Correspondance (page 42)
22 mars 1651.
Votre lettre du 29 février m’a apporté une grande joie. Je loue Dieu de tout ce que vous me mandez, particulièrement de la bonté de ces Messieurs et de la douceur avec laquelle ils vous traitent. C’est ainsi que Dieu fait succéder le calme après la tempête. Je le prie qu’il le fasse durer longtemps et vous fasse la grâce de bien. user de la tribulation, quand elle vous arrivera. Vous la devez attendre et vous y préparer en l’état de paix où vous êtes, laquelle n’est jamais si grande qu’on n’ait quelque chose à souffrir. C’est une nécessité à ceux qui servent Dieu, et Notre-Seigneur nous a recommandé de porter la croix chaque jour. Vous en avez plusieurs en votre emploi, pource que vous avez à faire à un grand
Lettre 1332. — Manuscrit de la Chambre des Députés, p. 142.
- 164 -
nombre de personnes du dedans et du dehors ; et comme il est impossible de les contenter toutes, aussi vous donnent-elles sujet d’exercices qui servent à accroître votre mérite à proportion que vous les ferez valoir par votre patience, que je demande souvent à Dieu pour vous et pour nos chères sœurs, que je salue avec vous, et suis…
1333 — AUX ADMINISTRATEURS DU GRAND HOPITAL DU MANS
Paris, 22 mars 1651.
Messieurs,
J’ai reçu votre lettre avec un particulier sentiment de respect et de joie, tant à cause que c’est votre lettre, que pour l’affection que Dieu m’a donnée pour votre service, qui fait que les occasions de vous obéir me seront toujours chères. Avant que vous m’ayez fait connaître votre désir par écrit sur le changement de M. Cornaire, j’avais chargé M. Lucas de lui donner un autre emploi et de mettre à sa place M. Gorlidot (1) pour le service de l’hôpital ; et ce, sur le seul avis que j’avais eu que cela vous serait agréable ; ce qui est maintenant exécuté. Dieu fasse la grâce audit sieur Gorlidot de bien travailler à sa gloire, au salut des pauvres et à votre contentement, et me donne à moi le moyen de vous faire voir combien je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, de tous en général et de chacun en particulier…
Lettre 1333. — Pémartin, op. cit., t. II, p 1. 780.
1). François Gorlidot, né à Charly (Aisne) le 10 janvier 1623, entré dans la congrégation de la Mission le 3 mars 1647 reçu aux vœux le 30 septembre 1649, ordonné prêtre en 1650.
- 165 -
1334. — A UN éVêQUE
[Après 1638] (1)
Hélas !. Monseigneur, que faites-vous de communiquer tant d’affaires importantes (2) à un pauvre ignorant comme je suis, abominable devant Dieu et devant les hommes, pour les innombrables péchés de ma vie passée et pour tant de misères présentes, qui me rendent indigne de l’honneur que votre humilité me fait, et qui certes m’obligeraient de me taire, si vous ne me commandiez de parler. Voici donc mes chétives pensées sur les points de vos deux lettres, que je vous propose avec tout le respect que je vous dois et dans la simplicité de mon cœur.
Je ne puis mieux commencer que par le remerciement que je présente à Dieu de toutes les grâces qu’il vous fait, le priant qu’il se glorifie lui-même des heureux succès de vos fonctions, auxquelles vous vaquez avec tant de zèle et d’assiduité qu’il ne se peut rien davantage…
Je pense que vous n’aurez pas désagréable de savoir que Monsieur l’abbé votre frère est allé faire une petite retraite chez nos prêtres de Richelieu. Le supérieur m’a mandé qu’il a fort édifié cette petite communauté par la dévotion, sagesse et modestie, et que même il a trouvé tant de goût en ses exercices qu’il leur a fait espérer d’aller passer les fêtes de Noël avec eux. Comme je sais, Monseigneur, que vous ne désirez rien tant que de voir vos proches se porter à Dieu, j’ai voulu vous faire part
Lettre 1334. — Abelly, op, cit.,1 III, chap. XI, sect. IV, p. 140.
1). Date de la fondation de la maison de Richelieu.
2) "Une vingtaine de difficultés notables", dit Abelly.
- 166
de cette consolation, qui n’a pas été petite pour moi, voyant qu’en même temps que vous travaillez à établir son service en votre diocèse, lui-même l’affermit et le perfectionne dans votre famille.
1335. — A PHILIBERT DE BRANDON, éVêQUE DE PéRIGUEUX
1er avril 1651.
Monseigneur,
J’ai reçu commandement de Messieurs du Conseil ecclésiastique de vous supplier, comme je fais très humblement, de me faire savoir s’il est vrai que l’abbaye de Châtres (1) de votre diocèse, à présent vacante, a été tenue en confidence (2) par la maison de Peyraux depuis cent ans, comme l’on dit (3) et si le frère du défunt abbé, qui est un de vos curés et pour lequel on poursuit ce bénéfice, a les qualités requises pour icelui. Je leur ferai rapport sur ce que vous me ferez l’honneur de me mander sur ces deux points.
Les diverses lettres que j’ai reçues de plusieurs ecclésiastiques de votre ville et de ceux qui ont le bonheur de vous approcher, Monseigneur, m’ont fait assez connaître que nous sommes tout à fait indignes de rendre service à Dieu sous un si bon prélat que vous êtes (4) ; et quand je pense aux raisons que la Providence
Lettre 1335. — Reg. I, f° 39, copie prise sur la minute "non signée"
1) Commune de l’arrondissement de Sarlat (Dordogne).
2). Convention secrète et illicite par laquelle une personne donne ou fait donner un bénéfice à une autre, tout en s’en réservant elle-même la disposition ou le revenu.
3) La maison de Peyraux tenait l’abbaye de Châtres en confidence depuis le XIIIe siècle.
4). Charles Bayart et Denis Laudin n’étaient à Périgueux que depuis trois mois ; l’évêque les y avait appelés pour leur confier la direction de son séminaire.
- 167 -
a eues de nous faire passer pour tels, je n’en vois point d’autres que mes péchés. C’est pourquoi, Monseigneur, j’espère que vous aurez agréable que Messieurs Bayart et Laudin (5) s’en reviennent, selon l’ordre que je leur en donne. Cela n’empêchera pas que vous n’ayez toujours un souverain pouvoir sur nous et que je n’embrasse avec plus de joie que jamais les occasions que Dieu me donnera de vous complaire et de vous obéir, comme étant en son amour, Monseigneur, votre…
1336. — A BALTHAZAR BRANDON DE BASSANCOURT
1er avril 1651..
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Selon le commandement que vous m’avez fait, je prie
5) Denis Laudin, né à Provins (Seine-et-Marne) le 15 janvier 1622 entré dans la congrégation de la Mission le 21 avril 1647, reçu aux vœux en septembre 1649, ordonné prêtre le 25 décembre 1649 Après son ordination, il demanda à refaire un peu de séminaire interne, ce qui lui fut accordé. C’est de là qu’il vint à Montauban. Nous le trouvons ensuite à Richelieu, où il remplit les fonctions de procureur (1651-1657), puis, toujours en qualité de supérieur, au Mans (1657-1668), à Troyes (1668-1675), à Angers (1675-1679), à Fontainebleau (1679-1690). Il reçut en 1682 le titre de visiteur de la province de Champagne, qu’il garda quatre ans durant. Il quitta Fontainebleau en 1690 pour aller à la maison de Saint-Cyr, dont il devint supérieur l’année suivante. Une grave maladie et l’état de ses yeux le firent rappeler en 1692 à Saint-Lazare, où il fut chargé de la direction des frères. Il y mourut le 12 avril. On trouve dans sa notice (Notices t. III, p. 365 et suiv.) le détail de ses vertus.
Lettre 1336. — Reg. I, f° 41, copie prise sur la "minute apostillée non signée"
1), Balthazar Brandon de Bassancourt, frère et vicaire général de Philibert Brandon, évêque de Périgueux, avait quitté l’emploi de maître des Comptes pour embrasser l’état ecclésiastique. Il fut ordonné prêtre le 21 mai 1633, ainsi que M Olier, et entra peu après dans la communauté dite des Bons-Hommes, où il ne fit pas
- 168 -
Messieurs Bayart et Laudin de s’en revenir au plus tôt, puisqu’il ne plaît pas à Dieu de nous donner grâce pour le service de Monseigneur et celui de son diocèse ; il n’en faut point chercher d’autre raison que celle de mes péchés. J’espère néanmoins deux biens de cette retraite : le premier sera l’occasion d’honorer Notre-Seigneur dans sa parfaite soumission à la volonté de ceux qui le renvoyaient d’un lieu et lui refusaient l’entrée en un autre ; et le second est, Monsieur, le témoignage que je vous rends de ma prompte obéissance. Plût à Dieu que je fusse digne de la vous rendre en chose de plus grande importance ! Je le ferais de toute l’étendue de mon affection. Employez-moi donc librement, s’il vous plaît, en cas que je vous sois utile à quelque chose. Je vous remercie cependant de la charité et du support que vous avez exercés vers nous.
1337. — AUX SUPéRIEURS DES MAISONS DE LA MISSION
[Avril 1651] (1)
Il a plu à Dieu de rendre la compagnie orpheline d’un père qui nous avait adoptés pour ses enfants ; c’est du bon Monsieur le prieur de Saint-Lazare, qui
long séjour Les Conférences des mardis l’attirèrent dès le début il en fut un des membres les plus assidus. Il fut également du petit groupe des ecclésiastiques d’élite qui se rangèrent autour du Père de Condren et partagèrent leur temps entre les missions dans les villes ou les campagnes et la visite des malades dans les hôpitaux. Quand M. Olier commença à jeter les fondements de sa petite communauté à Vaugirard, M. de Bassancourt, séduit par la beauté de la nouvelle institution, alla le rejoindre dans sa solitude. Nul n’était plus apte que lui à former les jeunes clercs aux rites et au culte divin ; aussi M. Olier disait-il en le recevant : "Nous avions besoin de lui, ou du moins nous le souhaitions fort." M de Bassancourt, découragé par les difficultés de l’entreprise, suivit son frère à Périgueux.
Lettre 1337. — Abelly, op. cit.,1 I, chap. XLI, p. 191.
1) Voir note 2,
- 169 -
décéda le jour de Pâques (2) muni des sacrements, et dans une telle conformité à la volonté de Dieu qu’en tout le cours de sa maladie il n’a pas paru en lui le moindre trait d’impatience, non plus que dans ses incommodités précédentes. Je prie tous les prêtres de votre maison de célébrer des messes à son intention et tous nos frères de communier (3).
2). Le 9 avril 1651.
3). Quand il vit que le prieur entrait en agonie, saint Vincent réunit tous les missionnaires de la maison autour de son lit, et là, agenouillé comme les autres il récita à haute voix les prières des agonisants. Après avoir recueilli le dernier soupir du moribond, il demanda aux siens de conserver toujours au fond de leur cœur la plus profonde gratitude envers celui qui venait de les quitter, de prier tous les jours pour lui et d’associer dans un même sentiment de reconnaissance les religieux de l’ancien Saint-Lazare ; puis, s’adressant à Dieu, il le supplia d’appliquer à l’âme du défunt le peu de bien que la congrégation avait pu faire jusque-là. Le saint voulut que les funérailles fussent très solennelles ; et pour que la postérité ne perdît pas le souvenir des bienfaits reçus de M. Le Bon, il fit placer dans la chapelle de Saint-Lazare un châssis de marbre, sur lequel était gravée, au-dessous du portrait du défunt, l’épitaphe suivante :
D. O. M.
Qui jacet hic non hic jacet, alto vivit in axe ;
Tantum animae tumulum liquit in hoc tumulo.
Venerabili Viro D. Adriano Le Bon, Novi Castelli,
Dioecesis Rothomagensis, Presbytero,
Canonico Regulari Ordinis Sancti Augustini,
hujus domus quondam Priori,
qui, cleri juvandi et proctarandae pauperum ruricolarum salutis accensus desiderio,
nos Congregationis Missionis Sacerdotes in hujusce Domus possessionem accivit, an salut. humanae 1632, 6 idus januarii.
Tanti beneficii memores, benefactori nostro de nobis optime merito hocce grati animi perenne monimentum ereximus.
Fuit ejus pietas erga beatam Virginem non vulgaris ;
in pauperes liberalitas vere christiana ;
zelus animarum non mediocris ;
studium missionum, singulare ;
quarum in opere eximia ipsi commendatio est.
Corpus exuit 5° idus April 1651, aetatis 74.
Dic bona verba Bono, pia dicas ossa quiescant,
Hoc tibi qui dicat protinus alter erit.
(Description historique de la ville de Paris et de ses environs, par Pignaniol de la Force, nouv éd, Paris 1765, 10 vol in-12, t III, p 427
Les quatre vers sont de Jacques de la Fosse
Le saint fit dire un grand nombre de messes pour l’âme d’Adrien
- 170 -
1338. — A LOUISE DE MARILLAC
(1651 ou 1652)
…Vous ferez bien aussi de parler à Mademoiselle Viole pour la maison des petits enfants ; mais elle de Saint-Marceau (2) me paraît au bout du monde ; faites chercher dans l’un de ces faubourgs (3).
1339. — LE CARDINAL SPADA (1) A SAINT VINCENT
Rome, 1651.
L’Institut de la congrégation de la Mission, dont vous êtes le fondateur et le chef, acquiert tous les jours de plus en plus du crédit et de la réputation en ces quartiers ; j’en ai reçu grand service dans ma ville et dans tout le diocèse d’Albano, où j’ai vu des fruits extraordinaires sur ces peuples, envers lesquels ces bons prêtres ont travaillé avec tant d’application, de charité, de désintéressement et de prudence, que chacun en est demeuré extrêmement édifié. C’est à moi de vous
Le Bon, tant à Saint-Lazare qu’ailleurs, et il ordonna que chaque année, le 9 avril, jour anniversaire du décès, un service solennel serait célébré dans l’église de Saint-Lazare. (Abelly, ibid.)
Lettre 1338. — Manuscrit Saint-Paul, p. 17.
1). Voir note 3.
2). Faubourg Saint-Marcel.
3). Après l’abandon du château de Bicêtre, Louise de Marillac installa provisoirement une partie des enfants trouvés dans sa maison ; d’autres furent mis en pension dans des familles particulières. Peu de temps après, on en renvoya un certain nombre, les plus grands peut-être, au château de Bicêtre. Dans une assemblée du mois de mai de l’année 1651, les dames de la Charité s’occupèrent de trouver un local pour les autres ; elles finirent par choisir une maison sur la rue du faubourg Saint-Denis, vis-à-vis l’enclos de Saint-Lazare, à la hauteur de ce qui est aujourd’hui la gare du Nord.
Lettre 1339. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. III, § 2 1er éd., p. 68.
1) Bernardin Spada, nonce en France de 1623 à 1627, cardinal en 1626, évêque d’Albano de 1646 à 1652, mort à Rome le 10 novembre 1661.
- 171 -
en remercier, comme je fais, en vous assurant que j’en ai un ressentiment très particulier et que je ne manquerai de. le publier, pour le bien et propagation de ce saint Institut, toutes les fois que l’occasion s’en présentera.
1340. — A UN éVêQUE
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je l’ai lue et relue, Monseigneur, non pour examiner les questions que vous me proposez, mais pour admirer le jugement que vous en faites, où il paraît quelque chose de plus que de l’esprit humain ; car il n’y a que l’esprit de Dieu résidant en votre personne sacrée, qui puisse joindre la justice et la charité au point que vous vous proposez de les observer en cet affaire. Je n’ai donc qu’à remercier Dieu, comme je fais, Monseigneur, des saintes lumières qu’il vous a données et de la confiance dont vous daignez honorer votre serviteur inutile.
Les choses que vous me proposez sont si élevées au-dessus de moi que je ne puis sans une grande confusion penser aux avis que vous me demandez. Je ne laisse pas, Monseigneur, de vous obéir, en vous disant…
1341. — AU PèRE DINET
14 avril 1651
Je vous supplie de m’envoyer quatre ou cinq copies de la lettre de nos Messieurs les prélats au Pape (1) ; j’ai
Lettre 1340. — Abelly, op. cit., 1 III, chap. XI, sect. IV, P. 140.
Lettre 1341. — Rapin, Extrait des dix-huit tomes in-folio sur l’affaire des jansénistes qui sont au Saint-Office, à Rome, Bibl. Nat. fr. 10576, reg. f° 54 v°.
1). Voir lettre 1318.
- 172 -
débité toutes les autres. Monsieur de La Rochelle (2) s’est excusé de signer celle que je lui ai envoyée, jusqu’à ce qu’il sache si le parti que nous combattons fera une lettre circulaire (3) ; "en ce cas, dit-il, je la signerai." Monsieur de Dax (4) me mande qu’il la signera volontiers et la fera signer à Monsieur de Bayonne (5). Je n’ai pas réponse de Messieurs d’Alet (6) et Pamiers ? Je crains que les paquets se soient perdus ; c’est pourquoi je désire leur en envoyer d’autres.
1342. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT (1)
De Paris, ce 16 avril 1651.
Ma bonne Sœur
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! J’ai reçu grande consolation de votre lettre, à cause de
2) Jacques-Raoul de la Guibourgère.
3). Onze évêques du parti adressèrent au Pape une contre-pétition signée par l’archevêque de Sens, les évêques d’Agen, de Comminges Valence, Orléans, Saint-Papoul, Lescar, Châlons, Amiens, Angers et Beauvais. Ce document a été publié par Rapin, op. cit., t. I, p. 380 et suiv. 4) Jacques Desclaux.
5). Jean Dolce (1643-1681).
6). Nicolas Pavillon.
7) Etienne Caulet.
Lettre 1342. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). La sœur Anne Hardemont alla fonder en 1647 l’établissement de Montreuil-sur-Mer, puis en 1650 celui d’Hennebont (Morbihan) Placée à Nantes en 1651, elle quitta cette ville l’année suivante pour se rendre à Châlons. Nous la trouvons à Sainte-Menehould à la fin de 1653, à Sedan en 1654, à La Roche-Guyon en 1655 aux Petites-Maisons de Paris en 1656, à Ussel en 1658. Supérieure en toutes ces localités, sauf à Nantes, elle avait bien des aptitudes pour la conduite ; mais, ainsi que l’écrivait saint Vincent à Louise de Marillac (1. 1405), son esprit était "un peu à craindre" et ce fut sans doute la cause de ses nombreux changements.
- 173 -
celle que vous donne le bon M. Eudo, votre père et bienfaiteur (2). Je lui fais un mot de remerciement de tant de charité qu’il exerce vers vous et notre sœur Geneviève, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne son esprit pour bien f. aire son œuvre.
Nous vous allons envoyer du secours : une de vos sœurs partira d’ici cette semaine, Dieu aidant, pour aller à Nantes et de là à Hennebont. J’espère que vous la recevrez cordialement.
Je suis bien en peine de l’indisposition de notre sœur Geneviève ; je prie Notre-Seigneur qu’il lui redonne sa santé et vous conserve la vôtre, puisque vous l’employez si bien à son service. Je ne doute pas que votre grand éloignement et la difficulté du langage du pays où vous êtes, ne vous soient un peu fâcheux ; mais aussi trouvons-nous occasion de souffrir en quel lieu que nous soyons. Dieu a mis cette nécessité partout, et la condition de ceux qui le servent y est la plus sujette, de sorte que tant mieux vous le servirez, tant plus sa bonté vous donnera de l’exercice ; c’est par les croix qu’il sanctifie les âmes, comme il les a rachetées par la sienne. Bienheureuse sera la vôtre, ma Sœur, si vous portez doucement les peines d’esprit et de corps que sa providence vous donnera, ou qui vous viendront du dedans et du dehors. Il vous en peut arriver de tous côtés, et ceux qui vous consolent aujourd’hui vous peuvent mor-
2) Louis Eudo de Kerlivio, vicaire général de Vannes, né à Hennebont le 14 novembre 1621, avait passé plus de quatre ans au séminaire des Bons-Enfants, où il s’était préparé au sacerdoce sous la direction de saint Vincent, dont il resta l’ami et devint l’imitateur. Il appela les Filles de la Charité à l’Hôtel-Dieu d’Hennebont, qu’il avait lui-même fondé et donna sans compter pour la construction du séminaire de Vannes. L’ardeur de son zèle hâta sa mort, qui survint le 3 mai 1675. (Cf. Vie des fondateurs des maisons de retraite [par le R. P. Pierre Champion], Nantes, 1698, in-12.)
- 174 -
tifier demain. Tenons ferme, ma Sœur, à vouloir que le bon Dieu accomplisse son plaisir en nous. Tenons-nous prêts pour bien user de la tribulation et de tous les divers événements de la vie, afin de parvenir à la bienheureuse, en laquelle nous reconnaîtrons que Dieu nous fait grâce de nous faire souffrir en le servant. Demandez-lui pour moi cette lumière par avance. Je vous assure que très souvent je vous offre à lui, parce que je suis, en son amour, de vous et de notre bonne sœur, que je salue affectionnément, ma bonne Sœur, très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur. Anne Hardemont, Fille de la Charité et servante des pauvres de l’hôpital de Hennebont, à Hennebont.
1343. — A N***
22 avril 1651.
Vincent de Paul parle des nombreux services rendus par les missionnaires aux populations en détresse des provinces ravagées par le fléau de la guerre.
1344. — A UN SUPéRIEUR
Ce que vous me mandez souffre explication ; car ce que vous dites est vrai en ceux qui veulent que tout ploie sous eux, que rien ne leur résiste, que tout aille selon leur sens, qu’on leur obéisse sans réplique, ni
Lettre 1343. — Collet, op. cit., t. I, p. 491.
Lettre 1344. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXIV, sect. I, p. 347.
- 175 -
retardement, et, par manière de dire, qu’on les adore ; mais cela n’est pas en ceux qui aiment la contradiction et le mépris, qui se regardent serviteurs des autres, qui conduisent en la vue de la conduite de Notre-Seigneur, lequel supportait de sa compagnie la rusticité, l’émulation, le peu de foi, etc., et qui disait qu’il était venu pour servir et non pour être servi. Je sais, Monsieur, que, grâces à Dieu, ce même Seigneur vous fait agir avec humilité, support, douceur et patience et que vous n’avez usé de ce terme (1) que pour mieux exprimer votre peine et me persuader votre décharge ; aussi tâcherons-nous d’envoyer quelqu’un à votre place (2).
1345. — A PIERRE NIVELLE, éVêQUE DE LUçON
De Paris, ce 23 avril 1651.
Monseigneur,
Il y a quelque temps que je me donnai la confiance de vous envoyer la copie d’une lettre que la plupart de Nosseigneurs les prélats du royaume désiraient envoyer à Notre Saint-Père le Pape, pour le supplier de prononcer sur les points de la nouvelle doctrine (1) afin que, si vous aviez agréable d’être du nombre, il vous plût de la signer. Et comme je n’ai eu l’honneur d’en recevoir aucune réponse, j’ai sujet de craindre que vous ne l’ayez pas reçue, ou qu’un mauvais écrit que ceux de cette doctrine ont envoyé partout pour détourner nos-
1) Le destinataire de cette lettre avait écrit au saint dans un moment d’humeur qu’il préférerait conduire des bêtes que des hommes.
2) Le supérieur fut changé. (Cf. 1. 1366.)
Lettre 1345. — Abelly, op. cit., 1. II, chap.II, p. 419 et suiv.
1). La doctrine de Jansénius.
- 176 -
dits seigneurs les prélats de ce dessein (2), ne vous retînt en suspens sur cette proposition. Ce qui fait, Monseigneur, que je vous en envoie une seconde copie et que je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de considérer la nécessité de cette lettre par l’étrange division qui se met dans les familles, dans les villes et dans les universités ; c’est un feu qui s’enflamme tous les jours, qui altère les esprits et qui menace l’église d’une irréparable désolation, s’il n’y est remédié promptement.
De s’attendre à un concile universel, l’état des affaires présentes ne permet pas qu’il se fasse ; et puis, vous savez le temps qu’il faut pour l’assembler et combien il en a fallu pour le dernier qui s’est fait. Ce remède est trop éloigné pour un mal si pressant.
Qui est-ce donc qui remédiera à ce mal ? Il faut sans doute que ce soit le Saint-Siège, non seulement à cause que les autres voies manquent, mais parce que le concile de Trente, en sa dernière session (3), lui renvoie la décision des difficultés qui naîtront touchant ce qu’il a décrété. Or, si l’église se trouve dans un concile universel canoniquement assemblé, comme celui-là, et si le Saint-Esprit conduit la même église, comme il n’est pas permis d’en douter, pourquoi ne suivra-t-on pas la lumière de cet Esprit, qui déclare comme il se faut comporter en ces occasion douteuses, qui est de recourir au Souverain Pontife ? Cette seule raison, Monseigneur, fait que je vous compte au nombre de soixante prélats qui ont déjà signé cette lettre, sans autre
2). Considérations sur la lettre composée par M. l’évêque de Vabres, pour être envoyée au pape en son nom et de quelques autres prélats dont il sollicite la signature par Antoine Arnauld, Paris 1650, in-4°.
3). Sess. XXV, chap. XXI.
- 177 -
concert qu’une simple proposition, outre plusieurs autres qui la doivent signer.
Si quelqu’un estimait qu’il ne se doit pas déclarer si avant sur une matière de laquelle il doit être le juge, on lui pourrait répondre que par les raisons ci-dessus il paraît qu’il n’y doit point avoir de concile, et par conséquent qu’il ne peut y être juge. Mais supposons le contraire : le recours au Pape ne serait pas un empêchement ; car les saints lui ont autrefois écrit contre les nouvelles doctrines et n’ont pas laissé d’assister comme juges aux conciles où elles ont été condamnées.
Si d’aventure il repartait que les Papes imposent silence sur cette matière, ne voulant qu’on en parle, qu’on en dispute, ni qu’on en écrive, on leur pourrait dire aussi que cela ne se doit pas entendre à l’égard du Pape, qui est le chef de l’église, auquel tous les membres doivent avoir rapport, mais que c’est à lui que nous devons recourir pour être assurés dans les doutes et les agitations. A qui donc se pourrait-on adresser et comment saurait Sa Majesté les troubles qui s’élèvent, si on ne les lui mande pour y remédier ?
Si un autre craignait, Monseigneur, qu’une réponse tardive ou moins décisive de Notre Saint-Père augmenterait la hardiesse des adversaires, je pourrais l’assurer que M. le nonce a dit avoir nouvelle de Rome que, dès que Sa Sainteté verra une lettre du roi et une autre d’une bonne partie de Messieurs nos prélats de France, elle prononcera sur cette doctrine. Or il y a résolution prise de la part de Sa Majesté pour écrire ; et M. le premier président (4) a dit aussi que, pourvu que la bulle du Saint-Siège ne porte pas avoir été
4) Mathieu Molé
- 178 -
donnée par l’avis de l’Inquisition de Rome, elle sera reçue et vérifiée au parlement.
Mais que gagnera-t-on, dira un troisième, quand le Pape aura prononcé, puisque ceux qui soutiennent ces nouveautés ne se soumettront pas ? Cela peut être vrai de quelques-uns, qui ont été de la cabale de feu Monsieur [de Saint-Cyran] (5), qui non seulement n’avait pas disposition de se soumettre aux décisions du Pape, mais même ne croyait pas aux conciles ; je le sais, Monseigneur, pour l’avoir fort pratiqué ; et ceux-là se pourront obstiner comme lui, aveuglés de leur propre sens ; mais pour les autres qui ne les suivent que par l’attrait qu’ils ont aux choses nouvelles, ou par quelque liaison d’amitié ou de famille, ou parce qu’ils pensent bien faire, il y en aura peu qui ne s’en retirent, plutôt que de se rebeller contre leur propre et légitime Père. Nous avons vu l’expérience de ceci au sujet du livre des deux Chefs (6) et du Catéchisme de la grâce (7) ; car si tôt qu’on a su qu’ils étaient censurés, on n’en a plus parlé.
Et partant, Monseigneur, il est grandement à désirer que tant d’âmes soient désabusées du reste, comme elles sont de cela, et que l’on empêche de bonne heure que d’autres n’entrent dans une faction si dangereuse que celle-ci. L’exemple d’un nommé Labadie est une preuve
5) Abelly a préféré omettre ce nom.
6). Voir lettre 867.
7). Petit opuscule anonyme in-8° de quarante-cinq pages, publié à Paris en 1650 et composé par Mathieu Feydeau, docteur en Sorbonne et vicaire à Saint-Merry. Le décret de condamnation du livre raconte l’auteur (Les Mémoires inédites de Mathieu Feydeau, Vitry-le-François, 1905, in-8°, p. 49), fut publié "dans Paris avec beaucoup d’éclat. Les colporteurs couraient comme des fous par toutes les rues et criaient à gorge déployée : Voilà l’excommunication de tous les jansénistes ! et s’arrêtaient devant nos fenêtres, afin d’exciter la paroisse contre nous, y étant envoyés exprès."
- 179 -
de la malignité de cette doctrine (8) c’est un prêtre apostat, qui passait pour grand prédicateur, lequel, après avoir fait beaucoup de dégât en Picardie et depuis en Gascogne, s’est fait huguenot à Montauban ; et par un livre qu’il a fait de sa prétendue conversion (9), il déclare qu’ayant été janséniste, il a trouvé que la doctrine qu’on y tient est la même créance qu’il a embrassée. Et en effet, Monseigneur, les ministres se vantent dans leurs prêches, parlant de ces gens-là, que la plupart des catholiques sont de leur côté et que bien
8) Jean Labadie était né à Bourg (Gironde) le 13 février 1610. Il quitta la Compagnie de Jésus en avril 1639, après y être resté quinze ans. C’était un beau parleur. Son éloquence, jointe à une certaine apparence de mysticisme, exerçait sur la foule une influence irrésistible. Il pouvait parler trois et quatre heures de suite sans lasser son auditoire. Après sa sortie de chez les Jésuites, plusieurs évêques l’invitèrent à prêcher dans leur diocèse et à diriger des couvents de religieuses. L’évêque d’Amiens le nomma même en 1640 chanoine de son église cathédrale. Accusé d’avoir entraîné des personnes pieuses et même des religieuses dans un mysticisme sensuel dégradant, Labadie se retira à Port-Royal, puis dans un monastère de Carmes, près de Bazas. Il passa de là à Montauban et y embrassa le calvinisme en octobre 1650. L’église calviniste, qui lui apparaissait alors sous un beau jour, ne fut plus bientôt à ses yeux qu’une église pourrie, pleine de pasteurs ignorants, paresseux, corrompus, une église qui avait un besoin urgent de réforme. Il le dit ouvertement dans ses conversations et ses prêches Ce qui lui fit des ennemis. Chassé de Montauban, d’Orange, de Genève et de Middelbourg, en Hollande, il fonda une secte à Vecre, puis à Amsterdam, dut fuir en 1670, avec une cinquantaine d’adhérents, et se réfugia d’abord à Herford (Westphalie) et de là à Altona, où il mourut le 13 février 1674. Après sa mort, ses partisans se retirèrent dans un château de la Frise occidentale, à Waltha où ils vécurent ensemble du fruit de leurs travaux, vêtus de même, dans une même communauté de biens, fabriquant du drap, du savon et des articles de fer. Les Labadistes disparurent en 1744. Leur fondateur a formulé sa doctrine dans divers écrits peu Connus. (Voir Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la République des Lettres par Nicéron, Paris, 1727-1745, 44 vol in-12, t. XVIII, pp. 386-411, et les rectifications de l’abbé Goujet, t. XX, p. 140-169.)
9) Déclaration de sentiments de Jean Labadie, ci-devant prêtre, prédicateur et chanoine d’Amiens, publiée à Montauban, chez Philippe Braconnier, le 1er janvier 1651.
- 180 -
tôt ils auront le reste. Cela étant, que ne doit-on pas faire pour éteindre ce feu qui donne de l’avantage aux ennemis jurés de notre religion ? Qui ne se jettera sur ce petit monstre qui commence à ravager l’église et qui enfin la désolera, si on ne l’étouffe en sa naissance ? Que ne voudraient avoir fait tant de braves et saints évêques qui sont à cette heure, s’ils avaient été du temps de Calvin ?
On voit maintenant la faute de ceux de ce temps-là, qui ne s’opposèrent pas fortement à une doctrine qui devait causer tant de guerres et de divisions Aussi y avait-il bien de l’ignorance pour lors ; mais à présent que Nosseigneurs les prélats sont plus savants, ils se montrent aussi plus zélés. Tel est Monseigneur de Cahors (10), qui m’écrivit dernièrement qu’on lui avait adressé un libelle diffamatoire contre ladite lettre (11) "C’est, dit-il, l’esprit de l’hérésie, qui ne peut souffrir les justes corrections et réprimandes et se jette incontinent avec violence dans les calomnies. Nous voici aux mains où j’ai toujours cru qu’il en fallait venir." Et parce que je l’avais prié de se conserver, au sujet d’un accident qui lui est arrivé, "je vous assure, me dit-il, que je le ferai, quand ce ne serait que pour me trouver dans le combat que je prévois qu’il nous faudra avoir ; et j’espère qu’avec l’aide de Dieu nous les vaincrons (12)," Voilà les sentiments de ce bon prélat. On n’en attend pas d’autres de vous, Monseigneur, qui annoncez et faites annoncer eh votre diocèse les opinions communes de l’église et qui sans doute serez bien aise de requérir que Notre Saint-Père fasse faire le même partout, pour
10) Alain de Solminihac.
11) Les Considérations d’Arnauld.
12) Voir lettre 1324.
- 181 -
réprimer ces opinions nouvelles, qui symbolisent tant avec les erreurs de Calvin. Il y va certes de la gloire de Dieu, du repos de l’église, et, j’ose dire, de celui de l’état ; ce que nous voyons plus clairement à Paris qu’on ne peut se l’imaginer ailleurs. Sans cela, Monseigneur, je n’eusse eu garde de vous importuner d’un si long discours. Je supplie très humblement votre bonté de me le pardonner, puisque c’est elle qui m’a f ait prendre cette confiance.
1346. — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[Avril 1651] (1)
Nous ne pouvons vous exprimer combien de malades sont guéris, combien d’affligés sont consolés, quel nombre de pauvres honteux sont tirés du désespoir par vos assistances, sans lesquelles tout serait péri et aux champs et à la ville.
Une aumône que vous nous avez envoyée de Paris la semaine sainte, a tiré plusieurs filles du danger éminent (2) de perdre leur honneur. Notre carême s’est passé à la campagne pour assister et faire assister spirituellement et corporellement les pauvres habitants de cent trente villages. Quarante curés ont eu secours de dix livres par mois chacun, et par ce moyen ont été mis en état de résider en leurs paroisses et y faire toutes leurs fonctions pastorales (3).
Nous avons acheté de vos aumônes pour sept cents livres de faucilles, de fléaux, de vans et d’autres outils pour aider les pauvres à gagner leur vie par le travail de la moisson. Nos orges viennent fort bien, grâce à Dieu ; et par le moyen des semences que vous nous avez envoyées nous espérons grand soulagement pour l’hiver prochain.
Lettre 1346 — Abelly, op cit, 1 II, chap XI, sect III, 1er éd, p 399
1) Voir note 3
2) éminent imminent
3) Extrait de lettre publié dans la Relation d’avril 1651
- 182 -
1347. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
S’il plaît à votre charité, mon très honoré Père, se souvenir de se pauvre fille, qui s’attendait que ce serait pour ce matin sa confession, n’ayant rien eu qui la pût empêcher de s’y disposer, par la grâce de Dieu ? Ce qui a paru infirmité n’est que précaution de mal et de trop de soin de la conservation. Il est vrai que c’était aussi pour me conserver en état de prendre le plus de temps qui se pourrait.
En écrivant, je m’aperçois de ce chétif papier et liberté d’écrire. Je vous en demande pardon, mon très honoré Père, et, s’il vous plaît votre bénédiction, en attendant celle de sa miséricorde de Dieu, par votre charité, de qui je suis, mon très honoré Père, très humble et indigne fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
1348. — A LOUISE DE MARILLAC
Je prie Mademoiselle Le Gras de ne point sortir aujourd’hui. Sa bonne volonté et son obéissance seront plus agréables à Dieu que le sacrifice auquel elle désire assister. Si demain elle est en état, nous aurons la consolation de la voir.
1349. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 26 avril 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Attendant que je puisse communiquer vos lettres aux
Lettre 1347. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
Lettre 1348. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité original. Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle saint Vincent l’a écrite.
Lettre 1349. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
- 183 -
dames qui assistent les peuples des frontières ruinées (1), et savoir d’elles si vous pourrez étendre votre distribution sur les huguenots comme sur les catholiques, et sur les pauvres gens qui pourront travailler aux fortifications comme sur les malades et invalides, je vous dirai que leur première intention a été de n’assister que seulement ceux qui ne peuvent travailler, ni chercher leur vie et qui seraient en danger de mourir de faim, si on ne les assistait pas. En effet, dès que quelqu’un a des forces assez pour s’occuper, on lui achète quelques outils conformes à sa profession et on ne lui donne plus rien. Selon cela, les aumônes ne sont pas pour ceux qui sont capables de travailler aux fortifications ou faire autre chose, mais pour les pauvres malades languissants, pauvres orphelins ou vieilles gens. Je pense que M. Berthe (2) vous aura pleinement informé de tout, particulièrement de la manière de faire ces distributions. Je serai néanmoins bien aise que les dames en ordonnent selon que vous le proposez, pour la satisfaction de Monsieur le gouverneur (3), vers lequel je me sens toujours plein d’estime et de révérence. M. Berthe m’a mandé qu’il tâcherait de vous aller voir ; peut-être est-il présentement à Sedan. Vous lui ferez entendre les difficultés que vous trouvez en la séparation de vos Filles de la Charité. J’approuve par avance ce dont vous conviendrez ensemble.
Je vous prie, Monsieur, de m’envoyer un certificat du mariage d’un nommé Pierre Thibaut, lequel se fit
1) Les dames de la Charité et principalement les présidentes de Lamoignon et de Herse, qui avaient charge de recueillir les aumônes destinées aux provinces ruinées.
2). Supérieur des missionnaires envoyés en Picardie et en Champagne.
3). Le marquis Abraham de Fabert.
- 184 -
en votre église il y a six ou sept ans au plus. Je ne me ressouviens pas du nom de la femme, qui est maintenant veuve et qui a besoin de faire voir à Paris, où elle est, comme elle a été mariée. Son mari fut tué à Vandy (4) il y a un ou deux ans.
Il y a bien 15 jours que je vous ai envoyé la légende des saints pour le beau-frère de M. le gouverneur (1) ; écrivez-moi si vous l’avez reçue, et saluez, s’il vous plaît, de ma part votre famille, qui m’est chère, pource qu’elle est bien à Dieu et que je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il est à propos que vous payiez ce à quoi vous serez taxé pour la conservation de la ville par l’ordre de M. le gouverneur.
Au bas de la première page : M. Coglée.
1350. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 26 avril 1651.
Monsieur,
Monsieur Cuissot m’a dit qu’il vous avait écrit les soins et la diligence que j’ai apportés pour empêcher que les vôtres que vous aviez envoyés à Périgueux, ne se retirassent, mais je ne l’ai pu empêcher, pour l’avoir su trop tard, la chose étant résolue quand j’en ai eu avis. J’ai bien reconnu, par une lettre de Mgr de Périgueux et par la relation que M. Cuissot m’en a faite, que ce n’est pas lui qui en est la cause, mais M. de Bassancourt qui a prévalu. Je crois vous avoir mandé que je l’avais trouvé dans le dessein qu’il est à présent de con-
4) Petite localité des Ardennes, arrondissement de Vouviers.
5).M. Demyon.
Lettre 1350. — Arch de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
- 185 -
duire le séminaire par des ecclésiastiques particuliers, lorsqu’il revint d’Alet ; mais je l’en avais dissuadé et fait résoudre d’en donner la conduite aux vôtres. Je me doute qu’un traité que M. le curé de Saint-Sulpice a fait du séminaire, des séminaristes et de ceux qui en doivent avoir la conduite (11) y ait beaucoup contribué et peut-être en est la seule cause. M. le doyen de Carennac (2) me l’a envoyé. Je m’en vais lui écrire que je l’ai trouvé fort beau et bien dressé ; mais, pour ce qui est de la pratique d’icelui, je la trouve non seulement très difficile. mais impossible. Il dit qu’il ne faut pas beaucoup de personnes pour le conduire, qu’il suffira trois ecclésiastiques et l’évêque, qui sera le supérieur et décrit les qualités de ces ecclésiastiques et quels ils doivent être. Je crois avoir un des plus beaux et peut-être le plus grand clergé qui soit dans diocèse de ce royaume ; je m’en vas demander audit sieur de Carennac, qui est de mon diocèse, qu’il m’en nomme un seul qui ait ces qualités ; je dirai bien davantage, je ne pense pas que de cinquante ans j’en trouvasse un. Il y a bien de la différence de la pratique à la spéculation. J’ai (s’il me semble) des raisons invincibles contre cela et pour faire voir qu’il faut de nécessité donner la conduite des séminaires à des communautés. Saint Charles, que Dieu a donné à son église pour un exemple de perfection à tous les prélats, en a usé de la sorte, ayant donné la conduite de ses séminaires aux communautés.
Mgr de Périgueux sera ici d’aujourd’hui en huit, où j’espère qu’il passera tout ce mois de mai. Nous saurons plus particulièrement comme les choses se sont passées.
Cependant agréez que je vous prie, comme je fais de prendre la peine de l. ire le verbal ci-inclus, où vous apprendrez une histoire qui s’est passée en mon synode, inouïe jusques à présent dans l’église de Dieu (3). Ledit verbal ne contient qu’une
1) Project de l’affaiblissement d’un séminaire dans un diocèse par un prêtre du clergé [Jean-Jacques Olier], Paris,1651, in-4°. La seconde partie de ce traité est restée manuscrite.
2). Commune de l’arrondissement de Gourdon (Lot).
3). L’évêque de Cahors avait des ennemis même parmi ses prêtres. "Un jour de synode, écrit son premier biographe (Chastenet, op. cit., p. 358), ils forcèrent les portes de l’évêché, introduisirent dans l’assemblée des prêtres de Jésus-Christ des laïques armés pour y faire sédition et violence, excédèrent le portier et traînèrent par les cheveux un huissier qui était à la porte de la salle ; on cria à pleine tête contre lui : tyrannie, tyrannie oppression, oppression… Un prieur particulier, qui n’avait pas droit d’entrée au synode, envahit son trône et y fit les fonctions épiscopales." Ce fâcheux incident s’était passé le 20 avril. (Abel de Valon, op. cit., p. 176.)
- 186 -
partie de ce qui s’y est passé, ayant été dressé à la hâte, étant obligé de m’en venir ici, à cause de mon infirmité, et ceux qui l’ont attesté de se retirer en leurs bénéfices. Le chef de ces syndiqués a voulu contraindre des prêtres dans mon palais épiscopal à prendre des lettres d’approbation de lui pour servir de vicaires dans mon diocèse.
Jamais la ville de Cahors n’a vu (à ce qu’elle dit) chose semblable, si pieuse et si dévote que la procession qui se fît le matin, à laquelle assistèrent si. x cents curés et tout le clergé de mon église cathédrale avec un si bel ordre que tout le monde était touché de dévotion. Il y a tous les ans un grand concours de peuple de dehors qui vient voir ce synode, qu’on tient le plus beau du royaume ; mais cette fois il y était bien si grand et de tant de personnes de condition de dedans et de dehors du diocèse, et les places publiques et les rues par où la procession passait étaient si pleines qu’à peine pouvait-elle passer. Les fenêtres des maisons étaient aussi toutes pleines de personnes qui la regardaient passer. Mais ces syndiqués et leurs adhérents trois heures a près ont bien rempli cette ville d’un si grand scandale qu’elle dit n’en avoir jamais vu de semblable. L’on a vu les gens de piété venir dans mon palais épiscopal pleurer à chaudes larmes, et tous, excepté ces rebelles, en ont eu très grande douleur, et criaient hautement. punition, châtiment !
J’écris à Messeigneurs les prélats qui sont à Paris, et envoie à Messieurs les agents le verbal et partie des informations que nous aurons fait dresser, pour les leur présenter. Je pense que cet affaire est de si grande importance à tous les prélats et à toute l’église que je ne sais s’ils voudront en informer la reine et le porter au Conseil d’en haut. Cependant je vous supplie, quand vous verrez Monsieur le chancelier (4) lui témoigner la joie que j’ai eue très particulière de son glorieux rappel, comme son très humble serviteur, et prendre l’occasion de lui parler de cette prodigieuse histoire, et le disposer à nous donner sa protection, comme j’espère qu’il fera le serais bien aise que vous lui en ayez parlé avant que mesdits seigneurs les prélats lui en parlent.
Ma santé a été altérée, pour avoir voulu faire ce que vous m’aviez ordonné : d’obéir ponctuellement aux médecins, auxquels je fais avouer que le principal médecin c’est moi-même. Ils avouent bien tous qu’ils n’ont jamais vu une meilleure nature que la mienne et croient que j’enterrerai ceux qui ont voulu être nos successeurs. Dieu en disposera selon son bon
4) Pierre Séguier.
- 187 -
plaisir, que nous adorerons toujours, et nous y soumettrons avec un souverain plaisir.
Cependant je le supplie de nous donner autant de grâces que vous en souhaite, Monsieur, votre…
ALAIN
év. de Cahors.
1351. — A N ***
29 avril 1651.
Vincent de Paul parle des services rendus par les siens dans les provinces que la guerre a réduites à la plus affreuse misère.
1352. — A LOUISE DE MARILLAC
[1651] (1)
Mademoiselle Le Gras proposera les substances des choses seulement, sans dire le pour ni le contre, s’il lui plaît (2).
Il semble qu’il est à propos de supprimer la première proposition et s’en tenir à ce que nous dîmes avant que M. P[ortail] fût appelé. Je lui en ai dit les raisons a lui-même.
Voici les sujets :
Le rappel de nos sœurs Chefdeville, Carcireux (3) ;
Lettre 1351. — Collet, op. cit., t. 1, p. 491.
Lettre 1352. — L. a — Arch. de la Mission, original
1). Cette date correspond à un changement de la sœur Carcireux et à la nomination d’une nouvelle assistante.
2) Saint Vincent semble donner des instructions à Louise de Marillac pour un Conseil auquel il ne devait pas assister.
