Correspondance (page 44)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6 avril 1653.

Il est vrai que feu M. Gilles, ni d’autres missionnaires ne se sont pas trouvés aux disputes de philosophie ni de théologie qui se font à la ville ; mais il n’est pas si facile de s’en dispenser dans les petites villes, comme Agen ; et je n’estime pas que vous fassiez contre l’esprit de la compagnie d’y aller quelquefois, quand vos supérieurs le trouveront à propos ; néanmoins ils ne doivent pas vous y obliger, ains vous laisser en pleine liberté d’y aller ou de n’y aller pas, comme je fais de mon côté ; car bien que je sache que vous êtes assez savant, toutefois vous pouvez manquer de la pratique qui est nécessaire en telles occasions.

Lettre 1602. — Reg. 2, p. 82,

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1603. — A NICOLAS TALEC, PRêTRE DE LA MISSION, A TRéGUIER (1)

9e d’avril 1653.

J’ai reçu deux de vos lettres, qui me donnent sujet de louer Dieu, comme je fais, de la simplicité et de la candeur avec lesquelles vous m’avez écrit, exprimant si bonnement ce qui s’est passé en vous, que j’en suis fort consolé. Plaise à Dieu de vous faire faire progrès de plus en plus en ces vertus ! Je ne me suis nullement étonné que vous ayez été tenté à l’égard du bénéfice. Le diable n’avait garde de perdre cette occasion sans s’efforcer de vous y retenir, prévoyant sa perte en l’action que vous avez faite, et la gloire que Notre-Seigneur en recevra. Il ne se peut qu’un acte de vertu si généreux, fait pour l’amour de ce même Seigneur et par lequel le champ de bataille vous est demeuré, ne soit suivi d’autres victoires, qui sans doute attireront ses spéciales bénédictions sur votre personne et sur vos emplois. Je vous dis derechef, Monsieur, que tant s’en faut que l’attaque que vous avez reçue ait diminué l’estime et l’affection que j’ai eues pour vous, qu’au contraire je vous considère à présent comme l’un des meilleurs missionnaires, qui a passé par l’épreuve ; et mon cœur par conséquent vous chérit tendrement. Je vous prie de n’en douter point.

Quant à la pension, je vous dirai, Monsieur, que les

Lettre 1603. — Reg. 2, p. 34O.

1). Nicolas Talec, né à Nizon (Finistère) le 2 juillet 1623, reçu dans la congrégation de la Mission le 19 août 1646, ordonné prêtre en septembre 1648. Il fut d’abord placé à Saint-Méen, où il prononça les vœux le 25 janvier 1650, dirigea le séminaire Saint-Charles de 1654 à 1662, celui de Cahors de 1662 à 1668, fut nommé procureur général en 1668 et resta assistant de sa congrégation du 9 janvier 1673 au 24 avril 1692.

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missionnaires, qui doivent toujours tendre à leur perfection, ne doivent aussi avoir d’autre possession que Dieu ; néanmoins, comme il est à propos de concerter avec Monseigneur de Tréguier (2) de la manière de vous en défaire, je suis d’avis que vous attendiez encore un peu, d’autant plus que nous vous déchargerons bientôt, Dieu aidant, du sujet principal de votre tentation, pour vous donner moyen de servir Dieu avec plus de liberté et de repos d’esprit, bien qu’en quelqu’état que nous soyons, nous ne devons jamais prétendre de n’être point tentés. C’est un arrêt, que les serviteurs de Dieu le seront ; il le permet pour leur exercice ; et s’il arrivait que vous n’eussiez point de tentation, vous vous seriez un tentateur à vous-même ; et partant nous devons nous y attendre, et en demandant à Dieu la grâce de n’y jamais succomber, nous résoudre à une ferme résistance. C’est ce que j’espère de la bonté de votre âme et ce que je demande à Notre-Seigneur pour vous, vous conjurant de lui demander la même chose pour moi et pour toute la compagnie, qui suis en son amour, Monsieur, votre…

Depuis la présente écrite, j’ai pensé que la meilleure manière de vous défaire de la pension, et la plus utile pour n’avoir que Dieu pour votre portion, est d’en faire le transport au séminaire pour en jouir pendant votre vie, et déclarer par le même acte que vous aviez cette intention lorsque vous vous l’êtes réservée sur le bénéfice, pour contribuer par ce moyen à l’avancement spirituel des ecclésiastiques du diocèse. J’en écris à Monseigneur de Tréguier, lequel vous dira plus particulièrement ce qu’il faut faire en cela. J’estime qu’il est bon de tenir la chose secrète.

2) Balthazar Grangier de Liverdi.

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1604. — A JEAN-JACQUES OLIER

De Saint-Lazare, ce jour de Pâques. [Entre 1643 et *1652] (a) (1).

Monsieur l’abbé Olier est très humblement prié par son serviteur Vincent d’écouter les plaintes que lui fera d’un sien paroissien M. Maheut, présent porteur, frère d’un religieux de céans, et à cause de cela mon ancien ami, et de l’assister à ce qu’il soit satisfait du tort qu’il lui fait. Mondit sieur l’abbé sait l’obligation que nous avons de servir les parents de ceux qui nous ont adoptés pour leurs enfants céans, et qu’il n’y a personne au monde qui soit plus que moi son très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : Pour Monsieur l’abbé Olier.

1605. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

13 avril 1653.

Madame la duchesse est notre recours en tous nos besoins ; je la supplie très humblement de nous donner son bon conseil au fait qui se présente.

Voici un billet que M. le procureur général vient de m’écrire au sujet de ce que les bouchers ne vendent point de la viande. Il est vraisemblable que la ville achètera les bœufs et les moutons que les marchands ont emmenés à Poissy et que les bouchers n’ont voulu

Lettre 1604. — L. a. - — Biblioth. de la cathédrale de Vincennes, dans l’Indiana, états-Unis.

a) La lettre 1604 aurait dû par conséquent être placée plus haut.

1). Jean-Jacques Olier occupa la cure de Saint-Sulpice du mois d’août 1642 au mois d’avril 1657 le 20 juin 1652.

Lettre 1605. — Reg. I, f° 67 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

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acheter à cause de l’impôt nouveau qu’on a mis sur le bétail, et que l’on se veut servir de notre clos pour y nourrir ces bœufs et ces moutons. Voici, Madame, un notable dommage pour nous ; le clos est tout semé de blé, d’avoine et de foin, et toutes les murailles plantées d’espaliers, de bons-chrétiens d’hiver la plupart, ensemble de pêchers. Voici la 5e année de ces arbres, et qu’ils sont chargés de fleurs. L’on fait état que nous en recueillerons beaucoup cette année. Selon cela, vous voyez, Madame, quel dommage cet affaire nous apportera ; car, outre le dommage qu’on recevra de la perte d’environ cent arpents de blé et d’avoine, les bœufs brouteront les arbres, les rongeront et ruineront, en sorte qu’il ne restera que des chicots, qui ne pousseront de 3 ou 4 ans ; et pour les pêchers, ils seront entièrement perdus. Je vous supplie très humblement de nous donner votre avis sur cela, et de me pardonner de ce que j’interromps vos dévotions en ce saint jour (1) ; c’est, après tout, un acte de charité que vous faites à votre serviteur.

VINCENT DEPAUL

1606. — AU PèRE PHILIPPE-EMMANUEL DE GONDI

[Avril ou mai 1653] (1)

Monseigneur,

Je me suis donné l’honneur d’aller voir aujourd’hui Madame Desd., selon votre commandement. Elle s’est offerte d’abord et de bonne grâce de voir la personne

1) Jour de Pâques.

Lettre 1606. — Reg. 1, f° 64 v°, copie prise sur la " minute de la main" On sent dans la seconde partie de la lettre une obscurité voulue.

1). Cette lettre a été écrite en 1653 (cf. notes 2 et 3), très peu de jours après la fête de Pâques.

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d’où dépend l’affaire de Poissy et de demander la chose pour l’âme toute sainte dont il s’agit, lorsqu’elle aura avis de la vacance, et d’alléguer le sieur Vincent pour rendre témoignage du mérite de la personne. O Monseigneur, que l’on prie Dieu de bon cœur pour la réformatrice de ce monastère et pour une parfaite conformité à la volonté de Dieu du frère de cette bonne âme malade (2) !

Le reclus (3) est travaillé d’un mal de dents ; mais il n’y a rien à craindre, Dieu merci. M. Salmon (4) est en cette ville ; l’on tient que l’on l’a fait venir exprès pour tenir compagnie à M. de Buzay (5), lequel a célébré la sainte messe le jour de Pâques avec grande dévotion. L’on dit du noir et du blanc de sa sortie. Notre-Seigneur fera ce qui sera le mieux pour sa gloire et pour le salut (6) de la personne dont il s’agit (7). Je me propose d’avoir l’honneur de vous aller voir au plus tôt, Dieu

2) Louise de Gondi, sœur du R. P. de Gondi et prieure de l’abbaye royale de Saint-Louis de Poissy, était gravement malade. Des démarches étaient faites pour que cette charge pût passer après elle à sa sœur Marie de Dampierre. Le Père Marinis, supérieur général des Dominicains, finit par donner son consentement ; le 12 mai 1653 il délivra la dispense dont Marie de Dampierre avait besoin pour être éligible. Louise de Gondi revint à la santé contre toute espérance. Elle résigna ses fonctions en 1660 et mourut le 29 août 1661. (Histoire de la ville de Poissy, par Edmond Bories, Paris, 1901, in-8°.)

3). Le cardinal de Retz, enfermé au château de Vincennes par ordre de Mazarin en décembre 1652.

4). Le copiste a peut-être mal lu ; il est assez probable que l’original portait Lemoine. (Voir note 7)

5). Le cardinal de Retz, abbé de Buzay.

6). Le mot "salut" peut avoir ici le sens de délivrance.

7). Le cardinal de Retz. Deux pièces publiées par Chantelauze au t. VI des Œuvres du cardinal de Retz, p. 478-479 (Paris, Hachette, 1887), servent à comprendre cette lettre. Le cardinal de Retz avait obtenu la permission non seulement de dire la messe, mais aussi de se confesser à Lemoine, docteur en Sorbonne. Il fut assisté pendant la célébration de sa messe par le chanoine du château qui était de jour pour la dire devant lui.

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aidant Je ne puis vous exprimer, Monseigneur, combien cette bénite occasion me tarde (8).

1607. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 18 avril 1653.

L’ordre que j’ai autrefois envoyé à toutes nos maisons pour ne recevoir personne qui se dirait être de la compagnie, s’il n’apporte lettre, ou n’a quelque obédience par écrit de la maison d’où il est parti, vous peut servir de règle envers ceux qui confessent être sortis d’avec nous, comme celui duquel vous m’écrivez, lesquels on doit encore moins recevoir que les autres. Je ne dis pas que, s’ils sont dans la nécessité, il ne soit bon de leur faire la charité en passant et de les assister de ce qu’on peut, ainsi que vous avez fait à celui-là ; c’est ce que je souhaite fort.

Quand quelqu’un se retire de la compagnie de lui-même, on n’est pas obligé de lui rien donner ; mais si c’est la compagnie qui le met dehors, c’est bien fait de lui donner quelque chose, selon qu’il est éloigné de son pays.

1608. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

[Tunis, entre 1648 et 1660] (1)

Il fut amené dernièrement en cette ville de Tunis une fille

8) Le Père de Gondi avait été envoyé en exil sur sa terre de Villepreux (Seine-et-Oise).

Lettre 1607. — Reg. 2, p. 204.

Lettre 1608. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 12 1er éd., p. 138.

1). Durée du séjour de Jean Le Vacher à Tunis du vivant de saint Vincent.

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valentinienne, âgée de vingt-cinq ans, que les corsaires turcs avaient enlevée près de sa ville, qui était fort bien faite. Elle fut vendue à la place publique. Je fis offrir pour la racheter jusqu’à trois cent trente écus, que les marchands me prêtèrent ; mais un vilain maure, enchérissant toujours au-dessus, l’emporta, parce que l’argent me manqua. Il avait déjà deux femmes, et voilà la troisième. La pauvre créature a été trois jours sans cesser de pleurer et on ne lui a fait perdre la foi qu’après lui avoir ravi l’honneur. Il y a même quelques religieuses que ces corsaires ont prises en leur couvent, qui n’était pas bien éloigné de la mer, qui ont couru la même risque, Hélas ! si quelques personnes charitables donnaient quelque chose pour de semblables occasions, elles en seraient sans doute abondamment récompensées.

1609. — A UN CHARTREUX

Mon Révérend Père,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai lu votre lettre avec respect et certes, avec confusion, à cause que vous vous adressez au plus sensuel et moins spirituel des hommes, et reconnu tel d’un chacun : Je ne laisserai pas néanmoins de vous dire mes petites pensées sur ce que vous me proposez, non pas par manière d’avis, mais par la pure condescendance que N.-S. veut que nous rendions à notre prochain, ou, pour mieux dire, par pure obéissance. Je commencerai donc par vous dire, mon Révérend Père, que j’ai été consolé de voir les attraits que vous avez à l’union parfaite avec N.-S., la fidèle correspondance que vous avez à cela et les caresses dont sa divine bonté vous a souvent prévenu, les grandes difficultés et les contradictions que vous avez rencontrées dans les divers états par lesquels vous avez passé, et enfin des filtres

Lettre 1609. — Reg. I, f° 21 copie prise sur la "minute de la main"

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d’amour que vous avez pour cette grande maîtresse de la vie spirituelle, sainte Thérèse.

Or, encore que cela soit ainsi, je pense, mon Révérend Père, qu’il y a plus de sûreté en la vie commune de votre saint Ordre et de vous soumettre entièrement à la direction de votre supérieur : 1° pource que c’est une maxime que le religieux doit aspirer à s’animer de l’esprit de son Ordre ; et autrement ce serait être religieux d’un Ordre d’habit seulement et non d’esprit. Et comme votre saint Ordre est reconnu le plus parfait de l’église, et que pour cela tous les autres peuvent passer aux Chartreux, c’est ainsi que vous avez plus grande obligation de travailler à l’acquisition de cet esprit. Et comme l’esprit de votre saint Ordre consiste au silence, à la solitude et à l’oraison vocale, animée de la mentale, c’est ainsi, mon Révérend Père, que je pense que vous ferez bien de vous donner à N.-S. pour entrer dans cet esprit. 2° C’est une maxime que l’esprit de N.-S. agit doucement et suavement, et celui de la nature et de l’esprit malin agit au contraire âprement et aigrement. Or, il paraît par tout ce que vous me dites que vos allures sont âpres et aigres et qu’elles vous font tenir tenacement à vos sentiments contre ceux de vos supérieurs, joint d’ailleurs que votre complexion naturelle vous porte à cela.

1610. — A THOMAS BERTHE

De Paris, ce 25e avril 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1610. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Je rends grâces à Dieu de votre heureuse arrivée à Rome, et le prie qu’il vous y conserve, comme il a fait en y allant, et qu’il y bénisse vos travaux, comme des plus importants que l’on puisse prendre pour la compagnie, puisqu’il est question de l’affermissement d’icelle (1). Vous ferez bien de commencer par faire les sept églises (2) pour demander à Dieu le succès de cet affaire, et ensuite consulter quelque personne qui ait grande expérience et qui soit habile pour la faire réussir. Je pense qu’il sera bon aussi que vous en confériez avec Mgr Massari, qui nous honore de sa bienveillance, afin de vous mettre par son moyen sous la protection de la Sacrée Congrégation (3), et pour cet effet leur faire entendre que nos emplois sont si divers, si pénibles et si étendus, et qui par conséquent dissipent, rebutent et exposent à tant de rencontres ceux qu’on y applique, qu’il est difficile qu’ils persévèrent, s’il n’y a quelque lien dans la compagnie qui les retienne. Et il arriverait de nous comme il est arrivé de quelques autres congrégations, où les sujets n’avaient aucune obligation à l’obéissance et s’en allaient quand ils voulaient ; et quand le supérieur pensait disposer de quelques-uns pour les envoyer loin ou près pour la gloire de Dieu, il ne tenait rien, n’ayant droit de se faire obéir ; de sorte que, si les missionnaires étaient libres de faire ou de ne pas faire le bien qu’on leur proposerait, d’aller ou de demeurer où ils auraient plus d’inclination et de tout quitter à leur première fantaisie, serait quasi impossible de nous maintenir et de continuer les biens commencés, bien loin d’en entreprendre d’autres, pource que plusieurs sont si légers que ce

1). Par l’approbation des vœux

2) Visiter les sept basiliques.

3) La Propagande, dont Mgr Massari était secrétaire.

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qu’ils aimeront aujourd’hui, ils s’en lasseront demain. Peut-être que la Sacrée Congrégation, étant bien informée de la nécessité de nos vœux par les inconvénients qui arriveraient de ne les faire pas, nous fera la grâce de s’employer vers notre Saint-Père pour nous obtenir ce que nous demandons, puisque nous sommes particulièrement dédiés à son service.

Vous devez néanmoins prendre garde de ne pas révoquer en doute, dans les mémoires et la supplique que vous présenterez, la permission que nous avons de faire lesdits vœux, mais, supposant l’usage où nous sommes de les faire, représenter, comme firent autrefois certains prêtres de Rome qui furent érigés en congrégation et qui faisaient vœu de stabilité, que plusieurs, après y avoir passé quelque temps, s’ennuient ou sont persuadés par les parents de sortir ou sous quelqu’autre prétexte, se font dispenser de leurs vœux par l’Ordinaire, et ainsi abandonnent facilement leur entreprise, dont la congrégation reçoit un notable préjudice en ses fonctions. C’est pourquoi elle supplie très humblement notre Saint-Père de déclarer lesdits vœux indispensables à tout autre qu’à Sa Sainteté et au supérieur général de la compagnie, faire défenses à Nosseigneurs les évêques d’en dispenser à l’avenir aucun sujet d’icelle, et à ceux qui les ont déjà faits ou les feront ci-après, de s’adresser à eux pour cela, ni à autre qui ait pouvoir de dispenser des vœux (4) ; ce qui fut accordé aux susdits prêtres. J’en chercherai la bulle et la vous enverrai. J’espère aussi que, avec la grâce de Dieu, vous aurez une pareille issue de votre poursuite. Je sais qu’à Rome on a quelqu’aversion de l’état religieux et que la pensée qu’on aura que nous

4. Ces mots, depuis ni à autre, sont de la main du saint.

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voulons passer à cet état sera un empêchement à notre dessein ; mais vous pourrez assurer du contraire, nos vœux étant simples et non pas de religion, et que la règle que nous avons faite pour cela et que Monseigneur l’archevêque a confirmée, selon la faculté qu’il a du Saint-Siège d’approuver nos règles, porte expressément que nous entendons ne pas nous séparer du clergé, ni entrer dans l’état religieux. Vous direz que nous avons perdu cette année six ou sept personnes de la compagnie, sur l’avis qu’un mauvais esprit leur a donné, que nos vœux sont nuls, et tant qu’ils les ont crus bons, ils ont persévéré ; tant il est vrai que notre légèreté naturelle est grande, lorsque nous n’avons point aucun lien qui nous retienne (5). Pour moi, je n’en aurai jamais qui m’empêche, moyennant la grâce de Notre-Seigneur, d’être entièrement, comme je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

i. p. d. l. M. (6)

Suscription : A Monsieur Monsieur Berthe, prêtre de la Mission, à Rome.

1611. — A UN SUPéRIEUR

Continuez, Monsieur, de vous bien soumettre à la conduite de Dieu et de bien conformer la vôtre à celle

5) Les lignes précédentes, depuis "et que la règle que nous avons faite", sont de l’écriture de saint Vincent.

6). Le frère Ducournau, qui a tenu la plume pour écrire cette lettre, a ajouté après la signature Ce post-scriptum "Excusez un Gascon s’il dérobe ce petit coin pour vous offrir son obéissance et se recommander à vos prières. C’est Ducournau"

Lettre 1611. — Reg. 2, p 143

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de Notre-Seigneur, qui était toute humble, toute douce, toujours soigneuse et très accommodante aux humeurs et aux infirmités d’autrui, qui avait pour fin la gloire de son Père et le bien des âmes en général et en particulier. Souffrez patiemment avec lui le travail, la contradiction, la pauvreté et toutes les indispositions de corps et d’esprit qui sont en vous et dans les autres. Moyennant cela, ô Dieu ! Monsieur, que vous attirerez de richesses en votre âme et de bénédictions en vos emplois, et j’ose dire de personnes à Dieu !

1012. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A GêNES (1)

Il nous faut toujours tenir à la maxime qui est en usage dans notre congrégation de ne confesser chez nous les externes qui n’y demeurent pas ; que si la nécessité est telle, à l’égard des Français qui se trouvent dans Gênes, que vous me le mandez, on peut les aller entendre dans l’église de la paroisse ou dans quelqu’autre, avec la permission du curé ou du supérieur. Mais pour les gens de la ville ou du pays, il ne vous est pas loisible de les confesser, ni en votre chapelle, ni ailleurs, hors la retraite et les missions, parce qu’ils ne manquent pas d’autres confesseurs qui les peuvent entendre, comme les Français qui ne parlent pas italien.

Lettre 1612 — Reg. 2, p 215-

1) Ce prêtre faisait fonction de supérieur pendant l’absence d’Etienne Blatiron.

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1013. — A EMERAND BAJOUE

De Paris, ce 3 mai 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écrivis dernièrement par la voie de Cahors, pour ne m’être ressouvenu de votre adresse de Montauban. Si M. Cuissot a reçu mon paquet et vous a fait tenir ma lettre, vous y aurez appris deux choses, dont l’une est l’incomparable perte que la compagnie a faite en feu M. Lambert, M. Gurlet et M. Guérin, sans parler de notre frère Nicolas Perrin, qui est mort depuis ; je recommande toutes ces bonnes âmes à vos prières ; et la seconde, que j’ai les mêmes sentiments d’estime et de tendresse pour vous que j’ai eus par le passé ; et comme vous m’avez donné sujet de les concevoir, vous m’en donnez aussi de les conserver et de les accroître, à quoi je n’ai point de peine, parce que mon inclination s’y porte d’elle-même, dans la connaissance que j’ai de votre bonté, des grâces que Dieu a mises en vous et de l’affection que vous avez pour la compagnie, particulièrement pour moi. C’est, ce me semble, ce que je vous témoignais par ma dernière lettre, et je vous en assure par celle-ci, d’autant que par la vôtre du 12 avril, comme par les précédentes, il paraît que vous ne donnez pas assez de créance à cette vérité, quoique je ne sache pas avoir fait, dit ou pensé volontairement aucune chose de contraire. Je vous prie, Monsieur, de me mander ce qui a donné lieu à votre peine, car, s’il y a de ma faute, c’est contre mon intention. Mais voici, à mon avis, ce que c’est : les personnes qui aiment

Lettre 1613. — Dossier de la Mission, original.

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beaucoup s’ombragent de peu de chose, et sans doute que l’excès de l’affection que vous avez pour moi, vous a donné quelque défiance de la mienne. Mais ce n est rien ; j’espère que vous reviendrez bientôt de cette petite émulation et demeurerez persuadé que la sincère amitié que Notre-Seigneur m’a donnée pour vous est au-dessus de toute altération. Je vous prie de suspendre la résignation que vous voulez faire de Notre-Dame-de-Lorm et de la cure de Saint-Aignan (1), et de me mander quelle raison vous avez pour me presser de cela, afin d’aviser à la personne que nous vous nommerons ; car M. Admirault n’est aucunement propre, étant fort infirme, en sorte que nous ne le pouvons employer à quoi que ce soit qu’à la procure du collège des Enfants, parce qu’au moindre effort qu’il fait il crache du sang, et nous ne pourrions l’envoyer de delà qu’avec grand péril de sa vie, puis même que, demeurant dans le repos où il est, nous craignons qu’il ne la fera pas longue.

Je vous prie aussi de me mander à quoi vous voudriez employer de delà M. Barry, car il n’est pas propre à tout ; il est pareillement infirme d’une incommodité qu’il a depuis 3 ou 4 ans ; il est vrai qu’on lui pourrait

donner tel emploi qu’il s’en pourrait fort bien acquitter, et pour cela je vous demande pour quelle application vous le désirez. Nous vous avons déjà destiné M. Lièbe (2) pour enseigner le séminaire de Montech (3),

1) Commune de l’arrondissement de Castelsarrazin (T..et-G.).

2). François-Ignace Lièbe, né à Arras le 26 avril 1623, entré dans la congrégation de la Mission le 12 mai 1641, reçu aux vœux à Richelieu le 7 avril 1644, ordonné prêtre au mois de juin de l’année 1647. Il dirigea le collège des Bons-Enfants de 1650 à 1651 la maison de Notre-Dame-de-Lorm de 1654 à 1656, puis fut placé à Richelieu, d’où il quitta la Compagnie en 1657.

3). Aujourd’hui chef-lieu de canton du Tarn-et-Garonne. (Voir 1. 1584, note 12.)

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et voici la seconde fois qu’il est parti de Richelieu pour s’y en aller. La 1re fois il s’en retourna de Poitiers pour y avoir appris que les passages étaient fermés de gens de guerre, et depuis il a tiré droit à Saintes, d’où il m’a écrit qu’il attendait l’occasion de partir pour Bordeaux et ensuite pour Montauban, de sorte que j’espère que vous le verrez bientôt, s’il n’a trouvé de grands empêchements. Je loue Dieu des avances qui se font pour mettre ce séminaire sur pied, et de la grâce qu’il vous a fait trouver en l’esprit de Mr d’Agan (4), qui a tant d’ardeur pour ce bon œuvre et tant de bonne volonté pour la compagnie. Je me donne la confiance de l’en remercier par une lettre qui accompagne la présente.

M. Cuissot ne manquera pas de vous donner copie de l’établissement de Cahors, si vous lui demandez ; sinon, je la vous enverrai d’ici ; mais il me semble qu’il y a plus de sûreté à suivre celle de Saintes, à cause que toutes les formalités ont été gardées en l’union de la cure.

Le reste de votre lettre ne requiert autre réponse que des remerciements à Dieu de vos bonnes conduites ; je le prie qu’il en soit lui-même son remerciement et qu’il vous continue ses bénédictions, et par vous à votre famille et aux peuples.

Nous nous en allons 10 ou 12 commencer 4 ou 5 missions à la fois, à l’occasion du jubilé qui est en ce diocèse. Vous voyez comme je me compte du nombre ; ne faut il pas que je fasse quelque chose ?

Tout va assez bien de deçà, grâces à Dieu. J’espère

4) Jean d’Agan, grand vicaire, chanoine de la collégiale Saint-Etienne de Tescou et curé de Montech. Il devint second archidiacre de la cathédrale de Montauban et doyen de la collégiale.

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après ce jubilé de vous écrire plus souvent ; faites-en le même, et me croyez, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission

J’embrasse M. Bajoue avec toute l’estime et l’affection que je puis avoir pour un vrai serviteur de Notre-Seigneur, et le salue, prosterné en esprit à ses pieds et ceux de la famille (5).

