Correspondance (page 45)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

17 décembre 1653.

J’ai reçu votre lettre avec grande reconnaissance de

Lettre 1691 — Reg I, f° 31

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l’honneur que vous nous faites, de désirer de pauvres missionnaires pour les employer à une si sainte action que l’assistance des pauvres malades de votre diocèse, et certes avec admiration de la bonté avec laquelle vous avez supporté la faute de M. Champion, auquel, Monseigneur, je mande, selon votre commandement, qu’au plus tôt il s’aille jeter à vos pieds et vous rendre ses obéissances en tout ce qu’il vous plaira désirer de lui. Dieu veuille lui faire la grâce d’accomplir vos saintes intentions, ensemble M. Mugnier (1), lequel j’espère que vous aurez agréable de le renvoyer à Laon, après que vos hôpitaux seront en train ! Plût à Dieu, Monseigneur, que je fusse en état d’aller moi-même recevoir votre bénédiction et travailler avec eux ! Oh ! que de bon cœur je le ferais ! Mais, étant indigne de cette grâce, je tâcherai au moins de mériter par mes prières et soumissions celle que sa divine bonté m’a faite de me rendre en son amour, Monseigneur, votre…

VINCENT DEPAUL,

i. p.d.l.M.

1692. — A LOUISE DE MARILLAC

[ Décembre 1653] (1)

J’ai écrit à M. l’abbé de Vaux que vous êtes engagée de parole à fournir des filles en huit endroits avant de

1) Jean-Jacques Mugnier, né à l’Esvière, dans le diocèse de Genève, le 30 novembre 1608, ordonné prêtre le 18 décembre 1632, entré dans la congrégation de la Mission le 15 décembre 1642, reçu aux vœux le 16 mars 1645, supérieur à Agde (1654-1656)

Lettre 1692. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Le saint a écrit ces lignes en marge d’une lettre du doyen de Brienne, datée du 9 décembre 1653, lettre dont Louise de Marillac lui avait donné communication.

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lui en pouvoir donner. Voyez, Mademoiselle, si cela ne contredit pas ce que vous lui mandez, que je ne sais rien de cet affaire (2). Les filles qui sont à Châlons seront bientôt en état d’être rappelées ; celle de Sainte-Menehould est retournée à Châlons. Je saurai de M. de Châlons, qui [vient ?] (3) en cette ville, quand elles seront en état d’être rappelées. M. Champion demande qu’on laisse une compagne à celle de Montmirail

1693. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

De Paris, ce 2 janvier 1654.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

L’offre que vous me faites de votre cœur, je l’ai faite à Dieu, et je l’ai prié qu’il unisse le mien avec le vôtre en celui de Notre-Seigneur.

Je loue Dieu de la piété de cette bonne princesse, qui a soin du salut et de la bonne nourriture des pauvres habitants de ses terres, comme aussi de l’affection qu’elle témoigne pour la compagnie. Je suis bien aise que vous lui ayez accordé un prêtre pour les aller visiter et leur distribuer ses aumônes, et que M. Legendre (1) se soit trouvé en lieu et en état de faire cela au plus tôt. Plaise

2) Louise de Marillac avait envoyé à saint Vincent une lettre qu’elle adressait à l’abbé de Vaux. Sur les observations du saint, elle déchira cette lettre et en écrivit une autre, celle qui dans sa correspondance porte le n° 399.

3). Mot oublié dans l’original.

Lettre 1693 — L. s. — Dossier de Turin, original.

1). Renault Legendre, né à Tours le 30 septembre 1622, entré dans la congrégation de la Mission le 16 août 1643, ordonné prêtre en mars 1647, reçu aux vœux à Rome en novembre 1647. Il était encore dans cette ville en 1659

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à Dieu qu’il s’en acquitte à sa plus grande gloire et selon les intentions de cette bonne dame ! C’est un sujet de consolation pour nous de ce qu’il semble que Notre-Seigneur veuille appliquer partout la compagnie au service et soulagement des plus pauvres.

M. Dehorgny est arrivé ici depuis deux jours, en bonne santé, grâces à Dieu. Je lui ai rendu votre lettre, mais il ne peut vous faire réponse aujourd’hui ; ce sera parle prochain ordinaire.

Je lui ai parlé des deux maisons dont vous avez proposé l’achat ; il n’est point d’avis pourtant que vous traitiez de la grange, et je vous prie de ne le faire pas. Il n’incline pas non plus à prendre la maison où vous demeurez, parce qu’elle est trop resserrée en ses bâtiments et située en lieu où l’on ne se peut étendre ; ce qui est fort à considérer pour une communauté. L’air néanmoins y est excellent, et si vous ne trouvez pas mieux ailleurs, je pense que vous ferez bien de vous y arrêter, de savoir précisément ce qu’on en veut avoir au dernier mot et de conclure la chose, si vous y voyez sûreté et que le prix soit raisonnable. Faites état de six à sept mille livres que nous devons recevoir ces jours ici pour vous aider à faire cette acquisition, et mandez-moi si vous les trouverez de delà et à combien de change.

Je ne vous écrivis point la semaine passée, a cause que j’étais en mission à trois lieues de Paris, où j’ai passé les fêtes.

M. Dehorgny va travailler pour l’affaire du frère Levasseur (2), selon sa lettre, et au premier jour il vous en écrira.

Je suis cependant, comme toujours et jusques dans

2.) Martin Levasseur, né dans la ville d’Eu (Seine-Inférieure) le 5 janvier 1630, entré dans la congrégation de la Mission le 7 mars 1651, reçu aux vœux en 1653, ordonné prêtre à Rome le 4 avril 1654.

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l’éternité, en l’amour de Jésus et Marie, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Au bas de le première page. M. Berthe.

1694. — A éTIENNE BLATIRON

De Paris, ce 2 janvier 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

L’ordinaire de la semaine dernière m’échappa sans vous pouvoir donner de nos nouvelles, à cause que je suis allé travailler ces fêtes à une mission où nos ouvriers avaient besoin de secours. Je leur menai quatre prêtres et les ai ramenés au bout de 5 ou 6 jours ; ils sont encore six pour achever. C’est la troisième mission que nous faisons depuis la Toussaint. Ce n’est quasi rien en comparaison de celles que vous faites, et je ne puis penser aux fruits de vos travaux qu’avec confusion du peu que nous faisons. Plaise à Dieu de les multiplier à l’infini po

Nous n’avons rien de nouveau ici que l’arrivée de Messieurs Dehorgny et Chrétien depuis deux jours et une lettre de M. Ozenne, qui nous marque qu’il est arrivé à Hambourg et qu’il attendait occasion de passer en Pologne.

Les deux derniers ordinaires ne m’ont point porté de vos lettres ; j’en suis en peine et suis toujours, en l’amour

Lettre 1694 — L s — Dossier le Turin, original.

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de Jésus et de Marie, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.

1695. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES

9 janvier 1654.

Vincent de Paul engage Louis Rivet à demander à Dieu, par l’entremise de saint Joseph, le bon succès d’une affaire qui regardait le salut du prochain.

1696.- A NICOLAS BAGNI, NONCE EN FRANCE

De Saint-Lazare, ce vendredi à midi (23 janvier 1654) (1)

Monseigneur,

J’eus hier enfin l’honneur de voir le seigneur que Votre (1). Seigneurie m’avait commandé de voir (2) qui me fit des excuses de ce qu’il ne m’était venu voir et reçut la proposition que je lui fis, avec application et respect, et me dit qu’il en écrirait à son maître. Je m’en revins consolé de la façon avec laquelle il reçut cette proposition (3). Il me dit qu’il me viendrait voir ; et moi, Monseigneur, je fais à Votre Seigneurie Illustrissime

Lettre 1695. — Collet, op. cit, t. II, p. 143.

Lettre 1696. - — L. s. — Arch. Vatic., Nunsiatura di Francia. t. XXI, f° 246, original.

1). Cette lettre était accompagnée d’une dépêche chiffrée écrite à Paris le vendredi 23 janvier 1654.

2). L’ambassadeur du Portugal à Paris.

3). Le sujet de cette entrevue nous est connu : il était question d’envoyer à Rome un régulier, apparemment pour s’occuper des affaires de son Ordre, en réalité pour traiter de la collation de bénéfices par le Pape.

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le renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

prêtre de la Mission.

Au bas de la page : Monseigneur le nonce.

1697. — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 24 janvier 1654.

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a longtemps que je ne vous ai écrit et que je n’ai reçu de vos lettres. Comment vous portez-vous et que faites-vous ? Avez-vous beaucoup d’enfants orphelins sur les bras ? Je vous prie de m’en mander le nombre et de quoi ils manquent le plus, ou de nourriture, ou d’habits, et s’il vous reste quelque chose de blé ou d’argent pour fournir au plus pressé, attendant que l’on vous envoie quelque nouveau secours.

Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, et Dieu bénit votre petite compagnie. Je ne doute pas que vous ne soyez toujours fidèle à Dieu et à vos exercices, dont je remercie sa divine bonté, et le prie qu’il vous continue ses saintes grâces.

Je suis, en son amour, ma Sœur, votre affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne-Françoise,

Lettre 1697. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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Fille de la Charité et servante des pauvres malades et orphelins d’étampes, à étampes.

1698. — A NICOLAS GUILLOT

De Paris, ce 30° janvier 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne vous écris que pour entretenir le commerce de nos lettres, n’ayant encore reçu les vôtres du dernier ordinaire pour y répondre.

Si M. Ozenne est arrivé, je l’embrasse avec vous et le reste de la famille avec grande tendresse et dévotion. Plaise à Dieu de vous unir tous très intimement et d’un lien de charité indissoluble, afin que par cette mutuelle amitié on vous reconnaisse pour les vrais enfants de Notre-Seigneur, qui par exemple et par paroles voulez attirer les autres à son amour ! Je prie le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, de vous faire cette grâce.

Assurez, s’il vous plaît, de mon obéissance et de ma parfaite reconnaissance ceux. qui vous honorent de delà de leur protection et de leurs assistances, comme M. Fleury, M. l’ancien curé de Sainte-Croix, M. de Saliboski et M. l’official, s’il est revenu.

Nous n’avons rien de nouveau de deçà, sinon que l’on me mande de Rome que la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide nous veut demander sept ou huit prêtres pour les envoyer à Suède et en Danemark, d’où l’on a reçu de très bons avis qu’il y a grande apparence qu’ils y feront du fruit et qu’on ne les empêchera pas, pourvu

Lettre 1698. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

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qu’ils ne fassent en public aucun exercice de notre religion. J’attends le dernier ordre pour en disposer quelques-uns soit du dedans ou du dehors de la compagnie. A la semaine prochaine, Dieu aidant, trois partiront d’ici pour Madagascar, deux prêtres (1) et un frère (2), qui s’iront embarquer à Nantes, où le vaisseau les attend S’il en part un autre en peu de temps, ainsi que l’on nous le fait espérer, nous pourrons y en faire passer encore autant. Mon Dieu ! Monsieur, que le bon M. Nacquart aura de consolation de ce secours tant attendu, si Dieu leur fait la grâce d’arriver à bon port et qu’il ait conservé ce sien serviteur !

La compagnie va son train partout et travaille en plusieurs maisons avec bénédiction, particulièrement en Italie et en Barbarie. Nous n’avons aucune nouvelle de ceux d’Ecosse ; on m’a pourtant assuré que dans peu de jours j’en recevrai.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Guillot, prêtre de la Mission, à Varsovie.

1699. — A MARC COGLéE

De Paris, ce dernier janvier 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

1) Toussaint Bourdaise et Jean-François Mousnier.

2) René Forest.

Lettre 1699. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Envoyez-nous, quand il vous plaira, votre bon frère (1) ; nous le recevrons céans de bon cœur, pour l’amour de vous, et même dans la compagnie, s’il a la dévotion d’y entrer ; s’il ne la pas, il fera une retraite de sept ou huit jours, et ensuite nous verrons à quoi il sera propre, pour lui procurer condition, ou l’employer céans. Bref, nous en aurons soin comme de votre frère, vous le pouvez penser.

Envoyez-nous aussi deux filles converties que vous avez à Sedan et qui sont en danger de retourner en leur hérésie, si on les laisse plus longtemps auprès de leurs parents. C’est M. Cabel (2) qui en a écrit à M. Dufour, pour leur procurer une retraite à Paris ; et moi j’en ai parlé à notre assemblée, qui m’a chargé de les faire venir pour les mettre avec les autres dans la Propagation de la Foi (3), où une dame s’offrit de les faire recevoir. Nous les attendrons donc.

Je salue votre chère famille

Enfin il y a apparence qu’un vaisseau partira au prochain

1) Laurent Coglée, né à Carrick (Irlande) le 10 août…, entré dans la congrégation de la Mission au mois de février de l’année 1654, à titre de frère coadjuteur, reçu aux vœux le 25 mars 1659.

2) Pierre Cabel, né à Chézery (Ain), ordonné prêtre le 13 mars 1642, entré dans la congrégation de la Mission à Annecy en janvier 1643, à l’âge de vingt-six : ans, arrivé à Paris le 25 février 1644, placé à la maison de Sedan, où il fit les vœux le 9 août 1645 et qu’il dirigea de 1657 à 1663, puis à celle de Saint-Méen, dont il fut supérieur de 1670 à 1671, enfin rappelé à Saint-Lazare, où il mourut le 26 septembre 1688, laissant la réputation d’un prêtre exemplaire. Il fut visiteur de la province de Champagne et fit partie de l’assemblée générale qui nomma René Alméras supérieur général. Sa biographie a été écrite par un contemporain et publiée dans le t. II des Notices, pp 315-337-

3) L’œuvre de la Propagation de la Foi, fondée en 1632 par le P. Hyacinthe, capucin, en vue de favoriser la conversion des protestants et de venir en aide aux nouveaux catholiques, avait reçu l’approbation de l’archevêque de Paris et du Saint-Siège et la confirmation du roi. Elle fut dissoute par Mazarin à la suite de dissentiments survenus sur le choix du directeur. (Cf. Faillon, op. cit., t. II, pp. 458-462)

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mois pour Madagascar ; nous disposons 3 personnes pour les y envoyer.

Je suis pressé de finir et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur des prêtres de la Mission de Sedan, à Sedan.

1700. — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 3e de février 1654.

Ma bonne Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !

Je vous remercie de la lettre que vous m’avez envoyée. J’ai été bien aise d’apprendre de vos nouvelles et l’état des pauvres orphelins. Je loue Dieu des soins que vous en avez. J’ai porté votre lettre à l’assemblée des dames de la Charité. Mademoiselle Viole l’a retenue et s’est chargée de vous faire réponse et de faire ce qu’il faudra pour vous donner moyen d’assister ces pauvres enfants ; je lui en ferai ressouvenir un de ces jours que je la dois voir.

Cependant je vous renvoie ce garçon et je vous prie de continuer vos services à Notre-Seigneur en ces petites créatures ; il est père des orphelins ; et de ce que vous leur tenez lieu de mère, il en sera votre grande récompense ; je l’en prie de tout mon cœur, et de vous donner la patience et les autres grâces qui vous sont nécessaires pour ce bon œuvre.

Lettre 1700. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité., original

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Mademoiselle Le Gras se porte bien, grâces à Dieu, en l’amour duquel je suis, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne, Fille de la Charité et servante des pauvres, à étampes.

1701. — A NICOLAS GUILLOT, PRêTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE

De Paris, ce 6 février 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Voici que deux ordinaires sont arrivés sans m’apporter de vos lettres ; j’en suis en peine pour ne savoir l’état de votre santé, ni celui de la compagnie, ni quelles nouvelles vous avez de M. Ozenne ; ce qui nous fait prier Dieu pour vous tous avec plus de soin et d’instance. J’attends donc cette chère consolation de vos lettres

Cependant vous saurez que nous [nous] (1) portons bien de deçà, grâce à Dieu, et chacun s’efforce d’avancer à la vertu, qui plus qui moins, particulièrement le séminaire, qui est composé de douze ou quinze sujets, dont la plupart sont de grande espérance, aussi bien que ceux du séminaire de Richelieu, où il y en a neuf ou dix sous la direction de M. de Beaumont ; et c’est M. Le Gros qui est le supérieur de la maison.

Une bonne partie de notre monde de céans est en mission. Notre collège des Bons-Enfants est plein et va

Lettre 1701. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1) Mot oublié dans l’original.

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bien sous M. Cornuel. M. Alméras y a fait la visite, après laquelle nous l’avons prié d’y rester quelques jours pour mettre la famille dans la pratique des avis qu’il y a donnés. Cela fait, nous pourrons l’envoyer faire la même chose en d’autres maisons, parce que Dieu le bénit beaucoup en cet emploi tant important. Il a fait naguère un tour pour cela en Bretagne et en Poitou

Le séminaire de Saint-Charles se rétablit peu à peu sous M. Goblet, lequel est toujours infirme. Il n’a avec lui que 3 régents et 15 ou 16 écoliers, desquels 5 ou 6 viennent céans aux leçons de philosophie du frère Watebled (2) qui la montre avec bénédiction à 8 ou 10 de nos clercs, comme fait M. Cruoly la théologie à nos autres écoliers.

M. Mousnier et un autre prêtre (3) partiront, Dieu aidant, lundi pour aller à Madagascar, avec le frère René, qui déjà y a demeuré. C’est par un vaisseau que nous n’attendions pas, attendant que Messieurs les associés qui ont coutume d’y envoyer, fassent partir le leur, ce qui pourra être bientôt, ainsi qu’ils se proposent, et en ce cas nous y ferons passer encore d’autres missionnaires.

Ceux d’Ecosse et des Hébrides font bien, à ce qu’on m’a dit ; mais je n’en reçois point de lettres ; ce n’est pas qu’ils ne m’en envoient ; mais elles se perdent, ainsi que l’on m’a dit depuis peu.

2) Jean Watebled, né à Tully (Somme) le 29 août 1630, entré dans la congrégation de la Mission le 1er janvier 1646, reçu aux vœux le 2 janvier 1648, ordonné prêtre au mois d’octobre de l’année 1654. Il dirigea le collège des Bons-Enfants de 1659 à 1668, le séminaire Saint-Charles de 1671 à 1673, celui du Mans de 1673 à 1676, puis revint aux Bons-Enfants, où il resta de 1676 à 1679, toujours en qualité de supérieur. Il était visiteur de la province de Champagne en 1668. La province de France lui fut confiée en 1672 ou plus tôt, et il fut à sa tête jusqu’au 4 avril 1682.

3). Toussaint Bourdaise.

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Il y a sujet de louer Dieu des relations que j’ai de toutes nos maisons, où tout va bien, grâce à Dieu, tant pour la santé que pour les exercices.

Nos frontières sont toujours désolées, et Paris continue de les assister, y envoyant beaucoup d’aumônes, qui sont distribuées par plusieurs de nos frères et autres personnes charitables que nous employons à cela.

Voilà nos petites nouvelles ; faites-en part au bon Monsieur Ozenne, qui est à présent avec vous, comme je crois. Je l’embrasse, avec toute la famille, de toutes les affections de mon cœur, qui est tout à vous et en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d.l. M.

Au bas de la première page : M. Guillot.

1702. — AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI

PRéFET DE LA PROPAGANDE

[6 ou 7 février 1654] (1)

Monseigneur,

Comme vos bontés incomparables pour nous méritent que je me donne l’honneur de vous en remercier souvent. je le fais par la présente avec toute l’humilité et la reconnaissance que je dois, tant de la part de notre petite compagnie que de la mienne. Je vous assure, Monseigneur, qu’une de mes plus grandes consolations est de savoir que nous avons part aux tendresses de votre

Lettre 1702. — Arch. de la Propagande, India, China, Japonia, 1654, vol. 193, f° 400.

1). L’annonce du départ des prêtres de la Mission pour Madagascar dans trois jours impose cette date.

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aimable cœur, dont je remercie Dieu, et le prie qu’il nous rende dignes de ce bonheur ; aussi sommes-nous entièrement vôtres, et je puis dire doublement, puisque c’est par devoir et par affection.

On est ici attendant la détermination des évêques demandés pour le Tonkin et la Cochinchine, et l’on est après pour fonder leur entretien dans Avignon, ce qui serait déjà fait si l’importance de la chose et la diversité des personnes de qui elle dépend ne l’avaient retardée. L’un des ecclésiastiques proposés pour les accompagner m’est particulièrement ami et fort affidé. J’avais pensé de mettre avec eux une personne inconnue qui vous informât exactement de l’état de notre sainte religion en ces pays-là ; mais étant assuré que ce mien ami vous avertira de tout avec grande sincérité et diligence, il ne sera pas besoin d’y en commettre un autre. Je n’en connais point de plus assuré que celui-ci.

Nous sommes dans l’empressement du départ de deux missionnaires pour Madagascar, à l’occasion d’un vaisseau qui va aux Indes et que l’on m’a promis de faire passer et repasser en cette île-là. La Compagnie qui avait coutume d’y envoyer et qui ne l’a pas fait depuis cinq ans, à cause des troubles de ce royaume, se propose d’y faire aller bientôt un navire, dans lequel je me suis engagé de faire encore passer deux de nos prêtres pour aller joindre ceux-ci, qui s’en vont devant, pour ne perdre une occasion si prompte et si certaine que celle qui se présente, bien qu’elle soit extraordinaire. Et d’autant, Monseigneur, que de sept prêtres que nous avons ci-devant nommés à la Sacrée Congrégation quelques-uns sont morts, et quelques autres hors d’état de faire le voyage, j’en présenterai deux nouveaux à Monseigneur le nonce pour leur donner son agrément et la bénédiction de la part de Nosseigneurs de la Sacrée Congrégation,

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et nous enverrons les noms ensuite, conformément aux décrets de la Sacrée Congrégation du 10 février 1653. J’espère faire partir les premiers dans trois jours et que vous, Monseigneur, nous ferez la grâce de nous honorer de la continuation de votre bienveillance et protection, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1703. — AU CHANTRE DE LAON

[Février ou mars 1654] (1)

Nous envoyons un prêtre de notre congrégation (2) pour visiter les pauvres curés et autres prêtres de votre diocèse qui ont besoin d’être assistés, et pour tâcher de les assembler, sous le bon plaisir de M. le grand Vicaire, afin de traiter avec eux des moyens de secourir les paroisses abandonnées et de faire en sorte que nulle ne demeure sans assistance spirituelle. Il leur distribuera ensuite des habits et réglera ce qu’il leur faudra donner par mois ; il verra aussi l’état des pauvres, particulièrement de ceux de la campagne ; en quoi il suivra vos avis.

