profitent de leur peine corporelle". En 1632, le saint obtint du roi et des échevins de la ville qu’une vieille tour carrée, placée près du pont de la Tournelle, entre la porte Saint-Bernard et la Seine, serait aménagée pour recevoir les galériens malades. Saint Vincent leur rendait tous les devoirs d’aumônier. Non content d’aller lui-même les visiter, il exhortait les personnes pieuses à venir leur apporter des paroles de consolation. Louise de Marillac et ses filles furent associées à cette bonne œuvre comme aux autres. (Abelly, op. cit., t. I, chap. XXVIII.) Il serait injuste de ne pas rappeler ici que les prêtres de la paroisse Saint-Nicolas, dont le rôle a été si bien mis en lumière par l’abbé Schoenher (op. cit., t. I, p. 127), rivalisèrent de zéle avec saint Vincent et Louise de Marillac en faveur des galériens établis sur leur paroisse. Il est certain que dès 1634, plus tôt peut-être, l’aumônerie de la maison des galériens leur fut confiée. La Compagnie du Saint-Sacrement, stimulée probablement par saint Vincent, qui avait besoin d’appui, prit la même œuvre à cœur. (Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, par le comte René de Voyer d’Argenson, publiées et annotées par le R. P. dom H. Beauchet-Filleau, Marseille, 1900, in-8°, pp. 54-56.)

Lettre 116. — L a. — Original au collège d’Antoura, près Beyrouth.

1). Dates de la prise de possession de Saint-Lazare (8 janvier 1632) et de la mort de Mademoiselle du Fay ; la lettre semble plutôt de 1632 ou 1633.

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Je vous souhaite le bon jour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce dimanche matin.

Il faudra que la fille que vous prendrez à Villeneuve (2) soit bien résolue ; elle aura beaucoup à souffrir (3).

117. — A LOUISE DE MARILLAC

Je loue Dieu, Mademoiselle, de ce que vous n’êtes pas malade, comme Mademoiselle du Coudray (1) m’a fait appréhender ce matin. Mais est-il vrai ce que vous dites, que cela n’est point ? Or sus, je prie Notre-Seigneur que cela soit ainsi.

Nous différerons donc au jour de la sainte Vierge la confession de Mademoiselle du Coudray, puisqu’il semble que vous le désirez tacitement ainsi et être de la partie ; aussi bien ai-je affaire demain au matin céans. Je lui souhaite le bon soir, comme à vous, et à Monsieur votre fils la grâce de bien faire ce que vous me mandez.

Je ne vous ai point fait réponse plus tôt, pource que je ne fais que d’arriver de la ville.

Bon soir Mademoiselle, offrez à Dieu, s’il vous plaît, les besoins intérieurs de celui qui est, [en] l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

2. Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-0ise).

3). Il s’agit vraisemblablement d’une fille destinée à faire l’école dans cette localité (Cf. lettre 111).

Lettre 117. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Amie intime de Louise de Marillac.

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118. — A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je n’aurais pas tant mis à vous voir pour vous remercier de tant de biens qu’il vous a plu faire à notre chapelle et à nous, ou, pour mieux dire, à N.-S. et à sa sainte Mère, n’était qu’il a plu à Dieu me faire la grâce de m’arrêter au logis par quelques petites fièvres qui m’ont pris depuis dimanche passé. Vous recevrez le remerciement par ces lignes, Mademoiselle, s’il vous plaît, et l’assurance que mon cœur, si me semble, serait bien content de voir le vôtre ; mais, puisque N.-S. ne le veut pas pour encore, son saint nom soit béni ! Je ne manquerai cependant de vous présenter à N.-S. en mes indignes prières, me recommandant aussi bien humblement aux vôtres et vous suppliant que vous honoriez la sainte tranquillité de l’âme de N.-S. par la confiance que vous êtes sa chère fille et lui votre cher Père, et moi, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

119. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1634] (1)

Puisqu’en votre conscience vous pouvez faire [mettre l’affaire sans crainte aucune] (2) et que vous voyez que, si

Lettre 118 — Reg. 1, f° 68 v°. Le copiste note que l’écriture de l’original était la propre écriture de saint Vincent.

1). Même remarque qu’à la lettre 99, note 1.

Lettre 119. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre a été écrite avant l’institution des Filles de la Charité

2). Les mots placés ici entre crochets ont été raturés avec tant de soin que nous n’osons les donner comme absolument exacts.

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vous ne le faites, vous hasardez l’affaire que tant de monde [veut], priez Monsieur Clichun de vous faire cet office, comme il le fera volontiers ; et si c’est du doute que vous pussiez en user ainsi de cet affaire, que vous êtes troublée, mettez-vous en repos et n’y pensez plus ; si c’est du traitement que vous recevez de vos auditeurs du compte, pensez quelle est la crainte de ceux qui comptent devant Dieu après l’instant de la mort, et tâchons à si bien faire que nous ayons sujet de confiance en la bonté infinie de l’auditeur du compte de notre vie et notre juge souverain.

Je vous remercie du livre que [vous] m’avez envoyé et vous prie d’avoir soin de votre santé, qui n’est plus vôtre, puisque vous la destinez pour Dieu 3 ; et mon cœur n’est point mon cœur, ains le vôtre, en celui de Notre-Seigneur, que je désire qui soit l’objet de notre unique amour. Ressouvenez-vous de présenter à Dieu un affaire qui nous touche, s’il vous plaît.

120. — A LOUISE DE MARILLAC, A ASNIERES

Mademoiselle,

Je salue Madame la présidente (1), ensemble Monsieur le vicaire d’Asnières (2) et toutes vos bonnes femmes de la Charité, et me recommande à leurs prières.

3). Louise de Marillac attendait toujours la décision de son saint directeur. Nous lisons dans ses écrits : "Je dois persévérer en l’attente du Saint-Esprit, bien que je ne sache point le temps de sa venue ; mais en acceptant cette ignorance et celle des voies par lesquelles Dieu veut que je le serve, je me dois abandonner entièrement à sa disposition pour être entièrement à lui et préparer mon âme ; je dois renoncer volontairement à toute chose pour le suivre." (Pensées, p. 18.)

Lettre 120. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 141, lettre 140.

1). La présidente de la Charité

2). Localité voisine de Paris. Louise de Marillac avait visité en

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Je vous prie de dire à madite dame que je la prie et vous aussi, de nous aider à remercier Dieu de ce que notre affaire de céans (3) fut avant-hier vérifié en Parlement.

121. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1636] (1)

A votre avis, Mademoiselle, vous suis-je pas bien rude ? Votre cœur n’a-t-il point un peu murmuré contre le mien de ce qu’étant si proche je ne vous ai ni vue ni fait savoir de nos nouvelles ? Or sus, vous verrez un jour la raison de tout cela devant Dieu.

Je me suis retiré ici (2) depuis hier pour travailler à quelque chose que j’avais à écrire et peut-être que j’y serai encore demain ; mais ce ne sera pas sans aller par ville, ni sans vous voir peut-être à la messe.

Je vous souhaite cependant le bon soir. Je n’ai quasi point encore gouverné M. votre fils. Voilà la cloche qui m’ôte la plume de la main.

Bon soir, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

V. D.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

février 1630 la confrérie d’Asnières (Pensées, p. 123), où elle était peut-être revenue depuis.

3). Peut-être l’union du prieuré de Saint-Lazare.

Lettre 121. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Même remarque qu’à la lettre 106, note l.

2). Au collège des Bons-Enfants.

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122. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1632] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il faut attendre la résolution de cette bonne demoiselle. Madame Goussault désire faire le voyage avec Marie (3) avant que de la vous livrer.

Minutez le règlement ; je le verrai ensuite et ferai ce que vous me mandez. Dites-moi ces empêchements que vous craignez.

Je commence aujourd’hui ma retraite et remets toutes choses pour après. Priez Dieu pour moi, s’il vous plaît.

Je suis, en son, amour….

123. — A LOUISE DE MARILLAC

Ne pouvant vous aller trouver moi-même, je vous dirai, Mademoiselle, que je prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable de vous dire lui-même ce que vous devez faire. Allez donc et faites in nomine Domini ce qu’il vous semblera que notre aimable et toujours adorable Sauveur

Lettre 122. — Gossin, Saint Vincent de Paul peint par ses écrits, Paris, 1834, in-l2, p. 376.