Suscription : A Monsieur Monsieur Bajoue, supérieur des prêtres de la Mission de Notre-Dame de Lorm, à Lorm.

1614. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

De Paris, ce 14 mai 1653.

Voici Monsieur Husson (1), ce bon avocat de Montmirail, duquel j’ai eu l’honneur de vous parler pour le

5) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1614. — Recueil du procès de béatification.

1) Martin Husson, avocat au parlement de Paris et, depuis trois ans, intendant de la maison du duc de Retz, était très estimé de saint Vincent, comme on le voit plus particulièrement par cette lettre et par la lettre 1638. Ayant appris à Montmirail quels étaient les projets du saint à son sujet, il en conçut un vif chagrin et se hâta de prendre le coche pour Paris. Vincent de Paul le reçut affectueusement et lui dit : "J’ai offert à Notre-Seigneur, en célébrant la sainte messe, vos peines, vos gémissements et vos larmes ; et moi-même après la consécration je me suis jeté à ses pieds, le priant de m’éclairer. Cela fait, j’ai considéré attentivement ce que j’eusse voulu à l’heure de ma mort vous avoir conseillé de faire ; et il m’a semblé que, si j’eusse eu à mourir. au même instant, j’eusse été consolé de vous avoir dit d’aller à Tunis, pour les biens que vous pouvez faire, et eusse eu, au contraire, un extrême regret de vous en avoir dissuadé Voilà sincèrement ma pensée. Vous pouvez toutefois ou aller ou ne pas aller" Martin Husson partit. Il fut pour Jean Le Vacher un précieux appui et un ami fidèle. Mille

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consulat de Tunis. Je savais déjà qu’il est un des plus vertueux hommes de son âge ; mais je ne savais pas qu’il fût tellement intelligent et habile négociateur en des affaires d’importance. Il vient de faire des merveilles à Montmirail au sujet d’une garnison qui est en cette ville-là, où les habitants l’ont tenue bas et où il y a eu six cavaliers de tués là autour. Les magistrats ont abandonné la ville, et n’y a eu que ledit sieur Husson qui a soutenu lesdits habitants et accommodé toute chose avec le colonel et avec le commissaire qui y avait été envoyé de la part du roi. Enfin, Madame, j’ose vous dire que c’est un homme que Notre-Seigneur vous a donné et aux pauvres esclaves, qui servira bien ces pauvres affligés, vos chers enfants.

Je ne sais s’il ne faudra pas une commission du roi pour cela, ou s’il suffira qu’il ait une procuration de Monsieur Le Gros, prêtre de notre compagnie, sous le nom duquel la charge de consul a été expédiée. Je vous supplie très humblement de faire en cela ce qu’il faudra, au plus tôt.

Je m’en vas continuer la mission de Sevran, que j’ai annoncée, à quatre lieues d’ici. Je doute que je la puisse quitter vendredi, pour assister à l’assemblée. Je vous supplie, Madame, de faire mes excuses à l’assemblée. Il me semble que j’offenserais Dieu si je ne faisais

contrariétés troublèrent son consulat. Il quitta Tunis en avril 1657 chassé ignominieusement par le bey. (Abelly, op cit., 1. III, chap. XXIV, p. 336 ; Boitel, op. cit., pp. 81-86.) Le consul disgracié continua de mener en France une vie de travail. La duchesse d’Aiguillon lui offrit l’intendance de sa maison, qu’il accepta. Il composa des opuscules en hébreu, en grec, en turc et en langue punique. On lui doit encore un commentaire sur la coutume de Vitry, un traité De advocato et d’autres écrits remarquables "Ses fameux mémoires de Montmirail et de Montbac, dit Moreri (Dictionnaire, 1759, t. VI, p.143), sont des sources de doctrine pour les matières domaniales et féodales." Il mourut en décembre 1695, âgé de soixante. douze ans.

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tout ce que je puis pour les pauvres gens des champs à ce jubilé (2).

Il y a quelque inconvénient de laisser Monsieur Husson longtemps ici, à cause de son bon père et de sa bonne mère, qui feront tous leurs efforts pour l’empêcher d’accomplir ce bon dessein. Je m’en vais faire acheter douze aunes d’écarlate, pour faire des présents au dey et au pacha de Tunis.

Nous avons été aujourd’hui à l’assemblée pour les Indes ; il semble que les choses avancent peu à peu ; il y a été parlé de votre charité de la bonne façon.

Bon soir, Madame. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous conserve et sanctifie votre âme de plus en plus, et suis en son amour, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l. M.

Suscription : A Madame la duchesse d’Aiguillon.

2) La duchesse d’Aiguillon craignait pour la santé du saint ; le 20 mai elle écrivait à Antoine Portail : "Je ne puis assez m’étonner que Monsieur Portail et les autres bons Messieurs de Saint-Lazare souffrent que Monsieur Vincent aille travailler à la campagne par la chaleur qu’il fait, dans l’âge où il est et si longtemps à l’air avec le soleil. Il me semble que sa vie est trop précieuse et trop utile pour l’église et pour sa compagnie pour qu’on lui laisse prodiguer de la sorte. Ils me permettront de les supplier de l’empêcher d’en user ainsi et de me pardonner si je leur dis qu’ils sont obligés en conscience de l’aller quérir, et que l’on murmure fort contre eux d’en avoir si peu de soin. L’on dit qu’ils ne connaissent pas le trésor que Dieu leur a donné et quelle perte ils feraient. Je suis trop leur servante et de la compagnie pour manquer à leur donner cet avis" (Déposition du frère Pierre Chollier au procès de béatification.)

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1615. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès ce 17 mai 1653.

Monsieur,

La bonté que vous avez toujours eue pour moi et que vous me témoignez en tous rencontres m’oblige à vous donner avis des choses importantes qui se passent dans mon diocèse. Il y a deux ans que je vous écrivis des désordres qui s’étaient faits dans mon synode par les ecclésiastiques. Vous verrez par la copie de la lettre que j’écris à Nosseigneurs les prélats qui sont à Paris ceux qu’ont causés, dans celui que je viens de tenir, lesdits syndiqués cachés ; je dis cachés, parce qu’ils n’ont pas paru dans les poursuites quoiqu’ils fussent unis avec les autres et agissent avec eux ce qui m’était assez connu ; mais le grand désir de conserver l’union et la paix entre mon chapitre cathédral et moi me faisait dissimuler cela espérant aussi gagner ces esprits par bonté. Mais tout cela a été inutile, quoique je leur en aie autant témoigné qu’ils en pouvaient désirer et au delà ; de quoi je suis blâmé de tous car on cesse de se reconnaître. Par cette façon d’agir en leur endroit, il se sont raidis davantage pour me choquer et m’offenser en ce qu’ils ont pu. L’arrêt du conseil a été exécuté dans notre synode et avec édification ; tout le reste a été plein de désordres et de scandales aussi grands qu’il se peut.

Je vous envoie la réponse que je fis lors de la lecture de l’article des 800 livres, après avoir fait lire votre lettre sur ce sujet.

Je vous prie de faire voir à M. de la Marguerie la copie de Messeigneurs les prélats, quand vous le verrez, et l’assurer de mes services. Je suis si occupé, que je ne puis lui écrire. J’ai envoyé à Messieurs les agents du clergé le verbal que j’ai dressé de l’exécution dudit arrêt et articles accordés par vous et lui. J’ai fait faire sous son agrément l’échange de la vicairie perpétuelle de Borrèze (1) avec une petite cure et lui ai donné pour celle-ci un des plus capables et vertueux ecclésiastiques de mon diocèse.

La mort du Père Paulin (2) retardera les deux affaires qu’il

Lettre 1615. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier copie prise sur l’original.

1). Commune de l’arrondissement de Sarlat (Dordogne).

2) Il était mort le 12 avril.

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avait conservés. Mgr de Sarlat m’a promis d’en écrire à celui qui y est en sa place au moins pour celui de Chancelade. Je lui ai mandé d’en écrire aussi de l’autre. On le presse d’en écrire à Mgr le cardinal à ce qu’il m’a mandé, mais je n’oserais le lui conseiller sans votre avis, que je vous prie nous donner là-dessus, et, si vous avez quelque particulière connaissance du confesseur du roi (3), lui recommander ces deux affaires et me croire, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

1616. — A MATHURIN GENTIL, PRêTRE DE LA MISSION AU MANS

De Paris, ce 24e mai 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien aise que l’absence de M. Lucas me donne occasion de vous embrasser en esprit et de me recommander à vos prières, comme je fais, avec toute l’affection qui m’est possible.

Je vous prie de me donner nouvelles de votre santé et de l’état de la famille, que je salue tendrement. Nous nous portons bien de deçà et partout ailleurs, autant que j’en ai connaissance, grâces à Dieu, et tout va assez bien en toutes nos maisons par sa miséricorde. Toutes travaillent avec bénédiction. Nous faisons depuis quelque temps 4 ou 5 missions à la fois, et moi-même j’en ai fait une avec 2 ou 3 de nos prêtres (1) J’en revins hier, et peut-être que je retournerai encore à une autre.

3) Ce fut le Père Dinet qui succéda dans cet emploi au Père Paulin.

Lettre 1616. — L s. - — Dossier de Turin, original.

1) Voir lettre 1614.

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Priez pour le succès d’icelles, s’il vous plaît, et envoyez les incluses à M. Lucas et à M. Gicquel au plus tôt. Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Gentil.

1617. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce mardi au soir. [Après juillet 1639] (1)

Si demain, l’après-dînée, vous pouvez venir au parloir et êtes prête à vous confesser, je tâcherai de m’y rendre, quoique je doive demain être purgé (2) ; sinon, ce sera jeudi au matin.

Vous avez sujet d’honorer les diverses tristesses et agitations de Notre-Seigneur dans sa solitude et les tentations horribles qu’il y souffrit (3) ; en quoi vous avez sujet de vous consoler.

Je me recommande à vos prières et suis v[otre]…

Lettre 1617. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Avant juillet 1639, les mots "De Saint-Lazare, ce mardi au soir" seraient à la fin, non au début de la lettre

2). Texte de l’original : quoique je doive prendre demain être purgé

3). Louise de Marillac était probablement en retraite.

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1618. — ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GêNES, A SAINT VINCENT

[Entre 1645 et 1657] (1)

Les curés se retirèrent vendredi dernier, tout pleins de ferveur et d’édification, et disent merveilles des grâces que Dieu leur a faites, lesquelles en effet sont grandes ; et je puis dire que je n’ai jamais vu une semblable disposition ni une si grande quantité de larmes répandues ; je ne puis même y penser sans étonnement et admiration. Ils étaient tellement touchés qu’ils rendaient leurs confessions toutes publiques. Et il y en eut un qui dit : "Nous sommes ici en la vallée de Josaphat", voyant la liberté et générosité avec laquelle chacun découvrait son cœur ; et cela, comme j’ai dit, avec grande abondance de larmes en public et en particulier. Ce sont des effets de la grâce toute-puissante. Mais quelle merveille si le bon Dieu s’est montré si libéral envers des personnes qui ont été très fidèles au petit règlement et particulièrement au silence ! Je les voyais trente ensemble dans la salle en m’attendant, sans qu’il y en eut un qui osât dire une parole à un autre.

Nous avons encore présentement quatre exercitants entre lesquels est un juif qui se veut faire chrétien et qui est venu de Pise tout exprès. Son éminence nous l’a envoyé.

Il y a un sénateur, lequel, désirant faire une bonne confession générale et ne pouvant laisser les affaires publiques pour faire les exercices spirituels, a choisi ces trois jours de fête pendant lesquels il vient deux fois le jour à la maison conférer avec moi pour faire sa confession générale il l’a commencée avec beaucoup de ferveur et avec de grands sentiments de contrition ; j’espère qu’il la finira de même.

Nous attendons à ce soir six ou sept prêtres qui doivent venir commencer les exercices ; ils ont dessein d’entreprendre une mission dans la ville, comme nous faisons aux champs. Je prie votre charité de recommander l’affaire à Dieu.

Lettre 1618. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. IV, sect IV 1er éd., p. 290.

1) Durée du séjour d’Etienne Blatiron à Gênes.

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1619. — A UN FRèRE COADJUTEUR (1)

Du 29 de mai 1653.

D’un côté, j’ai reçu consolation de votre lettre, voyant votre sincérité à découvrir ce qui se passe en vous ; mais, d’un autre, elle m’a donné la même peine que saint Bernard reçut autrefois d’un sien religieux, qui, sous prétexte d’une plus grande régularité, voulait quitter sa vocation pour passer dans un autre Ordre ; à quoi ce Père lui dit que c’était tentation et que l’esprit malin ne demandait pas mieux que ce changement, sachant bien que, s’il le pouvait tirer du premier état, il lui serait facile de le faire sortir du second, et ensuite de le précipiter dans le désordre de la vie, comme il arriva. Ce que je vous puis dire, mon cher Frère, est que, si vous n’êtes pas continent dans la Mission, vous ne le serez point en lieu du monde ; et de cela je vous en assure. Aussi devez-vous prendre garde qu’il n’y ait quelque légèreté dans le désir que vous avez de changer ; et en ce cas, le remède, après la prière, qui est nécessaire en tous nos besoins, serait de considérer qu’il n’y a condition sur la terre en laquelle il n’arrive des dégoûts et parfois des envies de passer en d’autres. Et après cette considération, estimez que Dieu, vous ayant appelé en l’état où vous êtes, y a attaché la grâce de votre salut, laquelle il vous pourrait dénier dans un autre lieu où il ne vous désire pas. Le second remède contre les tentations de la chair est de fuir la communication et la vue des personnes qui les

Lettre 1619. — Reg. 2, p. 325

1) La lettre est adressée "à un frère coadjuteur de la compagnie, qui proposait de se faire chartreux, pensant qu’il y serait à couvert contre les tentations déshonnêtes"

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excitent, et de les découvrir, dès qu’elles se présentent, à votre directeur, lequel vous donnera d’autres remèdes. Celui que je vous conseille encore est de vous confier fort en Notre-Seigneur et en l’assistance de l’Immaculée Vierge sa Mère, auxquels je vous recommande de tout mon cœur.

1620. — A UN GRAND VICAIRE DE CHARTRES

29 mai 1653.

Monsieur,

J’ai répondu à la reine qu’il était vrai que… avait signé les livres de Jansénius et De la Fréquente Communion (1), mais que c’était sans les lire, n’en ayant pas eu le loisir, et qu’il était dans de bons sentiments. A quoi Sa Majesté a répliqué en demandant si on pouvait signer les livres sans les voir. Je lui ai dit que… feu Monseigneur de… m’avait assuré qu’il avait signé le livre De la Fréquente Communion sans le voir.

1621. — A LA SŒUR CéCILE ANGIBOUST

De Paris, ce 30 mai 1653.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris pour me recommander à vos prières et à celles de nos sœurs et vous témoigner la consolation que j’ai des bonnes choses que j’apprends de vous et

Lettre 1620. — Collet, op. cit., t. 1, p. 532, note.

1). Ouvrage d’Antoine Arnauld.

Lettre 1621. — L. s. — L’original appartient aux Filles de la Charité de l’hôpital de Pau

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de votre conduite, dont je pense que Dieu est bien glorifié et tout le monde satisfait. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous continue ses bénédictions et vous fortifie dans vos grands travaux, à quoi vous devez contribuer de votre côté en ménageant votre santé, comme je vous en prie. Je le remercie cependant de toutes le grâces qu’il vous tait.

Une autre chose pour laquelle je vous écris est pour vous prier de me mander qui est un nommé M. Maillard, aumônier de votre hôpital, s’il paraît bon prêtre, s’il est bien zélé pour les pauvres et le salut du prochain, de quelle condition est M. son père, s’ils sont en bonne réputation et quel est l’état ordinaire de leur santé Si vous ne les connaissez pas assez pour savoir ces choses, vous pourrez vous en informer, sans faire semblant de rien et sans dire à personne du monde que je vous en ai écrit.

Mademoiselle Le Gras se porte bien, et Dieu bénit toujours votre petite compagnie.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma bonne Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Cécile, Fille de la Charité et servante des pauvres malades de l’hôpital d’Angers, à Angers.

1622. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Du 4 juin 1653.

Pour réponse à ce que vous me mandez, je vous dirai,

Lettre 1622. — Reg. 2, p. 326.

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premièrement, qu’il ne se faut pas étonner si vous avez des mouvements d’impatience dans les confessions et de vanité en vos prédications et en vos études, parce que vous êtes homme et par conséquent pécheur ; mais aussi vous exagérez un peu ces choses ; car il va différence entre l’acte, le consentement et la tentation, et vous prenez l’un pour l’autre. Pour être tenté de superbe en vos prédications, vous ne prêchez pas pour tant par ce motif ; ni lorsque vous êtes pressé de l’impatience dans le tribunal, si d’aventure vous y consentez aucunement, il ne s’ensuit pas que vous en veniez à l’effet. Quant au manger, vous ne devez avoir aucun scrupule des désirs qui vous en viennent, ni croire que vous y faites des excès, puisque j’ai avis du contraire. Et à ce propos, je vous prie de vous mieux nourrir que vous ne : faites pas.

En second lieu, la pensée que vous avez d’être capucin ne me semble pas venir de Dieu ; premièrement, parce que vous vous trouvez dans un autre état où sa providence vous a mis ; 2° parce que vous travaillez avec bénédiction dans la compagnie ; 3° à cause que l’ordre des Capucins requiert une grande soumission de jugement et de volonté, et plus de souplesse aux sentiments d’autrui que peut-être vous et moi n’en avons pas ; 4° vous n’avez aucune obligation de passer en cette religion ; car ce que vous avez dit à saint François n’est pas un vœu, mais une expression du mouvement que vous eûtes de vous donner à lui ; et quand même vous lui auriez promis d’être son religieux, ce ne serait pas un vœu, parce que les vœux se font à Dieu seul, et non pas aux saints ; et d’ailleurs vous savez, Monsieur, que les vœux se doivent faire avec une mûre et longue délibération, et non par un subit mouvement, comme était celui-là.

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Je trouve une autre marque qui me fait croire que Dieu ne vous appelle pas aux Capucins ; c’est que les mouvements qui vous en viennent vous troublent et vous inquiètent par leur violence, ainsi que font pour l’ordinaire cieux que l’esprit malin suggère, et qu’au contraire les inspirations de Dieu sont douces et paisibles, nous inclinant amoureusement vers le bien qu’il désire de nous.

Pour toutes ces raisons, Monsieur, vous ferez bien de vous donner à Dieu pour persévérer dans la vocation où vous êtes, d’autant plus que vous y pouvez pratiquer les mêmes vertus qu’aux Capucins, et pour le moins autant de mortifications du corps et de l’esprit. S’ils font vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, c’est ce que vous pouvez faire aussi dans la compagnie ; s’ils prêchent et confessent, comme ils commencent de faire en plusieurs lieux, n’est-ce pas ce que vous faites, Dieu merci ? Je ne vois donc rien parmi eux que vous ne puissiez faire avec nous, si ce n’est la rigueur de l’habit et la nudité des pieds. Je dis ceci sans faire comparaison de cette chétive compagnie à ce grand et saint Ordre.

De dire qu’en servant votre prochain vous ne faites pas votre salut, c’est ce qu’il ne faut pas croire, mais bien espérer le contraire, puisque c’est la meilleure voie que nous ayons pour arriver à notre fin, qui est Dieu. et pour y attirer les autres, suivant les mêmes manières que Notre-Seigneur et les Apôtres y ont observées.

1623. — A UN SUPéRIEUR DE SéMINAIRE

Je loue Dieu du nombre des ecclésiastiques que

Lettre 1623. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XXIV, sect I, p 351

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M. l’évêque de… vous envole. Vous n’en manquerez pas si vous prenez la peine de les élever dans le véritable esprit de leur condition, qui consiste particulièrement en la vie intérieure et en la pratique de l’oraison et des vertus ; car ce n’est pas assez de leur montrer le chant, les cérémonies et un peu de morale ; le principal est de les former à la solide piété et dévotion. Et pour cela, Monsieur, nous en devons être les premiers remplis, car il serait presque inutile de leur en donner l’instruction, et non pas l’exemple. Nous devons être des bassins remplis pour faire écouler nos eaux sans nous épuiser, et nous devons posséder cet esprit dont nous voulons qu’ils soient animés ; car nul ne peut donner ce qu’il n’a pas. Demandons-le donc bien à Notre-Seigneur, et donnons-nous à lui pour nous étudier à conformer notre conduite et nos actions aux siennes ; alors votre séminaire répandra une suavité dedans et dehors le diocèse, qui le fera multiplier en nombre et en bénédictions ; et, au contraire, ce serait un grand empêchement à ce bien-là, de vouloir agir en maîtres envers ceux qui sont sous notre charge, ou de les négliger, ou malédifier ; ce qui arriverait si nous voulions trop nous polir et nous ajuster, nous bien traiter, nous faire considérer et honorer, nous divertir, nous épargner et nous communiquer par trop au dehors. Il faut être ferme, et non pas rude, dans la conduite et éviter une douceur fade qui ne sert à rien. Nous apprendrons de Notre-Seigneur comme la nôtre doit être toujours accompagnée d’humilité et de grâce, pour lui attirer les cœurs et n’en dégoûter aucun.

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1624. — A NICOLAS GUILLOT, PRêTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE

De Paris, ce 6 juin 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu depuis huit jours trois de vos lettres, des 14, 22 avril et 4 de mai, Dieu sait avec quel sentiment de joie, y voyant tant de bonnes choses, particulièrement votre bonne disposition et celle de notre frère, votre habitation ensemble dans la maison destinée à l’établissement de la compagnie, l’augmentation de ce fonds par la nouvelle donation que la reine nous a faite d’une maison et d’un jardin, la continuation de sa bienveillance et des effets de sa charité royale pour nous tous et pour les Filles de la Charité, la santé de leurs Majestés et la bénédiction qu’il donne à leurs armes, leur prochain retour à Varsovie, la cessation de la contagion en cette ville-là, les saintes occupations que vous y avez, bref les biens que vous y faites et ceux que vous me racontez du bon frère Posny et de nos sœurs. Voilà de bien grands et divers sujets de remercier Dieu, comme je fais, avec toute la reconnaissance que je le puis. J’ai reçu aussi d’assez bonnes nouvelles de nos Messieurs de Sokoika (1), avec lesquels vous dites que vous seriez bien aise de vous revoir assemblés ; de quoi certes je ne doute pas. Il y a

Lettre 1624 - — Dossier de Cracovie, copie du XVIIe ou du XVIIIe siècle.

1) Petit village du palatinat de Grodno, où Guillaume Desdames et Stanislas-Casimir Zelazewski avaient fixé leur résidence. Les prêtres de la Mission y possédaient un bénéfice, donné par le roi.

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consolation et quelquefois profit d’être avec ceux qu’on aime ; mais comme vous aimez la volonté de Dieu pardessus tout, vous acquiescez volontiers à cette séparation, puisqu’elle est pour sa gloire et que vous avez moyen de l’avancer en même temps en divers lieux. Si vous étiez ensemble, il faudrait vous éloigner pour une si bonne fin, laquelle doit être notre commune prétention ; et maintenant que vous êtes en effet éloignés, vous ne laissez pas d’être unis par une singulière dilection et d’être présents en esprit par la grâce de la vocation qui nous lie tous à Dieu et nous fait uniquement poursuivre ce qui est plus agréable à ses yeux et plus conforme à l’avancement d’un chacun.

Les Filles de la Charité n’ont pas un directoire particulier ; vous pouvez vous bien in former de leurs règles et pratiques, afin de les conduire, autant qu’il se pourra, dans l’observance d’icelles, surtout à s’entr’aimer et à se conserver en paix, à concevoir un grand et tendre amour pour Dieu et un grand désir de servir et consoler les pauvres.

Il se pourra faire que notre établissement tirera de longue ; mais ce sera pour jeter de plus profondes racines dans l’estime et l’affection d’un chacun. C’est pourquoi il nous faut agréer ce retardement et nous disposer même au refus, dans la connaissance que nous avons de la bonté de Dieu, qui ne le permettra pas que pour un plus grand bien.

Dieu soit loué, Monsieur, du dégoût qu’il vous donne du monde ! C’est sans doute qu’il veut vous attirer davantage à lui, afin qu’en vous possédant pleinement, vous soyez en sa main un instrument propre pour accomplir ses desseins. Il y a apparence qu’il en a de grands pour l’exaltation de notre sainte religion en ce royaume-là où vous êtes, et par conséquent sur votre

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personne, pour contribuer à la sanctification de l’état ecclésiastique et du peuple, puisqu’il a donné cette dévotion au roi et à la reine de concourir à cela de leur côté, comme elles (2) font en tant de manières.

Les filles de Sainte-Marie partiront bientôt, qui feront, Dieu aidant, de grands biens. M. Ozenne partira avec elles, s’il ne les devance. C’est un homme de Dieu, zélé et détaché, qui a grâce pour la conduite et pour gagner les cœurs du dedans et du dehors. Si après ces belles espérances, vous pensiez à vous en revenir, comment serait-il vrai de dire que vous abhorrez le monde et que vous touchez au doigt ses vanités et ses misères ? Je vous prie, Monsieur, de vous laisser aussi toucher de compassion pour la Pologne, où l’ignorance, le péché et tant d’hérésies ont établi leur trône. Vous y avez été affecté pour tâcher de les détruire. Oh ! quelle grâce, Monsieur, d’avoir été choisi de Dieu pour une si sainte entreprise ! Que savons-nous ce que Dieu. veut faire ? Toujours ferez-vous beaucoup de vous offrir à lui pour cela et d’agréer en patience que sa providence vous ramène de deçà, ou vous appelle ailleurs, sans la vouloir prévenir. La bénédiction qu’il a donnée à vos travaux dans Varsovie vous doit encourager à la continuation ; je le prie qu’il vous donne de plus en plus participation de son esprit et un plein abandon à sa conduite.

Nos petites nouvelles sont que nous n’en avons point. Toutes choses vont leur train de deçà. Le séminaire de Saint-Charles est rétabli ; car les troubles nous avaient obligés de l’interrompre. Le séminaire des Bons-Enfants est plein ; c’est Monsieur Cornuel qui en est le supérieur, et au premier Monsieur Goblet. M. Almé-

2). Leurs Majestés.

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ras conduit le séminaire de céans et a soin de l’ordination où nous sommes. La plupart de nos maisons travaillent fort utilement, même celles d’Italie.