3). La sœur Françoise Carcireux était de Beauvais. De 1647 à 1651, elle fut employée à Bicêtre ; de 1651 à 1659, à Richelieu ; en 1659, elle fut envoyée à l’hôpital de Narbonne, où elle était encore à la mort de saint Vincent. L’importante fonction d’assistante de la communauté lui fut confiée de 1672 à 1675.
- 188 -
Si les officières nouvelles se conseilleront aux anciennes ;
Le cabinet.
1353. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 2 mai [1651] (1)
Mon très honoré Père,
Je fais toujours tout si mal que je pense que cela est cause que je ne prends pas le temps assez à propos pour vous demander les avis dont nous avons grand besoin ; ce qui me fait très humblement vous supplier me faire la charité, à votre premier loisir, de m’envoyer quérir, ou prendre la peine de passer céans.
Madame de Saint-Mandé a dit à de nos sœurs qu’il se devait faire une assemblée aujourd’hui pour les affaires des petits enfants. Je vous supplie très humblement de prendre garde à ce que les dames ne prennent la pensée de renvoyer le tout à Bicêtre (2) Il me semble que l’expérience de plusieurs choses nous doit empêcher, sous votre bon plaisir, de nous résoudre à cela, et je voudrais bien que nous n’eussions pas occasion de refuser L’œuvre me paraît en si bon train que je ne puis m’empêcher, mon très honoré Père, de vous dire que j’appréhende que ces dames, rentrant à avoir égard sur toutes choses, ne troublent la conduite que Dieu y a donnée depuis quelles ne s’en mêlent presque plus.
J’envoyai vendredi un billet des besoins à Madame de St-Mandé, pour la presser d’avoir de l’argent. J’avais un peu de répugnance pour cette appréhension que je vous mandai, et néanmoins je crois que cela a fait prendre la résolution de l’assemblée.
Je supplie votre charité penser devant Dieu au moyen d’empêcher que cela ne gâte rien, et se souvenir que je suis, par
Lettre 1353. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2). Les enfants trouvés étaient donc rentrés à Paris. Nous avons dit plus haut (lettre 1338, note 3) qu’on leur trouva une maison au faubourg Saint-Laurent, non loin de la maison-mère des sœurs.
- 189 -
l’ordre de sa Providence, mon très honoré Père, votre très obligée fille et très obéissante servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général des vénérables prêtres de la Mission.
1354 — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Pour la défense que vous proposez qu’on fasse aux Révérends Pères capucins de ne recevoir aux sacrements vos paroissiens pendant le temps pascal, ce n’est pas ici le temps d’en parler ; il est expédient d’attendre qu’il y ait un archevêque à Reims (1)
La pratique touchant les mariages entre catholiques et huguenots doit être pour vous de n’en faire aucun sans la permission expresse de ceux qui gouvernent le diocèse.
Vous me demandez si, ayant à parler à un externe de quelque chose dont votre compagnon n’est pas capable, vous pouvez vous séparer de lui. Oui, Monsieur, vous devez vous en éloigner un peu, prenant l’externe un peu à l’écart.
Je suis édifié de la condescendance que vous avez pour les avis de M. Dufour, lequel, étant un bon serviteur de Dieu, reçoit grâce de lui pour vous bien conseiller.
Un supérieur se doit toujours garder la liberté d’officier, de prêcher et de faire les autres actions publiques et de les faire faire à tel autre qu’il jugera à propos ;
Lettre 1354. — Reg. 2, p. 149.
1). Léonor d’Estampes de Valançay, archevêque de Reims, était mort au mois d’avril.
- 190 -
n’en laisser jamais le soin à un seul qu’avec cette réserve. Pour cela, il est bon que tous s’y exercent par votre ordre, non également ; car ceux qui ont plus de grâce pour le faire y doivent être appliqués plus souvent que les autres.
Vous pouvez penser que, si j’avais quelque correction à vous faire, je le ferais tout simplement ; mais, grâces à Dieu, vous marchez de bon pied, et votre conduite me paraît bien bonne. Je ne me souviens pas même qu’on m’ait fait aucuns rapports de vous contraires à cela ; et quand on m’en ferait, vous ne devez pas craindre qu’on m’en fasse accroître ; je vous connais trop bien. Selon cela, Monsieur, vous devez vous garder du soupçon autant que vous pourrez, et aller droit à Dieu.
Non, je vous en prie, Monsieur, n’allez point manger chez Monsieur Petizon, ni ailleurs ; cela traînerait beaucoup d’inconvénients. Qui plus est, je souhaite fort que l’on aille le plus rarement qui se pourra chez M. le gouverneur. Je pense que le contraire contribue de peu à la fin pour laquelle on y va. On le peut visiter de fois à d’autre et s’excuser de sa table, non tout à fait pour encore, mais peu à peu.
Nous avons empêché, grâces à Dieu, que le gouvernement de Donchery (2) ait été donné à un Huguenot.
Plût à Dieu que les semonces que vous avez faites à M.. Fabert (3) fussent à faire. Vous êtes allé un peu trop avant. Je vous prie d’être fort retenu en telles occasions ; car, bien que vous y soyez poussé d’un bon motif, il y a néanmoins quelque chose à désirer. Vous savez qu’il est fort sage, et devez estimer qu’il fait toutes choses avec considération, poids et mesure ; c’est néanmoins le
2) Place forte près de Rethel.
3) Gouverneur de Sedan.
- 191 -
taxer du contraire que de vouloir exiger de lui d’autres usages que ceux où il est. Vous ne devez non plus penser qu’il n’agisse pas assez franchement envers la compagnie ; car il le fait autant qu’il le juge expédient. Si nous nous regardons comme indignes d’un bon traitement, nous trouverons que celui qu’il nous fait est trop avantageux pour nous ; car, en effet, il exerce beaucoup d’affection et de support en notre endroit, et l’expérience du passé nous en promet la continuation. Selon cela, le meilleur avis que je vous puisse donner et que je puisse prendre est de respecter grandement sa personne et de déférer fort à sa bonne conduite, de lui témoigner beaucoup de reconnaissance des grâces qu’il nous fait, et enfin de le congratuler de ses pieuses actions, plutôt que de l’exhorter d’en faire d’autres.
J’ai reçu une grande joie d’une de vos lettres reçues dans le cours de ma maladie, où vous m’écrivez que vous êtes prêt à quitter l’emploi que vous avez, à vous soumettre à un autre et à faire tout ce que la sainte obéissance vous marquera. Je loue Dieu de ce que vous tournez ainsi à toute main sous le bon plaisir de Dieu ; ce qui montre combien vous désirez être bon chrétien et parfait missionnaire, dont j’espère beaucoup pour l’édification de la compagnie.
S’il a été défendu à l’ancien curé de confesser chez lui et que, nonobstant la défense, il le fasse, avertissez-le vous-même jusqu’à deux ou trois fois, car Monsieur le grand vicaire de Reims n’ayant été établi que par le chapitre, n’est pas capable de l’en empêcher, et ne voudra pas lui défendre de continuer.
- 192 -
1355 — AU SUPéRIEUR GéNéRAL DE LA CONGRéGATION
DE SAINT-MAUR (1)
De Saint-Lazare, ce 4° de mai.
Je prends la hardiesse de supplier très humblement le très Révérend Père Général de la congrégation de S. Maur d’avoir agréable de m’envoyer aujourd’hui à quelqu’heure deux de ses Pères qui aient connaissance de l’affaire de S. Ouen (2), pour en pouvoir parler avec eux. Je ne lui ferais pas cette très humble prière, si j’étais en état de sortir ; je me donnerais l’honneur de l’en aller entretenir en personne ; mais une incommodité que j’ai m’oblige de garder la chambre et me fait prendre la confiance de lui renouveler par ce billet les offres de mon obéissance.
Lettre 1355. - — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Dom Grégoire Tarrisse (1631-1648) ou dom Jean Harel (1648-1660).
2). Saint Vincent fut vicaire général de l’abbé de Saint-Ouen de Rouen ; en cette qualité, il présenta à la cure de Sainte-Croix-Saint-Ouen (Arch. dép. de la Seine-Inférieure, G, 1247) et en 1650 à celle de Montaure (Arch. dép. de l’Eure, G 20). Veuclin pense (Saint Vincent de Paul en Normandie, Bernay, 1890, p. I) qu’il eut cet emploi vers 1643 et le garda environ dix ans ; il le garda peut-être davantage, car en 1657 (voir lettre du 30 avril 1657 à M. Horcholle) il était collateur de la cure de Bruquedalle en Bray. Au dire du frère Robineau, son secrétaire (ms., p. 26), le saint aurait reçu le titre de grand vicaire en juillet 1659, à l’effet de pourvoir, pendant la détention de l’abbé de Richelieu, aux bénéfices de ce dernier, qui était abbé de Saint-Ouen de Rouen et de Marmoutiers et prieur de Saint-Martin-des-Champs à Paris. Si l’on veut tout concilier, il faut admettre, semble-t-il, qu’il fut nommé deux fois à cet emploi. Sur les difficultés que le saint souleva, la seconde nomination ne fut pas maintenue. (Ms. du frère Robineau, p. 26.)
- 193 -
1356. — A UN CURE DU MANS
7 mai 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !
J’ai vu, par celle que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, les raisons qui ont été rapportées de part et d’autre en la petite conférence de votre conseil et du nôtre, et comme vous persistez à nous demander la même chose, nonobstant qu’ils aient convenu que nous ne la devons pas en rigueur de justice. Certes, Monsieur, s’il n’y allait que de vous donner satisfaction, nous le ferions pleinement et avec plaisir, mais vous savez que ce serait faire brèche au concordat, où vous n’avez fait aucune réserve des bois, et que cette brèche servirait de planche à ces autres Messieurs les confrères pour nous faire une pareille demande, ou passer à d’autres prétentions. Je vous supplie très humblement, Monsieur, d’agréer que nous en demeurions là, comme nous avons fait depuis que vous nous avez fait la grâce de nous adopter pour vos enfants. Nous reçûmes pour lors une nouvelle vie, et à présent vous nous confirmerez en paix, aussi bien que dans la parfaite reconnaissance des obligations que nous vous avons. Pour moi, Monsieur, je serai toujours plein d’estime et d’affection pour votre personne, laquelle j’offre très souvent au bon Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre…
VINCENT DEPAUL.
Lettre 1356. — Reg. 1, f° 29.
1). La lettre est adressée "à M. Ie curé de l’Hôtel-Dieu du Mans"
- 194 -
357. — A ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS (1)
[Mai 1651] (2)
Je vous remercie très humblement, Monseigneur, de l’honneur que vous avez fait à votre séminaire de le consoler de votre chère présence et de vos instructions paternelles pendant l’ordination ; et je rends grâces à Dieu de la faveur qu’il a faite à ceux qui ont eu le bonheur de vous entendre, de voir en sa source l’esprit ecclésiastique. J’espère qu’ils s’en souviendront toute leur vie et que le fruit en durera plusieurs siècles.
Au reste, Monseigneur, j’ai reçu la lettre dont vous m’avez honoré, avec joie, parce que c’est votre lettre, et avec douleur, voyant ce qui s’est passé en votre synode ; en quoi, Monseigneur, j’admire, d’un côté, la conduite de Dieu, qui exerce de la sorte la vertu d’un de ses plus grands serviteurs, et, de l’autre, le bon usage que Votre Grandeur fait de cet exercice. Je prie sa divine bonté qu’il vous fortifie de plus en plus dans cette épreuve, afin que par votre patience vous parveniez au but de vos saintes intentions, à la honte de ceux qui ont osé vous traverser.
1358. — UN SUPéRIEUR A SAINT VINCENT
J’ai admiré et admire votre réponse aussi belle qu’énergique ; je la chéris, je la respecte, je me l’applique.
Lettre 1357. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XI, sect. IV, p. 143.
1) Abelly dit que cette lettre est adressée à "un saint prélat ayant pris la peine pendant les exercices des ordinands de leur faire lui. même un entretien tous les jours". Ces mots font penser à l’évêque de Cahors, Alain de Solminihac. Le contenu de la lettre change la probabilité en certitude.
2). Cette lettre répond à la lettre 1350.
Lettre 1358. — Abelly op. cit. I III, chap XXIV, sect. I, p. 347
1) Celui auquel est adressée la lettre 1344 ; c’est à cette lettre qu’il répond
- 195 -
1359. — LES éCHEVINS DE RETHEL A SAINT VINCENT
Rethel, ce 8° mai 1651.
Monsieur et Révérend Père,
Si le redoublement et répétition des prières contenues dans nos lettres du dix-septième mars dernier nous fait derechef franchir les bornes de la bienséance, le motif pressant nous fait espérer de votre bonté une excuse favorable de notre entreprise, qui n’a pour but que la gloire de Dieu dans la recherche d’un service charitable pour le soulagement des pauvres affligé de cette ville, où il se trouve un fort grand nombre de malades accablés d’une si horrible nécessité qu’il est impossible de le pouvoir exprimer, puisque les concussions, les brigandages universels des faux amis, les démolitions des bâtiments, les abats des arbres fruitiers, les violements, les massacres, les sacrilèges, les incendies tant des lieux sacrés que particuliers sont les crimes journaliers et tolérés qui se commettent à nos portes et qui passent pour traits de souplesse, sans y pouvoir apporter aucun remède. Ce n’est rien d’en faire le récit ; il n’y a plume, pour riche qu’elle soit, qui puisse donner une entière connaissance de l’état pitoyable où la cruauté et le désordre effréné des soldats a réduit ce malheureux (1) pays. Bref, c’est une désolation, laquelle ne peut être mieux conçue que représentée (2),
Nous croyons qu’un Père de votre honorable compagnie vous aura donné à entendre ce que dessus, et comme en ce quartier on ne voit et n’entend-on parler que de pillage, que de nécessité, que de maladie et de mort, et particulièrement de la fa-
Lettre 1359 — Arch. mun. de Rethel, GG 80, copie
1) La copie est en cet endroit rongée par la vétusté.
2). Nous lisons dans la Relation de mai-juin 1651 : "A Rethel et les environs est le fort de la calamité ; elle y est telle qu’on n’y voit et entend parler que de meurtres, pillages, sacrilèges, incendies violences, maladies, famine. Le commun des habitants n’y mange que la chair des bêtes mortes et les épis du peu de grain qui a été semé… A Boult, notre hôpital se remplit de malades. La faim presse tellement nos pauvres qu’ils broutent l’herbe comme les bêtes, mangent les chiens et chevaux morts et il est à craindre qu’ils ne déterrent les corps morts." (Cf. Les œuvres de saint Vincent de Paul dans le Rethelois [par Léon Brétaudeau] dans la Revue historique Ardennaise, 1902, p. 5 et suiv.)
- 196 -
mine, qui est si grande que les pauvres sont contraints de manger la chair des bêtes exposées à la voirie. Tous ces épouvantables fléaux nous feraient tomber dans le désespoir, si Dieu ne nous faisait voir que nos fautes nous ont attiré l’ire de sa justice, pour la punition de nos crimes. Cette considération, pour apaiser son courroux, fait renaître nos courages presque abattus, pour supporter plus patiemment nos maux, et nous oblige, par un devoir de piété parmi tant de misères d’implorer la miséricorde d’un chacun et particulièrement l’assistance de votre bonté naturelle, vous assurant, comme il est notoire à tout le monde (et à notre grand regret), que jamais il ne se rencontrera sujet plus digne de compassion, ni lieu en toutes les terres habitables du christianisme, où la charité puisse être distribuée avec plus de profit, plus d’éclat et de mérite envers la divine providence qu’aux pauvres nécessiteux de notre pitoyable ville. Recevez donc, Monsieur, en cette occasion, s’il vous plaît, l’importunité pressante de nos plaintes ; donnez par votre entremise force et vertu pour l’accomplissement de nos désirs ; l’estime universelle de vos mérites vous en a acquis le pouvoir ; jetez, pour l’amour de Dieu, l’œil de votre compassion sur nos véritables misères, afin que, les fruits de la charité chrétienne étant distribués par votre prudente conduite avec plus d’efficace à ceux qui ont le plus de besoin, nous ayons l’obligation entière à votre révérence d’un si favorable secours. C’est de quoi nous vous supplions de toute l’étendue de notre pouvoir. Dieu seul sera la récompense de vos charitables actions et nous conservera la mémoire de vos bienfaits, ensemble l’honneur de nous dire de cœur et d’affection vos très humbles serviteurs, Monsieur.
LES éCHEVINS.
1360. — AUX éCHEVINS DE RETHEL
De Paris, le 20 mai 1651.
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, avec grand respect et égale affection de vous rendre mes très humbles services. La lecture en fut hier
Lettre 1360. — L. s. — Arch. mun. de Rethel GG 80, original.
- 197 -
faite à une assemblée des dames de la Charité, où était Monseigneur l’archevêque nommé de Reims (1). Chacun fut fort touché de l’état souffrant de votre ville et édifié de la bonté de ceux qui veulent contribuer à donner cinquante livres par semaine pour le soulagement des plus pauvres ; mais on ne peut rien ajouter aux deux cent cinquante livres que l’on y envoie d’ici tous les huit jours. Dieu veuille que l’on puisse continuer ! Il n’est pas croyable combien ces dames ont de peine à soutenir le faix d’une si grande dépense, qui va à plus de quinze mille livres tous les mois pour la Champagne et la Picardie. Je vous supplie très humblement de croire, Messieurs, que je ferai tout ce que je pourrai pour votre satisfaction et pour l’assistance de vos pauvres, tant de la ville que des villages circonvoisins ; car l’intention des bienfaiteurs est que les uns et les autres soient visités et secourus par le prêtre de notre compagnie qui est de là, autant que ce qu’on lui donne se peut étendre, préférant les pauvres malades et les plus abandonnés aux moins nécessiteux.
Mon Dieu ! Messieurs, que Notre-Seigneur a bien agréable vos sollicitudes au soulagement de ses membres affligés ! Je le prie qu’il en soit votre récompense, qu’il bénisse vos personnes et votre gouvernement, qu’il donne la paix à l’état et délivre son peuple du mal qu’il souffre.
Je vous fais offre de mon obéissance avec toute l’humilité que je le puis et que le doit, en l’amour de
1) Henri de Savoie, dernier duc de Nemours, né en 1625, fut nommé archevêque de Reims en 1651, mais ne prit jamais les ordres. Il se démit de son évêché pour épouser, le 22 mai 1657, Marie d’Orléans de Longueville, dont il n’eut pas d’enfants. Il mourut le 14 janvier 1659.
- 198 -
Notre-Seigneur, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Messieurs les échevins, gouverneurs de la ville de Rethel.
1361. — A JACQUES DESCLAUX, éVêQUE DE DAX
De Paris, ce 21 mai 1651.
Monseigneur,
Je vous remercie très humblement de ce que vous avez eu agréable de signer la lettre pour le Pape et de me la renvoyer. J’attends celle de Mgr de Bayonne (1).
Je vous envoie un mémoire dans lequel vous verrez les voies qu’on a tenues pour soustraire une communauté de religieuses de la juridiction des réguliers. Il me semble qu’il est fort revenant à votre dessein et conforme à l’avis que je vous ai envoyé de Mgr de Saint-Paul (2). Ce que je pourrai faire ici et à Rome pour votre service et le bien de la maison qui vous réclame, je le ferai avec grande dévotion, comme étant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la page : Mgr d’Acqs.
Lettre 1361. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1). Jean Dolce.
2). Jacques-Adhémar de Monteil, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme).
- 199 -
1362. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 22 mai [1651] (1).
Mon très honoré Père,
L’impuissance de parler bien nettement, causée par la confusion des pensées que mon esprit produit dans la nécessité de vous dire les choses que je crois être obligée, me donne peine de ce que je vous ai dit de notre bonne sœur Julienne (2) à laquelle je supplie votre charité ne pas écrire, en sorte qu’elle pense qu’elle doive demeurer au lieu où elle est pour longtemps, comme en effet peut-être ne le jugerez-vous pas à propos.
Je crois aussi devoir dire à votre charité que j’ai un peu eu et ai de douleur de laisser ces petites prières, dans la pensée que la sainte Vierge désirait que je lui rendisse ce petit devoir de reconnaissance, et me console avec elle de lui a ce qui m’en empêche, avec résolution d’essayer de lui agréer en quelqu’autre manière, de la servir avec plus de ferveur ; mais que mes résolutions sont faiblement exécutées et souvent négligées !
Aidez-moi par votre charité, me donnant souvent votre bénédiction et me présentant à Dieu, tout indigne que je suis, comme un bon père fait ses enfants prodigues, car vous savez que je la suis, et, mon très honoré Père, votre très obéissante servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1363. — LES éCHEVINS DE RETHEL A SAINT VINCENT
De Rethel, ce 22e mai 1651.
Monsieur,
Vous savez que l’urgente nécessité fait entreprendre et oser
Lettre 1362. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Julienne Loret, alors supérieure à Chars.
Lettre 1363. — Arch. mun. de Rethel GG 80, copie.
- 200 -
toute chose à ceux qui sont dans les souffrances, pour couper racine à la durée de leurs malheurs, ou du moins pour rencontrer quelque sorte de soulagement dans leurs misères. C’est le sujet des présentes, qui fait sans crainte nous adresser confidemment à Votre Révérence pour, en représentant l’état pitoyable de notre ville, la mouvoir à compassion. Il est vrai que la bonté suprême nous afflige de guerre, de famine et d’une infinité de maladies, causant par la nécessité des vivres, la mort à plusieurs personnes ; mais aussi est-il vrai qu’à même temps il ouvre une belle et spacieuse carrière à l’exercice de la charité chrétienne. C’est ce qui nous fait espérer un favorable secours du zèle de votre piété, dont nous commencions à ressentir les effets par votre moyen et par le soin d’un Père de votre mission, qui travaille ici avec toutes les diligences possibles.
Mais nos desseins ont été malheureusement traversés et ruinés par l’arrivée du régiment de Navarre, composé de trente compagnies, qui, par les ordres du sieur de Besançon, peu affectionné pour notre ville, étant arrivé à nos portes vendredi dernier, força d’abord, les armes en main, comme si nous eussions été ennemis, le bourg bas de cette ville, où, après avoir pillé, battu, excédé, blessé et commis toutes les insolences imaginables, non content d’en extorquer par sa barbarie un traitement à discrétion des pauvres habitants ruinés et réduits à la mendicité, les contraignant, pour comble de leur malheur, à vendre les pauvres haillons qui couvrent leurs nudités, eux et leurs enfants mourant de misérable famine. Outre ce, les soldats dudit régiment ont, ce jourd’hui (qui était un jour de foire), volé et rompu bras et jambes aux marchands sur les grands chemins, sans qu’aucune denrée eut été apportée dans la ville. Bref, tout le pays n’est qu’un spectacle effroyable et plus que très horrible de voir tant de cruauté, et que de jour en autre tout va de mal en pis, sans pouvoir rencontrer aucune oreille favorable à nos justes et pitoyables plaintes. Ce défaut de rencontre, joint à la durée de nos misères, nous rend la vie plus barbare et meurtrière que l’épouvantable mort.
Et à vrai dire, si, comme chrétiens, nous n’observions les lois de la retenue, tant de confusion ferait finir nos jours par un malheureux désespoir ; car l’augmentation de nos maux nous est d’autant plus sensible qu’elle est causée par des personnes qui feignent être nos amis, quoique par leurs dérèglements ils font véritablement connaître le contraire. C’est le sujet qui donne le plus de matière à nos plaintes, mais en vain, puisque personne jusqu’à présent, excepté Votre Révérence
- 201 -
et ceux de votre part, n’a eu compassion de nos malheurs. Nous vous prions de cœur et d’affection, par le redoublement de nos plaintes, de faire éclater nos misères, afin que, parvenant aux oreilles des suprêmes puissances envers lesquelles votre vie exemplaire vous a donné créance, nous en puissions avoir du soulagement. Nous implorons de votre bonté ce favorable secours, ensemble la continuation non seulement de votre assistance commencée, mais, par votre moyen, une augmentation de charité envers les pauvres, dont le nombre est accru par les insolences et ruines du régiment ci-dessus L’urgente nécessité nous fait passer les termes de la bienséance ; mais, comme elle n’a point de loi prescrite pour réprimer son audace, elle porte quand et soi sur le front son excuse légitime. Cela nous fait espérer de votre part tous bons événements. Dieu vous en donnera la récompense, et à nous l’honneur de demeurer toujours vos très humbles et obéissants serviteurs.
LES éCHEVINS.
Suscription : Au Révérend Père Vincent, général des prêtres de la Mission de Saint-Lazare, à Paris.
1364. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[23 mai 1651] (1)
C’est pour savoir, mon très honoré Père, si je puis différer ma confession à demain au soir ou s’il serait plus à propos que ce ne fût que jeudi, à votre plus grande commodité, si ma confession sera de plus longtemps que de la dernière, y a près de trois mois. Pour vous rendre compte de l’emploi de cette journée, je vous dirai que depuis la lecture que j’ai faite dans le Mémorial (2) de Grenade, au lieu de La Guide des pécheurs (3), j’ai eu
Lettre 1364. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Le frère Ducournau a ajouté au dos de l’original : mai 1651. Le contenu de la lettre permet de préciser le jour.
2) Le. Mémorial de la Vie Chrestienne par le P. Louis de Grenade, ouvrage écrit en espagnol, et traduit en français en 1578 par Nicole Colin, chanoine de Reims.
3) La Guide des Pescheurs par le P. Louis de Grenade, ouvrage écrit en espagnol, et traduit en français en 1574 par Paul du Mont, en 1577 par Nicole Colin.
- 202 -
l’esprit tout transi des peines qu’il représente, sans néanmoins les appréhender, par mon trop peu de crainte ; mais il me semblait être toute dans je ne sais quelle terreur sens distinction. Cela m’a un peu passé en la méditation des péchés après avoir lu le premier chapitre de La Guide, lorsque je me suis aperçue que je m’étais méprise ; et ces seuls mots que Dieu est celui qui est m’ont toute mise dans la tranquillité, quoique j’aie bien treuvé en moi des crimes contre sa bonté. Continuerai-je cette lecture ? Attendrai-je vos ordres pour ma confession ? J’entends pour me préparer pour le temps de la faire, pour laquelle j’ai grand besoin de votre charitable assistance comme aussi pour être détrompée de mes imaginations, qui me font, je crois, pécher si souvent que j’ai honte de me dire si peu véritablement. votre obéissante fille.
L. DE M.
Je crains bien d’être trop importune quoiqu’il me semble que votre charité me considérera comme un pauvre.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1365. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 26 mai 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Les dernières lettres que j’ai reçues de Gênes me donnent sujet de croire que la présente vous trouvera chargé de tout le soin de la famille et que non seulement vous tenez la place de M. Blatiron, mais encore celle de M. Dehorgny, lesquels nous attendons ici (1) ; et partant, Monsieur, je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne un double et triple esprit, ou plutôt la plénitude du sien pour faire seul l’œuvre de deux ou trois.
Lettre 1365. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Pour l’assemblée des principaux ; supérieurs de la congrégation.
- 203 -
Je vous demande pardon de ce que je ne vous ai pas fait réponse plus tôt au sujet de M. votre frère. Cela m’a échappé ; et puis, il m’avait promis de vous écrire lui-même l’état de vos affaires ; ce qu’il n’a pas fait, s’il ne vous a fait tenir la lettre par d’autres que par nous. Je m’attendais néanmoins à cela. Et à présent que j’ai voulu me ramentevoir (2) de ce qu’il m’en a dit, pour vous en donner connaissance, je n’ai pu m’en ressouvenir ; ce qui m’obligera de lui parler derechef ; après quoi je ferai agir selon qu’il sera trouvé expédient, en vertu de votre procuration, de laquelle on ne s’est pas encore servi. Avant que vous l’eussiez faite, Monsieur, votre frère pressait pour l’avoir, et maintenant qu’il sait que nous l’avons, il n’en dit mot.
Je salue la compagnie avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, et j’embrasse tendrement votre âme. Je recommande la mienne à vos prières communes et particulière, comme aussi celle d’un de nos bons prêtres décédé à Richelieu, nommé M. Manceau le jeune, pour le distinguer de M. son frère, qui est encore parmi nous et dans la même maison (3).
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
2). Me ramentevoir, me ressouvenir.
3) Nicolas Manceau, né le 10 août 1613 à Laumesfeld (Moselle), entré dans la congrégation de la Mission le 30 novembre 1646, reçu aux vœux en avril 1651.
- 204 -
1366. — A UN SUPéRIEUR (1)
Nous envoyons Monsieur… en votre place, après les instances que vous en avez faites. J’espère que la famille verra en vos exemples la soumission et la confiance que chacun doit à son supérieur (2).
1367. — A NICOLAS PAVILLON ET éTIENNE CAULET
[Juin 1651] (1)
Messeigneurs,
J’ai reçu, avec le respect que je dois à votre vertu et à votre dignité, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, sur la fin du mois de mai, pour réponse aux miennes, sur le sujet des questions du temps, où je vois beaucoup de pensées dignes du rang que vous tenez dans l’église, lesquelles semblent vous faire incliner à tenir le parti du silence dans les contentions présentes. Mais je ne laisserai pas de prendre la liberté de vous représenter quelques raisons qui pourront peut-être vous porter à d’autres sentiments, et je vous supplie, Messeigneurs, prosterné en esprit à vos pieds, de l’avoir agréable. Et premièrement, sur ce que vous témoignez appréhender
Lettre 1366. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XXIV, sect. I, p. 347.
1). Le supérieur auquel est adressée la lettre 1344
2). Le destinataire de Cette lettre resta dans la maison après sa déposition.
Lettre 1367. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XII, p. 422. Nous donnons le texte d’Abelly, complété par Collet (op. cit, t. I, p. 540), avec, en note, les variantes du texte suivi par ce dernier.
l). "La lettre des deux évêques, dont j’ai l’original, est du 22 avril", écrit Collet (ibid., en note). Et il ajoute : "Il y a apparence que le saint ne la reçut que sur la fin du mois de mai"
- 205 -
que le jugement qu’on désire de Sa Sainteté ne soit pas reçu avec la soumission et obéissance que tous les chrétiens doivent à la voix du souverain Pasteur, et que l’Esprit de Dieu ne trouve pas assez de docilité dans les cœurs pour y opérer une vraie réunion, je vous représenterai volontiers que, quand les hérésies de Luther et de Calvin, par exemple, ont commencé à paraître, si on avait attendu de (2) les condamner jusques à ce que leurs sectateurs eussent paru disposés à se soumettre et à se réunir, ces hérésies seraient encore au (3) nombre des choses indifférentes à suivre ou à laisser, et elles auraient infecté plus de personnes qu’elles n’ont fait. Si donc ces opinions, dont nous voyons les effets pernicieux dans les consciences, sont de cette nature, nous attendrons en vain que ceux qui les sèment s’accordent avec les défenseurs de la doctrine de l’église ; car c’est ce qu’il ne faut point espérer et ce qui ne sera jamais ; et de différer d’en obtenir la condamnation du Saint-Siège, c’est leur donner temps (4) de répandre leur venin, et c’est aussi dérober à plusieurs personnes de condition et de grande piété le mérite de l’obéissance qu’ils ont protesté de rendre aux décrets du Saint-Père, aussitôt qu’ils les verront. Ils ne désirent que savoir la vérité, et, en attendant l’effet de ce désir, ils demeurent toujours de bonne foi dans ce parti, qu’ils grossissent et fortifient par ce moyen, s’y étant attachés par l’apparence du bien et de la réformation qu’ils prêchent, qui (5) est la peau de brebis dont les véritables loups se sont toujours couverts pour abuser et séduire les âmes. Secondement, ce que vous dites, Messeigneurs, que la
2). Collet : à.
3). Collet : du.
4). Collet :.le temps.
5) Collet : et qui.
- 206 -
chaleur des deux partis à soutenir chacun son opinion laisse peu d’espérance d’une parfaite réunion, à laquelle néanmoins il faudrait butter, m’oblige de vous remontrer qu’il n’y a point de réunion à faire dans la diversité et contrariété des sentiments en matière de foi et de religion, qu’en se rapportant à un tiers, qui ne peut être que le Pape, au défaut des conciles ; et que celui qui ne se veut point réunir en cette manière (6) n’est point capable d’aucune réunion, laquelle, hors de là, n’est pas même à désirer ; car les lois ne se doivent jamais réconcilier avec les crimes, non plus que le mensonge s’accorder avec la vérité.
Troisièmement, cette uniformité que vous désirez entre les prélats serait bien à souhaiter, pourvu que ce fût sans préjudice de la foi ; car il ne faut point d’union dans le mal et dans l’erreur ; mais quand cette union (7) se devrait faire, ce serait à la moindre partie de revenir à la plus grande, et au membre de se réunir au chef, qui est ce qu’on propose, y en ayant au moins des six parts les cinq qui ont offert de se (8) tenir à ce qu’en dira le Pape, au défaut du concile, qui ne se peut assembler à cause des guerres ; et quand après cela il resterait de la division, et, si vous voulez, du schisme, il s’en faudrait prendre à ceux qui ne veulent point de juge, ni se rendre à la pluralité des évêques, auxquels ils ne défèrent, non plus qu’au Pape,
Et de là se forme une quatrième raison, qui sert de réponse à ce qu’il vous plaît de me dire, Messeigneurs, que l’un et l’autre parti croit que la raison et la vérité sont de son côté ; ce que j’avoue ; mais vous savez bien 6). Collet : matière.
7). Collet : réunion.
8) Collet : s’en
- 207 -
que tous les hérétiques en ont dit autant et que cela ne les a pas pourtant garantis de la condamnation et des anathèmes dont ils ont été frappés par les Papes et les conciles. On n’a point trouvé que la réunion avec eux fût un moyen de guérir le mal ; au contraire, on y a appliqué le fer et le feu, et quelquefois trop tard, comme il pourrait arriver ici. Il est vrai qu’un parti en accuse l’autre ; mais il y a cette différence que l’un demande des juges et que l’autre n’en veut point, qui (9) est un mauvais signe. Il ne veut point de remède, dis-je, de la part du Pape, parce qu’il sait qu’il est possible, et fait semblant de demander celui du concile, parce qu’il le croit impossible en l’état présent des choses ; et s’il pensait qu’il fût possible, il le rejetterait, de même qu’il (10) rejette l’autre. Et ce ne sera point, à mon avis, un sujet de risée aux libertins et aux hérétiques, non plus que de scandale aux bons, de voir les évêques divisés ; car, outre que le nombre de ceux qui n’auront pas voulu souscrire aux lettres écrites au Pape sur ce sujet sera très petit, ce n’est pas chose extraordinaire dans les anciens conciles qu’ils n’aient pas tous été (11) d’un même sentiment ; et c’est ce qui montre aussi le besoin qu’il y a que le Pape en connaisse, puisque, comme vicaire de Jésus-Christ, il est le chef de toute l’église et par conséquent le supérieur des évêques.
Cinquièmement, on ne voit point que la guerre, pour être allumée presque par toute la chrétienté, empêche que le Pape ne juge avec toutes les conditions et formalités nécessaires et prescrites par le concile de Trente, du choix desquelles il se rapporte pleinement à Sa Sainteté,
9.) Collet : ce qui
10) Collet : comme il.
11) Collet : été tous.
- 208 -
laquelle plusieurs saints et anciens prélats ont ordinairement consultée et réclamée dans les doutes de la foi, même étant assemblés, comme on voit chez les saints Pères et dans les annales ecclésiastiques. Or, de prévoir qu’on n’acquiescera pas à son jugement, tant s’en faut que cela se doive présumer ou craindre, que plutôt c’est un moyen de discerner par là les vrais enfants de l’église d’avec les opiniâtres.
Quant au remède que vous proposez, Messeigneurs de défendre étroitement (12) à l’un et l’autre parti de dogmatiser, je vous supplie très humblement de considérer qu’il a été déjà (13) essayé inutilement et que cela n’a servi qu’à donner pied à l’erreur ; car, voyant qu’elle était traitée de pair avec la vérité, elle a pris ce temps pour se provigner (14) et on n’a que trop tardé à la déraciner, vu que cette doctrine n’est pas seulement dans la théorie, mais que, consistant aussi dans la pratique, les consciences ne peuvent plus supporter le trouble et l’inquiétude qui naît de ce doute, lequel se forme dans le cœur de chacun, savoir si Jésus-Christ est mort pour lui, ou non, et autres semblables. Il s’est trouvé ici des personnes lesquelles, entendant que d’autres disaient à des moribonds, pour les consoler, qu’ils eussent confiance en la bonté de Notre-Seigneur, qui était mort pour eux, disaient aux malades qu’ils ne se fiassent pas à cela, parce que Notre-Seigneur n’était pas mort pour tous.
Permettez-moi aussi, Messeigneurs, d’ajouter à ces considérations que ceux qui font profession de la nouveauté, voyant qu’on craint leurs menaces, les augmentent et se préparent à une forte rébellion ; ils se
12) Mot omis par Collet.
13) Collet : a déjà été essayé.
14) Se provigner, se répandre.
- 209 -
servent de votre silence pour un puissant argument en leur faveur, et même se vantent, par un imprimé qu’ils publient, que vous êtes de leur opinion (15) ; et au contraire, ceux qui se tiennent dans la simplicité de l’ancienne créance s’affaiblissent et se découragent, voyant qu’ils ne sont pas universellement soutenus. Et ne seriez-vous pas un jour bien marris, Messeigneurs, que votre nom eût servi, quoique contre vos intentions, qui sont toutes saintes, à confirmer les uns dans leur opiniâtreté et à ébranler les autres dans leur créance ?
De remettre la chose à un concile universel, quel moyen d’en convoquer un pendant ces guerres ? Il se passa environ quarante ans depuis que Luther et Calvin commencèrent à troubler l’église jusqu’à la tenue du concile de Trente. Suivant cela, il n’y a point de plus prompt remède que celui de recourir au Pape, auquel le concile de Trente même nous renvoie en sa dernière session, au chapitre dernier, dont je vous envoie un extrait
Derechef, Messeigneurs, il ne faut point craindre que le Pape ne soit obéi (16), comme il est bien juste, quand il aura prononcé ; car, outre que cette raison de craindre la désobéissance aurait lieu en toutes les hérésies, lesquelles par conséquent il faudrait laisser régner impunément, nous avons un exemple tout récent dans la fausse doctrine des deux prétendus chefs de l’église, qui était sortie de la même boutique, laquelle ayant été condamnée par le Pape, on a obéi à son jugement, et il ne se parle plus de cette nouvelle opinion.
Certes, Messeigneurs, toutes ces raisons et plusieurs
15) Arnauld écrit dans ses Considérations, p. 7 " a On peut dire que tous les évêques qui n’ont point signé cette lettre l’improuvent et la désavouent." Saint Vincent ferait-il allusion à ces mots ?
16). Collet : ne soit pas obéi
- 210 -
autres que vous savez mieux que moi, qui voudrais les apprendre de vous, que je révère comme mes Pères et comme les docteurs de l’église, ont fait qu’il reste à présent peu de prélats en France qui n’aient signé la lettre qui vous avait (17) été ci-devant proposée (18), ou bien une autre qui a été depuis dictée par un de ces mêmes prélats, que l’on a fort goûtée, et dont, à cet effet, je vous envoie la copie, parce qu’elle vous plaira peut-être davantage (19).
1368. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 16 juin 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai consolation de vous écrire à vous seul en vous considérant à la place de trois. Oui, Monsieur, je parle à votre unique cœur avec toute l’étendue et la tendresse du mien, qui certes vous chérit uniquement ; mais je m’imagine aussi que j’écris à Messieurs Dehorgny et Blatiron en vous écrivant, pource que vous êtes en leurs
17). Collet : a.
18). Abelly s’arrête ici ; la suite est empruntée à Collet.
19). L’évêque d’Alet ne pardonna jamais à Vincent de Paul son attitude hostile au jansénisme. Alain de Solminihac remarqua, dans une "assemblée de quelques prélats et autres ecclésiastiques" que personne ne se montrait "moins affectionné" et "plus contraire" au saint que Nicolas Pavillon, et il chargea même le supérieur de son séminaire d’en aviser le saint prêtre. C’était en 1651. Celui-ci fut visiblement ému de cette nouvelle. "Sur cela, raconte Gilbert Cuissot, il commença à me dire : O Monsieur, c’est grand cas que ceux que l’on a servis… ; et voyant qu’il m’allait décharger son cœur, il s’arrêta tout d’un coup…, me fit parler d’autre chose, disant : laissons cela là". (Note manuscrite de Gilbert Cuissot, arch. de la Mission.)
Lettre 1368. — L. s. — Dossier de Turin, original.
- 211 -
offices et qu’il me semble qu’ils agissent en vous, pendant qu’ils viennent travailler ici au bien de toute la compagnie. Cette pensée, jointe à l’affection que Dieu vous a donnée pour la même compagnie, vous fera supporter avec patience le faix qu’ils vous ont laissé. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il redouble vos forces, qu’il vous soutienne de son esprit principal, qu’il vous réjouisse de l’espérance de sa gloire et du succès de vos travaux, qu’il comble la famille de paix et de confiance en sa divine conduite. Ce sont là mes souhaits ; mais il n’y a que Dieu qui vous en puisse faire sentir l’ardeur et les effets. C’est aussi à lui que je les adresse souvent, particulièrement en la présente retraite que je fais, laquelle je recommande à vos prières et à celles de votre petite communauté, laquelle j’embrasse en esprit, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres.
Je crois que je vous dois dire que M. votre frère est venu ici à dessein de retirer votre procuration et de s’en servir. Je n’ai pas osé lui confier, m’étant faite à moi ; mais je lui ai signé une quittance pour l’hôtel de ville de Paris, de 40 ou soixante livres, afin qu’il en retire les deniers, estimant que je ne ferais pas contre votre intention, la mienne étant de vous complaire et de vous servir en toutes les manières que Dieu le demande de moi en l’endroit de ses meilleurs serviteurs, puisque je suis, en son amour, Monsieur, le vôtre très humble et très affectionné.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
- 212 -
1369. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
(Juin 1651] (1)
Mon très honoré Père,
Je supplie très humblement votre charité prendre la peine voir si cette lettre peut être envoyée à Montmirail. Monsieur Georget et Mademoiselle Amaury sont venus céans pour demander la sœur Jeanne-Baptiste encore pour quatre mois, et paraissent fort mécontents de ma sœur Nicole, sans en avoir pu dire le sujet. Madame Fouquet était présente, qui, je m’assure, aura bien remarqué y avoir un peu de passion. J’ai, essayé de leur parler avec le respect que je leur dois, et leur ai dit que la chose ne dépendait nullement de moi. J’ai essayé de leur faire entendre tout ce que votre charité m’avait ordonné au sujet des paroisses de St-Etienne (2) et St-Roch. Et sur ce qu’ils m’ont témoigné croire que vous ne leur accorderiez pas, je leur ai dit que la grande nécessité qu’ils disaient en avoir, et suite des fautes très notables qu’ils croyaient en ma sœur Nicole, vous les disant, que je ne savais pas, vous parlant plus clairement, quelle serait votre volonté en ce sujet. Il nous dit franchement qu’elle se voulait retirer de la compagnie et que c’était pour nous la conserver, et plusieurs autres choses qui n’ont guère de fondement. Il serait bien nécessaire que Madame Fouquet vous parlât et vous dit les sentiments de Monsieur le curé, qui ne sait, je crois rien autre chose que ce que ces deux personnes lui ont fait croire être nécessaire à leur Charité. Si vous jugez à propos que j’aie l’honneur de vous voir pour vous dire tout plus amplement, s’il vous plaît me faire la charité de m’en avertir ? Et me trouve toujours, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Ce lundi au soir.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 1369. — L. a. —- Dossier des Filles de Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Saint-Etienne-du-Mont.
- 213 -
1370. — A LOUISE DE MARILLAC
[Juin 1651] (1)
Je pense, Mademoiselle, qu’il y a quelque chose à faire pour essayer de rompre le commerce des dames de Saint-Jean (2) avec Jeanne-Baptiste, notre chère sœur. Ou cela vient par l’ordre de M. le curé (3), de Monsieur Georget, ou par tous les deux et par les officières, les uns et les autres suscités par la sœur sa compagne. êtes-vous en état de prier M. Georget de vous voir au plus tôt, et cette bonne sœur d’un autre côté ? Peut-être sera-t-il à propos que vous priiez aussi l’officière (4) qui a tant d’attache pour elle, de vous voir. L’entrevue avec M. Georget et la sœur vous donnera connaissance. S’il est besoin, vous pourriez dire à M. Georget que vous avez avis que quelques personnes de Saint-Jean écrivent à cette fille ; que vous ne savez si ce sont les dames ou un jeune homme qui la recherche en mariage ; que si c’est le jeune homme, c’est lui faire abandonner la résolution qu’elle a prise devant Dieu et maintes fois réitérée de vivre et mourir en sa condition, et du sujet qu’il y a de craindre que Dieu ne la châtie de ce qu’elle lui manquera de parole. Que si ce sont les dames qui la demandent, elles font un grand [tort] (5) aux autres
Lettre 1370. — L. a. —- Dossier des Filles de la Charité, origirlal
1). Cette lettre semble répondre à la précédente.
2) Saint-Jean-en-Grève, paroisse de Paris.
3). pierre Loisel, né à Compiègne le 6 juin 1606, reçu docteur en Sorbonne le 26 juin 1636, curé de la paroisse Saint-Jean du 26 juin 1637 au 20 mai 1679, jour de sa mort, chancelier de l’université et sept fois recteur, relégué à Compiègne en 1654 en punition de son attachement au cardinal de Retz.
4). Probablement Mademoiselle Amaury.
5) Mot oublié par le saint.
- 214 -
filles de la compagnie par le mauvais exemple qu’elle leur donnera, et que l’on a sujet de craindre qu’elle ne fasse comme celles de Saint-Roch, dont l’une s’étant mariée, elle s’est fort mal acquittée de son devoir, qu’elle s’est rendue misérable et a obligé les dames à la chasser et à revenir à demander d’autres filles à la Charité ; qu’elle fait bien là où la Providence l’a mise (6) ; que c’est au voisinage des pays ruinés, dont quelques uns se rendent à l’hôpital, où elle est et où elle les assiste avec beaucoup de grâce de Dieu ; qu’il y a sujet de craindre que, si l’on l’ôte de là, qui est à dire du lieu où il l’a mise, que sa divine bonté ne lui ôte la grâce qu’il lui a donnée, avec laquelle elle fait le bien qu’elle fait, et que ce qui vous l’a fait éloigner est l’avis que vous avez eu que ce jeune homme l’embarrassait. Voilà les pensées qui me sont venues sur ce sujet, et qu’après tout il faut se résoudre à la perte de cette créature (7) et de toutes les autres que Dieu permettra qui abandonnent leur vocation.
