Correspondance (page 43)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

M. Bajoue m’a mandé que la ville de Villeneuve (3), à

2) Les Relations parlent pour la première fois de la détresse de Paris au numéro de mars-avril 1652. On y organisa des distributions de potages pour les familles indigentes les plus chargées d’enfants et les individus les moins propres au travail. Neuf cents pauvres étaient ainsi assistés dans la paroisse Saint-Hippolyte, trois cents à Saint-Martin, six cents à Saint-Laurent. La pénurie des fonds ne permettait pas d’étendre l’œuvre des marmites à d’autres malheureux ou aux autres paroisses de la capitale, dont plusieurs pourtant étaient très éprouvées, principalement Saint-Médard, où il y avait plus de dix-huit cents familles d’ouvriers en extrême nécessité et un nombre très grand de réfugiés venus de la Beauce et des environs de Paris. Dans les localités voisines de la capitale, la misère dépassait tout ce que l’on peut imaginer. "L’on n’entend parler en ces quartiers, lisons-nous dans la Relation, que de meurtres, pillages, voleries, violements, sacrilèges. Les églises n’y sont pas moins pillées que sur les frontières ; le Saint Sacrement n’a pas été moins jeté par terre pour emporter les ciboires. Les villages sont déserts, la plupart des blés sont coupés, le curé en fuite et sans troupeau les paysans réfugiés dans les bois, où ils souffrent la faim et la juste crainte d’être tués par ceux qui les poursuivent."

3) Villeneuve-sur-Lot.

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une lieue de La Rose, s’était révoltée et qu’on y allait mettre le siège ; et en ce cas, dit-il, notre maison s’en va pillée. Je n’ai que de bonnes relations de toutes les autres, excepté que M. Thibault est un peu malade à Saint-Méen.

J’apprends que nos gens de Barbarie sont en bon état et qu’ils travaillent avec ardeur et utilité ; j’en ai reçu des lettres aujourd’hui, et le fr[ère] Huguier est arrivé à Marseille pour venir à Paris, selon l’ordre que je lui en ai donné.

Nous travaillons pour trouver un homme qui aille exercer la charge de consul à Tunis, à la place de M. Le Vacher, qui en fera mieux par après celle qui lui est propre. M. son frère s’emporte de zèle en Alger, à ce que M. Barreau m’écrit, en sorte qu’il en est tout abattu de travail.

Nous n’avons aucune nouvelle des prêtres qui sont allés aux îles Hébrides (4), ni de M. Brin.

J’oubliais à vous dire qu’après avoir envoyé chez M. Bouchet, j’y ai été moi-même un jour de cette semaine, et, ne l’ayant pas trouvé, il est venu céans. Il se loue fort de vous et m’a dit qu’il n’a pas encore reçu le pied d’élan, ni nous par conséquent.

Dieu bénisse avec abondance votre cœur et votre compagnie ! Je les salue avec toute la tendresse possible, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission qui sont de présent en Pologne, à Varsovie.

4) Saint Vincent venait d’envoyer dans ces îles François Le Blanc, Dermot Duiguin et Thomas Lumsden.

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1495. — A PIERRE DE BERTIER,

COADJUTEUR DE L’éVêQUE DE MONTAUBAN

4 mai 1652

Monseigneur,

Voici la réponse que m’a faite Madame de Frontevaux, qui est conforme à votre désir. Mes péchés m’ont rendu indigne de contribuer à votre dessein (2) par mes services, mais la grâce qui vous accompagne en a mérité le succès. Je prie Dieu, Monseigneur, qu’il ait agréable de l’accomplir toujours et en toutes choses et qu’il me donne des occasions plus importantes de vous servir ; elles me seront très chères et je m’estimerai bien heureux de vous rendre l’obéissance perpétuelle que je vous dois, Monseigneur.

Je suis, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1496. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)

Comme il a plu à Dieu de me donner la connaissance de La congrégation et en particulier de l’état et des

Lettre 1495. — Reg. I, f° 30 V°.

1) Pierre de Bertier écrivait au lendemain de la mort du saint : "Dieu m’avait donné tant de respect et d’affection pour M. Vincent que je crois en vérité qu’aucun de ses enfants n’a senti mieux que moi la douleur de sa mort"

2) Il s’agit du sanctuaire de Notre-Dame de l’Orme (ou de Lorm), que Pierre de Bertier désirait confier aux prêtres de la Mission. L’acte d’union fut passé le 5 septembre 1652. (Cf 1. 1502 et Notre-Dame de Lorm, paroisse de Castelferrus, diocèse de Montauban, par l’abbé Perducet, Toulouse, 1875, in-12.)

Lettre 1496. — Abelly, op. cit., 1. IlI, chap. XXIV, sect. II, p. 358

1) Il avait demandé son changement.

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besoins de chaque maison et des dispositions des sujets, je ne vois pas que pour le présent vous puissiez être plus utile ailleurs. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez ferme, et assurez-vous que la bénédiction de Dieu ne vous manquera pas et qu’une des plus sensibles consolations que j’aie est de vous voir là où vous êtes, et que j’espère que nous vous verrons un jour bien grand au ciel.

1497. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

Saint Vincent donne à Lambert aux Couteaux des nouvelles des missionnaires envoyés au secours des provinces ruinées par les guerres. Donat Cruoly

… passait les rivières, marchait nu-pieds, faisait des courses périlleuses au milieu des troupes. Prévenu un jour que des soldats venaient d’enlever à de pauvres gens leurs bestiaux, toute leur ressource, il poursuivit les voleurs, les rejoignit dans un bois et fit si bien qu’on lui rendit le bien volé, qu’il ramena lui-même à ses vrais maîtres.

1498. — A MADEMOISELLE DE LAMOIGNON

De Saint-Lazare, ce 14 mai 1652.

Mademoiselle,

Je ne puis assez humblement et affectionnément vous remercier, Mademoiselle, de votre charitable et incom-

Lettre 1497. — Collet, op. cit, t. I, p. 488.

Lettre 1498. — Revue des Questions historiques, nouv. série t. XXXVII, 1907, p. 222, d’après l’original autographe, communiqué par le comte de Ségur-Lamoignon et conservé au château de Méry-sur-0ise (S.-et-O.).

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parable sollicitude que vous avez pour nous. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’il soit lui-même votre remercîment et votre récompense.

Nous eûmes hier un peu d’exercice en ce faubourg (1) ; nous espérons que Notre-Seigneur et ses bons serviteurs, comme le bon Monsieur de Lamoignon et vous, nous protégerez à l’avenir, comme vous fîtes il y a trois ans (2) et avez fait jusques à présent ; et je vous assure, Mademoiselle, que ce m’est une douce consolation que d’y penser.

Je vous remercie de plus des offres du logement que vous me faites, et des accommodements pour mettre les pauvres enfants trouvés en plus d’assurance. La chaleur du combat qui se fit à leur vue, et les hommes

1) On trouve le récit de ce combat dans l’Extrait du livre des choses mémorables de l’abbaye de Saint-Denis en France pour l’année 1649 et suivantes, publié à la fin du t. III des Registres de l’hôtel de ville de Paris pendant la Fronde. Après une brillante victoire remportée aux portes d’étampes, l’armée royale, commandée par Turenne, s’était avancée jusqu’à Etréchy et Palaiseau et avait occupé Saint-Denis. Paris était dans l’effervescence. Condé apprenant que les troupes du roi devaient chercher à s’emparer du pont de Saint-Cloud, quitta Paris à la tête de 10 000 bourgeois Repoussé, il se porta sur Saint-Denis, prit la place et fit trois cents prisonniers. Le 11, les frondeurs étaient à leur tour chassés de Saint-Denis. Plusieurs soldats, barricadés dans l’abbaye, résistaient encore le 13 M. de Beaufort se porta à leur secours avec quelques escadrons de cavalerie et un peu d’infanterie. Prévenu de son arrivée, M. de Saint-Mégrin, par un mouvement habile et rapide les contourna et leur coupa la route de Paris. Pris entre deux feux ; les frondeurs se dispersèrent de tous côtés. "On les tuait comme des moutons" écrit l’auteur de l’Extrait (p. 374) Et il ajoute : "C’était, à la vérité, un spectacle digne de compassion de voir, depuis la ville de Saint-Denis jusqu’à Paris, quantité de corps étendus sur le grand chemin et au milieu des champs. Il y en avait sept contre la porte de l’église de La Chapelle ces pauvres gens pensant trouver quelque asile dans ce lieu saint, mais tous furent égorgés sans miséricorde, les trompettes criant, de la part des officiers, qu’il ne fallait point donner de quartier" Les vainqueurs ne laissèrent que quinze ou vingt des leurs sur le champ de bataille.

2) Voir lettre 1087, note 2.

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qu’elles virent tués devant leur maison, mit une telle épouvante dans les nourrices, qu’elles sortirent toutes avec les filles et chacune leur petit nourrisson et laissèrent les autres enfants couchés et endormis.

Je suis consolé des bonnes nouvelles que vous me donnez et du sujet qu’on a d’espérer la paix, et loue Dieu de ce que vous vous ajustiez si bien aux choses qui vous ont été conseillées, et vous assure bien, Mademoiselle, que vous trouverez là dedans la grâce et la gloire, et rien que peine en en usant autrement (3).

Je salue cependant très humblement le bon Monsieur de Lamoignon et vous prie de nous aider à le remercier de toutes ses bontés, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1499. — A LA PRéSIDENTE DU SAULT

15 mai 1652

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre chère lettre avec le respect que je vous dois, et l’honneur de votre souvenir avec une grande reconnaissance, mais avec une égale confusion d’en être tant indigne que je suis et par ma naissance et par mon inutilité à votre service, laquelle a singulièrement paru au sujet des charges plaidées par M. du

3) Pressée de divers côtés de consentir à une demande en mariage qui lui était faite, Mademoiselle de Lamoignon préférait servir Dieu libre de tous liens. Est-ce bien de cette résolution que la loue saint Vincent ?

Lettre 1499. — Reg. I, f° 29,

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Sault, votre fils. N’ayant pu solliciter pour lui, j’en ai pourtant parlé à l’un de ses juges, qui était venu faire sa retraite céans ; mais, dans la connaissance qu’il avait de l’affaire, il me donna sujet de craindre que le succès (1) serait tel qu’il a été ; de quoi j’ai bien eu du regret. Dieu sait, Madame, combien je serais consolé d’avoir une meilleure occasion de m’employer pour lui. Je n’ose toutefois en espérer aucune en laquelle je puisse lui procurer le bien que vous désirez, ni par mes prières, ni par le crédit de personne. Il y a six ou sept mois que je n’ai vu la reine, à cause de ses absences ; et si Dieu ne nous donne bientôt la paix, je ne serai pas en état de la voir de longtemps. Nous sommes dans une conjoncture trop fâcheuse ; l’orage qui a passé en Guyenne est venu fondre à Paris. Je pense que vous êtes très bien informée de l’état présent des choses, mais il n’y a que Dieu qui sache quel en sera l’événement. Selon les apparences, j’ai raison d’appréhender que mes péchés me rendent indigne de vous servir efficacement et à M. le baron ; vous pouvez néanmoins faire état de mon obéissance en toutes les manières par lesquelles je pourrai vous témoigner que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Madame,

1500. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Mai ou juillet 1652] (1)

Mon très honoré Père,

Cette alarme (2) nous a bien toutes effrayées. Plusieurs. de nos

Lettre 1500. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Voir note z.

2) La lettre n’étant pas datée, nous ne savons si Louise de Ma.

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sœurs souhaiteraient bien se confesser aujourd’hui, et je crains que nous ne puissions avoir de prêtre de Saint-Laurent (3). Si cela ne se peut, je vous supplie nous faire la charité de nous en donner après dîner.

Je ne pense pas que l’on puisse aller acheter du blé, n’y en ayant point aux villages circonvoinsins ; et d’aller plus loin, il y aurait grand danger de perdre l’argent. Je l’ai mandé à Mademoiselle de Lamoignon, qui m’a mandé pour cela la même chose qu’à votre charité, et lui ai aussi mandé que votre sentiment hier était que l’on en prit à la Grève (4) et que Messieurs de la ville (5) fussent prêts de le faire conduire par quelques archers, que l’on payerait de leur peine. Je ne pense point qu’il y ait autre expédient pour ne pas laisser mourir de faim ces pauvres petits enfants.

La plupart du peuple sort de ce faubourg et se démeuble ; ne nous servirons-nous point de leur exemple ? Mais ce nous serait grande affaire. S’il y avait à craindre pour nos jeunes sœurs, nous les pourrions envoyer par-ci, par-là, à diverses paroisses, leur envoyant, si nous pouvions de la nourriture. Pour moi, il me semble que j’attends la mort et ne puis empêcher mon cœur de s’émouvoir toutes les fois que l’on crie aux armes Il me semble que Paris abandonne ce faubourg, mais j’espère que Dieu ne l’abandonnera pas et que sa bonté nous fera miséricorde. Nous espérons que votre charité la demande pour nous, et nous lui demandons sa bénédiction de tout notre cœur, comme étant, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE MARILLAC.

Je crains que l’homme de Bicêtre n’ait su passer. Que ferons-nous de ma sœur Geneviève (6), qui est bien nécessaire là pour assurer (7) nos pauvres sœurs ? S’il plaît à votre charité nous le mander ?

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

rillac a ici en vue la bataille du 13 mai 1652 ou le passage des armées ennemies près du clos Saint-Lazare dans la soirée du premier juillet. Il ne peut s’agir que de l’un ou de l’autre de ces faits

3) Paroisse de Louise de Marillac.

4). L’hôtel de ville s’élevait sur la place de Grève.

5). Les échevins de Paris.

6). Geneviève Poisson, qui avait la direction de l’hospice des enfants trouvés à Bicêtre

7) Asrurer, rassurer.

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4501. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai ou juillet 1652] (1)

Je pense, Mademoiselle, qu’il n’y a pas de danger que notre frère Mathieu (2) aille faire un tour parmi ces villages ; qu’il ne se charge que de vingt écus pour avoir trois ou quatre setiers de blé. Vraisemblablement M. de Lamoignon prévoit grande difficulté d’en enlever de Paris ; ils ne sont pas maîtres des peuples.

Geneviève fera bien de s’en retourner ; les choses ne sont pas échauffées de ce côté-là au point que de deçà.

Il n’y aura pas d’inconvénient d’envoyer vos filles dans les paroisses, celles qui sont les plus timides. Je ne puis me persuader que le danger soit comme on le publie, ni qu’on force le faubourg. Je crois qu’on mettra plus d’ordre qu’on n’a fait jusques à présent, quoiqu’il me semble plus grand que je ne pensais. Ce que Notre-Seigneur garde est bien gardé ; il est juste que nous nous commettions à son adorable providence. Hélas ! qui est celui qui y a jamais été trompé ? Si je le puis et vous pouvez venir tantôt au parloir, nous aviserons s’il y a quelqu’autre chose à faire.

Lettre 1501. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre répond à la lettre 1500, à la suite de laquelle elle est écrite.

2). Mathieu Régnard

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1502. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 17 mai 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Quand je vous ai mandé que j’avais été mortifié de la brièveté d’une de vos lettres, qui ne contenait qu’une demi-page, ç’a été pour exprimer la consolation que je reçois de la lecture d’icelles, et non pour vous obliger à m’en faire de plus amples ; je vous prie donc de ne vous point donner cette peine, si les sujets dont vous aurez à me parler ne le valent.

Je loue Dieu de ce que vous jouissez de la douce et aimable présence de Mgr de Vilna. Nous prierons Dieu qu’il le conserve longuement à son église et continue à bénir ses conduites.

Je ne m’étonne point que l’affaire de la petite église bâtie pour la nation allemande n’ait réussi, m’étant toujours douté que les intéressés feraient difficulté à cela, s’ils n’étaient beaucoup meilleurs que nous ne sommes en France. Il me semble qu’il n’y a point de demeure comparable à celle où vous recourez, qui est la paix et le repos, attendant les dispositions adorables de la Providence divine. Je la prie qu’elle vous y établisse éternellement.

Mgr de Paris (1) s’est montré inflexible jusques à présent au souhait de la reine et à nos sollicitations (2),

Lettre 1502. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1). Jean-François de Gondi.

2). Relativement à l’envoi des sœurs de la Visitation en Pologne.

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et l’on m’a dit qu’il a écrit une grande lettre à Mademoiselle de Lamoignon sur les raisons de son refus. Il est vrai que le blocus de Paris, les rumeurs du peuple, l’émotion de la ville, la prise et reprise de Saint-Denis et quelque combat arrivé entre La Chapelle et nous ont si fort préoccupé les esprits, que nous n’avons pu faire agir fortement vers ce bon prélat ; ce qui se pourra faire à présent que nous commençons d’entrevoir un peu de calme.

M. Berthe m’a mandé que M. Cruoly fera fort bien l’office pour lequel la bonté de la reine nous a demandé un prêtre ; nous le disposerons donc au voyage.

Parmi les Filles de la Charité il n’y en a aucune d’Allemagne. Il y avait bien une Flamande, mais elle n’y est plus et n’eût pas été propre.

Je vous enverrai une copie de notre bulle (3), plus authentique que celle que vous avez, et tout le reste de ce que vous demandez, s’il est possible.

J’ai pensé, voyant les lettres de Zelazewski tant à moi qu’à d’autres, qu’il était plus déterminé qu’il n’est à demeurer en la compagnie. Si le bon Dieu permet qu’il en sorte, comme il y a de l’apparence, nous adorerons sa conduite avec plaisir et soumission.

Nos nouvelles sont que la compagnie est en même état et que Mgr le coadjuteur de Montauban (4) nous a mis en possession d’un bénéfice et d’une chapelle de dévotion en ce diocèse-là (5), à dessein d’y établir la compagnie, selon l’intention du dernier possesseur, qui vient de mourir, qui en avait fait la résignation en cour de Rome et qui a été admise sous le nom de

3) La bulle d’érection de la compagnie.

4) Pierre de Bertier.

5) Notre-Dame de l’Orme.

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M. Bajoue, à qui le dernier possesseur et mondit seigneur se sont adressés pour cet affaire-là (6), et qui me demande 3 ou 4 prêtres pour ce lieu-là (7).

Je salue votre chère famille, et mon cœur embrasse le vôtre d’une manière tendre et respectueuse, le sachant tout à Dieu et se voyant en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d.l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert.

1503. — UNE FILLE DE LA CHARITé A SAINT VINCENT

[Entre 1639 et 1660] (1)

Monsieur,

Nous sommes accablées de travail et nous y succomberons si nous ne sommes secourues. Je suis contrainte de vous tracer ce peu de lignes la nuit en veillant nos malades, n’ayant aucun relâche le jour ; et en vous écrivant, il faut que j’exhorte deux moribonds. Je vais tantôt à l’un, lui dire : "Mon ami, élevez votre cœur à Dieu demandez-lui miséricorde." Cela fait, je reviens écrire une ou deux lignes ; et puis je cours à l’autre. "Jésus, Maria ! mon Dieu, j’espère en vous." Et puis je retourne encore à ma lettre ; et ainsi je vais et viens et je vous écris à diverses reprises, et ayant l’esprit tout divisé. C’est pour vous supplier très humblement de nous envoyer encore une sœur.

6) Ces mots, depuis à qui le dernier, sont de la main du saint

7). La fondation fut acceptée et les prêtres de la Mission purent prendre possession du nouvel établissement dans le courant de l’année

Lettre 1503. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. IX, 1er éd, p. 351.

1) Cette lettre n’a pu être écrite qu’après l’entrée des Filles de la Charité à l’hôpital d’Angers, car c’est le premier hôpital qu’elles ont desservi.

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1504. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)

21 mai 1652.

Je n’ai point de peine à croire que vous affectionnez toujours notre compagnie et ses emplois ; vos déportements (2) passés me l’ont trop persuadé. Je respecte aussi le sentiment du religieux qui vous a dit que ce serait tentation si, pour les difficultés que vous avez à l’oraison, vous désistiez d’être missionnaire ; car il est vrai que dans toutes les communautés il se trouve plusieurs personnes, et souvent les meilleures, qui ne se peuvent appliquer à la méditation, où l’on se sert de l’imagination ou du raisonnement, parce que cela les incommode. Mais le bienheureux évêque de Genève (3) a enseigné à ses religieuses une autre sorte d’oraison, que les malades mêmes peuvent faire : c’est de se tenir doucement devant Dieu et lui montrer ses besoins, sans autre application d’esprit, comme un pauvre qui découvre ses ulcères et qui, par ce moyen, excite plus puissamment les passants à lui faire du bien que s’il se rompait la tête à force de leur persuader sa nécessité. On fait donc une bonne oraison se tenant ainsi en la présence de Dieu, sans aucun effort de l’entendement ni de la volonté ; et selon cela, vous ferez bien d’écouter Dieu sur le mouvement que vous sentez de revenir. Je voudrais seulement savoir comment vous vous trouvez des prédications et catéchismes que vous

Lettre 1504. — Reg. 2, p. 41

1). Ce prêtre, reçu à Saint-Lazare, s’était retiré dans son pays, avant la fin de son séminaire interne, à cause d’un "bandement de tête" ; il demandait son retour dans la compagnie.

2). Département, conduite.

3) Saint François de Sales.

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faites et des confessions que vous entendez ; d’autant que, si vous n’en êtes pas incommodé, c’est un fort bon signe. Demandez à Dieu, s’il vous plaît, Monsieur, qu’il vous fasse connaître ce qu’il désire de vous ; entreprenez quelque dévotion particulière pour cela et tâchez de vous mettre dans la plus grande indifférence que vous pourrez, afin d’être plus prêt à suivre son attrait et sa volonté dans une action tant importante ; et après la Notre-Dame d’août prochain vous me manderez en quelle disposition vous serez, afin que nous avisions s’il sera expédient pour vous et pour la compagnie que vous y retourniez.

1505. — A PHILIPPE VAGEOT, SUPéRIEUR, A SAINTES

De Paris, ce 22e mai 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Votre lettre du 24 avril m’a donné de nouveaux sujets de rendre grâces à Dieu de toutes celles qu’il vous fait, comme je fais, avec grand sentiment de reconnaissance et de souhait qu’il vous continue sa protection ; c’est ce que je lui demande souvent et lui fais demander par la compagnie, à laquelle j’ai fait part des faveurs dont il a béni vos conduites. Je le remercie aussi de ce que, nonobstant les misères du temps, il vous a fait toucher de l’argent et vous donne espérance d’en recevoir d’autre bientôt. Il faut avouer

Lettre 1505. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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que Mgr de La Rochelle (1) nous est bien bon, et d’une bonté qui ressemble à celle de Dieu, lequel, ayant commencé de faire du bien à une personne, continue de lui en faire incessamment. Quand j’aurai l’occasion de me donner l’honneur de lui écrire, je le remercierai des charités qu’il vous départ à tout rencontre.

Il a plu à Dieu de disposer du père du bon M. Rivet. Je vous prie, avant de lui en donner la nouvelle, de le disposer à la bien recevoir. Une raison qui le doit consoler, outre celle de sa bonne vie, car il était fort homme de bien et qui par conséquent est maintenant bien heureux, comme nous avons sujet de le croire, c’est qu’il est hors des incommodités de ce monde, dans lesquelles il était assez avant, tant à l’égard des biens que pour les infirmités de sa personne.

Nous sommes ici dans les troubles plus que jamais. Paris fourmille de pauvres, à cause que les armées ont contraint les pauvres gens des campagnes de s’y venir réfugier. On fait tous les jours des assemblées pour tâcher de les assister ; on a loué quelques maisons dans les faubourgs, où l’on en retire une partie, particulièrement les pauvres filles. On ne laisse pas pour cela d’assister encore les deux frontières de Champagne et de Picardie, et nous y avons toujours dix ou douze personnes.

Pour d’autres nouvelles, nous n’en avons pas qui méritent de vous être écrites. La compagnie va son train, grâces à Dieu, pour la santé et pour les exercices. L’établissement de Pologne va de mieux en mieux ; on y demande des Filles de la Charité et encore un de nos prêtres, pour y distribuer les aumônes de la reine en une province ruinée.

1) Jacques Raoul de la Guibourgère.

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Je suis pressé et ne puis vous dire autre chose. J’embrasse tendrement le bon M. Rivet et vous, Monsieur, à qui je suis, en N.-S., très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Vageot.

1506. — A ACHILLE LE VAZEUX, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

Juin 1652.

Sur ce que vous me dites des intrigues dont on use à présent pour faire les affaires, et que même l’on s’en sert contre nous, prions Dieu qu’il nous garde de cet esprit ; puisque nous le blâmons en autrui, il est plus raisonnable de l’éloigner de nous comme un défaut contre la Providence divine, lequel rend ceux qui le commettent indignes des soins qu’elle prend de chaque chose. établissons-nous dans l’entière dépendance de Dieu et dans la confiance qu’en ce faisant tout ce que les hommes diront ou feront contre nous se tournera en bien. Oui, Monsieur, et quand toute la terre s’élèverait pour nous détruire, il n’en sera que ce qu’il plaira à Dieu, en qui nous avons mis notre espérance. Je vous prie d’entrer dans ce sentiment et d’y demeurer si bien que jamais plus vous n’occupiez votre esprit de ces appréhensions inutiles, tenant pour certain que de ces mêmes intrigues par lesquelles les autres pourront tâcher de nous nuire pour parvenir à leurs établissements, Dieu s’en servira pour nous défendre. Pour moi, je demande pardon à sa bonté si jusqu’à présent j’ai

Lettre 1506. — Reg 2, p. 258.

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écouté les choses que vous m’avez écrites sur ce sujet, et des réponses que je puis vous avoir faites, qui n’ont pas tout à fait tendu à cet abandon à Dieu dans lequel nous devons être. Je le prie qu’il nous fasse désormais la grâce de ne craindre ni désirer que lui seul, en qui je suis, Monsieur, votre…

1507. — A MONSIEUR MAURISSE

8 juin 1652.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre avec le respect et la reconnaissance que je dois à l’incomparable bonté avec laquelle vous pensez à nous pour les deux prieurés de Saintes, dont je vous remercie très humblement. Je me donnerai l’honneur de remercier aussi Mgr d’Alet (1) de vous avoir confirmé en cette pensée, bien que nous soyons très indignes d’une telle grâce.

C’est dans le même esprit, Monsieur, que j’ai pareillement reçu votre seconde proposition, mais certes avec difficulté de l’accepter en la vue de notre chétiveté et d’un si grand bien. Néanmoins, comme vous avez cru que c’était le dessein de Dieu, nous devons respecter votre sentiment et nous soumettre à sa conduite, pour ne pas détourner de nous l’ordre de sa providence ; et partant, Monsieur, nous ferons ce qu’il vous plaira, tant pour la substance de la chose que pour les conditions, sachant que vous n’en proposerez aucune qui ne soit selon Dieu. L’état des affaires publiques rend les avenues de cette ville trop difficiles pour ne vous

Lettre 1507. — Reg. 1, f° 29 v°

1). Nicolas Pavillon.

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dissuader pas d’y venir si tôt, ce qui vous donnera peut-être occasion d’aller à Saintes et de communiquer cet affaire à Mgr l’évêque (2). Je souhaite fort que tout se fasse par concert avec lui et en la manière qu’il jugera à propos ; et en cas que vous ayez agréable de vous ouvrir à M. Vageot, supérieur du séminaire, il vous sera fidèle au secret, aussi bien que moi, qui n’en dirai ni écrirai rien à personne, sinon que je prierai ledit sieur Vageot qu’en cas que vous, Monsieur, lui parliez d’un affaire d’importance, il honore le silence de N.-S., vous laissant l’entière négociation de ce traité avec mondit seigneur et lui. S’il réussit, à la bonne heure, nous vous aurons pour père et bienfaiteur, et prierons Dieu que, s’il lui plaît de tirer quelque service de ce bon œuvre, il vous en impute le mérite. Mais quand il ne réussirait pas, la compagnie ne s’estimera pas pour cela déchargée de l’obligation de reconnaissance de votre bonne volonté par nos prières et nos services, particulièrement moi, Monsieur, qui vous fais offre de mon obéissance avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles et qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre…

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1508. — A UN FRèRE COADJUTEUR DE LA MAISON DE RICHELIEU

J’ai été bien aise de recevoir votre lettre, pource qu’en vérité je vous aime tendrement ; mais je suis

2) Louis de Bassompierre

Lettre 1508 — Reg 2, p 322

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bien marri de l’accident arrivé au bon M. [Escart] (1), lequel vous avez raison de beaucoup estimer, ayant les qualités que vous me marquez. Néanmoins, mon cher Frère, vous devez demeurer en paix, le voyant traité comme il est. La vertu n’empêche pas que l’esprit ne puisse varier, et, si la faiblesse du sien ne vous a pas paru, il ne s’ensuit pas que d’autres ne s’en soient aperçus. Croyez-moi, demeurez en repos de ce côté-là. Ce n’est pas la première fois qu’il est tombé en cet état (2) ; nous avons été contraints de le faire revenir ci-devant de Savoie pour un pareil sujet. Et maintenant je suis assuré que l’on a eu raison d’agir en son endroit de la sorte qu’on a fait ; car, outre les choses qu’on m’a écrites de lui, je vois son égarement dans ses propres lettres, dont une seule suffirait pour vous ôter de peine, si vous l’aviez vue. Il ne faut pas s’en étonner ; Dieu permet cette infirmité pour l’humilier. Il n’y a point de communautés où il n’en arrive de semblables. Au reste, mon cher Frère, vous devez vous établir dans cette maxime d’estimer toujours que les supérieurs font le mieux qu’ils peuvent, qu’ils ne font rien de quelque importance sans considération, ni sans conseil, et qu’il n’est pas loisible aux frères de trouver à redire à leurs conduites ; autrement, ils auraient autant de contrôleurs que d’inférieurs.

Je vous dis derechef que votre lettre m’a apporté une grande joie ; mais je vous dois recommander de ne vous arrêter pas une autre fois à ce qui vous peut sembler de mal ordonné par les officiers de la maison, particulièrement par le chef de la famille, qui est

1) Pierre Escart. (Voir la lettre du 16 avril 1659 à Pierre de beaumont.)

2) L’aliénation mentale.

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homme sage et bon serviteur de Dieu. Que si vous l’avez vu agir quelquefois avec chaleur et fermeté, souvenez-vous que Notre-Seigneur ne traitait pas toujours doucement ses disciples ; il leur disait des paroles bien rudes, jusques-là d’appeler saint Pierre Satan (3), et, ce semble, pour peu de chose. Il prit aussi des verges une ou deux fois contre les profanateurs du temple (4), pour montrer à ceux qui ont charge des autres qu’il n’est pas toujours bon de les épargner trop. Je ne veux pas dire pourtant qu’il ne soit permis aux frères de la compagnie d’écrire au général pour l’avertir des fautes notables, s’ils en remarquent en ceux qui les conduisent ; mais cela s’entend de celles qui regardent les mœurs et non pas de celles qui touchent le gouvernement, pour lequel les supérieurs ont des lumières que les autres n’ont pas, et des raisons particulières pour faire et ne pas faire les choses qui sont inconnues à leurs sujets.

J’aurai toujours consolation, mon cher Frère, de savoir que vous allez croissant de vertu en vertu.

1509. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME

13 juin 1652.

Ce que vous me mandez des missions que vous faites requiert de nous une singulière reconnaissance envers Dieu, et je l’en remercie de toute l’étendue de mon âme. Prions-le, Monsieur, que de plus en plus il tire sa gloire des travaux de la compagnie ; et croyez-moi, je ne puis cesser de le dire, tenons-nous invariablement à nos principales fonctions ; Dieu sera pour nous, et à proportion

3) évangile de saint Mathieu, VIII, 33.

4). Ibid., XXI, 12.

Lettre 1509 — Reg. 2, pp. 36, 71, 87.

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que nous y serons fidèles, il nous bénira. Je ne me départirai jamais de ce sentiment (1).

Je sors d’une assemblée notable (2), où présidait Monseigneur l’archevêque nommé de Reims (3), en laquelle j’ai parlé de vous ; elle était au sujet des pauvres gens des champs réfugiés à Paris, qui sont en grandissime nombre et en égale nécessité. On a commencé de les assister corporellement, et je me suis offert de leur faire faire des missions, selon cette maxime du droit qui veut que l’on prenne son bien où l’on le trouve. Nous avons obligation de les aller servir aux champs, quand ils y sont ; ils sont notre partage ; et présentement qu’ils viennent à nous, chassés par la rigueur de la guerre, qui déserte la campagne, il semble que nous soyons plus obligés de travailler à leur salut dans l’affliction où ils sont, sous le bon plaisir néanmoins de Monseigneur l’archevêque. Et sur l’objection que l’on me pouvait faire que nous ne faisons point de missions dans les villes épiscopales, j’ai répondu que la soumission que nous devons à Nosseigneurs les prélats ne nous permet pas de nous dispenser de telles missions, quand ils nous commandent de les faire ; que vous-même vous sortiez de celle de Terni (4), où Monseigneur le cardinal Rapaccioli (5) vous avait ordonné de travailler,

1) Ici se termine le premier fragment

2). Une assemblée plénière des dames de la Charité, et non, comme l’ont cru le P. Ch. Clair (La Compagnie du Saint-Sacrement dans les études Religieuses des Pères de la Compagnie de Jésus, 1888, t. XLV, p. 547) et Raoul Allier (op. cit., p. 60), une réunion des confrères du Saint-Sacrement. Nous avons déjà vu (1. 1360) que ces dames avaient invité l’archevêque de Reims à présider une de leurs réunions ; nous savons, d’autre part, par les Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement que le prélat ne fut reçu qu’en 1653 dans cette société

3) Henri de Savoie-Nemours.

4). Ville de l’Ombrie.

5). Bienfaiteur de la congrégation de la Mission. (Voir la lettre du 13 juillet 1657 à Edme Jolly

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et que selon cela nous le pourrions faire ici, en ayant l’ordre de Monseigneur de Paris, d’autant plus que ce ne sera qu’à ces pauvres affligés qui s’y sont réfugiés (6).

Pour ce qui est du prélat qui vous donne occasion de penser qu’il a des desseins désavantageux à notre compagnie, et de La crainte que vous donne d’ailleurs la poursuite de M. de Ventadour, souffrez que je vous dise pour une bonne fois que nous sommes à Dieu et devons souhaiter que les autres y soient, et que nous sommes de chétifs ouvriers en son église, qui devons nous réjouir quand il y en appelle de meilleurs que nous. Quis tribuat ut omnis populus prophetet et det eis Dominus spiritum suum ? (7) Si ceux qui se présentent ont l’esprit de Dieu, que craignons-nous ? et s’ils ne l’ont pas, que peuvent-ils faire, tandis que nous marcherons droit ? Notre confiance doit être tout en Dieu ; et, étant principalement établis sur cette vertu, nous assurer que rien ne nous sera fait, que Dieu ne permette. J’ai en aversion ces prévoyances sur les desseins d’autrui, autant que j’ai de soin d’éviter les intrigues dont on use à présent dans le monde. Au nom de Dieu, Monsieur, gardons-nous également des uns et des autres.

Je ne sais pas si les Pères jésuites font quelque chose contre nous ; je veux croire que non ; mais, au reste, que les autres fassent ce qu’il leur plaira ; quant à nous, tenons-nous à Dieu. La persécution se tourne en bien, quand elle est bien reçue, et ceux-là sont bienheureux qui souffrent pour la justice (8).

6) Ici Cesse le second fragment.

7) Livre des Nombres XI, 29.

8) évangile de saint Mathieu V,10

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1510. — A FRANçOIS HALLIER (1) ET JéROME LAGAULT (2) A ROME

21 juin 1652

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai été grandement consolé d’apprendre par votre lettre que vous êtes heureusement arrivé à Rome avec ces bons Messieurs qui sont avec vous (3). J’en rends grâces à Dieu et le prie qu’il vous conserve en parfaite santé, à quoi je vous prie aussi, Monsieur, de contribuer, vous et eux, tout ce qui dépend de vos soins, puisqu’il y va de l’intérêt de Dieu, en la conservation de trois de ses meilleurs serviteurs employés à la négociation d’une affaire grandement importante. Ne vous pressez pas, s’il vous plaît, et n’allez point pendant la chaleur du jour ; N.-S. aura fort agréable que pour le mieux servir vous ménagiez vos forces. Nous tâcherons ici de vous aider de nos prières et de nos petites sollicitudes

Lettre 1510. — Reg. r, f° 50 v°, copie prise sur la "minute non signée"

1) François Hallier, né à Chartres en 1595, d’abord official de son diocèse d’origine, puis docteur en Sorbonne, syndic de la faculté de théologie (1645), évêque de Cavaillon (1657) mort le 23 juillet 1659. Il a composé divers ouvrages de philosophie et de théologie, tous en latin.

2). Jérôme Lagault, né à Paris, docteur en Sorbonne, mort en Suisse, à son retour de Rome, en octobre 1653.

3). Pierre Colombet, curé de Saint-Germain-l’Auxerrois, ayant lu dans une lettre venue de Rome ces mots : "Ces fanfarons de molinistes qui faisaient tant de bruit à Paris n’osent paraître à Rome" résolut de relever le défi. Il fit une quête dans sa paroisse, recueillit mille écus et les porta à François Hallier, qu’il jugeait plus apte que personne à faire triompher la bonne cause. Hallier goûta le projet. Il quitta Paris, en compagnie de Jérôme Lagault et de François Joysel, docteur en Sorbonne, et arriva à Rome le 24 mai 1652 Dans l’audience qu’il leur accorda, le Pape leur témoigna beaucoup de bienveillance.

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autant que nous pourrons (4) ; et déjà l’on sollicite à la cour pour avoir d’autres lettres, afin de vous les envoyer (5). On parle fort peu maintenant de ces questions ; c’est peut-être à cause que les agitations de la guerre occupent les esprits et que les misères du temps commencent à se faire sentir. Il est pourtant arrivé un petit rencontre qui a fait remettre ces matières sur le tapis ; c’est que ces gens-là ont fait courir une lettre imprimée sous cette inscription : Lettre d’un évêque à un prêtre, de laquelle ils ont envoyé des copies à plusieurs personnes, dont j’en suis une ; mais on a découvert que ce n’est pas une pièce de leur boutique, ains une lettre de saint Prosper, qu’ils ont traduite et accommodée à leur façon.

Je ne doute pas que vous ne soyez avertis de toutes choses. Je vous dirai seulement, au sujet de la descente solennelle de la châsse de sainte Geneviève et des processions générales qu’on a faites pour demander à Dieu la cessation des souffrances publiques, par l’intercession de cette sainte, qu’il ne s’est jamais vu à Paris plus de concours de peuple, ni de dévotion extérieure (6) L’effet de cela a été qu’avant le 8° jour le duc

4) Saint Vincent aida les trois docteurs de sa bourse, de ses conseils et de son crédit ; il donna ordre à ses prêtres de Rome d’être pleins de prévenances pour eux. (Cf. Collet, op cit, t. I, p 546)

5) La reine leur avait donné des lettres de recommandation pour l’ambassadeur de France, qui les invita à dîner, comme du reste les docteurs du parti opposé, et le. traita tous magnifiquement.

6). L’archevêque de Paris avait ordonné des processions particulières, que clôtura, le 11 juin la procession de sainte Geneviève. La châsse de la patronne de Paris fut portée en grande solennité de son église à Notre-Dame au milieu d’un concours immense de fidèles. Les princes et les cours souveraines y assistaient, les membres du parlement en robes rouges et les autres corps de la ville en habits de cérémonie. On trouve un récit détaillé de cette manifestation dans les Registres de l’hôtel de ville de Paris pendant la Fronde, t II, p. 37O-377.

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de Lorraine, qui avait son armée aux portes de Paris et qui était lui-même dans la ville, a décampé pour s’en retourner en son pays, ayant pris cette résolution sur le point que l’armée du roi allait fondre sur la sienne (7). On continue aussi depuis à traiter de la paix avec les princes s, et l’on espère de la bonté de Dieu qu’elle se fera, d’autant plus qu’on tâche d’apaiser sa justice par de grands biens qui se font à présent à Paris à l’égard des pauvres honteux et des pauvres gens de la campagne qui s’y sont réfugiés. On donne chaque jour du potage à 14 ou 15 mille, qui mourraient de faim sans ce secours : Et en outre on a retiré les filles en des maisons particulières, au nombre de huit ou neuf cents (9) ; et l’on va enfermer toutes les religieuses réfugiées qui logent par la ville, et quelques-unes, dit-on, en des lieux de soupçon, dans un monastère préparé à cet effet,

7) Charles, duc de Lorraine, était entré à Paris le 2 juin. Le 6, il traitait avec le roi : il s’engageait à sortir du royaume dans les quinze jours si, de son côté, le roi faisait lever le siège d’étampes le 10 au cas où la ville résisterait encore, et retirait son armée à quatre lieues des murs. Charles tint parole ; il quitta Paris, pillant tout sur son passage.

8). Le jour même du départ du duc de Lorraine, les députés du parlement recevaient de la cour l’assurance que, si les princes promettaient de désarmer, de porter leurs adhérents à la soumission, de rompre leurs traités avec l’étranger et donnaient des garanties sérieuses de la sincérité de leurs promesses, on "permettrait au cardinal de se retirer, en lui donnant un emploi éloigné, après avoir rendu justice pour la réparation de son honneur". Les négociations n’aboutirent pas.

9). La Mère Angélique rapporte dans une de ses lettres (Lettres, t. II, p. 139) que des personnes embusquées aux portes de la ville y attendaient les jeunes filles poussées dans Paris par la misère, afin d’en abuser, ou de trafiquer de leur jeunesse et de leur beauté. Les curés et d’autres personnes charitables réunirent ces pauvres créatures dans des maisons communes, où elles trouvèrent à la fois la nourriture corporelle et spirituelle. On leur donna de plus un travail rémunérateur, qui avait le double avantage de leur éviter les dangers de l’oisiveté et de leur procurer quelques ressources pour le retour.

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où elles seront gouvernées par des filles de Sainte-Marie (10).

Voilà bien des nouvelles, Monsieur, contre la petite maxime où nous sommes de n’en écrire point ; mais qui pourrait s’empêcher de publier la grandeur de Dieu et ses miséricordes ? C’est en lui que je suis. Monsieur, votre…

1511. — A LAMBERT AUX COUTEAUX, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 21 juin 1652

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier votre lettre du 20e mai, et quelques jours devant on m’a porté celle du 6, que je devais recevoir il y a 15 jours. Je ne sais d’où elle est venue, car le Père cordelier (1) et Madame des Essarts m’avaient mandé qu’ils n’avaient rien reçu pour moi. Elle ne contient rien de particulier, et je n’ai à répondre qu’à cette dernière, laquelle contient deux points principaux : le premier regarde les filles de Sainte-Marie, et le second votre établissement.