Voici une lettre que l’on vous écrit d’Auxerre et une nouvelle donation de mon cœur, que je fais au vôtre, lequel je chéris tendrement, comme étant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1625. — ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR A GêNES, A SAINT VINCENT

[Entre 1645 et 1657] (1)

Notre ordination a été médiocre en nombre, mais abondante en bénédictions, Dieu y ayant communiqué ses grâces avec plénitude. Le règlement a été observé exactement ; un grand silence dans tous les exercices et une telle modestie, principalement pendant le temps de la réfection, qu’il semblait que les ordinands eussent été toute leur vie élèves dans notre maison. Mais la grâce de Dieu s’est encore davantage manifestée dans l’oraison et dans les conférences qui se faisaient ensuite. le ne sais si l’on peut vaquer à ce saint exercice avec plus de ferveur qu’ils taisaient. On en voyait qui, pendant le temps de l’oraison fondaient en larmes, et même pendant la conférence de l’oraison ; d’autres remerciaient hautement Dieu et de leur avoir fait la grâce d’entrer dans les exercices et d’y recevoir une nouvelle lumière pour bien connaître l’état qu’ils embrassaient et ce qu’ils devaient faire pour correspondre aux desseins de Dieu et pour vivre en véritables ecclésiastiques. Il y en eut un entre autres qui, prenant congé de moi à la fin des exercices, me dit avec une voix entrecoupée de sanglots, qui ne l’empêchaient de se bien exprimer qu’il priait Dieu de lui envoyer plutôt mille morts que de permettre qu’il vînt

Lettre 1625. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. VI, 1er éd P 237

1) Durée du séjour d’Etienne Blatiron à Gênes.

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jamais à l’offenser. Ce qu’ayant rapporté hier à M. le cardinal Durazzo, archevêque, il se mit à pleurer de joie et de satisfaction, son cœur ne pouvant contenir les sentiments qu’il avait des bénédictions que Dieu avait versées sur cette ordination.

1626. — LES FILLES DE LA CHARITé DE POLOGNE A SAINT VINCENT

[1653] (2)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Notre très cher et honoré Père, vous aurez juste droit de nous blâmer de la négligence que nous avons affrontée de vous écrire ; nous vous en demandons très humblement pardon, et aussi de la hardiesse que nous prenons de vous écrire l’état auquel nous sommes.

Nous avons dix-sept personnes avec nous, dont il y en a deux qui sont la mère et la fille. La reine défend qu’elles ne sortent qu’une de nous ne soit avec elles. Nous ne vous oserons dire les mortifications que nous en avons reçues. Nous ne savons quelle vie elles ont menée.

Nous avons aussi deux garçons, âgés environ de cinq ans. Pour toutes difficultés que nous y avons apportées et mises, sont qu’il est défendu dans nos règles d’avoir des garçons avec des filles, et aussi pour quelqu’avertissement que Dieu nous a donné d’un des deux garçons et d’une petite fille, et pour les mauvaises habitudes qui sont en ces pays-ci.

Le monde que nous avons, les uns ont la teigne ; les autres, nous n’oserions nommer le mal que c’est. En France l’on ne veut pas que nous servions telles personnes ; mais ici nous sommes bien heureuses de les avoir chez nous. Depuis que nous sommes de retour à Varsovie, nous n’avons trouvé aucun pauvre malade qu’une femme, que nous avons mise dans un hôpital, qui est morte. Une des premières dames de la reine voyant que nous n’avions non plus d’emploi que nous avons et qu’il n’y avait non plus de pauvres qu’il n’y a,

Lettre 1626. — L. a. — Arch. de la Mission, original.

1). Marguerite Moreau, Madeleine Drugeon et Françoise Douelle.

2). Les trois Filles de la Charité étaient arrivées en Pologne le 8 décembre 1652. Au ton de la lettre, il semble bien qu’elles l’écrivirent la première année de leur séjour en ce pays.

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nous dit que, s’il nous ennuyait, que la reine avait assez de bonté et de charité pour nous renvoyer, sans lui dire qu’il nous ennuyait. Nous ne devons pas nous ennuyer, ni nous mettre en peine, puisque nous sommes venues par obéissance.

Nous vous supplions prosternées à vos pieds, de nous faire la charité de nous mander ce que nous devons faire, si la chose en arrivait à ce point.

Depuis huit jours en çà, une personne avec qui nous sommes venues de France, revenant de la Cour, nous a dit qu’une personne, se disant nous être bon ami et sachant que nous étions venues de compagnie, lui dit que nous pourrions bien nous en aller de compagnie, sachant qu’elle s’en retourne en France.

La plus grande peine que nous ayons c’est de n’avoir point d’emploi ; ce qui nous donne bien sujet de nous humilier et de penser souvent aux bonnes paroles que vous nous avez dites, partant de votre présence, principalement l’humilité, la charité ; et l’union, principalement entre nous trois que nous espérons que Dieu nous fera la grâce de garder jusqu’à la mort. Nous pouvons vous dire avec vérité que l’union est telle entre nous trois que les trois ne sont qu’une.

Nous nous recommandons à vos saints sacrifices et prières, et de Monsieur Portail et toute la communauté. Nous prions Dieu, qu’il vous maintienne toujours en son saint amour. Nous voyons bien qu’il fait bon auprès de la source.

En finissant, nous vous saluons aux pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié et demeurons à jamais, Monsieur, vos très humbles et affectionnées filles et servantes.

Les Filles de la Charité, servantes indignes des pauvres.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, vénérable supérieur des prêtres de la Mission, à Saint-Lazare, à Paris.

1627. — A MARC COGLéE

De Paris, ce 11e juin 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Outre les embarras ordinaires que j’ai céans, qui

Lettre 1627 — L s — Dossier de Turin, original

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ne me donnent pas le temps de vous écrire souvent, j’ai fait plusieurs voyages aux champs pour y annoncer 3 ou 4 missions, en continuer une et en visiter d’autres C’est ce qui m’a empêché de répondre plus tôt à vos lettres.

Puisque vous êtes pressés d’argent et que nous n’en avons pas, nous tâcherons de trouver six cents livres prenez-les de quelque marchand et nous en tirez lettre de change payable au plus loin que vous pourrez ; nous les acquitterons exactement au terme.

Je loue Dieu de la satisfaction que vous donne M. Jeandé (1). Si vous ne pouvez vous passer du prédicateur que vous demandez, nous tâcherons de vous en fournir un.

C’est grande pitié que Sedan n’ait pas un hôpital, ni veuille assigner une maison pour la retraite des pauvres malades qui gisent dans les rues. Pour moi, Monsieur, je ne sais point de remède à cela, ni Mademoiselle Le Gras n’a point des filles pour en envoyer à Charleville. Aussi je pense qu’on n’en demande plus.

J’ai envoyé votre lettre à M. l’abbé à Saint-Méen : j’en attends la réponse. J’aurais grande joie de vous voir et de vous embrasser, si votre absence de Sedan n’était sujette, comme elle est, à plusieurs difficultés. Je vous prie d’avoir patience, en attendant que Dieu vous donne occasion de quitter votre poste sans inconvénient.

Pour le manger chez M. le gouverneur, je vous prie de vous en tenir à ce que je vous en ai dit. J’ai oublié de parler à notre assemblée (2) de cette

1) Claude Jeandé, né à Blénod-lès-Toul (Meurthe), ordonné prêtre le 27 mars 1632, entré dans la congrégation de la Mission le 3 octobre 1647 à l’âge de trente-huit ans, reçu aux vœux à Sedan le 9 septembre 1654.

2). L’assemblée des dames de la Charité.

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bonne fille qui se veut convertir, pourvu qu’on lui procure une condition à Paris. J’en ferai la proposition à la première fois, Dieu aidant ; car, pour moi, je ne sache point de lieu où la mettre.

Si la communication particulière entre M. Regnault et Sirven (3) est véritable, et que vous en soyez assuré, il sera bon que vous demandiez doucement si ce frère pourquoi il ne vous a pas montré les lettres ; mais si ce n’est qu’un soupçon, vous ferez bien de ne lui en parler pas.

Quant au jeune homme de Chémery (4) duquel vous m’avez écrit pour être reçu en la compagnie, puisque c’est le père qui présente le fils, il y a lieu de penser que ce n’est que pour en décharger sa famille. Si néanmoins vous jugez qu’il soit appelé de Dieu, qu’il soit sain et bien résolu de s’employer à tout, mandez-le-moi.

Je vous prie de continuer à tenir l’obéissance (5) les trois jours accoutumés, encore que vous n’ayez rien à recommander ; les espaces seraient trop éloignés d’un samedi à un autre.

M. Regnault ayant une sœur religieuse à Charleville, je pense que ce n’est qu’à elle ou pour elle qu’il y écrit. Je ne sache aucun chanoine qui voulût permuter sa chanoinie, ni autre bon ecclésiastique qui ne fit difficulté de quitter Paris, pour aller travailler aux envi

3) Pierre Sirven, frère coadjuteur, né à Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne), entré dans la congrégation de la Mission le 12 mars 1640, reçu aux vœux le 1er janvier 1643, mort le 12 juillet 1660 à Sedan. Ses grandes qualités lui avaient mérité la confiance de l’évêque de Montauban et l’estime de saint Vincent, qui le tenait pour "la règle vivante de la compagnie homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde"

4). Commune de l’arrondissement de Sedan (Ardennes).

5). Réunion des membres d’une communauté, à jour et heure déterminés, pour recevoir, s’il y a lieu, les recommandations du supérieur.

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rons de Sedan. Et partant, Monsieur, je me trouve tout à fait inutile pour servir M. le doyen selon son intention et la vôtre.

Je salue cordialement votre chère famille. Nous nous portons assez bien de deçà, et tout y va de même, ce me semble, comme pareillement aux autres maisons. Plaise à Dieu de vous continuer ses bénédictions !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

On m’a mis en main le mémoire que je vous envoie mais je ne sais que faire pour les pauvres enfants mentionnés. Si vous leur pouvez faire du bien, à la bonne heure, j’en serai bien aise. Je serai consolé de recevoir de vos lettres tous les mois (6).

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur des prêtres de la Mission de Sedan, à Sedan.

1628. — A JACQUES LE SOUDIER, SUPéRIEUR, A CRéCY

14 juin 1653.

Je pense avoir oublié de vous dire avant votre départ qu’une des maximes de la compagnie est de ne pas fréquenter les religieuses, confesser, prêcher, ni prendre aucune direction chez elles, ni même les visiter que le moins qu’on ? eut. Et comme il y en a dans Crécy qui pourraient désirer de vous, Monsieur, ou de quelqu’autre de la famille ces sortes de services, je vous prie de les

6) Cette dernière phrase est de la main du saint.

Lettre 1828. — Reg. 2, pp. 78, 130.

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refuser absolument et de n’en faire aucune difficulté, d’autant que nous avons pour matière de nos fonctions le pauvre peuple des champs, et elles ne manquent pas d’autres bons ecclésiastiques qui les assistent. Vous me pourriez dire que je fais le contraire de ce que je vous conseille. Dieu sait que j’ai fait tout ce que J’ai pu pour être déchargé des filles de la Visitation ; jamais je ne l’ai pu obtenir de mon prélat, quoique j’y aie fait tout ce que j’ai pu. Vous êtes assuré que, dès que je pourrai, je m’en retirerai. Je vous prie cependant de prendre le conseil que je vous donne et de l’observer exactement (1).

J’espère que vous ferez un bon usage de ce que vous souffrez à l’occasion de M. le curé. Sur quoi je vous dirai que je ne voudrais pas le justifier envers ceux qui le blâment, pour ne leur donner sujet de croire qu’on le supporte en ses défauts, ni je ne voudrais non plus l’attirer à vous voir, ni à fréquenter votre maison ; mais aussi je ne refuserais pas de le recevoir, quand il s’y présentera, avec la même cordialité que par le passé.

1629. — JéRôME LAGAULT, DOCTEUR DE SORBONNE,

A SAINT VINCENT

Rome, 15 juin 1653.

Monsieur,

Je n’eus pas le loisir par ma dernière de vous écrire amplement comme l’affaire a été terminée contre les jansénistes, parce que la bulle ne fut affichée que le soir que le courrier partit (1). Je ne puis mieux vous en faire le récit qu’en disant

1) Ici se termine le premier fragment.

Lettre 1629. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XII, 1er éd., p. 430.

1). La Bulle Cum occasione, qui condamnait les cinq propositions de Jansénius, était du 31 mai ; elle ne fut publiée que le 9 juin.

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avec saint Paul. Regi saeculorum immortali, invisibili, soli Deo, honor et gloria (2) ! parce que Dieu seul a opéré si visiblement dans cette affaire, que c’est à lui à qui il la faut attribuer tout entière. Le Pape lui-même (3) l’a bien reconnu et a dit plusieurs fois qu’il n’a jamais senti un pareil contentement que celui qu’il prenait dans les congrégations, où il a demeuré : quelquefois jusques à cinq heures, sans se lasser, et il y eut demeuré jusques à huit et à neuf sans la compassion qu’il portait aux théologiens, qui ne pouvaient demeurer davantage sur leurs pieds. De plus, il entendait toutes choses avec une telle facilité, qu’il conférait le soir même avec Mr. le cardinal Chigi, secrétaire d’état (4) de tout ce qui s’était dit.

La main de Dieu s’est encore bien fait paraître en ce qu’il y a eu de très grandes difficultés à surmonter et que le Pape a été sollicité de toutes sortes de personnes pour laisser cette affaire indécise. Il y en avait plusieurs de considération, qui touchaient à le détourner, sous prétexte qu’il intéressait notablement sa santé. Je ne sais s’il n’y avait point encore quelque puissante brigue qui venait de vos quartiers. Le temps nous en apprendra davantage.

Néanmoins il est toujours demeuré si ferme en sa résolution que depuis qu’il l’a entreprise, il n’a pas vacillé un moment ; mais il a toujours témoigné que, cette affaire étant pour. Le bien de l’église, il la voulait achever ; et il l’avait tellement à cœur, que, lorsque ses parents l’allaient voir pour le divertir, il les en entretenait continuellement.

Il n’a rien omis de ce qui était nécessaire pour lever tout prétexte de plainte. Après vingt-cinq congrégations et plus tenues par M.M. les cardinaux, il en a tenu dix devant lui, de plus de quatre heures entières. Ensuite il a bien voulu entendre ces M.M. les jansénistes (5), puisqu’ils le souhaitaient quoiqu’il n’y fut en aucune façon obligé, particulièrement ayant refusé d’être ouïs devant M. M. les cardinaux. Mais ils

2). Première épître de saint Paul à Timothée I, 17.

3). Innocent X.

4). Fabio Chigi, nommé secrétaire d’état en décembre 1651, créé cardinal le 19 février 1652, plus tard Pape sous le nom d’Aiexandre VII.

5). Les députés que les jansénistes avaient envoyés à Rome pour prévenir la condamnation étaient Louis Gorin de Saint-Amour Jacques Brousse, curé de Saint-Honoré, La Lane, abbé de Valcroissant, Louis Angran, le P. Toussaint.Guy-Joseph Desmares, de l’Oratoire, et Nicolas Manessier.

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débutèrent si mal devant lui, qu’il ne leur a pas accordé la seconde, laquelle ils ne demandaient que pour traîner, et voulaient tenir, disaient-ils, jusqu’à vingt-cinq audiences. Ils ne dirent jamais un mot de ce dont il s’agissait ; ils s’amusèrent à invectiver contre les Jésuites et à prouver qu’ils étaient auteurs de plus de cinquante hérésies. Le Pape, voyant leur dessein, s’est enfin résolu à passer outre. Ils n’ont aucun sujet néanmoins de se plaindre de lui ; car nous n’avons encore eu qu’une seule audience de lui, et eux, depuis qu’ils sont à Rome, en ont eu plus de huit ou neuf ; depuis la décision, ils en ont encore eu une de plus d’une heure, où ils ont protesté d’obéir. A vous dire franchement néanmoins, je doute que tous le fassent. Ils s’en retournent promptement en France, nonobstant les chaleurs ; il y a très grand sujet de craindre que ce ne soit pour empêcher l’effet de la bulle.

Cependant nous (6) demeurons ici l’été par ordre des cardinaux, qui nous ont dit qu’il était à propos que nous demeurassions ici jusqu’à ce qu’on eut nouvelle de France comme la bulle aurait été reçue, afin de suppléer à ce qui y pourrait marquer, quoique je ne croie pas qu’on y puisse trouver rien à redite. M. Hallier m’a dit qu’il vous envoyait un exemplaire de la bulle ; c’est pourquoi je ne vous en envoie pas. J’ai voulu vous mander ces choses au long, afin que vous preniez la peine de désabuser plusieurs personnes qui probablement seront prévenues de quantité de faussetés.

J’oubliais à vous dite qu’on a déjà voulu prendre avantage ici de ce que la bulle ne parut plus, deux heures et demie après qu’elle eut été affichée, et même par ordre du Pape. Vous saurez, Monsieur, que cela fut fait à dessein. Le Pape la fit afficher manuscrite et ne voulut permettre qu’on en distribuât aucun exemplaire, parce qu’il voulait en envoyer aux couronnes et aux nonces avant que les particuliers en employassent ; de sorte qu’il fit tenir des sbires pour empêcher qu’on la transcrivit ; et, la nuit étant venue, il la fit lever, selon la coutume, afin d’aller affirmer et prouver qu’elle a été affichée. Dès ce jour-là même, elle a été envoyée en France, avec un bref particulier au roi et un autre à MM. les évêques. Le Pape a envoyé un courrier exprès en Pologne pour la porter plus promptement, le pays étant plus éloigné. J’espère, dans quelque temps d’ici, pouvoir envoyer quelque relation plus expresse de ce qui s’est passé.

6) Le parti de l’orthodoxie était représenté à Rome par Jérôme Lagault, François Hallier et François Joysel, docteurs en Sorbonne.

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Je vous conjure, Monsieur, de continuer à remercier Dieu d’avoir préservé l’église de France de tomber de nouveau dans le calvinisme, et de ne point oublier aussi dans vos saints sacrifices celui qui est de tout son cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

LAGAULT.

Depuis la présente écrite, ce jourd’hui 16, nous avons été remercier Sa Sainteté, qui nous a donné audience de plus de deux heures et demie et nous a dit que nous avions pu savoir toutes les choses qu’il avait faites devant que de venir à cette décision, comme il avait fait prier Dieu et en public et en particulier, toutes les congrégations qu’il avait fait tenir pour la discussion. De plus, il nous a confirmé ce que je vous ai déjà écrit dans la présente, le plaisir singulier qu’il avait pris à cette discussion et l’assistance particulière et sensible qu’il avait reçue du Saint-Esprit en cette rencontre ; qu’il ne s’était avancé aucune chose de théologie, qu’il n’ait très facilement entendue et retenue. De plus, il nous a rendu toutes les raisons de sa bulle, point par point, et dit en outre qu’un matin s’étant recommandé à Dieu, il avait fait venir un de ses secrétaires et qu’il la lui avait dictée en une matinée. Il nous a dit que nos Messieurs, que je n’ose plus appeler jansénistes (car je veux croire qu’il n’y en aura plus) l’avaient été remercier de sa déclaration et lui avaient promis de s’y soumettre entièrement et eu étaient venus jusqu’aux larmes. Dieu veuille qu’ils gardent leurs bonnes résolutions ! Il nous ajouta de plus que leur harangue, quand ils eurent audience publique, ne fut qu’une terrible invective contre les Jésuites (ce sont ses propres termes) et que tout ce qu’ils avaient dit n’avait point été à propos.

1630. — FRANçOIS HALLIERDOCTEUR DE SORBONNE,

A SAINT VINCENT

Lundi dernier, je n’eus loisir que de vous écrire un mot, comme la constitution rendue contre Jansénius était très avantageuse pour la défense de la religion catholique et la condamnation de l’erreur. Messieurs les jansénistes partent de cette ville aujourd’hui pour aller par Lorette, ayant depuis

Lettre 1630. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XII, 1er éd., p : 428.

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quinze jours fait habiller leurs estafiers. Ils ont promis au Pape d’obéir ponctuellement. J’ai des sujets de m’en défier, ayant dit à tous leurs affidés qu’ils n’étaient point condamnés, que leur sens, qui est le même que celui de Jansénius, subsistait toujours (1). Je sais qu’ils se rendront ridicules en disant cela, Jansénius étant condamné, et les propositions comme tirées de Jansénius, et même le sens donné à la cinquième proposition par les jansénistes étant expressément et spécifiquement condamné, et leurs sens étant tous exclus comme impertinents par une condamnation absolue. Néanmoins cela témoigne de l’endurcissement en l’erreur, qui pourra trouver des sectateurs aussi bien par delà qu’en ce pays ici. C’est pourquoi il faut travailler à désabuser les ignorants et poursuivre puissamment la publication de la bulle et la vérification dans les parlements, dans les diocèses, dans la faculté, auprès du roi et MM. le chancelier (2) et garde des sceaux (3), des évêques et des docteurs.

J’ai crainte que M. de Saint-Amour (4) ne s’en aille en poste et ne rapporte les choses tout d’une autre façon qu’elles ne se sont passées, disant qu’ils n’ont pas été entendus suffisamment (5). A quoi on a reparti plusieurs fois : premièrement, qu’il n’a tenu qu’à eux, ayant eu la liberté d’informer de voix et par écrit les cardinaux de la Congrégation et les consulteurs un an durant ; secondement, ayant eu communication de nos écrits, comme eux-mêmes l’avouent par la harangue qu’ils ont faite devant le Pape ; troisièmement, qu’il était inutile de les entendre et nous aussi, ne s’agissant que d’une doctrine prise du livre de Jansénius, que le Pape a fait examiner soigneusement, et étant d’autant plus inutile de les entendre, qu’ils n’allèguent autres moyens pour se défendre, que ceux qui sont couchés dedans Jansénius ; quatrièmement, que ce n’est pas la coutume, quand on condamne un livre, de

1) C’était la fameuse distinction du fait et du droit : les cinq propositions étaient condamnables, mais Jansénius ne les avait jamais enseignées.

2). Pierre Séguier.

3). Mathieu Molé.

4). Louis Gorin, dit de Saint-Amour, filleul de Louis XIII, docteur en Sorbonne, janséniste ardent, né en 1619, mort en 1687.

5). Louis Gorin de Saint-Amour raconta, en effet, à sa manière comment les cinq propositions avaient été condamnées. (Journal de ce qui s’est fait à Rome dans l’affaire des cinq propositions, 1662, in-f°.) Pour bien juger cet écrit, il faut le rapprocher de la correspondance de Lagault.

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recevoir autre lumière que celle qui vient du livre même et des personnes savantes en la matière traitée dans le livre ; cinquièmement, qu’on a offert aux docteurs jansénistes, devant Nosseigneurs les cardinaux, deux, trois, quatre, cinq audiences, tant qu’il serait besoin, ce qu’ils ont refusé ; sixièmement, que toutes les fois qu’ils ont donné des écrits, ils ont été hors du sujet, ne tâchant d’obtenir autre chose que retarder, et, en retardant, empêcher la prononciation du Pape contre leurs hérésies, afin de les semer tout à loisir.

Pour ce qui est des moyens par lesquels ils veulent éluder la bulle, il ne faut que les lire pour les condamner. Ils sont venus exprès pour défendre les propositions présentées au Pape par Nosseigneurs les évêques et empêcher qu’elles ne fussent condamnées ; ils en ont voulu empêcher la censure à la Faculté, quoiqu’elle fût plus douce ; ils ont écrit trois apologies pour Jansénius ; ils ont interprété les propositions au sens dudit auteur et les propositions ne peuvent avoir autre sens que celui de Jansénius, si l’on ne corrompt la signification des paroles auxquelles elles sont conçues. Le Pape les condamne toutes d’hérésie et n’en peut souffrir aucune interprétation ; et partant elles sont condamnées au sens qu’ils voulaient leur donner et qu’ils avaient présenté au Pape : Ubi lex non distinguit, nec nos distinguere debemus.

Vous savez que M. le nonce (6) a un bref pour Sa Majesté, que le Pape prie de tenir la main à l’exécution de sa bulle, dont vous voyez l’importance. Il y a aussi un bref pour MM. les évêques. Nous avons été priés de demeurer ici jusqu’à ce qu’on ait reçu des nouvelles comme on se comportera en la réception de cette bulle l’intention étant ici de condamner les Apologies pour Jansénius (7), le livre De la Grâce Victorieuse (8), la

6) Nicolas Bagni.

7) Apologie de M. Jansénius, évêque d’Ipre, et de la doctrine de St Augustin expliquée dans son livre intitulé Augustinus, contre Trois sermons de M Habert, théologal de Paris, prononcés dans Nostre Dame le premier et le dernier dimanche de l’Avent 1642 et le dimanche de la septuagésime 1643, s. 1., 1644, in-4°. — Seconde Apologie pour Monsieur Jansénius, évêque d’Ipre, et pour la doctrine de St Augustin, expliquée dans son livre intilulé Augustinus contre la réponse que M. Habert, théologal de Paris, a faite à la première Apologie et qu’il a intitulée La défense de la foy de l’église, s. 1., 1645, in-4°. Ces deux écrits sont d’Antoine Arnauld.

8). De la grâce victorieuse de Jésus-Christ ou Molina et ses disciples convaincus de l’erreur des Pélagiens et Semi-Pélagiens, Paris 1651.

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Théologie familière (9) et autres, dès lors qu’on verra la réception de la bulle. Vous verrez par la lecture d’icelle qu’on retranche toutes les clauses ordinaires du style, pour ne point préjudicier à nos prétentions. Ce procédé plein de bonté nous oblige à correspondre par une obéissance respectueuse, et nous devons faire nos efforts pour ce sujet ; et comme les jansénistes l’empêcheront de toutes leurs forces, il faut avoir soin de travailler pour rendre leurs efforts inutiles. Il faudra informer la reine du soin, de la diligence, du travail et de la bonté que Sa Sainteté a témoignés en cette cause, et lui représenter le devoir de sa conscience, son honneur et la sûreté de l’état du roi son fils ; toutes lesquelles choses se rencontrent en cette occasion. Nous avons été en doute de lui écrire, sur ce que M. l’ambassadeur (10) nous a dit qu’il n’en écrivait rien, se remettant à ce que nous en écrivions. Nous avions aussi quelque pensée d’en écrire à Son éminence (11) ; mais à la fin nous avons résolu de n’en rien faire, de crainte que l’on jugeât que tout notre dessein n’était que d’’intérêt, duquel nous sommes très éloignés ; mais nous croyons qu’il sera meilleur que d’autres les en instruisent, comme vous le jugerez à propos.

Votre très humble et très obéissant serviteur.

HALLIER.

De Rome, ce 16 juin 1653.

1631. — A NICOLAS DE BUZENVAL, éVêQUE DE BEAUVAIS

18 juin 1653.

Vincent de Paul conjure le prélat de vouloir bien accueillir paternellement dans son diocèse un pauvre ermite, qui désire y finir ses jours dans la retraite et la pénitence.

9) Théologie familière ou Instruction de ce que le chrestien doit croire et faire en ceste vie pour estre sauvé [par Saint-Cyran], Paris, 1639, in-12. Ce livre et ceux que mentionnent les notes 7 et 8 furent condamnés par Rome le 23 avril 1654.

10) Le bailli de Valançay.

11) Mazarin.

