Correspondance (page 41)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

30 avril 1650.

Il est nécessaire qu’en cette misérable saison nous empruntions pour nous nourrir et pour soulager les pauvres.

3) Il s’agit de la mission de Limerick, dont le succès fut prodigieux. Près de 20.000 habitants firent leur confession générale et communièrent. Les magistrats, touchés par la parole des prédicateurs, prirent des mesures sévères contre les blasphémateurs.

4). Huit mille personnes environ moururent de la peste, rien que dans la ville de Limerick. Le frère de l’évêque qui allait visiter les malades avec les missionnaires, succomba, lui aussi, victime de son dévouement. (Abelly, ibid, p. 153.)

Lettre.1214. — Collet, op. cit., t. I, p. 315, note.

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121. — A LOUISE DE MARILLAC

[Fin avril ou mai 1650] (1).

Monsieur d’Annemont m’a écrit la même chose ; voici sa lettre (2). Je m’en vas lui écrire que je souhaite et prie Dieu que l’affaire réussisse en faveur de ces bonnes religieuses, si c’est le bien des pauvres, et que très volontiers nous agréons que l’on renvoie les Filles de la Charité ; et je pense, Mademoiselle, que vous ferez bien d’écrire conformément à cela pour, en quelque façon, honorer et pratiquer le conseil de Notre-Seigneur, qui est que, si l’on nous veut ôter la robe, il faut donner notre manteau. Je crois que Dieu sera plus honoré de cela que du service que vos filles pourraient rendre à Dieu en cet hôpital. Au nom de Dieu, Mademoiselle. soyons bons en face de Jésus-Christ ; il en userait de la sorte assurément.

Lettre 1215. — L. a. — Dossier de la Mission, décalque. Saint Vincent a écrit ces mots à la suite de la lettre de Monsieur d’Annemont, dont Louise de Marillac lui avait donné communication.

1) La lettre de Monsieur d’Annemont à Louise de Marillac est datée du 27 avril 1650.

2). Par cette lettre, M. d’Annemont informait le fondateur que l’on songeait à remplacer, à l’hôpital de Nantes, les Filles de la Charité par des religieuses et il lui offrait ses services pour prévenir cette mesure.

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1216. — A UN RELIGIEUX (1)

[Entre 1643 et 1652] (2)

Je ne doute point que Votre Révérence ne fît merveille dans La prélature, si elle y était appelée de Dieu ; mais ayant fait voir qu’il vous voulait en la charge où vous êtes, par le bon succès qu’il a donné à vos emplois et à vos conduites, il n’y a pas d’apparence qu’il vous en veuille tirer ; car si sa Providence vous appelait à l’épiscopat, elle ne s’adresserait pas à vous pour vous le faire rechercher ; elle inspirerait plutôt à ceux en qui réside le pouvoir de nommer aux charges et dignités ecclésiastique, de vous choisir pour celle-là, sans que vous en fissiez aucune avance, et alors votre vocation serait pure et assurée ; mais de vous produire vous-même, il semble qu’il y aurait quelque chose à redire, et que vous n’auriez pas sujet d’espérer les bénédictions de Dieu dans un tel changement, qui ne peut être désiré ni poursuivi par une âme véritablement humble, comme la vôtre.

Et puis, mon Révérend Père, quel tort feriez-vous à votre saint Ordre de le priver d’une de ses principales colonnes, qui le soutient et qui l’accrédite par sa doc-

Lettre 1216. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XIII sect. VII, p. 461

1). Ce religieux, qui s’était fait un nom par ses vertus et ses prédications, désirait devenir suffragant de l’archevêque de Reims. Il avait fait des démarches pour cela et sollicité l’appui de saint Vincent. A l’entendre il n’avait d’autre ambition que celle de se dépenser plus longtemps pour le bien de l’église ; car, disait-il, le jeûne et les autres austérités de son Ordre l’épuisaient, et la dignité épiscopale, en l’exemptant de ces pénitences, lui permettrait de conserver ses forces. Saint Vincent était trop avisé pour se laisser prendre à ces prétextes.

2). Temps pendant lequel saint Vincent fut membre du conseil de conscience.

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trine et par ses exemples ! Si vous ouvriez cette porte, vous donneriez sujet à d’autres d’en sortir après vous, ou pour le moins de se dégoûter des exercices de la pénitence ; ils ne manqueraient pas de prétexte pour les adoucir et diminuer, au préjudice de la règle ; car la nature se lasse des austérités ; et si on ra consulte, elle dira que c’est trop, qu’il se faut épargner pour vivre longtemps et pour servir Dieu davantage ; au lieu que Notre-Seigneur dit : "Qui aime son âme la perdra, et qui la hait la sauvera (3)." Vous savez mieux que moi tout ce qui se peut dire sur cela, et je n’entreprendrais pas de vous en écrire ma pensée, si vous ne me l’aviez ordonné Mais peut-être que vous ne prenez pas garde à la couronne qui vous attend. O Dieu ! qu’elle sera belle ! Vous avez déjà tant fait, mon Révérend Père, pour l’emporter heureusement, et peut-être ne vous reste-t-il plus que peu de chose à faire. Il faut la persévérance dans le chemin étroit où vous êtes entré, lequel conduit à la vie. Vous avez déjà surmonté les plus grandes difficultés. Vous devez donc prendre courage et espérer que Dieu vous fera la grâce de vaincre les moindres. Si vous m’en croyez, vous cesserez pour un temps les travaux de la prédication, afin de rétablir votre santé. Vous êtes pour rendre encore beaucoup de service à Dieu et à votre religion, qui est une des plus saintes et des plus édifiantes qui soient en l’église de Jésus-Christ.

3) évangile de saint Jean XII, 25.

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1217. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT, SUPéRIEURE,

A MONTREUIL-SUR-MER (1)

Paris, 9 mai 1650.

Ma chère Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Le peu d’intelligence qui a été jusques à présent entre l’ancienne communauté de l’hôpital nous donnant juste sujet de craindre que vous ne trouviez assez de paix là dedans, nous avons pensé qu’il est expédient d’en sortir et de vous retirer ; aussi bien avons-nous besoin ici de vous et de votre sœur. C’est pourquoi je vous prie de prendre congé de Monseigneur le gouverneur, de Monsieur son lieutenant et de Messieurs de la ville, les remercier de l’honneur qu’ils vous ont fait, les prier de vous excuser, si vous ne leur avez donné tout le contentement qu’ils attendaient, et que vous êtes marries de ne pouvoir continuer vos services à l’hôpital, pource que la Providence en dispose autrement. Nous vous attendons, et je vous assure que vous serez reçues en votre maison avec grande affection. Pour moi, j’aurai grande consolation de vous voir, qui suis, eh l’amour de Notre-Seigneur, ma bonne Sœur, votre très affectionné serviteur et frère.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 1217. — Dossier des Filles de la Charité, copie prise par la sceur Hellot.

1). C’est par une note écrite au dos de la lettre que nous connaissons le destinataire.

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1218. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce lundi au soir.

[Entre le 6 août 1649 et le 25 août 1650] (1)

Me voici enfin sur le point de partir demain, Dieu aidant, Mademoiselle. J’espère que vos prières m’attireront l’assistance de Notre-Seigneur pour mon voyage. Monsieur Portail fera pour l’affaire de la maison tout ce que vous lui manderez.

Je vous envoie la lettre de Madame la marquise de Maignelay. Je serai consolé qu’elle voie le bon M. Dupont et qu’il lui apporte la lettre lui-même.

J’ai parlé à M. le procureur général (2) ; il m’a promis toute protection pour les enfants, en tout ce que M. Biète (3) lui dira, et de faire recevoir les sevrés aux Enfermés, avec deux filles, lesquelles la Charité entretiendra. M. Biète le pourra voir pour tous affaires. Il a gourmandé quelques commissaires, qui insistaient à faire prendre les enfants abandonnés entre les mains des nourrices.

Je n’ai pu parler à Marie Denise (4) ; elle est allée à Colombes (5).

Je tâcherai de dire un mot à la petite, laquelle je vous prie de conforter. Voici une lettre d’une demoiselle de Sedan, qui est

Lettre 1218 — L. a. — Original à la maison des Filles de la Charité de Narbonne

1) Cette lettre a été écrite avant la mort de la marquise de Maignelay (25 août 1650) et après l’ordination de Louis Dupont (17 septembre 1647), Antoine Portail étant à Paris, par suite après le 6 août 1649.

2). Blaise Méliand.

3). Peut-être Biet, chanoine de Notre-Dame, qui vivait en ce temps-là.

4). Fille de la Charité.

5). Localité des environs de Paris.

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en cette ville, et une autre que ce bon aumônier lui écrit, et me voici, moi, sur mon partement et dans le désir de faire la volonté de Dieu toujours et en toutes choses, par sa miséricorde, et d’être, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

1219. — A LA PROPAGANDE

[Mai 1650]

Em[inentissi] mi e Rever[endissi] mi Sig[no]ri,

Furono su "essivam[en] te concesse da questa Sacra Congreg[azio] ne le facoltà di missionari a Bonifazio Nouelly, Giacomo Lesage e Giovanni Dieppe, sacerdoti della Congreg[azio] ne della Missione e mandati in Algeri tanto per soccorrere i poveri schiavi cattolici, quanto per estendere maggiorm[en] te la nostra s[an] ta fede in quelle parti, i quali essendo l’uno dopo l’altro morti di contagione nell’aiuto spirituale e corporale che hanno reso a quei popoli ; ora il m[ol] to Rev[eren] do Padre Vincenzo de Paul, superiore generale di detta congreg[azio] ne della Missione non perdendosi d’animo per tanti soggetti suoi, morti in si poco tempo di due anni lncirca, e volendo continuare quella carità incominciata, propone di nuovo alla Sacra Congreg[azio] ne un altro chiamato Filippo Le Vacher, pur sacerdote dell’istessa Congreg[azio] ne della Missione, già mis

Lettre 1219 — L. non s. — Arch de la Propagande, II Africa n° 248, f° 155 original

1) La supplique fut présentée le 26 mai 1650, le décret approbatif est du 31 mai ; les facultés furent expédiées par le Saint-Office le 30 juin

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sionario in Ibernia con altri suoi confratelli, e di presente applicato al servizio di un seminario di ecclesiastici nella città di Marsigiia ; e supplica umilmente che le Em[inenz] e Vostre siano servite di concedergli la rinnovazione di dette facoltà pel medesimo luogo d’Algeri, con aggiungervi qualche nuova facoltà per mezzo della quale abbia autorità di aggiustare delle dissenzioni e contrasti che assai spesso succedono tra religiosi schiavi, accio possa rimediare agli scandaliche ne nascono, e avrà il tutto per singolar grazia dalle Em[inen] ze Vostre.

Quas Deus…

Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Filippo Le Vacher, sacerdote della congregazione della Missione.

TRADUCTION

La Sacrée Congrégation de la Propagande a accordé successivement les facultés de missionnaires à Boniface Nouelly, Jacques Lesage et Jean Dieppe, prêtres de la congrégation de la Mission, envoyés à Alger, tant pour secourir les pauvres esclaves catholiques que pour contribuer à l’extension de notre sainte foi en ces régions, et morts l’un après l’autre victimes de la peste, en assistant corporellement et spirituellement les malades. Le très Révérend Père Vincent de Paul, supérieur général de ladite congrégation de la Mission, que la perte de tant de sujets survenue en deux ans environ, n’a pas découragé, et qui ne veut pas abandonner l’œuvre commencée, propose de nouveau à la Sacrée Congrégation un autre de ses prêtres, Philippe Le Vacher, précédemment employé aux Missions d’Hibernie avec plusieurs de ses confrères, et présentement à Marseille, dans un séminaire d’ecclésiastiques. Il supplie humblement Vos éminences de vouloir bien accorder à M. Le Vacher les mêmes facultés pour le même pays et en ajouter d’autres encore, en sorte qu’il ait assez d’autorité pour faire cesser les dissentiments et les démêlés qui s’élèvent parfois entre les religieux esclaves, et par là éviter des scandales. Le soussigné regardera cette faveur comme une grâce signalée de vos éminences.

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Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Philippe Le Vacher, prêtre de la congrégation de la Mission.

1221. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 25 mai 1650.

Monsieur,

l’ai reçu deux de vos lettres, du dernier avril et du 14 du courant, dans lesquelles j’ai vu les continuels soins qu’il vous plaît avoir de notre affaire de Chancelade, dont je vous suis très obligé, et vous en remercie de tout mon cœur. Je serai dorénavant plus réservé à vous écrire, afin de ne vous donner la peine de me faire réponse. Le Père Montal m’a écrit de Lyon qu’il s’étonnait fort que le Père Vitet fit effort sur nos deux titres, qu’il en écrirait à M. l’abbé Tinti (1) Ledit Père Vitet m’écrit aussi et me témoigne qu’il n’est plus dans le sentiment qu’il était pour cela, attendu même que cela n’a rien de commun avec la poursuite que nous faisons à Rome. Notre homme d’affaires était parti de Paris pour s’en revenir avant de recevoir la lettre que mon grand vicaire lui écrivait, etc. Les diocèses circonvoisins me désertent le mien de prêtres, les envoyant chercher pour leur donner des bénéfices. Monseigneur de Sarlat (2) prit, il y a quelque temps, le vicaire qui servait l’église de notre séminaire St-Barthélemy ; en quoi il ne me fit point plaisir. Hier il m’en prit un autre, et avant hier Mgr de Périgueux (3) un autre. Si j’en avais plus qu’il ne m’en faut, j’en serais bien aise ; mais je pense que cela ne sera jamais, si cela continue…. Mgr de Tulle (4) a failli mourir depuis peu d’une apoplexie. Il n’y a pas apparence qu’il fasse une longue vie en l’âge et en la disposition dans laquelle il est. le vous prie de disposer

Lettre 1220. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1) Agent du roi de France à Rome. Par brevet du 15 décembre 1651, il fut nommé "agent et expéditionnaire général de Sa Majesté en Cour de Rome pour y poursuivre toutes bulles et provisions du Pape"

2). Nicolas Sevin.

3). Philibert de Brandon.

4). Jean Richard de Genoulhac de Vaillac. Il occupa le siège de Tulle de 1599 à 1652, année de sa mort.

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la reine, quand cet évêché vaquera, à le pourvoir d’un digne sujet ; car il est en très mauvais état, et faites-moi la faveur de dire à Sa Majesté que je l’en supplie de tout mon cœur afin que par ce moyen nous puissions remettre la dévotion de la Vierge dans Rocamadour (5), qui est la plus célèbre du royaume.

Quand vous verrez. M. l’abbé Olier, je vous prie lui demander quelle qualité à M. le doyen de Carennac (6), de mon diocèse, et s’il le juge propre d’être évêque, car je n’en vois point en Guyenne qui puisse remplir cet évêché mieux que lui. Je vous en ai parlé autrefois. C’est un personnage d’une grande piété et un exemple de vertu dans mon diocèse. Je vous dis ceci, afin que, si la reine vous demandait si vous saviez quelque sujet propre, vous voyiez si vous le devez proposer. C’est un petit évêché qui ne vaut que sept ou huit mille livres.

Il faut que je vous die que le cœur me saigne de douleur du reproche qu’on me fait de jour à autre d’un jeune prélat de nos voisins (7), de la vie qu’il mène. Il a loué depuis peu une maison hors de sa ville capitale pour six cents écus, pour tenir la meute et chiens courants. Enfin tous ses exercices sont la chasse, in brevibus (8), un fusil sur le col. Vous aviez grande raison de vous opposer à sa promotion ; et plût à Dieu qu’on eut suivi votre sentiment ! Je prie Dieu qu’il inspire à la reine de nommer aux évêchés des sujets dignes de si éminentes charges. Cependant faites-moi la faveur de me croire, etc.

ALAIN,

év. de Cahors.

1221. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[1650] (1)

Monsieur Hurtel (2) nous échappa dimanche au soir,

5) Commune de l’arrondissement de Gourdon (Lot).

6). Commune du même arrondissement.

7). Probablement Jacques de Montrouge, nommé en 1647 évêque de Saint-Flour.

8). Probablement en habits courts.

Lettre 1221. — Ms. de Lyon.

1). Voir note 2,

2). François Hurtel, né à Nibas (Somme), entré dans la congrégation de la Mission le 26 novembre 1640, à l’âge de dix-neuf ans, reçu aux vœux le 1er décembre 1642, ordonné prêtre en 1645, mort en 1650

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pour aller à la bienheureuse éternité, nous laissant autant d’affliction de son trépas que sa vie innocente nous a donné de consolation. Elle a été telle, que je puis vous dire n’avoir découvert en lui aucun défaut. Vous pouvez de là inférer le bien qu’il faisait et l’obligation que nous avons à Dieu de nous avoir donné ce sien serviteur pour confrère. Remercions-le, s’il vous plaît, des grâces qu’il lui a faites et rendons à son âme nos derniers devoirs ; si elle n’en a pas besoin, d’autres en profiteront.

1222. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

S’il est juste que celui qui a planté l’arbre ait le plaisir de lui voir porter le fruit, il est juste aussi que vous soyez participant des bénédictions que Dieu a données en abondance à nos petits travaux. Je vous puis assurer qu’aux missions que nous avons faites depuis celle de Joigny, je ne crois pas qu’aucun ait manqué de faire sa confession générale ; et c’est merveille de voir combien ce peuple est touché ; ce qui va jusqu’à en tel point que je me suis vu en disposition de ne les entretenir que durant les premiers jours seulement des sujets qui excitent à la pénitence, à cause de la grande tendresse de leurs cœurs ; car j’avais peur que cela ne fît tort à leur imagination.

1223. — A DENIS GAUTIER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

De Paris, ce 3 juin 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1222. — Abelly op cit, 1. II, chap. I, sect. II, § 7, 1er éd., P 47-

1) Les lettres 1196 et 1222 sont du même prêtre de la Mission, la seconde, dit Abelly, a été écrite "environ deux mois" après la première.

Lettre 1223. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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M. de Lavau, présent porteur, a passé à Saintes, venant à Paris, et laissé en garde à M. Watebled (1) vingt deux écus, à ce qu’il m’a dit ; je viens de lui en faire donner deux en déduction, et de lui promettre que vous lui ferez rendre le reste de ce qu’il a laissé. C’est ce que je vous prie de faire, la présente reçue, et de plus de lui rendre tous les bons offices que ! vous pourrez. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous continue les siens.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Gautier.

1224. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 8 juin 1650.

J’ai été bien aise de voir les raisons pour lesquelles vous avez rétabli l’ancienne coutume de faire la prière pour le roi seulement après la messe, au lieu que depuis la visite elle se faisait devant la communion. Tout considéré, je pense que cela était à propos, ayant fait cesser par ce moyen le murmure des habitants, qui était un inconvénient plus à craindre que n’est le défaut d’uniformité aux usages du diocèse pour ce point, étant question d’une prière et non d’une cérémonie. Néanmoins, comme cette action regarde le roi, il était à souhaiter que vous eussiez pris l’avis de M. le gouverneur (1), afin qu’il n’eût pas sujet de se formaliser de ce

1) Pierre Watebled, supérieur de la maison de Saintes.

Lettre 1224. — Reg. 2, p. 144.

1) Le marquis de Fabert.

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changement. Cette omission m’a fait douter que vous ayez su la prière que j’ai faite autrefois à votre prédécesseur (2), de ne rien innover de quelque importance, pour l’extérieur de la paroisse, qu’après en avoir convenu avec mondit sieur le gouverneur. J’espère, maintenant que vous en avez connaissance, que vous serez exact à suivre cet ordre. Surtout, Monsieur, il est de l’usage des supérieurs de la compagnie de proposer au général les difficultés notables qui se présentent ; car ainsi, prenant son conseil, ils évitent plusieurs inconvénients et sont assurés de faire la volonté de Dieu, laquelle je sais que vous cherchez en toutes choses, et par conséquent vous serez bien aise de savoir ceci.

1225. — A JEAN MIDOT, GRAND VICAIRE DE TOUL

8 juin 1650.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre avec une nouvelle reconnaissance des obligations que nous vous avons, et avec nouveaux souhaits qu’il plaise à Dieu de vous conserver longues années pour le bien de son église, en laquelle j’apprends que vous avez une nouvelle dignité, dont je rends grâces à la Providence, qui vous l’a donnée. Les charges, d’ordinaire, honorent ceux qui les ont ; mais j’ose dire que vous honorez les vôtres. Vous voilà donc grand doyen, grand archidiacre et grand vicaire d’un grand

2) Charles Bayart, né au diocèse de Soissons, entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 9 février 1644, à l’âge de vingt-sept ans, reçu aux vœux le 16 octobre 1648, supérieur à Sedan de 1648 1650, à Périgueux en 1650, à Montmirail de 1651 à 1652.

Lettre 1225. — Reg. I, f° 40, copie prise sur l’original, qui était écrit par le secrétaire et signé par le saint.

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diocèse, grand en piété, grand à bien faire, enfin grand devant Dieu et devant les hommes. Plaise à N.-S. que votre âme aille toujours croissant en son amour !

Je vous remercie derechef, Monsieur, du secours que vous nous donnez à Rome et des lettres promises par le sieur Platel, de la part de ses parents ; quand il vous plaira de nous les adresser, nous les enverrons et en espérerons l’effet que vous marquez ; déjà le supérieur de notre maison de Rome (1) m’a mandé que M. Jehot a recommencé ses soins pour l’accommodement, selon l’ordre qu’il vous a plu de lui en donner.

Très volontiers, Monsieur, et plus volontiers que je ne puis vous écrire, je vous rendrai les services que je pourrai pour la commission nécessaire à l’enregistrement de la reconnaissance dont est question. Je ne me souviens pas si c’est un brevet, ou comment cette pièce est conçu.e. Je vous supplie de me l’envoyer ; car aussi bien faut-il qu’elle soit attachée sous le contre-scel, ou pour le moins une copie collationnée, pour la montrer à M. de Brienne, à qui j’en parlerai, Dieu aidant. Il est vrai qu’il est maintenant en cour, où je ne vas si on ne m’y appelle ; ce qui arrive rarement et n’arrivera peut-être désormais, à cause que nous avons charge de résoudre ici les affaires de la congrégation ecclésiastique. Si donc je ne puis voir M. de Brienne, j’en écrirai à Madame la comtesse (2), afin qu’elle lui en parle. Pour qui m’emploierais-je donc, si je ne le faisais pour une personne qui ne cesse d’agir pour nous autant efficacement que charitablement, et à qui, pour cette raison, outre celles de son mérite et de mon affection, j’ai une étroite obligation de rendre obéissance ?

1) René Alméras.

2) La comtesse de Brienne.

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A propos de M. du Saussay (3), je ne puis comprendre comme il y peut avoir de la mésintelligence entre vous et lui ; il faut que quelque mauvais esprit la fomente par des rapports. Vous êtes un homme des plus paisibles, des plus sincères et des plus aimables que je connaisse, et lui aussi ; néanmoins, je vois, d’un côté, que vous avez quelque défiance en son droit, et, d’un autre, quelque soupçon en lui que vous l’ayez desservi. Oserai-je vous prier, Monsieur, de me dire vos sentiments là-dessus ; et aurez-vous agréable que je m’entremette pour vous lier d’amitié ? La connaissance que j’ai de sa douceur et de sa bonté me fait espérer qu’il n’y apportera aucune résistance et qu’outre la consolation de votre cœur, qui n’aime rien tant que l’union, il en arrivera plusieurs autres biens.

Attendant l’honneur de vos commandements, je suis, en l’amour de N.S...

VINCENT DEPAUL,

Depuis la présente écrite, m’étant trouvé chez Madame la duchesse d’Aiguillon, M. l’official y est venu, et nous avons parlé de vous. Je vous assure qu’il incline fort à une bonne intelligence ; il m’a même dit que nous trouverons en lui une entière correspondance pour cela. Voyez, Monsieur, ce qu’il vous plaît que je fasse.

1226. — AU SUPéRIEUR DE LA MAISON DE GêNES

Je suis bien aise qu’on fasse faire dans les missions des pénitences publiques. Vous ferez bien d’en mettre

3) André du Saussay, official du diocèse de Paris, venait d’être récemment proposé pour le siège de Toul.

Lettre 1226. — Ansart, L’esprit de S. Vincent de Paul, Paris 1780, p. 213.

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la pratique en vigueur tant que vous pourrez. L’usage en est également utile et nécessaire ; mais il faut qu’il soit sagement conduit ; je dis sagement, parce qu’il faut de la discrétion, pour n’y pas engager toutes sortes de personnes, ni pour toutes sortes de péchés. Faites-le donc, mais que ce soit selon le concile de Trente (1), pour les péchés publics et de l’ordre de Nosseigneurs les prélats.

1227. — A UN éVêQUE

[Entre 1643 et 1652] (1)

Il est vrai, Monseigneur, que j’ai désiré votre modération, mais c’est afin que votre travail dure et que l’excès dans lequel vous êtes continuellement ne prive si tôt votre diocèse et toute l’église des biens incomparables que vous leur faites. Si ce désir n’est pas conforme aux mouvements que vous inspire votre zèle, je ne m’en étonne pas, parce que les sentiments humains dans lesquels je suis m’éloignent trop de cet état éminent où l’amour de Dieu vous élève. Je suis encore tout sensuel, et vous êtes au-dessus de la nature ; et je n’ai pas moins de sujet de me confondre de mes défauts, que de rendre grâces à Dieu, comme je fais, des saintes dispositions qu’il vous donne. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de lui en demander pour moi, non pas de semblable, mais une petite portion. ou seulement les miettes qui tombent de votre table.

1). Sess. XXIV, chap. 8.

Lettre 1227. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XI, sect IV, p. 145.

1). Temps pendant lequel saint Vincent fut membre du Conseil de conscience.

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1228. — A GUILLAUME CORNAIRE, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS

15 juin 1650.

L’ennui que vous sentez dans votre emploi peut venir de plusieurs, causes : 1° de la nature, qui se lasse de voir et de faire toujours les mêmes choses ; et Dieu le permet pour donner lieu à la pratique de deux belles vertus, à savoir : de la persévérance, qui nous fait arriver à la fin, et de la constance, qui nous fait surmonter les difficultés ; 2° de la qualité de l’œuvre, qui est triste et qui, étant faite par une personne aussi triste, engendre le dégoût, surtout quand il plaît à Dieu de soustraire la consolation intérieure et la suavité cordiale qu’il fait ressentir de temps en temps à ceux qui servent les pauvres ; 3° du côté du malin esprit, qui, pour vous détourner des grands biens que vous faites, vous en suggère l’aversion. Enfin cet ennui peut venir de Dieu même ; car pour élever une âme à une perfection souveraine, il la fait passer par la sécheresse, les ronces et les combats, lui faisant ainsi honorer la vie languissante de son Fils Notre-Seigneur, qui s’est trouvé dans diverses angoisses et dans l’abandonnement. Courage, Monsieur ! donnez-vous à Dieu et lui protestez quel vous désirez le servir en la manière qui lui sera la plus agréable. Il s’agit de triompher de vos ennemis : de la chair, qui s’oppose à l’esprit, et de Satan, qui est jaloux de votre bonheur. La volonté de Dieu est que vous persévériez dans l’œuvre qu’elle vous a donnée à faire. Confiez-vous en sa grâce, qui ne vous manquera jamais pour l’acquit de votre vocation, et considérez que cette œuvre est des plus saintes et sanctifiantes qui

Lettre 1228. — Reg. 2, p. 312.

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soit sur la terre. Il meurt peut-être dans cet hôpital autant de personnes que dans un grand nombre de paroisses ; et comme vous les assistez à bien mourir, vous êtes aussi cause que leurs âmes sont reçues au ciel ; et ceux qui ne meurent pas, vous les disposez à bien vivre ; et par conséquent vous faites plus de bien, vous seul, que beaucoup de curés ensemble.

Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il donne à votre cœur la patience et la joie qu’il sait lui être convenables, et qu’il me fasse digne de participer au mérite de vos travaux et de vos prières.

1229. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

[1650] (1)

Vous serez affligé d’une nouvelle que j’ai à vous donner ; c’est la mort de notre bon Monsieur Delattre, supérieur de notre maison d’Agen, qui était venu faire un voyage à Amiens et qui, à son retour, a été surpris d’une fièvre continue, en sorte que, le lendemain de son arrivée à Bordeaux, Dieu en a disposé. Cotte perte est très grande pour la compagnie. C’était un homme de bon jugement, expérimenté à la conduite et aux affaires, ayant été procureur du roi à Amiens, détaché des parents et du monde, si j’en vis jamais, aussi bien que de sa santé et de sa vie. Il faisait de grandes pénitences et était fort régulier. Nous vous en dirons une autre fois davantage. Cependant je prie toute la chère famille de Sedan de prier pour lui, encore que nous ayons tout sujet d’espérer que son âme est en possession de la gloire des saints.

Lettre 1229 — Ms. de Lyon

1) Année de la mort de Guillaume Delattre.

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1230. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

22 juin 1650.

Je suis bien aise que vous ayez envoyé notre frère Jamin (1) à Saintes, à cause du grand besoin que cette maison en avait. Je sais bien que cela vous incommode, et j’avais prévu les raisons que vous aviez à me dire pour vous laisser ce frère ; mais il y a une providence générale qui oblige à telles mutations. Ceux qui les souffrent et qui n’en voient pas les motifs pensent qu’on leur fait tort, et s’en plaignent ; mais Dieu sait qu’elles se font pour le mieux.

Nous n’enverrons donc point de sœurs pour Champigny, puisque de toutes parts on se mécontente de ce dessein (2) ; en effet, je crains que vous n’ayez pas donné lieu à la Providence, mais que vous ayez tenté une chose qu’elle ne veut pas. Mon Dieu, Monsieur, qu’il fait bon s’attendre à elle en ces occasions, sans vouloir prévenir ses ordres !

Lorsque vous aurez quelque proposition à faire à Monseigneur de Poitiers (3), je vous prie de m’en donner avis auparavant. Il y a trop peu que vous êtes en son diocèse pour avoir assez de connaissance des esprits et des affaires, et j’appréhende que, si vous faites autrement, qu’il s’en suive quelques inconvénients.

A ce propos, je vous conjure derechef, Monsieur, de ne rien innover, changer ou détruire, soit au temporel,

Lettre 1230. — Reg. 2, p. 180.

1). Gary Jamin, frère coadjuteur, né dans le diocèse de Trèves, reçu dans la congrégation de la Mission le 29 janvier 1639, à l’âge de vingt-deux ans.

2). Voir lettre 1103.

3). Henri-Louis Chasteigner de la Rocheposay.

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soit aux usages de la maison. Quand vous jugerez qu’il le faut faire, prenez la peine de m’en écrire, et nous verrons ensemble le temps et la manière de l’exécuter. Je n’entends pas parler des choses ordinaires qui vont et viennent et qui sont proprement du soin du supérieur particulier, mais de celles qui sont de considération, ou pour leur mérite, ou pour leur conséquence.

Vous ne me dites point quels pensionnaires vous avez, quelle pension vous prenez, si vous avez des séminaristes qui ne payent rien, qui est leur régent et leur directeur, et choses semblables qui méritent concert. J’ai vu commencer des séminaires qui ont fort peu duré, faute d’en avoir conféré.

Je voudrais encore qu’il y eût un peu plus de communication et de confiance entre vous et M. Maillard, procureur de votre maison. Je vous assure que vous y en pouvez avoir comme avec une personne aussi sage, fidèle et entendue que j’en connaisse parmi nous, et qui affectionne autant les intérêts de la compagnie ; je vous prie de n’en pas douter. Si j’étais à votre place, je pratiquerais le conseil que je vous donne, lequel je ne vous donne point pour avoir reçu de lui quelques avis, ne m’ayant aucunement écrit, mais par connaissance que j’ai de ce qu’il est.

1231. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 9 juillet 1650.

Tant s’en faut qu’il soit mauvais de prendre avis, qu’au contraire il le faut faire, quand La chose est de quelque considération, ou quand nous ne pouvons seuls

Lettre 1231. — Reg. 2, p. 145.

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nous bien déterminer. Pour les affaires temporelles, on prend le conseil de quelque avocat ou personnes externes à ce connaissantes ; et pour l’intérieur, l’on en communique avec les consulteurs et avec quelques autres de la compagnie, quand on le juge à propos. Je confère souvent avec les frères mêmes et je prends leurs avis sur les choses qui sont à faire dans leurs offices ; et quand cela est fait avec les précautions requises, l’autorité de Dieu, qui réside en la personne des supérieurs et en ceux qui les représentent, n’en reçoit aucun détriment ; au contraire, le bon ordre qui s’en ensuit la rend plus digne d’amour et de respect. Je vous prie d’en user ainsi et de vous souvenir qu’en fait de changement ou d’affaires extraordinaires, on les propose au général.