1). Date de l’entrée de Marie Toly en communauté.

2). Marie Joly. Elle fut employée à l’Hôtel-Dieu, à la Charité de Saint-Paul, à celle de Saint-Germain-l’Auxerrois et fut la première supérieure de la maison de Sedan, où elle resta de 1641 à 1654. Rappelée de cette ville, elle se laissa gagner par le découragement et s’enfuit de la maison-mère. Réadmise sur sa demande quelques jours après, elle répara par une conduite exemplaire sa faiblesse d’un moment. Le 5 août 1672, elle était supérieure à Saint-Jacques-du-Haut-Pas.

Lettre 123. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

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demandera de vous. Je le prie de tout mon cœur qu’il vous amène et ramène, qu’il soit la lumière de votre cœur et sa douce chaleur, qu’il lui fasse connaître et affectionner ce qu’il désire de vous, et particulièrement que vous soyez la consolation de ses chères filles, et elles la vôtre en son parfait amour.

Les pères jacobins sont l’un le père prieur et l’autre le père maître des novices qui étaient il y a deux ans. Quant aux chandeliers que votre charité a donnés à Sainte-Marie, je vous en loue, pourvu qu’ils ne soient point d’argent.

Ressouvenez-vous de moi devant Dieu, en l’amour duquel et celui de sa sainte Mère je suis à la supérieure qui sera élue de votre compagnie (1) et à ses filles très humble et obéissant serviteur.

Monsieur Clichun s’en retourna hier demi-heure après vous.

124. — A FRANçOIS DU COUDRAY, A ROME

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur du Coudray, votre frère, a désiré que je joigne la présente à celle qu’il vous écrit, et mes prières aux siennes, afin que vous ayez agréable de terminer les affaires que vous avez ensemble. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de le faire au plus tôt, au cas que vous ne soyez pas en état de partir bientôt et que vos affaires se puissent terminer par un autre, auquel vous pourrez envoyer votre procuration et des mémoires ;

1). La supérieure de la Charité établie sur la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

Lettre 124. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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mais je vous prie que ce ne soit pas à moi, pource que j’ai trop d’embarras et que je ne m’entends point aux affaires. Je sais que vous me direz qu’il n’a point tenu à vous et que vous l’avez recherché maintes fois pour cela, et m’appellerez à témoin moi-même pour avoir été entremetteur entre vous deux pour vous accommoder. Mais à cela je vous dirai que la plénitude du temps n’était point encore arrivée pour lors, comme elle semble l’être à présent par la disposition que je vois, si me semble, en mondit sieur votre frère. Attendant donc votre favorable réponse sur cela, je me recommande à vos prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 19 septembre 1632.

Mondit sieur votre frère désire deux copies d’annates (1) de deux divers correspondants, de M. Marchand et d’un autre, et qui soient bien assurées et exactes. Je vous supplie, Monsieur, très humblement de les lui envoyer.

Suscription : A Monsieur Monsieur du Coudray, prêtre de la Mission.

125. — A ANTOINE PORTAIL

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

1). Redevance que payaient à la Chambre apostolique, en recevant leurs bulles, les titulaires des bénéfices conférés en consistoire ; elle représentait le revenu d’une année.

Lettre 125. — L. a. — Original à la Bibl. Nat., n. a. fr. 22.819.

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Je reçus hier la vôtre du 17 de ce mois, laquelle m’a fait voir la bénédiction qu’il plaît à Notre-Seigneur de continuer à votre mission, dont je suis aussi consolé que vous pouvez penser. O Monsieur, que le mot que vous me mandez du succès de Courboin (1) et de la nécessité de Viffort (2) m’a touché ! Or sus, à Dieu soit la gloire de tout, et à vous autres, Messieurs, la reconnaissance de l’obligation que vous lui avez de ce qu’il lui plaît se servir de vous pour cela, et à moi la confusion de me voir indigne de coopérer à ce bien !

Je suis, au reste, en demeure de ce que je ne vous ai pas écrit par tous les coches ; accusez-en quelque embarras un peu extraordinaire que j’ai ici.

Que vous dirai-je de votre manière d’aller à Joigny, sinon que vous gouverniez comme vous trouverez pour le mieux ? Mais, si vous allez à pied et ne prenez qu’un cheval, je vous prie de deux choses : c’est que vous fassiez de petites journées et que ceux qui seront fatigués montent alternativement à cheval. Que si vous n’avez encore envoyé à Soissons, n’y envoyez pas. Monseigneur de Soissons (3) doit être en cette ville bientôt. Je ferai ce qu’il faudra. Que s’il reste quelque village à faire, que vous semble, Monsieur, si vous laissiez Messieurs Bécu et Miloir (4) pour cela ? Toutefois, s’il n’y va que de trois ou quatre jours, attendez-les et partez, s’il vous plaît, dès que vous aurez fait. L’on a besoin de vous à Joigny, où vous trouverez Monsieur Pavillon, M. Renar, Mes-

1. Petite localité de l’Aisne, où saint Vincent avait établi, le 19 juin 1622, une confrérie de la Charité, composée d’hommes et de femmes, pour laquelle il dressa lui-même un règlement que nous avons encore.

2). Petite localité de l’Aisne.

3). Simon Le Gras (1624-1656).

4). François Miloir, prêtre de la Mission, né à Abbeville, reçu, vers novembre 1630, dans la congrégation de la Mission, où il resta peu de temps.

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sieurs Morel (5), Massé (6) et un autre, de Saint-Nicolas (7), outre Messieurs de Sergis et de Renel 8. M. de la Salle n’y est point ; il est demeuré malade ici.

L’ordre que nous avons donné est que M. Pavillon fera les prédications, et Messieurs Renar, Roche (9) et Grenu (10) et Sergis feront : savoir, le premier, le symbole ; le 2e, les commandements de Dieu ; le 3e, les oraisons dominicale et angélicale ; et le [4] (11), les sacrements ; et pour le petit catéchisme, Messieurs Roche et Sergis sont à être soulagés, lorsqu’ils feront le grand catéchisme ; et vous, Monsieur, aurez soin de la direction de la compagnie. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne d’abondante part à son esprit et à sa conduite pour cela.

Or sus, entreprenez donc cette sainte besogne en cet esprit, Monsieur. Honorez la prudence, la prévoyance, la douceur et l’exactitude de Notre-Seigneur à cette fin. Vous ferez bien si vous faites observer le règlement comme il faut. La bénédiction de Dieu se trouve abon-

5). Peut-être Claude Morel, célèbre docteur de Sorbonne, né à Vitry-le-François, qui devint prédicateur du roi en 1640, théologal du diocèse de Paris en 1662, doyen de la faculté de théologie et mourut le 30 avril 1679, après avoir pris une part active à la lutte contre les jansénistes.

6). Il ne s’agit ni de Jean-Baptiste, ni de René Macé, prêtres de Saint-Sulpice, tous deux trop jeunes en 1632 pour prendre part à une mission.

7). Communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, fondée par Adrien Bourdoise.

8). Jacques de Renel, prêtre de la Mission, né en 1606 dans le diocèse d’Amiens, entré dans la congrégation de la Mission en août 1629, ordonné prêtre en 1631, le jour de Pâques. Son nom paraît ici pour la première et la dernière fois.

9). Nicolas Roche, prêtre de la Mission, né à Amiens, reçu dans la congrégation de la Mission en 1629, ordonné prêtre en 1631.

10). Daniel Grenu, né à Abbeville le 1er janvier 1606, ordonné prêtre en 1630, reçu dans la congrégation de la Mission en septembre 1631, missionnaire très actif, que nous verrons rayonner en Champagne, en Gascogne et en Dauphiné.

11). Texte de l’original : et le 3e. La rectification s’impose.

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damment là dedans. Commencez donc par le lever, le coucher, l’oraison, l’office, l’entrée et la sortie de l’église à point nommé. O Monsieur, que l’habitude formée de ces choses est un riche trésor, et que le contraire traîne d’inconvénients ! Eh ! mon Dieu ! pourquoi ne mettrons-nous pas peine à cela pour Dieu, puisque nous voyons que la plupart du monde est exact observateur de l’ordre qu’il s’est proposé dans le monde ? Jamais ou fort rarement les gens de justice ne manquent à se lever et coucher, à aller et revenir du palais à même heure ; la plupart des artisans en font de même ; il n’y a que nous autres ecclésiastiques qui sommes si amateurs de nos aises que nous ne marchons qu’au branle de nos inclinations. Pour l’amour de Dieu, Monsieur, travaillons à nous dépêtrer de cette chétive sensualité, qui nous rend captifs de ses volontés.