Vous ne pouvez penser, dites-vous, pour quelles raisons Mgr de Paris empêche que ces filles aillent en Pologne, et vous désirez que je vous en dise quelque chose, pour en informer la reine, qui en est en peine. Je vous dirai donc, Monsieur, que M. de Morangis, en qui mondit seigneur l’archevêque a quelque confiance

10) Voir] es Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, p 127.

Lettre 1511. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1). Le P. Berthod.

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et qui s’est employé vers lui pour tâcher de le fléchir, m’a dit qu’il lui a coté deux raisons pour lesquelles il ne voulait consentir à cet établissement : la première est de ce que la reine ne s’est pas adressée à lui le premier pour cela ; et la seconde, qu’il est mal content de ces religieuses, tant pource qu’elles ont traité de cet affaire sans lui en parler, que pour un autre sujet que je ne puis vous dire et auquel je vous puis assurer qu’elles n’ont pas fait faute ; ains selon Dieu la chose est d’une telle nature qu’il ne se peut éclaircir (2). Notez, s’il vous plaît, qu’il ne s’est encore mêlé d’aucun de leurs établissements et qu’on y a toujours procédé comme on a voulu faire en celui-ci, sans qu’il y ait trouvé à redire. Voilà sur quoi il fonde son refus. Je doute fort qu’il se rétracte, si la reine ne lui écrit en français une lettre cordiale qui le satisfasse ; et quand elle le ferait, je douterais encore qu’il se rende (3). Il ne faut pourtant pas laisser d’employer ce moyen, s’il plaît à Sa Majesté lui faire cet honneur. Après tout cela, j’appréhende encore l’opposition des parents des filles, quand ce viendrait au fait et au prendre. Mais je vous dois dire, Monsieur, qu’en toutes ces difficultés il n’y a point de la faute pour tout de la part desdites religieuses, qui se porteraient volontiers à ce bon œuvre pour la gloire de Dieu, la consolation de la reine et l’honneur de leur saint Institut, si elles n’en étaient empêchées.

Pour le second point de votre lettre, qui parle de la difficulté qu’on apporte à permettre votre établisse

2) Ces mots, depuis auquel je vous puis sont de la main du saint.

3). Jean-François de Gondi persista dans son refus, les religieuses de la Visitation qui allèrent en Pologne furent demandées à des monastères de province.

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ment, j’adore en cela la conduite de Dieu, sans l’ordre duquel rien ne se fait ; et nous ferons mieux de regarder en son bon plaisir toutes les traverses qui nous arriveront, que de les imputer à personne. Et quand il serait vrai que ceux dont on vous a parlé nous porteraient envie et feraient du pis qu’ils pourraient contre nous, je ne me lasserais jamais de les estimer, de les aimer et de les servir autant que je le pourrais faire, soit ici, ou soit ailleurs. Cependant voici une copie authentique de notre bulle (4) égalisée (5) par M. l’official de Paris (6) et par Mgr le nonce (7), duquel j’attends une lettre pour Mgr le nonce de Pologne, portant recommandation et témoignage en faveur de la compagnie, afin que le même nonce de Pologne ait agréable de les employer vers Mgr l’évêque de Posnanie (8), au défaut de la lettre testimoniale qu’il vous a fait demander de la part de Mgr de Paris, à qui je n’ai osé la demander. J’espère de la bonté de Dieu et de la force de la vérité que cela suffira et que bientôt vous serez établis.

Nous recevrons cordialement ce bon ecclésiastique qui appartient à mondit seigneur le nonce de Pologne, et le logerons aux Bons-Enfants, selon que vous lui avez fait espérer.

Nos petites nouvelles sont toujours les mêmes. Ne pouvant aller faire mission aux champs, parce que les pauvres gens sont épars, qui d’un côté, qui d’autre, ayant été chassés de leurs maisons par la crainte du mauvais traitement des gens de guerre, nous sommes résolus de la faire à ceux qui se sont réfugiés à Paris,

4) La bulle d’érection de la compagnie.

5) Le secrétaire a sans doute voulu écrire légalisée

6) André du Saussay.

7) Nicolas Bagni.

8) Florien Casimir Czartoryski (1650-1654).

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et avons commencé aujourd’hui en notre propre église a 800 de ces pauvres gens logés en ces faubourgs ; et puis nous irons aux autres. Quelqu’un des nôtres est aussi allé commencer celle des réfugiés de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, que nous irons confesser dans la même église.

Nous sommes dans quelque espérance de paix depuis quelques jours que le duc de Lorraine est parti pour sortir du royaume avec son armée, laquelle est venue jusqu’à nos portes, et lui jusques dans la ville. Il a fait sa paix sur le point que l’armée du roi lui allait livrer bataille auprès de Charenton. Il a mieux aimé accepter un accommodement que de se hasarder au combat, de sorte que ce pauvre pays est déchargé d’un fâcheux fardeau. C’est un effet, comme on pense pieusement, des suffrages des saints, particulièrement de sainte Geneviève, des processions qu’on a faites avec grand ordre et autant de dévotion extérieure que j’en ai jamais vue, et des bonnes œuvres qui se font à Paris dans les tribulations présentes, dont les principales sont : 1° de donner du potage tous les jours à près de 15.000 pauvres, tant honteux que réfugiés. 2° L’on a retiré les filles réfugiées, en des maisons particulières, où elles sont entretenues et instruites jusqu’au nombre de 800. Jugez combien de maux se seraient faits si elles étaient demeurées vagabondes. Nous en avons cent dans une maison du faubourg Saint-Denis. 3° On va retirer du même danger les religieuses de la campagne que les armées ont jetées dans Paris, dont les unes sont sur le pavé, d’autres logent en des lieux de soupçon et d’autres chez leurs parents ; mais, toutes étant dans la dissipation et le danger, on a cru faire un service bien agréable à Dieu de les enfermer dans un monastère, sous la direction des filles de

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Sainte-Marie. Et enfin on nous envoie céans les pauvres curés, vicaires et autres prêtres des champs qui ont quitté leurs paroisses pour s’enfuir en cette ville ; il nous en vient tous les jours ; c’est pour être nourris et exercés aux choses qu’ils doivent savoir et pratiquer (9).

Voilà comme il plaît à Dieu que nous participions à tant de saintes entreprises. Les pauvres Filles de la Charité y ont plus de part que nous quant à l’assistance corporelle des pauvres. Elles font et distribuent du potage tous les jours chez Mademoiselle Le Gras à 1.300 pauvres honteux, et dans le faubourg Saint-Denis à 800 réfugiés ; et dans la seule paroisse de Saint-Paul quatre ou cinq de ces filles en donnent à 5.000 pauvres, outre soixante ou quatre-vingts malades qu’elles ont sur les bras. Il y en a d’autres qui font ailleurs la même chose.

Je vous prie de prier pour elles et pour nous, comme nous faisons toujours pour le succès de vos saintes intentions, la sanctification de vos âmes et de votre conduite et la conservation de vos personnes. J’embrasse tendrement la vôtre et celles que le bon Dieu vous a commises. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d.l. M.

Voici deux lettres de Mgr le nonce ; je pense que M. du Chesne vous marque la raison pourquoi il y en a deux.

9) Voir les Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement p. 128.

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1512. — AUX SŒURS DE VALPUISEAUX

De Paris, ce 23 juin 1652.

Mes bonnes Sœurs,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu de ce qu’enfin vous voilà de retour chez vous (1) et de ce qu’après tant de peines et de périls il vous a conservées ! Je l’en remercie de tout mon cœur. J’ai eu grande joie d’apprendre de vos nouvelles ; mais j’ai senti un pareil déplaisir de vos indispositions. Je me soumets pourtant au bon plaisir de Dieu, qui tirera sa gloire de votre maladie, comme il a fait de la santé, en laquelle j’espère qu’il vous rétablira bientôt par sa grâce et par le changement d’air. Je ne puis vous exprimer ma reconnaissance pour votre conservation ; elle m’est sensible comme si, étant mortes, il vous avait ressuscitées.

Il faut avouer, mes Sœurs, que vous avez eu bien du mal, mais aussi en serez-vous amplement récompensées ; et non seulement votre récompense sera grande, pour le mal que vous avez souffert, mais pour les biens que vous avez faits en servant les malades et les blessés dans l’hôpital, et par les bons exemples que vous y avez donnés ; de quoi je prie le bon Dieu qu’il soit sa louange et son remercîment.

On m’a dit qu’il y a force malades au Val de Pui-

Lettre 1512. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Le village de Valpuiseaux, voisin d’étampes, avait beaucoup souffert des vols et des brigandages des soldats. Les habitants s’étaient enfuis dans les villes, et les sœurs avec eux.

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seau, et que c’est à présent que ce pauvre lieu a grand besoin de secours ; ce qui me fait redoubler mes prières à Dieu, à ce qu’il vous remette en état de les voir et de les consoler ; et je vous prie, mes Sœurs, de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter. Mademoiselle Le Gras vous envoie à cet effet des sirops et des drogues, et moi je prie la pauvre veuve de feu Pierre Charpentier de vous fournir l’argent dont vous aurez besoin. Je vous prie de ne rien épargner pour vous remettre. Nous vous enverrions une sœur pour vous aider, s’il nous était possible, mais vous savez quelle est la difficulté des chemins (2) ; d’ailleurs, les misères sont si grandes à Paris, que Mademoiselle Le Gras n’en a pas assez pour assister les malades et les pauvres réfugiés partout où l’on lui en demande. On leur fait des potages en quantité de paroisses ; nos sœurs de Saint-Paul (3) en donnent tous les jours à près de huit mille pauvres, tant honteux que réfugiés, sans comprendre soixante ou quatre-vingts malades qu’elles ont sur les bras. Jamais votre compagnie n’a tant travaillé qu’elle fait à cette heure, ni plus utilement ; j’espère qu’en cette considération Dieu la bénira beaucoup.

Votre bonne Mère (4) se porte bien. Je reviens à vous, mes Sœurs, pour vous prier derechef d’avoir grand soin de recouvrer vos forces perdues ; ne vous pressez pas de travailler, remettez-vous bien auparavant. Vous êtes à présent comme dans un désert, car je regarde le Val de Puiseau comme cela ; mais souvenez-vous que

2) Les dangers ne venaient pas seulement des brigands et des soldats. Les bêtes fauves erraient dans les campagnes et même dans les villes à la recherche des cadavres. Il est rapporté dans la Relation du mois d’août qu’à étampes même trois femmes furent dévorées par des loups.

3). Paroisse de Paris.

4) Louise de Marillac.

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Notre-Seigneur a lui-même honoré la solitude, ayant voulu passer quelque temps dans le désert, comme vous savez ; or, ce nous est toujours bénédiction de nous trouver dans les états par lesquels notre bon Seigneur et Maître a passé. C’est à lui que je vous recommande souvent. Continuez à le craindre et à le bien aimer ; offrez-lui vos incommodités et vos petits services, et ne faites rien que pour lui complaire, et de la sorte vous irez croissant en grâce et en vertu. Priez-le pour nous et pour moi, qui suis, en son amour, mes bonnes Sœurs, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A mes sueurs les sœurs de la Charité, servantes des pauvres malades au Val de Puiseau.

1513 — A UNE RELIGIEUSE DU SECOND MONASTèRE

DE LA VISITATION (1)

[Juin ou juillet 1652] (2)

Mon Dieu ! ma chère Sœur, que je vous remercie de bon cœur de la bonté que vous avez pour nous ! Je ne puis vous exprimer la reconnaissance que j’en ai. Le continuel embarras dans lequel nous sommes m’a empêché de vous aller voir. Il y a sept ou huit jours que je ne suis allé à la ville. Au reste, je ne pense point du

Lettre 1513. — Keg. 1, f° 7, copie prise sur l’original autographe.

1). La lettre est dite adressée " à la Mère de Sainte Marie de Saint-Jacques", c’est-à-dire à la supérieure. Il est clair qu’il y a erreur. Nous pensons que le saint écrit à la sœur Marie-Agnès Le Roy, qui avait fini son second triennat le 13 mai 1652.

2). Les alarmes des Visitandines du couvent Saint-Jacques ne peuvent guère s’expliquer que par les événements dont Paris fut alors le théâtre.

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tout que votre maison ait sujet de craindre. Outre la protection particulière de Dieu, vous avez l’estime dans lequel est votre Ordre communément parlant, et puis l’intérêt que tous les parents de nos chères sœurs et de vos petites filles prennent en votre conservation : Vos murailles sont fortes et hautes, Dieu merci, du côté des champs. Oh ! non, ma chère Sœur, je ne vois point que vous deviez vous alarmer pour tout, non pas même quand il y aurait quelques autres monastères qui se retireraient dans la ville (3).

Voilà, ma chère Sœur, mes petits sentiments sur cela et, ma chère Sœur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je salue très humblement notre chère Mère (4) et suis son très humble serviteur.

1514. — éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GêNES, (1)

A SAINT VINCENT

[Juillet 1652] (2)

Niolo est une vallée d’environ trois lieues de long et une

3) Le premier monastère hospitalisa six mois durant les sœurs de Saint-Denis, Chaillot et Dammartin. Celles du second monastère restèrent chez elles et n’eurent aucun mal

4). La Mère Marie-Augustine Bouvard

Lettre 1514. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. V, 1er éd., p. 75 et suiv

1) Cette lettre est donnée à tort comme de Jean Martin par l’auteur de sa notice imprimée (Notices, t I, p. 277 et suiv.). Elle est d’un missionnaire qui connaissait les Pyrénées, c’est-à-dire d’Etienne Blatiron, précédemment supérieur de l’établissement d’Alet C’est, au reste, à ce dernier que saint vincent lui-même l’attribue dans sa lettre du 9 août à Jean Martin (lettre 1535)

2). Voir note l. Le contenu montre que la lettre n’a pas été écrite avant le mois de juillet.

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demi lieue de large, entourée de montagnes, dont les accès et les chemins pour y aborder sont les plus difficiles que j’aie jamais vus, soit dans les monts Pyrénées, ou dans la Savoie ; ce qui fait que ce lieu-là est comme un refuge de tous les bandits et mauvais garnements de l’île, qui, ayant cette retraite, exercent impunément leurs brigandages et leurs meurtres, sans crainte des officiers de la justice.

Il y a dans cette vallée plusieurs petits villages, et dans toute son enceinte environ deux mille habitants. Je n’ai jamais trouvé de gens, et je ne sais s’il y en a en toute la chrétienté, qui fussent plus abandonnés qu’étaient ceux-là. Nous n’y trouvâmes presque point d’autres vestiges de la foi, sinon qu’ils disaient avoir été baptisés, et qu’il y avait quelques églises, mats très mal entretenues. Ils étaient dans une telle ignorance des choses de leur salut, qu’à grand’peine eut-on pu y trouver cent personnes qui sussent les commandements de Dieu et le symbole des apôtres. Leur demander s’il y a un Dieu, ou s’il y en a plusieurs, et quelle des trois personnes divines s’est faite homme pour nous, c’était leur parler arabe. Le vice y passait pour vertu et la vengeance y avait un tel cours que les enfants n’apprenaient pas plus tôt à marcher et à parler, qu’on leur montrait à se venger quand on leur faisait la moindre offense ; et il ne servait de rien de leur prêcher le contraire, parce que l’exemple de leurs ancêtres et les mauvais conseils de leurs propres parents touchant ce vice avaient été de si profondes racines dans leurs esprits, qu’ils n’étaient pas capables de recevoir aucune persuasion contraire. Il y en avait plusieurs qui passaient l. es sept et huit mois sans entendre la messe, et les trois, quatre, huit et dix ans sans se confesser. On trouvait même des jeunes gens de quinze et seize ans qui ne s’étaient encore jamais confessés. Et avec tout cela il y avait quantité de vices qui régnaient parmi ces pauvres gens. Ils étaient fort enclins à dérober ; ils ne faisaient aucun scrupule de manger de la chair le carême et les autres jours défendus ; ils se persécutaient et molestaient les uns et les autres comme des barbares et lorsqu’ils avaient quelque ennemi, ils ne faisaient aucune difficulté de lui imposer faussement quelque grand crime dont ils l’accusaient en justice, et produisaient autant de faux témoins qu’ils en voulaient. D’autre part, ceux qui étaient accusés soit qu’ils fussent coupables, ou non, trouvaient des personnes qui disaient et soutenaient en justice tout ce qu’ils voulaient, pour leur justification ; d’où provenait que la justice ne se rendait point et qu’ils se la faisaient eux-mêmes, s’entre-tuant facilement les uns les autres en toutes sortes d’occasions.

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Outre tous ces désordres, il y avait encore un très grand abus parmi les habitants de cette île touchant le sacrement de mariage : ils le célébraient rarement qu’ils n’eussent auparavant habité ensemble ; et pour l’ordinaire, lorsqu’ils étaient fiancés, ou qu’ils s’étaient seulement donné parole, la fille allait demeurer dans la maison de son futur mari ; et persévéraient dans cet état de concubinage deux et trois mois, et quelquefois deux et trois ans, sans se mettre en peine de s’épouser Ce qui est encore pis, une grande partie de ces mariages se faisaient entre des personnes parentes, sans se faire dispenser de l’empêchement de consanguinité, et demeuraient dans cet état les huit et dix ans, et même quinze et plus. Cependant ils avaient plusieurs enfants, lesquels, s’il arrivait que l’homme vint à mourir, étaient abandonnés comme bâtards, et la femme se remariait à un autre, qui état encore quelquefois son parent. On en a vu qui ont eu jusqu’à trois maris, avec lesquels elles ont vécu en concubinage et en inceste. Il arrivait même que si les personnes ainsi mariées venaient à se dégoûter l’un de l’autre, encore qu’ils eussent des enfants, ils ne laissaient pas de se séparer et de chercher parti ailleurs.

Il y avait encore un autre grand abus, qui est que les parents pour la plupart mariaient leurs enfants avant l’âge nubile ; il s’en est trouvé qui les ont mariés dès l’âge de quatre ou cinq ans, et il y en a eu un entre les autres qui avait marié sa fille, dès l’âge de un an, à un enfant de cinq ans. De ce désordre il en provenait un autre, qui est que bien souvent ces enfants n’ayant jamais eu d’affection l’un pour l’autre, ne se pouvaient voir ni souffrir et même que plusieurs faisaient divorce et en venaient jusqu’à des inimitiés, des attentats et des meurtres les uns contre les autres.

Dans cette seule vallée nous y avons bien trouvé six-vingts concubinaires, desquels quatre-vingts ou environ étaient aussi incestueux ; et entre ceux-ci il y en avait environ quarante qui avaient été déclarés et dénoncés excommuniés pour ce sujet, lesquels, nonobstant cela, ne laissaient pas de traiter et converser avec les autres habitants aussi librement que s’ils ne l’eussent point été. De sorte que presque tout ce quartier-là se trouvait embarrassé de ces censures, et la plus grande partie des habitants excommuniés, pour avoir communiqué et traité avec ces gens-là.

Voilà le déplorable état où se trouvait tout ce pauvre peuple lorsqu’on y envoya des prêtres pour y faire la mission Voici de quelle façon nous avons agi pour apporter quelques remèdes à tant de désordres

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Premièrement, nous avons usé de la plus grande diligence qu’il nous a été possible pour instruire le peuple des choses nécessaires à salut ; à quoi nous employâmes environ trois semaines.

2° Nous fîmes séparer les concubinaires, au moins tous ceux dont nous eûmes connaissance et qui demeuraient sur le lieu ; et au jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, patrons de l’église où nous étions, tous ces concubinaires étant bien convaincus du mauvais état dans lequel ils avaient vécu, et touchés d’un vrai sentiment de pénitence, s’étant mis à genoux à la fin de la prédication demandèrent publiquement pardon du scandale qu’ils avaient donné, et promirent avec serment de se séparer ; et, s’étant en effet séparés, se présentèrent au tribunal de la confession.

3° L’on fit aussi séparer ceux qui étaient excommuniés, lesquels s’étant présentés avec toutes les marques d’un cœur vraiment contrit et humilié à la porte de l’église pour être absous, après leur avoir fait une remontrance sur la censure qu’ils avaient encourue, ils s’obligèrent tous l’un après l’autre, par un serment public, de demeurer séparés et de n’entrer jamais dans la maison l’un de l’autre, pour quelque occasion ou raison que ce put être ; et ensuite furent absous publiquement ; puis on les reçut à la confession et quelque temps après à la communion. Comme il y avait quelques ecclésiastiques qui fomentaient ces désordres par leurs mauvais exemples et qui commettaient des incestes et des sacrilèges avec leurs nièces et parentes il plut à la miséricorde de Dieu de leur toucher le cœur, tant par les remontrances charitables qui leur furent faites, que par le moyen des conférences spirituelles auxquelles ils assistèrent ; en sorte que tous firent leurs confessions générales avec toutes les démonstrations d’une vraie pénitence, y ajoutant les réparations publiques du scandale qu’ils avaient donné.

Mais le plus fort de notre travail fut notre emploi pour les réconciliations ; et je puis dire que hoc opus, hic labor, parce que la plus grande partie de ce peuple vivait dans l’inimitié. Nous fûmes quinze jours sans y pouvoir rien gagner sinon qu’un jeune homme pardonna à un autre qui lui avait donne un coup de pistolet dans la tête. Tous les autres demeuraient inflexibles dans leurs mauvaises dispositions, sans se laisser émouvoir par aucune chose que nous leur pussions dire ; ce qui n’empêcha pas pourtant que le concours du peuple ne fut toujours fort grand aux prédications, que nous continuions tous les jours matin et soir. Tous les hommes venaient armés à la prédication, l’épée au coté et le fusil sur l’épaule, qui est leur

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équipage ordinaire. Mais les bandits et autres criminels, outre ces armes, avaient encore deux pistolets et deux ou trois dagues à la ceinture. Et tous ces gens-là étaient tellement préoccupés de haines et de désirs de vengeance que tout ce qu’on pouvait dire pour les guérir de cette étrange passion ne faisait aucune impression sur leurs esprits ; plusieurs même d’entre eux, lorsque l’on parlait du pardon des ennemis, quittaient la prédication de sorte que nous étions tous fort en peine, et moi encore plus que tous les autres, comme étant plus particulièrement obligé de traiter ces accommodements.

Enfin, la veille de la communion générale, comme j’achevais la prédication, après avoir exhorté derechef le peuple à pardonner, Dieu m’inspira de prendre en main le crucifix que je portais sur moi, et de leur dire que ceux qui voudraient pardonner vinssent le baiser ; et sur cela, je les y conviai de la part de Notre-Seigneur, qui leur tendait les bras disant que ceux qui baiseraient ce crucifix donneraient une marque qu’ils voulaient pardonner et qu’ils étaient prêts de se réconcilier avec leurs ennemis. A ces paroles, ils commencèrent à s’entre-regarder les uns les autres ; mais, comme je vis que personne ne venait je fis semblant de me vouloir retirer et je cachai le crucifix, me plaignant de la dureté de leurs cœurs et leur disant qu’ils ne méritaient pas la grâce, ni la bénédiction que Notre-Seigneur leur offrait. Sur cela, un religieux de la réforme de Saint-François s’étant levé, commença de crier : "O Niolo, ô Niolo, tu veux donc être maudit de Dieu ! tu ne veux pas recevoir la grâce qu’il t’envoie par le moyen de ces missionnaires, qui sont venus de si loin pour ton salut. !" Pendant que ce bon religieux proférait ces paroles et autres semblables, voilà qu’un curé, de qui le neveu avait été tué, et le meurtrier était présent à cette prédication, vient se prosterner en terre et demande à baiser le crucifix et en même temps dit à haute voix : "Qu’un tel s’approche (c’était le meurtrier de son neveu) et que je l’embrasse." Ce qu’ayant fait, un autre prêtre en fit de même à l’égard de quelques-uns de ses ennemis qui étaient présents ; et ces deux furent suivis d’une grande multitude d’autres ; de façon que pendant l’espace d’une heure et demie on ne vit autre chose que réconciliations et embrassements ; et pour une plus grande sûreté, les choses les plus importantes se mettaient par écrit, et le notaire en faisait un acte public.

Le lendemain, qui fut le jour de la communion, il se fit une réconciliation générale, et le peuple, après avoir demandé pardon à Dieu, le demanda aussi à leurs curés, et les curés réciproquement au peuple, et le tout se passa avec beaucoup d’édification.

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Après quoi, je demandai s’il restait encore quelqu’un qui ne se fut point réconcilié avec ses ennemis ; et incontinent se leva un des curés, qui dit que oui et commença d’en appeler plusieurs par leurs noms, lesquels, s’approchant, adorèrent le très Saint-Sacrement, qui était exposé, et sans aucune résistance ni difficulté s’embrassèrent cordialement les uns les autres. O Seigneur, quelle édification à la terre et quelle joie au ciel de voir des pères et des mères qui, pour l’amour de Dieu, pardonnaient la mort de leurs enfant s ; les femmes, de leurs maris ; les enfants, de leurs pères ; les frères et les parents, de leurs plus proches ; et enfin de voir tant de personnes s’embrasser et pleurer sur leurs ennemis ! Dans les autres pays, c’est chose assez ordinaire de voir pleurer les pénitents aux pieds des confesseurs ; mais en Corse, c’est un petit miracle.

Le lendemain de la communion, nous reçûmes lettre qu’il fallait nous rendre à la Bastide (3), où une galère envoyée exprès par le sénat de Gênes nous attendait. Nous tardâmes néanmoins encore deux jours, qui furent employés fort utilement à faire quelques accommodements qui restaient ; et le mardi se lit une prédication de la persévérance, où il y eut un si grand concours de peuple, qu’il fallut prêcher hors de l’église. Là se renouvelèrent les promesses et protestations de vouloir mener une vie vraiment chrétienne et y persévérer jusques à la mort ; et les curés promirent hautement d’enseigner le catéchisme et de se rendre plus soigneux de leur devoir.

La pluie qui survint à la fin de la prédication nous empêche de partir ce jour-là ; et le soir je m’en allai en un lieu distant d’une petite lieue pour parler à deux personnes qui n’avaient point voulu assister à aucune prédication, de peur d’être obligées de pardonner à leurs ennemis qui avaient tué leur frère. Et toutefois ayant été priés par leur curé de suspendre au moins l’effet de leur vengeance jusqu’à ce qu’ils m’eussent parlé, ils le firent ; et il plut à Notre-Seigneur de leur toucher le cœur par sa grâce, en sorte qu’ils pardonnèrent la mort de ce frère. Et le mercredi matin, après les avoir confessés et communiés, nous partîmes tous ensemble et fûmes accompagnés de plusieurs ecclésiastiques et autres principaux du lieu, lesquels, en signe de réjouissance et pour une marque de leur reconnaissance pour les petits services que nous leur avions rendus, tirèrent quantité de coups de leurs fusils et autres armes à feu, à notre embarquement.

3) Ancien nom de la ville de Bastia.

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1515. - — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

5 juillet 1652.

Il faut témoigner une grande reconnaissance à ce bon seigneur sénateur qui veut faire du bien à votre maison et qui en veut attirer quelque autre à son dessein. Pour moi, j’en rends grâces à Dieu de tout mon cœur. Mais pour rendre compte à personne de l’usage des deniers qu’il vous donnera, qu’au seul visiteur de la compagnie, c’est ce que nous ne pouvons pas faire ; et je n’ai jamais voulu entrer dans cette sujétion, non pas même pour la maison de Saint-Lazare. Lorsque nous y entrâmes, Monseigneur l’archevêque de Paris nous y mena et voulut nous obliger de lui rendre compte, ainsi que faisaient les anciens religieux ; mais je lui dis que nous aimions mieux nous en retourner ; et quelque chose que l’on me pût dire, Dieu me fît la grâce de tenir ferme, Ma raison était que, comme nous allons en mission d’un côté et d’autre, il est presque impossible d’écrire par le menu les diverses dépenses que nous faisons ; et, dans cette difficulté, pour trouver notre compte il faudrait supposer des frais que nous n’aurions pas faits, au lieu des véritables que nous aurions omis d’écrire ; ce qui ne se pourrait pas faire sans danger de péché.

Vous me faites espérer vos prières pour la paix de ce royaume, dont je vous remercie. Jamais le besoin n’en fut plus grand. Il n’y a que trois ou quatre nuits que nous avions une armée entière autour de notre clos. Mais parce qu’elle était poursuivie par celle du roi, elle

Lettre 1515. — La première partie de cette lettre nous a été conservée par le reg. 2, p. 64, la seconde par l’auteur de la vie manuscrite de M. Alméras, p. 33

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fila dès le matin en grande hâte, et l’arrière-garde fut attaquée derrière le séminaire de Saint-Charles, qui courut grand risque d’être pillé (1). Huit soldats, y étant entrés à ce dessein, voulurent maltraiter M. Alméras (2), qui leur offrait la table et de l’argent, pourvu qu’ils ne fissent autre mal ; mais ils allèrent dans les chambres, rompirent des coffres et se chargèrent de ce qu’ils trouvèrent de meilleur. Et sur le point qu’ils sortaient, chargés de butin, un suisse et un cocher de M. le duc de Bouillon (3), passant par là, virent ce désordre et mirent la main à l’épée contre eux, et, après leur avoir fait rendre ce qu’ils avaient pris, les mirent dehors et demeurèrent le jour et la nuit dans la maison, pour empêcher que d’autres voleurs n’y entrassent. C’étaient des hommes qui ne nous connaissaient pas et qui se sont portés à notre défense par compassion. Il faut avouer que Dieu est admirable de nous les avoir adressés si à propos. Nous les avons considérés comme deux protecteurs envoyés de sa part. Ils se retirèrent le lende-

1) Pour éviter d’être placé entre les forces de Turenne et les murs de Paris, ce qui aurait amené l’anéantissement de son armée, Condé ordonna à ses troupes un mouvement de retraite. Sur le refus que lui fit la ville de Paris d’ouvrir les portes à ses soldats, il passa la Seine à Saint-Cloud, pénétra dans le bois de Boulogne et contourna les faubourgs de l’ouest et du nord de la Capitale pour arriver à Charenton, où il désirait prendre position. Son armée marchait sur trois colonnes ; il commandait la dernière Le 1er juillet au matin, Turenne accourut de Saint-Denis avec vingt-deux escadrons, tandis que Condé accélérait sa marche et se fortifiait dans le faubourg Saint-Antoine, où se trouvaient encore les barricades élevées par les Parisiens, le mois précédent, contre les troupes du duc de Lorraine. C’est là que devait s’engager le lendemain la célèbre bataille qui aurait mis fin à l’insurrection de Condé, sans l’acte audacieux de Mademoiselle. Le séminaire Saint-Charles, situé à l’extrémité de l’enclos de Saint-Lazare, sur le chemin qui menait de Paris à Saint-Denis, était sur le parcours des deux armées.

2). Supérieur du séminaire Saint-Charles.

3). Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne, frère de Turenne.

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main, qui était mercredi dernier, assez satisfaits de nous.

1516. — A LAMBERT AUX COUTEAUX

De Paris, ce 5° juillet 1612.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Les affaires publiques sont si fort brouillées de deçà, qu’à peine pouvons-nous penser à autre chose qu’à notre conservation. Je vous dirai néanmoins qu’au milieu de cela votre lettre du 4° juin m’a fort consolé.

Je ne me rétracte point de ce que je vous ai mandé sur le sujet des filles de Sainte-Marie, ni aussi je n’y ajoute rien ; nous verrons quel effet fera la lettre de la reine sur l’esprit de Mgr de Paris.

Les Filles de la Charité seront toujours prêtes d’aller, mais il faut attendre l’occasion. M. Cruoly est encore à Rethel, continuant d’y assister le pauvre peuple de la ville et des environs, à 5 lieues à la ronde. Il est aidé de deux autres prêtres et d’un frère. La moisson qui se fera là et les misères qui sont ici lui feront quitter son poste à la fin de ce mois, aussi bien qu’à tous les autres qui depuis deux ans ont travaillé à ce saint œuvre, tant en Champagne qu’en Picardie. Je verrai pour lors en quelle disposition sera M. Cruoly pour le voyage de Pologne.

Je loue Dieu de ce que la reine se porte toujours avec ardeur à toutes les bonnes œuvres de charité et de ce que ses aumônes sont utilement distribuées à Cracovie.

Lettre 1516. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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Je remercie aussi N.-S. de la conservation et bonne conduite des ouvriers que vous y avez envoyés.

Je pensais vous avoir écrit que j’ai reçu la lettre dont il a plu à Sa Majesté de m’honorer, en réponse de la mienne, sur le sujet de son heureux accouchement, dont je l’avais congratulée.

Je reçois à temps toutes vos lettres, pource que je les envoie quérir exactement tous les jeudis chez Madame des Essarts ou chez le Père Berthod ; elles sont sûres ès mains de l’un ou de l’autre.

J’ai enfin reçu le pied d’élan, dont je vous remercie ; je l’enverrai à Madame la duchesse d’Aiguillon.

Je ne vous dis rien de nos troubles présents, sinon que lundi au soir (1) nous fûmes investis tout à coup d’une armée ; mais elle ne fit que passer le long des murailles de notre clos, sans s’y arrêter qu’une partie de la nuit. Elle était poursuivie de l’armée du roi, qui l’éloigna de nous, et toutes deux nous ont fait plus de peur que de mal. Le séminaire de Saint-Charles eût été pillé sans deux hommes, envoyés de Dieu, qui, après avoir fait rendre le butin que huit soldats y avaient pris, les mirent dehors et en empêchèrent l’entrée à d’autres. Ces deux hommes nous étaient inconnus, comme nous à eux ; et pour cela je dis que Dieu nous les envoya pour défendre cette maison fort à propos, ce qu’ils firent par compassion, ainsi qu’ils nous ont dit. Ils s’en allèrent le lendemain trouver M. le duc de Bouillon, leur maître, à Saint-Denis, où la cour est depuis huit ou dix jours. Et comme le malheur du temps s’échauffe notablement, on nous a conseillé d’avoir céans quelques hommes armés. Et en effet nous

1) 1er juillet

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les avons eus cette nuit, à dessein de les garder, afin qu’ils nous gardent, avec la grâce de Dieu, pendant le fâcheux orage où nous sommes ; et moi-même j’ai veillé avec eux ; et chaque nuit six ou sept personnes de la compagnie et autant de domestiques veillent, tant à Saint-Charles que dans le clos et autour de Saint-Lazare, d’où nous avons ôté ce que nous avons pu de meubles. Je vous donne à penser quelle est notre affliction et celle en laquelle Paris va tomber, si Dieu n’en a pitié Il est à craindre qu’il se détruise lui -même. Il commença hier en la maison de ville, où M. Le Gros (2) a passé la nuit, en grand danger d’être tué ou blessé, ainsi que beaucoup d’autres l’ont été (3). Le parlement n’ose plus rentrer, craignant les séditieux.

Continuez à prier pour nous et pour moi, qui suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

2) Parmi les membres de l’assemblée tenue à l’hôtel de ville le 4 juillet se trouvaient vingt députés des diverses congrégations religieuses de paris J B Le Gros, prêtre de la Mission, représentait Saint-Lazare.

3). La journée du 4 juillet 1652 compte parmi les plus tristes de l’histoire de Paris Une vile populace assiégea l’hôtel de ville, y mit le feu, pilla et tua, sans être inquiétée. Legras, maître des requêtes, Ferrand, conseiller au parlement, Legrand, avocat au parlement, Leboulanger, auditeur des comptes, Guillois, premier échevin, furent au nombre des victimes. Registres de l’hôtel de ville, t. III, pp. 51-73)

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1517. — A FRANçOIS HALLIER ET JéRôME LAGAULT

[1652, vers juillet] (1)

Monsieur,

Je vous remercie de la consolation que votre chère lettre m’a apportée ; j’ai grande confusion de me voir prévenu de cet honneur et du remerciement que vous me faites, nonobstant que je vous sois inutile partout, aussi bien que notre petite compagnie, qui n’a pas été digne de vous loger chez elle à Rome, tant elle y est chétive. Je sais bien qu’elle n’a pas manqué de bonne volonté et n’en manquera jamais pour votre service. Pour moi, je souhaite ardemment les occasions de vous rendre le mien.

Je m’en vais vous obéir à l’égard du Père cordelier et agir vers les RR. PP…, afin qu’ils ne l’emploient point en votre affaire. Je vous en manderai leurs sentiments et continuerai de prier Dieu qu’il bénisse vos travaux de delà, lesquels pourront être de longue haleine, si le bon Dieu n’abrège en votre faveur les longueurs ordinaires de la cour romaine. Et pour cela, Monsieur, il faut ménager votre bonne disposition.

Si, en votre absence, vous m’honorez de vos commandements de deçà, je les recevrai avec grande joie et pareil désir de vous faire voir que je suis en N.-S., Monsieur, votre…

Lettre 1517. — Reg.I, f° 51

1) Cette lettre, ainsi que l’indique le contenu, est des premiers temps du séjour de Hallier et Lagault à Rome ; elle a dû suivre d’assez près la lettre 1510.

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1518. — AU CARDINAL MAZARIN

[Entre le 29 juin et le 17 juillet 1652] (1)

Je supplie très humblement Votre éminence de me pardonner de ce que je m’en revins hier au soir (2) sans avoir eu l’honneur de recevoir ses commandements ; je fus contraint à cela, parce que je me trouvai mal. Monsieur le duc d’Orléans vient de me mander qu’il m’enverra aujourd’hui Monsieur d’Ornano pour me faire réponse, laquelle il a désiré concerter avec Monsieur le prince (3). Je dis hier à la reine l’entretien que j’avais eu l’honneur d’avoir avec tous les deux séparément, qui fut bien respectueux et gracieux. J’ai dit à Son Altesse Royale que, si l’on rétablissait le roi dans son autorité et que l’on donnât un arrêt de justification (4) que Votre éminence donnerait la satisfaction que l’on désire (5) ; que difficilement pouvait-on accommoder cette grande affaire par des députés, et qu’il fallait des personnes de réciproque confiance, qui traitassent les choses de gré à gré. Il me témoigna de parole et de geste que cela lui revenait et me répondit qu’il en conférerait avec son conseil. Demain au matin, j’espère être en état d’aller porter sa réponse à Votre éminence, Dieu aidant (6).

Lettre 1518. — Abelly, op. cit, 1. I, chap XLIII, p. 206

1) La cour, arrivée à Saint-Denis le 28 juin au soir, alla se fixer à Pontoise le 17 juillet. C’est entre ces deux dates que la lettre doit être placée, puisque, au témoignage d’Abelly, le saint alla voir la reine à Saint-Denis. si nous tenons compte des événements, il est bien probable qu’elle est postérieure au 4 juillet.

2). De Saint-Denis.

3). Le prince de Condé.

4) Du cardinal

5) Probablement la sortie de Mazarin du. royaume.

6). Ces démarches du saint n’aboutirent pas. En acceptant, le 20 juillet, le titre de lieutenant général du royaume, le duc d’Orléans creusait plus profond le fossé qui le séparait de la cour.

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1519. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

[Entre le 5 et le 24 juillet 1652] (1)

La maladie continue à Palaiseau (2) Les premiers malades qui ne sont pas morts sont maintenant dans le besoin des convalescents, et ceux qui étaient sains sont maintenant malades. Un de nos prêtres m’est venu trouver exprès pour me dire que les gens de guerre ont coupé tous les blés et qu’il n’y a point de moisson à faire. Cependant nous ne sommes plus en état de soutenir cette dépense. Nous y avons fourni jusques ici 663 livres en argent, outre les vivres et les autres chose que nous y avons envoyées en espèce. Je vous supplie très humblement, Madame, de faire aujourd’hui une petite assemblée chez vous et de concerter ce que nous avons à faire. Je m’y rendrai, si je puis.

Je viens de renvoyer le prêtre avec un frère et cinquante livres. La maladie est si maligne que nos premiers quatre prêtres y sont tombés malades, et le frère aussi qui les accompagnait. Il a fallu les ramener ici, et il y en a deux qui sont à l’extrémité. O Madame, quelle moisson à faire pour le ciel, en ce temps où les misères sont si grandes à nos portes ! La venue du Fils de Dieu a été la ruine et la rédemption de plusieurs, comme dit l’évangile, et nous pouvons dire de même, en quelque façon, que cette guerre sera la cause de la damnation de quantité de personnes, mais que Dieu

Lettre 1519. — Abelly, op. cit., 2e éd., 1. II, p. 94.

1) La mention des quatre prêtres et du frère tombés malades à Palaiseau est l’indice certain que cette lettre est antérieure à la lettre 1527, qui parle de sept ou huit malades, et postérieure à la lettre 1516, qui ne dit rien des malades venus de Palaiseau.

2). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Oise. Turenne y avait établi son quartier général pendant trois semaines.

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s’en servira aussi pour opérer la grâce, la justification et la gloire de plusieurs, du nombre desquels nous avons sujet d’espérer que vous serez, comme j’en prie Notre-Seigneur.

1520. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

11 juillet [1652] (1)

Monsieur mon très honoré Père,

Madame de Varize fut hier pour avoir l’honneur de vous voir et vous proposer le désir que ceux qui ont soin de l’hôpital de Châteaudun ont d’avoir deux de nos sœurs. Elle me témoigne qu’elle se peut passer des deux que nous lui avons données pour Varize (2) et croit qu’il serait bien utile de les envoyer là. Je sais bien, Monsieur, qu’il y a bien longtemps que l’on nous en demande pour ce lieu ; mais jusques à présent il y a toujours quelque chose à redire.

Madite dame, avec une autre qui l’accompagnait, venait aussi pour demander à votre charité deux de nos sœurs pour servir les pauvres de Saint-André. Je leur ai allégué la nécessité d’en envoyer à étampes et aux paroisses de Paris, auxquelles la plupart de nos sœurs demeurent malades.

Nous mîmes en terre hier au soir notre bonne sœur Perrette, mère d’un Chartreux, et l’on m’a dit que l’une de nos meilleures filles qui sert les malades à Saint-Jacques-du-Haut-Pas devait avoir, le soir, l’extrême-onction. Une autre (est) dangereusement malade à Saint-Sulpice. Enfin, Monsieur, il faut croire que mes péchés désertent la compagnie des Filles de la Charité. Quand j’aperçois les fautes que j’y fais par la paresse de mon esprit, j’en ai grande confusion.

Si j’ai quelque réponse à faire à Madame de Varize en ces deux sujets, je supplie très humblement votre charité m’en faire avertir, me donner sa bénédiction et me faire toujours l’honneur de me croire, en l’amour de Notre-Seigneur, mon

Lettre 1520. — Gossin, op. cit., p. 489, d’après l’original communiqué par M. Le Vayer du Boulay, curé des Granges-le-Roi.

1) Cette lettre doit être rapprochée de la lettre 1522 et de celle qui, dans l’édition autographiée des Lettres de Louise de Marillac, porte le numéro 349 et est datée du 14 juillet.