1374. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[1651] (1)
Il y a un très grand nombre de pauvres gens de la Thiérache (2) qui, depuis plusieurs semaines, n’ont pas mangé de
6) La phrase est un peu embarrassée. Il s’agit ici non de la sœur mariée, mais de la sœur Jeanne-Baptiste, que Louise de Marillac avait retirée de Saint-Jean, au grand mécontentement des dames de la Charité, pour l’envoyer à Montmirail.
7). Probablement sœur Nicole.
Lettre 1371 — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect. II, 1er éd., P 394
1) Ces lignes ont paru dans la Relation de juin 1651
2) Pays de l’ancienne Picardie auquel appartenaient les villes de Vervins, Guise, Hirson, Aubenton, Montcornet et Marle
- 215 -
Pain, pas même de celui qu’on fait avec du son d’orge, qui est ce que les plus aisés mangent, et ne se sont nourris que de lézards, de grenouilles et des herbes des champs.
1372. — A FRANçOIS DE SAINT-REMY
De Paris, ce 2 juin 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie très humblement de l’honneur que vous et M. votre frère (1) me voulez faire (2), Je vous en suis très obligé ; mais vous me désobligeriez extrêmement si vous en veniez aux effets. Les lettres dédicatoires se font à la louange de ceux à qui elles s’adressent, et je suis tout à fait indigne de louange. A bien parler de moi, il faudrait dire que je suis fils d’un laboureur, qui ai gardé les pourceaux et les vaches, et ajouter que cela n’est rien au prix de mon ignorance et de ma malice. Jugez de là, Monsieur, si une personne si chétive que je suis doit être nommée en public en la manière que vous me le proposez. C’est le plus grand déplaisir que vous me sauriez faire. Oui, Monsieur, il me serait si sensible que je ne sais si j’en perdrais le ressentiment. Je ne laisserai pas d’avoir une parfaite reconnaissance de la pensée seulement que vous en avez eue, vous assurant
Lettre 1372. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Pierre de Saint-Remy, plus tard docteur en théologie, licencié en droit, chanoine et archidiacre de Châlons.
2). Sur le conseil de son frère François, Pierre de Saint-Remy s’était proposé de dédier à saint Vincent et à sa compagnie les thèses de philosophie qu’il devait soutenir à la fin de son cours. François en avait prévenu le saint, comptant lui être agréable. (Déposition de Pierre de Saint-Remy au procès de béatification de saint Vincent)
- 216 -
que, s’il se présente occasion de vous servir, vous et votre famille, je le ferai de tout mon cœur (3).
Quant au désir que vous avez de trouver un lieu propre à Paris, d’où M. votre frère puisse aller étudier en Sorbonne, je m’en informerai de M. le pénitencier (4) et vous le ferai savoir.
Il est vrai qu’il y a eu quelque chaleur en une assemblée de Sorbonne touchant les opinions nouvelles ; mais les deux tiers des docteurs, les plus anciens et les meilleurs, ont été pour les opinions communes de l’église, fort éloignées de celles du temps. Il faut espérer que, comme ces dernières ont été agitées d’autres fois et depuis assoupies, Dieu ne permettra pas qu’à présent elles tirent à conséquence, ains que bientôt il les étouffera comme ci-devant. Je l’en prie de tout mon cœur, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Saint-Remy, archidiacre de Langres, chanoine et conseiller à Châlons.
3) Pierre de Saint-Remy n’osa déplaire à saint Vincent. Il se contenta de dédier ses thèses à Jésus-Christ prêchant dans le désert, comme au modèle des missionnaires et à l’auteur du bien qu’ils font.
4). Jacques Charton
- 217 -
1373. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES
De Paris. ce 23 juin 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre toute cordiale, qui m’a apporté une sensible joie, comme vos précédentes, et j’ose dire un peu davantage, tant pource que je vous vois acquiescer pleinement à la privation de Messieurs Dehorgny et Blatiron, nonobstant le pesant fardeau qu’ils vous ont laissé pour un peu de temps, qu’à cause de l’affection que vous avez pour votre vocation et pour vos emplois ; de quoi je rends grâces infinies à son infinie bonté. Je prie aussi Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il redouble en vous son esprit : l’un, pour vous unir à lui, agir en sa sainte présence et pour son amour ; et l’autre, pour la direction des âmes qu’il vous a commises. Nous attendons ces Messieurs de jour en jour. Nous vous les renverrons le plus tôt que nous pourrons, quoique j’appréhende les grandes chaleurs ; mais, afin qu’ils en soient moins incommodés, nous les ferons mettre à couvert dans quelque coche ou carrosse.
Voilà que la cloche sonne pour avertir de l’arrivée de quelqu’un ; peut-être ce sont eux ; non, ce sont d’autres. Je prie Notre-Seigneur qu’il nous les ramène en bonne disposition. Celle que Dieu nous donne à présent est assez bonne, grâces à sa divine bonté, en l’amour de laquelle je suis, de vous et de toute votre famille, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.M.
Au bas de la première page : M. Martin.
Lettre 1373. — L s. — Dossier de Turin, original.
- 218 -
1374. — A JEAN MARTIN, PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES
De Paris, ce dernier de juin 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Plaise à Dieu que vos souhaits et vos prières attirent sur la compagnie l’esprit et les bénédictions de Notre-Seigneur, et que les grâces que je lui demande pour vous, vous soient abondamment données, surtout qu’il vous anime d’un double esprit, pour bien porter la double charge que vous avez ! Je vous offre souvent à lui pour cet effet, mais non jamais sans un sentiment particulier d’estime et de tendresse.
J’ai rendu vos lettres à Messieurs Blatiron et Damiens. Je ne doute pas qu’ils vous fassent réponse.
Nous nous portons tous bien, grâces à Dieu, en qui je suis et de toute la famille, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Martin.
1375. — A GABRIEL DELESPINEY, SUPéRIEUR, A TOUL
1er juillet 1651
De tout mon cœur je prierai Dieu qu’il vous sanctifie ; que nous importe que ce soit par le calme ou par la tribulation ! Certes, nous savons que celle-ci est la meilleure et la plus courte voie.
Lettre 1374. — L. s. — Dossier de Turin, original.
Lettre 1375. — Collet, op., cit., t. II, p. 277.
- 219 -
1376. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Chancelade, ce 2 juillet 1651.
Monsieur,
En même temps que vous m’eûtes mandé que parce que je vous avais prié de faire ressouvenir la reine de ce que Sa Majesté m’avait fait l’honneur de me promettre pour mon successeur à mon évêché, qu’elle vous avait répondu, quand vous lui en parlâtes, que je choisisse celui que je jugerais le plus propre pour le service de Dieu, qu’elle le ferait approuver au roi, je fis faire des prières par tout mon diocèse et ailleurs, afin qu’il plût à Dieu me faire connaître celui qui lui agréerait le plus pour une charge si grande et importante ; et après avoir mûrement considéré ceux qui me sont venus dans la pensée, examiné leurs qualités et pris conseil de personnes de grande connaissance et piété, je me suis arrêté à Mgr l’évêque de Sarlat (1), pour les raisons suivantes : parce que c’est un prélat qui vit saintement, donne un grand exemple, est fort détaché, a une éminente piété des vertus solides, est fort savant, prêche bien fort zélé et un très bel esprit, bon jugement, une grande santé, bon corps est fort pénible et laborieux et vigilant, a beaucoup d’expérience en la conduite d’un diocèse et dans une approbation universelle, et en grande réputation en cette province, dans mes maximes pour la conduite de son diocèse et des séminaires, n’est ni trop âgé ni trop jeune. Dans mon voisinage enfin je n’en connais point qui ait les qualités que mon diocèse requiert comme lui, ni qui en approche. Aussi est-il estimé, de tous ceux qui le connaissent, un très digne prélat. C’est pourquoi je vous supplie d’achever cette bonne œuvre que vous avez si bien commencée, puisqu’il plaît à la reine me faire cette grâce et à mon diocèse, et ne perdre pas le temps pour cela. Je vous envoie la lettre que j’écris à Sa Majesté, laquelle je vous prie lui porter et lui faire entendre les raisons qui m’ont obligé de choisir Monseigneur de Sarlat ; et parce que je ne puis pas demander de coadjuteur, étant en pleine santé et dans la résolution de mourir en faisant ma charge, il faudra que le roi me le donne et que j’y baille mon consentement comme je fais déjà présent par celle-ci attendant qu’il vous plaise
Lettre 1376 — Arch de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original
1) Nicolas Sevin
- 220 -
m’envoyer un formulaire, comme je vous en prie, pour le donner par acte public. Monsieur Sevin, frère de mondit seigneur de Sarlat, auquel il en écrit, vous soulagera en cela et en tout ce qu’il pourra pour l’exécution de cet affaire. Vous le lui pourrez communiquer en lui recommandant le secret, qui est ici très nécessaire. N’en parlez donc pas, je vous prie, à mon official, ni aux Pères Parrot et Vitet, ni à personne qu’à la reine et à ceux devant lesquels il faut qu’il se traite. Vous rendrez en cette occasion un grand service à Dieu et à votre congrégation, que ce grand prélat aime autant qu’aucun de ce royaume, hormis moi, qui l’estime et la chéris plus que tous ensemble. Je vous prie de me faire savoir de vos nouvelles sur ce sujet et le succès de votre négociation.
Vous m’avez écrit d’agréer que vous me fassiez ressouvenir de faire un abbé en ma place (2). Je vous prie de croire que je le désire avec passion ; mais comme je vois visiblement que c’est là perdre cette abbaye de faire cette élection avant avoir fait casser la sentence de l’abbé de Grosbois, je suis contraint de la retenir jusque-là ; et tous les bons religieux de cette maison sont dans les mêmes sentiments, comme vous apprendrez par la lettre que le supérieur de cette maison vous écrit, vous suppliant de n’en parler pas aux Pères Vitet et Parrot, ni à autre, et de me croire toujours, Monsieur…
ALAIN, év de Cahors.
1377 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 5 juillet 1651.
Mon très honoré Père,
La manière dont la divine Providence m’a fait vous parler en toutes occasions fait que, en celle-ci, où il s’agit de la pensée d’exécuter la sainte volonté de Dieu, je vous parle tout simplement sur les besoins que l’expérience nous a fait connaître,
2) Pour l’abbaye de Chancelade.
Lettre 1377. — L. a — Dossier de la Mission, original. La maison-mère des Filles de la Charité conserve la minute de ce document
1). A ne tenir compte que de la date mise en tête de l’original, on hésiterait entre 1651 et 1652 ; mais le frère Ducournau a écrit plus clairement cette date au dos de la lettre.
- 221 -
qui pourraient empêcher l’affermissement de la compagnie des Filles de la Charité, si tant est que Dieu n’ait fait entendre en vouloir la destruction entière par les fautes générales et particulières qui y paraissent plus clairement depuis quelques années, dont je crois en vérité et devant Dieu, misérable que je suis, être sinon la seule cause, au moins la principale tant par mes mauvais exemples que par mes négligences et peu de zèle pour la fidélité à m’acquitter de mon devoir. Et voilà un des principaux besoins de pourvoir pour l’avenir, dès maintenant, d’une personne de meilleur exemple.
Un second besoin est que la manière de vie soit rédigée par écrit, donnée aux lieux où seront des sœurs capables d’en faire lecture et la garder révéremment, sans la montrer et donner des copies aux personnes du monde. Et pour que chacune de la compagnie en ait connaissance, l’on pourrait, pour Paris, en faire lecture tous les mois par la sœur servante, des sœurs des paroisses s’y assemblant pour ce sujet, Une partie tous les quinze jours et l’autre partie quinze jours après.
Et pour les sœurs de la campagne ès lieux auxquels ne serait pas jugé à propos de la donner tant à cause qu’elles ne sauraient pas assez bien lire, comme aussi pour n’en être pas assez assurées d’elles, la lecture pourrait leur en être faite ès temps de la visite et quand elles viennent à la maison.
Et parce que dans la compagnie il y aura toujours des esprits assez grossiers et que l’exercice porte à l’action, il serait nécessaire que, sur chaque article, y eut explication de l’intention avec laquelle elle doit être faite.
Il est à croire que la faiblesse et légèreté de l’esprit a besoin d’être aidée par la vue de quelqu’établissement solide, pour en être aidée à surmonter les tentations qui leur arrivent contre leur vocation. Et le fondement de cet établissement, sans lequel, il est ce semble, impossible que ladite compagnie puisse subsister, ni que Dieu en tire la gloire qu’il y a apparence vouloir lui être rendue, est la nécessité que ladite compagnie à d’être érigée soit sous le nom de compagnie, ou celui de confrérie, entièrement soumise et dépendante de la conduite vénérable du très honoré général de Messieurs les vénérables prêtres de la Mission, du consentement de leur compagnie, pour, y étant agrégées, être participantes du bien qui s’y fait, à ce que la divine bonté, par les mérites de Jésus-Christ et les prières de la sainte Vierge, leur fasse la grâce de vivre de l’esprit dont sa bonté anime ladite honorable compagnie.
Voilà, mon très honoré Père, les pensées que je n’ai osé vous celer, les remettant entièrement au jugement que Dieu
- 222 -
voudra que votre charité en fasse, ainsi que sa bonté m’a fait la grâce de faire depuis vingt-six ans que sa miséricorde m’a mise sous votre sainte conduite, pour faire sa très sainte volonté (2), me faisait, en la manière qu’il sait, ce que je dois être toute ma vie, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obligée servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général des vénérables prêtres de la Mission.
1378. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 7 juillet 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Eh bien ! ne voilà [t-il] pas un grand sujet de consolation et une égale obligation de rendre grâces à Dieu, que l’absence des supérieurs ne cause aucun relâchement en votre famille, ains accroissement de piété et de vertu (1) ! Ce sont les paroles de votre lettre, qui m’ont comblé de joie et de reconnaissance vers la bonté de Notre-Seigneur,
2) Louise de Marillac n’était donc pas encore sous la direction de saint Vincent le 5 juillet 1624. Une lettre de Jean-Pierre Camus évêque de Belley, du 26 juillet 1625, nous apprend qu’à cette date elle se confessait au saint prêtre depuis quelque temps déjà. (Voir t. I, p. 85, note 2) Le 25 décembre 1659, elle le déclare elle-même dans une lettre qui sera publiée plus loin, il y avait trenie-cinq ans qu’elle lui ouvrait sa conscience. c’est par conséquent dans les derniers mois de 1624 ou dans les premiers de 1625 qu’elle se mit sous sa conduite.
Lettre 1378. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Saint Vincent avait appelé à Paris, pour s’occuper avec eux de l’organisation de la compagnie, les supérieurs des maisons de Rome Gênes, Richelieu, Le Mans, Cahors, Saint-Méen et Agen, à savoir MM. Alméras, Blatiron, Lambert, Lucas, cuissot, Thibault et Grimal, et il leur avait adjoint MM. Portail, Le Gros, supérieur à Saint-Charles, Jean Bécu, Dehorgny, Duchesne et Gilles. L’assemblée, commencée le 1er juillet, prit fin le 11 août.
- 223 -
qui, pour tenir la place des absents, s’est assis au milieu de votre âme, d’où il répand esprit et vie à tous les membres de ce petit corps. Je le prie qu’il continue d’animer l’une et l’autre et de vous faire la grâce à tous en général et à chacun en particulier de répondre aux saintes intentions de Monseigneur le cardinal-archevêque, pour qui nous offrons souvent à Dieu le saint sacrifice de la messe, à ce qu’il sanctifie de plus en plus sa chère âme, et le conserve longuement à son église. Je ne manquerai pas de lui écrire au retour de M. Blatiron, ni de continuer à prier et à faire prier Dieu pour S[on] E[minence], en reconnaissance des incomparables bontés que Notre-Seigneur lui a données pour la compagnie, jusqu’à prendre des soins si particuliers que ceux que vous me mandez pour son logement. Rien ne me fait connaître si vivement l’infinie bonté de Dieu que celle de ce saint prélat.
Nous vous renverrons bientôt celui de qui vous soutenez la charge (2), et qui par son arrivée vous donnera lieu de vous reposer un peu. Cependant je vous prie d’avoir soin de votre santé et de dire à toute la petite communauté que je l’embrasse tendrement, que je lui souhaite la plénitude de l’esprit de Dieu, à qui elle s’est donnée et en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
2) Etienne Blatiron
- 224 -
1379. — A JEAN BARREAU, CONSUL, A ALGER
[1651] (1)
Monsieur,
Dieu seul, qui voit le fond de nos cœurs, vous peut faire sentir la joie du m ; en pour la tant désirée nouvelle de votre liberté, dont nous lui avons rendu des remerciements aussi tendres que pour aucun bien que nous ayons depuis longtemps reçu de sa bonté. J’en ai fait part à Monsieur votre père, qui en a été fort consolé, aussi bien que du bon usage que vous avez fait de votre captivité ; à quoi je ne pense jamais, que la douceur d’esprit que vous avez fait paraître ne se représente à moi pour me faire trouver la soumission à Dieu et la patience dans les souffrances toujours plus belles et plus aimables. Je ne puis assez vous dire, Monsieur, que bienheureux êtes-vous d’avoir ainsi souffert pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vous a appelé en Alger. Vous en connaîtrez mieux l’importance et le fruit d’ici à quinze ou vingt ans, que vous ne faites à cette heure, et plus encore lorsque Dieu vous appellera pour vous couronner dans le ciel. Vous avez sujet d’estimer le temps de votre prison pour saintement employé. Pour moi, je le regarde comme une marque infaillible que Dieu vous veut conduire à lui, puisqu’il vous a fait suivre les traces de son unique Fils. Qu’il en soit à jamais béni, et vous plus avancé en l’école de la solide vertu, qui se pratique excellemment dans les souffrances et qui tient dans la crainte les bons serviteurs de Dieu, pendant qu’ils ne souffrent rien ! Je supplie sa
Lettre 1379 — Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. VII, § 3, p. 104.
1). Voir lettre 1313, note 3.
- 225 -
divine bonté que la bonace dont vous jouissez à présent, vous comble de paix, puisque l’orage n’a pu vous troubler, et qu’elle dure autant qu’il est convenable pour accomplir parfaitement les desseins que Dieu a sur vous.
Tant s’en faut que vous ayez fait contre mon intention de donner les mille livres que vous avez empruntées, que j’estime que ce n’est rien au prix de votre liberté, laquelle nous est plus chère que toute autre chose.
1380. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 14e juillet 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous vous renverrons bientôt M. Blatiron, selon le désir de ces Messieurs de Gênes et le vôtre.
La proposition du noviciat des jésuites ne serait pas à rejeter, vu ses commodités et ses espaces, s’il n’était si écarté de la ville et si sujet aux chaleurs de l’été. Mon avis en cela est que vous suiviez celui de Monseigneur le cardinal et de nos amis. Je conférerai cependant avec M. Blatiron de cet affaire-la, comme aussi du souhait que Messieurs de la Conférence de Gênes ont qu’un prêtre de la compagnie assiste à leurs entretiens. M. Blatiron portera copie des règles et pratiques qui s’observent par celle de Paris ; et, leur en ayant donné la lecture, il verra avec vous comment il se faudra ajuster avec eux au sujet de cette association. Je loue Dieu de ce que la famille va de mieux en
Lettre 1380 — L. s. — Dossier de Turin, original. Le posts-criptum est de la main du saint.
- 226 -
mieux, et je le prie que votre âme aille croissant en lumière et bénédiction pour édifier toujours davantage le dedans et le dehors. Je les salue tous et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
M. Blatiron me vient de dire des raisons pour ne pas acheter cette maison, qui me semblent invincibles.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
1381. — LES éCHEVlNS DE RETHEL A SAINT VINCENT
De Rethel, ce 17 juillet 1651.
Monsieur,
L’espérance d’une petite moisson donnait trêve à nos importunités, si la multitude des gens de guerre, croissant de jour en autre, ne nous eut frustrés de la récolte d’un peu d’orge et d’avoine seulement, qui avait été jetée en terre pour prolonger la vie, plus odieuse que la mort, à une infinité de personnes languissantes de famine. Les courses continuelles de nos ennemis nous affligent outre mesure, mais aussi est-il vrai que ceux qui se disent de notre parti et que nous pouvons appeler nos faux amis, commettent par leurs insupportables dérèglements tant de barbarie et de cruauté, qu’il est impossible de le pouvoir exprimer. Leur malice est si grande qu’ils épargnent l’herbe des prairies pour faire manger en vert aux chevaux le peu de grain qui reste pour la subsistance humaine. Bref, par leur brigandage universel et l’enlèvement des chevaux de labeur et d’autre bétail sans réserve, ils semblent avoir conjuré la désolation et le dépeuplement entier de toute la contrée. En un mot, le pauvre pays et particulièrement la ville de Rethel est un théâtre sur lequel, au vu et su d’un chacun, l’horrible nécessité joue son personnage.
C’est avec regret que nous vous faisons si souvent récit de
Lettre 1381. — Arch. mun de Rethel GG 80.
- 227 -
l’état misérable où nous sommes réduits. La prévoyance infaillible d’une perte de tant de pauvres, sans la continuation de votre assistance, nous y contraint et nous oblige d’autant plus que la nécessité nous presse à nous servir du précepte que Dieu nous a prescrit de sa sainte et sacrée bouche, lorsqu’il a dit impérativement ces paroles : "Cherchez et vous trouverez, demandez et il vous sera donné." Nous avons pratiqué ce divin commandement, qui a été suivi des fruits de notre attente, au soulagement d’un peuple le plus digne de compassion qui soit en toutes les terres habitables du christianisme. On dit que c’est une espèce [de] félicité à un excellent ouvrier, que de rencontrer un sujet où il puisse exercer son artifice [C’est] un grand bonheur à ceux qui y ont besoin d’en trouver un de cette qualité. Vous avez rencontré… cette partie en nous, et nous avons trouvé en vous un si favorable [accueil] en nos nécessités, que nous nous sentirions coupables d’une extrême ingratitude, si nous différions plus longtemps a vous remercier des bons offices que nous avons reçus de vous et des vertueuses dames de la Charité, auxquelles nous prenons la hardiesse, par votre entremise, de rendre grâces et de leur témoigner (ne le pouvant dignement faire de notre chef) les ressentiments que nous avons de leurs gratifications et d’obtenir de leur générosité la continuation de leurs aumônes, d’autant qu’il n’y aura que leur persévérance qui donnera une fin glorieuse à l’ouvrage qu’elles ont, par leur piété, jointe à la vôtre, si heureusement commencé.
étant sur le point de fermer les présentes, nous avons eu nouvelles de Paris que vous avez reçu favorablement nos lettres dernières et que, sur le sujet contenu en icelles vous aviez pris la peine de voir nosdites dames, lesquelles ont promis de nous favoriser de leur crédit touchant la décharge de cinq années de nos tailles. Votre bonté en cette occasion nous donnera la liberté de redoubler importunément nos prières et de vous conjurer, par les mérites du précieux sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d’obtenir d’elles, pour le salut du peuple, la continuation de leur bonne volonté. La récompense de leurs vertus, jointe à celle de vos mérites, sera une vie comblée de toutes bénédictions, et en l’autre, d’une couronne de gloire en l’éternité bienheureuse que nous vous souhaitons de toute l’étendue de nos cœurs, et à nous l’honneur de demeurer à jamais vos très humbles et obligés serviteurs
LES éCHEVINS.
Suscription : Au Révérendissime Père Vincent
-228 -
1382. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 21 juillet 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis très aise que le traité du noviciat des Jésuites soit rompu, parce que M. Blatiron m’a dit que cela n’est point notre fait, pour beaucoup de raisons, ce qui est vraisemblable, puisque ces Pères-là n’y veulent pas demeurer.
Je suis encore fort aise que vous accordiez à Monsieur votre frère la somme qu’il vous a demandée pour passer docteur en médecine ; mais, comme c’est à condition qu’il ne la divertisse pas à autre chose, je tâcherai de découvrir plus particulièrement ses intentions et ce qu’il fait, et ferai tout ce que vous ordonnerez à son égard, tant en cette occasion qu’en toute autre.
Je rends grâces à Dieu de l’union qui est dans la famille et du bon pied dont elle marche. Ce sont des effets de votre bonne conduite, laquelle je prie sa divine bonté qu’il bénisse de plus en plus et vous comble tous en général et en particulier de la suavité de son saint amour, auquel et par lequel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
Lettre 1382. — L. s — Dossier de Turin, original.
- 299 -
1383. — A JACQUES LE SOUDIER, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT-QUENTIN (1)
Du 22 de juillet 1651.
J’ai grande douleur de ce que M…. s’est échappé à vous écrire la lettre que vous m’avez envoyée, et j’en suis d’autant plus étonné qu’il ne m’en a rien mandé et que jamais il ne m’a fait aucune plainte de vous. Mais que voulez-vous, Monsieur ? les hommes sont ainsi faits qu’ils sont sujets à se choquer, même les plus saints ; témoins saint Pierre et saint Paul, et le même saint Paul avec saint Barnabé ; les anges mêmes se contredisent parfois, à cause que chacun a ses lumières propres et limitées auxquelles il se tient. Je saurai de ce prêtre quelle raison il a eue de faire ce qu’il a fait. Cependant, Monsieur, je vous. prie de rejeter de votre cœur l’amertume que sa lettre peut y avoir laissée. Qui est-ce que nous supporterons, si nous ne supportons un prêtre et notre frère, qui n’est coupable que d’avoir trop facilement cru les mauvais rapports ? Il a mieux fait de vous avoir déchargé son cœur comme à son bon ami, que s’il avait conservé en soi ces ressentiments et s’était laissé aller à quelque rancune. J’espère que de cela il en arrivera du bien et que, la vérité étant reconnue de part et d’autre, vous vous entr’aimerez chèrement Je me promets cela de vous, aussi bien que de lui, et je vous prie d’en faire les avances quand vous en aurez les occasions.
Lettre 1383. — Reg. 2, p. 315.
1) Jacques Le Soudier était alors employé à l’assistance des malheureux ruinés par la guerre.
- 230 -
1384. — A NICOLAS BONICHON, PRêTRE DE LA MISSION, A CAHORS
Paris, 22 juillet 1651.
Monsieur,
Je reçus une de vos chères lettres après le départ de M. Cuissot (1) ; si j’ai tardé à vous dire qu’elle me donna une grande joie, c’est à cause de mes embarras, qui ne me l’ont pas permis jusqu’à présent. Oui, Monsieur, je suis grandement consolé de tout ce qui me vient de votre part, à cause de la bonté de votre âme, qui est tant à Dieu, que, pour son amour, elle s’applique incessamment à la sainte dilection du prochain ; ce qui fait que réciproquement sa divine bonté se communique à vous de plus en plus, qu’elle bénit votre courage et tire gloire de vos travaux, dont je lui rends grâces infinies, et le prie qu’il accomplisse parfaitement ses desseins sur vous, qu’il vous donne une ample participation à l’esprit de Notre-Seigneur et le répande par vous dedans et dehors la famille. Je ne puis vous exprimer assez les souhaits de mon cœur pour une plus grande sanctification, ni les tendresses avec lesquelles je chéris le vôtre. Conservez-vous bien, Monsieur, pour tant mieux servir notre aimable Sauveur.
Le plus tôt que nous pourrons vous renvoyer M. Cuissot, nous le ferons ; car son absence vous surcharge et sa présence vous consolera, comme elle fait ici à tous, tant que nous sommes.
M’offrez-vous quelquefois à Dieu ? J’ose bien me le promettre, étant, comme je suis, en Notre-Seigneur…
Lettre 1384. — Pémartin, op. cit, t. II, p. 346, 1. 805.
1). Appelé à Saint-Lazare pour l’assemblée des supérieurs.
- 231 -
1385. — EDME JOLLY, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
Rome, 24 juillet 1651.
Ce que vous me faites l’honneur de m’écrire, Monsieur, dans cette lettre conforme de plus en plus ce que j’avais reconnu de la précédente, que l’on vous a fait des relations bien avantageuses de moi mais peu véritables. Plaise à la bonté de Dieu que cela me serve d’un aiguillon pour m’exciter à travailler à me rendre tel que vous croyez que je suis, dont je suis bien éloigné. Je dois vous supplier très humblement, Monsieur, avec tout le respect qui m’est possible, de ne me rien attribuer du bon acheminement des affaires de la compagnie, parce que, si j’avais le temps de vous dire les fautes que j’ai faites dans leurs poursuites, vous verriez bien que je ne mérite aucunes louanges. Et néanmoins je suis si vain que je ne laisse pas de me complaire dans la louange, qui ne m’est aucunement due. J’espère que votre charité en ôtera cette occasion que mon peu de vertu, ou plutôt mes péchés, me donnent de déplaire à Dieu (2).
Lettre 1385. — Vie manuscrite de M. Edme Jolly, p. 95. (Cf. Notices, t. III, p. 440.)
1) Edme Jolly, né à Doue (Seine-et-Marne) le 24 octobre 1622, connut dans sa jeunesse le marquis de Fontenay-Mareuil, ambassadeur de France à Rome, qui l’emmena dans cette ville et lui confia même auprès du roi de France une mission délicate, dont le jeune homme s’acquitta fort bien. Il avait un emploi à la Daterie avant d’entrer dans la congrégation de la Mission, où il fut reçu le 13 novembre 1646. Après dix-huit mois de séminaire à Saint-Lazare, il revint à Rome, repassa la philosophie, la théologie et le droit, qu’il avait autrefois étudiés à Paris, et fut ordonné prêtre le 1er mai 1649. Au mois de mai 1654, saint Vincent lui confia la direction du séminaire de Saint-Lazare, et en 1655 la supériorité de la maison de Rome, d’où Thomas Berthe venait d’être rappelé par ordre du roi. Edme Jolly rendit d’immenses services à sa congrégation par les concessions qu’il obtint du Saint-Siège Après la mort du saint il devint assistant de la congrégation et de la maison-mère. L’assemblée générale de 1673 l’éleva plus haut, en lui confiant la succession de René Alméras. Son généralat fut un des plus féconds que la compagnie ait connus. Edme Jolly mourut à Paris le 26 mars 1697 Sa biographie, écrite par un contemporain, a été publiée, non sans quelques retouches, dans le t. III des Notices, pp. 387-512.
2). Nous arrêtons ici cette lettre bien qu’elle soit plus longue dans la vie manuscrite d’Edme Jolly ; une note ajoutée anciennement en
- 232 -
1386. — A LA SŒUR MARIE-MADELEINE, A VALPUISEAUX
De Paris, ce 25 juillet 1651.
Ma Sœur Marie-Madeleine,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai été bien aise de recevoir votre lettre et d’apprendre que vous vous portez mieux. Dieu veuille vous redonner une bonne disposition, pour l’employer au service des pauvres qui n’en ont pas ! Je me ressouviens bien que vous êtes seule, et pour cela je verrai tantôt avec Mademoiselle Le Gras de vous envoyer une sœur au plus tôt. Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il vous tienne lieu d’une chère compagne, et vous de ne vous pas éloigner de lui.
Je sais que l’éloignement de Claudine Pellieux est cause que vous n’avez plus de supérieure ni de procureur de la Charité. Lorsque nous irons de delà, nous y mettrons d’autres. J.-C. fera plus que moi-même, si Dieu l’a agréable, sinon quelqu’un des nôtres. Cependant il faudrait prier la grande officière de faire l’office de la supérieure.
Quand vous n’aurez plus de l’argent pour vivre de le vente de votre vache, je vous en ferai donner.
Vous me demandez si vous prendrez encore à pension
marge donne à la suite une autre date. Il y a lieu de croire que le fragment reproduit ici est lui-même fait de fragments divers, car la troisième phrase se retrouve mot à mot dans la lettre 1966.
Lettre 1386. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original qui se trouvait en 1895 à la maison-mère des prêtres des Sacré-Cœurs (Picpus).
1). Commune de l’arrondissement d’étampes (Seine-et-Oise).
- 233 -
la petite fille du fermier de Bretonvillers (2). J’en suis d’avis, si vous n’avez d’autre raison que sa gale pour la rendre à ses parents, pourvu toutefois que son père lui donne un lit pour y coucher seule. Si c’est cela, vous le lui devez demander. Mademoiselle Le Gras se porte bien, grâces à Dieu, et sa petite communauté aussi. Priez-vous Notre-Seigneur quelquefois pour moi, comme je fais pour vous, qui suis, en son amour, ma Sœur, votre affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1387. — M. SIMONET, PRéSIDENT ET LIEUTENANT GéNéRAL
DE RETHEL, A SAINT VINCENT
[Entre 1650 et 1651] (1)
Nous pouvons sans contredit trouver dans les charités que vous exercez la première forme de la dévotion chrétienne, puisque dans la primitive église les chrétiens n’avaient qu’un cœur et ne souffraient pas qu’il y eut aucun pauvre parmi eux sans être secouru et assisté… Vous ne le souffrez pas non plus, Monsieur ; mais vous pourvoyez à leurs besoins avec tant d’ordre et tant de zèle par les prêtres de votre congrégation, que vous y employez dans tous les lieux circonvoisins, où les pauvres sont réduits à la pâture des bêtes, jusqu’à manger les chiens, ainsi que j’en ai vu ; les preuves. Ils ont sauvé la vie à un nombre innombrable de personnes et ont consolé et assisté les autres jusques à la mort. Ce sont là les effets de votre charité.
2) Hameau de Maisse, commune voisine de Valpuiseaux.
Lettre 1387. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. XI, 1er éd., p. 405
1). Temps pendant lequel des bandes de missionnaires parcoururent la Champagne pour y distribuer des secours.
- 234 -
1388. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 28 juillet 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Cette lettre se fait en pleine rue, dans Paris, où je me trouve, sans loisir de vous écrire. Je le fais néanmoins, pour rendre grâces à Dieu de votre santé et de la bénédiction qu’il donne à votre conduite ; ce qui paraît dans la bonne manière avec laquelle la famille se comporte et s’exerce. Je l’embrasse avec vous, humblement prosterné aux pieds de Notre-Seigneur, à qui je vous offre souvent et tendrement, avec souhait d’être participant à vos prières.
Nous vous renverrons un de ces jours M. Blatiron, lequel m’ayant parlé d’une cure dont vous lui avez écrit, je l’ai prié de vous faire savoir son sentiment et le mien. Je ne me départirai jamais de ceux de la parfaite estime et de l’extrême reconnaissance que Dieu me donne pour S[on] E[minence] de qui la bonté est incomparable pour nous.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d.l.M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
Lettre 1388. - — L s. — Dossier de Turin, original.
- 235 -
1389. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
De Paris, ce 30e juillet 1651.
Ma bonne Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre lettre du premier de ce mois m’a donné plusieurs sujets de consolation. Je loue Dieu de votre meilleure disposition et du retour à la santé de notre sœur Barbe. J’étais bien en peine de sa maladie et le suis encore de la vôtre, bien que j’espère que vous en êtes maintenant tout à fait revenue (1) et que vous êtes toutes en état de bien servir les pauvres. En reconnaissance de ce que le bon Dieu vous a conservées pour cela, offrez-vous à lui de nouveau ; faites-lui un sacrifice continuel de vos pensées, de vos paroles et de vos actions, voulant et le priant que tout soit pour sa gloire et le bien de l’hôpital. Ce sera par ce moyen que sa divine bonté vous rendra dignes de l’incomparable charité que le bon M. Eudo exerce en votre endroit. L’amour qu’il a pour les pauvres lui fait prendre soin de vous au point qu’il fait, afin que vous en ayez un grand pour eux ; continuez, mes bonnes Sœurs, de le fort respecter et de suivre ses bons avis.
Et vous, ma Sœur Anne, je vous prie d’avoir bien soin de vos sœurs, comme sœur servante ; et elles d’en avoir réciproquement de vous, comme filles de Notre-Seigneur, qu’elles doivent considérer en vous et vous en lui Enfin vivez ensemble comme n’ayant qu’un cœur et une âme, afin que par cette union d’esprit vous soyez une véritable image de l’unité de Dieu, comme
Lettre 1389. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1). La maladie de la sœur Anne Hardemont durait encore.
- 236 -
votre nombre représente les trois personnes de la très Sainte Trinité. Je prie à cet effet le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, qu’il soit pareillement le vôtre, qu’il vous donne une profonde paix dans les contradictions et les difficultés, qui ne peuvent être que fréquentes autour des pauvres ; mais souvenez-vous aussi que c’est là votre croix, avec laquelle Notre-Seigneur vous appelle à lui et à son repos. Tout le monde estime votre emploi, et les gens de bien n’en reconnaissent pas sur la terre un plus honorable, ni plus saint, quand il est fait avec dévotion.
Je trouve bon que vous fassiez la retraite, puisque Dieu vous en donne le désir, pourvu que les pauvres n’en souffrent pas et que votre digne directeur en soit d’avis. Vos sœurs la pourront faire de même à leur tour ; mais souvenez-vous de moi en vos prières.
Mademoiselle Le Gras se porte bien, et sa petite compagnie multiplie en nombre et en vertu.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma bonne Sœur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Hardemont, Fille de la Charité, servante des pauvres malades, à Hennebont.
1390. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 4e août 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Lettre 1390. — L. s. — Dossier de Turin, original.
- 237 -
Ce n’est que pour entretenir le petit commerce de nos lettres, en vous assurant de nos prières et de notre bonne disposition. M. Blatiron se hâte pour partir, et moi pour recommander son voyage et mon âme à vos prières et à celles de votre compagnie, de laquelle et de vous en particulier je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission de Gênes, à Gênes.
1391. — A ANTOINE SCONIN, SUPéRIEUR GéNéRAL
DE SAINTE-GENEVIEVE (1)
Saint-Lazare, 9 août 1651.
Mon Révérend Père,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre grande bonté me donne la confiance de vous supplier très humblement d’avoir agréable de recommander à un de vos Pères, qui est chancelier de l’université
Lettre 1391. — Bibliothèque de Sainte-Geneviève, ms. 2555, copie. L’original, autrefois propriété de cette bibliothèque, figure au catalogue des lettres autographes vendues à Paris, hôtel Drouot, le 15 novembre 1899 ; il est également signalé dans les catalogues de M. Charavay.
1). Antoine Sconin était l’oncle de Jean Racine. Il naquit à la Ferté-Milon le 27 septembre 1608, fit profession à Sainte-Geneviève le 9 octobre 1628, fut ordonné prêtre le 18 décembre 1632 ; fut élu pour trois ans supérieur de la congrégation de France le 14 septembre 1650 ; devint en 1653 prieur du chapitre régulier d’Uzès et mourut dans cette ville le 10 janvier 1689.
- 238 -
et qui a soin de l’examen des maîtres ès arts (2), M. Médus, prêtre hibernois, bachelier en théologie (3), à ce qu’il lui fasse la grâce de le recevoir examinateur, préférablement à tout autre. C’est vous demander beaucoup, mon Révérend Père ; mais, outre qu’il est très homme de bien, j’en ai été prié pour des personnes de singulière vertu et doctrine, qui prendront part à l’obligation qu’il vous aura ; et moi, je la prendrai toute sur moi, pour la reconnaître aux occasions par mes très humbles services, avec tant d’autres que nous vous avons, vous suppliant, de toute l’étendue de mon cœur, de m’honorer de vos commandements avec la même liberté dont j’ose vous importuner, qui suis, en Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2). Jean Fronteau, né à Angers en 1614, entré à Sainte-Geneviève en. 1636 ; chancelier de l’université de Paris de 1647 au 18 septembre 1652. Dépossédé de sa chaire de théologie à cause de ses tendances jansénistes, il se retira à Benais (I et-L.), où le marquis de Bellay lui offrait un modeste bénéfice. On lui attribue la fameuse distinction janséniste du fait et du droit. En 1651, une lettre de cachet lui défendit de sortir de son bénéfice. La signature du formulaire lui rendit sa liberté. Il revint à Paris en janvier 1662, fut nommé à la cure de Sainte-Madeleine de Montargis et mourut au mois d’avril. Il écrivait le latin avec une rare élégance ; tous ses ouvrages sont en cette langue (Voir sa vie manuscrite par le P. Claude du Molinet, Bibl. de Sainte-Geneviève, ms. 1889, et L’abbaye de Sainte-Geneviève et la Congrégation de France par M. l’abbé P. Féret, Paris, 1883, 2 vol. in-8°, t. II, p. 215 et suiv.)
3) Thomas Mede.
- 239 -
1392. — A FRANçOIS DE SAINT-REMY, ARCHIDIACRE DE LANGRES
9 août 1651.
François de Saint-Remy avait écrit à saint Vincent pour lui annoncer l’envoi d’une thèse de philosophie, composée par son frère Pierre. Le saint l’en remercie.
1393. — A PIERRE DE SAINT-REMY
Le saint remercie Pierre de Saint-Remy de sa lettre et de sa thèse de philosophie, dont l’envoi lui a été très agréable.
1394. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Je crois bien que celui que vous me nommez vous donné sujet de peine, et je suis marri qu’il se soit échappé de la sorte. Vous ne devez pourtant pas regarder son procédé comme venant de lui, mais plutôt comme une épreuve que Dieu veut faire de votre patience ; et cette vertu sera d’autant plus vertu en vous, que vous êtes naturellement plus vif au ressentiment et que vous avez moins donné de sujet à l’offense que vous avez reçue. Témoignez donc que vous êtes un véritable enfant de Jésus-Christ et que ce n’est pas en vain que vous avez tant de fois médité ses
Lettre 1392. — Lettre signalée au procès de béatification par le 293è témoin, Pierre de Saint-Remy, chanoine et archidiacre de Châlons.
Lettre 1393. — Lettre signalée au procès de béatification par Pierre de Saint-Remy.
Lettre 1394. — Abelly, op cit., 1. III, chap. XXII, p. 324.
- 240 -
souffrances, mais que vous avez appris de vous vaincre, en souffrant les choses qui vous font davantage soulever le cœur.
1395. — A LA SŒUR HENRIETTE GESSEAUME
De Paris, ce 20 d’août 1651.
Ma Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai bien de la joie d’avoir occasion de me recommander à vos prières, comme je fais, et de vous signifier la volonté de Dieu qui vous appelle à Hennebont. J’ai prié notre sœur Anne Hardemont de s’en venir à Nantes et de travailler en votre hôpital ; et vous, je vous prie de vous en aller à sa place pour être sœur servante, ce que vous ferez agréer à Messieurs les pères des pauvres, comme j’espère. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne beaucoup d’humilité et de cordialité vers nos deux sœurs qui seront avec vous, une grande charité vers les pauvres et une parfaite soumission vers M. Eudo, fondateur et directeur de l’hôpital, qui est un bon serviteur de Dieu et en qui vous pouvez avoir toute confiance. Je prie aussi le bon Dieu qu’il bénisse votre conduite et sanctifie de plus en plus votre chère âme. Faites mes recommandations à nos sœurs de Hennebont et priez toutes pour moi, qui suis en Notre-Seigneur et sa glorieuse Mère, ma Sœur, votre affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Lettre 1395 — L s — Dossier des Filles de la Charité, original
- 241 -
Votre frère (1) est à Crécy-en-Brie, où il se porte fort bien, et Dieu le bénit.
Suscription : A ma sœur la sœur Henriette, Fille de la Charité de l’hôpital Saint-René de Nantes, à Nantes.
1396. — AU PèRE. FRANçOIS BOULART (1)
De Paris, ce 23 d’août 1651.
Mon Révérend Père,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne manquerai de faire ressouvenir la reine et le Conseil de, affaires ecclésiastiques de ce que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire touchant l’abbaye de Saint-Vincent de Rueil, dès que je serai en état de sortir, si Dieu me fait cette grâce, comme je l’espère, dans quelques jours (2) ; mais cependant il est nécessaire que vous en fassiez parler à Sa Majesté.
Je vous supplie très humblement, mon Révérend Père, de me mander si M. le prieur Laisné, frère de M. le procureur général de Dijon (3), s’est retiré chez vous et à quoi il emploie son temps. On a trouvé à propos qu’il
1) Claude Gesseaume, frère coadjuteur, né en 1615 à Villers-sous-Saint-Leu (Oise), entré à Saint-Lazare le 6 décembre 1643.
Lettre 1396. — Bibl. de Sainte-Geneviève, ms.1555, copie.
1) François Boulart, né à Senlis en 1605, avait pris l’habit en 1620 dans l’abbaye de Saint-Vincent et prononcé ses vœux l’année suivante. Il devint secrétaire du cardinal de la Rochefoucauld, dirigea la Congrégation de France en qualité de supérieur général de 1640 à 1643 et de 1665 à 1667, et fut nommé assistant en 1647 et 1650. Il était coadjuteur de l’abbé de Sainte-Geneviève pendant son premier général et abbé pendant le second.
2). Saint Vincent était encore sujet à une fièvre continue, qui donnait de sérieuses inquiétudes à son entourage. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, lettre 324.)
3) Le procureur général de Dijon était Louis Laisné, fils d’Elie Laisné, seigneur de la Marguerie.
- 242 -
y allât passer trois mois, pour apprendre à vivre régulièrement au Val-des-Choux (4), où il doit rétablir la régularité, après que le roi aura confirmé la postulation que les religieux ont faite de sa personne pour leur général. Ne lui témoignez rien, s’il vous plaît, de ce que je vous en écris, mais faites-moi la charité de prier Dieu pour moi, qui suis, en son amour, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
1397. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 25° août 1651.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis bien aise que l’on suspende le dessein de ce grand bâtiment, dont la dépense doit aller, dites-vous, a cent mille livres, jusqu’à l’arrivée de M. Blatiron. Je croyais avoir fait réponse au signor Antoine Morando (1) et suis étonné que vous me mandez le contraire ; je vous prie de lui en faire mes excuses, d’autant plus que je ne suis maintenant en état de les y faire moi-même, en m’acquittant de ce petit devoir, à cause de l’indisposition où je suis. Ce sera le plus tôt que je pourrai. Toute l’assistance que je pourrai donner à M. votre frère, je le ferai conformément à votre intention. Il a été malade, mais il se porte bien à présent.
4) Abbaye cistercienne située sur la commune de Villiers-le-Duc (Côte-d’Or).