Lettre 1703. — Abelly, op. cit., 2e éd., 2e partie, p. 82.

1) René Alméras fut envoyé dans le diocèse de Laon en février ou mars 1654 (Cf. 1. 1713.)

2). René Alméras.

3). La présence de René Alméras dans la région de Laon fut très utile au rétablissement du culte. Nous lisons dans la Relation d’avril mai 1654 : "Le prêtre de la Mission… a assemblé les pauvres curés par doyennés ; il leur a donné de nouveaux désirs de desservir leurs cures. Quelques-uns en ont pris deux ou trois, dans lesquelles il n’y a que le débris de quelques pauvres familles cachées dans des cabines ou réfugiés dans les églises. On leur a donné quelques

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1704. — AU FRèRE JACQUES RIVET, A TRéGUIER

Onzième février 1654.

Je loue Dieu de votre candeur à me découvrir ce qui se passe en vous. Je ne crains pas que vos tentations prévalent. Il y a peu de personnes qui ne soient sujettes à celles que vous souffrez, même les plus grands serviteurs de Dieu, qui a permis que voire les saints et les apôtres aient été exercés de cette sorte ; mais sa grâce suffit pour n’y pas succomber ; et cette grâce, il la donne à qui la lui demande, surtout aux humbles et à ceux qui, pour ne pas donner sujet à ces sales tentations, fuient les occasions ; ce qui est absolument nécessaire. Comme vous avez déjà surmonté de pareils dangers, par la miséricorde de Dieu, même de plus dangereux, à cause qu’ils se trouvaient joints à l’honneur et aux intérêts temporels, j’espère qu’il vous fera la même grâce à cette heure, d’autant plus que vous êtes sincère à vous découvrir et prêt à suivre les ordres de la sainte obéissance. Or il est dit que le vrai obéissant parlera de ses victoires ; ce qui me fait tenir la vôtre pour assurée, avec la grâce de Dieu, à qui je vous offre à cet effet.,

Je ne puis répondre à fond à votre chère lettre, me trouvant pressé d’autres affaires. Pour conclusion, je vous prie de vous en revenir ici avec le messager. J’écris

soutanes et assuré par mois quelque petite subsistance. On leur a envoyé des ornements pour les églises, et des missels pour célébrer la messe Il a fallu recouvrir quelques églises, à l’endroit des autels, et faire quelques fenêtres, pour empêcher que la pluie ne tombât sur la sainte hostie ou que l’impétuosité des Vents ne l’emportât pendant la célébration du saint mystère. Enfin ces visites ont eu une telle bénédiction que l’on peut dise qu’il n’y a maintenant aucun village, à la réserve d’un seul, qui soit privé de la consolation du pasteur"

Lettre 1704 — Reg. 2, p. 330.

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à Monsieur Pennier (1) qu’il vous donne ce qu’il il faudra. J’aurai grande consolation de vous voir, ainsi que vous pouvez penser, et votre bonne mère n’en aura pas moins. Elle se porte bien. Nous vous attendrons avec désir et patience.

1705. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 13e février 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens d’apprendre par une lettre du 15 janvier que vous deviez arriver le même jour ou le lendemain à Varsovie ; c’est pourquoi je vous y embrasse en esprit avec une particulière tendresse. Il m’est difficile de vous dire la joie que j’en ai et combien sont fréquents les remercîments que j’en rends à Dieu, qui vous a conduit et soutenu dans un si long, si fâcheux et si pénible voyage. Je le prie qu’il tire sa gloire de votre séjour de delà. Vous y voyez l’état des choses, et ainsi je ne vous en dirai rien ; seulement je souhaite que Dieu nous donne l’esprit d’une grande reconnaissance pour tant de biens que le roi et la reine nous font, et les assistances que d’autres bonnes âmes rendent à la compagnie, pour l’amour de Dieu et de Leurs Majestés, comme aussi une continuelle application aux choses divines et au salut du prochain, selon leurs intentions.

Il serait à souhaiter que M. Desdames, qui commence à parler en public en langue vulgaire, fût à Varsovie,

1) Supérieur de l’établissement de Tréguier.

Lettre 1705 — L. s. — Dossier de Cracovie, original

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pour aider M. Zelazewski aux fonctions de la cure, et que Dieu vous fît rencontrer un bon curé pour le mettre à Sokolka. Je ne suis pas pourtant d’avis que vous en fassiez sitôt la proposition, si ce n’est que vous fussiez en état de commencer un séminaire, ou que quelqu’autre occasion vous rendît sa présence nécessaire.

Dieu continue à bénir la maison de Troyes et la conduite de M. Rose. Il y a 22 séminaristes, qui font bien. Nous y avons envoyé M. Ennery pour leur faire les leçons, ou plutôt la Providence l’y a conduit pour un autre bon œuvre que nous n’avions pas prévu ; c’est que l’on y a envoyé en quartier d’hiver deux régiments irlandais, où il y a plus de cent filles ou femmes, qui sont de bonne vie, et quantité de petits enfants, qui ont été chassés de leur pays pour la religion, tous en grandissime pauvreté. M. Ennery donc donques est leur curé ; il leur prêche et les instruit il leur administre les sacrements, donne des habits aux nus et quelqu’autre assistance aux plus nécessiteux, des aumônes qu’on lui envoie de Paris.

Le frère Dassonval n’est pas tout à fait guéri, mais il est en voie de cela.

Mgr a conféré depuis peu à M. Rose la cure de Barbuise (1) à dessein de l’unir à la compagnie ; elle est située auprès de…. (3) et vaut 2.000 livres de rente. Il y a un beau logement et peu de charges. Nous trouvons pourtant quelque difficulté à cela. Nous y penserons.

M. Mousnier et M. Bourdaise partirent mardi pour Nantes, où ils se vont embarquer pour Madagascar avec le frère René, qui a déjà fait ce voyage. Je les recommande à vos prières. Les religieuses parties avec vous sont encore à Abbeville

1) Local ! té de l’Aube, arrondissement de Nogent-sur-Seine.

2). Espace blanc dans l’original.

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avec M. de Monthoux (3) qui a demandé son retour à Mgr de Genève (4) et la mère de Pra (5) d’être déchargée de la fondation de Pologne. Je vous écrirai une autrefois l’état de cet affaire.

Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il vous conduise selon ses volontés et bénisse l’œuvre qu’il vous a mis en main.

Je salue cordialement le bon frère Duperroy et suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d.l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

3) Directeur des filles de la Visitation envoyées en Pologne, où il devait les accompagner.

4). Charles-Auguste de Sales (1645-1660). Ce prélat se montra favorable aux prêtres de la Mission dans les premiers temps de son épiscopat. Il écrivait à Madame Royale le 13 mai 1646 "Ces bons prêtres nous sont parfaitement utiles pour les missions dans les villages, pour les ordinations, séminaires, exercices spirituels, instructions, catéchismes, sans que cela ne coûte rien." (Fleury, Histoire de l’église. de Genève, Genève, 1880, 2 vol. in-8°, t. II, P. 230.) Ses sentiments se modifièrent dans la suite.

5). Anne-Françoise de Pra, née en Bourgogne, avait pris l’habit de Visitandine le 15 février 1639 au premier monastère d’Annecy. Elle fondait en 1646 le couvent de Dôle, dont elle fut la première supérieure. Les deux triennaux écoulés, elle revint à Annecy. Rentrée en France après son malheureux voyage à Douvres, elle céda le titre et la charge de supérieure de l’établissement de Pologne à la Mère Marie-Catherine de Glétain, qui était alors à Aix-la-Chapelle, et se retira au monastère d’Amiens, où on lui confia les fonctions de directrice. Elle passa de là au couvent de Bordeaux, dont elle fut supérieure de 1656 à 1662, dirigea la maison de Dôle de 1667 à 1673, après un séjour de quatre ans à Annecy, revint trois autres années au premier monastère de cette ville et fut élue en 1676 supérieure de la maison de Tours, où elle mourut le 4 mai 1677, à l’âge de soixante ans

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1706. — A NICOLAS GUILLOT

De Paris, ce 20 février 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu derechef de l’arrivée de M. Ozenne et de la bonne réception que vous lui avez faite, comme aussi de toutes les choses que vous me mandez, particulièrement de ce que l’on travaille fortement à l’établissement de la compagnie et de ce que M. Desdames a été rappelé à Varsovie. Ce rassemblage des membres et la présence du chef fortifiera la famille. en sorte qu’avec la grâce de Dieu elle pourra entreprendre de nouvelles œuvres au service de l’église et surmonter les difficultés que le diable et le monde y pourront susciter. J’espère qu’il ne tiendra pas à vous, mais qu’au contraire vous contribuerez notablement à tous les biens qui se feront et dedans et dehors, et surtout à reconnaître, honorer et complaire à nos bienfaiteurs.

Je ne m’étonne pas que des personnes de la profession que vous me marquez aient voulu empêcher que la cure fût donnée à la compagnie ; car, outre qu’elles peuvent avoir eu bonne intention en cela, Dieu permet qu’il arrive pour l’ordinaire des traverses aux bons desseins, afin que, les faisant réussir, on connaisse que c’est lui qui l’a fait. Que son saint nom soit à jamais béni des heureux commencements de votre mission et des grands desseins qu’il a sur l’œuvre et sur les ouvriers ! Humilions-nous, Monsieur, dans la crainte qu’il y ait en

Lettre 1706. — L. s. — Dossier de cracovie, original.

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nous quelque chose qui ne lui plaise pas ; mais concevons aussi une grande espérance en ses miséricordes, qui sont infinies et qui feront qu’il n’aura pas égard à nos misères. Je vous prie d’implorer ses grâces sur moi, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je viens de voir quelques mots que vous dites à ceux que vous écrivez à Auxerre (1) 0 Monsieur, que cela m’afflige ! Est-il possible que, Notre-Seigneur s’étant servi de vous si dignement, vous ayez le cœur d’abandonner son œuvre de la sorte ! Eh ! Monsieur, que dit-on de ceux qui abandonnent les enfants qu’ils ont mis au monde ! Oh ! que de regrets vous aurez un jour au jugement d’avoir déserté l’armée du Seigneur ! Au nom de Dieu, Monsieur, ne faisons point naufrage au port. Offrez vos peines à Notre-Seigneur et priez-le qu’il vous rende l’esprit principal et qu’il vous fasse la grâce de répondre à ses desseins éternels. Je suis, en espérance qu’il le fera…

Suscription : A Monsieur Monsieur Guillot, prêtre de la Mission, à Varsovie.

1707. — A FRANçOIS FOURNIER, PRêTRE DE LA MISSION A AGEN

Du 22 février 1654.

Encore que je sois assez pressé, je m’en vas néanmoins

1) Pays natal de Nicolas Guillot.

Lettre 1707. — Reg. 2, pp. 69 et 19. L’extrait qui est à la page 19 commence aux mots Sur ce que vous demandez et se termine à cette intention et cette espérance. Sa place n’est ni au début ni à la fin

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tacher de répondre à votre lettre, qui contient six ou sept demandes.

La 1re est si le vœu d’obéissance fait au supérieur général oblige d’obéir à un supérieur particulier. Je réponds que oui, parce que le vœu est fait a Dieu et que tout supérieur nous représente Dieu même, et que c’est l’intention du supérieur général qu’on obéisse aux supérieurs particuliers, qui tiennent sa place, pourvu que ce soit en la manière que nos règles prescrivent.

Pour réponse à la 2° question, je vous dirai, Monsieur, qu’il ne nous est pas permis de confesser dans les villes les séculiers, si on n’y fait la mission, si ce n’est, dans nos églises ou chapelles, ceux qui font leurs exercices en nos maisons, et non d’autres, encore que nous en soyons requis par des personnes de condition et des amis de la compagnie, et que Messieurs les grands vicaires ou les curés le permettent, parce que notre règle nous le défend.

Notre règle nous défend aussi de servir les religieuses, de quelque Ordre qu’elles soient ; et à moins que Nosseigneurs les évêques nous le commandent expressément, nous devons nous en éloigner, non seulement pour la direction ou les confessions, mais même pour la messe, soit qu’elles soient pauvres ou non. C’est à Nosseigneurs les évêques ou à leurs supérieurs de pourvoir à tels besoins, et à nous de nous tenir à nos fonctions, sans nous attacher à d’autres emplois qui peuvent nous en divertir, ainsi que ferait la sujétion aux religieuses ; et si j’ai permis à M. Edme (1) d’aller à celles de Sainte-Marie, pour suppléer au défaut d’un chapelain, c’est à cause de la nécessité et du commandement que lui en avait fait

du fragment de la page 69 ; nous l’avons intercalé à l’endroit, qui, semble-t-il, convient le mieux.

1). Edme Menestrier, supérieur de François Fournier.

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Monseigneur d’Agen (2), Mais maintenant que la peste a cessé dans la ville et que les ecclésiastiques y sont revenus, ces filles en trouveront assez pour les servir, et mondit seigneur trouvera fort bon que la compagnie s’en dispense. C’est pourquoi je la prie de leur faire ses excuses et de leur faire entendre que c’est une maxime parmi nous d’en user toujours de la sorte, parce que cet attachement-là nous empêcherait de vaquer au plus nécessaire, tel qu’est le salut des peuples de la campagne, qui pour l’ordinaire manquent d’instruction et de secours spirituel. Peut-être diront-elles que je suis le premier à contrevenir à cette pratique, en tant que j’ai le soin de leurs monastères de Paris ; mais il faut savoir que je l’avais auparavant que la Mission fût établie (3), et que depuis que Dieu l’a fait naître, j’ai fait tout ce que j’ai pu au monde pour me décharger de leur direction, jusqu’à passer près de 18 mois sans y aller (4) ; mais il a fallu céder à la force de l’autorité supérieure ; car Monseigneur le cardinal de Retz, coadjuteur de Paris, m’a commandé diverses fois de continuer Voilà pour réponse à trois ou quatre demandes que contient le 3e article de votre lettre.

Quant au 4e, par lequel vous desirez savoir si les prêtres que nous envoyons d’un diocèse à un autre ont pouvoir d’y confesser sans se présenter à l’Ordinaire, je réponds que non, sinon lorsque l’évêque a donné un mandement à la compagnie pour faire des missions en son diocèse, comme nous l’avons pour celui-ci et pour quantité d’autres. Nous sommes obligés, en quelque part que nous soyons établis, de faire commémoration dans l’office et de

2) Barthélemy d’Elbène (1638-1663).

3) Dès 1622

4) En 1646-1648.

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solenniser la fête, avec octave, du patron de la paroisse, encore que nous n’en soyons pas les curés.

Je ne puis répondre à la 6e question, à savoir si les ecclésiastiques de nos séminaires sont exempts de faire leurs Pâques à la paroisse, car cela doit être réglé par Monseigneur l’évêque ; et c’est à lui que je vous conseille de vous adresser, quand il sera de retour, afin de ne rien faire en cela contre son intention. Ce n’est pas de même à l’égard de nos frères coadjuteurs, parce que notre compagnie est un corps approuvé de l’église, duquel ils sont membres, et que ce corps a un chef qui est comme leur pasteur.

Sur ce que vous demandez comment on s’acquitte du 4° vœu, qui est de s’employer au salut des pauvres gens des champs toute sa vie, n’étant toutefois employé qu’aux séminaires, je réponds que c’est, premièrement, en préparation d’esprit, se tenant prêt d’aller aux missions à la moindre signification qui nous en sera faite ; et, en second lieu, parce que c’est médiatement travailler au salut du pauvre peuple de la campagne que d’être employé à former de bons curés et de bons ecclésiastiques, qui par après les vont instruire et les exhorter à une bonne vie ; pour le moins nous devons avoir cette intention et cette espérance.

Enfin vous me demandez si Nosseigneurs les prélats ont donné généralement pouvoir à tous les missionnaires établis sous eux d’absoudre des cas réservés. Non, Monsieur, tous ne l’ont pas donné ; et entre ceux qui l’ont fait, quelques-uns l’ont restreint ; tant y a que nous n’avons aucun pouvoir dans les diocèses, que celui que nosdits seigneurs nous donnent ; encore le faut-il demander ; et ce pouvoir-là qu’ils nous donnent suppose toujours le consentement de Messieurs les curés, sans lequel nous ne devons pas nous en servir, sinon lors

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qu’on ne peut commodément le leur demander et qu’on juge probablement qu’ils ne le trouveront pas mauvais ; auquel cas nous le pouvons faire.

Il me semble qu’en voilà assez pour vous éclaircir en vos petits doutes, qui ne peuvent venir que de l’affection que vous avez pour accomplir la volonté de Dieu et nos petites observances en toutes choses, dont je remercie sa divine bonté.

1708. — A MONSIEUR DE LA HAYE-VANTELAY (1)

25 février 1654

Monseigneur,

Bien que je n’aie pas l’honneur d’être connu de vous, je me donne pourtant la confiance de vous offrir mes très humbles services et ceux de la petite compagnie de la Mission, de laquelle, quoiqu’indigne, je suis le supérieur. Je vous supplie de l’avoir agréable, comme aussi, Monseigneur, que je joigne ma très humble supplication à la lettre que le roi vous écrit pour vous employer vers le Grand Seigneur, à ce qu’il lui plaise accorder au sieur Husson, consul pour la nation française à Tunis, une déclaration authentique par laquelle il ordonne que, conformément aux articles des anciennes capitulations faites entre nos rois et Sa Hautesse (2), les nations suivantes payeront sans difficulté les droits consulaires audit consul de France et à ses successeurs, savoir : les Français, Vénitiens, Espagnols, Livournais, Italiens, Génois, Siciliens, Maltais, tous les Grecs, tant sujets de

Lettre 1708. — Reg. 1, f° 46

1) La lettre est adressée "à M. de la Haye-Vantelay, conseiller du roi en ses conseils et son ambassadeur en Levant".

2). On trouve le texte manuscrit de ces anciennes capitulations aux Arch. Nat., Marine, B7 520.

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Sa Hautesse que les autres, les Flamands, Hollandais, Allemands, Suédois, Juifs et généralement tous ceux, de quelque nation qu’ils puissent être (hormis les Anglais), qui trafiquent ou trafiqueront audit Tunis, au cap Nègre (3), [Fumaire] Salade (4), Bizerte, Sousse, Sfax et en tous les autres ports, havres et plages de l’étendue dudit royaume de Tunis. Et que ladite patente, Monseigneur, contienne de plus, s’il est possible, toutes les autres choses portées par le mémoire que je vous envoie ; autrement ledit consul, qui a été envoyé de la part du roi pour y maintenir son autorité entre ses sujets, terminer les différends qui arrivent entre les marchands résidents ou trafiquants en ladite ville, demander justice pour eux au dey ou bacha et autres principaux, lorsqu’ils sont maltraités des Turcs, ne pourrait pas accomplir les justes intentions de Sa Majesté, d’autant que le consul anglais veut entreprendre sur le consulat de France et usurper ses droits sur une partie des nations susdites, en vertu d’une nouvelle patente qu’il a obtenue du Grand Seigneur, contre l’ancien usage ; en quoi il se fait appuyer des Turcs, à force de présents (5)

Peut-être, Monseigneur, trouverez-vous étrange que des prêtres qui se sont donnés à Dieu comme nous pour instruire le pauvre peuple de la campagne et porter l’état ecclésiastique à la vertu, se mêlent néanmoins d’un affaire temporel et tant éloigné de leurs fonctions qu’est celui-ci. Je vous dirai à cela, Monseigneur, qu’ayant

3) Petit promontoire de la côte septentrionale de la Tunisie.

4). Texte du reg. I : "Suimare Salade." La Fumaire Salade ou Fumaire Salée est le point de la côte tunisienne où débouchait la rivière de ce nom, à soixante milles à l’ouest de Bizerte. On y trouvait du corail en abondance Aussi les marchands marseillais songèrent. ils à y établir un établissement semblable au Bastion d’Alger.

5). Cet abus remontait à plusieurs années. Lange de Martin et Jean Le Vacher en avaient souffert.

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entrepris depuis 6 ou 7 ans d’assister les pauvres chrétiens esclaves de Barbarie spirituellement et corporellement, tant en santé qu’en maladie, et envoyé à cet effet plusieurs de nos confrères, qui prennent soin de les encourager à persévérer en notre sainte religion, à souffrir leur captivité pour l’amour de Dieu et à faire leur salut dans les peines qu’ils souffrent, et cela par visites, aumônes, instructions et par l’administration des saints sacrements, même pendant la peste, en sorte qu’à la dernière maladie nous y en avons perdu quatre des meilleurs de notre compagnie (6), il a fallu, pour faciliter ce bon œuvre, que du commencement ils se soient mis en pension auprès des consuls, en qualité de leurs chapelains, de crainte qu’autrement les Turcs ne leur permissent pas les exercices de notre sainte religion. Mais, le consul étant mort, le dey ou le bacha commanda au prêtre de la Mission (7) d’exercer cette charge, à l’instance que lui en firent les marchands français. Et comme une personne de condition et d’insigne piété (8) eut vu le bien que faisait ce bon prêtre dans l’exercice de cette charge, elle s’est employée vers le roi, sans que nous en eussions aucune pensée, pour nous faire avoir les consulats de Tunis et d’Alger, et Sa Majesté nous a permis de les faire exercer par telles personnes capables que nous trouverons propres à notre dessein. Pour cela, Monseigneur, nous en avons choisi deux de notre compagnie qui ne sont pas prêtres, mais qui entendent les affaires (9) ; et celui que nous avons envoyé nouvellement à Tunis (10) était avocat au parlement de Paris, qui, sans autre

6) Nouelly, Lesage, Dieppe et Guérin.