2). Localité de l’arrondissement de Châteaudun (Eure-et-I. oir).

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très honoré Père, votre très obéissante fille et très obligée servante.

LOUISE DE MARILLAC.

Notre sœur des galériens vint hier me trouver tout épleurée pour ne pouvoir plus avoir de pain pour ses pauvres, pour tant à cause qu’il est dû au boulanger, que pour la cherté du pain Elle emprunte et quête partout pour cela avec grand’peine, et, pour comble de sa douleur, Madame la duchesse d’Aiguillon veut qu’elle lui fasse un mémoire de ceux qu’elle croit qu’on peut mettre dehors. A quoi je treuve trois graves difficultés. L’une, qu’elle ne peut avoir connaissance que par les traitements qu’ils lui font, soit ceux qui leur disent des injures ou des louanges ; et, cela étant, elle peut commettre une injustice. Une autre difficulté est que quelques-uns offrent de l’argent à leur capitaine et au concierge, lesquels déjà ont commencé à le quereller et l’accuser d’être cause de leur désordre. Et la troisième difficulté est que ceux qui demeureront à la chaîne croiront qu’elle en sera cause. Vous savez, mon très honoré Père, ce que ces personnes pourront dire et faire.

J’ai dit à notre sœur de différer de faire ce mémoire, à ce que j’aie eu l’ordre de votre charité de ce qu’elle aura à faire.

1521. — A PATRICE VALOIS

De Paris, ce 19 juillet 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Votre lettre ne contient que la peine où vous êtes du retour de M. Blatiron et des autres ; en effet, vous avez raison de craindre que les chaleurs les surprennent en Corse, et peut-être quelque maladie. J’en suis moi-même en grande peine et je prie Dieu qu’il les délivre de tous les dangers de mer et de terre. Je ne pense pas

Lettre 1521 — L. s. — Dossier de la Mission, original

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que la République (1), qui les a envoyés en ce pays-là et qui sait qu’il n’y a point de peste, les oblige à la quarantaine ; mais, quand elle le ferait, il se faudrait conformer à la volonté de Dieu en cela comme au reste ; ce leur serait aussi une occasion de travailler à la campagne ; ou bien ils s’en serviraient pour se reposer ; car l’un et l’autre sont à faire et à désirer. Nous continuerons à prier Dieu pour eux et pour vous ; ce que je vous prie de faire pour nos maisons de deçà et pour le pays, qui va croissant en désordre et sera bientôt dans une extrême misère, si Dieu, par sa bonté, n’en arrête le cours.

Outre cette affliction commune, nous en avons de particulières : c’est la perte du bon frère Patrocle (2), qui décéda dimanche céans, et l’accablement de 16 ou 18 malades que nous avons, entre lesquels plusieurs sont en danger, même M. Molony, qui est retombé. Je ne vous dis rien des qualités du défunt, pource que M. Duport l’a connu et gouverné, qui vous dira combien il était sage, doux, pieux et exemplaire. J’ajoute seulement qu’il allait tous les jours croissant en l’esprit de sa vocation. Il était natif de Paris, d’une famille considérable.

J’embrasse la vôtre et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Patrice Valois, prêtre de la Mission, à Gênes.

1) La république de Gênes.

2) Guillaume-Seguin Patrocle, clerc de la Mission, né à Paris, reçu dans la congrégation de la Mission le 9 octobre 1650, à l’âge de trente-quatre ans.

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1522. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

19 juillet 1652.

Monsieur mon très honoré Père,

Madame la présidente de Herse est venue céans demander de nos sœurs pour Saint-André. J’ai une très grande peine de n’en pouvoir envoyer de fortes pour secourir nos sœurs des paroisses, et très grande de n’avoir pu en accorder à cette bonne dame ; néanmoins, Monsieur, s’il n’en faut point envoyer à étampes ni en Pologne, comme Mlle de Lamoignon croit, il faudrait faire un effort, si votre charité le juge à propos, pour la contenter, pourvu qu’il n’y ait rien à redire à la conduite des prêtres de la paroisse.

Je supplie très humblement votre charité se souvenir que j’attends son ordre pour mon retour. Je n’ai fait aucune visite, à cause de quelque petite incommodité qui m’a arrêtée au lit ; mais, Dieu merci je crois que je ne demeurerai pas tout à fait malade, comme je craignais.

J’avais prié notre sœur. de savoir de votre charité si j’enverrais demander le Carrosse de Madame de Bouillon pour l’aller visiter, selon qu’elle lui avait témoigné le désirer. Elle se méprit vous faisant son message. C’est qu’il me semble qu’il faut un peu faire plus de façon avec cette dame qu’avec les autres.

Honorez-moi toujours de la croyance que je suis, par la volonté de Dieu, mon très honoré Père, votre très humble fille et servante.

LOUISE DE MARILLAC.

Tout présentement les Messieurs de Saint-Sulpice envoient quérir quatre filles des réfugiées (1) pour aider à nos sœurs. Faut-il les laisser faire, ou s’il ne serait point plus à propos que les malades convalescents allassent quérir leur ordinaire ? Nosdites sœurs sont six, mais il y en a deux de malades. Je crains que ce mélange fasse de la confusion et beaucoup de mal, et que cela vienne de nos sœurs mêmes.

Lettre 1522. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original autographe

1) Des filles chassées de leur pays par la guerre et recueillies à Paris dans la maison du Refuge.

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1523. — A JACQUES RAOUL DE LA GUIBOURGéRE,

éVêQUE DE LA ROCHELLE

[Vers 1652] (1)

J’ai reçu comme une bénédiction de Dieu la lettre dont vous m’avez honoré ; elle m’a fort consolé dans les afflictions communes de ce pays. Si celles qui ont menacé votre diocèse ne l’ont pas tant incommodé, je crois qu’après Dieu il en a l’obligation à vos sages conduites, qui ont détourné l’orage, en servant le roi ; et c’est de quoi je rends grâces à Dieu, aussi bien que de tant d’autres biens que vous faites et dedans et dehors votre ville, par lesquels les peuples sont maintenus en leur devoir envers Dieu, envers l’église et envers leur prince. Les hérétiques mêmes, qui voient cela, voient aussi l’excellence de notre sainte religion, l’importance et la grâce de la prélature, et ce qu’elle peut quand elle est saintement administrée, comme elle l’est par votre sacrée personne.

Je prie Dieu, Monseigneur, qu’il nous donne quantité de prélats semblables à vous, qui travaillent à l’avancement spirituel et temporel du peuple.

1524. — A LA REINE ANNE D’AUTRICHE

[Août ou juillet 1652] (1)

Madame,

Paris s’est merveilleusement réjoui quand il a su

Lettre 1523 — Abelly, op cit, 1 I, L chap. XLIII, P. 204.

1) Cette lettre a dû suivre de peu les troubles de la Fronde dans la région du sud-ouest.

Lettre 1524. — Reg. I, f° 34 v°.

1) écrite à l’époque de la moisson, en un temps où Paris était

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que l’incomparable bonté du roi et celle de Votre Majesté voulaient que sans empêchement on y apportât du blé ; mais cette joie, Madame, se trouve suivie d’un peu de tristesse, en ce que les gens de guerre ne laissent pas de venir à troupes enlever les blés, non seulement dans la plaine de Saint-Denis, comme je l’ai vu, mais entre La Chapelle et La Villette, qui sont deux villages à un quart de lieue de Paris, où ils courent sur les propriétaires qui osent en approcher pour faire leur moisson (2). Je supplie très humblement Votre Majesté, Madame, d’agréer que je lui donne cet avis, pource qu’elle m’a fait l’honneur de me dire (3) que le roi n’a pas défendu que ceux qui ont semé les terres en retirent les fruits, et que je sais que, s’il plaît à Sa Majesté et à la Vôtre, Madame, de remédier à l’empêchement qu’on leur donne, cela contribuera grandement à persuader au peuple qu’elles lui sont meilleures qu’il ne peut penser. Pour moi, Madame ; je rendrai toujours ce témoignage à toute la terre, par la force de la vérité et par l’obligation que j’ai d’être, comme je suis, en l’amour de N.-S., Madame, de Votre Majesté le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

VINCENT DEPAUL.

entouré de bandes de soldats pillards, cette lettre ne peut être que du mois de juillet ou du mois d’août de l’année 1652.

2) La Mère Angélique écrivait le 5 juillet (Lettres, t II, p 153) : "Le besoin de farine est si grand à Paris que le pain y vaut déjà, tout le plus noir, dix sols la livre… Nous avons du blé, mais on ne peut le faire moudre qu’avec une très grande peine, à cause des soldats qui volent les moulins", et le 16 juillet (ibid., p. 161) : "On essaye de renvoyer de Paris des paysans pour serrer les grains ; mais à mesure qu’ils serrent, les gens de guerre les viennent battre et dérober et mettent tout en fuite."

3). Probablement dans l’entrevue dont parle la lettre 1518.

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1525. — A MONSIEUR DE RAMEVILLE (1)

(Juillet 1652 (2)

Monsieur,

La bonté que Notre-Seigneur vous a donnée pour moi me fait vous supplier très humblement de nous donner un garde pour conserver une petite ferme que nous avons auprès de [Livry] (3). Je n’ai point eu du temps assez pour envoyer prier M. Desbordes (4) de vous en écrire. L’escorte que vous me fîtes l’honneur de m’envoyer dernièrement, allant à Saint-Denis, par la prévention de votre seule bonté, me donne la confiance de recourir à votre protection en cette occasion ; et s’il plaît à Dieu avoir agréable de me donner le moyen de le reconnaître par mes très humbles services, Dieu sait, Monsieur, de quel cœur je le ferai, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur…

1526. — AU MARéCHAL DE TURENNE

(Juillet 1652)

Monseigneur,

Je me donne l’honneur de vous écrire pour vous

Lettre 1525. — Reg. I, f° 70, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1) Maréchal de camp en l’armée du roi.

2). Cette lettre a suivi de peu de jours la lettre 1518.

3) Le copiste a lu Lucès il s’agit probablement de la ferme de Rougemont, située à Sevran, près du bois de Livry.

4) Vicomte de Soudé et auditeur des comptes.

Lettre 1526. — Reg. I, f° 70 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint. Cette lettre est du même jour, ou peu s’en faut, que la lettre 1525

1) Henri de la Tour, vicomte de Turenne, né à Sedan le 11 septembre 1611, fit ses premières armes sous le prince Maurice de

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renouveler les offres de mon obéissance perpétuelle, et vous supplier très humblement d’avoir agréable la très humble prière que je vous fais de nous donner un garde pour la conservation d’une petite ferme que nous avons auprès de Livry. J’ai une parfaite confiance en votre bonté, Monseigneur, que vous nous ferez cette grâce, que je vous demande pour l’amour de N.-S., avec toute l’affection et l’humilité que je le puis, qui suis…

1527. — A JEAN GICQUEL

De Paris, ce 24 juillet 1652.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Les embarras extraordinaires où les désordres du temps m’ont tenu sont cause que je ne vous ai pas écrit quand je l’ai désiré. Je le fais donc, quand je le puis, pour vous dire que je suis fort en peine de l’indisposition de M. Gentil, et pour vous prier d’avoir soin de lui, sans rien épargner en remèdes ni en nourriture pour le recouvrement de sa santé. Je vous recommande pareillement la conservation de la vôtre. Je

Nassau. Ses succès dans les guerres de Lorraine et d’Italie lui valurent en 1643 le bâton de maréchal. Les victoires de l’armée du Rhin, qu’il commandait avec Condé, accrurent son prestige et sa réputation. Sa passion pour la duchesse de Longueville le jeta d’abord du côté des frondeurs. Il revint au loi en 1651 et lui resta fidèle. Après la Fronde, il se signala par une série de victoires et de conquêtes dans l’Artois, la Champagne, la Flandre, le Palatinat et sur le Rhin. Il abjura le protestantisme en 1668 et mourut sur le champ de bataille à Salzbach le 27 juillet 1675.

Lettre 1527. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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viens de me ressouvenir, écrivant ceci, que vous m’avez mandé que notre frère Le Blanc (1) a été aussi incommodé, dont je suis bien marri ; mais j’espère que son mal n’aura pas eu de suite. S’il en est autrement, souvenez (-vous) que le plus grand plaisir que vous me puissiez faire est que vos malades soient bien assistés.

Nous avons plusieurs prêtres sur les frontières de Champagne et de Picardie qui assistent le pauvre peuple depuis deux ans en çà, dont une partie se doit retirer céans après ce mois-ci, pource que les aumônes de Paris ne peuvent plus être envoyées si loin avec tant d’abondance que par le passé, à cause du grand nombre de pauvres qui sont à présent en cette ville. Et de ceux qui nous arriveront nous vous en enverrons deux pour les fins que vous les demandez. Cependant je vous prie d’avoir patience, dans les besoin de votre maison, auxquels je prie Notre-Seigneur de remédier lui-même.

Je suis consolé de ce que, nonobstant le peu d’ouvriers que vous êtes, vous ne laissez pas de faire faire quelque petite mission. C’est le plus grand moyen que nous ayons, après celui du sacrifice de la sainte messe, pour nous attirer les bénédictions de Dieu. C’est aussi notre grand affaire, qui, étant fait en l’esprit de Notre-Seigneur, assure celui de notre salut.

En l’absence de notre frère Robineau (2), qui est aux

1). Charles Le Blanc, né à Roye (Somme) le 15 juillet 1625 entré dans la congrégation de la Mission le 20 novembre 1649, reçu aux vœux le 21 novembre 1653, ordonné prêtre le mois suivant. Il s’embarqua pour Madagascar en 1658 ; mais, à la suite d’une violente tempête qui rompit les mâts et le gouvernail et mit la vie des passagers en péril, le vaisseau aborda à Lisbonne, d’où Charles Le Blanc rentra à Paris.

2). Louis Robineau, frère coadjuteur, né à Neuvy-en-Dunois (Eure-et-Loir), entré dans la congrégation de la Mission le 8 novembre 1642, à l’âge de vingt et un ans, reçu aux vœux le 1er novembre 1650 Il remplit auprès de saint Vincent les fonctions de secrétaire pendant

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champs, j’ai vu la lettre que vous lui avez écrite, et donné charge à un autre de faire savoir à M. l’abbé Lucas la poursuite du sieur Guibert pour la diminution de 40 livres par an qu’il lui a promise sur son bail ; dès que j’en aurai la réponse, je vous la ferai savoir.

Je vous prie de me mander combien est affermée la chapelle de M. Pangois (3) et ce qu’il veut que nous lui donnions par an pour la remise d’icelle, car de lui donner une plus grande pension que le bénéfice ne vaut, il y aurait là dedans quelque chose à dire contre les bonnes mœurs ; que s’il se veut contenter de recevoir de nous ce qu’il reçoit justement de son fermier, l’accommodement sera faisable. Je sais bien que la maison est beaucoup surchargée de telles affermes, mais aussi est-il bon d’assurer les bénéfices qui en dépendent, pour se garantir des procès que l’on nous fera, si les possesseurs les résignent, ou si d’autres les impètrent, comme cela est fort à craindre de l’humeur que l’on est en ce pays-là.

Il semble que nous soyons maintenant au fort des plus grandes misères, qui sont quasi extrêmes de deçà, et partant qu’elles iront diminuant à l’avenir, s’il plaît a Dieu, et, cela étant, que nous pourrons plus facilement satisfaire à vos besoins.

Vous pouvez penser que nous nous ressentons grandement des afflictions communes, et en outre il plaît à Dieu de nous exercer par des particulières. Nous avons 16 ou 18 malades, et quelques-uns le sont dangereusement ; mais aussi y en a-t-il plusieurs de convales-

treize ans et a écrit pour l’auteur de la vie du saint des notes que nous avons encore.

3) Il était prêtre de l’église collégiale de Coëffort quand cette église fut unie à la congrégation de la Mission.

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cents. Ce n’est pas tout, nous venons de perdre deux excellents sujets, l’un prêtre et l’autre clerc. Le premier, c’est M. David (4), que nous avions envoyé à étampes pour l’assistance corporelle et spirituelle des pauvres habitants, que l’armée et le siège ont laissés quasi tous malades et dans une étrange pauvreté (5). Ce bon prêtre s’y est comporté avec tant d’ardeur et de fatigues qu’il y a pris une fièvre continue, de laquelle il est mort il y a 3 ou 4 jours. Nous y envoyons demain trois personnes pour y assister le bon M. Deschamps (6) qui tient bon encore dans ce grand travail. Nous en avons entrepris un pareil à Palaiseau, où une autre armée a campé 20 jours, où la maladie et la pauvreté sont aussi extrêmes et où nos ouvriers sont tombés malades au

4. Jean David, né à Mézières (Ardennes), entré dans la congrégation de la Mission le 26 août 1645, à l’âge de dix-huit ans, reçu aux vœux le 29 octobre 1647, ordonné prêtre en février 1651, mort le 15 juillet 1652. Il avait demandé d’aller à Madagascar, où le saint se proposait de l’envoyer.

5) L’armée des princes avait quitté la ville d’étampes le 23 juin, après deux mois de séjour et un mois de siège. Il est impossible de décrire la profonde misère dans laquelle se trouvait la population après le départ des soldats. "Les campagnes d’alentour écrit Mont-Rond, d’après un témoin oculaire (Essais historiques sur la ville d’étampes, étampes, 1836, t. 1, p. 124), avaient leur part dans ces tristes calamités ; les champs étaient ravagés comme après un violent orage, et la plupart des villages abandonnés n’offraient que le spectacle du deuil et de la désolation." Les Filles de la Charité avaient, elles aussi, fait leur apparition à étampes et plusieurs moururent victimes de leur dévouement. Quatre hospices furent établis, deux pour les habitants d’étampes et deux pour les localités des environs ; un orphelinat fut organisé dans une vaste maison de la ville. (Cf. Abelly, op. cit., 1. I, chap. XLII ; Relations, mai 1652.) étampes manifesta sa reconnaissance à saint Vincent et à ses enfants, écrivait Feillet en 1862 (op. cit., 5e éd., p. 414), par une croix de fer plantée non loin de l’église de Saint-Basile, sur le terrain dit le Carrefour des Ormes, et qu’on voyait encore il y a quelques années."

6). Edme Deschamps, né à Saint-Dié (Vosges), entré dans la congrégation de la Mission le 5 octobre 1643, à l’âge de vingt-six ans, reçu aux vœux le 24 septembre 1646, ordonné prêtre en 1650 ou 1651.

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nombre de 7 ou 8, les uns après les autres ; ce qui nous obligeait d’y en envoyer d’autres et de faire revenir ceux-là. L’autre de ces chers défunts est le bon frère Patrocle, qui était un jeune homme fort sage et pieux, natif de Paris, d’honorable famille.

Je salue la votre, étant fort pressé, et suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Gicquel, prêtre de la Mission, à Notre-Dame de Coëffort, au Mans.

1528. — A PATRICE VALOIS

De Paris, ce 25 juillet 1652.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous m’avez bien consolé, Monsieur, en me donnant des nouvelles de Monsieur Blatiron et de sa chère compagnie. Je prie Notre-Seigneur qu’il les ramène tous en santé. O Jésus ! Monsieur, que la nouvelle que vous m’avez donnée, que votre chère famille fait bien, m’a consolé aussi ! Oh ! que je souhaite qu’il plaise à Notre-Seigneur de lui donner son esprit de plus en plus et sa sainte opération !

Je loue Dieu de ce que le bon gentilhomme persévère dans la dévotion que Notre-Seigneur lui a donnée pour le bien de la compagnie, et de ce qu’il a trouvé deux personnes de sa condition dans la même dispo-

Lettre 1528. — Recueil du procès de béatification.

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sition, et le prie qu’il conduise cette œuvre selon son bon plaisir. Je vous exposerai la difficulté que je fais, qu’on s’oblige à compter, et que, Monseigneur l’archevêque (1) nous ayant fait l’honneur de nous venir mettre en possession de cette maison (2) et nous proposant de compter tous les ans devant lui du revenu, ainsi que faisaient nos prédécesseurs, je le priai de nous en excuser, et insistai en cela jusques à lui dire que nous aimions mieux nous en retourner à notre pauvre collège (3). Or, de sa bonté il passa par-dessus ces difficultés et nous a reçus ici sans nous obliger à rendre compte. Et le moyen, Monsieur, que des missionnaires comptent de tant de menues choses qu’ils achètent, lorsqu’ils sont à la campagne en mission ! Vous réserverez cette réponse à faire à Monsieur Blatiron, s’il vous plaît.

Je rends grâce à Dieu de ce que le bâtiment que Monseigneur le cardinal (4) fait bâtir s’avance, et de ce que Monsieur Duport fait la mission aux ouvriers qui travaillent, et de ce que Son éminence a désiré voir tourné en italien ce que je vous ai écrit de l’assistance des pauvres de Paris.

Je vous ai écrit que Notre-Seigneur a disposé de Monsieur Patrocle, personne de condition et de piété assez considérable, clerc de notre compagnie ; et aujourd’hui je vous dis que la divine Providence a attiré à lui feu Monsieur David, prêtre de notre compagnie, duquel il se peut dire qu’en peu explevit tempora multa (5) Il n’y avait que dix ou quinze jours qu’il assistait les pauvres malades d’étampes, où

1) Jean-François de Gondi.

2) Saint-Lazare.

3) Le collège de Bons-Enfants.

4) Le cardinal Durazzo.

5) Livre de la Sagesse IV, 13.

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l’armée de Messieurs les princes a séjourné longtemps et a laissé un air corrompu, quoique non contagieux. Monsieur Deschamps, avec lequel il était, m’a mandé qu’il y a fait ce que pourrait faire un homme venu du ciel, à l’égard des confessions, des catéchismes, de l’assistance corporelle, de l’enterrement des morts pourris de longue main. Il en fit enterrer douze à Etréchy (6) qui infectaient le village ; en suite de quoi il tomba malade et en est mort. Il me mande qu’il eut quelque appréhension de la justice de Dieu quelque temps avant sa fin et qu’il s’écria : "N’importe, Seigneur, quand bien vous me damneriez, je ne laisserais point de vous aimer en enfer." Monsieur de la Fosse (7)

6) Près d’étampes (Seine-et-Oise). C’est là que campait l’armée de Turenne avant d’aller à Palaiseau.

7). Jacques de la Fosse, né à Paris le 25 novembre 1621, entré dans la congrégation de la Mission le 8 octobre 1640, reçu aux vœux le 7 avril 1643, ordonné prêtre en septembre 1648. Ses aptitudes pour les belles-lettres portèrent saint Vincent à lui confier les humanités au séminaire Saint-Charles aussitôt après son ordination. Il "y fit souvent représenter, écrit Collet (op. cit., t. I, p 326), des tragédies chrétiennes, dont le feu et l’élévation lui méritèrent toujours les applaudissements de tout ce que Paris avait de connaisseurs". En 1656, il passa à Marseille, où il mena tour à tour la vie apostolique de missionnaire et celle de professeur au séminaire. Deux ans après, il fut envoyé à Troyes. Il mourut à Sedan le 30 avril 1674. Autant son cœur était généreux, autant sa volonté était capricieuse ; il s’enthousiasmait facilement et se décourageait avec la même promptitude. Il fut plus d’une fois sur le point de quitter la compagnie et n’y fut retenu que par les encouragements paternels de saint Vincent. Ses œuvres toutes en latin, lui ont fait un nom parmi les latinistes du XVIIe siècle. Collet dit de lui qu’il était tout à la fois "orateur, philosophe, théologien et si grand poète que Santeuil le regardait comme son rival et quelquefois comme son maître" (op. cit, t. I, p. 277) ; dom Calmet ajoute (Bibliothèque lorraine, Nancy, 1751, in-f°, p. 376) "En général il y a beaucoup de feu dans la poésie de M. de la Fosse, beaucoup de pensées nobles et élevées, mais son goût pour la mythologie, qui se fait sentir jusque dans ses poésies saintes, les rend quelquefois obscures par les termes singuliers qu’il y emploie et les allusions trop fréquentes qu’il fait à la Fable." Il a laissé un exposé clair et élégant des règles de la politesse et pu

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a demandé de grand cœur qu’on lui permît d’aller prendre sa place, et notre frère Férot (8) de l’accompagner. Ils partirent hier avec un frère coadjuteur, comme trois victimes qui seront sacrifiées pour le bien du prochain. Je les recommande à vos prières, et dix-huit ou vingt malades que nous avons céans. J’oubliais à vous dire de Monsieur David, qu’il est le premier de la compagnie que Notre-Seigneur a pris en assistant corporellement le pauvre peuple, que la divine bonté a conservé tous ceux que nous avons envoyés aux frontières de Picardie, où il y a treize ou quatorze personnes, tant prêtres que frères.

Je finis en me recommandant à vos prières et à celles de votre famille, que je salue, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Valois.

8). Claude Férot, né à Saint-Quentin le 6 juillet 1630, entré dans la congrégation de la Mission le 3 octobre 1647, reçu aux vœux le 15 octobre 1649, ordonné prêtre à Agen en mars 1656, supérieur à Montmirail de 1662 à 1666.

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1529. — A BALTHAZAR BRANDON DE BASSANCOURT

Ce dernier de juillet 1652.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

L’embarras où ce temps présent met un chacun m’a empêché de vous aller témoigner la part que je prends en la perte que vous avez faite de la personne de feu Mgr l’évêque de Périgueux il et toute l’église avec vous. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de m’en excuser. J’espère m’acquitter de ce devoir, avec l’aide de Dieu, au premier jour, et de vous aller demander la grâce de bienveillance dont ce saint prélat m’honorait, et de vous offrir mon obéissance, comme à lui. Je vous supplie, Monsieur, de l’avoir agréable et que je vous die que nous lui devions 4.000 livres, et par conséquent à vous, Monsieur, qui êtes son héritier, et que nous vous en passerons constitution de rente quand il vous plaira, nous étant impossible, en ce temps auquel la plupart du monde souffre, de vous donner cette somme. Je vous supplie, Monsieur, de l’agréer de la sorte et que je transfère à votre personne l’estime et l’affection que nous avions pour ce saint prélat et que je sois votre…

Lettre 1529. — Reg. I, f° 70, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint

1) Philibert de Brandon, mort à Paris le 11 juillet.

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1530. — A MADEMOISELLE DAVID

Ce dernier de juillet 1652.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Les lettres que vous avez écrites à M. David, votre frère, que j’ai vues, m’ont toujours paru pleines de piété et de bons sentiments et m’ont fait juger que vous êtes toute à Dieu, comme une vraie fille de N.-S., qui ne respire que son bon plaisir et qui est bien aise qu’il s’accomplisse en tout ce qui la regarde. Selon cela, Mademoiselle, je n’ai que faire d’user d’autre préface pour vous annoncer qu’il a plu à Dieu de disposer du même M. David. Ce vous est assez de savoir que c’est Dieu qui l’a fait pour vous faire aimer la main qui vous a privée d’une personne si proche. Je ne doute pas pourtant que vous n’en ressentiez une grande douleur, puisque votre naturel est si bon qu’il est, et que la grâce ne détruit pas les sentiments de la nature. Je prie Notre-Seigneur, Mademoiselle, qui seul est le consolateur des cœurs en ces afflictions, qu’il soit aussi le vôtre ; et je vous prie de contribuer de votre côté à l’adoucissement de votre peine.

Les raisons que vous avez pour cela sont : premièrement, la volonté de Dieu, qui a voulu récompenser cette chère âme des services qu’elle lui a rendus et de ceux qu’elle avait affection de lui rendre, particulièrement en l’île de Madagascar, pour la conversion des infidèles dont vous avez ouï parler. C’était une entre

Lettre 1530. — Reg. 1, f° 52 V°, d’après la minute non signée.

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prise apostolique qu’il n’a pu exécuter ; mais la volonté est réputée pour l’effet devant Dieu.

Secondement, l’exercice dans lequel il était lorsque la maladie le prit, qui est des plus saints que l’on puisse faire sur la terre, à savoir d’assister les membres souffrants de Jésus-Christ spirituellement et corporellement en la personne des pauvres habitants d’étampes et des environs, où l’armée ayant séjourné longtemps, les a laissés quasi tous malades et tout ruinés, en sorte que la plupart eût péri sans le secours de Paris, qui leur a été porté par ce bon missionnaire et par quelques autres qui sont encore sur les lieux et qui m’ont écrit qu’il s’est comporté en ce grand œuvre avec autant d’exactitude, de zèle et de charité qu’eût pu faire un homme descendu du ciel ; et dans le peu de temps qu’il a travaillé, qui n’est que 10 ou 12 jours, il s’est acquis l’estime et l’affection de toute la ville. Notre compagnie a beaucoup perdu en lui. Tous ceux qui l’ont connu le regrettent, et moi plus que pas un, qui espérais de notables fruits, pour le bien des âmes, de la grâce et des talents qu’il avait.

Et en 3e lieu, c’est un bonheur pour lui d’avoir été retiré, jeune comme il était, de la corruption de ce monde, où les occasions du mal sont si fréquentes et les misères si grandes, qu’elles font estimer aux vivants que bienheureux sont les morts qui n’y sont plus sujets ; et c’est ce que nous pouvons dire de ce bon prêtre, qui n’avait pas encore goûté les fausses douceurs, ni les véritables amertumes du siècle, ayant été appelé dès son enfance au service de Dieu d’une si bonne manière, que depuis qu’il a été parmi nous il s’est toujours adonné à la pratique des vertus et aux exercices de sa vocation, pour se rendre un bon ouvrier évangélique et par ce moyen assurer son salut en procurant celui

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d’autrui ; à quoi il travaillait, comme je vous ai dit, avec beaucoup d’ardeur et de succès, lorsqu’il a plu au bon Dieu lui envoyer une fièvre continue, qui le mit en délire le 7e de sa maladie, et le 15 le mit en possession de la gloire de son Seigneur, comme nous avons sujet de le croire. Je ne laisse pas de le recommander à vos prières, dans l’incertitude des jugements de Dieu, lesquels nous doivent tenir en crainte, nous qui sommes encore dans les agitations de cette vie, qui est comme une mer orageuse où ceux-là font naufrage qui ne s’attachent pas à J.-C. et aux obligations de leur état, ainsi qu’a fait notre cher défunt. Plaise à sa divine bonté nous faire la même grâce et me donner les occasions de vous servir, puisqu’il m’a rendu en son saint amour, Mademoiselle, votre…

1531. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

[Tunis, entre 1648 et 1660] (1)

Deux galères Partirent hier Pour aller en course, sur lesquelles il y a plus de cinq cents esclaves chrétiens, qui tous, par la grâce de Dieu, se sont mis en bon état. Oh ! combien cette journée leur fut douloureuse et combien de bastonnades furent déchargées sur leurs Pauvres corps Par les infâmes renégats qui font la charge de comites ! le sais bien que les forçats des galères de France ne sont pas mieux traité s ; mais il y a cette différence que ces forçats de France y sont condamnés pour leurs crimes et que les esclaves de Barbarie ne sont dans toutes leurs peines et souffrances que parce qu’ils sont bons chrétiens et fidèles à Dieu. Le jour que ces pauvres gens communièrent et qu’ils furent ensuite ramenés sur les galères, je leur fis un petit festin, leur faisant distribuer deux

Lettre 1531 — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 9 1er éd., p. 128.

1). Durée du séjour de Jean Le Vacher à Tunis du vivant de saint Vincent.

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bœufs et cinq cents et tant de pains ; et de plus je fis donner à chaque galère un quintal de biscuit blanc, pour être départi à ceux d’entre eux qui tomberaient malades durant le voyage.

De là, j’allai visiter les esclaves de Sidi-Regeppe. Je les trouvai sans chaînes ; en quoi je reconnus que leur patron m’avait tenu parole, parce que, la dernière fois que je le vis, il m’avait promis de les décharger de ces fers insupportables. Je trouvai parmi eux six jeunes garçons âgés de seize à dix-huit ans, lesquels, depuis quatre ou cinq ans, étaient esclaves et n’avaient pu obtenir la permission de sortir du logis et par conséquent avaient toujours été dans l’impossibilité de se confesser et communier, comme les autres avaient fait. Je les disposai à l’un et à l’autre, et, les ayant ouïs en confession, je les avertis de préparer leurs pauvres étables le plus décemment qu’ils pourraient, et que j’irai le lendemain matin leur porter le très Saint Sacrement en la manière que je le porte aux malades. Et en effet, après avoir célébré la sainte messe dans le bagne de l’Annonciade, je m’en allai trouver ces pauvres esclaves avec ce divin dépôt, suivi de tous les chrétiens que je rencontrai dans les rues de Bizerte. O Dieu avec quelle dévotion et tendresse ces pauvres jeunes enfants reçurent-ils cette sainte visite ! Les larmes que la joie et la consolation tira de leurs yeux força l’assistance de pleurer aussi, non tant de leurs misères, que du sentiment qu’ils avaient de leur bonheur. J’en confessai et communiai un septième, qui depuis le soir précédent était tombé malade, et ensuite lui ayant donné l’extrême-onction, il mourut bientôt après ; et il me fallut employer le reste du temps au service et assistance des malades des bagnes.

1532. — A CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN

Du 3° août 1652.

Pour réponse à votre lettre, je demeure d’accord qu’on a très mal fait d’affermer les dîmes aux huguenots ; je ne le savais pas, et je vous avoue que j’en ai une grande douleur. J’en écrirai ma pensée une autre

Lettre 1532 — Reg. 2, pp, 160, 82.

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fois à Monsieur [Coglée] (1), n’étant pas à propos de le faire présentement, de crainte qu’il s’imagine que c’est vous qui m’en avez donné l’avis (2).

L’état présent des affaires publiques nous met dans un tel embarras de deçà, que je n’ai encore pu voir, à mon grand regret, le manuscrit que vous m’avez envoyé ; ce que je ferai au premier relâche que Dieu me donnera, s’il lui plaît ; et puis je le ferai voir à quelques-uns de céans ; et ensuite je vous en dirai leur sentiment et le mien. Cependant vous saurez que nous avons toujours estimé que la composition des livres était un empêchement à nos fonctions, et, pour cette raison, qu’il n’en fallait pas introduire l’usage dans la compagnie ; mais comme il n’y a point de règle si générale qui n’ait quelque exception, nous verrons s’il sera expédient de faire imprimer le vôtre.

1533. — A MADEMOISELLE DE LAMOIGNON

4 août 1652.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Quelqu’une de nos bonnes dames de la Charité m’ayant demandé si la reine de Pologne affectait aux dames de la Charité la distribution des 12.000 livres que Sa Majesté fait donner aux pauvres de Paris et

1) Il s’agit évidemment du supérieur de la maison de Sedan, dont le nom est omis sur le registre 2.

2). Ici se termine le premier fragment.

Lettre 1533. — Reg. I, f° 72 V°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint. Cette lettre est la dernière du registre l ; elle se continuait sur un feuillet aujourd’hui perdu.

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des environs, je lui ai dit que non. Et pource que ce qui a donné lieu à cette opinion est ce que je dis à la compagnie de mesdites dames, que Sa Majesté m’avait fait faire compliment de ce que j’avais assuré les dames que, si elles voulaient emprunter 4.000 livres sur cette somme de 12.000, pour les nécessités qui pressaient pour lors, Sa Majesté assurément leur enverrait de quoi les acquitter, c’est, Mademoiselle, ce qui fait que je vous supplie très humblement de détromper les dames de cette opinion, que la reine de Pologne leur ait affecté cette distribution, vous assurant que je n’ai point dit cela, non pas… (1)

1534. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Dieu soit loué de ce que vous êtes prêt de faire en tout et partout sa très sainte volonté, et d’aller vivre

1) En envoyant ces 12 000 livres, au mois d’avril, la reine de Pologne avait exprimé le désir que la distribution fût faite par les soins de Mademoiselle de Lamoignon et de la Mère Angélique Arnauld. Cette dernière consulta la reine le 16 mai sur l’emploi de l’argent (Lettres, t. II, p. 115) : "On pourrait prêter à quelques-uns, disait-elle, une somme qu’on donnerait après à d’autres pauvres, quand ils auraient moyen de la rendre. J’ai encore une autre pensée, qui serait de faire acheter des vaches, pour les donner à louage à nos pauvres gens ; et, s’ils peuvent payer, on en donnerait le prix à d’autres." La royale donatrice répondit le 9 juin que ces propositions lui agréaient. Aussi quel ne fut pas l’étonnement de la Mère Angélique d’entendre dire, en juillet, que la reine revenant sur ses intentions premières, confiait aux dames de la Charité seules la distribution des 12.000 livres ! Elle prit la plume pour dire sa surprise à Mademoiselle de Lamoignon. Saint Vincent fut interrogé ; nous avons ici sa réponse. Il est regrettable que Raoul Allier ait profité de ce malentendu et d’une erreur de date imputable à Alphonse Feillet (op. cit., p. 243) pour lancer des insinuations aussi peu bienveillantes que gratuites à l’adresse des dames de la Charité, du saint et de l’éditeur de ses lettres. (La cabale des dévots, p. 85.)

Lettre 1534. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. V, sect. I, p. 38.

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et mourir en quelque part qu’il ait agréable de vous appeler ! C’est la disposition des bons serviteurs de Dieu et des hommes vraiment apostoliques qui ne tiennent à rien ; c’est la marque des vrais enfants de Dieu, qui sont toujours en liberté de répondre aux desseins d’un si digne Père. Je l’en remercie pour vous avec un grand ressentiment de tendresse et de reconnaissance, ne doutant pas que votre cœur, étant ainsi préparé, ne reçoive les grâces du ciel en abondance, pour faire beaucoup de bien sur la terre, comme j’en prie sa divine bonté.

1535. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 9 août 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

M. Blatiron nous ayant fait part de la bénédiction que le bon Dieu a donnée à vos travaux en Corse, je ne puis que je ne vous en donne à la consolation que la compagnie en a reçue de deçà, particulièrement moi, qui m’en vais envoyer cette relation à toutes nos maisons, pour les en édifier, les encourager par l’exemple de la vôtre à beaucoup entreprendre pour le service de Notre-Seigneur et à se confier à lui dans les difficultés qu’on trouve, lesquelles il fait servir de fondement au mérite du succès. Je le remercie infiniment de celui de cette mission et de votre heureux retour. Plaise à sa divine bonté, Monsieur, de vous conserver et de se glorifier de plus en plus en vous et par vous !

Lettre 1535. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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J’ai toujours donné à M. votre frère un consentement par écrit sous seing privé pour retirer votre rente de la maison de ville, toutes les fois qu’il me l’a demandé, à chaque quartier. Maintenant il m’est venu dire que les payeurs des rentes lui font difficulté de le payer, ne connaissant pas mon seing, et pour cela il m’a demandé ce consentement-là par un acte de notaire, non seulement pour un quartier, mais pour toujours ; ce que je n’ai voulu lui accorder sans votre avis. Je vous prie de me mander si vous trouverez bon que je consente, de votre part, qu’il reçoive ladite rente pendant deux ou trois ans, et cela par devant notaire, comme j’ai déjà fait pour un quartier seulement, en attendant votre volonté, pour ne lui donner la peine de venir céans tous les trois mois.

Je me recommande à vos prières, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Gênes.

1536. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 16 août 1652.

Je vous remercie de m’avoir informé de l’état présent de votre maison : j’y vois de la paille et du bon grain, et on ne doit point espérer autre chose de la condition des hommes mortels ; il faut attendre que nous soyons au ciel pour y trouver le pur froment. J’espère de la

Lettre 1536 — Reg 2, p 202

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bonté de Dieu que de ces faiblesses il en tirera des forces, et de nos misères sa gloire. Humilions-nous, et, en travaillant au support des autres, tâchons de nous rendre nous-mêmes agréables à Dieu et à ceux avec qui nous vivons.

Vous continuez à me demander M. Ennery pour la Corse, mais il me semble qu’il n’a pas assez d’onction pour ce pays-là, où le peuple, étant grossier et accoutumé à la rudesse, se doit gagner par la douceur et la cordialité ; car les maux se guérissent par leurs contraires. J’ai averti ce bon prêtre de son défaut, qui vient de la nature. Je pense qu’il travaille à s’en corriger ; nous verrons si ce sera efficacement. Je ne lui ai pas encore parlé de ce voyage.

1537. —-A UN FRèRE COADJUTEUR DE LA MAISON DE GêNES (1)

16 août 1652.

J’ai reçu, d’une part, beaucoup de consolation de votre lettre, voyant un bon fonds dedans votre âme, qui vous fait désirer de plaire à Dieu ; mais, d’un autre côté, ce désir, quoique juste, vous donne d’autres désirs, qui sont déréglés et qui, vous faisant de la peine, m’en ont fait aussi. J’ai vu depuis, par une lettre de M. Blatiron, que vous avez recouvert (2) la paix, dont je rends grâces à Dieu, et je le prie qu’il vous y confirme, en sorte que rien ne soit plus capable de vous troubler, et encore moins de vous faire manquer au support que vous devez à vos frères, ni à la fidélité que requiert la

Lettre 1537. — Reg. 2, p, 322.

1) "Français de nation" ajoute le registre ; c’était probablement le frère Sébastien Nodo. (Cf. 1. 1565.)

2) Recouvert, recouvré.