Lettre 1397. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Antoine Morando, né à Croce, près de Tortona, le 13 janvier 1613, ordonné prêtre le 20 septembre 1636, entré dans la congrégation de la Mission le 25 mars 1650, reçu aux vœux en sep
- 243 -
J’écris à M. Blatiron, estimant qu’il arrivera à Gênes à même temps que ma lettre, ou plus tôt. Dieu veuille que ce soit en bonne disposition et qu’il vous trouve tous pareillement bien disposés ! Pour moi, je le suis à vivre et mourir, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
1398. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 29 août 1651.
Monsieur,
Sur ce que j’avais mandé aux Pères Vitet et Parrot que je vous avais supplié de prier la reine de faire commandement au général de Sainte-Geneviève, à eux et à moi de remettre le différend qui est entre nous, par l’avis de quelques prélats et conseillers d’état, ils m’ont écrit en me donnant avis que ceux de Sainte-Geneviève pourraient, quand il leur plaira, faire plaider l’appel comme d’abus au parlement, et que ce serait rechercher d’accord nos parties, et que c’est ce qu’ils veulent ; ce qui néanmoins. est honteux pour nous, ayant si bon droit que nous l’avons ; et enfin que, si la reine accorde des commissaires, il est à craindre qu’après la majorité ils ne voudront pas agir sans nouvelle commission. voilà le contenu en leur lettre. D’où vous voyez la vérité de ce qu’on vous a mandé, qui est qu’ils ne veulent pas voir la fin de cet affaire, mais la reculer toujours. De quoi j’ai cru vous devoir donner avis, afin de ne vous arrêter à ce qu’ils vous diront, s’il plaît à la reine nous accorder cette grâce, comme je m’assure qu’elle ferait si Sa Majesté savait les batailles qu’il m’a fallu donner dans nos états de ce pays pour l’exécution des ordres qu’elle m’avait donnés. Il m’a fallu agir pour cela et pour rompre
tembre 1652, mort le 15 juillet 1694. La notice qui lui a été consacrée (Notices, t II, p. 439-447) fait un grand éloge de sa vertu.
Lettre 1398. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier copie prise sur l’original.
- 244 -
les brigues contraires avec tant de force et contention d’esprit que j’en ai été malade et m’en ressens encore. Je ne sais si vous aurez su que j’ai été député avec tout l’honneur qui se peut. Cela n’a pas empêché que je n’aie senti de très grandes peines et difficultés pour me résoudre d’y aller, ou plutôt pour connaître la volonté de Dieu là-dessus. le pense qu’il y a bien trois mois que je fais des prières sans cesse pour demander à Dieu des lumières pour reconnaître ce qu’il désire de moi en cela. A près y avoir bien pensé, je m’y suis résolu. Les lettres qui m’ont été écrites de Paris par diverses personnes de grande piété, qui me sollicitaient sans cesse d’y aller, les désirs universels des gens de bien de ce pays, les grandes instances qu’ils m’en ont faites m’ont fort aidé pour cela. Mais ce que j’ai vu qui s’est passé dans nos états m’a plus servi que tout pour m’y faire résoudre, de façon qu’à présent je n’y fais plus aucune difficulté. La consolation que je recevrai de vous voir et conférer avec vous allégera de beaucoup la peine que je ressentirai de me voir éloigné de mon diocèse.
Cependant j’ai cru vous devoir dire que le diocèse de Toulouse est en plus mauvais état qu’on ne croit. Je pense que vous savez la mort de Monseigneur l’archevêque (1). Vous savez que le jansénisme y est enraciné. J’estime qu’il est à propos que vous donniez avis de ceci à la reine, afin que Sa Majesté pense bien à faire un bon choix pour remplir une si importante charge. On ne croit pas qu’il y ait dans ces quartiers-là, ni dans ceux-ci, de personnes propres pour cela, encore qu’il y ait des prélats de grande piété et vertu. Néanmoins on n’estime pas qu’ils aient tout ce qu’il faudrait, joint que les plus pieux et qui ont désir de faire leur charge ne l’accepteraient pas à cause du parlement, qui est toujours opposé aux desseins des archevêques et rend la plupart de leurs soins inutiles. Je ne sais si vous vous ressouvenez que, lorsqu’il fut question de remplir l’archevêché de Bordeaux, je vous dis que celui qui le recevrait serait malheureux et s’en repentirait. J’ai appris que ce bon prélat (2) en a un continuel regret. Je serais le plus trompé homme du monde si celui qui prendra l’archevêché de Toulouse n’en fait de même, et vous le verrez. Je vous proteste que quand je ne serais ce que je suis, j’aimerais mieux y taire toute ma vie la fonction de
1) Charles de Montchal était mort le 22 août.
2) Henri de Béthune, précédemment évêque de Maillezais Il occupa le siège de Bordeaux de 1646 à 1680. Le duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne, mit plus d’une fois sa patience à l’épreuve.
- 245 -
vicaire que celle d’archevêque ; et je crois que ceux qui veulent faire leur charge seront dans le même sentiment Dieu veuille inspirer à la reine de faire choix d’une personne selon son cœur ! Ce qu’attendant, croyez-moi, Monsieur…
ALAIN,
év de Cahors
1399 — A LA SŒUR MARIE-MADELEINE A VALPUISEAUX
De Paris, ce 4 de septembre 1651.
Ma bonne Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
François Alan m’a dit que vous êtes bien en peine d’être si longtemps seule, et je n’en doute pas ; mais j’en rends grâces à Dieu, pource que cela marque votre pudeur et votre affection à toutes les pratiques propres aux Filles de la Charité Il y a quinze jours que je suis malade ; mais un jour auparavant j’avais arrêté avec Mademoiselle Le Gras qu’elle vous enverrait du secours, et me fit voir une sœur, à dessein de la vous envoyer, qui est une bonne fille. Mademoiselle Le Gras est maintenant aux champs ; mais elle doit revenir à ce soir. Je lui manderai demain qu’elle vous envoie promptement une compagne, et ce sera par elle que nous vous enverrons les choses que vous avez demandées à notre frère Lequeux, qui n’est pas ici depuis quelques jours. Cependant je vous prie d’avoir patience et de continuer à faire comme vous avez fait jusqu’à présent. J’espère que Notre-Seigneur vous fortifiera de plus en plus pour son service, puisque vous employez toutes vos forces et votre temps au soulagement et consolation du
Lettre 1399 — L s — Dossier de la Mission, original
- 246 -
prochain. C’est la grâce que je lui demande. Offrez-moi à lui, s’il vous plaît. Je me porte mieux, par sa miséricorde, et je suis, en son amour, ma Sœur, votre affectionné serviteur.
Suscription : A ma sœur la sœur Marie, Fille de la Charité, au Val de Puiseau.
1400. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
De Paris, ce 6 septembre 1651.
Pressé par l’évêque de Meaux d’introduire dans une mission des pratiques contraires aux usages de la compagnie, ce missionnaire consulta Vincent de Paul, qui lui répondit :
"…à quoi je n’ai rien à répondre, sinon que nous serions fort consolés de lui donner satisfaction, mais vous savez les raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas faire tout ce qu’il désire."
1401. — A LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE
6 septembre 1651.
Madame,
Voici enfin vos missionnaires qui se vont prosterner aux pieds de Votre Majesté sacrée et vous offrir leurs très humbles services. Ils ne sont que 3 ou 4 (1), Madame,
Lettre 1400. — L’original de cette lettre a été mis en vente par M. Charavay. Le passage ci-dessus est extrait de son catalogue.
Lettre 1401. — Reg. Il f° 49 v°, copie prise sur la minute non signée.
1) c’étaient Guillaume Desdames prêtre, Nicolas Guillot, sous
- 247 -
bien que le dessein fut de vous en envoyer huit ou neuf. Nous avons pensé que ceux-ci suffiront pour un commencement, attendant que Votre Majesté nous fasse l’honneur de nous commander de lui en envoyer d’autres. Ils ne savent pas la langue du pays ; mais, comme ils parlent latin, ils peuvent dès à présent s’occuper à élever de jeunes ecclésiastiques tant à la piété et à l’usage des vertus qu’à toutes les autres choses qu’ils sont obligés de savoir et de faire. Votre Majesté, Madame, leur en pourra faire avoir une douzaine pour commencer, et au bout d’un an ce seront des ouvriers faits, que les nôtres pourront mener en mission pour instruire les peuples de la campagne, dont la plupart ignorent les choses nécessaires à salut, et qui pour cela sont en danger de perdition, au dire de quelques saints. Si Votre Majesté approuve ce dessein, Madame, et que le seigneur évêque qui en agréera l’exécution en son diocèse fasse comme font ceux de France, qui obligent les clercs, avant que d’entrer aux ordres sacrés, de demeurer quelque temps auparavant en leurs séminaires, il ne se peut, Madame, que le vôtre ne réussisse aussi bien que ceux-là, sans autres frais que le logement, l’ameublement et l’entretien des missionnaires, parce que les séminaristes payeront leur pension. Il n’y a pas longtemps, Madame, que nous avons des séminaires en ce royaume, et néanmoins les progrès en sont fort considérables. L’un desdits seigneurs évêques (2) me fit l’honneur de m’écrire dernièrement qu’il ne se pouvait assez consoler de voir son clergé réformé par le moyen de
diacre, Stanislas-Casimir Zelazewski, clerc, et Jacques Posny, frère coadjuteur, que saint Vincent avait mis sous la direction de Lambert aux Couteaux.
2). Vraisemblablement l’évêque de Cahors.
- 248 -
son séminaire, établi seulement depuis huit ou dix ans et conduit par 4 prêtres de notre compagnie.
On nous dit ici des merveilles de la sainteté de vie de Monseigneur l’archevêque de Vilna (3) ; peut-être sera-t-il bien aise, Madame, d’avoir ce saint œuvre en son diocèse, sinon que Votre Majesté ait agréable de lui faire donner naissance à Varsovie, pour le voir cultiver et pour en mieux reconnaître l’importance et les fruits.
S’il plaît à Dieu de bénir les saintes intentions de Votre Majesté pour l’entier bonheur de son grand royaume (lequel se peut vanter d’avoir une des meilleures reines du monde), elle ajoutera aux bénédictions que sa présence y a apportées une infinité d’autres biens par l’avancement à la vertu de l’état ecclésiastique, par l’instruction de ses pauvres sujets, et de plus, Madame, par l’établissement d’une nouvelle et sainte religion (4), comme est celle des religieuses de Sainte-Marie, qui donnera moyen à d’autres filles de s’y consacrer au bon Dieu, et qui servira de remède au désordre des filles perdues, et enfin par l’assistance des pauvres malades, au moyen des Filles de la Charité que Votre Majesté demande et qui se tiennent prêtes d’aller. Quels biens peut-on entreprendre, Madame, que ceux-là n’embrassent et quelle sorte d’état y aura-t-il dans le royaume qui ne se ressente de votre incomparable piété ?
A propos des filles de Sainte-Marie, Madame, elles sont pareillement disposées à partir au premier ordre ; il est vrai que l’esprit malin, prévoyant le bien qu’elles doivent faire, a excité révolte de la part des parents, qui ont fait défendre à la supérieure d’envoyer leurs
3) Georges Tyskiewicz (1650-1656).
4.) Religion, ordre religieux.
- 249 -
filles si loin ; ce qui a été fait juridiquement par M. l’official (5) et ensuite par l’autorité de Monseigneur de Paris (6) ; mais cet obstacle se lèvera facilement si Votre Majesté fait l’honneur audit seigneur archevêque de lui en écrire et de lui en faire dire un mot par La reine (7). Je prie Notre-Seigneur, Madame, qu’il tire gloire de vos desseins et sanctifie de plus en plus votre chère âme ; ce sont les grâces que je lui demanderai toute ma vie, qui suis, en son amour, de Votre Majesté, Madame, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur.
1402. — AU CARDINAL DURAZZO, ARCHEVêQUE DE GêNES
[Septembre 1651] (1)
éminentissime et Reverendissime Princeps,
Animo provolutus ad sacros pedes Eminentiae Suae, humillime ab ea veniam peto quod, tanto post tempore, perfectae gratitudinis meae summorum in missionarios suos beneficiorum, quibus eos jugiter cumulat, testimonia renovo. Domino Blatiron Lutetia proficiscenti dixeram hunc mihi honorem attributurum scribendi ad Eminentiam Suam, litterasque meas non tardius quam illum Genuam perventuras, quas, locis reditus, Eminentiae Suae praesentaret ; at morbus qui me paulo post invasit, vetuit. Nunc autem, valetudine meliore utens, qua possum humilitate et affectu Eminentiae Suae infinitas gratiarum actiones repenoo de
5) André du Saussay.
6). Jean-François de Gondi.
7). Anne d’Autriche.
Lettre 1402. — Dossier de la Mission, copie.
1). Ce que le saint dit ici de son état de santé et du retour de M. Blatiron à Gênes ne permet pas d’autre date.
- 250 -
his omnibus quae admirabili caritate sua nobis confert. Id non solum meo, sed totius congregationis nomine dico, apud quam Eminentiae Suae recordatio nunquam obsolescet quae Deo omnipotenti maximo, quod saepe facit, indesinenter orare tenebitur ut Eminentiae Suae et merces ipse et gratiarum actio sit.
Proh ! quanta de sancta Eminentiae Suae vita Dominus Blatiron ad nos retuIit ! Nil ego tam miror si regnum Dei tanta cum benedictione et velocitate in ciiocesi Eminentiae Suae amplificetur, si presbyteri Missionis uberiori quadam gratia repleantur in suis ministeriis non solum erga missiones, ordinandos, seminaria extema, sed etiam erga internum, quod quidem gratiarum est particeps quibus Eminentiam Suam caelum ditat, quod Italiae promittit operarios, ita ut non jam in dubium revocetur quin haec plenitudo gratiae, diclecesis Eminentiae Suae limitibus nescia contineri, ad multas alias derivetur. Utinam Eminentiae Suae adhuc annos complures Deus apponat et votis faustissima quaeque eveniant ! Haec vehementer optamus, haec assiduis obsecrationibus a Deo flagitamus, quibus audeo etiam addere renovationem mei officii atque obedientiae, qua me privatim, cum aliis universim, Eminentiae Suae dedico, cum debita reverentia et submissione uni ex primis et sanctissimis et maximis Ecclesiae principibus.
Eminentiae Suae humillimus et addictissimus servus.
TRADUCTION
éminentissime et Révérendissime Prince,
Prosterné en esprit aux pieds sacrés de Votre éminence, je lui demande très humblement pardon du retard que j’ai apporté à lui renouveler le témoignage de ma parfaite gratitude pour les grands bienfaits dont elle ne cesse de combler
- 251 -
ses missionnaires. J’avais dit à M. Blatiron à son départ de Paris, que je me ferais un honneur d’écrire à Votre éminence, que ma lettre n’arriverait pas à Gênes après lui et que je le chargeais, aussitôt rendu sur les lieux, de la présenter à Votre éminence j mais la maladie qui m’a saisi peu après, m’a empêché d’exécuter mon dessein. Aujourd’hui, revenu à meilleure santé, je rends à Votre éminence avec toute l’humilité et l’affection dont je suis capable, des actions de grâces infinies de tout ce que son admirable charité fait pour nous. Je parle ici non seulement en mon nom, mais au nom de toute la congrégation, qui gardera toujours le souvenir de Votre éminence et aura à tout jamais le devoir de prier (ce qu’elle fait souvent) le Dieu très bon et très grand qu’il soit lui-même sa récompense et notre remerciement.
Que ne nous a pas rapporté M. Blatiron de la sainte vie de Votre éminence ! Je ne m’étonne plus que le royaume de Dieu s’étende avec tant de bénédiction et de rapidité dans le diocèse de Votre éminence et que les prêtres de la Mission soient remplis d’une telle abondance de grâces, non seulement dans leurs missions, leur ministère auprès des ordinands et leurs séminaires externes, mais encore dans leur séminaire interne, qui participe aux grâces dont le ciel enrichit Votre éminence et qui promet à l’Italie des ouvriers. Il est hors de doute que cette plénitude de grâces, ne pouvant se contenir dans les limites du diocèse de Votre éminence, se répand sur beaucoup d’autres.
Dieu veuille ajouter encore à l’âge de Votre éminence un grand nombre d’années, et puisse-t-elle voir l’heureux accomplissement de tous ses vœux ! C’est ce que nous souhaitons ardemment et ce que nous demandons tous les jours à Dieu dans nos prières. A quoi j’ose ajouter le renouvellement de mes offres de service et d’obéissance, par lequel je donne à Votre éminence et ma personne et notre congrégation en général avec le respect et la soumission qui sont dus à un des premiers, des plus saints et des plus grands princes de l’église. De Votre éminence le très humble et très dévoué serviteur.
1403. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 8 septembre 1651.
On me mande qu’il y a chez vous un frère inquiet
Lettre 1403. — Reg. 2, p. 201
- 252 -
et inquiétant les autres pour vouloir se faire ecclésiastique (1). Comme l’inquiétude provient d’ordinaire de l’orgueil et de ce que l’on n’est pas content de la condition où l’on est, il faut tâcher de faire revenir ce frère à soi, de lui ôter la pensée qu’il a, et de l’incliner à aimer l’état où Dieu l’a mis ; autrement, il vaut mieux qu’il sorte de la compagnie, que de se tenir dans la prétention d’une chose que nous ne lui pouvons pas accorder (2), Les communautés bien réglées ayant reçu des personnes parmi elles pour l’état qui leur est pour lors convenable, ne permettent jamais qu’elles passent à un autre, et cela avec raison ; car, dans la pente naturelle que les hommes ont au changement, il n’y aurait rien d’assuré que la mutation et le désordre.
1404. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 15e de septembre 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous me donnez toujours de nouveaux sujets d’estimer bienheureux ceux qui travaillent sous un si saint prélat que le vôtre, duquel vous voyez les tendresses et les exemples admirables de sa piété et de son zèle. Il a maintenant près de lui le bon M. Blatiron, comme nous espérons, bien que nous n’ayons reçu de lui aucune
1) Dans l’assemblée des supérieurs, Etienne Blatiron s’était plaint de ce qu’à Gênes plusieurs frères coadjuteurs ne voulaient rien faire et avaient tendance à s’habiller en noir comme les prêtres, au lieu de garder l’habit gris.
2). ce frère sortit, comme nous le voyons par la lettre du 19 janvier 1652.
Lettre 1404. — L. s. — Dossier de Turin, original.
- 253 -
nouvelle, ni des autres qui vont en Italie, depuis leur départ de Lyon. Nous prions Dieu pour leur heureuse arrivée et à ce qu’il ait agréable d’édifier un bâtiment d’honneur et de joie à Mgr le cardinal dans la céleste Jérusalem en récompense de celui qu’il projette de faire à ses pauvres missionnaires. Mon Dieu ! Monsieur, que nous avons grand sujet de nous fort intéresser pour sa conservation, ne pouvant par autre moyen assez bien reconnaître les infinies obligations que nous lui avons !
Je loue Dieu du succès de vos disputes de théologie.
Je souhaite que votre ordination soit beaucoup bénie de Dieu et qu’il donne grâce à vos séminaristes pour servir désormais utilement à cela.
Jamais nous n’avons eu tant d’ordinands que nous en avons ; il y en a, dit-on, quatre-vingt-dix ou douze. Nous sommes dans un grand embarras pour cela et pour d’autres affaires qui sont survenues. Priez pour nous, s’il vous plaît. Je me porte de mieux en mieux, par la grâce de Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
1405. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce samedi, à 4 heures. [Septembre 1651] (1)
Je vous remercie très humblement, Mademoiselle, des
Lettre 1405. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Tous les détails de cette lettre (la grave maladie de Michel Le Gras, la maladie récente de Vincent de Paul, le grand nombre
- 254 -
incomparables assistances corporelles et spirituelles que vous m’avez données, et vos files aussi, et prie Notre-Seigneur qu’il soit votre récompense ; c’est pour l’amour de lui que vous l’avez fait.
Je participe à votre douleur pour l’indisposition de M. votre fils. Il faut espérer que Notre-Seigneur le conservera, et je l’en prie de tout mon cœur, et qu’il vous fasse part à la générosité que sa divine bonté donnait à notre digne Mère de Chantal en pareils rencontres.
Je suis aussi bien en peine de vos filles malades et prie bien Dieu qu’il les sanctifie et les glorifie. Au reste, la mort de tant de martyrs était la semence du christianisme ; j’espère qu’il en sera de même à l’égard de vos filles. C’est Dieu qui a institué cette petite compagnie et qui la conduit ; laissons-lui faire et adorons sa divine et aimable direction.
L’avis de ces Messieurs étant de rappeler sœur Cécile (2) et les raisons qu’ils rapportent (3) étant fort convaincantes pour cela, il me semble qu’il y faut penser. Que vous semble de Jeanne Hardemont (4) ou de Julienne (5) ? L’esprit de la première est un peu à craindre, et il y a des choses à souhaiter dans l’autre.
Voici que M. l’évêque du Puy (6) m’ôte la plume de la main.
de sœurs malades, le projet de rappel de la sœur Cécile) suggèrent cette date. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 328, 329, 330.)
2). Cécile-Agnès Angiboust, supérieure à l’hôpital d’Angers
3). Louise de Marillac signale une de ces raisons dans une lettre à l’abbé de Vaux (Lettres de Louise de Marillac, 1. 330.)
4) Jeanne ou plutôt Anne Hardemont, supérieure à Hennebont avant son changement ; elle alla à Nantes.
5) Julienne Loret, alors supérieure à Chars.
6). Henri de Maupas du Tour.
- 255 -
1406. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce 19 septembre 1651.
Mademoiselle,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne vous écris pas de ma main, pource que, quand je prends les eaux, il me fait mal d’écrire, surtout si c’est le matin.
Je rends grâces à Dieu de ce que M. Le Gras s’est résolu aux remèdes, et je le prie qu’il les bénisse (1). Vous ferez bien d’appeler M. Riollant et M. Vacherot, s’il ne lui a pas aversion, car je n’en vois guère de plus habiles. J’approuve que vous lui ayez envoyé une sœur pour le servir, et je pense qu’il en faut deux, afin qu’elles se soulagent. Vous ferez bien de l’aller voir ; mais je vous prie de n’y pas coucher ; il suffira que vous passiez deux ou trois heures avec lui.
A la bonne heure, Mademoiselle, continuez vos prières à l’honneur de la glorieuse Vierge, pendant sa maladie seulement ; après, nous en parlerons. J’ai donné charge qu’on tienne le carrosse prêt pour vous mener, pourvu qu’un cheval, qui pensa mourir hier ou devant hier, soit en état d’aller. Je prie Dieu qu’il vous fasse part de plus en plus au doux acquiescement de la très sainte Vierge sur la disposition de son unique Fils Jésus-Christ, en qui je suis, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
Lettre 1406. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Louise de Marillac écrivait à M. de Vaux le 27 septembre (1. 329) que Michel était "extrêmement malade"
- 256 -
1407. — A LOUISE DE MARILLAC
[Septembre 1651] (1)
Je suis bien en peine, Mademoiselle, à cause de celle que vous avez pour la maladie de M. le bailli (2), et je vous fais les mêmes souhaits que je vous fis hier et à Monsieur votre fils, à savoir la soumission au médecin. Mais quoi ! qui pourra surmonter une inclination de longue main invétérée ? Après tout pourtant, l’on pense que les médecins font mourir plus de malades qu’ils n’en guérissent, Dieu se voulant faire reconnaître le médecin souverain de nos âmes et de nos corps, notamment à l’égard de ceux qui n’usent point de remèdes. Cependant, étant malade, il faut se soumettre au médecin et lui obéir. Peut-être, Mademoiselle, que ce que vous pensez un mal lui est un bien. Soumettons-nous, je vous en prie, au bon plaisir de Dieu. Il n’est pas à propos que vous l’alliez voir aujourd’hui, à cause que vous avez pris ce remède. J’y vais envoyer notre frère Alexandre, lequel j’instruirai de ce que vous me marquez.
Lettre 1407. — Registre intitulé : Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 11 (Arch des Filles de la Charité.) Il y est noté que le texte reproduit n’est qu’un extrait de lettre.
1). Quand fut écrite cette lettre, Michel Le Gras était bailli de Saint-Lazare et sa santé donnait de graves inquiétudes à sa mère. Ces deux détails réunis suggèrent la date que nous proposons ici.
2). Michel Le Gras.
- 257 -
1408. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[Saint-Quentin, 1651] (1)
La souffrance des pauvres ne se peut exprimer. Si la cruauté des soldats leur a fait chercher les bois, la faim les en a fait sortir. Ils se sont réfugiés ici. Il y est venu près de quatre cents malades ; et la ville, qui ne pouvait les assister, en a fait sortir la moitié, qui sont morts peu à peu étendus sur les grands chemins ; et ceux qui nous sont demeurés sont en telle nudité qu’ils n’osent se lever de dessus leur paille pourrie pour nous venir trouver.
1409. — A LOUIS THIBAULT, SUPéRIEUR, A SAINT-MéEN
Du 30 septembre 1651.
Je vous prie de ne vous pas ennuyer de M…. Tous ne peuvent pas être des hommes achevés, ni les faibles ne doivent pas être toujours rejetés sur les autres maisons ; il les faut supporter quand ils craignent Dieu et ont volonté de bien faire, comme celui-là. Tirez-en doucement ce que vous pourrez.
J’ai grand déplaisir de l’infirmité de notre frère Patriarche, à qui l’esprit a tourné. Il n’est pas à propos qu’en cet état vous l’engagiez à un voyage de cent lieues, comme vous feriez en l’envoyant ici. Retenez-le, je vous en prie, et apportez les remèdes possibles à son mal. S’il se rend par trop fâcheux, enfermez-le ; votre maison est assez grande pour y trouver un petit coin. De dire que cela vous décriera, il faudrait donc tou-
Lettre 1408. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. II 1er éd., p 395. Le texte publié par Abelly se compose de trois fragments de lettres diverses ; nous ne donnons ici qu’un de ces fragments
1). Ces lignes ont paru dans la Relation de septembre-octobre-novembre 1651
Lettre 1409. — Reg. 2, p. 174.
- 258 -
jours se tenir dans une boîte pour n’être pas sujets à quelque inconvénient ! Et puis, qu’en peut-on dire ? Il est vrai que c’est une petite humiliation pour la compagnie ; mais ne vaut-il pas mieux qu’elle soit connue seulement à Saint-Méen que de la divulguer partout où ce frère passerait ? On ne manquerait pas de demander qui sont ces personnes-là, et on saurait assez qu’elles sont de la Mission. Et d’ailleurs, Monsieur, il est raisonnable que, votre famille ayant reçu service de ce bon enfant, elle le supporte à présent qu’il est malade.
Il est arrivé en quelqu’une de nos maisons que l’assistant et les consulteurs ont fait des dépenses notables en l’absence du supérieur, pour choses bonnes à la vérité, mais extraordinaires ; c’est de quoi je vous donne avis, et je vous prie de dire à ceux de votre maison que l’on ne doit bâtir, commencer des procès, ni faire aucune dépense extraordinaire qui excède six écus, sans l’ordre du supérieur général ou du visiteur, lorsqu’il réside en la province.
Je vous prie aussi d’avertir ceux de qui vous prenez avis pour le bon ordre de votre maison et de vos affaires, qu’ils gardent étroitement le secret de toutes les choses qui se proposent en vos petites assemblées, pour les raisons que vous pouvez savoir.
1410. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
De Paris, ce premier d’octobre 1651.
Ma Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu trois de vos lettres, avec celle du bon
Lettre 1410. — L. s. — Original chez les Filles de la Charité de la rue d’Austerlitz, 10, Marseille.
- 259 -
M. Eudo. J’ai été bien aise de les voir toutes, et loue Dieu de ce que vous étiez disposée à y retourner, mais que vous avez vu qu’il n’est pas à propos. Ce n’était pas aussi ma pensée. Nous y enverrons une sœur d’ici, si notre sœur Henriette n’y va pas ; et cela dépend de la réponse que j’attends d’elle sur la lettre que je lui écris. Cependant je la prie de ne bouger de Nantes, ni vous non plus, jusqu’à ce que vous ayez de mes nouvelles, si tel est le bon plaisir de Messieurs les Pères. Vous soulagerez nos sœurs et contribuerez de votre bon exemple à ce qu’elles s’acquittent du service des pauvres et du petit règlement, car en cela gît la volonté de Dieu sœur elles, qui est tout ce que nous devons prétendre.
Je me recommande à vos prières et suis en N.-S., ma Sœur, votre affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Hardemont. Fille de la Charité et servante des pauvres, à Nantes.
1411. — A LA SŒUR HENRIETTE GESSEAUME
De Paris, ce premier d’octobre 1651.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre et beaucoup de consolation de vous voir prête d’aller où la Providence vous appellera ; c’est ainsi que les filles de Notre-Seigneur doivent être,
Lettre 1411. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité original.
- 260 -
afin que sa sainte volonté se fasse en elles et par elles. Je vous prie néanmoins de me mander si vous avez plus d’affection pour demeurer à Nantes que pour en sortir, ou si vous vous trouvez indifférente, ou bien si vous êtes encore dans le désir que nous vous tirions de là. En ce dernier cas, nous avons résolu, Mademoiselle Le Gras et moi, de vous envoyer à Hennebont pour quelque temps, selon le premier dessein, et je vous prie de vous y en aller, la présente reçue. Mais si vous êtes contente à continuer de servir l’hôpital où vous êtes, mandez-le-moi en diligence, et demeurez-y jusqu’à notre réponse. Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il vous bénisse de plus en plus.
Je suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A ma sœur la sœur Henriette, Fille de la Charité et servante des pauvres de l’hôpital de Nantes, à Nantes.
1412. — M. SOUYN, BAILLI DE REIMS, A SAINT VINCENT
[Entre 1650 et 1655] (1)
Je crois que l’on vous aura fait voir le mémoire que j’ai envoyé à Paris, de l’état auquel j’ai trouvé ici l’ouvrage de votre charité, et les assistances corporelles et spirituelles que vous procurez aux pauvres de la campagne, à l’imitation de notre divin Maître et Sauveur, dont vous vous rendez de plus en plus le parfait imitateur. Deux de vos prêtres sont venus en cette ville, l’un pour prendre l’argent de l’aumône, pour
Lettre 1412. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. III, p. 406.
1). Temps pendant lequel des bandes de missionnaires parcoururent la Champagne pour y distribuer des secours.
- 261 -
n’en pouvoir trouver dans les lieux de sa résidence qui sont dénués de tout ; et l’autre pour enlever partie d’une quantité des grains qu’il a achetés ici, et les faire conduire à St-Souplet pour la nourriture de ses pauvres. Ainsi chacun travaille heureusement sous vos auspices au soulagement des misérables, tandis que vous vous employez de delà à enflammer ce feu divin qui produit cet or qu’on répand dans la Picardie et dans la Champagne pour le secours des pauvres affligés.
J’attends ici Monsieur…, à qui vous avez donné la direction générale d’un si grand œuvre, pour l’établissement de nos quartiers d’hiver, j’entends des hôpitaux et de la subsistance des pauvres curés. Notre magasin de l’orge qui provient de vos aumônes, s’emplit toujours, pour faire quelques distributions pendant le mauvais temps.
Continuez, Monsieur, ces soins charitables, qui conservent la vie mortelle à tant de pauvres gens et qui leur procurent le bonheur de l’éternelle, par toutes les assistances spirituelles qu’on leur rend, et particulièrement par l’administration des sacrements, qui cesserait sans doute en beaucoup de lieux de notre diocèse sans votre secours.
1413. — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN
Du 7 octobre 1651.
Je loue Dieu de votre patience à l’égard de la personne qui sait si bien ménager l’affection de M. le gouverneur (1). Il est convenable pour cette raison de différer pour encore sa déposition. Toute sorte de sujets ne revient pas à ce bon seigneur ; vous savez la peine que nous avons eue pour le contenter en ce point, et les changements qu’il a fallu faire pour nous conserver en sa bienveillance, sans laquelle la compagnie ne pourrait faire aucun bien de delà, ou bien peu ; ce qui fait, Monsieur, que je vous prie de le faire considérer
Lettre 1413. — Reg. 2, p. 164.
1) Marc Coglée, supérieur de la maison de Sedan.
- 262-
à ceux qui ont peine du retardement d’un autre supérieur, afin que tous s’accommodent à cette nécessité, en attendant que Dieu nous donne occasion d’y remédier au gré d’un chacun.
1414. — A HUGUES PERRAUD
Du 15 octobre 1651.
Je vous remercie des avis que vous m’avez donnés, qui, étant partis d’un cœur charitable, ne peuvent être que bons, et je tâcherai de les rendre utiles, Dieu aidant, par l’usage que j’en ferai. Mais souvenons-nous, Monsieur, que nous ne trouverons pleinement notre satisfaction dans cette vallée de larmes, en quelque lieu, ni en quelque état que nous soyons, mais qu’au contraire Notre-Seigneur permet que nous y rencontrions divers sujets de peines et de dégoûts, pour nous détacher du monde et nous faire chercher Dieu seul, en qui se trouve l’accomplissement de tous nos souhaits. O Monsieur, que nous serons heureux s’il nous fait la grâce de nous bien abandonner à sa conduite et si les difficultés du chemin par où il nous mène, au lieu de nous rebuter, nous plaisent, et, au lieu de nous éloigner de notre souverain bien, nous en approchent ! Pour cet effet, nous devons nous entr’aider, nous supporter réciproquement et nous étudier à la paix et à l’union ; car c’est le vin qui réjouit et fortifie les voyageurs dans cette voie étroite de Jésus-Christ. C’est ce que je vous recommande avec toute la tendresse de mon cœur.
Lettre 1414 — Reg 2, p 315
- 263 -
1415. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 18 octobre 1651.
Vous m’avez fait plaisir de me demander réponse à la lettre de M… ; voici que je vous l’envoie. Si M. son neveu veut entrer dans notre congrégation, il lui faut dire toutes les difficultés qu’on y trouve, l’obéissance qu’il y faut rendre, le détachement que l’on y doit avoir et le travail qu’il y faut endurer. S’il y est bien résolu, mandez-moi quelles sont ses qualités et quelle est sa disposition corporelle. Je le trouve un peu jeune, s’il n’a que vingt-deux ans, et peu avancé aux études, s’il n’a fait que ses humanités ; mais cela pourra être réparé par la piété et par d’autres bonnes parties, s’il en a.
1416. — A CHRISTOPHE MONCHIA (1)
20 octobre 1651.
Admodum Illustris et Reverende Domine,
Quum abundantiori quadam benevolentia et bonitate in congregationis nostrae alumnos Genuae manentes Dominationis Vestrae pectus exuberet, meum etiam vicissim illi gratiarum actiones debet inftnitas. D. Blatiron saepe mihi significavit per epistolas Dominationem Vestram benefactoribus ipsorum potioribus
Lettre 1415 — Reg 2, p 30
Lettre 1416 — Reg I, f° 57 v°, copie sur la "minute non signée"
1) Prêtre génois de noble extraction. N’avait contribué de sa fortune à la fondation de la maison de Gênes et continuait de l’assister de ses bienfaits. (cf. Abelly, op. cit, 1. I, chap. XLVI, p 223)
- 264 -
annumerari, paucisque abhinc diebus nova ad Dei gloriam et dioecesis utilitatem procuranduan media suppeditare, quae quidem pusillam nostram congregationem Dominationi [Vestrae] (2) in aeternum devinctam reddunt. Ego autem et meo et ejusdem nomine quas possum humillime gratias refero ; at quoniam vestra caritas est supra omneIn gratiarum actionem, Deum optimum maximum enixe precor ut imbecillitatem meam suppleat, sitque Dominationi Vestrae merces magna et copiosa nimis. Erit, profecto erit, si, quidem ipse est actionum Dominationis Suae iinis, cui bonam partem fructus imputabit, quem divina misericordia nostri operabuntur, auxiliis fulti non vulgaribus quae nos Dominationi Suae et suis speciali reverentia et obsequio arcte devinctos tenent. Haec plane sentio, Bonitati Vestrae perquam devotus. O quantam et qualem voluptatem percipies, ex animaltum salute quas excellenti Vestrae Dominationis modo propemodum infinitas acquisiveris ! O dominationem felicem, quae bona et vitam ad majorem Dei gloriam impendat a quo accepit ! æternae bonitati laus jugis contingat ! Dilecta anima sancto illo spiritu magis ac magis repleatur, ad universae Ecclesiae utilitatem, et peculiarem consolationem eoruIn qui conversatione sua fruuntur. Si faceret Deus ut tenuia nostrae voluntatis obsequia ei accepta forent, honorificum nobis et gratissimum esset ea saepissime exhibere, qu~liacumque tamen affert Dominationis Vestrae humillimus et addictissimus servus.
TRADUCTION
Très Illustre et Respectable Seigneur,
L’extrême bienveillance et bonté de cœur de Votre Seigneurie
2). Mot oublié dans la copie.
- 265 -
envers les membres de notre congrégation qui sont à Gênes, me fait un devoir de venir lui témoigner toute ma gratitude. M. Blatiron m’a souvent redit dans ses lettres que Votre Seigneurie devait être comptée parmi leurs plus insignes bienfaiteurs, qu’elle avait récemment encore contribué à la gloire de Dieu et au bien du diocèse par des actes qui lui méritent, de la part de notre petite compagnie, une éternelle reconnaissance. Aussi je viens en mon nom et au sien, vous offrir mes humbles actions de grâces ; mais comme votre charité est au-dessus de tout remerciement, je supplie instamment le Dieu très grand et très bon de suppléer à ma faiblesse et d’être lui-même votre récompense, une récompense magnifique et surabondante. Oui, il le sera à coup sûr, car il est le but vers lequel tendent toutes les actions de Votre Seigneurie, et il lui attribuera le mérite d’une grande partie des fruits que les nôtres obtiendront par leur travail, Dieu aidant, grâce aux secours considérables qui viennent de vous et resserrent les liens de spéciale vénération et de particulier respect qu’ils doivent à Votre Seigneurie et aux vôtres.
Tels sont les sentiments qui animent mon cœur à l’égard de votre bonté. Oh ! quelle joie goûtera Votre Seigneurie pour tant d’âmes gagnées à Dieu en nombre presque infini ! Heureux le puissant qui dépense ses biens et sa vie pour la plus grande gloire de Dieu, de qui il a tout reçu ! Que la bonté éternelle en soit sans cesse glorifiée ! Que cette âme bien-aimée se remplisse de plus en plus de ce saint esprit, pour le bien de l’église universelle et la particulière consolation de ceux qui vivent avec elle ! Si Dieu permettait que nos humbles hommages vous fussent agréables, nous serions très honorés et très heureux de vous les offrir fréquemment. Que Votre Seigneurie les reçoive tels quels de son très humble et très dévoué serviteur !
1417. — NICOLAS PAVILLON, éVéQUE D’ALET, A SAINT VINCENT
D’Alet, ce 26 octobre 1651.
Monsieur mon très honoré et très cher Père,
Ayant appris, au retour d’un second voyage que j’ai fait
Lettre 1417. — Dossier de la Mission, original.
- 266 -
pour prendre des eaux, que vous aviez été grièvement malade, mais qu’il avait plu à Dieu de vous renvoyer la santé j’ai pensé me devoir donner l’honneur de vous écrire pour vous témoigner la joie et consolation que nous en avons ressentie, l’employant si saintement et utilement comme vous faites, Monsieur, pour le service de son église. C’est vous assurer que je souhaiterais de tout mon cœur vous donner la satisfaction que vous désirez touchant la seconde lettre adressante à Sa Sainteté qu’il vous a plu nous envoyer (1). Mais y ayant derechef sérieusement pensé devant Dieu, Mgr de Pamiers (2) et moi, et en ayant conféré ensemble, il ne nous est point venu d’autres sentiments que ceux que nous nous sommes donné l’honneur de vous écrire ci-devant respectant toutefois beaucoup, comme je le dois, la charitable, cordiale et paternelle communication des vôtres, nous étant persuadés que le tempérament que nous vous avions simplement proposé, contribuerait peut-être davantage à la gloire de Dieu, au repos de l’église et à la réunion des esprits et des cœurs de part et d’autre, en attendant-qu’il plut à Dieu donner plus d’ouverture pour la décision de toutes ces difficultés. Je vous supplie, Monsieur, vouloir me faire cette grâce de vous souvenir de mes nécessités dans vos saintes prières et très saints sacrifices, et me continuer toujours l’honneur de votre amitié, puisque je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur mon très honoré et très cher Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
NICOLAS,
évêque] d’Alet.
1418. — A NICOLAS BAGNI, NONCE EN FRANCE
De Saint-Lazare, ce 27 octobre 1651.
Monseigneur,
Selon le commandement de Votre Seigneurie Illustrissime, je me suis informé des qualités du R. P. Michel
1) Les évêques d’Alet et de Pamiers restèrent sourds aux prières de saint Vincent.
2). François-Etienne Caulet.
Lettre 1418. — L. s. — Arch. de la Propagande, II Africa n° 248, f° 124, original.
- 267 -
du St-Esprit par trois divers religieux du même Ordre, dont l’un est le R. P. Léon, qui m’ont assuré que ce Père-là est fort savant, bien vertueux et très zélé pour aller aux terres étrangères y étendre l’empire de Jésus-Christ, à quoi il se dispose, et même de mener quand et lui quelques autres Pères pour travailler à son dessein ; et, m’a-t-on dit, Monseigneur, que la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide lui en donne les facultés, avec douze cents francs pour leur subsistance. Il n’y a que deux jours qu’il est parti pour Bretagne, résolu, dès qu’il sera de retour ici, de partir pour aller à Memphis, autrement le grand Caire.
Voilà, Monseigneur, ce que j’en appris hier, étant allé exprès au couvent des Carmes mitigés. Si Votre Seigneurie Illustrissime désire que j’en fasse une plus ample information, je le ferai volontiers, Monseigneur, n’ayant consolation au monde plus grande que d’obéir et de complaire à Votre Seigneurie Illustrissime, pour l’extrême respect que je lui porte ; mais il me sera fort difficile de trouver personne hors de son Ordre qui le connaisse assez pour m’en rien dire de plus assuré.
Je supplie très humblement Votre Seigneurie Illustrissime de me pardonner si je ne vais moi-même lui rendre compte de ceci, pource que je suis d’une assemblée, ce matin, qui me prive de cet honneur, et de me faire celui de me commander absolument ce qu’il lui plaira, puisque Dieu lui a donné un pouvoir souverain sur moi, qui suis, en son amour, Monseigneur, de Votre Seigneurie Illustrissime très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
- 268 -
Depuis cette lettre écrite, Monseigneur, j’ai vu un homme qui a connu ce Père à Rome, qui m’a dit qu’il est vrai qu’il est savant et bon religieux, mais un peu entreprenant, et qui a même usé de quelque souplesse au fait dont est question ; car du commencement il ne demandait que d’être grand vicaire de M. l’évêque de Memphis ; mais depuis, pour agir en chef et indépendant de l’évêque, il a demandé des facultés pour lui et pour trois ou quatre autres de ses compagnons.
1419. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 2 novembre 1651.
Monsieur,
Monsieur l’abbé de Marmiesse, agent du clergé (1) m’a écrit que les ecclésiastiques syndiqués de mon diocèse se soumettaient à faire tout ce que Messeigneurs les archevêque de Bourges (2) évêques de Senlis (3), de Lodève (4), et de Périgueux (5), vous, M. de la Marguerie et Messieurs les agents du clergé leur ordonneraient, et qu’on désire mon consentement pour cela, lequel je donne volontiers. C’est un affaire qui est commun à tous les prélats ; ainsi je m’assure qu’ils auront soin de conserver ce qui est du au caractère et à la dignité épiscopale. Je ne doute pas que vous et M. de la Marguerie n’en fassiez de même. Je ne sais si vous vous ressouvenez que, vous ayant écrit comme ces personnes s’étaient assemblées et syndiquées, vous me mandâtes que vous en étiez bien marri pour les suites que cela pouvait avoir, qu’il semble que vous aviez prévues. C’est pourquoi il est tout à fait nécessaire
Lettre 1419. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
1) Bernard Coignet de Marmiesse, docteur de Sorbonne, chanoine de Toulouse, agent du clergé aux assemblées de 1645, 1650 et 1653, nommé évêque de Couserans le 28 mai 1653, mort le 22 janvier 680
2) Anne de Lévy de Ventadour (1651-1662).
3) Nicolas Sanguin (1622-1653).
4). François Bosquet (1648-1657).
5) Philibert de Brandon (1648-1652)
- 269 -
de faire casser ce syndicat, qui est d’une très pernicieuse conséquence à tous les prélats ; et toutes les soumissions qu’ils sauraient faire sans cela, je n’en ferais aucun cas ; ce serait toujours à recommencer ; et si eux ne le faisaient d’autres le feraient. C’est le devoir des agents, auxquels j’écris ici. Cependant je demeurerai, Monsieur…
ALAIN,
év. de Cahors.
1420. — A LA REINE ANNE D’AUTRICHE
3 novembre 1651.
Madame,
Monsieur de la Roche, l’un des plus sages et des meilleurs ecclésiastiques que je connaisse, et des plus affectionnés au service du roi, fils de M. de la Roche, conseiller du parlement de Bordeaux, s’en va pour avoir l’honneur de faire la révérence à Votre Majesté et lui offrir son service.
La division qui est entre les religieuses de Longchamp (1) a donné la pensée à plusieurs de demander cette abbaye à Votre Majesté ; mais comme ce n’est pas au roi à la donner, à cause qu’elle est élective, on supplie très humblement Votre Majesté de ne se laisser pas surprendre. L’un et l’autre partis demandent la réforme ; mais elle ne s’y peut mettre que par l’autorité du Pape, vers lequel on doit faire instance pour cela ; et il est à désirer, Madame, qu’il plaise à Votre Majesté de l’en faire solliciter par M. l’ambassadeur (2). Madame de Brienne doit prier M. son mari d’en parler
Lettre 1420. — Reg. 1, f° 38, copie prise sur la "minute signée"
1) C’est près de Paris, dans le bois de Boulogne, sur la plaine de ce nom, que s’élevait l’abbaye de Longchamp.
2). Henri d’Estampes, bailli de Valancay.
- 270 -
à Votre Majesté. Il y a longtemps, Madame, que le désordre est dans cette maison ; et ainsi c’est une bénédiction que Dieu présente à Votre Majesté, pour contribuer à y rétablir la paix et son service, conformément à la résolution qu’elle a prise d’appuyer semblables desseins (3). Je ne doute pas, Madame, que réciproquement sa divine bonté ne bénisse de plus en plus les sages conduites de Votre Majesté ; c’est la prière que je lui fais tous les jours, qui suis, en son amour, Madame, son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
1421. — A N***
4 novembre 1651.