1232. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

Du 15 juillet 1650.

Je suis de votre avis au sujet de… ; je ne crois pas que jamais il revienne de l’état où il est ; au contraire, je crains qu’il nuise beaucoup à cette maison ; et non seulement je le crains, mais nous l’expérimentons déjà, et je vous avoue que… et lui et encore quelqu’autre l’ont grandement ébranlée. L’un est dehors, après l’avoir supporté autant qu’il nous a été possible ; et il serait expédient que les autres en fussent bien loin ; ce serait faire justice à la compagnie d’en couper les membres gangrenés. Cela est vrai, et la prudence le requiert. Mais pource qu’il faut donner lieu à toutes les vertus, nous exerçons maintenant la patience, la longanimité et la charité même, dans le désir de leur

Lettre 1232. — Reg. 2 p. 48.

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amendement. Nous appliquons des remèdes au mal par divers emplâtres de douceur, de menaces, de prières et d’avertissements ; et tout cela, sans espérance d’autre bien que celui qu’il plaira à Dieu d’y opérer par lui-même. Notre-Seigneur ne chassa pas saint Pierre pour l’avoir renié diverses fois, ni même Judas, quoiqu’il dût mourir en son péché. Ainsi j’estime que sa divine bonté a bien agréable l’extension de celle de la compagnie sur nos dyscoles pour leur faire reste de droit et ne rien épargner pour les gagner à Dieu. Ce n’est pas qu’enfin nous n’en venions au retranchement ; car c’est une nécessité.

1233. — AU CARDINAL FRANçOIS BARBERINI

Paris, 15 juillet 1650.

Monseigneur,

J’ai reçu la lettre dont Votre éminence a daigné m’honorer, avec le respect que je dois à l’un des plus grands et des plus saints princes de l’église, et dans un véhément désir qu’il plaise à Dieu rendre digne notre petite compagnie, et moi particulièrement, de servir Votre éminence. Sa divine bonté sait Monseigneur, que notre joie ne serait pas moindre que notre bonheur, si nous en avions les occasions ; je vous supplie très humblement de nous les donner et d’avoir agréables les actions de grâces que nous devons à Votre éminence de nous avoir tant supportés dans son abbaye de Saint-Sauveur. Elle l’a fait plutôt par un excès de bonté que pour aucun sujet de satisfaction que notre petite compagnie lui ait donné, laquelle par conséquent ne mérite pas

Lettre 1233. — Pémartin, op- cit, t II, p 253 1 723-

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les remerciements que Votre éminence fait. Je me donne néanmoins la confiance, Monseigneur, de supplier très humblement Votre éminence de nous regarder comme ses petites créatures, de nous honorer de sa protection et de souffrir à la compagnie et à moi particulièrement la qualité, Monseigneur, de votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

1234. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

Du 17 juillet 1650.

Monsieur le premier président (1) me dit avant hier que le roi doit aller à Richelieu, si déjà il n’y est (2) ; ce qui m’oblige à vous dire mes pensées sur ce que vous aurez à faire, au hasard que la présente vous soit rendue assez tôt.

Vous irez, s’il vous plaît, le saluer au château avec 3 ou 4 de vos prêtres. Il n’aime point les harangues ; c’est pourquoi il ne lui en faudra pas faire ; mais vous lui direz que vous êtes venus pour présenter à Sa Majesté les services de la compagnie et pour l’assurer de ses prières, afin qu’il plaise à Dieu de bénir sa personne et ses armes et de le conserver tout un siècle, qu’il lui fasse la grâce de dompter les rebelles et d’étendre son

Lettre 1234. — Reg. 2, p. 181

1) Mathieu Molé.

2). Louis XIV se rendait à Bordeaux, où la princesse de Condé avait soulevé le parlement et le peuple contre la cour. Il arriva à Richelieu le 18 au soir, avant que Bernard Codoing eût reçu cette lettre. "Le clergé de la localité…, écrit l’abbé Bossebœuf (Histoire de Richelieu et des environs, Tours, 1890, in-8°, p. 344), n’avait pas attendu les ordres du supérieur de Saint-Lazare pour présenter ces hommages au roi. Tout le corps de ville en grande tenue fit de même ; et s’il y eut quelque chose à regretter dans cette belle cérémonie, c’est que l’on ne connut pas à temps le mot de saint Vincent : il n’aime pas les harangues."

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empire jusqu’aux extrémités de la terre, enfin de faire régner Dieu dans ses états. Ensuite il faudra s’adresser à la reine régente et lui dire quelque chose de semblable, et puis à Monsieur (3), et, au sortir, tâcher de voir Monseigneur le cardinal (4) pour lui faire la révérence, les offres, les souhaits, etc. fort brièvement. Surtout, Monsieur, gardez-vous de rien demander et de taire aucune plainte. Et en cas qu’on vous demande si vous êtes bien satisfait de vos paroissiens, dites que oui, que ce sont de bonnes gens, qui craignent Dieu ; car cela se peut dire en général ; qu’ils sont bons serviteurs du roi et qu’ils ont eu un maître et ont une maîtresse qui leur ont montré cet exemple, etc. Il ne faut qu’un mot comme cela pour mouvoir Leurs Majestés à leur faire quelque grâce, comme de confirmer leurs privilèges. Informez-vous de quelqu’un des aumôniers de la manière que vous devez recevoir le roi à l’église : si avec la croix, ou non ; si vous lui donnerez à baiser la même croix, ou non ; si vous lui présenterez le goupillon. Que s’il passe quelque dimanche à Richelieu, vous ferez vous-même le prône ou la prédication et concerterez auparavant les cérémonies de la messe et des vêpres, ferez tenir la maison nette et toutes choses en ordre ; et parce qu’on a coutume de loger les aumôniers chez les ecclésiastiques et les communautés des lieux où la cour arrête, vous les aurez peut-être tous, et peut-être aussi Monseigneur l’évêque de Rodez, précepteur du roi (5), le

3) Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV. Il n’avait que dix ans.

4). Le cardinal Mazarin.

5). Hardouin de Beaumont de Péréfixe, docteur en théologie, prédicateur renommé, évêque de Rodez depuis 1648. Il résigna son évêché en 1662, à cause de l’impossibilité où il se trouvait de résider dans son diocèse, et monta deux ans après sur le siège de Paris, qu’il occupa jusqu’au 31 décembre 1670, jour de sa mort.

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Père Paulin, son confesseur (6) et plusieurs autres. C’est pourquoi vous ferez dresser beaucoup de lits, des plus honnêtes. Les personnes de la compagnie se pourront loger dans quelque salle tous ensemble, pour laisser lits chambres libres. Je vous prie de faire un bon accueil à tout le monde, d’offrir tout ce que vous avez ou pouvez, et de faire à chacun le meilleur traitement qu’il vous sera possible, sans rien épargner. Si vous avez du temps, vous pourrez envoyer à Tours acheter ce qu’il faudra ; et s’il se passe quelque dimanche avant la venue du roi, vous ferez sagement d’exhorter la ville à le bien recevoir, à lui témoigner grande joie et grande affection par des acclamations et des louanges à Leurs Majestés, et en toutes les bonnes manières que faire se pourra. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous inspire les autres choses que vous aurez à faire en tout ceci.

1235. — LE PèRE VITET A SAINT VINCENT

Monsieur,

Je me fusse donné l’honneur de vous écrire plus souvent que je n’ai pas fait, et vous rendre compte de ce qui se fut passé en notre affaire, si nous eussions pu retirer nos papiers d’entre les mains de Monseigneur Farnèse, secrétaire de la congrégation des Réguliers (1), lequel, en haine de ce que nous avons fait commettre Monseigneur le cardinal Palotta (2) et avons par ce moyen empêché qu’il ne fut juge, comme il désirait (mais nous ne le devions pas permettre), retient devers soi lesdits papiers, nous amusant par longueurs et remises,

6) Charles Paulin, ou plutôt Poulain, né à Orléans le 3 juin 1593, reçu dans la Compagnie de Jésus le 30 septembre 1610. Il fut recteur du collège de Blois, puis supérieur de la maison professe de Paris, prépara à sa première communion le roi, dont il était confesseur, et mourut le 12 avril 1653.

Lettre 1235. — L. a — Original à l’évêché de Cahors, liasse 45.

1). Jérôme Farnèse, de l’illustre famille des Farnèse, né le 30 septembre 1599, créé cardinal en 1658, mort le 18 décembre 1668.

2). Jean-Baptiste Palotta, créé cardinal en 1629, mort le 24 janvier 1668 dans sa soixante-quatorzième année

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tantôt d’une façon, tantôt de l’autre, en sorte qu’il est quasi incroyable qu’un prélat comme celui-là tienne un tel procédé pour des considérations si abjectes que les siennes, lesquelles nous avons enfin découvert n’être autres que vengeance et désir d’argent. Je suis honteux d’écrire à Monseigneur de Cahors toutes ces remises, mais il faut que je le fasse pour m’acquitter de mon devoir.

Je suis très satisfait que l’expédient que nous avons appris ici de demander plutôt la confirmation de la réforme que de parler d’érection, vous semble bon. le ne suis pas encore bien certain de l’ordre que nous tiendrons pour l’exécution de ce dessein, auquel nous ne pouvons rien faire sans les pièces que ledit seigneur Farnèse nous retient. nous faisons toutes les diligences possibles pour les avoir. J’espère qu’avec de l’argent nous en viendrons à bout, mais non pas autrement. J’attends l’ordre de Monseigneur de Cahors pour en recevoir au plus tôt, ayant déjà épuisé quasi tout celui que j’avais ordre de prendre de par deçà.

Je reçus par le pénultième courrier un paquet de Monseigneur de Cahors avec le bref d’appel de la sentence de Monsieur l’abbé de Grosbois, qu’il me renvoya ici pour le faire corriger, d’autant que le banquier qui le fît expédier ici n’avait pas suivi le mémoire que nous avions envoyé de Paris. Je l’ai fait corriger et expédier tout de nouveau ; mais je ne peux le retirer que samedi prochain pour l’envoyer d’aujourd’hui en huit jours. Je me suis servi d’un avocat en cette expédition, afin de la tenir secrète. Le Père Guérin avait eu avis du premier et l’avait fait révoquer. Je crains que cela ne cause de la confusion dans la poursuite qu’on fera en France. Je l’ai déjà écrit à Monseigneur de Cahors. On ne peut ici comprendre quelle raison le peut obliger de poursuivre en France et à Rome le même affaire. Il me semble qu’il y a autant de difficultés à ne le faire pas comme à le faire. L’un et l’autre dépend de la volonté de mondit seigneur.

Je vous remercie très humblement de l’honneur qu’il vous a plu me faire par votre lettre du 24 juin dernier et de la peine que vous avez daigné prendre de mander à Monsieur d’Alméras de nous donner ses assistances qu’il m’a très volontiers offertes. De quoi nous vous restons obligés et nous en servirons dans l’occasion.

Je vous supplie nous continuer les vôtres et à moi la faveur de me croire, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

J. VITET,

chan[oine] régulier.

A Rome, ce 18 juillet 1650.

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Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, à Paris, St-Lazare.

1236. — A PHILIBERT DE BRANDON, éVêQUE DE PéRIGUEUX (1)

Du 20 juillet 1650.

Je vous remercie très humblement, Monseigneur, du moyen que vous nous voulez donner de rendre quelque petit service à Dieu ; mais je vous supplie avec tout le respect qui m’est possible d’agréer que je vous représente que ce n’est pas assez de deux ouvriers pour un établissement conforme à votre souhait et à notre Institut. Vous avez en vue le séminaire et nous avons obligation aux missions ; notre principal est l’instruction du peuple de la campagne, et le service que nous rendons à l’état ecclésiastique n’en est que l’accessoire. Nous savons par expérience que les fruits des missions sont très grands, pource que les besoins des pauvres gens des champs sont extrêmes ; mais, comme leurs esprits sont grossiers et mal cultivés pour l’ordinaire, ils oublient facilement les connaissances qu’on leur a données et les bonnes résolutions qu’ils ont prises, s’ils n’ont de bons pasteurs qui les entretiennent dans le bon état où il on les a mis. C’est pourquoi nous tâchons

Lettre 1236. — Reg. 2, p. 65.

1) Le registre 2 se contente de dire que la lettre est adressée à un évêque. Tous les détails désignent l’évêque de Périgueux : le voisinage de Cahors, les démarches faites par l’évêque en 1650 pour avoir des prêtres de la Mission à la tête de son séminaire, le nombre de ces prêtres et enfin l’obligation où se trouva le saint de les rappeler en avril 1651 à cause de ses péchés, dit-il, mais probablement parce que le prélat n’avait pas voulu accéder à la demande que le saint lui fait ici. (Cf. lettres 1133, 1272 et 1304.) Les deux prêtres placés au séminaire de Périgueux se rendirent à leur poste au mois de décembre.

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aussi de contribuer à faire de bons ecclésiastiques par les exercices des ordinands et par les séminaires, non pour abandonner les missions, mais pour conserver les fruits qui se font par elles ; de sorte, Monseigneur, qu’est à souhaiter, puisque vous désirez avoir des missionnaires, que vous en ayez au moins quatre pour les deux fonctions, tant à cause de la peine qu’ils auraient d’omettre la première, qui est celle des missions et que est de très grande utilité, comme j’ai dit, même pour les paroisses les mieux cultivées, que pour l’occasion qu’on aura d’y mener les séminaristes déjà avancés, soit pour leur faire exercer les instructions qu’ils auront reçues au séminaire, soit afin qu’ils apprennent mieux les fonctions curiales et ecclésiastiques, en les voyant pratiquer aux nôtres qui évangéliseront les pauvres.

Si vous me dites, Monseigneur, qu’à Cahors nous ne faisons que le séminaire, je l’avoue ; mais il est vrai aussi que, Mon. seigneur de Cahors s’étant réservé à faire les missions par les chanoines réguliers de Chancelade qu’il a établis en sa ville, je ne fis pas réflexion alors à la conséquence, ni à la peine que nos prêtres auraient de ne vaquer pas quelquefois a leur principal emploi ; mais cette peine est telle qu’ils n’ont pas un sujet de tentation plus grand, ni plus ordinaire. C’est aussi l’unique de nos maisons qui est réduite au seul séminaire ; toutes les autres, Dieu merci, travaillent aussi aux missions.

La difficulté va à l’entretien de ces quatre ouvriers. Je sais, Monseigneur, que votre évêché est de petit revenu, qu’il est chargé d’une grosse pension, que vous faites d’ailleurs de grandes charités et qu’il n’est pas raisonnable que la bourse de Messieurs vos parents concoure toujours aux dépenses d’un diocèse auquel vous ne donnez déjà que trop en donnant plus que vous

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n’avez, et vous donnant vous-même au point que vous faites. Et partant je vous supplie de n’avoir égard à ma proposition qu’autant que la chose sera faisable. En voici un moyen : M…., de votre diocèse, où il a un prieuré, nous l’a offert ci-devant pour nous y établir ; peut-être qu’il sera encore en disposition de vous le remettre.

1237. — A BARTHéLéMY D’ELBENE, éVêQUE D’AGEN

[1650] (1)

Monseigneur,

J’aurais peine que M. Grimal, prêtre de notre compagnie, vous allât faire la révérence et vous offrir les petits services de la compagnie avec les siens, si je ne faisais de même par la présente et si, en mon particulier, je ne vous renouvelais les offres de mon obéissance, comme je fais, avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles. Je vous supplie, Monseigneur, de l’avoir agréable, ensemble la confiance que je me donne de vous dire que M. Pasquier nous presse pour exécuter la fondation qu’il a faite (2), nous demandant des ouvriers qui habitent chez lui, qui desservent sa chapelle et travaillent aux missions ; et parce que c’est vous, Monseigneur, qui l’avez porté à nous préférer à d’autres, et que nous ne pouvons ni voulons passer outre qu’autant qu’il vous plaira…

Lettre 1237. — Reg. I, f° 33 v°.

1). Ce fut en 1650 que François Grimal alla remplacer Guillaume Delattre comme supérieur du séminaire d’Agen.

2). Ce projet de fondation n’aboutit pas.

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1238. — A MONSIEUR PASQUIER

[1650] (1)

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je ne puis assez humblement vous remercier à mon gré, ni selon la grandeur de l’obligation que nous vous avons. N.-S. suppléera à mon défaut, s’il lui plaît ; je le prie qu’il vous conserve longues années sur la terre pour le bien de son église.

Outre le remerciement général, je vous en fais un particulier de la bonté avec laquelle il vous plaît vous vouloir informer de Mgr touchant son intention à l’égard de votre fondation, et du désir que vous me faites l’honneur de me dire d’agréer que vous et moi traitions cœur à cœur. Assurez-vous, Monsieur, que vous y rencontrerez secret et correspondance de mon côté et qu’à cet effet je tâcherai de vous faire rendre mes lettres en main propre.

Si tant est que Monseigneur et vous agréez notre introduction dans votre maison, nous le ferons. Je dis Monseigneur, Monsieur ; sans cela nous n’y voudrions pas penser, [sinon] que (2) mondit seigneur et vous ayez agréé la chose et que nous l’ayons ratifiée.

J’envoie M. Grimal de delà et le prie de vous voir et de prendre vos ordres et les commandements de Monseigneur sur cela ; et les nous envoyant, nous tâcherons de vous donner quelques-uns, en attendant de ceux qui sont de delà.

Lettre 1238. — Reg. I, f° 33, copie prise sur la minute qui était en partie de la main du saint

1) Cette lettre semble de même date que la lettre 1237.

2). Texte du registre : quoique.

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Que s’il plaît à Dieu que les choses aient changé, in nomine Domini, nous ne laisserons pas, Monsieur, d’avoir une perpétuelle reconnaissance des obligations que nous avons à la bonne volonté de laquelle il vous a plu nous honorer, quoique la Providence dispose autrement de l’effet.

1239. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

Du 5 août 1650.

Vous m’avez beaucoup édifié de me dire que vous ne cherchez plus avec empressement, ni même avec désir, l’occasion de nous établir dans Rome ; c’est la disposition où nous devons être, et la bonne manière avec laquelle nous devons agir en toutes choses ; car en ce faisant, si les affaires réussissent, on juge bien que c’est Dieu qui les a faites. Je ne sais par quelle voie la Providence nous fera avoir une maison dans cette ville-là, si jamais nous y en avons ; mais je sais bien que, si nous n’y en avons point, vous n’en serez pas la cause, comme vous pensez, et qu’un autre n’y avancerait pas présentement plus que vous, l’heure n’en étant pas encore venue.

Ceux qui font mission au diocèse de Spolète auraient très bien fait de s’excuser de la commission que le seigneur évêque (1) leur a donnée envers les religieuses si après cela il eût persisté, à la bonne heure ; nous devons obéissance aux prélats, aux choses même qui ne sont pas de nos fonctions, quand ils le veulent absolument ; mais aussi devons-nous leur faire sentir

Lettre 1239. — Reg. 2, p. 231.

1) Laurent Castruccio (1617-1655).

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auparavant que nos règles nous le défendent. Je vous prie de faire entendre ceci à tous vos ouvriers, afin qu’ils évitent tels emplois autant que faire se pourra.

1240. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1647 et 1651] (1)

Il m’est survenu un affaire qui m’empêchera de pouvoir assister à l’assemblée aujourd’hui. Au nom de Dieu, Mademoiselle, différons-la jusques à demain. Le sujet (2) que vous m’avez envoyé est fort à propos, si me semble.

Il m’est venu en pensée ce matin et hier, si me semble, qu’il est à souhaiter que vous formiez bien à l’oraison mentale celle qui a soin des nouvelles venues (3), afin qu’elle les dresse bien à ce saint exercice.

Nous n’aurons point d’assemblée chez Madame de Lamoignon demain ; l’on la tint lundi dernier. Bonjour, Mademoiselle. Je suis votre très humble serviteur. V. D.

1241. — A UN éVêQUE

Je ne puis, Monseigneur, vous exprimer la douleur que je sens de votre indisposition. Dieu, qui m’a donné à vous, vous fera, s’il lui plaît, connaître la tendresse qu’il a mise en moi pour tout ce qui vous touche. Ce qui me console est que votre maladie n’est pas sans

Lettre 1240. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre précède la mort de Madame de Lamoignon (31 décembre 1651). La note 3 dira pourquoi elle n’est pas antérieure à l’année 1647.

2). Le sujet pour la conférence.

3). La directrice du séminaire. Il n’y en avait pas avant le 30 octobre 1647. La première nommée fut Julienne Loret.

Lettre 1241. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XI sect. IV, p. 139.

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remède, ni sans espérance de guérison. J’en ai ressenti quelque atteinte autrefois, ayant eu un doigt de la main tout à fait insensible ; mais cela s’en alla dans quelque temps. Plaise à Dieu, Monseigneur, de vous conserver pour le bien de votre diocèse, au sujet duquel j’ai appris que vous aviez quelque pensée de le quitter ! Mais si j’étais digne d’être écouté en vous exposant la mienne, je prendrais la liberté, Monseigneur, de vous dire qu’il me semble que vous ferez bien de laisser les choses comme elles sont, de peur que Dieu ne trouve pas son compte dans votre décharge. Car où rencontrerez-vous un homme qui marche sur vos pas et qui approche de votre conduite ? S’il s’en pouvait trouver quelqu’un, à la bonne heure ; mais je ne vois pas que cela soit à espérer, dans le temps où nous sommes. Et puis, Monseigneur, vous n’avez pas plus de difficultés en votre épiscopat que saint Paul en a trouvé dans le sien, et néanmoins il en a soutenu le poids jusqu’à la, mort ; et aucun des apôtres ne s’est dépouillé de son apostolat et n’en a quitté l’exercice et les fatigues que pour en aller recevoir la couronne au ciel.

Je serais un téméraire, Monseigneur, de vous proposer leurs exemples, si Dieu, qui vous a élevé à leur dignité suprême, ne vous invitait lui-même à les suivre, et si la liberté que je prends ne procédait du grand respect et de l’incomparable affection. que Notre-Seigneur m’a donnes pour votre sacrée personne.

1242. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 13° août 1650.

Lorsque vos consulteurs sont de sentiment contraire,

Lettre 1242 — Reg. 2, p. 145.

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c’est à vous à résoudre la chose selon que vous le jugerez raisonnable ; ou bien, si elle mérite qu’il m’en soit écrit, la suspendre jusqu’après ma réponse.

Sur ce que vous dites, que l’honneur ne vous apporte pas vanité, mais que le déshonneur vous attriste, je vous dirai, Monsieur, que vous savez faire mieux que moi l’anatomie de la volonté humaine, car vous êtes savant, et moi je suis une bête. Selon Sénèque, elle se porte à convoiter ce qui lui semble bon, et à rejeter ce qui lui paraît mauvais ; et saint Thomas dit que les hommes spirituels surmontent, à la vérité, la convoitise et s’en rendent les maîtres jusqu’à se priver volontiers de leurs propres satisfactions, mais que difficilement arrivent-ils à bien aimer le mal qui leur vient d’autrui. Nous sommes, en effet, plus susceptibles de la douleur que du plaisir, et l’on se ressent plus de la piqûre d’une rose que de son odeur. Le moyen d’égaler cette disparité est d’embrasser aussi volontiers ce qui mortifie la nature que l’on se dépouille de ce qui lui plaît, et d’incliner son cœur à la souffrance par la considération du bien qu’elle apporte, et se tenir prêt à la recevoir, afin que, lorsqu’elle arrivera, on n’en soit ni surpris ni contristé. Le combat spirituel (1) conseille de se représenter les occasions fâcheuses qui nous peuvent survenir, de lutter contre elles et s’exercer au combat jusqu’à ce qu’on se sente vainqueur, je veux dire, résolu de les souffrir volontiers, si en effet elles arrivent. Il ne faut pas pourtant s’imaginer des maux extrêmes, dont le seul souvenir donne de la frayeur, comme certains tourments des martyrs, mais bien ceux du mépris, de la calomnie, d’une fièvre et semblables.

1) Ouvrage du théatin Laurent Scupoli, traduit en français par Santeul en 1608.

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En deux ou trois cas l’on doit avertir la communauté de la faute d’un seul :

1° Quand le mal est si invétéré en celui qui en est coupable qu’on juge qu’un avertissement particulier lui serait inutile. Notre-Seigneur n’avertit pas Judas pour cette raison, sinon en la présence des autres apôtres ; et encore ce fut en termes couverts, disant qu’un de ceux qui mettaient la main au plat le trahirait. Au contraire, ii avertit saint Pierre, lorsqu’il le voulut dissuader de la passion qu’il avait à souffrir, et lui fit même connaître que c’était une grande faute, l’appelant Satan, sachant bien qu’il en profiterait.

2° Quand ce sont des esprits faibles, qui ne peuvent porter une correction, pour douce qu’elle soit, bien qu’au reste ils soient bons ; car avec cette bonté qu’ils ont, une recommandation en général leur suffit pour les redresser.

Et en 3° lieu, lorsqu’il y a danger que d’autres se laissent aller à la même faute, si on ne la reprend.

Hors cela, Monsieur, je pense que l’avertissement se doit faire à la personne seule.

Quant aux fautes qui se font envers le supérieur, il en doit voirement avertir l’inférieur ; mais il faut observer : 1 ° que ce ne soit jamais sur-le-champ ; 2° que ce soit doucement et à propos ; 3° que ce soit par raisonnement, lui disant les inconvénients de sa faute d’une manière gaie et amiable, afin qu’il connaisse que le supérieur ne l’avertit pas par humeur, ni pource que la faute le regarde.

Je n’ai jamais mis différence entre ceux qui ont fait les vœux et ceux qui n’en ont pas fait ; et il ne faut pas surcharger les uns pour épargner les autres.

Vous ferez très bien d’appeler parfois des prédicateurs externes pour prêcher dans votre église, pourvu

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qu’ils soient bons et qu’ils ne détruisent pas les enseignements et bonnes pratiques que vous avez tâché d’inculquer à votre peuple. La répugnance que vous sentez au grand extérieur d’une paroisse ne vous doit pas empêcher de faire ce que font les bons curés pour contenter tout le monde, autant que faire se peut.

Ceux qui conduisent les maisons de la compagnie ne doivent regarder personne comme leur inférieur, mais bien comme frère. Notre-Seigneur disait à ses disciples : "Je ne vous dis plus mes serviteurs, mais je vous ai dit mes amis (2)." Il les faut donc traiter avec humilité, douceur, support, cordialité et amour. Ce n’est pas, Monsieur, que j’observe toujours cela, mais j’estime faillir quand je m’en éloigne.

L’esprit de la Mission n’est pas de visiter par civilité les principaux des lieux où elle est ; car comme dans les petites villes comme Sedan, ils sont quasi tous d’égale condition, il les faudrait visiter tous et ne faire que cela ; et si vous n’en visitez qu’une partie, les autres croiront que vous les méprisez ; et partant, il vaut mieux s’en dispenser tout à fait que de tomber dans ces inconvénients. J’excepte M. le gouverneur, lequel vous devez visiter souvent, et, en son absence, M. le lieutenant du roi. J’excepte aussi ceux que vous avez obligation de voir pour quelque raison particulière, comme aussi les externes de marque qui pourront aller chez vous ; car alors, étant obligé d’aller chez eux, ce ne sera plus par civilité. A quoi j’ajoute que nos prêtres qui vont et viennent à Sedan doivent toujours aller saluer et dire adieu à M. le gouverneur.

Dieu soit loué, Monsieur, de ce que l’on dit que la

2) évangile de saint Jean XV, 15

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compagnie sait ce qui est de Dieu, mais qu’elle connaît fort peu les hommes ! Oh ! qu’il est à souhaiter que cela soit vrai et qu’elle se conserve dans cet éloignement de l’esprit du monde et de ce qui s’y passe, pour n’avoir de conversation qu’au ciel ! Et bienheureux sont ceux qui ne conversent sur la terre que pour en arracher les âmes, afin de les élever à Dieu, en qui je suis…

1243. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je vous écris pour vous demander de vos nouvelles et vous en donner des nôtres. Comment vous portez-vous après tant de travaux ? Combien de missions avez-vous faites ? Trouvez-vous le peuple disposé à faire un bon usage de vos exercices et en tirer le fruit et le profit qui est à désirer ? Je serai consolé d’apprendre ces choses dans le détail.

J’ai de bonnes relations des autres maisons de la compagnie, dans toutes lesquelles on travaille avec fruit et satisfaction, grâces à Dieu. Il n’y a pas jusques à Monsieur… qui ne soit en campagne depuis neuf mois, travaillant aux missions presque sans cesse ; c’est une chose merveilleuse de voir les forces que Dieu lui donne et les biens qu’il fait, qui sont extraordinaires, comme je l’apprends de tous côtés. MM. les grands vicaires me l’ont mandé, et d’autres me l’ont dit ou écrit, et même des religieux voisins des lieux où il travaille. On attribue cet heureux succès au soin qu’il prend de gagner les pauvres gens par douceur et par bonté ; ce qui m’a fait résoudre de recommander plus que jamais à la compagnie de s’adonner de plus en plus à la pratique

Lettre 1243 — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XII, p. 182.

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de ces vertus. Si Dieu a donné quelque bénédiction à nos premières missions, on a remarqué que c’était pour avoir agi amiablement, humblement et sincèrement envers toutes sortes de personnes ; et s’il a plu à Dieu de se servir du plus misérable pour la conversion des quelques hérétiques, ils ont avoué eux-mêmes que c’était par la patience et par la cordialité qu’il avait eues pour eux. Les forçats même, avec lesquels j’ai demeuré, ne se gagnent pas autrement ; et lorsqu’il m’est arrivé de leur parler sèchement, j’ai tout gâté ; et, au contraire, lorsque je les ai loués de leur résignation, que je les ai plaints en leurs souffrances, que je leur ai dit qu’ils étaient heureux ce faire leur purgatoire en ce monde, que j’ai baisé leurs chaînes, compati à leurs douleurs et témoigné affliction pour leurs disgrâces, c’est alors qu’ils m’ont écouté, qu’ils ont donné gloire à Dieu et qu’ils se sont mis en état de salut. Je vous prie, Monsieur, de m’aider à rendre grâces à Dieu de cela et à lui demander qu’il ait agréable de mettre tous les missionnaires dans cet usage de traiter doucement, humblement et charitablement le prochain, en publie et en particulier, et même les pécheurs et les endurcis, sans jamais user d’invectives, de reproches ou de paroles rudes contre personne. Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne tâchiez, de votre côté, d’éviter cette mauvaise fa, con de servir les âmes, qui, au lieu de les attirer, les aigrit et les en éloigne. Notre-Seigneur Jésus-Christ est la suavité éternelle des hommes et des anges, et c’est par cette même vertu que nous devons faire en sorte d’aller à lui, en y conduisant les autres.

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1244. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS

De Paris, ce 16 août 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas écrit. Mon cœur me le saurait bien reprocher, si je l’avais pu faire ; car certes il est bien aise de communiquer avec le vôtre, qu’il chérit toujours avec de nouvelles tendresses ; et vos lettres me consolent pareillement beaucoup. Ne me dites donc plus, Monsieur, que vous ne m’osez écrire, estimant qu’il n’y a plus d’auditus pour vous. C’est votre mot, je m’en souviens bien ; mais je ne sais pas pourquoi vous l’avez ainsi pensé. Dieu sait, et vous aussi, Monsieur, que j’estime et affectionne votre âme comme celle d’un bon serviteur de Dieu et des meilleurs prêtres de la compagnie, et que tout ce qui me viendra de votre part, je le recevrai toujours en cette vue, et par conséquent avec respect et joie. Ceci soit dit pour une bonne fois.

Passons à votre dernière lettre, où vous me parlez du séminaire. Je vous remercie des avis que vous me donnez. J’ai peine à croire que les écoliers ne dépensent pas plus de quarante écus. Pour le savoir au vrai, je vous prie de voir ce que toute la maison, internes et externes, ont dépensé en pain, combien en vin, combien en viande, combien en bois, et ainsi des autres choses ; après cela, comptez les personnes qui ont vécu de cela, et voyez à combien cette dépense reviendra pour chacune.