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grâce de votre vocation, qui sont les deux choses pour lesquelles vous avez souffert tentation. J’appelle tentation le mouvement qui vous a pressé de vous en aller seul à la campagne instruire les pauvres et servir les malades. Premièrement, parce que l’instruction des choses divines n’est pas de la profession des laïques ; il faut être dans les saints ordres pour administrer la parole de Dieu ; autrement, ce serait un désordre, ce serait entreprendre sur l’office des ecclésiastiques, qui seuls ont droit d’enseigner publiquement les vérités chrétiennes. Secondement, si vous alliez servir les malades, ce serait ou dans un hôpital, ou chez eux-mêmes en particulier. Si c’était dans un hôpital, hélas ! mon pauvre Frère, vous tomberiez de fièvre en chaud mal ; car on y trouve tant de fâcheuses croix et de contradictions, que celles dont vous vous plaignez ne sont rien en comparaison. Le travail y est grand, le repos court et interrompu, le dégoût assuré, les reproches et les injures fréquents, les pauvres murmurant presque tous, n’étant jamais contents et se plaignant ordinairement, tant aux personnes de piété qui les visitent, qu’aux administrateurs qui les gouvernent, à qui même ils font de faux rapports contre les serviteurs, pource qu’ils leur auront refusé quelque chose ; tellement que ces pauvres serviteurs sont harcelés de tous côtés, ayant d’ailleurs autant de surveillants et de correcteurs qu’il y a de maîtres, d’aumôniers et de personnes qui ont charge dans ces maisons. Ce sont là les plus durs exercices de nos pauvres Filles de la Charité. Si votre intention ne se porte pas à demeurer dans un hôpital, mais bien à chercher les pauvres malades çà et là dans les champs, je ne sais pas comment vous feriez cette recherche, ni quelle assistance vous leur pourriez donner, à moins d’avoir bien de quoi pour soutenir ce

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travail et pour soulager leur indigence ; car d’aller mendier pour vous et pour eux, vous en seriez bientôt las ; et, en quelque façon que ce soit, j’y vois des difficultés insurmontables. Ce ne sont aussi que des suggestions de l’esprit malin, qui, pour mettre en péril votre salut, vous propose des œuvres extraordinaires, qui surpassent vos forces, sous ce beau prétexte de pratiquer en votre particulier la miséricorde spirituelle et corporelle, comme si notre compagnie ne faisait pas son capital de servir le pauvre peuple en toutes ces manières, même les malades dans les hôpitaux et chez eux-mêmes ; témoin ce qui s’est fait depuis deux ans sur les frontières de Champagne et de Picardie par quantité de nos prêtres et de nos frères, jusqu’au nombre de 16 ou 18 ; témoin encore ce qui se pratique présentement aux environs de Paris par six ou sept autres des nôtres, qui subviennent aux pauvres abandonnés pour le corps et pour l’âme. Les missions que nous faisons en France et en Italie, pourquoi sont-elles ? N’est-ce pas pour instruire les gens de la campagne et pour pourvoir au soulagement des malades nécessiteux ? Vous avez part au travail et au mérite de ces œuvres de la congrégation, comme un membre du corps. Certes, si vous en étiez retranché, vous y travailleriez beaucoup moins que vous ne faites, ainsi que d’autres qui en sont sortis et qui, étant retournés au monde pour y être plus libres, n’y font pas pourtant le bien qu’ils s’étaient proposé. Vous seriez aussi en votre liberté, il est vrai, mais ce ne serait que pour vous repentir à loisir de vous être déçu vous-même par un faux zèle. Tenez-vous donc en l’état où Dieu vous a appelé, où il vous fait la grâce de le servir avec édification et où vous avez toutes les bonnes marques qui peuvent vous persuader que Dieu vous y veut.

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Vous avez vous-même toujours cru et reconnu cette vérité ; pourquoi à cette heure vous imaginez-vous le contraire, n’en ayant aucune bonne raison ? Vous dites seulement que vous ne pouvez souffrir ce qui se passe entre nos frères, à savoir quelque petite mésintelligence. A quoi je réponds que les compagnies les plus saintes sont, comme les corps humains, sujettes aux maladies et aux fluxions ; tantôt elles sont saines et tantôt infirmes ; et il n’y a point de si bonne disposition qui ne s’altère quelquefois d’une façon ou d’autre, sinon dans tout le corps, au moins dans quelque partie, mais par les remèdes on se rétablit ; et nous voyons parmi nous, grâces à Dieu, que les faibles se fortifient et que ceux qui tombent se relèvent. Je veux croire même que la petite division dont vous m’avez écrit est déjà cessée, que ces frères sont réunis et qu’au lieu de petites piques que vous entendiez, vous ne voyez plus entre eux que support et cordialité. Il a été facile au loup de troubler la bergerie en l’absence du pasteur ; mais, maintenant que le supérieur est revenu, elle est en paix ; il fait que chacun se prévient de respect et que tous s’entre-soulagent. Ce n’est pas qu’ils ne fassent encore des fautes ; les saints en ont fait et les apôtres mêmes ne s’accordaient pas toujours ; Notre-Seigneur avait bien à souffrir parmi eux. Cela étant, mon cher Frère, faut-il vous étonner de voir quelque chose à dire en ceux avec qui vous êtes ? Vous savez que vous n’êtes pas vous-même toujours en même état ; si aujourd’hui vous êtes exact, si vous êtes bien uni à Dieu et consolez toute la maison, demain vous serez déréglé, lâche et un sujet de peine aux autres ; et alors vous aurez besoin qu’ils vous supportent, comme vous les aurez supportés. C’est pour cela que notre commun Père et Seigneur nous a fort inculqué l’amour réciproque, sachant qu’il

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est difficile que ceux qui ne l’ont pas vivent bien ensemble.

C’est cet amour qui nous manque, me direz-vous. Oh bien ! mon cher Frère, estimez cela de vous et non pas des autres ; adonnez-vous à l’humilité et à la patience ; vous avez besoin de ces deux vertus pour parvenir à une vraie charité, et elles sont aussi nécessaires à tous ceux qui veulent servir à Jésus-Christ. Il n’y a sorte de vie au monde qui n’ait ses croix ; et néanmoins, dans le désir naturel qu’on a de les éviter, chacun s’imagine qu’en changeant d’état il sera, plus content. J’ai vu rarement des évêques qui ne se soient plaints de leur condition, quoiqu’elle soit si sainte et relevée. Voulons-nous trouver la manne cachée en notre vocation, bornons et enfermons tous nos désirs en elle, estimons-la et l’aimons comme un précieux don de la main de Dieu et tâchons d’y accomplir sa très sainte volonté toujours et en toutes choses. C’est la prière que je lui fais et que je vous prie de lui faire pour toute la compagnie et pour moi, qui suis, en son amour…

1538. — AU CARDINAL ANTOINE BAABERINI,

PRéFET DE LA PROPAGANDE

De Paris, ce 16 août 1652.

Monseigneur,

La seconde lettre que Votre éminence m’a fait l’honneur de m’écrire sur le sujet de la Mission de Madagascar m’oblige de rendre nouvelles actions de grâces à Dieu d’avoir donné à son église un si vigilant

Lettre 1538. — L.. s. — Arch. de la Propagande, II, Africa, n° 248, f° 119 original.

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pasteur que V[otre] E[minence] qui prend tant de soin de la conversion des infidèles de ce pays-là.

Je viens présentement, Monseigneur, de voir l’un des maîtres de la navigation de cette île. Je dirai avec douleur à V[otre] E[minence] que je l’ai trouvé dans le doute s’ils y feront faire le voyage à ce mois de septembre, comme ils s’étaient proposé. Ils n’ont pas encore un vaisseau et ne se pressent point pour en équiper un. La cause de cela, Monseigneur, est l’état présent de la France, qui a contraint une partie des associés de s’éloigner de Paris et tient l’autre dans la réserve pour la dépense qu’il convient faire. Je suis fort affligé d’un tel retardement, à cause que depuis- trois ans nous avons un de nos prêtres en cette île-là (1), duquel nous ne pouvons rien apprendre, dans l’interruption de ce commerce. Je me suis informé si nous pourrions y envoyer par d’autre voie. On m’a assuré que les Portugais n’y ont aucune communication. Pour les Hollandais, ils tiennent l’île de Saint-Maurice, qui n’est qu’à cent lieues de là, et vont parfois en celle de Madagascar, seulement à l’un des bouts, où il n’y a point des Français, lesquels sont à l’autre extrémité, éloignés d’environ six-vingts lieues ; et il y a de grandes difficultés à traverser l’île. Mais la plus grande, Monseigneur, serait d’y passer sur des vaisseaux de Hollande, pource que les Hollandais font ce qu’ils peuvent pour se rendre les maîtres des Indes et en débusquer les Français ; et même l’on craint qu’ils fassent pension à l’un de ces Messieurs pour leur en faire quitter l’entreprise, de sorte qu’au lieu de nous favoriser le passage, ils l’empêcheraient. Je verrai

1) Il n’y en avait plus un seul, puisque Charles Nacquart était mort le 29 mai 1650 ; mais saint Vincent ignorait encore cette perte.

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néanmoins, Monseigneur, si nous trouverons quelque moyen d’envoyer de nouveaux ouvriers en cette église naissante ; et, en ce cas, j’en donnerai avis à la Sacrée Congrégation.

Cependant je remercie très humblement V[otre] E[minence] de tant de bonté qu’elle me témoigne et de la bienveillance dont elle honore notre petite compagnie, laquelle continue à prier Dieu pour la conservation de V[otre]E[minence], et moi à lui renouveler les offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obligé serviteur.

VINCENT DEPAUL.

1539. — AU PAPE INNOCENT X

Beatissime Pater,

Omnium hominum, quotquot sunt, abjectissimus, ad pedes Sanctitatis Vestrae humillime provolutus, meipsum unaque simul nostram parvam sacerdotum Missionis congregationem, cujus, licet indignissimus, superior generalis a Sancta Sede apostolica constitutus sum, denuo illi totam offero, dedo atque devoveo. Ausim etiam, confisus paterna sua pietate qua omnes suos filios, etiam minimos, benigne audit atque excipit, miserrimum ac compassione dignissimum Galliae nostrae statum illi exponere ?

Domus regia dissensionibus divisa ; populi in varias factiones distracti ; urbes ac provinciae bellis civilibus afflictae ; villae, pagi, oppida eversa, diruta atque

Lettre 1539. — L. s. — Arch. du Vatican, Particolari, t. XVII, f° 87, originai.

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combusta ; agricolae non metunt quae seminaverunt, nec in annos proximos serunt ; omnia militibus permissa ; populi non modo illorum latrociniis ac rapinis, sed etiam caedibus ac variis tormentorum generibus expositi ; plerique ruricolae, si non gladio, at sane fame pereunt ; nec ipsi sacerdotes illorum manus effugiunt, ab ipsis inhumane ac crudeliter accepti, torti, occisi ; stuprantur virgines ; imo sanctimoniales ipsae illorum libidini et furori objiciuntur ; templa pro, fanata, direpta atque eversa ; et quae integra remanserunt, plerumque a pastoribus deserta, atque ita populi sacramentis et sacrificis omnique adjumento spirituali privati ac pene destituti. Et quod horrescit animus cogitare, nedum dicere, augustissimum Domini Corporis sacramentum etiam ab ipsismet catholicis indignissime tractatur ; namque ut sacris pyxidibus potiantur, sanctam Eucharistiam projiciunt ac pedibus conculcant. Jam quid faciant haeretici, qui nullam hujus mysterii fidem habent, proferre non audeo, nec queo. Haec audire vel legere parum est, rfisi quis illa singulatim et coram oculis perspiciat.

Non me fugit magnae temeritatis a Sanctitate Vestra me jure posse redargui, quippe qui homo privatus et nullius nominis, omnium christianorum Caput et Patrem, ita bene et abunde de omnibus omnium nationum, praesertim christianarum, instructum, audeam de his commonere. Sed, quaeso, ne indigneris, Domine, si loquar (1). Loquar ad Dominum eum, cum sim pulvis et cinis (2). Nullum enim, Beatissime Pater, his omnibus malis nostris superest remedium, praeter opem quam paterna sua cura, pietate et auctoritate nobis afferre potest Sanctitas Vestra. Neque etiam ignoro illam

1) Livre de la Genèse XVIII, 30

2) Ibid. XVIII, 27.

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satis dolere vices nostras ; jamque saepius tentasse haec civilia bella, etiam nascentia, extinguere ; pontificia diplomata ad hunc finem misisse ; Illustrissimoque ac Reverendissimo D.D. Nuncio apostolico injunxisse ut suo nomine se efficaciter interponeret ; quam rem apostolice omnino gessisse, atque in ea, quantum in se fuit, Sanctitati Vestrae et Deo egregiam operam, quamvis hactenus inutilem, navasse, certo scio. At, Beatissime Pater, duodecim sunt horae diei, et quod semel aggressum feliciter non processit, iterum tentatum meliorem exitum sortiri potest. Quid plura ? Non est abreviata manus Domini ; et confidenter credo curae et sollicitudini universalis Ecclesiae suae Pastoris hanc gloriam Deum reservasse, ut tandem nobis requiem pro laboribus, felicitatem pro tantis miseriis, pro bello pacem obtineat, domum regiam tot dissidiis divisam uniat, populos diuturno bello laborantes sublevet, pauperes fame prostratos et pene mortuos resuscitet, agros plane devastatos et provincias afflictas reficiat, templa diruta restauret, virginibus securitatem det, sacerdotibus ammarumque pastoribus reditum in Ecclesias suas procuret, omnibus denique vitam restituat.

Sanctitatem Vestram hoc ut faciat, per viscera miseTicordiae Christi, cuj Lls in terra vices gerit et personam sustinet, etiam atque etiam supplex et humiliter rogo atque obsecro, et benedictionem suam iterum mihi impertiat peto.

Sanctitatis Vestrae humillimus et obedientissimus atque addictissimus servus et in Christo filius.

VINCENTIUS A PAULO,

indignissimus superior congregationis Missionis.

Parisiis, die 16° augusti 1652.

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TRADUCTION

Très Saint-Père,

Prosterné très humblement aux pieds de Votre Sainteté, je viens, moi le dernier de tous les hommes, lui offrir de nouveau, lui consacrer et lui vouer ma personne et notre petite congrégation des prêtres de la Mission, dont j’ai été établi supérieur général, malgré mon indignité, par le Saint-Siège apostolique. Oserais-je aussi, plein de confiance en cette paternelle bonté avec laquelle elle accueille et écoute les moindres de ses enfants, lui exposer l’état lamentable et certes bien digne de pitié de notre France ? La maison royale divisée par les dissensions ; les peuples partagés en factions ; les villes et les provinces affligées par les guerres civiles ; les villages, les bourgades, les cités renversés, ruinés, brûlés ; les laboureurs mis dans l’impossibilité de récolter ce qu’ils ont semé, et n’ensemençant plus pour les années suivantes. Les soldats se livrent impunément à tous les excès Les peuples sont exposés, de leur part, non seulement aux rapines et aux brigandages, mais encore aux meurtres et à toutes sortes de tortures ; ceux des habitants des campagnes qui ne sont pas frappés par le glaive meurent presque tous de faim ; les prêtres, que les soldats n’épargnent pas plus que les autres, sont inhumainement et cruellement traités, torturés et mis à mort, les vierges sont déshonorées, les religieuses elles-mêmes exposées à leur libertinage et à leur fureur, les temples profanés, pillés ou détruits ; ceux qui restent debout sont le plus souvent abandonnés par leurs pasteurs, en sorte que les peuples sont presque privés de sacrements, de messes et de tout autre secours spirituel Enfin, chose horrible à penser et plus encore à dire, le très auguste sacrement du corps du Seigneur est traité avec la dernière indignité, même par les catholiques ; car pour s’emparer des vases sacrés ils jettent à terre et foulent aux pieds la sainte Eucharistie. Or que font les hérétiques qui n’ont pas la foi en ces mystères ? Je n’ose ni ne puis l’exprimer. C’est peu d’entendre et de lire ces choses ; il faut les voir et les constater de ses yeux.

Je n’ignore pas que Votre Sainteté peut m’accuser à bon droit d’une grande témérité, moi simple particulier et sans nom, qui ose exposer ces maux au Chef et au Père de tous les chrétiens, si bien et si amplement instruit des affaires de toutes les nations, surtout des nations chrétiennes. Mais, je vous en conjure, ne vous irritez pas, Seigneur, si je parle. Je

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parlerai à mon Seigneur, bien que je ne sois que cendre et poussière Il ne reste plus, en effet, très Saint-Père, d’autre remède à nos maux que celui qui nous peut venir de la sollicitude paternelle, de l’affection et de l’autorité de Votre Sainteté. Je n’ignore pas qu’elle est grandement affligée de nos épreuves et que bien souvent déjà elle a essaye d’étouffer ces guerres civiles, même à leur naissance, qu’elle a envoyé à ce dessein des lettres pontificales, qu’elle a enjoint à l’Illustrissime et Revérendissime Nonce apostolique de s’entremettre efficacement en son nom ; ce qu’il a fait, je le sais, avec un zèle d’apôtre ; et autant qu’il était en lui, il a admirablement travaillé, quoiqu’inutilement jusqu’à ce jour, au service de Dieu et de Votre Sainteté. Mais, très Saint-Père, il y a douze heures dans le jour, et ce qui n’a pas réussi une fois peut, par une nouvelle tentative, obtenir un meilleur succès.

Pourquoi en dire plus long ? Le bras du Seigneur n’est pas raccourci, et je crois fermement que Dieu a réservé aux soins et à la sollicitude du Pasteur de son église universelle la gloire de nous obtenir enfin le repos après nos fatigues, le bonheur après tant de maux, la paix après la guerre, de rétablir l’union dans la famille royale, si profondément divisée, de soulager les peuples écrasés par de longues guerres, de rendre la vie aux pauvres abattus et presque morts de faim, de venir en aide aux campagnes entièrement dévastées, aux provinces ruinées, de relever les temples renversés, de rendre la sécurité aux vierges, de faire rentrer dans leurs églises les prêtres et les pasteurs des âmes, enfin de nous rappeler tous à la vie.

Daigne Votre Sainteté réaliser ces vœux ! Je le lui demande avec instance, je l’en prie et l’en conjure humblement par les entrailles de la miséricorde de Jésus-Christ, dont elle tient la place et qu’elle personnifie sur terre, comme aussi de m’accorder sa bénédiction.

De Votre Sainteté le très humble, très obéissant et très dévoué serviteur et fils en Jésus-Christ.

VINCENT DEPAUL,

très indigne supérieur de la congrégation de la Mission.

De Paris, ce 16 août 1652.

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1540. — A NICOLAS BONICHON

De Paris, ce 17 août 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous avez bien fait d’obéir à Mgr de Sarlat (1), en ce qu’il a désiré de vous. Je me donnerai l’honneur de le remercier de l’honneur qu’il veut faire à notre petite compagnie et de la confiance qu’il a prise en vous, comme j’ai fait Mgr de Cahors (2) de ses nouveaux bienfaits. Dieu soit la récompense de l’un et l’autre de ces saints prélats et votre esprit pour accomplir leurs saintes intentions !

Sachez, s’il vous plaît, celle de Mgr de Cahors sur les entretiens de la prochaine ordination, pour n’y pas employer M. de Nans, s’il ne vous permet de le faire.

Nous n’avons point de frère aux Bons-Enfants qui ait été marié, ni qui vous puisse dire qui est la dame huguenote dont vous m’écrivez. Si vous me mandez son nom et le lieu où elle a demeuré à Paris, je tâcherai de savoir le reste.

Il ne nous est rien survenu de nouveau qui mérite de vous être écrit. Je prie Dieu derechef qu’il vous fortifie en vos grands travaux et bénisse par vous votre chère maison.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 1540. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

1) Nicolas Sevin, évêque de Sarlat et coadjuteur de l’évêque de Cahors.

2) Alain de Solminihac.

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L’assistant, ni même le supérieur d’une maison particulière n’ont droit de bénir les ornements. Il n’y a que moi dans la compagnie qui aie ce pouvoir ; mais nous tacherons de l’obtenir pour tous les supérieurs.

Suscription : A Monsieur Monsieur Bonichon, prêtre de la Mission, au séminaire de Cahors, à Cahors.

1541. — AU CHEVALIER DE CHANDENIER (1)

19 août 1652.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Depuis ma lettre écrite à M. l’abbé votre frère (2), que

Lettre 1541. — Reg 1, f° 3, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1). François de Rochechouart, marquis de Chandenier et baron de la Tour en Auvergne, eut une vie agitée. Sa bravoure était grande, comme on put le voir en divers combats. La reine Anne d’Autriche dont il avait su capter la faveur, lui fit le grand honneur d’assister à son mariage, qui eut lieu au Palais-Bourbon en 1646 devant le roi. Disgracié le 10 février 1651 pour avoir refusé d’entrer en service à la place du duc de Gèvres, il reçut ordre de vendre sa charge de capitaine des gardes du corps du roi, refusa et se retira sur ses terres, où la colère implacable de Mazarin le poursuivit. Il fut enfermé au château de Loches. Le malheur l’aigrit. Sa famille eut beaucoup à souffrir de ses convoitises et de ses emportements, particulièrement ses frères Louis et Claude, qui refusaient de résigner en sa faveur les abbayes de Tournus et de l’Aumône sur lesquelles ils lui faisaient déjà une pension de 20.000 livres. Un jour que l’abbé de Tournus était en chemin pour se rendre à Rome, François, accompagné d’une troupe de gens armés, tomba sur lui et le fit prisonnier. Pendant deux mois, l’irascible marquis promena son frère de château en château, menaçant de l’embarquer sur mer pour le jeter sur les côtes de Barbarie ou d’Angleterre. Louis tint bon. Vers la fin de sa vie, le marquis de Chandenier se retira dans l’abbaye de Sainte-Geneviève, où il mourut le 14 août 1696, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Il est souvent question de lui dans les Mémoires de Madame de Motteville. (Cf. de Rochechouart, op) cit., t. I, pp. 188-217, et la notice de l’abbé de Tournus dans le t. II des No¢ices, p. 531)

2) Louis de Chandenier, abbé de Tournus.

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j’ai envoyée à Mademoiselle (3) de Chandenier, votre mère (4), j’ai reçu celle que M. Romanesque m’a rendue de votre part ; pour réponse à laquelle je vous dirai, Monsieur, qu’il paraît que vous vous êtes laissé emporter de colère, et crois qu’après, jugeant plus sainement de l’importance des choses, vous trouverez à propos de revenir incessamment tous ensemble de concert et en bonne intelligence, remettant tous vos affaires pour les terminer ici, par l’avis de vos amis, si nettement qu’il ne puisse jamais plus survenir aucune difficulté entre vous. Ainsi le désordre survenu ne servira qu’à cimenter l’affection qui doit être entre les frères, à laquelle vous exhorte, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1542. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, ce 30° août 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai point reçu de vos lettres par cet ordinaire, le courrier ayant été arrêté, dit-on, à cause de la contagion. Je n’ai rien à vous dire de nouveau ; tout est en même état de deçà. On nous faisait espérer la paix,

3) Saint Vincent a sans doute écrit ou voulu écrire Madame, titre dû à la mère des Chandenier, comme on le voit plus loin (1. 1552).

4). Louise de Montberon, mariée le 11 septembre 1609 à Jean-Louis de Rochechouart, morte le 31 mai 1654.

Lettre 1542. — L. s — Dossier de Turin, original.

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mais à présent on s’en défie fort. A mesure que nos malades guérissent, il en tombe d’autres qui prennent leur place. M. de la Fosse, qui assistait les pauvres malades d’étampes, a été ramené par son compagnon dans un brancard ; il a la fièvre, mais il n’est pas en danger, grâces à Dieu. Nous en attendons un autre de Palaiseau à ce soir, qui a la fièvre continue ; c’est un bon frère du séminaire. Messieurs Le Soudier (1) et Berthe sont aussi malades en Picardie ; et, pour surcroît d’affliction, j’appris hier que M. Lambert l’est aussi en Pologne d’une fièvre double-tierce ; je veux dire qu’il l’était au temps de sa lettre du 28 juillet. J’en attends d’autres avec quelque impatience, pour savoir le cours de sa maladie, mais aussi avec soumission à la conduite de Dieu. Le roi et la reine de Pologne étaient aussi malades, ou plutôt convalescents.

On tient qu’il meurt à Paris par mois dix mille personnes depuis quelque temps ; priez pour nous tous, s’il vous plaît, et pour notre ordination prochaine, que nous n’attendions pas à cause des misères du temps ; mais on ne laisse pas de nous en surcharger.

Nous perdrons cette année 26 ou 30 muids de blé pour le moins, quand même nous conserverions le peu qu’on nous a laissé, qui est pourtant en grand danger, pource que la plupart est encore aux champs dans les granges. Plaise à Dieu disposer de nous et de ce que nous avons à sa gloire !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1) Jacques Le Soudier.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.

1543. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Peu après le 22 août 1652] (1)

J’ai de la peine à vous annoncer une autre nouvelle, puisqu’elle vous affligera trop ; c’est la disposition que Dieu a faite du bon Monsieur Gilles, supérieur de Crécy. Je ne puis vous exprimer ni la grandeur de cette perte, ni la douleur que nous en avons ; mais pourtant nous tâcherons de nous soumettre au bon plaisir de Dieu. Je vous recommande ce défunt et nos malades (2).

1544. — A NICOLAS BONICHON, PRêTRE DE LA MISSION, A CAHORS

De Paris, ce dernier août 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu aujourd’hui votre lettre du 16 et ai fait réponse à toutes vos précédentes il y a 15 jours. Il ne me reste à vous rien dire de nouveau, sinon que voici le contrat de la fondation d’un obit que vous m’avez ci-devant envoyé pour le ratifier, comme j’ai fait.

Je loue Dieu des forces qu’il vous donne pour subvenir à tant d’emplois que vous avez, et de la meilleure

Lettre 1543. — Manuscrit de Lyon

1). Date de la mort de J.-B. Gilles. La lettre est très probablement postérieure à la lettre 1542.

2). J-B. Gilles, qui avait pour saint Vincent une profonde vénération, avait exprimé le désir, si toutefois il devait lui survivre et si la compagnie le trouvait bon, que son cœur fût enterré au dessous des pieds du saint. (Arch. Nat. M 211, liasse l.)

Lettre 1544. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

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disposition de M. Treffort, à qui j’en ai témoigné ma joie, et je vous prie de l’assurer qu’elle est très grande, pource que sa santé est un trésor à la famille et aux pauvres, de même que la vôtre. Pour cela je vous recommande l’une et l’autre, ensemble celle du bon M. Water. D’un autre coté, je suis bien marri de l’indisposition de vos malades et je prie N.-S. qu’il les en délivre bientôt.

La plupart des nôtres guérissent, grâces à Dieu ; mais il en tombe d’autres qui prennent leur place. M. de la Fosse, qui assistait les pauvres d’étampes, en est revenu avec une fièvre. D’autres sont allés prendre sa place, comme il avait pris celle de feu M. David, décédé en ce lieu-là et dans cette sainte occupation, ainsi que je vous ai mandé. Nous ressentons tous les jours la perte d’un si bon ouvrier. Mais, ô Dieu ! Monsieur, qu’en voici une qui sans doute vous touchera sensiblement ! C’est du bon M. Gilles, duquel Dieu a disposé à Crécy, où il était supérieur, le 22 de ce mois. Je ne vous dis pas combien nous en sommes affligés, pource que je ne le pourrais pas ; vous l’avez tous connu pour le penser.

Il plaît à Dieu de nous exercer encore d’une autre sorte, à savoir par la maladie de M. Lambert en Pologne, par celle de Messieurs Le Soudier (1) et Berthe en Picardie et par les misères publiques, qui augmentent toujours et qui nous causent des pertes qui nous accablent.

Je recommande à vos prières les défunts et les vivants de la compagnie, les sains et les malades et généralement tous nos besoins. Nous continuons de

1) Jacques Le Soudier.

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notre côté à vous offrir soigneusement à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Voici une lettre pour Mgr de Cahors. Je ferai tenir celles de M. Treffort.

Au bas de la première page : M. Bonichon.

1545. — AU PèRE CéSAIRE DE SAINT-BONAVENTURE (1)

De Paris, ce dernier d’août 1652.

Mon Révérend Père,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai été fort consolé de recevoir votre lettre, comme venant d’un bon serviteur de Dieu et d’un ouvrier apostolique qui travaille avec grande bénédiction en un pays qui a tant de besoin de tels hommes que vous. Certes il me tarde que je ne voie quelques-uns de vos Pères, pour me réjouir avec eux des fruits que vous y faites, dont celui qui vous a donné occasion de m’écrire est bien considérable. Je rends grâces à Dieu de toutes celles qu’il vous départ, et par vous à quantité d’âmes ; et vous, mon Révérend Père, je vous remercie de vous être souvenu de moi en cette occasion.

Plût à Dieu qu’il fût en mon pouvoir de servir cette

Lettre 1545 — L. s. — Original chez les Carmes déchaussés de Rome.

1) Césaire de Saint-Bonaventure, de l’Ordre des Carmes déchaussés, était fils de Pierre Berti, pasteur calviniste converti. Il mourut le 25 octobre 1665, après avoir évangélisé avec succès la Hollande, son pays natal

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personne (2) ! Je le ferais de grand cœur ; et en effet je le recommanderai à plusieurs bonnes âmes pour tâcher de lui procurer emploi ou condition. Je vous dirai néanmoins qu’il est fort à craindre qu’il ne s’en rencontre pas qui lui soient convenables pour le présent, à cause des misères du temps, qui font que chacun se décharge ; et ceux qui s’adonnent à l’assistance du prochain font tendre tous leurs soins et leurs aumônes à tirer le pauvre peuple des bras de la mort et les pauvres filles des occasions du péché ; car c’est à quoi la guerre a réduit ce pauvre pays, à dix lieues à la ronde de Paris. Il n’y a que peu de jours que nous avions en cette ville vingt mille réfugiés de cette sorte, qu’il a fallu nourrir longtemps, outre grand nombre de malades que l’on assistait à la campagne, et c’est ce que l’on continue encore avec une grande dépense, à laquelle on a grand’peine de subvenir. Ceux qui ont des rentes n’en jouissent pas ; ceux qui ont des terres n’ont point moissonné cette année, et l’on ne peut semer pour la prochaine. Dans cette apparence d’une plus grande pauvreté, la charité se trouve beaucoup refroidie.

Pour nous, mon Révérend Père, nous ne sommes que trop hors d’état de l’exercer vers ce bon jeune homme, en la manière que vous le désirez ; car nous sommes contraints à renvoyer une partie de notre monde, bien loin d’en recevoir de nouveau. Personne ne paye ; on nous a pillé quelques fermes que nous avons, et en vérité nous nous trouvons bien empêchés à nous tirer de ce mauvais temps, tandis que nous ne recevons rien de notre petit revenu. Je suis affligé que

2) Alexandre-Gabriel de Brosses, protestant converti, porteur de la lettre de recommandation du Père Césaire.

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cela nous empêche de contribuer au bon œuvre que vous avez commencé.

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne moyen de le perfectionner et vous continue la grâce d’en faire une infinité de semblables pour l’amplification de sa gloire. Nous verrons si dans quelque temps je pourrai vous obéir utilement ; car je le souhaite de tout mon cœur ; et je vous conjure, au nom de Dieu, que mon impuissance présente ne vous rebute point pour l’avenir, lorsque les occasions se présenteront de m’employer pour le service de Dieu et pour le vôtre, à qui je suis, en son amour, mon Révérend Père, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

suscription : A Monsieur Monsieur César de St-Bonaventure, aumônier et prédicateur de Messieurs les ambassadeurs et ministres du roi en Hollande, à La Haye.

1546. — BERTRAND DUCOURNAU A SAINT VINCENT

ET RéPONSE DU SAINT

[Après 1645] (1)

D. — Les Filles de la Charité de Forges (2) disent que M. le curé leur veut donner le calice de l’église à garder, et Mademoiselle Le Gras demande si elles le doivent prendre ou refuser,

Lettre 1546. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Voir note 2.

2). Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure). Les Filles de la Charité furent établies tout près de là, à Serqueux, le 13 novembre 1645, par M. de Saint-Luc, châtelain de Taillefontaines Le curé de Serqueux étant sourd, Louise de Marillac leur avait permis d’aller se confesser au curé de Forges. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 292.)

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et, en ce qu’elles le prennent, s’il faudra faire faire un acte par lequel il paraisse que M. le curé a voulu les en charger ?

R. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de faire ces formalités.

D. — On leur envoie les petits garçons qui ont fait quelque faute à l’école, pour être fouettés par elles, comme si leur régent n’était pas suffisant pour les châtier. Elles demandent ce qu’elles ont à faire.

R. — Il n’est point convenable du tout que les Filles reçoivent les garçons en leur école, moins encore de châtier ceux qu’on leur envoie.

1547. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je vous prie de ne rien épargner ni pour les remèdes, ni pour la nourriture, ni pour le repos, suivant en tout l’avis du médecin. De notre coté nous prierons Dieu qu’il vous rétablisse et qu’il vous fasse la grâce de bien user de votre indisposition.

1548. — A LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE

Septembre 1652.

Je rends grâces à Dieu, Madame, de celle qu’il a faite à son église d’avoir redonné la santé à la sacrée Majesté du roi et à la vôtre, et le prie que ce soit pour longues années et qu’il sanctifie Vos Majestés de plus en plus, et par elles les peuples qu’il leur a donnés.

M. Lambert me mande par toutes ses lettres les

Lettre 1547. — Collet, op cit., t. II, p 162.

Lettre 1548. — Reg. I, f° 19 V°, copie prise sur la "minute signée et apostillée".

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incomparables bontés que Vos Majestés ont exercées sur lui pendant sa maladie et qu’elles exercent incessamment sur la petite compagnie, et tout nouvellement, Madame, en l’achat d’une maison, pou} servir à son établissement, et en l’assignation d’un revenu considérable pour sa subsistance. Or, comme ce sont des actes de charités toutes royales, il faudrait des cœurs semblables pour en faire à Votre Majesté des remerciements proportionnés à la grandeur de la chose ; et comme je suis un chétif ver de terre, indigne de vous f aire ce remerciement, je prie N.-S. qu’il en soit lui-même votre remerciement et votre récompense. Et si tant est qu’il ait agréable de tirer quelque gloire des emplois de vos missionnaires, je le prie qu’il en attribue le mérite à Votre Majesté, laquelle, à ce que j’apprends, Madame, en acquiert tous les jours de nouveaux, par les biens sans exemple qu’elle fait partout et à toute sorte de personnes, montrant ainsi à tout le monde la grande bonté de Dieu par la votre, et l’obligation infinie que lui a la Pologne de lui avoir donné une reine des meilleures qui soient sur la terre. Plaise à sa divine bonté, Madame, de continuer ses spéciales bénédictions sur les sacrées personnes du roi et de Votre Majesté et sur toutes leurs conduites ! Ce sont les souhaits et les prières des gens de bien de deçà, particulièrement des dames de la Charité, qui ont grande dévotion à cela, comme j’en aurai toute ma vie pour demander à Dieu la grâce de porter plus dignement que je ne fais la qualité, Madame, de votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

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1549. — A LA REINE ANNE D’AUTRICHE

5 septembre 1652.

Madame,

M. l’évêque de Montauban, ci-devant évêque d’Utique (1), me mande que je me donne l’honneur d’écrire à Votre Majesté au sujet du nommé Labadie, qui a tant d’opinions extravagantes au fait de notre sainte religion, qui a fait tant de mal eh Picardie et dans le diocèse de Bazas, où M. l’évêque a fait le procès à ses suppôts et à lui, et qui enfin, pour éviter sa justice, s’est fait huguenot à Montauban, où il brigue pour se faire ministre ; et qu’il craint qu’il ne fasse plus de mal à l’église en cet état qu’étant personne particulière, et qu’il est nécessaire que Votre Majesté soit informée de cela. Et c’est, Madame, ce que je fais, à ce qu’il plaise à Votre Majesté, si elle l’a agréable, de dire au sieur de Moucaut, député de la religion (2) quelle ne désire point que cet homme soit ministre, et qu’elle écrive ou fasse écrire à M. de Saint-Luc que le roi a intérêt que cet homme n’entre point au ministériat, pource qu’il a l’esprit séditieux, brouillon et inventeur de nouvelles hérésies, et que Votre Majesté désire qu’il en parle à quelques-uns des principaux du synode et à celui qui y doit assister de la part du roi le 24 de ce mois ; que ce n’est pas que le roi veuille empêcher la liberté qui leur est donnée d’exercer leur religion et de faire des ministres, ains seulement pour donner

Lettre 1549. — Reg, I, f° 3, copie prise sur la "minute de la main"

1). Pierre de Bertier reçut le titre d’évêque d’Utique quand il fut nommé coadjuteur d’Anne de Murviel, évêque de Montauban, auquel il succéda.

2). De la religion réformée.

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ordre que ce mauvais esprit n’apporte quelque trouble dans la religion et dans l’état, qui a ses intérêts si liés à ceux de la religion.

Voilà, Madame, la très humble représentation que mondit sieur de Montauban a désiré que je fasse à Votre Majesté ; et c’est, Madame, ce que je fais avec toute l’humilité que je le puis, qui renouvelle ici les offres de mon obéissance perpétuelle à Votre Majesté et qui suis, en l’amour de N.-S., Madame, votre très humble et très obéissant serviteur et sujet.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1550. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Vers 1652] (1)

Quand il est parlé des permissions prises de la sœur assistante, s’il n’est point nécessaire dire toujours : en l’absence de la directrice ? Savoir si ce mot de directrice est bien ? Si la lecture ordonnée être faite tous les mois ne serait point mieux toutes les semaines ? Il serait bien nécessaire que les sœurs des paroisses ne se visitassent point, sinon en cas de maladie ; savoir s’il est expédient d’en faire un article ?

Voilà, mon très honoré Père, ce que j’ai remarqué ; mais, au nom de Dieu, n’ayez égard ni aux mémoires, ni aux remarques, mais ordonnez ce que vous croyez que Dieu demande de nous, y ajoutant les maximes et instructions qui nous peuvent encourager et tenir affectionnées et exactes aux observances de tous les points de nos règlements, car il me semble que nous, tant que nous sommes, ne faisons pas assez d’attention sur nos obligations, ne les croyant pas.

Donnez, s’il vous plaît, votre bénédiction à toutes nous autres, vos pauvres filles ; et pour leur servante, demandez à

Lettre 1550. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Date approximative du projet de règlement sur lequel Louise de Marillac fait ses observations.

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notre bon Dieu la miséricorde dont elle a besoin pour être véritablement, mon très honoré Père, votre pauvre fille très obligée servante.

1551 — AU CARDINAL MAZARIN

11 septembre 1652.

Monseigneur,

Je me donne la confiance d’écrire à Votre éminence ; je la supplie de l’avoir agréable et que je lui die que je vois maintenant la ville de Paris revenue de l’état auquel elle était, et demander le roi et la reine à cor et à cri ; que je ne vas en aucun lieu et ne vois personne qui ne me tienne le même discours (1). Il n’y a pas jusques aux dames de la Charité, qui sont des principales de Paris, qui ne me disent que, si Leurs Majestés s’approchent, qu’elles iront un régiment de dames les recevoir en triomphe (2), Et selon cela, Monseigneur, je pense que Votre éminence fera un acte digne de sa bonté de conseiller au roi et à la reine de revenir prendre possession de leur ville et des cœurs de Paris. Mais pource qu’il y a beaucoup de choses à dire contre

Lettre 1551. — Reg. 1, f° 45, copie prise sur la "minute signée et apostillée".

1) Le clergé de Paris, conduit par le cardinal de Retz était allé à Compiègne le 9 septembre pour inviter le roi à rentrer dans la capitale, et le roi s’était contenté de demander "que les Parisiens fissent quelque chose pour hâter ce retour, en ne souffrant plus le pouvoir violent de ceux qui voulaient faire durer les troubles" L. a réponse était évidemment suggérée par Mazarin C’est pour vaincre les résistances du cardinal-ministre que saint Vincent lui écrit cette lettre.

2) Mazarin se défiait de plusieurs dames de la Charité et plus particulièrement de leur présidente, la duchesse d’Aiguillon, qu’il supposait de connivence avec les frondeurs. (Cf. Lettres du cardinal Mazarin, publiées par Chéruel, t. V, pp. 4, 213, 346, 358, 438, 439, 475.)

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cela, voici les difficultés qui me semblent les plus considérables et la réponse que j’y fais et que je supplie très humblement Votre éminence de lire et de considérer.

La première est qu’encore qu’il y ait plusieurs bonnes âmes dans Paris et quantité de bons bourgeois qui soient dans le sentiment que je dis, il y en a toutefois quantité d’autres qui sont de sentiment contraire et d’autres qui sont entre deux. — A quoi je réponds, Monseigneur, que je ne pense pas qu’il y en ait que fort peu qui soient de sentiment contraire, au moins n’en connais-je pas un, et que les indifférents, s’il y en a, seront emportés par la multitude et la force de ceux qui ont de la chaleur pour cela, qui est la plupart de Paris, si ce n’est peut-être ceux qui craindraient la touche (3), s’ils n’étaient rassurés par l’amnistie.

Secondement, qu’il y a sujet de craindre que la présence des chefs du parti contraire fasse revenir la journée du palais (4) et celle de la maison de ville (5). — A quoi je réponds que l’un d’eux (6) sera ravi de cette occasion pour se bien remettre avec le roi, et que l’autre (7), voyant Paris remis à l’obéissance du roi, se soumettra, et de cela il n’en faut pas douter ; je le sais de bonne part.

En 3° lieu, quelques-uns pourront peut-être dire à Votre éminence qu’il faut châtier Paris pour le rendre sage.

3) Touche, châtiment.

4) Allusion à la journée du 25 juin, pendant laquelle le peuple envahit le palais et roua de coups les conseillers au parlement, pour les contraindre à terminer leur délibération.

5). Allusion à l’émeute du 4 juillet qui entraîna les massacres de l’hôtel de ville.

6). Le duc d’Orléans.

7). Le prince de Condé.

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— Et moi je pense, Monseigneur, qu’il est expédient que Votre éminence se ressouvienne comme quoi se sont comportés les rois sous lesquels Paris s’est révolté : elle trouvera qu’ils ont procédé doucement et que Charles VI, pour avoir châtié grand nombre de rebelles, désarmé et ôté les chaînes de La ville, ne fit que mettre de l’huile dans le feu et enflammer le reste, en sorte que seize ans durant ils continuèrent la sédition, contredirent le roi plus qu’auparavant et se liguèrent pour cela avec tous les ennemis de l’état (8), et qu’enfin Henri III (9), ni le roi même (10) ne se sont pas bien trouvés de les avoir bloqués.

De dire que Votre éminence fera la paix avec l’Espagne et qu’elle viendra triomphante fondre sur Paris et le mettre à la raison ; je réponds, Monseigneur, que tant s’en faut qu’elle s’établisse mieux dans les esprits du royaume par la paix avec l’Espagne, qu’au contraire elle s’acquerra plus de haine que jamais, si tant est qu’elle rende à l’Espagnol tout ce qu’on possède de lui, comme l’on dit que Votre éminence veut faire ; et en ce cas, Votre éminence doit craindre avec sujet ce qui arriva à Charles III, régent du royaume et couronné roi présomptif, lequel, ayant abandonné aux Anglais la Normandie et quelques villes de Flandre, à la charge qu’elles relèveraient de la couronne en souveraineté, enflamma tellement les esprits contre lui, que, les états s’étant assemblés extraordinairement pour cela, ce pauvre prince fut contraint de

8) Révolte des Maillotins, que le roi punit sévèrement après la victoire de Rosbecque ; tentative de réforme constitutionnelle du Calme Eustache de Pavilly ; excès des Cabochiens ; guerre civile des Bourguignons et des Armagnacs.

9). Après le meurtre des Guise, Henri III mit Paris en état de siège ; il fut assassiné à Saint-Cloud par Jacques Clément.

10) Louis XIV.

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s’enfuir inconnu et mourut misérablement dans un village, où il s’était caché (11).

Que si l’on estime qu’auparavant le retour de Leurs Majestés en cette ville, il vaut mieux traiter avec l’Espagne et Messieurs les princes, souffrez, Monseigneur, que je vous dise qu’en ce cas Paris sera compris dans les articles de la paix et tiendra le bien de son amnistie de l’Espagne et de mesdits seigneurs, et non du roi, dont il aura une telle reconnaissance qu’il se déclarera pour eux à la première occasion.