Et que faisons-nous si nous ne faisons la volonté de Dieu ?
1422. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 8 novembre 1651.
Monsieur,
J’ai reçu la vôtre du 8 d’octobre. Nous attendrons le retour de la reine, puisque vous le trouvez à propos, pour l’affaire de Sainte-Geneviève. Cependant je vous suis très obligé et vous remercie des soins que vous avez pris avec M. de la Marguerie pour terminer l’affaire de nos syndiqués, vous suppliant
3) La reine demanda la réforme du monastère, et Rome chargea de l’enquête saint Vincent lui-même, qui nous décrit plus loin (lettre 1564) le pitoyable état dans lequel était tombée cette pauvre abbaye.
Lettre 1421. — Collet, op cit, t. II, p. 44.
Lettre 1422. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
- 271 -
d’agréer mes sentiments et mes raisons que je vous ai marquées dans une lettre que j’ai fait écrire par mon vicaire général à mon official avec ordre de vous la montrer et à M. de la Marguerie. Il faut que je vous die avec vérité que tous ceux qui ont vu les articles desdits syndiques en sont entrés dans un grand étonnement et sont demeurés indignés contre notre official de ce qu’il a souffert qu’on les ait examinés, étant un libelle diffamatoire, car il sait le contraire, et qu’on ait traité de mes statuts synodaux, de quoi il ne s’agit pas ni au Conseil ni au Parlement ; c’est devant le Pape, qui n’a jamais voulu écouter les syndiqués, quelques instances qu’ils aient faites, si bien nous. Le clergé n’a rien à voir sur les statuts synodaux ; il n’y a que le chapitre de l’église cathédrale qui doive donner son avis lequel encore je ne suis pas obligé de suivre. Aussi ne souffrirai-je jamais qu’on en parle ; et ce serait d’une trop pernicieuse conséquence. Notre official a grand tort d’avoir souffert qu’on [en] ait parlé. Il ne s’agit pas de cela au procès. Il est fort blâmé de son procédé. Pour moi, je crois qu’il a bonne intention mais je connais bien son esprit et sa façon d’agir.
J’ai signé la requête que M. Treffort m’a présentée et en la forme qu’il a voulue. Cet avis qu’on vous a donné est fort bon. Ledit sieur Treffort n’a pas été d’avis qu’on commit M. Doronce, lieutenant de notre official, à cause des gens de guerre qui ravagent tout ce pays ; mais j’ai commis un honnête ecclésiastique près de ce lieu, qu’il m’a nommé, vous assurant qu’en cette occasion et en toutes rencontres où je vous serai utile, je vous témoignerai que je suis, Monsieur…
ALAIN,
év. de Cahors.
1423. — LOUISE-MARIE, REINE DE POLOGNE, A SAINT VINCENT
Louise-Marie, par la grâce de Dieu reine de Pologne et de Suède, etc., grande-duchesse de Lithuanie, Russie Prussie, etc., née princesse de Mantoue et Montferrat de Nivernois etc.
Monsieur Vincent,
J’ai vu avec joie les missionnaires que vous m’avez envoyés
Lettre 1423. — L. s. — Arch. de la Mission, original
- 272 -
et qui m’ont rendu votre lettre (1). J’espère qu’ils feront les fruits que j’en ai toujours attendus. Je les envoie maintenant trouver l’évêque de Vilna pour prendre son approbation, parce qu’ils résideront dans son évêché, en une de mes terres, qui est en Lithuanie, où ils établiront leur séminaire, et duquel, avec le temps, j’espère pouvoir tirer des prêtres pour les autres lieux et pour Varsovie même, et pour faire les choses que vous m’augurez dans votre lettre. Ils vous informeront de leur voyage et de leur arrivée ici.
Si Dieu me fait la grâce de ne point mourir en couches, j’écrirai les lettres dont vous me parlez pour faire venir les Sainte-Marie à ce printemps.
Et cependant je me recommande à vos prières et prie Dieu qu’il vous tienne en sa sainte garde.
écrite à Varsovie, le 13 novembre 1651.
LOUISE-MARIE,
reine.
Suscription : A Monsieur Vincent, supérieur général de la congrégation de la Mission, à Paris.
1424. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
Du 22 novembre 1651.
La compassion que je vous porte dans vos fatigues fait que je prie souvent Notre-Seigneur qu’il soit votre force. La maison du Mans vous est beaucoup obligée des peines que vous prenez pour elle et des exemples que vous lui donnez, auxquels il est à souhaiter que vous ajoutiez celui-ci. de n’entreprendre aucun bâtiment, ni de grosses réparations, sans un ordre exprès du général, non plus que les menues réparations sans la permission du supérieur particulier ; ce qui est conforme aux règles et à l’usage de la compagnie.
1) La lettre 1401.
Lettre 1424. — Reg 2, p-315
- 273 -
M. Lambert l’a bien reconnu, m’ayant témoigné, avant son départ pour la Pologne, quelque syndérèse (1) de vous avoir dit en sa visite que vous fissiez faire et défaire ce que vous jugeriez à propos sans en prendre avis du supérieur ; qui est une grande faute ; et partant j’annule cette permission, et je vous prie de vous en tenir indispensablement à la pratique des autres maisons, qui est conforme au règlement et telle que je viens de dire. Je ne doute pas que vous n’ayez agréable cet avis, venant d’une personne qui vous chérit tendrement, et que vous ne soyez d’autant plus aise de cesser toute dépense pour ce regard que vous avez moins de moyen de payer vos pensions et nous de vous aider. Vous savez que nous sommes en avances de grosses sommes pour votre maison, payant environ mille écus tous les ans à sa décharge à M. l’abbé Lucas et à d’autres. Cependant vous dites que vous ne pouvez fournir au reste des charges. Quelle apparence donc d’avoir quasi toujours des ouvriers qui remuent, changent, détruisent, relèvent, agencent et qui emportent beaucoup d’argent pour journées et pour fournitures ! Vous me direz que les fermes menacent de ruine et qu’elles ont besoin d’être réparées. Cela n’est que trop véritable, Monsieur ; mais ce n’est pas là où vous faites travailler ; c’est à la maison, qui n’en a pas tant de besoin. Il faut pourtant se résoudre à tourner vos soins du côté de ces métairies et demander au plus tôt permission de vendre des bois pour la dépense qu’il y convient faire. Dieu nous fasse la grâce de contribuer au bon ordre, de bien employer le peu de moyens que Dieu nous donne, et à même temps de faire usage de la sainte pauvreté !
1) Syndérese regret.
- 274 -
1425. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce jour de sainte Catherine (1) [1651] (2)
Mon très honoré Père,
le n’ai treuvé aucun papier concernant l’établissement, et me suis souvenue qu’un jour (3) votre charité prit la peine de nous faire lecture de la requête qu’elle avait présentée à Monseigneur de Paris, et notre règlement ensuite ; et pensant qu’il nous dut demeurer, je le vous demandai. Je crois que le sujet qui empêcha que nous ne l’eussions entre les mains était qu’il y avait encore quelque chose à faire.
Ma misère et la connaissance des oppositions que je mets à la grâce sur cette compagnie, m’a souvent fait penser que pour la perfection de son établissement, il était à souhaiter qu’une autre occupât ma place, qui, servant d’exemple par ses vertus et exactitude aux règles, format de bonnes habitudes à toutes les Filles de la Charité ; et, à faute de cela, il m’a semblé plusieurs fois que la Providence en différait l’établissement.
Que les raisons qui m’ont mise plusieurs fois en doute si Dieu voulait l’établissement, ou laisser subsister l’œuvre tant qu’elle ne se dissiperait point elle-même par les désordres particuliers, sont premièrement la mort avancée de quantité de bons sujets, qui pourraient beaucoup la soutenir. Une autre, que les filles, se voyant établies, ne s’élevassent trop au-dessus de ce qu’elles sont et fissent les suffisantes dans leur emploi.
Une troisième ou quatrième raison est l’expérience que l’on a que déjà trois ou quatre sont sorties en volonté de se marier, et, par conséquent, ont pris dans la compagnie ces pensées, qui sont tout proche de porter à l’impureté, qui est un crime qui ferait entièrement périr la compagnie, s’il y résidait, puisqu’elle se doit établir sous le titre d’honorer Notre-Seigneur et la sainte Vierge, qui sont la pureté même.
Une dernière raison est les défauts particuliers de nos
Lettre 1425 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original
1) 25 novembre
2) Date ajoutée au dos par le frère Ducourneau
3) Le 30 mai 1647
- 275 -
sœurs, le peu d’avancement en la perfection, surtout à la mortification des sens et passions Ce qui peut donner pensée que Dieu veuille l’établissement est la bonté de l’œuvre en elle-même et les bénédictions que sa miséricorde y a données jusques à présent ; la conduite de la Providence pour la former en toutes ses parties ; ma liberté que les supérieurs ont d’ôter de la compagnie les sujets qui la pourraient gâter, et particulièrement la liberté que chaque particulière a de se retirer.
Un autre sujet qui peut porter à croire que Dieu veuille l’établissement est que, comme le principal du bien temporel regarde un autre œuvre, que, dans les temps à venir, il pourrait être désiré, et se pourrait treuver assez de raisons pour en proposer la destruction générale ; et ainsi la gloire que peut-être Dieu en veut tirer, finirait plus tôt que ses desseins, si l’on lui avait été fidèle.
Et le plus fort motif pour faire croire la nécessité de l’établissement est que, n’étant point fait par l’instituteur dont Dieu s’est servi pour le commencer, il n’est pas à croire que ses successeurs l’osassent jamais faire.
Je supplie la bonté de Dieu continuer ses lumières et conduites sur son ouvrage, en exterminer les empêchements et faire bien connaître sa volonté sur le sujet des pensées de celles qui voudraient y être associées.
Je me suis trop étendue ; je vous en demande très humblement pardon.
Voilà notre premier règlement et, je crois, celui qui a été présenté à Monseigneur l’archevêque, au moins un pareil, que je ne pratique point, à ma grande confusion, comme aussi de me dire, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obéissante servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Je pense que le frère Ducournau saurait bien treuver la copie et l’original de la requête présentée, ensemble l’acte d’établissement, que nous n’avons jamais eu, ce me semble.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
- 276 -
1426. — A PIERRE WATEBLED, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 26 novembre 1651.
J’ai une grande douleur des troubles qui se lèvent de delà, et je prie Notre-Seigneur qu’il change en mieux l’état des choses (1) Il faut cependant honorer sa patience et faire beaucoup d’actes d’abandon à son bon plaisir et d’acquiescement aux effets de sa justice Je loue Dieu de la paix intérieure que vous conservez en vous et en votre famille, je ne doute pas que vous ne la lui demandiez instamment pour tout le pays et pour tout le royaume, et aussi la grâce pour le pauvre peuple de bien user des afflictions de la guerre.
Je vois que vous doutez de ce que vous avez à faire. Il faut tenir ferme, Monsieur ; ce serait un grand mal de quitter et un scandale irréparable envers la ville et la compagnie. Je ne crois pas, si vous abandonniez la maison, que jamais plus on nous y voulût recevoir. Ne craignez pas : la tranquillité suivra la tempête, et peut-être bientôt. Si vous ne jouissez plus du revenu, vous ne serez pas délaissés ; vous ne mourrez pas de faim ; nous vous assisterons autant que faire se pourra. Il n’est pas que vous n’ayez quelques provisions et que vous ne tiriez quelque chose de votre revenu ; on s’épouvante d’abord, mais Dieu ne permet pas toujours que le mal qu’on appréhende arrive. Depuis le temps
Lettre 1426. — Reg. 2, p. 316.
1) Saintes, alors au pouvoir du parti de la Fronde, était gouverné par Chambois. Aux approches de l’armée royale Commandée par d’Harcourt, Chambois, pour rendre la défense de la place plus aisée, avait mis le feu aux faubourgs, respectant seulement les habitations des Bénédictins et des sœurs de Sainte-Claire, qui servirent de refuge aux habitants sans asile. La misère était grande dans la ville, et les alarmes continuelles
- 277 -
que les guerres sont en Lorraine, en Flandres et sur nos frontières, les maisons religieuses tiennent bon. Ce n’est pas qu’elles ne souffrent, mais elles s’échappent et elles méritent beaucoup par leur patience. Aucun de vous n’a pas encore sujet de perdre contenance. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre protecteur et votre consolation, qu’il vous unisse entre vous et vous donne la fidélité convenable à la pratique des vertus, surtout de l’oraison, de la récollection, de la mortification et de la conformité avec la volonté de Dieu. Confiez-vous fort en lui et ayez bon courage. Nos maisons d’Agen et de La Rose sont en la même peine que vous, et celle de Cahors aussi, ou peu s’en faut.
1427. — A JEAN-BAPTISTE GILLES
De Paris, ce 28 novembre 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu de ce que vous êtes heureusement arrivé à Crécy (1) Je le prie qu’il y bénisse abondamment votre personne, et par elle la petite famille et ses travaux.
Je vous ferai envoyer les images et les livres que vous désirez ; mais je pense vous devoir dire, Monsieur, que nous sommes en un temps auquel il ne faut faire de dépense qui ne soit nécessaire. La misère publique nous environne de tous côtés. Il est à craindre qu’elle vienne jusqu’à nous ; et quand elle n’y viendrait pas,
Lettre 1427. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1). Saint Vincent raconte plus loin (1. 1482) dans quelles circonstances J B Gilles fut envoyé à Crécy.
- 278 -
la compassion y doit entrer pour ceux qui la souffrent. Peut-être serez-vous d’avis, après que vous aurez fait vos provisions et pris connaissance de tous les besoins voisins et domestiques, de ménager le peu de fonds que vous avez trouvés.
Quant au cheval, je ne vous le renverrai pas, pour les raisons que je vous ai dites, mais je vous en enverrai le prix, Dieu aidant ; à quoi j’ajoute que votre demeure n’étant pas tout à fait résolue de delà, il n’est pas expédient que l’on voie derechef un cheval dans la maison, à cause des mauvaises suites que cela peut avoir, non pas de votre côté, mais de ceux qui viendront après vous, qui en pourraient abuser. A peine vous seriez-vous avisé d’en demander un, si le dernier qui vous a devance s’en était passé, comme les autres ont toujours fait ; et sans doute que l’on s’en passera plus volontiers à l’avenir, si vous laissez ce bon exemple. Lorsque vous en aurez besoin, vous en pourrez prendre dans le lieu, ainsi qu’on avait accoutumé de faire. Il s’y en trouve assez, et vos voyages ne seront pas si grands, ni si fréquents que, pour chétives que soient les montures, elles ne puissent suffire ; même vous pouvez faire marché avec quelqu’un de vous en fournir, quand vous en aurez à faire, ou de vous mener avec les autres de la famille sur une charrette couverte, lorsque vous irez en mission et en reviendrez.
Je vois bien que vous me pouvez dire : "Médecin, guéris-toi toi-même", pource qu’autrefois je me suis servi d’un cheval, et que maintenant je me sers d’un carrosse. Cela est vrai, à ma grande confusion ; mais il est vrai (2) que la nécessité m’y a contraint ; et toutefois,
2) Première rédaction "je puis répondre." Les mots "il est vrai" sont de la main du saint.
- 279 -
Monsieur, si vous me conseillez d’en user autrement, je le ferai.
Je suis, et l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
suscription : A Monsieur Monsieur Gilles, supérieur des prêtres de la Mission, à Crécy.
1428. — A LA SŒUR JEANNE LE PEINTRE, SUPéRIEURE, A NANTES
29 novembre 1651.
J’ai lu votre lettre avec une consolation sensible, telle que j’avais coutume de l’avoir toutes les fois qu’il me vient quelque chose de votre part. Il me semble que votre conduite se rend tous les jours meilleure et qu’elle produit de nouveaux effets conformes à notre souhait. Je prie Notre-Seigneur qu’il en soit lui-même son remerciement, et du calme dont vous jouissez après tant d’orages et de troubles qui ont agité votre petite barque. Il nous faut beaucoup aimer Notre-Seigneur et avec cela nous tenir prêts à souffrir d’autres secousses et de nouvelles traverses. L’état de l’homme n’est jamais semblable ; il est humilié, puis exalté, tantôt en paix, tantôt persécuté ; aujourd’hui il est éclairé, et demain il sera plein de ténèbres. Que faut-il faire ? Se préparer, comme j’ai dit, à tous les événements ; quand nous souffrons, espérer que Dieu nous délivrera ; et lorsqu’il nous traite doucement, faire provision de douceur et
Lettre 1428. — Ms. de la Chambre des Députés, p. 141.
- 280 -
de patience pour bien user des peines qui succéderont. Enfin, ma Sœur, il se faut donner à Dieu en toutes les manières et souhaiter que sa volonté se fasse, et nous y conformer dans les occasions fâcheuses comme dans les agréables, lesquelles s’entre-suivent incessamment et pour cela requièrent de nous une disposition à tout et un détachement absolu de nous-mêmes. Mon Dieu, qui nous les donnera que vous seul ! Nous vous les demandons humblement par votre Fils Jésus-Christ. Dieu nous fasse la grâce d’être toujours fidèles à ses lumières et à nos petits exercices !
Je me recommande humblement à vos prières…
1429. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
O Monsieur, que j’ai de consolation de penser à vous, qui êtes tout à Dieu, et à votre vocation, qui est vraiment apostolique ! Aimez donc cet heureux partage qui vous est échu et qui doit attirer sur vous une infinité de grâces, pourvu que vous soyez bien fidèle à l’usage des premières. Vous aurez sans doute beaucoup à combattre, car l’esprit malin et la nature corrompue se ligueront ensemble pour s’opposer au bien que vous voulez faire ; ils vous en feront paraître les difficultés plus grandes qu’elles ne sont, et feront leurs efforts pour vous persuader que la grâce vous manquera dans le besoin, afin de vous attrister et de vous abattre ; ils susciteront des hommes qui vous contrediront et persécuteront ; et peut-être que ce seront ceux-là mêmes que vous tenez pour vos meilleurs amis et qui devraient vous soutenir et vous consoler. Si cela vous arrive, Monsieur,
Lettre 1429. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. X p 100.
-281 -
vous devez prendre courage et le considérer comme un bon signe, car vous aurez par ce moyen plus de rapport à Notre-Seigneur, lequel, étant accablé de douleurs, s’est vu délaissé, renié et trahi par les siens, et comme abandonné par son propre Père. Oh ! que bien heureux sont ceux qui portent amoureusement leur croix en suivant un tel Maître ! Souvenez-vous, Monsieur, et le croyez fermement, que, quelque chose qui vous arrive, vous ne serez jamais tenté au delà de vos forces, et que Dieu même sera votre appui et votre vertu, d’autant plus parfaitement que vous n’aurez ni refuge ni confiance qu’en lui seul.
1430 — A GILBERT CUISSOT, SUPéRIEUR, A CAHORS
De Paris, ce 9 décembre 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres depuis ma dernière. Vous me mandez que M. l’archidiacre (1) vous demande une rente sur la métairie, que vous trouvez avoir été rachetée. Si cela est, faites-lui voir comme vous ne la devez pas ; faites-lui parler par ses amis et, si besoin est, par Mgr de Cahors (2), Si, après cela, il vous fait procès, défendez-vous ; mais auparavant il faut faire les avances que je viens de vous dire.
Feu M. son oncle (3) a pu vous donner l’écolier dont vous me parlez, pour être élevé chez vous et y être
Lettre 1430. — L. s. —- Dossier de la Mission, original.
1) Christophe Hébrard, abbé de la Garde-Dieu.
2). Alain de Solminihac.
3). Claude-Antoine Hébrard de Saint-Sulpice grand archidiacre de l’église de Cahors.
- 282 -
nourri selon la fondation ; et, acceptant le don de sa métairie (4), la compagnie s’est obligée à cette charge ; mais il n’a pu, ni vous ne pouvez, obliger ce jeune homme d’entrer en l’état ecclésiastique (5). S’il a commencé d’en porter l’habit et de se soumettre à votre conduite en cette qualité, il ne s’ensuit pas qu’il doive continuer, puisqu’étant plus âgé qu’il n’était, il est plus capable de juger de sa disposition. Si donc elle le porte à un autre état de vie et que néanmoins il veuille continuer ses études dans la ville et être nourri chez vous, vous le devez souffrir et le laisser en sa liberté. Il semble que mondit sieur l’archidiacre le souhaite ainsi, et mon sentiment est que vous en usiez de la sorte ; mais il se faut garder de prendre chez vous d’autres enfants, s’ils n’ont dessein de se donner à l’église et ne portent la soutane ; mais pour celui-là, vous ne le pouvez pas mettre dehors.
Je vous ai prié de savoir la pensée de Monseigneur touchant l’acquisition de la maison et du jardin voisin (6), afin que, s’il est de cet avis, même que vous donniez en payement la partie que vous avez sur la ville, vous en traitiez selon son sentiment.
Dieu soit loué de ce que l’on vous a fait espérer 50 livres pour vos besoins domestiques ! Laissons-le faire.
4) La métairie du Cavran. Claude-Antoine Hébrard l’avait léguée, le 1er février 1649, aux prêtres de la Mission du séminaire de Cahors. (Arch Nat. S 6703-6704.)
5). Gilbert Cuissot s’appuyait sur le texte même du testament. La métairie du Cayran avait été léguée aux prêtres de la Mission, à la charge par eux "de nourrir et élever un écolier aspirant aux ordres sacrés et de prêtrise, et aussi de celui qui sera subrogé à son lieu et place par les héritiers du testateur, sans pourtant que lesdits prêtres soient obligés de l’habiller"
6). Gilbert Cuissot acheta à Raymonde Anjalbert, le 20 janvier 1652, un jardin et une étable attenants au clos du séminaire ; ce jardin serait-ce celui dont parle ici saint Vincent ?
- 283 -
Sa providence ne nous manquera jamais tandis que nous ne manquerons point à son service.
J’écrirai à Agen pour savoir si l’on vous pourra donner le frère Dupuich (7), et, en ce cas, je vous le ferai avoir.
Je ne vois pas d’inconvénient d’envoyer un frère à la garde et travailler aux fortifications, s’il vous coûte trop d’y envoyer un externe ; mais il le faudrait faire habiller de gris.
J’écris un petit mot à notre frère Dubourdieu (8), que je vous envoie, pour lui donner ou le retenir selon que vous le jugerez à propos, vous envoyant la lettre ouverte pour la voir, avec un cachet pour la fermer.
Je rends grâces à Notre-Seigneur de ce qu’il bénit votre conduite et donne La paix à la famille. Plaise à sa divine bonté de vous continuer, à vous et à elle, ses abondantes grâces !
Je me recommande à vos prières et suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
7) Antoine Dupuich, frère coadjuteur, né le 26 mai 1620 à Arras entré dans la congrégation de la Mission le 7 novembre 1642, reçu aux vœux le 21 novembre 1646.
8). Jean-Armand Dubourdieu, né à Garos (Basses-Pyrénées), fut reçu dans la congrégation de la Mission à La Rose le 8 novembre 1644 à l’âge de dix-huit ans, et prononça les vœux le 13 décembre 1647. Bien qu’il ne fût que simple frère coadjuteur, saint Vincent jeta les yeux sur lui en 1658 pour remplir les fonctions de consul à Alger ; mais les circonstances retardèrent le départ du frère jusqu’en 1661. Il s’embarqua avec Philippe Le Vacher, qui allait mettre ordre aux affaires du frère Barreau, et avec le frère Sicquard, qui lui était donné pour chancelier. Le nouveau consul s’acquitta avec un zèle intelligent de son office. Sa correspondance montre combien il avait à cœur les intérêts de la religion et de la France et à quel point il était touché par le triste sort des esclaves dont le bien-être était l’objet de ses constantes préoccupations. Il rentra en France en 1673 et mourut à Saint-Lazare le 15 avril
- 284 -
1431. — UN éVêQUE A SAINT VINCENT
1651.
La Mission est un des plus grands biens et des plus nécessaires que je connaisse ; car il y a la plus grande ignorance du monde parmi le pauvre peuple ; et si vous pouviez voir quelle elle est dans mon diocèse, elle vous exciterait à compassion le puis dire en vérité que la plupart de ceux qui sont catholiques ne le sont que de nom, et seulement à cause que leurs pères n’étaient, et non pas pour savoir ce que c’est que d’être catholiques Et c’est ce qui nous donne mille peines d’autant que nous ne pouvons mettre aucun ordre dans le diocèse, que ceux à qui cet ordre ne plaît pas ne témoignent être aussi contents d’aller au prêche comme à la messe.
1432. — A UNE RELIGIEUSE
18 décembre 1651.
Ma Révérende Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis plein de confusion de l’honneur que vous m’avez fait de me faire part des bonnes pensées que Dieu vous a données pour le bien de la maison dont est question ; de quoi je suis très indigne par mon Ignorance et par mes péchés. Je vous dirai néanmoins, puisque vous me le demandez, qu’il est à souhaiter qu’en effet la régularité y soit rétablie et qu’il me semble que les conduites de Dieu sur vous jusqu’à cette
1677. Edme Jolly annonça son décès et fit son éloge dans une circulaire envoyée à toutes les maisons de la compagnie. La biographie du frère Dubourdieu a été publiée dans le t. IV des Notices pp, 21-24.
Lettre 1431. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. I, 1er éd., p. 3.
Lettre 1432. — Reg. 1, f° 38 v°, copie prise sur la minute.
- 285 -
heure et vos dispositions présentes donnent sujet de croire qu’il s’attend à vous pour faire quelques efforts, afin de contribuer ce que vous pourrez à ce dessein ; et, cela étant, vous avez sujet d’espérer qu’il vous donnera plus de lumière et de force dans la suite de l’œuvre, que vous n’en sentez au commencement. Je l’en prie de tout mon cœur, qui voudrais avoir occasion de vous servir et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma Révérende Mère, votre…
1433. — AU FRèRE JEAN-PASCAL GORET, A BAZOCHES (1)
Je rends grâces à Notre-Seigneur de ce qu’ayant recouvert la santé vous l’employez au service de Dieu et des pauvres, et je le prie qu’il vous donne participation à son humilité et à son obéissance, qui sont vertus nécessaires pour bien pratiquer les autres et pour aller purement à Dieu, à qui nous recommandons souvent l’œuvre qu’il vous a donnée à faire.
Vous me mandez que nos bonnes Filles de la Charité vous ont assisté en votre maladie ; de quoi je suis bien aise Je ne doute pas que vous n’en soyez fort reconnaissant ; mais il est à désirer, mon chère Frère, que cette reconnaissance ne soit pas témoignée par visites, ni par beaucoup de paroles ; ce sera assez de les voir et de leur parler seulement en passant, quand la nécessité le requerra. Vous savez comme nous les pratiquons ici ; faites de même, je vous en prie.
Lettre 1433. — Reg. 2, p. 317.
1) Dans l’arrondissement de Soissons (Aisne).
- 286 -
1434. — A MARGUERITE DENIAC, SUPéRIEURE DES FILLES
DE NOTRE-DAME, A RICHELIEU (1)
20 décembre 1651.
J’ai reçu beaucoup de douleur, voyant par votre lettre la peine où vous êtes de ce que nos prêtres ne peuvent plus servir votre maison. J’ai été contraint à vous faire prier de les en dispenser, et je vous en supplie encore par la présente avec tout le respect et l’affection que je le puis, pour ôter de notre congrégation un exemple qui lui serait préjudiciable, tant en ses suites qu’en sa substance, étant contraire à la résolution que nous avons prise dès le commencement, de ne nous charger jamais de la conduite des religieuses, prévoyant que ce serait un empêchement à notre première fonction, qui sont les missions pour l’instruction du pauvre peuple de la campagne, dont la plus grande partie ignore les choses nécessaires à salut ; et en cela. son besoin est plus grand que celui des religieuses, qui rarement manquent de prêtres et de directeurs. C’est l’unique motif que nous avons eu ; car, au reste, ma chère Mère, Dieu sait combien nous estimons votre vertu et votre sainte communauté ; c’est au point que nous nous estimerions bienheureux de vous servir, si nous n’étions engagés à d’autres emplois incompatibles. Il vous faut un prêtre qui ne fasse autre chose ; si notre maison vous le donne, elle prive les pauvres gens de la campagne du secours qu’il leur pourrait rendre. Si vous me demandez pourquoi est-ce donc qu’elle a
Lettre 1434. — Reg. 2, P. 79.
1) Ces religieuses étaient depuis peu d’années à Richelieu, où elles faisaient l’école aux petites filles.
- 287 -
commencé à vous en donner un, et pourquoi je l’ai souffert, nous l’avons fait à cause de la nécessité que vous en aviez en votre nouvel établissement, avec dessein de nous en retirer au plus tôt ; et puis, vous êtes, trop juste pour prétendre que, pour vous avoir servies quelques années, nous soyons obligés de continuer toujours. De dire que votre incommodité ne vous permet pas d’entretenir un confesseur, je réponds que nous avons aussi la nôtre, qui certes nous empêche de vous en fournir toujours un ; car à sa place il nous faudrait trouver un autre ouvrier pour l’envoyer en mission.
Peut-être aurez-vous ouï dire que je sers moi-même de Père spirituel aux filles de Sainte-Marie de Paris, et qu’en cela je suis le premier à contrevenir à notre résolution. Je vous dirai à cela, ma chère Mère, que j’étais en cet emploi [deux] ans (2) avant qu’il eût plu à Dieu de faire naître notre petite compagnie, en ayant été chargé par leur saint instituteur ; c’est pourquoi l’on jugea que je devais continuer ; et néanmoins je n’ai pas laissé de faire mes efforts pour m’en débarrasser, jusqu’à cesser presque un an entier sans y aller ; mais enfin il m’a fallu céder à une puissance supérieure, qui me l’a commandé (3) ; et puis, ce n’est qu’en qualité de supérieur, qui ne m’oblige d’y aller qu’environ une fois le mois en chaque maison, et le reste se fait par lettres. Tant y a, ma Révérende Mère, que je vous puis assurer que nulle autre de nos maisons ne rend aucun service aux religieuses. Ce n’est pas que nous n’en soyons
2) Texte du manuscrit : dix ans. Le copiste a sans doute mal lu car saint Vincent tut nommé supérieur de la Visitation de Paris en 1622.
3). Cette puissance supérieure était l’archevêque de Paris, Jean-François de Gondi.
- 288 -
pressés et que nous ne fussions fort honorés de le faire ; mais que voulez-vous ? il faut que chacun fasse son office et qu’il s’abstienne de ce qui ne lui est pas convenable. Je vous supplie derechef d’avoir agréable que nous en usions de la sorte.
1435. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 21 décembre 1651.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Et mille et mille actions de grâces soient éternellement rendues à sa divine providence de vous avoir si heureusement conduits en Pologne et auprès d’un roi et d’une reine qui ont tant de piété ! Que Dieu soit encore béni du charitable accueil que Leurs Majestés vous ont fait et du zèle qu’elles ont pour le salut de leurs sujets, comme aussi de la cure conférée à M. Desdames et de tous les secours que vous en recevez pour votre établissement ! Je suis indigne de les en remercier autrement que par prières à Dieu ; qu’il soit lui-même leur remerciement ! Vous pouvez penser de quel cœur je les offre à Dieu et combien je lui ferai offrir des prières et sacrifices par la compagnie pour leur conservation et prospérité, selon votre souhait.
Nous avons été grandement consolés de toutes les choses que vous nous mandez, et moi sensiblement touché de la bonne manière avec laquelle M. Fleury vous a reçus, instruits et assistés, en quoi M. Drogo ne
Lettre 1435. — Cette lettre a été publiée en 1875 par les études Religieuses (t. VIII, p. 285) sur l’original, qui était à Nancy.
- 289 -
s’est pas épargné non plus. J’en écris un mot de reconnaissance au premier et le ferai une autre fois au second. Dieu sait, si j’avais les occasions de les servir avec quelle ardeur je le ferais ; vous pouvez leur en donner toutes les assurances possibles et vous assurer vous-même de nos sollicitudes auprès de Notre-Seigneur, à ce qu’il vous donne la plénitude de son esprit pour accomplir parfaitement le dessein qu’il a sur vous et sur la compagnie.
Je ne vous dis rien de ce que vous avez à faire, sinon de vous confier grandement en sa bonté et de vous conserver pour son service, puisque vous êtes au milieu d’une ample moisson et en lieu où il y a si peu d’ouvriers.
Dieu conserve et bénisse ceux que vous avez menés et les multiplie à suffisance pour le service de l’état ecclésiastique et du peuple de la campagne, à ce qu’en l’un et en l’autre Jésus-Christ établisse son règne ! Derechef confiez-vous fort en sa conduite et préparez la votre à toute sorte d’événements, afin de faire un bon usage de ceux qui vous seront contraires. Je ne doute pas qu’il ne vous en arrive ; autrement, je douterais du succès de l’œuvre. Si Dieu ne permet pas que vous fassiez ni peu ni beaucoup pour autrui, vous ferez assez pour vous d’adorer ses ordres et de vous conserver en paix. Tout notre bonheur consiste en l’accomplissement de sa volonté, et la véritable sagesse à ne rien souhaiter que cela. Dieu veut souvent établir les biens qui sont pour durer, sur la patience de ceux qui les entreprennent ; et pour cela il les exerce en plusieurs manières.
Vous savez cela ; mais voici ce que vous ne savez pas : c’est que, grâces à Dieu, nous n’avons rien de nouveau ici. Nos familles de Paris et d’ailleurs vont leur petit train et pour la santé et pour les exercices ; seulement
- 290 -
la maison de Troyes a été visitée de maladie. Tous y ont passé et quasi en même temps. M. Ozenne a encore la fièvre quarte, et encore un ou deux avec lui. La maison de Saintes a sa bonne part en l’affliction commune de la ville, causée par la guerre civile. Dieu continue à bénir celle de Gênes ; et nos gens de Rome se vont adonner aux missions plus que par le passé, ce qui me console.
Voici pourtant une nouvelle affligeante, si elle est véritable c’est que l’on dit que Limerick a été pris par les parlementaires et qu’ils ont fait pendre l’évêque et une trentaine d’ecclésiastiques, entre lesquels nous avons grand sujet de craindre que Messieurs Brin et Barry étaient 1 Nous en attendons une plus grande certitude ; et, en quel état qu’ils soient, je les recommande à vos prières.
Nos gens de Barbarie continuent à bien faire. M. Le Vacher le jeune (2) est arrivé à Alger. Le frère Huguier, qui est à Tunis, a été mis à la chaîne quinze ou vingt jours durant ; et pour l’en tirer il en coûte près de quatre cents écus. C’est pour n’avoir pas bien gardé ses papiers, un esclave lui ayant pris une patente, qui sert de passeport à ceux qui sont délivrés et qui s’en retournent en leur pays, en vertu de laquelle il pensa se sauver ; et pour cela on lui a fait cette avanie.
Nous voici sur la fin de l’ordination et bien près de la solennité de Noël. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous
1) La ville de Limerick s’était rendue aux troupes de Cromwell le 27 octobre, après un siège de cinq mois et demi. Ireton fit mettre à mort Térence-Albert O’Brien, évêque d’Emly, Wolf, religieux franciscain, le major-général Purcell Barrow, membre du conseil, et Stretch, maire de la ville MM. Prin et Sarry réussirent à s’enfuir sous un déguisement. Edmond Dwyer, évêque de Limerick, échappa également aux poursuites des soldats et put se réfugier en Belgique.
2). Philippe Le Vacher.
- 291 -
fasse la grâce d’entrer bien avant en l’amour et la pratique des vertus qui ont éclaté en sa sainte naissance, qu’il soit plus que jamais la vie de votre vie et le lien unissant de votre petite famille, laquelle j’embrasse tendrement.
Encore ce mot : la pauvreté des frontières dure toujours, et nous y avons les mêmes ouvriers. J’ai oublié d’avertir M. Alméras de vous écrire ; ce sera pour la première fois. Il est supérieur du séminaire de Saint-Charles ; c’est ainsi que nous appelons maintenant le petit St-Lazare. M. Gilles est à Crécy et y fait l’office de supérieur.
Je prie Notre-Seigneur qu’il le fasse en vous et par vous, qu’il remplisse vos cœurs de foi, d’espérance et d’amour.
Je suis en lui, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
ind. p. d. l. M.
J’embrasse MM. Desdames et Guillot (3) et notre frère Casimir (4) et vous, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres.
3) Nicolas Guillot, né à Auxerre le 6 janvier 1627, entré dans la congrégation de la Mission le 12 juin 1648, reçu aux vœux le 12 juin 1651, ordonné prêtre le 24 décembre 1651. Bien que simple sous-diacre, il fut adjoint au premier groupe des missionnaires envoyés en Pologne. Il s’y dévoua avec zèle aux œuvres de sa vocation ; mais après la mort de Lambert aux Couteaux le découragement le gagna, et il revint en France en mai 1654. Saint Vincent lui reprocha doucement sa faute, lui en inspira le regret et le décida à repartir au mois de juillet. Ce ne fut pas pour longtemps. Les malheurs de la Pologne, envahie par les Suédois, contraignirent quatre missionnaires sur sept à quitter le pays (novembre 1655). Nicolas Guillot était du nombre. Le saint lui donna la direction de l’établissement de Montmirail, puis il l’appela à Saint-Lazare, en 1658, pour lui confier la chaire de philosophie. René Alméras le mit en 1662 à la tête de la maison d’Amiens, qui l’eut pour supérieur jusqu’en 1667.
4). Stanislas-Casimir Zelazewski, né à Varsovie, reçu à Saint-Lazare,
- 292 -
O Monsieur, que je me ressens de votre absence ! Il me semble que je n’ai plus de bras droit (5). Offrez-moi souvent à Dieu, Monsieur, je vous en supplie, et à sa conduite, et ayez soin de votre santé.
1436. — A ACHILLE LE VAZEUX, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME (1)
Du 21 décembre 1651.
Je remercie Dieu de ce que vous veillez à tout. J’avais déjà su par d’autres le dessein de la nouvelle congrégation sous le nom de Missionnaires des Indes et sous
le 19 octobre 1647, à l’âge de dix-huit ans. Il exerça toujours la patience de ses supérieurs par l’inconstance de son caractère. Après avoir cherché à le retenir dans la compagnie, qu’il voulait quitter, saint Vincent dut lui-même le prier de se retirer (1655).
5) D’après Collet (op. cit., t. I, p. 509), saint Vincent se serait exprimé de même dans une autre lettre à Lambert aux Couteaux, du 2 janvier 1652. Mais on peut se demander si Collet ne donne pas une date fautive.
Lettre 1436. — Reg. 2, p. 255
1) La lettre est adressée "à M. N., assistant de la maison de Rome en l’absence du supérieur" Il y a de fortes raisons de croire que cet assistant n’est autre qu’Achille Le Vazeux. D’une part, son rappel de Rome coïncide avec le placement de Thomas Berthe dans cette maison en qualité de procureur près le Saint-Siège (cf. 1. 1584) ; d’autre part, le caractère et les idées de l’assistant ressemblent fort au caractère et aux idées d’Achille Le Vazeux. Un détail entre cent. Saint Vincent écrit à Jean Dehorgny au sujet de son assistant (1. 1477) : "Il en est venu si avant dans sa dernière lettre que de me persuader la nullité de nos vœux, et qu’il y a péché mortel de les faire et de les réitérer." Or, voici ce que dit d’Achille Le Vazeux le journal des derniers jours de saint Vincent : "Il a toujours une aversion horrible contre les vœux, qu’il croit être la perte de la compagnie." Achille Le Vazeux, né à Bonneval (Eure-et-Loir) le 22 juin 1620, fut admis dans la congrégation de la Mission le 24 août 1639 prononça les saints vœux le 7 juin 1643, reçut la prêtrise le 3 avril 1649 et peu après son ordination fut placé à Rome, où il resta jusqu’en 1653. Il dirigea le séminaire d’Annecy de 1653 à 1659, puis fut rappelé à
- 293 -
l’intendance de M. de Ventadour (2). Nous n’avons rien à dire contre la nature de la chose, qui est bonne et louable ; au contraire, nous devons être grandement bien aises qu’il se trouve des hommes qui se donnent à Dieu pour le servir de cette sorte.
Pour la personne, chacun sait qu’elle est de grande condition ; il était duc et s’est fait chanoine de Notre-Dame de Paris ; il est fort homme de bien. Mais qu’ils s’appellent Missionnaires, c’est ce qu’il est à propos d’empêcher, s’il est possible, en représentant les
Paris et envoyé au collège des Bons-Enfants, d’où il rentra dans sa famille quelques jours avant la mort de saint Vincent. Achille Le Vazeux unissait à certaines qualités des défauts si saillants que son départ de la compagnie fut regardé par le saint comme une bénédiction de Dieu. Prompt et entêté dans ses décisions, il avait peine à prendre conseil de ses supérieurs et à soumettre sa volonté à la leur. Saint Vincent eut bien souvent l’occasion de lui faire des reproches, comme nous le verrons dans la suite.
2). Henri de Lévis, duc de Ventadour pair de France, prince de Maubuisson, comte de la Voulte, avait épousé en 1623 Marie Liesse de Luxembourg, qui ne lui donna point d’enfants et qui à la vie du mariage préféra bientôt celle du cloître. Elle s’enferma au Carmel d’Avignon en 1629, prononça les vœux au mois d’août de l’année 1634 et alla fonder peu après le couvent de Chambéry, où elle mourut le 18 janvier 1660. Après avoir guerroyé, non sans succès contre les huguenots du Languedoc, Henri de Ventadour chercha à étendre le royaume de Dieu par d’autres moyens que par les armes. Il fonda en 1630 la Compagnie du Saint-Sacrement, de concert avec le frère Philippe d’Angoumois, capucin, le P Suffren, jésuite, le P. de Condren, de l’Oratoire Henri de Pichery, maître d’hôtel ordinaire du roi, et d’autres hauts personnages. L’état ecclésiastique l’attirait. Il en prit l’habit, reçut le sous-diaconat le 22 septembre 1641 et accepta un canonicat à Notre-Dame de Paris en 1650, après avoir cédé son titre de duc et pair à son frère Charles. La congrégation des missionnaires des Indes ne fut jamais qu’à l’état de projet. Henri de Ventadour était très pieux et très mortifié. Saint Vincent nous apprend qu’il se levait régulièrement à minuit pour dire matines (Conférence aux missionnaires, 26 septembre 1659.) Il mourut le 14 octobre 1680 à l`âge de quatre-vingt-quatre ans. Le seul écrit que nous ayons de lui est une lettre contre les jansénistes (Cf. Le duc et la duchesse de Ventadour ; un grand amour chrétien ou dix-septième siècle, Paris, 1889, in-12 ; Raoul Allier, op. cit., p. 10 et suiv.)
- 294 -
inconvénients qui arrivent que deux ou plusieurs compagnies différentes se nomment de même. Je vous prie de bien faire entendre que cette confusion de noms nous est fort préjudiciable ; dont nous n’avons que trop d’expériences.
La compagnie de M. Authier s’étant fait appeler du Saint-Sacrement pour les Missions, a été cause que nous avons pensé être chassés d’Annecy, d’autant qu’elle occupe dans Avignon le collège des Savoyards, contre leur gré ; lesquels, pensant que ce fût une même congrégation avec la nôtre, nous ont pris en aversion, et à la chaude nous ont voulu exterminer de leur pays ; et même le sénat de Chambéry a refusé tout à fait d’approuver notre établissement, en sorte qu’à la fin il nous faudra sortir de Savoie, comme je crois (3).
De cet exemple passons à un autre. Un prêtre s’en alla un jour dans l’hôpital de Lyon, et ne le trouvant pas si bien réglé qu’il devait être selon son sens, il écrivit une lettre à Monseigneur le cardinal de Lyon (4), par laquelle il l’exhortait à remédier au désordre de cette maison, ou qu’autrement il en souffrirait un jour, et qu’à cet effet il l’assignait au jugement de Dieu. Et s’étant qualifié, au pied de cette lettre, "prêtre de la Mission", ce bon seigneur la reçut comme d’un des nôtres, quoiqu’il n’en soit pas. Il s’en est plaint partout et s’en est pris à nous. Je le fus trouver et lui fis voir par des preuves certaines que ce prêtre-là n’était pas de notre compagnie ; mais il n’a jamais voulu le croire, et toujours, depuis, nous avons été mal dans son esprit.
Voici un troisième exemple. Il y a quelque temps
3) Ce que craignait le saint n’arriva pas.
4) Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu.
- 295 -
que, M. l’évêque de Béziers (5) nous ayant demandé quelques prêtres pour les employer dans son diocèse, cela fut su d’un ecclésiastique qui avait demeuré parmi nous et que nous avions chassé pour être sujet au vin ; lequel s’en alla trouver ce prélat, et lui ayant dit que c’était moi qui l’envoyais vers lui, il le reçut et l’employa ; mais tôt après il le reconnut pour un ivrogne, et dès lors il perdit entièrement l’estime qu’il avait pour les missionnaires.
Vous pouvez juger de là quelles fâcheuses suites peut avoir la ressemblance du nom de deux ou de plusieurs compagnies ; ce que M. le chancelier (6) avait bien prévu, car, quand on lui présenta la bulle de l’établissement de M. Authier pour être autorisée du roi, il la refusa tout à plat, sans que je lui en eusse aucunement parlé ni fait parler, disant qu’il y avait déjà en France une congrégation de missionnaires. Comme il a plu à Dieu de donner quelque bénédiction à la nôtre, les nouvelles sociétés qui veulent faire ce que nous faisons, sont bien aises d’en prendre aussi le nom ; et ainsi les défauts des autres tomberont sur nous et les nôtres leur seront imputés. Et n’importe de dire que cette compagnie sera appelée la Mission des Indes, parce que la nôtre est aussi pour les Indes, comme pour ailleurs. Les Jésuites n’y envoient-ils pas aussi, et encore d autres communautés religieuses ? Mais on les distingue par leurs noms propres et non par celui de la Mission.
Je savais donc, comme je vous ai dit, que l’on se remuait ici pour entreprendre cette œuvre, mais je ne savais pas qu’on en fît la poursuite à Rome, et encore moins que l’on eut espérance de la faire ériger en congrégation.
5) Clément de Bonzi.
6) Pierre Séguier.