Lettre 1631. — Collet, op. cit., t. II, p. 158.

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1633. — A JEAN DEHORGNY, SUPéRIEUR, A ROME

20 juin 1653.

Il se peut faire que quelques-uns ne goûtent pas les récits que nous faisons parfois de ce qui se passe à la gloire de Dieu dans les autres maisons. Ce sont des esprits indisposés, qui pour l’ordinaire ont opposition au bien et pensent, comme ils en font peu, que c’est exagérer de dire que d’autres en font beaucoup ; et non seulement le pensent, mais ils s’en plaignent à cause de la confusion que cela leur donne. Faut-il, pour la faiblesse de ces yeux chassieux, qui ne peuvent regarder la lumière, laisser d’éclairer les autres par les exemples des plus fervents et priver la compagnie de la consolation de savoir les fruits qui se font ailleurs par la grâce de Dieu, à qui seul la gloire en est due et à qui cette pratique de parler entre nous de ses miséricordes est très agréable, étant conforme à l’usage de l’église, qui veut que les bonnes œuvres et les actions glorieuses des martyrs, des confesseurs et des autres saints soient rapportées publiquement pour l’édification des fidèles, ce qui se faisait même du temps des premiers chrétiens, quoique vraisemblablement aucuns osassent contredire ces relations, pendant que la plupart en bénissaient Dieu et s’encourageaient à imiter les vertus de ceux dont on parlait ? Je vous prie donc de ne pas interrompre cette bonne coutume de votre part, mais de nous avertir de tous les bons succès qu’il plaira à Dieu de donner aux travaux de votre famille, vous donnant seulement de garde de rien avancer qui ne soit utile et véritable, comme je tâcherai de faire dans le débit que j’en ferai ici.

Lettre 1632. — Reg. 2, p. 26.

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1633. — A EMERAND BAJOUE, SUPéRIEUR, A NOTRE-DAME-DE-LORM

De Paris, ce 21 juin 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre avec nouveaux sentiments de joie et de tendresse, pource que c’est votre lettre, mais avec douleur du mécontentement que vous avez reçu des personnes dont vous me parlez sans les nommer. Je sais pourtant que cela n’est pas arrivé par manquement d’estime et d’affection pour vous, mais en la manière que me dit un jour le b[ienheureux] évêque de Genève, que les crocheteurs se choquent ; car en passant, cela leur arrive par mégarde, sans toutefois qu’ils s’arrêtent pour le choc, mais passent outre, comme si rien n’était. Je vous prie, Monsieur, de me mander les sujets qu’ils vous ont donnés de vous plaindre, afin que je tâche de leur faire reconnaître leur faute et d’éviter qu’a l’avenir il n’en arrive de pareilles, vous assurant que ce sera en sorte qu’aucun ne saura d’où m’est venu cet avis.

Pour M. Brin, il ne vous demandera plus les 200 livres que vous avez emportées de La Rose. Il y a environ un mois que je lui ai mandé de n’y pas penser, parce que cet argent a été employé pour la compagnie ; c’est ce que je lui répéterai encore. Vous me demandez de résigner Notre-Dame-de-Lorm à M. Fournier, et moi je vous prie de ne le pas faire,

Lettre 1633. — L. s. — Original à l’hôpital de Montauban.

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ains de nous laisser le choix de la personne aussi bien que du temps pour faire cette résignation, à cause que tous ne sont pas propres, ni en état de cela. M. Fournier est un bon missionnaire, mais il n’a pas assez de force pour être curé, non plus que d’âge pour conduire une famille (1). Puisque vous êtes sur le lieu et que, grâces à Dieu, vous avez ces qualités avec beaucoup d’autres, je vous prie d’avoir patience, vu même que vous n’êtes pas ni trop vieil ni trop infirme pour craindre de mourir si tôt.

Je ne m’étonne pas que vous ayez été assigné touchant le bénéfice de Brial (2), mais bien de ce que vous dites qu’on ne l’a pu conférer à un homme absent, quoique Monseigneur l’évêque le connaisse ; car cela se fait tous les jours. Personne ne va à Rome, et toutefois on y donne des cures à des prêtres qui en sont très éloignés. Et maintenant que je dicte ceci, j’ai en main la nomination d’une cure, pour la faire tenir à la personne nommée, qui est à 150 lieues d’ici. Et ce qui augmente mon étonnement est le prétexte qu’on a pris de l’absence de M. Portail pour changer tout ; car s’il y eût eu du danger, on l’eût évité par une démission, qu’il eût faite purement et simplement entre les mains de Monseigneur l’évêque, du même bénéfice, pour être uni au séminaire (3). Pour le moins il était raisonnable de nous donner avis de ce changement auparavant de le faire. Il est vrai que ce bon seigneur en a pu user de la sorte, puisqu’il est le maître ; mais que M. Bajoue ait accepté le titre de cette cure, en ayant déjà une

1) Il n’avait que vingt-huit ans.

2). Ancienne commune, aujourd’hui englobée dans celle de Bressols, arrondissement de Castelsarrazin (T.-et-G.)

3). Cette union se fit seize ans plus tard.

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autre (4), non seulement sans m’en parler, mais sachant que c’était contre notre intention, oh ! c’est cela, Monsieur, qui me remplit d’étonnement, pource que jusque-là il ne s’est rien trouvé à redire à vos conduites, par la grâce de Dieu. Je veux croire qu’en cela même vous avez pensé bien faire et que désormais, Dieu aidant, vous ferez plus d’attention aux obligations que nous avons de faire tout avec concert et rien de notre tête. Il y a bénédiction d’entrer dans cette pratique, et assurez-vous que les affaires ce quelque conséquence réussiront toujours mieux, étant ainsi concertées avec nous, que si vous en usiez autrement. Et pourquoi ? C’est que cela est de l’ordre et l’ordre est en Dieu.

Vous avez fort bien fait de refuser la cure de Glatens (5), de quelque valeur qu’elle puisse être, tant pource que c’eût été un scandale horrible de vous charger de deux ou trois cures à la fois, qu’à cause que ce n’est pas notre fait que des cures. Nous en avons fort peu, comme vous savez, et celles que nous avons nous ont été données malgré nous, ou par nos fondateurs ou par Nosseigneurs les évêques, à qui nous n’avons pas pu refuser, à moins de rompre avec eux, et peut-être que celle de Brial est la dernière que nous accepterons jamais ; car plus nous allons avant et plus nous nous trouvons embarrassés de telles affaires.

Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de toutes celles qu’il vous fait, particulièrement des dispositions qu’il vous donne touchant votre vocation ; je n’ai jamais pensé que vous en eussiez d’autres, et le croirais plutôt de tout autre que de vous, à qui je suis, du cœur que

4) M Bajoue était titulaire de la cure de Saint-Aignan.

5) Commune de l’arrondissement de Castelsarrazin (T-et-G).

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Dieu seul connaît, en son amour, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

Si ma réponse ne répond pas au sens de votre lettre et à vos intentions, vous me le manderez, s’il vous plaît ; peut-être ne comprends-je pas bien ce que vous me dites. Si la chose vous convient, je vous en prie, au nom de Dieu, Monsieur, agréez que je vous parle le langage du cœur, qui vous chérit plus que soi (6).

1634. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

[Tunis, entre 1648 et 1660] (1)

Une barque française ayant échoué sur la côte de Tunis, six hommes, s’étant sauvés du naufrage, tombèrent entre les mains des Maures, qui, les ayant menés à Tunis les vendirent comme esclaves. Et quelque temps après, le dey, les voulant faire turcs, en contraignit deux, à force de bastonnades, de renier la foi de Jésus-Christ ; deux autres moururent constamment dans les tourments plutôt que de consentir à une telle infidélité ; et comme il en voulait faire autant aux deux qui restaient, la charité nous obligea de les tirer de ce péril. Nous composâmes pour leur rachat à six cents piastres, et j’ai répondu pour deux cents. Ils sont maintenant en liberté. Pour moi, j’aime mieux souffrir en ce monde que d’endurer qu’on renie mon divin Maître ; et je donnerais volontiers mon sang et ma vie, voire mille vies, si je les avais, plutôt que de permettre que des chrétiens perdent ce que Notre-Seigneur leur a acquis par sa mort.

6) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1634. — Abelly, op. cit 1 II, chap. I, sect.VII, § 12,1er éd., p. 140

1). Durée du séjour de Jean Le Vacher à Tunis du vivant de saint Vincent.

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1635. — A PHILIPPE VAGEOT, SUPéRIEUR, A SAINTES

Du 2 juillet 1653.

Dieu sait, Monsieur, que j’aurais consolation de vous donner celle que vous demandez touchant le voyage de votre pays, si je voyais que ce fût la volonté de Dieu ; mais la grande distance des lieux (1), la difficulté des chemins, les dangers qui sont à la campagne et l’inutilité de ce voyage me font estimer que vous ferez bien de le remettre et peut-être de n’y plus penser ; et si nous ajoutons à cela la maxime de Notre-Seigneur, qui ne voulait pas que ses disciples retournassent chez eux, quoique ce fût à bonne intention, comme d’aller enterrer son père mort et vendre ses biens pour les donner aux pauvres, je dois vous prier, comme je fais, de sacrifier à Dieu cette affection que vous avez. De dire que vous ne savez pas en quel état est M. votre père, il ne s’ensuit pas de là que vous ayez obligation d’abandonner une famille dont le bon Dieu vous a chargé, et les occasions que vous avez de lui rendre de bons services par vous et par elle. Vous savez bien que M. votre père n’a pas besoin de vous pour vivre ; et quand il serait en nécessité, il y a moyen de l’assister, sans vous exposer au péril d’une telle visite ; et si vous me laissez faire, je prendrai soin de cela. J’écrirai à M. l’intendant de Bourgogne, qui est de nos amis (2), ou lui ferai écrire par M. son père, qui est M. de la Marguerie (3), afin qu’il prenne la peine de s’informer du lieu et de l’état où M. votre père se trouve

Lettre 1635. — Reg. 2, p. 328.

1). M. Vageot était de Bellegarde dans l’Ain.

2) Louis Laisné.

3). Elie Laisné, sieur de la Marguerie.

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présentement, et qu’en cas qu’il ait besoin de quelque chose, il la lui fournisse. Il me semble qu’après cela vous avez sujet d’être en repos, autant que vous auriez sujet de craindre le jugement de Dieu, si vous quittiez son œuvre pour une légère satisfaction. Et sur ce que vous me dites, que je ne dois pas appeler ce désir une tentation, je ne puis que je ne vous réponde qu’il en a pourtant les marques, en ce qu’il vous inquiète trop et que vous dites que le refus vous serait insupportable ; nous [savons (4)] au contraire, que les mouvements qui viennent de Dieu sont doux et tranquilles et qu’ils se doivent proposer avec indifférence.

Je vous prie, Monsieur, de demander à Dieu la grâce de ne rien faire qui lui déplaise en ce rencontre. Cependant je suis votre…

1636. — A ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS

De Paris, ce 5 juillet 1653.

Monseigneur,

Je vous envoie une nouvelle qui vous sera fort agréable, c’est la condamnation des jansénistes, de qui les cinq propositions ont été déclarées hérétiques dès le 9e juin. La bulle en fut publiée dans Rome le même jour et arriva en cette ville la fête de saint Pierre ; et ayant été présentée au roi et à la reine par Mgr le nonce (1), Leurs Majestés l’ont fort bien reçue, et Mgr le cardinal (2) a promis de tenir la main à l’exécution. Tout Paris en a tressailli de joie, au moins ceux du bon

4) Mot oublié dans le reg. 2.

Lettre 1636. — L. s. — Dossier de Turin, original

1). Nicolas sagni.

2). Le cardinal Mazarin

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parti, et les autres témoignent de s’y vouloir soumettre. M. Singlin (3) qui en est le patriarche avec M. Arnauld, a dit qu’il fallait obéir au Saint-Siège ; et M. du Hamel, curé de Saint-Merry (1), l’un des arcs-boutants de cette nouvelle doctrine, est dans cette disposition et s’est offert de publier lui-même la bulle en son église. Plusieurs des principaux d’entre eux, comme Monsieur et Madame de Liancourt, disent qu’ils ne sont plus ce qu’ils étaient. Bref, on espère que tous acquiesceront. Ce n’est pas que quelques-uns n’aient peine d’avaler la pilule et disent même que, quoique les sentiments de Jansénius soient condamnés, les leurs ne le sont pas ; mais ceci, je ne l’ai ouï dire qu’à une personne. Tant y a, Monseigneur, que cette décision est une grâce de Dieu si grande que tout le monde en fait fête ici, et

3) Nicolas Singlin, né à Paris en 1607, était apprenti chez un marchand drapier quand, à l’âge de vingt-deux ans, touché par la grâce, il prit la résolution de se donner à Dieu. Saint Vincent l’engagea à apprendre le latin, le fit entrer dans les ordres et, une fois le sous-diaconat reçu, lui confia le soin de faire le catéchisme aux enfants de la Pitié. Un jour, raconte Marguerite Perrier, dont le récit parait suspect, Singlin, alors plein de vénération pour saint Vincent, rencontra dans la cour de cet hôpital une dévote qui lui prédit "une horrible persécution" et, montrant le saint, ajouta "Il sera des persécuteurs." Peu de temps après, le 26 mars 1633, Nicolas Singlin, déjà gagné aux idées de Saint-Cyran, fut ordonné prêtre et choisi par ce dernier pour confesser les religieuses du Port-Royal Il s’enfuit en 1661, pour éviter une lettre de cachet, et se réfugia sur une des terres de la duchesse de Longueville. Rentré à Paris en secret, il y mourut le 17 avril 1664. (Mémoire de Mademoiselle Marguerite Perrier, nièce de Paschal dans le Recueil de plusieurs pièces pour servir à l’histoire du Port-Royal Utrecht, 1740, in-12, pp. 167-172.)

4) Henri du Marnel, né dans le diocèse de Sens, curé de Saint-Maurice, dans l’Yonne (1642-1644), où il établit la pénitence publique, puis curé de Saint-Merry à Paris (1644-1666), chanoine de Notre-Dame (1666-1671), de nouveau curé de Saint-Maurice (1671-1682), mort dans cette localité le 13 novembre 1682. Banni de Saint-Merry en 1654 pour cause de jansénisme, il n’eut la permission de rentrer dans sa cure qu’en 1664, trois ans après avoir signé le formulaire.

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ceux qui savent le mal que ces agitations passées ont fait, ne peuvent assez reconnaître un tel bien. J’espère, Monseigneur, que, comme vous avez contribué à l’obtenir par la signature de la lettre écrite à Sa Sainteté, vous serez aussi des plus fervents à en remercier Dieu et à le prier qu’il achève de réunir les esprits ; ce que fera aussi Mgr de Sarlat (5), s’il vous plaît de lui envoyer une copie de la bulle ci-jointe, laquelle n’a pas encore été imprimée. On attend Mgr de Paris (6), qui est absent, pour la faire mettre en français et la faire afficher. C’est un arrêt contradictoire du Saint-Siège, qui a usé de toutes les précautions imaginables pour ôter tout prétexte à nos parties de s’en plaindre. Il les a ouïes plusieurs fois en particulier et en public, non seulement les premiers docteurs envoyés pour empêcher que Sa Sainteté prononçât (7), mais les seconds, qui étaient allés au secours (8), qui ont parlé trois ou quatre heures durant en sa présence, lisant un grand cahier qu’ils avaient apporté de Paris tout dressé. Béni soit Dieu de ce que tous leurs efforts ont été inutiles et que les âmes jouissent de la paix par la connaissance de la vérité que ces gens-là ont voulu obscurcir ! Plaise à sa divine bonté, Monseigneur, de vous conserver pour sa gloire ! C’est un de mes plus grands souhaits, qui suis, en son amour, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission

Au bas de la première page : Mgr de Cahors.

5) Nicolas Sevin.

6). Jean-François de Gondi.

7). Louis Gorin de Saint-Amour, Noël de la Lane, Louis Angran et Jacques Brousse.

8). Le Père Desmares, de l’Oratoire, et Nicolas Manessier, ils étaient à Rome depuis le 19 avril.

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1637. — AU PAPE INNOCENT X

Juillet 1653.

Très Saint-Père,

Nous soussignés, nous avons été informés (1) des progrès admirables de la foi chrétienne dans les royaumes du Tonkin et de Cochinchine, où plus de deux cent mille chrétiens (2) sont privés de pasteurs et réduits à vivre et à mourir sans les secours de la religion, et par conséquent exposés à la damnation éternelle. Nous savons que la raison de cette triste situation est l’impossibilité d’envoyer des ouvriers évangéliques en nombre suffisant pour recueillir une si abondante moisson. Afin d’obvier à cet inconvénient, il est nécessaire de former des prêtres indigènes et par conséquent d’établir des évêques. Or les dissensions des rois chrétiens ne permettent pas de nommer dans ces lieux des évêques avec les pouvoirs et le titre d’Ordinaire (3). Nous osons donc supplier humblement Votre Sainteté

Lettre 1637. — Histoire générale de la Société des Missions étrangères, par Adrien Launay, Paris, 1894, in-8°, t. I, p. 19 C’est par distraction que M. Launay renvoie aux Archr[ives des ] issions] E[trangères], vol. 114, p. 434. Cette référence convient à la lettre 1655, non à celle-ci.

1). Par le Père Alexandre Rhodes, de la Compagnie de Jésus, rentré en Europe avec l’intention de recueillir des fonds, de se chercher des auxiliaires pour les Missions du Tonkin et de Cochinchine, qu’il avait évangélisés avec succès, et d’engager Rome à y envoyer des vicaires apostoliques.

2). On disait que le Père Rhodes en avait baptisé lui-même 100 000 au Tonkin. (Cf. Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement p. 139.)

3) Dès 1633, la Propagande avait conçu le projet d’organiser la hiérarchie ecclésiastique au Japon en Chine, au Tonkin et à Siam, et elle l’aurait réalisé sans l’opposition du roi du Portugal, qui jouissait alors de prérogatives dont il était jaloux. C’est à lui qu’appartenait le droit de présenter aux évêchés et aux bénéfices de tous les pays conquis et à conquérir sur les infidèles. De plus, tout

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de créer des évêques in partibus et de les députer dans ces régions au nom du Siège Apostolique Nous avons à Paris plusieurs prêtres séculiers qui seraient capables de remplir ces fonctions (4). Ils sont recommandables par la pureté de leurs mœurs, leur zèle, leur prudence et leur doctrine ; ils sont prêts, du reste, à subir l’examen des personnes que Votre Sainteté voudrait bien désigner. Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, comme du Pasteur suprême, nous implorons cette grâce de tous nos vœux.

HENRI, archevêque nommé de Reims ; VINCENT DEPAUL ;

DU PLESSIS (5) ; COLOMBET, curé de Saint-GERMAIN (6), etc.

missionnaire qui se rendait aux Indes devait partir d’un port portugais. Au lieu de chercher la diffusion du catholicisme pour lui-même, le gouvernement portugais y voyait un moyen d’assurer ou d’étendre ses conquêtes ; de là l’opposition constante qu’il fit jusqu’à la grande Révolution à la création d’évêchés confiés à d’autres missionnaires qu’à ses nationaux.

4) François Pallu, chanoine de Tours, Pique, docteur en Sorbonne, François de Laval-Montigny, grand-archidiacre d’Evreux. Las des lenteurs de la cour romaine, Pique accepta la cure de Saint-Josse à Paris, et François de Laval devint l’hôte de M. de Bernières à l’ermitage de Caen.

5). Christophe du Plessis, baron de Montbard, avocat au parlement, un des membres les plus actifs de la Compagnie du Saint-Sacrement et des hommes les plus charitables de son temps Il fonda le. Magasin charitable, donna beaucoup à l’hôpital Mombard, à celui des Incurables à Paris et fut directeur de l’Hôpital Général. Il mourut au séminaire des Missions-Etrangères le 7 mai 1672

6). Pierre Colombet, conseiller et aumônier du roi, curé de Saint Germain-l’Auxerrois de 1633 à 1657.

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1638. — A JEAN LE VACHER, A TUNIS

15 juillet 1653.

Voici enfin M. Husson, qui est ce jeune avocat que nous vous avons promis pour l’exercice du consulat ; je vous prie de le recevoir gracieusement comme un homme des plus accomplis de sa condition que je connaisse. Sa vertu vous sera bientôt connue, je ne dis pas au point qu’elle est, puisqu’elle surpasse ce qu’on en peut penser, mais à suffisance pour vous obliger d’en faire grand état. Il n’est pas seulement sage, accort, vigilant et pieux ; mais il est très capable pour les affaires et toujours prêt de s’employer pour le prochain. Il s’en va servir Dieu et les pauvres en Barbarie, nonobstant l’éloignement et les dangers du lieu et de la mer. Il quitte Paris, où il est avocat en Parlement, et ses parents, qui le chérissent tendrement et qui ont tâché de l’arrêter par beaucoup de larmes, de remontrances et d’industries. Certes son dégagement est admirable dans l’âge où il est et dans la pureté d’intention qu’il apporte à ce voyage ; de sorte que non seulement il vivra en commun avec vous, mais il ne disposera d’aucune chose que de votre consentement. Et de plus il a tant de douceur pour tout le monde, tant de condescendance pour ses amis et tant de telle soumission pour son directeur, que, voyant celle qu’il aura pour vous, vous serez obligé d’en avoir pour lui. C’est pourquoi, Monsieur, je ne vous recommande pas de le prévenir d’honneur, de confiance et de bonté, ni de lui déférer autant que vous pourrez, surtout dans l’exercice du consulat, parce que,

Lettre 1638. — Vie manuscrite de Jean Le Vacher, p. 4.

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Dieu aidant, vous ne serez tous deux qu’un cœur et qu’une âme (1).

1141. — A JEAN BARREAU, CONSUL, A ALGER

Cette lettre contient, entre autres détails, l’annonce de la condamnation du jansénisme par le Pape Innocent X.

1640. — A THOMAS BERTHE, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

18 juillet 1653.

Vous nous avez vus ici entendre les confessions avec le surplis ; ce que nous faisons aussi bien dans les missions à la campagne que dans la maison. Or j’apprends que notre famille de Rome n’est pas dans cet usage, quoique Nosseigneurs les prélats l’aient ainsi ordonné. Dites-lui donc de ma part que je la prie de s’y mettre, et ceux qui auront le soin de la maison et des missions d’y tenir la main.

1) Saint Vincent remit à Martin Husson, pour lui et pour Jean Le Vacher, un règlement de vie, qui n’est, à quelques additions près que la reproduction textuelle des avis donnés en 1646 à Boniface Nouelly et au frère Barreau.

Lettre 1639. — Collet, op. cit., t. I, p. 561. Saint Vincent aurait donné la même nouvelle, le 12, à un prêtre de la Mission dans une lettre aujourd’hui perdue. (Ibid.)

Lettre 1640. — Reg. 2, p 233.

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1641. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT

De Mercuès, ce 18 juillet 1653.

Monsieur,

J’ai reçu, le 10 de ce mois avec grande joie le bulle portant condamnation des Cinq propositions contenues dans Jansénius, et en même temps je dis le Te Deum en action de grâces. Depuis, M. Cuissot m’a rendu celle qu’il vous a plu m’envoyer, dont je vous remercie, et des nouvelles que vous m’avez données des bons effets qu’elle a produits déjà dans Paris, qui m’a été un nouveau sujet de joie. J’en remercie Dieu de tout mon cœur. Je lis et relis les qualités que notre Saint-Père a données à ces propositions, particulièrement à la première et cinquième, et ne puis me soûler de les lire, tant j’y prends de plaisir. Elles me font voir la grâce signalée que Dieu a faite à son église, particulièrement à ce royaume, de le garantir de si grandes et si pernicieuses erreurs, desquelles il courait grand hasard de se voir enveloppé par succession de temps, puisque tant de personnes de la capitale ville en étaient infectées, laquelle sans doute eût communiqué ce venin aux autres, si Dieu n’y eût pourvu comme il a fait, dont il soit béni à jamais ! Ce qui m’a fait gémir tant de fois par l’appréhension que j’en avais, et particulièrement de voir que plusieurs prélats les appuyaient. On a écrit de Rome que les agents du jansénisme y avaient témoigné qu’ils acquiesçaient à la bulle, jusques à protester haut et clair à Sa Sainteté de leur acquiescement. Deo autem gratias qui semper triumphat nos in Christo Jesu ! Faites-moi, je vous prie, la faveur de m’envoyer la bulle imprimée tournée en français et croyez-moi, Monsieur…

ALAIN,

év. de Cahors.

Lettre 1641. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original

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1642. — A UN SUPéRIEUR

19 juillet 1653.

Je vous prie de me donner votre avis sur ce que je dois faire à l’égard d’une de nos maisons où l’on a peine de ce que le supérieur est peu régulier, assiste rarement aux communautés, notamment à l’oraison, a peu de soin d’aider les âmes qui lui sont commises, non plus de paroles que d’exemple, à l’amour de La régularité et de leur perfection, et de ce qu’il est toujours à la campagne, et a à cet effet un cheval à l’étable, sans qu’il veuille qu’on l’occupe à autre chose. Je vous prie, Monsieur, de me donner votre avis sur cela. Il est au reste un homme accompli.

1643. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

De Paris, ce 26e juillet 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis en grande peine de votre maladie. Je vous ai recommandé à Dieu et aux prières de notre compagnie, à ce qu’il plaise à sa divine bonté de vous conserver, de vous rendre la santé et de vous faire la grâce de bien user de tous les états où vous serez. Je vous prie,

Lettre 1642. — Reg. 2, p. 175. La copie porte comme en-tête : "Apostille de la main de M. Vincent au bas d’une lettre, par laquelle il parle des défauts. d’un supérieur en parlant à lui-même comme s’il parlait d’un autre."

Lettre 1643 — L s. — Dossier de Turin, original.

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Monsieur, de faire de votre côté ce que vous pourrez pour vous rétablir, et de ne rien épargner pour cela.

La proposition que vous m’avez faite de l’épiscopat pour Sedan est un affaire à n’y penser jamais par aucun de nous, parce qu’il y a des difficultés presque insurmontables, particulièrement du côté de l’archevêque, qui ne consentira pas volontiers qu’on démembre son diocèse d’une ville si considérable, et du côté de la chose, en tant que, l’érection se faisant, il faudrait du revenu. Où le prendre ? Il est vrai que le roi pourrait affecter à cela le revenu de quelque abbaye, mais c’est ce qu’il ne fera pas, pour le moins au temps où nous sommes.

Tirez sur nous ou nous faites tirer une lettre de change des 400 livres que nous avons reçues de M. l’abbé (1) pour l’érection de votre confrérie du Saint-Sacrement. Nous l’acquitterons, Dieu aidant, à point nommé. Je ne savais pas que notre procureur eût reçu cet argent, ni lui à quoi il était destiné.