Quelques-uns pourront dire à Votre éminence que ses intérêts particuliers requièrent que le roi ne reçoive pas en grâce ce peuple et ne revienne pas à Paris sans elle, ains qu’il faut brouiller les affaires et entretenir la guerre pour faire voir que ce n’est pas Votre éminence qui excite la tempête, ains la malignité des esprits qui ne veulent pas se soumettre à la volonté de leur prince. — Je réponds, Monseigneur, qu’il n’importe pas tant que le retour de Votre éminence soit avant ou après celui du roi, pourvu qu’il soit, et que, le roi étant rétabli dans Paris, Sa Majesté pourra faire venir Son éminence quand il lui plaira ; et de cela j’en suis assuré. D’ailleurs, si tant est que Votre éminence, laquelle regarde principalement le bien du roi et de la reine et de l’état, contribue à la réunion de la maison royale et de Paris à l’obéissance du roi, assurément, Monseigneur, elle regagnera les esprits, et dans peu de temps elle sera rappelée, et de la bonne sorte, comme j’ai dit ; mais tandis que les esprits seront dans la révolte, il

11) Saint Vincent fait confusion Charles III n’a pas cédé la Normandie aux Anglais, mais aux Normands ; il n’est pas mort caché dans un village, mais prisonnier au château de Péronne ; ce n’est pas lui, mais Charles V, qui a laissé aux Anglais quelques villes de Flandre.

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est bien à craindre que jamais on ne fera la paix a cette condition, pource que c’est en cela que consiste la folie populaire et que l’expérience fait voir que ceux qui sont blessés de cette maladie, ne guérissent jamais par les mêmes causes par lesquelles les roues de leur esprit ont été faussées. Et s’il est vrai, comme l’on dit, que Votre éminence a donné ordre que le roi n’écoute pas Messeigneurs les princes, qu’il ne leur donne point des passeports pour se rendre auprès de Leurs Majestés, que l’on n’écoute aucune députation ni représentation, et qu’à cet effet Votre éminence a mis auprès du roi et de la reine des étrangers, ses domestiques, qui ferment les avenues de tous côtés, pour empêcher qu’on parle à Leurs Majestés, il est fort à craindre, Monseigneur, si cela continue, que l’occasion se perde et que la haine des peuples ne se tourne en rage. Au contraire, si Votre éminence conseille le roi de venir recevoir les acclamations de ce peuple, elle gagnera les cœurs de tous ceux du royaume qui savent bien ce qu’elle peut auprès du roi et de la reine, et chacun tiendra cette grâce de Votre éminence (12).

Voilà, Monseigneur, ce que je prends la hardiesse de lui représenter, dans la confiance qu’elle ne le trouvera pas mauvais, surtout quand elle saura que je n’ai dit à personne du monde qu’à un serviteur de Votre éminence, que je me donne l’honneur de lui écrire, et que je n’ai aucune communication avec mes anciens amis qui sont dans les sentiments contraires à la volonté du roi (13), que je n’ai communiqué la présente

12) Le roi sollicité par Gaston d’Orléans lui même, puis par une députation de la milice bourgeoise, finit par se laisser fléchir ; il fit son entrée dans la capitale le 21 octobre au milieu des acclamations du public et accorda une large amnistie aux rebelles.

13). Le saint a surtout en vue le cardinal de Retz.

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à qui que ce soit, et que je vivrai et mourrai dans l’obéissance que je dois à Votre éminence, à laquelle N.-S. m’a donné d’une manière particulière (14). C’est de quoi je l’assure, pour être à jamais, Monseigneur, son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1552. — A LOUIS DE CHANDENIER (1)

15 septembre 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

M. de Saint-Nicolas (2) me vient de mander que M. Delêtre, ami et serviteur de votre famille et son paroissien, lui ayant parlé de quelque expédient d’accommodement de l’affaire avec M. le chevalier votre frère (3), il en avait parlé ensuite avec Madame et Mademoiselle de Chandenier (4), qui l’étaient allées voir avec Madame de Nesmond, et que le résultat de leur entretien avait été qu’il est expédient que vous, Monsieur,

14) Il y a lieu de croire que cette lettre déplut à Mazarin, car, quelques jours après, il écartait saint Vincent du Conseil de Conscience.

Lettre 1552. — Reg. 1, fo 71 copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1). Louis de Chandenier, abbé de Tournus.

2), Hippolyte Féret curé de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.

3). François de Chandenier.

4) La mère et la sœur des frères Chandenier. Cette dernière Marie de Chandenier, resta célibataire. Elle mourut à Paris en 1701, âgée de quatre-vingt-sept ans, et laissa ses biens au président de Lamoignon.

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et M. de l’Aumône (5) conveniez avec M. le chevalier de terminer ce différend par des arbitres, que vous et lui choisirez, étant revenus ici, auxquels vous vous rapporterez pour tous les différends que vous avez ensemble, et que, pour l’exécution de cette parole, vous conviendrez de delà d’une personne de condition de cette ville, à laquelle vous et M. le chevalier écrirez, et le prierez d’être garant de la parole que vous donnerez réciproquement, lui et vous, Monsieur, et M. votre frère, et que je serai prié de vous en écrire ; et c’est, Monsieur, ce que je fais avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je vous supplie, Monsieur, de l’avoir agréable, afin de terminer cet affaire.

1553. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 20e septembre 1652.

Je vous ai prié et je vous prie encore de ne vous point hâter avec ces bons prêtres d’Orvieto et de ne vous point engager pour tout, s’ils parlent d’union ; car, en ce cas, il faudrait qu’ils le demandassent avec

5) L’abbaye de l’Aumône ou du Petit-Cîteaux, située sur la commune de La Colombe (Loir-et-Cher) dans. Ia forêt de Marchenoir dépendait de l’Ordre de Saint-Benoît. Claude-Charles de Chandenier, qui en était abbé, devint en 1655 abbé de Moutiers-Saint-Jean. Sa vie, de 1650 à 1660, se confond avec celle de son frère l’abbé de Tournus, qu’il suivit à Alet à Paris, à Rome. Leur affection mutuelle était telle qu’ils ne pouvaient se quitter. L’un et l’autre refusèrent l’épiscopat ; l’un et l’autre aimaient saint Vincent et sa congrégation d’un amour qui ne se démentit pas. Claude vécut jusqu’au 18 mai 1710. François Watel, alors supérieur général, annonça cette mort à ses prêtres et recommanda le défunt à leurs suffrages. On trouve dans Collet (op. cit., t I, pp. 584-588) la longue et belle épitaphe qui fut mise sur la tombe de Claude de Chandenier.

Lettre 1553. — Reg. 2, pp. 89, 72.

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grand désir et avec grande disposition de s’accommoder à notre petit Institut et à nos usages ; mandez-moi exactement leurs intentions et tout ce qui se passera sur cela. Peut-être ne veulent-ils que procurer notre établissement en ce diocèse-là et puis se donner à la compagnie, comme s’il n’y avait aucune société entre eux. Vous ne savez, dites-vous, comment ajuster avec eux l’affaire de nos vœux. Il ne faut pas feindre, Monsieur, mais leur dire nettement que nous faisons des vœux simples, afin que, s’ils n’ont pas envie de les faire, ils ne s’attendent point d’entrer parmi nous (1).

Je reconnais comme vous, qu’il n’est pas bon de faire tant de petits établissements, et je me propose d’y faire attention, moyennant la grâce de Dieu ; mais aussi est-il fort difficile d’en faire de grands dans le commencement d’une compagnie comme la nôtre. Il n’est pas de nous comme des mendiants : ils n’ont qu’à planter le piquet et les voilà établis. Mais à nous, qui ne prenons rien du pauvre peuple, il nous faut du revenu ; et ce revenu-là, comme il le faut suffisant, ne vient pas tout à coup, ni toujours, dans les villes ; pour ne nous établir que là. Si nous n’avions accepté Notre-Dame de Lorm, qui est dans la campagne, peut-être que l’occasion ne se fût jamais présentée de nous établir dans le diocèse de Montauban ; et peut-être aussi qu’avec le temps Dieu se servira de ce moyen pour nous appeler dans la ville (2). On fait donc d’abord comme on peut, et peu à peu la Providence dispose les choses en mieux.

1) Ici se termine le premier fragment.

2) C’est ce qui arriva

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1554. — A GERALD BRIN, PRêTRE DE LA MISSION, A DAX

Paris, 22 septembre 1652.

Monsieur,

J’ai reçu deux de vos lettres, des 30 août et 9 septembre. Je suis bien en peine de votre indisposition, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous en délivre. Faites, de votre côté, ce que vous pourrez pour vous bien porter ; n’épargnez ni le temps, ni les remèdes. Faites-vous bien soigner et purger. L’usage du cidre est assez commun de delà ; peut-être vous serait-il meilleur que le vin, à cause qu’en Irlande vous ne buvez que de la bière. Comme vous allez et venez d’un côté et d’autre, tantôt à Saint-Pandelon (1), tantôt à Pouy, tantôt à Bayonne et tantôt ailleurs, on ne peut pas dire que l’air de Dax vous soit mauvais ; car, quand il le serait, y demeurant sédentaire, il ne pourrait vous nuire dans ces divers changements ; et puis n’est-on pas malade partout ? Il y a peu de personnes céans qui ne l’aient été cette année ; nous en avons encore plusieurs ; et nos infirmiers ont eu tant de travail qu’ils ont succombé et sont eux-mêmes malades.

J’espère, quant à votre mal, qu’avec un peu de soin il s’en ira ; j’en prie Dieu de tout mon cœur. Peut-être en êtes-vous déjà dehors, et, en ce cas, la présente vous pourra trouver à Pouy ou à Hinx (2), puisque vous m’avez mandé qu’à la fin de ce mois vous y pourriez commencer la mission. Quand je saurai qu’elle y a été faite, j’en serai fort aise. Il ne faut pas que Monseigneur (3)

Lettre 1554. — Pémartin, op. cit., t. II, p 481, 1 909

1) Petite commune des environs de Dax

2) Même remarque.

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se mette en soin pour les frais, ayant, comme vous avez, de quoi les faire. Après cela vous serez reçu par M. Bajoue (4) comme un homme venu du ciel. Il vous attend avec grand désir, grand besoin et grande patience, à ce qu’il m’a témoigné par sa dernière. Vous pourrez emporter cent livres et laisser le reste entre les mains de M. de Saint-Martin.

Je n’ai pas ouï dire que la contagion soit du côté d’Agen ni de Montauban ; il y peut avoir des maladies ordinaires, comme partout ailleurs.

Je vous remercie du désir que vous avez de me voir. Je serais bien consolé de vous voir aussi, et plus que je ne puis vous exprimer ; mais, en attendant que Dieu dispose les choses à cela, voyons-nous en lui et nous conformons à sa volonté, laquelle est préférable à tout autre bien. Ceux que vous ferez aux lieux où elle vous appelle vous profiteront plus que les bons exemples que vous auriez ici, où l’on ne peut venir à présent d’aucun endroit que fort difficilement. Vous pensez néanmoins qu’en vous embarquant à Bayonne et venant prendre port à Nantes, ou à La Rochelle, vous pourriez venir à Paris sans danger ; ce qui n’est pas ; vous seriez en la même peine, étant en ces villes-là, que vous êtes à présent. Témoin M. Barry, qui était à Nantes et auquel j’avais écrit de s’en venir ici ; mais il trouva les chemins si brouillés que, bien qu’il eût la même affection que vous, il fut pourtant obligé de s’arrêter à Richelieu, où il est encore.

J’approuve la prière que vous avez faite à M. de Burgo de nous envoyer le reste des pensions de Thomas et Pierre Butler ; il nous obligera beaucoup de

3) Jacques Desclaux, évêque de Dax.

4). Supérieur du nouvel établissement de *Notre-Dame-de-la-Rose.

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prendre ce soin-là. Et pour les ornements et meubles que vous y aurez laissés, s’il nous les adresse, à la bonne heure, mais ne l’en pressez pas. Que savons-nous si le bon Dieu ne rétablira pas La paix et la religion en Hibernie et s’il ne nous y faudra pas encore envoyer ? Je ne souhaite pas aussi que vous révoquiez l’ordre que vous lui aurez déjà donné sur ce sujet.

Voilà que M. du Chesne a renvoyé quérir Pierre Butler du collège des Bons-Enfants. J’ai à lui annoncer le désir de son père sur son retour et tirer de lui la déclaration par écrit du temps que nous l’avons entretenu et de la somme à laquelle monte cet entretien ; quand cela sera fait, je vous le manderai, et il demeurera aux Bons-Enfants, à cause que notre petit séminaire (5) ayant été pillé et étant en péril de l’être encore, nous avons abandonné le lieu et renvoyé les écoliers. M. Alméras en était le supérieur, lequel est à présent directeur du séminaire interne. M. Portail est toujours premier assistant ; M. Grimal en est le second. M. du Chesne était supérieur aux Bons-Enfants, mais dans deux ou trois jours il va partir pour aller faire quelques visites. Il commencera par Le Mans, s’il y peut arriver à la faveur de quelque escorte ; et, en attendant, nous mettrons quelqu’un à sa place. M. Admirault (6) aura le soin du collège, où il est toujours demeurant. Pour le bon M. Gilles, Dieu en a disposé depuis deux mois à Crécy, où il était supérieur ; nous avons beaucoup perdu en lui. Il n’y a que huit jours

5) Le séminaire Saint-Charles.

6). Charles Admirault, né à Chinon le 20 septembre 1622, entré dans la congrégation de la Mission le 1er décembre 1640, reçu aux vœux le 2 décembre 1642, ordonné prêtre en décembre 1646, placé pendant plusieurs années au séminaire des Bons-Enfants, où il fut longtemps malade, mort en août 1661

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que nous avons perdu un frère coadjuteur nommé Jean Geneset.

Je finis par un renouvellement des offres de mon obéissance, que je vous prie de faire à Monseigneur, en reconnaissance des incomparables bontés qu’il exerce vers vous, à qui je suis, en Notre-Seigneur, très humble serviteur, Monsieur…

M. du [Chesne] me vient de dire que la [pension] des deux messieurs sera arrêtée, [comme] au commencement (7) à deux cent cinquante livres, quoique d’autres en donnassent trois cents livres, et qu’ainsi les choses ne monteront pas si haut que nous pensions. Si je le puis, j’écrirai à M. de Saint-Martin et le prierai de nous garder cet argent ; sinon, vous lui ferez cette prière et recevrez de lui un reçu de cette somme. Je vous prie de le saluer de ma part, comme aussi le doyen de la cathédrale de Bordeaux (8), et assurez-les tous deux de mon obéissance perpétuelle.

1555. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 25 septembre 1652.

Je vous remercie de l’avis que vous m’avez donné touchant M… J’ai grande douleur de son procédé, pource qu’il en arrivera des effets capitalement mauvais. Il l’a fait par une exubérance de zèle, pensant par ce moyen procurer quelque soulagement au pauvre peuple. Je lui en ai écrit mon petit sentiment. Il est vrai qu’en l’âme de M…. il y a un bon fonds de bonté, bien qu’il

7) Au lieu des mots mis entre crochets, M. Pémartin a lu : Gach, Mission, encore ; ce qui rend la phrase incompréhensible.

8). Jean de Fonteneil, ami de saint Vincent.

Lettre 1555 — Reg. 2, p. 153.

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ait un extérieur trop actif et peu réglé ; de ceci il en faut supporter une partie et le porter à se corriger de l’autre par des avertissements faits à propos et en esprit de charité, doucement et affectueusement.

Il ne faut pas faire état des plaintes que l’on fait de nous, quand c’est pour chose bonne dont l’usage est dans la compagnie, comme de n’aller point manger chez les externes. M. de Santeuil n’est pas homme à trouver mauvais que vous n’alliez pas manger chez lui, si vous lui en dites la raison, qui est, d’un côté, notre maxime, laquelle nous défend cela, et, de l’autre, la conséquence du contraire, si nous passions par-dessus.

Pour ce qui est de vous ouvrir davantage que vous ne faites aux principaux habitants, je n’y vois point d’inconvénient pour les choses principales de la paroisse qui regardent son bien et votre office pastoral, pourvu que vous ne passiez pas de ces affaires extérieures aux intérieures de La maison, ni aux nouvelles du monde.

Non, vous ne feriez pas bien de demander avis à M. le gouverneur sur les choses à dire dans vos prédications, soit qu’elles regardent les points controversés, ou non ; et je m’étonne que vous en ayez eu la pensée. Vous vous êtes proposé, quand vous serez chez cette personne (1), de l’avertir en particulier de ce qu’elle dira moins bien à propos. Je pense, Monsieur, que c’est ce que vous ne devez pas faire, tant pource que, trouvant son excuse dans sa bonne intention, il pourrait recevoir l’avertissement en mauvaise part, que pource qu’il est plus sage sans doute que nous, tant que nous sommes.

Vous avez bien fait de vous mettre bien avec les

1) Le gouverneur de Sedan.

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Pères jésuites de Charleville ; mais de dire que c’est afin qu’ils nous soutiennent lorsqu’on leur dira mal de nous, c’est un motif bien bas et bien éloigné de l’esprit de Jésus-Christ, selon lequel nous devons regarder Dieu purement en nos actions et faire servir toutes choses à l’amour que nous lui devons ; et vous, au contraire, ayant en vue votre réputation, vous voulez faire servir la charité qui vous lie avec ces Pères à la conservation de cette réputation, qui est une chose vaine, si elle n’est fondée sur la vertu ; et si elle est établie sur un tel fondement, que craignez-vous ?

Vous m’écrivez une autre chose qui ne sent pas moins son respect humain, à savoir que, quand vous m’écrirez du bien de quelques personnes, je fasse en sorte que leurs amis le sachent, afin qu’ils les en avertissent. Mon Dieu ! Monsieur, à quoi vous amusez-vous ? Où est la simplicité d’un missionnaire qui doit aller droit à Dieu ? Si vous ne reconnaissez du bien en ces personnes, n’en dites pas ; mais si vous y en trouvez, parlez-en pour honorer Dieu en elles, parce que tout bien procède de lui. Notre-Seigneur reprit un homme qui l’appelait bon, pource qu’il ne le faisait pas à bonne intention ; combien plus aurait-il sujet de vous reprendre, si vous louez les hommes par complaisance, pour être bien auprès d’eux, ou pour quelqu’autre fin grossière, encore que cette fin en ait une autre qui soit bonne, comme la vôtre ! Car je sais que vous ne cherchez à vous mettre dans l’estime ou l’affection d’aucun que pour avancer la gloire de Dieu et le bien de la compagnie ; mais souvenez-vous que la duplicité n’est pas agréable à Dieu et que nous ne devons considérer que lui pour être véritablement simples.

Vous dites de plus qu’un de ces Pères jésuites a prêché dans votre église le jour du saint patron, et

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vous désirez savoir si, en cas pareil, vous leur rendrez le réciproque, supposé qu’ils le désirent. Non, Monsieur, je vous prie de vous en excuser sur ce que notre façon de prêcher est pour les pauvres gens de la campagne et que nous n’avons ni grâce ni habitude pour prêcher dans les villes.

1556. — LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE,

A SAINT VINCENT

Septembre 1652.

Monsieur Vincent,

Je vous suis obligée de tant de marques de vos affections et de la joie que vous me témoignez avoir reçue de la santé du roi, mon seigneur, et de la mienne, dont je vous remercie.

Le bon M. Lambert voyant la crainte que les Polonais ont de la peste, a voulu aller à Varsovie pour mettre un meilleur ordre que celui qui y était pour le soulagement des pauvres. Je donnai ordre qu’il fut logé dans le château et dans la propre chambre du roi. J’en reçois tous les jours des nouvelles, et tous les jours je lui recommande de ne s’exposer pas au péril. Il a auprès de lui tout ce qui est nécessaire pour me venir retrouver, aussitôt que l’ordre qu’il met aux choses sera bien établi. et je l’exhorte à se dépêcher pour se rendre au plus tôt auprès de moi. Sans cette maladie qui a troublé tous nos desseins, nous eussions achevé leur établissement à Varsovie. Il y a deux jours que vos Filles de la Charité sont arrivées, dont je suis très satisfaite ; elles me semblent très bonnes filles.

1557. — A PHILIPPE VAGEOT, SUPéRIEUR, A SAINTES

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1556. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. X, 1er éd., p. 190

Lettre 1557. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Je suis fort affligé de vous savoir malade ; mais puisque c’est le bon plaisir de Dieu, il s’y faut soumettre et attendre de sa bonté le retour de votre première disposition ; vous pouvez penser de quel cœur je le lui demande, puisqu’après la miséricorde de Dieu le salut de plusieurs en dépend. La corruption de l’air, la fréquentation des malades et vos grands travaux ont contribué à vous abattre ; au nom de Dieu, faites de votre côté ce que vous pourrez pour vous rétablir. Je fais la mente prière à Dieu pour M. Rivet, et à lui la même recommandation.

Oui, Monsieur, nous vous enverrons le secours que vous demandez, Dieu aidant, au plus tôt ; ce ne sera pas sans difficulté, tant parce que les misères du temps nous fournissent de deçà une trop grande matière d’occupation, qui enlève tous nos ouvriers, qu’à cause du grand nombre de malades que nous avons, qui, depuis 2 ou 3 mois, est de 16 ou de vingt et plus. A mesure que les uns relèvent, les autres tombent, et ce sont des maladies qui portent à l’extrémité. Nous ferons pourtant l’impossible pour vous donner moyen de continuer vos missions et votre séminaire. Depuis peu, le bon Dieu nous a encore privé du bon M. Gilles (ô Monsieur, quelle perte !) comme aussi d’un frère coadjuteur des plus vertueux de la compagnie, nommé Jean Geneset. Je recommande leurs âmes à vos prières

Nous avions 7 ou 8 personnes à étampes, qui assistaient les pauvres habitants de la ville et des environs, qui tous sont tombés malades, tant l’air y est mauvais (1).

1) Un écrit publié en octobre 1652 (Estat sommaire des misères de la campagne et besoins des pauvres aux environs de Paris des 20, 22, 24 et 25 octobre 1652 in-8° de douze pages) nous donne une juste idée de ce qu’était alors la misère aux portes de la capitale p. 3) "Les uns ont été vus enfouis la nuit dans des fumiers comme des bêtes et s’exposant le jour au soleil, pour en recevoir

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Ils sont à présent, comme je crois, en un château (2) d’un de nos bons amis (3), qui a voulu exercer cet acte d’hospitalité. Nous y avons envoyé un prêtre (4) et un clerc (5) pour en avoir soin, et quatre autres à étampes pour prendre leur place. Nous en avons encore sept ou huit épars dans ce diocèse, cherchant et servant les paroisses abandonnées de leurs pasteurs et de prêtres, surtout les pauvres malades qui n’ont personne qui les console et administre les derniers sacrements, ni qui les

la chaleur, déjà tout remplis et pénétrés de vers et morts auparavant que de mourir ; l’on en a amené cinquante à l’Hôtel-Dieu, qui à peine ont pu survivre deux et trois jours ; ils étaient tellement infectés que les bateliers ne s’en voulurent charger qu’après de très instantes prières des prêtres du séminaire de St-Nicolas-du-Chardonnet, qui leur rendaient cette assistance charitable. L’on en a vu d’autres rampant sur des fumiers, comme des lézards, d’autres sur la paille, comme immobiles par l’exténuation de toutes les forces, et d’autres dans des cloaques et étables, comme personnes déjà confisquées et tellement insensibles par la langueur et l’excès des maux, qu’à peine peuvent-ils entendre parler de Dieu, comme bêtes stupides plutôt que créatures raisonnables.," — "A Etiolles, dit la même publication (p. 5), les maisons sont autant d’étables les habitants autant de malades et les malades autant de moribonds ; les missionnaires en enterrent tous les jours."

La Relation de septembre-octobre signale la mort d’une Fille de la Charité à étampes : " On n’a pu trouver une femme pour veiller l’une des sœurs de la Charité, laquelle a fini ses jours en servant les pauvres de ce lieu, après les. avoir secourus près de deux ans en Picardie et en Champagne." On a supposé que cette sœur était la sœur Marie-Joseph, dont saint Vincent raconte la mort héroïque dans sa conférence du 9 juin 1658 aux Filles de la Charité ; en vérité, rien ne prouve que la sœur Marie-Joseph soit morte en 1652 ou même en 1653.

2). A Baville, hameau de la commune de Saint-Chéron, dans l’arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise).

3) Guillaume de Lamoignon.

4). Thomas Goblet.

5). Michel Caset né à Vautortes (Mayenne), entré dans la congrégation de la Mission le 31 octobre 1649, à l’âge de vingt-quatre ans, reçu aux vœux au mois de novembre de l’année 1651, ordonné prêtre en 1653. Il dirigea la maison de Toul de 1659 à 1660, puis celle de Crécy de 1662 à 1670, après avoir passé quelque temps à Fontainebleau. Il rentra ensuite dans le clergé séculier et mourut curé de Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne).

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enterre après qu’ils sont morts ; et l’un de ceux-ci est M. Watebled (6), qui fait de grands biens dans le voisinage de l’armée.

Je suis obligé de finir après que je vous aurai dit que M. du Chesne est parti pour les visites. Il s’en va en Bretagne, et au retour il passera chez vous, comme j’espère. M. Cornuel (7) a pris sa place aux Bons-Enfants, et M. Alméras est maintenant directeur du séminaire de céans. Voici la réponse que je fais à M. Maurisse ; elle est ouverte, afin que vous la voyiez ; mais, avant de la rendre, cachetez-la, s’il vous plaît. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de le première page. M. Vageot.

1558. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 2 octobre 1652.

Monsieur,

Vous ne devez pas douter que toutes les propositions qui

6) Pierre Watebled.

7) Guillaume Cornuel, né à Bar-sur-Aube, entré dans la congrégation de la Mission le 29 novembre 1644, à l’âge de vingt-trois ans, reçu aux vœux en 1646, ordonné prêtre au mois de décembre de la même année, mort *dans le diocèse de Troyes en 1666. Il dirigea pendant quelque temps la maison de Montmirail (1649-1650, 1658-1659), le collège des Bons-Enfants (1652-1654) et l’établissement de Troyes (1665-1666). Pierre de Vienne, seigneur de *Torvilliers son cousin germain, pleura sa mort dans plusieurs pièces lyriques latines, publiées à Troyes, auxquelles Jacques de la Fosse répondit par quelques odes. (Biographie ardennaise, par l’abbé Boulliot, Paris, 1830, 2 vol. in-8°, t. I, p. 420 ; Bibl. Maz., ms. 3912)

Lettre 1558. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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viendrons de votre part ne me soient agréables. le vous suis obligé de celle que vous m’avez faite concernant Mgr l’évêque de Sarlat, et vous rends de très humbles grâces. Je donnerais volontiers de mon sang pour en voir l’exécution. Je lui ai envoyé les lettres que j’écris à le reine, à Mgr le cardinal et au Père Paulin. Pour cet effet, je vous supplie nous donner vos assistances en cet affaire, au moins de vos bons avis, si vous ne pouvez autre chose à présent.

Je crois bien que vous ne perdez en votre particulier d’être délivré de l’embarras dans lequel vous étiez (1), mais l’église y perd beaucoup ; ainsi il serait bien à désirer que vous fussiez toujours dans l’emploi.

Je vous rends aussi grâces des avis que vous me donnez de ce qui se passe, lesquels me sont nécessaires au temps où nous sommes ; et j’en profite en mon particulier. Je serais bien aise que ce bon seigneur qui vous importune sût que je n’ai jamais eu meilleure santé qu’à présent, ni plus de forces et d’affection pour faire ma charge, afin qu’il jetât ses prétentions ailleurs. Si nous avons la paix, il y a apparence qu’on demandera la tenue des états. Si vous l’apprenez, je vous prie de m’en donner avis, et si vous jugez que j’y doive aller, car hors le nécessité du service de Dieu, de son église et celui du roi, je ne crois devoir sortir de mon diocèse. Cependant je vous prie de me croire, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

1559. — A LOUIS THIBAULT, SUPéRIEUR, A SAINT-MéEN

De Paris, ce 8° octobre 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous envoie une lettre que M. votre père vous écrit. Vous verrez comme il a changé la fondation des trois catéchismes en trois missions, pour être par nous faites de six en six ans en chaque paroisse ; ce qu’il

1) Saint Vincent ne faisait plus partie du conseil de conscience

Lettre 1559. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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m’a prié d’accepter. Mais c’est ce que nous ne pouvons pas faire, ainsi que je lui mande, tant pource que nous avons fait résolution de ne plus nous charger de telles fondations, que pource que cela nous obligerait d ; entretenir des hommes exprès pour les accomplir, et serions enfin engagés en tant de lieux que nous ne pourrions pas faire des missions ailleurs, ni courir aux plus grands besoins. Pour cela, nous nous sommes résolus, comme j’ai dit, de ne nous obliger à pareilles fondations. Je suis marri que vous ne l’ayez su, parce que vous n’eussiez pas conseillé M. votre père d’en f aire une. Je vous remercie néanmoins du bien que vous avez voulu procurer à la compagnie en cela, comme je fais M. votre père de sa bonne volonté.

M. du Chesne est maintenant au Mans, d’où il partira bientôt pour aller à vous ; donnez-en avis à ces messieurs qui veulent entrer à la compagnie, parce que je serais bien aise qu’il les voie, s’ils sont à Saint-Méen ou sur son chemin ; sinon, il faudra qu’ils se rendent à Richelieu, au temps qu’il y pourra être, parce que nous y allons commencer un second séminaire pour les sujets de la compagnie ; d’autres postulants y auront leur rendez-vous pour ce temps-là.

J’ai écrit à Mgr de Saint-Malo (1) en cour, conformément à votre intention ; et quelques jours après j’ai eu l’honneur de le voir à Paris ; mais il n’a pas voulu que nous ayons parlé d’affaires pour cette fois-là. Il m’a dit qu’il voulait venir chez nous pour en conférer ; mais la difficulté que l’on fait aux portes de laisser sortir les personnes de cette condition l’en ont empêché jusqu’à présent.

Nous avons toujours céans plus de vingt malades et

1) Ferdinand de Neufville de Villeroy.

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convalescents. Ce sont maladies qui portent à l’extrémité et dont on a grand peine de revenir. Outre cela, quasi tous ceux qui travaillaient à étampes y sont tombés malades. Il a fallu en envoyer 3 ou 4 pour prendre leur place, et deux pour les faire mener et solliciter dans un château voisin. De plus, nous avons six ou sept autres ouvriers épars çà et là dans ce diocèse, cherchant les paroisses destituées de prêtres, et en icelles les pauvres malades pour les préparer à la mort ou à bien vivre. Tout cela fait que nous sommes épuisés d’ouvriers pour cette heure. Il faut attendre que Dieu redonne des forces à ceux qui sortent de maladie, ou qui sont encore malades. On nous fait toujours espérer la paix, mais elle n’est pas encore.

Voilà nos petites nouvelles. J’en attends des vôtres, n’en ayant reçu depuis que je vous ai envoyé la relation de Corse.

Je salue votre communauté avec grande affection et suis au delà de ce que je vous puis dire, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M

Au bas de la première page : M. Thibault.

1560. — A LA PROPAGANDE

[Entre mai 1652 et mai 1654] (1)

Eminentissimi e Reverendissimi Signori,

L’estrema necessità d’operai evangelici nella quale

Lettre 1560. — Arch. de la Propagande, II Anglia e Scozia, n° 297, f° 383-

1) Cette supplique n’a pu être adressée à la Propagande avant le

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si ritrovano popoli delle Isole Ebride e della Scozia montana, come l’EE. VV. avranno conosciuto della breve relatione di Dermizio Duguino, sacerdote della congregazione della Missione, il quale, sotto l’autorità vostra attende alla conversione di quei popoli, da tanti anni abandonati, ha mosso Vincenzo di Paul, superiore generale della medesima congregazione a proporre all’EE. Vv. un nuovo sussidio di tre operai della sua congregazione, cioè di Girardo Brin, Hibernese, di Tommaso Lumsden, Scozzese, teologo, già lettore di filosofia (2), e Giovanni Enneri, Hibernese, già lettore di teologia, della sufficienza dei quali, me diante l’aiuto di Dio, spera che sia per raccogliersi copiosa messe se si degneranno l’EE. VV. aggradire e favorire la sua decisione con dichiarare i tre sopranomi rati missionari apostolici per quelle parti (3) ; e il tutto riceverà per grazia singolare dall’EE. VV.

Quas Deus, etc.

Au dos : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide per Vincenzo di Paul, superiore generale della Congregazione della Missione.

3) mai 1652, car à cette date saint Vincent ignorait encore ce qu’était devenu Gérard Brin, chassé d’Irlande par la persécution de Cromwel (cf. 1. 1494), ni après le 29 mai 1654, car Thomas Lumsden était déjà en Ecosse (cf. 1. 1746).

2). Thomas Lumsden né au diocèse d’Aberdeen, en Ecosse, reçu dans la congrégation de la Mission le 31 octobre 1645. De retour dans son pays, il parcourut l’Ecosse septentrionale, Murray, Ross, Sutherland, Caithness et poussa jusqu’aux îles Orkneys. Chassé par la persécution en 1663, il rentra en France, où s’écoulèrent les dernières années de sa vie

3 Les six missionnaires que saint Vincent avait envoyés en Ecosse et dans les îles Hébrides en 1646 étaient tous rentrés en France sauf peut-être Dermot O’srien, que la mort avait enlevé en novembre 1649. Dermot Duiguin, reparti en 1651 avec François Le Blanc, demandait du secours. Le saint comptait lui envoyer Gérald Brin, Jean Ennery et Thomas Lumsden ; ce dernier seul put partir.

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TRADUCTION

[Entre mai 1652 et mai 1654.]

Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

Le très grand besoin d’ouvriers évangéliques dans lequel se trouvent les habitants des îles Hébrides et des régions montagneuses d’Ecosse, ainsi que Vos éminences l’ont appris par le rapport succinct de Dermot Duiguin, prêtre de la congrégation de la Mission, qui travaille sous votre autorité à la conversion de ces peuples si longtemps abandonnés, a porté Vincent Depaul, supérieur général de la même congrégation, à prier Vos éminences de vouloir bien envoyer encore trois ouvriers de sa congrégation, Gérald Brin, hibernois, Thomas Lumsden, écossais, théologien, ancien professeur de philosophie, et Jean Ennery, hibernois, ancien professeur de théologie, dont la suffisance permet d’espérer qu’on pourra recueillir, Dieu aidant, une abondante moisson, si Vos éminences daignent agréer et favoriser son désir, en déclarant les trois missionnaires susdits missionnaires apostoliques pour cette région. Il recevra le tout comme une faveur singulière de Vos éminences.

Lesquels Dieu, etc.

Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foi, pour Vincent Depaul, supérieur général de la congrégation de la Mission.

1561. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 15 octobre 1652.

Si je vous ai dit qu’on peut user de tous les moyens possibles, hors le péché, pour parvenir à une bonne fin, j’ai dû dire aussi, raisonnables et convenables, selon la règle : Omnie mihi licent, sed non omnia expediunt (1). Il est voirement permis d’employer tous les

Lettre 1561. — Reg. 2, p. 154.

1). Première épître aux Corinthiens VI, 12.

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moyens licites pour faire le bien que Dieu demande de vous, mais il n’est pas bon de rechercher l’amitié des personnes, ni des communautés, pour les intéresser à défendre notre réputation : car cette fin-là ne va pas à Dieu, et par conséquent elle est vaine. Si vous dites que la bonne réputation sert pour profiter davantage au prochain, je l’avoue ; mais comme elle doit être fondée sur la bonne vie, aussi se conserve-t-elle par la pratique de la vertu et non par l’intrigue des hommes. Faisons bien notre devoir, allons droit à Dieu, travaillons à nous rendre bien humbles, bien patients, bien mortifiés et bien charitables ; c’est l’unique moyen de nous mettre en bonne estime, mais on la perd quand on la recherche par une autre voie. Notre-Seigneur, vivant sur la terre, cherchait-il sa réputation ? Ne défendait-il pas de dire les merveilles qu’il opérait ? Déposons-lui la nôtre, Monsieur ; qu’il en fasse comme il trouvera bon. A lui seul est due la gloire ; ne faisons jamais rien que pour lui en donner, et pour cet effet foulons aux pieds le respect humain et le propre intérêt.

1562. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 17 octobre 1652.

Monsieur,

Vous apprendrez, par la lettre que M. Treffort vous écrit par mon ordre l’état de la ville de Cahors, qui a la peste à ses portes et croit-on qu’elle est dans un faubourg. Je vous prie de nous envoyer par le prochain courrier l’ordre que vous désirez qu’on tienne pour le séminaire et le service de la paroisse de Saint-Barthélemy de quoi M. Treffort a ordre de moi de vous écrire. La moindre vue d’une petite dépense

Lettre 1562. — Arch. de l’évêché de Cahors cahier, copie prise sur l’original

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l’arrête tout court. Il y a quatre belles chambres dans le logis que le feu archidiacre donna, qui est à une lieue de Cahors, là où quelques-uns des séminaristes des plus avancés aux ordres pourraient loger (1). Ledit sieur Treffort me répondit, quand je lui en parlai, que cela coûterait des meubles.

J’irai dans deux ou trois jours à Cahors pour assembler les curés et voir en quelle disposition ils sont, et aussi les religieux, pour savoir s’ils se voudront exposer et quel secours je pourrai tirer d’eux. Il faut que je vous die la peine en laquelle je me trouve, pour vous y demander vos sages conseils et assistances. J’ai résolu de m’exposer et de donner de bon cœur ma vie pour le service de mon peuple, si Dieu veut le châtier de ce fléau, qu’on croit inévitable. Voyez ma peine de le faire avant d’avoir pourvu à l’affaire de la coadjutorerie. Je ne crois pas que ce soit la volonté de Dieu, et c’est ce qui m’oblige de vous conjurer de m’aider de tout votre possible en cet affaire, à ce qu’il soit promptement conclu. Il serait expédient, pour ne pas perdre le temps, que le frère de Mgr de Sarlat fît dresser à M. Camus l’acte par lequel je donnerai mon consentement à ce que le roi nomme mondit seigneur (2) pour mon coadjuteur et successeur futur avec clause qu’il ne pourra agir dans mon évêché que par mon consentement, et m’envoyât cette minute. Je vous prie de le lui faire savoir, sans lui parler, ni à autre, du reste du contenu de celle-ci.

Pour ce qui est de Chancelade, il y a longtemps que je n’attends autre chose que la liberté du chemin pour faire élire un abbé. Mais, comme il est nécessaire qu’une personne de qualité soit présente en cette action, afin qu’elle se fasse dans l’ordre, j’ai répondu de prier mondit seigneur de Sarlat d’y aller ; ce que je m’assure qu’il fera.

Ma plus grande peine consiste en ce que je prévois, et cela est sans difficulté, que cette pauvre ville sera désertée, et tous, ou fort peu exceptés, se préparent pour en sortir de façon qu’il n’y restera que ceux que [retient] la nécessité de ne trouver de retraite et de vivres ailleurs. Cela étant, il est infaillible que les ennemis de l’état s’en saisiront ; et le premier consul, me parlant de cela, me dit : "Je vois bien que je périrai sans servir la ville et le public." Je prévois la même chose de moi, si Dieu ne nous donne bientôt la paix ; car, quand il n’y aurait que ma seule considération, je crois que, si les personnes me savaient dans cette ville et qu’elle fut abanndonnée.

1) La métairie du Cayran, près de Cieurac, léguée au séminaire de Cahors par Claude-Antoine Hébrard de Saint-Sulpice.

2). Nicolas Sevin, évêque de Sarlat.

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ils me viendraient prendre et se saisiraient de mes châteaux, qui serait la ruine de la paix. Je vous dis ceci dans mon esprit de simplicité, comme si je parlais à Dieu même, qui me donne un extrême désir et passion de mourir pour le service de mon peuple. Je vous demande néanmoins votre avis là-dessus : en cas que nous n’ayons la paix et que. l’on me fît difficulté de me donner pour coadjuteur mondit seigneur de Sarlat, et qu’on me voulut accorder de le nommer si je m’en démettais savoir s’il ne serait pas plus important que je m’en démisse que de le garder ? Il y a longtemps que j’avais eu la pensée de vous proposer ceci. Il est bien vrai qu’en l’occasion de la peste je croyais que je ne devais pas le faire sans avoir consulté le Pape, à cause de l’importance et que cela est singulier à un évêque qui est en pleine santé et qui n’est pas avancé en âge. Je vous prie de me donner avis et ce que [vous] jugez que je dois faire pour le mieux et le plus agréable à Dieu ; qui est tout ce que je prétends en ce monde.

Je vous demande aussi l’assistance de vos prières pour moi et pour notre pauvre ville, qui est toute dans l’affliction.

Vous pouvez me faire réponse par la main de votre secrétaire, en lui enjoignant le secret.

Après avoir écrit et fermé la présente, M. Bonichon est arrivé ici, lequel m’a apporté une lettre de mon médecin, lequel mande que la peste est dans un faubourg de la ville et qu’il faut congédier les séminaristes, ce qu’on fera demain matin. Aussi bien s’en iraient-ils. Dieu ait pitié de ce pauvre peuple, qui est dans un grand effroi !

Mandez-moi, je vous prie, ce que vous savez de la paix. Cependant je demeurerai, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

1563. — A THOMAS BERTHE

De Paris, ce 19 octobre 1652.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je suis toujours en peine de l’état où vous êtes, tant je souhaite, si c’est le bon plaisir de Dieu, que vous

Lettre 1563. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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soyez tout à fait remis. Je vous prie néanmoins de ne vous pas presser pour agir, mais d’avoir grand soin de vous rétablir.

Je n’ai pas encore reçu votre lettre, que je devais recevoir hier. On dit que l’ordinaire n’est pas venu j’y ai envoyé quatre fois. Quand vous vous sentirez des forces assez pour vous en venir, vous le pourrez faire. L’assemblée (1) continuera l’assistance des pauvres curés et donnera par mois les cent écus qu’elle a donnés jusqu’à présent. Disposez quelques personnes de delà pour les recevoir et les distribuer fidèlement, soit M. de Séraucourt (2) ou quelqu’autre qui soit charitable et désintéressé. On donnera aussi pour Sedan ce qu’on a accoutumé ; donnez ordre que M. Coglée le reçoive à l’ordinaire. Je ne sais si c’est cent francs par mois ; je vous prie de me le mander. Les orges pourront donc être toutes appliquées pour les pauvres malades.

Je vous embrasse cordialement et suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

Suscription : A Monsieur Monsieur Berthe, prêtre de la Mission, chez M. Marqueth, ancien procureur du roi, à Laon.