Lettre 1244. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Tout cela ne se peut faire au juste, mais à peu près. Et parce que les écoliers n’ont pas tant à leur repas que les autres, vous marquerez la différence et ferez une diminution raisonnable sur ce qui les regarde. Ayant mis tout cela par écrit, je vous prie de me l’envoyer, afin de régler ces pensions au plus juste prix ; car il n’est pas expédient que la maison contribue à la nourriture de cette jeunesse, étant incommodée comme elle est. Il vaut mieux qu’il n’y ait point de séminaire ; mais aussi est-il nécessaire de maintenir cet œuvre, si on le peut faire sans qu’il en coûte à la compagnie que la peine et l’entretien des régents. Vous voyez qu’il faut faire bientôt cette supputation, afin de dire aux écoliers, quand ils s’en iront en vacances, ce qu’ils auront à payer, en cas qu’ils reviennent.

Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous illustre de ses lumières et unisse nos cœurs en sa très sainte dilection, par laquelle je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Gentil.

1245. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

Du 19 août 1650.

Puisque vous avez parlé de M. Authier à Monseigneur le cardinal d’Este (1) et à Mgr Massari (2), et leur avez fait

Lettre 1245. — Reg. 2, p. 266

1) Renaud d’Este, frère du duc de Modène, avait reçu le chapeau de cardinal en 1641, à l’âge de vingt-trois ans. Après s’être occupé des affaires de France à Rome en qualité de cardinal protecteur, il monta sur le siège de Montpellier en 1655 et mourut évêque de Palestrina le 30 septembre 1673.

2). Secrétaire de la Propagande.

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faire attention aux inconvénients qui arriveraient de la ressemblance de nom de sa compagnie et de la nôtre (3) vous ferez bien de côtoyer cela. Ce ne serait pas pourtant mon propre sentiment, car je voudrais abandonner cet affaire à la Providence, mais c’est celui de quantité de personnes clairvoyantes, qui sont d’avis que nous devons tâcher d’empêcher cette source de confusion et de désordre ; ce qui me fait craindre que ma retenue vienne d’un esprit insensible. Elle est telle que je doute si je dirai rien de cela à Monseigneur le garde des sceaux (4), ni à qui que ce soit, non plus que je ne l’ai fait jusqu’à présent, pas même à Monseigneur le chancelier (5), sinon qu’un jour je lui proposai simplement s’il pensait qu’un même nom à deux congrégations différentes pût porter préjudice. Il me répondit aussitôt que oui, et grand préjudice, et qu’il ne le fallait pas souffrir ; que, pour lui, il l’empêcherait tant qu’il pourrait. Je ne voulus pas même lui dire certaines choses qui eussent pu le confirmer là dedans. D’ailleurs que ferons-nous ? Voilà que quasi tous ceux qui entreprennent de deçà des emplois rapportants aux nôtres, prennent qualité de missionnaires, et cela, pource que la miséricorde de Dieu, nous ayant appelés à cette profession, a eu agréable de donner quelque réputation à ce nom. M. Olier même, qui, du commencement, semblait affecter le nom de prêtres de la communauté de Saint-Sulpice, m’a témoigné désirer qu’on les appelât de la Mission, comme on fait, jusque-là qu’ayant établi deux ou trois séminaires, ce n’a été que sous ce nom. Si c’est un mal, il semble être nécessaire à notre égard, qui ne pouvons l’éviter, car

3) Les prêtres fondés par M. d’Authier s’appelaient Missionnaires du Saint-Sacrement.

4). Charles de Laubespine.

5). Pierre Séguier.

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de nous y opposer, ce serait vainement (6). Il vaut mieux commettre cela à Dieu et tâcher de nous distinguer des autres seulement par une grande soumission et déférence et par l’usage des vertus qui font un vrai missionnaire, afin qu’il ne nous arrive pas ce qu’a dit Notre-Seigneur, que les premiers seront derniers et les derniers seront premiers. Ne laissez pas, comme je vous ai dit, Monsieur, de veiller de delà.

1246 — A FRANçOIS DE FLEURY (1)

19 août 1650.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Il n’y a que Dieu qui vous puisse faire comprendre la joie que cette petite compagnie a reçue de l’heureux accouchement de la reine de Pologne (2) ; nous espérons et demandons à Dieu incessamment qu’il bénisse et sanctifie le roi et la reine, et qu’il leur donne des enfants qui fassent une tige royale, qui donne des rois à la Pologne autant que le monde durera.

Nous n’avions garde de partir plus tôt, Monsieur, nous n’avions point ordre précis de la reine, ni de vous. pour cela ; nous le ferons à la première occasion qui se présentera, si ce n’est que Sa Majesté juge à propos

6) Le saint ne devait pas tarder à changer d’avis.

Lettre 1246. — Reg I, f° 2 v°, copie prise sur l’original autographe

1) Aumônier de la reine de Pologne.

2) Malgré ses attaches au parti janséniste Louise-Marie de Gonzague, ancienne dame de la Charité, épouse du loi Wladislas IV, puis de Jean-Casimir, avait saint Vincent en haute estime. Elle appela en Pologne les prêtres de la Mission, les Filles de la Charité et les Filles de la Visitation, les logea et veilla à ce que rien ne manquât à leur subsistance Sa protection ne leur fit jamais défaut. Elle accoucha d’une princesse le 21 juillet 1650.

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de différer au printemps, pour partir avec les filles de Sainte-Marie et celles de la Charité. Nous attendons vos commandements sur cela et sur tout ce qu’il vous plaira nous faire l’honneur de nous commander.

Je ne vous dis rien du sieur de Groni ; M. des Noyers, secrétaire de la reine (3), vous aura pu dire sa conduite de deçà et comme il en est parti, il y a environ deux mois, sur une lettre qu’il nous montra et des provisions que la reine de Suède lui envoya d’un évêché qui dépend de ses états. Nous prions N.-S. qu’il soit sa conduite et qu’il me fasse digne d’être en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1247. — A NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET

20 août 1650.

Monseigneur,

Je joins ma très humble supplication à celle que vous fera M. de Saint-Nicolas (1), à ce qu’il vous plaise avoir pour agréable que Messieurs les abbés de Chandenier (2),

3) Pierre des Noyers, mort à Dantzig en 1693 Sa correspondance a été publiée à Berlin en 1859. (Lettres de Pierre des Noyers, secrétaire de la reine de Pologne, pour servir à l’histoire de Pologne et de Suède de 1655, à 1659 in-8°.)

Lettre 1247. — Lettres et Conférences de Saint Vincent de Paul (Supplément), p. 528, 1. 3135

1) Hippolyte Féret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, écrivit le même jour à l’évêque d’Alet. Sa lettre, que l’on conserve aux archives d’Utrecht, a été publiée en partie par Etienne Dejean, op. cit., p. 143, note.

2). Les frères Claude-Charles de Rochechouart de Chandenier, plus tard abbé de Moutiers-Saint-Jean, et Louis de Rochechouart de Chandenier, abbé de Tournus, tous deux amis intimes de saint

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neveux de feu Monseigneur le cardinal de La Rochefoucauld, se retirent auprès de vous pour y recueillir les miettes qui tombent de votre table à l’égard de la doctrine et de la piété. Ce sont deux ecclésiastiques, Monseigneur, des plus vertueux que nous ayons aujourd’hui dans Paris. Ils prendront une maison en votre ville (3) et mèneront deux prêtres avec eux, qui ont beaucoup de piété. Si vous leur donnez la consolation qu’ils souhaitent, Monseigneur, vous contribuerez à les gagner à Dieu de plus en plus et au service qu’ils rendront à son église. Ils sont capables d’y faire un jour beaucoup de bien et d’arriver aux plus hauts emplois. J’espère, Monseigneur, qu’ils ne vous seront pas moins reconnaissants de la grâce que vous leur ferez, que discrets pour en user sans vous importuner.

Je suis après pour faire admettre la résignation que vous m’avez fait l’honneur de me recommander touchant une cure de votre diocèse. Dieu sait le déplaisir que j’ai du mauvais succès de la précédente, et la joie que j’aurais de vous rendre utilement mon obéissance. Je vous en renouvelle les offres avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles, comme aussi, prosterné

Vincent, prêtres remarquables par leurs vertus et surtout par leur humilité, qui leur fit refuser les emplois les plus élevés dans l’église s’étaient établis, après la mort de leur oncle, au séminaire de Saint-Sulpice, qu’ils quittèrent en 1653 pour loger à Saint-Lazare. Ils étaient d’une lignée de dix enfants. Nous aurons l’occasion de parler de l’aîné, François, marquis de Chandenier. Charles, le second, avait embrassé la carrière militaire ; il mourut en novembre 1653 des suites de ses blessures. Jean-Elie, chevalier de Malte, était mort de la peste le 20 juillet 1627. Une de leurs sœurs resta dans le monde sans se marier ; une autre mourut en bas âge ; Marie, Henriette et Catherine entrèrent au second monastère de la Visitation. Nous donnerons plus loin quelques détails biographiques spéciaux sur les abbés de Tournus et de Moutiers-Saint-Jean.

3) Leur premier dessein était de loger dans la maison épiscopale ; saint Vincent et Hippolyte Féret les en détournèrent.

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en esprit très humblement à vos pieds, je vous demande votre sainte bénédiction, et à Dieu la grâce qu’il vous conserve tout un siècle et qu’il me fasse digne du bonheur que j’ai d’être, en son amour, Monseigneur, votre…

1248. — A LOUIS THIBAULT, SUPéRIEUR, A SAINT-MéEN

Au temps que je me trouvais pressé du désir de vos lettres, j’ai reçu celle du 5. Je loue Dieu de votre retour au lieu du repos ; car ce m’est un repos à moi-même, qui me durera autant que vous jouirez du vôtre ; et son saint nom soit à jamais béni des bénédictions qu’il a si profusément répandues sur votre dernière mission et sur les ouvriers ! O Dieu ! Monsieur, que votre part sera grande au ciel, puisque tant et tant d’âmes en ont aux fruits de vos travaux !

Ce sera avec respect et tendresse que nous accueillerons M. Greneda, lorsqu’il nous honorera de sa visite et cependant nous prions votre bon ange qu’il vienne à notre secours, afin que nous puissions recevoir ce bon Monsieur avec la bonne grâce que vous recevez chez vous les serviteurs de Dieu. Je n’aurai pas égard en cela au service qu’il nous peut faire, mais à celui que nous lui devons ; et si l’occasion se présente de lui rendre le mien, je le ferai avec grande affection ; autrement, que serait-ce ? Je pense que vous ni M. Serre ne me le pardonneriez pas.

Lettre 1248. — Reg. 2, p. 174.

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1249. — LE PèRE VITET A SAINT VINCENT

A Rome, ce 22 août 1650.

Monsieur,

J’ai reçu les deux lettres dont il vous a plu m’honorer, des 15 et 29 du passé. Quant à la première, je m’assure que le frère Bernard vous a déjà fait entendre, mieux que ma lettre ne pouvait faire, de quelle façon leur affaire a été traité et terminé. Pour le regard du bref que j’espérais obtenir pour Monseigneur de Cahors à l’effet d’empêcher les indults, on m’a formé trois difficultés à la concession. La première, que l’évêque ou son grand vicaire pourraient ne vouloir pas souscrire l’indult, sans avoir de légitime raison pour couvrir le refus qui pourrait plutôt procéder de quelque haine ou aversion de l’évêque contre l’indultaire. La seconde, que cela ferait jalousie aux autres évêques, qui ne font pas ces difficultés ; d’où il pourrait arriver quelque désordre ; ce qu’on ne craindrait pas si toute l’Assemblée du Clergé, ou pour le moins plusieurs prélats, faisaient cette demande. La 3°, que la concession de ce bref mettrait en désespoir ceux qui obtiennent des indults.

Quoique ces raisons couvrent en quelque façon le refus, la principale néanmoins, qu’on n’a pas voulu dire, est l’intérêt de cette cour, qui perdrait quelques pratiques par la concession du susdit bref. J’ai donné avis de ce dessus à Monseigneur de Cahors il y a déjà longtemps, et j’espère recevoir sa réponse bientôt, sans laquelle on ne peut plus agir pour cela.

Pour ce qui concerne notre affaire, voici ce que nous avons fait depuis la dernière lettre que je vous ai écrite. Si tôt que Monseigneur de Cahors eut fait venir le bref d’appel que nous avions demandé contre la sentence de Monsieur l’abbé de Grosbois, je me confirmai par la lecture d’icelui dans le sentiment que j’avais du banquier qui nous avait servi en cette cour, et dès lors nous travaillâmes non seulement à le faire corriger, mais encore à en obtenir un nouveau avec un plus véritable exposé, mais un peu long. Cette longueur le fit rejeter ; si bien que je fus contraint de corriger l’exposition du précédent. Et d’autant que le procureur général de Sainte-Geneviève (1) en cette cour avait fait révoquer nos commissaires,

Lettre 1249. — L. a. — Original à l’évêché de Cahors, liasse 45.

1) Le R. P. Guérin.

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je m’étais ici conseillé sur ce que j’aurais à faire, et avant exécuter le conseil qui m’avait été donné, j’ai reçu la réponse de Monseigneur. Bref on a ici jugé nécessaire qu’il ne fallait point poursuivre à présent la révocation du bref obtenu par le procureur général de Sainte-Geneviève mais seulement faire expédier le nôtre, sans nouvelle date, et changer quelqu’un des premiers commissaires que nous avions demandés, qui étaient Monseigneur de Chartres ou son official, Monsieur le doyen de Notre-Dame de Paris et M. l’official de Saint-Germain-des-Près. J’ai changé ce dernier et demandé en sa place le général de la congrégation de Saint-Maur. On me l’a refusé. On m’a encore refusé Monseigneur d’Utique (2). Dans cette extrémité, j’ai fait adresser le bref à Messieurs les doyen de Paris, archidiacre de Chartres et official de Sarlat. Je ne suis pas certain si Monseigneur de Cahors sera satisfait ; je crois que oui ; puisque nous avons fait ce que nous avons pu. Je sais que l’official de Sarlat est au delà des trois diètes, et partant ne peut demeurer juge, sinon qu’il fut à Paris, mais il peut subdéléguer quelqu’ecclésiastique de Paris constitué en dignité pour exécuter la commission et c’est la principale raison qui me l’a fait nommer pour être commis. Je sais qu’il ne fera que ce que Monseigneur de Cahors voudra de lui. Je remets le tout à sa conduite.

Nous sommes encore à attendre nos pièces de Monseigneur Farnèse. Je prie Dieu qu’il lui pardonne le grand tort qu’il nous fait.

Je vous demande pardon de la longueur de ma lettre et vous supplie nous continuer votre protection et agréer la liberté que je prends de me dire, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

VITET,

J’oubliais à vous dire que depuis un mois en çà le Père Guérin, procureur de Sainte-Geneviève, fait des démarches exactes dans Rome pour savoir s’il n’y a point quelqu’un de la part de Monseigneur de Cahors contre lui. Il a pour cet effet employé M. Gueffier (3), qui y fait toutes les diligences possibles et qui encore n’en sait rien et fait courir de très mauvais bruits contre mondit seigneur, particulièrement de ce qu’il plaide perpétuellement et retient une abbaye en titre avec un évêché. J’ai donné avis de tout à mondit seigneur

2) Pierre de Bertier, coadjuteur de Montauban

3). Etienne Gueffier, chargé d’affaires du gouvernement français à Rome depuis l’année 1632 ; il y mourut en juin 1660, âgé de quatre-vingt-quatorze ans.

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1250. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

24 août 1650

Vous me mandez qu’un de nos prêtres a visité tout seul une partie de l’archidiaconé par commission de Monseigneur de Poitiers, M. l’archidiacre ne le pouvant faire ; et vous désirez savoir mon avis, en cas qu’il vous arrive ci-après un cas pareil. A quoi je n’ai rien à dire, sinon qu’il faut obéir à Nosseigneurs les évêques, mais non pas rechercher ces emplois.

Au regard de M. Romillon, chapelain de l’aumônerie de Champigny, comme il est homme de bien, en qui on n’a trouvé rien à reprendre jusqu’à maintenant, et qui n’est pas mal voulu de delà, vous n’auriez pas bonne grâce de l’entreprendre au point que de poursuivre ou sa sortie de l’aumônerie, ou votre décharge du soin que vous en avez ; car cela sent la rigueur, et ce serait traiter Madame trop âprement de la presser ainsi à faire l’un ou l’autre. C’est assez que vous ayez proposé le premier une et deux fois ; elle est bien informée des déportements de cet homme, qui vraisemblablement n’est pas tel que l’on vous a dit ; et ceux qui vous en ont parlé en mauvaise part n’ont peut-être d’autre fondement que leurs propres dissentiments à sa conduite ou à ses avis.

Vous ne devez non plus insister que les pauvres logent hors de l’aumônerie, ni empêcher qu’on les oblige d’y demeurer, au moins la plupart, pour trois ou quatre raisons. La première est que M. du Rivau ne vous le cédera pas et que ce serait témérité de penser l’emporter sur lui. Mon Dieu ! Monsieur, déférez à ce bon seigneur

Lettre 1250. — Rég. 2, p. 182.

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et ne faites rien, aux choses où il a quelque vue, que par concert avec lui. Deuxièmement, quoique vos raisons soient très considérables, néanmoins il y en a de plus fortes de l’autre côté. Que savez-vous, Monsieur, si, laissant les pauvres çà et là en leur particulier, le revenu ne s’en irait pas, avec le temps, en d’autres usages, tantôt pour récompenser des serviteurs, tantôt pour obliger un ami qui recommandera quelqu’un, tantôt pour en tirer service ou reconnaissance, ou pour d’autres tels abus, qui feraient que ce ne seraient plus les pauvres qui jouiraient de ces pensions, mais d’autres, qui pourraient vivre d’ailleurs ? Et cet inconvénient n’est pas à craindre tandis qu’on obligera les pauvres à la résidence, parce qu’il n’y aura que ceux qui seront véritablement pauvres qui voudront se ranger à l’aumônerie. Troisièmement, on doit respecter l’intention des fondateurs ; c’étaient de bons princes, clairvoyants, qui n’ont rien ordonné qu’avec connaissance de cause. Enfin Madame ne veut souffrir aucun changement sur ce point.

Que ferez-vous à cela ? Pour moi, je vous avoue que, si l’on m’avait demandé mon avis, j’aurais tenu l’opinion que vous combattez ; car on est assuré de bien faire en suivant l’intention des fondateurs, quelque avantage qui paraisse à faire autrement. Je vous supplie, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, tenons-nous là et croyez que ce me sera une grande consolation si vous n’en parlez plus, et encore plus grande si, en cela et en toute autre chose, vous vous joignez avec M. du Rivau. Que si vous ne pouvez vous résoudre à prendre aucun soin de cette aumônerie à cause de l’aumônier, déchargez-vous-en sur quelqu’un de la compagnie et laissez-le faire.

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1251 — AU PAPE INNOCENT X

Beatissime Pater,

En ego tenuis ac pusillae congregationis presbyterorum Missionis superior indignissimus, ad sacros pedes Sanctitatis Vestrae advolutus, dictam congregationem personamque meam, qua possum reverentia et animi submissione, Beatitudini Vestrae consecro. Apex ille majestatis et honor supremus qui Sanctitati debetur Vestrae ab omnibus fidelibus et a me praesertim, qui sum illi totaliter devotus et devinctus, hactenus a scribendo deterruit ; tamen singularis humanitas et facilitas in absentium litteris recipiendis et in eis admittendis qui obgequia Vestrae Sanctitati praesentes reddunt, me confirmavit. Equidem, Sanctissime Pater, avebam plurimum debitum obsequium personaliter testari ministeriorumque congregationis, minimae quidem omnium ac Sedi Apostolicae obligatissimae et obsequentissimae, Suae Sanctitati rationem reddere. Demum, his peractis, solamen unicum fuisset ad Sanctitatis Vestrae pedes extremum spiritum effundere ; illud quoque votis etiam nunc efflagito, quanquam, per inflrmitates homo septuagenarius, id non ausim mihi polliceri. Restat igitur ut per epistolam Beatitudinem Vestram alloquar, quum annorum meorum detrimenta coram non sinunt paucisque congregationis nostrae functiones decurrere.

Instituti nostri, Sanctissime Pater, scopus pauperum

Lettre 1251. — Recueil du procès de béatification.

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rusticanorum salus ; ad hunc pagos et castella docentes circuimus, confessiones excipimus generales, lites componimus et disceptationes, pauperum aegrotantium opitulationem procuramus. Haec ruri.

Domi vero exercitia spiritualia tradimus, ordinandos ad dignam susceptionem sacrorum ordinum, decem diebus ante quatuor tempora, praeparamus ; clericos in seminariis ad mores eccl~siasticos, doctrinam et ritus sacros erudimus.

Praeter operarios qui sunt in Gallia, nonnulli in Italia sirDilia munia obeunt, quidam in Hibernia, aliqui in Barbaria ad christianos qui aerumnose detinentur vinculis animandos et sustentandos ; alii in India, qui quidem sub nomine Sanctitatis Vestrae pedem posuerunt in insulam Divi Laurentii, vulgo Madagascar nuncupatam, quae in sexcenta milliaria italica protenditur.

Caeterum, Sanctissime Pater, ubique terrarum ac marium simus, vestra auctoritate et favore sumus, in praeparationem Evangelii quoquo Sua Sanctitas mittat succincti, nihilo secius ac si Christus ipse mitteret, et sane in terra Christi vices Vestra Sanctitas gerit.

Quapropter ad divinam bonitatem toto mentis nisu recurrimus, quo Beatitudinem Vestram conservet, vivificet ad multos annos, Ecclesiamque sub tali ac tanto Pontifice sua benedictione magis ac magis cumulet gratiamque mereamur invenire coram Vestra Sanctitate et acceptum sit illi ministerium nostrum animarumque cedat utilitati.

Haec ut contingant, mente fusus ad sacratos pedes Beatitudinis Vestrae, supplico quantulamcumque hanc congregationem velut suam, propitio favoris et protectionis oculo, dignetur intueri et me imprimis, quem Deus optimus, maximus, pro sua infinita misericordia omnino et integre Vestrae Sanctitati submisit.

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Beatissime Pater, Beatitudinis Vestrae humillimus, addictissimus et devotissimus filius.

VINCENTIUS A PAULO,

superior congregationis Missionis.

Parisiis, quinto calendas septembris (1) 1650.

TRADUCTION

Très Saint-Père,

Voici le supérieur très indigne de la chétive congrégation des prêtres de la Mission qui se prosterne en esprit aux pieds sacrés de Votre Sainteté et qui vous fait une humble offrande de ladite congrégation et de sa personne, avec toute la révérence et la soumission possibles. Le respect que tous les chrétiens ont pour Votre Sainteté et que je lui dois par-dessus tous, moi qui suis son humble et dévouée créature, m’a ôté la hardiesse de lui écrire dans le passé ; mais en ce moment je me donne à Dieu pour le faire, sachant combien gracieusement elle accueille et les lettres des absents et les hommages des présents.

J’ai toujours désiré lui aller rendre les miens en personne et lui faire connaître la plus petite de toutes les communautés de l’église, celle qui doit le plus au Saint-Siège et qui est la plus soumise et la plus obéissante à Votre Sainteté. Ma consolation après cela eût été de mourir à vos pieds, et c’est encore mon souhait, bien que je n’ose me le promettre, à cause des incommodités de mon âge septuagénaire. Je n’ai d’autre ressource que de correspondre avec Votre Sainteté par lettre puisque la décrépitude de la vieillesse ne me permet pas de lui dire de vive voix brièvement quels sont les emplois de notre congrégation.

La fin de notre Institut, très Saint-Père, est le salut des pauvres gens de la campagne, qui fait que nous allons de village en village les instruire, les ouïr de confession générale, terminer leurs différends et pourvoir au soulagement des pauvres malades. Tels sont nos travaux aux champs. A la maison, nous donnons les exercices spirituels, nous recevons les ordinands pendant les dix jours qui précèdent les

1) 28 août

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quatre-temps, pour les préparer aux saints ordres. Dans les séminaires, nous formons les clercs aux bonnes mœurs, à la science ecclésiastique et aux rites sacrés.

Et outre les ouvriers que nous avons en France, il y en a qui remplissent les mêmes fonctions en Italie, d’autres sont en Hibernie, d’autres encore secourent les pauvres esclaves chrétiens en Barbarie ; quelques-uns ont pris possession, aux Indes, au nom de Votre Sainteté, de l’île de Saint-Laurent, vulgairement appelée Madagascar, qui a une longueur de six cents milles, mesure d’Italie.

Enfin, très Saint-Père, nous ne sommes nulle part que par votre grâce et sommes disposés à nous rendre partout où Votre Sainteté nous enverra, comme si Jésus-Christ même nous envoyait. Vous le représentez sur terre ; c’est pourquoi nous recourons à sa divine bonté, la suppliant de vous conserver longuement, de donner la prospérité à l’église sous votre Pontificat et de nous faire trouver grâce devant Votre Sainteté pour rendre quelque petit service aux âmes.

A cette occasion, très Saint-Père, je vous supplie très humblement de regarder avec bonté et d’honorer de votre protection cette petite congrégation, comme toute vôtre, particulièrement celui que la miséricorde de Dieu a rendu parfaitement de Votre Sainteté, très Saint-Père, le très humble, très obéissant et très dévoué.

VINCENT DEPAUL,

supérieur de la congrégation de la Mission.

De Paris, le cinquième des calendes de septembre de l’année 1650.

1252. — LE PèRE VITET A SAINT VINCENT

A Rome, ce 29 août 1650.

Monsieur,

Je me suis donné l’honneur de vous écrire par le précédent courrier, et ai adressé ma lettre à Monsieur Lemaire, banquier Paris, lequel j’ai prié de vous la faire tenir à Saint-Lazare ou aux Bons-Enfants ; mais Monseigneur de Cahors m’ayant fait savoir par ce courrier qu’il n’avait reçu de lettre de moi par le courrier qui partit d’ici le 27 juin, et qu’il craignait qu’on interceptât ses paquets, j’ai changé d’adresse et prie

Lettre 1252 — L. a. — Original à l’évêché de Cahors, liasse 45.

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Monsieur Alméras de vous faire tenir celle-ci, par laquelle je vous dirai Monsieur, que notre poursuite est ici découverte. Le Père Guérin en a été informé chez Monseigneur Farnèse, duquel nous ne pouvons encore avoir les pièces, qu’il nous retient avec tant d’injustice ; et nous sommes sans remède à cela. J’ai donné charge à une personne de composer avec lui pour la restitution de ces pièces. Je ne sais encore comme l’on fera. Il nous a jusques à présent payé de belles paroles, mais elles sont infructueuses pour nous. Le Père Guérin ne sait point encore que je suis ici, et attribue la poursuite au R. Père assistant des Augustins français. Il nous faudra nécessairement tirer notre affaire en longueur et gagner un autre pontificat. L’esprit du Pape n’est pas porté à la multiplication des religieux, et celui de Monseigneur Farnèse incline à les détruire. J’ai appris que c’est ce dernier qui a fait donner la bulle contre les religieux, le délai de laquelle sera tôt expiré. Nous verrons ce qui en sera. Je vous supplie, Monsieur, nous continuer vos assistances, et à moi l’honneur de me croire, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

J. VITET.

1253. — A MONSIEUR HORCHOLLE

De Paris, ce 2 septembre 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Dès lors que je reçus votre lettre, je me proposai de vous y faire réponse au plus tôt, mais les embarras où j’ai été m’en ont dérobé la mémoire. Je vous dirai à présent, Monsieur, que je suis le plus malpropre de tous les hommes à vous servir au sujet de la cure dont vous m’avez écrit. La raison est que le seigneur du lieu, qui en est le patron, est fort avant dans les opinions du temps, et pour cela il n’agréerait jamais aucun prêtre

Lettre 1253. — L. s. — Original communiqué par M. d’Haussonville, membre de l’Académie française.

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que je lui pourrais présenter ; et s’il tarde si longtemps d’en nommer un, c’est peut-être qu’il en cherche, ou en fait élever quelqu’un qui soit coiffé de ces doctrines nouvelles. J’attendrai de la bonté de Dieu une meilleure occasion de vous servir et la grâce de le faire, en sorte que je puisse mériter quelque participation à vos prières et vous donner sujet de croire que je suis véritablement, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Horcholle, curé de Neufchâtel, à Neufchâtel (1)

1254. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

2 septembre 1650.

Je crains que, si vous commencez à rendre compte, on ne le tire à conséquence, et qu’après Monseigneur le cardinal, l’archevêque qui lui succédera, vous trouvant dans cet usage, vous oblige à continuer ; et c’est néanmoins ce qu’il faut éviter sur toutes les choses du monde, comme une sujétion très fâcheuse. Avant que nous fussions dans Saint-Lazare, nos devanciers rendaient compte tous les ans aux évêques de Paris ; de sorte qu’en notre établissement Monseigneur l’archevêque nous voulut obliger à faire de même ; mais je le priai instamment de nous en dispenser ; ce que ne voulant pas faire, je lui dis que nous aimions plutôt de

1) Neufchatel-en-Bray (Seine-Inférieure).

Lettre 1254 — Reg. 2, p. 63.

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nous retirer, et l’eussions fait infailliblement, s’il eût persévéré. Il est difficile aux missionnaires qui vont et viennent d’écrire au juste ce qu’ils dépensent à la ville et aux champs, parce qu’ils font divers menus frais inévitables qui sembleraient superflus aux auditeurs du compte. Et puis on oublie plusieurs choses, en sorte que pour trouver votre compte, quand vous le rendez, et égaler la mise à la recette, il faut faire des suppositions, comme font quelques compagnies ; et ces suppositions-là peuvent nuire et peuvent être péché. Je dis cela à Monseigneur de Paris, et je vous l’écris, afin que vous vous serviez de cette raison, s’il est expédient.

Je n’ai pas encore eu le temps d’examiner votre règlement de la Charité ; je vous dirai cependant que, quant aux protecteurs et conseillers, l’usage en peut être bon en Italie ; mais l’expérience nous a fait voir qu’il est nuisible en France. Les hommes et les femmes ensemble ne s’accordent point en matière d’administration ; ceux-là se la veulent arroger entièrement, et celles-ci ne le peuvent supporter. Les Charités de Joigny et de Montmirail (1) furent du commencement gouvernées par l’un et l’autre sexes ; on chargea les hommes du soin des pauvres valides, et les femmes des invalides ; mais parce qu’il y avait communauté de bourse, on fut contraint d’ôter les hommes. Et je puis porter ce témoignage en faveur des femmes, qu’il n’y a rien à redire en leur administration, tant elles ont de soin et de fidélité. Peut-être qu’en Italie elles sont moins capables de ces choses ; et ainsi je ne vous donne point pour règle ce que je viens de vous dire.

1) Charités fondées en 1618 par saint Vincent lui-même.

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1255. — LA FERRIERE-SORIN A SAINT VINCENT

Monsieur,

Les lettres dont il vous avait plu honorer défunt M. Granil, l’un de nous autres, pour apprendre de lui, dans l’esprit de confiance, les sentiments de Monsieur de Nantes (1) touchant vos filles que vous avez eu assez de bonté pour nous donner, a apparemment apporté quelque retardement à la charité que vous avez toujours témoignée pour cette maison, et empêché l’effet des promesses que vous m’avez faites en particulier, ayant résolu de donner deux de vos filles pour le soulagement des six qui nous restent lorsque je pris la liberté de vous écrire, avant la fantaisie de quelques personnes de condition de cette ville, qui, ou par intérêt, afin de trouver plus d’autorité dans la maison par le changement, ou par inclination qu’ils ont aux nouveautés, témoignaient souhaiter quelques ordres nouveaux ; ce qui m’a été confirmé par vos lettres envoyées à défunt Monsieur Granil, que j’ai communiquées à Messieurs les pères, par l’ordre desquels je vous réitère les prières qu’ils se sont eux-mêmes donné l’honneur de vous faire par celle qu’ils vous ont envoyée, signée de leur greffier, accompagnée de l’une des miennes ; par laquelle ils vous supplient de leur envoyer deux de vos filles, au lieu et place de celles qui sont décédées ; ce qu’ils espèrent de votre charité, en ce temps particulièrement que la venue de l’automne commence à faire croître le nombre de leurs malades. Ce leur sera une grande consolation et surcroît des obligations qu’ils vous ont, et moi particulièrement, qui fais gloire d’être, Monsieur, votre très humble et très obligé serviteur.

LA FERRIèRE SORIN,

l’un des pères des pauvres.

A Nantes, ce 4 septembre 1650.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission, à l’hôpital de Saint-Lazare, à Paris.

Lettre 1255 — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1) Gabriel de Beauvau de Rivarennes.

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1256. — LE PèRE VITET A SAINT VINCENT

A Rome, ce 5 septembre 1650.