- 296 -
J’ai appris aussi qu’un certain abbé, qui ne l’est que de nom, en est le directeur, et qu’il élèvera ici les ecclésiastiques de ce séminaire en la cure de Gentilly (7), qu’il a prise à cet effet, et que M. de Ventadour sera le préfet général de ces missions et comme le patriarche de l’Amérique, qui aura tout pouvoir du Pape et sans la permission duquel personne n’y pourra aller faire les fonctions ecclésiastiques. Si cela était, il serait fort à craindre qu’il n’y arrivât désordre, et déjà il y a un sujet de division tout formé.
L’on fait ici un armement considérable pour ce pays-là. Un docteur de Sorbonne y passe avec quantité de bons prêtres qu’il y mène, résolu de ne dépendre ni peu ni prou de qui que ce soit que du Saint-Siège. Ce dessein est pris longtemps y a, et sera plus tôt exécuté que l’autre, pource que l’argent et les vaisseaux sont quasi prêts.
Vous pourrez informer de tout cela le secrétaire de la Sacrée Congrégation R et lui dire comme de vous-même qu’avant de rien accorder au sujet de cette prétendue érection, il est tout à fait à propos d’écrire ici à Mgr le nonce (9) qu’il s’informe exactement des qualités de cet abbé, qui doit diriger ce séminaire (10).
Vous ferez voir cette lettre à M. Dehorgny.
7) Localité située aux portes de Paris. Adrien Le Febvre en était curé.
8). Denis Massari.
9). Nicolas Bagni.
10). Le duc de Ventadour se proposait de faire passer en Amérique, en même temps que ses prêtres, un grand nombre de colons. Le départ de Paris eut lieu le 18 mai 1652 dans des circonstances tragiques dont la Gazette de France du 25 mai nous a conservé le récit : "L’abbé de Lisle-Marivault, docteur en théologie, directeur du Conseil de la Compagnie de terre ferme de l’Amérique et chef du clergé de la colonie pour la conversion des sauvages et l’établissement du commerce près le cap du Nord, environ le quatrième degré de la ligne équinoxiale, s’étant embarqué le 18 de ce mois devant
- 297 -
1437. — A UN PèRE DE LA CONGRéGATION DE SAINTE-GENEVIEVE
De St-Lazare, ce 21 décembre 1651.
Mon Révérend Père,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai vu les arrêts que nous avons obtenus contre ceux de Saint-Victor, dont je vous envoie un extrait l. Vous trouverez dans le premier une clause qui ne favorise pas, ce semble, votre dessein, laquelle porte : "sans préjudice à la congrégation de Saint-Victor pour les maisons qui en dépendent". Je souhaiterais néanmoins qu’ils vous fussent utiles et que nous eussions d’autres bonnes pièces pour vous aider, parce que je suis en toutes les manières de vous et de votre sainte congrégation, en l’amour de Notre-Seigneur, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
le pavillon du Louvre avec 8 à 900 personnes, afin d’aller attendre au Havre-de-Grâce le reste des passagers pour l’embarquement général de la colonie, étant tombé dans l’eau lorsqu’il voulait passer d’un bateau à l’autre pour faire voir son passeport au corps de garde de la porte de la Conférence qui l’avait arrêté, et quoiqu’il sut très bien nager et qu’un matelot fort et adroit se fût jeté après lui pour le sauver, tous deux y demeurèrent. Son corps fut trouvé le lendemain et enterré au couvent des Carmes déchaussés, dont son frère est prieur." La congrégation des missionnaires des Indes ne survécut pas à son chef.
Lettre 1437. — L. s. — Original au grand séminaire de Dijon.
1) Saint Vincent veut sans doute parler des deux arrêts du 21 août et du 7 septembre 1632. (Arch. Nat. M 212, liasse 4.) Les mots sans préjudice, etc., sont à la fin du premier.
- 298 -
1438. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce jour saint Thomas (1) [1651 (2)].
Mon très honoré Père,
Je ne saurais laisser passer la journée sans faire souvenir votre charité qu’il y a 26 ans que la Providence me mit en l’état de viduité corporelle et me fit la grâce de me donner le désir d’être unie à lui pour le temps et l’éternité (3). Donnez-moi votre bénédiction, s’il vous plaît, en ce sujet, et me faites la charité de m’offrir tout de nouveau à sa bonté. Si je n’étais point si infidèle à mon saint ange il vous en aurait ce matin donné la pensée.
Je vous renvoie la lettre de Monsieur l’aumônier de Nantes (4). Je pense ne m’être pas trompée de penser que quelques uns de ce lieu ont pensée que l’éloignement de notre chère sœur Jeanne (5) serait utile ; mais penserez-vous mon très honoré Père, à l’envoyer à Saint-Malo ? Pardonnez à ma promptitude à vous dire mes sentiments. Je vous envoie la lettre de notre chère sœur Jeanne et celle de notre sœur Henriette, que vous verrez toute pleine de soumission pour Hennebont.
Je ne sais si votre charité a pris la peine de voir celle de Monsieur le curé de Nanteuil (6). Je vous l’envoie aussi. Je crois qu’il est fâché de ce que Madame la maréchale de Schomberg écoute nos sœurs, et de ce que présentement elles s’opposent à Monsieur le curé, comme je crois, pour empêcher qu’il ne mette un mendiant gardien de l’Hôtel-Dieu, crainte que les désordres qui y sont depuis longtemps ne continuent. Voilà la lettre que nos sœurs m’en écrivent que j’enverrai à Madame la maréchale de Schomberg si votre charité le treuve à propos.
Permettez-moi, mon très honoré Père, de vous demander, pour l’amour de Dieu, que je puisse vous faire ma petite
Lettre 1438 — Dossier des Filles de la Charité, original
1) 21 décembre.
2). L’année est indiquée au dos de l’original et confirmée par le contenu de la lettre.
3). Antoine Le Gras était mort le 21 décembre 1625.
4).M. des Jonchères.
5). Jeanne Lepeintre.
6). Nanteuil-le-Haudouin.
- 299 -
revue avant Noël, savoir vendredi, samedi ou dimanche, qui en est la veille à telle heure qu’il vous plaira.
Nous avons céans Mademoiselle Guérin, votre ancienne voisine des Bons-Enfants, laquelle, en un mois de temps, a perdu, selon le monde, deux enfants de grande vertu et espérance, l’un religieux profès à Sainte-Geneviève, un autre conseiller au Parlement. Elle désire fort avoir l’honneur de vous voir. Vous savez que c’est une personne qui ne vous arrêtera que le temps que votre charité lui pourra donner, et que le suis, quoiqu’indigne, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.
L. DE M.
Le jeune homme qui est venu de Nantes m’a priée de faire souvenir votre charité de lui.
J’oubliais à vous faire les très humbles saluts de Monsieur et Madame de Liancourt dès leur arrivée de La Roche-Guyon.
Suscription : A Monsieur, Monsieur Vincent.
1439. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
De la veille de Noël 1651.
Je vous écris, pressé du mystère amoureux où nous entrons, pour vous souhaiter les bénédictions qu’il apporte aux hommes de bonne volonté.
Ce que je vous ai écrit des réparations n’est pas pour les défendre tout à fait, mais afin qu’elles se fassent dans l’ordre, qui est qu’elles soient nécessaires et que le supérieur y consente, savoir le général quand elles sont importantes, et le supérieur particulier quand elles ne sont que menues et ordinaires. Cela ne vous semble-t-il pas raisonnable ? Je n’ai pas compris dans la révocation contenue dans ma dernière lettre le plan des arbres, ni la culture des jardins, parce que la dépense n’en est pas
Lettre 1439. — Reg. 2, p. 317.
- 300 -
considérable. Vous pouvez donc continuer, mais toujours de l’avis du supérieur.
Je vous prie de ne pas penser que je me gouverne par rapports, surtout à votre égard, connaissant assez le fond de votre âme et la droiture de vos intentions.
1440. — A N ***
2 janvier 1652.
A présent on a bien de la peine à trouver sept ou huit mille livres, que l’on distribue par mois en Champagne et en Picardie, qui n’est que le quart de ce qu’on donnait l’année passée.
1441. — DES PRêTRES DE LA MISSION A SAINT VINCENT
[Saint-Quentin, 1651] (1)
La famine est telle que nous voyons les hommes mangeant la terre, broutant l’herbe, arrachant l’écorce des arbres, déchirant les méchants haillons dont ils sont couverts, pour les avaler. Mais ce que nous n’oserions dire, si nous ne l’avions vu, et qui fait horreur, ils se mangent les bras et les mains et meurent dans ce désespoir.
Nous avons trois mille pauvres réfugiés, cinq cents malades, sans parler de la pauvre noblesse et des pauvres honteux de la ville, dont le nombre augmente chaque jour.
Lettre 1440. — Collet, op. cit., t. I, p. 490 note.
Lettre 1441. — Abelly, op, cit.,1 II, chap. XI, sect. II, 1er éd. p. 395 Abelly a réuni en une même lettre trois fragments de lettres différentes ; nous donnons ici un de ces fragments
1) Ces lignes ont paru dans la Relation de janvier 1652.
- 301 -
1442. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE
Les paroles qui ont échappé à ce Révérend Père nous donnent sujet de nous réjouir de n’avoir pas donné lieu à ses calomnies (1) et d’en remercier Dieu. Bienheureux serons-nous s’il nous trouve dignes de souffrir pour la justice, et s’il nous fait la grâce d’aimer la confusion, et de rendre le bien pour le mal !
1443. — A LA PROPAGANDE
[Janvier 1652] (1)
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Vincenzo di Paul, superiore generale de’ preti della congregazione della Missione, umilissimo oratore, espone all’ EE. VV. che il console della città di Sale, nel regno di Fez in Africa, molti anni sono, gli fece prementi e replicate istanze di mandar in detta città alcuni preti della sua Congregazione in servizio dc’ cristiani si liberi come schiavi (2), che quivi si ritrovano, al cui zelo e pietà per allora non potè sodisfare. Ora l’istesso console continuando tuttavia nella medesima dimanda, detto oratore rappresenta all’EE. VV. il desiderio e bisogno di quella chiesa, accio che, se si consentano, egli, sotto l’autorità di questa Sacra Congregazione, vi mandi alcuni de’suoi sacerdoti, possa, quanto prima, dar informazione delle qualità de’soggetti,
Lettre 1442. — Abelly, op. cit., 1 III, chap. XI, sect. VII, p. 172
1) Contre la congrégation de la Mission.
Lettre 1443. — Arch. de la Prop., II Africa, n° 248, f° 35 et 42, original.
1). Voir note 3.
2). Voir les lettres 827 et 869.
- 302 -
con l’approvazione di Monsignor nunzio di Francia. E il tutto riceverà dall’EE. VV. per grazia singolare (3).
Quas Deus, etc.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propagenda Fide, per Vincenzo di Paul, superiore generale della Congregazione della Missione.
TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Le suppliant Vincent de Paul, supérieur général des prêtres de la congrégation de la Mission, expose très humblement à Vos éminences que le consul de la ville de Salé, au royaume de Fez, en Afrique, le pressa instamment et fréquemment, il y a plusieurs années, d’envoyer dans cette ville quelques prêtres de sa congrégation pour le service des chrétiens, libres ou esclaves, qui s’y trouvent. Il n’a pu jusqu’à cette heure accueillir la demande émanée du zèle et de la piété du consul ; mais, devant ses nouvelles instances, le suppliant prie
3) Cette supplique fut présentée le 5 janvier 1652. Elle donna lieu au décret suivant :
Dccretum Sacrae Congregationis Generals de Propaganda Fide habitae die 15 januarii 1652.
Proponente Eminentissimo Domino Cardinali Sabellio libellum suplicem pro parte D. Vincentii de Paulis, Congregetionis Missionariorum Galliae Superioris Generalis, petentis quod, cum consul civitatis Salé, in regno Fez, in Africa, instanter petat ut Oratot illuc mittat sacerdotes suae Congregationis in Missionem, Sacra Congregatio dignetur facultatem ei impertire pro dicta Missione cum solitis et necessariis privilegiis, conditionibus et facultatibus, Eminentissimi PP Missionem in praedicta civilate decreverunt ac po sacerdotibus eligendis ab Oratore cum participatione D. Nuncii Apostolici Galliae dixerunt esse expediendas solitas facultates, pro quibus jusserunt adiri suo loco et tempore Sanctissimum Officium interim esse scribendum ad dictum D. Nuncium ut nomina et qualitates dictorum sacerdotum huc millat et quis erit inter eos Praefectus indicet, ut expeditiones desuper necessarias ei mitti possint pro directione et projectu dictae Missionis.
Cardinalis Pamphilius.
Dion. Massarius, S. Cong. secretarius.
- 303 -
Vos éminences de vouloir bien considérer les vœux et les besoins de cette église et trouver bon qu’il envoie, sous la dépendance de cette Congrégation, quelques prêtres de sa compagnie, et transmette, avec l’agrément de Monseigneur le nonce de France, le plus tôt possible, les informations d’usage sur les qualités des sujets. Et il regardera cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences. Que Dieu ait, etc.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
1444. — A LA REINE ANNE D’AUTRICHE
16 janvier 1652
Madame,
M. de Guénegaud m’a fait l’honneur de me dire que Votre Majesté, passant à Fontainebleau, m’a fait la grâce de faire coucher sur l’état des officiers de la maison de Mgr le duc d’Anjou (1) la charge de gentilhomme servant ordinaire pour la personne que j’ai pris la hardiesse de lui recommander ; mais, ne l’ayant su que longtemps après, je n’ai pu en rendre plus tôt à Votre Majesté le premier devoir de ma reconnaissance, laquelle certes est si grande, Madame, que je me vois indigne de remercier Votre Majesté d’une telle faveur ; et partant je prie N.-S. qu’il soit lui-même son remerciement et sa récompense. Je n’en ai pas encore reçu le brevet ; je prends la confiance de le demander à M. de Guénegaud. J’espère que, s’il est besoin, Votre Majesté aura agréable de lui ordonner qu’il me l’expédie. Nous continuons à prier et à faire prier Dieu incessamment
Lettre 1444. — Reg. 1, f° 27
1) Philippe de France, duc d’Orléans, frère unique de Louis XIV.
- 304 -
pour le roi et Votre Majesté, à ce qu’il lui plaise être leur conduite et leur sanctification. C’est en son amour que j’ai le bonheur d’être de Votre Majesté, Madame, le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1445. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 19 janvier 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Si je suis privé de vos lettres, je ne le suis pas de la consolation de savoir les bons services que vous rendez à Dieu, tantôt par l’instruction des ecclésiastiques, tantôt par les missions, et toujours par la pratique de son amour en toutes les manières que ses meilleurs serviteurs ont coutume de l’honorer ; dont je le remercie infiniment, ensemble des bénédictions qu’il donne à tous vos travaux. O Monsieur, que Dieu nous est bon, tandis que nous lui sommes fidèles !
Comment vous trouvez-vous ? Un petit mot, je vous en prie, sur l’état de votre santé ; et par occasion mandez-moi si je continuerai à donner des quittances à M. votre frère sur la maison de ville, pour recevoir la rente que vous y avez. Je lui en ai déjà donné deux ou trois de 43 livres 15 sols chacune, qui est la valeur de chaque quartier. Il dit qu’il en a besoin, et je le crois, parce que le temps est mauvais.
Derechef, je prie Notre-Seigneur qu’il vous soit tout
Lettre 1445. — L. s. — Dossier de Turin, original.
- 305 -
en toutes choses et que je sois éternellement, en son amour, comme je suis en cette vie, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.
1445. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 19 janvier 1652
Vos lettres me donnent confusion, me faisant voir
que vous travaillez incessamment, lorsque nous faisons ici si peu de chose. Je raconte vos faits à la compagnie plus souvent que toutes les semaines, pour l’exciter au combat contre la nature et à la conquête des âmes, à votre imitation.
J’ai grande consolation de ce que Messieurs Duport et Le Blanc (1) ont déjà la langue affilée pour en couper
Lettre 1446. — Reg. 2, p. 201
1) Vraisemblablement François Le Blanc (ou White), né à Limerick (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission le 14 octobre 1645, à l’âge de vingt-cinq ans, reçu aux vœux le 15 Octobre 1647, ordonné prêtre en 1651 Son séjour à Gênes fut de courte durée. Envoyé en Ecosse, il évangélisa les Highlands avec un zèle qui ne se démentit pas. L’exercice du ministère était interdit. Il fut accusé d’avoir célébré la messe, et jeté en prison à Aberdeen en 1655. Sa captivité dura de cinq à six mois. En le relachant, on le prévint qu’il ne tarderait pas à être pendu s’il ne cessait de mépriser les lois. Il changea de district et continua sa vie apostolique A part deux séjours qu’il fit en France, l’un de 1660 à 1662, l’autre de 1665 à 1668, François Le Blanc continua de travailler en Ecosse jusqu’à sa mort, c’est-à-dire jusqu’en 1679. Il laissa la réputation d’un saint et d’un apôtre. Son portrait fut longtemps conservé et vénéré dans une chambre qui portait son nom, au château d’Invergarry On lit son éloge dans plusieurs rapports officiels adressés à la Propagande. (Cf. Les relations de saint Vincent de Paul avec l’Irlande, par Patrice Boyle dans les Annales de la Congrégation de la Mission, 1907, t. 72, p. 355.)
- 306 -
le pain aux enfants, surtout le premier, que vous dites être en état d’aller en mission. Dieu en soit béni et veuille par sa grâce les animer du même zèle qui anime leur supérieur !
L’esprit qui pousse M. Valois au désir d’aller assister son pays (2) paraît trop ferme pour lui oser résister ; si ce mouvement lui dure avec la même force, laissez-le venir. Peut-être que Dieu aura tant agréable son sacrifice, qu’il en tirera de la gloire et qu’il fera par son moyen quelque grâce extraordinaire à un royaume affligé. Il ne faut pas laisser sans secours tant de bons catholiques qu’il y a, qui conservent leur foi, lorsque plus on la persécute (3). Si M. Molony (4) veut aller avec lui, nous le lui donnerons pour compagnon et contribuerons ce que nous pourrons pour la consolation et le salut de leur patrie.
Vous dites que vous êtes en peine pour la Mission de Corse, ne sachant qui envoyer avec M… ; il me semble que vous ferez un bon choix en M. Duport, qui est un homme de Dieu, capable et zélé, qui prêche bien et fort utilement. Vous pourrez même lui commettre la conduite, si vous voyez que M… ne soit pas pour s’en rebuter. Assurez-vous qu’il ne fera aucun faux pas, ayant beaucoup de jugement, de sagesse et de discrétion ; et avec cela il est fort doux et cordial. Vous y penserez. Si, à l’occasion de cette mission, vous avez besoin d’autres ouvriers, nous vous en enverrons.
Je plains ce pauvre frère qui vous a quittés, surtout
2) L’Irlande.
3). Nous ne savons si M. Valois donna suite à son projet ; il était encore à Gênes au milieu de l’année 1652.
4) Thaddée Molony ou Molonay, né en juillet 1623 à Limerick (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission le 4 septembre 1643, ordonné prêtre à Rome le 6 mars 1650, reçu aux Vœux le 14 novembre 1655. Nous le trouvons au Mans en 1658 et 1659.
- 307 -
si c’est à dessein de se faire prêtre, pource que je n’ai guère vu réussir en l’état ecclésiastique ceux qui auparavant ont eu une autre vocation en laquelle ils ont bien fait. Au contraire, j’ai connu des hommes saints professant l’épée, sans compter ceux des autres professions, qui y faisaient merveilles, et qui, étant passés en l’état ecclésiastique, n’y ont presque fait aucun bien. Dieu donne grâce eh une condition qu’il refuse dans une autre. Un frère qui aura l’esprit de Dieu demeurant dans la sienne, le perdra sans doute, s’il en sort. Dieu n’est pas changeant ; il veut que chacun se tienne en l’état où il l’a mis ; et qui le quitte n’est pas en assurance.
1447. — A JEAN GICQUEL, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 21 janvier 1652.
Les misères présentes de ce pays et celles que nous appréhendons avec sujet nous font songer à décharger cette maison (1). Peut-être que nous vous enverrons ou notre séminaire ou nos écoliers avec leur maître, à cause que le blé et la viande coûtent bien moins au Mans qu’à Paris. Mandez-moi, s’il vous plaît, si vous les pourrez nourrir pour 40 ou 45 écus chacun ; conférez-en avec le procureur de votre maison.
Lettre 1447. — Reg 2, p. 136.
1) Mazarin, rentré en France à la tête d’une armée approchait de Paris. A cette nouvelle, le parlement le déclara criminel de lèse-majesté et promit 150 000 livres, sur le prix de vente de ses meubles et de sa bibliothèque, à qui le livrerait mort ou vif. De son côté, le duc d’Orléans rappela de l’armée du Nord les troupes qui lui étaient fidèles. Tout faisait craindre une nouvelle guerre civile plus terrible que les précédentes.
- 308 -
1448. — AU PèRE BOULART
Mon Révérend Père,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne me ressouviens point du nom de la cure de feu M. Flamignon, ancien religieux de céans (1) ; elle est à une lieue de Châteaudun ; vos Pères de là vous le pourront mander. Je ne sais point qu’il ait vaqué autre bénéfice en sa personne qu’une chapelle dite de Sainte-Radegonde (2), qui est dans la paroisse dont il était curé, et qu’il plaidait contre le seigneur, qui est, si me semble, M. de Nouveau. Un de vos Pères, qui le vit dans sa maladie, à son instance, vous pourra dire ce qu’il lui a dit. Si j’en savais quelque autre chose, je le vous dirais d’aussi bon cœur que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A mon Révérend Père le Révérend Père Boulart, à Sainte-Geneviève.
Lettre 1448. — L. a. — Original chez M. Ie marquis de l’Aigle, 12, rue d’Astorg, Paris. Ce document appartenait autrefois à la bibl. de Ste-Geneviève. (Cf. ms. 2555.)
1). Religieux de l’ancien Saint-Lazare. Il était curé de Lanneray
2). Cette chapelle, mentionnée dès 1529, n’existait plus en 1730
- 309 -
1449. — AU PèRE GEORGES BARNY,
SUPéRIEUR GéNéRAL DE L’ORDRE DE GRANDNONT (1)
Mon Révérendissime Père,
Il y aura tantôt six mois que M. le comte de Brienne m’envoya une lettre du roi pour la faire tenir à Votre Révérence ; ce que je ne fis pour lors, d’autant que j’étais grièvement malade ; et ne l’ai fait depuis par la faute de celui qui prend soin de mes papiers (2), lequel ne m’a parlé de cette lettre que depuis deux jours. Je demande très humblement pardon à Votre Révérence de ce retardement.
La raison pour laquelle Sa Majesté lui écrit est que cela fut ainsi résolu dans le Conseil des affaires ecclésiastiques, lorsque, ayant vaqué un prieuré de votre Ordre au diocèse de Lodève, on considéra un de vos bons religieux nommé le Père Frémont (3), pour une
Lettre 1449. — Reg. 1, f° 35, copie prise sur la minute. Cette lettre a été publiée par le P. Jean-Baptiste Rochias dans la vie manuscrite du B. Charles Frémont. L’original se trouvait autrefois au chartier de la congrégation de Sainte-Geneviève dans un in-f° intitulé : Lettres de prélats depuis l’an 1653 jusqu’en 1660.
1) L’Ordre de Grandmont, ainsi appelé du lieu où se trouvait le monastère principal, fut fondé au XIe siècle par saint Etienne de Muret.
3) Charles Frémont, né à Tours en 1610, entra, dès l’âge de dix-huit ans, dans l’ordre de Grandmont. Très peu de temps après sa prêtrise, il fut nommé prieur de l’abbaye de ce nom. Poursuivi par l’idée d’établir la réforme, il demanda et obtint d’être envoyé à Paris en qualité de prieur du collège de Grandmont. Après s’être perfectionné dans l’étude de la théologie, jugeant que l’heure de la divine providence avait sonné, il mit son supérieur général au courant de ses projets Le P. Barny n’était pas disposé à le favoriser ; mais, sur l’intervention de Richelieu, Charles Frémont eut toute liberté d’établir la règle primitive à Epoisses, près de Dijon,
- 310 -
pension, à condition d’y rétablir l’ancienne régularité, ainsi qu’il a fait en quelques autres de vos maisons ; laquelle pension passerait de lui à ses successeurs en l’observance d’icelle règle ; de quoi ayant fait réponse à la reine, Sa Majesté en témoigna une grande joie et me commanda de tenir la main à l’exécution, ce qui me rend coupable de ne l’avoir fait jusqu’à présent. Il y a sujet d’espérer que le bon Dieu se veut servir de vous, mon Révérendissime Père, pour relever un Ordre si saint que le vôtre, qui a été très célèbre en l’église et à bénédiction au royaume, puisque sous votre commandement il commence à répandre. la même odeur qu’il a répandue en sa première façon de vie, de laquelle les gens de bien souhaitent le rétablissement. Le roi y veut contribuer ; et il semble que c’est le dessein de Dieu, en tant qu’il vous a donné ce bon religieux comme un instrument fort propre, duquel Votre Révérence se peut servir ; ce qu’elle fera très utilement, si elle a agréable de lui donner son grand vicariat pour régir les maisons d’Epoisses, de Thiers et de Lodève, avec pouvoir d’y recevoir des novices et des profès en ladite ancienne observance, le tout sous votre autorité et sainte conduite. C’est, comme je crois, mon Révérendissime Père, le sujet duquel le roi vous écrit. Je ne
où il se retira en 1642 avec un de ses confrères, Joseph Boboul En 1650, fut bâti le couvent de Thiers, qui devint le centre de la réforme et la résidence du P. Frémont. Les progrès furent lents contrariés qu’ils étaient par le P Barny. Un troisième monastère, celui de Chavanon, au diocèse de Clermont, accepta la réforme en 1668 ; puis vinrent ceux de Saint-Michel à Lodève (679), de Louyes, au diocèse de Chartres (1681), de Vieux-Pont, au diocèse de Sens (1683), de Macherets, au diocèse de Troyes (1687). Les réformés avaient plus de huit heures d’office et d’oraison par jour abstinence toute l’année, jeûne pendant près de huit mois solitude, sorties très rares, jamais pour voir leurs parents. Le P. Frémont mourut en odeur de sainteté à Thiers en 1689.
- 311 -
doute pas que Votre Révérence ne réponde à ses intentions en chose si raisonnable, qui tend à la gloire de Dieu, à la manutention (4) d’un corps duquel vous êtes le chef ; et Notre-Seigneur influera par vous et par vos ministres son esprit religieux pour y régner dans les siècles à venir, et par ce moyen rendre votre personne et votre zèle recommandables à la postérité, outre le mérite que votre Révérence en aura devant Dieu, à qui je demande sa conservation et la grâce de lui rendre mon obéissance en quelque bonne occasion, comme à un prélat que j’estime et respecte grandement et à qui je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon Révérendissime Père, très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
1450. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 24 janvier 1652.
Monsieur,
Depuis vous avoir écrit, ayant fait réflexion sur l’apostille de votre lettre, j’ai cru qu’il était expédient qu’il vous plaise prendre la peine de m’écrire par le prochain courrier ce qui est contenu, et vous étendre là-dessus, comme serait qu’après avoir signé ces propositions qui ont été envoyées vous avez appris qu’on avait mis une apostille à l’article des 800 livres, "qu’il y sera pourvu au prochain synode", vous vous sentez obligé de me représenter que, par l’acte par lequel vous vous êtes chargé de la conduite du séminaire, il est porté que, d’autant que j’espérais que mon clergé contribuerait 800 livres tous les ans pour l’entretien des six ecclésiastiques séminaristes, vous vous obligiez de les entretenir moyennant ladite
4.) Manutention, gestion.
Lettre 145O. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
- 312 -
somme et que par une délibération générale de mon synode il a été résolu, nemine reluctante, que les 800 livres seraient payées tous les ans audit séminaire, prises sur les deniers qui se donnaient pour l’audition des comptes, que cette délibération avait été confirmée par patentes du roi, exécutée depuis ce temps-là, et qu’ainsi vous me priez de ne souffrir pas qu’on n’y change rien et de considérer que, si cela avait lieu, il n’y aurait rien d’assuré, que vous espérez cela de ma justice et de l’affection que j’ai pour mon séminaire et mon clergé, qui en reçoit l’utilité (1).
Si vous jugez à propos de m’écrire, ne vous arrêtez pas aux paroles ci-couchées. C’est seulement pour vous représenter ce qui est de mes sentiments, que je soumets aux vôtres. Cependant je demeurerai, Monsieur, votre…
ALAIN,
év. de Cahors.
1452. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
25 janvier 1652.
La fille de Mademoiselle Gionges (1) n’a aucune marque de vocation pour la Charité ; comment voulez-vous qu’elle y demeure ? Elle n’a pas encore l’habit depuis
1) Les prêtres de la Mission conservent dans leurs archives un manuscrit original contenant "les articles concernant les ecclésiastiques syndiqués du diocèse de Cahors", manuscrit couvert de ratures, de corrections et d’additions, signé à chaque page des noms de Vincent de Paul et de Laisné de la Marguerie. Il se termine par les mots : "Vus et examinés par nous soussignés les présents articles et supplications, à Paris, le 10 janvier 1652 à même temps que les parties ont passé arrêt et expédient pour leurs difficultés et lesdits présents articles, discours, doutes auxdites parties. Laisné, Vincent Depaul."
Lettre 1451. — Manuscrit de la Chambre des Députés, p. 121. Cette même lettre porte la date du 15 janvier dans le recueil de la maison-mère des Filles de la Charité.
1). Gabrielle Cabaret, né à Gionges (Marne), reçue chez les Filles de la Charité le 7 octobre 1651, à l’âge de seize ou dix-sept ans, placée successivement à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Saint-Denis, Arras, nommée officière en 1667, morte à Saint-Germain-en-Laye le 5 février 1669. Son père était seigneur de Gionges et de Fortel ; son grand-père maternel, seigneur de Villers-aux-Bois. La réprimande de Louise de Marillac la transforma complètement.
- 313 -
le temps qu’elle y est ; et ce qui est pis, c’est qu’elle ne le veut pas. Elle se lève quand bon lui semble et ne fait quasi rien. Elle est pourtant entretenue comme les autres. C’est autant de soulagement pour ses parents ; mais c’est une surcharge à cette petite compagnie, qui est pauvre et ne peut nourrir une fille qui ne travaille et n’est pas pour y demeurer, sinon peut-être pendant que le mauvais temps durera. Or, il n’est pas juste, comme vous savez, qu’une fille comme celle-là mange le pain des autres pauvres filles qui travaillent pour Dieu et pour les pauvres malades.
1452. — A GUILLAUME DELVILLE, SUPéRIEUR, A MONTMIRAIL
Du 25 janvier 1652.
Il n’est point expédient pour tout (1) qu’il y ait des femmes dans nos maisons des champs, non plus que de la ville. Il y en avait une vieille à Orsigny, honnête et fort utile ; mais, pource qu’il y avait de nos frères, on y a trouvé à redire, et aussitôt nous l’avons renvoyée. Je ne dis pas que vous ayez mal fait d’en avoir une pour la Chaussée, puisqu’il y avait nécessité et qu’il n’y avait personne des nôtres ; mais de la tenir à Fontaine-Essarts, c’est ce qu’il ne faut pas faire. Il vaut mieux se défaire de tout le ménage, à la réserve d’une charrue que vous pourrez garder pour faire la cueillette. Vendez donc vos vaches et le reste du tracas, si vous n’en pouvez commettre le soin à quelque bon garçon.
Lettre 1452. — Reg. 2, p. 130.
1) Pour tout, du tout.
- 314
1453. — A BALTHAZAR GRANGIER DE LIVERDI, éVêQUE DE TRéGUIER
Du 28 janvier 1652.
Je n’ai rien à dire, Monseigneur, à la proposition que vous me faites touchant les confessions dans la chapelle du séminaire, à l’égard des prêtres que vous y faites élever ; c’est à vous d’en ordonner comme il vous plaira. Mais quant aux nôtres, je vous supplie très humblement d’agréer que je vous représente que notre Bulle nous défend par exprès d’entendre de confession, aux lieux où nous résidons, les personnes externes, à la réserve de ceux qui font chez nous les exercices spirituels (1) ; qu’aucune de nos maisons n’en use autrement, sinon celles qui ont des cures, comme à Sedan et Richelieu, ou des pèlerins, comme à Saint-Méen et La Rose ; et que la raison de cela est pour éviter les attachements où cet exercice nous engagerait, et pour tenir nos prêtres toujours disposés à travailler au salut des peuples de la campagne. Les habitants des villes ne manquent pas ordinairement de secours spirituels. Néanmoins, Monseigneur, j’ai voulu savoir si nos anciens trouveraient à propos qu’en votre considération nous passassions par-dessus cette règle ; mais ils ont tous jugé qu’il y aurait inconvénient de contrevenir à notre Bulle et à l’usage où nous sommes pour ce regard. C’est pourquoi, Monseigneur, nous vous supplions très humblement
Lettre 1453. — Reg. 2 p. 60,.
1) La Bulle Selvatoris Nostri, par laquelle Urbain VIII érige la congrégation de la Mission, porte ces mots : "In civitatibus et urbibus quae archiepiscopatuum, episcopatuum, parlamentorum et bajulatuum titulis insignitae sunt, clerici et saeerdotes dictae congregationis nulla publica eorum Instituti munera obeant"
- 315 -
de ne permettre pas que nos missionnaires donnent ce mauvais exemple à leurs confrères ; car, dans la pente que plusieurs ont de travailler dans les villes et plutôt pour les riches que pour les pauvres, il serait à craindre, si une fois ils y étaient accoutumés, qu’ils ne voulussent plus aller aux champs chercher la brebis égarée, et qu’ainsi ils se rendissent inutiles à l’église de Dieu et incapables de rendre obéissance à Messeigneurs les prélats.
1454. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
[Début de février 1652] (1)
Je viens présentement de recevoir votre lettre du 1er de janvier, qui m’a consolé au point que vous pouvez penser, voyant que votre disposition est toujours bonne ; mais vous accusez une autre lettre écrite quinze jours auparavant, que je n’ai pas reçue, de sorte que j’ignore ce que vous avez fait à Vilna, quel accueil l’évêque vous y a fait, s’il est bien ou mal disposé pour la compagnie, s’il y a apparence que la cure vous demeure, et tout le reste de ce que vous m’avez écrit, dont vous ne me dites rien par cette dernière ; et
Lettre 1454. — L s. — Dossier de Cracovie, original Nous n’avons ici, semble-t-il, qu’un post-scriptum signé ; le reste a été perdu. Le saint avait écrit de sa main, à la suite de sa signature, six petites lignes, dont une déchirure ne laisse plus paraître que quelques lettres.
1) La comparaison de cette lettre avec les lettres 1457 et 1463 donne la certitude qu’elle est de 1652 et antérieure au 16 février. D’autre part, si l’on songe que saint vincent venait de recevoir une lettre de Lambert aux couteaux, datée du 1er janvier, que les envois de ce missionnaire mettaient toujours un mois avant d’arriver et que, dans sa lettre du 16 février, le saint déclare lui avoir écrit quinze jours auparavant, on conclura que ce post. scriptum est des premiers jours de février.
- 316 -
néanmoins il est expédient, à cause de la distance des lieux et le danger que toutes les lettres n’arrivent jusqu’à nous, de répéter brièvement une ou deux fois le contenu de la précédente, quand c’est chose de quelque importance. Je vous prie d’en user ainsi et de m’envoyer au plus tôt, un duplicata de la lettre perdue.
Au reste, je rends grâces à Dieu de toutes celles qu’il vous fait, particulièrement de la complaisance qu’il vous donne à suivre ses ordres, de votre bonne conduite à l’égard de la compagnie et du dehors, et de la satisfaction que vous recevez de nos chers confrères. Je prie Notre-Seigneur que de plus en plus il les bénisse par vous et par lui-même et qu’il anime votre chère âme de la plénitude de son esprit, pour le répandre selon les desseins qu’il a sur vous et sur eux. Nous prions Dieu aussi pour l’heureux accouchement de la reine et sa conservation, et continuerons soigneusement.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1455. — A LOUIS THIBAULT, A SAINT-MéEN
6 février 1652.
Dans cette lettre, saint Vincent dit qu’il a été désigné par saint François de Sales lui-même comme supérieur du premier monastère de la Visitation à Paris.
1456. — A UN ECCLéSIASTIQUE
J’espère que, depuis votre lettre écrite, Dieu aura dissipé ces nuages qui vous mettaient en peine ; c’est
Lettre 1455. — Lettre signalée au procès de béatification par le 102è témoin, Pierre Chollier
Lettre 1456. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. III, sect. III, p. 25.
- 317 -
pourquoi je ne vous en toucherai qu’un mot en passant. Il semble que vous soyez entré en quelque doute si vous êtes du nombre des prédestinés ; à quoi je réponds que, bien qu’il soit vrai que personne n’ait des marques infaillibles de sa prédestination sans une révélation spéciale de Dieu, néanmoins, selon le témoignage de saint Paul, il y en a de si probables pour connaître les vrais enfants de Dieu, qu’il n’y a presque lieu d’en douter. Et pour ces marques-là, Monsieur, je les vois toutes en vous, par la grâce de Dieu. La même lettre par laquelle vous me dites que vous ne les voyez pas, m’en découvre une partie ; et la longue connaissance que j’ai de vous me manifeste les autres. Croyez-moi, Monsieur, je ne connais pas une âme au monde qui soit plus à Dieu que la vôtre, ni un cœur plus éloigné du mal, ni plus aspirant au bien que vous l’avez.
Mais il ne me le semble pas, me direz-vous ; et je vous réponds que Dieu ne permet pas toujours aux siens de discerner la pureté de leur intérieur, parmi les mouvements de la nature corrompue, afin qu’ils s’humilient sans cesse et que, leur trésor étant par ce moyen caché, il soit en plus grande assurance. Le saint Apôtre avait vu des merveilles au ciel ; mais pour cela il ne se tenait pas justifié, parce qu’il voyait en lui-même trop de ténèbres et de combats. Il avait toutefois une telle confiance en Dieu qu’il estimait n’y avoir rien au monde capable de le séparer de la charité de Jésus-Christ. Cet exemple vous doit suffire, Monsieur, pour demeurer. en paix parmi vos obscurités, et pour avoir une entière et parfaite confiance en l’infinie bonté de Notre-Seigneur, lequel, voulant achever l’ouvrage de votre sanctification, vous invite de vous abandonner entre les bras de sa providence. Laissez-vous donc conduire à son amour paternel ; car il vous aime ; et tant s’en faut qu’il rejette
- 318 -
un homme de bien tel que vous êtes, que même il ne délaisse jamais un méchant qui espère en sa miséricorde.
1457. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce 16 février 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous écrivis il y a quinze jours nos petites nouvelles ; j’en reçus des vôtres eh même temps, qui nous consolèrent beaucoup, mais non pas pleinement, n’y voyant pas ce qui s’est passé de delà depuis que vous y êtes, et n’ayant pas reçu la lettre précédente, par laquelle vous dites m’en avoir informé ; j’en attends un duplicata. Je suis aussi en peine de ce que, pouvant nous écrire tous les huit jours, comme vous faites, vous ne l’avez pas fait. Depuis vos dernières, il en est arrivé ici de M. de Fleury et d’autres, qui nous ont comblés de joie et de reconnaissance par l’heureux accouchement de la reine d’un beau prince (1) ; de quoi nous avons rendu grâces à Dieu, comme d’une chose grandement souhaitée et également désirable. Nous continuerons à prier souvent la Majesté de Dieu de conserver et bénir cette bonne reine et ce jeune prince. Nous avons su aussi que vous êtes logés près du palais du roi et que vous célébrez tous les jours en sa chapelle, dont nous avons remercié Dieu pareillement. J’exhortai la compagnie à le faire pour toutes ces bonnes nouvelles, sitôt que je les eus apprises. Ce nous eût été trop de consolation
Lettre 1457. — L s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Né le 9 janvier
- 319 -
de les apprendre de vous. Dieu veuille nous faire recevoir bientôt de vos chères lettres ! Je vous prie de nous en envoyer le plus que vous pourrez, à cause qu’il s’en perd et qu’entre plusieurs quelqu’une nous sera rendue.
Nous sommes dans l’ordination. M. Watebled fait les entretiens du matin, et M. Blampignon (3) ceux du soir. Nous avons rappelé le premier de Saintes, pour décharger la maison (4) [pil]lée (5) avec la ville, qui est au pouvoir de M. le prince (6), La ville d’Angers s’étant déclarée pour lui, nous sommes en grand danger de ne rien recevoir de ce que nous y avons (7). Le reste de nos maisons vont à l’ordinaire. Celle de Rome travaille aux missions, comme celle de Gênes. Les malades de St-Méen se portent mieux. Le frère Guy a payé pour tous, le bon Dieu l’ayant appelé à soi. Vous l’avez connu, et non pas nous.
Nous sommes en peine de savoir quel argent nous avons tiré des gabelles pour l’utilité de la maison de Richelieu, soit pour bâtiments, réparations, acquisitions, consignations, frais de justice, étoffes ou autres
2) Pierre Watebled.
3). Claude de Blampignon, docteur en théologie, abbé de Notre-Dame de l’Aumône, membre de la conférence des mardis et de la Compagnie du Saint-Sacrement, visiteur général des Carmélites et directeur des religieuses de Saint-Thomas, né à Troyes en 1611 et mort en 1669. Il introduisit la réforme dans plusieurs monastères. Saint Vincent l’employa aux missions de Saint-Germain en 1641 et de Metz en 1658 et le choisit à plusieurs reprises pour donner la retraite des ordinands à Saint-Lazare
4) La lettre 1426 laisse supposer une autre cause du rappel de Pierre Watebled.
5) Cet endroit de l’original a été rongé par les mites.
6). Le prince de Condé.
7) Le duc de Rohan, gouverneur de l’Anjou, avait entraîné toute la province dans le parti des princes. Angers, assiégé par l’armée royale, capitula le 28 février et dut payer 180 000 livres au vainqueur
- 320 -
provisions. Je vous prie, si vous en avez mémoire, de nous en mander ce que vous en savez, ou nous dire comment nous pourrons savoir cela. M. Le Gros en a écrit à M. Maillard ; je ne sais quelle sera sa réponse. Si vous ne pouvez nous marquer ce détail, marquez-nous au moins de quelle somme Saint-Lazare est resté redevable à la maison de Richelieu ; nous ne le trouvons pas bien net sur nos livres ; peut-être vous en souviendrez-vous.
Nous sommes toujours dans l’espérance d’envoyer du secours à M. Nacquart au printemps ; je ne suis pourtant pas bien déterminé pour les sujets.
Nous avons tout à fait changé nos récréations en conversations et nous tâchons de porter la compagnie à l’exactitude, à la récollection, au silence et à la pratique des solides vertus ; chacun semble s’y affectionner.
Nous avons dix ou douze ouvriers en deux missions, nonobstant l’ordination, de laquelle M. Demonchy (8) est le principal directeur.
J’embrasse tendrement votre chère famille, et, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, je prie Notre-Seigneur qu’il vous unisse de plus en plus de son aimable dilection et vous fasse la grâce à tous d’accomplir sa très sainte volonté toujours et en toutes choses. Demandez-lui, s’il vous plaît, la même chose pour nous, particulièrement pour moi, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
i. p. d. l. M.
8) Nicolas Demonchy, né le 21 mars 1626 à Eu (Seine-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission le 19 août 1646, reçu aux vœux le 6 mars 1649, ordonné prêtre le 4 mars 1651, supérieur à Toul (1653-1655, 1657-1659, 1669-1674), à Metz (1661-1669), à Tréguier (1680-1684).
- 321 -
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission qui sont de présent en Pologne, à Varsovie.
1458. -- A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 16 février 1652.
Vous avez raison d’estimer que les deniers donnés à la congrégation pour messes ou autrement ne peuvent être divertis en faveur de nos parents. Un de mes neveux me vint voir un jour de cent cinquante lieues loin ; et comme il était pauvre, n’ayant de quoi s’en retourner, je consultai M. Duval pour savoir si je lui pouvais donner quelque petite chose de notre argent. Il me dit que je ne le pouvais pas en conscience que du consentement de la compagnie ; ce qui m’obligea d’aller demander l’aumône pour lui ; et avec six écus que l’on me donna, je le renvoyai (1). Dieu sait si je serais consolé que vous fissiez du bien à vos bonnes sœurs ; mais, puisque cela ne se peut en la manière proposée, j’aime mieux leur envoyer quelque chose du premier argent que nous aurons. Mandez-moi par qui je le pourrai faire.
1459. — LES éCHEVINS DE RETHEL A SAINT VINCENT
De Rethel, ce 23 février 1652.
Monsieur,
A mesure que nos misères augmentent, au lieu de diminuer, nous nous sentons très étroitement obligés de vous témoigner
Lettre 1458. — Reg. 2, p. 202.
1) Voir t. I, p. 90, 1. 54, note 2.
Lettre 1459. — Arch. mun. de Rethel GG 80.
- 322 -
les ressentiments que nous avons des charités que vous employez pour nous les rendre plus tolérables. Elles sont par venues à tel point que la plupart des pauvres ne vivent que d’un peu de pain d’avoine, que les plus accommodés ont assez de peine à leur aumôner. Nous vous avons ci-devant rendu grâces très humbles des soins que vous prenez pour notre soulagement ; nous vous réitérons nos supplications à les continuer, vous assurant que nos vœux ne seront que pour vos prospérités, puisque nous sommes obligés de nous dire, Monsieur, vos très humbles et obligés serviteurs.
LES éCHEVINS.
Suscription : A Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission de Saint-Lazare, à Paris.
1460. — A JEAN GICQUEL, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 28 février 1652.
J’ai su que M. Guesdon (1) donne des leçons par écrit à ses séminaristes, ce qui est contre l’usage de la compagnie, et une façon d’enseigner fort peu utile ; d’autant que les écoliers s’en rapportent à leurs écrits et n’appliquent pas leur jugement ni leur mémoire, et ainsi leur esprit demeure vide, pendant qu’ils se chargent de papiers, lesquels peut-être ils ne regarderont jamais plus. Quelqu’un des nôtres qui avait soin d’un séminaire (2) a voulu ci-devant donner des écrits ; mais nous l’en avons diverti. Jamais on n’en donne en Espagne, ni en Italie, ce me semble ; et de là vient que les Espagnols
Lettre 1460. — La première partie de cette lettre jusqu’aux mots l’utilité de cet avis, a été reproduite par Jean Bonnet, supérieur général de la congrégation de la Mission, dans sa circulaire du 10 décembre 1727 ; la seconde partie est tirée du reg. 2, p. 317
1) François Guesdon, né dans le diocèse de Rouen, entré dans la congrégation de la Mission le 13 décembre 1646, à l’âge de vingt-cinq ans, ordonné prêtre au mois de mars de l’année 1649, reçu aux vœux à Saint-Méen le 12 avril suivant, placé au Mans, d’où il fut rappelé en octobre 1653.