1) L’assemblée des dames de la Charité.

2). Lieutenant criminel à Reims.

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1564. — AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI,

TEXTE FRANçAIS

25 octobre 1652.

Monseigneur,

J’ai reçu, le 27 de septembre dernier passé, la lettre qu’il a plu à Votre éminence me faire l’honneur de

Lettre 1564 — L’authenticité de cette lettre a été mise en doute Dans ses additions au livre de l’abbé Lebeuf, Fernand Boumo écrit (p. 458) "L’abbaye de Longchamp ne fut pas à l’abri du relâchement qui s’introduisit durant le XVIè siècle dans les mœurs des établissements monastiques ; elle passe même pour l’avoir subi plus que beaucoup d’autres, et l’on s’en persuade d’ailleurs en lisant les Chroniques de Pierre de l’Estoile. La règle n’y aurait pas été mieux observée au siècle suivant, si l’on s’en rapportait au texte d’une lettre de saint Vincent de Paul au cardinal de La Rochefoucauld, dans laquelle les désordres des religieuses sont complaisamment décrits. Mais cette lettre est certainement apocryphe. En la datant du 25 octobre 1652, le faussaire n’a même pas songé qu’à cette époque le cardinal de La Rochefoucauld était mort depuis sept ans. Cocheris (IV, 283) n’a pas relevé ce fait probant, et il attribue le libelle, sans en donner de raisons, à l’abbé Jean de Labouderie." Pour Gaston Duchesne, auteur d’une Histoire de l’abbaye royale de Longchamp (Paris, 1905, in-8°, p, 87), cette pièce serait également un faux, dû à l’abbé Jean Labouderie, qui en a publié le premier le texte (Lettre de St Vincent de Paul au cardinal de la Rochefoucauld sur l’état. de dépravation de l’abbaye de Longchamp, en latin avec la traduction française et des notes par J. L., Paris, 1827 in-8°) ; et il en donne comme preuve que le 25 octobre 1652 "saint Vincent de Paul était mort depuis sept ans" Cette raison n’a pas plus de valeur que celle alléguée par Bournon Saint Vincent a vécu jusqu’en 1660, et la lettre est adressée, non au cardinal de La Rochefoucauld, mais à Antoine Barberini, préfet de la Congrégation des Réguliers. Il est aujourd’hui impossible d’en nier l’authenticité Le texte français nous est donné par le registre 1, f° 61, et porte en tête les mots : Minute de la main. L’original latin écrit par un secrétaire et signé par le saint, se trouve toujours à Rome, dans les archives de la Congrégation des Réguliers, Sezione monache, liasse du 6 décembre 1652. Il y en a une copie à la bibliothèque nationale, f°. 10 565, f° 480 C’est dans sa séance du 14 mars que la Sacrée Congrégation avait décidé de confier à saint Vincent le soin de prendre des informations sur le monastère de Longchamp et, au besoin, d’y faire la visite canonique.

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m’écrire pridie idus martii (1) de cette même année, avec tout le respect et la révérence que je dois à Votre éminence et à Nosseigneurs les Eminentissimes cardinaux de la Sacrée Congrégation des Réguliers, par laquelle Votre éminence me fait l’honneur de me commander de m’informer secrètement du contenu en la supplique présentée à notre très Saint-Père le Pape pour l’abbesse du monastère de Longchamp (3), Ordre de Saint-François, diocèse de Paris, par laquelle elle le présente à Sa Sainteté que ledit monastère est plein de désordre depuis plusieurs années (4), non sans scandale public, par la faute des supérieurs d’icelui, qui sont les Pères du même Ordre de la province de France, lesquels, au lieu d’y pourvoir, ils les ont fomentés par leur conduite et mauvais exemple, vivant eux-mêmes en telle division que jusques à présent ils ont plaidé les uns contre les autres devant la plupart des tribunaux des juges laïques, d’où vient que depuis longtemps il n’y a eu aucun provincial reconnu pour pacifier ces différends en ladite province, le dernier même ayant été déposé de son provincialat par autorité apostolique depuis environ deux ans, d’où vient que ledit monastère, qui est de fondation royale, très ancien et de grand revenu, se trouve aujourd’hui endetté de plusieurs et grosses

1) 15 mars. Ces mots latins, que le saint emprunte tels quels à la lettre du cardinal Barberini, sans se donner la peine de chercher à quel jour du mois ils correspondent, montrent bien que son intention, en écrivant cette lettre, était de la traduire ou de la faire traduire en latin.

2). Ces lignes prouvent clairement que la lettre est adressée au cardinal préfet de la Congrégation des Réguliers.

3) Madeleine Plancain. Catherine de Bellière lui succéda en 1653, On se souvient sans doute que le saint avait lui-même proposé à la reine de recourir au Pape pour y introduire la réforme. (Cf. 1, 1420)

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sommes ; ce qui a fait que ladite abbesse désirant remédier à ces désordres et scandales publics, recourt à Sa Sainteté et la supplie très humblement d’exempter le monastère et toutes mêmes les religieuses d’icelui de la juridiction et supériorité desdits Frères Mineurs de Saint-François, et de les soumettre à l’avenir à celles de l’Ordinaire, ainsi qu’il était d’autrefois, lors de la fondation dudit monastère. Voilà la teneur de ladite supplique, qui m’a été envoyée par Votre éminence.

Or, Monseigneur, après avoir reçu ce commandement dont Votre éminence m’honore, je me suis transporté chez plusieurs personnes de très grande probité, piété et de vie exemplaire, entre lesquelles il y a quelques docteurs de Sorbonne et d’autres ecclésiastiques et des religieux et des personnes séculières, lesquelles ont connaissance dudit monastère et de ce qui s’y passe, ensemble de quelques religieuses de la maison, desquels je me suis secrètement informé du contenu en ladite supplique ; lesquels m’ont unanimement répondu que ladite supplique contient vérité en toutes ses clauses, si ce n’est à l’égard de celle qui dit que ce monastère a été autrefois sous la juridiction de l’Ordinaire, qu’ils ignorent, quoique deux d’entre eux estiment qu’elle a apparence de vérité, et rapportent pour cela l’autorité d’un auteur de leur Ordre, dont voici les paroles… qui nous font voir que, ce monastère ayant été fondé par la bienheureuse Marguerite, sœur de saint Louis, quasi du temps et dès la naissance de l’ordre de Saint-François, auquel il y a apparence que tous les monastères des moniales du même Ordre n’étaient pas encore soumis aux supérieurs dudit Ordre… (5).

5) Ce passage, depuis les mots si ce n’est à l’égard, ne figure pas dans le texte latin.

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Voici, Monseigneur, ce que j’ai appris du particulier de cette maison, outre ce qui est contenu en ladite supplique :

Qu’il y a deux cents ans qu’elle est dans le désordre et que par arrêt du parlement de Paris, donné l’an 1560, informé des désordres d’alors, il fut ordonné, à la requête du procureur général du parlement, que l’évêque de Paris travaillerait à la réforme dudit monastère ; que les parloirs dudit monastère sont toujours ouverts et ce à toute sorte de personnes, même à plusieurs jeunes hommes qui ne sont pas leurs parents ; que la plupart des religieuses y vont seules, sans permission, souvent contre le gré de l’abbesse ; et l’on a remarqué qu’auxdits parloirs il y a des guichets entièrement contraires à la clôture religieuse, dont il arrive de très grands inconvénients.

Les religieux qui gouvernent ledit monastère, au lieu de pourvoir au désordre, le fomentent, allant eux-mêmes au parloir, et notamment les confesseurs, pour s’entretenir avec lesdites religieuses, quelques fois de nuit et à heures indues.

On a trouvé une fois de nuit un religieux dudit Ordre dans l’enclos des religieuses, où il avait été introduit par une jeune religieuse.

Il y a eu aussi des religieuses, lesquelles ont fait entrer de nuit dans le même enclos desdites religieuses des jeunes hommes.

L’abbesse ayant une fois défendu à une religieuse de ne plus parler, ni communiquer avec un jeune homme de grande famille qui venait la visiter fort souvent, quoiqu’il ne lui fût point parent, cette communication étant périlleuse et causant beaucoup de scandale, le Père provincial lui permit de continuer ladite communication, comme la même religieuse le déclara en

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présence de toutes les religieuses et du même provincial ; ce qui fit courir le bruit que ledit jeune homme lui avait donné pour ce sujet une bonne somme d’argent.

Les confesseurs dudit monastère, qui sont religieux du même Ordre, ont des familiarités et attaches particulières à quelques religieuses converses ; ce qui les rend orgueilleuses et insupportables. Ils ont fomenté les divisions de l’abbaye, et, au lieu de remédier aux désordres susdits, ont contribué à les augmenter, ayant plusieurs fois ouvert leurs confessionnaux à des hommes laïques, pour parler en secret à quelques religieuses, contre la volonté et nonobstant les défenses expresses de l’abbesse.

Lesdits confesseurs ne veulent permettre et se formalisent que les religieuses demandent quelques fois de se confesser à d’autres.

Les novices et jeunes professes sont très mal conduites ; et avant qu’être reçues à l’habit et à la profession, elles ne sont point du tout examinées, comme le saint concile de Trente l’ordonne.

Il y en a plusieurs qui sont très immodestes en leurs vêtements, portant au parloir des gants, des peignes avec des galants (6) ou cordons de couleur de feu, des montres d’or ; et lorsqu’elles en sont reprises par l’abbesse, elles disent que le Père provincial leur a permis.

Il est aussi constant que, la communauté desdites religieuses étant présentement réfugiée dans cette ville de Paris, plusieurs d’entre elles vivent fort scandaleusement et qu’elles passent la journée en des maisons bourgeoises, où elles vont en visite, enfermées seules dans

6) Galant, nœud de rubans.

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des chambres avec des hommes, et que, l’abbesse ayant été avertie par un ecclésiastique très pieux des scandales que font ces religieuses, elle lui a répondu qu’elle n’y pouvait point remédier et qu’elle le pria de parler lui-même à ces filles ; qui l’a fait et qui m’a dit qu’elles lui répondirent avec pareille dissolution qu’auraient fait des filles abandonnées ; dont il est resté très scandalisé.

Ce qu’étant ainsi, comme je le crois, tant par la haute probité, piété et vertu des personnes à qui je me suis informé de l’état dudit monastère et qui ont très grande connaissance d’icelui, qu’à cause de celle que j’en ai, je pense que Sa Sainteté fera un œuvre digne de sa providence pastorale, et vous, Monseigneur, et Nosseigneurs les Eminentissimes Pères de ladite Sainte Congrégation des Réguliers, de lui donner avis qu’elle fera un œuvre très agréable à Dieu, très efficace pour remédier aux désordres dudit monastère et y introduire le bon ordre, d’ôter le monastère de la juridiction des religieux dudit Ordre de Saint-François et de le remettre, ensemble lesdites religieuses, sous celle de l’Ordinaire, à condition qu’il nommera, pour 3 ans seulement, sauf à le continuer, un visiteur régulier ou séculier, non toutefois dudit Ordre, de science, probité, piété, de grande réputation et expérimenté à la conduite des religieuses, auquel il donnera le pouvoir de diriger, visiter et corriger ledit monastère, d’établir et destituer les confesseurs, bref de faire en ce fait ce que ferait l’Ordinaire, si présent y était, sauf le recours audit Ordinaire en cas de plainte ; et qu’au bout de 3 ans ou de six, lorsqu’on aura mis l’ordre dans ladite maison, il sera loisible auxdites religieuses d’élire de trois en trois ans trois personnes qui aient les qualités susdites, et de les présenter à l’Ordinaire pour choisir

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l’un d’entre eux pour être visiteur dudit monastère et de lui donner le même pouvoir. Voilà, Monseigneur, l’avis d’un pauvre prêtre, très indigne d’une telle commission, qui vous supplie très humblement, Monseigneur, prosterné en esprit aux pieds de Votre éminence, de lui donner votre bénédiction, comme à celui qui est, en l’amour de Notre-Seigneur…

TEXTE LATIN

Eminentissime Princeps,

Quam dignata est Eminentia Vestra epistolam pridie idus martii ad me scribere, qua potui animi submissione Eminentiae Vestrae atque Eminentissimis Patribus et Dominis meis Sacrae Regularium Congregationi praepositis, tertio kalendas octobris recepi. Haec jussit Vestra Eminentia me super iis secreto et circumspecte inquirere quae, ex parte abbatissae et sanctimonialium monasterii de Longchamp, Ordinis Sancti Francisci, dioecesis Parisiensis, Sanctissimo Domino Nostro Papae supplicatione exposita sunt. Eadem supplicatio continebat in praefato monasterio regularem disciplinam prorsus esse labefactatam jam ab hinc multis annis, non sine scandalo publico, et id culpa superiorum dicti monasterii, Fratrum scilicet Minorum ejusdem Ordinis provinciae Franciae, qui non solum adhibere remedia neglexerunt, imo ipsimet pravo regimine et malo exemplo vitia per se fovent, dictos etiam fratres in talibus vivere rixis et disceptationibus ut fere apud nullum laïcorum judicum in se invicem lites non moverint, nullumque provincialem creatum qui ejusmodi dissidia componeret. Postremo eorumdem provincialium, auctoritate apostolica, a duobus aut

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circiter annis deposito, inde factum est ut praedictum monasterium a… (7) sorore sancti Ludovici, regis, exstructum, antiquum permultisque opibus redditibusque ootatum, plurimis et gravissimis summis hodie obaeratum sit ; quibus quidem disciplinae et facultatum monasterii ruinis scandalisque publicis cum praefata abbatissa mederi quaereret, ad Summum Pontificem recurrit, Suamque Sanctitatem supplex obsecrat ut hoc monasterium ac sanctimoniales ab omni jurisdictione et superioritate dictorum Fratrum Minorum Ordinis Sancti Francisci exolvat atque Ordinario in posterum (ut oIim primis ab erectione illius monasterii temporibus) rursus subjiciat. Haec supplicatione quam dignata est ad me Eminentia Vestra mittere continentur.

Ut autem, Eminentissime Cardinalis, mandatis Eminentiae Vestrae pro tenuitate mea obtemperarem, protinus adii multos viros notae probitatis, eruditionis et saplentiae, nonnullos doctores Sorbonicos aliosque plures ex clero, tum seculares, tum regulares [laicos et pios et expertos, quibus status disciplinae et facultatum monasterii] (8) de Longchamp, Ordinis Sancti Francisci, dioecesis Parisiensis, compertus est ; insuper unam hujus monasterii sanctimonialem mihi satis notam audivi ; a quibus quasi uno omnium ore, veram esse per omnia supplicationem accepi.

Sed ut omnia clariora Eminentiae Vestrae fiant, breviter et singillatim hujus domus statum exhibere conabor. Certum est quod jam a ducentis annis Christi bonus odor in eo monasterio in male olentem ruentis disciplinae et morum corruptelam versus est ; unde,

7) Le nom est omis.

8) Les mots placés ici entre crochets sont empruntés à la copie de la Bbliothèque nationale ; une déchirure les a fait disparaître de l’original.

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reclamantibus piis, instante regio Senatus Parisiensis procuratore, anno MDLX latum est decretum ad hoc ut Episcopus Parisiensis correctioni et disciphn. ae resti tuendae manum admoveret.

Locutoria non obserantur, aperta quibuslibet, etiam Juvenibus non cognatis, quo pleraeque monialium, ut libet, solae sine teste, nec monita abbatissa, quin et ipsa saepius ren] tente, accurrunt ; hocque observatum in iis locutoriis quasdam esse crates seu fenestellas statutis de clausura repugnantes, certa virginum pericula. Praefati fratres monasterii rectores malum non auferunt, imo ipsimet augentes ; tum maxime confessores noctel horis intempestivis, cum monialibus confabulaturi, illuc prorepunt. Quidam ex iis fratribus, de nocte intra clausuram a quadam ex monialibus junioribus introductus, deprehensus est ; alias etiam juvenes quosdam illuc per noctem moniales introduxerunt.

Cum abbatissa juveni moniali, familiaritate et colloquiis nimium frequentibus, periculosis et scandala multa creantibus, cum aliquo juvene stirpis insignis, sed moribus corrupto, nec cognato, interdixisset, hujusmodi familiaritatem et colloquia permisit Pater provincialis, uti ipsa coram omnibus monialibus, et ipso provinciali praesente, declaravit ; et rumor est juvenem illum dicto provinciali multam pecuniam ad id consequendum dedisse.

Dicti confessores multoties tribunalia expiandis peccatis destinata viris laicis ad secreta cum monialibus colloquia aperuerunt eosque intus incluserunt, voluntate et prohibitionibus abbatissae posthabitis.

Constat insuper, cum hanc in urbem, ob bella circum grassantia, tota ea monialium familia confugit, plurimas illarum perverso vitae genere scandala disseminare, cum sola cum solis, et remotis arbitriis, specie

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invisendi, in aedibus et cubiculis privatorum totos dies mpendant ; de quibus cum quidam clericorum, vir admodum religiosus, monuisset abbatissam, respondit se malum non posse reprimere, vehementerque observavit ut ipsemet eas alloqueretur ; quod cum praestitisset, responsum animo irreverenti et infrunito et cum magno illius scandalo fecerunt. Haec ab illo excepi.

Qui ex dictis Patribus excipiendis confessionibus praeficiuntur, singulari amicitia et nimia familiaritate cum aliquibus ex monialibus quas vocant laicas seu servientes devinciuntur ; unde eo superbiae devenerunt ut caeteris molestae sint et intolerandae.

Si quae inter moniales nascantur controversiae, tantum abest ut dicti fratres sedandis vel extinguendis invigilent, quin et accendunt et augent.

Praefati confessores non concedunt, imo aegre ferunt ac renuunt si quando moniales ad expianda peccata alios sibi deposcunt.

Novitiae et recenter professae fere sine ulla regulari disciplina educantur, atque, antequam ad recipiendum habitum et emittendam professionem admittantur, juxta Sacrosancti Concilii Tridentini decreta, praevio examine, non probantur.

Plures monialium vestes deferunt indecentes et immodestas ; in locutoriis se ostentant vittis ignei coloris fulgentes, horarias aureas seu horologia aurea gestitant, chirotecas etiam raras et quas vocant hispanas induunt.

Quae curn ita sint, [Eminentissime Cardinalis, nec ullus mihi supersit iis] (9) de rebus dubitandi locus, tum ob singularem probitatem, veram et sinceram mentem eorum quibus totus monasterii status perfecte cognitus

9) Même remarque qu’à la note

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est, a quious testimonia haec accepi, tum ob conscientiam meam, dicam cum omni animi mei humiliatione mihi videri Sanctissimum Dominum Nostrum Papam nentiam atque Eminentissimos Patres Sacrae Congrepro paterna providentia prospecturum, Vestram Emigationis Regularium, si certiorem faciatis Sanctitatem Suam, opus fore Deo optimo maximo gratissimum, depravationlbus et vitiis corrigendis ac restituendaein monasterio de Longchamp disciplinae convenientissimum et aptissimum, si ab illo fratres Ordinis Minorum penitus amoveat illudque ab omni regimine, auctoritate et jurisdictione eorum eximat, atque una cum sanctimonialibus, tam in spiritualibus quam in temporalibus, jurisdictioni Archiepiscopi Parisiensis submlttat ; mandet etiam praefato Archiepiscopo ut praeponat virum secularem vel regularem, doctum, pium expertumque, dummodo non cx dicto Ordine Minorum, dictarum virginum regimini, quem ad tres annos instituat visitatorem ad dirigendas, visitandas et corrigendas dictas moniales ac monasterium, constituendos confessores, tum dehique praestanda omnia quae praesens Archiepiscopus praestaret, salvo ad ipsum, in casu querimoniae, recursu, atque, si utile judicet, elapso priori triennio ejusdem visitatoris, commissionem in triennium adhuc prorogare possit. Quo elapso, post restauratam regularem disciplinam, concedat facultatem abbatissae et sanctimonialibus eligendi, tertio quoque anno, tres sacerdotes seculares vel regulares probatae vitae, scientiae et experientiae, per scrutinium et ad pluralitatem suffragiorum, praesidente visitatore et assistentibus confessoribus quos Domino Archiepiscopo praesentabunt, ex quibus unum visitatorem cum potestate et auctoritate in monasterium et moniales constituet.

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Haec sunt quae Eminentiae Vestrae, pro jussionis ejus dignatione exponit, breviori quo potest stylo, indignus sacerdos, vestro longe impar mandato, qui, supplex et humilis, ad pedes Eminentiae Vestrae in spiritu advolutus, orat ut ei benedictionem impertire dignetur, cum sit in aeternum Eminentiae Vestrae, Eminentissirne Princeps, humillimus atque obsequentissimus servus.

VINCENTIUS A PAULO,

indignus superior congregationis Missionis.

Parisiis, 25 octobris, anno 1652.

1565. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, Ce 25e octobre 1652.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ne vous mettez pas en peine d’envoyer à Rome ni M. Martin ni M. Morando ; les raisons que vous avez pour les retenir à Gênes sont trop considérables pour penser de les en ôter ; pourvu que vous y envoyiez les deux autres dont vous m’avez écrit, quand ils auront achevé leurs études, ce sera assez.

Pour le frère Sébastien, j’approuve fort le jugement que vous avez porté de sa tentation (1) et ce que vous lui en avez dit ; il aura grand tort s’il ne vous croit ; et s’il continue en sa résolution, nous verrons ce que nous aurons à faire. Je suis au reste fort consolé de l’esprit

Lettre 1565. — L s. — Dossier de Turin, original.

1) Voir lettre 1537.

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doux et sage avec lequel vous agissez en toutes choses. J’en rends grâces à Dieu, ensemble de l’état présent de votre compagnie, et de chacun en particulier, dont vous me parlez en votre lettre, et je prie sa divine bonté qu’elle vous continue le même esprit et le répande par vous sur tous ceux qu’elle a commis et commettra ci-apres à votre conduite.

J’ai reçu une grande consolation, dans le déplaisir de savoir que la peste afflige la Pologne, de ce que les nôtres s’appliquent volontiers à l’assistance des pestiférés : M. Desdames et le frère Lelazewski y ont travaillé quelque temps ; et maintenant M. Guillot et le frère Posny y sont employés, même à leur distribuer les aumônes de la reine. Je rends grâces à Dieu d’avoir donné à la compagnie des sujets qui sont plus à lui qu’ils ne sont à eux-mêmes, et qui servent le prochain au péril de leur vie ! Voilà l’or de la minière qui se découvre au feu et qui, hors des occasions, demeure caché sous des actions communes et quelques fois sous des imperfections et des défauts. Je n’ai jamais mieux éprouvé cela que depuis quelque temps, non seulement en ceux qui sont trépassés en Barbarie pour la charité, et en plusieurs autres qui ont voulu s’exposer au même danger pour le salut des esclaves, mais quasi en tous ceux que nous avons céans, qui se sont portés avec ardeur au soulagement des peuples dans leur affliction présente, nonobstant les périls de la guerre et de la maladie dans lesquels ils sont tous tombés. Je ne dis pas que tous aient été maltraités des soldats, mais tous ont été malades et n’en peuvent revenir, excepté les derniers partis, qui sont comme assurés de succomber comme les autres. Tant y a que nous sommes au bout. Nous n’avons plus personne pour envoyer à la campagne assister les paroisses abandonnées. Depuis deux

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jours, M. Desvignes, M. des Jardins J, M. Watebled (4) et notre frère de Nelz (5) en sont revenus malades, comme aussi un frère coadjuteur, un domestique et deux Filles de la Charité. Mr Deschamps a été à l’extrémité à étampes, et, s’étant trouvé mieux, on l’a porté à Baville, où derechef on l’a tenu pour mort, à cause d’une espèce de gangrène qui lui est venue au fondement, pour laquelle on lui a déchiqueté la chair et beaucoup tourmenté le corps ; néanmoins il est un peu revenu, et je ne sais ce qui en arrivera. C’est un homme de grâces, qui a fait des merveilles pour les pauvres malades. M. Labbé (6) l’est encore avec lui. Ils sont sollicités de M. Goblet (7) et le frère Caset, qui ont beaucoup de peine auprès d’eux ; mais aussi ils s’acquittent dignement de cette charitable application. Je recommande à vos prières tous nos infirmes, qui sont toujours en grand nombre, bien que la plupart soient convalescents, et je vous invite à remercier Dieu d’avoir ramené le roi et la reine à Paris. La joie de ce retour est si grande de part et d’autre qu’elle est inimaginable. Il

2) Ce nom ne se trouve pas dans le catalogue du personnel. Le saint n’aurait-il pas voulu parler de François Desfriches né à Melun, reçu dans la congrégation de la Mission le 29 juin 1642, à l’âge de vingt-deux ans ?

3) Georges des Jardins, né à Alençon le 6 janvier 1625, ordonné prêtre au mois de septembre de l’année 1649, entré dans la congrégation de la Mission le 15 août 1651 reçu aux vœux le 17 août 1653. Il dirigea la maison de Toul de 1655 à 1657 et fut nommé supérieur à Narbonne en 1659.

4). Pierre Watebled.

5). Jean de Nelz, clerc de la Mission, né à Cherbourg, entré dans la congrégation de la Mission le 8 octobre 1646, reçu aux vœux le 18 octobre 1650

6). François Labbé, né dans le diocèse du Mans, ordonné prêtre au carême de l’année 1645 entré dans la congrégation de la Mission le 25 mars 1647, à l’âge de vingt-six ans, reçu aux vœux le 11 juin 1650

7). Thomas Goblet, né à Rohan, reçu dans la congrégation de la Mission le 18 août 1648, à l’âge de vingt-deux ans.

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n’y paraît plus aucune trace des indispositions passées ; ce qui nous donne un grand sujet d’espérer l’entière cessation des troubles intestins du royaume (8).

Je prie Dieu qu’il vous comble de paix et de bénédictions, et votre famille aussi, que je salue, et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.

1566. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Peu après le 25 octobre 1652] (1)

Cette lettre vous affligera sans doute ; il n’y a remède : le bon Dieu a disposé de Monsieur Deschamps à Baville, où on l’avait emmené d’étampes. Il a laissé une grande odeur de sa vertu, par la grâce qui l’accompagnait, et dedans et dehors la compagnie. Il faut avouer que l’esprit de Dieu a paru dans sa vie et dans sa mort. Nous avons perdu plus que je ne puis vous dire, si l’on peut perdre dans la privation de ceux que Notre-Seigneur attire à soi (2).

8) Le roi, rentré à Paris le 21 octobre, s’était retiré au Louvre plus facile à défendre que le Palais-Royal. "Le roi, écrivait la Gazette (n° 135, est dans son Louvre, le soldat à la barrière, et le bruit des tambours et les fanfares des trompettes, qui, ces jours passés, ne servaient que de triste avertissement au bourgeois de se tenir prêt pour la garde et la défense de ses biens ou le salut de sa personne, ne servent plus qu’à exciter les transports de sa joie.

Lettre 1566. — Manuscrit de Lyon.

1). Cette lettre a suivi de peu de jours la lettre 1565.

2) M. de Lamoignon, maître des requêtes, propriétaire du château de Baville, où mourut Edme Deschamps, assista à ses obsèques

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Dieu disposa aussi hier du bon Monsieur Watebled (3), qui avait pris son mal en assistant les villages voisins de quatre armées, qui ont été un mois campées en présence à Villeneuve-Saint-Georges (4) et aux environs. Il s’y comportait avec grand zèle et donnait aux pauvres les vivres que nous lui envoyions pour lui. Il a laissé odeur de sa vertu par la grâce qui l’accompagnait.

1567. — DERMOT DUIGIN, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

28 octobre 1652.

Dieu nous a fait la grâce, dès notre arrivée en Ecosse, de coopérer à la conversion du père de M. de Glengarry. C’était un vieillard âgé de quatre-vingt-dix ans, élevé dans l’hérésie dès sa jeunesse. Nous l’instruisîmes et réconciliâmes à l’église pendant une grosse maladie, qui le mit bientôt au tombeau, après qu’il eut néanmoins reçu les sacrements et témoigné un véritable regret d’avoir vécu si longtemps dans l’erreur et une joie indicible de mourir catholique. Je réconciliai aussi plusieurs de ses domestiques et quelques-uns de ses amis, quoique secrètement. Cela fait, je laissai mon compagnon dans ce pays montagneux d’Ecosse, pour y avoir de grands besoins spirituels et beaucoup de bien à faire, et je me transportai aux îles Hébrides, là où Dieu, par sa toute-puissante miséricorde, a opéré des merveilles au delà de toute espérance. Car il a si bien disposé les cœurs, que M. de Clanronald, seigneur d’une bonne partie de l’île Uist, s’est converti avec sa femme, le jeune seigneur son fils et toute leur famille, et pareillement tous les gentilshommes leurs sujets avec leurs familles. Je travaillai aussi vers les peuples de cette île et passai en celles d’Egga et Canna, où Dieu a converti huit à neuf cents personnes, qui étaient si peu instruites des choses qui concernent notre religion, qu’il n’y en avait pas quinze

et fit inhumer son corps dans le caveau de famille. Il composa lui-même une épitaphe en vers, qui fut gravée sur le marbre.

3). Pierre Watebled.

4). En Seine-et-Oise.

Lettre 1567. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. XI, 1er éd., p. 202.

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qui sussent aucun des mystères de la foi chrétienne. J’espère que le reste donnera bientôt gloire à Dieu. J’ai trouvé trente ou quarante personnes âgées de soixante-dix, quatre-vingts et cent ans et plus qui n’avaient pas reçu le saint baptême ; je les ai instruits et baptisés, et peu de temps après ils sont morts ; et sans doute qu’ils prient maintenant Dieu pour ceux qui leur ont procuré ce grand bien. Une grande partie des habitants vivaient en concubinage ; mais grâces à Dieu nous y avons remédié, mariant ceux qui le voulaient, et séparant ceux qui ne le voulaient pas.

Nous n’avons rien pris de ce peuple pour les services que nous leur avons rendus, et pourtant il me faut entretenir deux hommes : l’un pour m’aider à ramer, passant d’une île à une autre, et pour porter mes ornements et mes hardes par terre ayant à marcher quelquefois quatre ou cinq lieues à pied par des chemins fâcheux avant que de dire la messe ; l’autre m’aide à enseigner le Pater, l’Ave et le Credo, et à dire la messe, n’y ayant que lui seul capable de le faire après l’instruction que je lui en ai donnée.

Pour l’ordinaire nous ne faisons qu’un repas par jour, qui consiste en pain d’orge ou d’avoine, avec du fromage ou du beurre salé. Nous passons quelquefois les jour entiers sans manger, pour ne trouver de quoi, particulièrement quand il nous faut passer des montagnes désertes et inhabitées. Pour ce qui est de la chair, nous n’en mangeons presque point ; il s’en trouve pourtant en certains endroits les plus éloignés de la mer particulièrement chez les gentilshommes ; mais elle est si mal et si salement accommodée qu’elle nous fait bondir le cœur. Ils la jettent à terre sur un peu de paille, qui leur sert de table et de siège, de nappe et de serviette, de plat et d’assiettes. D’en acheter nous-mêmes pour la. cuire et accommoder à la façon de France, il ne s’en trouve point à vendre par pièce, n’y ayant aucun boucher en ces îles ; de sorte qu’il nous faudrait acheter un bœuf ou un mouton tout entier ; ce que nous ne pouvons faire, étant obligés de voyager continuellement pour aller donner le baptême et administrer les autres sacrements. Il y a du poisson dans la mer aux environs de ces îles ; mais les habitants ont peu d’invention pour le prendre, étant d’un naturel fainéant et peu industrieux. Ce serait sans doute un grand service qu’on rendrait à Dieu, que d’envoyer en ce pays de bons ouvriers évangéliques qui sussent bien parler la langue du pays et encore plus souffrir la faim, la soif et coucher sur la terre. Il est nécessaire aussi qu’ils aient une pension annuelle, autrement il n’y a pas moyen d’y subsister.

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1568. — A LOUIS DONI D’ATTICHY, éVêQUE D’AUTUN

Ce dernier octobre 1652.

Monseigneur,

M. Ozenne, supérieur de la Mission de Troyes, m’a mandé plusieurs fois la souvenance que votre bonté a eue de moi, qui suis très indigne de cet honneur. Je ne laisse pas, dans mon indignité, d’en avoir une sensible reconnaissance, laquelle, Monseigneur, me fait prendre la liberté de vous en remercier. Je vous supplie de l’avoir agréable, puisque c’est avec tout le respect et la soumission qui me sont possibles, et certes avec un extrême désir de vous rendre mes obéissances, s’il plaisait à Dieu m’en donner les occasions. Je lui en demanderai la grâce toute ma vie, avec celle de votre conservation, pour le bien de son église et la sanctification de la vôtre. Au nom de Dieu, Monseigneur, usez, s’il vous plaît, du pouvoir souverain qu’il vous a donné sur moi, qui suis, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

1569. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce dernier octobre 1652.

Monsieur,

Je vous envoie la lettre que j’écris au Père Paulin, selon votre désir, avec sa copie afin que vous la voyiez ; et si vous jugez qu’il en faille faire une autre en autres termes vous n’avez qu’à m’en envoyer le formulaire, et je la ferai à l’instant.

Lettre 1568. — Bibl. Nat., fr. 3922, f° 33, copie

Lettre 1569. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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L’on ne verra je pense, de longtemps un évêque qui ait la santé et les forces que j’ai, qui demande un coadjuteur, ni peut-être jamais qui en demande qui ne soit ni parent ni allié, ou duquel il ne prétende quelque chose ; ce qui se retrouve en moi, car il n’y a ni parenté ni alliance entre Mgr de Sarlat et moi, et je n’ai pensé en tout ce dessein que la pure gloire de Dieu et son service et de son église. Ainsi il ne faut pas craindre que cet exemple ait des suites. Vos lettres ne me seront jamais trop longues, et vous m’obligerez de me donner avis de ce qui se passe. Il est important que je le sache, et j’en profite toujours.

Vous m’avez rempli de joie de ce que vous m’avez mandé touchant la doctrine du temps et vous en rends très humbles grâces. On n’a que trop tardé à faire ce que vous m’écrivez. Le succès n’en peut être mauvais.

La peste n’a fait aucun progrès à Cahors grâces à Dieu. Elle n’est encore dans la ville. Il n’y a que deux ou trois maisons dans un faubourg où elle ait été découverte. J’y fus à l’instant et la trouvai si consternée et affligée que cela n’est pas imaginable. Elle se vide de jour à autre et à la fin se désertera si le mal entre. Je prie Dieu qu’elle profite de cette affliction et vous comble d’autant de grâces et de santé que je vous souhaite...

ALAIN

év. de Cahors.

1570. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Fin 1652] (1)

Voilà qu’un de nos frères clercs vient encore de trépasser : c’est le frère Hervy (2), qui était des meilleurs. Il étudiait déjà aux Bons-Enfants. Il est venu mourir céans. Il suffira que chacun de nos prêtres dise une messe pour chaque défunt. En voilà six ou sept que la

Lettre 1570. — Manuscrit de Lyon

1) Cette lettre a été écrite peu de temps après la mort de MM. Gilles, David, Deschamps et Watebled.

2). Antoine Hervy, né à Longjumeau (Seine-et-Oise), entré dans la congrégation de la Mission le 21 septembre 1649, à l’âge de dix-neuf ans, reçu aux vœux le 9 octobre 1651.

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compagnie a perdus en peu de temps, tous jeunes, excepté Monsieur Gilles, qui était entré entre deux âges. Il nous est mort aussi quatre ou cinq domestiques, et entre autres un qui mourut hier céans, qui était des meilleurs et des plus affectionnés à la maison que nous ayons jamais eu. Je le recommande à vos prières.

1571. — MADEMOISELLE POLLALION A SAINT VINCENT

3 novembre 1652.

Monsieur,

La crainte que nous avons que les voleurs ne viennent la nuit en notre église à cause qu’il n’y a que des vitres aux fenêtres et que notre clôture est très basse, nous avons eu la pensée, pour garder le Saint Sacrement, qui est notre trésor de faire qu’il y ait toujours deux de nos bonnes filles tour à tour la nuit comme il y en doit avoir le jour (1) ; et ayant fait choix des plus dévotes, elles ne veilleront qu’une fois la semaine, ou pour mieux dire, elles ne dormiront cette nuit que cinq heures ; et, quoique je ne sois pas des bonnes, je vous demande, Monsieur la permission de veiller à mon tour et je vous assure que cela ne me fera point de mal ; car de commander les choses aux autres et ne les pas faire cela leur donnerait occasion de se relâcher. Et puis vous savez, Monsieur, que, quand j’aurais mille vies je les devrais employer pour réparer toutes mes communions faites si indignement. J’espère que vous m’accorderez cette grâce et celle de vous souvenir des besoins de nos filles devant Dieu et des miens, en qualité de votre très humble et obéissante servante.

MARIE LUMAGUE.

Lettre 1571. — Vie de la Vénérable Servante de Dieu Marie Lumague, veuve de Mr Pollalion par M. Collin, 1744, p. 138, d’après l’original conservé à Saint-Lazare.

1). Les Filles de la Providence, fondées par Mlle Pollalion s’étaient établies le 11 juin à Paris rue de l’Arbalète, dans une maison nouvellement construite.

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1572. — A ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS (1)

[Novembre 1652] (2)

Je ne saurais, Monseigneur, vous exprimer l’affliction que j’ai de la maladie dont votre ville est menacée, ni la confusion que me donne la confiance dont il vous plaît m’honorer ; je prie Dieu de tout mon cœur qu’il détourne ce fléau des peuples de votre diocèse et qu’il me fasse digne de répondre en son esprit à votre commandement (3). Ma petite pensée donc, Monseigneur, est qu’un prélat qui se trouve en ce rencontre se doit tenir en état de pourvoir aux besoins spirituels et temporels de tout son diocèse pendant cette affliction publique et de ne pas s’enfermer en un lieu, ni s’occuper en quelque emploi qui lui ôte le moyen de pourvoir aux autres, d’autant qu’il n’est pas l’évêque de ce lieu-là seulement, mais il l’est de tout son diocèse, à la conduite duquel il doit si bien partager ses soins, qu’il ne les arrête pas à un lieu particulier, si ce n’est qu’il ne puisse pourvoir au salut des âmes de ce lieu-là par les curés ou par d’autres ecclésiastiques ; car, en ce cas, je pense qu’il est obligé d’exposer sa vie pour leur salut et de commettre à l’adorable providence de Dieu le soin du reste. C’est ainsi, Monseigneur, qu’un des plus

Lettre 1572. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XI, sect IV, p, 145 et suiv

1) Abelly tait le nom du destinataire de cette lettre ; il se contente de dire qu’elle est adressée à "un très vertueux prélat" Comme il cite un extrait de la réponse du prélat et que cet extrait se retrouve textuellement dans la lettre 1576, qui est d’Alain de Solminihac le doute n’est pas possible.

2) Voir note 1

3) Le Père Chastenet dit dans son ouvrage (op cit., p. 472 et suiv) quelle fut l’admirable conduite d’Alain de Solminihac pendant la durée du fléau.

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grands prélats de ce royaume en use ; c’est Monseigneur…, lequel a disposé ses curés à s’exposer pour le salut de leurs paroissiens ; et quand la maladie prend en un lieu, il s’y transporte, pour voir si le curé est ferme en sa demeure, pour l’encourager en sa résolution et enfin pour lui donner les conseils et les moyens convenables pour assister ses paroissiens. Il fait cette visite sans s’exposer à celle des malades, et puis il s’en retourne chez lui, dans la disposition de s’exposer, s’il ne pouvait pourvoir par d’autres aux besoins d’une paroisse. Que si saint Charles Borromée en a usé autrement, il y a apparence que ce fut par quelque inspiration particulière de Dieu, ou que la contagion n’était que dans la seule ville de Milan.

Mais parce qu’il est difficile de faire en un grand diocèse ce qui se fait aisément dans un petit, il semble, Monseigneur, qu’il serait bon que vous eussiez agréable de visiter les quartiers où la maladie est présentement, pour encourager vos curés ; ou si quelque incommodité, ou le danger d’être pris prisonnier en ce temps de guerre vous en empêchait, d’envoyer des archidiacres, ou, à leur défaut, quelques autres ecclésiastiques en ces quartiers-là pour la même fin ; et dès que vous saurez que la maladie a pris en quelque lieu, que vous envoyiez quelque ecclésiastique pour fortifier le curé et pour donner quelque assistance corporelle aux pestiférés. La reine de Pologne ayant appris que la contagion avait pris à Cracovie et que les maisons des pestiférés étaient fermées aussitôt qu’il y avait quelqu’un frappé de la maladie, et qu’ainsi les sains et les malades y souffraient la faim et le froid, elle se résolut d’y envoyer une somme notable par deux missionnaires, qui avaient ordre de pourvoir de nourriture aux maisons pestiférées, sans pourtant s’exposer. Il y avait

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quelques religieux qui s’exposaient pour l’administration des sacrements ; et par ce moyen, cette bonne reine a, sinon arrêté, pour le moins diminué de beaucoup les ravages que faisait cette maladie, et infiniment consolé cette ville-là, qui est même la capitale du royaume. Et pource que la ville de Varsovie, qui est maintenant le séjour des rois, a été frappée de la même maladie, un de nos prêtres me manda qu’elle donna le même ordre et la même assistance à cette ville-là par un prêtre et par un frère de la Mission.

Les pauvres gens de la campagne affligés de peste sont pour l’ordinaire abandonnés et en grande disette de nourriture ; et ce sera une chose digne de votre piété, Monseigneur, de pourvoir à cela, en envoyant des aumônes en tous ces lieux-là ; et de les faire mettre entre les mains de boni curés qui leur feront apporter du pain, du vin et quelque peu de viande, que ces pauvres gens iront prendre aux lieux et aux heures qui leur seront marqués. Que si l’on n’est pas assuré de la probité du curé, il faudra donner cet ordre à quelqu’autre curé ou vicaire proche de là, ou à quelques bonnes gens laïques de la paroisse qui pourront faire cela ; il s’en trouve quelqu’un pour l’ordinaire en chaque lieu, capable de cette charité, principalement quand il ne s’agit point de converser avec les pestiférés. J’espère, Monseigneur, que, s’il plaît à Dieu de bénir cette bonne œuvre, Notre-Seigneur en retirera bien de la gloire, vous, Monseigneur, de la consolation et en votre vie et en votre mort, et vos diocésains une grande édification. Mais, pour faire cela, il est absolument nécessaire de ne se pas enfermer.

Vos missionnaires, Monseigneur, m’ont mandé que Notre-Seigneur leur fait la grâce de leur donner la disposition de s’exposer aux pestiférés les uns après les

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autres, soit à l’égard des malades de leur quartier, soit l’ l’égard du reste de la ville, selon que l’obéissance et les nécessités le requerront. Or je leur écris, Monseigneur, qu’ils prennent cet ordre de vous ; et je vous supplie très humblement de disposer de nous selon que votre incomparable bonté le jugera à propos.