Monsieur,

Je me suis donné l’honneur de vous écrire, par le précédent courrier, que le P. Guérin, procureur de Sainte-Geneviève (1), avait découvert notre dessein ; bien plus, il a su le nouveau bref que nous avions obtenu, et a fait assigner l’avocat pour en voir faire la révocation. C’est à quoi on travaille présentement pour la défendre et l’empêcher. Je ne sais par quel esprit bon ou mauvais cedit Père Guérin a été informé que Mgr de Cahors (2) envoyait ou avait envoyé ces deux religieux de son abbaye en habit noir, leur ayant donné une dispense pour cela, ce qu’était, il prétend en faire la plainte au Pape et les faire emprisonner, ce qui, outre l’affront, ruinerait ici mondit seigneur de réputation et lui ferait absolument perdre son affaire, lequel toutefois il ne veut point poursuivre par voies contentieuses. Je suis d’ailleurs averti que ledit Père Guérin a jour averti pour avoir audience de Sa Sainteté sur ce sujet. Cela donne beaucoup à penser à ces religieux, qui voudraient être en France et on leur conseille de se retirer en diligence pour éviter ces susdits inconvénients ; mais ils craignent de déplaire en cela à mondit seigneur.

Voilà, Monsieur, ce que ~" ai à vous écrire présentement, vous suppliant me faire l’honneur de me croire toujours, Monsieur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

VITET.

J’oubliais [de vous dire] qu’on tient ici qu’un religieux qui change son habit est excommunié et que le supérieur immédiat ne peut dispenser en ce cas. Je vous prie ne faire de réponse avant d’être informé de la dernière résolution que nous prendrons.

Lettre 1256. — L. a. — Arch. de l’évêché de Cahors, liasse 2 n° 51

1) Jacques Guérin, procureur général de Sainte-Geneviève à Rome depuis 1639. Entré chez les Génovéfains en 1613, à l’âge de quinze ans, il avait embrassé la réforme et renouvelé sa profession en 1637. Ses liaisons avec le janséniste Gorin de Saint-Amour l’ayant rendu suspect, il dut quitter Rome en 1655. Il mourut à Angers, dans l’abbaye de Toussaints, le 18 mai 1681.

2). Alain de Solminihac.

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1257. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 9° septembre 1650.

Oui, de tout mon cœur, Monsieur, je prie et ferai prier Dieu qu’il vous fasse connaître sa volonté sur la demeure ou la sortie de la compagnie de Sturla (1) ; laissons-le faire. La chose est trop agitée à Rome, et vous avez de trop fortes parties pour vous maintenir en ce lieu-là, si Dieu lui-même ne vous y conserve ; et s’il ne le fait pas, ce sera une marque que cet établissement ne nous est pas convenable, car vous ne l’avez accepté que pour eh essayer et par pure condescendance à Monseigneur le cardinal. Et afin que l’événement, quel qu’il soit, nous trouve disposés à le bien recevoir, tenons-nous, s’il vous plaît, dans une grande indifférence. Je vous supplie, Monsieur, de prier Dieu qu’il nous la donne pour toutes les choses de ce monde.

Sur ce que vous m’écrivez, que vous trouvez moins de soumission dans les personnes de la compagnie que les externes n’en ont eu pendant qu’ils ont travaillé avec vous, je vous dirai, Monsieur, que, pour l’ordinaire, la nouveauté plaît, et que ces Messieurs, qui n’avaient encore fait, ni vu faire des missions, non plus que les autres fonctions de la compagnie, les ont trouvées si belles et si utiles qu’ils ont eu plaisir de s’y exercer. Ils se sont volontiers rangés aux ordres du supérieur, parce qu’il les entendait mieux qu’eux ; mais ce n’est que pour un temps ; ils ne continuent pas ; chacun se retire, comme vous commencez de le voir. Autrefois quantité d’ecclésiastiques sortaient de Paris pour

Lettre 1257. — Reg. 2, p. 219.

1) Sturla Marina, petite localité des environs de Gênes.

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s’exercer avec nous à la campagne ; mais à cette heure que la nouveauté est passée, presque personne n’y vient. Bienheureux seront les missionnaires qui persévéreront dans des emplois si pénibles pour eux, mais si profitables pour le prochain ! Si les vôtres se lassent du travail, ou sont durs à l’obéissance, il les faut supporter ; tirez-en doucement ce que vous pourrez. A la vérité, il est bon de tenir ferme pour arriver à votre fin ; mais servez-vous des moyens convenables, attrayants et suaves.

Les frères ont grand tort de trouver mauvais qu’on leur demande compte de leur administration ; car ce n’est pas par défiance, mais parce que le bon ordre et l’usage de la compagnie le requièrent. Ils devraient eux-mêmes s’offrir à cela. Je vous prie, Monsieur, de les accoutumer à rendre compte tous les jours au procureur de la maison, et celui-ci une fois le mois au supérieur.

1258. - — A LA MèRE MARIE-AGNES LE ROY

De Paris, ce 9 septembre 1650.

Ma chère Mère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il n’y a que deux jours que je vous ai écrit touchant votre retour, et vous dis entre autres choses que je doutais qu’il y eût sûreté, et que néanmoins je m’en informerais de M. Le Tellier, comme je fis, au commencement de votre voyage, pour votre départ. Or Monsieur Le Roy, son premier commis, que bien connaissez, a

Lettre 1258. — Gossin, op. cit., p. 458, d’après l’original autographe, que lui avait communiqué le chevalier Charles d’Infreville.

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assuré une personne digne de foi, qui me le vient d’écrire, qu’il y a sûreté pour votre retour, si vous partez au plus tôt après ou incontinent après la présente reçue, et que, si vous attendez davantage, qu’il n’y aura plus de sûreté (1) Je vous assure jusques à Amiens, avec pourtant l’escorte semblable à celle que vous prîtes en allant ; et quand vous serez à Amiens, l’on trouvera le moyen de vous faire revenir avec sûreté. C’est, ma chère Mère, ce qui fait que je vous prie de partir au plus tôt, toutes choses cessantes. Je ne doute pas que votre présence ne soit très utile de delà et que ce ne soit mettre les vôtres aux hauts cris, et notamment nos chères sœurs ; mais le grand besoin qu’on a de votre présence en votre chère maison d’ici, où toutes vos filles vous demandent avec des instances indicibles, c’est, ma chère Mère, ce qui fait que je vous prie derechef de venir au plus tôt. Vous n’avez qu’à ordonner de delà ce que vous jugerez à propos pour les accommodements et pour le bon ordre de votre chère famille, et vous pouvez croire que notre chère Mère la supérieure (2) exécutera exactement ce que vous ordonnerez.

Vous trouverez votre famille accrue de la personne de Mademoiselle de Longueville (3), elle quatrième, et peut-être de Madame de Saint-Pierre de Reims, sa sœur naturelle (4), et notre chère sœur l’assistante des impatiences incomparables de votre retour. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même votre conduite, en

1) La France et l’Espagne étaient en guerre et les armées ennemies occupaient les provinces que la Mère Le Roy avait à traverser.

2). Marie-Marguerite de Lyonne.

3). Marie d’Orléans, la future duchesse de Nemours. Venue dans le monastère comme pensionnaire, elle y resta quelques mois et ne le quitta qu’après avoir enrichi la sacristie d’ornements précieux

4). Catherine-Angélique d’Orléans, abbesse de Saint-Pierre de Reims, puis de Maubuisson, morte le 16 juillet 1664, à l’âge de quarante-sept ans.

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l’amour duquel et de sa sainte Mère je suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Je fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle à Madame Le Roy (5) et à toute sa chère famille, et supplie très humblement notre chère sœur la supérieure de m’excuser de ce que je ne lui puis écrire, étant beaucoup pressé d’affaires, que je quitte pour vaquer à la visite de notre chère maison de la ville, du parloir de laquelle je vous écris, et me sers de leur cachet. Je salue aussi très humblement toutes nos chères sœurs et me recommande à leurs prières comme aux vôtres.

Suscription : A la Révérende Mère supérieure des filles de Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques de Paris, étant de présent à Mons.

1259. — A UN AUMôNIER DU ROI

[Entre 1613 et 1652] (1)

Monsieur,

J’ai reçu votre lettre avec tout le respect que je vous dois, et avec toute l’estime et la reconnaissance que mérite la grâce que Dieu a mise en votre aimable cœur.

5) Belle-sœur de la Mère Marie-Agnès et fondatrice du couvent de Mons. Elle était venue à Paris pour obtenir l’envoi de la petite colonie à Mons et n’avait réussi à vaincre les résistances de l’archevêque de Paris et de saint Vincent lui-même, effrayés par l’insécurité des routes, qu’en sollicitant l’appui de la reine Anne d’Autriche. (Année sainte, t. II, p. 304)

Lettre 1259. — Abelly, op. cit.,1 II, chap. III, sect. IV, p. 448

1) Temps pendant lequel saint Vincent fut membre du Conseil de conscience.

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Comme il n’y a que Dieu seul qui, dans l’inclination naturelle que les hommes ont de s’élever, ait pu vous donner les vues et les mouvements que vous avez ressentis, de faire le contraire, il vous donnera aussi la force de les mettre en exécution et d’accomplir en cela ce qui lui est le plus agréable. En quoi, Monsieur, vous suivrez la règle de l’église, qui ne permet pas qu’on se pousse soi-même aux dignités ecclésiastiques, et particulièrement à la prélature ; et vous imiterez le Fils de Dieu, qui, étant prêtre éternel, n’est pas néanmoins venu exercer cet office par lui-même, mais il a attendu que son Père l’ait envoyé, quoiqu’il fût attendu depuis si longtemps comme le désiré de toutes les nations ; vous donnerez une grande édification au siècle présent, où par malheur il se trouve peu de personnes qui ne passent par-dessus cette règle et cet exemple ; vous aurez la consolation, Monsieur, s’il plaît à Dieu de vous appeler à ce divin emploi, d’avoir une vocation certaine, parce que vous ne vous y serez pas introduit par des moyens humains ; vous y serez secouru de spéciales grâces de Dieu, qui sont attachées à une légitime vocation et qui vous feront porter des fruits d’une vie apostolique, digne de la bienheureuse éternité, ainsi que l’expérience le fait voir dans les prélats qui n’ont fait aucune avance pour se faire évêques, lesquels Dieu bénit manifestement en leurs personnes et en leurs conduites ; enfin, Monsieur, vous n’aurez point de regret, à l’heure de la mort, de vous être chargé vous-même du poids d’un diocèse, qui pour lors paraît insupportable. Certes, je ne puis écrire ceci qu’avec action de grâces à Dieu de vous avoir éloigné de la recherche dangereuse d’un tel fardeau, et donné la disposition de n’aller pas seulement au devant. C’est une grâce qui ne se peut assez priser ni chérir.

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1260. — AU CARDINAL MAZARIN

14 septembre 1650.

Monseigneur,

Monsieur l’évêque de Mâcon (1) est un très bon prélat. Il se trouve travaillé d’un flux hépatique. Il a résigné son évêché en faveur de M. l’abbé de Chandenier (2), sous le bon plaisir du roi. Ce bon abbé est des meilleurs qu’il pût choisir dans le royaume. Il a fallu grande instance pour lui faire agréer le choix que ce bon prélat a fait de sa personne. Il est prêtre et a les autres conditions requises à cette dignité. Chacun espère qu’il rendra un jour autant de service à Dieu et à son église qu’a fait feu Monseigneur le cardinal de La Rochefoucauld, son oncle. Cet évêché ne vaut que huit à 9.000 livres. Ce bon prélat a désiré que je rende témoignage à Votre éminence de son intention et du mérite de la personne qu’il choisit ; ce que je fais, Monseigneur, d’autant

Lettre 1260. — Reg. 1, f° 24, copie prise sur la minute autographe.

1). Louis Dinet, évêque de Mâcon (1621-1650), mourut le 3 octobre 1650 et fut remplacé le 11 novembre par Jean de Lingendes, transféré de Sarlat.

2) Louis de Rochechouart de Chandenier, abbé de Tournus était aussi recommandable par ses vertus que par sa naissance. (Abelly, op. cit., 1. I, chap. XLIX, p. 240) Il fut l’un des membres les plus assidus de la Conférence des mardis. I, es missions, surtout les missions aux pauvres lui plaisaient ; il en donna plusieurs. C’est lui qui dirigea la célèbre mission de Metz en 1658. Après avoir décliné par humilité plusieurs évêchés, il accepta des emplois plus modestes, mois non moins délicats, comme celui de visiteur des Carmélites de France. Pour se conformer aux lois de l’église, il résigna tous ses bénéfices, sauf un, celui de Tournus. Il mourut à Chambéry le 2 3 mai 1660 (VIII, 288) , au retour de Rome, après avoir été reçu la veille dans la congrégation de la Mission. Les vertus de l’abbé de Chandenier firent l’objet de plusieurs conférences à Saint-Lazare. Les remarques de ceux qui prirent la parole nous ont été conservées dans le second volume des Notices, p. 511 et suiv.

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plus volontiers que j’estime qu’elle fera un œuvre agréable à Dieu, utile à son église et qui sera approuvé du public, s’il lui plaît de s’employer vers la reine à ce que Sa Majesté agrée cette résignation. Je vous supplie très humblement ! Monseigneur, de l’avoir agréable, comme aussi le renouvellement que je fais à Votre éminence des offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis, en l’amour de N.-S.

1261. — A BERNARD CODOING, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

Si votre pénultième lettre m’a donné de l’affliction, à cause des pensées que vous aviez de Messieurs… et…. votre dernière ne m’a pas moins consolé, voyant que leur retraite vous a donné sujet d’en bien espérer. Je vous puis assurer que ce sont deux prêtres des meilleurs de la compagnie, en qui je me fierais autant qu’en qui que ce soit. Je le dis par connaissance que j’en ai, par témoignages qu’on m’en a rendus et par l’expérience faite de leur vertu, qui est de 15 ou 20 ans à l’égard du premier. On se trompe souvent dans les soupçons ; et nous avons perdu un très bon ouvrier, qui nous a quittés, pour avoir été soupçonné par quelqu’un sans beaucoup de fondement et quasi de même sorte que vous soupçonnez ceux-ci. Au nom de Dieu, Monsieur, estimez-les et leur ayez confiance. Je vous dis derechef que je voudrais me fier à eux comme à moi-même ; et si vous m’en croyez, vous les remettrez dans leurs offices et vous vous reposerez sur leurs conduites et sur ma parole.

Lettre 1261. — Reg. 2, p. 184.

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1262. — AU FRèRE JEAN BARREAU

[16 septembre (1)] 1650.

C’est avec grande douleur que j’ai appris l’état auquel vous êtes à présent réduit (2), qui est un sujet d’affliction à toute la compagnie, et à vous d’un grand mérite devant Dieu, puisque vous souffrez innocent. Aussi ai-je senti une consolation qui surpasse toute consolation, de la douceur d’esprit avec laquelle vous avez reçu Ce coup, et du saint usage que vous faites de votre prison. J’en rends grâces à Dieu, mais d’un sentiment de reconnaissance incomparable. Notre-Seigneur, étant descendu du ciel en terre pour la rédemption des hommes, fut pris et emprisonné par eux. Quel bonheur pour vous, Monsieur, d’être traité quasi de même ! Vous êtes parti d’ici comme d’un lieu de joie et de repos pour aller assister et consoler les pauvres esclaves d’Alger ; et voilà que vous y êtes fait semblable à eux, bien que d’une autre sorte. Or, plus nos actions ont de rapport à celles que Jésus-Christ a faites en cette vie, et nos souffrances aux siennes, plus sont-elles agréables

Lettre 1262. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § III, p. 102.

1) M. Charavay signale dans un de ses catalogues une lettre de saint Vincent au frère Barreau, datée du 16 septembre 1650 et longue de quatre pages in-4° dont il donne l’analyse suivante : "Sur l’état d’esclavage où le Père Barreau est réduit à Alger, où il était allé pour assister les esclaves. Il lui promet de faire des démarches en sa faveur auprès de la reine. Il ajoute ce post-scriptum de sa main : Oh ! mon cher frère, que vous êtes heureux de vous trouver dans l’état de la béatitude qui déclare heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Je vous regarderai désormais comme bienheureux de ce monde." Il est très probable que la lettre du 16 septembre n’est autre que celle à laquelle appartient l’extrait ci-dessus.

2). Nous ignorons les causes de ce nouvel emprisonnement du frère Barreau Peut-être le rendit-on responsable, comme consul des dettes faites par les Pères de la Merci ou par des esclaves libérés.

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à Dieu. Et comme votre emprisonnement honore le ciel, aussi vous honore-t-il de sa patience, en laquelle je le prie qu’il vous confirme.

Je vous assure que votre lettre m’a si fort touché, que je me suis résolu d’en édifier cette communauté. Je lui ai déjà fait part de l’oppression que vous souffrez, et du doux acquiescement de votre cœur, afin de l’exciter à demander à Dieu la délivrance de votre corps et à remercier sa divine bonté de la liberté de votre esprit. Continuez, Monsieur, à vous conserver dans la sainte soumission au bon plaisir de Dieu, car ainsi s’accomplira en vous la promesse de Notre-Seigneur, qu’un seul de vos cheveux ne sera perdu et qu’en votre patience vous posséderez votre âme (3). Confiez-vous grandement en lui et souvenez-vous de ce qu’il a enduré pour vous en sa vie et en sa mort. "Le serviteur, disait-il, n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (4). Bienheureux sont ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux (5)." Réjouissez-vous donc, Monsieur, en celui qui veut être glorifié en vous et qui sera votre force à proportion que vous lui serez fidèle ; c’est de quoi je le prie très instamment. Et pour vous, je vous conjure, par l’affection que vous avez pour notre compagnie, de demander à Dieu pour nous tous la grâce de bien porter nos croix, petites et grandes, afin que nous soyons dignes enfants de la croix de son Fils, qui nous a sur elle engendrés en son amour et par laquelle nous espérons de le posséder parfaitement dans l’éternité des siècles. Amen.

3). évangile de saint Luc XXI, 18, 10

4) évangile de saint Jean XV, 20.

5). évangile de saint Matthieu V,10.

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1263. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[1650, vers septembre] (1)

Voici une nouvelle qui nous a affligés : c’est la mort du bon Monsieur Gondrée, qui était à Madagascar. Mais, d’un autre côté, nous avons autant ou plus de sujet de nous réjouir de son bonheur, duquel il n’y a pas lieu de douter, étant mort dans un renoncement accompli de toutes les choses du monde et dans la recherche actuelle de la pure gloire de Dieu, après avoir vécu dans une singulière innocence et la pratique de toutes les vertus qui font non seulement un bon chrétien, mais un parfait ecclésiastique.

1264. — A GUILLAUME CORNAIRE, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS

Du 20 septembre 1650.

Je loue Dieu de la douceur d’esprit avec laquelle vous avez reçu la défense de Messieurs les administrateurs (1) et du bon usage que vous faites des contradictions qui vous arrivent. Je ne doute point qu’elles ne vous soient suscitées par l’esprit malin, ennemi du bien que vous pratiquez ; mais il n’en aura que la confusion. Dites hardiment, comme saint Ignace, martyr, lorsqu’on le persécutait : "C’est maintenant que je commence d’être

Lettre 1263. — Ms. de Lyon.

1). Le bateau qui apporta en France la nouvelle de la mort de Nicolas Gondrée ne peut être que le Saint-Laurent parti de Madagascar le 19 février 1650.

Lettre 1264. — Reg. 2, p. 312

1) Les administrateurs de l’hôpital du Mans, dont Guillaume Cornaire était aumônier.

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disciple de Jésus-Christ." J’espère certes que la persécution que vous endurez pour un emploi si saint qu’est le vôtre vous fera mériter la grâce de supporter d’autres peines plus grandes, si sa Providence permet qu’il vous en survienne, comme elle le pourra faire pour votre plus grande sanctification. De tout mon cœur, Monsieur, je vous recommande à lui, vous et vos croix, le priant qu’il vous fortifie pour les porter jusqu’au haut de la montagne de votre perfection, ou bien qu’il soit lui-même votre Simon céleste, vous aidant à les porter, comme le Cyrénéen l’aida à porter la sienne.

Je trouve fort bonne la résolution que vous avez prise de continuer l’administration des sacrements aux malades, de faire quelque exhortation dans l’hôpital les fêtes solennelles et le catéchisme les dimanches ; ce qui est digne d’un véritable enfant de l’évangile ; mais ce sera faire bien davantage si vous ne désistez pas, pour la défense, de visiter les malades. Vous aviez coutume de les voir tous les jours, de les consoler dans leurs afflictions et de les encourager à la patience ; faites-le encore, s’il vous plaît. Enseignez aux uns à faire des actes de résignation, d’amour de Dieu et d’espérance en sa miséricorde, et excitez les autres à la contrition et à l’amendement ; bref, disposez-les à bien mourir, s’ils tendent à la mort, et à bien vivre, si Dieu les laisse encore en ce monde. Ce travail, si longtemps continué, est ennuyeux, à la vérité, à ceux qui n’en considèrent pas l’importance ; mais à vous, Monsieur, qui en connaissez le mérite et qui, grâces à Dieu, avez à cœur le salut des pauvres, ce vous doit être une consolation sans mesure, comme ce vous est un bonheur incomparable. Jusqu’à cette heure vous avez fait des fruits à milliers par cet exercice charitable, procurant la vie éternelle à tant et tant d’âmes qui ont passé par

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vos mains. Seigneur Dieu ! Monsieur, pourrait-il y avoir rien au monde capable de vous détourner, ni seulement dégoûter d’une occupation si précieuse aux yeux de Dieu ! Combien pensez-vous qu’il y a à Paris de personnes de grande condition de l’un et de l’autre sexes qui visitent, instruisent et exhortent les malades de l’Hôtel-Dieu tous les jours, qui s’y portent d’une dévotion admirable, même avec persévérance ? Certes, ceux qui n’ont pas vu cela ont peine à le croire et ceux qui le voient en sont tout édifiés ; car, en effet, cette vie-là est la vie des saints et des grands saints, qui servent Notre-Seigneur en ses membres, et dans la meilleure manière qu’il est possible. Plaise à Dieu de se glorifier lui-même de votre vocation à cet emploi, de ce qu’il vous a choisi entre mille et vous a donné beaucoup de grâce pour y réussir !

1265. — A LA PROPAGANDE

[1650 (1), vers septembre (2)].

Eminentissimi e Reverendissimi Signori,

Per decreto della Sacra Congregazione sotto li 9 luglio dell’anno I648 furono concesse le facoltà di Missionari Apostolici nell’isola di San-Lorenzo, vulgo Madagascar, a Carlo Naquart, dichiarato prefetto della suddetta Missione, et a Nicolo Gondrée, suo compagno, tutti due sacerdoti della Congregazione della Missione,

Lettre 1265. — Supplique non signée. — Arch. de la Prop., II Africa, n° 248, f° 104, original

1). Date ajoutée au début du document par une main étrangère.

2). Les détails contenus dans cette supplique montrent qu’eile a été écrite après l’arrivée en France du Saint-Laurent, qui était parti de Madagascar le 19 février 1650 D’autre part, elle est antérieure d’au moins un mois à la lettre 1278, qui est datée du 5 novembre. c’est au mois d’août ou de septembre, semble-i-il, qu’il faut la placer.

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accio potessero attendere alla conversione degl’infedeli di quel paese. Ora essendo arrivati nella detta isola furono ben ricevuti da Andian-Ramach, re di quella contrada dove sbarcarono, il quale promise di ritornar alla fede cattolica, quando avesse seco preti, e fosse fabbricata il una chiesa. Già in spazio di sei mesi hanno battèzzato cinquanta tre infedeli, dei quali tre erano adulti, e convertito cinque eretici di quelli che da Europa vi sono andati. Mori frattanto Nicolo Gondree ; si che resta solo Carlo Naquart, prefetto della detta Missione ; il quale scrive la messe esser abondante, e gran campo da lavorare nella vigna del Signore, e domanda aiuto d’altri compagni ; tanto più che non v’è alcun prete che lui in tutta quella isola. Percio il Padre Vincenzo de Paolo, superiore generale della detta congregazione della Missione, si esibisce alla Sacra Congregazione per mandar altri soggetti (3), e, caso che l’aggradisca manderà i nomi di essi per essere approvati, e ricevere le facoltà ordinarie solite concedersi, e l’avrà per grazia singolare dalle Eminenze Vostre (4). Quas Deus, etc.

Suscription : Alla Sacra Congregazion de Propeganda Fide, per il Padre Vincenzo de Paolo, superiore generale della congregazione della Missione.

3) Le nonce envoya à Rome sept noms : ceux de Nicolas Duport, Claude Dufour, François Villain, Edme Deschamps, Jean-François Mousnier, Antoine Maillard et Jean David. (Arch. de la Mission dossier de Madagascar.)

4). Les facultés demandées furent accordées, le 22 décembre 1650, pour une durée de quinze ans, dans des conditions qu’une note d’Edme Jolly nous fait connaître : "Touchant le décret de la Congrégation de Propaganda Fide pour l’envoi de Monsieur Duport et autres à Madagascar, est à noter que, comme on n’a point exprimé qui des sept dont Monseigneur le nonce a envoyé les noms seraient envoyés, elle n’en a déclaré aucun missionnaire apostolique, mais a remis cette déclaration à mondit seigneur le nonce et à Monsieur

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TRADUCTION

Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

Par décret du 9 juillet 1648, la Sacrée Congrégation a donné le pouvoir de missionnaires apostoliques pour l’île de Saint-Laurent, vulgairement Madagascar, à Charles Nacquart, préfet de la Mission, et à son compagnon Nicolas Gondrée, tous deux prêtres de la congrégation de la Mission, pour travailler à la conversion des infidèles de ce pays. Dès leur arrivée dans l’île, ils furent bien reçus par Andian-Ramach, roi de la contrée où ils ont débarqué, qui a promis de revenir à la foi catholique après l’arrivée d’autres missionnaires et la construction d’une église. Déjà en six mois ils ont baptisé cinquante-trois infidèles, dont trois adultes, et converti cinq hérétiques européens. Depuis la mort de Nicolas Gondrée, Charles Nacquart, préfet de la Mission, reste seul. Il écrit que la moisson est abondante, vaste le champ de culture de la vigne du Seigneur, et demande des aides avec d’autant plus d’insistance qu’il n’y a pas d’autre prêtre dans cette île. Aussi le Père Vincent de Paul, supérieur général de ladite congrégation de la Mission, propose-t-il à la Sacrée Congrégation d’y envoyer d’autres sujets ; et, au cas où celle-ci l’agréerait, il ferait connaître les noms des missionnaires, afin d’obtenir pour eux l’approbation et les pouvoirs accoutumés. Et il regardera cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences. Que Dieu ait, etc.

Au dos : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour le Père Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.

Vincent. Mais les facultés du Saint-Office ne se pouvant expédier en blanc, ladite Congrégation a ordonné qu’elles fussent expédiées sous le nom de Monsieur Duport, qui était le premier nommé dans la lettre, avec autorité à lui de les communiquer à ses compagnons, lesquels, suivant le décret susdit, lui seront assignés par Monseigneur le nonce et Monsieur Vincent. Cet article néanmoins des facultés qui donne autorité à Monsieur Duport de les communiquer, dit que lesdits compagnons lui doivent être assignés par la Congrégation de Propaganda Fide ; mais comme le décret remet cela à ces Messieurs susdits, il suffira qu’ils les nomment ; et il semble qu’il serait bon de faire au bas du même décret de la Congrégation de Propaganda Fide, un acte de la nomination de ceux qu’on enverra, et que Monseigneur le nonce et Monsieur Vincent les déclarassent missionnaires apostoliques, selon l’autorité que leur en donne la Congrégation." Le départ projeté n’eut pas lieu.

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1266. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[De La Fère, ce 26 septembre 1650] (1)

Les potages donnés par les aumônes de Paris aux malades réfugiés à Guise (2), Ribemont (3), La Fère (4) et Ham (5) ont sauvé la vie à plus de deux mille pauvres, qui, sans ce secours, eussent été jetés hors de ces villes, où ils s’étaient réfugiés, et fussent morts au milieu des champs sans aucune assistance ni spirituelle, ni corporelle.

Les religieuses de La Fère et des autres villes, pour la plupart, reconnaissent qu’on leur a sauvé la vie par les assistances qu’on leur a données ; elles prient Dieu sans cesse pour les personnes qui leur ont envoyé ou procuré ces bienfaits.

Lettre1266. — Abelly, op. cit., 1. II chap. XI, sect. III, 1er éd., P 398.

1) D’après la Relation de septembre 1650 Les dames de la Charité avaient eu l’heureuse idée de recourir à la publicité pour venir en aide aux provinces désolées par les guerres. Avec ce que contenaient de plus intéressant et de plus émouvant les lettres des personnes charitables employées au service des pauvres dans ces contrées, elles composèrent des relations, qui furent imprimées et répandues à Paris et dans les grandes villes. Cette publication dura de septembre 1650 à décembre 1655. Il en existe à la bibliothèque nationale (R 8370) un recueil factice in-4° de 130 pages, qui a pour titre : Recueil des relations contenant ce qui s’est fait pour l’assistance des pauvres, entre autres ceux de Paris et des environs et des provinces de Picardie et de Champagne pendant les années 1650, 1651, 1652, 1653 et 1654 (Paris, chez Savreux). L’abbé Maynard et Alphonse Feillet, qui en a publié le texte en 1856 dans la Revue de Paris, les ont largement utilisées, l’un dans Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influence (t. IV, p. 164 et suiv.), l’autre dans La misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (Paris, 1862 in-12), ouvrage très documenté et très instructif dont la lecture ne saurait être assez recommandée à tous ceux qui veulent connaître l’état pitoyable de la France pendant les guerres de la Fronde et le rôle charitable de notre saint

2) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Vervins (Aisne).

3). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Saint-Quentin (Aisne)

4) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Laon (Aisne).

5). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Péronne (Somme)

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1267. — LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT

Du 29 septembre 1650.

Monsieur,

l’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite sur le sujet de la résignation que M. l’évêque de Mâcon a faite de son évêché en faveur de M. l’abbé de Chandenier. J’en ai parlé à la reine, qui a jugé à propos que l’affaire fut remise à notre retour à Paris, pour les raisons que je vous dirai, qui sera bientôt, comme je l’espère, celle de Bordeaux étant présentement terminée (1). J’en écris en cette conformité audit évêque, à qui je vous prie de faire tenir la lettre ci-jointe, qui est en réponse à la sienne.

Faites un état certain de mon affection et croyez que je suis…

1268. — A JACQUES CHIROYE, PRêTRE DE LA MISSION, A LUçON

Du 2 octobre 1650.

Je le savais bien, Monsieur, qu’il ne fallait attendre de vous qu’un prompt acquiescement à l’ordre de la Providence et une profusion de cœur envers la famille, telle que vous l’avez montrée eh vous déchargeant de la supériorité sur M. Lucas (1) et vous rendant inférieur à celui qui avait été le vôtre, pour l’édification des autres. On m’a mandé de quelle sorte vous vous y êtes pris, laquelle ne pouvait être meilleure ni plus rapportante à mon souhait. J’ai appris aussi les dispositions

Lettre 1267. — Bibl. Maz., ms. 2216, f° 455 copie.

1). Le roi, la reine et Mazarin étaient arrivés près de Bordeaux au mois d’août pour y réprimer la révolte du peuple et du parlement. La ville assiégée se défendit vaillamment. Après avoir perdu les deux tiers de son armée, la cour entama des négociations, qui aboutirent à la paix du 5 octobre.

Lettre 1268. — Reg. 2, p. 161.

1). Jacques Lucas.

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où vous êtes tous de vous continuer toujours et en toutes choses les témoignages d’une mutuelle et sincère dilection, dont je rends grâces à Dieu ; et je le prie que vous ne soyez jamais autres qu’un cœur et qu’une âme. Je me le promets bien de votre côté, et M. Lucas me le fait espérer du sien. J’ai senti une particulière consolation de votre lettre, en la ressouvenance de la bonté de votre cœur, qui est très cher à mon âme, comme vous savez.

1269. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 4 octobre 1650.

Vous me demandez de quelle manière vous devez vous comporter avec les esprits vifs, ombrageux et critiques. Je réponds que la prudence doit régler cela, et qu’en certaines choses il est expédient d’entrer dans leurs sentiments, pour se faire tout à tous, comme dit l’apôtre (1) ; en d’autres, il est bon de les impugner doucement et modérément ; et en d’autres, tenir ferme contre leur façon de faire ; mais il faut que ce soit toujours en la vue de Dieu et selon que vous penserez être plus convenable à sa gloire et à l’édification de votre famille.