7) Jean Le Vacher.

8) La duchesse d’Aiguillon.

9). Benjamin Huguier et Jean Barreau, clercs.

10) Martin Husson.

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intérêt que celui du service de Dieu et du prochain, s’en est allé là, ainsi qu’a fait en Alger le sieur Barreau, qui est aussi de Paris, d’une fort honnête famille ; de manière, Monseigneur, que n’ayant qu’une même intention avec nos prêtres, ils vivent ensemble comme frères, ils ont tout en commun et emploient les profits des consulats, avec ce que nous leur envoyons de France, après leur simple entretien pris, à l’assistance corporelle et spirituelles des pauvres chrétiens captifs et à procurer la liberté à quelques-uns qui ne tiennent qu’à peu de chose, et qui, faute de 30 ou 50 piastres, seraient en danger de demeurer esclaves toute leur vie et peut-être de se perdre par désespoir, ainsi qu’il est arrivé à plusieurs, depuis que les Pères Mathurins ont discontinué leurs rédemptions, y ayant tantôt dix ans qu’ils n’en ont fait aucune.

Outre tous ces biens-là, Monseigneur, ils en font un autre très considérable, c’est de contenir les prêtres et religieux esclaves en leur devoir, par douces semonces et par bienfaits, ou, quand ces moyens se trouvent faibles, par l’autorité du glaive spirituel qu’ils ont en main, en qualité de missionnaires apostoliques et grands vicaires de l’évêché de Carthage. Le grand libertinage qui régnait auparavant parmi ces personnes d’église, décourageant les chrétiens, en faisait passer plusieurs en la religion de Mahomet et enflait le courage aux Turcs, spectateurs de ces désordres.

Je vous dis tout ceci, Monseigneur, pour vous faire connaître le mérite que vous acquerrez devant Dieu en l’expédition que nous vous demandons, puisqu’elle ne regarde pas seulement la personne ou la charge du consul de Tunis, mais le service de l’église, en tant que cette patente donnera moyen à nos prêtres de mieux servir les âmes et de consoler les membres affligés de N.-S. les

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plus abandonnés du monde. Vous aurez par conséquent, Monseigneur, bonne part à leurs bonnes œuvres, et nous prierons incessamment sa divine bonté qu’elle vous conserve pour sa gloire et le bien de cet Etat.

Nous ne connaissons personne de delà qui puisse solliciter cet affaire, ni fournir aux frais ; c’est pourquoi, Monseigneur, nous osons espérer de votre grande bonté la grâce tout entière, en recommandant à votre secrétaire le soin de cette expédition, après qu’elle vous aura été accordée, et d’en lever deux copies bien en forme pour en envoyer l’une, s’il vous plaît, audit sieur Husson à Tunis, et nous adresser l’autre à Saint-Lazare-lez-Paris ; et me faisant l’honneur de me mander ce que vous aurez fait avancer pour tout cela, nous mettrons aussitôt l’argent ès mains de Madame l’ambassadrice (11), laquelle j’ai eu le bonheur de voir et qui m’a fait espérer celui de nous être favorable auprès de vous, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très…

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M. (12)

1709. — A NICOLAS GUILLOT

De Paris, ce 27 février 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais

Je suis en une affliction que je ne vous puis exprimer

11) née Louise. le Montholon.

12) La lettre du roi et celle de saint Vincent restèrent sans effet Le consul d’Angleterre réussit à faire approuver ses prétentions à Constantinople même. Ses empiétements continuèrent, et nous verrons Martin Husson réclamer de nouveau (Cf. Raymond Gleizes op cit, p. 87)

Lettre 1709. — L. a. — Dossier de Cracovie, original.

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de voir ce que vous mandez à Auxerre, que vous espérez y être bientôt. Hélas ! Monsieur, aurez-vous le cœur d’abandonner un œuvre que Notre-Seigneur vous a mis entre les mains et dans lequel il s’est servi de vous d’une manière toute sienne, auquel il vous a appelé et béni d’une façon qui n’en a guère de semblable ! Au nom de Dieu, Monsieur, n’acquiescez point à. cette horrible tentation. Je le vous demande, prosterné en esprit à vos pieds et les larmes aux yeux. J’espère cela de la bonté de Dieu et de la vôtre, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Guillot, prêtre de la Mission, à Varsovie.

1710. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

1654 (1)

Nous nous sommes exposés à La merci des coureurs et avons visité plus de cent villages. Nous y avons trouvé des vieillards et des enfants presque tout nus et tout gelés, et des femmes dans le désespoir, toutes transies de froid Nous en avons revêtu plus de quatre cents et distribué aux femmes des rouets et du chanvre pour les occuper.

L’assistance qu’on a commencé à rendre aux curés a toujours continué. Et les ayant assemblés par doyennés, nous en avons trouvé qui étaient presque tout dépouillés, auxquels nous avons donné des habits et des soutanes. Nous avons aussi

Lettre 1710. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. XI, sect. III, 1er éd., p. 400. Abelly réunit ensemble plusieurs fragments de lettres distinctes, que nous préférons donner séparément.

1) Ces lignes ont été publiées dans la Relation de janvier. février mars 1654

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fourni leurs églises d’ornements et de missels et fait faire les réparations nécessaires pour la couverture et les fenêtres, afin d’empêcher que la pluie ne tombât sur la sainte hostie et que le vent ne l’emportât pendant la célébration de la messe. Cela est cause qu’il y a un grand nombre d’églises et de paroisses où l’on célèbre le saint sacrifice de la messe et où les peuples reçoivent les sacrements, lesquelles, sans ce secours, seraient entièrement désertes et abandonnées.

1711. — AUX RELIGIEUX DE L’ABBAYE DU MONT-SAINT-ELOY (1)

4 mars 1654.

Messieurs,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

L’estime que j’ai conçue, depuis longtemps de votre sainte maison, par la sainteté de votre prélat, que j’ai vu ci-devant à Paris (2), et par la bonne odeur de votre réputation, m’a toujours donné un grand désir de vous servir ; et je puis dire que j’ai tâché de le faire toutes les fois que les occasions s’en sont présentées, pendant que j’ai été en état de cela. A présent que la Providence permet que je n’y sois plus, elle me donne néanmoins sujet de vous témoigner ma bonne volonté.

Vous avez pu savoir que sur l’élection que vous avez faite (3) de 3 de vos religieux (4), dont les noms ont été envoyés au roi, afin d’en choisir un d’entre eux pour être votre abbé, selon la coutume d’Artois, une personne

Lettre 1711. — Reg. 1, f° 54 v°, copie prise sur la "minute non signée".

1) Dans cette localité, située près d’Arras, se trouvait une abbaye de l’ordre de Saint-Augustin.

2). Pierre Busquet, élu en 1651, mort le 23 novembre 1653.

3). Le 30 décembre 1653

4). Le Père Boulart, assistant du supérieur général de Sainte-Geneviève, était un des trois ; il n’avait pas l’intention d’accepter.

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de condition, (5) traversant ce dessein, a obtenu cette abbaye ; ce qui a fort affligé les deux religieux que vous avez envoyés ici pour solliciter cet affaire. Mais, dans cette consternation, le bon Dieu leur a ouvert un très bon expédient pour réparer un si fâcheux succès : c’est, Messieurs, de vous proposer de demander à Sa Majesté le Révérend Père Le Roy, religieux de Saint-Victor (6), pour votre abbé, par voie de postulation et non d’élection, attendu qu’il n’est pas de votre maison, à condition toutefois qu’il ne changera rien en ladite abbaye, ni à l’égard de la discipline, ni à l’égard du temporel. De quoi m’ayant donné avis, je me suis résolu de vous en dire mon petit sentiment, en vous marquant quelques avantages qui vous en doivent arriver. Je vous prie de l’avoir agréable.

Le 1er est que vous éviterez un grand mal, en évitant d’avoir pour supérieur une personne qui n’est pas dans l’esprit de votre saint Ordre.

Le 2e est que par ce moyen vous vous maintiendrez dans le droit d’élection.

Le 3e est que ledit R. P. Le Roy, étant religieux de Saint-Augustin comme vous et en réputation de bon religieux, est par conséquent capable de régir cette abbaye selon vos usages et vos intentions.

Et en 4e lieu il est frère de M. Le Roy, premier commis de M. Le Tellier, qui a grand crédit et qui est un des plus hommes de bien que je connaisse au monde. Cela étant, Messieurs, vous êtes assurés d’avoir un puissant protecteur à la cour et d’être conservés en vos privilèges

5) Le gouverneur d’Arras. Il avait demandé l’abbaye pour son oncle, religieux de l’ordre des Prémontrés.

6). Pierre Le Roy, chanoine régulier de l’abbaye Saint-Victor de Paris et supérieur du collège de Boncourt

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et en vos possessions, sans que personne ose faire tort à votre monastère, ni à vos fermes.

Je ne doute pas, Messieurs, qu’après ces raisons vous ne preniez résolution de postuler ce bon religieux, puisque vous trouverez en lui tout ce que vous pouviez espérer d’avantageux d’aucun des vôtres. Je le souhaite fort pour le bien de votre communauté, vous assurant que je n’ai autre intérêt à cela que celui de la gloire de Dieu, qui suis, en son amour, Messieurs, votre très… (7)

1712. — A JACQUES DESCLAUX, éVêQUE DE DAX

[1653 ou 1654] (1)

J’avoue, Monseigneur, que j’aurais une grande joie de vous voir à Paris, mais j’aurais un égal regret que vous y vinssiez inutilement, ne croyant pas que votre présence ici dût avoir aucun bon succès en ce temps misérable, auquel le mal dont vous avez à vous plaindre est quasi universel dans tout le royaume. Partout où les armées ont passé, elles y ont commis les sacrilèges, les vols et les impiétés que votre diocèse a soufferts ; et non seulement dans la Guyenne et le Périgord, mais aussi en

7) Pierre Le Roy fut élu canoniquement abbé le 28 avril 1654 et dirigea l’abbaye du Mont-Saint-Eloy jusqu’au 17 février 1685 jour de sa mort. Il fut, dit Cardevacque (L’abbaye du Mont-Saint-Eloy, Arras, 1859, in-4°, p. 105), "l’une des lumières des états de la province, et plusieurs fois il obtint l’honneur d’être député en cour par le clergé. Le conseil d’Artois assistait en corps à ses funérailles" On trouve des détails intéressants sur son élection dans l’Histoire des chanoines réguliers de l’Oratoire de St-Augustin par le P. Cl. du Molinet, 5 vol. in-f°, t. III, f° 144 et suiv., bibl. Sainte-Geneviève, ms. 604.

Lettre 1712. — Abelly, op. cit., 1. I, chap. XLIII, p. 203.

1) Le contenu de cette lettre montre qu’elle a été écrite à la fin des guerres de la Fronde et avant 1655.

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Saintonge, Poitou, Bourgogne, Champagne, Picardie et en beaucoup d’autres, et même aux environs de Paris. et généralement partout les ecclésiastiques, aussi bien que le peuple, sont fort affligés et dépourvus, en sorte que de Paris on leur envoie dans les provinces plus proches du linge et des habits pour les couvrir, et quelques aumônes pour leur aider à vivre ; autrement, il en demeurerait fort peu pour administrer les sacrements aux malades. De s’adresser à Messieurs du clergé pour la diminution des décimes, ils disent que la plupart des diocèses demandent la même chose, et que, tous se ressentant de l’affliction de la guerre, ils ne savent sur qui rejeter cette diminution. C’est un fléau général, dont il plaît à Dieu exercer ce royaume. Et ainsi, Monseigneur, nous ne saurions mieux faire que de nous soumettre à sa justice, en attendant que sa miséricorde remédie à tant de misères. Si vous êtes député pour l’assemblée générale de 1655 Ce sera, alors que vous pourrez plus justement prétendre quelque soulagement pour votre clergé (2). Il sera cependant consolé de jouir de votre chère présence de delà, où elle fait tant de bien, même pour le service du roi…

1713. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 6 mars 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Il ne nous est point arrivé de vos lettres cette semaine ;

2). L’évêque de Dax ne fut pas élu ; il vint quand même à Paris à la fin de l’année 1655 et exposa devant l’assemblée du clergé la détresse de son diocèse. (Cf. Degert, op. cit., p. 330.)

Lettre 1713. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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c’est pourquoi je n’ai rien à vous mander de particulier, sinon que voici un mot de lettre que j’écris à M. l’ancien curé de Sainte-Croix, pour le remercier de vous avoir adoptés pour ses enfants, en vous remettant sa cure et son logis. Vous verrez si la lettre sera comme il faut et s’il sera expédient de la lui rendre ; et, en ce cas, vous y ferez mettre un dessus tel qu’il le faut et la cachetterez.

Nos petites nouvelles n’ont pas changé. Notre disposition est encore bonne, grâces à Dieu. M. Dehorgny est supérieur aux Bons-Enfants, parce que nous avons eu besoin ailleurs de M. Cornuel. Nos ordinands se sont retirés fort satisfaits et ils nous ont laissés grandement édifiés. Deux jeunes docteurs de Sorbonne et très pieux leur ont fait les entretiens fort utilement. Il nous faudra bientôt recommencer les mêmes exercices, et Dieu veuille que ce soit avec pareille bénédiction ! Cependant nous allons faire quelques missions, qui dureront jusqu’après Pâques. Elles ne nous feront pas oublier votre personne et vos exercices ; car nous continuerons de les offrir à Dieu.

Le bon M. Alméras est allé parcourir les paroisses ruinées du diocèse de Laon et assister les pauvres curés, pour les obliger tant à la résidence qu’à étendre leur ministère sur leurs voisins destitués de prêtres. Il leur distribuera des ornements, des habits et quelque argent ; et le frère Jean Parre, qui est au même lieu, continuera d’assister par ses ordres les pauvres gens à qui la guerre n’a rien laissé. Les frères Mathieu (1) et Jean Proust (2) font la même chose aux diocèses de Reims et de Noyon.

1.) Mathieu Régnard.

2). Jean Proust, né à Parthenay le 12 mars 1620, entré dans la congrégation de la Mission le 25 juin 1645, reçu aux vœux le 28 octobre 1647.

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J’embrasse le bon M. Desdames, s’il est arrivé à Varsovie, avec le reste de votre chère famille, qui suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1714. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON

De Paris, ce 8e mars 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à Dieu de l’arrivée de M. Pignay et de la satisfaction que Mgr de Luçon en a reçue, comme aussi des nouvelles charges qu’il lui a données, par lesquelles il rendra sans doute de grands services à Dieu et au diocèse.

Je loue Dieu aussi des dispositions que vous avez apportées pour faire les exercices des ordinands. l’espère que par le zèle et le secours de cet homme apostolique vous travaillerez désormais à ce bon œuvre.

Nous attendrons donc qu’il dispose mondit seigneur à faire l’union de la cure ; autrement elle ne se fera pas (1) ; et néanmoins je vois que toutes les unions de pareils bénéfices se font par Nosseigneurs les prélats et non par le Pape. Mandez-moi si je vous ai envoyé ci-devant, comme

Lettre 1714. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1). L’union ne dut pas se faire, car aucun document ne la signale.

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il me le semble, une copie des actes qu’il convient faire pour garder les formes et faire validement la chose, tels qu’ils ont été faits pour l’union de la cure de Saint-Preuil (2) au séminaire de Saintes. Si vous ne les avez pas, je vous les enverrai.

Je suis consolé de ce que vos ouvriers travaillent aux missions, pendant que vous aidez M. Pignay à se reconnaître et à s’établir en ce nouveau monde d’affaires.

Nous payerons donc à votre décharge la pension de Claude Bajoteau à la maison du Mans, en déduction de ce que nous vous devons, et j’en donnerai avis à M. Lucas par le premier ordinaire, afin qu’il tienne ce payement pour reçu.

La compagnie est ici en même état. Dieu la bénit en Italie d’une manière particulière. M. du Chesne, qui était à Marseille, est allé commencer un nouvel établissement à Agde, en Languedoc (3). M. Alméras est en Picardie pour assister les pauvres curés, leur distribuer des ornements, des habits et de l’argent, afin qu’ils n’abandonnent leurs paroisses. Il fait aussi assister les pauvres gens que la guerre a dépouillés de toutes choses, à quoi travaillent encore trois de nos frères, tant en Champagne que Picardie.

Je me trouve en ville, pressé de la nuit, ce qui m’oblige à finir en vous embrassant avec votre chère petite famille, prosterné en esprit à vos pieds et à ceux de M. Pignay, à qui je fais un renouvellement des offres de mon obéissance, et à vous de la donation de mon cœur, qui

2) Commune de l’arrondissement de Cognac (Charente).

3). L’évêque d’Agde avait préparé un contrat de fondation, que saint Vincent refusa de signer, à cause des clauses trop onéreuses qu’il contenait. Les choses en restèrent là jusqu’en 1671, date de la fermeture de l’établissement.

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suis, en celui de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Chiroye.

1715. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

1654 (1)

Le désespoir ayant porté plusieurs filles de condition qui se sont trouvées en divers lieux sur les frontières de la Champagne, en d’étranges extrémités, l’on a cru que le plus assuré remède était de les éloigner’du péril, et l’on a commencé à les retirer dans la communauté des Filles de Sainte-Marthe de la ville de Reims, où elles sont instruites à la crainte de Dieu et dressées à s’occuper à quelque petit travail. Il y a déjà dans cette charitable retraite trente filles de gentilshommes de ces quartiers, dont quelques-unes ont passé plusieurs jours cachées en des cavernes, pour éviter l’insolence des soldats La dépense qu’il faudra faire pour cette œuvre de charité et pour retirer et mettre en sûreté toutes les autres que nous trouverons en semblable péril, est très grande, parce que, outre la pension qu’il faut payer pour la nourriture, il faut encore les revêtir ; mais nous espérons que la charité des personnes qui ont si bien commencé, continuera et augmentera plutôt que de diminuer.

Lettre 1715. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XI, sect. III, 1er éd, p. 401. Il y aurait lieu de renouveler ici la réflexion déjà faite à la note générale de la lettre 1710.

1). Ces lignes ont été publiées dans la Relation de janvier-février mars 1654.

2). Les filles hospitalières de Sainte-Marthe desservaient sous l’ancien régime un grand nombre d’hôpitaux en Bourgogne et en Champagne.

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1716. — A MONSEIGNEUR MASSARI,

SECRéTAIRE DE LA PROPAGANDE

De Paris, ce 13 mars 1654

Monseigneur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La nouvelle que j’ai à vous donner vous pourra surprendre : c’est la mort de Monsieur l’archevêque de Myre (1), après une maladie de douze ou treize jours, qui provenait d’une grande fluxion sur la poitrine. Mgr le nonce m’a fait l’honneur de venir céans pour me le dire ; et comme je voulais l’aller voir le lendemain, qui était le mardi 10° de ce mois, j’appris qu’il était trépassé dès le matin ; et le soir on le porta aux Cordeliers, où le service s’étant fait le mercredi, mondit seigneur le nonce y assista ; et plusieurs personnes de condition s’y trouvèrent, particulièrement quelques gentilshommes, de la part de M. l’ambassadeur de Portugal, qui s’est montré affectionné pour le défunt et pour ses intérêts Il avait mis ordre à ses papiers, ayant fait cacheter les plus importants et donné ordre qu’ils soient rendus à la Sacrée Congrégation.

Lettre 1716 — L. s. — Arch. de la Propagande, III Gallia n° 200, f° 252, original

1) L’acte mortuaire de l’ancienne église des Cordeliers nous dit ce qu’était ce personnage. "10 mars 1654, mort d’Antoine-François de Saint-Félix, Napolitain, docteur de Rome, archevêque de Myre, missionnaire et administrateur des royaumes du Japon et de l’empire de Chine, avec pleine puissance de nos SS.-PP. les Papes Urbain et Innocent X, après plus de 25 ans de mission en toutes les portions du monde, avoir baptise des rois infidèles et avoir converti à la foi une Infinité de païens, juifs et hérétiques, passant ici pour aller à Rome, député à cet effet du roi de Portugal." (Bibl. Nat., n. acq. fr. 22.361)

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Il y a eu différend pour le lieu de son enterrement, parce que le curé du faubourg Saint-Germain, où il était logé, voulait qu’il se fît en son église ; mais enfin il l’a cédé à son Ordre.

J’ai tâché de servir ce bon archevêque en ce que j’ai pu et qu’il a désiré, selon votre commandement ; et j’ai regret de ne l’avoir fait plus utilement et d’être sitôt privé de cette occasion de vous obéir. J’en attendrai d’autres, et de Dieu la grâce de pouvoir aucunement reconnaître les protections et les bontés incomparables que vous avez pour nous.

Il reste en cette ville un bon vieillard de quatre-vingts ans, étranger, qui logeait avec feu Monsieur l’archevêque de Myre (2) que l’on dit être patriarche d’Antioche, quoiqu’il soit seul et n’ait aucune marque de prélature. Je lui ai voulu persuader de prendre la compagnie de quelques religieux qui s’en vont en son pays, pour s’en retourner ; mais son âge et ses incommodités ne lui permettent pas.

Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’user du pouvoir que vous avez sur moi en tout ce qu’il vous plaira, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Au bas de la première page : Mgr Massari.

2) Le secrétaire avait écrit Smyrne ici et plus haut ; le saint a de sa propre main changé Smyrne en Myrre.

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1717. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 13e mars 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres en même temps, des 5 et 12 février, et les ai lues avec nouveaux sentiments de reconnaissance vers Dieu et vers la reine, qui ont tant de soin de vos personnes et de votre établissement. Comme Sa Majesté n’agit que pour le pur amour de Dieu, aussi n’y a-t-il que lui qui puisse reconnaître ses grandes charités. Je vois qu’elle vous en a fait de nouvelles et qu’en toutes occasions elle vous est une bonne mère. Plaise à Dieu que vous lui soyez tous de bons serviteurs et de vrais missionnaires !