Il y a quantité de religieux qui s’offrent pour l’ordinaire à assister les pestiférés ; je ne doute point qu’il ne s’en trouve en votre ville, et peut-être, Monseigneur, en trouverez-vous assez pour cette bonne œuvre, tant pour la ville que pour envoyer aux champs, au lieu de Messieurs les archidiacres et des prêtres dont j’ai parlé ci-dessus. Vous verrez, Monseigneur, par cet imprimé que je vous envoie (4), l’ordre que Monseigneur l’archevêque de Paris a mis dans ce diocèse, pour remédier aux misères indicibles qui s’y trouvent ; cela vous pourra donner quelque vue pour la manière de secourir vos pauvres diocésains.

1573. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

[Novembre 1652] (1)

Monsieur,

Puisque le recteur de Caussade (2) publie et fait imprimer des libelles diffamatoires contre moi, comme vous savez, il ne faut pas trouver étrange s’il vous écrit des impostures, comme j’ai vu dans votre lettre et dans celle de Monsieur de la Marguerie. Voici la pure vérité, que j’aime uniquement, et déteste le mensonge.

D’abord qu’il fut revenu de Paris, après que l’arrêt fut donne, je le publiai et fis dire aux principaux que j’étais prêt

4) L’état sommaire (20-25 octobre 1652)

Lettre 1573 — Arch. de l’évêché de Cahors, liasse 19, n° 13, copie. Le nom du destinataire de la lettre se devine par le contenu.

1) Cette lettre a été écrite entre les lettres 1569 et 1576.

2). Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).

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de bailler à tous dans ma chapelle de Mercuès l’absolution ad cautelam jusques à ce qu’on exécutât l’arrêt dans le synode. On attendait qu’ils acceptassent ces offres ; néanmoins personne ne se présenta, ni depuis ; il y eut seulement un de ses amis qui parla pour lui à dom prieur des Chartreux pour me prier de le traiter doucement, auquel je dis que je ne lui dirais aucune parole fâcheuse et que, s ! il voulait, je ne lui dirais rien et l’absoudrais seulement ; de quoi dom prieur fut très content et très satisfait. Néanmoins je ne l’ai point vu. Il n’y a point homme de bien, ni homme d’honneur qui puisse dire avec vérité que j’aie jamais dit aucune parole qui témoignât ressentiment, ni depuis, ni devant que vous avez pris le soin de cet affaire. Je m’étonne qu’il soit si osé de dire que je ne veux pas entretenir ce que vous avez arrêté, n’ayant point fait d’action qui le témoigne. Il en marque deux. L’une, l’impression des ordonnances qui ont été publiées depuis plusieurs années dans le synode, et il ne se souvient pas qu’ils l’ont demandé ; et je n’avais garde d’y manquer ; et il ne trouvera pas que vous ayez arrêté le contraire. Pour ce qui est du séminaire, les vôtres bailleront certificat comme quoi les clercs de mon diocèse ne sont obligés d’y demeurer qu’un an, ainsi que les statuts mêmes le portent. Mais voici l’équivoque de cet homme : c’est qu’après l’an, avant le subdiaconat (3), je leur fais entendre que, s’ils prétendent que je les dispense des interstices, il faut qu’ils demeurent dans le séminaire, car je n’en dispense pas ceux qui en sortent, parce que j’estime autant quatre mois dans ledit séminaire qu’un an hors d’icelui ; et tout cela est laissé à la liberté d’un chacun. Et puisque une chose qui est libre et si notoire à tout le monde, il la veut faire passer pour une obligation, jugez si on doit ajouter foi à ce qu’il dit.

Quant à ce qui est de la pension, les vivres cette année valent le quadruple des communes années, à cause de la disette du pays et des gens de guerre, qui ruinent tout. Voyez si cet esprit est déraisonnable. Il devrait avoir attendu que les vivres fussent revenues au prix commun et pour lors, si je ne modérais pas les pensions, faire sa plainte. Et Dieu veuille que nous ne soyons pas obligés à les augmenter ! Ce que j’appréhende bien.

Pour ce qui est de mon official, je vous dirai tout simplement qu’après son arrivée, étant venu ici un temps où j’étais fort incommodé, après l’avoir salué, je lui dis "Le Père Gerat parlera à vous." C’était pour la reddition de ses comptes .

3). Subdiaconat, sous-diaconat.

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C’était lors des maladies populaires de Cahors qu’il prit son mal, et en même temps je l’envoyai visiter et lui offris ce qui dépendait de moi. Ce n’est pas que je n’eusse grand sujet de me plaindre de lui, particulièrement pour un affaire d’importance qu’il m’avait ruiné, pour lequel il m’a fallu envoyer à Paris et obtenir deux arrêts au grand conseil.

Quant à ce qui est de cet homme appelé Pontie, qu’il dit avoir tenu quelque temps chez soi, je ne sais point pourquoi cet esprit s’en prend à moi ; car je ne lui en ai point fait d’adresse, ni fait faire ; au contraire, je trouvais très mauvais qu’il l’eut retiré, et beaucoup plus, qu’il le fît disputer publiquement, outre que c’est un esprit où il y a beaucoup à redire. Et après tout ne fallait-il pas avoir attendu la tenue du synode, puisque c’est là où toutes choses doivent être exécutées et qu’il faut qu’ils commencent à faire ce qui est porté par l’arrêt, lequel je n’ai devers moi, ni n’ai encore vu, Monsieur de Marmiesse l’ayant devers soi et ne me l’ayant osé envoyer, à ce qu’il me mande, à cause du danger des courriers.

Il sait bien aussi que je ne puis tenir encore mon synode, à cause des gens de guerre qui font des courses jusques aux portes de Cahors, qui ont pris même depuis peu prisonnier un conseiller de la cour des aides de Cahors.

Faites-moi la faveur de communiquer cette lettre à Monsieur de la Marguerie, et vous prie tous deux de n’ajouter aucune foi à ce que ce recteur vous écrira, et de croire que je ne manquerai point d’exécuter tout ce que vous avez arrêté.

Je crois vous avoir dit autrefois les raisons pourquoi je m’abstenais d’aller dans notre séminaire, quoique j’y eusse beaucoup d’inclination, mais, ces difficultés n’y étant plus, je prétends bien y aller souvent. J’ai déjà arrêté une chambre pour le sujet que je vous ai déjà écrit ; de quoi la ville en ayant eu avis, je ne sais comment, a résolu, à ce qu’on m’a dit, de ne le souffrir pas ; et le premier consul me dit dernièrement levant la main devant Dieu, qu’il me fermerait la porte si je m’y présentais, disant que je les servirais mieux et plus utilement que si je me renfermais avec eux. Néanmoins ils n’en seront point les juges ; car nous ferons ce que nous connaîtrons qui sera le plus agréable à Dieu. La peste n’est point encore entrée dans la ville, mais elle est à la porte, et on appréhende fort ce retour de lune.

Je suis cependant, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur

ALAIN,

é[vêque de Cahors].

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J’avais oublié de vous dire que le recteur de Caussade a contrevenu formellement à l’arrêt en l’intervention qu’il a faite en un affaire que j’ai contre mon chapitre du Vigan, auquel il a pris la qualité de syndic des prêtres et ecclésiastiques syndiqués.

1574. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

20 novembre 1652.

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La nécessité en laquelle sont nos consuls de Barbarie, et notamment celui de Tunis, qui s’est servi de cinq cents écus du rachat d’un esclave qui s’est trouvé mort, pour tirer de la chaîne notre frère Huguier, que le dey y avait envoyé et qui a coûté 1.100 livres, et laquelle somme de cinq cents écus le marchand de Marseille qui les a envoyés à M. Le Vacher (1), demande incessamment, à ce que me mande M. Chrétien (2), c’est, Madame, ce qui m’a fait presser M. Blavet pour avoir de l’argent, et ai prié M. Pepin de s’entremettre en cela ; ce qu’il a fait ; en sorte qu’il a convenu avec ledit sieur Blavet que de cinq quartiers qu’il devra à la fin de l’année, nous le quitterons pour deux, qu’il donnera présentement, et cela à cause de sa non-jouissance et des pertes qu’il a faites de quantité de chevaux. Je vous supplie très humblement, Madame, me mander si vous avez agréable cet accommodement. M. Pepin, qui est intéressé, comme nous, après avoir examiné toutes

Lettre 1574. — Reg. 1, f° 3 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint

1) Jean Le Vacher.

2) Supérieur de la maison de Marseille.

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choses, a trouvé cela raisonnable, et lui-même s’accommode à ce prix-là. Que si Madame du Vigean et M. de Sercelles n’agréent pas d’en passer par là, notre accommodement ne les obligera pas à quitter ledit sieur Blavet pour cela. Je vous supplie très humblement, Madame, me mander si vous agréez que nous achevions aujourd’hui cet affaire et de me faire faire réponse à la lettre que je me donnai l’honneur de vous écrire avant-hier, au sujet d’un petite cure qui vaque auprès de Crécy.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1575. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

21 novembre 1652.

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Un des plus hommes de bien que je connaisse au monde, c’est M. de Saveuses, conseiller de la grand’chambre. Madame sa sœur lui écrit que le prieuré de Gisors (1), dépendant de Marmoutiers, est sur le point de vaquer. Je me suis offert de vous en écrire, et je le fais, Madame, avec toute l’affection qui m’est possible, vous assurant, Madame, que vous n’en pouvez disposer en faveur d’une personne qui le mérite mieux que lui, ni de qui vous deviez attendre plus de reconnaissance

Lettre 1575. — Reg. 1, f° 67 v°, copie prise sur l’original.

1) Chef-lieu de canton de l’arrondissement des Andelys (Eure).

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que de lui ; et c’est ce qui fait, Madame, que je vous supplie derechef très humblement de le considérer en cette occasion. O mon Dieu, Madame, quel bonheur que de considérer les vrais serviteurs de Dieu dans les choses qui regardent le service de sa divine Majesté !

Je suis, en son amour, Madame, votre…

1576. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 21 novembre 1652.

Monsieur,

Après vous avoir remercié de l’offre qu’il vous plaît me faire des vôtres pour s’exposer en cas de besoin pour le service des pestiférés de notre ville de Cahors, je vous dirai que. comme ils travaillent utilement pour tout mon diocèse, je ne voudrais pas les exposer sans une extrême nécessité, qui ne peut pas arriver, si me semble, en l’état auquel est cette ville, car d’abord que j’appris que la peste fut découverte dans le faubourg, je m’y portai et convoquai les curés de la ville dans le palais épiscopal, auxquels je tâchai de faire connaître l’obligation qu’ils ont de s’exposer pour le service de leurs paroissiens ; à quoi je les trouvai tous disposés. Je convoquai aussi les supérieurs des maisons religieuses pour savoir quel secours je pouvais espérer d’eux en cas de besoin. A la vérité, ce fut chose digne d’admiration et qui me causa grande consolation, car ils s’offrirent à moi avec tous leurs religieux, et de si bon cœur que je ne pense pas qu’il y ait évêché en France où l’on voie chose semblable. Plusieurs bons ecclésiastiques se sont aussi offerts ; et nous avons mis deux Capucins dans ce faubourg où le mal a pris. Et cela n’est que dans un petit réduit, où il n’en est mort en tout que quinze. Il y peut avoir sept ou huit malades, qu’on a transportés dans des loges aux champs, si bien qu’on espère que le mal ne sera pas grand et que Dieu préservera la ville, qui est séparée de ce faubourg par la rivière du Lot, et avec laquelle il n’a aucune communication.

Je suivrai vos avis en tout. Je ne m’étais résolu de m’exposer qu’en tant que je connus que c’était la volonté de Dieu ;

Lettre 1576. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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en quoi je trouvai universellement les sentiments de tous, sans exception d’un seul, contraires à cela, car, quoique j’eusse tenu cachée cette résolution, n’en ayant parlé qu’à un ou deux de mes officiers, avec défenses de n’en rien dire à personne, néanmoins cela fut découvert à l ! instant partout, si bien que j’eus une contradiction si universelle, qui passa si avant que la ville avait résolu de me fermer les portes. J’ai tout suspendu jusqu’à ce que j’ai vu dans votre lettre que vous êtes dans le même sentiment. Ainsi je n’y penserai plus et ferai ce que vous m’écrivez, avec grand plaisir. L’un de ces Capucins qui se sont exposés a le soin d’administrer les sacrements aux pestiférés de la campagne de ce coté-là, où j’envoyai, ces jours passés, un de mes officiers ecclésiastiques pour le visiter de ma part et leur porter une aumône, n’y pouvant aller sans m’exposer évidemment d’être pris prisonnier par les troupes de M le prince, qui courent partout et pillent et prennent prisonniers sans aucune résistance. Je serais très aise d’aller moi-même visiter et consoler ce pauvre peuple, mais de m’exposer à être pris par ces coureurs, je ne vois pas que je le puisse en conscience. Ainsi je me servirai pendant ce danger des moyens que vous me marquez dans la lettre.

Dès que j’aurai reçu la minute de l’acte du consentement que le dois donner, je le ferai et vous l’enverrai.

Je suis, Monsieur

ALAIN,

év. de Cahors

1577. — AU FRèRE NICOLAS SENé (1)

D’Orsigny, ce 24 novembre 1652

Mon très cher Frère,

Je ne puis assez remercier Dieu à mon gré de sa conduite ; je le supplie qu’il la vous continue. Nous vous envoyons cent francs que les dames désirent que vous assistiez ces vingt-deux villages le plus tôt et le mieux que vous pourrez, et qu’à cet effet vous fassiez

Lettre 1577. — Recueil du procès de béatification

1). Nicolas Sené, né à Paris, entré dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1651, à l’âge de vingt ans, reçu aux vœux en 1653

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le marché avec le chirurgien dont vous me parlez, pour visiter et soigner les malades qui en auront besoin, de deux en deux jours. Nous donnons quinze sols à M. Gaucher pour chaque jour ; s’il n’est content de cela, donnez-lui-en davantage. L’on entend que vous n’épargniez rien pour sauver la vie à tous les pauvres malades de ces lieux-là ; et s’il n’y a des curés partout, vous pourrez demander Monsieur Hennin (2), qu’on rappelle, qui pourra avoir soin du spirituel, tandis que vous continuerez celui du temporel. Et si vous avez besoin de poudre dans les purges, demandez-en à Monsieur Portail et par lui au frère Alexandre (3). S’il faut faire marché pour fournir des vivres partout, faites-le ; et trois et tout (4) pour couvrir à point nommé partout. écrivez à Madame de Herse pour lui demander quelque peu d’argent pour assister ces pauvres gens à faire leur vendange. Je n’avais point reçu votre lettre le jour de l’assemblée ; vous lui direz que c’est la raison pourquoi je vous prie de lui en écrire.

Le médecin m’a envoyé à Orsigny pour y prendre un peu l’air, à cause d’une petite fiévrotte, qui me tient la nuit.

J’embrasse notre frère Lamirois et prie notre bon Dieu qu’il vous conserve tous deux. Je vous prie d’écrire toutes les semaines l’état des choses à Monsieur le grand vicaire (5) et à moi et de ne rien épargner

2) Hugues Hennin, né à Blécourt (Nord) le 15 août 1613, ordonné prêtre le 18 juin 1639, entré dans la congrégation de la Mission le 23 février 1641, reçu aux vœux en février 1643

3). Le frère Alexandre Véronne, infirmier à Saint-Lazare.

4). C’est bien ce que porte la copie, fautive peut-être en cet endroit.

5). Hippolyte Féret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et Vicaire général de Paris. Dès que les troupes eurent évacué les environs de la capitale, l’archevêque ordonna une enquête sur les besoins de son diocèse, enquête dont Hippolyte Féret consigna les résultats dans deux rapports, l’état sommaire, dont nous avons parlé

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chose aucune pour sauver la vie de l’âme et du corps a ces bonnes gens. Il y aura des gens de condition qui iront voir comme vous faites, au plus tôt et souvent, et l’on entend que les pauvres soient assistés en la manière que je vous ai dite, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon très cher Frère, votre frère et serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A notre frère Sené, clerc de la Mission, à Lagny.

plus haut (1. 1557) et un Mémoire des besoins de la campagne des environs de Paris, 20 novembre 1652. Ainsi renseigné, il fit appel aux Ordres religieux, leur donna ses instructions et ses pouvoirs et les envoya sur les différents points du diocèse, non sans leur avoir recommandé de lui adresser de temps en temps des rapports détaillés. On établit à Paris deux magasins généraux et dans les paroisses des magasins particuliers, que la charité publique approvisionna de vivres, de linge, d’instruments de travail et même de pics et de houes pour l’ensevelissement des morts ; on organisa l’œuvre des marmites ; on fonda des hôpitaux et des orphelinats ; on envoya partout des médecins et des chirurgiens ; de grandes dames s’unirent aux Filles de la Charité ; elles comprenaient, écrit Feillet (op. cit., p. 449) que "la possession d’un manoir impose encore plus de devoirs qu’elle n’accorde de droits" Pour se faire une idée de l’étendue du mal et de l’effort de la charité, il faut lire Le Magasin charitable, in-8° de 27 pages, janvier 1653.

6). La Relation de novembre 1652 décrit la désolation dans laquelle se trouvaient Lagny (Seine-et-Marne) et ses environs : "Les prêtres de la Mission ont pris pour leur partage le quartier de delà et de decà la Marne, lequel a toujours été exposé aux allées et venues des armées. Leurs travaux ont été tels que sept de cette compagnie sont déjà tombés malades. L’on ne sait que trop quelle a été l’extrémité de l’affliction de ces quartiers, outre la profanation des églises, le vol des saints ciboires et du Saint des saints, les violements des femmes. L’inhumanité a été à un tel point que nous avons appris qu’au village de Nully un enfant fut jeté tout vif dans un four ardent et qu’un mari et une femme furent tellement fouettés avec des épines qu’ils sont morts par ce supplice, qu’au village de Dammart un pauvre marguillier fut mutilé de tous ses membres, eut le ventre ouvert, et ses entrailles lui furent mises entre les mains pour l’obliger à déclarer où étaient les ornements de l’église" Le Magasin charitable signale à Lagny, à la fin de janvier 1653, trois prêtres de la Mission, 180 malades, 450 nécessiteux et 89 orphelins.

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1578. — AU MARQUIS DE CHATEAUNEUF (1)

2e décembre 1652.

Monseigneur,

J’étais malade lorsque vous êtes parti de Paris et ne sus votre départ qu’environ 15 jours après. De vous dire, Monseigneur, quelle affliction j’en reçus, il n’y a que Notre-Seigneur qui le vous puisse faire comprendre ; or, le médecin m’ayant conseillé d’aller prendre l’air des champs pour 7 ou 8 jours, j’ai appris en m’en retournant, que vous, Monseigneur, n’étiez point à Bourges, comme l’on m’avait dit, ains à Leuville (2), où je me proposais de vous aller témoigner la douleur que j’ai de votre absence de Paris, et de vous aller faire un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle. Mais une conjoncture qui se présente, que le présent porteur aura l’honneur de vous dire, fait que j’ai estimé que vous, Monseigneur, aurez agréable que je me prive de cette consolation et de cet honneur, et que je me réserve d’avoir l’honneur de vous voir dans quelques jours ; et c’est, Monseigneur, ce que je fais, dans la parfaite confiance que j’ai, que vous le trouverez pour le mieux. Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, votre…

Lettre 1578. — Reg. I f° 64, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1) Charles de l’Aubespine, marquis de Châteauneuf-sur-Cher, né à Paris en 1580, conseiller au parlement de Paris (1603), chancelier des ordres du roi (1620) garde des sceaux (1630-1633 ; 1650-1651), gouverneur de Touraine. Il fut chargé de diverses missions diplomatiques, connut la disgrâce et la prison et mourut à Leuville le 26 septembre 1653

2) Leuville-sur-Orge dans l’arrondissement de Corbeil (Seine-et- Oise)

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1579. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

10 décembre 1 65 2.

Les missionnaires de Pologne travaillent avec grande bénédiction ; je n’ai pas le loisir de vous en expliquer le détail ; je vous dirai seulement que, la peste étant fort échauffée à Varsovie, qui est la ville où le roi fait sa résidence ordinaire, tous les habitants qui ont pu s’enfuir ont abandonné la ville, en laquelle, non plus que dans les autres lieux affligés de cette maladie, il n’y a presque aucun ordre, mais, au contraire, un désarroi étrange ; car personne n’y enterre les morts ; on les laisse dans les rues, où les chiens les mangent. Dès aussitôt que quelqu’un est frappé de cette maladie dans une maison, les autres le mettent dans la rue, où il faut qu’il meure ; car personne ne lui porte rien à manger. Les pauvres artisans, les pauvres serviteurs et servantes, les pauvres veuves et orphelins sont entièrement abandonnés ; ils ne trouvent ni à travailler, ni à qui demander du pain, parce que tous les riches s’en sont fuis. Ce fut dans cette désolation que M. Lambert fut envoyé en cette grande ville pour remédier à toutes ces misères. En effet, il y a pourvu, par la grâce de Dieu, faisant enterrer les morts et porter les malades ainsi délaissés en des lieux propres pour être secourus et assistés pour le corps et pour l’âme ; ce qu’il a fait aussi à l’égard des autres pauvres qui étaient atteints de maladies non contagieuses. Et enfin, ayant fait préparer trois ou quatre maisons différentes et séparées les unes des autres, comme autant d’hos-

Lettre 1579. — Abelly, op cit, 1. II, chap. I, sect. X, p. 190. Le nom du destinataire et la date nous sont connus par Collet, op cit, I, p 511

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pices ou d’hôpitaux, il y a fait retirer et loger tous les autres pauvres qui n’étaient point malades, les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, où ils sont assistés des aumônes et bienfaits de la reine.

1580. — A FRANçOIS HALLIER

20 décembre 1652.

Monsieur,

Je rends grâces à Dieu des heureux progrès qu’il donne à vos conduites de delà l ; je vous remercie très humblement de la bonté que vous avez de m’en consoler. Je vous assure, Monsieur, que je ne reçois point de joie plus grande que celle que vos lettres m’apportent, et que je ne prie point Dieu avec plus de tendresse pour chose du monde, que je fais pour vous et pour votre affaire. Aussi sa divine bonté me donne-t-elle une bonne espérance que bientôt elle rendra la paix à son église et qu’à la faveur de vos poursuites la vérité sera reconnue et votre zèle exalté devant Dieu et devant les hommes ; c’est ce que nous continuerons à lui demander. Faites-nous part, s’il vous plaît, de vos chères nouvelles.

1581 — A N ***

26 décembre 1652.

Vincent de Paul donne des nouvelles des missionnaires d’Hibernie. Ils lui ont écrit le 28 octobre une lettre qu’il a reçue en décembre, peu de jours avant son départ pour Ville-

Lettre 1580. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XII, p. 428

1) François Hallier continuait à Rome ses démarches pour la condamnation du jansénisme.

Lettre 1581. — Collet, op. cit., t. II, p. 475.

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preux, où il allait consoler le R. P. de Gondi de la disgrâce de son fils le cardinal de Retz, récemment enfermé à Vincennes.

1582. — AU MARQUIS DE POYANNE

Paris, le 1er de l’an 1653.

Monseigneur,

J’ai su la protection que vous avez donnée à un mien parent pour le tirer de l’oppression où il était (1). Je vous en remercie avec tout le respect et l’affection que je le puis, et avec autant de reconnaissance que si cette grâce m’avait été faite à moi-même. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de m’accorder celle de vos commandements, lorsque les occasions de vous servir se présenteront. Si ce bonheur m’arrive jamais, je le recevrai comme une bénédiction de Dieu ; c’est dans ce désir que j’ose maintenant vous renouveler les offres de mon obéissance perpétuelle, à l’occasion de cette nouvelle année, et vous assurer, comme je fais, de mes prières à Dieu, à ce qu’il ait agréable de bénir de plus en plus votre personne, vos armes et votre illustre famille.

Je ne vous recommande plus ce pauvre homme ; car la bonté que vous avez déjà exercée en son endroit me

Lettre 1582. — L. s. — Dossier de la Mission, fac-similé

1) Les parents de saint Vincent avaient eu beaucoup à souffrir des bandes de soldats pillards, qui, enrôlés pour servir le parti soit de la Fronde, soit du roi, faisaient peser sur les malheureuses populations des environs de Dax et de Tartas un joug insupportable. Plusieurs furent tués, d’autres dépouilles de leur bien et réduits à la mendicité. Touché de compassion, le saint envoya à son ami le chanoine de Saint-Martin mille livres que Charles du Fresne lui avait données pour eux, et le pria d’en disposer pour le mieux. (Cf. Abelly, op. cit., 1. III, chap. XIX, p. 292.) Cette lettre nous apprend que le marquis de Poyanne vint en aide, lui aussi, à l’un de ces pauvres gens.

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fait espérer pour lui la continuation de ses effets non moins puissants que charitables, et pour moi l’honneur de me souffrir, s’il vous plaît, la qualité, Monseigneur, de votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Au bas de la page : Mgr le marquis de Poyanne.

1583. — A LOUISE DE MARILLAC

Janvier 1653.

Mademoiselle,

Il semble que vous avez raison de douter que la dame qui vous presse (1) pour avoir notre sœur de Suzy (2) ait le dessein que vous m’avez dit, et qu’il est à propos que vous insistiez à de quatre choses l’une : ou qu’on vous promette que les filles garderont leur règle à l’égard de la confession (3), car de dire qu’il ne faut pas déterminer les temps pour se confesser, l’église s’est donc trompée quand elle a ordonné que les fidèles se confesseront une fois l’an ; ou bien il faut que vous teniez ferme à ne point bailler cette bonne fille, qu’il est bon que vous destiniez ailleurs, et que vous leur

Lettre 1583. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1) Marie Séguier épouse de Charles Honoré d’Albert, Baron de Chars, fils unique du connétable de Luynes et grand ami du janséniste Arnauld.

2). Julienne Loret, supérieure à Chars depuis plus de deux ans née à Suzy (Aisne). Louise de Marillac lui enjoignit, le 4 janvier, de revenir à Paris.

3). Le curé de Chars n’était pas partisan des confessions fréquentes ; si les sœurs l’avaient écouté, elles seraient restées des mois entiers éloignées du sacrement de pénitence. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 527 bis.)

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en offriez une autre ; ou qu’on vous rende Ménard, si vous donnez celle-ci. Il sera bon que vous la priiez de vous voir et que vous lui représentiez vos engagements ailleurs ; et après tout, si l’on ne veut pas, voyez si vous aurez la force de rompre plutôt que de hasarder qu’on répande l’esprit du temps dans la petite compagnie par ces trois. Je crains qu’il y ait quelque chose de Port-Royal.

1584. — A LAMBERT AUX COUTEAUX

De Paris, ce 3 janvier 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous renouvelle les assurances de l’estime et des tendresses particulières que Dieu m’a données pour votre personne, non seulement pour cette nouvelle année, mais jusques au delà des siècles ; et je prie sa divine bonté qu’après vous en avoir donné un tout entier pour le servir en ce monde, il vous donne ensuite son éternité bienheureuse. J’ai reçu vos deux lettres des 28 novembre et 5 décembre ; et sur ce que vous me mandez avoir fait lire à table la relation de Madagascar (1), je vous envoie celle des îles Hébrides, qui n’est pas si ample ; mais elle est pleine de sujets de consolation. On ne se dispose point d’envoyer en la première île ; ce qui nous met en grande peine pour celle que le bon M. Nacquart souffre, si d’aventure il est encore en vie (2),

Lettre 1584. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1). Saint Vincent entend parler ici des lettres que lui avait adressées Charles Nacquart les 5, 9 et 16 février 1650

2). Il était mort le 29 mai 1650

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Vos lettres m’ont fort consolé ; mais cette consolation a été suivie de douleur, voyant que vous me mandez que peut-être l’indisposition de la reine retardera le voyage que Leurs Majestés font en Lithuanie, tant la conservation de cette grande reine est précieuse et à ses états et aux pauvres membres de Jésus-Christ. Mon affliction s’est augmentée de ce que l’on dit ici que le général des Cosaques a commis quelque infidélité. Nous continuons à prier Dieu pour le roi, la reine et leurs armes.

Je rends grâces à Dieu de ce que M. Guillot continue le soin des pauvres à Varsovie et de ce qu’il est bon prêtre. Je prie Notre-Seigneur qu’il le perfectionne de plus en plus et lui rende le séjour et les occupations de Pologne… agréables (3).

Vous avez raison d’admirer la conduite de Dieu sur vous et sur votre petite compagnie, surtout de vous avoir tirés de la maison où vous logiez, dans laquelle sont mortes 7 ou 8 personnes depuis votre sortie (4). Il y a bien de sa providence en cela ; mais, Monsieur, sur qui veillera-t-elle si elle ne veille sur ses serviteurs ? Et

3) Le mot agréables est à peine lisible sous les ratures qui le recouvrent ; le précédent ne l’est pas du tout. Nicolas Guillot ne se plaisait pas en Pologne. Peut-être le saint a-t-il écrit " moins désagréables"

4). La peste avait fait à Varsovie de terribles ravages, et les prêtres de la Mission s’y étaient distingués par leur dévouement. Nous lisons dans la Gazette de France du 16 novembre 1652 ces mots envoyés de Varsovie le 18 octobre précédent : "Leurs Majestés polonaises sont toujours à Skiermiwvic, n’ayant point de plus sur asile que celui-là contre les fièvres malignes qui règnent dans tout le pays, et particulièrement en cette ville, où elles sont d’autant plus formidables qu’elles font non seulement mourir grand nombre de personnes mais les expédient en 24 heures, de quoi les habitants sont si fort épouvantés qu’ils refusent de prêter leurs mains pour la sépulture des morts et les laissent dispersés dans les rues ; ce qui a obligé la reine d’envoyer ici le Père Lambert, de la Mission, avec ses confrères qu’elle fit venir de France l’année dernière, pour satisfaire à ce dernier devoir"

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comme elle vous est extrêmement bonne et qu’elle a donné à la reine attrait pour votre établissement, il faut espérer qu’il se fera en son temps, nonobstant les retardements arrivés jusqu’ici ; et alors cette même providence ne vous laissera pas manquer de sujets pour faire son œuvre.

Je loue Dieu de ce que les Filles de la Charité sont à Varsovie et dans l’occasion du travail ; Dieu veuille les y bénir et conserver (5) !

Je m’en allais chez Mademoiselle Le Gras faire une petite conférence à ses filles lorsque Mesdames la duchesse d’Aiguillon et présidente de Herse m’ont envoyé quérir chez une d’elles, où je suis, pour aviser aux moyens de secourir la pauvre Champagne, où les armées sont, qui la réduisent en un pitoyable état (6). Je crains fort que nous ne puissions pas faire de grandi efforts, à cause que déjà il se fait une grande dépense pour l’assistance de ce diocèse, pour lequel il faut chaque semaine six ou sept mille livres. Tout Paris contribue à cela et fournit de toutes choses nécessaires à l’homme pour la nourriture et le vêtement, pour les maladies et pour le travail. Il y a divers magasins établis en cette ville, où chacun porte ce qu’il a dévotion de donner. Il y a un tonneau dans le magasin général où l’on met le sel, qui ne vide jamais, encore que l’on en tire tous les jours pour envoyer aux champs, comme on fait de tout le reste (7). Si j’étais à Saint

5) Les sœurs Marguerite Moreau, Madeleine Drugeon et Françoise Douelle venaient d’arriver à Varsovie.

6) Après la soumission de Paris, le prince de Condé avait conduit son armée en Champagne, et là, avec l’aide des troupes espagnoles, il avait pris Rethel, Sainte-Menehould et d’autres places fortes. Turenne l’y poursuivit. La campagne dura trois ans, au grand préjudice des populations, qui, pillées sans cesse, vivaient dans la plus affreuse détresse

7) La première idée de ces magasins généraux revenait à Christophe

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Lazare, je vous enverrais l’ordre qui se tient en cette sainte économie, qui a été imprimé (8), Messieurs du Saint-Sacrement font merveille en cette ville pour cela, et les religieux aux champs pour la distribution et l’assistance des pauvres gens (9). Nous n’y avons que 3 personnes, outre celles que nous avons encore à étampes ; parce que les prêtres qui nous sont morts nous ont empêché d’en donner davantage ; et pour cela on a eu recours aux religions (10).

du Plessis, baron de Montbard, conseiller du roi. Il y en avait deux dans Paris : l’un se trouvait à la pointe de l’île Saint-Louis, dans la maison de Madame de Bretonvilliers, d’où les secours partaient du côté de Villeneuve-Saint-Georges, Lagny, etc. ; l’autre à l’hôtel de Mandosse, près l’hôtel de Bourgogne ; pour Gonesse et les alentours on y trouvait des habits, du linge, des meubles, des ustensiles, des outils, des substances alimentaires, des drogues, des ornements d’église et même des vases sacrés, apportés là par des personnes charitables, ou que des chariots étaient allés chercher de maison en maison. (Cf. Abelly, op. cit, 1. I, chap.XLII, p. 194 ; Mémoire des besoins de la campagne aux environs de Paris ; le Magasin charitable.)

8) Le Magasin charitable.

9). La Compagnie secrète du Saint-Sacrement a beaucoup fait pour le soulagement des malheureux. La véritable importance de cette société, mise en lumière pour la première fois par le R. P. Clair dans les études, nov. et déc. 1888, janv. et fév 1889 (La Compagnie du Saint-Sacrement. Une page de l’histoire de la charité au dix-septième siècle), a été dans ces derniers temps l’objet de beaux travaux, dont les principaux sont sortis de la plume de dom Beauchet-Filleau, de M. Raoul Allier et surtout de M. Alfred Rebelliau. Saint Vincent en fit vraisemblablement partie au début de sa fondation. M. Lambert avait été mis en rapport avec elle quand il remplissait les fonctions d’assistant à Paris ; il avait même paru à une séance (Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, p.109) Entre ces Annales et la Vie du Vénérable Vincent de Paul par Abelly on a vu des oppositions qui n’existent pas. L’activité de la Compagnie dans le domaine de la charité n’enlève rien à celle de saint Vincent, telle que son premier biographe nous la fait connaître. Voir notre travail sur Saint Vincent de Paul et la Compagnie du Saint-Sacrement dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, déc. 1907, p. 353 et suiv.

10) Les Jésuites furent envoyés par l’archevêque de Paris dans la région de Villeneuve-Saint-Georges et rayonnèrent jusqu’à Corbeil ; les prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet allèrent jusqu’à Limay, Brevane, Villecresnes, Charolles ; les Capucins s’établirent à Corbeil

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Grâces à Dieu, je me porte bien, et aussi toute la compagnie de deçà. Nous envoyons M. Berthe à Rome (11). M. du Chesne s’en va conduire la maison de Richelieu et à même temps y commencer un séminaire interne. Nous y avons envoyé le meilleur de nos séminaristes pour montrer les pratiques et l’exemple aux autres. M. Cuissot retourne à Cahors et doit aller à Montauban conférer avec M. l’évêque sur le dessein de son séminaire (12), Nous faisons revenir de Rome M. Le Vazeux ; peut-être l’enverrons-nous ou à Agen ou à Montauban (13).

Voici une lettre de Barbarie.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission qui sont de présent en Pologne, à Varsovie.

et aux alentours ; les Jacobins parcoururent la région de Gonesse, Sevran, Le Bourget ; les prêtres de la Mission se partagèrent en plusieurs bandes pour secourir étampes, Palaiseau, Lagny et autres lieux. Ce n’est pas tout. A ces troupes héroïques d’ouvriers de la charité s’ajoutèrent les Carmes déchaussés, les Récollets, les ecclésiastiques du séminaire de M. Charpentier, les Pères de Picpus. "C’est la conduite des missionnaires de M. Vincent, qui ont beaucoup d’expérience dit l’auteur du Magasin charitable (p. 13), qui a servi de modèle presque par toutes les stations." (Cf. état sommaire des misères de la campagne et besoins des pauvres aux environs de Paris, des 20, 22, 24 et 25 octobre 1652.)

11) Thomas Berthe était nommé supérieur de la maison de Rome et procureur de la congrégation près le Saint-Siège

12). Chassé de Montauban à Montech par la peste, le chapitre avait emmené avec lui les quelques séminaristes que l’évêque du diocèse Pierre de Bertier logeait précédemment dans son palais épiscopal. Ils s’établirent dans une maison que le prélat avait achetée près de l’église ; ce fut là que les prêtres de la Mission leur donnèrent les premières leçons.

13) Il alla diriger le séminaire d’Annecy.

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1585. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

De Paris, ce 11e janvier 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous fais un renouvellement de la donation de mon cœur en cette nouvelle année, et je vous envoie les deux brefs que vous avez demandés.

Je suis fort affligé des misères de votre frontière et de la quantité de pauvres gens qui vous accablent ; mais au reste ne puis que prier Dieu pour leur soulagement, comme je fais ; car de faire ajouter quelque chose aux cent livres que l’on vous donne pour eux par mois, il ne s’y faut pas attendre. Sedan est le seul endroit de la frontière à qui la charité de Paris continue ses aumônes. Elle a été contrainte de les retirer de partout ailleurs, pour subvenir aux extrêmes besoins de ce diocèse, où les armées ont séjourné longtemps.

Si vous pouvez séparer doucement ces deux personnes qui vivent comme mari et femme et qui ne le sont pas, sans envoyer cette femme à Paris, vous ferez bien, lui conseillant de se retirer autre part, ou bien à l’homme de s’éloigner d’elle, sans que cela paraisse beaucoup. Paris est comme un abord général ; il y a tant de ces pauvres filles-femmes que l’on ne sait où les retirer, et qui demeurent exposées au péril du péché et de la disette, qu’elles ont pensé éviter ! Vous en avez un exemple en la personne de cette bonne femme convertie que vous et M. Dufour nous avez ci-devant recommandée ; car on a eu grande peine à la retenir.

Lettre 1585 — L s — Dossier de Turin, original

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M. l’abbé est allé à Saint-Méen. Il m’a parlé de votre confrérie, mais en termes qu’il semble avoir changé sa première intention. Il a à cœur les misères de son pays. Je ne sais si son argent n’y demeurera pas. Il ne m’a pas bien découvert ce qu’il en fera ; peut-être aussi qu’il n’a pas pris une dernière résolution.

Si je ne vous ai dit mot de M. R. (1), c’est que vous ne m’en avez parlé qu’à demi ; mandez-moi quels sont ses défauts ; j’ajouterais : ses désirs, s’il n’avait témoigné à son retour qu’il n’en voulait plus avoir. Je vous prie de dire à M. Dufour qu’on dispose un vaisseau pour Madagascar et qu’il sera bon qu’il se tienne prêt pour partir au mois de mars, mois que le vaisseau part (2) ; cependant faites-moi savoir s’il se trouvera ou voie ou passage par où il puisse venir à Paris en sûreté.

Une troisième chose que je vous prie de me mander, c’est si vous serez assez de cinq prêtres en ce temps misérable.

Nous n’avons rien de nouveau. Chacun se porte assez bien de deçà, grâces à Dieu, à qui je vous offre souvent pour la même fin, et à ce qu’il plaise de vous sanctifier de plus en plus, vous et votre communauté, que je salue, et qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Coglée.

1) Probablement Nicolas Regnault, né à Vrigne-aux-Bois (Ardennes) en 1626, entré dans la congrégation de la Mission le 21 avril 1647, reçu aux vœux le 22 avril 1649, placé à Sedan avant 1654. Il quitta la congrégation en 1655 ou peu après.

2). Les mots mois que le vaisseau part sont de la main du saint.

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1586. — A JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A TUNIS

Janvier 1653.

Je rends grâces à Notre-Seigneur de ce que, par votre entremise, plusieurs Français pris sur mer et menés à Tunis n’ont pas été faits esclaves, et que d’autres qui l’étaient ont été mis en liberté. C’est un grand service que vous rendez à Dieu en ces personnes. Plaise à sa bonté vous donner grâce pour agir fortement et efficacement vers ceux qui ont puissance et autorité pour cela !

1587. — AU PèRE JEAN GARAT

De Paris, ce premier de février 1653.

Mon Révérend Père,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre avec le respect que je dois à un très bon serviteur de Dieu et à l’éloignement que vous avez pour les dignités (1) Je suis fort consolé de l’occasion que cela me donne de vous renouveler les offres de mes très humbles services, et mes remerciements pour toutes les grâces que vous nous avez faites

Lettre 1586. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 12, p. 138.

Lettre 1587. — L. s. — Arch. du chapitre de Cahors, fonds Massabie, liasse 47, original.

1) Le Père Garat, nommé abbé de Chancelade, voulait décliner cet honneur, et c’est dans ce dessein qu’il avait écrit à saint Vincent. Alain dut le menacer d’excommunication pour le faire céder. Le brevet du roi lui arriva le 30 mars 1656 et les bulles du Pape le 20 décembre 1657. (Cf. Léonard Roche, op. cit., p, 87.)

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et la protection dont vous nous honorez de delà. Je prie Notre-Seigneur qu’il en soit votre récompense.

Peut-être savez-vous à présent, mon Révérend Père, que je ne suis plus employé aux affaires ecclésiastiques, et par conséquent que je ne suis pas en état d’agir en celle dont il est question ; et quand je le serais, certes je ne voudrais pas mettre empêchement aux opérations du Saint-Esprit, dans la demande universelle que l’on fait de votre personne ; et il me semble, mon Révérend Père, qu’après avoir rendu ce que vous devez aux humbles sentiments de votre cœur, vous ferez bien de vous soumettre aux saints mouvements de ceux qui vous ont nommé. D’ailleurs ceux qui fuient les charges sont ceux à qui on les doit donner, et plût à Dieu qu’il y eût beaucoup de tels religieux en l’église !

Je prie sa divine bonté, mon Révérend Père, qu’il fasse réussir la chose selon qu’il est plus expédient, qu’il vous conserve pour sa gloire et qu’il me rende digne du bonheur que j’ai d’être, en son amour, mon Révérend Père, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission

Suscription : A mon Révérend Père le Révérend Père Garat, grand vicaire de Monseigneur l’évêque de Cahors, à Cahors.