Nos dames sachant que Sedan est le refuge des pauvres gens de la campagne que les gens de guerre chassent de leurs maisons, et que vous êtes surchargés de malades nécessiteux, vous ont ordonné cent livres par mois pour leur assistance, outre pareille somme que vous avez coutume de recevoir, de sorte que M. de Séraucourt (2) a ordre de vous envoyer 200 livres par mois.

Je vous remercie des autres avis que vous m’avez donnés par vos lettres.

Nous tâcherons de vous donner un prédicateur, quoiqu’il nous sera bien difficile. Le bon M. Dufour dirige notre séminaire, depuis que M. Alméras est parti pour la visite de nos maisons de Poitou et de Bretagne.

1) L’abbé de Mouzon.

2) Lieutenant criminel à Reims.

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La sœur de feu M. David, prêtre de notre compagnie, est décédée depuis peu. M. Gérard, chapelain de Saint-Pierre de Mézières, son confesseur, m’a mandé qu’elle a laissé à notre maison de Sedan une rente qu’elle avait de ce côté-là, dont le fonds peut valoir 2.000 livres ; c’est une obligation pour tant que nous sommes, particulièrement pour votre famille, de prier Dieu pour son âme, ainsi qu’elle l’a désiré et comme je vous en prie, après que je l’ai recommandée à notre communauté. Je pensais que ce fonds dont il parle fût un fonds de terre et une partie d’une ferme qu’ils avaient auprès de Sedan ; mais il semble qu’il veuille dire que c’est un fonds d’argent constitué en rente.

Je vous prie, quand vous n’aurez plus à faire des remèdes du frère Sirven, de l’envoyer vers ledit sieur Gérard, qui est l’exécuteur testamentaire de la défunte, pour s’informer de cela et conférer avec lui de ce que nous avons à faire. Cependant je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1644. — A PHILIPPE VAGEOT, SUPéRIEUR, A SAINTES

Du 27 juillet 1653.

Monsieur,

Certes votre lettre m’a beaucoup consolé, et encore plus la mortification que vous pratiquez en vous privant, pour l’amour de Dieu, du voyage que vous proposiez

Lettre 1644 — Reg 2, p 329

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de faire. Je ne doute pas que M. votre père ne reçût un grand contentement de votre visite, et avec raison ; mais aussi la gloire que vous donnez à Notre-Seigneur en demeurant là où il vous a mis, mérite d’être préférée, non seulement en tant qu’il nous conseille le renoncement des parents, mais en ce que par cet acte de vertu vous attirez sa protection sur les vôtres et plus de grâce sur votre personne. Je n’ai pas eu la moindre petite pensée contraire à l’affection que vous avez pour votre vocation. Vous avez aussi trop de connaissance des biens que vous y pouvez faire pour l’abandonner ; et moi je vous sais trop bon et trop reconnaissant des bienfaits de Dieu pour vous croire capable d’une telle légèreté.

1645. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

[Entre 1649 et 1657] (1)

Madame,

Je pense, Madame, que, supposé que l’on trouve difficulté à fournir cette somme et d’établir ce fonds à Rome (2), qu’il faut attendre la seconde lettre, et cependant dire à Monseigneur le nonce la difficulté qu’on fait de deçà, à ce que M. Massari, secrétaire de la Congrégation de la Propagation, qui a écrit l’une des lettres,

Lettre 1645. — Recueil autographié, 2e partie, p. 333. Reg. 1, f. 24 v°. Le copiste a pris son texte sur l’original qui était de la main du saint. Le nom du destinataire n’est pas donné.

1) Ces deux dates sont les dates extrêmes du passage de Denis Massart à la Propagande comme secrétaire de cette Congrégation. Le premier éditeur a cru, nous ne savons pour quel motif, que cette lettre était de janvier 1659

2). Il se pourrait qu’il fût ici question du fonds destiné à assurer un traitement aux évêques qui devaient aller évangéliser le Tonkin et la Cochinchine.

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que je n’ai su lire, non plus que l’autre, examine dans ladite Congrégation s’il n’y a pas quelqu’autre moyen pour accommoder cette affaire. Notre-Seigneur est toujours dans les réponses que l’on fait selon que les choses sont, et les bénit, etc.

*VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

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A P P E N D I C E S

1. — LETTRE DES éVêQUES DE FRANCE AU PAPE INNOCENT X (1)

[1651]

Beatissime Pater,

Majores causas ad Sedem Apostolicam referre solemnis Ecclesiae mos est, quem fides Petri numquam deficiens perpetuo retineri pro jure suo postulat. æquissime huic legi obsequentes, de gravissimo circa religionem negotio Sanctitati Tuae scribendum esse censuimus.

Decennium est ex quo vehementissimis turbis Gallia magno nostro moerore commovetur, ob librum posthumum et doctrinam Reverendi Cornelii Jansenii, Yprensis episcopi. Tales quidem motus sedari oportebat tum Concilii Tridentini auctoritate, tum Bullae illius, qua Urbanus VIII, felicis memoriae, adversus Jansenii dogmata pronuntiavit, et decreta Pii V ac Gregorii XIII in Baïum edita confirmavit. Atque hujus quidem Bullae veritatem ac robur novo diplomate vindicasti ; sed quia nulli sigillatim propositioni certa censurae nota inusta fuit, locus etiamnum aliquis quorumdam cavillis et effugio relictus est. Intercludendum autem penitus speramus, si, ut precamur, Sanctitas Tua quid hac in re sentiendum sit clare distincteque definiat. Obtestamur ergo ut has praesertim propositiones de quibus disceptatio periculosior ac contentio ardentior est Sanctitas Tua expendat et perspicuam ac certam de unaquaque sententiam ferat. Prima. Aliqua Dei praecepta hominibus justis volentibus

1) Voir la lettre 1320.

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et conantibus, secundum praesentes quas habent vires, sunt impossibilia ; deest quoque iis gratia qua possibilia fiant. Secunda. Interiori gratiae in statu naturae lapsae numquam resistitur.

Tertia. Ad merendum et demerendum in statu naturae lapsae non requiritur in homine libertas a necessitate, sed sufficit libertas a coactione.

Quarta. Semipelagiani admittebant praevenientis gratiae interioris necessitatem ad singulos actus, etiam ad initium fidei ; et in hoc errant haeretici, quod vellent eam gratiam talem esse cui posset humana voluntas resistere.

Quinta. Semipelagianum est dicere Christum pro omnibus omnino hominibus mortuum esse aut sanguinem fudisse.

Experta est nuper Beatitudo Tua quantum Apostolicae Sedis in gemini Ecclesiae capitis errore profligando valuerit auctoritas : continuo sedata est tempestas, atque ad Christi vocem et imperium venti et mare obedierunt. Quamobrem flagitamus, Beatissime Pater, ut clara firmaque de propositionum istarum sensu prolata sententia, cui Reverendus ipse Jansenius morti proximus opus suum subjecit, caliginem omnem discutias, animos fluctuantes componas, dissidia prohibeas, Ecclesiae tranquilitatem splendoremque restituas.

Dum haec spes mentibus nostris affulget, Sanctitati Tuae multos et prosperos annos, seculoque beatissimam aeternitatem Rex seculorum immortalis adjiciat, optamus ac vovemus.

2. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVEQUE DE CAHORS,

A LA REINE ANNE D’AUTRICHE

[2 juillet 1651] (1)

Madame,

Il y a quelque temps que je priai Monsieur Vincent de représenter à Votre Majesté, comme j’ai fait autrefois, combien

Appendice 2. — Arch. de l’évêché de Cahors, copie.

1) Voir lettre 1376.

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il est important au service de Dieu et de son église qu’après ma mort quelqu’un me succède en mon évêché ; ce qu’avant fait, Votre Majesté eut bien tant de bonté pour moi que de lui dire que je choisisse celui que je jugerais le plus propre pour cela, qu’elle le ferait approuver au roi ; ce qui m’a obligé de faire faire des prières par tout mon diocèse et ailleurs, afin qu’il plût à Dieu me faire connaître celui qui lui serait le plus agréable pour cette charge. Et après avoir considéré ceux qui me sont venus en la pensée, examiné leurs qualités et pris conseil de personnes d’éminente piété, je me suis arrêté à Monsieur de Sarlat, pour les raisons que le sieur Vincent dira à Votre Majesté, Madame, si elle le lui permet, comme je l’en supplie très humblement, et de m’accorder cette grâce ; en quoi elle rendra un très grand et très signalé service à Dieu et à son église et m’obligera à continuer de lui offrir mes vœux et mes prières pour sa prospérité ; ce que je ferai le reste de ma vie avec grande affection, comme étant par toute sorte de devoirs, Madame…

3. — SUPPLIQUE D’ACHILLE LE VAZEUX

AU PRéFET DE LA PROPAGANDE

[Vers décembre 1651] (1)

Eminentissimo e Reverendissimo Signore,

Essendosi preinteso che alcune persone Ecclesiastiche di Francia (2) cercano di ottenere per mezzo della Sacra Congregazione di Propaganda Fede la licenza di formar un nuovo corpo di Missionari in quel regno, e dubitandosi che cio non sia di pregiudizio all’ Istituto della Congregazione de’ Sacerdoti secolari della Missione già istituita apostolica auctoritate nell’istesso regno, sotto il governo di Vincenzo di Paul, Superiore Generale di essa, e distesa ed impiegata da molti anni non solo in Francia, ed in altre provincie della

Appendice 3. — Arch. de la Propag. III Gallia, n° 200, f° 267. Cette supplique, adressée au nom de saint Vincent, est désavouée par lui dans ses lettres 1477 et 1478.

1). Le décret provoqué par cette supplique est du 17 décembre 1651 Nous en donnons le texte dans l’appendice 4.

2).M. de Ventadour.

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Cristianità, a beneficio del popolo ed in servizio del clero, sotto l’autorità degli Illustrissimi Ordinarii, ma anche in partibus infidelium, sotto l’obbedienza di detta Sacra Congregazione. Detto Vincenzo, Superior Generale, umilissimo oratore dell’Eminenza Vostra, temendo con molta ragione che venendo a concedersi la suddetta licenza, la moltiplicità di Congregazioni di Preti secolari, sotto una medesima denominazione e con medesimi impieghi, non rechi gran confusione, supplica umilissimamente l’Eminenza Vostra, si compiaccia averci ogni buona considerazione, ed operare che in questo non si innovi cosa alcuna senza aver inteso il Superiore della Missione di Roma, e si riceverà per grazia singolare dall’Eminenza Vostra. Quam Deus, etc.

Suscription : All’Eminentissimo e Reverendissimo Signore il Signor Cardinale Barberini per Vincenzo di Paul, Superiore Generale della Congregazione della Missione (3).

"Monseigneur,

"Ayant ouï dire que quelques ecclésiastiques de France s'occupaient d'obtenir, par le moyen de cette sainte Congrégation, l'autorisation de former un nouveau corps de missionnaires dans ce royaume, et pensant que cela serait préjudiciable à l'Institut de la Congrégation des prêtres séculiers de la Mission, déjà établie par autorité apostolique dans ce même royaume, sous le gouvernement de Vincent de Paul, supérieur de cette Congrégation, répandue et, occupée, depuis plusieurs années, non seulement en France et autres provinces de la chrétienté, pour le bien du peuple et le service du clergé, sous l'autorité des Ordinaires, mais encore dans les contrées infidèles, sous l'obéissance de cette sainte Congrégation, Vincent, supérieur général, très humble serviteur de Votre éminence, appréhendant, non sans graves motifs, qu'en accordant la susdite autorisation, la multiplicité de congrégations de prêtres séculiers sous une même dénomination et appliquées aux mêmes fonctions ne produise une grande confusion, supplie très humblement Votre éminence de vouloir bien prendre en bonne considération et faire en sorte qu'il n'y ait aucune innovation sur ce point, sans avoir, au préalable, entendu le supérieur de la maison de Rome ; et il regardera comme une faveur bien précieuse de Votre éminence que Dieu… etc."

(Traduction : Boulay, Vie du Vénérable Jean Eudes, t. III, p. 433)

4. — DéCRET DE LA PROPAGANDE

Decretum Sacrae Congregationis Generalis de Propaganda Fide habitae 17 decembris 1651. Ponente Eminentissimo Domino Cardinali Barberino libellum supplicem D. Vincentii de Paulis, superioris generalis Congregationis Missionum in Gallia, petentis ut Sacra Congregatio dignetur nihil innovare superinstantiis de erigenda alia simili Congregatione vel Collegio in dicto regno, Eminentissimi Patres dixerunt nullo modo esse permittendum ut multiplicentur similes Congregationes in eodem regno, ne ipsarum aemulationes in religionis praejudicium vertantur, ac propterea fuit petitioni favorabile responsum : nihil esse innovandum. Imo, si aliqua seminaria vel collegia in Gallia sint erigenda, eadem directioni et gubernio sacerdotum

3) Au dos de l’original sont ajoutés les mots : Racomandato dall’ Eminentissimo Signore ambasciatore di Francia.

Appendice 4. — Arch. de la Propagande III Gallia, n° 200, f° 287

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supradictae Congregationis committantur ; alias Sacram Congregationem nullum super hujusmodi erectionibus dare consensum aut approbationem.

C. Card. PAMPHILIUS.

Dion. MASSARIUS, S. C. secret.

Décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande

Habitæ, 18 décembre 1651.

"Sur la présentation que l'éminentissime Seigneur Cardinal Barberini leur a faite d'une supplique du Sieur Vincent de Paul supérieur général de la Congrégation de la Mission en France, demandant que la sacrée Congrégation daigne ne rien innover, touchant les instances qui lui sont faites d'ériger une autre semblable congrégation ou collège dans le dit royaume, les éminentissimes Pères ont déclaré qu'il ne fallait aucunement permettre que des congrégations semblables se multiplient dans le même royaume, dans la crainte que leurs rivalités ne tournent au préjudice de la religion ; et voilà pourquoi on a répondu favorablement à la demande, qu'il ne faut rien innover. Bien plus, s'il y a quelques séminaires ou collèges à ériger en France, qu'ils soient confiés à la direction, et au gouvernement de la susdite Congrégation : autrement la sacrée Congrégation ne donne point consentement ou approbation à des érections de ce genre.

Dion. Massirius, S.C. secret C. Card. Phamphili"

(Traduction : Boulay, Vie du Vénérable Jean Eudes, t. III, p. 434)

5. — LETTRE DE MARIE-ANGéLIQUE ARNAULD

A MADEMOISELLE DE LAMOIGNON

[Vers le 4 août 1652.]

Ayant appris, Mademoiselle, que M. Vincent a reçu une lettre de la reine de Pologne, par laquelle il dit qu’elle entend que les 12 000 livres qu’elle a envoyées soient distribuées par les dames de sa compagnie, je n’ai pas voulu différer davantage à vous dire que je suivrai d’aussi bon cœur ce nouvel ordre de la reine, que celui qu’elle avait donné auparavant à Mme des Essarts et qu’elle a encore confirmé depuis par la lettre du 9 juin, en réponse de ce que j’avais écrit à Sa Majesté, sur les pensées que j’avais eues pour la distribution de cette aumône, et où elle me fait l’honneur de me dire que j’en fasse ce que je jugerai le plus à propos pour le bien des pauvres.

Il est vrai, ma très chère Sœur, que ce changement m’a un peu surprise, vu principalement que je sais que l’intention de la reine n’est pas que ses aumônes soient si publiques et fassent un si grand bruit, et que je pense la connaître assez pour ne pas me tromper lorsque je me persuade qu’elle eût été aussi satisfaite que cette aumône eût été employée à secourir des besoins d’autant plus extrêmes et plus dignes de pitié, qu’ils sont connus de moins de personnes, qu’à subvenir à des nécessités publiques, qui sont très grandes, mais qui, étant sues de tout le monde, peuvent plus aisément trouver des secours dans la charité des gens de bien, qui, en se défaisant d’une partie de leur luxe et de leurs superfluités, comme ils y sont obligés, selon toutes les lois

Appendice 5. — Lettres de la Révérende Mère Marie-Angélique Arnauld, t. II, p. 165. Cette lettre a trait à l’incident que raconte la lettre 1533.

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de l’église, y remédieront, comme je crois, sans beaucoup de peine.

Il me semble que, si Sa Majesté n’avait point eu d’autre dessein, sinon que cette aumône fût employée en ces sortes de bonnes œuvres dont les dames ont la direction, et non en d’autres, dont je puis connaître la nécessité, elle n’aurait point témoigné désirer que je prisse part à la dispensation de cette charité. Néanmoins, puisqu’on dit que ce nouvel ordre vient de Pologne et qu’il est plus conforme aux intentions de la reine que le premier, je n’ai garde de m’y opposer ; et je trouverai fort bon que Mme des Essarts vous donne tout ce qui reste, pour en disposer comme il vous plaira.

Je suis, etc.

le Mardi 28 Avril 1992.

Sœurs DESMARS et RABILLER

Cl. LAUTISSIER

CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,

88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.

SAINT VINCENT DE PAUL

SAINT VINCENT DE PAUL

CORRESPONDANCE

Tome V.

1646. — A JEAN DEHORGNY

De Paris, ce 8 août 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je me donne l’honneur d’écrire à Mgr le cardinal Altieri (1), selon votre souhait et le sens que vous m’avez marqué. Vous lui rendrez ma lettre, si vous la trouvez assez bonne ; sinon, vous me manderez ce qu’il y aura à réformer, afin que j’en fasse une autre. Je l’ai faite en français, supposant qu’il l’entend ; et s’il le faut, vous la ferez mettre en latin (2),

Je vous prie de rendre visite à Mgr le cardinal Antoine pour lui faire un renouvellement des offres de notre obéissance et l’assurer de ma part qu’aussitôt que j’ai su qu’une partie de son bagage et de ses gens ont été pris et menés en Alger (3), j’ai écrit au consul (4) pour les

Lettre 1646. — L. a — Dossier de Turin, original.

1). Jean-Baptiste Altieri, frère de Clément X, évêque de Todi (1643.1654), nommé cardinal en 1643, mort à Narni le 25 novembre 1654. Il fut un des plus puissants protecteurs du saint à Rome.

2). Ces derniers mots, depuis et s’il le faut, sont de la main du saint

3). Surpris par des pirates turcs le 5 juillet 1653 alors qu’il allait sur mer de France en Italie, le cardinal Antoine Barberini ne leur échappa qu’en s’échouant sur les côtes de Monaco. Les corsaires pillèrent le navire, qui portait ses bagages, et emmenèrent en Barbarie soixante-dix personnes de sa suite.

4.) Jean Barreau.

- 2 -

y recommander, à ce qu’il les assiste et s’emploie pour eux de tout son pouvoir. Madame la duchesse d’Aiguillon a fait de même. Vous le trouverez un peu froid à mon égard ; ne laissez pas de le voir parfois, pendant que vous êtes à Rome (5)

M. Ozenne part demain avec notre frère Duperroy (6) pour la Pologne. Tout va son petit train de deçà, où vous êtes attendu avec désir et patience ; ce qui fait que je ne réponds autre chose à votre dernière lettre, persévérant à ce que je vous ai mandé par mes précédentes, notamment par ma dernière (7). Certes, si vous saviez l’accablement où je suis, vous quitteriez volontiers toute autre chose pour venir à notre secours ; et, dans cette espérance, je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.

5) Ces mots, depuis Madame la duchesse, sont de la main du saint.

6). Nicolas Duperroy, né à Maulévrier (Seine-Inférieure), le 16 janvier 1625, entré dans la congrégation de la Mission le 13 septembre 1651 ordonné prêtre le 4 avril 1654, reçu aux vœux le 13 décembre 1663. Il fut brutalisé par les Suédois après la prise de Varsovie et laissé pour mort, fut deux fois atteint de la peste et souffrit longtemps d’une carie douloureuse. René Alméras le nomma supérieur en 1670. Sa maison le délégua à l’assemblée générale de 1673. Il revint en Pologne et continua de gouverner la Mission jusqu’en 1674. Nous perdons ensuite ses traces.

7). Ces mots notamment par ma dernière sont de la main du saint.

- 3 -

1647. — AUX FILLES DE LA CHARITé DE NANTES

Mes chères Sœurs,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ayant su la retraite de votre maison d’une de vos sœurs, je suis obligé de vous en témoigner la douleur que j’en ai, qui m’est très sensible. Néanmoins son mauvais exemple ne vous doit point émouvoir. Il n’y a point de compagnies, pour saintes qu’elles soient, où il n’arrive de accidents ; ce qui est même arrivé en celle de Notre-Seigneur. Plusieurs milliers de personnes l’ont suivi, qui par après l’ont délaissé et abandonné au plus grand besoin. Ce n’est donc pas merveille si parmi des filles il y en a quelqu’unes qui perdent courage au fort de la tentation. N.-S. a permis cela d’une d’entre vous pour humilier les autres ; et comme les apôtres après avoir abandonné N.-S. et qu’un d’entre eux l’eut vendu, se réunirent pour ne se séparer de cœur et d’affection, en sorte que les menaces, ni la mort même, n’ont pu rompre cette union, ni] es empêcher de publier la foi que leur Maître leur avait enseignée, de même, mes Sœurs, vous devez profiter de la séparation de votre sœur et vous unir plus étroitement que jamais. Cependant je prie Dieu qu’il soit lui-même le lien de vos âmes ; car, en ce cas, mes Sœurs, rien ne sera capable de vous ébranler, vos travaux en seront plus légers, vos conversations plus saintes, vos personnes et vos exercices plus agréables à Dieu, enfin votre petite compagnie sera

Lettre 1647. — Manuscrit de la Chambre des Députés

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comme un petit paradis, qui répandra dedans et dehors une suave odeur.

Je me recommande à vos prières et suis….

1648. — A NICOLAS GUILLOT, PRêTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE (1)

Du 15 août 1653.

Je conçois de nouvelles espérances par toutes vos lettres que Dieu vous bénira de plus en plus en votre personne et en vos emplois. Je l’en prie de tout mon cœur. Néanmoins par une de ces lettres j’ai trouvé quelques mots qui sentent le murmure de ce que les affaires qui nous regardent n’avancent point et qu’on ne les prend pas ni du biais ni si fort à cœur que vous souhaitez. Or je vous dois dire, Monsieur, que vous ferez sagement de vous abstenir d’en parler à d’autres, parce que c’est un crime de décréditer la conduite et les intentions des grands, et qu’il est de la piété des personnes de notre sorte de penser bien des choses bonnes et de parler de même de ceux à qui nous avons quelque obligation. Je pense vous avoir déjà touché quelque chose sur ce sujet, et j’espère que ce sera ici la dernière fois, parce que, par votre dernière du 25° septembre (2) je vous vois non seulement persuadé de ces vérités, mais en soin d’établir les Filles de la Charité dans une grande retenue pour

Lettre 1648. — Reg. 2, p. 329.

1). Le registre 2 ne donne pas le nom du destinataire ; mais le contenu de la lettre, comparé au contenu des lettres 1624 et 1679, ne permet pas de douter que ce ne soit Nicolas Guillot, sur qui reposait la direction des Filles de la Charité de Pologne, dont l’établissement n’était pas encore bien assuré.

2). La lettre est datée du 15. août ; ou cette date est erronée, ou, si elle est exacte, nous devrions avoir ici 25 juillet et non 25 septembre. Le copiste a eu une distraction.

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ne se plaindre jamais du procédé d’autrui à leur égard, ni contrôler ses actions ; ce qui est d’autant plus à désirer qu’elles ne sont au monde, non plus que nous, que pour recevoir et accomplir les ordres de Dieu. Il nous suffit que de notre côté nous tâchions de ne rien omettre de ce qui peut avancer son œuvre, sans blâmer les autres du retardement. J’approuve le reste des bonnes leçons que vous leur avez faites, dont même je suis fort édifié, ne doutant pas que vous ne soyez le premier à faire ce que vous leur enseignez.

1649. — A MADAME DOUJAT (1)

16 août 1653.

Madame,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je me donne la confiance de vous supplier très humblement d’avoir agréable de recommander à M. Doujat (2) l’affaire de Mesdemoiselles de la Barre, mère et fille, qui ont épousé depuis peu M. le sénéchal de Richelieu et M. son fils, avocat de la cour, présent porteur, dont mondit sieur Doujat est rapporteur (3) Il s’agit d’un affaire qui regarde la gloire de Dieu et le salut de ces demoiselles, pource qu’étant ci-devant de la religion prétendue, elles se sont faites catholiques incontinent

Lettre 1649. — Reg. 1, f° 71, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

1). Catherine Targer, fille de Louis Targer, secrétaire du roi et de Geneviève Soulas, mariée en 1649 à Jean Doujat.

2). Jean Doujat fut reçu conseiller au parlement le 30 août 1647, en devint doyen en 1693 et mourut en 1710.

3). Pierre de la Barre, sénéchal de Richelieu, avait un fils Armand et une fille Marie. Il épousa en 1653 une veuve, Marie Baratteau, mère de deux filles, Anne et Marie, et mourut quelques mois après, en octobre.

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après le mariage contracté ; et c’est ce qui fait que plusieurs de ce parti-là se remuent en faveur des enfants du premier lit de cette bonne demoiselle, qui agissent contre leur mère. Ayez agréable, Madame, je vous en supplie, de protéger ces bonnes demoiselles ; et, outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, je vous en serai très obligé, qui ai obligation de servir en cet affaire, qui suis, en l’amour de N.-S…

1650. — A LA SŒUR JEANNE LEPEINTRE

De Paris, ce 20 août 1653.

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres. J’ai grande affliction de ce qui se passe parmi nos sœurs. C’est donner beau jeu au monde et à l’esprit malin pour se défaire de vous et d’elles. Dieu pardonne à ceux ou celles qui causent cette division ! Lorsque le dehors vous laisse en paix, vous vous faites la guerre au dedans ; oh ! quelle pitié ! Je sais bien que ce n’est pas votre faute et qu’il ne tiendra pas à vous que la mésintelligence ne cesse. Pour y remédier, j’ai prié M. Alméras de vous aller voir et de faire ce que M. Truchart lui ordonnera ; c’est un de nos anciens et de nos meilleurs prêtres, que nous envoyons en Bretagne pour y visiter nos maisons, et qui pourra être à Angers lorsque la présente vous sera rendue, et où je lui écris de s’en aller à Nantes, ma lettre reçue. N’en dites rien à personne (1)

Lettre 1650. — L- s — Dossier des Filles de la Charité, original

1). René Alméras alla à Nantes, y fit la visite et demanda le

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Je communiquerai à Mademoiselle Le Gras ce que vous m’écrivez de cette bonne fille qui veut entrer en votre compagnie, et ensuite nous vous ferons savoir notre pensée.

Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, grâces à Dieu, en qui je suis, ma Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Mandez-moi au plus tôt si cette fille a été tourière à Sainte-Marie de Nantes, et combien de temps avant de l’être à La Flèche, ou si elle a été sœur domestique au même monastère de La Flèche. L’on vous écrira au plus tôt la résolution (2)

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne Lepeintre, Fille de la Charité, servante des pauvres malades de l’hôpital de Nantes, à Nantes.