1270. — A ANTOINE LUCAS, SUPéRIEUR, AU MANS

De Paris, ce 6 octobre 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1269. — Reg. 2, p. 147.

1) Première épître aux Corinthiens IX, 22.

Lettre 1270. — L. a. — Original communiqué par M. Jean Tonello, prêtre de la Mission.

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Voici un bon jeune homme, âgé de treize ans, d’honnête famille, qui s’en va dans votre séminaire, à raison de cinquante écus pour sa pension ; il m’est recommande par un mien ami de trente ans, fort homme d’honneur et digne d’être servi. Je vous supplie, Monsieur, de le recevoir et d’avoir un soin tout particulier de lui, de ses études et de sa piété, que ses parents y souhaitent ; et outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, vous ferez une action qui me sera de très grande consolation, et à M. Coqueret, mon bon ami, qui me l’a recommandé, à satisfaction, et vous prie de m’en écrire tous les trois mois, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lucas, supérieur des prêtres de la Mission du Mans, au Mans.

1271. — AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI,

PRéFET DE LA PROPAGANDE

éminentissime Princeps,

Jam dudum est quod debiti mei ratio postulat ut pro gratiis quae hucusque homines nostrae congregationis Romae commorantes a Sacra Congregatione de Propaganda Fide obtinuerunt, Eminentissimo Domino meo Cardinali potissimum gratias quas possum referam. Ad hanc usque diem tenuitas mea et fulgor Eminentissimae dignitatis Vestrae quin hoc susciperem impediverat ; quod ego nunc aggredior ut gratum habeat

Lettre 1271. — L. s. — Arch. de la Propagande, Anglia et Scotia II, n°297, f° 257, original.

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Eminentia Vestra meque tenuissimum congregationis Missionis superiorem, cum singulis hominibus dictae nostrae congregationis, in suos devinctissimos et devotissimos servos in perpetuum oblatos. Summopere desidero ut prioribus gratiis hanc novam addere velit, concessionem scilicet facultatum necessariarum pro duobus sacerdotibus ex nostra congregatione natione hibernis (1), qui, si ita Sacrae Congregationi de Propaganda Fide bene visum fuent, in aliquas ex insulis quas vocant Hebrides, pro salute animarum procuranda, pergere vellent. Illi enim prae caeteris idonei sunt ad hoc munus, non solum propter scientiam, probitatem et animarum zelum, quibus multum commendantur, sed etiam qula harum insularum incolae lingua ut plurimum utuntur hibernica, et ibi nulli alii sunt sacerdotes. Si haec Missio Eminentiae Vestrae et Sacrae Congregationi arrideat, ut primum advenerit profecturi mandatum expectabunt, et ego interea cum congregatione nostra Deum supplices exorabimus ut ad multos annos pro bono universalis Ecclesiae Eminehtiam Vestram conservet meque perpetuo adnectat, Eminentiae Vestrae addictis~imum et obsequentissimum,

VINCENTIUM A PAULO,

indignissimum superiorem congregationis Missionis

Parisiis, nonis octobris (2) 1650 (3).

1) Dermot Duiguin et François Le Blanc

2).7 octobre.

3). A cette lettre est jointe (f° 261) la pièce suivante sans signature, mais qui semble de la même écriture que la lettre latine de saint Vmcent :

Dormitius Duiguin, sacerdos congregationis Missionis, dioecesis Ommolacensis in Hibernia, et Franciscus Le Blanc, etiam sacerdos congregationis Missionis, dioecesis Limericensis in Hibernia ex familia Domini Vincentii a Paulo, superioris generalis illius, ambo

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TRADUCTION

éminentissime Prince,

Il y a longtemps que la reconnaissance me fait un devoir de remercier tout spécialement Votre éminence, dans la mesure de mes forces, des faveurs que nos confrères de Rome ont reçues de la Sacrée Congrégation de la Propagande. La considération de ma petitesse et de votre si éminente dignité a fait que je me suis abstenu jusqu’à ce jour. J’ose aujourd’hui prier Votre éminence d’avoir agréable l’offre perpétuelle que nous lui faisons de nos services, moi, très indigne supérieur de la congrégation de la Mission, et tous les membres de cette même congrégation, qui lui sommes très attachés et très dévoués.

Je souhaite vivement qu’à ses faveurs passées elle en ajoute une autre, à savoir la concession des pouvoirs nécessaires à deux prêtres irlandais de notre compagnie, qui désireraient aller évangéliser, avec l’agrément de la Propagande, les populations de quelques-unes des îles Hébrides. Ils sont plus aptes que d’autres à remplir cette tâche, non seulement par leur science, leur probité et leur zèle bien connus, mais aussi parce que les habitants de ce pays parlent l’irlandais et qu’on n’y trouve aucun prêtre. Si Votre éminence et la Sacrée Congrégation de la Propagande sont d’avis d’autoriser cette Mission, ceux qui y sont destinés attendront vos ordres pour partir aussitôt. Cependant nous demanderons à Dieu, moi et toute notre congrégation, qu’il conserve longues années Votre

doctrina, pietate et animarum salute zelo commendabiles, facultates petunt a Sacra Congregatione de Propaganda Fide ad Missionem in insulas quas vocant Hebrides et montanas Scotiae, ubi vulgus loquitur hibernice et ubi messis multa, pauci vero, imo nulli, sunt perarii et ubi incolae, defectu sacerdotum, ab octoginia annis vix ullum christianitatis retinuerunt usum, praecipue in aliquibus eorum insulis, ubi nusquam ministros haereticae pravitatis admittere voluerunt et verae fidei catholicos sacerdotes expetunt.

A cette même date du 7 octobre 1650, le nonce apostolique à Paris écrivait au cardinal Capponi (ibid., f° 260) :

Eminentissimo e Reverendissimo Signore Pron[ipote] Col[endissimo]. Essendo ricercato dal P. Vincenzo a Paulo d’inviare il qui congiunto memoriale a V. E. per la Missione di Dormitio Duiguin e Francisco Le Blanc, sacerdoti ibernesi, nell`isole Hebridi e monti della Scozia, sodisfacendo al mio debito, vengo a ricordare all’E. V, etc.

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éminence pour le bien de l’église universelle et que je sois toujours de Votre éminence le serviteur très obéissant et très respectueux.

VINCENT DEPAUL,

très indigne supérieur de la congrégation de la Mission.

De Paris, les nones d’octobre 1650.

1272. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 13 octobre 1650.

Monsieur,

Ce que je vous ai rapporté touchant la confirmation de l’union des bénéfices que j’ai faite à notre séminaire, n’est pas que je désire que vous suiviez mon sentiment, etc. J’ai bien toujours cru, comme vous me mandâtes, que notre séminaire serait une pépinière pour tout ce quartier ; ce que je vois bien par expérience ; car encore depuis peu on m’a pris quatre braves ecclésiastiques ; ce qui est cause que mon diocèse pâtit et pâtira de longues années…

Vous avez bien raison d’assurer Messeigneurs les prélats qui ont signé la lettre que vous me mandez, que je la signerai. Oui, je vous en assure, et de très bon cœur, et de mon propre sang, quand il sera besoin, et serai toujours prêt d’impugner par tout le monde cette mauvaise doctrine, palam et publice. Envoyez-moi donc cette lettre, je vous prie, et agréez que je communique ceci sous le secret à Messeigneurs de Sarlat (1) et de Périgueux (2), étant bien assuré qu’ils la signeront très volontiers. Il est expédient qu’elle soit signée du plus grand nombre de prélats qu’il se pourra ; car je sais très assurément qu’à Rome [les esprits] sont dans la croyance que la plupart des prélats de France sont entachés de cette erreur et cela empêche le Pape d’agir. Je veux croire que Monseigneur de Bazas (3) et de Condom (4) la signeront aussi. Pour Mgr de Pamiers (5), il se gouverne tout par Mgr d’Alet (6), Si vous

Lettre 1272. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original

1) Nicolas Sevin.

2). Philibert de Brandon

3). Samuel Martineau.

4). Jean d’Estrades.

5). François-Etienne Caulet.

6). Nicolas Pavillon.

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jugez à propos de lui en écrire, je crois que l’un et l’autre ne refuseront point de la signer.

La paix de Bordeaux est faite, par la grâce de Dieu, et les gens de guerre qui étaient en ce quartier se sont retirés.

J’ai envoyé ce matin l’ordre pour faire la visite de mon diocèse pour laquelle je partirai dimanche matin, Dieu aidant. J’ai besoin de l’assistance de vos prières, afin qu’il plaise à Dieu y donner sa bénédiction. Je vous les demande et vous prie d’envoyer au plus tôt des vôtres à Mgr de Périgueux (7), puisqu’il les a demandés, quand il n’y en aurait que trois pour le commencement ; car il ne tardera guère à en demander d’autres je suis, Monsieur…

ALAIN DE SOLMINIHAC

évêque de Cahors.

1273. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 14 octobre 1650.

Je suis certes en peine de l’incommodité de M… et bien étonné de ce qu’il demande d’aller à Milan, comme s’il n’y avait pas à Gênes de bons médecins et chirurgiens. S’il persiste, dites-lui que vous m’en écrirez, ainsi que je vous ai déjà mandé ; cependant faites-moi savoir, s’il vous plaît, la qualité de son mal, les accidents et les circonstances, afin que je le fasse consulter à Paris. Si c’est une loupe, qu’il se garde bien d’y faire toucher par les chirurgiens ; il vaut mieux qu’il la supporte avec patience que de se mettre en danger d’un plus grand mal. Il y a un homme en cette ville qui en a une presque aussi grosse que sa tête, laquelle il porte en écharpe. M. le lieutenant civil me vint hier voir bien désolé ; il lui en est venu une petite au col ; et pensant s’en défaire, il y a fait faire une petite incision et

7) Pour la direction du séminaire.

Lettre 1273. — Reg. 2, p. 220 et 51. Le second fragment commence aux mots Quant à la retraite

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ensuite couper beaucoup de chair en diverses fois ; ce qui a envenimé le mal, au point qu’il est à craindre qu’il ne se convertisse en cancer ; au moins en est-il fort dans l’appréhension. Il me le dit en secret, car personne n’en a connaissance que deux ou trois de ses gens. Il plaît à Dieu d’envoyer parfois aux hommes de telles infirmités, et il faut les endurer ; ceux qui n’en ont pas de semblables ne sont pas exempts d’en avoir d’autres ou de corps ou d’esprit.

Je vois bien qu’il vous faut une grande force pour porter le fâcheux exercice que l’immortification des autres vous donne ; c’est votre grande croix, et pour cela je prie souvent Notre-Seigneur ou qu’il l’adoucisse, s’il lui plaît, ou qu’il vous fortifie. Je ne doute point qu’il ne le fasse, vous voyant humblement soumis au poids de votre charge. La pensée de ce que Notre-Seigneur a lui-même souffert de la part de ses disciples vous encouragera notablement ; car plus nos peines ont de rapport aux siennes, plus lui sommes-nous agréables. Si ce n’était là ma consolation, où serais-je réduit ?

Quant à la retraite que M… veut aller faire chez les Carmes déchaux, vous avez très bien fait de l’en divertir ; et je vous prie de tenir bon, non seulement en cela, mais en toutes les choses qui ne sont pas de nos usages, pour empêcher que rien se fasse au delà. Si quelqu’un vous presse trop, comme fait ledit sieur…, priez-le d’avoir patience et lui dites que, ne pouvant lui donner la permission qu’il demande, vous en écrirez au général de la compagnie, et le ferez en effet ; et ainsi, en attendant la réponse, le temps s’écoule et souvent la tentation s’évanouit. Là-dessus j’écrirai à ces personnes pour les prier de se désister de leurs singularités et de s’ajuster aux pratiques communes. Que s’ils ne le font pas, mais, au contraire, suivent leurs désirs contre votre

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volonté en chose d’importance, comme d’aller faire les exercices hors de la compagnie, en ce cas-là, s’ils reviennent à la maison, il ne les faut pas recevoir ; car pour un que nous perdrons pour maintenir l’ordre, à l’honneur de Dieu, sa providence nous en donnera deux ; et cette rigueur donnera de la crainte aux autres pour ne se laisser emporter à telles libertés.

1274. — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[1650] (1)

C’est un sujet de grande compassion, de voir une grande multitude de malades partout. Il y en a plusieurs, et en très grand nombre, qui sont travaillés de dysenteries et de fièvres ; les autres sont couverts de gale ou de pourpre, ou de tumeurs et apostumes ; plusieurs sont enflés, les uns à la tête, les autres au ventre et d’autres par tout le corps. L’origine de tous ces maux vient de ce qu’ils n’ont mangé presque toute l’année que des racines d’herbes, de méchants fruits, et quelques uns du pain de son tel qu’à peine les chiens en voudraient manger. Nous n’entendons que des lamentations pitoyables. Ils crient après nous pour avoir du pain, et, tout malades qu’ils sont, ils se traînent par les pluies et par les mauvais chemins deux ou trois lieues loin, pour avoir un peu de potage. Il y en a plusieurs qui meurent dans les villages sans confession et sans sacrements ; il ne se trouve même personne qui leur donne la sépulture après leur mort. Ce qui est si véritable, qu’étant, il n’y a que trois jours, au village de Lesquielle (2), du côté de Landrecies (3), pour y visiter les malades, nous trouvâmes dans une maison une personne morte faute d’assistance, dont ce corps était à demi mangé des bêtes qui étaient entrées dans le logis. N’est-ce pas là une désolation étrange, de voir des chrétiens abandonnés de la sorte durant leur vie et après leur mort ?

Lettre 1274. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect.II, 1er éd., p. 393. Nous n’avons pas ici une lettre unique, mais des fragments de lettres écrites de divers lieux.

1). Cf Relation de novembre-décembre 1650.

2). Près de Guise (Aisne).

3). Chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Avesnes (Nord).

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1275. — AU PAPE INNOCENT X

Beatissime Pater,

Cum Sanctitati Suae et Eminentissimo Cardinali Vicario Romae suo exhibita a sacerdotibus congregationis Missionis obsequia, mentisque pariter ac corporis prostrationes pro consueta benignitate fuerint cordi, Ipsaque annuerit exercitiis eorum continuis, addictissimos et devotissimos dictae congregationis alumnos habet, meque imprimis superiorem. His ergo bene~ciis plurimum incitatus ac partes officii mei intuens et magis agnoscens, pedibus Sanctitatis Vestrae scilicet me advolvendi praesensque obedientiam profitendi semper alui spem ; modum ac viam saepe si forte se aperiret tentavi, quam in dies per continuas corporis infirmitates video mihi interclusam. Id unum quod superest, ista praesenti omni cum reverentia et humilitate provolvor ad pedes Vestrae Sanctitatis adoroque velut vicarium Christi, eique rationes, quod facere debeo, functionum statusque dictae congregationis reddo.

Instituti Nostri, Sanctissime Pater, scopus… (1)

VINCENTIUS A PAULO,

indignus superior congregationis Missionis.

Parisiis, pridie nonas novembris (2) 1650.

Lettre 1275. — L. s. — L’original se trouve à l’évêché de Sessa Aurunca (Italie).

1) Cette lettre se continue comme la lettre 1251, dont elle semble n’être qu’une refonte.

2) 4 novembre.

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TRADUCTION

Très Saint-Père,

L’accueil favorable fait aux hommages empressés que les prêtres de la congrégation de la Mission, prosternés d’esprit et de corps, ont offert à Votre Sainteté et à l’Eminentissime Cardinal son vicaire à Rome et la bienveillance avec laquelle Elle a agréé les travaux auxquels ils se livrent sans relâche, font d’eux et surtout de moi, leur supérieur, des fils très obéissants et très dévoués au Saint-Siège. Pénétré de reconnaissance pour ces bienfaits, considérant et comprenant les devoirs de ma charge, j’ai toujours nourri l’espoir d’aller me prosterner aux pieds de Votre Sainteté et de lui rendre en personne l’hommage de mon obéissance. J’ai souvent cherché les voies et moyens de réaliser ce projet, que mes continuelles infirmités rendent chaque jour plus difficile. Usant du seul moyen qui me reste, je viens me prosterner par la présente aux pieds de Votre Sainteté avec les sentiments profonds de respect, d’humilité et de vénération que je dois au vicaire de Jésus-Christ, et lui rendre compte, comme j’en ai l’obligation, des travaux et de l’état de ladite congrégation

La fin de notre Institut, très Saint-Père, etc.

De Paris, la veille des nones de novembre 1650.

1276. — AU CARDINAL PAMPHILI (1)

éminentissime et Reverendissime Princeps,

Cum promotio Eminentiae Suae ad Cardinalatus dignitatem, rerumque publicarum cura a Sanctissimo Domino nostro Papa demendata, infiniti meriti et supremae istius excellentiae argumentum certissimum sit, his ego innixus, omni cum reverentia audeo salutare per

Lettre 1276. — Reg. 1, f° 56 v° et reg. 2, p. 6, copie prise sur une "copie non signée"

1) Camille Astalli, neveu adoptif d’Innocent X, qui lui donna son nom de Pamphili, cardinal en 1650, surintendant général de l’Etat ecclésiastique, puis légat d’Avignon. Il perdit les bonnes grâces du Pape, se retira dans son évêché de Catane en 1654 et y mourut le 21décembre 1663.

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litteras Eminentiam Suam illique gratulari, necnon suppliciter rogare eamdem, incredibili benignitate fretus, ut dignetur parvam congregationem Missionis, per continuum et liberum usum functionum suarum a Sede Apostolica approbatam et multis gratiis ampliatam, protegere.

Atque ut Eminentiae Suae ministerium nostrum vitaeque ratio constet, illa paucis expono ; ita erit ut perspecta congregatione facilius uti possit, pro jure summo quod habet in omnes et in meipsum superiorem.

Instituti nostri scopus, pauperum rusticanorum salus. Idcirco pagos obimus et castella, Evangelii causa ; confessionibus excipiendis generalibus, terminandis litibus et dissidiis, pauperibus aegrotis temporali et spirituali alimonia sublevandis vacamus. Haec ruri.

Illa domi. Tradimus exercitia spiritualia ; ordinandos per decem dics ante quatuor tempora retinemus apud nos, ad praeparationem ad suos ordines; clericos in seminariis bonis moribus, ecclesiastica doctrina, ritibus informamus.

Praeter operarios qui in Gallia versantur, nonnulli in Italia eadem faciunt, hi in Hibernia, illi in Barbaria ad solatium et refrigerium eorum qui detinentur vinculis ; quidam etiam penetrarunt in insuLam Divi Laurentii, vulgo Madagascar, ad sexcenta milliaria Italica protensam.

Haec est summa nostrarum functionum, hoc curriculum ministeriorum, quibus, si Vestrae, Eminentissime Princeps, protectionis cumulus hic accesserit, uberiores, divina gratia promovente, fructus colligemus.

Eminentiae Suae humillimus et addictissimus servus.

Parisiis, pridie nonas novembris (2) 1650.

2). 4 novembre.

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TRADUCTION

éminentissime et Révérendissime Prince,

La promotion de Votre éminence à la dignité cardinalice et le choix qu’en a fait notre Saint-Père le Pape pour la gestion des affaires publiques témoignent indiscutablement de la grandeur de ses mérites et de l’excellence suprême de ses qualités et m’engagent à venir lui offrir par lettre mes très respectueuses salutations et mes congratulations et la supplier humblement, plein de confiance en son extrême bonté, de daigner accorder sa protection à la petite congrégation de la Mission, approuvée par le Saint-Siège et enrichie de ses faveurs, pour qu’elle puisse continuer de vaquer librement à ses fonctions.

Et pour que Votre éminence sache quelle est la nature de nos travaux et notre raison d’être, et par là puisse nous employer plus facilement, selon le droit absolu qu’elle a sur chacun de nous et sur moi particulièrement, leur supérieur, je vais lui donner en quelques mots les renseignements nécessaires.

La fin de notre Institut est le salut des pauvres gens de la campagne, qui fait que nous allons de village en village les instruire, les ouïr de confession générale, terminer leurs différends et pourvoir au soulagement des pauvres malades. Tels sont nos travaux aux champs.

A la maison, nous donnons les exercices spirituels, nous recevons les ordinands pendant les dix jours qui précèdent les quatre-temps, pour les préparer aux saints ordres. Dans les séminaires, nous formons les clercs aux bonnes mœurs, à la science ecclésiastique et aux rites sacrés.

Et outre les ouvriers que nous avons en France, il y en a qui remplissent les mêmes fonctions en Italie ; d’autres sont en Hibernie ; d’autres encore secourent les pauvres esclaves chrétiens en Barbarie ; quelques-uns ont pénétré dans l’île Saint-Laurent, dite vulgairement Madagascar, qui a une étendue de six cents milles, mesure d’Italie.

Tel est l’abrégé de nos fonctions, l’ensemble de nos travaux. Si vous daignez, éminentissime Prince, nous accorder la faveur de votre protection, soutenus par la grâce divine, nous en recueillerons les fruits les plus abondants.

De Votre éminence le très humble et très obéissant serviteur.

De Paris, la veille des nones de novembre 1650.

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1277. — AU CARDINAL D’ESTE

Serenissime atque éminentissime Princeps,

Accepi per litteras a nostris Romae degentibus Vestram Altitudinem illos admodum benigne excipere et sua benevolentia cohonestare gratiasque plures a Sacra Congregatione hominibus nostris Barbariam et Insulam Madagascar incolentibus obtinuisse ; haec me beneficia devinctissimum constituunt in perpetuum exigerentque ut Romam me conferrem et gratiarum actionem personaliter rependerem, ni me senilis aetas, multos infirmitatibus obsessa, prohiberet, saltem per epistolam, quod possum, testimonia grati animi mei dignetur admittere, habens pro certo me et totam congregationem tot beneficiorum memoriam numquam deposituram, sed indesinenter Deum Optimum Maximum pro incolumitate et prosperitate Eminehtiae Suae rogaturam, cui me et dictam congregationem. multis nominibus acquisitam, rursus trado, in quem et in quam jus et dominium perpetuum habebit. Eminehtiae Suae Serenissimae humillimus et addictissimus servus.

VINCENTIUS A PAULO,

indignus superior congregationis Missionis.

Parisiis, pridie nonas novembris (1) 1650.

TRADUCTION

Sérénissime et éminentissime prince,

J’ai appris par les lettres de nos confrères de Rome que

Lettre 1277. — L. s. — Original aux archives de l’état de Modène, chancellerie ducale, juridiction ecclésiastique, Santi e Beati.

1) 4 novembre.

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Votre éminence les accueille avec grande bonté, leur accorde sa bienveillance et leur a obtenu diverses faveurs de la Sacrée Congrégation pour ceux des nôtres qui habitent la Barbarie et l’île de Madagascar. Ces bienfaits, qui vous donnent droit à mon éternelle reconnaissance, demanderaient que j’aille moi-même à Rome pour y porter mes remerciements ; mais, mon âge avancé et mes nombreuses infirmités m’en empêchant, je veux prier Votre éminence, au moins par lettre, d’avoir agréable le témoignage de ma gratitude, l’assurer que nous ne perdrons jamais, ni moi ni ma congrégation, le souvenir de ses bienfaits, et lui dire que nous demanderons au Dieu infiniment bon et tout-puissant la conservation et la prospérité de Votre éminence. Je lui offre de nouveau ma personne et toute la congrégation, qui lui est acquise à bien des titres et sur laquelle elle a, comme sur moi, un droit et un pouvoir perpétuels.

De Votre éminence Sérénissime le très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne supérieur de la congrégation de la Mission.

De Paris, la veille des nones de novembre 1650.

1278. — A CLAUDE DUFOUR

De Paris, ce 5 novembre 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !

Je pense, Monsieur, que vous m’avez parlé d’autrefois du dessein dont la pensée vous est revenue depuis peu, et que pour lors, après avoir bien discuté les raisons qui vous mouvaient à être ch[artreux], elles cédèrent à celles qui vous demandaient en la condition que la providence de Dieu vous a mis. Et pource qu’ensuite vous m’avez témoigné par plusieurs fois que vous sen-

Lettre 1278. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

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tiez des mouvements de vous appliquer au salut des peuples éloignés, l’occasion s’en étant présentée, je vous ai offert à Notre-Seigneur pour cela, et, qui plus est, j’ai envoyé votre nom à Rome, d’où il faut avoir l’approbation, après que M. le nonce d’ici (1), auquel je vous ai premièrement proposé, vous a agréé, selon le pouvoir que Rome lui en avait donné. Vous voilà donc arrhé à l’adorable Providence pour cet effet.

La raison pour laquelle je ne vous en ai donné avis plus tôt est pource que nous sommes en doute si le navire partira à la fin de janvier, comme l’on dit, et que je sais qu’il n’y a point de façon ni des mesures à prendre avec vous. Ce lieu, c’est l’Inde orientale, où est M. Nacquart ; c’est une île de 350 lieues de long, qui se nomme Madagascar, ou autrement l’île de Saint-Laurent, qui est au delà la ligne et trois ou quatre degrés au decà le tropique de Capricorne. Je vous envoie la relation que M. Nacquart m’en fait. O Monsieur, que vous serez consolé de voir l’apparence qu’il y a de voir de grands fruits ! Il y a bien des Chartreux qui voudraient sortir et qui le pourraient, ou pour le moins il se peut dire qu’il serait bien à désirer qu’ils sortissent de leur cloître, pour un œuvre d’une telle importance Nous faisons état d’y envoyer trois ou quatre prêtres et deux frères, et commençons à faire leur petit trousseau pour cela. Nous avons ici un jeune homme de Bretagne qui en vient et est entré dans la compagnie à dessein d’y retourner ; c’est un fort bon jeune homme (2). Or sus, Monsieur, ne pensez plus aux C[hartreux] ;

1) Nicolas sagni.

2). René Forest, frère coadjuteur, né à Soussay (Loire-Inférieure) entré dans la congrégation de la Mission le 5 octobre 1650, à 9 âge de trente trois ans. Il repartit à Madagascar en 1655

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Notre-Seigneur vous appelle plus loin ; il vous y accompagnera et continuera par vous et avec vous la mission qu’il a commencée lorsqu’il était sur la terre. O Monsieur, quel bonheur que celui d’être choisi de Dieu pour un œuvre des plus importants auquel un prêtre puisse être appelé !

Je ne vous en dirai point davantage ; Notre-Seigneur vous dira le reste. Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monsieur ; votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

ind. prêtre de la Mission.

L’on pourra faire lire la relation au réfectoire. J’en prie M. Coglée (3) et embrasse votre compagnie, prosterné en esprit à ses pieds, et me recommande à ses prières.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dufour, prêtre de la Mission, à Sedan.

1279. — A UN éVêQUE (1)

[Entre 1643 et 1652] (2)

Vos lettres, Monseigneur, m’ont trouvé si plein de respect pour votre personne sacrée et d’affection de vous obéir, que j’ose vous dire que j’ai presque sans cesse devant les yeux le commandement que vous m’avez fait ; et je ne rencontre guère la personne que vous savez, que

3) Supérieur de la maison.

Lettre 1279. — Abelly, op. cit., 1. III, Chap. XI, sect. IV, p. 139.

1) Ce prélat, prêt à se démettre de son siège épiscopal, qu’il se croyait indigne d’occuper, avait prié plusieurs fois saint Vincent de lui chercher un bon successeur.

2). Temps pendant lequel saint Vincent fut membre du Conseil de conscience

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je ne lui en dise quelque mot. Je sais néanmoins, Monseigneur, que vous êtes autant au dessus de ce que vous pensez être, comme la montagne l’est de la vallée ; mais ne pouvant vous servir à votre gré, qu’en faisant ce que vous désirez, je tâcherai de le faire en cela et en toute occasion.

4280 — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[1650] (1)

Nous avons fait la visite des pauvres de ce lieu et des autres villages de cette vallée (2), où l’affliction que nous avons vue surpasse tout ce qu’on vous en a mandé ; car, pour commencer par les églises, elles ont été profanées, le Saint Sacrement foulé aux pieds, les calices et les ciboires emportés les fonts baptismaux rompus les ornements pillés ; en sorte qu’il y a plus de vingt-cinq églises, en cette petite contrée, où l’on ne peut célébrer la sainte messe.

La plupart des habitants sont morts dans les bois, pendant que l’ennemi occupait leurs maisons ; les autres y sont revenus pour y finir leur vie ; car nous ne voyons partout que malades. Nous en avons plus de douze cents, outre six cents languissants, tous répandus en plus de trente villages ruinés ; ils sont couchés sur la terre et dans des maisons à demi démolies et découvertes, sans aucune assistance. Nous trouvons les vivants avec les morts, de petits enfants auprès de leurs mères mortes.

1281. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[Saint-Quentin, 1650] (1)

Quel moyen de subvenir à sept ou huit mille pauvres qui

Lettre 1280. — Abelly, op. cit, 1.II, chap XI, sect II, 1er éd, p 394

1) Ces lignes ont été publiées dans la Relation de novembre 1650.

2) C’était au diocèse de Soissons.

Lettre 1281. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. II, 1er éd. p. 395. Le texte que publie Abelly comprend trois fragments de lettres différentes ; nous donnons ici un de ces fragments.

1) Ces lignes ont été publiées dans la Relation de novembre 1650

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périssent de faim ; à douze cents réfugiés ; à trois cent cinquante malades, qui ne se peuvent nourrir qu’avec des potages et de la viande ; à trois cents familles honteuses, tant de la ville que des champs, qu’il faut assister secrètement pour tirer plusieurs filles du dernier naufrage et éviter ce qui pensa arriver l’autre jour à un jeune homme, lequel, pressé de la nécessité, se voulut tuer avec un couteau, et aurait commis ce crime si l’on n’eût couru pour l’en empêcher ; à cinquante prêtres, qu’il faut nourrir préférablement à tous autres ? L’on en trouva un de la ville l’autre jour, mort dans son lit, et l’on a découvert que c’était pour n’avoir pas osé demander sa vie.

1282. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

1650 (1)

Dans plusieurs villes ruinées, les principaux habitants sont dans une honteuse nécessité. La pâleur de leur visage montre assez quel est leur besoin, et qu’il les faut assister secrètement, aussi bien que la pauvre noblesse des champs, laquelle, se voyant sans pain et réduite sur la paille, souffre encore la honte de n’oser mendier ce qui lui est nécessaire pour vivre. Et d ailleurs, à qui pourrait-elle le demander, puisque le malheur de la guerre a mis une égalité de misères partout ?

Et ce qui est plus digne de larmes est que non seulement le pauvre peuple de ces frontières n’a ni pain, ni bois, ni linge, ni couverture ; mais il est sans pasteur et sans secours spirituel, la plupart des curés étant morts ou malades, et les églises ruinées et pillées, en sorte qu’il y en a bien cent ou environ dans le seul diocèse de Laon, où l’on ne peut célébrer la sainte messe, faute d’ornements. Nous y faisons notre possible, mais ce travail est infini ; il faut aller et venir sans cesse exposés au péril des coureurs pour assister plus de treize cents malades que nous avons sur les bras dans ce canton ici.

Plusieurs monastères de filles sont dans une grande pauvreté ; elles souffrent la faim et le froid et seront contraintes ou de mourir dans leur clôture, ou de la rompre pour vaguer par le monde en cherchant de quoi vivre.

Lettre 1282. — Abelly op. cit, 1. II, chap. XI, sect., II, 1er éd., p 194 Le texte que donne Abelly comprend au moins trois fragments de lettres écrites à diverses dates ; nous publions ici un de ces fragments.

1) Le second alinéa paru dans la Relation de novembre 1650.

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1283. — UN ECCLéSIASTIQUE D’ORLéANS A SAINT VINCENT

Je vous prie de m’octroyer, pour l’amour de Dieu et de la sainte Vierge, encore une autre retraite en votre maison. Je ne fais que soupirer après ce dessein ; et j’espère que, quand vous aurez reconnu pour quelle fin je la veux faire derechef, j’obtiendrai cette grâce de la miséricorde de Dieu et de votre bonté. Certainement, Monsieur, lorsque je pense aux bons sentiments que l’on conçoit chez vous, j’en suis comme ravi hors de moi-même, et je ne puis que je ne souhaite qu’il plut à Dieu que tous les prêtres eussent passé par ces saints exercices. Si cela était, nous ne verrions pas tous les mauvais exemples que plusieurs donnent, au grand scandale de l’église.

1284. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

Le succès de la mission donnée à Saint-Gilles a été complet. Plus de dissensions, de divisions, ni de procès ; les voleurs ont rendu ce qui ne leur appartenait pas ; les pauvres ont reçu des secours ; la confrérie de la Charité a pris soin des malades ; la foi des catholiques est raffermie.