Je loue Dieu du bon accueil que vous a fait Mgr de Posnanie et de sa bonne volonté pour la compagnie. Il faudra recevoir l’union de la cure (1) en la manière qu’il vous a proposée, puisque c’est l’usage du pays et qu’il donnera le titre à vie à celui que nous lui nommerons, avec telles conditions que ce titulaire ne puisse rien faire contre l’intention de la compagnie.

Je prie Dieu qu’il bénisse abondamment la mission que vous faites dans Sainte-Croix, et que cette première grâce serve de semence pour multiplier à l’infini cette sorte d’emploi et les fruits qui en réussiront. Mais comment ferez-vous, Monsieur, si Messieurs Guillot et Zelazewski vous quittent ? Certes, j’ai une grande affliction de l’envie qu’ils en ont, et je ne doute pas que vous

Lettre 1717. — L. s. — Doisier de Cracovie, original

1) La cure de Sainte-Croix à Varsovie.

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n’employiez toute sorte de moyens pour les retenir, particulièrement le dernier, puisque l’autre est tout résolu à s’en revenir. C’est grand dommage que, sur le point qu’il peut rendre de bons services à Dieu en Pologne, il tourne son cœur et ses pas vers la chair et le sang. Il a écrit en son pays qu’on l’y verra bientôt, et je ne doute pas que, sortant de celui où vous êtes, contre le sentiment de tout le monde et l’ordre de la sainte obéissance, il ne sorte aussi de la compagnie. J’espère pourtant que le bon Dieu ne le laissera pas aller où son inclination le porte.

J’approuve volontiers que vous nous renvoyiez le frère Posny, puisque M. Fleury le désire et qu’il il se comporte si mal en son endroit. J’ai un grand déplaisir de sa faute, pour les grandes obligations que nous avons à ce bon serviteur de Dieu.

Nous allons vous préparer un prêtre, un clerc et un coadjuteur, ou du moins deux clercs, dont l’un sera capable d’enseigner le séminaire et en état d’être fait prêtre bientôt, pour les faire partir à la première occasion.

Mademoiselle Le Gras vous écrit, et sa lettre me dispense de vous rien dire sur les demandes que vous me faites touchant les Filles de la Charité, parce qu’elle y répond, selon la résolution que nous en avons prise.

Je me recommande à vos prières et je vous assure de la continuation des nôtres. J’embrasse cordialement le bon M. Desdames et toute la petite compagnie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Au bas de le première page : M Ozenne.

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1718. — A FIRMIN GET, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

13 mars 1654.

Il faut se résoudre à la patience au sujet de la maison qui a vue sur la votre et du voisin qui l’occupe et qui commence à vous faire peine ; car de prétendre d’avoir tout à souhait sans ressentir les incommodités que les hommes se donnent les uns aux autres, il ne le faut pas.

1719. — A FRANçOIS PERROCHEL, éVêQUE DE BOULOGNE

18 mars 1654.

Monseigneur,

Je vous fais La présente à deux fins : la première est pour vous renouveler les offres de mon obéissance, avec toute la révérence et l’affection que vous savez que N.-S. m’a données pour votre personne sacrée, et la seconde pour vous faire une très humble prière en faveur du chapitre de Beauvais. Vous avez pu savoir le différend qui s’est mû entre lui et Mgr l’évêque (1), au sujet du mandement

Lettre 1718. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 1719. — Reg. 1, f° 43 v°.

1) Nicolas Choart, seigneur de Buzenval, né le 25 juillet 1611, conseiller au parlement de Bretagne le 19 octobre 1630, conseiller au grand conseil en septembre 1631, maître des requêtes le 11 août 1639, ambassadeur en Suisse, où il ne se rendit pas. Il donna en 1643 sa démission de maître des requêtes, embrassa l’état ecclésiastique et fut nommé en 1650 évêque de Beauvais. Il est surtout connu par son attachement à la doctrine janséniste. Il refusa de se soumettre à la condamnation des cinq propositions et de publier la bulle pontificale dans son diocèse, parce qu’elle lui semblait attentatoire aux libertés de l’église gallicane et qu’elle exigeait, pour des faits non révélés, une adhésion due aux seules vérités de foi. Le chapitre pensa qu’à défaut de l`évêque la publication de la bulle lui revenait, et il s’exécuta. Grand fut le mécontentement du prélat, qui improuva

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pour la publication de la bulle donnée contre les nouvelles opinions, qui a donné sujet à Messieurs de ce chapitre de s’adresser au Saint-Siège pour avoir des commissaires qui prennent connaissance de cet affaire, mais ils n’ont pas obtenu ceux qu’ils souhaitaient ; car, au lieu de vous, Monseigneur, on leur a donné M. votre official, qu’ils ne connaissent pas ; et pour cela ils ont désiré que je vous supplie très humblement, comme je fais, d’avoir agréable de nous mander si mondit sieur l’official est un homme généreux pour porter les intérêts de Dieu comme il faut par-dessus les considérations humaines, et s’ils peuvent s’en assurer en cette occasion, et de plus, Monseigneur, d’avoir la bonté de lui recommander cet affaire comme un affaire de Dieu. Vous en savez l’importance, et moi je sais combien vous avez à cœur les intérêts de Dieu et de l’église, et que les recommandations qu’on vous en fait ne vous importunent jamais. C’est pourquoi, Monseigneur, j’espère que vous n’aurez pas désagréable ma liberté, mais que vous m’honorerez d’un mot de réponse au plus tôt, parce que la chose presse pour agir.

Je suis cependant, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre….

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

et condamne la conduite de son chapitre par deux mandements successifs, et exigea le désaveu formel de cet acte sous peine de suspense et d’excommunication contre chaque chanoine. Ceux-ci en appelèrent à Rome le 1er décembre 1653. La réponse leur fut expédié le 17 janvier 1654 ; elle contenait ces mots : "La Sacrée Congrégation des cardinaux, sur ce qui a été proposé ci-dessus, a jugé que sous ce nom Ordinaire des lieux sont compris le doyen et chapitre de Beauvais et qu’il doit être ainsi signifié tant à l’évêque qu’audit chapitre" (cf Delettre, op cit, III, p 453)

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1720. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 20e mars 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai rien à vous dire de particulier, n’ayant encore reçu vos lettres, quoique l’on soit allé deux fois les demander chez Madame des Essarts, qui m’a mandé n’être pas encore arrivées. Dieu veuille qu’elles ne nous apportent que de bonnes nouvelles !

Grâces à Dieu, nous n’en avons point de mauvaises de deçà. Il est vrai qu’à Gênes toute la maison quasi a été incommodée, qui d’une sorte, qui d’une autre ; mais à présent tous se portent mieux, quoique quelques-uns ne soient pas tout à fait guéris. Ils vont recommencer un séminaire interne et continuer une dévotion qu’ils ont commencée, et nous avec eux, pour demander à Dieu, par les mérites et les prières de saint Joseph, dont nous célébrions hier la fête, qu’il envoie de bons ouvriers en la compagnie pour travailler à sa vigne. Jamais nous n’en avons connu le besoin au point que nous le ressentons à présent, à cause que plusieurs cardinaux et évêques d’Italie nous pressent pour leur donner des missionnaires. Ceux de Rome et de Gênes continuent à travailler avec tant de ferveur et de bénédiction qu’ils y sont en très bonne odeur, par la miséricorde de Dieu.

M. Thibault, supérieur de notre maison de Saint-Méen, m’écrit qu’il a fait une mission de cinq semaines, où il a connu manifestement que la mission est purement l’ouvrage de Dieu ; et entre les fruits qu’il me

Lettre 1720. — L. s — Dossier de Cracovie, original.

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marque s’être faits en ce lieu-là, il dit que, les trois derniers jours du carnaval, tout le monde demeura à l’église depuis le matin jusqu’au soir, et que, pour de leurs débauches passées, ils se résolurent volontairement de ne manger que du pain, ni boire que de l’eau en ces jours-là, ce qui fut si exactement observé et si généralement par tous les habitants, qu’il n’y en a eu qu’un ou deux au plus qui se soient démentis en cet acte de pénitence ; cela est certes merveilleux.

Quelques-uns de nos prêtres sont allés faire une mission à quatre lieues d’ici ; c’est la cinquième ou la sixième de cet hiver. Voilà, d’un autre côté, les ordinands qui vont venir, et avec lesquels nous allons finir le carême, comme nous l’avons commencé. M. Alméras continue d’encourager les pauvres curés des frontières à la résidence et au soin de leurs charges, par entretiens et par distributions d’ornements, d’habits et d’aumônes, et veille en même temps aux assistances que nos frères rendent aux pauvres gens qui ont tout perdu.

Je recommande à vos prières tous nos emplois et nos besoins. Voici un paquet de lettres pour vous et une que j’écris à M. Desdames pour me réjouir avec lui du bonheur qu’il a d’être avec vous, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d.l. M.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

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1721. — A STANISLAS ZELAZEWSKI, A VARSOVIE

De Paris ce 27 mars 1654

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Votre lettre m’a bien donné de la joie, à cause qu’elle venait de la part d’une personne que j’estime et chéris grandement ; mais elle ma apporté une égale affliction, voyant la résolution que vous avez prise de vous retirer de la compagnie, et ainsi abandonner l’œuvre de Dieu, lorsque vous avez plus d’obligation, ce semble, de vous y attacher. Certes, si vous considériez bien les conduites de Dieu sur vous, qui vous a fait venir en France et vous y a laissé pour vous faire entrer parmi nous et vous y élever aux lettres, à la piété et aux fonctions ecclésiastiques, qui vous a par après ramené en votre pays et à même temps ouvert la porte à quantité de biens que vous y pouvez faire, demeurant en l’état où il vous a mis, vous ne voudriez pas vous éloigner si fort de votre vocation, ni vous rendre responsable, au jour du jugement, d’avoir perdu une si belle occasion.

Vous dites que vous n’êtes pas content en la Mission. Ce n’est pas pour cela une marque que Dieu ne vous y veut pas ; car en quelque lieu et en quelque condition que l’on soit, on n’y trouve jamais son contentement accompli. Cette vie est pleine de fâcheries et de peines d’esprit aussi bien que de corps ; c’est une continuelle agitation, qui ôte le repos à ceux qui croient le posséder et qui en éloigne ceux qui le cherchent. Notre-Seigneur

Lettre 1721. — Dossier de Cracovie, copie du XVIIe ou du XVIIIe siècle

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y a-t-il mené une vie douce ? N’a-t-il pas expérimenté en lui les difficultés et les tribulations que nous appréhendons ? Il était l’homme de douleur, et nous voulons être exempts de souffrir ! Il ne nous parle que de croix pour avoir part à sa gloire, et nous voudrions le suivre sans rien endurer ! Cela ne se peut. Il faut renoncer à soi-même pour le servir, et l’évangile de demain nous assure que qui aime son âme la perdra, et qui hait son âme en Ce monde la gardera en la vie éternelle (1)

Ce qui peut aussi servir de réponse au prétexte que vous prenez d’en sortir, pour n’avoir point de santé, comme si elle vous devait être plus chère que la gloire de Dieu. Vous savez comment vous vous portez à présent, mais vous ne savez comment vous vous porterez ci-après. Qui vous a dit qu’en quittant votre vocation vous vous porterez mieux, ou qu’en la conservant vous serez toujours incommodé ? Personne n’en sait rien, et néanmoins sous cette imagination vous voulez faire une faute irréparable ! Nous voyons en la compagnie quelques-uns qui ont la même incommodité que vous, mais pas un qui n’en revienne. Je l’ai eue moi-même en ma jeunesse, et j’espère que vous en guérirez pareillement, lorsqu’avec l’âge votre sang sera plus tempéré.

La considération de Madame votre mère ne vous doit pas obliger non plus de vous retirer, puisque pour son soulagement vous savez ce que la reine vous a dit et ce que la compagnie vous a promis, et je ne doute pas qu’en demeurant missionnaire, vous ne la puissiez davantage assister qu’en retournant au monde.

Après toutes ces raisons, Monsieur, vous avez grand sujet de craindre qu’il n’y ait de la légèreté en votre fait et que, par un esprit de libertinage, vous ne veuillez

1) évangile de saint Jean XII, 25.

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secouer le joug de J.-C. Que lui diriez-vous un jour quand il vous reprocherait la perte de tant d’âmes, si vous refusiez de leur prêter la main, les voyant sur le penchant de leur ruine, faute d’instruction et d’encouragement au bien ? Vous me repartirez à ceci que vous êtes résolu de travailler à leur salut hors de la Mission ; et moi je vous dis, Monsieur, que peut-être vous ferez comme quelques autres qui en sont sortis, qui, s’étant trouvés destitués de la grâce de leur vocation, n’ont quasi rien fait de ce qu’ils se sont proposé, et plusieurs se sont évanouis en leurs vaines prétentions. L’exemple de tant d’ecclésiastiques qui sont au monde, qui, pour trop aimer leurs aises, évitent le travail, courent après la convoitise des biens et s’attachent aux satisfactions de la vie présente, vous doit faire appréhender que ce torrent vous emporte, si vous sortez de la petite barque où Dieu vous a mis, en laquelle vous lui pouvez rendre de grands services par les grâces qu’il y a attachées et les talents qu’il a mis en vous. Pourquoi ne craindrez-vous pas qu’il vous abandonne si vous abandonnez de la sorte son parti ? Et si la compagnie vient à défaillir de delà par votre faute, il vous en pourra demander un compte très exact, en tant que par votre sortie vous empêcherez que d’autres y entrent ; et par ce scandale, faisant connaître que vous n’estimez pas son institut ni ses fonctions, vous lui ôterez sa bonne odeur et par conséquent les moyens de faire quelques fruits. Voyez où cela va, Monsieur, et, au nom de Dieu, résistez à cette tentation :

Quant à ce que vous me demandez, de demeurer avec les missionnaires sans être du corps, de vous occuper avec eux et demeurer néanmoins en votre liberté, c’est ce que nous ne ferons pas ; et ne l’avons jamais accordé à personne ; ce serait donner sujet aux autres de sortir et

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d’espérer la même chose ; car naturellement chacun aime la liberté ; mais il s’en faut garder comme d’un chemin large qui mène à perdition. Je vous prie donc, Monsieur, de ne pas vous attendre à cela, mais de vous donner à Dieu pour le servir toute votre vie en la manière et en l’état où il vous a mis. Vous en avez les occasions si favorables, que vous ne pouvez les refuser à moins de risquer votre salut avec celui d’une infinité d’âmes ; et au contraire, travaillant à leur sanctification, vous assurez la vôtre, et, en vous conservant à la Mission, vous la conserverez et serez cause qu’à votre exemple plusieurs Polonais s’y rangeront pour y recevoir l’esprit ecclésiastique et pour multiplier les ouvriers en la vigne du Seigneur, qui en a tant de besoin. C’est pour cela que vous y avez été appelé, et j’espère de sa divine bonté qu’elle vous fera la grâce de persévérer par l’intercession de saint Casimir, à qui je vous recommande, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1722. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 27 mars 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne doute pas de votre peine, voyant que deux ouvriers vous veulent quitter lorsque vous en avez plus de besoin ; mais je sais aussi que vous trouvez votre repos

Lettre 1722. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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en Dieu, qui permet cette secousse pour affermir son ouvrage et qui peut par mille autres moyens avancer la compagnie. Peut-être a-t-il permis que M. Guillot ait reçu une entorse à son pied pour éviter celle qu’il veut donner à sa vocation, qui certes serait en péril s’il revenait en France. Peut-être aussi qu’il veut éprouver M. Zelazewski par la tentation qu’il souffre, et les réduire tous deux à demeurer fermes au lieu et en l’état où il les a mis, après ces premières agitations, par la considération des biens que l’un et l’autre peuvent faire et des maux qu’ils éviteront. Je ne sais certes comme ils se pourraient laver d’une telle faute s’ils abandonnaient l’œuvre de Dieu en si beau chemin et une fondation tant importante dès son commencement. J’en écris quelque chose au dernier, et surtout je le désabuse de la pensée qu’il a de demeurer avec les missionnaires, lorsqu’il n’en sera plus, et d’être employé à leurs fonctions avec eux, quand il lui plaira, pourvu qu’il soit en sa liberté ; car cela est inouï en la compagnie, et tel exemple nous serait de grand préjudice. S’il en sort, il faut qu’il s’en éloigne ; autrement, il nous ferait un double mal.

Je loue Dieu de ce que vous avez à présent le bon M. Desdames avec vous. Je ne doute pas que la consolation n’en soit grande pour vous et pour lui, et je la sens telle en mon cœur. Je l’embrasse de toute mon affection. Faites prendre la prêtrise au frère Duperroy le plus tôt que vous pourrez (1). Un bon soldat en vaut dix, et Dieu bénira sans doute votre petit troupeau, encore que ce déchet que vous craignez arrive. C’est lui qui vous a appelés en Pologne, qui vous montre une si plantureuse

1) Il fut ordonné le 4 avril, avant par conséquent que cette lettre ne parvint à Charles Ozenne.

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moisson et qui veut vous la faire entreprendre, fondés sur une spéciale confiance en sa grâce, et non pas sur vos forces, puisque vous en avez si peu. Nous allons néanmoins vous préparer le secours que vous demandez, pour le faire partir à la première occasion, savoir un frère coadjuteur, qui sera, comme je pense, ce jeune homme d’Allemagne qui parle polonais et qui a demeuré à Varsovie (2) (il est fort, assez pieux et intelligent) un prêtre, et, si nous pouvons, un clerc capable d’enseigner le séminaire. J’en ai un en vue, qui est un très bon enfant, beaucoup capable et qui a même disposition d’aller en Pologne. Vous me parlez de M. Gigot ; mais il me semble qu’il ne parle pas bien latin et n’a pas aptitude aux langues ; je vous prie néanmoins de me mander ce que vous en pensez et ce que vous avez remarqué de bon en lui qui vous le fasse juger propre pour ce pays-là.

Dieu disposa samedi dernier de Monseigneur l’archevêque de Paris (3), et à même temps Mgr le cardinal de Retz prit possession de cette église par procureur et y fut reçu par le chapitre, quoiqu’il soit toujours au bois de Vincennes. La Providence lui avait fait faire une procuration à cet effet et nommer deux grands vicaires, quelques jours avant qu’il fût arrêté, sur le dessein qu’il avait dès lors d’aller faire un voyage à Rome, et cela en

2) Peut-être Jean Meusnier, né dans le diocèse de Trèves, entré dans la congrégation de la Mission le 26 novembre 1653 à l’âge de Vingt ans, reçu aux vœux le 25 janvier 1656. Il n’’alla pas en Pologne.

3). Jean-François de Gondi mourut le 21 mars, à 4 heures du matin. A 5 heures, le sieur de Labour, délégué à cet effet, prenait possession du siège archiépiscopal au nom du cardinal de Retz. Quand Le Tellier vint à Notre-Dame pour empêcher les formalités d’usage, il était trop tard. Le prisonnier apprit la mort de son oncle le jour même par des signaux conventionnels. Le prêtre qui dit la messe le lendemain en sa présence éleva la voix en prononçant les mots : Joannes Franciscus Paulus, anistes noster.

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cas que Dieu disposât de M. son oncle pendant son voyage, de sorte que ces grands vicaires, qui sont deux chanoines de Notre-Dame, font à présent leurs fonctions, et nous avons les ordinands par leur ordre. Tout le monde admire cette prévoyance pour avoir eu son effet fort à propos, ou plutôt la conduite de Dieu, qui n’a pas laissé ce diocèse un seul jour sans pasteur, lorsqu’on lui en veut donner un autre que le sien.

Le temps et le papier me manquent. Je salue la petite famille et suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1723. — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 28° mars 1654.

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous me faites plaisir de me mander de temps en temps l’état et le nombre de vos orphelins. Je continue de vous offrir à Dieu et de le prier qu’il bénisse votre travail.

J’ai fait voir votre lettre aux dames, qui ont trouvé à propos que vous rendiez compte de la dépense que vous faites, à Mademoiselle la lieutenante générale (1) ; et Mademoiselle Viole vous prie de lui mander si vous avez reçu une lettre qu’elle vous a écrite.

Faites-moi la charité de prier Dieu pour moi.

Lettre 1723. — I,. s. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Marguerite du Tartre, épouse de Gabriel de Bry, sieur d’Arcy, lieutenant général du bailliage d’étampes.

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Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, et votre petite compagnie va assez bien, grâces à Notre-Seigneur, en qui je suis, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne-Françoise, Fille de la Charité, servante des pauvres malades, à étampes.

1724. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 3° avril 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Votre lettre du 5 mars, comme les précédentes, m’a été à grande consolation, voyant que la bonté de la reine ne se lasse de vous bien faire en toute manière et en tous rencontres. Nous ne cessons non plus de remercier Dieu des grâces qu’il lui fait et de le prier qu’il les y continue abondamment.

Sa Majesté a bien sujet d’être mécontente du retour de M. Guillot et de la sortie de M. Zelazewski. Je prie Dieu qu’il leur pardonne. Pour moi, j’admire comme un soldat est fidèle à son capitaine, en sorte qu’il n’oserait reculer quand il faut combattre, ni le quitter sans son consentement, sur peine d’être puni comme un déserteur d’armée. Un homme d’honneur n’aurait garde d’abandonner son ami dans le besoin, surtout s’ils étaient en un pays étranger. Pourquoi ? C’est de crainte de faire

Lettre 1724. — L. s. — Dossier de Cracovie, or : ginal.

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une lâcheté, ou commettre une incivilité. J’admire, dis-je, de voir plus de fermeté en ces gens-là pour des respects humains, que des chrétiens et des prêtres n’en ont pour la charité, ni pour les bons desseins qu’ils ont entrepris. Et quand je pense à l’action de ces deux Messieurs, qui ont été appelés pour la première fondation de la Mission en un grand royaume où il y a des biens infinis à faire, où tout se dispose à souhait pour réussir heureusement et faire une ample moisson, et qui néanmoins abandonnent l’œuvre de Dieu en si beau chemin, quelques prières qu’on leur fasse et quelques raisons qu’on leur puisse apporter, je vous avoue que je ne sais qu’en dire, ni que penser. Mais en cela comme en tout nous devons nous conformer à la volonté de Dieu et adorer ses sages conduites. Nous vous enverrons donc d’autres hommes à leur place, et au plus tôt, Dieu aidant. Je vous ai prié de me mander à quoi vous avez dessein d’appliquer M. Gigot, que vous demandez.