J’ai écrit assez au long à M. de Sergis sur ce que vous aurez à faire, dans le doute si la présente vous trouvera à Montmirail. Allez donc, in nomine Domini, saluez, ains embrassez nos Messieurs nomine meo, s’il vous plaît. écrivez-moi souvent. Dites à nos Messieurs que de toutes les missions qu’on a faites, il n’y en a point de plus difficile ni importante que celle de Joigny, tant à cause de la qualité des esprits du lieu, que pour l’empire que le malin y a en quelque chose, et que hoc genus daemoniorum non ejicitur nisi in oratione, maxima modestia et prudentia et humilitate, et que les personnes dont la compagnie est composée requièrent cela même ; et qu’elle prenne garde à deux défauts notables qui ont été remarqués en la précédente mission, qui sont la sensualité, pour ne dire pas intempérance, et la philaphtie (12), pour ne pas dire grosse vanité dans les prédications et les discours qui se font sur ce sujet. Je vous supplie, Mon-

12). Philaphtie, amour exagéré de soi. On écrit aujourd’hui philautie.

I. — 12.

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sieur, d’en avertir la compagnie, afin qu’elle se garde bien de tomber dans ces défauts ; et n’oubliez pas d’avertir au chapitre le général et les particuliers que vous verrez tomber dans ces manquements ; car, croyez-moi, Monsieur, que si nous n’y prenons garde, que nous tomberons dans ces manquements ; et si cela est, ô Dieu, où serons-nous ? qu’est-ce que deviendra une compagnie si importante et composée néanmoins de personnes sensuelles, efféminées et mal mortifiées ? Qui ne voit qu’elle ne la peut pas faire longue et que ces vices sont la source de l’universalité des autres ? Or sus, Monsieur, pour l’amour de Dieu, priez pour cela et tenez-y la main. Et pource que, misérable que je suis, j’ai sujet de craindre d’être la cause de tous ces défauts, pource qu’ils sont tous en moi comme en leur principe et que de moi ils se répandent sur la compagnie ou sur partie d’icelle (car, Dieu merci, il y en a qui ne sont pas ainsi faits, ains qui se mortifient et humilient en tout), priez Dieu pour moi qu’il me le pardonne et me fasse la grâce de m’en amender, qui suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce 28 novembre 1632.

Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à Montmirail.

126. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1632] (1)

Mademoiselle,

Je loue Dieu de ce que vous ne vous êtes point trouvée

Lettre 266. — Manuscrit Saint-Paul, p. 9.

1). La phrase finale peut laisser croire que la lettre a été écrite aux

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mal de votre voyage, ni du peu de séjour que vous avez

fait à Serain (2), et le prie qu’il vous fortifie tout à fait, afin que vous le serviez au bien des petites âmes où vous êtes.

Quant a ce que vous me dites de sainte Benoîte, vous honorerez l’esprit de Notre-Seigneur en elle par le rapport de votre emploi au sien et l’éloignement de votre demeure ordinaire au sien (3). Que si vous ne le faites pas en tout, béni soit Dieu de ce que c’est en quelque chose, en attendant plus, si sa divine bonté l’agrée ! Qui est fidèle en peu, dit Notre-Seigneur, il sera constitué sur un plus grand emploi. Soyez fidèle à ce peu, et peut-être que Notre-Seigneur vous en fera faire davantage ; et Dieu sait si cela ne servira pas à la gloire de M. Le Gras, pour l’âme duquel vous désirez que je prie, et pour la vôtre.

127. — A N***

[Vers 1633] (1)

Monseigneur l’archevêque (2), conformément à la pra-

environs du 21 décembre, jour anniversaire de la mort de M. Le Gras. Ce qui précède semble indiquer que la compagnie des Filles de la Charité n’était pas encore fondée.

2). Localité située dans l’Aisne, près d’Origny-Sainte-Benoite.

3). Sainte Benoîte, vierge et martyre, est honorée par l’église le 8 octobre, jour anniversaire de sa mort. Ses biographes rapportent qu’elle était fille d’un sénateur romain et qu’elle vint s’établir avec douze compagnes à Origny-sur-Oise, aujourd’hui Origny-Sainte-Benoîte, près de Saint-Quentin, sur une colline, hors du bourg et du coté de la rivière. Elle sortait tous les jours de sa cellule pour exhorter familièrement les habitants du lieu et des environs. Les conversions qu’elle opérait attirèrent sur elle la colère des persécuteurs, qui lui firent couper la tête le 8 octobre de l’an 362. Louise de Marillac imitait sainte Benoîte par ses emplois et, comme elle, habitait sans doute en un endroit éloigné du bourg. Ce qui est dit ici de sainte Benoîte ne donnerait-il pas à supposer que Louise se trouvait alors à Origny-Sainte-Benoîte ?

Lettre 127. — Abelly, op. cit., t. II, chap. Il, sect. II, début, p. 215.

1). Abelly dit que cette lettre a été écrite "environ deux ans après" l’ordonnance épiscopale relative aux ordinands, qui est du 21 février 1631.

2). Jean-François de Gondi.

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tique ancienne de l’Eglise, en laquelle les évêques faisaient instruire chez eux durant plusieurs jours ceux qui désiraient être promus aux ordres, a ordonné que dorénavant ceux de son diocèse qui auront ce désir, se retireront, dix jours avant chaque ordre, chez les prêtres de la Mission, pour y faire une retraite spirituelle, s’exercer à la méditation, si nécessaire aux ecclésiastiques, faire une confession générale de toute leur vie passée, faire une répétition de la théologie morale et particulièrement de celle qui regarde l’usage des sacrements, apprendre à bien faire les cérémonies de toutes les fonctions des ordres, et enfin s’instruire de toutes les autres choses nécessaires aux ecclésiastiques. Ils sont logés et nourris pendant ce temps-là, et il en résulte un tel fruit, par la grâce de Dieu, qu’on a vu que tous ceux qui ont fait ces exercices mènent ensuite une vie vraiment ecclésiastique, et même la plupart d’entre eux s’appliquent d’une manière toute particulière aux œuvres de piété, ce qui commence à être manifeste au public (3).

3). De 1631 à 1643, il y eut chaque année six retraites d’ordinands a la maison-mère des prêtres de la Mission. Après 1643, la retraite de la mi-carême fut supprimée. A partir de 1638, aux ordinands du diocèse de Paris s’ajoutèrent les ordinands étrangers au diocèse qui venaient recevoir les ordres dans cette ville. Le nombre des hôtes de Saint-Lazare oscilla dès lors entre soixante-dix et cent. Tout ce monde était recu gratuitement. Pour être en mesure de couvrir les frais, le saint intéressa à cette œuvre les dames de la Charité, qui donnèrent libéralement, surtout la présidente de Herse et la marquise de Maignelay. La reine-mère fit aussi quelques largesses. Tout alla bien jusqu’en 1645. Alors les dons se firent plus rares, et la maison de Saint-Lazare fut obligée de supporter presque toutes Ies dépenses. Elle y arrivait avec peine ; mais il résultait un si grand bien de ces retraites que saint Vincent ne consentit jamais à les interrompre Ou à réduire le nombre des ordinands Il appelait à Saint-Lazare, pour y donner les exercices, les prêtres Ou même les évêques les plus recommandables par leurs vertus, leurs talents et leur zèle. On y vit Pavillon, Caullet, Perrochel, que la reine-mère vint écouter, Sevin et Bossuet. (Abelly, Op. cit, t. II, chap. II, sect. I-V.)

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128. — A LOUISE DE MARILLAC (1)

J’ai eu peur que vous n’eussiez pas dressé votre affaire, à cause que Mademoiselle Delamare a été longtemps chez vous ; et c’est la cause que je vous ai fait le billet que je vous ai envoyé, et non pas pour vous détourner. Or, puisque votre discrétion en a usé ainsi, nous attendrons donc à demain, incontinent après une heure ; et cependant vous ferez demain [oraison] de la naissance de Notre-Seigneur au matin, et répéterez la même à dix heures ; et puis, l’après-dînée, celle des pasteurs ; et la dernière sera celle de la purification de la sainte Vierge.