1651 — A PIERRE DU CHESNE

[1653] (1)

J’ai prié M.. Chrétien de se tenir quelque temps à Marseille pour vous donner les lumières requises au fait de la charité qu’il exerce pour recevoir et faire tenir la rançon des pauvres esclaves de Barbarie ; en quoi il fait l’office des anges, qui négocient notre salut en terre, envoyant ou présentant à Notre-Seigneur les bonnes

déplacement de deux sœurs, ce qui rétablit l’ordre et la paix. (Cf Lettres de Louise de Marillac, 1. 372 et 1. 373.)

2). Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1651 — Reg. 2, p. 143. La lettre est adressée "à M. du Chesne, qui devait aller supérieur à Marseille"

1) Ce fut en 1653, avant le mois de novembre, que Pierre du Chesne. alla remplacer Jean Chrétien à Marseille. (Cf. 1. 1668.)

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œuvres qu’il a plu à sa divine bonté nous faire faire pour le rachat de nos péchés. Je vous prie, à ce propos, d’offrir l’état de votre personne à Notre-Seigneur, afin qu’il vous redonne la santé pour aller visiter nos pauvres confrères qui sont en Barbarie.

1652.- LES éCHEVINS DE RETHEL A SAINT VINCENT

De Rethel, ce 8 septembre 1653 ;

Monsieur,

Depuis deux ans, la Champagne, et particulièrement cette ville, ne subsiste que des charités que vous y avez fait départir. et à présent tout le pays demeurerait désert et abandonné, et tous les habitants qui restent mourraient de faim si vous n’y aviez prévenu par l’envoi de l’un de votre maison qui en prend un soin très particulier et exerce, par vos ordres, des grandes charités envers eux, laquelle les relève de l’extrême misère et leur donne la vie. Tout le pays vous en est extraordinairement obligé, principalement cette communauté, qui a une prière à vous faire, laquelle elle se promet que vous ne lui dénierez pas, étant, comme elle est, juridique et pleine de compassion, qui n’est autre que d’assister les pauvres malades de l’armée et les blessés à notre reprise, que l’on a laissés dans notre hôpital ; lequel, n’étant point en état de leur donner le secours nécessaire, pour être privé du peu de revenu qu’il a par la dévastation de toute la campagne, est contraint de recourir à votre bonté et la supplier, en prenant compassion des pauvres misérables, exercer quelque charité vers eux, pour leur donner moyen de guérison et leur rendre la vie, afin de continuer dans le service qu’ils ont voué dès longtemps au roi. Si nos pertes, causées par quatre sièges que nous avons soufferts depuis deux ans ne nous avaient réduits dans l’impuissance de les pouvoir secourir, nous ne vous ferions cette prière importune, laquelle vous ne désagréerez pas, quand vous considérerez notre zèle et notre affection. Ce nous sera un surcroît des obligations que nous vous avons de vos bienfaits.

Suscription : A Monsieur Vincent, général des Pères de la Mission, à Paris.

Lettre 1652. — Arch. mun. de Rethel GG 80.

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1653. — A UNE DEMOISELLE D’ARRAS

10 septembre 1653.

Mademoiselle,

J’ai reçu et lu votre lettre avec grand respect, et la conserve de même, voyant par icelle l’esprit qui vous anime, qui est celui de N..-S., si me semble ; mais j’ai grande confusion de la proposition que vous me faites, qui suis l’homme du monde le plus indigne de vous donner avis sur cela. Je vous dirai néanmoins, dans la simplicité que je professe, qu’il est difficile de donner un solide avis si l’on ne sait les circonstances d’un affaire ; en celui-ci, par exemple, comme quoi la pensée de ces bonnes religieuses vous est venue, si vous en aviez une générale auparavant de faire quelque bien semblable ou dissemblable, ou si cela vous est venu tout d’un coup, sans y avoir pensé, d’où vient la pensée de changer de dessein, si c’est ou pource que vous n’avez pas trouvé ce que vous cherchiez en ces bonnes filles, ou pource que vous voyez un plus grand bien à faire, et comme cette pensée vous est venue. Bref il aurait été à souhaiter que vous m’eussiez fait l’honneur de m’écrire ces circonstances et semblables. Or je vous dirai, Mademoiselle, néanmoins que, si vous avez recommandé l’affaire des Brigittines à Dieu et avez pris conseil de personnes de piété et avez passé contrat ensuite avec ces bonnes religieuses, qu’il semble qu’il s’en faut tenir là ; mais, si quelqu’une de ces circonstances manque en cet affaire, notamment celle d’avoir passé contrat, et vous voyez quelque chose de plus important à la gloire de

Lettre 1653. — Reg. I, f° 32, copie prise sur la minute autographe

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Dieu et sentez attrait pour cela, je pense, Mademoiselle, que vous ferez bien de recommander la chose à N.-S., et de prendre avis des personnes de singulière piété et désintéressées, et de suivre l’attrait de N.-S., de l’avis de ces personnes-là. N.-S. ne permettra pas que vous vous trompiez en en usant de la sorte, ains vous fera la grâce de faire ce qui sera le mieux pour sa gloire, pour le bien de son église et pour la sanctification de votre chère âme, que je recommande à N.-S. avec toutes les tendresses de mon cœur, qui suis, en son amour…

1653 bis. - à Charles Ozenne

à Douvres

Jeudi 11 septembre 1653

Voir le texte retrouvé à la fin de ce tome V.

1654. — A LA MèRE MARIE-AGNES LE ROY

[Septembre 1653] (1)

Eh bien ! ma chère Mère, voilà de bonnes nouvelles, Dieu merci (2) ! Béni soit Jésus-Christ Notre-Seigneur ! Il me semble que votre cœur a un peu de douleur sur ce

Lettre 1654. — Année sainte des religieuses de la Visitation Sainte-Marie, t. V, p. 543.

1). Voir note 2.

2). Le vaisseau qui portait Charles Ozenne et les filles de la Visitation destinées à la Pologne venait d’être capturé par des corsaires anglais ; ce fut la nouvelle de ce fâcheux accident qui provoqua la lettre ci-dessus

Par un contrat passé le 14 octobre 1649 avec la Mère Marie-Agnès Le Roy, supérieure du second monastère de Paris, la reine de Pologne s’était engagée à donner 60.000 livres pour la construction d’un monastère et 6.000 livres de rente pour frais d’entretien. Elle demandait aux religieuses de prendre gratuitement autant de jeunes filles qu’il serait possible, sans compter celles qui payeraient pension. La reine fit agir Madame de Lamoignon et envoya M. des Noyers en France pour traiter l’affaire. Les religieuses furent choisies et les meubles préparés. On n’attendait que la fin des troubles de Paris pour partir. Dans une de ses visites au couvent, l’archevêque parla des difficultés de l’entreprise et conseilla d’en retarder l’exécution. La reine de Pologne chercha vainement à le fléchir ; le prélat refusa les obédiences. Dans l’impossibilité où l’on se trouvait de supprimer la difficulté, on la tourna. La Mère Le Roy demanda aux supérieures des couvents d’Annecy et de Troyes de

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qu’on nous impute tout ceci. Tant mieux, ma chère Mère ; n’êtes-vous pas trop heureuse d’être blâmée pour un si bon sujet ? Vous pouvez bien penser que j’en ai ma bonne part. Certes, le bien n’est pas bien si l’on ne souffre en le faisant. "La charité est patiente (3)", dit l’Apôtre ; il y a donc à souffrir dans les devoirs de charité, et même il est fort à craindre que le bien qu’on fait sans souffrance ne soit pas un bien parfait ! Le Fils de Dieu nous montre cette vérité, ayant tant voulu souffrir en tous les biens qu’il nous a faits. Souffrons donc courageusement et humblement, ma chère Mère. Peut-être trouverez-vous au ciel que c’est ici un des biens plus agréables à Dieu que vous ayez jamais faits. Si vous avez quelque nouvelle, je vous prie de m’en faire part et de me mander les jours qu’on écrit à Douvres.

VINCENT DEPAUL.

1655. — A LA PROPAGANDE

Eminentissimi et Reverendissimi Domini,

Postquam audivimus eximia christianae fidei in regnis

vouloir bien donner le nombre de sœurs nécessaires. Les sœurs de Troyes arrivèrent au second monastère de Paris le 9 juin, et celles d’Annecy le 9 juillet. Elles quittèrent Paris le 9 août en compagnie de M. de Monthoux, leur confesseur, de Charles Ozenne et du frère Duperroy, et s’embarquèrent à Dieppe, le 20, sur un bateau hambourgeois. Le 21, à 2 heures de l’après-midi, le vaisseau fut attaqué, pris et pillé par des corsaires Un ordre venu de Londres permit aux passagers de descendre à terre, à Douvres où on les retint prisonniers. La liberté ne leur fut rendue que le 5 octobre, et ce jour-là les religieuses reprirent le bateau pour la France. Elles laissaient à Douvres Charles Ozenne et le frère Nicolas Duperroy, qui se proposaient de continuer leur voyage jusqu’en Pologne. (Bibl. Maz., ms. 2438)

3). Première épître aux Corinthiens XIII, 4.

Lettre 1655. — Le texte que nous suivons ici (Arch. des Missions-Etrangères, vol.114, p 434) n’est pas l’original, puisque toutes les

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Tunchini et Cocincinae incrementa, exarsimus omnes incredibili desiderio juvandi omni ope populos quos ex errorum tenebris erutos vocare incipit Christus, justitiae Sol. Id autem persuasum omnino habemus nulla ratione posse perfici, nisi eo duo aut tres episcopi quamprimum mittantur, qui nascenti huic Ecclesiae opem afferant, et, quod caput est, consecrent sacerdotes, quorum penuria efficit quotidie ut moriantur innumeri fideles absque praesidio ullo sacramentorum, quod sane dolendum est atque omni nostra cura impediendum.

Cui tanto ac tam gravi malo, ut pro virili parte nostra remedium aliquod afferatur, ab Eminentissimis Dominationibus Vestris omni obsecratione postulamus ut de aliquot episcopis ad eas provincias mittendis serio cogitare velint, praesertim cum habeamus hic ad manum selectos tres sacerdotes notissimae probitatis, qui ad id munus adeo asperum et difficile ultro animas suas devoveant, parati pro Christo difficillimum iter illud suscipere et in remotissimis illis regnis toto vit. ae tempore strenuissime laborare.

Deinde reditus etiam certi et stabiles ad eorum sustentationem parati habentur, quos si videatis collocari debere Avenioni, ultro etiam annuunt et facturos se pollicentur piissimi quidam viri qui ad opus hoc praestantissimum bona sua liberalissime contulerunt, gaudentque plurimum fructus illos dispensari dumtaxat illis qui laboraturi sunt in illis Ecclesiis ; qui vero aut in Europa consisterint, vel in eam postea redierint,

signatures sonl de la même écriture. D’autre part, les ratures laissent supposer que ce n’est pas une simple copie. Ce serait croyons-nous, la minute de l’original, à laquelle on aurait ajouté après coup la date, les signatures et la suscription, qui sont d’une autre main,

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illi pecuniarum earum partem nullam habeant, reservandam iis qui vineas eas excolent (1).

Quae cum ita sint fixa et constituta, speramus nihil esse posse quod negotium istud retardare possit, idque a vobis cupidissime postulant

Eminentissimarum Dominationum Vestrarum humillimi et devotissimi servi.

HENRICUS SABAUDIA, archiepiscopus dux Remensis nominatus, HENRICUS, episcopus Aniciensis (2) VINCENT DEPAUL, COLOMBET, curé de Saint-Germain, LAISNé-LA MARGUERIE, BARRILLON (3) ALBON (4) LA MOTHE-FéNELON (5) INGRIN, DUFOUR, BOULEAU (6) DROUARD, BURLAMACCHY’(7) DU PLESSIS.

17 septembre 1653 (8)

Suscription : Eminentissimis ac Illustrissimis Dominis,

1) Chaque vicaire apostolique devait toucher deux cents écus de revenu, somme plus que suffisante pour des pays où la vie était à bon marché. L’acte de constitution des fonds a été publié par M. Launay dans les Documents historiques sur la Société des Mssions-Etrangères, p. 522.

2). Henri de Maupas du Tour.

3). Antoine Barrillon, seigneur de Morangis, conseiller d’état.

4). Gilbert Antoine, comte d’Albon, mort en 1680. Il avait épousé, le 2 août 1644, Claude Le Bouthillier de Rancé.

5). Antoine de Salignac, marquis de La Mothe-Fénelon, oncle de l’archevêque de Cambrai, était né en 1621. Sur les conseils de Jean-Jacques Olier, qui l’avait ramené à Dieu, il avait quitté momentanément l’armée pour s’adonner aux œuvres de zèle et de piété. Il fut l’âme et le chef de la ligue formée par plusieurs gentilshommes contre le duel Veuf à trente-trois ans, il perdit son fils au siège de Candie et mourut lui-même le 8 octobre 1683, digne des éloges que son illustre neveu devait lui décerner

6). Peut-être Abraham Bouleau, membre de la Compagnie du Saint- Sacrement.

7) Sauveur Burlamacchi de Lucues, marié à Marguerite Lumagne, mort en 1671

8) Une main étrangère a ajouté au début de la lettre : 29 septembre 1653.

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Secretario Congregationis de Propaganda Fide, Romae (9)

TRADUCTION

Ayant appris les étonnants progrès de la foi chrétienne dans les royaumes du Tonkin et de la Cochinchine, nous avons senti notre cœur brûler d’un désir ardent d’aller au secours de ces peuples ensevelis dans les ténèbres de l’erreur, qui commencent à entendre l’appel de Jésus-Christ, le soleil de justice Nous sommes fermement convaincus que la condition nécessaire pour aboutir est l’envoi immédiat de deux ou trois évêques dans cette église naissante, pour l’évangéliser et surtout pour ordonner des prêtres ; car le nombre de ceux qui s’y trouvent est si réduit que beaucoup de fidèles, fait déplorable et auquel il faut porter remède à tout prix, meurent tous les jours sans sacrements.

Pour obvier dans la mesure de nos forces à un si grand mal, nous vous demandons avec instance, Eminentissimes Seigneurs, de vouloir bien songer sérieusement à l’envoi de quelques évêques dans ces provinces. Nous avons ici sous la main trois prêtres choisis, d’une probité connue, tout dévoués à cette œuvre si dure et si difficile, prêts à entreprendre pour le Christ ce voyage plein de dangers et à travailler sans répit toute leur vie dans ces royaumes lointains.

De plus, des revenus assurés et permanents ont été recueillis pour leur entretien. Si vous jugez bon que les fonds soient placés à Avignon, les personnes de piété qui ont concouru libéralement de leurs biens à ce bon œuvre y consentent volontiers et en font la promesse. Elles ont fort à cœur que ces revenus soient exclusivement réservés à ceux qui travailleront dans les églises susdites, et qu’aucune partie n’en soit distraite pour ceux qui seraient restés en Europe ou y seraient retournés.

Les choses étant ainsi fixées et établies, nous avons la confiance qu’aucun obstacle ne retardera la réalisation de ce projet, et c’est ce que demandent avec insistance

9) A la suite du texte que nous suivons, sont écrits les mots : "Depuis, la chose étant agréée à Rome, l’on a nommé, pour et au nom des bienfaiteurs, Messieurs de la Marguerie Morangis et Drouard pour fondateurs, fait le contrat avec le collège de Rennes et le général, rescrit de la Congrégation de Propaganda Fide au général et au cardinal Antoine, et fait sa supplique pour sa fondation. Die 23 avril 1654."

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De Vos Seigneuries Illustrissimes les très humbles et très dévoués serviteurs,

HENRI DE SAVOIE, archevêque nommé et duc de Reims, HENRI, évêque du Puy, VINCENT DE PAUL, COLOMBERT, curé de Saint-Germain, LAISNé-LA MARGUERIE, BARRILLON, ALBON, LA MOTHE-FENELON INGRIN, DUFOUR, BOULEAU, DROUARD, BURLAMACCHY, DU PLESSIS.

17 septembre 1653.

Suscription : Aux Eminentissimes et Illustrissimes Seigneurs, au Secrétaire de la Congrégation de la Propagande, à Rome.

1656 — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 20° septembre 1653.

Ma Sœur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu vos lettres. Je vous prie de remettre à Mademoiselle Rigault, qui a charité pour les pauvres et qui prend soin de ceux d’étampes, les enfants orphelins que vous nourrissez et toutes les choses que vous avez qui appartiennent aux pauvres, soit argent, farine, bois, beurre et autres choses ; et, cela fait, venez-vous-en ici. Mademoiselle Le Gras a besoin de vous, et votre compagnie sera bien aise de vous voir, après avoir tant travaillé et si utilement que vous avez fait, dont je rends grâces à Dieu. Vous nous apporterez, s’il vous plaît, l’argent que vous avez reçu de la vente de notre blé ; et n’en vendez plus ; nous en aurons peut-être à faire

Je me recommande à vos prières et je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 1656. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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Nous enverrons un frère de delà la semaine prochaine, auquel vous délivrerez l’argent de notre blé.

Suscription : A la sœur la sœur Jeanne, Fille de la Charité, servante des pauvres malades d’étampes, à étampes.

1657. — A JACQUES LE SOUDIER

De Paris, ce 20e septembre 1653.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Puisque votre santé n’est pas entièrement rétablie et que nous approchons de l’hiver, je tâcherai de faire en sorte que la maison de Toul s’échappe jusqu’au printemps sans chef, bien que, avec grand sujet, elle nous presse de lui en envoyer un. Cependant je vous prie de faire les missions que vous voyez qui sont à faire et que M. le grand vicaire de Meaux (1) nous demande.

Nous prierons Dieu qu’il bénisse vos travaux, et je ne puis que je ne le remercie de votre disposition à suivre promptement et amoureusement les ordres de la sainte obéissance. Je le remercie aussi du bon état de votre famille et je le prie qu’il y répande de plus en plus son esprit par votre moyen.

Il faut poser ce fondement que, M. de Lorthon (2) étant votre fondateur, nous devons faire pour lui tout ce qui nous est possible. Selon cela, je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, de tenir chez vous M. son neveu, et d’en avoir un soin tout particulier Je ne

Lettre 1657. — L s. — Dossier de Turin, original.

1) Antoine Caignet.

2). Conseiller-secrétaire du roi.

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doute pas qu’il ne vous donne à souffrir, mais c’est aussi un moyen pour reconnaître les bienfaits de M. son oncle et en mériter la continuation. Il n’est pas encore capable de la philosophie, et M. Florent (3) l’est de lui enseigner la rhétorique ; car il m’a dit, si je ne me trompe, qu’il l’a autrefois enseignée. C’est pourquoi, Monsieur, faites-lui-en faire un essai. Que si le jeune homme est déjà bon rhétoricien et en état de commencer sa philosophie, ce que je ne crois pas, en ce cas néanmoins il faudra proposer à M. de Lorthon d’avoir agréable qu’il la vienne étudier au séminaire de Saint-Charles, où on la doit enseigner après ces vacations.

Nous vous envoyons par ce porteur votre chemisette de ratine et de la toile Gautier, mais non pas le bandage, parce qu’il ne s’en est pas trouvé de faits qui vous fussent propre. Le frère Alexandre (4) en a commandé un, qui ne sera prêt qu’à ce soir ; il vous l’enverra par le messager.

Je vous prie d’envoyer ce porteur ou quelqu’autre à Montmirail porter la lettre que j’écris à M. Champion, qui est importante et pour chose pressée. Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Je suis toujours, mais de toute l’étendue de mon cœur, en celui de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Depuis la présente écrite, j’ai pensé qu’il n’est pas expédient de faire la proposition de Saint-Charles à M. de Lorthon, pour quelque raison particulière que j’ai.

3) Jean-Baptiste Florent, né à Lille, reçu dans la congrégation de la Mission le 11 novembre 1645, à l’âge de vingt-trois ans.

4). Alexandre Véronne.

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Je vous prie de m’envoyer une composition du jeune homme, afin que je voie de quoi il est capable. Votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

suscription : A Monsieur Monsieur Le Soudier, supérieur des prêtres de la Mission de Crécy, à Crécy.

1658 — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 25e septembre 1653.

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ai écrit de remettre les enfants et tout ce que vous avez qui appartienne aux pauvres, ès mains de Mademoiselle Rigault ; mais pource qu’elle est encore à Paris, comme je crois, je vous prie de l’attendre, et, quand elle sera arrivée, de la presser fort de donner le soin desdits enfants à quelque bonne femme du lieu. On lui a donné ici de l’argent pour continuer à les nourrir. Vous ne partirez donc point d’étampes qu’elle n’ait trouvé cette femme, pour faire ce que vous faites ; et alors vous me le manderez, et je vous écrirai de vous en venir ; mais ne le faites pas, s’il vous plaît, que vous n’ayez un nouvel ordre de moi ou de Mademoiselle Le Gras.

Je me recommande à vos prières et je prie Dieu qu’il vous bénisse. Ayez soin de votre santé

Lettre 1658 — L a — Dossier des Filles de la Charité, original

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Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne, Fille de la Charité, servante des pauvres d’étampes, à étampes.

1659. — AU CARDINAL FABIO CHIGI

3 octobre 1653.

Monseigneur,

Le rang que Votre éminence tient en l’église et la haute réputation où elle est parvenue par les incomparables mérites de sa personne sacrée, aussi bien que par l’heureux succès de tant d’affaires importantes qu’elle a négociées, m’obligent de me prosterner en esprit à ses pieds pour lui offrir les chétifs services de la petite congrégation de la Mission et les miens en particulier. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’excuser la hardiesse que je me donne en cela et d’avoir agréable de prendre la même compagnie sous la protection de Votre éminence, notamment les prêtres de la Mission de Rome, que le Pape Urbain VIII a eu la bonté d’y recevoir. Et combien que nous ne puissions mériter un si grand bien par nos services, étant indignes de vous les rendre et par conséquent de vous les offrir, nous tâcherons au moins de le reconnaître par nos prières, à ce qu’il plaise à Dieu, Monseigneur, de vous conserver longuement et d’accomplir de plus en plus vos saintes intentions pour

lettre 1659.- Reg. 1. f°,54, copie prise sur la minute "non signé"

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le bien de son église. Certes, Monseigneur, ce m’a été une indicible joie d’apprendre combien Votre éminence aime le bienheureux évêque de Genève et l’état qu’elle fait de ses écrits et de ses filles de la Visitation. La part que je prends à leurs intérêts, pour avoir été honoré de la bienveillance de ce digne prélat pendant sa vie et de la direction de leurs monastères de Paris depuis leur institution jusqu’à présent, m’obligent d’en remercier Votre éminence avec toute l’humilité et la soumission qui me sont possibles, qui suis de même, en l’amour de N.-S., Monseigneur, son…

1660. — AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI,

PRéFET DE LA PROPAGANDE

Monseigneur,

Je me réservais à me donner l’honneur d’écrire à Votre éminence jusqu’à ce que j’eusse reçu des lettres d’Alger sur l’état présent de ses domestiques menés esclaves en cette ville-là, d’autant que, dès lors que j’eus avis de cet accident, j’écrivis au consul pour lui recommander les intérêts et les gens de Votre éminence, à ce qu’il eût grand soin de les servir de toutes les manières possibles ; ce qu’il fera sans doute. Mais, comme sa réponse tarde à venir, Monseigneur, je ne puis différer davantage de renouveler à Votre éminence les offres des services très humbles de notre petite compagnie et de mon obéissance perpétuelle, ainsi que je fais avec le respect et l’affection que je

Lettre 1660 — Reg I, f° 54, copie sur la "minute non signée"

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le puis. Je supplie très humblement Votre éminence de l’avoir agréable et d’avoir la bonté d’honorer de sa protection la même compagnie, particulièrement notre famille de Rome, ainsi qu’elle a toujours fait ; de quoi, Monseigneur, nous prierons Dieu qu’il soit votre éternelle récompense et qu’il nous fasse dignes des commandements de Votre éminence, l’assurant que, si jamais nous en sommes honorés, nous les recevrons c : comme une bénédiction de Dieu et un moyen de reconnaître aucunement vos incomparables bienfaits, desquels j’espère la continuation de la bonté de Dieu et de celle de Votre éminence, dont le propre est de se communiquer à ceux qui le méritent le moins. Avec cette grâce, Monseigneur, nous lui demanderons instamment votre chère conservation pour le bien de son église. C’est ce que nous faisons tous les jours, Monseigneur, particulièrement moi, qui ai le bonheur d’être plus que personne du monde, en l’amour de N.-S., de Votre éminence, Monseigneur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.

1661. — A MATHURIN GENTIL

De Paris, ce 4° octobre 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu plusieurs lettres de votre part devant et après ma retraite. Je ne me suis pas pressé de rien ordonner touchant les scandales arrivés sur les changements des images, pource que M. Alméras, qui est à

Lettre 1661. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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présent sur son retour de Bretagne, à charge de vous aller visiter, et que je lui ai laissé la connaissance de cet affaire, pour y appliquer le remède qu’il jugera convenable. Néanmoins, puisque je vous écris sur ce sujet, je pense vous devoir dire, et vous prier d’en avertir tous vos confrères de ma part, qu’il n’est pas loisible à personne qu’au supérieur de se mêler de ce qui est à faire ou à ne pas faire dans la maison ; et j’en renouvelle la défense à chacun en particulier, attendant que le visiteur vous la fasse à tous en général.

Je vous remercie des avis que vous m’avez donnés Nous faisons revenir M. Guesdon, et je lui écris à cet effet. J’espère que M. Alméras remédiera au reste et que vous contribuerez de plus en plus à l’union et au bon ordre de la famille l’en prie Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Gentil, prêtre de la Mission, au Mans.

662. — A MARC COGLéE

De Paris, ce 3 octobre 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je fis réponse à vos lettres mercredi, et n’ai rien à

Lettre 1662 — L s — Dossier de Turin, original

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vous dire de nouveau, sinon que je suis toujours en peine de vos malades et de vos accablements, et que nous continuons nos prières à Dieu qu’il vous conserve et vous fortifie tous, s’il lui plaît.

Le sujet de la présente est pour vous dire qu’hier nos dames de la Charité vous ont accordé 200 livres pour distribuer à vos pauvres malades et languissants, selon que vous avez accoutumé. J’en donne avis à M. de Séraucourt, à Reims, afin qu’il vous les fasse tenir ; sinon, vous les pourrez prendre à Sedan et en tirer lettre de change sur nous. Mandez-moi au plus tôt jusqu’à quel mois vous avez reçu les aumônes déjà ordonnées, et combien pour le dernier mois. Je suis cependant en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur des prêtres de la Mission de Sedan, à Sedan.

1663. — A NICOLAS GUILLOT

De Paris, ce 10° octobre 1653.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Depuis que je ne vous ai écrit, j’ai reçu deux de vos lettres, des 24 août et 8 de septembre. Cette réception m’a bien donné de la joie ; mais je vous avoue aussi que j’ai bien eu de la peine à les lire, à cause de votre mauvais caractère, qui me fait perdre du temps et quel

Lettre 1663 — L s — Dossier de Pologne, original

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que fois le sens de votre discours. Je vous prie de vous étudier à mieux écrire, à bien former les lettres et à séparer les mots ; et ainsi vos écrits m’apporteront une double consolation.