Je loue Dieu de ce que M. Desdames a déjà prêché à Varsovie en polonais et de la disposition du frère Duperroy à faire progrès en cette langue. J’espère que peu à peu vous vous la rendrez familière et que le bon Dieu vous bénira en tous vos désirs, puisqu’ils tendent à lui, et qu’il bénira pareillement votre famille et vos emplois, pour le service de l’église et la consolation de Leurs Majestés.

J’enverrai votre lettre à Mgr l’archevêque de Rouen (1), comme j’ai fait à Troyes celles que vous y avez écrites.

Nous n’avons rien de nouveau, et je ne pourrais pas vous en dire, à cause de l’office de ce saint jour (2), qui

1) François de Harlay de Champvallon. — Cette lettre avait probablement trait au frère Nicolas Duperroy, qui était originaire de ce diocèse et allait recevoir le sacerdoce le lendemain.

2) C’était le vendredi saint.

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nous occupe et qui m’oblige à finir en vous embrassant aux pieds de la croix de Notre-Seigneur, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

1725. — MARTIN HUSSON A SAINT VINCENT

De Tunis, ce 4 avril 1654.

C’est en l’absence de. Monsieur Le Vacher (1) que je vous écris cette fois Il partit le 18 du passé pour aller à Bizerte d’où il ne revint que le 26 ; et le 30 il. est allé à un lieu nommé la Cantara (2), où il fit un voyage les derniers jours de l’année dernière. J’envoie après dîner Le Sargy le joindre afin que demain matin ils puissent revenir ensemble. J’appréhende pour sa santé ; elle est forte, grâces à Dieu, nonobstant tout ce labeur, mais à la longue la nature ne peut qu’elle ne s’altère. Je ne sais comme il se trouvera au retour Au dernier voyage qu’il fit à la Cantara, il avait un prêtre pour le soulager ; mais il était alité quand il fallut partir, de sorte que, pendant deux jours et trois nuits qu’il aura seulement eus pour séjourner, il lui aura fallu porter seul le travail. Ils sont plus de 80 chrétiens. Il ne porta que cinquante piastres en réserve pour en assister les esclaves. Il n’en a porté qu’autant à la Cantara ; car c’est tout ce que nous pouvons faire ; grâces à N.-S., nous ne thésaurisons jamais.

Ces fêtes de Pâques étant passées, il ira faire une autre mission à la Mammedie (3), distante seulement de deux lieues d’ici, où il y a bien près de 60 chrétiens fort maltraités..

Nous vous écrivîmes l’un et l’autre peu après le commencement du mois passé, et j’espère qu’a présent nos lettres vous sont rendues.

Lettre 1725. —- L. s Dossier de Turin, original.

1). Jean Le Vacher.

2). Aujourd’hui Fondouk-el-Kantara, localité située à une trentaine de kilomètres au nord de Tunis.

3). Aujourd’hui Mohanimedia, localité située à une dizaine de kilomètres au sud de Tunis.

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Tous nos bagnes préparent à qui mieux mieux des sépulcres à N.-S. Si la barque eût différé un jour ou deux, j’aurais pu vous en dire quelque chose. Ce sera pour la première occasion

M. Le Vacher travaille à faire venir d’Alger l’argent dudit Toussaint Le Rond, pour, l’ayant reçu, tâcher d’effectuer son rachat. Voici des lettres d’esclaves de divers pays pour diverses provinces de la France, dont Monsieur Le Vacher m’a dit qu’il fallait faire le pli et vous l’envoyer.

Je ne saurais assez me recommander à vos prières et à celles de toute la compagnie, afin que je n’occupe pas inutilement une place en laquelle il y a tant à travailler pour Dieu, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.

Husson

1726. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON

De Paris, ce 8 avril 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il n’est aucunement expédient de donner votre cure (1) à la personne que vous me nommez, soit qu’elle demeure, ou qu’elle sorte de la compagnie. Qui se comporte mal en une communauté ne fera pas bien en une cure. Il est pourtant à propos que vous vous déchargiez de ce fardeau, mais sur quelqu’autre sujet (2). Je vous en adresserai un ; laissez-y-moi penser.

Le petit prieuré que M. Pignay vous offre est mieux en ses mains que dans les vôtres. Je vous prie, ne vous embarrassez pas de cela. Les unions sont plus difficiles

Lettre 1726 — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) La cure de Chasnais (Vendée).

2) Première rédaction : "quelque bon sujet." La correction est de la main du saint.

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que vous ne pensez ; et s’il s’en démettait, comme il a fait de ceux qu’il avait en Gascogne, il pourrait arriver qu’il serait perdu pour vous et pour lui, comme sont ceux-là

Nous n’avons rien de nouveau, ni je n’ai autre chose à répondre à vos lettres des 10 et 18 mars, qui sont les dernières que j’ai reçues. M. Alméras est toujours en Picardie, employé à l’assistance des pauvres curés.

Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Chiroye.

1727. — A LA SŒUR MARGUERITE MOREAU, A VARSOVIE

8 avril 1654.

Pour obéir aux remontrances de la reine de Pologne Vincent de Paul recommande à la sœur Moreau de veiller avec un soin jaloux sur les jeunes personnes hospitalisées dans sa maison.

1728. —- A FIRMIN GET, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

10 avril 1654

Je vous envoie un gros paquet de lettres, comme je fis dernièrement un autre, pour les esclaves de Barbarie par la voie de M. Delaforcade, marchand à Lyon, et par le coche, pour épargner les grands frais de la poste.

Lettre 1727. — Collet, op. cit., t. II, p. 266.

Lettre 1728. — : Manuscrit de Marseille.

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1729. — DERMOT DUIGUIN MISSIONNAlRE EN ECOSSE,

A SAINT VINCENT

Avril 1654.

Nous sommes infiniment obligés de remercier sans cesse la bonté divine pour tant de bénédictions qu’il lui plaît verser sur nos petits travaux. Je vous en dirai seulement quelque chose, car il ne m’est pas possible de vous déclarer tout ce qui en est.

Les îles que j’ai fréquentées sont Uist Canna, Egga et Skye ; et dans le continent, le pays de Moydart, Arisaig, de Morar, de Knoydart et de Glengarry.

L’île de Uist appartient à deux seigneurs. L’un s’appelle le capitaine de et l’autre Mac Donald. Ce qui appartient au premier est tout converti, à la réserve de deux hommes seulement, qui ne veulent aucune religion, pour avoir plus de liberté de pécher. Il y a près. de mille ou. douze cents âmes ramenées au bercail de l’église. Dans l’autre bout de l’île, qui appartient à Mac Donald, je n’y ai pas encore été, quoiqu’on m’y ait appelé. Il y a un ministre qui veut traiter de controverse avec moi par lettre, je lui ai répondu, et j’espère un bon succès de cette dispute. La noblesse m’invite d’aller sur les lieux, et le seigneur en sera bien aise. J’y suis d’autant plus résolu, que je sais que le ministre l’appréhende davantage et voudrait m’en détourner. Les deux serviteurs qu’ils m’ont envoyés s’en sont retournés catholiques, par la grâce de Dieu, et j’ai reçu la confession générale qu’ils m’ont faite, après les y avoir disposés.

Les habitants de la petite île de Canna sont la plupart convertis, et quelques-uns de celle d’Egga. Pour ce qui est de l’île de Skye, elle est gouvernée par trois ou, quatre seigneurs, une partie par Mac Donald et sa mère une autre par Mac Leod, et la troisième, par Mac Fimine. Or, dans les deux premières parties, il y a quantité de familles converties ; mais en celle qui appartient à Mac Fimine je n’y ai encore rien fait.

Quant à Moydart, Arisaig, Morar, Rnoydart et Glengarry, tous sont convertis ou résolus de recevoir instruction, quand nous aurons loisir d’aller en chaque village. Il y a six ou sept

Lettre 1729. — Abelly, op. cit., 1. Il, chap. I, sect. XI, 1er éd, p. 204

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mille. âmes dans tous ces lieux-là qui sont bien éloignés et difficiles à visiter à pied et inaccessibles aux gens de cheval.

Au commencement du printemps j’entrai dans une autre île nommée Barra, dans laquelle je trouvai le peuple si dévot et si désireux d’apprendre. que j’en fus ravi. c’était assez. de bien apprendre à un enfant de chaque village le Pater, l’Ave et le Credo, et à deux ou trois jours de là, tout le village les savait, les grands aussi bien que les petits J’ai reçu les principaux à l’église, et entre eux le jeune seigneur avec ses frères et sœurs, avec espérance d’avoir le vieux seigneur au premier voyage. Parmi ces convertis il y a le fils d’un ministre, dont la dévotion donne une grande édification à tout le pays, où il est connu. Je diffère d’ordinaire la communion pour quelque temps après la confession générale, afin qu’ils soient mieux instruits et encore mieux disposés par une seconde confession, et aussi pour exciter en eux un plus grand désir et une plus grande affection pour communier.

Entre ceux qui ont reçu la sainte communion. il s’en trouva cinq que Dieu fit paraître n’être pas dans la disposition telle qu’ils devaient avoir, parce qu’ayant tiré la langue pour recevoir la sainte hostie, ils ne purent la retirer à eux ; et il y en eut trois qui demeurèrent en cet état jusqu’a ce qu’on eut repris la sainte hostie ; lesquels néanmoins, s’étant après derechef confessés avec une meilleure disposition, reçurent enfin ce pain de vie sans aucune difficulté. Les deux autres ne sont point encore revenus ; et Dieu a voulu permettre ces effets extraordinaires pour donner aux autres chrétiens de ce pays une plus grande crainte, lorsqu’ils s’approcheront de ce divin sacrement, afin qu’ils y apportent de meilleures dispositions.

On a vu aussi plusieurs choses merveilleuses opérées par la vertu de l’eau bénite ; ce qui a beaucoup servi pour donner de grands sentiments de piété à beaucoup de pauvres gens. Nous baptisons grand nombre d’enfants et même d’adultes de trente quarante, soixante et quatre-vingts ans et plus, étant assurés qu’ils n’ont jamais été baptisés. entre lesquels il s’en trouve qui, étant troublés et vexés par des fantômes ou malins esprits. en sont entièrement délivrés, après qu’ils ont reçu le baptême, en sorte qu’ils ne les voient jamais plus.

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1731. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

1654 (1)

Outre les quatre cents pauvres que l’on a revêtus, nous avons encore trouvé aux environs de la ville de Laon près de six cents orphelins au-dessous de l’âge de douze ans dans une pitoyable nudité et nécessité. Les. aumônes de Paris nous ont donné moyen de les revêtir et assister.

1731. — A PHILIPPE VAGEOT, SUPéRIEUR, A SAINTES

De Paris, ce 15 avril 654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris à la hâte à cause de la nuit, mais avec grande tendresse, en la vue des bénédictions que Dieu a données à votre mission de Thenac (1) et de vos grands travaux à la ville et aux champs, dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il vous conserve et vous bénisse de plus en plus.

Pour le prêtre que vous attendez, nous n’avons encore pu le faire partir ; ce que nous ferons au plus tôt, Dieu aidant.

Je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, que la première mission que vous ferez, que ce soit celle de La Marguerie (2), dont nous sommes en demeure depuis long

Lettre 1730. — Abelly, op cit, 1. II, chap. XI, sect. III, 1er éd., p. 400. Il y aurait lieu de renouveler ici la réflexion déjà faite à la note générale de la lettre 1710.

1) Ces lignes ont été publiées dans la Relation d’avril-mai 1654.

Lettre 1731. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Commune de l’arrondissement de Saintes (Charente-Inférieure).

2) Voir lettre 290, note 4.

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temps ; et M. de La Marguerie s’en plaint non seulement à moi, mais à nos amis ; et afin que vous n’ayez pas ensemble et la peine et la dépense de cette mission, prenez cent livres pour cela, et nous les rendrons ici à qui vous nous marquerez, nonobstant notre pauvreté ; et si M. de La Roche est encore à Guimps (3), priez-le de vous venir aider ; il le fera volontiers.

Nous n’avons rien de nouveau, ni je n’ai autre chose à répondre à vos lettres des 7 et 28 mars, qui sont les dernières que j’ai reçues. J’ai envoyé à M. Alméras celle que vous lui avez écrite. Il est toujours en Picardie, employé à l’assistance des pauvres curés et de ceux de Champagne, avec trois de nos frères, qui assistent le pauvre peuple.

Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je vous prie, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, de faire cette mission dont je vous parle. J’ai donné charge qu’on vous fasse un transport de la fondation, et la vous enverrai au plus tôt ; mais je vous supplie de ne pas laisser de commencer (4).

Au bas de le première page : M. Vageot.

3) Commune de l’arrondissement de Barbezieux (Charente).

4) Ce post-scriptum est de la main du saint.

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1732. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON

Du 16 avril 1654

Il n’est aucunement expédient de donner la cure de Chasnais (2) au personnage que vous me nommez, soit qu’il demeure ou qu’il sorte de la compagnie. L’expérience nous a fait voir que ceux qui ne se comportent pas bien en communauté, ne font pas mieux étant curés ; et cet exemple nous pourrait nuire, en tant que d’autres pourraient ensuite prétendre qu’en nous donnant sujet de les mettre dehors, nous serions obligés de les récompenser. Il est pourtant à propos que vous vous déchargiez de ce bénéfice, mais sur un autre homme ; je vous en adresserai un bon ; laissez-y-moi penser. Cependant je vous prie d’agir doucement avec ce prêtre, sans vous arrêter à ses défiances ni a ses inquiétudes, mais le supportant tant que vous pourrez. S’il s’en va, patience, ce sera sans sujet (3).

Le petit prieuré que M. Pignay vous offre est mieux en ses mains que dans les vôtres, à raison de l’état où vous êtes, qui vous a fait prendre Dieu pour votre partage et renoncer à toutes les possessions de la terre ; et il est inouï qu’un missionnaire ait accepté et tenu un bénéfice en la compagnie, si ce n’est pour l’unir au corps. Or l’union de celui-là ne se peut faire ni espérer pour plusieurs raisons, et il serait à craindre que, si M. Pignay s’en dépouillait, il en arrivât comme de ceux qu’il

Lettre 1732 — Reg. 2, pp. 52 et 162.

1) Cette lettre ressemble beaucoup à la lettre 1726, qui est datée du 8 avril. Ou cette dernière n’a pas été envoyée, ou en écrivant à Jacques Chiroye le 16, Vincent de Paul avait oublié sa lettre du 8

2). Commune de l’arrondissement de Fontenay-le. Comte (Vendée).

3). Ici se termine le premier fragment

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a voulu unir au séminaire d’Agen, qui sont perdus pour lui aussi bien que pour nous.

1733. - A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 17 avril 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai une grande douleur de la retraite de ces deux messieurs (1), qui pouvaient si utilement vous aider en l’œuvre du Seigneur ; mais il faut se soumettre à son adorable conduite et songer à d’autres pour les envoyer à leurs places. Je regarde partout et en chacun de tant que nous sommes pour faire un choix duquel Dieu soit honoré, la reine satisfaite et vous soulagé. Je suis résolu de vous envoyer deux clercs que nous avons ici, du diocèse du Mans, dont l’un est gentilhomme, qui maintenant enseigne les humanités au séminaire de Saint-Charles, et l’autre vient d’achever sa théologie, en laquelle il a parfaitement réussi, et se nomment les frères Simon (2) et Eveillard (3) qui dans quelque temps pourront être faits

Lettre 1733. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1). Nicolas Guillot et Stanislas-Casimir Zelazewski.

2). René Simon, né le 21 septembre 1630 à Laval, reçu dans la congrégation de la Mission le 5 août 1650, professeur au séminaire Saint-Charles, puis missionnaire en Pologne, de retour en France en 1655 envoyé à Gènes, supérieur du séminaire d’Annecy en 1663, puis de la maison de Turin de 1665 à 1667, secrétaire général en 1668, et, après l’assemblée générale de cette année, dont il fit partie, supérieur à Rome et Visiteur de la province d’Italie, rappelé en France en 1677 et mis en 1678 à la tête de l’établissement de Cahors, où il mourut en 1682 ou peu après. Il fut très utile à sa congrégation, surtout par les faveurs qu’il sut lui obtenir du Saint-Siège. Sa biographie a été publiée dans le t. II des Notices, pp 447-451

3). Jacques Eveillard né à Nogent-le-Bernard (Sarthe), entré dans

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prêtres. J’écrirai à Rome pour leur faire avoir des extra tempora, dont M. Berthe vous fera l’adresse, afin qu’à leur arrivée à Varsovie, ou bientôt après, vous puissiez les faire passer aux ordres sacrés (4) J’ai aussi en pensée de vous envoyer un bon prêtre d’Artois que nous avons ici, mais qui est bon à merveille, qui a quelque facilité à parler latin, mais qui peut-être n’aura pas beaucoup de grâce extérieure pour la prédication. J’y penserai encore, et nous verrons, comme aussi à vous envoyer un frère coadjuteur ; et ce sera, comme je pense, celui que je vous ai nommé, ce bon frère d’Allemagne qui a demeuré en Pologne. Je n’en vois pas un plus propre, encore qu’il n’ait pas été dressé au soin des malades, comme vous désirez. Tant y a, Monsieur, que nous enverrons trois ou 4 personnes à Rouen au plus tôt, pour s’embarquer à la première occasion ; et nous choisirons d’autant plus de jeunes gens qu’ils ont plus d’aptitude aux langues étrangères que les anciens, qui fort difficilement les apprennent

Je vous ai écrit mes pensées touchant les désirs de

la congrégation de la Mission le 12 octobre 1647 à l’âge de seize ans reçu aux vœux le 13 octobre 1650, puis envoyé en Pologne Les troubles de ce pays l’ayant fait rentrer en France l’année d’après, saint Vincent lui confia la chaire de philosophie à Saint-Lazare. René Alméras le nomma en 1662 supérieur du séminaire Saint-Charles l’envoya la même année à Noyon, avec le même titre, et l’en retira en 1668 pour lui confier la direction du collège des Bons-Enfants. Jacques Eveillard quitta cette dernière charge en 1674 pour aller diriger la maison de Varsovie. Il entra si avant dans les bonnes grâces du roi, de la reine et des grands que Edme Jolly, mécontent de son administration, dut user de mille ménagements pour le rappeler Comme Jacques Eveillard continuait d’intriguer pour rester à son poste, le supérieur général l’expulsa de la congrégation et notifia cette sentence aux visiteurs par sa circulaire du 29 juin 1680

4). Ils furent tous deux ordonnés prêtres au mois de septembre.

5). Abel Pouchin, né à Aubigny (Pas-de-Calais), reçu dans la congrégation de la Mission le 28 octobre 1653, à l’âge de trente-quatre ans, mort le 10 septembre 1654.

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M. Zelazewski à demeurer avec les missionnaires et d’en porter le collet quand bon lui semblera, nonobstant sa sortie. Je vous prie de représenter à la reine que cela est sans exemple dans les religions (6) et les autres communautés, qui ne souffrent jamais que ceux qui en sont sortis y demeurent, ni en portent l’habit ; que cela serait à scandale à la compagnie et suivi de mauvais effets, parce que d’autres, pour avoir plus de liberté, pourraient désirer le même privilège ; car naturellement chacun est bien aise de ne dépendre de personne, d’aller, de venir et de faire ce que bon lui semble. Et si ce jeune homme, passant pour missionnaire parmi les externes, venait à faire quelque faute, ce qu’à Dieu ne plaise ! elle serait imputée à la compagnie. Et puis, il ne pourrait pas s’empêcher, quelque séjour qu’il y fasse et quelque marque qu’il porte d’être du corps, qu’il ne témoigne à ses amis qu’il ne l’est pas ; et par ce moyen tout le monde le pourra savoir ; et de cette connaissance il peut arriver plusieurs inconvénients ; ce qui fait qu’il est à désirer qu’il n’ait aucune communication avec la compagnie, mais qu’il en soit beaucoup éloigné. Si néanmoins Sa Majesté souhaite le contraire, elle n’a qu’à commander ; nous ferons en cela et en toutes autres choses ce qui lui plaira.

Je loue Dieu de la bonté qu’elle a de traiter avec vous avec grande ouverture de cœur. Il faut, pour ne vous rendre pas indigne de cette grâce, vous comporter avec elle fort candidement, confidemment, simplement et néanmoins avec grand respect et soumission, comme je sais que vous faites. Je loue Dieu aussi de la fondation que Sa Majesté veut faire, de ce que vous travaillez à

6) Les religions, les instituts religieux.

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trouver un lieu et à porter Monseigneur de Posnanie faire l’union de la cure (7) avant qu’il aille à Rome.

L’entrée des. Moscovites dans les états de Leurs Majestés est un sujet d’affliction ; mais aussi faut-il espérer de la bonté de Dieu qu’il mettra empêchement à leurs efforts et protégera ce royaume-là, en considération de la piété de Leurs Majestés et des grands biens qu’elles font. C’est de quoi nous prierons incessamment sa divine bonté, comme pour la cessation de la peste à Vilna et ailleurs.

J’aurais beaucoup de choses à vous dire touchant le voyage des religieuses de Sainte-Marie ; ce que je réserve pour une autre fois.

Je prie N.-S. qu’il vous honore toujours de ses bénédictions et votre petite famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, Monsieur, votre très affectionné serviteur

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l. M.

J’ai pensé qu’il faut vous envoyer des jeunes gens, parce qu’ils auront plus de facilité. J’espère les faire partir dans un mois au plus tard avec un frère (8),

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1734. — THOMAS LUMSDEN, MISSIONNAIRE EN éCOSSE

A SAINT VINCENT

1654

Quant à La mission que nous faisons ici dans le plat pays,

7) La cure de Sainte-Croix.

8) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1734. — Abelly, op. cit, I. II, chap XI, 1er éd, p, 206.