Adieu, Mademoiselle, ressouvenez-vous de nos besoins spirituels et que je suis votre serviteur.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

129. — A UN PRETRE DE LA MISSION (1)

[15 janvier 1633] (1)

J’ai appris de diverses personnes la bénédiction qu’il plaît à la bonté de Dieu de répandre sur votre mission

Lettre 128. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Sur le côté réservé à l’adresse, Louise de Marillac a écrit : "Le lundi matin, ce que Notre-Seigneur a fait sur la terre depuis douze ans jusqu’à trente ans ; à dix heures, le baptême de Notre-Seigneur ; à deux, la conversion de la Madeleine ; à cinq, le lavement des pieds des apôtres. Le mardi, la 1ère, la prière au jardin ; la 2e, la capture de Notre-Seigneur ; la 3e, Notre-Seigneur chez Caïphe et chez Hérode ; la 4e, chez Pilate."

Lettre 129. — Abelly, op. cit., t. II, chap. 1, sect I, § 2, p. 8.

1). Probablement Robert de Sergis ou Lambert aux Couteaux. Tous deux, nous le savons de par ailleurs, travaillaient ensemble du côté de Bordeaux en l’année 1633.

2). La date et le nom de la localité où se faisait la mission sont connus par Collet (op. cit., t. I, p. 244), qui cite un extrait de cette lettre.

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de [Mortagne] (3). Nous en avons été tous fort consolés. Et parce que nous reconnaissons que cette abondante grâce vient de Dieu, laquelle il ne continue qu’aux humbles, qui reconnaissent que tout le bien qui se fait par eux, vient de Dieu, je le prie de tout mon cœur qu’il vous donne de plus en plus l’esprit d’humilité dans toutes vos fonctions, parce que vous devez croire très assurément que Dieu vous ôtera cette grâce dès lors que vous viendrez à donner lieu en votre esprit à quelque vaine complaisance, vous attribuant ce qui n’appartient qu’à Dieu seul. Humiliez-vous donc grandement, Monsieur, dans la vue que Judas avait reçu de plus grandes grâces que vous, et que ces grâces avaient eu plus d’effets que les vôtres, et que, nonobstant cela, il s’est perdu. Et que profitera-t-il donc au plus grand prédicateur du monde et doué des plus excellents talents d’avoir fait retentir ses prédications avec applaudissement dans toute une province et même d’avoir converti à Dieu plusieurs milliers d’âmes, si, nonobstant tout cela, il vient à se perdre lui-même !

Je ne vous dis pas ceci, Monsieur, pour aucun sujet particulier que j’aie de craindre cette vaine complaisance ni en vous, ni en M…. (4), qui travaille avec vous ; mais, afin que, si le démon vous attaque de ce côté-là, comme sans doute il le fera, vous apportiez une grande attention et fidélité à rejeter ses suggestions et à honorer l’humilité de Notre-Seigneur. J’avais, ces jours passés, pour le sujet de mon entretien, la vie commune que Notre-Seigneur a voulu mener sur la terre ; et je voyais qu’il avait tant aimé cette vie commune et abjecte des autres hommes que, pour s’y ajuster, il s’était abaissé autant qu’il avait pu, jusque-là même (ô chose merveilleuse

3). Probablement Mortagne-sur-Gironde (Charente-Inférieure).

4). Lambert aux Couteaux ou Robert de Sergis.

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et qui surpasse toute la capacité de l’entendement humain !) qu’encore qu’il fût la sapience incréée du Père éternel, il avait néanmoins voulu prêcher sa doctrine avec un style beaucoup plus bas et plus ravalé que n’a été celui de ses apôtres. Voyez, je vous prie, quelles ont été ses prédications et les comparez avec les épîtres et prédications de saint Pierre, de saint Paul et des autres apôtres. Il semblerait que le style dont il use, est d’un homme qui a peu de science et que celui de ses apôtres paraît comme de personnes qui en avaient beaucoup plus que lui ; et ce qui est encore plus étonnant, est qu’il a voulu que ses prédications eussent beaucoup moins d’effet que celles de ses apôtres ; car l’on voit dans l’Evangile qu’il gagna ses apôtres et ses disciples presque un à un, et cela avec travail et fatigue ; et voilà que saint Pierre en convertit cinq mille dès sa première prédication. Certainement, cela m’a donné plus de lumière et de connaissance, comme il me semble, de la grande et merveilleuse humilité du Fils de Dieu, qu’aucune autre considération que j’aie jamais eue sur ce sujet.

Nous disons tous les jours à la sainte messe ces paroles : In spiritu humilitatis, etc. Or un saint personnage me disait un jour, comme l’ayant appris du bienheureux évêque de Genève, que cet esprit d’humilité, lequel nous demandons à Dieu en tous nos sacrifices, consiste principalement à nous tenir dans une continuelle attention et disposition de nous humilier incessamment, en toutes occasions, tant intérieurement qu’extérieument. Mais, Monsieur, qui est-ce qui nous donnera cet esprit d’humilité ? Hélas ! ce sera Notre-Seigneur, si nous le lui demandons et si nous nous rendons fidèles à sa grâce et soigneux d’en produire les actes. Faisons-le donc, je vous en supplie, et tâchons pour cela de nous ressouvenir l’un de l’autre, quand nous prononcerons

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ces mêmes paroles au saint autel. Je l’espère de votre charité.

11 février [1633] (1)

Ah ! que votre cœur m’est bon et paternel, et, comme je veux croire pour ma consolation, très fidèle à me continuer son cher souvenir devant la divine bonté, car j’en ai un extrême besoin dans l’age et le tracas où je suis. Louée soit éternellement la divine bonté des miséricordes qu’il lui plaît de répandre sur les âmes par la douceur sainte et efficace de l’esprit de son fidèle et vrai serviteur, notre très saint Père, car il est vrai je le confesse avec vous, mon très cher Père que l’esprit de notre très digne et vrai frère et père (2) certes, s’est pris dans ses filets ; et je ne crois pas qu’aucune autre main que celle de ce bienheureux l’eût pu conduire si sagement, si suavement ni si fortement qu’elle a fait dans cette retraite si exacte que le voilà dans une absolue séparation du monde, avec l’édification et consolation de tous, et qui plus est, à la très grande gloire de Dieu et consolation de sa chère âme, et certes à l’utilité, honneur et consolation des Filles de la Visitation, qui lui ont des obligations infinies. Surtout nos chères sœurs de la ville sont privilégiées d’un grand honneur de l’avoir si près d’elles. Ah ! Dieu nous fasse la grâce de correspondre fidèlement à la sincère amitié et entière charité qu’a ce bon seigneur pour nous ! Je vous puis assurer, mon très cher Père, que je l’aime, l’honore et le révère de toute l’étendue et les forces de mon âme.

Je vois que maintenant vous faites plus de séjour à Paris. Eh ! mon Dieu, ayez bien soin de cette chère et digne personne et ne lui permettez pas une vie trop sévère, ni trop austère. Je sais qu’il a grande confiance en vous.

Il ne semble que je m’endurcis avec l’âge. Il faut finir pour aller à ce béni parloir. Mon très cher Père,

Lettre 130. — Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, sa vie et ses œuvres, Paris, 1874-1880, 8 vol. in-8, t. VII, p. 313, d’après une copie de l’original conservée à la Visitation de Chartres.

1). Le commandeur de Sillery avait pris logement, en juillet 1632 près du monastère de la Visitation.

2). Le commandeur de Sillery.

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Dieu vous rende de plus en plus selon son cœur ! Priez fort sa bonté qu’il me fasse miséricorde, afin qu’avec notre bienheureux Père et vous tous, nos chers amis, je le puisse louer éternellement. Amen.

Mon très honoré Père, je suis de cœur votre très humble et très obéissante fille et servante en Notre-Seigneur.

131. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre janvier 1632 et février 1633] (1)

Mademoiselle,

Je viens d’apprendre tout maintenant, il n’y a qu’une heure, l’accident qui est arrivé à la fille (2) que vos gardes des pauvres retiraient, l’opinion que le médecin en a, et comme vous l’avez visitée. Je vous avoue, Mademoiselle, que d’abord cela m’a si fort attendri le cœur que, n’était qu’il était nuit, je fusse parti à l’heure même pour vous aller voir. Mais la bonté de Dieu sur ceux qui se donnent à lui dans l’exercice de la confrérie de la Charité, en laquelle jamais personnes qui en sont n’ont été frappées de la peste, me fait avoir une très parfaite confiance que vous n’en aurez point de mal. Croiriez-vous, Mademoiselle, que non seulement je visitai feu M. le sous-prieur de St-Lazare (3), qui mourut de la peste, mais même que je sentis son haleine ? Et néan-

Lettre 131. — Abelly, op. cit., t. I, chap. XXIII, fin, p. 109. La première moitié de cette lettre jusqu’aux mots "Croiriez-vous" se retrouve dans le manuscrit Saint-Paul, p. 82 ; et comme le texte de ce manuscrit est plus pur que celui d’Abelly, nous préférons le suivre pour cette partie.

1). Cette lettre a été écrite après la prise de possession de Saint-Lazare (8 janvier 1632) et avant la mort de Marguerite Naseau (février 1633).

2). Cette fille, Marguerite Naseau peut-être, était atteinte de la peste.

3). Nicolas Maheut, dont on trouve le nom au bas du contrat passé le 7 janvier 1632 entre les prêtres de la Mission et les religieux de Saint-Lazare.

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moins ni moi, ni nos gens qui l’assistèrent jusqu’à l’extrémité, n’en avons point eu de mal. Non, Mademoiselle, ne craignez point ; Notre-Seigneur veut se servir de vous pour quelque chose qui regarde sa gloire, et j’estime qu’il vous conservera pour cela. Je célébrerai la sainte messe à votre intention. Je vous irais voir dès demain, n’était l’assignation que j’ai avec quelques docteurs à la Madeleine pour les affaires qui regardent l’établissement (le cette maison-là (4).

4). En avril 1618, Robert de Montry, marchand à Paris, ayant appris que deux filles débauchées désiraient changer de vie, leur offrit asile au faubourg Saint-Germain, dans une maison qui lui appartenait. D’autres filles, torturées par le remords, suivirent les premières. Ainsi se forma une petite communauté. Le vertueux marchand pourvut à leurs besoins jusqu’à ce que la marquise de Maignelay, sœur de Philippe-Emmanuel de Gondi, consentit à se charger de l’œuvre naissante. Elle leur acquit une maison, rue des Fontaines, le 16 juillet 1620, les entretint de son vivant et leur fit par testament un legs de 101.600 livres. Le nouvel établissement fut autorise en mai 1625 par Louis XIII, qui le dota d’une rente annuelle de 3.000 livres, approuvé par Urbain VIII le 15 décembre 1631 et confirmé de nouveau par lettres royales le 16 novembre 1634. Saint Vincent en comprit de suite l’utilité et accepta volontiers de travailler à l’organisation de l’Institut. On peut dire qu’il en fut l’âme. Les filles de mauvaise vie qui s’enfermaient à la Madeleine, gardaient leur habit séculier et prenaient place parmi les pénitentes. Plusieurs étaient là malgré elles, par autorité de justice. Après quelques années d’épreuves, les pénitentes revêtaient un habit gris assez grossier et entraient dans la catégorie des repenties. Quand il n’y avait plus lieu de douter de la fermeté de leur conversion, elles devenaient religieuses, prenaient le costume de Saint-Augustin et faisaient les vœux solennels. A la tête de la communauté se trouvaient, avec les titres de prieure, sous-prieure, économe et portière, quatre sœurs de la Visitation, choisies par l’archevêque de Paris. Elles avaient le maniement de tous les revenus. On les changeait de temps en temps pour les soulager ; car leur tâche était rude. La première supérieure fut la sœur Marie-Anne Bollain, qui commença à exercer ses fonctions le 20 juillet 1629. (Cf. Relation véritable de la naissance et progrès du monastère de Sainte-Marie-Madeleine, par de Montry, Paris, 1649, in-24 ; Abelly, op. cit., t. II, chap. VII, p. 328 et suiv. ; Félibien, op. cit., t. V, p. 152 ; Histoire chronologique des fondations de tout l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie, t. I, pp. 264-272, Bibl. Maz., ms. 2430.)

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132. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous pouvez penser, Mademoiselle, si mon cœur ne sent pas la peine du vôtre. De danger pour vous, il n’y en a pas, par la grâce de Dieu. Quant à Marguerite (1), il serait bon de la faire visiter par le chirurgien de la Santé (2), au cas que le médecin fasse difficulté d’y aller (3). Monsieur Cotti s’effraie facilement ; et néanmoins je pense qu’il sera bon de faire faire cela au plus tôt. Monsieur Bourdoise (4) donnera ordre à cela. Faites-l’en prier, s’il vous plaît ; il sait ce qu’il faut faire pour cela ; il y a passé d’autres fois. Et pour le regard des pauvres malades, je pense qu’il faudrait surseoir l’exercice.

Il est à craindre que, si * l’on leur distribue l’argent, que les dames se contentent ci-après de faire cela. Toutefois proposez-le à Monsieur le curé et suivez son ordre.

Si cette pauvre fille est apportée à Saint-Louis, il faut bailler de l’argent à l’autre et l’envoyer promener. Et pour vous, je ne sais s’il ne serait pas à propos que vous allassiez un peu vous divertir aux champs (5) et d’al-

Lettre 132. — Original chez les Prêtres de la Mission de Rongy (Belgique).

1). Pour avoir fait coucher une pestiférée dans son lit, Marguerite Naseau, alors employée à la confrérie de Saint-Nicolas, avait contracté le terrible mal ; elle en mourut à l’hôpital Saint-Louis.

2). Hôpital de la Santé ou hôpital Sainte-Anne, bâti en 1607-1608 pour recevoir les pestiférés.

3). Par peur de la contagion.

4). Il n’habitait pas loin de la maison où logeait Marguerite Naseau.

5). Le saint voulait éloigner Louise de Marillac à cause de l’épidémie.

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ler visiter les Charités de Verneuil (6), Pont (7), Gournay (8) et les autres (9). J’ai donné charge à Jourdain (10). de vous aller trouver et vous dire quand le coche de Senlis partira* et vous servir en ce qu’il vous plaira.

Monseigneur l’archevêque me vient demander que je l’aille trouver. Dès que je le pourrai, je vous irai voir. écrivez-moi cependant votre pensée sur ce que je vous propose ; et si vous avez besoin * de l’argent, vous prendrez votre voyage sur le fond de votre Charité, s’il vous plaît ; et, je vous en prie, que cela soit ainsi et de vous tenir bien gaie.

6). Dans l’Oise.

7). Pont-Sainte-Maxence (Oise).

8). Gournay-sur-Aronde (Oise).

9). Louise de Marillac alla aussi à La Neufville-Roy et à Bulles (Oise). Nous avons encore ses notes de voyage et le compte rendu de ses visites, qu’elle adressa à saint Vincent. (Pensées, p.127, où le compte rendu est faussement daté de 1631.) A Verneuil, elle logea chez un boulanger. La visite des malades laissait à désirer. La confrérie possédait quelques ressources, qu’on ne savait comment utiliser. Madame la marquise voulait acheter une maison pour loger les malades, tandis que plusieurs sœurs préféraient l’achat d’un petit morceau de terre "à cause de la mortalité qui arrive quelquefois sur le bétail". Les sœurs de Pont-Sainte-Maxence ne reçoivent que des éloges ; Louise de Marillac était descendue à la Fleur-de-Lis. A Gournay, les sœurs sont un peu plus grossières qu’ailleurs ; les malades sans logement sont hospitalisés chez une femme qui prend soin d’eux et reçoit pour sa peine cinq sols par jour. A la Neufville-Roy et à Bulles, les confréries sont plus riches ; elles possèdent des brebis, des agneaux et de l’argent, mais l’union entre les sœurs est loin d’être parfaite. A La Neufville-Roy, Louise de Marillac prit logement à l’hôtellerie.