Les religieuses sont encore arrêtées à Douvres avec les ecclésiastiques qui les accompagnent (1) quoique le parlement d’Angleterre leur ait accordé la liberté et mainlevée du vaisseau et des hardes ; mais il faut que cet arrêt passe par l’amirauté ; en quoi ils trouvent plus de longueurs qu’au reste, ce qui commence à les ennuyer, ainsi que M. Ozenne me le mande par sa lettre du 3 de ce mois. Dieu veuille qu’ils en soient à présent dehors et en état de se remettre en mer ! Mais ce sera plutôt pour repasser en France que pour aller en Pologne, tant à cause que la mer est couverte de pirates, que de la saison avancée, qui rend ce voyage difficile et dangereux, particulièrement pour des filles. Quant à M. Ozenne, il me mande que, bien qu’elles demeurent, il ne laissera de s’en aller ; mais, comme il n’a aucun passeport et qu’il y a les mêmes dangers à craindre pour lui que pour les autres, je doute qu’il soit expédient. Nous attendons que le vaisseau soit arrivé à Calais, où ils doivent venir descendre, pour aviser au mieux. Il faut adorer Dieu en ses conduites et nous tenir prêts à tous événements. C’est ce que je vous conseille à l’égard de votre établissement, pour lequel il semble que vous ayez un peu trop de sollicitude. Laissons faire Dieu, lequel parfait les choses quand on y pense le moins. Je vous prie aussi de témoigner estime, respect et reconnaissance à ce bon ecclésiastique qui vous témoigne affection. Vous devez

1) Ils en étaient partis le 5

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penser qu’elle est sincère, bien qu’il ne s’y faille pas appuyer.

Je loue Dieu infiniment de la bonne disposition de la reine et de la continuation de ses bontés incomparables pour les pauvres et pour ceux qui ont obligation et volonté de les servir, comme nous et les Filles de la Charité. A propos de ces filles, je vous prie de me mander si elles observent bien leur petit règlement, surtout à l’égard de l’oraison tous les jours, de la confession et communion tous les dimanches et les fêtes, à s’entre-demander pardon et à conserver l’union entre elles. Tout cela se doit pratiquer partout où elles sont, autant qu’il est possible ; et si elles y manquent, mandez-moi d’où cela provient.

Je loue Dieu pareillement des forces qu’il vous donne et de la fidélité que vous avez à faire sa sainte volonté partout et en toutes choses. Je le remercie encore des mêmes grâces qu’il fait à nos confrères de Sokolka, à qui vous ferez part de nos nouvelles, s’il vous plaît, leur mandant que nous n’en avons point, que tout va son petit train ici et dans les autres maisons de la compagnie. Je vous dirai seulement que celles de Cahors, de La Rose, d’Agen et de Montauban sont assiégées de peste, laquelle est fort échauffée en ces pays-là et aussi en Languedoc. Continuons à nous offrir à Dieu les uns les autres et de nous entr’aimer en Notre-Seigneur, comme il nous a aimés. C’est par cet amour et en cet amour que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Guillot, prêtre de la Mission, à Varsovie.

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1664 — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

Du 10 octobre 1653.

Monsieur Jolly m’a fait savoir qu’il est content d’être pourvu de la maîtrise du Saint-Esprit de Toul, mais que M. Lambin n’en est pas d’avis, disant qu’on ne peut accepter un bénéfice qu’avec intention de le retenir ; ce qui est véritable en certains cas, mais non pas en celui-ci : 1° d’autant que ledit sieur Jolly est membre du corps auquel il remettra son droit, et par ce moyen il le retiendra en quelque façon ; et en second lieu, il s’agit d’un plus grand bien, lequel l’église n’entend pas empêcher, quand les saints canons défendent de ne recevoir un bénéfice qu’avec intention de le garder ; au contraire, cette défense est faite fort à propos pour éviter les abus. Or il est constant qu’il y a plus de bien à espérer de l’union de cette maison à une communauté, que si la même maison était à un particulier. C’est pourquoi les docteurs d’ici sont de ce sentiment, qu’un particulier peut prendre un bénéfice avec intention de le résigner par après en manière d’union à une compagnie bien réglée, dans la vue qu’il a d’un plus grand bien, pourvu que cela n’entre pas en pacte avec celui qui lui donne le bénéfice, et que, l’ayant accepté, il demeure libre de le retenir ou de le résigner. Or M. Jolly sera dans cette liberté, aussi bien de notre part que de celle de M. Platel, lequel lui en fera sa

Lettre 1664. — Reg. 2, p. 233

1) Jean Dehorgny, précédemment supérieur à Rome, venait d’être rappelé à Paris, où il arriva le dernier jour de l’année. (Cf. lettres 1677 et 1693). Thomas Berthe, qui remplissait les fonctions de procureur général de la compagnie auprès du Saint-Siège, était tout désigné pour lui succéder.

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démission sans aucune condition, et nous ne voulons pas l’obliger, en l’acceptant, d’en disposer qu’en la manière qu’il lui plaira et selon les lumières que Dieu lui donnera pour lors. Je vous prie de consulter ceci avec les Jésuites de delà.

1665. — A FRANçOIS FOURNIER, PRêTRE DE LA MISSION, A AGEN

Du 12 d’octobre 1653.

Je vous ai déjà mandé quelque chose de la joie que j’avais reçue de ce que vous vous étiez présenté à Agen pour assister M. Edme (1) en sa maladie, nonobstant le danger de peste qui était dans la ville et le refus qu’il avait fait de votre secours, pour aimer mieux se priver de cette consolation que d’exposer votre personne. J’ai été si touché de cette sainte contestation que j’en ai fait part à la compagnie ; et même je lui ai mis en question qui avait fait un plus grand acte de vertu en cela, de vous ou de lui. Du depuis, j’ai vu par votre lettre du 20 septembre que votre charité a prévalu sur sa résistance et qu’enfin vous vous êtes rendu auprès du malade pour en avoir soin et le consoler ; ce qui contribuera sans doute beaucoup à son rétablissement, dont j’ai aussi averti la compagnie, pour l’en édifier et pour l’obliger d’en remercier Dieu et de vous recommander tous deux à sa divine bonté.

L’ecclésiastique de condition dont vous m’écrivez nous fait trop d’honneur de vouloir se retirer en quelqu’une de nos maisons, pour s’occuper à nos fonctions. Sur quoi

Lettre 1665. — Reg. 2, p. 329

1) Edme Menestrier. Saint Vincent ne le désigne jamais que par son petit nom.

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je vous dirai, Monsieur, que la règle générale parmi nous est de ne recevoir aucun externe que dans les séminaires. Il est vrai que nous avons ci-devant reçu céans feu M. de Vincy et que nous y avons eu depuis Messieurs les abbés de Chandenier, mais c’est pour des considérations qui ne se peuvent rencontrer en d’autres ; et les raisons que nous avons de n’en plus recevoir sont considérables, particulièrement celle-ci, qu’il faut de deux choses l’une : ou leur permettre de faire leur récréation avec nous, ou leur donner quelqu’un des nôtres pour la faire avec eux. Au premier cas, ils nous ôtent la sainte liberté qui se prend en ces occasions ; et au second, c’est diviser les personnes et l’esprit de la compagnie ; et en tous les deux, c’est leur donner moyen de connaître le fort et le faible de chacun de nous. Il y a un autre inconvénient : c’est que les malcontents, quand il y en a, se vont décharger à eux, et à même temps leur donnent connaissance de tout ce qui se passe dans la maison et dans la compagnie, jusques aux affaires les plus secrètes. Si cet honnête ecclésiastique veut demeurer en votre maison, qui est un séminaire, ou venir en celui des Bons-Enfants, il y sera reçu volontiers ; hors cela, faites-lui sentir la difficulté.

1666. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[octobre 1653] (1)

Je me suis trompée disant que quelqu’un des pères des pauvres s’est offert pour accompagner Monsieur Alméras chez Monseigneur de Nantes (3) ; il lui conseille seulement de l’aller

Lettre 1666. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.

2). Gabriel de Beauvau de Rivarennes.

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treuver. Mais sur la fin de la dernière lettre de Monsieur Alméras, il dit venir de conférer de l‘affaire à M. de Baspréau ; et ont résolu de le faire sans en parler à. Monseigneur, pour quelques raisons qu’il dit, et que peut-être ledit seigneur criera à son retour, mais qu’il n’en sera autre chose, que tout tombera sur lui (sieur de Baspréau), mais qu’il y est résolu et sait ce qu’il aura à répondre. Voilà ses propres termes

Quant à l’article de la distribution des offices le sentiment de Monsieur Alméras est que le soin en demeure à la sœur servante et je le crois absolument nécessaire pour y maintenir la paix et rendre la sœur servante dans l’état qu’elle paraisse effectivement avoir à diriger les autres ; et cela peut-être entendu plus par l’acte d’obéissance plus spirituel que temporel ; et encore qu’il n’a paru jusques à présent que les pères aient voulu connaître de cela qu’au sujet du vin. et encore qu’au sujet des brouilleries, si cela leur était accordé ils en viendraient à tout le reste l’un après l’autre. Une sœur servante saura bien faire treuver bon ce qu’elle fera à ceux des pères qui voudraient s’indigner sur sa conduite, se conduisant en tout avec prudence et respect dans toutes les autres fonctions de sa charge.

Monsieur Alméras ne se treuvera-t-il point au départ de nos sœurs (1) ? Cela serait bien nécessaire.

Ne faut-il rien mander d’Hennebont ?

1667. — AU FRèRE JEAN BARREAU

De Paris, ce 17 octobre 1653.

Mon cher Frère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 24° juillet et le duplicata d’icelle du 10° août. Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez fait entendre aux survenants que vous ne pouvez plus continuer une si grosse dépense que par le passé et de ce qu’à présent vous n’en admettez que fort peu à votre ordinaire En quoi vous avez fait un

1) Les sœurs. Anne et Louise.

Lettre 1667. — L. s. — Dossier de la Mission, original

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acte de modestie et un autre de justice : de modestie, ne voulant paraître splendide et libéral, pour honorer l’humilité de N.-S. en la modération de sa table ; et de justice, en ce que les pauvres esclaves en seront mieux assistés. Je loue Dieu aussi de la bonne intelligence qui est entre vous et Monsieur Le Vacher (1), qui paraît par l’estime que vous avez pour lui et les bons témoignages que vous m’en rendez. Je prie Dieu qu’il confirme cette union et vous fasse la grâce de la conserver autant qu’en vous est.

Je remercie pareillement Notre-Seigneur de ce que ledit sieur Le Vacher n’a pas entrepris grand’chose sans vous le communiquer, si ce n’est quelques interdiction, pource, dites-vous, que vous n’avez pas voulu vous en mêler. En cela pourtant il devait vous demander conseil plus qu’en autre chose, et vous lui en dire votre sentiment, comme sur un sujet des plus importants de sa charge. J’espère que cela ne sera plus nécessaire, parce qu’il n’en viendra désormais à telles extrémités, Dieu aidant. Je ne doute pas que le soin qu’il a eu de ranger les prêtres et religieux à leur devoir ne soit la cause de leurs plaintes ; mais bienheureux qui souffre pour la justice, et vous et lui doublement heureux si vous l’exercez suavement, en esprit de charité et jamais par passion.

J’ai écrit à M. Chrétien, à Marseille, qu’il prenne mille livres et vous les envoie, au lieu de pareille somme que vous avez fournie à M. Dujardin.

Je n’ai pas rendu votre lettre à M. votre frère le procureur, parce qu’elle est un peu trop aigre et que nous avons tenté un accommodement, duquel il ne s’éloigne pas. Il est vrai que les embarras que j’ai eus et quel

1) philippe Le Vacher.

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qu’autre raison ont empêché que nous n’en sommes pas bien avant. Je tâcherai d’y vaquer le plus tôt et le plus que je pourrai.

Plaise à Dieu d’arrêter le succès des Turcs en la fréquente prise des chrétiens ! Lorsque j’ai su celle des gens de Monsieur le cardinal Antoine (2) je vous ai prié de les assister et servir autant que vous pourriez, et je vous en prie derechef.

Je crois bien que l’abord de tant de pauvres esclaves n’accommode pas votre bourse, mais pourtant il faut se régler selon vos forces. Après que vous avez fait ce que vous avez pu pour empêcher qu’il se pervertisse aucun chrétien, il faut se consoler en Notre-Seigneur, qui pourrait empêcher ce malheur et qui ne le fait pas.

Je vous prie de me mander ce que vous aurez fait pour les esclaves desquels je vous ai envoyé les rédemptions, savoir pour 4 de Cap-Breton, nommés Beauregard, de Sené, Campan et Douslieux ; pour Jacques Laval, du diocèse d’Agde ; pour Toussaint Le Rond, qui est de Paris ; pour Jean Sauvage, de Boulogne ; et ce qu’il faut pour le rachat de Joannes de Mauléon, basque, lequel pouvant être délivré pour 3 ou 400 livres, je vous ai prié de les fournir.

Je vous envoie une lettre pour François Ciral et une autre pour François Buisson, chirurgien. Un marchand de cette ville, nommé Baron, demeurant rue des Mauvaises-Paroles (3), me les a envoyées, avec un mémoire, qui porte qu’il payera jusques à 200 piastres pour ledit Ciral, et pour Buisson cinq cents. Mais comme ce n’est rien faire, s’il ne les envoie à Mar-

2) Antoine Barberini.

3 Petite rue du quartier Sainte-Opportune, allant de la rue des Bourdonnais à celle des Lavandières

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seille pour être tenues en Alger, je m’informerai s’il l’a fait et par quelle voie, pour vous en avertir, ou lui ferai dire qu’il le fasse au plus tôt, ou qu’autrement les pauvres gens ne seront pas délivrés, ainsi que peut-être il s’imagine, à cause des offres qu’il fait de donner l’argent après leur délivrance. Vous les pourrez cependant consoler de cette espérance.

On m’a prié de vous en recommander un autre, pris avec les gens de M. le cardinal Antoine, nommé Jacques Lambert, qui est d’auprès de Rethel, pour savoir ce qu’il faut pour son rachat. C’est Monsieur l’abbé de Bourzeis (4) qui m’en a écrit. Vous m’en ferez ressouvenir en me faisant réponse, ensemble des autres qui nous font de telles. recommandations, si je vous les nomme, afin que je leur fasse savoir ce que vous m’en écrirez.

Au nom de Notre-Seigneur, mon cher Frère, conservez-vous et bénissez Dieu des occasions qu’il vous donne de le servir et de vous perfectionner en tant de manières. Je suis, en son amour, mon cher frère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul de la nation française, en Alger.

4) Amable de Bourzeis, abbé de Saint-Martin de Cores, né de parents protestants à Volvic, près de Riom, le 6 avril 1606, ordonné prêtre à Paris le 22 décembre 1640, mort doyen de l’Académie française le 2 août 1672. Il était lié avec le duc de Liancourt et fut quelque temps favorable aux jansénistes.

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1668. — A CHARLES OZENNE, PRêTRE DE LA MISSION

De Paris, ce 22 octobre 1653.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Depuis que je ne vous ai écrit, j’ai reçu trois ou quatre de vos chères lettres, auxquelles je n’ai point fait réponse. Je remettais toujours d’un ordinaire à un autre, et les embarras extraordinaires que j’ai eus m’ont dérobé l’attention à cela ; je vous prie de m’en excuser.

Que vous dirai-je à présent, Monsieur ? Je rends grâces à Dieu de celle qu’il nous fait de [vous] (1) voir en l’état où vous êtes ; et comme il est le maître de la mer et des vents, je le prie qu’il vous les rende favorables, qu’il gouverne le vaisseau où vous irez, qu’il soit votre conducteur et votre pilote et qu’enfin il vous conduise heureusement en Pologne, où vous êtes attendu comme un homme qui doit donner le branle à quantité de bonnes œuvres et qu’on désire avec ardeur. A ce que je vois, on vous a donné de l’argent pour faire le voyage.

Vous m’avez dit par une de vos lettres que vous m’en aviez écrit une contenant la relation de tout ce qui s’était passé depuis votre départ, laquelle je n’ai pas reçue,, et vous ne me dites pas dans les autres si l’on vous a ôté l’argent que nous vous avons donné. Si j’avais été averti que vous en eussiez besoin et que j’eusse trouvé une voie assurée pour vous en envoyer, nous eussions fait. J’espère que la Providence, qui vous appelle, aura pourvu à tout.

Je vous embrasse, vous et notre frère Duperroy,

Lettre 1668. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

1) Le secrétaire a écrit nous par distraction.

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prosterné en esprit à vos pieds et avec toute La tendresse dont mon pauvre cœur est capable.

Pour nouvelles, nous nous portons assez bien, grâces à Dieu, et la famille de Troyes aussi, excepté le bon frère Dassonval (2) qui est comme paralytique et hors d’état de plus travailler, pour le moins de longtemps.

M. Alméras continue ses visites avec bénédiction ; M.. du Chesne est à Marseille et M. Husson à Tunis, où il est arrivé fort heureusement. Plaise à Dieu que je puisse dire de vous la même chose bientôt, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1669. — A UN SEIGNEUR DE NORMANDIE

23 octobre 1653.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je ne puis vous remercier assez humblement et affectionnément à mon gré de la grâce que vous nous faites de repenser à notre chétive compagnie au sujet de votre fondation et de l’ajustement que vous agréez à nos petits usages. Je prie N.-S. qu’il soit votre remerciement et votre récompense ; et vous, Monsieur, je vous supplie

2) Jean Dassonval, clerc, né dans la ville d’Arras, atteint de cécité dès sa troisième année, bachelier en l’université de Douai, entré dans la congrégation de la Mission le 24 juillet 1641, à l’âge d’environ trente-cinq ans, reçu aux vœux à Troyes le 24 septembre 1645, mort dans cette ville en septembre 1654.

Lettre 1669. — Reg I, f° 15 v°, copie prise sur la "minute de la main"

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très humblement de nous excuser de ce que nous ne sommes pas en état de vous fournir présentement les missionnaires que vous demandez, à cause de quantité d’ouvriers que nous avons perdus cette année, et que nous avons été contraints de remplir les places vides depuis votre départ de cette ville et d’en envoyer quelques nouvelles fondations. Que s’il plaît à Dieu de bénir quelques écoliers que nous avons et leurs études en théologie, qu’ils achèveront cette année, nous serons en état de pouvoir fournir cinq ou six prêtres vers la fin de l’année, qui est le nombre d’ouvriers que la fondation peut entretenir, avec deux frères coadjuteurs. Il y a quantité de saintes communautés dans Paris qui sont préférables à nous ; j’ose vous supplier très humblement, Monsieur, de les préférer à nous.

1670. — RéPONSE DE SAINT VINCENT

A DES QUESTIONS POSéES PAR LOUISE DE MARILLAC

Ce lundi (Octobre 1653) (1)

Mon très honoré Père,

D. — Notre bonne dame m’a mandé que je l’allasse demain voir à une heure après midi. Elle veut peut-être savoir ce qu’il faudra faire pour passer un contrat. Si elle voulait que ce fût sans être nommée, je supplie votre charité prendre la peine me mander quelque expédient pour lui donner. Si l’on ne pourrait pas prier quelque personne d’agir pour ou au lieu à elle ?

R. — Il sera bon de lui dire que c’est à elle à dire son intention. Elle ne fera pas difficulté en cet affaire de stipuler elle-même, comme je crois. Je lui ferai dire que c’est à elle à donner l’ordre qu’il lui plaira.

Lettre 1670. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date marquée sur l’original par le frère Ducournau

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D. — J’ai reçu encore une lettre de Monsieur le curé de Vanteuil, qui dit que la sœur Judith est à Touquin-en-Brie (2) cure de M. Gallais (3) qu’elle s’en repent déjà et témoigne qu’elle serait prête à retourner, si Monsieur le curé de Nanteuil la voulait assurer pour sa vie. Que lui manderai-je à ce bon Monsieur ~

R. — La condition que cette fille propose porte son exclusion. C’est un trait (4) de l’esprit de son directeur.

D. — Je ne sais si notre frère Ducournau vous a dit une proposition pour s’accommoder avec les ouvriers, sans préjudicier à la maison qui est, mon très honoré Père, de faire prier la personne qui prend la peine de faire fouler les étoffes, de vous mander ce qui se donne aux ouvriers de son quartier pour la façon d’une presse de serge et ce qu’elle contient, ce que l’on donne pour la filer, tant au grand qu’au petit rouet. Cela facilitera bien le compte que l’on pourra faire avec les ouvriers, parce que le prix de Paris est trop haut, et avec raison, à cause que tout y est beaucoup plus cher.

R. — Ce bon homme m’enverra ou m’apportera un mémoire des frais.

Pardonnez mes importunités et me faites toujours l’honneur de me croire, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante.

LOUISE DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1671. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du dernier octobre 1653.

]e vous remercie de l’avis que vous me donnez touchant ce prêtre lyonnais qui a passé à Gênes. Nous devons estimer que d’autres méritent mieux le nom de

2) Localité de Seine-et-Marne, arrondissement de Coulommiers

3). Guillaume Gallais venait de quitter la congrégation de la Mission.

4). Première rédaction : c’est un piège

Lettre 1671 — Reg 2, p 86

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missionnaires que nous et qu’ils en font mieux les fonctions ; et ainsi je prie Dieu qu’il bénisse le dessein de celui-là, si c’est pour sa gloire. Néanmoins, la ressemblance des noms en plusieurs corps est une confusion ; et même c’est un désordre, dans un royaume, d’y avoir différentes congrégations qui n’ont que les mêmes emplois, et il y a apparence que cela ne vient pas de Dieu.

J’écris au supérieur de Rome qu’il côtoie cette affaire, afin que, si l’on poursuit un établissement de nouveaux missionnaires en France, il fasse entendre les inconvénients qui peuvent arriver de cette multiplicité et de la ressemblance des noms.

Il serait voirement à désirer que nous eussions une maison à Lyon ; mais nous devons davantage aimer le bon plaisir de Dieu, qui ne le veut pas pour encore.

1672. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce vendredi, veille de tous les saints (31 octobre 1653) (1)

Mon très honoré Père,

Le mémoire que j’ai envoyé à votre charité et dont je n’ai point de copie, n’est que propositions faites par cette bonne dame qui en demande votre avis, mais qui ne veut pas être nommée ; et m’a obligée de lui mander la meilleure forme pour faire cette affaire sûrement ; ce qui me fait vous supplier très humblement, mon très honoré Père, prendre la peine de faire écrire la réponse sur chaque article et y ajouter s’il faut qu’il en soit fait contrat, et la forme du contrat ; car je crois qu’elle n’en prendra point d’autre avis.

Je n’ai point encore envoyé de sœur à Varize par mon mauvais soin et pour trop donner lieu à l’incertitude et irrésolution ordinaire de mon esprit. Devons-nous en exclure tout à

Lettre 1672. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date marquée au dos de l’original par le frère Ducournau.

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fait la sœur Andrée, qui en est revenue y a trois mois ; et nous n’en avons point de propre qui sache ni lire ni écrire ; celle qui est restée (2) ne sait pas seulement saigner. Si votre charité le treuve à propos, nous n’aurions égard qu’à ce dernier besoin, et nous pourrions en faire partir une dès lundi ; et quand quelques-unes de Nantes seront reposées, l’on pourrait y envoyer une pour l’instruction de la jeunesse.

Ce sera quand il vous plaira que l’on fera partir les 3 pour Nantes ; mais il serait bien nécessaire que nous vous parlassions auparavant et même que votre charité leur parlât pour leur conduite en ce lieu-là (3).

Quelle réponse ferai-je, mon très honoré Père, à Monsieur le curé de Nanteuil (4) qui se voudrait plaindre à Monseigneur de Nantes (5) du tort que M. Gallais lui a fait.

Je crois qu’une autre suivra bientôt la sœur Judith par cette même voie. Ce sont mes péchés et ma mauvaise conduite qui causent tous ces désordres comme je crois. Pensez-y devant Dieu, mon très honoré Père, et, pour son saint amour, apportez-y tel remède que vous croirez que sa sainte volonté vous conseillera, et me faites la grâce de me donner votre sainte bénédiction comme à votre plus pauvre fille, en l’amour de Jésus crucifié, qui se dit, comme elle est, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE MARILLAC.

Je crois que votre charité a été avertie du décès de notre sœur Madeleine, à neuf heures ou neuf et demie ce matin.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1673. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

(Après 16491)

Mon très honoré Père,

La pauvre sœur Nicole, de Montmirail, a dit à nos sœurs

2) Sœur Françoise.

3) Saint Vincent vit les trois sœurs destinées à Nantes le 12 novembre 1653 pour leur faire ses recommandations, qu’on nous a conservées.

4) Nanteuil-le-Haudouin.

5) Gabriel de Beauvau de Ravarennes.

Lettre 1673. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre a été écrite longtemps après que les Filles de la Charité eurent quitté Issy, où elles se trouvaient en 1649

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que Mademoiselle Montdésir, mère de Madame Tubeuf, l’avait reçue pour aller servir les pauvres malades du village d’Issy à la place de nos sœurs, que nous en avons retirées y a déjà longtemps, et qu’elle ne quitterait point du tout l’habit ni la coiffure, et serait toujours comme une des sœurs.

Toutes nos sœurs en auront peine, et moi, qui le crains (tant que mon insensibilité pour le présent à toute chose me le peut permettre), je supplie très humblement votre charité y penser devant Dieu, et s’il ne serait point plus à propos d’empêcher qu’elle n’y aille avec l’habit (ce que nous pourrions par le moyen de Mademoiselle Viole), que de lui faire ôter, quand elle serait habituée au village, à cause que Mademoiselle de Montdésir ne sera pas pour nous

Je supplie notre bon Dieu que votre retour soit en bonne santé, et suis, mon très honoré Père, votre très obéissante et très humble servante.

1374. — A LOUISE DE MARILLAC

[Après 1649] (1)

Il ne se faut point mettre en peine pour tout de l’établissement ni de l’habit de cette créature. Au nom de Dieu, Mademoiselle, guérissons-nous de ce mal-là. Ces sentiments procèdent de l’esprit d’envie et de faiblesse. Que si néanmoins Mademoiselle Viole peut faire cela sans qu’il paraisse d’où cela vient, in nomine Domini ! Le cep de la vigne porte du fruit tandis qu’il est attaché à son tronc ; hors cela, non.

Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.

2) Dans la banlieue de Paris.

Lettre 1674. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle elle a été écrite.

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1675 — A NICOLAS BAGNI, NONCE EN FRANCE

Novembre 1653.