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Dieu y donne une très grande bénédiction, et je puis dire que tous les habitants, tant riches que pauvres, n’ont jamais été, depuis le temps qu’ils sont tombés dans l’hérésie si bien disposés, à reconnaître la vérité pour se convertir à notre sainte foi. Nous en recevons tous les jours plusieurs qui viennent abjurer leurs erreurs, et quelques-uns même de très grande qualité : et avec cela, nous travaillons à confirmer les catholiques par la parole de Dieu et par l’administration des sacrements. Le jour de Pâques, j’étais dans la maison d’un seigneur, où il y eût plus de cinquante personnes qui communièrent parmi lesquelles il y en avait vingt nouvellement converties. Le bon succès de nos missions donne une grande jalousie aux ministres qui manquent plutôt de puissance que de volonté de nous sacrifier à leur passion ; mais nous nous confions en la bonté de Dieu, qui sera toujours, s’il lui plaît, notre protecteur.

1735. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

De Tunis, ce 6 mai 1654.

Votre bénédiction !

N’ayant pu vous écrire au commencement du mois précédent avec le très cher et très honoré Monsieur Husson, à cause que j’étais à la campagne, j’ai cru de ne devoir pas perdre cette occasion, quoiqu’indirecte, pour vous témoigner les bénédictions qu’il a plu à N. S. donner à notre pauvre église souffrante tout ce carême jusqu’au jour de la triomphante résurrection et du depuis encore, telles que tous les pauvres esclaves en ce pays avouent n’y avoir jamais rien vu de semblable, ni tant de confessions, ni tant de communions, ni même tant de conversions. Les premières et secondes se sont montées en cette ville au nombre de plus de mille cinq cents, à Bizerte et en quelques masseries où j’ai eu bonheur d’aller, cinq cents et davantage ; et de conversions (7) : deux Anglais, deux Français calvinistes et trois Grecques schismatiques et plus de 30 catholiques, lesquels, portés de désespoir de se voir entièrement délaissés de leurs parents dans les misères de l’esclavage, avaient fait résolution de ne jamais se confesser ni communier

Lettre 1735 — L a — Dossier de Turin, original

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ni même entendre la sainte messe, il y avait qui 9, qui 10, 15, 20, 25 et davantage d’années, menant une vie scandaleuse, habitués a toute sorte de vices et péchés.

Pour intimider ceux-là, après avoir exercé toute la patience et la douceur possibles à leur endroit, sans jamais n’avoir pu rien avancer et porter un chacun à se confesser et communier à Pâques, avant que de partir pour aller à Bizerte et à quelques masseries, je fis pressentir à tous les chrétiens que, conformément à la pratique de Rome et de toute l’Italie, laquelle jamais n’avait été exercée en ce pays, je voulais qu’un chacun donnât son billet de confession et communion dans lequel serait écrit son nom, celui de sa nation et celui du prêtre ou religieux lequel lui aurait administré le sacrement, afin de pouvoir connaître les catholiques des hérétiques, et, entre les premiers, ceux lesquels voulaient scandaleusement persévérer à ne se vouloir confesser ni communier, pour les déclarer désobéissants à l’église et par conséquent excommuniés, et que les seconds fussent connus d’un chacun pour tels.

J’avais encore dessein d’aller à une montagne nommée en la langue du pays Rasgibel, assez proche des ruines de la ville d’Utique, où il y a nombre de masseries, auxquelles résident quantité de pauvres esclaves, tant pour les pouvoir confesser et communier, à cause du temps de Pâques, que pour les disposer au voyage des galères, où de là ils sont ordinairement envoyés ; mais une petite indisposition, laquelle m’est survenue après avoir été à Bizerte et à quelques masseries, m’en a empêché. Ce sera incontinent après qu’il aura plu à N.-S. me donner la commodité d’y pouvoir aller.

O mon Dieu ! mon très cher et très honoré Père, que nous ferions de bien, ce semble humainement, si nous étions riches autant que nous sommes pauvres, en ce pays ! Les Turcs d’Alger venus en cette ville sur les vaisseaux de leur ville députés au service du Grand Seigneur, ont apporté vendre nombre de femmes et de petits enfants de différentes nations. Ayant eu un petit fonds de charité, il y avait en ce rencontre une bonne et sainte occasion de faire une véritable et très considérable rédemption. N’était qu’il n’y a rien en moi dont je puisse justement disposer, si vous ne m’en donnez le pouvoir j’aurais très volontiers engagé ma liberté pour la procurer à une de ces innocentes créatures, afin de la pouvoir conserver à N.-S.

Je viens présentement d’obtenir du dey en faveur de nos prêtres et religieux esclaves, l’exemption des galères et de toute sorte de travail, avec l’expresse défense à leurs patrons de ne rien exiger d’eux à cette considération, sur peine de vouloir encourir les châtiments qu’il trouvera bon de faire

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exercer envers ceux lesquels y contreviendront ; et, à ce que personne ne l’ignore, il a voulu que le laga l’ait intimé en douane à tous les gardiens bachis des bagnes, lesquels il a fait expressément appeler pour ce sujet

Je n’ai pas encore reçu la lettre qu’on m’a témoigné m’avoir écrite de Tripoli, par voie de Malte, touchant la mort de ce bon religieux de l’Ordre de Saint-François duquel je vous ai donné avis par mers dernières, n’y ayant aucun missionnaire qui réside de la part de la Sacrée Congrégation.

J’ai envoyé à un bon prêtre, français de nation, nommé Monsieur Gouion, de Lyon, lequel y est esclave, les facultés de la mission apostolique, avec le pouvoir de les exercer suivant le pouvoir que m’en a donné la Sacrée Congrégation en ce rencontre J’aurais bien souhaité pouvoir aller visiter cette pauvre église ; mais et notre pauvreté et les nécessités de la nôtre, notamment a la campagne, ne me le permettent pas.

Je suis, en l’amour de l’époux de l’une et de l’autre, Jésus-Christ, mon cher Maître, Monsieur, votre très obéissant et très affectionné fils et serviteur.

JEAN LE VACHER

indigne prêtre de la mission.

1736. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

De Tunis, ce 6 mai 1654.

Monsieur,

Votre bénédiction !

Dix vaisseaux d’Alger, envoyés à l’armée du Grand Seigneur, sont venus mouiller l’ancre au port de cette ville et nous ont apporté les incluses, lesquelles m’ont donné occasion de vous écrire par cette voie indirecte, tant pour vous les faire tenir que pour vous réitérer mes très humbles respects et obéissances et vous témoigner la peine en laquelle nous sommes de ne recevoir aucune de vos très chères lettres, après le grand nombre que je vous ai envoyé toute cette année et sur la fin de la précédente, desquelles nous n’avons reçu aucune réponse, bien qu’elles nous fussent de grandissime importance,

Lettre 1736 — L. a — Dossier de Turin, original

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Nous sommes dans l’impatience d’apprendre les diligences qu’il vous aura plu faire pour nous faire tenir les lettres du Grand Seigneur, pour les témoigner aux puissances de ce pays, qui nous les demandent

Depuis quelques jours, un maure de ce pays, de passage sur un vaisseau de Livourne, avec la patente de M. Husson, (pris) par M. Coglin, nous est venu trouver pour être remboursé du payement de son rachat et marchandises qu’il fait entendre lui avoir été prises, qu’ils estiment à une somme considérable, compris une montre qu’il dit qu’il avait de grande valeur. La peine en laquelle nous a mis le retour de ce maure était no seulement de (ne) (1) pouvoir satisfaire à ses prétentions, lorsque le bey serait de retour du camp, de l’ordre duquel il nous faisait pressentir avoir été envoyé à Livourne mais c’était de satisfaire aux prétentions des marchands juifs les marchandises desquels avaient été prises par ledit sieur Coglin sur cedit vaisseau de Livourne, après le passeport obtenu de Sa Majesté en leur faveur, et spécialement de ce que ce misérable maure a fait entendre au dey que Monsieur Husson n’était pas consul, à cause que ledit sieur Coglin, lequel l’avait pris, n’avait porté aucun respect à sa patente, l’ayant déchirée et mise en mille pièces incontinent après qu’il lui eut mise entre les mains. A cette considération, il a fallu que mondit sieur Husson ait porté une seconde fois les lettres de provision du roi au dey, afin de lui témoigner comme Sa Majesté l’avait pourvu de cette charge ; de quoi il lui témoigne qu’il n’avait pas douté, mais qu’il était à désirer qu’il fit venir des lettres du Grand Seigneur pour une plus grande assurance. Vous pouvez, Monsieur, connaître de là la nécessité que nous avons de ces lettres tant de fois demandées.

Deux vaisseaux corsaires de ce pays ont pris depuis quelques jours une barque de Marseille, laquelle avait chargé à la Calle (2) et un patache (3) de Gènes, lequel avait chargé à Tabarque (4), et ensuite les ont apportés en cette ville, d’autant que l’un et l’autre s’étaient rendus sans rendre aucun combat et que le dey, conformément à ses prédécesseurs, avait promis de rendre tous les Français avec le vaisseau et leurs marchandises, quand ils se rendraient de la sorte Monsieur Husson lui ayant été demander le tout, comme il lui avait promis de lui rendre, il ne put obtenir que quatre per

1) Mot oublié sur l’original.

2). Petit port d’Algérie, près des frontières de la Tunisie

3) Petit navire. Ce mot ne s’emploie plus qu’au féminin.

4) Petit port de mer, près de la frontière d’Algérie.

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sonnes : le patron de ladite barque, un sien fils, âgé d’environ onze ans son écrivain et le nocher, ayant donné tout le reste des personnes, qui étaient encore douze, avec le vaisseau et le chargement, à celui lequel les avait pris ; et a obligé ces quatre personnes qu’il avait rendues à payer le rachat de ce maure pris par Monsieur Coglin, et fait prendre le nom et surnom de toutes celles qu’il a faites esclaves, faisant entendre à Monsieur Husson que c’était pour les rendre pour le change d’un nombre pareil de maures ou turcs esclaves en France, en cas qu’on les fit venir, et que de la sorte il ferait rendre tous les Français esclaves en ce pays, si on apportait les maures ou turcs esclaves en France. O mon Dieu ! Monsieur, qu’il y aurait occasion de faire une belle et très utile rédemption, et avec très grande facilité, si nous avions un peu de bons correspondants !

Je vous remercie de l’ordre qu’il vous a plu de donner à M du Chesne de nous envoyer un peu de vin. La nécessité possible dans laquelle il s’est trouvé ne lui a pas permis de faire cette dépense. Il m’avait prié d’en prendre d’une barque de Marseille, laquelle en avait apporté quelques bouteilles en cette ville, mais notre insigne pauvreté ne m’a pas permis d’en donner le prix excessif qu’en prétendait le marchand. Nous entrons en une saison en laquelle l’eau nous pourra être favorable ; sinon, nous courons grand risque, notamment Monsieur Husson, lequel se trouve un peu indisposé.

Nous attendons une charitable et très nécessaire assistance humaine, avec la participation à vos saints sacrifices et aux prières de toute la compagnie, étant, en l’amour de N.S.. et en celui de sa sainte Mère, Monsieur, votre très obéissant et très affectionné fils et serviteur.

JEAN LE VACHER,

indigne prêtre de la Mission.

1737. — A LOUISE DE MARILLAC

De Saint-Lazare, ce jour de saint Michel (1) (8 mai 1654)

Nous voici donc de retour, Mademoiselle. Je rends

Lettre 1737 — L. a. — Original à la Miséricorde de Narbonne, 3, rue d’Aguesseau.

1) Saint Michel a deux fêtes dans l’année, celles du 8 mai et du 29 septembre Il s’agit évidemment ici de la. première, car le 29 sep

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grâces à Dieu du vôtre, de la santé qu’il vous a donnée en votre voyage et de toutes les grâces qu’il vous a faites, et le prie qu’il vous conserve en la même santé et qu’il sanctifie votre âme de plus en plus.

Je prends l’occasion de ce que l’on est accoutumé à mon absence pour faire une petite retraite. Je vous prie, Mademoiselle, de m’aider de vos prières, à ce que je la fasse en l’esprit de Notre-Seigneur, et de m’excuser si je n’ai le bonheur de vous voir avant que j’en sorte. Je ne doute point que nous n’ayons encore des affaires à traiter. Ce sera à la première sortie que je ferai, Dieu aidant, en l’amour duquel je suis, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

M. Perraud vous doit prier de souffrir que sa sœur demeure avec vos filles de Saint-Paul pour apprendre à écrire, et dit qu’elle se nourrira. Si sa présence ne nuit, il y aurait charité.

tembre, à la veille de sa retraite annuelle avec une partie de la communauté, saint Vincent n’aurait pas écrit : "Je prends l’occasion de ce que l’on est accoutumé à mon absence pour faire une petite retraite." D’autre part, Hugues Perraud fut ordonné prêtre en 1646, envoyé à Saintes après son ordination, en septembre ou octobre, puis placé à Richelieu, où il était encore en octobre 1651. Or il semble que, lorsque le saint écrivait cette lettre, Hugues Perraud faisait partie du personnel de la maison de Saint-Lazare. Elle est donc de 1652 au plus tôt et au plus tard de 1659, année de la mort de ce missionnaire. Si maintenant nous tenons compte de ce fait, que le saint venait de rentrer à Saint-Lazare et qu’on était accoutumé à son absence, seule la date de1654 paraît convenir.

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1738. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

De Paris, ce 8° mai 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre dernière lettre du mois d’avril, où le jour est demeuré en blanc ; elle contient les principaux fruits qui se sont faits en la mission de Gavi (1) et les traverses que l’esprit malin y a suscitées. Je rends grâces à Dieu de cette bénédiction et le prie qu’il fasse la grâce à ce peuple de persévérer dans le bon état où vous l’avez laissé. Ce sont toujours de nouveaux sujets d’admirer les conduites de Dieu sur votre personne et sur vos emplois, et de vous humilier davantage en la vue de ses grandes miséricordes.

Je ne veux pas avoir d’autre sentiment que celui de ce grand cardinal, Mgr votre archevêque, au sujet de la fondation que désire faire ce bon sénateur. Il ne faut donc pas l’accepter, puisqu’il n’en est pas d’avis, ni vous non plus. Il me semble pourtant que, si de deçà on nous offrait une somme semblable, nous ne la refuserions pas, pourvu que les charges ne fussent pas excessives, mais raisonnables ; ayant laissé le soin de cet affaire, comme vous avez fait, à M. Christophe Monchia, j’espère qu’elle se fera, si elle est faisable.

Je vous prie de faire un renouvellement des offres de mon obéissance à ce bon serviteur de Dieu et me recommander à ses prières, et de faire la même chose à l’égard

Lettre 1738. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Ville du Piémont, dans la province d’Alexandrie

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de ces autres messieurs et bienfaiteurs, même de Son éminence, quand vous le jugerez à propos.

Je rends grâces à Dieu de l’heureuse arrivée de Messieurs Jolly et Levasseur, et, dans l’accident arrivé au dernier, de l’avoir garanti de mal je vous prie de nous envoyer l’autre à la première occasion, si déjà il n’est parti. Il n’est pas expédient qu’il demeure à Gênes, ni pour sa santé, ni pour ses affaires, puisque nous le faisons revenir de Rome pour tout cela

M. Guillot, qui était en Pologne, en est revenu depuis deux jours. Il se porte bien, et nous allons disposer deux ou trois bons sujets pour les y envoyer. Cette fondation s’avance notablement et du côté de la reine et de la part de l’évêque même, à l’égard des fonctions de la compagnie, qui va commencer un séminaire et faire les exercices des ordinands.

L’établissement d’Agde est de fort belle espérance. M. du Chesne propose d’y commencer en même temps deux séminaires, l’un pour le diocèse et l’autre pour la compagnie.

Nous n’avons rien de nouveau des autres maisons Tout va son petit train ici et ailleurs, grâces à Dieu. Seulement nous sommes en peine de M. Alméras, qui est tombé malade à Laon depuis quelques jours, après avoir parcouru tout ce diocèse-là et fait quelques voyages en d’autres pour visiter et assister les pauvres curés et veiller à l’assistance des peuples, à quoi trois de nos frères sont employés. Je les recommande à vos prières, particulièrement M. Alméras, et généralement tous nos besoins.

Vous pourrez nous renvoyer le frère Claude, ou tel autre qu’il vous plaira, après que le frère Rivet sera arrivé à Gênes. Je vous en parlai amplement par ma dernière. Il pourra partir de Moulins vers la fin de mai

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pour continuer son voyage. Il a deux frères en la compagnie, l’un prêtre (2) et l’autre sur le point de l’être (3), et sa mère est sœur aux Filles de la Charité.

J’offre souvent votre personne, votre conduite et votre communauté à Notre-Seigneur, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron.

1739. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

Rome, 1654

Dans la dernière mission, laquelle fut sur les plus hautes montagnes de l’Apennin, nous trouvâmes un désordre général, lequel, bien qu’il soit commun à la Romagne, est néanmoins beaucoup plus grand en ces lieux écartés. C’est que toute la jeunesse, garçons et filles, s’entretiennent en des vaines et folles amourettes, et cela souvent sans aucun dessein de se marier ; de quoi pour l’ordinaire ils ne se confessent, point, et beaucoup moins des mauvais effets qui s’ensuivent, qui sont des entretiens dangereux à quoi ils passent souvent une partie des nuits ; ce qui arrive particulièrement les veilles des fêtes. Et ayant ces mauvaises attaches les uns envers les autres, ils ne portent aucun respect aux églises, où ils ne vont que pour se voir et s’entretenir d’œillades et de gestes immodestes. Outre les mauvaises pensées et autres désordres intérieurs, cela est quelquefois suivi de grandes chutes fort scandaleuses, qui pourtant ne rendent pas les autres plus retenus, ni les parents plus avisés pour en éviter de pareilles.

Ayant donc par occasion appris cet abus et toutes ces fâcheuses et dangereuses suites, nous parlâmes dans nos prédications

2). Louis Rivet, alors à saintes.

3) François Rivet.

Lettre 1739 — Abelly, op cit., 1. II, ch. ap. I, sect. III, § 1er éd., p. 59. Abelly ne nous a pas conservé le commencement de la lettre, qui parlait de plusieurs missions faites au diocèse de Sarsina.

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le plus fortement qu’il nous fut possible pour l’abolir. Mais le mal semblait incurable, et on ne manquait point de raisons pour s’y flatter ; ce qui nous donna beaucoup de peine. Mais enfin, avec la grâce de Dieu, nous y apportâmes remède en déniant l’absolution à tous ceux que nous ne voyions pas bien résolus de renoncer absolument à toutes ces folles amourettes ; ce qui les toucha grandement et fut cause que presque tous se rendirent. Je leur fis lecture publiquement en italien d’un chapitre du livre de Philothée, qui traite de ce défaut et qui leur découvrit évidemment les fautes qu’ils commettaient, comme si l’auteur l’avait fait exprès pour eux. Plusieurs témoignèrent avec larmes le regret du passé et leurs bonnes dispositions pour l’avenir. Dieu veuille leur donner la persévérance !

Enfin, Monsieur, quoique au commencement les curés de ces lieux-là nous tinssent pour des espions et qu’ils nous eussent fait passer dans l’esprit des peuples pour des gens suspects voyant néanmoins la simplicité de notre procédé, l’honneur que nous leur déférions, la façon que nous tenions en nos missions et principalement que nous étions sans aucun intérêt, ils nous sont restés tous affectionnés, et je puis dire que nous avons emporté leurs cœur ; ce que plusieurs même ont témoigné avec larmes.

Je ne puis ici omettre une chose arrivée dans un lieu de ces environs, où il y avait un prêtre fort débordé en sa vie lequel s’était vanté publiquement de n’être point venu à aucune de nos prédications ; et peu après il arriva, par un juste jugement de Dieu, qu’il fut misérablement tué au même lieu où il avait fait cette vanterie, par un autre méchant prêtre qui m’avait donné de belles paroles pour me faire croire qu’il voulait changer de vie, mais sans aucun effet.

1740. — A MONSIEUR DE CONTARMON

11 mai 1654.

Monsieur,

Encore que je n’aie pas l’honneur d’être connu de vous, je me donne néanmoins la confiance de vous offrir les services de la petite compagnie de la Mission, de

Lettre 1740. — Reg. I, f° 31

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laquelle je suis supérieur indigne ; et en cette qualité, Monsieur, je suis aussi supérieur des Filles de la Charité, qui servent les pauvres malades des paroisses et les enfants trouvés de la ville et faubourgs de Paris, nourris et élevés en un hôpital qui est au bout du faubourg Saint-Lazare, et premier administrateur d’un autre petit hôpital nouvellement fondé au faubourg Saint-Martin pour l’entretien de 40 pauvres. Or ces pauvres filles ayant fait venir de Compiègne environ 130 voies de bois (1) pour la provision de leur maison et de ces deux hôpitaux, ont recours à vous, Monsieur, et moi avec elles, pour vous supplier très humblement de les faire décharger par charité de la nouvelle taxe faite sur les entrées du bois et que les gardes de la porte veulent exiger de ces trois pauvres communautés, lesquelles seront obligées de prier Dieu pour vous, et je vous en serai obligé avec elles pour vous rendre mon obéissance, lorsqu’il plaira à Dieu m’en donner les occasions, qui suis, en son amour, Monsieur, votre…

VINCENT DEPAUL,

i. p.d.l. M.

1741. — A FIRMIN GET, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

13 mai 1654.

Vous faites bien de m’envoyer les gros paquets de Barbarie par amis ; mais ce sera bien fait aussi de les ouvrir pour en tirer les lettres qui s’adressent à moi, et me les envoyer par la poste, et les autres par quelque voie moins chère, après que vous les aurez derechef empaquetées.

1) Voie, de bois, charretée de bois.

Lettre 1741 — Manuscrit de Marseille.

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1742. — A FIRMIN GET, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

22 mai 1654.