10). Jean Jourdain, né à Galluis-la-Queue (Seine-et-Oise) en 1587, fut le premier frère coadjuteur de la congrégation de la Mission, dans laquelle il entra le 13 février 1627. Il était écuyer et maître d’hôtel chez la marquise de Maignelay à l’époque où le saint exerçait les fonctions d’aumônier chez les Gondi, et tous deux avaient dès lors commencé à se connaître. D’un tempérament vif, le frère Jean Jourdain était porté à donner des avertissements à tout propos ; mais il se reprenait vite, et ceux qu’il avait offensés le voyaient un instant après à leurs genoux. Il mourut le 25 avril 1657. (Notices, t. I, pp. 373-375.)

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Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

* Suscription : A Mademoiselle Le Gras

133. — A MICHEL ALIX, CURE DE SAINT-OUEN-L’AUMONE (1)

1er mars 1633.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Celui à qui vous baillerez votre cure est-il homme de bien ? Pourra-t-il faire à votre cure le bien que vous y faites ? Pourrez-vous vous entretenir de quatre ou cinq cents livres ? Le premier me semble de grand prix et la seconde considérable. J’ai été en ce lieu. Le lieu me semble assez agréable, mais plus grand que le vôtre. Il serait bien à propos qu’un curé eût de quoi bien faire aux

11). La fête de saint Mathias tombe, on le sait, suivant que l’année est bissextile ou non, le 24 ou le 25 février. Pour déterminer le jour, il nous faut connaître l’année. Tous les biographes de Louise de Marillac font remonter la mort de Marguerite Naseau à l’année 1631. Nous ne pouvons accepter cette date, parce que la lettre ci-dessus est certainement postérieure au 8 janvier 1632, jour où saint Vincent et ses missionnaires entrèrent à Saint-Lazare, et même à la mort du sous-prieur de cette maison. (Cf. lettre 131) En supposant que le sous-prieur de Saint-Lazare soit mort quelques jours seulement après la prise de possession de cet établissement par les prêtres de la Mission, la lettre 132 pourrait être du 25 février 1632. Mais, dans cette hypothèse, la lettre 131 aurait suivi de peu la mort du sous-prieur ; ce qui est bien peu vraisemblable, Car cette mort n’y apparaît pas du tout comme un fait de la veille. Pour ces motifs, nous préférons croire que la lettre 132 est du 24 février 1633.

Lettre 133. — Reg 1, f° 8 v°. Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent lui-même.

1). En Seine-et-Oise.

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pauvres. Je pense qu’il s’en trouve assez. En tout cas, vous pourriez vous réserver 200 livres de pension, ce qu’étant ainsi et n’étant question de la première difficulté, il vous faut prendre du temps pour y penser, et même vous transporter sur les lieux pour apprendre quelle est la personne, et voir si le lieu vous agréera Quoi que ce soit, je vous prie de ne pas vous hâter, c’est affaire de grande considération ; et vous dirai que j’aurais peine que vous prissiez résolution sans en avoir fait prier Dieu et consulté M. Duval ou M. Coqueret (2) ou tous les deux ; car il s’agit de savoir si Dieu veut que vous quittiez l’épouse que vous avez prise, ou, pour mieux dire, qu’il vous a donnée lui-même.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je vous ai fait réponse incontinent après la réception de la vôtre.

134,. —A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie très humblement des chapelets et

2). Jean Coqueret, docteur de Navarre, principal du collège des Grassins et supérieur des Carmélites déchaussées de France, ami de saint François de Sales, d’André Duval et de saint Vincent de Paul, avec qui il avait donné une mission à Villepreux en 1618, né à Pontoise en 1592, mort à Marseille le 7 octobre 1655 Saint Vincent le consulta avant d’introduire les vœux dans sa compagnie et l’invita aux conférences qui se tinrent à Saint-Lazare au sujet du jancénisme.

Lettre 134. — Reg, f° 24. Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent.

1). Même remarque qu’à la lettre 99, note 1. La lettre a été écrit pendant le carême.

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des images que vous nous avez envoyés, et prie Dieu qu’elles profitent à ceux qu’on les départira, et qu’il soit votre gloire, comme il est celui qui vous a donné cette dévotion. Au reste, êtes-vous bien fidèle à ce qui vous a été ordonné touchant votre manière de vivre le carême, Mademoiselle ? Je vous supplie, si vous ne l’êtes pas, de le devenir et de me mander comment vous vous portez.

Je me recommande très humblement à vos prières et vous prie de donner l’incluse à M. de Vincy.

Je suis, en l’amour de N.-S. et de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

135. — MADAME GOUSSAULT A SAINT VINCENT

Mon Révérend Père,

Par la miséricorde de Dieu, nous avons tous les jours entendu la sainte messe. Dès que nous étions au carrosse, je disais In viam pacis, et tous me répondaient, puis je leur remettais en mémoire les points de l’oraison, après laquelle nous disions l’Angelus.

Quelquefois le premier de nos entretiens était des pensées de notre oraison, et puis, en quelque discours plus récréatif, ou de nos distractions ou de nos songes, quelquefois à faire la guerre à ceux qui avaient dit quelque chose de travers ; puis Grandnom (1) lisait quelque demi-heure du Pèlerin de Lorette ; puis deux de nos filles chantaient les litanies du Saint Nom de Jésus, et nous autres répondions la même chose qu’elles avaient chantée. Quand nous passions en quelque village, nous saluions l’ange gardien ; et au village où nous devions arrêter, je demandais assistance particulière à Notre-Seigneur.

A Etréchy (2) notre premier dîné. J’arrivai à l’église et demandai s’il y avait un Hôtel-Dieu. Je trouvai quelques petits enfants, avec lesquels je m’arraisonnai ; et me vint en pensée qu’ils étaient enfants de Dieu. Je ressentis une joie avec

Lettre 135. — L. a. — Bibl. Sainte-Geneviève à Paris, ms. 3277. f° 283 et suiv.

1). Intendant de Madame Goussault.

2). Commune de l’arrondissement d’étampes.

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eux, en leur faisant dire leur Pater, qui me fit passer la petite tristesse que j’avais eue la matinée de mon départ. Toutes les heures que ma montre sonnait, soit dans le carrosse, ou dehors, nous disions un Ave Maria, en nous remettant en la présence de Dieu et demandant l’accomplissement de sa sainte volonté.

A étampes, notre premier coucher. Passant devant l’église, je m’y fis descendre et envoyai voir où était l’Hôtel-Dieu, qui se treuva très loin. J’y fus pourtant à pied avec seulement ma fille et mon laquais. Je m’adressai à une jeune religieuse, qui se treuva être la supérieure. Je me mis auprès d’elle à l’entretenir, pendant que mon laquais était allé acheter quelque chose pour donner aux malades ; et comme je lui parlai de la nécessité d’un directeur, elle me regarda au visage. J’étais faite avec un collet bas, sans vertugadin (3) comme une servante. Elle me dit : quelle femme êtes-vous ? êtes-vous mariée ? J’ai tant ouï parler d’une Mademoiselle Acarie (4), mais je pense que vous en êtes une autre ; et commença à me dire comme elle avait eu volonté d’être aux hospitalières, que l’on l’avait choisie pour être supérieure de six religieuses, qui sont là sans réforme, mais que depuis deux ans elle n’avait encore rien fait. Je l’encourageai fort. Elle me dit qu’il faudrait qu’elle vint à Paris. Je lui offris ma maison. J’avais bien désir de prier Dieu pour elle. A l’hôtellerie, j’entendis dire que l’hôtesse avait une grande affliction de son fils. Je passai mon après soupé à l’entretenir, puis donnai le sujet d’oraison et l’examen à l’ordinaire.

Le lendemain, à la dînée, à Angerville (5), je ne treuvai point d’Hôtel-Dieu. Je fus à l’église pendant que le dîné s’apprêtait, après lequel je descendis, où je treuvai quantité de pauvres, qui m’attendaient, et aussi des enfants et grandes personnes, qui faisaient de l’étonné. Je commençai par leur faire faire le signe de la croix, dont la plupart ne le savaient pas faire, et me firent grand pitié. Ils me semblèrent de bonne affection.

Je fus coucher à Artenay (6), où je fis grand catéchisme à

3). Bourrelet que les femmes mettaient sous leur jupe pour la faire bouffer.