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1588. — A LA PROPAGANDE

[Février 1653] (1)

Eminentissimi e Reverendissimi Signori,

Vincenzo Paoli, superior generale della congregazione della Missione, rappresenta umilmente all’EE. VV. che, essendovi speranza che abbia a partire questa primavera una nave per l’isola di Madagascar, disegna, cosl parendo alla Sacra Congregazione, inviar colà Claudio Dufour e Francisco Mousnier (2), sacerdoti della sua congregazione, già altre volte accettati dall’EE. VV. per la Mi, ssione di detta isola, sebbene non hanno potuto partire, per non esserci stato imbarco da quel tempo in quà (3). Per il che supplica umilmente per le facoltà solite da conoedersi. E perchè sono morti due altri sacerdoti pure dalla Sacra Congregazione accettati per quella Missione, e non ha ancora detto oratore Vincenzo Paoli determinato chi possa presentare all’EE. VV. in luogo di quelli, supplica parimenti con ogni umiltà si compiacciano di dargli licenza, che facendo costatare a Monsignor nunzio di Francia dell’idoneità di quelli che potrà sostituire in luogo dei morti, li possa, se la partenza della nave premesse, inviare, mandando quanto prima i nomi loro

Lettre 1588. — Sup. non s. — Arch. de la Prop., II Africa, n° 248, f°101, original

1) Voir note 4.

2) Jean-François Mousnier, né à Saintes, entré dans la congrégation de la Mission le 19 décembre 1643 à l’âge de dix-huit ans, reçu aux vœux le 1er janvier 1646, ordonné prêtre en 1649, employé à la distribution des aumônes en Picardie, puis envoyé à Madagascar, où il mourut le 5 mai 1655. Sa biographie a été publiée au t. III des Notices, pp. 129-146

3). Le départ fut encore différé d’un an.

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all’EE. VV. Fer la spedizione delle facoltà, come sopra (4). E il tutto riceverà per grazia singolare dall’EE. VV.

Quas Deus, etc.

Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Vincenzo Paoli, superiore generale della congregazione della Missione.

TRADUCTION

Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission, représente humblement à Vos éminences qu’un bateau devant faire voile, ce printemps selon toute apparence, vers l’île de Madagascar, il a dessein d’y envoyer, s’il plaît à la Sacrée Congrégation, Claude Dufour et François Mousnier, prêtres de sa congrégation, que Vos éminences ont précédemment agréés pour la même Mission, où ils n’ont pu se rendre, faute d’embarcation. Il vous prie de leur accorder les facultés accoutumées. Et comme les deux autres prêtres auxquels Vos éminences avaient aussi donné leur agrément sont morts et que le suppliant Vincent de Paul ne sait encore quels missionnaires présenter à Vos éminences pour combler ces vides, il demande humblement qu’on veuille bien l’autoriser, au cas où le départ du navire presserait, à choisir lui-même les sujets, quitte à les faire examiner par Mgr le nonce en France et à envoyer le plus tôt possible leurs noms à Vos éminences pour l’expédition des pouvoirs habituels Et il regardera ces grâces comme une faveur insigne de Vos éminences.

Que Dieu ait, etc.

Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.

4) Les pouvoirs furent accordés le 20 février 1653. Ils ne différaient que par la sur-pression de l’article 26 des pouvoirs donnés précédemment à Nicolas Duport.

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1589. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 14 février 1653.

Pour M…, je m’afflige avec vous de l’indisposition de son esprit, de laquelle pourtant je ne suis pas surpris, parce que ses comportements passés m’ont toujours donne sujet de craindre quelque instabilité en sa personne. Vous savez, Monsieur, que nous devons être soumis à Dieu en ces occasions et nous affermir nous-mêmes à ne vouloir que sa volonté, lors même que d’autres s’en retirent. Vous avez fait ce qu’un sage supérieur devait faire pour conserver l’ordre dans la maison ; si ce bon Monsieur s’en fâche jusqu’à sortir de l’état où Dieu l’a appelé et dans lequel il lui a départi beaucoup de grâces pour lui et pour les autres, qui sont des marques d’une vraie vocation, il témoigne qu’il est lui-même désordonné. Plaise a sa divine bonté de ne permettre pas qu’il s’éloigne de son adorable conduite ! Je ne lui écris pas, d’autant qu’un esprit malade ne se guérit point à force de le convaincre.

1590. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR. A GêNES

Du 21 février 1653

Vous avez bien fait, Monsieur, de laisser prendre son cours à la petite altération de M…., sans lui rien dire d’es manquements où il s’est laissé aller ; le remède s’en trouve mieux dans le support et la patience que dans la correction pendant ces indispositions d’esprit,

Lettre 1589 — Reg 2, p 203

Lettre 1590 — Reg 2, p 203

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desquelles il y a sujet d’espérer qu’il reviendra. Peut-être s’est-il excusé de prêcher à ces filles, pour l’aversion grande que quelques-uns ont de toute sorte de communication avec ce sexe. Je suis seulement marri de ce que toute la charge tombe sur vous ; mais que ne vous déchargez-vous sur d’autres ! Vous devez exercer tout votre monde à la prédication et l’employer au dehors ; autrement, ils ne se rendront jamais bons ouvriers. Je sais bien qu’ils ne feront autant de fruit que vous en pourriez faire, ma. s ils en feront autant qu’il plaira à Dieu. Et à ce propos, je vous rapporterai ce que j’ai ouï dire à M. Lambert, dont je me ressouviendrai longtemps, que, quand Dieu ne nous a pas donné d’excellents sujets pour réussir en nos fonctions, il a fort agréable que nous y appliquions ceux que nous avons, quoique chétifs. J’appréhende toujours que vous preniez trop sur vous et que vos grands travaux ne vous accablent ; ce n’est pas que, hors cette crainte, je n’en sois grandement consolé et que même je n’en console souvent la compagnie. Il n’y a que deux jours que je lui racontais les grandes et fréquentes missions que vous faites et les singulières grâces dont Dieu les bénit.

1591. — A LAMBERT AUX COUTEAUX

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

En attendant vos lettres, desquelles je suis privé depuis 15 ou 20 jours, je vous continue les miennes

Lettre 1591 — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1) Le saint ignorait encore que Lambert aux Couteaux était mort le 30 janvier.

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pour vous souhaiter la continuation de l’esprit de Dieu et de ses opérations en votre conduite et en vos actions, et l’augmentation de ses grâces sur le roi, la reine et leurs desseins.

Nous n’avons point d’autres nouvelles que celles que je vous ai mandées ; il me semble néanmoins avoir omis de vous dire que neuf ou dix de nos écoliers font leurs études de théologie sous M. Cruoly, qui est aussi leur directeur spirituel, et que les autres écoliers, qui sont en plus grand nombre et qui ont achevé leur cours de théologie, se disposent, les uns à passer aux ordres sacrés et les autres à être envoyés en d’autres maisons, attendant le temps de leur ordination. Ceux-ci font leur conversation avec les anciens, où j’assiste quasi toujours, non sans grande consolation de nous voir relevés des défauts de nos anciennes récréations et de passer ces deux heures chaque jour en de saints entretiens, où chacun parle tour à tour sérieusement, utilement et néanmoins gaiement.

De plus, Monsieur, nous exerçons la compagnie, depuis quelque temps, aux matières de controverse. Il nous vient céans, tous les lundis, 3 ou 4 personnes de la ville, qui ont grâce de Dieu pour convaincre ceux de la rel(igion) prét[endue] réf[ormée] et qui en ramènent grand nombre à l’église, pour nous montrer leur méthode, selon laquelle deux des nôtres disputent chaque fois en leur présence, dont l’un fait le catholique et l’autre contrefait le huguenot. L’un de ces Messieurs est M. Girodon, docteur en théologie (2), disciple du défunt Père Véron, et un autre est le sieur Beaumais, mercier (3)

2) Nous avons d’Antoine Girodon la discipline des églises p[rétendues] ré[formées] dee France, Paris, 1663, in-8.

3) Comme le coutelier Jean Clément, Beaumais avait un goût

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A cela j’ajoute que nous sommes tous en bonne santé, grâces à Dieu, excepté Perrin (4), qui est toujours malade. Dieu vous conserve, s’il lui plaît !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lambert, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

1592. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 28 février 1653.

Je loue Dieu de ce que votre famille marche fidèlement dans nos observances, à ces deux près desquels vous me parlez ; j’approuve fort votre indulgence à leur égard pour un temps. Il y en a qui se relâchent d’aucunes fois et non pas en d’autres, même qui se comportent mal en un lieu, et en un autre feront des

naturel si prononcé et un talent si remarquable pour la controverse que la reine l’envoyait réfuter les prêches des ministres dans les villes où la Réforme avait le plus d’adeptes. Il convertit de quatre à cinq mille hérétiques. Paris surtout fut le théâtre de son zèle. Le curé de la paroisse Saint-Sulpice fit annoncer l’avis suivant en 1673, 1675, 1676 et 1677. "Tous les dimanches après Vêpres, M. de Crouz, docteur en théologie et vicaire de ladite paroisse, continuera les controverses, et le sieur Beaumais, dit le mercier, soutiendra sous lui, à la manière accoutumée" (Bibl. Nat. Lk 7 6743.) En reconnaissance de ses services, le clergé lui accorda une pension annuelle de quatre cents livres. (Cf. Faillon, op cit., t. II, P. 368-337, 400-402)

4). Nicolas Perrin, né à Châtenois (vosges), entré dans la congrégation de la Mission, comme frère coadjuteur, après la mort de sa femme, le 23 janvier 1641, à l’âge de quarante ans reçu aux vœux le 20 novembre 1643, mort à Saint-Lazare le 4 avril 1653.

Lettre 1592. — Reg. 2, p. 203

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mieux. Il faut espérer un pareil amendement de la part de ces deux Messieurs, plutôt en les attendant qu’en les pressant. Pour le regard des communications, il sera bon que vous recommandiez à la communauté, eux présents, de les faire exactement ; et s’ils y manquent de leur côté, de leur en parler d’une façon cordiale et comme en riant, pour les inviter par ce doux attrait à une pratique tant utile et nécessaire.

1593. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Mars 1653] (1)

La petite famille n’a pas manqué de s’assembler, à la réserve d’un de chaque côté, qui n’étaient pas encore venus (2). Mais je crois, Monsieur, qu’il est nécessaire que votre charité se

Lettre 1593. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Il s’agit ici des premiers débuts de l’hospice du Nom-de-Jésus. La fondation de cet établissement est due à la générosité anonyme d’un riche bourgeois de Paris, qui apporta un jour 100 000 livres à saint Vincent pour une bonne œuvre dont il lui laissait le choix. Le saint réfléchit, et, après avoir communiqué son plan au charitable donateur il résolut d’employer 11 000 livres à l’achat de la maison dite le Nom-de-Jésus, qui appartenait à Saint-Lazare ; 20 000 livres à l’agrandissement des locaux, au cas où la place deviendrait insuffisante ; 60 000 livres en constitution de rente au denier 20 sur Saint-Lazare, qui racheta plus tard ce revenu ; 5 400 livres en meubles et en ornements pour la chapelle ; 3.600 livres pour la nourriture et l’entretien de quarante pauvres pendant un an ; le tout à condition que les supérieurs généraux des prêtres de la Mission, avec les bourgeois de Paris qu’ils s’adjoindraient eux-mêmes, auraient la direction spirituelle et temporelle de l’hôpital, et, à ce titre, pourraient recevoir les pauvres et les renvoyer. Le contrat fut passé le 29 octobre 1653, approuvé par les vicaires généraux le 15 mars 1654 et confirmé par lettres patentes au mois de novembre. (Arch. Nat. M 53.) L’œuvre fonctionnait déjà depuis mars 1653. Saint Vincent fit choix de quarante pauvres artisans, vingt de chaque sexe, réduits, par la vieillesse ou les infirmités, à ne plus pouvoir gagner leur vie. Les hommes et les femmes logeaient dans deux corps de logis séparés. Bien que réunis dans une même chapelle pour entendre la messe, ils ne pouvaient ni se voir ni se parler. On leur

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donne la peine de les établir demain matin et leur faire faire quelque dévotion, comme d’adorer la sainte Croix, et quelque exhortation sur la Passion. C’est trop de hardiesse de taire cette proposition-là. S’il plaît aussi à votre charité d’ordonner. ce soir ou demain de grand matin, si on leur baillera les habits qui leur ont été préparés ?

Votre bénédiction, s’il vous plaît, à toute la compagnie.

1594. — AU FRèRE LéONARD LAMIROIS, A GêNES

Du 14 mars 1 1653

Vous m’avez écrit deux lettres, sans que je vous aie fait réponse ; ce n’a pas été faute d’affection, mais à cause de mes embarras, qui m’empêchent de faire tout ce que je voudrais bien. Ne laissez pas de m’écrire quand il sera besoin. J’espère qu’à l’avenir je ne tarderai pas tant à vous répondre.

Je loue Dieu de la satisfaction que vous donnez au dedans et au dehors de la maison (2) ; continuez d’être bien fidèle à Dieu en la pratique de l’humilité, de l’obéissance et des règles ; c’est le moyen de vous attirer les grâces du ciel en abondance et de vous conserver en votre vocation et, par elle, dans l’enceinte de la volonté de Dieu, qui doit être notre unique prétention en ce monde et en l’autre.

mit en main des métiers et des outils pour occuper leur temps. Des Filles de la Charité étaient à leur service, et un prêtre de la Mission, conformément au terme du contrat, remplissait les fonctions d’aumônier. Vincent de Paul venait souvent les visiter et les instruire. (cf Abelly, op. cit., 1. I, chap. XLV, pp. 211-213.) De 1802 à 1816 l’hospice du Nom-de-Jésus fut maison municipale de santé. Les bâtiments n’existent plus ; ils étaient sur l’emplacement qu’occupent aujourd’hui les dépendances de la gare de l’Est.

Lettre 1594. — Reg. 2, p. 325.

1). Le 19 écrit sur le registre au-dessus du 14 indique qu’il y a eu quelque hésitation sur la lecture

2) Le frère Léonard Lamirois était le cuisinier de la maison

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Touchant le doute où vous êtes, si vous devez faire raison au maître d’apprentissage que vous avez quitté avant le temps, je vous dirai, mon cher Frère, qu’ayant fait assigner dès lors, comme il fit, votre bonne mère pour cela, il est croyable qu’elle l’a satisfait, si la justice l’a ainsi ordonné ; et quand elle ne l’aurait pas fait, vous n’êtes pas obligé de le faire, n’étant plus en cet état. Dieu ne demande de vous que ce que vous pouvez, et jamais un confesseur n’oblige son pénitent de payer ce qu’il doit que quand il pourra le faire. Or, vous n’avez rien en votre disposition pour dédommager ce maître, et par conséquent vous en êtes déchargé devant Dieu et devant les hommes.

D’ailleurs c’est une question si, vous ayant obligé de le quitter, comme il a fait, par son mauvais traitement, vous lui devez quelque chose ; pour moi, j’en doute fort, et je vous prie de demeurer en paix de ce côté-là et de vous unir de plus en plus à Notre-Seigneur par le détachement des choses de la terre.

1595. — FRANCOIS CHARLES, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

14 mars 1653.

Monsieur,

Votre bénédiction ! Il y a huit jours que je vous envoyai les nouvelles de la mort de M. Guérin, notre très cher et très digne supérieur qui n’a vécu que quatre ou cinq semaines après celle de

Lettre 1595. — Pour la première partie de cette lettre jusqu’aux mots "de la conversion de cette pauvre ville" nous avons utilisé une copie ancienne, privée aujourd’hui d’un de ses feuillets et conservée aux archives de la Mission. De cette copie nous connaissons une copie récente et complète, mais malheureusement retouchée c’est ce dernier texte, faute de mieux, que nous suivons pour la seconde partie.

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M. Gurlet et l’a suivi de bien près ; ce que M. Gurlet en sa maladie lui donnait ce semble, à entendre, s’adressant à M. Guérin et lui demandant s’il était prêt de partir et de s’en aller avec lui ; il le pressait souvent et fortement là-dessus, comme s’il n’eût pas voulu s’en aller sans l’emmener en sa compagnie, et disait qu’il le viendrait quérir.

Une fois, étant sorti du lit et se venant chauffer en chemise auprès du feu, demandant qu’on allât prendre et lui apporter ses papiers, il les voulut brûler et jeter dans le feu (qui étaient les indices à approcher de sa mort). Comme M. Guérin le voulut retenir et ramasser ses papiers, M. Gurlet, en se levant, le heurta de la tête et lui laissa une meurtrissure au-dessus de l’œil, qu’il a toujours gardée depuis et se voyait pendant sa maladie, et après sa mort était encore plus visible et l’a porté au tombeau avec M. Gurlet, au côté duquel il fut enterré, en l’église de Notre-Dame d’Annecy. De quoi j’ai cru devoir vous donner connaissance pour la deuxième fois afin que, si les premières lettres venaient à être par aventure égarées par le chemin, celle-ci suppléât au défaut et vous en fît savoir les nouvelles.

J’ai aussi pensé qu’il était à propos d’ajouter ici conjointement quelque chose touchant les vertus que nous avons remarquées en lui, suivant la coutume et pratique de la compagnie en cas semblable, après nous être entretenus hier au soir, M. Huitmille et moi, avec notre frère François, par manière de conférence où l’on en dit des choses bien considérables et de grande édification. Mais il semble que nous ne soyons pas si bien dans un si bon biais et avec tant de sentiments de ses vertus et perfections comme sont les externes, qui étaient plus éloignés de sa compagnie que nous qui l’avons pratiqué et fréquenté continuellement pendant un si long temps La trop grande proximité nous empêchait de le découvrir et admirer ; et, par un malheur et étrange désordre, la communication fréquente et en suite d’icelle, la connaissance les uns des autres préjudicie beaucoup à l’estime raisonnable qu’on désirait faire du bien. En quelque part qu’il se rencontre, un petit fétu du moindre manquement et imperfection que l’on peut apercevoir enlève souvent une partie du goût et rabat beaucoup de l’éclat des vertus qu’on voit reluire dans les autres, ce qui me fait connaître que je suis incapable de reconnaître les vertus de notre vertueux supérieur défunt et d’en faire l’estime qu’elles méritent.

L’humilité et la simplicité, compagnes inséparables, le fondement et les gardiennes fidèles des autres vertus, ont paru notablement en lui, non seulement aux yeux de ceux de la

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maison, mais encore des externes, dont ils demeuraient grandement édifiés. J’ai remarqué cette simplicité en tout et dans les choses les plus menues. Pour enfiler les chapelets, au lieu d’un petit ruban dont on se sert pour cela ordinairement, il n’approuvait qu’on y mît autre chose qu’un peu de fil… Il acheta un grand nombre de petites médailles pour y appliquer des indulgences. Les voyant j’en fus étonné en moi même sans lui en témoigner, sur ce qu’elles ne valaient peut être pas chacune un quart de voije, qui est toute la plus basse monnaie. Pour une paire de souliers neufs, au lieu de quelques chétives et communes aiguillettes il voulait qu’on se servit de la moindre et plus simple courroie de cuir de la même matière des souliers. Dans les habits, il gardait la même chose.

Mais cette simplicité reluisait avec plus d’éclat dans sa conversation, dans ses paroles, dans ses réponses indifféremment avec toute sorte de personnes de qualité et condition, disant naïvement et simplement ses pensées et ses sentiments, tels qu’il les avait dans le cœur, ainsi que cela paraissait visiblement, sans duplicité et dissimulation sans recherche et affectation de paroles, Ce qui faisait un grand effet et laissait de l’admiration et une grande estime dans l’esprit de ceux qui le connaissaient. Et même Mgr de Genève m’en parlait dernièrement depuis son décès, qu’il avait remarqué sensiblement cet esprit de simplicité dans les visites de son diocèse où il avait eu l’honneur de le servir et de l’accompagner avec la simplicité de la colombe, et avait reconnu conjointement la prudence du serpent, qui le faisait parler quand et comment de tout à propos, dans la vue et conséquence des suites qu’il savait bien remarquer.

Cette vertu lui faisait remarquer Dieu d’un œil simple et faire toutes ses actions avec grande pureté d’intention, sans avoir égard aux créatures, même au bon exemple qu’on leur eût pu donner en pratiquant le bien devant elles. Et je me souviens à ce propos que, lui faisant la communication de mon intérieur et lui disant qu’il eût été bon de faire certaines choses pour l’édification du peuple, il me répondit incontinent qu’il ne fallait pas avoir égard à cela, mais faire ses actions toutes pour Dieu, comme voulant dire qu’il fallait aller directement à Dieu sans s’arrêter à d’autres intentions, bonnes à la vérité, mais moins excellentes et plus dangereuses.

De la source d’humilité procédait aussi qu’il se faisait tout à tous et se rendait ainsi admirable et aimable à tous. S’il se fût rencontré dans un jardin des personnes de sa connaissance où l’on taillât la vigne, il se fut volontiers mis en besogne à

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travailler et dire ce qu’il en savait aux autres. En effet, il savait de tout et était prêt à tout.

Sur ce bon fondement de l’humilité et simplicité il avait établi les autres vertus chrétiennes et toutes les plus propres pour l’esprit de sa vocation, et principalement la charité et le zèle pour le salut des âmes, qui était prodigieux et tout à fait admirable ; car, hors le temps de repos marqué par nos règles, ii ne pouvait souffrir qu’on manquât à travailler continuellement dans les missions, et même trois ou quatre jours avant sa mort, il me dit qu’alors, pendant que nous étions assez. occupés à entendre et servir messieurs les ordinands, il fallait dérober quelques heures de temps pour aller au lieu. comme s’il eût voulu le même jour de l’ordination après dîner ou le lendemain, pendant qu’il était malade, nous envoyer en mission, deux pauvres prêtres que nous étions pour faire ce que nous pourrions dans une des grosses paroisses du diocèse.

Et pour connaître plus clairement que pendant sa vie il avait l’esprit occupé de pensées de la mission et du salut des âmes, dans les derniers jours de sa maladie, au plus fort de la fièvre... toutes ses rêveries étaient des missions…, qu’il fallait aller faire des missions dans la ville de Genève, qu’on avait envoyé des lettres pour cet effet et que les hérétiques nous y attendaient. Je lui avais vu arriver quelque chose de semblable dans une grande maladie, il y a environ 6 ans, dans une mission, au fort de l’hiver, parmi nos montagnes. Il songeait si bien, je me souviens que Genève était converti, que Mgr l’évêque du lieu y avait fait son entrée ; ce qui pro. venait du grand désir qu’il avait, étant en santé, de la conversion de cette pauvre ville, et lui-même espérait y aller bientôt célébrer la sainte messe.

Quand il pouvait avoir quelques relations des grands fruits que Dieu opérait dans les pays étrangers, il les lisait avec un cœur tout ému, et les larmes qui coulaient de ses yeux manifestaient bien la joie et le contentement de son âme. Il se sentait disposé, si l’obéissance le lui eût marqué, à aller en Barbarie malgré son grand âge et ses nombreuses incommodités. Je lui ai ouï dire qu’étant écolier chez les Révérends Pères jésuites, il se fut présenté pour aller en Chine, au Japon, au Canada, s’ils eussent voulu prendre avec eux d’autres personnes..

Son zèle était aussi désintéressé qu’ardent. il n’aimait en effet que la gloire de Dieu, sans se rechercher aucunement lui même ne se souciant pas non plus par qui elle était procurée ; et même quand un des ecclésiastiques qui travaillaient

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avec nous aux missions avait bien réussi en quelque chose, il s’en réjouissait plus que si c’eût été lui-même ou un autre de la compagnie.

Ce zèle si véritable était accompagné de toutes les autres vertus, sans lesquelles ou il ne peut exister ou il ne peut qu’être tout au moins inutile à la gloire de Dieu. Il avait une grande patience pour supporter les peines, les travaux qu’il faut embrasser pour gagner des âmes ; et je sais qu’étant en mission il continua les catéchismes, les prédications, les confessions, nonobstant un grand mal. qui l’incommodait extrêmement Cela ne l’empêchait pas non plus de prendre toujours et en toutes choses le pire pour lui, comme s’il se fût bien porté.

Son zèle n’éclatait pas moins dans sa charge de supérieur. Il avait un ardent désir du bien et de la perfection de ses sujets, parmi lesquels il tachait de faire fleurir l’esprit de la compagnie, les principales vertus qui la caractérisent et surtout une parfaite obéissance aux règles.

Toutes ces vertus, comme je le disais au commencement de la lettre, lui avaient concilié l’estime et l’affection de tous, et cela a bien paru par les regrets et ressentiments que toutes sortes de personnes ont eus à sa mort, aussi bien Messieurs les ecclésiastiques que les personnes religieuses et les bonnes sœurs de la Visitation, qui pendant le cours de sa maladie ont fait beaucoup de prières à son intention et l’ont assisté de plusieurs choses. Les séculiers eux-mêmes ont témoigné un semblable regret, et naguère un pauvre paysan, qui venait, de la part d’une grande famille de la contrée, demander de ses nouvelles et lui apporter quelques viandes se prit incontinent à pleurer, dès qu’il eut connu sa mort avec autant de douleur que s’il eût été son propre père.

Il serait trop long de s’étendre davantage à particulariser les autres vertus de notre cher défunt, à raconter les autres peines, fatigues, travaux qu’il a endurés pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Je termine en vous disant que ses funérailles ont été extraordinaires, à raison de la présence de Monseigneur de Genève M. le comte de Sales, d’un grand nombre de. Messieurs les chanoines de la cathédrale de Messieurs les ordinands alors réunis. Et quantité d’ecclésiastiques du diocèse, ayant appris sa mort, se sont empressés de célébrer la saint messe pour le repos de son âme.

Dans l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, j’ai l’honneur d’être, Monsieur votre, quoiqu’indigne, enfant.

F. CHARLES,

i. p. d. l. c. d. l. M.

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1596 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 20 mars [1653] (1)

Mon très honoré Père,

Il paraît bien que Notre-Seigneur est le seul général propriétaire de la congrégation de la Mission, disposant ainsi des bons sujets qu’il y met. Il a donc eu à faire pour une mission excellente de celui qu’il nous a enlevé. Qu’est-ce que nous avons à dire ? Rien, sinon que je crois que cette nouvelle entrée dans le ciel attirera de Dieu de grandes grâces sur tout le reste de la compagnie et que cette douleur universelle produira des effets de sainteté en beaucoup d’âmes. Ne suis-je pas bien hardie, mon très honoré Père, d’oser mêler mes larmes avec vos soumissions ordinaires aux conduites de la divine Providence, mes faiblesses avec la force que Dieu vous a donnée pour porter la si bonne part que Notre-Seigneur vous donne si souvent à ses souffrances ? Pour son amour, donnez à la nature ce qu’elle a besoin pour sa décharge et ce qui est nécessaire pour votre conservation.

Je ne vous saurais celer, mon très honoré Père, que ma douleur est grande, mais votre charité m’a enseigné d’aimer la volonté de Dieu si juste et miséricordieux, la bonté de laquelle m’a rendue, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général des vénérables prêtres de la Mission.

Lettre 1596. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). S’il fallait s’en tenir aux mots ajoutés au dos de l’original par le frère Ducournau, la lettre serait de 1657. Mais comme dans les lettres voisines du 20 mars 1657 saint Vincent ne mentionne la mort d’aucun missionnaire et que, le 20 mars 1653, il venait d’apprendre celle de Lambert aux Couteaux, cette dernière date semble préférable.

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1597. — A EDME MENESTRIER (1)

De Paris, ce 23 mars 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais, et sa sainte consolation en nous tous, pour supporter avec amour les incomparables pertes que la compagnie vient de faire en deux de ses meilleurs sujets, dont l’un est M. Guérin, supérieur de la maison d’Annecy, duquel Mgr l’évêque de Genève me parle très avantageusement avec les larmes aux yeux et la douleur inexprimable au cœur ; c’est son terme. En effet Dieu a toujours béni la conduite et les travaux de ce sien serviteur au contentement du dedans et du dehors de la famille. Il est décédé le 6e de ce mois, après neuf jours de maladie.

Je vous ai déjà parlé, ce me semble, du décès de feu M. Gurlet, comme d’un bon missionnaire, arrivé quelques jours devant en la même maison.

L’autre dont j’ai à vous parler maintenant est le bon M. Lambert, qui est allé à Dieu dès le dernier de janvier, n’ayant été que trois jours malade, mais d’une maladie si douloureuse, que lui-même disait qu’il ne la pourrait souffrir longtemps sans mourir ; ce qui est arrivé, après. avoir reçu tous ses sacrements par les

Lettre 1597. — L. s. — Dossier de Turin, original. Cette lettre sauf la fin, à partir des mots je vous envoie une procuration de M. Pignay, a été envoyée à toutes les maisons de la congrégation de la Mission. Collet en signale trois exemplaires, des 21, 22 et : 26 mars, op. cit., t. I, p. 512.)

1) Edme Menestrier, né le 16 juin 1618 à Rugney (Vosges) entre dans la congrégation de la Mission le 10 septembre 1640, reçu aux vœux en octobre 1646, ordonné prêtre en avril 1648, Il passa sa vie de missionnaire au séminaire d’Agen, dont il fut supérieur de 1651 à 1665 et de 1672 à 1685 et procureur de 1665 à 1672

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mains de M. Mesdames. Le confesseur de la reine de Pologne (2) me mande qu’il est universellement regretté et que, selon les pensées des hommes, il est difficile : le trouver un ecclésiastique plus accompli et plus propre pour l’ouvrage de Dieu, et ajoute qu’il pouvait être nommé dilectus Deo et hominibus, cujus memoria in benedictione est (3). Il cherchait Dieu uniquement, et jamais personne en peu de temps ne s’était si avancé en l’estime et les bonnes grâces du roi et de la reine que lui, et jamais personne n’a eu une estime plus universelle, car partout où il a passé, il a répandu une grande odeur de ses vertus. Voilà les sentiments de ce bon docteur. Et la reine, qui m’en a écrit une grande lettre de sa main, après m’avoir exprimé sa satisfaction de ses conduites et son regret de ne l’avoir plus, finit par ces mots : "Enfin, dit-elle, si vous ne m’envoyez un second M. Lambert, je ne sais plus que faire." Ce qui marque la parfaite confiance qu’elle lui avait. Aussi l’a-t-il portée à faire environ cent mille livres d’aumônes au delà de ce qu’elle eût fait, depuis qu’il a eu l’honneur de l’approcher, à ce que les nôtres me mandent, qui en ont distribué une bonne partie tant aux pauvres pestiférés de Cracovie et de Varsovie qu’à d’autres malades et pauvres gens abandonnés (4).

Je ne doute pas, Monsieur, que la privation de ce saint homme, qui afflige toute la compagnie, et encore plus celle de tous les trois ensemble, ne vous touche sensiblement. Mais quoi ! la conduite de Dieu

2) François de Fleury.

3) Ecclésiastique XLV, I.

4) Le corps de Lambert aux Couteaux fut déposé dans l’église de Sokolka, devant le grand autel. On l’exhuma en 1686 pur le transporter à Varsovie dans l’église Sainte-Croix, où il repose encore aujourd’hui.

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est adorable, et nous en devons aimer les effets. C’est ce que nous tâchons de faire dans l’accablement de douleur où ces accidents nous ont mis, nous confiant que ces chers défunts nous seront plus utiles au ciel qu’ils n’eussent été sur la terre. Nous sommes après pour remplir leurs places, particulièrement celle de M. Lambert, à cause des besoins extrêmes de ce royaume-là, où les dispositions sont très bonnes et où les ouvriers qui restent ne sont pas assez forts. Priez et faites prier, s’il vous plaît, pour les vivants et pour les morts.

Je vous envoie une procuration de M. Pignay (5) pour recevoir ce qui lui est dû du revenu de ses prieurés (6) jusqu’au temps que vous en avez pris possession, dont il vous fait donation. Il y a aussi deux lettres à même fin.

J’approuve que vous acceptiez la fondation de cette bonne fille qui est morte et qui vous a chargé de son petit frère jusqu’à l’âge de 25 ans, et de la célébration de deux messes par semaine à perpétuité, m’étant avis que les quarante écus de rente qu’elle a donnés peuvent supporter ces charges Il y a huit jours que je vous ai écrit la même chose.

J’embrasse cordialement M. Fournier, duquel j’attends une lettre pour M. son père, au lieu de celle que j’ai perdue. Faites, s’il vous plaît, tenir l’incluse à La Rose.

5) Nicolas Pignay, prêtre du diocèse de Rouen et docteur en Sorbonne. Dans son testament du 10 août 1671 (Arch. Nat. M 213, n° 8), il est dit "proviseur du collège de justice" et "domicilié aux Bons-Enfants".

6). On trouve aux Arch. Nat. S 6700 l’acte par lequel le prieuré de Saint-Pierre de Montmagneris, du diocèse de Cahors, fut uni au séminaire d’Agen, sur la résignation qu’en avait faite Nicolas Pignay.

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Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Edme, prêtre de la Mission, à Agen.

1598. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT.

De Mercuès, ce 26 mars 1653.

Monsieur,

Je vous rends très humbles grâces pour l’avis que vous m’avez donné de l’affaire de Chancelade et des offres que vous fîtes à Monsieur Sevin, qui en avait donné avis à Mgr de Sarlat, par le moyen duquel je l’avais appris. Vous aurez vu par ma dernière lettre qu’il ne faut parler d’aller à Paris ; oh ! nenni, non pas même y penser ; et j’ose vous dire que, Si je le pouvais, ce que non, il ne le faudrait pas, car ma présence retarderait plus l’affaire de mon évêché qu’elle ne l’avancerait, et peut-être le ruinerait.

J’ai été très aise d’apprendre le bon succès de l’affaire contre la doctrine du temps. Dieu en soit béni à jamais !

Le recteur de Caussade et un autre syndiqué m’ont fait signifier un acte par lequel ils disent qu’ils s’étaient portés à Cahors, supposant que j’avais convoqué mon clergé, ce qui est faux, pour exécuter l’arrêt d’expédient et articles passés en suite, et ont protesté contre moi. Je leur en ai fait signifier un autre par lequel je les somme de se rendre à mon prochain synode pour l’exécution dudit arrêt et articles ; ce que je vous ai voulu mander, afin que, s’ils vous en écrivent, vous en soyez informé. J’envoie ces actes à Messieurs les agents.

Faites-moi la faveur de bien prier Dieu pour moi et de me croire, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

Lettre 1598. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

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1598. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

3 avril 1653

Mon très honoré Père,

Je me suis oublié de vous dire que défunt M. Lambert me fit l’honneur de me mander, deux jours avant sa maladie, que notre sœur Françoise (1), qui est en Pologne, était comme le lien des deux autres, qui ne s’accordaient pas bien. J’ai eu aussi pensée d’avertir votre charité de penser à M. le curé de Saint-Laurent (2), lorsqu’elle aura permission de faire dire la sainte messe à la maison des pauvres ouvriers (3), afin qu’il n’ait aucun sujet de se plaindre.

Je pris hier la liberté de dire à M. Le Gros que je croyais qu’il ne devait pas y avoir si tôt une porte de dehors à la chapelle. Faites-moi l’honneur de me mander quand vous voudrez parler aux personnes de dehors pour la maison et si l’on n’y mettra point plus de femmes que d’hommes pour grossir le nombre.

Je supplie Dieu d’en faire sa sainte volonté et suis, mon très honoré Père, votre pauvre fille et très humble servante.

L. DE M.

1600. — A ANTOINE DRAGO (1)

Domine mi carissime,

Summo cum gaudio tuas litteras accepi quibus me certiorem facis de elapso seminarii tui tempore et de animo tuo circa vota in Congregatione emittenda ; spero enim illis te infirmitati et inconstantiae humanae

Lettre 1599 — Gossin, op. cit., p. 464, d’après l’original communiqué par l’abbé Pinard, vicaire à Saint-Germain-en-Laye.

1). Françoise Douelle.

2). Guillaume de Lestocq.

3). L’hospice du Nom-de-Jésus,

Lettre 1600. — L. s — L’original nous a été communiqué par M. Jean Tonello prêtre de la Mission.

1). Né dans le diocèse d’Albenga le 25 janvier 1621, entré dans la congrégation de la Mission à Rome le 30 mars 1651, reçu aux vœux à Gênes en avril 1653, supérieur de la maison de Gênes de 1666 à 1670 et de 1677 à 1680.

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remedium allaturum, et strictius ac perfectius Deo devinctum iri.

Mihi etiam aperis mentem tuam circa restrictionem iisdem votis apponendam, ut scilicet ad tuum placitum fratribus tuis carnalibus aut aliis bona patrimonialia dispertiri libere valeas. Super hac re dicam ingenue Dominationi Vestrae eam esse mentem Congregationis ut qui in ea possident beneficia aut aliqua bona patrimonialia, dictorum bonorum administrationem et usum fructuum eidem Congregationi relinquant, dum vivunt, ea tamen conditione ut possint de dictis bonis in favorem parentum suorum aut aliorum quorumlibet E ! er testamentum disponere. Si tamen hoc jamjam exequi et parentibus tuis, quos pauperes esse suppono, per modum eleemosynac, bona tua impraesentiarum distribuere cupias, libentissime assentior, dummodo hoc quamprimum facias, ne hujusmodi facultates tentationis materia in posterum esse possint.

Gratias ago Deo meo, qui talem tibi erga vocationem tuam indidit animum, speroque fore ut in dies ad illius gloriam animarumque salutem augeatur.

Commendatum me habeas, quaeso, tuis orationibus, dum ego quotidie in sacrosancto missae sacrificio memoriam tui habeo.

Dominationis Vestrae carissimae humillimus servus.

VINCENTIUS A PAULO,

indignus sacerdos Congregationis Missionis.

Parisiis, die 4 aprilis 1653.

Formulam votorum, licet eam apud se habeat Dominus Stephanus Blatiron, cum a me postules, ad te transmitto.

Suscription : Reverendo Domino meo Domino An-

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tonio Drago, Congregationis Missionis sacerdoti, Genuam.

TRADUCTION

Mon très cher Monsieur,

J’ai reçu avec une grande joie la lettre par laquelle vous m’annoncez que le temps de votre séminaire est terminé et que vous désirez faire les vœux dans notre congrégation ; j’espère, en effet, que par là vous remédierez à l’infirmité et à l’inconstance humaine et que vous vous unirez plus étroitement et plus parfaitement à Dieu.

Vous me dites aussi votre intention, en émettant ces vœux, de vous réserver la faculté de disposer librement de vos biens patrimoniaux en faveur de vos frères charnels ou d’autres personnes. Je vous dirai franchement là-dessus, Monsieur, qu’à la congrégation reviennent, du vivant de leurs possesseurs, l’administration des bénéfices et biens patrimoniaux et l’usage de leurs revenus, et qu’après leur mort ils appartiennent au légataire de leur choix, parents ou autres. Si toutefois vous désirez donner maintenant vos biens, par manière d’aumône, à vos parents, que je suppose pauvres, j’y consens volontiers, pourvu que vous le fassiez le plus tôt possible, car ces biens pourraient être pour vous plus tard un sujet de tentation.

Je remercie Dieu, qui a mis en vous un tel amour de votre vocation et j’espère que cet amour ira croissant de jour en jour pour la gloire et le salut des âmes

Je me recommande à vos prières et j’aurai moi-même chaque jour une intention pour vous au saint sacrifice de la messe.

Je suis, mon cher Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la congrégation de la Mission.

De Paris, ce 4 avril 1653.

Vous me demandez la formule des vœux ; je vous l’envoie bien que M. Blatiron l’ait chez lui ;

Suscription : Au Révérend Monsieur Monsieur Antoine Drago, prêtre de la congrégation de la Mission, à Gênes.

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1601. — A GERALD BRIN, SUPéRIEUR, A LA ROSE

De Paris, ce 6 avril 1653.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Nous enterrâmes hier un de nos bons frères coadjuteurs qui a été sept ou huit mois malade, tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, ayant plu à Dieu de l’exercer en diverses manières pour la sanctification de son âme ; ce qui nous a paru par le bon usage qu’il en a fait et la constante et douce soumission qu’il a eue à la conduite de Dieu dans ce long et fâcheux exercice. C’est 3e frère Nicolas Perrin. Il y a 12 ou 13 ans qu’il a servi Dieu en la compagnie, où il nous a laissé quantité (le bons exemples en la pratique des vertus qui font un bon missionnaire. Je recommande son âme à vos prières et la mienne aussi.

Je ne vous parle plus de nos chers défunts, Messieurs Lambert, Guérin et Gurlet, depuis peu trépassés, pource que je vous en ai écrit assez amplement ; seulement je vous dirai que tant plus nous allons avant, tant plus nous les trouvons à dire, au moins les deux premiers, et entre eux l’incomparable M. Lambert.

J’attends de vos nouvelles sur l’état présent de la mère de M. Bimenet (1), et si vous lui avez fait toucher le peu d’argent que je vous ai prié de lui envoyer. Vous savez assez quel est l’esprit de Notre-Seigneur, et ainsi, conduisant votre famille selon cet esprit, vous la

Lettre 1601. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

1) Etienne Bimenet, né à Moissac, entré dans la congrégation de la Mission le 6 octobre 1645 à l’âge de vingt et un ans, reçu au vœux le 7 octobre 1647, ordonné prêtre pendant le carême de l’année 1651.

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conduirez dans les règles de la Mission ; car elle n’en a point d’autres que celles qui conviennent au même esprit, duquel je prie Dieu qu’il vous anime. Si vous ne regardiez que le vôtre dans la charge que vous avez, vous auriez raison de craindre ; mais, considérant que c’est Notre-Seigneur qui conduit lui-même les compagnies, et qu’il gouvernera la vôtre par vous, si vous lui êtes bien soumis et mettez en sa grâce toute votre confiance, vous devez aussi demeurer en paix et estimer qu’il tirera sa gloire de vos soins.

Je ne sais que vous dire sur la difficulté que vous avez à retirer votre blé de Clerac (2), sinon que j’espère que vous en viendrez à bout par les voies que vous me marquez, ou par d’autres que Dieu vous aura inspirées, surtout si M. Bajoue s’en mêle, lui qui vous a engagé dans cette affaire.

Si M. Ducasse vous témoigne qu’il veut retourner à La Rose, vous ferez bien de l’y recevoir, mais non pas de l’en solliciter, tandis qu’il ne fera point réponse à la prière que je lui ai faite de se déclarer s’il est des nôtres ou ne l’est pas ; car, d’un côté, il a fait le semblant d’être missionnaire, mais, d’un autre, on m’a donné avis du contraire.

Le grand nombre de personnes qu’il a plu à Dieu de nous ôter cette année nous empêche de vous envoyer du secours pour le présent ; c’est pourquoi je vous prie de faire le mieux que vous pourrez avec le peu d’ouvriers que vous avez, à qui j’espère que Dieu donnera une double force et à vous un double esprit pour faire son œuvre sans augmentation de sujets.

Voici plusieurs lettres que je vous envoie, avec une

2) Commune de l’arrondissement de Jonzac (Charente-Inférieure).

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nouvelle donation de mon cœur, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Si vous voulez écrire à M. Ducasse, faites-le comme de vous-même pour l’inviter a vous secourir, sans lui témoigner que je le sache.

Au bas de le première page : M. Brin.

1602. — A FRANçOIS FOURNIER, PRêTRE DE LA MISSION, A AGEN

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