Monseigneur,

Il y a quelques jours que je suis détenu à la chambre à cause d’une fluxion, et c’est, Monseigneur, la raison pour Laquelle je ne suis pas allé rendre compte à Votre Seigneurie Illustrissime du commandement duquel elle m’a honoré au sujet du prêtre du diocèse de Sens et de M. l’ambassadeur de Portugal. Or je dirai à Votre Seigneurie Illustrissime, Monseigneur, que ce bon prêtre ne se plaindra point au parlement, que M. de la Marguerie et lui se sont soumis au jugement de Votre Seigneurie Illustrissime pour cela et pour toutes choses.

Je n’ai point pu voir mondit sieur l’ambassadeur, pour avoir été chez lui un jour qu’il avait pris médecine. J’espère retourner chez lui à la première sortie que je ferai, et d’aller rendre compte à Votre Seigneurie Illustrissime de ce que j’aurai fait avec ce bon seigneur, et prier Votre Seigneurie lllustrissime de m’honorer de quelques nouveaux commandements, que j’espère exécuter plus promptement que ceux-ci, avec l’aide de N.-S., en l’amour duquel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i p. d. l. M.

Lettre 1675. — Reg. 1, f° 16, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

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1676 — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 5 novembre 1653

…Au reste, Monsieur, nous vous portons grande compassion de ce que vous avez deux malades dans la maison, et au dehors tant de morts, de moribonds et de pauvres gens qui vous accablent. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre force pour soutenir une telle charge, qu’il soit votre premier et votre second dans ce travail extraordinaire et qu’il supplée au défaut de ce qui vous manque d’ouvriers, d’autant plus que nous ne pouvons présentement vous en envoyer aucun, à cause des missions que nous avons sur les bras et de ce qu’il nous a fallu envoyer plusieurs prêtres en d’autres maisons. Nous tâcherons pourtant de vous envoyer un prédicateur au plus tôt.

Pour les vingt écus que vous avez donnés aux pauvres soldats de l’argent de la maison, à la bonne heure, puisque cela est fait ; il en faut attendre la récompense de Dieu, et non pas les répéter sur l’argent que vous avez reçu de Paris pour distribuer aux pauvres ; mais pour l’avenir, vous assisterez, s’il vous plaît, lesdits soldats de l’argent des dames autant que vous pourrez.

Je crois bien ce que vous m’écrivez de M… ; mais je vous prie de le supporter comme Notre-Seigneur supportait ses disciples, desquels il recevait plusieurs sujets de mécontentement, au moins de quelques-uns ; et pourtant il les souffrait en sa compagnie et tâchait de les ramener doucement.

Lettre 1676.- Reg. 2, p. 155.

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1677. - A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 5 novembre 1653.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La dernière que j’ai reçue de votre part est du 17 octobre. Je suis toujours en grande peine de tant de traverses qui arrivent à votre ! affaire et d’un si long exercice dont il plaît à Dieu éprouver votre patience. Il faut qu’il ait de grands desseins sur ceux de la reine de Pologne et sur votre personne, puisqu’il permet toutes ces difficultés, afin de vous faire mériter, par le bon usage d’icelles, la grâce de l’exécution. Les œuvres de Dieu les plus considérables sont pour l’ordinaire traitées de la sorte. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre force pour soutenir le poids de tant d’événements fâcheux.

Les religieuses sont toujours à Calais, résolues de ne point passer outre, nonobstant que la reine les en fasse prier et qu’elle ait envoyé à Hambourg un grand attirail pour les conduire sûrement par terre. Quant à vous, Monsieur, je ne vous donne point de conseil pour continuer ou remettre votre voyage. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous inspire lui-même ce qu’il désire de vous en cette occasion. Je m’attendais que vous me manderiez si vous avez de l’argent, et combien, pour entreprendre d’aller si loin ; mais comme vous ne m’en dites mot, je veux croire que la reine, ou ceux qui font pour elle, auront pourvu à cela.

Il y a douze ou quinze jours que je vous ai écrit. Je

Lettre 1677. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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crains que vous ne receviez pas mes lettres, à cause que j’y mets d’autre adresse que la vôtre, ne sachant ni votre logis, ni par qui vous les faire rendre à Douvres.

J’ai à vous donner une nouvelle qui vous affligera ; il n’y a remède ; c’est que le bon frère Dassonval est atteint d’une paralysie sur la moitié du corps (1), qui lui a ôté l’usage des membres et de l’esprit depuis un ou deux mois ; il est vrai qu’à présent il est un peu mieux. Nous avons envoyé à sa place M. Ennery.

Nous nous portons bien, grâces à Dieu, et nous n’avons rien de nouveau, sinon que M. Dehorgny revient de Rome pour nous aider ici, et M. Alméras achève ses visites de Poitou et de Bretagne pour se rendre bientôt à Paris.

Je prie et fais prier Dieu souvent pour vous et pour notre bon frère Duperroy, que j’embrasse en esprit. Au nom de Dieu, Monsieur, conservez-vous et vous confiez pleinement en la conduite de Dieu, qui m’a rendu, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, de la congrégation de la Mission, à Douvres.

1678. — A LOUIS CHAMPION, SUPéRIEUR, A MONTMIRAIL

6 novembre 1653.

Il serait fâcheux que vous fussiez obligé de faire saisir la grange du fermier de la Chaussée, car les pauvres

Lettre 1678. — Collet, op. cit, t. II, p. 176.

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gens sont déjà trop affligés pour qu’on les afflige davantage…

Je vois bien qu’il est fort à craindre, comme vous le dites, qu’en donnant chez vous un asile à tant de réfugiés, votre maison n’en soit plus tôt pillée par les soldats. Mais c’est une question si pour ce danger vous devez refuser la pratique d’une aussi belle vertu que la charité.

1679. — A NICOLAS CUILLOT

De Paris, ce 7 novembre 1653.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 9 octobre, avec celle de M. Desdames, qui m’ont fort consolé. Je rends grâces à Dieu de ce qu’on est entré en traité de la cure de Sainte-Croix, et de l’ardeur que M. Fleury a pour cette affaire. Je prie Dieu qu’elle réussisse, si c’est pour sa gloire ; sinon, qu’il en empêche le succès. Je me donne l’honneur de remercier mondit sieur Fleury des peines qu’il y prend et des autres grâces qu’il vous fait. Je vous prie de me mander si cette cure a d’autres paroissiens que les domestiques du roi, combien il y faut de prêtres, de quel revenu elle est, s’il y a logement et lieu pour en faire ; bref donnez-moi bien à connaître ce que c’est que cette cure, ses charges et ses appartenances.

M. Ozenne est toujours à Douvres, mais en disposition de passer en Pologne, quelque temps qu’il fasse, sitôt que le vaisseau dans lequel il a été pris sera en état de le porter à Hambourg, d’où il est. Le parlement

Lettre 1679. — L. s. — Dossier de Cracovie, original

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l’a déclaré de mauvaise prise ; mais il a fallu que l’arrêt ait passé par l’amirauté, et c’est là que parties adverses chicanent et sont cause des longueurs qu’on apporte à leur délivrance. Dieu veuille la leur accorder bientôt, et à vous la consolation tant désirée de la présence de ce cher supérieur, qui, en vérité, est un homme de Dieu ! Je n’ai pas encore remarqué en ses lettres le moindre trait d’impatience de se voir retenu et maltraité, ni une parole de murmure, au contraire une grande douceur et beaucoup de prudence, comme si rien n’était.

Je loue Dieu de ce que vous avez averti les Filles de la Charité de mortifier ainsi leurs sentiments pour ne se plaindre ni rien blâmer du traitement ni de l’état où elles sont. Cela leur profitera, et à vous aussi, Monsieur, qui devez n’ouvrir la bouche que pour témoigner reconnaissance des bienfaits reçus, et jamais pour dire votre mécontentement, vous souvenant que les plaintes des inférieurs sont toujours rapportées aux grands. Vous le voyez à l’égard de ces filles, qui se sont échappées en cela et qui ont maintenant la confusion d’en être mal dans l’esprit de la personne (1)

Je loue Dieu de la bonne volonté que vous a. avez trouvée pour vous et pour la compagnie en monsieur l’official nouveau de Mgr de Posnanie. Je le remercie aussi de ce que vous me mandez de M. Zelazewski.

J’écris à M. Desdames, et je vous prie de m’offrir à Dieu, comme je continue de faire votre personne et vos exercices, à ce qu’il les bénisse. Je salue notre bon frère Posny et nos sœurs.

J’oubliais de vous dire que nous avons reçu ce bon

1) Le secrétaire avait écrit le mot reine, que le saint a biffé et remplacé par personne.

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enfant que M. Fleury nous a envoyé, que nous lui avons fait faire une retraite et qu’à présent il est au séminaire de Saint-Charles, où je l’ai bien recommandé et duquel nous aurons tous les soins possibles. C’est de quoi j’assure mondit sieur Fleury par celle que je me donne l’honneur de lui écrire, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

ind. p. de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Guillot, prêtre de la Mission, à Varsovie.

1680. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 8 novembre 1653.

Monsieur,

la grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai déjà répondu à toutes vos lettres, excepté à celle du 28 octobre, que je reçus hier, par Laquelle vous vous plaignez de n’en recevoir aucune de ma part. Voici néanmoins la troisième que je vous. écris depuis que les Filles de Sainte-Marie sont à Calais.

Je loue Dieu de ce que le vaisseau a été visité et que vous avez l’usage de vos hardes. Dieu veuille que tout se termine en bien ! J’admire de plus en plus les conduites de Dieu sur vous et sur la troupe, et comme il fait tout pour le mieux ; j’espère qu’il sera glorifié de tant de traverses et de retardements. Dieu sait combien vous êtes attendu en Pologne, où j’écrivis hier votre

Lettre 1680. — L s. — Dossier de Cracovie, original.

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disposition et l’état des choses. Je ne vous conseille ni déconseille de continuer votre voyage ; c’est à vous, Monsieur, à vous y résoudre selon le temps, la compagnie et les connaissances que vous aurez. Je prie Dieu qu’il soit votre conseil et votre force pour accomplir en cela et en tout sa sainte volonté, en laquelle et par laquelle je suis, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

S’il y a du danger dans le temps présent, au nom de Dieu, Monsieur, différez au printemps (1)

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, prêtre de la Mission, à Douvres.

1681. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

9 novembre 1653

Madame,

M. le grand maître (2) a fait faire défense à vos maçons qui travaillaient à la Salpêtrière de continuer. leur travail, à peine de prison (3). Ayant envoyé l’exploit à

Lettre 1681. — Reg. I, f° 66 v°, copie prise sur la "minute de la main" 1) La lettre est adressée à une dame dont le nom n’est pas donné ; le ton et le contenu montrent bien que cette dame est la duchesse d’Aiguillon.

2). Louis de Bourbon, prince de Condé.

3). A la vue du bon ordre établi à l’hôpital du Nom-de-Jésus par son fondateur saint Vincent de Paul, les dames de. la Charité avaient pensé avec raison que le saint serait capable de mener à bonne fin une entreprise autrement considérable, conçue depuis longtemps par M. de Renty, mais hérissée de mille difficultés, qui en retardaient toujours l’exécution : la création d’un vaste hôpital

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Mademoiselle Viole pour avoir l’avis de M. Deffita, elle me manda hier au soir qu’il est d’avis que je vous donne avis de cette affaire et vous supplie très humblement de faire un petit voyage jusques ici pour voir M. le grand maître et aviser à ce qu’il il y aura à faire. Je doute que cela ne vienne d’un ordre supérieur, je ne dis pas de la cour, s’il ne vient de son bailli, pour avoir quelque chose. Cependant l’ouvrage cessera, si votre charité n’y met sa bonne main. J’ai bien de la peine, Madame, d’être le rabat-joie de votre repos, auquel il me semble que je participais sensiblement, et j’ose dire tendrement.

L’on fut hier assemblé chez M. Pepin pour l’exécution de l’accommodement avec M. Langlois, chacun ayant porté des contrats ou de l’argent, excepté M. Courtin, qui n’apporta pas 12.000 livres, faute desquelles l’on fut remis à vendredi prochain. Je n’y étais pas. M. Pepin me manda que j’avais dit que je f (ournirai) (4) pour le Canada ; ce qui n’est pas ; et je ne sais pas même qui doit fournir l’argent pour ces bonnes religieuses, ou signer pour elles (5).

Nous n’avons point encore de fermier pour Rouen ;

général, où seraient reçus les mendiants de Paris. Elles lui en parlèrent, lui offrirent d’importantes sommes d’argent et obtinrent de la reine la maison et les enclos de la Salpêtrière. La duchesse d’Aiguillon, présidente des dames de la Charité se hâta de faire à l’établissement les réparations et les aménagements qui s’imposaient. Cependant le projet n’était pas bien vu de tous ; des personnages haut placés le décrièrent et, par leur opposition, en retardèrent l’exécution quatre ou cinq ans Quand elles virent les pouvoirs publics gagnés à leur cause, grâce surtout au précieux concours de la Compagnie du Saint-Sacrement, et prendre l’œuvre en mains, les dames remirent aux administrateurs nommés la Salpêtrière et le château de Bicêtre, qui ne servait à rien depuis le transfert des enfants trouvés. (Abelly, op. Cit., 1. I, chap. XLV.)

4). La copie est abîmée en cet endroit.

5)." Les Hospitalières de la Miséricorde de Jésus, qui desservaient l’Hôtel-Dieu de Québec."

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celui qui l’est avait offert de donner 11.000 livres, au lieu de dix qu’il donne ; et il y a 3 ou 4 jours qu’il s’est dédit.

1682. — A HENRI D’ESTAMPES, AMBASSADEUR DE FRANCE, A ROME (1)

9 novembre 1653.

J’accompagne l’incluse que le roi vous écrit pour nous recommander à votre protection. J’avoue, Monseigneur, que nous aurions tort de recourir à cette recommandation, n’était pour vous donner un prétexte de parler plus souvent de nos petites affaires à Sa Sainteté et de la presser ; car votre charité, Monseigneur, est si grande pour nous, et elle le nous a si fort témoigne en toutes les occasions, qu’il nous semble que votre bonté prend nos petits intérêts à cœur comme s’ils étaient les siens. O Monseigneur, que cela oblige cette petite compagnie, et moi particulièrement, à prier Dieu pour vous, à ce qu’il sanctifie de plus en plus votre chère âme et bénisse ses conduites pour le bien de son église et de cet état ! M. Berthe, qui fait à présent la charge de supérieur de notre petite famille, vous dira l’affaire présente que nous avons à négocier auprès de Sa Sainteté pour le bien de notre petite compagnie (2) ; et moi, Monseigneur, je vous fais un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis, en l’amour de N.-S…

Lettre 1682. — Reg. 1, f° 24 v°, copie prise sur la minute autographe.

1) Henri d’Estampes, bailli de Valancay. Il fut rappelé quelques jours après, eut son audience de congé le 19 décembre et quitta Rome en janvier

2) La question des vœux.

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1683. — LE CARDINAL ANTOINE BARBARINI A SAINT VINCENT

Rome, ce 10 novembre 1653.

Monsieur,

Je connais l’empressement que vous avez mis pour m’écrire, le 3 du mois passé, les soins que vous avez bien voulu user à l’égard de mes familiers en Algérie, dont je vous suis très reconnaissant, comme encore les expressions par lesquelles vous faites preuve de votre sollicitude pour les heureux événements que j’ai eus. Je puis de même vous assurer que je désirerais que ces événements me donnent des. moyens pour vous faire connaître l’estime que j’ai toujours eue pour votre compagnie et tout particulièrement pour votre personne.

J’attends de vous quelque occasion favorable pour vous montrer que je suis de tout mon cœur votre tout affectionné serviteur.

CARD. ANTOINE BARBERINI.

1684. — A UN éVêQUE

[Entre 1652 et 1660] (1)

J’ai un sensible déplaisir, Monseigneur, de celui que vous avez reçu de la lettre qui vous a été écrite de la cour, ainsi que l’on me l’a fait entendre, dont j’ai été grandement surpris. Je souhaiterais être en lieu où je puisse dire mes raisons pour votre justification. Je vous prie de croire que je m’efforcerai de le faire lorsque Dieu m’en donnera les moyens, de même que j’ai toujours tâché d’insinuer en toutes rencontres et en tous lieux la plénitude de l’estime et de la révérence que j’ai pour votre personne sacrée, qui fait de nouvelles

Lettre 1683. — Dossier de la Mission, copie.

Lettre 1684. — Abelly, op cit., 1. III, chap. IV, sect. IV, p. 143.

1). Cette lettre semble du temps où saint Vincent ne faisait plus partie du conseil de conscience.

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impressions en moi toutes les fois que je considère la grâce que vous faites à vos pauvres missionnaires de les employer à l’instruction et au salut de vos peuples, et comme ils sont heureux et contents de travailler sous votre douce conduite.

1685. — A LA SŒUR HENRIETTE GESSEAUME

De Paris, ce 18 novembre 1653

Ma Sœur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Nous avons envoyé trois de vos sœurs à Nantes, à la place de trois autres, que nous rappelons (1) et avons été obligés à ce changement pour remédier au petit désordre que vous avez vu. Je prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable de l’ôter entièrement, et vous de contribuer ce que vous pourrez à ce qu’à l’avenir il n’arrive rien de semblable, et pour cela de ne dire jamais vos peines à personne du dehors, si ce n’est à M. Truchart, pour recevoir ses avis, mais toujours à la sœur servante, qui sera Marie-Marthe (2) une des meilleures et des plus capables de votre compagnie, à laquelle, par conséquent, vous devez avoir une grande créance. Je sais que vous êtes aussi une fort bonne fille, grâces à Dieu, et que, lorsque vous avez découvert vos sentiments aux externes en parlant des autres sœurs, vous n’aviez pas mauvaise intention ; non, je le sais bien ; mais je vous en parle à cause

Lettre 1685. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Les sœurs Jeanne Lepeintre, Anne et Louise.

2). Marie-Marthe Trumeau, précédemment à l’hôpital d’Angers. Elle quitta Nantes en 1655, fut envoyée à La Fère et de là à Cahors en 1659.

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de la désunion qui s’en est ensuivie, et que vous sachiez que telles communications ne produisent que de mauvais effets (3) J’espère donc, ma Sœur, que vous les éviterez désormais et que non seulement vous vous conserverez en bonne intelligence avec la sœur servante, mais que vous porterez les autres à lui obéir par votre exemple et à vous tenir toutes en paix pour vous avancer à la vertu, vous soulager les unes les autres et vous être à consolation dans vos grands travaux. Ce faisant, vous attirerez sur vous les bénédictions du ciel et de la terre. C’est la grâce que je demande à Dieu, qui suis, en son amour, ma Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur, Fille de la Charité, servante des pauvres malades de l’hôpital de Nantes, à Nantes.

1686. — AU CHANOINE DUVAL (1)

Paris, 19 novembre 1653.

Monsieur,

Il y a près de trois semaines que je me suis proposé de vous écrire, en réponse à votre lettre du 24 septembre, mais les empêchements qui me sont survenus m’ont fait différer de jour à autre ; c’était pour vous

3) Louise de Marillac fit la même recommandation à toutes les sœurs dans une lettre qu’elle leur adressa vers la même date (1 388). Ce défaut était sans doute plus saillant chez la sœur Henriette.

Lettre 1686. — Pémartin, op. cit., t. II, p. 589, 1. 1002.

1) Chanoine théologal à Tréguier, né. à Paris, mort le 12 décembre 1680

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dire, Monsieur, qu’enfin Mgr et Madame de Vendôme (2) ont permis l’établissement de vos religieuses ursulines en leur ville de Guingamp, ainsi que vous aurez pu voir par l’acte ou patente que madite dame leur en a envoyé.

Je voudrais qu’il plût à Dieu me donner occasion de vous servir en votre particulier ; je le ferais avec autant de reconnaissance que vous avez de charité pour nous, de laquelle notre petite famille de Tréguier expérimente souvent les effets. Je vous supplie très humblement de les y continuer et d’user du pouvoir que vous avez sur moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

1687. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

28 novembre 1653.

Je ne doute pas que vous ne sachiez très bien combien il importe que ceux qui conduisent ne fassent rien qui soit de quelque considération, que par concert. Je loue Dieu de ce que vous êtes déjà dans cette pratique, prenant l’avis de deux ou trois, lorsqu’il se présente des affaires qui requièrent cette circonspection. Depuis votre lettre reçue, j’ai écrit à deux ou trois de nos supérieurs d’en faire de même, et renouvellerai cet ordre partout, parce que tous les jours j’en expérimente la nécessité.

2) César de Bourbon, duc de Vendôme, né au château de Coucy en 1594 d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, marié à Françoise de Lorraine, fille du duc de Mercœur, mort à Paris le 22 octobre 1665. Il fut mêlé aux troubles de la régence, combattit la politique de Richelieu, sous lequel il connut la prison et l’exil, et se rallia à celle de Mazarin, qui le nomma grand maître de la navigation en 1650 et le combla de faveurs. son fils aîné épousa Laure Mancini nièce du cardinal

Lettre 1687. — Reg. 2, p. 267.

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1688. — AU FRèRE JEAN PARRE

De Paris, ce 29 novembre 1653

Mon cher Frère,

La paix de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre touchant les souffrances du pauvre peuple et les petits remèdes que vous y apportez, dont j’ai donné connaissance à plusieurs personnes charitables, qui n’ont encore rien résolu là-dessus, mais qui s’affligent de tant de misères et se consolent tout ensemble, voyant vos soins et votre vigilance au soulagement des pauvres. Je ne vous recommande pas de continuer, mais de modérer vos travaux et de ménager votre santé.

Ces deux bons garçons de Saint-Quentin se disposent à s’en retourner par le premier coche, selon l’ordre que le plus grand en a reçu de M. son père ; ils sont toujours céans et y seront jusqu’à leur départ. Peut-être iront-ils se promener à Rueil demain ou après, pour voir si Madame (1) leur fera donner quelque chose pour les frais du voyage et rendre la valeur de ce qu’un voleur leur a pris.

Nous avons besoin céans d’un garçon tailleur ; si vous en trouvez quelqu’un qui soit bon enfant et sache bien travailler, envoyez-le-nous ; il pourra gagner quelque chose céans.

Je suis, en N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 1688. — L. s. — Dossier de la Mission, original.

1) La duchesse d’Aiguillon.

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Suscription : A mon cher frère le frère Jean Parre, de la congrégation de la Mission, chez Monsieur Pannier, marchand, à Saint-Quentin.

1639. — A LA SŒUR BARBE ANGIBOUST

De Paris, ce 10 décembre 1653.

Ma chère Sœur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je reçus votre lettre ces jours passés, qui m’a beaucoup consolé, pource qu’elle venait de vous ; mais j’ai été également surpris de la retraite de M. Champion. Béni soit Dieu ! Peut-être qu’il s’est trouvé incommodé et que cela l’a obligé de s’en retourner à Montmirail. Nous avons envoyé à sa place un autre prêtre de notre compagnie nommé M. Daveroult, qui est nouveau en tels emplois (1) ; mais, comme il a beaucoup de charité pour les pauvres, il y a sujet d’espérer qu’il apprendra bientôt ce qu’il y a à faire et qu’il s’en acquittera dignement. Je faillis à vous écrire par lui, pour n’avoir pas eu du temps assez..J’écrivis dès lors à un autre missionnaire, qui travaille aux pauvres de Laon, de se transporter à Châlons pour voir avec lui et avec vous la meilleure manière d’assister vos malades spirituellement et corporellement. Vous me consolerez de me mander de fois à d’autre comme cela ira. Nous continuerons de notre côté à prier Dieu qu’il bénisse vos travaux.

Lettre 1689. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Pierre Daveroult, né le 20 janvier 1614 à Béthune, ordonné prêtre au carême de l’année 1638 entré dans la congrégation de la Mission le 13 avril 1653, reçu aux vœux à Saintes le 13 janvier 1656. Il s’embarqua deux fois pour Madagascar, et deux fois il rentra en France sans avoir pu mettre le pied sur cette île.

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Si la sœur que vous avez laissée à Brienne est toujours malade, je suis d’avis que vous y envoyiez la sœur Perrette (2) ou une autre, en cas que vous puissiez vous en passer et que Monseigneur de Châlons (3) l’ait agréable, auquel vous pourrez représenter le besoin de cette pauvre fille malade et l’abandon des pauvres du lieu (4).

Mademoiselle Le Gras se porte bien. Je salue nos bonnes sœurs qui travaillent avec vous, et je me recommande à leurs prières et aux vôtres. Ne doutez pas des miennes ; car souvent je vous offrirai à Notre-Seigneur, que vous servez, à ce que qu’il vous donne son esprit et bénisse les biens que vous faites.

Je suis, en son amour, ma chère Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A ma sœur la sœur Barbe Angiboust Fille de la Charité, servante des pauvres blessés de l’hôpital, à Châlons.

1690. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 10 décembre 1653.

Je loue Dieu de ce que vous êtes allé à Balan (1) faire

2) Sœur Perrette Chefdeville.

3). Félix Vialart.

4).M. Cochois, doyen de * Brienne-le-Château (Aube), écrivait le 9 décembre à la sœur Barbe Angiboust "La sœur Jeanne a été fort malade incontinent que vous êtes partie ; elle se porte mieux… Il y a du monde suffisamment à Châlons. Je crois que vous seriez plus nécessaire à Brienne, sœur Jeanne, comme vous le savez, n’étant pas capable de se conduire elle-même… La bonne fille ne laisse pas de pleurer continuellement votre absence.

Lettre 1890. — Reg. 2, p. 156.

1) Annexe desservie par la cure de Sedan.

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les fonctions de curé au refus de M…. Vous avez bien fait d’en user ainsi plutôt que de le presser. Il y a des personnes bonnes qui craignent Dieu, qui ne laissent pas de tomber en certaines faiblesses, et il vaut mieux les supporter que de se raidir contre elles. Puisque Dieu donne bénédiction à ce sien serviteur dans le tribunal, je pense que vous ferez bien de le laisser faire et de donner quelque chose à ses petites volontés, vu que, par La grâce de Dieu, il n’en a pas de mauvaises, et que d’ailleurs il vous sera plus facile de le ramener au point que vous le désirez par la douceur et par la patience que par trop de fermeté.

Et au regard de M…, la parole qui lui est échappée est peut-être une saillie de la nature, et non pas une indisposition de l’esprit. Les plus sages disent souvent des choses, surpris de quelque passion, dont ils se repentent par après. Il y en a d’autres qui témoignent pour l’ordinaire leurs aversions et leurs sentiments tant à l’égard des personnes que des emplois et ne laissent pas pourtant de bien faire. Tant y a, Monsieur, qu’avec quelques esprits que nous soyons il y a toujours à souffrir, mais aussi à mériter. J’espère que celui-là pourra se gagner, moyennant qu’on le supporte charitablement, qu’on l’avertisse avec prudence et qu’on prie Dieu pour lui, comme je fais pour votre famille en général et pour vous en particulier.

1691. — A FéLIX VIALART, éVêQUE DE CHALONS-SUR-MARN

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