4). Barbe Avrillot, devenue par son mariage Madame Acarie et par son entrée en religion Marie de l’Incarnation, fondatrice des Carmélites réformées de France, femme célèbre par ses vertus et ses miracles, qui lui valurent en 1791 les honneurs de la Béatification. Elle était morte à Pontoise le 18 avril 1618, âgée de cinquante-trois ans. Sa vie, écrite en 1621 par André Duval, docteur en Sorbonne, a tenté la plume de bien d’autres biographes jusqu’à nos jours.

5). Commune de l’arrondissement d’étampes.

6). Aujourd’hui chef-lieu de canton du Loiret.

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l’église, je crois vous l’avoir mandé, puis dîner à Orléans, où j’arrivai à jeun aux Pères jésuites pour y communier, car c’était le jeudi ; et j’admirai comme partout je treuvai tout à point ce que je pouvais souhaiter, tant pour l’âme que pour le corps. Leur Hôtel-Dieu est riche, à ce que l’on me dit mais les malades n’en sont pas mieux. Il y a peu de religieuses, et qui ont des servantes sous elles, à qui elles se fient trop. Je m étais proposé d’y faire quelque séjour pour affaires. Je ne sais comment je m’y déplus si fort. J’étais logée chez des huguenots. le laissai tout là et m’en allai coucher à Cléry (7), où je visitai et fis dire Ie lendemain la sainte messe à Notre-Dame, et dînai à Saint-Dyé (5), où je treuvai l’église fort bien servie, les pauvres et les enfants mieux instruits que en pas un lieu.

Je fus coucher à Blois, où je treuvai beaucoup de dévotions, mais l’Hôtel-Dieu. point visité et mal en ordre. Je parlai à une de mes cousines, qui est fort dévote, qui me dit que le Père Lallemant, supérieur des jésuites ~, les avait bien exhortées à le visiter, mais que peut-être Dieu avait-il permis que j’y allasse pour leur faire croire qu’à Paris les femmes de qualité y vont et qu’elles seront incitées d’y aller.

Je ne m’y arrêtai point, à cause de la rougeole, qui était chez mon oncle, de sorte que j’allai dîner à Veuves (10) et coucher à Amboise, où Dieu me fit bien des grâces. Leur Hôtel-Dieu est pauvre ; l’on y retire tous les passants estropiés et orphelins, mais non pas les malades. Il y a là un marchand qui y a fait une fondation pour une maîtresse d’école, devant laquelle j’interrogeai des pauvres, et la priai de me venir voir le lendemain, ce qu’elle fit, et en fus bien édifiée. C’était le premier dimanche du mois. Je me confessai et communiai aux Pères Minimes et l’après-dînée ne laissai pas de repartir coucher à Tours, où je vis le plus bel Hôtel-Dieu et le mieux ordonné de pas un ; et le lendemain communiai à Saint-François-de-Paule, ou étaient les indulgences et grand concours de peuple ; et l’après-dinée je partis et allai coucher à Angers, et vins le lendemain ouïr la sainte messe à Chouzé (11), qui est

7). Dans le Loiret.

8). Dans le Loir-et-Cher.

9). Jérôme Lallemant, né à Paris le 27 avril 1593, reçu au noviciat des Jésuites le 2 octobre 1610, mort à Québec le 26 janvier 1673. Après avoir professé les belles-lettres et la philosophie et rempli les fonctions de recteur à Blois et à La Flèche, il devint supérieur de la Mission du Canada. Il a laissé sur cette Mission des relations intéressantes qui ont été publiées à Québec en 1858.

10). Commune du Loir-et-Cher.

11). Commune d’Indre-et-Loire.

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de cet évêché ici ; et le bon prêtre qui y dit la messe aurait bon besoin, comme je pense, de voir une mission ; même il me vint en pensée d’en dire quelque chose à M. d’Angers. Les petits enfants si peu instruits !

De là je vins à Saumur, où je séjournai ce jour-là, le mercredi tout entier, et le jeudi y communiai encore. Tous mes gens, ils y ont eu bien de la dévotion. Dès que nous avisâmes le lieu, nous chantâmes le Te Deum.

Je m’oubliais de vous dire notre après-dinée : nous disions quelquefois notre chapelet en deux chœurs, tous les jours les litanies de la Sainte Vierge, et les autres rechantaient le même, afin de les dire doublement.

Notre récréation durait bien autant que nos prières. Quelquefois nous jouions à ne dire ni oui ni non ; et ceux qui le disaient payaient un Ave à celui qui lui pouvait prendre. Nous chantions Alleluia et d’autres hymnes, mais tout cela si gaiement, qu’un de mes fermiers, qui était à cheval, était ravi de nous voir. Je voulais montrer à Catherine à bien lire et la prononciation. Elle faisait des réponses et des discours à rire jusques aux larmes. Enfin, mon Père, il est bien aisé de servir Dieu à ce prix-là.

A mon arrivée ici, il vint deux Messieurs au-devant de moi, qui m’empêchaient d’aller à l’Hôtel-Dieu, ni à l’église ; et puis il était tôt. J’arrivai droit céans, où je treuvai un souper magnifique et tant de monde à me recevoir qu’enfin l’on me traita du grand.

Le lendemain, je n’eus le loisir que d’entendre la messe. MM. de la justice, et tous les principaux de la ville me vinrent visiter ; et encore le jour d’après j’eus grand’peine à me dérober pour visiter l’Hôtel-Dieu, que je treuvai en assez bon ordre. Il y a une bonne bourgeoise qui a fait vœu d’y venir ses jours au service des malades, qui leur a été un grand bien ; principalement elle a grand soin de leur salut. Depuis, j’ai été deux fois visiter les prisonniers, dans cette pensée que Notre-Seigneur disait en l’évangile : j’ai été prisonnier. Je leur donnai des images et chapelets et délivrai de pauvres prisonniers qui me firent grand’pitié. Ce qui est déplaisant, c’est que tout est su dans la ville, et toujours l’on en dit plus qu’il n’y en a.

Dimanche, je fus à vêpres à une religion, où, contre ma coutume, je fus deux heures devant le Saint Sacrement, où là il me vint en pensée comment je pourrais parler du catéchisme devant ces demoiselles de céans, que je m’imaginais. n’avoir grand besoin. Je me résolus d’aller aux pauvres enfermés,* où je les menai, et interrogeai les enfants assez bien instruits. Il y a un bon ecclésiastique qui en a grand soin.

* plutôt que "aux fermes," correction de P.Coste après publication.

Relecture du texte par B.KOCH et notes:

Dimanche, je fus à vêpres à une religion 1, où, contre ma coutume, je fus deux heures devant le Saint Sacrement, où là il me vint en pensée comment je pourrais parler du catéchisme devant ces demoiselles de céans, que je m’imaginais. n’avoir grand besoin. Je me résolus d’aller aux Pauvres Renfermés 2, où je les menai, et interrogeai les enfants assez bien instruits. Il y a un bon ecclésiastique qui en a grand soin.

[295] Mon Père, cela réussit si parfaitement bien

1. à un couvent.

2. Et non "aux pauvres des fermes" : P.Coste a corrigé lui-même sur son exemplaire, après publication. "Les Pauvres Renfermés" était le nom de l’Hôpital Général d’Angers (plus tard, on parlera du "Grand Renfermement").

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Mon Père, cela réussit si parfaitement bien que Mademoiselle Le Fèvre, qui est mariée à un conseiller et qui a quatre enfants, me dit, au retour, y avoir pris très grand plaisir, et qu’elle ne savait presque rien de tout cela, et m’ajouta : "L’on voit bien que vous aimez bien les pauvres et que vous êtes à la joie de votre cœur parmi eux. Vous paraissiez deux fois plus belle en leur parlant." Mon Père, cela est admirable que Dieu me donna la hardiesse de parler en présence de leur ecclésiastique et pour le moins cent personnes qui m’écoutaient, et puis après me payèrent de tant de louanges ; même ce bon prêtre me dit qu’il s’estimerait bien heureux de pouvoir finir ses jours auprès de moi, sans gages, ni récompense, mais seulement pour ouïr les paroles qui sortiraient de ma bouche Voilà ses propres termes ;

Or sus, mon Père, c’est à vous que j’écris, et dans la confiance que vous louerez Dieu et l’aimerez pour sa miséricorde infinie. Il m’a fait des grâces à Saumur et ici que je ne vous puis dire, et nonobstant mon extrême infidélité ; c’est ce qui me doit ravir d’amour vers lui. Mon Père, priez-le qu’il rabaisse mon orgueil par quel moyen il lui plaira. Je suis prête à tout perdre et tout quitter, préférant l’humilité à toutes les consolations et biens. L’exemple de mon Sauveur est bien puissant, qui a quitté le sein de son Père pour la venir pratiquer dans la pauvreté et anéantissement. Or, revenons au fait du catéchisme. C’est que, depuis, ces bonnes demoiselles viennent prier Dieu avec moi, tout quand je donne le sujet de l’oraison, mais principalement une, qui est fille. Or, je la treuvai bien touchée ; je la peux dire gagnée. Il y a une bonne femme dévote qui me vint voir et me dit que si j’étais ici un an, je convertirais toute la ville. Je vous assure qu’elle me fit bien rire. Deux choses leur plaisent ici : que je ne fais point la réformée, que je ris à bon escient et que je vas à ma paroisse.