1285. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

10 novembre 1650.

Madame,

Voici deux lettres de M. Lambert ; l’une s’adresse à vous, Madame, et l’autre à moi ; la vôtre par le dernier courrier, et la mienne est venue par le pénultième. Voyant ce que M. Lambert me mandait des poursuites

Lettre 1283 — Abelly, op. cit. 1 II, chap IV, 1er éd, p 284

Lettre 1284. — Abelly, op. cit., 1 II, chap I, sect II, § 8, 1er éd, p. 50.

Lettre 1285. — Reg. l, f° 67, copie prise sur l’original.

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et nouvelles calomnies qu’on met en avant contre nous, et l’excommunication qu’on allait faire publier, j’ai pris avis de M. Saveuses, conseiller au parlement 1, de ce que nous avons à faire. Il a été d’avis que nous envoyions M. Codoing (2) à Poitiers, pour comparaître devant M. l’official et être ouï de sa bouche, pour éviter le blâme que nous l’avions fait évader par crainte de la justice : ce que nous avons fait à dessein, pour tant qu’il ne demeure pas à Richelieu. Je vous envoie aussi, Madame, la lettre que M. de Poitiers a me fait l’honneur de m’écrire.

Il y a 3 jours que j’ai reçu votre lettre, que je pensais vous apporter moi-même ; mais, ne le pouvant faire aujourd’hui, je la vous envoie, Madame, qui suis, en l’amour de N.-S., Madame, votre…

1) Charles de Saveuses, né à Amiens en 1595 quitta la profession des armes pour entrer, le 5 mai 1617, chez les Carmes déchaussés, malgré la résistance de son père, qui obtint, le 20 août un arrêt du parlement pour l’en faire sortir. Il étudia la théologie, fut ordonné prêtre en 1626 et s’adonna au ministère des missions dans les campagnes. La mort de son frère Jean-Robert, qui tomba sous les coups d’un assassin, laissait vacante la charge de conseiller au parlement. Il la prit au mois de mars 1629 et la garda quarante et un ans. Le prieuré de Saint-Omer-sur-Epte lui appartenait ; il l’échangea en 1658 contre un canonicat de la Sainte-Chapelle. Il mourut le 1er juillet 1670 et fut inhumé le 3 dans l’église des religieuses de l’Ave Maria. Saint Vincent avait en haute estime ses vertus sacerdotales et son intégrité de magistrat. Parlant de l’un et de l’autre le R. P. Jean-Marie de Vernon écrit (Vie de Messire de Saveuses Paris, 1678, p. 155) : "Leur union était si parfaite qu’une même âme semblait être en deux corps."

2). C’est la dernière fois que nous trouvons mention de Bernard Codoing dans la correspondance du saint. Nous ne savons ce qu’il devint.

3). Henri-Louis Chastaigner de la Rocheposay.

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1286. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Entre 1647 et 1660] (1)

Mon très honoré Père,

Pour l’amour de Dieu, je vous supplie prendre et me donner l’heure que je vous pourrai parler, afin que, selon cela, je prenne le temps propre pour faire l’affaire dont je vous ai parlé après dîner, crainte que votre charité parte demain. Si vous trouviez ne vous pouvoir donner ce temps avant partir, et me permettre d’aller dans le coche, ou que j’empruntasse un carrosse, j’irais jusques-là dîner, et là je vous pourrais parler.

Je vous supplie m’accorder l’un et l’autre, en ayant besoin pour la gloire de Dieu, pour laquelle il m’a fait la miséricorde d’être, mon très honoré Père, votre très obligée, quoique indigne, fille et servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1287. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

24 novembre 1650.

Il y a sujet de remercier Dieu de la piété de ce bon sénateur qui vous a fait une aumône, afin de prier Dieu pour lui, et qui fait tant d’état de vos emplois que de vouloir se trouver aux exercices de la mission que vous faites présentement. Je ne sais, Monsieur, si vous et les vôtres considérez assez que l’on vous regarde comme serviteurs de Dieu et ouvriers de l’évangile, je dis bons serviteurs, et que c’est pour cela qu’on vous estime et qu’on vous assiste ; car, en effet, il plaît à Dieu que, nos fonctions étant utiles à plusieurs, elles sont ap-

Lettre 1286. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Nous lisons au dos la date "1644" ; mais l’expression "Mon très honoré Père", que nous ne trouvons pas en tête des lettres de Louise de Marillac avant l’année 1647, nous porte à douter de son exactitude.

Lettre 1287. — Reg. 2, p. 35.

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prouvées de tout le monde. Mais c’est quand elles sont faites dans l’esprit de Notre-Seigneur. Tâchons donc, Monsieur, d’entrer dans cet esprit le plus que nous pourrons ; tenons-nous-y ferme, afin que la bonne odeur et les fruits des missions ne se réduisent à rien, mais qu’ils s’augmentent et perfectionnent pour le bien et la consolation des âmes.

1288. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

26 novembre 1650.

Je continuerai de recommander à la compagnie qu’elle s’intéresse devant Dieu à vos besoins, maintenant que vous avez sur les bras tant de gens réfugiés et de pauvres malades (1). Plaise à sa bonté de vous fortifier à proportion que le travail augmente ! Voilà de quoi attirer bénédiction sur la ville et sur vos personnes, si votre famille redouble son courage et sa fidélité pour le bon usage de l’affliction commune et pour la consolation des âmes que sa providence lui met en main. Je l’espère certes de la bonne part que Notre-Seigneur vous a donnée à sa charité.

Si la ville vous taxe pour l’impôt qu’elle a fait, ne refusez pas d’y contribuer ; car en ces rencontres pressants et nécessaires, les raisons pour s’en dispenser sont mal reçues, et l’on ne laisse pas d’user de contrainte.

Si vous m’en croyez, vous userez de condescendance envers ceux qui voudront faire quelque enterrement aux Capucins, puisqu’il y a plus d’inconvénient à le refuser qu’à le permettre.

Lettre 1288. — Reg. 2, p. 148.

1). Les armées espagnoles et les troupes de Turenne coalisées venaient de s’emparer de Mouzon ; elles étaient donc aux portes de Sedan, où les populations apeurées cherchaient un refuge.

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1289. — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN

Du 26 novembre 1650.

Je n’ai jamais douté de votre entière soumission à Dieu et à ses ordres, ni de la confiance dont vous m’honorez, de laquelle je serais indigne, si je ne la référais, comme je fais, à Dieu, qui vous la donne. C’est à sa plus grande gloire, Monsieur, et pour votre propre sanctification que je lui dédie votre vie et vos applications aussi souvent que les miennes ; c’est son Saint-Esprit que j’invoque tendrement sur vous, à ce qu’en étant animé, vous en puissiez répandre les lumières et les fruits sur les âmes destituées du secours que les prêtres leur doivent, et sans lequel le sang précieux de Jésus-Christ leur serait inutile. Nourrissez donc bien, Monsieur, la charité qu’il vous donne pour elles ; embrasez-vous du zèle de leur salut, et chérissiez la disposition où vous êtes d’aller chercher la brebis égarée dans les Indes (1). C’est une grande grâce de Dieu, dont je le remercie ; à quoi nous nous attendrons, en sorte que nous allons préparer toutes choses à cela. Je vous donnerai avis du départ un mois devant. Dieu sait de quel cœur je vous embrasserai.

1290. — A JACQUES CHIROYE, PRêTRE DE LA MISSION, A LUçON

Du 27 novembre 1650.

J’ai une grande consolation du désir que Dieu vous

Lettre 1289. — Reg. 2, p. 314.

1) A Madagascar.

Lettre 1290 — Reg. 2, p. 162.

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donne de contribuer de tout votre pouvoir à l’union et au bon exemple de la famille. Je le disais bien qu’il ne fallait attendre autre chose de vous, Monsieur, qui avec reçu de sa bonté beaucoup de disposition pour la cordialité, le support et l’obéissance, et qui vous êtes si pleinement consacré au service de Notre-Seigneur, à qui je rends mille louanges des grâces qu’il communique tous les jours à votre maison par votre moyen. J’espère certes qu’elle ira de bien en mieux, car si un autre en est le chef, vous en êtes toujours le cœur. Continuez donc, Monsieur, d’avoir pour elle un cœur d’enfant, aussi bien que de père, par le respect et la soumission au supérieur et par l’usage des autres vertus qui unissent les cœurs et qui sont propres à un vrai missionnaire.

1291. NICOLAS PAVILLON, éVêQUE D’ALET, A SAINT VINCENT

Monsieur,

Le donneur de la présente, qui est Monsieur de Ciron, chancelier de l’Université de Toulouse Il s’en allant à Paris et désirant d’avoir l’honneur de votre connaissance, je me suis senti obligé de l’accompagner d’une de mes lettres, pour vous le recommander comme une personne qui n’est pas seulement considérable par sa condition, étant fils et père de président au parlement mais plus par sa vertu et piété fort singulière. C’est un des ecclésiastiques que j’ai connu en ce pays être le plus à Dieu et désintéressé, duquel, comme il y a grande apparence, l’église retirera de grands services. Il s’en va à Paris pour des affaires d’importance pour la gloire de Dieu, que vous saurez de lui. le ne doute point que, sachant de quoi il s’agit, vous ne lui soyez favorable. Je vous supplie,

Lettre 1291. — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1). Gabriel de Ciron, chancelier de l’église et de l’université de Toulouse, chanoine de Saint-Etienne, membre très actif de la Compagnie du Saint-Sacrement, ami de l’évêque d’Alet, dont il partageait les tendances jansénistes. Il fonda, avec Madame de. Mondonville l’Institut des Filles de l’Enfance et mourut en 1678.

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Monsieur, de tout mon cœur de l’avoir en considération et tout ce qui le regarde. Cependant faites-moi, s’il vous plaît, l’honneur de me croire toujours, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

NICOLAS,

é [vêque] d’Alet.

De Toulouse, ce 30 novembre 1650.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission, à St-Lazare.

1292. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 2 décembre 1650.

Je loue Dieu de ce qu’il vous a inspiré de faire prêcher Monsieur Richard et qu’il a béni sa prédication. Nous commençons à reconnaître notre faute de n’avoir pas assez exercé par le passé notre jeunesse, non plus ici qu’aux autres maisons ; de là est venu que les anciens se sont consumés et que les jeunes ne se sont formés que fort tard. Nous ferons donc bien, Monsieur, de les appliquer désormais à tout. Je vous prie d’en user ainsi à l’égard des vôtres, les faisant prêcher et catéchiser à la campagne et les exerçant à toutes nos fonctions. même à la maison ; car ainsi par l’expérience ils se formeront suffisamment, ils s’encourageront et se rendront capables de rendre service à Dieu. Nos ordinations passées ont été toujours dirigées par l’un de nos plus anciens ; mais nous sommes résolus d’en laisser la conduite pour ce coup à M. Duport, qui est nouveau (1),

Lettre 1292 — Reg. 2, p. 35.

1). Nicolas Duport avait des qualités qui le rendaient digne de remplir cet emploi. Il était né à Soissons le 22 mars 1619, avait reçu la prêtrise le 15 juin 1647, était entré dans la congrégation de la Mission le 5 mai 1648 et avait prononcé les vœux le 6 mai 1650. Placé à Gênes en 1652, il y mourut de la peste le 24 juillet 1657. On trouve dans le ms. 774 de la bibliothèque municipale de Lyon (f° 232-233) un bref abrégé de ses vertus.

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et de donner le soin de la première académie à deux jeunes prêtres, dont l’un n’est prêtre que depuis un ou deux mois, et l’autre depuis deux ans. Nous n’en demeurerons pas là ; mais j’espère de mettre de bonne heure tout le monde en besogne désormais, doucement pourtant et avec prudence. Nous avons grand besoin d’ouvriers et nous n’en aurons jamais assez, si nous n’en faisons.

1293. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

4 décembre (1) 1650.

Je ne doute point des grandes sollicitudes de M. le gouverneur (2) pour le service du roi et celui de la ville ; elles sont connues d’un chacun, et l’on parle de sa conduite comme des meilleures du royaume. Nous serions bienheureux si nous avions une pareille ardeur pour la gloire de Jésus-Christ.

La disposition que vous avez pour la sainte obéissance vous obtiendra, comme j’espère, les grâces dont vous pensez avoir besoin pour bien diriger la famille et la paroisse. Laissez-vous conduire à Notre-Seigneur ; il gouvernera toutes choses par vous ; confiez-vous à lui, et, a son exemple, agissez toujours humblement, suavement et à la bonne foi ; vous verrez que tout ira bien.

Je compatis à vos travaux, qui sont grands, et qui même croissent lorsque vos forces diminuent par les maladies du dehors et du dedans ; c’est le bon Dieu qui fait tout cela ; mais croyez qu’il ne vous laissera pas

Lettre 1293. — Reg. 2, p. 148.

1) Dans le registre 2 le copiste a écrit 14 au dessus du 4, probablement parce qu’il doutait de sa lecture.

2) Le marquis de Fabert.

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une telle surcharge sur les bras, sans que lui-même la soutienne ; il sera votre force, aussi bien que votre récompense, pour les services extraordinaires que vous lui rendez dans cette occasion pressante. Trois font plus que dix quand Notre-Seigneur y met la main ; et il le fait toujours lorsqu’il ôte les moyens de faire autrement. Nous ne pouvons vous envoyer des hommes ; mais nous tâchons de vous secourir de nos prières. Nous en avons fait de communes et de particulières pour la conservation de vos malades, singulièrement pour M. Dufour, qui est en danger. Mon Dieu ! Monsieur, que j’en suis en peine et que je crains la privation d’un si bon serviteur de Dieu, pour le seul intérêt des âmes qu’il gagne à Jésus-Christ ! Cette considération vous le recommande assez et plus que je ne saurais faire, qui sais d’ailleurs que votre charité est si tendre pour lui, qu’il ne se peut rien ajouter aux soins que vous en avez. Ayez-en aussi pour vous, s’il vous plaît ; ménagez votre santé pour le service de Dieu et la consolation des affligés.

Vous me demandez si un supérieur particulier peut déposer par lui-même les officiers de sa maison. Oui, ceux qu’il a établis, mais non pas les autres, qui lui ont été donnés par le général ou par le visiteur, comme l’assistant.

1294. — LE CARDINAL D’ESTE A SAINT VINCENT

4 dicembre 1650.

Al merito di Vostra Paternità et allo zelo che avete nelle materie che riguardano il servizio di Dio e l’ampliazione della

Lettre 1294. — L. s. — Original aux arch. de l’état de Modène chancellerie ducale, juridiction ecclésiastique, Santi e Beati. cette lettre répond à la lettre 1277

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santa fede contribuiro sempre con particolare prontezza a tutto ouello che dipenderà dal mio arbitrio per riscontrar le soodistazioni vostre e della vostra congregazione ; e come quel poco che ho sinora fatto verso di voi, non è d’alcuna considerazione in riguardo al dcsiderio che tengo d’operar molto piu cosi l’espressione del vostro affetto e gradimento portatami dalla vostra del 4 di novembre me ne ha accresciuti gli stimoli onde mi saranno sempre care le occasioni di mostrarmi, che sono..

Suscription : Al Padre Vincenzo dei Pauli, superiore della congregazione delle missioni di Barberia.

TRADUCTION

4 décembre 1650.

Le mérite de Votre Paternité et le zèle que vous déployez en tout ce qui regarde le service de Dieu et l’extension de la sainte foi ne peuvent que m’engager à faire toujours mon possible avec une particulière promptitude pour vous être agréable et à vous et à votre congrégation. Les rares services que vous avez reçus de moi jusqu’à présent ne sont rien à côté de ceux que j’aurais désiré vous rendre. Les témoignages d’affection et de gratitude que m’apporte votre lettre du 4 novembre augmentent encore ce désir et me rendront plus précieuses les occasions que j’aurai de vous montrer que je suis…

Suscription : Au Père Vincent de Paul, supérieur de la congrégation des missions de Barbarie.

1295. — JEAN DEHORGNY PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

Castiglione (1), décembre 1650.

J’ai vu tous les exercices de la mission qui se fait en cette paroisse et tout ensemble à huit ou neuf autres voisines. Les peuples se rendent fort assidus aux sermons et aux catéchis-

Lettre 1295. — Abelly, op. cit. 1. II, chap. 1, sect. IV, 1er éd., p 71

1) Village de la province de Gênes.

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mes et occupent continuellement les confesseurs. Il faut avouer qu’ils ne cèdent en rien à ceux des autres pays mais plutôt qu’ils les surpassent en quelque chose. Deux concubinaires publics, portés d’un mouvement de pénitence, ont fait amende honorable publiquement dans l’église au milieu du sermon, en présence d’une très grande assemblée de peuple. Plusieurs usuriers se sont obligés, par écrit passé par devant notaire, de restituer tout ce qu’ils ont injustement exigé des pauvres gens auxquels ils avaient prêté leur argent.

La confrérie de la Charité a été établie en cette paroisse et en toutes les autres susdites.

Le supérieur de cette mission fait tous les lundis une conférence à dix ou douze curés des environs ; j’ai assisté à l’une de ces conférences ; le tout s’y passa fort bien ; on en peut espérer beaucoup de profit pour eux et pour leurs peuples.

1296. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

En décembre 1650.

Monsieur,

Mon official a ordre de suivre vos avis pour demander l’évocation ; et puisque vous ne trouvez pas expédient que ce soit encore de trois mois, il surseoira non seulement ce temps-là, mais encore tout autant que vous jugerez à propos. Cependant je vous rends très humbles grâces du soin qu’il vous plaît prendre de porter les Pères Vitet et Parrot à faire leurs exercices spirituels, dont je crois qu’ils ont besoin vous priant leur procurer cette charité et faire connaître audit Père Vitet l’obligation qu’il a de faire casser cette sentence de Grosbois (1). Le parlement (2) vient de donner un arrêt par lequel il m’ôte la nomination du prédicateur pour la donner aux consuls d’une ville, dont mes devanciers et moi avions toujours joui et dont je paye encore ma part de gages. C’est pour vous dire que je ne dois jamais espérer de justice dans ce parlement. M. de Magnac m’avait prié d’agréer qu’un des ecclésiastiques de mon diocèse demeurât dans le séminaire qu’il a établi à Magnac en Limousin (3), pour quelque temps, et que l’an qu’il demeu

Lettre 1296. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original

1) Voir lettre 1187.

2). Le parlement de Toulouse.

3). Magnac-Laval (Haute-Vienne).

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rerait là dedans (parce qu’il n’a encore aucun ordre sacré), lui serait comme s’il avait l’année dans notre séminaire à Cahors. Je lui ai fait réponse que je lui permettais bien d’y demeurer cette année-là, mais que, pour ce qui est du reste, M. le doyen de Carennac, son frère et moi en conférerions. Il m’a tourné écrire, s’étonnant que je lui aie refusé cela, et me prie de m’en remettre à votre jugement et à celui de M. le curé de Saint-Sulpice. Cependant je crois vous devoir dire que par nos statuts synodaux les clercs de mon diocèse sont obligés de demeurer six mois dans notre séminaire avant de prendre le sous-diaconat, et six mois avant la prêtrise. Depuis quelques années, je les oblige d’y demeurer un an entier avant le sous-diaconat, ce qui est pareillement exécuté ; et par la conférence faite avec Messeigneurs les prélats qui se trouvèrent ici il y a environ quinze mois, copie de laquelle vous avez devers vous, il est porté, comme vous pourrez voir, s’il vous plaît en prendre la peine, qu’ils y demeureront un an avant le premier ordre sacré, et que ceux qui n’auront encore de séminaires établis les enverront aux circonvoisins. A près cela, jugez si je puis en dispenser celui-ci et faire cette brèche et conséquence que le l’envoyer dans un nouveau séminaire qui n’est encore formé au lieu de celui de Cahors, qui fleurit avec tant de bénédiction. Vous savez ce que je vous en ai écrit et les combats que j’ai eus pour en dispenser le chantre de mon église cathédrale, lequel enfin s’y étant résolu y a passé ce temps-là avec une piété et satisfaction de tout le monde que je ne saurais vous exprimer. Que si néanmoins M. de Magnac ne pouvait goûter toutes ces raisons, comme c’est une personne de piété que je ne voudrais pas désobliger, je vous prie lui faire entendre que je lui permettrai de recevoir ce clerc dans le séminaire de Magnac et l’y retenir un an, après lequel, s’il leur est utile, en me présentant requête, je le leur transférerai tout à fait pour y demeurer à perpétuité, et en ce cas lui donnerai dimissoires, aimant mieux le leur donner entièrement que de faire une si grande brèche aux règlements de mon diocèse.

Je suis toujours, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

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97. — A PHILIPPE LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A ALGER (1)

[1650 ou 1651 (2)

Je loue Dieu de la bonne manière dont vous avez usé pour vous faire reconnaître missionnaire apostolique et grand vicaire de Carthage ; si vous avez procédé sagement en cela, vous le devez faire incomparablement davantage dans l’exercice. Vous ne devez nullement vous raidir contre les abus, quand vous voyez qu’il en proviendrait un plus grand mal ; tirez ce que vous pourrez de bon des prêtres et des religieux esclaves, des marchands et des captifs, par les voies douces ! et ne vous servez des sévères que dans l’extrémité, de peur que le mal qu’ils souffrent déjà par l’état de leur captivité, joint avec la rigueur que vous voudriez exercer, en vertu de votre pouvoir, ne les porte au désespoir. Vous n’êtes pas responsable de leur salut, comme vous pensez ; vous n’avez été envoyé en Alger que pour consoler les âmes affligées, les encourager à souffrir et les aider à persévérer en notre sainte religion ; c’est là votre principal, et non pas la charge de grand vicaire, laquelle vous n’avez acceptée qu’en tant qu’elle sert de moyen

Lettre 1297. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 6, p. 115.

1) Le destinataire de cette lettre, que ni Abelly ni Collet ne nomment, était missionnaire apostolique à Alger, grand vicaire de Carthage et succédait à plusieurs "prêtres défunts" de la congrégation de la Mission. Notre choix est donc limité aux quatre vicaires généraux de Carthage nommés sous saint vincent, à savoir MM. Nouelly, Le Sage, Dieppe et Philippe Le Vacher ou plutôt aux deux derniers. Il y a peu de probabilité que la lettre ait été adressée à M. Dieppe, qui n’était pas encore à Alger le 4 mars 1649, au moins à la connaissance du saint (cf. I. 1093), et mourut le 2 mai suivant. Reste Philippe Le Vacher. Si Abelly ne le désigne pas, c’est vraisemblablement parce que ce missionnaire était encore vivant quand parut son ouvrage.

2). Voir lettre 1219.

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pour parvenir aux fins susdites ; car il est impossible de l’exercer en rigueur de justice sans augmenter les peines de ces pauvres gens, ni presque sans leur donner sujet de perdre patience et de vous perdre vous-même. Surtout il ne faut pas entreprendre d’abolir si tôt les choses qui sont en usage parmi eux, bien que mauvaises. Quelqu’un me rapportait l’autre jour un beau passage de saint Augustin, qui dit qu’on se garde bien d’attaquer d’abord un vice qui règne en un lieu, parce que non seulement on n’en viendra pas à bout, mais au contraire l’on choquera les esprits en qui cette coutume est comme invétérée, en sorte qu’on ne serait plus capable de faire en eux d’autres biens, que néanmoins on eût faits, les prenant d’un autre biais. Je vous prie donc de condescendre autant que vous pourrez à l’infirmité humaine ; vous gagnerez plutôt les ecclésiastiques esclaves en leur compatissant que par le rebut et la correction. Ils ne manquent pas de lumière, mais de force, laquelle s’insinue par l’onction extérieure des paroles et du bon exemple. Je ne dis pas qu’il faille autoriser ni permettre leurs désordres ; mais je dis que les remèdes en doivent être doux et bénins, en l’état où ils sont, et appliqués avec grande précaution, à cause ou lieu et du préjudice qu’ils vous peuvent causer, si vous les mécontentez, et non seulement à vous, mais aussi au consul et à l’œuvre de Dieu ; car ils pourront donner des impressions aux Turcs, pour lesquelles ils ne voudront jamais plus vous souffrir de delà.

Vous avez un autre écueil à éviter parmi les Turcs et les renégats : au nom de Notre-Seigneur, n’ayez aucune communication avec ces gens-là ; ne vous exposez point aux dangers qui en peuvent arriver, parce qu’en vous exposant, comme j’ai dit, vous exposeriez tout et feriez grand tort aux pauvres chrétiens esclaves, en tant

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qu’ils ne seraient plus assistés, et vous fermeriez la porte pour l’avenir à la liberté présente que nous avons de rendre quelque service à Dieu en Alger et ailleurs. Voyez le mal que vous feriez pour un petit bien apparent. Il est plus facile et plus important d’empêcher que plusieurs esclaves ne se pervertissent, que de convertir un seul renégat. Un médecin qui préserve du mal mérite plus que celui qui le guérit. Vous n’êtes point chargé des âmes des Turcs ni des renégats, et votre mission ne s’étend point sur eux, mais sur les pauvres chrétiens captifs. Que si, pour quelque raison considérable, vous êtes obligé de traiter avec ceux du pays, ne le faites point, s’il vous plaît, que de concert avec le consul (3), aux avis duquel je vous prie de déférer le plus que vous pourrez.

Nous avons grand sujet de remercier Dieu du zèle qu’il vous donne pour le salut des pauvres esclaves ; mais ce zèle-là n’est pas bon s’il n’est discret. Il semble que vous entreprenez trop du commencement, comme de vouloir faire mission dans les bagnes, de vous y vouloir retirer et d’introduire parmi ces pauvres gens de nouvelles pratiques de dévotion. C’est pourquoi je vous prie de suivre l’usage de nos prêtres défunts qui vous ont devancé. On gâte souvent les bonnes œuvres pour aller trop vite, pource que l’on agit selon ses inclinations, qui emportent l’esprit et la raison, et font penser que le bien que l’on voit à faire est faisable et de saison ; ce qui n’est pas ; et on le reconnaît dans la suite par le mauvais succès. Le bien que Dieu veut se fait quasi de lui-même, sans qu’on y pense ; c’est. comme cela que notre congrégation a pris naissance, que les exercices des missions et des ordinands ont commencé, que la

3) Le frère Barreau.

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compagnie des Filles de la Charité a été faite, que celle des dames pour l’assistance des pauvres de l’Hôtel-Dieu de Paris et des malades des paroisses s’est établie, que l’on a pris soin des enfants trouvés et qu’enfin toutes les œuvres dont nous nous trouvons à présent chargés ont été mises au jour. Et rien de tout cela n’a été entrepris avec dessein de notre part ; mais Dieu, qui voulait être servi en telles occasions, les a lui-même suscitées insensiblement ; et s’il s’est servi de nous, nous ne savions pourtant où cela allait. C’est pourquoi nous le laissons faire, bien loin de nous empresser dans le progrès, non plus que dans le commencement de ces œuvres. Mon Dieu ! Monsieur, que je souhaite que vous modériez votre ardeur et pesiez mûrement les choses au poids du sanctuaire devant que de les résoudre ! Soyez plutôt pâtissant qu’agissant ; et ainsi Dieu fera par vous seul ce que tous les hommes ensemble ne sauraient faire sans lui.

1298 — A UNE ABBESSE

[Entre 1643 et 1652] (1)

Je prends la confiance, Madame, de m’employer envers vous, afin qu’il vous plaise recevoir en votre abbaye une de vos religieuses, qui se dit prieure de…. et qui, ne pouvant demeurer en son prieuré à cause des misères du temps, demeure exposée à la nécessité, et sa condition à la censure et à la risée du monde et des gens de guerre. Peut-être, Madame, avez-vous des raisons pour ne la reprendre pas ; au moins ai-je cru que

Lettre 1298. — Abelly, op. cit., 1. III, chap XI, sect. V, p. 157.

1). Temps pendant lequel saint Vincent fut membre du Conseil de conscience.

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vous en feriez difficulté ; néanmoins je ne laisse pas de vous en écrire, la charité m’obligeant de rendre cet office à une personne de cette sorte, qui fait espérer qu’elle vous donnera satisfaction, et qui donne sujet de craindre que, demeurant hors de son centre, j’entends hors de son monastère, elle ne soit ni en repos ni en assurance. Que si vous n’agréez qu’elle y retourne, je vous supplie très humblement de me mander si, du moins, vous contribuerez quelque chose pour sa subsistance, au cas que l’on trouve à la mettre en pension en cette ville pour quelque temps. Au nom de Dieu, Madame, ne trouvez pas mauvais que je vous fasse cette proposition.

1299. — A UN RELIGIEUX, DOCTEUR EN THéOLOGIE

Je compatis, mon Révérend Père, à vos peines, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous en délivre, ou qu’il vous donne la force de les porter. Comme vous les endurez pour une bonne cause, vous devez vous consoler d’être du nombre de ces bienheureux qui souffrent pour la justice. Prenez patience, mon Révérend Père, et la prenez en Notre-Seigneur, qui se plaît à vous exercer ; il fera que la religion où il vous a mis, qui est comme un vaisseau agité, vous conduira heureusement au port. Je ne puis recommander à Dieu, selon votre souhait, la pensée que vous avez de passer d, ans un autre Ordre, parce qu’il me semble que ce n’est pas sa volonté. Il y a des croix partout, et votre âge avancé vous doit faire éviter celles que vous trouveriez en changeant d’état.

Quant à l’aide que vous désirez de moi pour procurer

Lettre 1299. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XI, sect. V, p. 157

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le règlement dont il s’agit, c’est une mer à boire ; c’est pourquoi je vous supplie très humblement de me dispenser de faire présenter à Rome vos propositions.

1300. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

23 décembre 1650.

Nous devons avoir pour maxime de n’aller aux maisons où nous n’avons que faire de la ville ou des champs, et nous abstenir de toutes visites, encore qu’elles servissent pour conserver l’amitié de quelques personnes, sinon qu’il y ait nécessité, ou que ce soit pour y voir des malades, ou consoler quelque affligé, y étant appelés.

1304. — A UN PRêTRE DE LA MISSION DE LA MAISON DE SAINTES

Du 28 décembre 1650.

Vous me mandez que vous vous exercez à la douceur et au bon exemple, mais que vous avez peine de ne pas étudier ; vous ne considérez donc pas, Monsieur, que c’est fort bien étudier que de travailler à la vertu. Pouvez-vous faire au monde une meilleure étude, qui soit également utile pour vous et pour les autres ? Laissez faire ; tandis que vous ferez progrès en l’école de Notre-Seigneur, il vous donnera de plus belles connaissances que celles des livres ; il vous donnera son esprit, et par ses lumières vous éclairerez les âmes que le vice et l’ignorance tiennent dans les ténèbres. Je vous parle

Lettre 1300. — Reg. 2, p. 33.

Lettre 1301 — Reg. 2 pp. 314 et 8. Le second fragment commence aux mots : Je suis bien marri de la faiblesse.

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ainsi, Monsieur, parce que je sais que vous avez d’ailleurs assez de science et que les plus savants pour l’ordinaire ne font pas le plus de fruit ; nous ne le voyons que trop.

Je suis bien marri de la faiblesse qui a échappé à la personne absente, de parler contre un moyen par lequel on se donne à Dieu d’une manière particulière (1) J’espère pourtant qu’il n’en arrivera aucun mauvais effet et que celui qui semble en être demeuré indisposé reconnaîtra que c’est une tentation. Si ceux qui osent blâmer une sainte pratique donnaient autant de temps à la considérer devant Dieu, que la compagnie en a employé pour découvrir sa volonté, ils n’en parleraient jamais qu’avec respect et dévotion. Mais quoi ! il n’y a point de bien qui ne soit combattu, et il ne faut pas le moins estimer pour être contredit.

1302. — A JEAN DEHORGNY

De Paris, ce 29 décembre 1650.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne puis vous dire la consolation que la lecture de votre dernière et le récit que j’en ai fait à la compagnie m’a apportée pour les grâces continuelles que Notre-Seigneur verse incessamment sur votre mission de Gênes 1 J’en rends grâces à Dieu et le prie qu’il les continue de plus en plus sur cette chère famille. O

1) Les vœux.

Lettre 1302 — L a — L’original est exposé dans la salle où se réunit à Paris, 6, rue de Furstenberg, le Conseil des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul

1) Jean Dehorgny y faisait la visite.

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Monsieur, que j’en ressens de joie au moment que je vous le dis, et que votre présence de delà y a fait du bien et qu’elle jette de profonds fondements de zèle de la gloire de Dieu dans les âmes de votre séminaire !