]’espère de vous envoyer avec la présente une lettre de change de mille livres que l’on me doit apporter sur M. Napollon, que je vous prie de retirer et d’envoyer en Alger, avec la lettre que j’écris à Monsieur Le Vacher (1) pour le rachat d’un vieillard, capitaine de l’île de Ré, qui est esclave en ladite ville, et ce par la première occasion, après avoir fait assurer cette somme ; ce qu’il ne faut jamais oublier.

1743. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 22e mai 1654.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Dieu veuille que ce que j’ai mandé à M. Zelazewski lui touche efficacement le cœur ! Il n’y a pourtant pas de l’apparence, vu la légèreté de son esprit et l’amour qu’il a pour soi-même. Dieu a permis qu’au commencement de toutes les communautés plusieurs en soient sortis, et quelques-uns avec scandale ; il en sait la raison ; c’est à nous de nous préparer à cela et d’adorer ses conduites.

Nous hâtons, comme je vous ai dit, le départ de ceux que nous vous avons destinés, et j’espère qu’ils pourront

Lettre 1742. — Manuscrit de Marseille.

1) Philippe Le Vacher.

Lettre 1743. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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être prêts vers la fin de ce mois. Mandez-moi ce que vous pensez de M. Guillot, en cas qu’il se résolve de retourner en Pologne. S’il prend cette résolution bientôt, je l’enverrai avec les autres, sans attendre votre réponse.

Je suis bien aise que votre sentiment s’accorde avec le mien, à l’égard de M. Gigot et de son latin ; nous verrons si nous pourrons vous en donner un autre plus propre.

Nous avons envoyé nouvellement à Troyes M. Chardon (1), qui a assez bien étudié, afin qu’il se forme aux exercices des missions ; aussi ont-ils eu besoin de secours à cause de la cure de Barbuise (2) qu’ils desservent et dont Mgr l’évêque (3) veut faire servir le revenu, qui est d’environ 2.000 livres, à la subsistance du séminaire.

J’avoue qu’il est temps qu’on voie de delà nos fonctions et que la reine, qui a fait tant de dépense pour nous, aurait raison de se plaindre d’un plus long retardement. Dieu pardonne à ces deux messieurs qui vous ont quitté au besoin ! Il faut donc faire ce que vous pourrez avec M. Desdames et M. Duperroy.

Je vous ai écrit un moyen pour commencer un séminaire, et vous m’avez fait espérer qu’à cette Pentecôte vous auriez les ordinands. Si Dieu vous fait cette grâce, j’en aurai grande consolation pour le bien que les ecclésiastiques et l’édification que le public en pourront recevoir.

Quant aux assauts que vous craignez de la part de quelque communauté, j’espère de la bonté de Dieu qu’ils

1) Philibert Chardon, né en novembre 1629 à Annecy, entré dans la congrégation de la Mission le 3 octobre 1647, reçu aux vœux au mois d’octobre de l’année 1649, ordonné prêtre au carême de 1654. Nous verrons bientôt qu’il quitta la compagnie et fut réadmis à Rome, d’où on l’envoya à Gênes

2) Commune de l’arrondissement de Nogent (Aube).

3) François Malier du Houssaye (1641-1678).

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n’arriveront pas, et je vous prie de faire toutes les avances pour les empêcher, prévenant ces bons Pères de vos respects, services et déférences, comme nous tâchons de faire ici, à quoi nous n’avons pas beaucoup de peine ; et je suis bien résolu, quand ils me jetteraient de la boue sur le visage, de n’en témoigner jamais aucun ressentiment, pour ne rompre avec eux, ni m’éloigner de l’estime et de l’honneur que je leur dois, et cela en la vue de Dieu. Que s’ils s’échappent à dire ou à faire quelque chose de fâcheux contre votre petite barquette, quand ce serait même à dessein de la faire submerger, souffrez le pour l’amour de Dieu, qui saura vous garantir de naufrage et faire succéder le calme à la tempête. Ne vous en plaignez pas, n’en dites seulement un mot et ne cessez pour cela de les caresser aux rencontres, comme si rien n’était. Il ne se faut jamais étonner de ces accidents, mais se disposer à les bien recevoir ; car, comme il est arrivé du choc entre les apôtres et même entre les anges (4) sans pourtant qu’ils aient offensé Dieu, chacun agissant selon ses lumières, aussi Dieu permet quelquefois que ses serviteurs se contredisent et qu’une compagnie en persécute une autre ; et il y a bien plus de mal qu’on ne pense à cela, quoiqu’ils aient tous bonne intention (5) ; mais il y a toujours un grand bien pour ceux qui s’humilient et ne résistent pas. Dieu nous fasse la grâce d’être de ce nombre !

O Dieu ! Monsieur, que j’ai une joie bien sensible de ce que vous vivez avec M. Fleury comme un enfant avec son père, et de ce qu’il est plus satisfait à présent de votre franchise qu’il n’a été du commencement ! Aussi

4) Allusion au livre de Daniel X, 13.

5). Le secrétaire avait écrit : et il n’y a pas tant de mal qu’on ne pense à cela à cause qu’ils ont tous bonne intention ; saint Vincent a corrigé ces mots de sa propre main.

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ne pouvait-il pas la bien reconnaître d’abord, ni vous lui faire une assez grande ouverture de cœur, comme dans une longue suite d’occasions. J’espère que tant plus vous irez avant, tant plus il aura sujet de se louer de votre soumission et confiance à son égard, puisque vous aimerez mieux tomber dans l’excès que dans le défaut, après les obligations incomparables que nous lui avons et la reconnaissance parfaite que je vois que vous en avez. Assurez-le souvent que la mienne ne se peut exprimer.

Je loue Dieu de ce que la reine est restée satisfaite de la réponse que lui a faite M. Duperroy. Il me tromperait fort s’il manquait d’obéissance et de fermeté ; mais aussi faut-il qu’il les demande à Dieu.

Mgr le nonce ! me réjouit fort avant-hier, me disant que le Moscovite n’entreprend rien sur la Pologne, qu’il est sur le point d’envoyer un ambassadeur en France et un autre aux états de Hollande, et que son ambition est de s’arroger le titre d’empereur de tous les chrétiens. Plaise à Dieu réduire tout à sa gloire et à la paix universelle, de conserver le roi et la reine, de sanctifier leurs sacrées Majestés, de protéger leurs états et accomplir leurs desseins ! Ce sont les prières que nous lui faisons souvent et que nous continuerons de faire chaque jour, sans oublier leurs missionnaires, ni votre personne en particulier, de laquelle je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie

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1744. — AU PèRE BOULART

De Saint-Lazare, le 26 mai 1654.

Mon Révérend Père,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je me donne la confiance de vous renouveler les offres de mon service avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Messieurs les grands vicaires, ayant su que nous faisons la mission à Charenton (1) ont désiré qu’un évêque y aille donner la confirmation, et il arrive que celui que M. le curé (2) a choisi n’a pas ici sa crosse ni sa mitre ; ce qui fait, mon Révérend Père, que je vous supplie d’avoir agréable de lui prêter les vôtres pour une si bonne action, et je vous en réponds, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1745. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 29 mai 1654.

Monsieur

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Voici la lettre de change dont je vous ai parlé par

Lettre 1744. — Bibl. de Sainte-Geneviève, ms. 2555 copie. L’original mis en vente par M Charavay et acheté par le marquis de Gerbéviller, a aujourd’hui disparu ; il n’y en a plus qu’une copie au château de Gerbéviller.

1) Localité voisine de Paris

2) Barthélemy Arches.

Lettre 1745. — L s. — Dossier de la sœur Hains, original.

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ma dernière ; elle est de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon, de 1.000 livres, que je vous prie de retirer et de les envoyer en Alger pour le rachat d’un esclave de l’île de Ré, avec les lettres que j’écris à M. Le Vacher (1) et au frère Barreau. Vous en avez une, et voici l’autre. J’écris aussi à Tunis et encore à M. Jolly, en cas qu’il soit avec vous, pour quelques papiers qu’il nous doit envoyer ; mais je crains bien qu’il ne passe pas à Marseille, parce qu’on me mande de Gênes qu’il en est parti le 10° de ce mois pour venir à Nice sur mer d’où il pourra traverser la Provence et s’en venir droit à Paris, et ainsi vous laisser dans l’accablement où vous êtes, plus longtemps que je ne pensais. Si la Providence de Dieu le permet, je prie sa divine bonté qu’elle vous fortifie, attendant que nous vous ayons envoyé quelqu’un pour vous soulager ; mais, avant de le faire, nous attendrons des nouvelles de M. Jolly.

Madame la duchesse d’Aiguillon, qui a laissé égarer l’ordre qu’elle avait obtenu du roi pour appliquer l’argent que vous savez à votre bâtiment, travaille pour en avoir un autre. Je lui en ai envoyé deux modèles différents. Si cela ne se fait aujourd’hui, il est à. craindre qu’il ne se fasse de longtemps, à cause que le roi part demain pour s’aller faire sacrer à Reims.

Si Monseigneur vous a envoyé les ordinands, quel service leur rendez-vous et comment faites-vous, étant seul ? Je ne doute pas que vous n’ayez pris quelqu’un pour vous aider ; même je vous prie de donner le soin des malades de l’hôpital à quelque prêtre externe, jusqu’à ce que vous en ayez un de la compagnie. Il vaut mieux faire cela, quoi qu’il en coûte, que de vous porter

4) Philippe Le Vacher

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à un excès de travail. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre premier et votre second.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

M. Dehorgny est d’avis que vous donniez votre jardin à ferme pour deux ou trois ans, et je vous en prie ; on verra cependant les commodités ou incommodités qui en arriveront.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, prêtre de la Mission, à Marseille.

1746. — AU FRèRE JEAN BARREAU

De Paris, ce 29 mai 1654.

Mon cher Frère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a huit jours que j’écrivis à M. Le Vacher (1) au sujet d’une lettre de change de 1.000 livres que Mgr l’évêque de La Rochelle (2) vous a fait mettre en main pour le rachat d’un bon vieillard de l’île de Ré, qui est esclave en Alger ; et n’ayant pu vous écrire pour lors, je le fais à présent pour vous prier de contribuer de vos soins à la liberté de ce pauvre homme, et pour vous dire que j’ai reçu vos comptes, qui m’ont consolé, aussi bien que votre lettre, quoique courte. Je rends grâces à Dieu de vos bonnes conduites dans le ménage et dans les affaires.

Lettre 1746. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Philippe Le Vacher.

2) Jacques Raoul de la Guibourgère.

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J’espère de vous envoyer bientôt quelqu’un pour vous visiter et pareillement ceux de Tunis. Mgr l’archevêque d’Arles (3) nous y oblige aussi, désirant l’employer au rachat de quelques esclaves de son diocèse. M. du Chesne ferait bien cela, et peut-être que ce sera lui que nous choisirons, si toutefois nous le pouvons tirer d’Agde, en Languedoc, où il commence un séminaire. Je vous prie de nous envoyer à cet effet un passeport du bacha ou de la douane. Il faudra laisser le nom en blanc, s’il se peut, à cause de l’incertitude de celui qui fera le voyage, et faire mention que c’est pour le rachat de quelques esclaves (4).

Avez-vous envoyé à Tunis l’argent que je vous ai adressé pour le rachat du fils de Madame Le Rond, tonnelière ? Si vous ne l’avez fait, je vous prie de le faire au plus tôt.

Nous sommes en grande peine au sujet de cinq ou six esclaves, pour le rachat desquels je vous ai envoyé des sommes notables il y a tantôt un an ; et vous m’avez mandé que la barque qui vous les a portées était arrivée à Alger dès le commencement du carême, sans que depuis nous ayons pu savoir ce que vous avez fait, ni en quel état sont ces esclaves. Cependant leurs parents, qui ont raison de nous en demander des nouvelles, nous inquiètent un peu, et nous ne savons plus que leur répondre.

J’ai mandé à Bayonne qu’il faut 400 piastres pour délivrer Joannes de Mauléon, ainsi que vous m’avez écrit. Et parce que tout ce que ses parents pourront faire sera de lui en fournir cent cinquante, je leur ai proposé de les rendre à Dominique de Campan, de

l) Adhémar de Monteil de Grignan (1643-1689).

4) Ces derniers mots, depuis et faite, sont de la main du saint.

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Capbreton, qui est arrivé en son pays, au lieu de pareille somme que je vous ai envoyée pour ledit Campan et dont il nous demande le remboursement, et que vous la mettrez ès mains dudit Mauléon, qui peut-être trouvera moyen de la faire valoir par quelque petit trafic, pour gagner le reste de sa rançon ; ou peut-être que, si on va faire de France quelque rédemption en Alger, on lui pourra donner ce qui lui manquera. Je n’en ai pas encore reçu la réponse.

Pour nouvelles, nous nous portons bien, grâces à Dieu. Il est vrai que M. Alméras a pensé mourir en Picardie, où il assistait les pauvres curés d’ornements, d’habits et d’argent, pour les empêcher d’abandonner leurs paroisses (5), outre l’assistance qui se donne d’ailleurs au pauvre peuple, pour le soutenir en sa pauvreté ; ce qui se fait par quelqu’un de nos frères (6), Or ledit sieur Alméras, se trouvant à présent en meilleure disposition, a ordre de se venir remettre ici. M. Dehorgny conduit le collège des Bons-Enfants, et M. Cornuel y fait les leçons ; M. Goblet a le soin du séminaire de Saint-Charles ; et l’un et l’autre vont bien, grâces à Dieu, et aussi le reste de nos maisons, selon les relations que j’en ai. Voici la seconde ordination qui s’est faite depuis la mort de Mgr l’archevêque de Paris.

M. Guillot, qui est de retour de Pologne, nous a donné de grandes espérances de notre établissement en ce pays-là ; je dis des fruits qu’il y fera, avec la grâce de

5) Voir lettre 1703, note 3.

6). La misère atteignait toutes les Classes, les nobles et les bourgeois comme les autres Des filles de condition vendaient leur honneur pour avoir de quoi vivre. Partout on ne voyait que des malheureux presque nus, des agonisants mourant de faim, des orphelins abandonnés, des jeunes filles en fuite devant la soldatesque. Les envoyés se saint Vincent firent d’amples provisions de pain, d’habits et d’outils, et placèrent dans des maisons de refuge les jeunes filles sans asile.

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Dieu ; car, pour la fondation, elle est achevée ou du moins fort avancée. On nous demande plus d’ouvriers que nous n’en pouvons donner, tant pour celle-là que pour une autre, qu’un seigneur polonais désire faire. Nous en ferons partir trois ou quatre dans le mois prochain,

Nous n’avons aucune nouvelle du bon M. Nacquart, qui est à Madagascar, ni de Messieurs Mousnier et Bourdaise, qui sont allés à son secours ; mais pour ceux-ci, il ne s’en faut étonner, parce qu’ils ne sont pas encore arrivés.

Nous avons appris depuis peu, par une lettre de M. Lumsden, qui est en Ecosse, que sa mission et celle des autres missionnaires des îles Hébrides vont assez bien. Il n’en marque pas les particularités, parce qu’étant parmi les hérétiques et en un pays de guerre, les lettres sont vues ; ce qui fait que nous n’en recevons que rarement.

Nos maisons d’Italie n’ont encore été en si bonne odeur qu’elles sont ; aussi travaillent-elles à tout avec grande bénédiction. Plusieurs cardinaux et prélats demandent plus de missionnaires que l’on ne leur en peut donner Nous en élevons assez qui sont encore au séminaire et dans les études, mais ils ne sont pas formés suffisamment, et tous ne réussissent pas, de sorte que nous avons grand sujet de prier Dieu qu’il envoie de bons ouvriers à sa vigne ; aussi faisons-nous quelque petite dévotion extraordinaire pour cela, à l’imitation de la maison de Gênes, qui a commencé. Je vous prie de nous aider avec le bon M. Le Vacher et de lui faire part de ces petites nouvelles.

Je loue Dieu de ce que vous n’avez tous deux qu’un cœur et qu’une âme, cela étant ainsi à désirer pour plusieurs raisons, particulièrement afin de vous être à consolation

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l’un à l’autre dans un lieu et en des emplois où vous recevez quasi point de la part des hommes. Je prie Dieu que vous en trouviez en lui une très abondante, attendant celle de l’éternité bienheureuse.

Je suis, mon cher Frère, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL

i. p. d. l. M.

M. votre frère le procureur est tombé malade d’une maladie pour laquelle messieurs vos frère et beau-frère ont désiré, par avis de parents, que nous le recevions à Saint-Lazare ; ce que nous ferons. Il faut honorer Notre-Seigneur et l’état auquel il s’est trouvé lorsqu’on le voulait lier, disant : quoniam in frenesim versus est (7), pour sanctifier cet état en ceux que sa divine providence y mettrait. Assurez-vous, Monsieur, que nous en aurons soin ; ayez agréable de conformer votre volonté à celle de Notre-Seigneur en cela, comme vous faites en toutes choses (8),

Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul de la nation française en Alger.

1747. — A FRANçOIS ADHéMAR DE MONTEIL DE GRIGNAN, ARCHEVêQUE D’ARLES

[29 mai 1654]

J’ai reçu votre lettre, Monseigneur, avec le respect et la révérence que je dois à l’un des plus grands et des

7) Le texte scripturaire porte quoniam in furorem versus est (saint Marc III, 21) ; le saint a changé un mot pour mieux marquer sa pensée. Il y avait à Saint-Lazare un bâtiment pour aliénés.

8) Ce post-scriptum est de la mnin du saint.

Lettre 1747. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XI, sect. IV, p. 144.

1). Abelly ne donne pas la date de cette lettre ; il se contente de

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meilleurs prélats de ce royaume, et avec un très grand désir d’obéir à tout ce qu’il vous plaira me commander. Je rends grâces à Dieu de la dévotion qu’il vous donne de délivrer vos pauvres diocésains qui sont en esclavage. Vous ferez une très grande charité et une œuvre très agréable à Dieu de les tirer d’un péril éminent de se perdre, et vous donnerez un bel exemple aux autres prélats, pour faire revenir en leur bercail leurs pauvres brebis égarées, qui sont en grand nombre dans ce même danger ; et pour y coopérer de notre part et obéir à ce que vous désirez, nous enverrons très volontiers quelques-uns de nos prêtres pour faire cette rédemption J’écris aujourd’hui aux consuls de Tunis et d’Alger et leur mande qu’ils nous envoient des passeports, afin qu’ils puissent aller en sûreté, selon votre commandement.

1748. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 5° juin 1654

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres en même temps et de même date, avec celle que la reine m’a fait l’honneur de m’écrire. Je ne puis avoir celui de lui faire réponse aujourd’hui, ni à vous non plus, qu’en vous disant que nous ferons ce que vous désirez, et au plus tôt, avec la grâce de Dieu ; je parle d’envoyer des hommes, des livres et peut-être des sœurs. Ce qui m’empêche de vous écrire

dire qu’elle est adressée à un archevêque. Si on la rapproche de la précédente, on s’aperçoit aisément qu’elle a été écrite le 29 mai 1654 et adressée à l’archevêque d’Arles.

Lettre 1748. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

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plus au long, c’est que j’arrivais hier au soir des champs, et qu’aujourd’hui je me trouve embarrassé de beaucoup de lettres et d’affaires.

J’embrasse cordialement votre chère famille et votre personne en particulier, priant sans cesse N.-S. qu’il continue à les bénir. Je vous avoue en finissant que les bonnes choses que vous me mandez m’ont consolé extrêmement, et ensemble le témoignage que Sa Majesté me donne, qu’elle est bien satisfaite de vos conduites. Dieu en soit loué ! Je suis en lui, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i p.d.l.M.

Voici le nom et ce que me mande M. Berthe de ce seigneur polonais qui nous demande des missionnaires et qui m’a écrit une lettre en latin, sur le point de son retour pour son pays.

Il y a trois semaines que je vous mandai qu’un certain seigneur polonais, ayant appris en cette ville de Rome les fins de notre Institut, me fit l’honneur de me communiquer, avant que partir pour son pays, le dessein qu’il avait de fonder une mission en une ville nommée Velopole, d’où il se nomme comte de Velopolski. Il a, à ce que j’ai appris, un assez grand pays à lui, où il a justice si absolue et si indépendante que, hormis en cas de crime de lèse-majesté, personne n’a que voir sur le pays dont il est seigneur. Il est tellement considéré en Pologne que le roi l’a honoré du gouvernement de Biecz (1) et Bochnia (2). Je vous mets, Monsieur, toutes ces particularités, afin que vous sachiez que ce bon seigneur est homme de crédit, de pouvoir et de commodités. Il offre,

1) Petite ville de la Galicie occidentale.

2) Ville située non loin de Biecz.

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pour commencer cette fondation, la cure de sa ville, qui vaut six cents écus ou plus. Il fera bâtir une maison et fondera toute chose avec toute la satisfaction qu’on pourra souhaiter, à ce qu’il témoigne. Il dit que les vivres sont à si bon prix au pays qu’un homme peut vivre honnêtement avec cinquante écus de revenu. Ce quartier-là est sur les confins de Pologne, vers la ville de Dantzig ; et il y aurait grand bien à faire, à cause de beaucoup d’hérétiques qu’il y a aux environs du lieu où il veut fonder la mission. S’il vous plaît, Monsieur, faire réponse à sa lettre, que je vous envoie, vous pourrez, si vous l’avez pour agréable, nous adresser vos lettres, et je les donnerai ici à celui qui a ordre de les lui envoyer en Pologne.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1749. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

De Paris, ce 5° juin 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

M. Jolly est arrivé ici fort heureusement, grâces à Dieu. Nous lui ferons passer la résignation pour l’union, et je la vous enverrai, et une procuration pour l’envoyer à Toul, afin de prendre possession. J’ai reçu ses bulles. comme je vous ai mandé.

J’ai aussi reçu la lettre de ce bon seigneur de Pologne ; nous verrons la réponse que je lui dois faire. Il faut bénir Dieu de ce qu’il ne permet pas que la maison où vous êtes vous soit vendue, et avec patience attendre

Lettre 1749 — Dossier de Turin, original.