Dernièrement, ils me pressèrent fort de me faire peindre. Ils ont un homme qui le tente parfaitement ; c’est celui qui a peint feu Monsieur (12), et c’est la coutume. II n’y a si petite bourgeoise qui ne le soit ; et, après leur mort, l’on met leur portrait à l’église auprès de leur tombe. Or, je leur refusai, et m’en suis repentie, car il me semble que c’était par une fausse humilité de ne vouloir pas paraître si vaine que de se faire peindre, et qu’il y eut eu plus de vertu à le faire par condescendance. Je jouai dernièrement une heure au trictrac et me suis résolue de leur obéir en ce qui ne sera point péché, c’est-à-dire

12). Nom donné, avant la Révolution, à l’aîné des frères du roi.

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jusqu’à ce que j’aie une réponse, car je ferai tout ce que vous voudrez.

Vous savez que je suis, pour l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, mon Révérend Père, votre très humble et obéissante servante.

D’Angers, ce 16 avril 1633.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent de Paul, supérieur des Prêtres de la Mission, à Saint-Lazare.

136. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avril 1633] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur J.-C. soit avec vous pour jamais !

Je ne vous écris point de ma main, à cause que j’ai été saigné pour ma petite fièvre. J’ai oublié de vous envoyer tantôt Monsieur Figeard le médecin. Je vous supplie de me le pardonner, comme aussi de ce que je ne vous ai pas envoyé le mémoire des exercices, et de trouver bon que je vous dise que vous ne deviez pas envoyer vos filles au lieu que vous me dites, sans savoir du médecin s’il y a du danger (2). J’espère pourtant de la bonté de Dieu qu’elle ne permettra pas qu’il en arrive du mal, car vous savez la particulière protection qu’il a des personnes de la Charité.

J’ai reçu une lettre de Madame Goussault et de la bénédiction de son voyage (3). Quand j’en recevrai d’autres nouvelles, je vous en ferai part.

Votre lettre d’hier se trouve écartée et ne me ressouviens point de ce qu’elle contient, sinon à l’égard du

Lettre 136. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 3.

2). Danger de contagion.

3). Probablement la lettre 135.

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jeune homme (4) duquel vous me parliez et à l’égard duquel je vous dirai que je ne pense pas qu’il doive quitter la soutane, dans l’incertitude du choix de la condition dans laquelle il est, et me semble qu’il le faut laisser en l’état qu’il est, jusqu’à ce qu’il soit entièrement résolu, et que sa bonne mère ne l’aide pas assez à prendre résolution. Vraisemblablement l’état ecclésiastique lui est le meilleur. S’il y tend, je pense qu’il lui faut conforter.

Quant à cette fille qui fait les exercices ~, puisqu’elle est à sa confession générale, vous pourrez vous servir de Busée (6) en français et lui bailler, en suite de sa confession générale, le premier jour, de l’Incarnation ; la seconde, de la Nativité, laquelle elle répétera à la troisième oraison ; la 4e, des pasteurs. Le second jour, la première sera de la Circoncision ; la 2e des Mages ; la 3e, de la Purification et la 4e de la vie de Notre-Seigneur depuis douze jusqu’à trente ans. Le 3e jour, la vocation des Apôtres ; la 2°~ la première prédication de Notre-Seigneur ; la 3e et la 4e des Béatitudes. Le 4e jour sera du jugement, où vous lui ferez peser le bonheur de ceux qui ont eu pitié des pauvres, laquelle méditation elle répétera deux fois ; la 3° et la 4e seront de quelque mystère de la Passion, et à la fin vous lui ferez faire sa règle de vie, c’est-à-dire son emploi de la journée. Les heures pour faire l’oraison : à son lever la première ; la 2e à dix heures ; la 3e à deux ; et la 4e à cinq heures. Ce

4). Il s’agit évidemment de Michel Le Gras, que le saint ne nomme pas par délicatesse.

5). C’était sans doute une des filles qui s’employaient au service des pauvres sous Louise de Marillac ou qui se proposaient d’embrasser cet état.

6). Le Père Jean Busée, de la Compagnie de Jésus, est l’auteur d’un ouvrage de méditations très estimé, publié à Douai en 1624 sous ce titre Enchiridion piarum meditationem in omnes dominicas, sanctorum festa, Christi passionem et caetera, traduit en français par les Pères jésuites et en 1644 par Antoine Portail, qui ajouta plusieurs méditations.

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qu’elle peut lire, c’est Grenade (7) et les vies des saintes qui ont excellé en la charité.

Voilà ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que, demain au matin, je vous enverrai Monsieur Brunet, ou bien après-demain ; et cela n’empêchera pas que vous ne suiviez l’ordre de ces méditations. Vous me manderez cependant, s’il vous plaît, ce que le médecin juge de la maladie de Monsieur le vicaire, et je serai, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Si la fille n’a coutume que faire trois méditations par jour, vous ne lui en baillerez pas davantage, s’il vous plaît. Je pense que je ne vous pourrai envoyer M. Brunet qu’après-demain, l’après-dînée.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à Paris.

137. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La chute du cheval dessus et dessous moi a été des

7). Le Père Louis de Grenade appartenait à l’ordre de Saint Dominique. Il s’est fait un nom par sa sainteté, ses sermons et ses écrits. On lui doit des ouvrages très estimés, pleins d’éloquence et de piété : La guide des pécheurs, Le mémorial de la vie chrétienne, un Catéchisme, des Méditations, la Vie de dom Barthélemy des Martyrs. Ses sermons ont été publiés. Grégoire XIII disait que Louis de Grenade avait par ses écrits opéré plus de miracles que s’il avait rendu la vie à des morts et la vue à des aveugles. Ce pieux religieux était, avec Thomas a Kempis et saint François de Sales, un des auteurs favoris de Louise de Marillac (cf. Gobillon, op. cit., p. 13) et de saint Vincent.

Lettre 137. — L. a. — Original à Shanghaï, dans la maison des prêtres de la Mission.

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plus dangereuses et la protection de Notre-Seigneur des plus particulières. C’est la bonté de Dieu qui m’a traité de la sorte et le mésusage de ma vie qui a fait qu’il m’a montré ses verges. Je vous supplie de m’aider à obtenir la grâce de m’amender pour l’avenir et de commencer une nouvelle vie. Il ne m’en est resté qu’une petite foulure des nerfs de l’un pied, laquelle à présent me fait peu de douleur.

Je dois être purgé demain, et après-demain je pourrai sortir en carrosse pour aller à une lieue d’ici. Mercredi je pourrai aller à Sainte-Marie de la ville. Si je le puis, de là j’aurai le bien de vous aller voir, et vous dirai cependant, pour les paroles que vous avez dites de ce médecin, que vous ferez bien, si vous avez dit quelque chose qui regarde la diminution de sa réputation, de dire le bien que vous savez de lui, à la même personne et à deux ou trois autres.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce 1er mai [1633] (1).

Je vous envoie une lettre de Madame la présidente Goussault ; renvoyez-la-moi demain au matin, s’il vous plaît, après que vous l’aurez lue.

1). Le texte porte 1623, date évidemment fautive, puisque le saint ne prit possession de la maison de Saint-Lazare qu’en 1632. La lettre a été écrite un dimanche et pendant une absence de Madame Goussault, circonstances qui conviennent au 1er mai 1633.

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