Eh quoi ! Monsieur, à peine ont-ils commencé que les voilà dans la disposition du martyre. Je prie Notre-Seigneur qu’il les anime de plus eh plus de son esprit, en sorte qu’il plaise à sa divine [bonté] (2) de se servir d’eux comme du levain duquel il veut faire lever la pâte du pain de sa parole pour la nourriture des pauvres gens de la campagne. Je les embrasse tous, prosterné en esprit à leurs pieds, en la vue de mon indignité, dans laquelle la Providence m’a mis à leur égard, qui ne suis pas digne de délier la courroie de leurs souliers.

O mon Dieu ! Monsieur, que j’ai représenté à la compagnie avec ardeur et tendresse les avantages de la dévotion en ceux qui travaillent au salut des peuples, en comparaison de celui dont vous me parlez, que Dieu bénit tant (3) ! Vive la piété ! et plaise à Notre-Seigneur faire comprendre cette vérité à la. petite compagnie !

M. Alméras m’écrit quasi par toutes ses lettres qu’il est nécessaire d’envoyer à Rome un homme mettable, pour servir à la Sacrée Congrégation. Je lui dis qu’il fasse ce qu’il pourra avec les personnes que Notre-Seigneur lui a données. Si vous avez quelque vent que quelqu’un des vôtres puisse servir de delà sans préjudicier à votre famille, vous y penserez et m’en écrirez, s’il vous plaît.

Nous avons envoyé sept prêtres et six frères pour assister les pauvres Picards et les Champenois, dans l’extrême nécessité spirituelle et corporelle en laquelle

2) Mot oublié dans l’original.

3) Saint Vincent a probablement en vue Etienne Blatiron.

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ils sont, ainsi qu’on était d’autrefois en Lorraine Cela nous appauvrit de monde.

Un votre cousin nous est venu voir. D’abord il eut affection de demeurer parmi nous ; mais comme il eut vu la peine de nos frères et des domestiques, il crut qu’il n’en pourrait porter une semblable et a mieux aimé s’en retourner.

Et moi, Monsieur, je finis la présente en me recommandant à la miséricorde de Dieu par les prières que vous faites pour moi. Je vous supplie, Monsieur, de me les continuer ; j’en ai très grand besoin, qui suis, eh l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prêtre de la Mission, à Gênes.

1303. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

29 décembre 1650.

Très volontiers, Monsieur, je vous prie de vous décharger du travail de la recherche d’une maison, mais non pas de la direction de cette affaire, quelque jugement que vous fassiez de vous. C’est bonté de Dieu sur nous que d’avoir cette occasion d’honorer l’état de Notre-Seigneur, qui n’avait aucun logement sur la terre ; et c’est justice de notre part de vous renouveler, comme je fais, nos remerciements, ainsi que vous nous renouvelez la donation que vous nous avez faite avec tant de bonté, pour nous aider à nous loger dans Rome ; et

Lettre 1303. — Reg. 2, p. 232.

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je prie Notre-Seigneur qu’il vous attribue la gloire qui lui en arrivera, et vous en donne la récompense proportionnée à la grandeur du bien que vous faites en cela et en tant d’autres manières.

1304. — A ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS

De Paris, ce dernier jour de l’année 1650.

Monseigneur,

L’embarras non ordinaire auquel je me suis trouvé depuis quelque temps m’a privé du bonheur de vous écrire. Je le fais à ce dernier jour de l’an pour vous faire un renouvellement des offres de mon obéissance pour l’année prochaine et pour toute ma vie. Je vous supplie, Monseigneur, de l’avoir agréable et que je vous rende compte de l’arrivée de vos bons Pères en cette ville depuis il y a environ quinze ou vingt jours.

Ils sont revenus en assez bonne santé, Dieu merci. Le compagnon du Père Vitet a été pourtant un peu incommodé depuis son arrivée. Je les ai entretenus ensemble et séparément ; ils paraissent toujours fort affectionnés à leur vocation ; ils m’ont dit tous deux qu’ils ont couru risque à Rome à cause de l’habit. Le Père Vitet vous a rendu raison de tout ; il estime, à ce qu’il m’a dit en particulier, qu’il semble à propos que vous, Monseigneur, renvoyiez quelqu’un à Rome in habitu sancto (1), qui agisse ouvertement et contradictoirement avec le Père Guérin en vos affaires, et pense qu’il n’est pas nécessaire qu’ils soient deux religieux, qu’un suffira avec un serviteur.

Lettre 1304. — L. s. — Arch. du chapitre de Cahors, fonds Massabie, liasse 2, n° 55, original.

1). L’habit des religieuses de Chancelade.

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Voici son raisonnement : pour terminer, dit-il, cette affaire, il faut que cela se fasse ou par le Pape immédiatement, ou par des commissaires de deçà, ou par le parlement. Quant aux commissaires, il les exclut, parce que le parlement est saisi de l’affaire et que l’arrêt dernier que Sainte-Geneviève a fait signifier a Chancelade, défend à toutes sortes de personnes d’en prendre connaissance, et cassera vraisemblablement ce que les commissaires auront jugé par un appel comme d’abus. De s’adresser au parlement, il y voit difficulté, causée par l’appréhension qu’il a qu’il ne soit déjà circonvenu par la multitude des conseillers qui ont leurs enfants chez eux, et par l’estime qu’ils ont de cette congrégation-là, et par son extension en la plupart des provinces du royaume, et qu’ils ne voudront pas donner lieu à une autre congrégation, que ces Pères ont toujours contredite et empêchée de s’étendre. Et pour le regard du recours au Pape, il voit bien qu’il y aura de la difficulté, mais il n’y juge pas de l’impossibilité, selon l’air qui lui a paru en cette cour-là, et l’assistance de Monsieur l’abbé Tinti et de plusieurs autres de sa qualité.

Voilà, Monseigneur, son raisonnement. Ce sera à vous, Monseigneur, à en juger. Il s’offre de bonne sorte à servir aux lieux et en la manière qu’il vous plaira, soit ici, soit à Rome, ou à Chancelade, ou tel autre lieu qu’il vous plaira.

Son compagnon, que j’ai gouverné en particulier aussi, m’a dit que ce bon Père avait été un peu altéré par l’appréhension de vous avoir déplu en quelque chose, mais que pourtant il le croit ferme et invariable dans sa vocation. Ils attendent tous deux les ordres qu’il vous plaira leur donner.

Ils ont fait connaissance à Rome avec le sieur Feren-

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tilli, qui est un des plus habiles prélats de cette cour-là, qui a une très grande estime de vous, Monseigneur, et beaucoup de bonté pour nous. Ils espèrent beaucoup de ses bons conseils et de sa faveur. Ils se louent de plus merveilleusement du Père assistant des Pères jacobins et espèrent faire quelque chose de bon par un certain biais qu’ils pourront prendre et que mondit sieur de Ferentilli approuve.

Nous avons envoyé des ouvriers (2) à Monseigneur de Périgueux (3). Je vous prie, Monseigneur, de leur donner votre bénédiction en esprit, et à moi aussi, qui vous la demande, prosterné en esprit à vos pieds, qui suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’évêque de Cahors, à Cahors.

1305. — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[1650 ou janvier 1651] (1)

Nous avons distribué les ornements pour les églises, et les couvertures et habits pour nos malades. Il ne se peut dire quel effet cela a produit en toutes ces frontières, où l’on ne parle presque d’autre chose que de ces charités. Nos ouvriers ont eu un tel soin des malades que, par la grâce de Dieu dans la seule ville de Guise, de cinq cents malades qu’il y avait, il y en a plus de trois cents de guéris ; et dans quarante villages des environs de Laon, il y en a un si grand nombre

2). Charles Bayard et Denis Laudin.

3). Philibert de Brandon.

Lettre 1305. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI sect. III, 1er éd. p. 398. Abelly a réuni ici des fragments de plusieurs lettres écrites de divers lieux.

1) Relation de janvier 1651

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remis en parfaite santé qu’à grand’peine y trouverait-on six pauvres qui ne soient en état de gagner leur vie ; et nous avons cru être obligés de leur en donner le moyen, en leur distribuent des haches, des serpes et des rouets à filer, pour faire travailler les hommes et les femmes, qui ne seront plus à charge à personne, s’il n’arrive quelque autre accident qui les réduise en le même misère.

Nous avons aussi distribué les grains qu’on a envoyés de Paris en ces quartiers. Ils ont été semés, et Dieu y donne grande bénédiction ; ce qui fait que le pauvre peuple supporte ses maux avec plus de patience, dans l’espérance que la récolte qui en proviendra leur donnera un grand soulagement.

Nous donnons deux cents livres par mois pour faire subsister plusieurs pauvres curés ; et par le moyen de cette assistance toutes les paroisses des doyennés de Guise, Marle et Vervins sont desservies ; et au moins en chacune d’icelles la sainte messe se célèbre une fois la semaine, et les sacrements y sont administrés.

1306. — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[1650 ou janvier 1651] (1)

Nous n’avons point de paroles pour vous exprimer nos reconnaissances. Nous voyons bien que la main de Dieu a frappé cette province ; son abondance est changée en stérilité et sa joie en larmes. Ses villages, autrefois peuplés, ne sont plus que des masures désertes, et l’on peut dire que, sans le secours des personnes charitables que Dieu a suscitées dans Paris, il n’y aurait pas le moindre reste du débris de ce triste naufrage, et que tous ceux qui en ont été sauvés sont redevables de leur vie à leurs libéralités. Les trente-cinq villages de cette vallée et des environs rendent un million d’actions de grâces à leurs bienfaiteurs. Nous avons distribué les ornements pour les églises, et les habits pour les pauvres. Plusieurs de nos malades sont rétablis en santé et en état de gagner leur vie.

Nous avons tenu une assemblée des curés des environs, où

Lettre 1306. — Abelly, op. cit., 1. II, chap XI, sect. III, 1er éd., p 399. Sous ce numéro 1306, nous donnons des fragments de lettres différentes réunis par Abelly.

1) Cf Relation de janvier 1651.

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nous avons distribué à vingt-trois des plus pauvres les quatre cents livres qu’on nous a envoyées ; ce qui les aidera à vivre et à desservir leurs paroisses ; sens quoi il aurait été impossible d’y subsister.

1307. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

Du 3e janvier 1651.

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous fasse faire un parfait usage de l’état souffrant où vous êtes, en sorte qu’il en soit autant glorifié qu’il le serait de vos travaux. Vous devez suspendre toute application, ainsi que je vous en ai prié, agissant seulement en la maison de la manière que l’âme agit dans le corps ; car elle donne le mouvement à toutes les parties, sans se lasser (1).

Je vous remercie de ce que vous avez vu l’expéditionnaire qui est chargé de notre supplique pour l’approbation de nos vœux. Dieu détermine certaines choses à certaines heures, qu’il ne veut pas en d’autres ; et dans l’incertitude du temps que Dieu aura agréable de nous accorder cette grâce, nous devons poursuivre notre pointe sans nous décourager, quelque apparence qu’il y ait de peu de succès, selon la maxime d’Hippocrate, qui veut que tant que le malade donne quelque signe de vie, on le sollicite (2) et on lui donne des remèdes. Si cet affaire ne peut réussir en la manière proposée, il faudra présenter une autre supplique en quelqu’autre temps et par quelqu’autre adresse. J’en ai parlé depuis peu à une personne de grand jugement, fort intelligent et expérimenté en ces matières, qui estime qu’il doit y avoir quelque lien entre nous, et de nous à Dieu,

Lettre 1307. — Reg. 2, pp. 268 et 8.

1) Ici se termine le premier fragment.

2). Solliciter, soigner.

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pour remédier à l’inconstance naturelle de l’homme et empêcher la dissolution de la compagnie ; autrement, plusieurs y entreront seulement pour étudier et se rendre capables des actions publiques, et puis s’en aller ; et d’autres, qui auront eu bonne intention du commencement, ne laisseront pas de tout quitter au moindre dégoût, ou à la première occasion de s’établir dans le monde, n’ayant rien qui les retienne. Nous n’expérimentons que trop semblables injustices, et à l’heure où je vous écris, nous en avons un qui, après l’avoir entretenu et élevé dans les études depuis 13 ou 14 ans (3), ne s’est pas si tôt vu prêtre qu’il nous a demandé de l’argent pour se retirer, et n’attend que ce moyen-là pour nous quitter. Quel remède donc apporterons-nous à ce mal ? Comment éviterons-nous que le bien qu’on nous a donné pour travailler au salut des peuples, se consume par ces gens-là, qui ont d’autres desseins, si nous n’avons de quoi les affermir par quelque puissant motif de conscience, tel qu’est le vœu de stabilité ou quelque serment ?

Cette manière de se lier n’est pas sans exemple. Il fut permis autrefois à une compagnie naissante, en Italie, de jurer pour demeurer en leur vocation, qui regardait le soin des pauvres orphelins. Il me semble que l’instituteur était vénitien (4). Je vous prie de vous informer de la vérité de cette Institution, laquelle, avec le temps, passa en l’état religieux (5) ; ce que nous ne pourrons jamais faire, car il faudra mettre cette condition.

3) Aux Bons-Enfants d’abord, à Saint-Charles ensuite et enfin à Saint-Lazare

4). Saint Jérôme émilien, fondateur de la congrégation Clercs Réguliers, dits Somasques, né à Venise en 1481, mort à Somasques le 8 février 1537

5). Elle fut érigée en Ordre religieux, avec vœux solennels, par bref du 6 décembre 1568

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1308. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

A Mercuès, ce 4 janvier 1651.

Monsieur,

Je vous ai témoigné diverses fois par écrit et de vive voix le désir que j’ai de me décharger de l’abbaye de Chancelade que j’ai retenue pour la défendre contre ceux qui en ont si grande envie, et pour n’abandonner pas les bons religieux qui m’ont prié de ne la quitter pas pendant les poursuites de leurs parties. A présent il faut que je vous die que j’ai un si grand désir d’y renoncer qu’il me semble que je n’aurai point de satisfaction que cela ne soit quoique je me trouve bien empêché pour cela et que je prévoie de grands maux qui arriveront à ces religieux si leurs affaires ne sont plus tôt terminés.

C’est pourquoi je vous supplie de tout mon cœur d’obliger le Père Vitet à ne cesser jamais qu’il n’ait fait casser la sentence de l’abbé de Grosbois, qu’il a laissé donner par une formelle désobéissance, et de ne partir point de Paris que cela ne soit. A quoi il est obligé par toute sorte de devoirs d’honneur et de conscience. Enfin il faut qu’il répare la faute qu’il a faite. Il écrit au Père Garat qu’il commence à s’ennuyer et qu’il ne fera rien à Paris. Je prie Dieu qu’il lui fasse connaître son devoir et lui donne la grâce de le faire. Il est tout à fait nécessaire que vous ne disiez rien de ce grand désir que j’ai de quitter l’abbaye ; ce qu’il souhaite avec tant de passion qu’il lui est avis qu’il ne le verra jamais.

Vous avez su la maladie du bon M. Treffort. Il se porte bien à présent, grâces à Dieu.

M. des Vergnes, mon official, a écrit deux ou trois fois que M. l’abbé d’Estaing (1) lui avait dit que, dès lors qu’il aurait son brevet de l’évêché de Clermont, il me voulait venir voir. S’il me fait cet honneur, je ferai tout ce qui me sera possible pour l’obliger à vous demander des vôtres pour l’établissement d’un séminaire à Clermont ; car c’est un lieu très propre pour les vôtres. S’il vous va voir, je crois qu’il n’y aurait pas du mal de lui communiquer la conférence des prélats que nous fîmes ici, et, s’il témoigne la vouloir pratiquer, lui en faire donner copie.

Lettre 1308. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1). Louis d’Estaing fut évêque de Clermont-Ferrand de 1651 à 1654. Il établit un grand séminaire dans sa ville épiscopale.

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J’ai envoyé à Mgr de Périgueux, selon son désir, une copie de l’établissement des vôtres à Cahors et des patentes du roi. Je crois que vous devez prendre bien garde aux lieux où vous vous établissez, et à ne prendre point de petits diocèses, pour plusieurs raisons. Il y en aura assez de grands qui vous en demanderont, auxquels vous n’en pourrez pas fournir.

Je suis toujours, Monsieur…

ALAIN,

évêque de Cahors.

1309. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[1650 ou janvier 1651] (1)

Nous venons de visiter trente-cinq villages du doyenné de Guise, où nous avons trouvé près de six cents personnes dont la misère est telle qu’ils se jettent sur les chiens et sur les chevaux, après que les loups en ont fait leur curée. Et dans la seule ville de Guise il y a plus de cinq cents malades retirés en des caves et des trous de cavernes plus propres pour loger les bêtes que les hommes.

1310. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du jour des Rois 1651.

J’ai une double et triple consolation de savoir que je vous écris au même jour que vous êtes né au monde, à la grâce et à la compagnie (1). Seigneur Dieu ! Monsieur, que cette sainte journée nous doit être mémorable et à vous et à nous ! je ne dis pas seulement pour le mystère que nous y célébrons, le Roi des rois étant reconnu pour tel en son enfance et en sa pauvreté,

Lettre 1309. — Abelly, op cit 1. II, chap. XI, sect. II, 1er éd., p 393

1) La première phrase. a paru dans la Relation de janvier 1651.

Lettre 1310 — Reg. 2, p. 200.

1). Etienne Blatiron, né et baptisé le 6 janvier 1614, était entré dans la congrégation de la Mission le 6 janvier 1639.

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mais pour les titres glorieux que vous y avez reçus, de son sujet et de son serviteur domestique, dont j’ai rendu grâces à Dieu et lui en rendrai toute ma vie. autant pour votre bonheur particulier que pour l’intérêt de notre petite congrégation, qui, en vous recevant ! a reçu de Dieu un présent inestimable, à l’honneur de ceux que son Fils a reçus des mages. A jamais puissiez-vous publier les grandeurs de ce petit Enfant qu’ils adorent, et attirer à sa connaissance et à son amour les âmes qui en sont éloignées, afin que la vôtre soit un jour du nombre de, celles qui jugeront les douze tribus d’Israël pour régner avec elles en la gloire du Souverain !

1311. — A CHARLES DE MONTCHAL, ARCHEVêQUE, DE TOULOUSE

[Janvier 1651] (1)

Monseigneur,

Je vous fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, en ce commencement d’année. Je vous supplie, Monseigneur, de l’avoir agréable et que je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait de vous ressouvenir de moi par la lettre que vous avez écrite à M. de Montchal, votre frère, et à M. Guillon. Ce sont, Monseigneur, des effets de votre incomparable charité pour moi, qui ne le mérite pas. Et finalement, Monseigneur, c’est pour vous dire qu’il y a une personne qui nous a donné 500 livres de rente pour nous établir

Lettre 1311. — Reg. l, f° 10 v°.

1). Cette lettre a été écrite entre la lettre du 4 février 1650 à M. Alméras et la mort de Charles de Montchal (22 août 1651).

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dans le parlement de Languedoc, à notre choix, et pour vous offrir le service de notre petite compagnie à cette occasion, ne l’ayant fait jusques à présent avec assez de témoignages d’affection, si me semble, pource que nous nous sommes donnés à Dieu, il y a quelques années, pour ne jamais demander aucune fondation, ayant remarqué la providence particulière de Dieu sur nous, en nous établissant elle-même, sans notre entremise, en tous les lieux où nous sommes établis ; en sorte que nous pouvons dire que nous n’avons rien que N.-S. ne nous ait offert et donné, voire même celle-ci, dont je vous parle ; et c’est la cause pourquoi, Monseigneur, vous m’avez vu si retenu en ce point toutes les fois qu’il s’est présenté quelque occasion en laquelle il fallait que j’agisse ; et Dieu sait qu’il n’y a point de prélat sur la terre auquel N.-S. nous donne plus d’affection d’être qu’à vous, Monseigneur, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

Je pense, Monseigneur, vous avoir déjà parlé de cet affaire.

1312. — A RENé ALMéRAS, SUPéRIEUR, A ROME

13 janvier [16511].

Je vous prie d’assurer M. Authier de trois choses : la première, que je n’ai jamais dit ni fait aucune chose

Lettre 1312. — Reg. 2, pp. 86 et 231. Le second fragment commence aux mots Quant à ce que vous dîtes

1) Le registre I date cette lettre du 13 janvier 1650. Mais, quand on la rapproche de la lettre 1314, qui est elle-même datée du 15 janvier.

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contre lui, ni contre sa sainte congrégation, mais bien le contraire ; 2° que je n’ai point su l’affaire de M. Deslyons qu’après que Monseigneur le nonce (2) eût mandé à la Sacrée Congrégation ce qu’il en savait, et que ce fut lui qui me dit la chose ; la troisième est que je ne célèbre jamais la sainte messe que je ne prie Dieu pour sa compagnie en la préparation et au Memento, et que je la nomme toujours à Notre-Seigneur avant la nôtre chétive ; et de cela je vous donne pouvoir de lui faire serment devant Dieu, en la présence duquel je vous dis ceci.

Quant à ce que vous dites, que la vie vous est ennuyeuse et pesante, certes je n’en doute pas ; car il y a longtemps que vous portez votre croix et que vous combattez la nature, qui, se trouvant abattue, vous cause ce dégoût ; mais il ne lui faut pas adhérer ; c’est une paresseuse qui craint la peine et qui tend à vous ôter le mérite de la souffrance, lequel sera d’autant plus grand qu’elle sera longue. Notre-Seigneur disait lui-même qu’il était triste jusques à la mort, se trouvant dans les appréhensions de ce qu’il avait à souffrir. Vous êtes maintenant en état d’honorer le sien dans ce frémissement de la partie inférieure, ainsi que vous faites toujours dans la soumission de la partie supérieure à la volonté du Père éternel. Puisque vous savez le moyen de vous porter mieux, au nom de Dieu, servez-vous-en. N’entreprenez rien par-dessus vos forces, ne vous empressez point, ne prenez pas trop les choses à cœur, allez

1651, on s’aperçoit sans peine que toutes deux ont été écrites à peu de jours d’intervalle. Sont-elles toutes deux de 1650 ou de 1651 ? Deux motifs nous portent à choisir la seconde solution ce qui est rapporté ici de la santé de René Alméras correspond à ce qu’en dit la lettre 1307 ; de plus de ces deux distractions : écrire "13 janvier 1650" le 13 janvier 1651, ou "15 janvier 1651" le 15 janvier 1650, la première est beaucoup plus vraisemblable que la seconde.

2) Nicolas Bagni

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doucement, ne vous appliquez ni longtemps ni fortement, et enfin déchargez-vous de toute autre chose que de la direction et de ce que vous pourrez faire par divertissement. Je vous prie de ne recevoir chez vous, ni donner ou prêter de l’argent à aucun qui aura été ou que vous penserez être de la compagnie, s’il n’a son obédience, ou lettre expresse de son supérieur. C’est une prière que je fais à toutes nos maisons pour cause.

1313. — A JEAN BARREAU, CONSUL DE FRANCE, A ALGER

15 janvier 1651.

Votre dernière lettre, qui est du mois d’octobre, nous a donné de grands sentiments de tendresse et de consolation, voyant que votre patience ne se lasse et ne s’étonne point, mais que vous acquiescez humblement à la peine présente et à tout ce qu’il plaira à Dieu en ordonner pour l’avenir. Nous l’avons déjà remercié d’une si grande grâce, et nous continuerons de lui demander instamment votre délivrance.

Le roi a été absent de Paris pendant six ou sept mois (1), et, à son retour, nous avons fait nos efforts pour vous procurer ce bien. Enfin il a été résolu qu’il en sera écrit à Constantinople et que le roi fera plainte à la Porte de votre emprisonnement et demandera que les articles de paix et d’alliance accordés par Henri IV avec le Grand Seigneur en l’année mil six cent quatre (2)

Lettre 1313. — Abelly, op. cit., 1. II, chap.I, sect. VII, § 3, p 104

1) Mazarin l’avait conduit en Normandie, en Guyenne et en Bourgogne, pour pacifier les provinces révoltées. Le roi, parti au mois de juin, était rentré à Paris le 15 novembre.

2). Sur ce traité voir Boutin Abel, Les traités de paix et de com-

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soient exécutés, et, ce faisant, que les Turcs aient à cesser leurs courses sur les Français et à rendre les esclaves qu’ils ont ; autrement, que Sa Majesté se fera justice. Nous tiendrons la main à cette expédition, Dieu aidant ; ce sera à sa providence à faire le reste ; et j’espère que tout ira bien, si nous nous abandonnons à elle avec confiance et soumission, comme vous faites par sa grâce. Et peut-être qu’elle nous sera si propice que de vous tirer de prison et d’embarras par quelque plus courte voie que celle de Constantinople ; car ou le bacha, qui est votre partie, s’adoucira, ou il arrivera quelque changement ou rencontre d’affaires qui produira ce bon effet (3).

1314. — A CHRISTOPHE D’AUTHIER

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je vous fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance ; je vous supplie de l’avoir agréable, d’autant plus que c’est avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles ; à quoi je prends la confiance d’ajouter, Monsieur, que je n’ai en rien contribué à la difficulté que M. Deslyons a trouvée en son

merce de la France avee la Barbarie, 1515-1830, Paris, 1902, in-8°, p. 278.

3) Jean Barreau ne tarda pas à sortir de prison. Dès qu’il sut qu’on allait envoyer à Alger, pour le remplacer, un autre pacha du nom de Mahomet, le pacha Mourath, préférant toucher lui-même la rançon du consul que la laisser à son successeur, se contenta des 350 piastres qu’offrait le prisonnier Le consul était resté en prison pendant sept mois. (Abelly, Ibid). Lettre 1314. — Reg. 1, f° 41 v°, copie prise sur l’original "signé et apostillé"

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affaire ; je ne savais pas seulement qu’il eût aucune pensée sur l’évêché de Babylone, jusqu’à ce que Monseigneur le nonce me dît par occasion, ces jours passés, qu’il avait reçu une lettre de la Sacrée Congrégation sur ce sujet et qu’il y avait fait réponse. Je serais encore à savoir aussi que vous, Monsieur, avez obtenu ci-devant le décret pour cet évêché, si M. Alméras ne me l’avait mandé, l’ayant appris de vous. Je vous dis plus : je n’ai jamais fait, ni dit aucune chose contre votre sainte congrégation ; au contraire, Dieu m’a toujours donné du respect pour elle et un’grand désir de la servir. Et pour témoignage de ce, je n’ai jamais célébré la sainte messe, depuis que j’ai eu connaissance de son érection, que je ne l’aie recommandée à Dieu, deux fois actuellement, l’une en la préparation et l’autre au Memento, à ce que sa divine bonté la fasse saintement prospérer et l’accompagne de ses bénédictions en son intention et en ses emplois, la nommant même plus tôt que la nôtre, parce qu’en effet je l’estime davantage. Je parle chrétiennement, Monsieur, et en la présence de Dieu, qui sait que je dis la vérité. Et afin que vous n’en doutiez pas, donnez-moi, s’il vous plaît, les occasions de vous le faire voir autrement que par paroles ; employez-moi pour le service de votre congrégation ; j’espère que Notre-Seigneur me fera la grâce de m’y porter avec toute la vigueur que l’œuvre de Dieu requiert ; c’est ainsi que je nomme ce qui va au bien d’une compagnie dédiée à sa plus grande gloire, comme est la vôtre ; et alors le père et les enfants me feront peut-être l’honneur de croire que je suis de tous en général et de vous en particulier, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre…

VINCENT DEPAUL.

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1315. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

Je vous ai prié d’aller faire la visite à Luçon où M. [Lucas] est présentement supérieur et M. [Chiroye] n’est qu’assistant. J’avais prié le premier d’envoyer quelqu’un aux villages de M. de la Marguerie, au diocèse d’Angoulême. Il m’a mandé que Monseigneur de Luçon (1) ne le trouve pas bon. Ces deux Messieurs ont coutume d’en user ainsi quand je leur écris quelque chose. Faites-leur sentir, s’il vous plaît, qu’ils n’en doivent pas user de la sorte en quoi que ce soit. Je suis assuré que Monseigneur est si bon qu’il ne désagréera pas ce dont je les prierai, pourvu qu’ils lui disent dans l’esprit qu’ils doivent.

1316. — EDME DESCHAMPS, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

[Décembre 1650 ou janvier 1651] (1)

Nous avons aujourd’hui accompli à la lettre ce que Jésus-Christ a dit dans l’évangile, d’aimer et de bien faire à ses ennemis, ayant fait enterrer ceux qui avaient ravi les biens et causé la ruine de nos pauvres habitants et qui les avaient battus et outragés (2). Je me tiens trop heureux d’avoir eu le

Lettre 1315. — Reg. 2, p. 102.

1) Pierre de Nivelle.

Lettre 1316. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI sect. III, 1er éd., p. 402.

1) Voir note 2.

2). L’armée de Turenne, battue par l’armée royale en décembre 1650 près de Saint-Etienne et de Saint-Souplet, avait laissé sur le terrain plus de quinze cents tués. Les cadavres, restés sans sépulture, remplissaient l’air d’infection. A cette nouvelle, saint Vincent écrivit à Edme Deschamps, qui secourait les pauvres du voisinage, de se rendre de suite sur les lieux pour faire enterrer les morts.

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bien de vous obéir en une chose qui est particulièrement recommandée dans l’écriture Sainte. Je dirai pourtant que ces corps qui étaient épars çà et là dans une grande campagne, nous ont donné beaucoup de peine o ramasser, à cause que le dégel qui est venu sur la fin, nous a un peu incommodés. En quoi nous voyons que Dieu a favorisé cette pieuse entre prise par le grand froid qui l’a accompagnée ; car, si c’était à recommencer, à présent que le dégel est venu, il n’y a personne qui voulût s’y engager pour mille écus, et cependant il ne nous a coûté que trois cents livres. Et par ce moyen ces pauvres corps, qui doivent tous un jour ressusciter, sont maintenant ensevelis dans le sein de leur mère ; et toute la province en a une obligation particulière aux personnes charitables qui ont contribué à cette bonne œuvre, outre la couronne que Dieu leur prépare dans le ciel pour récompense de leur vertu.

1317. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

[1650 ou janvier 1651] (2)

Il n’y a point de langue qui puisse dire, ni d’oreille qui ose entendre ce que nous avons vu dès le premier jour de nos visites : presque toutes les églises profanées, sans épargner ce qu’il y a de plus saint et de plus adorable ; les ornements pillés ; les prêtres ou tués, ou tourmentés, ou mis en fuite ; toutes les maisons démolies ; la moisson emportée ; la terre sans labour et sans semence ; la famine et la mortalité presque universelles ; les corps sans sépulture et exposés pour la plupart à servir de curée aux loups ; les pauvres qui restent de ce débris, réduits à ramasser par les champs quelques grains de blé ou d’avoine germés et à demi pourris, dont ils font du pain, qui est comme de la boue, et si malsain, qu’ils en sont presque tous malades. Ils se retirent dans des trous ou des cabanes, où ils sont couchés à plate terre, sans linge ni habits, sinon quelques méchants lambeaux dont ils se couvrent ; leurs visages sont noirs et défigurés ; et avec cela leur patience est admirable. Il y a des cantons tout déserts, dont les habitants qui ont échappé la mort sont allés au loin chercher

Lettre 1317. — Abelly,- op cit 1. II, chap. XI, sect. II, 1er éd., P 395

1) Des prêtres de la Mission "envoyés du côté de Reims, Rethel, etc." dit Abelly.

2). Ces lignes ont été publiées dans la Relation de janvier 1651.

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1318. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT

A Mercuès, ce 25 janvier 1651.

Monsieur,

J’ai cru vous devoir informer en particulier de l’accident qui m’arriva ces fêtes de Noël à Cahors. Je vous dirai que, mon vicaire général m’ayant fait consulter à quatre médecins de la ville, celui qui nous sert d’ordinaire en ayant fait le rapport aux autres, et de la quantité du sang que j’avais rendu, ils demeurèrent d’accord qu’il était arrivé par la rupture d’une veine dans le poumon, laquelle demeurait ouverte après trois effusions diverses, èsquelles j’avais perdu beaucoup de sang, j’en devais mourir ; et étant venus tous quatre à l’évêché comme j’étais sur le point de prendre mon carrosse pour m’en venir ici, ils m’annoncèrent publiquement la mort en bonne compagnie, car ils n’appréhendèrent pas seulement que cette veine ne se refermât pas, mais encore qu’après s’être fermée il se fit un ulcère, comme il arrive d’ordinaire, qui causerait enfin la mort. Néanmoins il est arrivé tout le contraire, car cette plaie s’est refermée sans aucun ulcère ; et certes j’en devais mourir non seulement par ces raisons, mais encore par les grands efforts que je fis à crier pour faire venir quelqu’un la nuit de Noël, après être revenu de Matines, lorsque je rendais le sang en abondance. Notre-Seigneur sans doute m’a voulu laisser la vie pour réparer les fautes que j’ai commises en ma charge, et faire pénitence de mes péchés.