2). Bernard Codoing. (Voir les lettres 562 et 575)
- 323 -
sont fort savants et qu’ils pénètrent plus avant dans les sciences qu’on ne fait ailleurs. Dites à Monsieur Guesdon, de ma part, que je le prie d’en user de la sorte ; il ne sera pas longtemps sans reconnaître l’utilité de cet avis.
Vous me mandez que le bruit de l’arrivée de quelques troupes (3) oblige tout le monde des environs du Mans à sauver ce qu’il a dans la ville, et que, pour vous, vous ne remuez rien, ou peu de chose, vous confiant en Dieu. Je suis bien aise, Monsieur, que vous ayez cette confiance ; mais aussi ne faut-il pas tenter Dieu. Nous prévoyons qu’il passera bientôt d’autres gens de guerre par Le Mans ; c’est ce qui nous a fait juger que vous ferez bien de mettre en sûreté l’argenterie et les plus beaux ornements de votre église, votre vaisselle, vos principaux meubles, le linge et les lits dont vous pourrez vous passer, ensemble les titres et les papiers considérables, le blé, l’avoine, etc. Vous pourrez envoyer tout cela chez quelqu’un de vos amis dans la ville. Quant à vos personnes, il ne vous faudra pas quitter la maison, mais bien y attendre la protection de Dieu, qui ne permettra pas qu’il vous soit fait aucun déplaisir. J’en prie sa divine bonté.
1461. — NICOLAS PAVILLON, éVêQUES D’ALET, A SAINT VINCENT
Monsieur Mon très cher et très honoré Père,
Nous ayant procuré le bonheur de la venue de Messieurs les abbés de Chandenier en ce diocèse, j’ai pensé être obligé de vous témoigner, retournant chez vous, l’édification singulière
3) Provoquée par le soulèvement de l’Anjou.
Lettre 1461. — L. a. — Dossier de la Mission, original
- 324 -
qu’ils y ont donnée et le progrès très notable qu’ils y ont fait à la piété. Je les ai suppliés, mon très cher Père, de vous assurer du tendre souvenir que je conserve et conserverai, s’il plaît à Dieu, toute ma vie des très grandes obligations que je vous ai, comme j’espère que vous y ajouterez celle d’offrir incessamment à Dieu, spécialement au saint autel, mes très grandes nécessités et de ce pauvre diocèse. Je suis, avec tout le respect et l’affection qui m’est possible, en notre cher Sauveur, Monsieur mon très cher et très honoré Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
NICOLAS,
[évêque] d’Alet.
Alet, ce 28 février 1652.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission, à Saint-Lazare.
1462. — A JACQUES DELVILLE, SUPéRIEUR, A MONTMIRAIL
Du 29 février 1652.
Nonobstant les raisons que vous avez eues pour vous hâter de passer les baux à ferme, je persévère à vous dire qu’il fallait m’en donner avis et attendre ma réponse ; car, quand l’occasion se serait perdue, j’estime que ç’aurait été le mieux, d’autant que ce sont des fermiers qui vraisemblablement ne payeront pas, comme c’est l’ordinaire en ce pays-là ; et, faisant ces terres par vos mains, vous n’eussiez rien perdu ; ce qui vous était facile, étant monté de chevaux, d’attirail et de toutes les choses qui sont à désirer pour faire valoir les fermes. Et puis vous êtes toujours obligé d’entretenir une charrue et par conséquent de demeurer presque dans le même embarras ; et cela pour les terres du titre, qui ne suffisent pas pour occuper une charrue. Je m’étonne que le frère François fasse difficulté de
Lettre 1462. — Reg. 2, p. 130
- 325 -
prendre soin de votre basse-cour et des choses qui en dépendent, comme vaches et laiterie, car, si je ne me trompe, il s’est autrefois appliqué céans à cela, et de ce qu’il dit n’être venu en la compagnie pour telles choses ; il se doit ressouvenir que l’on y entre pour y faire tout ce que l’obéissance ordonne, et non pour y vivre selon sa volonté.
1463. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce premier de mars 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai enfin reçu votre lettre du 18 décembre, contenant ce qui s’est passé en votre voyage de la Lithuanie. Ce n’était pas sans raison que j’étais en peine de son retardement, puisque sa lecture m’a apporté une indicible consolation, en la vue de celles que vous y avez reçues, tant de la part de Dieu, qui a béni cette visite, que de la part de ceux à qui vous l’avez rendue, particulièrement de Mgr de Vilna, qui vous a si bénignement reçu, qui vous a tant édifié par sa piété et honoré de plusieurs beaux présents ; de quoi je prie Notre-Seigneur qu’il soit son remerciement. Je ne doute pas que vous ne l’en ayez fait remercier de la part de la reine, ou par elle-même, puisque c’est en sa considération qu’il vous a traité de la sorte.
J’ai aussi reçu quasi en même temps votre lettre du 23 ou 24 janvier ; et ce fut vendredi dernier, après notre paquet porté à Madame des Essarts (1), par
Lettre 1463. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Claude-Félicine Moulin, femme de Charles-François Testart,
- 326 -
laquelle ayant su qu’il y avait en cette ville un Cordelier nommé le Père Berthod (2), qui, en l’absence de M. le Résident, fait les affaires de Pologne, que c’était lui qui recevait et envoyait les dépêches et à qui je me devais adresser pour la plus grande diligence et sûreté des nôtres, j’ai été obligé de le faire visiter et de prendre de lui jour et heure pour recevoir chaque semaine vos lettres et lui envoyer les nôtres à temps. Il m’a donc marqué le jeudi matin pour envoyer quérir les vôtres, et le vendredi au soir pour lui en porter les réponses ; et, selon cet ordre, je reçus hier la vôtre du 30e janvier.
J’ai rougi de confusion, comme vous, voyant ce que l’on vous a dit de la saleté et désordre des églises de France et des irrévérences qu’on y fait ; je ne doute pas que, voyant le contraire en celles de Pologne, ceci ne vous paraisse tout autre à présent, qu’il ne faisait étant de deçà. En effet, c’est un grand mal, dont on ne s’avise pas assez, pource que l’on y est accoutumé ; et votre lettre m’y ayant fait faire réflexion, je me suis d’abord aperçu que le remède en est difficile, mais pourtant nécessaire ; et j’ai fait résolution d’y travailler, à commencer par nous-mêmes céans, et par recommander cela à toutes nos maisons, à continuer par les
seigneur des Essarts, conseiller et ancien maître d’hôtel du roi et maître de la garde-robe de la reine de Pologne. L’influence que le seigneur des Essarts avait sur la reine finit par exciter la jalousie de seigneurs polonais, qui obtinrent son éloignement. Il fut chargé de diverses missions en France, en Pologne et en Italie tandis que sa femme faisait à Paris les commissions de la reine. Madame des Essarts mourut en mars 1667.
2). François Berthod avait la confiance de Mazarin, qui lui confia diverses missions à Paris et surtout à Bordeaux pendant la Fronde Il était gardien du couvent des Cordeliers de Brioude ses Mémoires, publiés par Petitot (2- série, t. XLVIII) et par Michaud et Poujoulat (2è série, t. X), nous éclairent sur son rôle politique.
- 327 -
ordinands, exercitants et en nos assemblées avec les ecclésiastiques externes, bref en toutes les manières que je le pourrai. Pour Notre-Dame, je ne sais ce que l’on y pourra faire, après le remède que l’on a tenté en la réformation des prêtres qui vont y célébrer et que l’on instruisait aux Bons-Enfants ; ce que l’on a discontinué par les misères du temps, qui, étant à présent plus grandes que jamais, rendent, ce semble, ce moyen impossible. Et je n’en vois point d’autre, sinon qu’il se trouvât quelques communautés à Paris qui voulussent s’unir, comme celles de l’Oratoire, de la Doctrine Chrétienne et nous, et envoyer chacune, deux jours de la semaine, cinq ou six personnes pour servir les messes en ladite église, et par là empêcher les immodesties et les indévotions qu’on y commet. Je conférerai de ceci et je vous prie de demander à Dieu lumière et grâce pour y procéder avec utilité.
Je n’ai rien à répondre de plus particulier à vos trois lettres, ni aucun avis à vous donner sur l’état présent où vous êtes. Je prie Notre-Seigneur, qui sait à quoi il vous a destiné, qu’il vous y conduise par les voies plus convenables.
Pour nouvelles, tout est ici à l’ordinaire. Notre pauvreté augmente avec les misères publiques. Les troubles qui les causent nous ont ôté tout d’un coup 22 ou 23 mille livres de rente ; car, outre la privation des aides (3), les coches ne vont plus. Une des choses qui nous pourra aider pour avoir du pain l’année prochaine est la ferme de Rougemont, que nous faisons par nos mains, avec celle d’Orsigny, si Dieu les garantit de dégât et de pillage et que les fruits répondent aux
3) Contributions levées autrefois en France sur les denrées et marchandises.
- 328 -
belles apparences. La main de Dieu est toujours ouverte pour ceux qui la réclament, et abondante à ceux qui n’espèrent qu’en sa bonté.
On n’a encore vu si peu d’apparence de réunion et d’amendement ; les esprits et les affaires s’altèrent de plus en plus, et néanmoins notre confiance s’augmente, que bientôt Dieu nous donnera la paix, selon cette maxime que là où les moyens humains manquent, là commence l’opération divine.
Le vaisseau pour Madagascar n’est pas encore assuré, s’il ne l’est depuis trois jours ; je crains bien que l’année se passe sans qu’on y aille.
Nous sommes maintenant céans 35 prêtres ; vous pouvez penser quelle est notre peine pour subsister, la communauté étant si grande.
Je me donne l’honneur d’écrire à la reine et à M. Fleury ; les lettres sont ouvertes ; voyez-les, et les rendez ou retenez, selon que vous le trouverez bon.
Je vous embrasse humblement et avec tendresse de cœur, vous et M. Desdames, M. Guillot et nos frères Zelazewski et Posny (4). Priez pour nous, je vous en prie, et pour moi, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
4) Jacques Posny, né à Vendôme reçu dans la congrégation de la Mission le 16 mai 1649, à l’âge de vingt-sept ans.
- 329 -
1464. — AU VICAIRE GéNéRAL DES PRéMONTRéS REFORMES,
A VERDUN (1)
6 mars 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je me donne l’honneur de vous renouveler les offres de mon obéissance avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, et de vous dire que j’ai eu la consolation de voir ici M. l’abbé de Cuissy (2), qui m’a dit que vous faites difficulté qu’il entre en communauté avec ses religieux et qu’il ait une pareille direction sur eux et sur leur temporel que l’avaient anciennement les abbés réguliers de votre saint Ordre, voulant qu’il habite dans un logis séparé, qu’il dispose de ses deux tiers du revenu sans prendre connaissance du troisieme, non plus que du chœur et du cloître, qui demeureront sous la conduite du prieur, comme si ledit sieur abbé était un abbé commendataire, ou qu’il ne fût pas de la réforme. En quoi, Monsieur, je vois plusieurs raisons pour ou contre, lesquelles ne se pouvant écrire, ni la question se résoudre par lettres, font estimer qu’il est nécessaire de faire une consulte de docteurs et de bons Pères de religion, qui examinent toutes choses et donnent leur avis sur ce différend. Mais comme on ne peut les mener à Verdun, où vous êtes, il est à souhaiter, Monsieur, que vous preniez la peine de faire un tour
Lettre 1464. — Reg. 1, f° 44, copie prise sur la "minute signée et apostillée"
1) Ordre religieux fondé dans le Laonnais par saint Norbert dans le courant du XIIe siècle.
2) Isidore Amour, abbé de Cuissy (Aisne) de 1649 à 1673.
- 330 -
à Paris pour cela ; et ainsi, dans le doute d’une affaire de cette importance, vous vous mettrez en état de connaître la volonté de Dieu. Chacun verra, par la justice de votre procédé, que vous cherchez sa gloire ; et le public, au lieu de se mésédifier de voir un abbé réformé séquestré des autres religieux, hors d’état d’observer sa règle et dans les apparences d’une vie séculière et scandaleuse, louera votre conduite, si vous la soumettez au conseil des sages ; voire la reine, qui l’a fait abbé à dessein qu’il mît et conservât la réforme en son abbaye, aura sujet de continuer le dessein de prendre des abbés de votre réforme. Enfin, Monsieur, nous espérons le bonheur de vous voir de deçà au plus tôt, pour éviter une apparence de division en votre sainte réforme. Vous savez que je lui ai dédié mes petits services et que je tiendrai à bénédiction les occasions que vous me donnerez de les y rendre et de vous témoigner en votre particulier l’estime et le respect que Dieu m’a donnés pour votre personne, de laquelle je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1465. — A NICOLAS BAGNI, NONCE EN FRANCE
De Saint-Lazare, ce 7e mars 1652.
Monseigneur,
Le consul de Salé (1), qui est une ville en Afrique, du
Lettre 1465. — L. s. — Arch. de la Propagande, II Africa, n° 248, f° 4, original.
1) Henri Prat.
- 331 -
royaume de [Fez] (2), ayant demandé un prêtre au supérieur de la maison de Marseille pour lui servir de chapelain et assister les pauvres esclaves, j’en ai écrit au supérieur de la Mission de Rome, afin de proposer la chose à la Sacrée Congrégation, comme il a fait (3), ce qui a donné lieu à la même Sacrée Congrégation de prier Votre Seigneurie Illustrissime de s’informer des qualités de la personne et de l’emploi. Mais j’ai su depuis, Monseigneur, que le Père Canto, récollet, ou d’autres religieux du même Ordre qui ont eu ci-devant cette Mission, font instance à Rome pour y être de nouveau rétablis ; ce qui nous ôte tout à fait la pensée d’y envoyer, et nous donne le désir que Nosseigneurs de la Propagande sachent que, quand il se trouve d’autres ouvriers qui veuillent aller aux lieux où l’on nous appelle, nous nous en retirons, pour ne rompre la charité, ni sortir du sentiment que nous devons avoir que les autres y feront mieux que nous. Avec cela, Monseigneur, nous remercions très humblement la Sacrée Congrégation de l’attention qu’elle a faite à notre proposition, et Votre Illustrissime Seigneurie de l’honneur qu’elle m’a fait de m’en avertir.
Grâces à Dieu, nous sommes entièrement soumis aux volontés de l’une et l’autre, particulièrement moi, qui ai le bonheur d’être sans réserve, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2) Le mot est omis dur l’original
3) Voir lettre 1443
- 332 -
1466. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 9e mars 1652.
Il n’est point à propos de révoquer le consentement que vous avez donné à ce que cette terre labourable, close et possédée par un bourgeois huguenot, soit exempte de dîme ; car bien que ce soit une surprise ou plutôt une condescendance exercée envers M. l’abbé de Mouzon, curé primitif (1), néanmoins la révocation serait mal reçue présentement et pourrait produire de mauvais effets. On aura toujours droit de s’en faire relever, si la chose le mérite ; et ainsi il vaut mieux différer. Vous devez, en semblables rencontres, écouter la proposition et non pas la résoudre, mais demander du temps pour y penser, ou pour m’en écrire, ou pour la communiquer à votre compagnie. Personne ne peut trouver cette remise mauvaise.
Je trouve bon que vous alliez au synode et que vous informiez M. le grand vicaire des sentiments du sieur… et de la prédication qu’il en a faite. Vous le supplierez ensuite de vous dire comment il lui plaît que vous vous comportiez à l’avenir à l’égard de ce prêtre, si vous lui refuserez la chaire ou non.
1467 — A EMERAND BAJOUE, PRêTRE DE LA MISSION
10 mars 1652
Monsieur,
Il y a près de quinze jours que je reçus une bien
Lettre 1466. — Reg. 2, p. 151.
1) René-Louis de Fiquelmont, abbé de Mouzon.
Lettre 1467. — Pémartin, op. cit., t II, p. 397, 1. 850.
- 333 -
petite lettre de votre part, qui me fut à grande consolation et un sujet d’admiration tout ensemble, voyant votre bonne disposition parmi tant de travaux et des travaux de si longue haleine comme les vôtres. Il faut bien que le bon Dieu s’en mêle, car autrement comment eussiez-vous osé entreprendre, ni pu soutenir avec si peu d’ouvriers une si grosse mission comme celle de Villeneuve (1), en suite de trois ou quatre autres ! De tout cela, Monsieur, et des grâces qu’il a faites par vous à ce pauvre peuple, je rends grâce à sa divine bonté et la prie qu’elle en tire sa gloire.
Parmi cette joie, je ne laisse pas de beaucoup craindre que vous preniez trop sur vous et qu’enfin vous succombiez ; c’est pourquoi je vous prie de toute l’étendue de mon cœur de ménager votre santé. M. Ducasse m’a écrit deux ou trois fois de Mont-de-Marsan, où il est, et par une de ses lettres il m’a fait espérer qu’il vous irait aider à sortir de cette grosse mission de Villeneuve. Je ne sais s’il l’aura fait et si vous l’aurez heureusement achevée.
Nous tâcherons d’acquitter à Monsieur le curé de Saint-Louis votre lettre de change de trois cent cinquante livres ; ce ne sera pourtant pas sans peine, car les troubles publics nous ont déjà ôté plus de vingt mille livres de revenu, en sorte qu’il ne nous reste quasi que celui de Saint-Lazare et de quelques fermes, qui n’est pas la sixième partie de ce qu’il nous faut pour vivre.
Vous me mandez que vous êtes dans la crainte aussi de tout perdre. Dieu soit béni de tout ! Je le prie néanmoins qu’il ne le permette pas, ou qu’il nous fasse la
1) Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne)
- 334 -
grâce de nous comporter en nos besoins comme Notre-Seigneur s’est comporté dans les siens sur la terre.
Je n’ai point d’autres nouvelles à vous donner. Grâces à Dieu, nous nous portons bien, et la compagnie va son train ici et partout ailleurs, si ce n’est à Saintes et de votre côté, à cause des troupes, qui mettent le désordre partout où elles se trouvent. Je ne doute pas que vous ne demandiez instamment à Dieu le remède à tant de maux, qui est la réunion et la paix du royaume.
Mademoiselle Le Gras a été à l’extrémité ; mais, par la grâce de Dieu, elle en est revenue. Dieu bénit toujours sa petite compagnie et la conduite de M. du Chesne aux Bons-Enfants, où tout est plein. Le séminaire de Saint-Charles va bien aussi sous M. Alméras, lequel est toujours un peu indisposé.
Je reçois souvent des nouvelles de M. Lambert et de sa petite troupe, laquelle est en santé, en paix et en espérance de travailler utilement en Pologne.
Nos gens de Barbarie sont bien, et ceux d’Italie ont fait quantité de missions cette année, auxquelles Dieu a donné de singulières bénédictions. Je le prie qu’il augmente les siennes sur vous et sur vos travaux. C’est en son amour que je suis…
1468. — A UN éVêQUE
[1651 ou 1652] (1)
Je suis bien marri, Monseigneur, de ce Que le malheur du temps vous prive des fruits de votre abbaye. Je me trouve bien empêché de vous dire mon sentiment là-dessus,
Lettre 1468. — Abelly, op. cit., 1. I, chap. XLIII, p. 205.
1) Cette lettre a été écrite peu de temps avant la lettre 1474
- 335 -
tant parce que je ne suis pas en lieu de vous servir, qu’à cause des brouilleries du royaume ; néanmoins, Monseigneur, il me semble que l’état présent des affaires vous doit divertir du voyage de La cour jusqu’à ce que les choses soient un peu éclaircies. Plusieurs de Nosseigneurs les évêques se trouvent en la même peine. M. de… n’a pas seulement perdu tout son revenu courant, mais encore toutes les provisions qu’il avait faites pour longtemps ; et bien qu’il soit en grande réputation à la cour, et cela avec sujet, toutefois ayant fait un voyage ici, pensant se réparer, il n’y a pas eu satisfaction. M. de [Sarlat] (2) qui a tenu ferme en son diocèse, a fait revenir sa ville sous l’obéissance du roi, lorsque, dans les premiers mouvements, elle s’était déclarée pour le parti contraire ; de quoi il a reçu de grandes louanges à la cour et s’est ouvert la voie à une reconnaissance. Et quoique vous n’ayez pas occasion de rendre un pareil service à Sa Majesté, votre présence néanmoins peut notablement aider à contenir la province, étant estimé et considéré au point que vous êtes. C’est une chose qui est maintenant fort à désirer et qui sera aussi fort bien remarquée.
Je vous supplie très humblement d’agréer ma simplicité et les offres de mon obéissance.
1469. — A LA PROPAGANDE
[Mars 1652] (1)
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Vincenzo Paoli, superiore generale della congrega-
2) Voir lettre 1474.
Lettre 1469. — Supplique non signée. — Arch. de la Prop., II America, n° 260, f° 43, original.
1). Au bas du résumé mis au dos de la supplique se lit la date
- 336 -
zione de’preti della Missione, rapresenta umilmente all’EE. VV. che, stando all’ordine per partire, questa Pasqua, due vascelli francesi, che vanno ad abitar nell’America (2), i quali desiderano due sacerdoti della sua congregazione, e non avendo potuto far elezione de’soggetti da mandarvi e presentar i loro nomi all’EE. VV. già che il tempo preme, supplica umilmente si compiacciono far spedire per detti due sacerdoti, che saranno nominati da detto oratore et approvati da Monsignor nunzio di Francia, le solite facoltà, senza espressione de’nomi, come anche l’autorità a detto oratore, con approvazione di detto Monsignor nunzio, di constituire uno di essi prefetto di quella Missione, e con facoltà ad esso prefetto di poter comunicare le stesse facoltà ad altri sacerdoti che attendano alla salute delle anime. Il tutto riceverà per grazia singolare dell’EE. VV.
Quas Deus, etc.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Vincenzo Paoli, superiore generale della congregazione della Missione.
TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation des prêtres de la Mission, représente humblement à Vos éminences que, deux vaisseaux devant partir en Amérique, à Pâques, pour y transporter des Français, qui vont s’établir dans ce pays, et ceux-ci demandant d’avoir avec eux deux prêtres
du 13 mars 1652. L’année est encore marquée en tête du document ajoutée par une main étrangère.
2). L’expédition dont il est ici question n’est autre que celle organisée par M. de Ventadour. Saint Vincent racontera plus loin (1. 1494) pourquoi le départ de ses deux missionnaires n’eut pas lieu.
- 337 -
de sa congrégation, comme il n’a pas eu le temps de choisir les sujets et que par suite il ne peut envoyer leurs noms à Vos éminences, il demande humblement qu’on veuille bien faire expédier les facultés accoutumées, sans mention de nom, pour les deux prêtres qu’il désignera lui-même et présentera à l’approbation de Monseigneur le nonce de France, lui permettre de nommer le préfet de cette Mission, toujours avec le consentement de Mgr le nonce, et donner au préfet ainsi désigné le pouvoir d’accorder les facultés susdites aux prêtres qui travailleront avec lui au salut des âmes.
Que Dieu ait, etc.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
1470. — A LA PROPAGANDE
[1652 (1), avant le 31 mars (2)]
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Per decreto della Sacra Congregazione sotto li 9 di luglio dell’ anno 1648 furono concesse le facoltà di Mlssionari Apostolici nell’ isola di San-Lorenzo, vulgo Madagascar, a Carlo Nacquart, dichiarato prefetto della suddetta Missione, e a Nicolo Gondrée, suo compagno, ambidue sacerdoti della congregazione della Missione, acciocche attendessero alla conversione degl’infedeli di quel paese. Sei mesi dopo il loro arrivo in quell’isola, avendo fatto notabili progressi a pro della santa fede, mori il compagno del detto prefetto, il quale rimase solo prete in quell’isola, e scrisse il bisogno grande di operai evangelici. Per il che, Vincenzo Paoli, superiore generale della detta congrega
Lettre 1470. — Supplique non signée. — Arch. de la Prop, II Africa, n° 248, f° 102, original.
1). Date marquée par une main étrangère en tête du document.
2) Date du jour de Pâques en 1652.
- 338 -
zione della Missione, si esibi altre volte a questa Sacra Congregazione di mandarvi de suoi sacerdoti, e si compiacquero l’EE.VV. di conceder loro le facoltà solite. Ma non essendo da quel tempo finora partito alcun vascello per quell’isola, non ha potuto mandarli. Ora che stà per far vela a quell’isola un vasoello francese a questa Pasqua (3), detto Vincenzo Paoli rappresenta umilmente all’EE.VV. il bisogno sopradetto. E non avendo potuto cosi in un subito risolversi nell’elezione de’soggetti, e dar i loro nomi alla Sacra Congregazione, supplica si compiacciano far spedire le solite facoltà, senza espressione de’nomi, per quattro sacerdoti di detta congregazione della Missione, i quali saranno nominati da detto oratore ed approvati d. a Monsignor nunzio di Francia, con facoltà anche a detto Vincenzo Paoli, con partecipazione di detto Monsignor nunzio, di poter nominar uno di quei sacerdoti per prefetto di detta Missione, caso che detto Carlo Nacquart, dichiarato prefetto, fosse già passato o passasse a miglior vita. Il tutto riceverà per grazia singolare dall’EE.W.
Quas Deus, etc.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propeganda Fide, per Vincenzo Paoli, superiore generale della congregazione della Missione.
TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Par décret du 9 juillet 1648, la Sacrée Congrégation a donné les pouvoirs de missionnaires apostoliques dans l’île Saint-Laurent, vulgairement Madagascar, à Charles Nacquart. nommé préfet de ladite Mission, et à Nicolas Gondrée, son
3) Le vaisseau ne put partir.
- 339 -
compagnon, tous deux prêtres de la congrégation de la Mission, pour travailler à la conversion des infidèles de ce pays. A peine étaient-ils depuis six mois dans l’île, où ils avaient travaillé avec succès à la diffusion de notre sainte foi ledit préfet perdit son compagnon et resta seul prêtre, et il écrit qu’il a grand besoin d’ouvriers évangéliques. Aussi Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission, a-t-il déjà supplié la Sacrée Congrégation de consentir au départ de quelques-uns de ses prêtres et demandé pour eux * Vos éminences ont bien voulu leur accorder les pouvoirs accoutumés. Mais le défaut de navire a retardé ce projet. Puisqu’un vaisseau français se dispose à partir à Pâques, il représente humblement à Vos éminences le besoin où se trouve cette île. Et comme il n’a pas eu le temps de choisir les missionnaires, et que par suite il ne peut envoyer leurs noms à la Sacrée Congrégation, il la prie de vouloir bien expédier les facultés accoutumées, sans mention de nom, pour quatre prêtres de ladite congrégation de la Mission, et laisser au suppliant, avec obligation pour lui d’obtenir l’approbation de Mgr le nonce de France, le soin de choisir lui-même les sujets et de nommer l’un d’eux préfet de la Mission au cas où Charles Nacquart, titulaire de cette charge, aurait déjà quitté ou quitterait cette terre pour une vie meilleure. Et il regardera cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences.
Que Dieu ait, etc.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
1471. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
15 mars 1652.
Il est vrai que la France est fort affligée, en sorte qu’il y a déjà d’autres provinces quasi aussi désolées que la Champagne et la Picardie… La distribution de ce mois-ci est de neuf mille livres ; et à l’occasion de Pâques, nous envoyons en Champagne trois autres prêtres, outre ceux qui y sont depuis si longtemps (1)
Lettre 1471 — Collet, op cit., t. I, p. 491 note.
1). Dans la partie de la lettre que nous n’avons plus, saint Vin-
- 340 -
1472. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
O Monsieur, que la sainte indifférence est un bel ornement à un missionnaire, puisqu’elle le rend si agréable à Dieu, que Dieu préférera toujours celui-là à tous les autres ouvriers dans lesquels il ne verra pas cette disposition d’indifférence pour accomplir ses desseins ! Si une fois nous sommes dépouillés de toute propre volonté, nous serons pour lors en état de faire avec assurance la volonté de Dieu, en laquelle les anges trouvent toute leur félicité et les hommes tout leur bonheur.
1473. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce 22e de mars [1652] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 19 février. J’ai été un peu mortifié à l’ouverture d’icelle, ne voyant que la moitié d’une page d’écriture ; mais ce peu n’a pas laissé de me bien consoler, m’apprenant la continuation de votre santé et celle de votre petite compagnie. J’ai été, d’un autre côté, affligé de la maladie de Mgr de Vilna, pour lequel je me propose de dire demain la sainte messe,
cent disait que les religieuses de la Visitation destinées à la Pologne avaient reçu de l’archevêque de Paris défense de partir, sous peine d’excommunication. (Collet, op., cit., t. I, p. 510 note.)
Lettre 1472. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. V, sect. II, p. 45
Lettre 1473. — L. s. — Dossier de Cracovie, original
1) Le secrétairea écrit 1651 par distraction. Le 22 mars 1651, Lambert aux Couteaux était encore en France.
- 341 -
Dieu aidant, à ce qu’il plaise à sa divine bonté conserver ce saint prélat à son église. Nous continuons toujours nos prières pour le roi, la reine et le petit prince.
Je viens de me séparer d’avec votre neveu, qui est venu céans pour vous y voir, et où il n’a été que deux fois 24 heures, s’en étant voulu retourner par le coche qui part aujourd’hui, afin qu’on ne fût en peine de lui, s’il tardait davantage ; car il est marié, et Dieu lui a donné des enfants. Il a deux chevaux et vingt-quatre arpents de terre, desquels il en a semé une partie. Ce serait assez pour vivre s’il n’y avait des gens de guerre en France. Quand il leur en vient, M. Jouailly (2) les reçoit volontiers chez lui avec ce qu’ils y mènent. Je n’ai jamais vu personne qui m’ait mieux représenté la bonté et la simplicité de Notre-Seigneur que lui : je ne dis pas une simplicité niaise, car il ne manque pas d’esprit. Il m’a accolé plus de six fois et baisé à la face avec une telle cordialité, qu’il m’a paru tout cœur. Nous avons fort parlé picard, mais avec cette différence qu’il faisait ce qu’il pouvait pour bien parler français, et moi pour bien parler picard. Il m’a dit que vous seriez bien ahuri (3) quand vous sauriez qu’il était venu ici. Il a été un peu mortifié de ne vous pas trouver, mais il s’en va aussi gai et aussi content qu’il est possible. Il m’a laissé tout réjoui de sa bonne humeur, pource qu’elle est accompagnée de piété et de crainte de Dieu. Il a encore une petite sœur, qui est pareillement bonne fille.
J’ajoute à ces nouvelles celles que nous avons eues de nos chers confrères d’Hibernie, lesquels nous pensions avoir été du nombre de ceux que les Anglais ont fait mourir à la prise de Limerick ; mais, grâces à
2) Ce mot est de la main du saint.
3) Même remarque.
- 342 -
Dieu, il les a tirés de leurs mains. Cela est assuré de M. Barry, qui est arrivé à Nantes et que nous attendons ici ; et nous avons sujet de l’espérer de M. Brin, bien que nous n’en soyons pas assurés. Ils sortirent ensemble de Limerick, avec cinq ou six-vingts prêtres et religieux, tous déguisés et mêlés avec les soldats de la ville, qui en sortirent le jour que les ennemis y devaient entrer. Nos gens avaient passé la nuit à se disposer à la mort, parce qu’il n’y avait point de quartier pour les ecclésiastiques ; mais Dieu ne permit pas qu’ils fussent reconnus pour tels. En sortant, ils se séparèrent, tirant l’un d un côté et l’autre d’un autre, non sans grande douleur ; mais ils estimèrent qu’il en fallait user de la sorte, afin que, si l’un périssait, l’autre fût au moins en état de se sauver. M. Brin prit la route de son pays avec le grand vicaire de Cashel, leur bon ami, et M. Barry tira vers certaines montagnes qu’il nomme, où ayant fait rencontre d’une charitable dame, elle le reçut chez elle, et l’y a retenu deux mois, au bout desquels il s’est fortuitement présenté une barque qui venait en France, et il s’est mis dedans sans avoir rien appris de M. Brin depuis leur séparation. Il croit pourtant qu’il ne lui sera pas aisé de repasser en France, tant pource que les Anglais occupent la mer, qu’à cause qu’ils sont en son pays, de sorte qu’il a besoin de prières.
Nous avons céans environ 70 ordinands ; Messieurs Grimal et Gallais leur font les entretiens et M. Demonchy en a la direction générale.
Nous nous portons assez bien, grâces à Dieu. Il est vrai qu’il y a huit ou dix jours que je ne suis pas sorti, à cause de ma fiévrotte, mais à présent il me semble que j’en suis quitte, en sorte que j’espère assister aujourd’hui à l’assemblée des dames.
- 343 -
Le collège des Bons-Enfants, le séminaire de S[aint] Charles et nos autres maisons vont leur petit train ; et moi je continue à vous offrir à Dieu souvent et tendrement, étant, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Le pauvre frère Lye (4) étant en son pays, est tombé ès mains des ennemis, qui lui ont écrasé la tête et coupé les pieds et les mains en la présence de sa mère.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
1474. — A NICOLAS SEVIN, éVêQUE DE SARLAT
23 mars 1652.
Monseigneur,
Un de nos prêtres de Cahors m’a mandé que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, mais, n’ayant point reçu la lettre, je vous supplie très humblement de me faire savoir de quels commandements vous m’honoriez par icelle, afin que je tâche de les accomplir ; ce que je ferai toujours et en toutes choses, ou bien je ne le pourrai pas. C’est de quoi, Monseigneur, j’ose vous assurer et vous dire par occasion que Je ne vois point aujourd’hui de prélat dans le royaume qui soit si géné-
4) Thaddée Lye, ou plutôt Lee, clerc, né à Tuogh (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission le 21 octobre 1643, à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux le 7 octobre 1645.
Lettre 1474. — Reg. 1, f° 51, copie prise sur la "minute non signée"
- 344 -
ralement estimé que vous êtes, par vos sages conduites à l’égard de Dieu, de L’état et des peuples.
Un de Nosseigneurs les évêques me fit l’honneur de m’écrire dernièrement au sujet d’une abbaye que la guerre lui a ruinée en Saintonge, pour me demander avis s’il s’en irait en cour demander récompense de sa perte. Je lui fis réponse (1) que l’état présent des affaires était trop mal disposé pour cela, nonobstant qu’il soit fort estimé de la reine et du Conseil du roi ; que son séjour à la Cour sentirait mal en ce temps-ci, au lieu que sa présence pourrait être très utile en son diocèse au service du roi et de la province ; et pour l’encourager à s’y tenir, je lui rapportai deux exemples : l’un d’un prélat qui, s’étant pressé pour venir aux états, a vu sa ville bientôt après se déclarer pour M. le prince (2) ; et l’autre était de vous, Monseigneur, que je nommais, qui, dans les premiers mouvements, avez vu votre diocèse en branle d’en faire autant, mais que vous avez tenu ferme, et par votre bonne conduite l’avez maintenu en l’entière obéissance du roi ; que vous en avez reçu de grandes louanges à la cour, et que par ce moyen vous vous êtes fait les ouvertures à une reconnaissance ; que le meilleur avis que je lui pouvais donner était de faire comme vous en cette conjecture, en laquelle les bons serviteurs de Dieu et du roi se font reconnaître parmi ceux qui ne le sont pas, et ainsi mériteront d’être ci-après considérés.
M. votre frère nous a fait l’honneur de venir dîner céans ces jours-ci ; vous pouvez penser, Monseigneur, si nous avons parlé de vous et de tant de biens que vous faites, qui sont déjà connus par tout le royaume, dont il
1) Cette réponse n’est autre vraisemblablement que la lettre 1468.
2). Le prince de Condé.
- 345 -
est grandement consolé. Pour moi, je ne puis vous exprimer combien je le suis, ni la dévotion que j’ai à prier Dieu pour votre conservation et pour obtenir la grâce de vous rendre mes petits services, laquelle j’espère recevoir, avec votre bénédiction, s’il vous plaît de me la donner, comme je vous en supplie, prosterné en esprit à vos pieds, qui suis, en Notre-Seigneur…
1475. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 23 mars 1652.
Si vous n’avez pas encore fait la signification au sieur… touchant la défense de prêcher, ne la faites pas ; priez M. le grand vicaire de vous en excuser et de donner cette commission a quelque curé voisin. Dites-lui que ce jeune homme a des parents considérables dans Sedan, qui recevraient de vous cette défense en mauvaise part et penseraient que vous l’auriez sollicitée ; que M. le gouverneur trouverait mauvais si vous l’eussiez faite sans lui en parler, ayant coutume de lui communiquer les affaires de quelque importance ; et encore plus, si, après lui en avoir parlé, il vous témoignait ne le pas désirer ; que du temps de M… il fut fâché de ce qu’il avait fait une signification, que M. le grand vicaire d’alors lui avait ordonnée, sans en prendre son avis, et qu’il importe à la gloire de Dieu de vous conserver en bonne intelligence avec ce bon seigneur…
Depuis la présente écrite, j’ai su que vous avez fait faire la signification par un prêtre de la maison. Une autre fois, quand vous demanderez quelque avis, il sera bon d’en attendre réponse.
Lettre 1475. — Reg. 2, p. 151.
- 346 -
1476. — A N***
La disette de vivres était telle parmi les assiégés de Limerick, dit le saint, que :
… la tête d’un cheval se vendait un écu.
1477. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 29e mars 1652.
M. [Le Vazeux] (1) m’a donné avis que M. de Ventadour continue à poursuivre le dessein de la Mission des Indes et qu’il a envoyé à la Sacrée Congrégation plusieurs raisons contre le décret obtenu par le même M. [Le Vazeux] (2), de sorte que voilà un choc entre ce bon seigneur et nous, dont je suis bien marri ; ce que j’avais bien prévu dès le commencement. Je mandai même audit sieur [Le Vazeux] qu’il commît cette affaire à la Providence, sans qu’il y apportât aucun obstacle, de crainte de s’opposer aux desseins de Dieu et de choquer quantité de gens de bien et de condition ; mais il s’était trop hâté ; la chose était faite. Je lui écrivis aussi qu’il ne fît plus rien de quelque importance sans votre avis et le mien. Maintenant je le vois dans un grand empressement d’empêcher cette œuvre et de trouver des moyens pour maintenir notre petite congrégation, s’imaginant que sa conservation dépend de la ruine des autres, comme si Dieu, qui nous a faits ce
Lettre 1476. — Collet, op. cit, t. II, p 470.
Lettre 1477. - — Reg. 2, p. 229.
1) Assistant de la maison de Rome.
2) Nous donnons en appendice la supplique blâmée ici par saint Vincent et le décret qui en fut la conséquence.
- 347 -
que nous sommes, ne prenait pas lui-même le soin de nous conserver. Il a donc des prévoyances qu’il ne faut pas, et sa vivacité naturelle fait qu’il ne peut souffrir les retardements. Les premières impressions l’emportent, et il en est venu si avant dans sa dernière lettre, que de me persuader la nullité de nos vœux et qu’il y a péché mortel de les faire et de les réitérer. Voyez un peu où va son esprit et où il irait si on le laissait aller. Je vous enverrai un de ces jours une pièce authentique où lui-même verra combien il se trompe. Cependant je lui recommande derechef qu’il n’agisse point contre le dessein de cette nouvelle Mission, ni autre chose considérable, que de concert avec vous, ni même sans m’en écrire et en avoir reçu ma réponse.
1478. — A ACHILLE LE VAZEUX, ASSISTANT, A ROME
Du vendredi saint (29 mars) 1652.
Vous me donnez tous les jours sujet de louer Dieu de votre affection pour la compagnie et de votre vigilance aux affaires, et c’est ce que je fais de tout mon cœur ; mais ; je vous dois dire aussi, comme Notre-Seigneur à Marthe, qu’il y a un peu trop de sollicitude en votre fait et qu’une seule chose est nécessaire, qui est de donner plus à Dieu et à sa conduite que vous ne faites pas. La prévoyance est bonne quand elle lui est soumise, mais elle passe à l’excès quand on s’empresse pour éviter quelque chose que nous appréhendons ; nous espérons plus de nos soins que de ceux de sa providence et nous pensons faire beaucoup de prévenir ses
Lettre 1478. — Reg. 2, p. 257.
1) Voir lettre 1436, note l.
2) 29 mars.
- 348 -
ordres par notre désordre, qui fait que nous adhérons plutôt à la prudence humaine qu’à sa parole. Un passereau, ni un seul cheveu ne tombent point à terre que par sa disposition, et vous doutez que notre petite congrégation se maintienne, si nous n’usons de telles et telles précautions, si nous ne faisons ceci ou cela, en sorte même que, si nous différons, d’autres s’établiront sur nos ruines. Voilà, dites-vous, qu’il s’élève un nouveau dessein de congrégation, il s’y faut opposer ; voilà M. Authier qui vient à Rome, avec intention de se prévaloir contre nous de ce que nous n’avons pouvoir de faire la mission dans les villes, et peut-être de ce que nous faisons des vœux ; il faut le prévenir, autrement tout est perdu. C’est à peu près le sens de vos lettres. Et, le pis est, votre esprit vif s’emporte à faire ce que vous dites, et dans sa chaleur pense avoir assez de lumière pour voir tout, sans recourir à celle des autres.
Vous avez porté empêchement à la poursuite de Monsieur de Vent[adour], ce qui ne se devait jamais faire sans notre avis. Je vous l’écrivis dès lors, prévoyant le choc qui en est arrivé ; et si je ne vous ai pas témoigné depuis que j’improuvais votre procédé, c’est pource qu’il n’y avait plus de remèdes. Il vaudrait mieux qu’il y eût cent entreprises de Missions, quoique préjudiciables à notre Institut, que si nous en avions détourné une bonne, comme est celle-là, sous prétexte de nous maintenir ; car, outre que ce projet pour les Indes est apparemment une œuvre que Dieu suscite, nous fâcherions quantité de personnes de condition et de vertu et montrerions en cela plus d’envie ou d’ambition que de véritable zèle, étant vrai que, si nous avons celui-ci, nous serons bien aises que tout le monde prophétise, que Dieu envoie de bons ouvriers et de
- 349 -
nouvelles communautés en son église, que leur réputation croisse et que la nôtre diminue. Au nom de Dieu, Monsieur, ayons plus de confiance en lui que nous n’en avons ; laissons-le conduire notre petite barque ; si elle lui est utile et agréable, il la gardera du naufrage ; et tant s’en faut que la multitude et la grandeur des autres la fassent submerger, qu’elle voguera avec plus d’assurance parmi tant de bons vaisseaux, pourvu qu’elle aille droit à sa fin et qu’elle ne s’amuse pas à les traverser. Continuez à m’écrire ce qui se passe et aussi ce que vous en pensez ; mais ne tentez rien qui soit de quelque importance sans l’avis de M. Dehorgny et le mien.
1479. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce vendredi saint (29 mars) 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos deux lettres du 26 février, qui m’ont donné plusieurs sujets de consolation, mais j’y en ai trouvé un qui m’a grandement affligé, à savoir le décès du petit prince, duquel le bon Dieu a voulu priver la terre pour le faire régner au ciel (2), Nous avons redoublé nos prières à cette occasion pour le roi et la reine. Je ne crois pas devoir écrire aucune lettre de consolation, pource qu’il n’y a que Dieu seul qui puisse consoler de telles privations ; et puis, vous me mandez que déjà Leurs Majestés se sont comportées en cet accident
Lettre 1479. — L s — Dossier de Cracovie, original.
1) 29 mars.
2) Il était mort le 20 février.
- 350 -
comme des âmes parfaitement soumises aux jugements adorables de Dieu ; de quoi je remercie sa divine bonté, comme aussi, Monsieur, de l’attrait qu’elle donne au roi pour votre établissement, qui est tel que lui-même daigne penser aux moyens de le faire et de l’assurer. J’espère que Dieu bénira ses soins, puisqu’ils tendent à son service.
Il est vrai que j’ai beaucoup souffert depuis que je ne vous ai plus ici ; mais j’adore la main de Dieu, qui vous eh a éloigné, et me soumets à faire usage de cette mortification jusqu’à ce qu’il ait agréable de vous y ramener. Nous lui demanderons cependant une personne qui ait les belles qualités que vous me marquez, pour aller avancer la gloire de Dieu en Pologne. J’ai envoyé votre lettre à M. Gambart (3), avec un
3) Adrien Gambart, né dans le diocèse de Noyon le 27 septembre 1600 fut ordonné prêtre en 1633. Dès le début de son sacerdoce, pensant qu’il ne pourrait avoir de meilleur guide que saint Vincent, il vint le trouver, fit une retraite à Saint-Lazare et s’adjoignit aux ecclésiastiques de la Conférence des mardis. On a prétendu à tort, sur la foi d’une notice publiée par Migne (Collection intégrale et universelle des Orateurs sacrés, Paris, 1844-1892, 100 vol. in-4°, t. LXXXIX p. 10), qu’il avait fait partie de la congrégation de la Mission. Son nom ne se trouve pas dans le registre du personnel. De plus, les mots "la Compagnie de la Mission à laquelle j’ai l’honneur d’être associé", sur lesquels l’auteur de la notice base son opinion, n’ont aucune force probante ; car autre chose est être associé et appartenir. Le règlement de vie d’où ces paroles sont extraites n’est ni d’un prêtre de la Mission, ni même d’un homme vivant en communauté, mais bien d’un pieux ecclésiastique, désireux de suivre, autant que possible en son particulier, le genre de vie des prêtres de la Mission. Saint Vincent de Paul, qui connaissait sa sagesse, lui fit accepter l’office de confesseur chez les Filles de la Visitation du second monastère de Paris. Adrien Gambart avait, de plus, la conduite des Filles de la Providence de Saint-Joseph Il faisait souvent le catéchisme dans les hôpitaux. De tous ses écrits le plus connu est Le missionnaire paroissial, qui parut en 1668, précédé d’une dédicace à saint Vincent. Dès qu’il le sut gravement malade, Edme Jolly, assistant général de la Mission, alla lui faire visite. Adrien Gambart mourut pieusement le 18 décembre 1668 après sept jours de maladie Il légua par testa-
- 351 -
billet, pour la montrer aux filles de Sainte-Marie, et pour les obliger d’écrire en Pologne pour le prochain ordinaire, afin de consoler la reine de l’espérance de les y voir bientôt. J’ai aussi averti Mademoiselle Le Gras de ce qui la regarde. Après ces fêtes, nous travaillerons tout de bon à ce dessein.