Voilà ce qui a donné sujet à envoyer des courriers extraordinaires pour demander notre évêché et encore notre abbaye, à ce que j’appris ; et ce bruit avait tellement préoccupé les esprits qu’ils ne pouvaient perdre cette opinion, quoique j’aie toujours signé toute sorte d’expéditions.

Cet accident n’a pas eu les suites que les médecins avaient cru ; mais ils demeurent tous d’accord qu’il y a beaucoup à craindre, au moins jusqu’après l’automne, que le même accident ne m’arrive encore, si je fais ou souffre aucune violence

Lettre 1318. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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du corps ou de l’esprit. C’est pourquoi ils m’ont ordonné de me tenir dans un grandissime repos ; ce que j’ai fait jusques ici, n’étant sorti que pour aller dire la messe tous les jours à notre chapelle, et à la salle, depuis peu de jours, quand il vient des personnes de condition. le continuerai selon leur avis.

Cependant, parce qu’il y a toujours du danger, j’ai cru qu’il était nécessaire d’en informer la reine, comme je vous en supplie, et faire ressouvenir Sa Majesté que, prenant congé d’elle l’an 1646, je la suppliai très humblement, lorsqu’elle apprendrait la nouvelle de ma mort, de vouloir faire choix d’une personne apostolique pour mettre en mon évêché ; ce que Sa Majesté me promit et réitéra la promesse. Je crois qu’il vous souviendra que je vous en fis le récit.

Je ne vous saurais dire l’étonnement et le déplaisir de tous les gens de bien de mon diocèse lors de cet accident, non pas peur de perte de moi, ô Dieu ! nenni, mais pour l’appréhension ou de demeurer longtemps sans avoir d’évêque, ou d’en avoir quelqu’un qui s’attacherait plutôt à jouir des grandeurs de cet évêché, que de maintenir le bien qu’il a plu à Dieu d’établir dans ce diocèse, qui demanderait un évêque qui soit plus qu’homme. Je vous prie, au nom de Dieu, d’en reporter bien l’importance à la reine, et que c’est un des plus grands services qu’elle saurait faire à Notre-Seigneur, que d’y mettre un apôtre, quand il plaira à Dieu nous retirer de ce monde ; que j’en conjure Sa Majesté par la Sacrée Passion de notre Sauveur. Je sais bien que je n’ai pas mérité cet effet de sa bonté ; néanmoins puisqu’il lui a plu me le promettre, j’espère qu’elle me l’accordera, d’autant plus volontiers que je crois qu’elle y est obligée, ainsi qu’elle-même me dit, lorsque je lui fis cette supplication. Elle peut se réserver absolument la disposition de cet évêché, et, si cela arrive pendant la minorité du roi, la lui demander. J’offre sans cesse mes prières à Dieu pour la conservation de Sa Majesté. Si elle m’accorde cette grâce, elle m obligera à les redoubler.

Je vous prie aussi de lui représenter comme quoi le feu roi a laissé aux religieux l’élection de l’abbé de Chancelade, afin que, si on la lui demande, ainsi que j’ai appris qu’on a fait, elle les renvoie et die qu’elle la conserve au chapitre de ladite abbaye.

Je vous conjure de ne dire à personne, ni au Père Vitet, ni à notre official, ce que je vous écris de cet accident. Je vous demande aussi de tout mon cœur cet effet de votre affection en mon endroit, que si vous entendez dire que cet accident me soit arrivé derechef et m’ait emporté, que vous alliez tout incontinent trouver Sa Majesté pour la sommer de [tenir] sa

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promesse et employer tout votre crédit pour faire en sorte que mon évêché soit pourvu d’une personne qui ait toutes les qualités que je lui souhaite, pour conserver aux religieux de Chancelade l’élection et nomination de l’abbé.

Obligez-moi de me mander ce que la reine vous aura dit quand vous lui aurez parlé ; et, s’il vous plaît, que ce soit dans une lettre particulière, afin que je la puisse garder et m’en servir en temps et lieu.

Et parce que vous avez la bonté de me recommander de me conserver, je vous dirai que j’en ai jusqu’à présent tout le soin qui se peut, par l’avis des médecins, que je suis absolument ayant pris tous les remèdes qu’ils m’ont ordonnés. Il est vrai que je les ai priés de me laisser vivre comme j’avais accoutumé ; ce qu’ils ont fait, si ce n’est qu’ils m’ont ordonné de prendre un cordial au commencement du repas, et un peu de fruit à la fin, et d’ajouter deux heures de sommeil.

Après tout si faut-il mourir de quelque accident en faisant nos fonctions ; car autrement je vous assure que je crois que je vivrais plus d’un siècle. Je suis dans la 58e année et vous puis assurer avec vérité que je n’ai jamais eu plus de santé qu’à présent, hors de cet accident, plus de force et de vigueur pour travailler et souffrir toute sorte de travail et de fatigue. Dieu nous donnera selon son bon plaisir, que nous adorerons toujours avec sa grâce et nous y soumettrons entièrement et dirons avec l’Apôtre : "Mihi vivere Christus est et mori lucrum." Je le supplie qu’il vous continue ses grâces en parfaite santé, comme étant, Monsieur…

ALAIN,

év de Cahors.

1319. — AU COMTE DE CHAVIGNY

Monseigneur,

La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !

Je prends sujet, à cette nouvelle année, de vous renouveler les offres de mon obéissance et de la donation perpétuelle que je vous ai faite de mon chétif

Lettre 1319. — D’après l’original, communiqué par M L. Azzolini, de Rome.

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cœur, et cela avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je vous supplie, Monseigneur, de l’avoir agréable.

J’apprends tous les jours, Monseigneur, les progrès que vous faites en la vie exemplaire que vous avez commencée depuis si longtemps et que vous avez continuée avec tant de succès que la bonne odeur en vient jusques à nous ; dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il sanctifie votre chère âme de plus en plus.

Je vous envoie une relation de l’état pitoyable auquel sont réduits les pauvres gens de la frontière de Picardie et de Champagne (1) Je ne doute point que votre cœur miséricordieux n’en soit beaucoup touché et attendri. Je le suis toujours au souvenir de ! votre chère personne, laquelle je présente souvent à Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monseigneur Monseigneur le comte de Chavigny.

1320. — A QUELQUES éVêQUES DE FRANCE (1)

Février 1651.

Monseigneur,

Les mauvais effets que produisent les opinions du temps ont fait résoudre un bon nombre de Nosseigneurs

1) Probablement la nouvelle Relation du mois de janvier 1651, contenant l’état des pauvres de Champagne et Picardie, où les armées ennemies ont campé, et de ce qui s’est fait pour leur soulagement, court récit de quatre pages in-4°.

Lettre 1320. —, Abelly, op. cit., 1. II, chap. XII, p. 418.

1). Les évêques d’Alet, de Cahors, de Pamiers, de La Rochelle,

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les prélats du royaume d’écrire à N. S. P. le Pape pour le supplier de prononcer sur cette doctrine. Les raisons particulières qui les y ont portés sont : premièrement, que par ce remède ils espèrent que plusieurs se tiendront aux opinions communes, qui sans cela pourraient s’en écarter, comme il est arrivé de tous, quand on a vu la censure des deux chefs (2) ; secondement, c’est que le mal pullule, parce qu’il semble être toléré ; troisièmement, on pense à Rome que la plupart de Nosseigneurs les évêques de France sont dans ces sentiments nouveaux, et il importe de faire voir qu’il y en a très peu ; quatrièmement enfin, ceci est conforme au saint concile de Trente, qui veut que, s’il s’élève des opinions contraires aux choses qu’il a déterminées, on ait recours aux Souverains Pontifes pour en ordonner (3). Et c’est ce qu’on veut faire, Monseigneur, ainsi que vous verrez par la même lettre (4), laquelle je vous envoie, dans la confiance que vous aurez agréable de la signer, après une quarantaine d’autres prélats qui l’ont déjà signée (5), dont voici la liste..

de Luçon, de Boulogne et quelques autres, dit le P. Rapin (Mémoires, éd Aubineau, t. I p. 318). Nous savons par saint Vincent lui-même que la lettre fut aussi adressée à l’évêque de Dax. (Cf. lettre 1341)

2). Voir lettre 867.

3). Sess. XXV, chap. XXI. "Quod si… aliqaua difucultas oriatur aut aliqua inciderint, quae declarationem… aut definitionem postulent, praeter alia remedia in hoc concilio instituta, confidit sancta Synodus beatissimum Romanum Pontificem curatorum ut, vel evocatis ex illis praeserlim provinciis unde difficultas orta fuerit, iis quos eidem negotio tractando viderit expedire, vel etiam Concilii generalis celebratione, si necessarium judicaverit, vel commodiore quacumque ratione ei visum fuerit, provinciarum necessitatibus pro Dei gloria et Ecclesiae tranqouillitate consulatur."

4). Cette lettre avait pour auteur Habert, évêque de Vabres. Une traduction française du texte latin a été publiée dans la Collection des Procès-verbaux des Assemblées Générales du Clergé de France, Paris, 1767-1780, 9 vol. in-f°, t. IV, p. 39 et suiv.

5). Grâce au zèle de saint Vincent et du P. Dinet, quatre-vingt-cinq évêques avaient signé la lettre quand elle fut envoyée à Rome.

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1321. — A GABRIEL DELESPINEY, SUPéRIEUR, A TOUL

4 février 1651.

Je vous supplie de prier Dieu qu’il me pardonne toutes les abominations de ma vie passée et particulièrement de cette dernière année.

1322. —. N***

5 février 1651.

Vincent de Paul parle dans cette lettre des missionnaires et des Filles de la Charité envoyés en Picardie et en Champagne pour venir en aide aux malheureux habitants de ces provinces. *(1)

1323. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

(Février 1651) (1)

Il a été donné une sentence sur les informations de la vérité de l’exposition de l’enfant mentionné dans l’exploit signifié que j’envoyai hier à votre charité pour faire voir aux dames. Maintenant nous avons besoin d’avis pour l’exécution de cette sentence, à cause que nous avons à faire à forte partie. La chose la plus facile est de faire prendre les chevaux allant à l’abreuvoir. J’avais pensé, mon très honoré Père si vous ne treuveriez point à propos que nous allassions prendre avis de Monsieur le procureur général (2), j’entends une de nos sœurs ;

Lettre 1321. — Collet, op. cit., t. II, p. 96.

Lettre 1322. — Collet, op. cit., t. I, p. 482.

1) De la correspondance échangée entre saint Vincent et les autorités civiles ou ecclésiastiques, à l’occasion des secours envoyés de Paris, il ne reste malheureusement que fort peu de lettre. On lit dans les Mémoires de Oudard-Coquauld, bourgeois de Reims (p. 216) : "Le 26 février 1651 conclu a été qu’il sera écrit de la part de la ville à M. Vincent, qui s’emploie aux charités qui se font à Paris, pour distribuer aux nécessités des pauvres de cette province, pour lui représenter la nécessité du pays et le supplier de continuer ses sollicitudes." Cette lettre n’est sans doute pas la seule que la ville de Reims ait envoyée au saint.

Lettre 1323. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Nicolas Fouquet, né à Paris le 27 janvier 1615, devint procureur général du parlement de Paris en 1650 et surintendant des finances en 1653. Accusé de concussion et arrêté à Nantes le 5 septembre 1663, il fut jugé, condamné à la prison perpétuelle et enfermé au château de Pignerol, où il mourut en mars 1680. Il se rapprocha

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ou si, pour les affaires semblables que l’on pourra avoir a l’avenir, il ne serait point mieux que Godefroy, l’un des sergents de votre justice (3), y allât et fît entendre toute cette présente affaire. Nous sommes un peu pressées de cela, à cause que la mère de l’enfant est avec ma sœur Geneviève (4) et nous craignons qu’elle ne nous échappe ; et aussi que le sieur père y veut trouver invention de se tirer de cette affaire par son pouvoir ; l’état de cette pauvre créature serait déplorable.

Nous sommes aussi bien pressées de. cette pauvre fille, qui nous tient toujours en crainte. Je vous supplie très humblement prendre la peine d’en parler à Monsieur Portail ; et, si vous le jugez à propos, pour avoir plus de connaissance de la vérité de ses déportements, nous ferons venir ma Sœur Marie et celle de St-Nicolas (5), d’avec laquelle elle sort présentement, et vous irons treuver, avec ma sœur Julienne (6) le jour et l’heure que vous nous l’ordonnerez, pour faire toute chose avec plus de sûreté et charité.

Donnez-nous, s’il vous plaît, votre sainte bénédiction, puisque je suis, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée servante.

L. DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1324. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 13 février 1651.

Monsieur,

J’ai reçu vos deux lettres des 28 janvier et 7 du courant par le dernier courrier. Je vous priai, comme je fais encore, de presser le Père Vitet d’aller au plus tôt à Chartres et faire exécuter promptement notre bref, et ne s’arrêter à faire des consultes sur ce qui peut arriver au parlement ; car, s’il arrive

de Dieu dans ses dernières années et composa même des livres de dévotion. (Cf. J. LairNicolas Fouquet, Paris 1890, 2 vol. in-8.)

3). Saint-Lazare avait droit de haute, moyenne et basse justice.

4). Sœur Geneviève Poisson.

5). Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

6). Julienne Loret.

Lettre 1324. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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que le parlement en veuille connaître nous aurons recours au Conseil qui est juge-né pour connaître des affaires de règlement de juges. Mais je ne crois pas que cela arrive, car nos parties y ont renoncé, aussi bien que nous. Ainsi il faut de nécessité prendre la voie que nous prenons.

Je vous ai prié, comme je fais encore, de prendre garde à l’esprit du Père Vitet, lequel certainement est étrange et fâcheux. S’il ne vous parle plus de ces inconvénients du parlement, renvoyez-le et pressez-le tout autant qu’il se peut, pour avoir promptement une sentence de Mgr de Chartres (1) ; ce qui est absolument nécessaire, moi étant en cause, avant faire la démission de l’abbaye ; et même il est nécessaire que lui et le Père Parrot y soient lors de l’élection. Ainsi je vous conjure, au nom de Dieu, de le presser fort d’avoir bientôt sentence, et néanmoins ne leur dire ni témoigner aucune chose de cette démission et élection, étant très important que personne ne le sache que lorsqu’il faudra procéder à ladite élection.

Je vous renvoie les trois copies de lettres adressantes à Notre Saint-Père le Pape, signées de Messeigneurs de Sarlat (2) de Périgueux (3) et de moi, lesquelles je baisai par respect en les recevant.

Hier je reçus un gros paquet adressant à moi, et, l’ayant ouvert, je trouvai que c’était un libelle diffamatoire contre ladite lettre, lequel on adresse à tous Messeigneurs les prélats. C’est l’esprit de l’hérésie, qui ne peut souffrir les justes corrections et réprimandes et se jette incontinent avec violence dans les calomnies. Agréez que je vous die sur ce sujet que, me trouvant il y a quatre ou cinq ans, à Toulouse où était aussi Mgr l’évêque de Lombez (4), dans les visites que nous rendîmes il me témoigna qu’il était ennemi mortel de la doctrine de Jansénius et de ces nouvelles opinions. C’est un prélat savant, et, à mon jugement, il aura grand plaisir de signer cette lettre. Ainsi si vous preniez la peine de l’envoyer à Mgr de Pamiers (5) qui est son voisin et de même archevêché, et le prier d’avoir soin de lui faire signer, et une autre pour Mgr d’Alet (6) je pense qu’ils le feront.

1) Jacques Lescot, commissaire délégué pour régler le différend pendant entre l’abbaye de Sainte-Geneviève et celle de Chancelade.

2). Nicolas Sevin.

3). Philibert de Brandon.

4). Jean Daffis (1628-1655).

5). François Etienne Caulet.

6). Nicolas Pavillon.

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Enfin nous voici aux mains et où j’ai toujours cru qu’il en fallait venir. Il les faut pousser jusques au bout.

Vous me mandez par la votre du 7 du courant de me conserver et de suivre l’avis du médecin. Je l’ai fait jusqu’à présent, et ils en sont contents et ne demandent si ce n’est que je continue. Je vous assure que je le ferai, avec l’aide de Dieu, quand ce ne serait que pour me trouver dans le combat que je prévois qu’il faudra avoir. Quand je n’aurais que peu de vie, je veux la conserver pour cela, et j’espère qu’avec l’aide de Dieu nous les vaincrons.

Je voudrais qu’on renvoyât une des lettres à Mgr de Maillezais (7) ; car je sais bien qu’il est dans le bon sentiment..Mgr de Bordeaux (8) pourrait la lui faire signer.

Il faut que je vous die que j’ai reçu avec douleur une lettre du prieur de Sablonceaux (9) par laquelle il me conjure de leur donner une visite, laquelle il croit nécessaire au bien du diocèse de Saintes et au soulagement de son digne prélat (10), entouré par les jansénistes qui y sont en vogue, et qu’il y court déjà des Heures à la janséniste. Voilà les termes de sa lettre. Je ne comprends pas bien ces paroles "au soulagement de son digne prélat", s’il est de ce parti ou non. Oh ! que mon diocèse est heureux ! car je vous assure que nous vivons dans une si grande ignorance qu’on ne sait que c’est de Jansénius ni de son parti.

Je fais prier Dieu sans cesse pour le roi, la reine et la paix. Je redoublerai, sur l’avis que vous me donnez pour les affaires publiques, vous priant me croire toujours, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

1325. — A ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS

De Paris, ce 18 février 1651.

Monseigneur,

J’ai grande joie de ce que votre santé va croissant,

7) Jacques Raoul de la Guibourgère.

8) Henri de Béthune.

9) Ce monastère dépend. ait de l’abbaye de Chancelade.

10) Louis de Bassompierre.

Lettre 1325. - — M s. — Arch. du chapitre de Cahors, fonds Massabie, liasse 3, n° 2, original. Le post-scriptum est de la main du saint.

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et un extrême souhait que Dieu vous donne des forces assez pour continuer vos bons services à son église encore un demi-siècle ; c’est la grâce que je lui demande souvent ; et la plus instante prière que je vous puisse faire, Monseigneur, est celle de vous ménager pour contribuer vous-même à votre conservation (l).

Je me réjouis encore de ce que l’état de l’affaire de vos religieux de Chancelade a de l’avantage sur l’exploit que ceux de Sainte-Geneviève leur ont fait signifier, comme aussi de ce que Monseigneur de Chartres (2) été nommé commissaire. Je me suis donné l’honneur de lui écrire, de le supplier d’accepter le Bref de Sa Sainteté et d’avoir pour recommandé l’intérêt desdits religieux de Chancelade, desquels je lui ai rendu tous les bons témoignages que je dois à leur vertu et à l’utilité de leur congrégation.

Et selon le commandement que vous m’avez fait de voir la reine de votre part, je l’ai fait, Monseigneur, et Sa Majesté a reçu fort agréablement les nouvelles de votre santé et de votre résolution ; elle m’a dit que vous choisissiez telle personne que vous jugerez la plus capable et la plus propre à ce dessein, et qu’elle lui fera donner la confirmation du roi.

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous fasse connaître sa très sainte volonté. Je suis de toute la mienne, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Je ne sais, Monseigneur, si M. l’abbé de St-Astiers (3) a

1) Voir lettre 1318.

2). Jacques Leseot.

3) Gabriel de la Haume de Foursat, abbé de Saint-Astier, au diocèse de Périgueux (1631-1655).

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l’honneur d’être connu de vous ; il travaille beaucoup pour l’église de Dieu.

Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’évêque et comte de Cahors

1326. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 1er mars 1651

Monsieur,

Je vous suis très obligé de ce qu’il vous à plu d’écrire à Monseigneur de Chartres (1) et parler à la reine de ce que je vous avais écrit, et vous en remercie très affectueusement. Si mon zèle et mon affection pour le service de Sa Majesté pouvaient croître, je ne pourrais avoir un motif plus puissant que les bontés qu’elle me témoigne ; et puisqu’elle a bien voulu se remettre à moi pour le choix de celui qui me doit succéder, et que d’icelui dépend le salut de tant d’âmes et le mien propre, je crois que je dois faire faire beaucoup de prières pour ce sujet, comme je ferai, et vous demande, pour cet effet, les vôtres et de ceux de votre compagnie, ensemble le secret et qu’âme du monde n’en sache rien. Après cela, je vous en écrirai.

Je fais ce que vous me mandez pour la conservation de notre santé, qui est fort bonne, grâces à Dieu ; mais je vous prie aussi d’avoir soin de la vôtre et de vous souvenir que vous me l’avez promis, et surtout d’avoir toujours du feu dans votre chambre ; car il n’y a rien qui vous soit plus contraire, et à moi que le froid, à raison des grands froids que nous avons..j’en écris exprès à M. des Vergnes, mon official, de savoir comment vous vous ménagez et de m’en rendre compte Cependant croyez-moi, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

Lettre 1326. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

1) Jacques Lescot.

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1327. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

4 mars 1651

Vous me confirmez dans l’espérance que Dieu bénira votre séminaire et qu’au défaut de celui de Saint-Lazare il fournira des ouvriers à nos autres maisons. Nous sommes plus retenus que par le passé à recevoir les postulants qui se présentent, particulièrement les jeunes, parce qu’il y en a très peu qui se donnent à Dieu de la bonne sorte.

1328. — A MARC COGLéE

De Paris. ce 8 de mars 1651.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je dois réponse à deux de vos lettres et louanges à Dieu de la santé de vos malades et des grâces dont il bénit votre conduite. Je satisfais à la première par la présente et prie Notre-Seigneur qu’il satisfasse à la seconde, qu’il vous confirme tous en la bonne disposition qu’il vous donne, et vous continue ses bénédictions.

Je ne croyais pas tarder un si long temps à vous envoyer le prêtre dont vous avez besoin. La cause de ce retardement est la désolation des frontières de Picardie et de Champagne, où nous avons 16 ou 18 personnes, qui travaillent au soulagement des peuples, particulièrement le prêtre que nous vous avions destiné ; et il faudra

Lettre 1327. — Reg. 2, p. 43.

Lettre 1328. — L. s. — Dossier de Turin, orignal.

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les y laisser jusqu’à ce que la saison adoucie modère les misères de ce pays-là. Cependant je vous prie, Monsieur, de couler le plus doucement que vous pourrez, laissant les choses comme elles sont. Peut-être vous enverrons-nous bientôt un visiteur, avec lequel vous pourrez parler de tout bouche à bouche et lui faire le changement que vous proposez, s’il est trouvé expédient.

Vous me demandez si un supérieur particulier peut déposer par lui-même les officiers de sa maison. Oui, ceux qu’il a établis, mais non pas ceux qui lui ont été donnés par le général ou par le visiteur, comme l’assistant.

Je souhaite fort que, pour ce coup, vous tâchiez de vous faire dispenser de vous trouver au synode. Voyez si vous avez quelque excuse raisonnable, et la faites savoir à M. le grand vicaire de Reims ; si vous n’en avez pas, vous ne laisserez pas de lui écrire pour le supplier d’avoir agréable que vous continuiez vos assistances à la paroisse, à cause du surcroît de peuple et de malades réfugiés, qui font qu’à peine le petit nombre de prêtres que vous êtes peut suffire.

Vous m’avez grandement consolé des bonnes nouvelles que vous m’avez données de M. le gouverneur (1) C’est une personne qui m’est en singulière considération devant Dieu et pour laquelle sa divine bonté m’a rempli d’estime et de respect. Je vous prie de lui faire un très humble remerciement de ma part du souvenir qu’il a eu de moi, et un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, en reconnaissance du bien qu’il a fait à la Charité.

Nous vous enverrons la légende des saints en deux volumes pour la présenter à M. Demyon. J’ai donné

1) Abraham de Fabert.

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charge qu’on l’achète et qu’on la fasse relier proprement.

J’embrasse votre cœur et votre famille le plus cordialement qu’il m’est possible, priant l’immense bonté de Dieu qu’elle se les rende toujours plus agréables et plus propres à l’avancement de sa gloire.

Nous n’avons rien de nouveau ici. Je recommande à vos prières la petite compagnie et moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, prêtre de la Mission de Sedan, à Sedan.

1329. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

De Paris, ce 15 de mars 1651.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu du bon nombre d’ordinands qui ont fait les exercices chez vous, et des grâces que Dieu leur a faites. Je le prie qu’il leur fasse celle d’en bien user.

La fille de Parthenay est arrivée et Mademoiselle Le Gras l’a reçue en sa petite communauté.

Je vous ai mandé que l’affaire de M. le prieur d’Assay (1) est accrochée et que la nature d’icelle requiert qu’on en sorte par une autre voie, laquelle je vous laisse

Lettre 1329. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Commune située près de Richelieu.

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à penser. Je ne vous répète point ce que je vous en ai écrit, ni le sujet du retour de M. Alméras, qui partira de Rome environ les fêtes de Pâques. Si vous n’avez point parlé de la petite assemblée que nous projetons et à laquelle je vous ai invité, je vous prie de n’en rien dire ; j’omis à vous faire cette recommandation par ma dernière (2).

C’est chose étrange que de M. L… Il est nécessaire qu’il restitue les 13 livres qu’il a prises en mission ; si cela ne se peut sans note aux personnes qui les y ont données, ne laissez pas de les y ôter pour faire justice, et les appliquez à ce que vous jugerez plus convenable. S’il veut sortir, laissez-le aller, mais ne lui donnez du tout rien ; peut-être que, n’ayant de quoi voyager, il demeurera ; et peut-être reviendra-t-il de sa légèreté, surtout si vous lui faites considérer le tort qu’il ferait à la compagnie.

Je suis étonné comme vous que M. Drouard ne vous ait fait réponse, étant véritable que toutes vos lettres lui ont été envoyées. Il sera bon que vous lui écriviez derechef pour lui faire souvenir de cette pauvre famille dont vous me parlez, ensemble des provisions de l’office de notaire. Je ne laisserai pas de lui en dire un mot au premier rencontre. Surtout faites-lui une répétition de ce que vous lui avez mandé touchant les Filles de la Charité, de l’incommodité où elles sont, et combien il est à désirer qu’on assure leur petit fait.] e ne lui dirai rien de cet article, étant plus à propos que vous traitiez cela que moi.

Vous me mandez que vous êtes court de prêtres ;

2). Le saint avait l’intention d’appeler à Paris les principaux supérieurs pour traiter diverses questions concernant l’organisation intérieure de sa congrégation. La réunion eut lieu, ainsi que nous verrons plus loin.

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cela étant, nous tâcherons de vous en envoyer deux dans peu de temps ; mais, en attendant, je vous prie de me faire savoir si vous estimez que M. Pennier (3) soit capable de la conduite de la maison, parce qu’ayant à faire ici de vous, il faut penser sur qui vous vous déchargerez d’icelle. Je sais qu’il a un bon sens et d’autres bonnes parties, mais je ne sais pas bien celles qui lui manquent.

Je suis en peine de ce que l’incommodité de M. Manceau continue et de celle qui est arrivée à notre frère Lejeune (4) ; je prie Notre-Seigneur qu’il leur redonne une parfaite santé et qu’il la conserve à ceux qui la possèdent, particulièrement à vous, Monsieur, en tant qu’il en peut tirer du service pour le bien des âmes et la consolation de la compagnie, en laquelle il n’est rien arrivé de nouveau.

Nous nous portons tous bien ici, grâces à Dieu ; seulement avons-nous cinq nouveaux prêtres, et moi une tendresse sensible à penser à vous et à vous offrir souvent à Dieu, comme je crois que vous faites mon âme, étant en lui au point que je suis, Monsieur, votre humble serviteur

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Suscription. : A Monsieur Monsieur Lambert, prêtre de la Mission, à Richelieu.

3) Denis Pennier, né à Torigni (Manche) le 19 novembre 1619, entré dans la congrégation de la Mission le 12 août 1644, ordonné prêtre le 31 mars 1646, reçu aux vœux en décembre 1646. Il dirigea la maison de Tréguier de 1653 à 1654.

4). Jean Lejeune, frère coadjuteur, né à Meaux le 10 octobre 1630 entré dans la congrégation de la Mission le 28 septembre 1645, reçu aux vœux le 13 novembre 1648.

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1330. — AUX FILLES DE LA CHARITé DE SAINT-ETIENNE-A-ARNES (1)

De Paris, ce 18e mars 1651.

Mes bonnes Sœurs,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !

Je vous fais la présente pour vous demander de vos nouvelles et vous en donner des nôtres. Grâces à Dieu, nous sommes en bonne santé et tout va assez bien tant en votre compagnie qu’en la nôtre. Nous prions souvent Notre-Seigneur pour vous, à ce qu’il vous conserve et vous bénisse dans le grand travail que vous faites. Une chose qui peut beaucoup attirer les grâces de Dieu sur vous et sur votre emploi est l’usage de votre pratique de dévotion, comme l’oraison du matin, ne fut-elle que de demi-heure, les examens particuliers, la lecture spirituelle, les élévations de votre cœur à Dieu et la pureté d’intention en toutes vos actions, paroles et pensées. être fidèles à cela, c’est être véritables filles de Notre-Seigneur ; c’est vous rendre dignes de son amour et marcher sûrement à votre perfection. C’est la grâce que je vous désire et les meilleurs avis que je vous puisse donner. Je ne sais si, à votre départ, je vous ai recommandé ces saintes pratiques. Si je ne l’ai fait, je le fais maintenant, encore que je sache que vous n’en omettez aucune de plein gré et que, dans les tracas et les sollicitudes que vous avez, vous vous remettez sou

Lettre 1330. — L. s. — Original chez les Filles de la Charité de la rue d’Austerlitz, 10, Marseille.

1). Localité des Ardennes, dans l’arrondissement de Vouziers. Louise de Marillac venait d’y envoyer la sœur Guillemine Chesneau et la sœur Jeanne, qui avaient organisé un petit hôpital.

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vent en la présence de Dieu, et cette présence vous fait trouver le temps de vous acquitter du reste chaque jour, autant que le lieu et le service des pauvres vous le permettent. Continuez donc, mes chères Sœurs, d’accomplir la volonté divine en toutes choses ; confiez-vous en lui, offrez-vous à lui, invoquez-le et ne doutez point qu’il ne soit votre force, votre consolation et un jour la gloire de vos âmes

Je suis, en son amour, mes Sœurs, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre indigne de la Mission.

Suscription : A nos chères Sœurs les Sœurs de la Charité qui sont à présent pour l’assistance des pauvres de Saint-Etienne et Saint-Souplet (2).

1331. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 18 mars 1651 (1)

Mon très honoré Père,

Permettez-moi de vous dire que je crois qu’il est nécessaire, pour le soulagement du mal que votre blessure a fait de vous faire tirer du sang du bras de ce côté-là, quand ce ne serait que d’une palette, pour faire révolution du feu qui se peut jeter dessus par le remuement des humeurs fait par les purgations ; mais il me semble absolument nécessaire que vous n’usiez d’aucune saline pour quelque semaine. Voilà une sorte de pommade que j’ai expérimentée être très bonne pour ôter le feu et adoucir le mal. Je voudrais, mon Père, que vous en essayassiez en frottant tout l’endroit où il y en a et mettre par-dessus un linge plié, comme une compresse de trois ou quatre doubles, mouillée dans cette eau, après qu’elle

2) Commune de l’arrondissement de Reims (Marne)

Lettre 1331. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

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aura perdu le grand froid sur quelque peu de cendre chaude. Il faut le changer au moins deux fois le jour. Que si le feu qui est au mal était si grand qu’il fît sécher le linge bientôt, il faudrait le remouiller plus souvent et prendre garde, s’il s’attachait au mal, à ne le pas tirer sans l’humecter, afin qu’il n’écorche rien Mais, au nom de Dieu, mon très honoré Père, n’attendez pas l’extrémité d’un plus grand mal à envoyer quérir Monsieur Pimpernelle, qui me guérit la jambe avec un certain onguent, qui y fit grande plaie et puis la guérit. Peut-être que, si vous vous faites saigner, et usiez 3 ou 4 jours de ce petit remède, que vous n’auriez point besoin d’autre chose. Je le souhaite de tout mon cœur et que votre charité demande miséricorde à notre bon Dieu pour mon âme, à ce qu’elle se puisse retirer de son engourdissement pour le servir plus fidèlement et me pouvoir dire avec plus de vérité mon très honoré Père, votre très obéissante fille et très obligée servante.

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