Je vous prie de dire à notre frère Casimir que, sur le point que je m’en allais hier à ténèbres, j’ai appris son retour, et que pendant l’office je m’en suis plusieurs fois ressouvenu pour en remercier Dieu ; celui d’aujourd’hui m’empêche de vous faire une plus longue lettre.
Nos petites nouvelles sont les mêmes que je vous ai mandées. Je vous souhaite les bénédictions du mystère amoureux que nous célébrons, et à votre chère famille, que j’embrasse avec votre chère âme aux pieds de la croix de N.-S., en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’embrasse en particulier notre frère Casimir, prosterné en esprit à ses pieds, avec une joie que je ne puis exprimer de le savoir avec vous.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.
ment ses manuscrits et une partie de sa bibliothèque à la maison de Saint-Lazare. Sa vie a été publiée à Paris en 1670. (Abrégé de la vie d’Adrien Gambart, prêtre missionnaire, in-12.)
- 352 -
1480. — AU FRèRE LéONARD LAMIROIS (1) A GêNES
Du vendredi saint. [Entre 1646 et 1660]
Je loue Dieu de vos bonnes dispositions de corps et d’esprit. Je crois bien qu’il vous reste quelque petite incommodité ; mais c’est, comme vous dites, pour exercer la patience, sans laquelle on avance peu en la solide vertu. Vous ne la pratiquez pas seulement en cela, mais en faisant toujours le même office, et un office tel que le vôtre, où l’on n’a jamais fait et où l’on a à faire à tout le monde (2), Il est vrai que vous y honorez la Providence divine, qui pourvoit aux besoins de ses créatures ; mais comme elle ne les contente pas toutes, aussi ne pouvez-vous pas si bien faire, que vous n’ayez à supporter quelque petite contradiction et que vous ne sentiez de l’aversion pour quelques-uns. Grâces à Dieu, vous passez par-dessus ces sentiments et témoignez autant de douceur et d’affabilité que la chaleur du climat et les ardeurs du feu vous le permettent. Continuez, mon cher Frère ; bienheureux sont ceux qui souffrent et bienheureux serez-vous de vous consumer pour Dieu, ainsi qu’a fait Notre-Seigneur sur la croix ! Je vous souhaite en abondance les fruits de sa précieuse mort, afin que vous viviez éternellement avec lui. Adressez-lui bien votre intention, afin que rien ne se perde de tant d’actions que vous faites ; mais que votre travail soit tout d’or et votre âme richement parée devant son époux.
Lettre 1480. — Reg. 2, p. 349.
1) Léonard Lamirois, frère coadjuteur, né à Paris le 17 octobre 1626, entré dans la congrégation de la Mission en 1644, reçu aux vœux en octobre 1647.
2). La cuisine et la dépense.
- 353 -
1481. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A TROYES
Du 4 d’avril 1652.
J’ai été bien aise de recevoir votre lettre. Je ne doute pas que M. votre père et Madame votre mère ne fussent bien consolés de voir toute la famille assemblée, et j’aurais moi-même part à leur consolation en ce que je vous verrais passant ici ; mais je ne puis vous conseiller d’y aller, pource que Notre-Seigneur nous a laissé un conseil tout contraire, ne voulant pas qu’un de ses disciples allât en son pays pour enterrer son père mort, ni un autre pour vendre son bien et le distribuer aux pauvres. Voilà néanmoins des motifs bien saints et bien pressants. A ce conseil il a joint son exemple : vous savez qu’il ne retourna point en son pays qu’une fois, et ce qui lui arriva pour lors, qui fut que les siens le voulurent précipiter du haut de la montagne en bas. Ce qu’il permit, comme j’estime, pour nous représenter spirituellement les dangers où l’on s’expose par semblables visites, lesquels, selon l’expérience que nous en avons, sont plus grands et plus ordinaires que je ne vous puis dire ; et présentement que je vous écris, nous l’expérimentons en une personne de la compagnie. C’est pourquoi, Monsieur, vous ferez une action bien agréable à Dieu, de mortifier la nature en lui refusant ce voyage. De dire que vos parents désirent de vous voir ; il est vrai ; mais ce désir est naturel et non pas divin ; et ils seront édifiés quand ils sauront que, pour l’amour de Dieu, vous vous privez de cette satisfaction. De dire que vos frères et votre oncle, qui sont religieux, ne laisseront pas, pour toutes ces raisons, de se trouver
Lettre 1481 — Reg 2, p 318
- 354 -
à la profession de votre sœur, je le. veux croire ; mais vous devez considérer qu’ils en sont plus proche que vous et que l’occasion de moissonner ne leur est pas présente comme à vous, qui à toute heure pouvez procurer le salut des âmes et en gagner plusieurs à Jésus-Christ. Jugez, Monsieur, si cette sainte application ne mérite pas d’être préférée, et si vous ne ressentirez pas, à l’heure de la mort, une indicible consolation de vous y être tenu ferme, lorsque la chair et le sang vous en ont voulu divertir. D’ailleurs je vous dirai que les chemins sont très dangereux en ce temps de troubles et de désordre, ; et, selon les apparences, ils le seront encore plus à l’avenir. Je vous assure aussi que l’avis que je vous donne, je le voudrais pratiquer moi-même, ainsi que font la plupart dans la compagnie, qui font grande difficulté d’abandonner les œuvres de Dieu pour leurs affaires temporelles ; et encore plus pour un contentement passager, tel que de se voir chez soi et d’y être vu des siens ; car, quand ce vient à la séparation, ce ne sont plus que douleurs et que larmes ; et qui pis est, il n’en reste souvent que des sujets de distraction aux serviteurs de Dieu, qui, ayant reçu dans leur esprit des espèces et des sentiments peu conformes à leur état, en perdent quelquefois l’affection qu’ils avaient à leurs exercices. Monsieur Alméras n’a pas visité M. son père, depuis qu’il est en la compagnie, qu’une fois qu’il était malade.
Je vous prie, Monsieur, de considérer tout ceci et de vous donner à Dieu pour n’interrompre pas vos emplois, tandis qu’il les bénira comme il fait, vous ressouvenant qu’outre la gloire que sa divine Majesté recevra de cette oblation, vous en serez plus agréable à ses yeux, plus propre à servir le prochain et de plus en plus à bon exemple à la compagnie, laquelle a sujet de rendre
- 355 -
grâces à Notre-Seigneur, comme je fais, de vous avoir donné à elle et des biens que vous y faites.
1482. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 12 avril 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier votre lettre du XIe mars, qui m’a fort consolé, non seulement pource que c’est une de vos lettres, qui toutes font le même effet, mais pour vos bonnes conduites, ou plutôt pour les conduites de Dieu sur vous, qui vous a fait trouver grâce au cœur du roi et de la reine, et de plus disposé Leurs Majestés à faire une si belle et royale fondation ; car, bien qu’elle ne soit assurée que pour leur vie, il y a sujet d’espérer qu’avec le temps la République consentira qu’elle soit perpétuelle ; et pour cela il faut laisser faire Dieu ainsi que vous avez fait jusqu’à présent. Je remercie sa divine bonté de toutes ces choses et des autres que vous me mandez, particulièrement de la réponse que vous avez faite à la reine au sujet des questions du temps, qui est fort à mon gré et selon l’esprit de Dieu (1). Quoique nous n’aimions point ces nouveautés, j’ai néanmoins exhorté la compagnie à n’en parler ni pour, ni contre ; et pource que M. Gilles, dans un entretien des ordinands, s’était arrêté sur ces matières, je le priai instamment de ne le plus faire ; mais, n’ayant pu
Lettre 1482. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) La reine avait pour confesseur un janséniste notoire, M. de Fleury, et était en relation épistolaire avec les jansénistes de France, particulièrement avec la Mère Angélique.
- 356 -
gagner cela sur lui, nous l’avons envoyé à Crécy, pour l’éloigner des occasions de s’emporter, comme il faisait à tous rencontres. M. Damiens, qui avait commence d’enseigner la théologie à nos écoliers et qui, en quelques leçons, en avait dit quoique chose, nous a aussi obligé de l’ôter de cet emploi. J’ai pareillement humilié nos écoliers là-dessus et tiendrai la main à ce qu’aucun ne prenne l’essor, étant vrai ce que vous dites, que c’est un grand mal à une communauté qui se trouve divisée en ses sentiments. Vous avez assez pour recommandé d’empêcher que la vôtre s’entretienne de ces disputes, ni en parle avec les personnes du dehors.
Je ne puis que beaucoup louer votre retenue dans les complaisances d’un beau commencement, ne vous exposant ni à la vue de la cour, ni aux dangers de l’envie, ni aux pièges de l’esprit malin, qu’autant que la nécessité vous y oblige ; car ainsi Notre-Seigneur, en qui seul nous sommes en assurance, sera votre protecteur. C’est à lui, Monsieur, qu’il se faut adresser pour choisir le lieu de votre établissement ; je veux dire, le prier d’inspirer cela au roi, à la reine et à Mgr de Vilna, lequel, ayant la dévotion de vous avoir en sa ville, ne manquera pas d’aviser avec Leurs Majestés s’il sera plus expédient que ce soit là qu’ailleurs. Vous n’avez donc qu’à les laisser faire. En quelle part que ce soit, s’il y a des classes de théologie, vous ferez bien, ce me semble, de permettre au frère Casimir d’y aller prendre des leçons, pourvu que chaque jour il se rende aux heures chez vous. J’ai été grandement aise de la charité que la reine fait à sa mère, pource qu’il n’aura pas sujet de s’inquiéter de sa nécessité.
Je ne vous ai pas dit que vendredi dernier, après mon paquet envoyé au Père Berthod, je reçus le vôtre du 4e mars, et que ce jour-là même, M. Bouchet m’envoya
- 357 -
celui que vous m’avez envoyé par lui, où étaient les bracelets et les bagues, dont j’ai fait part à Mademoiselle de Lamoignon. Pour le pied d’élan (2), il ne me l’a pas envoyé, ni je ne l’ai envoyé quérir. Je le ferai visiter un de ces jours, en reconnaissance de la bonne compagnie qu’il vous a faite et des autres bons offices qu’il vous a rendus ; et alors j’espère recevoir ce beau présent, lequel je donnerai de votre part à Madame la duchesse d’Aiguillon.
Vous m’avez mandé que notre frère Posny était malade ; mon Dieu ! comment se porte-t-il à présent ? J’ose espérer qu’il se porte mieux, d’autant que par votre dernière vous ne m’en parlez pas. Je l’ai recommandé aux prières de la compagnie, et généralement la petite famille et tout ce qui vous regarde.
Mademoiselle Le Gras tiendra trois filles prêtes pour les envoyer avec celles de Sainte-Marie, avec lesquelles j’ai parlé d’un confesseur ; elles sont bien en peine d’en trouver un tel qu’il le faut. J’ai envoyé à la Mère (3) la lettre du fr[ère] Zelazewski et un extrait de la vôtre touchant les sollicitudes de la reine pour elles.
Le voyage de Madagascar est encore différé. M. Berruyer me vint voir il n’y a que 4 ou 5 jours, et me dit que le vaisseau qu’ils avaient acheté s’est trouvé trop vieux pour aller si loin ; et, à cause que la saison pressait, ils n’ont eu le temps d’en avoir et d’en équiper un
2. D’après une légende assez répandue alors l’élan, variété de cerf, qu’on prenait surtout en Pologne et dans le Nord, était très sujet à l’épilepsie, dont il arrêtait les crises, disait-on, dès qu’il pouvait mettre son pied gauche dans l’oreille ; d’où la croyance que le pied d’élan était un précieux spécifique contre ce mal.
3). La Mère Marie-Agnès Le Roy, supérieure du second monastère de la Visitation de Paris. C’est de ce monastère que devaient partir les religieuses attendues en Pologne.
- 358 -
meilleur ; mais que ce sera, Dieu aidant, pour le mois de septembre. M. Portail fait la visite aux Bons-Enfants ; M. Grimal tient ici sa place et M. Bayart a soin des Filles de la Charité. M. Ennery, qui montre la théologie à nos écoliers, est aussi leur directeur, et M. Watebled (4) l’est de nos frères. L’un et l’autre leur feront des conférences les dimanches et fêtes. La compagnie va son petit train partout, et je suis plus que jamais, s’il était possible, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert.
1483. — A ACHILLE LE VAZEUX, ASSISTANT, A ROME (1)
12 avril 1652.
Je vous ai dit comme j’ai vu M. de Ventadour et comme je lui ai promis que nous ne traverserions aucunement son dessein ; que notre intérêt était seulement d’éviter la ressemblance des noms, à cause des inconvénients que cette confusion pourrait causer ; et lui en ayant coté (2) quelques-uns de ceux qui sont déjà arrivés, il a avoué que nous avons raison, et m’a dit qu’il ne veut point d’autre nom que celui que le Pape leur donnera, son dessein étant de faire des séminaires où seront dressés des ecclésiastiques pour les
4) Pierre Watebled.
Lettre 1483. — Reg. 2, p. 256.
1) Voir lettre 1436, note l.
2) Coté, signalé.
- 359 -
Missions des Indes, où néanmoins ils ne pourront aller, si ce n’est lui qui les envoie, sous le bon plaisir de Nosseigneurs de la Propagation, desquels ils seront dépendants, de même que le collège qu’ils (3) ont à Rome, qui porte leur nom. Et sur ce que vous m’écrivez qu’un prêtre qui avait voulu passer en ce pays-là vous a dit que cela ne se pouvait, si l’on n’était de la congrégation de M. de Ventadour, je vous dirai que l’obstacle qu’il dit avoir trouvé peut venir d’une autre source ; c’est que M. le duc d’Amville (4) a été fait vice-roi des Indes, je veux dire de celles où la France a commerce ; et peut-être que, faute d’un passeport de lui, on l’aura voulu empêcher d’y aller.
1484. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT-MéEN
Du 16 d’avril 1652.
Ayant vu la pensée que vous avez eue, que vos peines m’avaient ôté quelque chose de l’estime que j’ai toujours faite de vous, je me suis à même temps proposé de vous assurer que cela n’est pas. Je sais que ces ennuis qui arrivent et ces désirs qu’on a de changer sont des exercices que Dieu donne même aux saints pour les sanctifier davantage. Il a coutume d’éprouver l’amour qu’on lui porte, et de conduire les âmes qu’il chérit, par plusieurs difficultés, pour leur faire mériter les grâces extraordinaires qu’il a dessein de leur donner. Tant s’en faut donc que pour vous voir ainsi dans l’épreuve, j’aie conçu la moindre pensée à
3) Ces Messieurs de la Propagande.
4). François-Christophe de Levis-Ventadour, frère du duc de Ventadour.
Lettre 1484. — Reg. 2, p. 320.
- 360 -
votre désavantage, qu’au contraire je vous regarde comme plus fidèle à Dieu, en tant que vous tenez bon contre ces tentations, que vous ne rabattez rien de vos exercices ordinaires, et qu’après nous avoir proposé vos peines, vous avez acquiescé à la réponse que je vous ai faite ; c’est de quoi je le remercie, Monsieur ; et je le prie qu’à proportion qu’il vous fera trouver des croix dans votre vocation, il vous fortifie de sa grâce. C’est bon signe quand il nous en charge et que nous les portons bien ; mais malheur à qui les fuit, car il en trouvera de si pesantes qu’elles l’accableront. Peut-être êtes-vous encore dans le souhait d’un changement, combien que (1) vous ne m’en ayez plus écrit ; c’est pourquoi nous vous avons destiné pour Tréguier, où Monseigneur l’évêque (2) va établir un séminaire et où vous pourrez contribuer à l’avancement de la gloire de Dieu en servant les ecclésiastiques, et servir en eux et par eux toutes les âmes du diocèse qui seront par après commises à leurs soins et direction.
1485. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)
Du 16 avril 1652.
Monseigneur l’évêque de Tréguier, s’en retournant en son diocèse, est résolu de commencer son séminaire le plus tôt qu’il pourra. Je pense que vous serez consolé et rendrez grâces à Dieu s’il se sert de vous pour en aller jeter les fondements. Je vous ai déjà destiné à cela ;
1) Combien que, bien que.
2). Balthazar Grangier de Liverdi.
Lettre 1485 — Reg. 2, p, 319
1) "A un missionnaire relâché qui avait de beaux talents pour les fonctions de la compagnie", écrit le copiste du registre 2.
- 361 -
mais je vous prie, Monsieur, d’employer cependant le temps à vous donner à Notre-Seigneur de la bonne sorte, dans l’esprit et les pratiques d’un véritable missionnaire, afin que vous portiez des fruits dignes de votre vocation. Hélas ! mon Dieu ! faut-il, pour une vaine satisfaction d’aller et de venir, de faire et de recevoir des visites, priver Dieu de la gloire que vous lui pouvez rendre ? Faut-il que pour une carcasse, que peut-être vous flattez trop, votre belle âme cesse de contribuer au salut d’une infinité d’autres ? Si j’avais jamais vu personne à qui il eût réussi d’adhérer à sa sensualité, je vous dirais : faites de même, à la bonne heure. Mais tant s’en faut ; c’est la ruine de tous ceux qui marchent par cette voie, laquelle est large et en mène plusieurs à perdition. Il est temps, Monsieur, que vous suiviez Notre-Seigneur par le chemin étroit d’une vie conforme à votre condition. Voilà tantôt neuf mois qu’il paraît en vous quelque relâchement, bien que vous ayez plusieurs grandes obligations de vous porter à la perfection : 1° Dieu vous y appelle ; 2° il vous a donné un fort bon naturel ; 3° il vous a prévenu de beaucoup de grâces intérieures et de dons extérieurs ; 4° il vous a donné de singulières bénédictions en vos emplois passés ; et enfin sa bonté a été si grande en votre endroit que de vous donner la force de vous consacrer à son service et à celui de son église d’une manière particulière. Souvenez-vous, s’il vous plaît, que vous avez bien commencé et encore mieux continué, et que ce serait manquer de fidélité à Dieu de laisser reprendre le dessus à la nature ; ce serait abuser de ses grâces ; ce serait vous exposer à son indignation et à vous en repentir toute votre vie et au delà. Je ne doute pas, Monsieur, que votre esprit ne soit beaucoup agité de ce que je vous
- 362 -
dis, et que le malin esprit ne s’efforce de vous abattre le courage et de vous renverser, s’il peut ; mais aussi j’espère que vous prendrez résolution de répondre désormais aux desseins de Dieu sur vous, pour en venir aux effets, sans remise, partout et toujours. Si vous le faites, assurez-vous, Monsieur, qu’il vous donnera la grâce plus que suffisante pour cela. Je vous en conjure derechef par l’amour qu’il vous porte, par les récompenses qu’il vous promet, par les grâces qu’il vous a faites et par les biens que vous ferez, tant à l’égard des ecclésiastiques que des peuples. C’est trop traîner : le temps perdu ne se recouvre jamais ; la mort approche ; la moisson est grande ; les ouvriers sont en petit nombre, et Notre-Seigneur s’attend à vous. Souvenez-vous encore que ce divin Sauveur dit qu’il s’est sanctifié lui-même, afin que les siens fussent aussi sanctifiés, nous apprenant par cette parole que, pour travailler utilement envers le prochain, nous devons travailler nous-mêmes à la vertu. Vous êtes en lieu pour cela, débarrassé de tout autre soin. Si vous m’en croyez, vous commencerez par une bonne retraite et continuerez par des applications sérieuses et propres à réveiller en vous la ferveur et le zèle ; et puis le temps viendra auquel Monseigneur de Tréguier vous donnera occasion de pratiquer ces vertus et de les insinuer en son clergé.
L’estime et l’affection que Dieu m’a donnée pour vous me fait vous parler de la sorte. Je vous prie de l’avoir agréable et de prier pour moi, à ce que je ne sois pas moi-même en demeure de ce que je persuade aux autres, vous assurant que je continuerai de vous offrir à Dieu pour l’accomplissement de sa sainte volonté en vous et par vous.
- 363 -
1486. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
19 avril 1652.
Je vous ai mandé qu’il me semblait que M. [Le Vazeux (1)] allait un peu vite en votre absence ; ce qui m a paru particulièrement au décret qu’il a poursuivi en la Sacrée Congrégation contre le dessein de M. de Ventadour, sans attendre notre avis, ni, je pense, le vôtre ; ce qui a choqué quantité de personnes de condition qui ont charité pour nous ; et j’ai été obligé d’aller trouver ce bon Monsieur, de lui faire nos excuses et de l’assurer que nous n’apporterons aucun empêchement aux séminaires qu’il veut établir, comme de sa part il m’a promis qu’ils ne prendront autre nom que celui que le Pape leur donnera, sur ce que je lui ai représenté les inconvénients à craindre de la ressemblance des noms. Ils demandent que ces séminaires-là aient rapport et dépendance au collège de la Propagation de Rome. Si cette œuvre est de Dieu, nous aurions grand tort de la traverser ; et si elle ne l’est pas, Dieu la détruira, quand il lui plaira. Quant à nous, nous devons désirer que tout le monde prophétise et que les ouvriers évangéliques se multiplient. Pour moi, j’estime que c’en est là un bon moyen, et pour cela j’en souhaite de bon cœur le succès. Pour beaucoup qu’il y en ait dans l’église de Dieu, nous ne manquerons jamais d’occupation, tant que nous lui serons fidèles. M. [Le Vazeux] prend ombrage de tout ; il a des vues qui vont trop avant, et prend des précautions qu’il ne faudrait pas. Il se faut confier en Dieu, nous attacher à nos fonctions
Lettre 1486 — Reg 2, p 228
1) Voir lettre 1483
- 364 -
et commettre le reste à la Providence ; c’est ce que je lui ai fait sentir. Et sur ce qu’il fait instance à demander une extension de notre bulle pour pouvoir travailler dans les villes et aux pays des infidèles, je l’ai prié de suspendre ces propositions et d’attendre notre résolution.
1487. — A PHILIPPE LE VACHER ET AU FRèRE JEAN BARREAU
[1652] (1)
J’ai appris la liaison et l’intime charité qui est entre vous ; j’en ai plusieurs fois béni Dieu et je l’en bénirai autant de fois que la pensée m’en viendra, tant mon âme est touchée de reconnaissance d’un si grand bien, qui réjouit le cœur de Dieu même ; d’autant que de cette union il en fera réussir une infinité de bons effets pour l’avancement de sa gloire et pour le salut d’un grand nombre d’âmes. Au nom de Dieu, Messieurs, faites de votre côté tout ce qui se pourra pour la rendre et plus ferme et plus cordiale jusques dans l’éternité, vous souvenant de la maxime des Romains, que par l’union et par le conseil on vient à bout de tout. Oui, l’union entre vous fera réussir l’œuvre de Dieu, et rien ne la pourra détruire que la désunion. Cette œuvre est l’exercice de charité le plus relevé qui soit sur la terre, quoique le moins recherché. O Dieu ! Messieurs, que n’avons-nous un peu plus de vue sur l’excellence des emplois apostoliques, pour estimer infiniment
Lettre 1487. — Abelly, op. cit-, I II, chap. 1, sect. VII, § 2, p 100
1) Cette lettre semble des premiers temps du séjour de Philippe Le Vacher à Alger ; elle doit être postérieure de quelques. mois à la lettre 1435
- 365 -
notre bonheur et pour correspondre aux devoirs de cette condition ! Il ne faudrait que dix ou douze missionnaires ainsi éclairés pour faire des fruits incroyables dans l’église. J’ai vu l’assaut que la chair et le sang vous ont livré ; il fallait bien que cela arrivât ; l’esprit malin n’avait garde de vous laisser sans combat. Béni soit Dieu de ce que vous êtes demeurés fermes à vous raidir contre ces attaques ! Le ciel et la terre regardent avec plaisir le partage heureux qui vous est échu, d’honorer par votre emploi cette charité incompréhensible par laquelle Notre-Seigneur est descendu sur la terre pour nous secourir et assister dans notre esclavage. Je pense qu’il n’y a aucun ange ni aucun saint dans le ciel qui ne vous envie ce bonheur, autant que l’état de leur gloire le peut permettre ; et quoique je sois le plus abominable de tous les pécheurs, je vous avoue néanmoins que, s’il m’était permis, je vous l’envierais moi-même. Humiliez-vous beaucoup et vous préparez à souffrir des turcs, des juifs et des faux frères. Ils vous pourront faire de la peine ; mais je vous prie de ne vous en pas étonner ; car ils ne vous feront point d’autre mal que celui que Notre-Seigneur voudra qu’il vous soit fait ; et celui qui vous viendra de sa part ne sera que pour vous faire mériter quelques spéciales faveurs dont il a dessein de vous honorer. Vous savez que la grâce de notre Rédemption se doit attribuer aux mérites de sa Passion, et que plus les affaires de Dieu sont traversées, plus heureusement aussi réussissent-elles, pourvu que notre résignation et notre confiance ne viennent point à défaillir. Rarement fait-on aucun bien sans peine ; le diable est trop subtil et le monde trop corrompu pour ne pas s’efforcer d’étouffer une telle bonne œuvre en son berceau. Mais courage, Messieurs ! c’est Dieu même qui vous a établis
- 366 -
au lieu et en l’emploi où vous êtes ; ayant sa gloire pour votre but, que pouvez-vous craindre, ou plutôt que ne devez-vous pas espérer ?
1488. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 21 avril 1652.
Je trouve bonne la maxime de se servir de tous les moyens licites et possibles pour la gloire de Dieu, comme si Dieu ne nous devait point aider, pourvu qu’on attende tout de sa divine Providence, comme si nous n’avions point de moyens humains.
Vous m’avez demandé s’il faut tolérer qu’un Capucin continue de célébrer, de confesser et de communier ses pénitentes en votre église sans permission. A quoi je réponds : 1° que nous devons toujours être dans les sentiments des saints, qui ont souhaité que tous les autres hommes fussent saints et fissent les œuvres qu’ils ont faites. Plût à Dieu, dit le plus grand d’entre eux, que tout le monde fût prophète ! Et le Saint des saints, Notre-Seigneur, nous ayant exhortés à prier, Dieu qu’il envoie des ouvriers en sa moisson, nous devons nous réjouir de voir que ceux qu’il a envoyés travaillent à cultiver les âmes, ainsi que fait ce bon Père. 2° Il croit que la permission qu’il vous a demandée une fois pour faire cela dans votre église lui donne celle de continuer. 3 ° C’est autant de soulagement pour vous et pour votre famille ; et à ce propos, je vous dirai que plusieurs curés de Paris sont bien aises quand les religieux les viennent aider ; il est vrai que ce n’est qu’en certaines occasions. 4° Si vous leur
Lettre 1488 — Reg 2, p 152
- 367 -
défendez de le faire sans vous en parler, ils en obtiendront une permission expresse de vos supérieurs à Reims, et ainsi ils vous braveront dans votre propre église. Et enfin si vous leur témoignez d’en avoir quelque peine, ils s’en choqueront, ils en feront bruit, et ceux qui en auront connaissance vous taxeront d’envie ou d’avarice, car ils ne verront point d’autres raisons. Et partant, Monsieur, le mal sera moindre à laisser faire ce Père, que d’exiger de lui le devoir qu’il a au curé, ou de l’empêcher de satisfaire à la dévotion de quelques particuliers, pourvu toutefois que vous ne découvriez point d’autre mal. Si néanmoins il continuait de les communier à sa messe, pendant que la grande messe se dit, et que le reste du peuple ou une partie y communie, ou doit communier, ce serait une apparence de schisme qu’il faudrait éviter. Et pour cela il serait bon de prier le Père de célébrer à une autre heure. Mais j’estime que vous ferez mieux de ne lui en rien dire s’il n’en communie qu’une ou deux des principales, comme Madame la gouvernante et quelqu’autre. Que si le nombre de ses communiants était plus grand et qu’après votre prière il ne voulût avancer ni reculer sa messe, vous pourriez en ce cas vous adresser à ses dévotes, et avec grande circonspection leur représenter à chacune en particulier les inconvénients qui arrivent de se séparer de la communion générale, et leur faire trouver bon de donner ce bon exemple à la paroisse, de communier avec les autres par les mains de l’officiant.
Pour la cure dont M… a été pourvu, il faut adorer la conduite de Dieu. Il y a de certaines choses qu’elle permet qui portent plus de fruit qu’on ne s’en promet, et il se faut toujours soumettre aux affaires qu’on ne peut éviter et qui n’ont plus de remède, comme celle-là.
- 368 -
1489. — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN
Du 24 d’avril 1652.
L’embarquement pour Madagascar est encore différé jusqu’au mois de septembre. Puisque nous avons tant attendu, nous attendrons bien encore quatre ou cinq mois ; un grand bien mérite d’être longtemps désiré. Et vous qui avez reçu de Dieu beaucoup d’attrait pour cette mission et qui vous êtes offert à lui pour l’entreprendre, devez vous conserver dans la même disposition, tant pource que c’est là une marque de vocation, qu’à cause que la compagnie vous y a destiné dès le commencement et qu’elle vous y destine encore, qui est une seconde marque. Et pour vous en dire une troisième, c’est que non seulement vous avez été nommé à Rome, comme je vous ai ci-devant écrit, mais on vous a envoyé les facultés qu’on a coutume de donner à ceux qui vont travailler à la conversion des infidèles, et nous vous les gardons ici. Après cela, Monsieur, il n’y a pas lieu de douter que le bon Dieu ne s’attende à vous pour une œuvre si sainte. Vous ferez donc bien de vous en tenir à la résolution que vous avez prise de ne plus penser aux Chartreux, d’autant plus que vous m’écrivez que, s’il y avait plus du bon plaisir divin à vous faire artisan, que de passer dans ce saint Ordre, vous le feriez volontiers, tant vous avez de respect et d’amour pour l’adorable volonté de Dieu Offrez-vous à lui de nouveau, comme un ouvrier qu’il appelle à un emploi le plus relevé, le plus utile et le plus sanctifiant qui soit sur la terre, tel qu’est celui d’attirer les âmes à la connaissance de Jésus-Christ et
Lettre 1489 — Reg 2, p 321
- 369 -
d’aller étendre son empire aux lieux où le démon règne depuis si longtemps. Les apôtres et plusieurs grands saints se sont estimés bien heureux de se consumer pour cela. Nous voyons même présentement quantité de religieux qui sortent de leurs cloîtres, et quantité d’ecclésiastiques de leurs pays, pour aller prêcher l’évangile aux infidèles ; et s’il ne s’en trouvait pas, il faudrait faire quitter la solitude aux Chartreux pour les y envoyer. Et partant, Monsieur, je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, d’attendre en patience que l’heure vienne à laquelle il a marqué votre départ. Cependant vous servez Dieu fort utilement là où vous êtes ; et s’il ne vous le semble pas, c’est tant mieux. Je ne laisse pas de m’en consoler grandement, dans la connaissance que j’en ai, et la compagnie en est fort édifiée. Continuez seulement à faire comme vous avez fait. Si cette manière de vie est moins agréable à votre esprit que ne serait celle de la retraite, vous la devez chérir d’autant plus qu’elle plaît davantage à Notre-Seigneur, en tant qu’il y a plus de son amour que de votre propre satisfaction.
La bonne volonté que vous avez témoignée à Notre-Seigneur et à sa glorieuse Mère sera réputée pour l’effet si, au lieu d’aller à Notre-Dame-de-Liesse (1), vous leur faites dans Sedan les remercîments et les prières que vous avez dévotion de leur offrir pour les grâces reçues et désirées. Ce qui m’oblige à vous dissuader de ce petit pèlerinage sont les dangers qui se trouvent présentement partout.
1) Dans l’Aisne.
- 370 -
1490. — A LA SUPéRIEURE DE L’HôTEL-DIEU DE QUéBEC
De Paris, ce 25 avril 1652.
Ma Révérende Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il est vrai que ceux qui m’ont fait l’honneur de vous rapporter l’estime que je fais des Missions du Canada ont eu sujet de le faire ; car en effet je regarde cet œuvre comme l’un des plus grands qui se soient faits depuis quinze cents ans, et ces saintes âmes qui ont le bonheur d’y travailler, comme des âmes vraiment apostoliques, qui méritent l’approbation et le secours de toute l’église, particulièrement vous et votre communauté, qui contribuez à l’assistance spirituelle et corporelle des pauvres et des malades, qui est le comble de la charité chrétienne, et en quoi je tiendrai à singulière bénédiction de vous aider, s’il plaît au bon Dieu de m’en faire la grâce quelque jour. Quant à présent, ma chère Mère, cela m’est du tout impossible, à cause des misères de ce pays ici, provenant des guerres passées et des divisions présentes de ce royaume, qui réduisent les provinces dans une entière désolation ; à quoi plusieurs personnes charitables de Paris tâchent d’apporter quelque remède, contribuant de leurs soins et de leurs aumônes pour empêcher que le monde périsse de pauvreté ; mais, ces aumônes ne pouvant suffire, il servirait de peu de leur parler des besoins du Canada. Je ne doute pas, ma chère Mère, que ceux de votre hôpital ne soient grands, après les pertes que les Iroquois vous
Lettre 1490. — L. s. — Original à l’Hôtel-Dieu de Québec.
- 371 -
ont fait souffrir de delà et la diminution notable du revenu que vous avez ici sur les coches, dont je suis bon témoin, pource que plusieurs de nos maisons, y ayant leur petite subsistance, ont peine d’en tirer la moitié de ce qu’elles en tiraient ci-devant. Je prie Notre-Seigneur, ma Révérende Mère, qu’il suscite quelques bonnes personnes qui vous donnent moyen de lui continuer vos services en ses pauvres membres. Et c’est ce que j’ose espérer de sa paternelle providence, qui est adorable partout.
J’ai une particulière confiance en vos prières, bien que je sois indigne d’y participer ; je vous les demande néanmoins avec toute l’humilité que je le puis, et avec désir qu’il plaise à Dieu me faire la grâce de vous servir, qui suis, en son amour, ma Révérende Mère, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i[ndigne] prêtre de la Mission.
Suscription : A ma Révérende Mère la Mère supérieure des religieuses de la Miséricorde de l’Hôtel-Dieu de Québec, à Québec.
1491. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
[Tunis, entre 1647 et 1660] (1)
L’esclavage est si fertile en maux que la fin des uns est le commencement des autres. Entre les esclaves de ce lieu outre ceux des bagnes, j’en ai trouvé quarante enfermés dans une étable si petite et si étroite qu’à peine s’y pouvaient-ils remuer. Ils n’y recevaient l’air que par un soupirail, fermé d’une grille
Lettre 1491 —. Abelly, op. cit, 1. II, chap. I, sect. VII § 9 1er éd., p. 127.
1) Durée du séjour de Jean Le Vacher à Tunis du vivant de saint Vincent.
- 371 -
de fer, qui est sur le haut de la voûte Tous sont enchaînés deux à deux et perpétuellement enfermés, et néanmoins ils travaillent à moudre du blé dans un petit moulin à bras, avec obligation d’en moudre chaque jour une certaine quantité réglée qui surpasse leurs forces. Certes ces pauvres gens sont vraiment nourris du pain de douleur, et ils peuvent bien dire qu’ils le mangent à la sueur de leurs corps dans ce lieu étouffé et avec un travail si excessif.
Quelque peu de temps après que j’y fus entré pour les visiter, comme je les embrassais dans ce pitoyable état, j’entendis des cris confus de femmes et d’enfants, entremêlés de gémissements et de pleurs ; et, levant les yeux vers le soupirail, j’appris que c’étaient cinq pauvres jeunes femmes chrétiennes esclaves, dont il y en avait trois qui avaient chacune un petit enfant ; et toutes étaient dans une extrême nécessité. Or, comme elles avaient ouï le bruit de notre commune salutation, elles étaient accourues au soupirail, pour savoir ce que c’était ; et ayant aperçu que j’étais prêtre, la douleur pressante qui leur serrait le cœur les avait fait éclater en cris et fondre en larmes, pour me demander quelque part de la consolation que je touchais de rendre aux hommes que j’étais venu visiter en cette prison.
Je vous avoue qu’en ce moment je me trouvai presque abattu de douleur, voyant, d’un coté, ces pauvres esclaves qui ne se soutenaient qu’à peine, à cause du poids de leurs chaînes, et de l’autre entendant les lamentations de ces pauvres femmes et les cris de ces petits innocents. La plus jeune d’entre elles est extraordinairement persécutée de son patron, qui lui veut faire renier la foi de Jésus-Christ pour l’épouser. Hélas ! qu’une partie de tant de millions qu’on emploie parmi les chrétiens en vaines superfluités et délices serait ici bien mieux employée pour soulager ces pauvres âmes au milieu de tant d’amertumes qui les suffoquent ! J’ai tâché, avec le secours de la grâce de Dieu, d’assister les hommes et les femmes selon mon petit pouvoir. Mais nous sommes en un pays où il faut acheter à beaux deniers comptants la permission de bien faire aux misérables ; car, pour obtenir licence de leur parler, il m’a fallu donner de bon argent à leurs patrons, aussi bien que pour faire déchaîner les esclaves de quelques galères qui étaient prêtes à faire voyage, et me les faire amener dans les bagnes, non pas toutes les chiourmes à la fois, mais les unes après les autres, pour les confesser, leur dire la sainte messe et les communier ; ce qui a été fait avec fruit et bénédiction, par le miséricorde de Dieu.
- 373 -
1492. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME
2 mai 1652.
Je vous ai dit ma peine de ce que M. [Le Vazeux] va trop vite, ce me semble, en la poursuite de l’extension de notre bulle ; et comme vous me mandez que vous étiez après pour en faire présenter la supplique à la Sacrée Congrégation, je vous dirai derechef que, s’agissant de changer une résolution fondamentale, prise dès le commencement, et prise après beaucoup de prières et de concert, de nous donner seulement au service des pauvres gens des champs, et à cet effet de nous ôter la liberté de faire des missions dans les villes, de crainte qu’enfin on s’y attachât si fort, comme plus attrayantes, qu’on vînt à se dégoûter des autres où la nature ne trouve aucune satisfaction, s’agissant, dis-je, d’une chose de cette importance, elle mérite d’être bien digérée ; et pour cela, je vous prie de n’y rien avancer que je n’aie vu le projet de votre supplique. Si nous avons à demander cette extension, il faut que ce soit avec cette condition, que nous ne ferons des missions dans les villes que lorsque Nosseigneurs les prélats chez lesquels nous serons établis nous ordonneront de le faire, afin qu’il paraisse que de nous-mêmes nous devons tendre aux seules missions de la campagne, selon le premier dessein.
Lettre 1492 — Reg 2, p 21
- 374 -
1493. — AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI,
PRéFET DE LA PROPAGANDE
éminentissime Princeps,
Litteras quibus Eminentia Sua me cohonestavit, magno quidem cum sensu venerationis et humilitatis excepi, majore sed affectu gratitudinis ; iis enim satis intellexi quam memor sit nostri, quamque congregationis nostrae alumnos qui modo in insula Madagascar versantur, foveat aestimetque, imbecilliter quidem operantes, at Gerte, quae Dei bonitas est, ex animo et voluntate. Equidem omnino jam diu cogitabam, éminentissime Cardinalis, de mittendis quibusdam operariis novis in dictam insulam, remque jam apud me digerebam velut peractam ; verum illi quos penes est tota navigatio, quique ad Indos solent vela facere, non ausi sunt mari se credere, navigio scilicet prohibiti longo iam usu debilitato et ipsa vetustate parum fido, necnon etiam anni tempestate deterriti, quae, ut jam processit, ita minus opportuna est navigationi ; rem igitur totam in mensem septembrem distulerunt, quo quidem quatuor isti operarii, pridem destinati huic Missioni, Deo favente, profisciscentur, si Sacrae Congregationi ita visum fuerit. Porro nos Roma admoniti navibus Portu-Galliae utique nostros posse transmitti, super hls D. Dominum Legatum (ne quid intentatum relinqueremus) allocuti sumus. Ille naves per insulam Madagascar nullo modo transire, attamen, si e re nostra esset, effecturum se ait ut illi Goae redderentur ; sed quum nil Goae cum praedicta insula commercii fit,
Lettre 1493. — L. s. — Arch. de la Propagande, II Africa, n° 248, f° 121, original.
- 375 -
occasionem hanc tamquam alienam dimisimus. Eo res nostrae adductae sunt, éminentissime Cardinalis ; opperimur commoditatem ; cauae cum se obtulerit, ad nutum Eminentiae Suae mittemus qui omni ope annittantur eos populos ignorantiae tenebris involutos eruere ad admirabile lumen veritatis. Interim Deum optimum rnaximum incessanter rogabimus ut Eminentiam Suam, quae nos voluntate propensiori demeretur, uberiori semper gratia cumulet, ipsique partem fructus quem exigua nostra haec congregatio facict potissimum ascribat.
Eminentiae Vestrae humillimus ac devotissimus servus.
VINCENTIUS A PAULO,
superior generalis congregations Missionis.
Parisiis 5e nonas maii (1) 1652.
TRADUCTION
éminentissime Prince,
Les lettres dont Votre éminence a bien voulu m’honorer, lettres que j’ai reçues avec de vifs sentiments de respect, d’humilité et surtout de gratitude, témoignent non seulement du souvenir quelle conserve de nous, mais encore de la bienveillance et de l’intérêt qu’elle porte à ceux des nôtres qui travaillent dans l’île de Madagascar, bien petitement, il est vrai, mais par la miséricorde de Dieu, de toute leur âme et de toute leur bonne volonté.
Voilà longtemps que je songeais, éminentissime Cardinal, a l’envoi de nouveaux ouvriers dans cette île, et déjà je considérais la chose comme faite. Mais ceux de qui dépendent les voyages sur mer et qui ont coutume de mettre à la voile pour les Indes n’ont pas osé confier à la mer leur unique vaisseau, tout détérioré par un long usage, surtout en une année de tempêtes *en une saison de l’année, peu propice à la navigation, et ont différé le départ jusqu’au mois de septembre. Nous ferons partir alors, si Dieu
1) 3 mai
- 376 -
le permet et si la Sacrée Congrégation l’a agréable, les quatre ouvriers destinés à cette Mission. Avertis de Rome que les nôtres pouvaient prendre place sur des navires portugais et désireux de ne laisser perdre aucune occasion, nous en avons parlé au légat. Celui-ci nous a répondu que ces embarcations ne touchaient pas Madagascar, mais que, si nous devions y trouver notre compte, il les ferait passer par Goa : Comme entre Goa et cette île il ne se fait aucun trafic, nous avons abandonné ce projet.
Les choses en sont là, éminentissime cardinal, nous attendons une occasion ; quand elle se présentera au moindre signe de Votre éminence, nous enverrons des ouvriers, qui travailleront de tout leur pouvoir à faire lever le brillant soleil de la vérité sur ces peuples encore ensevelis dans les ténèbres, de l’ignorance. Cependant nous ne cesserons de prier le Dieu très bon et très grand pour Votre éminence, dont la bienveillance est si grande à notre endroit, pour qu’il la comble de ses grâces les plus abondantes et lui applique, à elle plus qu’à tout autre, une partie des fruits que notre petite compagnie obtiendra par ses travaux. De Votre éminence le très humble et très dévoué serviteur.
VINCENT DEPAUL,
supérieur général de la congrégation de la Mission.
De Paris, ce,5e des nones de mai 1652. (3 mai)
1494. — A LAMBERT AUX COUTEAUX
De Paris, ce 3e mai 1652
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 1er d’avril. Si vous êtes consolé de ce que notre commerce des lettres se continuera tous les huit jours, je vous puis assurer que je ne le suis pas moins ; et pour vous en dire deux marques, c’est qu’aux approches du jeudi j’entre en quelque impatience de recevoir les vôtres, pource qu’elles ont coutume
Lettre 1494. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
- 377 -
de m’être rendues eh ce jour-là, et que je fus fort mortifié de n’en pas recevoir par le pénultième ordinaire. Je vous mandai vendredi dernier que j’avais reçu, depuis, la lettre qui me devait arriver pour lors ; et à présent vous saurez que je reçus ledit jour de vendredi, après mon paquet envoyé, le vôtre du 25 mars ; et ainsi voilà toutes vos lettres reçues, aussi bien que répondues.
Le dessein de l’Amérique n’a pas réussi pour nous ; ce n’est pas que l’embarquement ne se fasse, mais celui qui nous avait demandé des prêtres ne nous en a plus parlé du tout, peut-être à cause de la difficulté que je lui fis d’abord, de n’en pouvoir donner qu’avec l’approbation et les facultés de la Sacrée Congrégation de la Propagation ; à quoi il n’avait point pensé ; et je pense que les prêtres qu’on y mène s’y en vont sans cela. J’estime comme vous, Monsieur, qu’il est bon de faire à Dieu de semblables sacrifices, envoyant de nos prêtres pour la conversion des infidèles ; mais cela s’entend quand ils ont une légitime mission.
Je suis bien aise que vous vous soyez proposé d’avoir communication avec M. Dehorgny, lequel est retourné à Rome plus tôt que je ne pensais ; mais ce n’est que pour 15 jours, et je pense qu’à l’heure que je vous écris il est retourné en mission.
J’ai reçu la lettre qu’il a plu à M. de Fleury de m’envoyer, en réponse de la mienne ; je vous prie de l’en remercier pour moi.
Comme je sais votre cœur charitable [et] (1) la part qu’il prend dans nos misères publiques et particulières, je vous dirai qu’elles augmentent chaque jour, à cause que les armées sont proche d’ici, qui ruinent tout ; et
1) Le secrétaire a écrit par distraction : de.
- 378 -
si le bon Dieu ne nous donne la paix, pour laquelle on a déjà fait quelque pourparler, nous sommes à la veille de beaucoup de maux (2). Notre communauté ne laisse pas d’aller son train, et nous n’avons éloigné personne pour toutes nos incommodités, et n’en éloignerons point, tant que nous pourrons nous soutenir, puisque tel est votre sentiment.
Je rends grâces à Dieu des bontés qu’il continue de donner au roi et à la reine pour la compagnie, et je prie sa divine Majesté qu’il sanctifie leurs âmes de plus en plus et donne tel succès qu’il lui plaira à la proposition de votre établissement en l’église de Saint-Benoît. Je suis consolé de ce qu’elle vous revient et des exhortations que vous avez faites aux Français en l’absence de Leurs Majestés. Je veux croire que vous leur avez parlé le langage que nous parlons aux pauvres gens de la campagne.