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un autre temps et une autre occasion. Je ne puis croire que N.-S. n’ait soin de votre établissement après les bons services qu’il plaît à sa divine bonté d’en retirer et l’édification que le prochain en reçoit. On en a parlé dans une gazette de Rome, qui, ayant été vue par la reine de Pologne, lui a donné grande consolation, et elle me l’a fait écrire par M. Ozenne.

Je rends grâces à Dieu du reste de votre lettre. Je ne puis m’étendre davantage en celle-ci, en ayant à faire quantité d’autres. Je suis allé rétablir une Charité aux champs, d’où je revins hier fort tard, et aujourd’hui je me trouve surchargé, et plus que jamais, si cela se peut, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Berthe.

1750. — A PIERRE-PAUL BALIANO, PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

12 juin 1654.

J’ai été consolé de voir par votre lettre l’attrait que Dieu vous donne pour le bien servir. Je remercie sa bonté de tout mon cœur des grâces qu’elle multiplie sur vous et sur beaucoup d’âmes par votre moyen, comme aussi de l’affection que vous en avez conçue pour faire toujours de mieux en mieux. Il est bon, Monsieur, d’enflammer ainsi les bons désirs ; car, encore quel es fruits n’y correspondent pas pour quelque empêchement involontaire, Dieu ne laisse pas d’en être honoré, parce que

Lettre 1750. — Reg. 2, p. 332.

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devant lui la volonté est réputé pour l’effet ; c’est pour cela qu’il donne une éternité de gloire à ses serviteurs, quoiqu’ils ne l’aient servi qu’un peu de temps, parce qu’il n’a pas seulement égard à ce qu’ils ont fait, mais encore à l’amour par lequel ils ont souhaité de faire davantage ; et plus ce souhait est étendu, plus en sont-ils récompensés. Je le prie qu’il augmente et qu’il anime de plus en plus votre zèle, afin que les pauvres gens de] a campagne s’en ressentent pour leur salut et que notre petite congrégation soit édifiée de vos exemples. J’apprends avec grande joie que la maison de Rome l’est déjà notablement et que même vous êtes allé travailler en une mission avec deux autres de nos prêtres italiens, que je salue par vous et que j’embrasse tendrement avec vous.

1751. — A MARC COGLEE

De Paris, ce 13 juin 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous envoie un mémoire tendant à nous envoyer ici la femme huguenote d’un nouveau converti qui est a Paris Vous agirez conformément à icelui ; et si vous pouvez fournir l’argent qu’il faudra pour l’acquit de ses dettes et les frais du voyage, je vous prie de le faire, pourvu que ces dettes-là ne soient pas fort considérables ; en ce cas, vous me manderez à quoi ils peuvent monter ; et ce que vous fournirez, je vous le ferai rendre (1)

Lettre 1751. — L. s — Dossier de Turin, original.

1). La question avait probablement été portée devant l’assemblée des dames de la Charité

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Un conseiller-clerc de ce parlement que j’ai consulté touchant les trois orphelines catholiques qui sont chez (leur) (2) mère huguenote n’estime pas que l’on les puisse ôter à cette mère et les faire élever ailleurs en notre sainte religion, si l’on plaide à Sedan, parce que le conseil souverain de ladite ville est composée de personnes de la religion prétendue, qui ne le permettront pas. Néanmoins ils ne pourraient pas refuser d’ordonner une assemblée de parents pour donner leur avis sur cela. Mais pource qu’ils sont peut-être huguenots pour la plupart et que leur avis irait sans doute à laisser ces pauvres filles dans le péril où elles sont, il vaut mieux, cela étant, de ne tenter pas cette voie. L’unique remède qu’on y trouve est d’obtenir des lettres patentes du roi pour évoquer cet affaire à son privé conseil et défendre à celui de Sedan d’en prendre connaissance. Je verrai s’il y a lieu d’espérer cela. Cependant envoyez-nous le nom du père, de la mère et des enfants et toutes les instructions que vous pourrez.

Pour réponse à 4 ou 5 de vos lettres, je vous dirai qu’il ne faut rien faire espérer aux Pères capucins sur le désir qu’ils ont de prêcher certains jours de l’année en votre église. Ce n’est pas que vous ne puissiez les prier d’y prêcher quelquefois, quand vous le jugerez à propos ; mais il ne faut pas leur marquer par avance ni le jour ni le mois, pour n’engager pas votre église, qui est chose qu’un curé ne doit jamais faire, surtout vers une communauté comme celle-là.

Je pense que vous ferez bien de vous conformer à cette maison ci pour les hauts-de-chausses de toile en été et pour les prières du matin, où nous omettons l’Angelus Dei, etc.

2) Mot de l’original : sa

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Je ferai chercher un crucifix d’ivoire pour l’envoyer à M. Demyon ; mais ne lui en parlez pas auparavant.

Nous ne saurions où mettre votre rôtisseuse que dans un petit hôpital que nous avons ici de vieilles gens qui travaillent selon qu’ils peuvent, et qui ne sortent point (1) ; or cette contrainte ennuierait cette pauvre femme, et ainsi il n’est pas à propos de l’y mettre.

Votre bon frère (4) vous écrit ; il commence de bien parler et d’entendre le français et n’a pas changé d’habit.

Je loue Dieu des abjurations que vous recevez, et je le prie qu’il vous donne grâce de plus en plus pour attirer quantité de ces âmes égarées au bercail de l’église.

M. Dufour est en mission depuis 8 jours, et nous en allons commencer une seconde.

Vous me demandez s’il faut permettre ou défendre les sonneries des violons dans l’église pour des noces. (5)

Votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d.l.M

Suscription. A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur de la Mission, à Sedan.

1752. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

De Paris, ce 19 juin 1654

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

3) L’hôpital du Nom-de-Jésus.

4). Laurent Coglée né à Carrick (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission en février 1654, en qualité de frère coadjuteur, reçu aux vœux le 25 mars 1659.

5). Saint Vincent a oublié d’achever la phrase.

Lettre 1752. — L. s. — Dossier de Turin, original

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Je suis bien aise que vous ayez mis la relation de Tunis en état d’être présentée à la Sacrée Congrégation et de ce que Nosseigneurs les cardinaux en soient restés satisfaits ; dont je rends grâces à Dieu et à vous, Monsieur, qui avez eu bonne part à ce travail.

Les lettres de Mgr l’évêque de Sarsina (1) et de M. Vincenzo Greco (2) que vous m’avez envoyées, m’ont donné de la joie et de la confusion. Je ne puis leur faire réponse à présent, parce qu’ayant été trois jours aux champs, j’ai trouvé beaucoup d’affaires au retour, qui m’ôtent le moyen de m’acquitter de Ce devoir ; ce sera une autre fois.

Quant à la maison des Hibernois, qui est à vendre, il ne faut pas penser à l’acheter, à ce que m’ont dit Messieurs Dehorgny et Alméras, pour les raisons que vous pouvez savoir ; il faut attendre une meilleure occasion

Nous tâcherons de vous envoyer les livres que vous demandez, de l’impression du Louvre, par la première occasion qui se présentera à peu de frais.

M. Alméras n’a plus de fièvre, ni moi d’autres nouvelles à vous donner.

Je prie N.-S. qu’il continue à bénir vos conduites, votre famille et vos missions, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Berthe.

1) César Righini (1646-1657).

2). Prêtre de la Mission. Son nom ne figure pas dans le catalogue du personnel

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1753. — A JACQUES DOWLEY (1)

1654 (2)

Pax Dei, quae exsuperat omnem sensum, repleat corda et intelligentias nostras !

Inspectionem epistolae quam Dominatio Vestra scripsit ad Dominum Brin, admodum Reverende nomine, inter honorifica benevolentiae testimonia reputo, tum quod Reverendus Pater Artagan, jesuita, significavit mihi semel atque iterum Dominationi Vestrae eadem de re misisse litteras, de habenda videlicet a nobis summatim Instituti nostri ratione, quam viro praeexcellenti, quem nominat, exhibere velit.

Gratias Dominationi Vestrae ago quam maximas, eique, tum ob loci n. aturam et conditionem, in quo puslllae congregationi nostrae prospicit, cum ob finis praestantiam, justissimis de causis addicor. Deus retribuat ! Hanc vero quantulamcumque Instituti nostri delineationem dedi optimo Patri, qui pro sua humanitate recepit [et promisit] (3) se effecturum ut in manus Dominationis Vestrae perveniat. Ego autem, ut de me pollicear, cor meum in sinum [Dominationis] Vestrae depono, observantia plenus et timore reverenhali, ut offerat Deo optimo maximo ejusque misericordiam magnam super

Lettre * 1753. — Reg. I, f° 56 v°, copie prise sur la minute.

1) Jacques Dowley (ou du Lœus), docteur en théologie de l’Université de Paris (1644), remplissait à Limerick, sa ville natale, les fonctions de vicaire général quand les Protestants s’emparèrent de la cité. Après un assez long séjour en Espagne, il alla se fixer à Rome, où s’écoulèrent dix années de sa vie. La Propagande le nomma vicaire apostolique le 9 juillet 1669 et évêque de Limerick le 4 mai 1676. Il mourut en 1684 ou 1685.

2). Voir note 4.

3) Ces mots manquent dans la copie, mais le sens les réclame.

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me imploret. Ego autem in omnibus obsecrationibus et orationibus meis memor ero Dominationis Vestrae quoad vivam, ut illam in sanctis suis occupationibus ac directionibus sospitet et felicitet.

Dominus Brin non est modo Parisiis abestque quinquaginta et centum leucis, compendiosiore ad vos itinere et magna jam ex parte confecto ; in Vasconia exlguae familiae cujusdam nostrae curam gerit in loco dicto Domina Nostra de Rosa, dioecesis Agenensis. Faciam hunc certum quemadmodum mandatum implevimus.

Porro mors Reverendissimi episcopi de Limerick (4) quae Bruxellae accidit, vehementer me percutit ac pene consternavit, a tribus aut quatuor mensibus. Si forte Lutetiam venire libuisset, habitationem in nostra domo Sancti Lazari obtuli, verum tanti episcopi praesentiam nobis Deus non indulsit, utpote indignis tali hospite, cujus animam in aeterna tabernacula recepit. Utinam hic luculenta nobis occasio nasceretur animum memorem testandi in re quuae ad Suam Dominationem singulariter pertineret ! Illam studiose amplecteremur, ut tam beneficae et prolixae erga nos voluntati aliquomodo respondere possemus. Hoc omnibus votis exoptat, admodum Reverende Domine, Dominationis Vestrae humillimus ac obedientissimus servus.

VINCENTIUS A PAULO,

indignus superior generalis congregationis Missionis.

TRADUCTION

La paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, remplisse nos cœurs et nos esprits !

La lettre que Votre Seigneurie vient d’écrire à M. Brin

4) Edmond Dwyer, mort en 1654.

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est à mes yeux, très Révérend Monsieur, un témoignage des plus honorables de votre bienveillance à notre égard, d’autant plus que le Révérend Père Artagan, jésuite, m’a déclaré à diverses reprises avoir écrit à Votre Seigneurie sur ce sujet, dans le dessein d’obtenir de nous un abrégé de la nature de notre Institut, pour le communiquer à un personnage illustre dont il donne le nom. Je remercie vivement Votre Seigneurie, à laquelle je suis tout dévoué pour de très bonnes raisons, tant à cause de la nature et de la condition du lieu dans lequel elle voudrait voir notre petite congrégation, que pour l’excellence des fins qu’elle se propose. Que Dieu l’en récompense !

J’ai envoyé un abrégé sommaire de notre Institut à l’excellent Père Artagan, qui m’a promis obligeamment de le faire parvenir aux mains de Votre Seigneurie. Pour moi, je place mon cœur avec tout le respect et la révérence possibles dans celui de Votre Seigneurie, pour qu’elle veuille bien le présenter au Dieu très bon et très grand et me recommander à son infinie miséricorde. De mon côté je me souviendrai toute ma vie de Votre Seigneurie dans mes prières et mes supplications, et je demanderai à Dieu qu’il favorise et bénisse ses saints travaux et ses entreprises.

Monsieur Brin n’est pas à Paris ; cent cinquante lieues l’en séparent ; il est bien plus rapproché de Votre Seigneurie que nous le sommes. Il est à la tête de la petite maison que nous avons à Notre-Dame de La Rose dans le diocèse d’Agen, en Gascogne. Je lui ferai savoir que nous avons exécuté vos ordres.

La mort du vénérable évêque de Limerick, survenue à Bruxelles, il y a trois ou quatre mois, m’a vivement ému et presque consterné. Je lui avais offert l’hospitalité dans notre maison de Saint-Lazare, au cas où il aurait jugé bon de venir à Paris ; mais Dieu ne nous a pas estimés dignes de recevoir un si grand prélat, et il a préféré le prendre avec lui dans ses tabernacles éternels. Plaise à Dieu qu’il se présente une occasion favorable de témoigner notre reconnaissance à Votre Seigneurie en chose qui la touche tout particulièrement ! Nous la saisirons avec empressement, heureux de répondre de quelque façon au bienveillant intérêt qu’elle nous porte. C’est l’objet de tous les vœux de celui qui est, très Révérend Monsieur, de Votre Seigneurie le très humble et très obéissant serviteur

VINCENT DEPAUL,

indigne supérieur général de la congrégation de la Mission.

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1754. — A LA SŒUR JEANNE-FRANçOISE

De Paris, ce 25 juin 1654.

Ma bonne Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai été consolé de recevoir de vos nouvelles et d’apprendre la continuation de vos soins pour les pauvres orphelins. J’en rends grâces à Dieu, et de l’affection qu’il vous donne pour le servir en ce bon œuvre. Je le prie qu’il vous continue ses grâces. Vous avez bien fait d’envoyer au village les plus grands enfants pour servir et gagner leur vie, et, fait à fait (1) que les autres seront en état d’y être aussi envoyés, je vous prie de vous en décharger, parce que les dames ont peine ou s’ennuient de plus (2) faire cette dépense. Je les verrai néanmoins demain pour tâcher de vous faire envoyer quelque chose, afin que vous puissiez continuer encore quelque temps de nourrir et élever les plus petits. Je prie derechef Notre-Seigneur, qui a voulu être lui-même enfant, qu’il vous donne son esprit pour cet emploi et pour tous les autres où sa providence vous mettra. Continuez à lui offrir souvent votre travail, à vous élever à lui pour le prier de vous bénir et pour lui dire que vous lui voulez être toujours fidèle. C’est la grâce que je lui demande, qui me recommande à vos prières pour en obtenir une pareille pour moi, qui suis, en son amour, ma chère Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Lettre 1754. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). A mesure que.

2). Première rédaction : ne peuvent ou ne veulent.

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Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne-Françoise, Fille de la Charité, à étampes.

1755. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 26 juin 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !

Vous me mandez que le roi a eu la bonté de vous. donner neuf cavales et un cheval, et la reine de vous continuer ses charitables et royales libéralités en plusieurs manières. Comme Leurs Majestés ne cessent de nous bien faire, aussi devons-nous prier incessamment pour elles.

Je vous prie de me mander si l’établissement que l’on demande à faire dans la grande Pologne est le même que celui dont un seigneur polonais m’a écrit de Rome, qui est gouverneur de ce pays-là, dont je vous ai déjà parlé (1), ou bien si c’en est un autre.

Nous espérons de faire partir, vers le 15 du mois prochain, le renfort que vous demandez, et on nous a fait espérer qu’en ce temps-là un vaisseau partira de Rouen pour Hambourg. Nous tâcherons de vous envoyer le frère Durand, qui enseigne à Saint-Charles (2) avec les deux que je vous ai déjà nommés, ensemble M. Guillot,

Lettre 1755. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

1). Voir lettre 1748

2) Antoine Durand était un sujet d’élite. né à Beaumont-sur-0ise (Seine-et-Oise) en avril 1629, il fut reçu dans la congrégation de la Mission le 15 septembre 1647, prononça les vœux en 1651 et fut ordonné prêtre en septembre 1654, quelques jours après son arrivée en Pologne. Il rentra en France en 1655 et fut placé à la maison d’Agde, dont il devint supérieur l’année suivante. La province de Savoie le députa à l’assemblée générale de 1661. En 1662, on confia la direction de la maison et de la cure de Fontainebleau poste des plus importants et des plus délicats à cause des rapports

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qui s’offre de retourner sur ses pas. Si M. Zelazewsli était plus ferme qu’il n’est, il y aurait sujet d’en bénir Dieu ; et je ne laisse pas d’adorer sa conduite dans l’inconstance de ce jeune homme et de prier Notre-Seigneur de lui faire part à sa fermeté.

Vous avez bien fait de payer les deux Jacobus (3) reçus en Angleterre, sans en parler à la reine.

J’ai été consolé de la prédication qu’a faite M. Fleury et rends grâces à Dieu de ce qu’il a béni cette action. Je prie Dieu qu’il le conserve pour la sanctification de cette cour-là et qu’il fasse réussir la diète qui se fait à présent, au contentement du roi, et la paix du royaume.

Voici la lettre de Tunis qui fut oubliée la semaine passée et une de M. du Chesne, qui est venue depuis.

Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

que le curé de cette ville devait avoir avec la cour. Dans des mémoires qui ne manquent pas d’intérêt et qui ont été publiés par l’abbé Octave Estournet (Journal de Antoine Durand, prêtre de la Mission, premier curé de Fontainebleau, Fontainebleau, 1900, in.16), il nous a retracé lui-même les événements principaux auxquels il fut mêlé pendant son séjour dans cette ville. de la maison de Fontainebleau Antoine Durand passa à celle d’Angers, où il resta peu de temps (1679-1681) ; puis nous le trouvons à Dijon (1681-1683, à Sedan (1683-1690), à Saint-Cyr (1691-1692), au séminaire d’Arras (1692-1695), toujours comme supérieur. Malgré son âge déjà avancé, on lui confia ensuite les fonctions de secrétaire général, qu’il garda jusqu’ en 1707 et qu’il cumula pendant deux ans ou plus avec celles de directeur des Filles de la Charité. Il a composé, outre ses mémoires, trois ouvrages restés manuscrits Vie de la Sœur Julienne Loret Fille de la Charité ; Livre contenant les marques d’un homme juste (Bibl. Maz, ms. 1250, in 8°) ; et Réflexions sur les masques, le bal et les danses, avec quelques pratiques pour les trois jours qui précèdent le carême, 1679, in-8° On trouve sa Biographie au t. II des Notices, pp. 389-424

3) Le Jacobus, ancienne monnaie d’or d’Angleterre, valait 14 livres 10 sols de France

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1756. — A FIRMIN GET, PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

De Paris, ce 26 juin 1654.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! J

Je vous écris brièvement, me trouvant en ville bien tard et bien pressé, et quasi sans matière de vous écrire ; j’ai pourtant reçu votre lettre du 15 avec le paquet d’Alger.

Je suis bien aise que vous ayez trouvé un bon jardinier et un honnête revenu de votre jardin.

Je ne sais comment ces esclaves venus d’Alger se peuvent plaindre. Il est certain que j’ai toujours marqué à M. Barreau ce qu’il y avait d’argent pour chaque esclave en particulier. Il faut qu’il n’ait pas reçu mes lettres. Je n’ai pas encore vu celles de ces esclaves.

Je serais bien aise que Messieurs les administrateurs vous prêtassent l’argent qui vous manque pour le bâtiment, et je vous prie de faire ce que vous pourrez pour obtenir d’eux cette grâce, afin de ne tirer pas sur nous la lettre de change de 300 écus dont je vous ai parlé par ma dernière, à cause que nous aurions grand’peine à l’acquitter ; si néanmoins vous y êtes contraint, souvenez-vous, s’il vous plaît, de ne la rendre payable qu’à 15 jours de vue pour nous donner temps de chercher l’argent.

Je voudrais bien que vous donnassiez passage par votre jardin à M. Abeille, à cause qu’il est votre voisin et que vous en êtes prié par M. Sossin ; mais, comme c’est

Lettre 1756 — L s. — Dossier de la Sœur Hains, original.

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une servitude perpétuelle, vous les devez prier de vous en dispenser, si ce n’est que ledit sieur Abeille récompense cette servitude en vous donnant une partie de son eau ; en ce cas, je l’approuve volontiers.

Dieu soit loué de votre santé et de vos saintes occupations ! Je le prie qu’il vous continue ses grâces. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M..

Suscription : A Monsieur Monsieur Get.

1757. — LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE,

A SAINT VINCENT

Ce dernier de juin [1654] (1)

Mon bon Père,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite, où je vois la continuation des soins que vous avez pour ce royaume. Je vous en remercie. Le roi, mon seigneur, a dessein de faire en cette maison de Meuporense, où je suis depuis deux jours, un petit séminaire et le donner à de vos missionnaires. Les guerres nous empêchent de faire beaucoup de choses, au moins si bien que nous le désirerions. Je vous prie de faire partir les Filles de la Charité le plus tôt que vous pourrez et de commander qu’une de ces nouvelles soit établie aussitôt qu’elle sera arrivée, supérieure de leur petite famille ; et je vous prie que vous la disposiez à vivre avec une grande confiance auprès de cette bonne demoiselle qui est auprès de moi, qui s’appelle de Villers. Demandez de ses nouvelles à des Noyers ; il vous dira sa vertu et ses emplois ici. Enfin jugez-en parce qu’il y a 4 ans qu’elle est à la cour sans que jamais une seule personne s’en soit plainte ; et

Lettre 1757. — Dossier de la Mission, copie prise par le frère Ducournau.

1) Date du retour en France de Nicolas Guillot.

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tous ont éprouvé sa charité. Son humilité est au plus haut point que l’on la saurait désirer en une personne.

Je vous avoue que je ne suis point satisfaite entièrement de la conduite de l’une de celles qui sont ici, non pas que ce ne. soit une bonne fille, mais c’est une humeur un peu trop rude et prompte. Les personnes qui se retirent chez elle ont peine de la souffrir, n’ayant nulle condescendance, et tout ce qu’on lui propose, excepté de recevoir des enfants, la choque à chaque fois ; et vous savez que la charité ne doit être bornée. Je vous prie donc, mon bon Père, de donner des instructions, avec Mlle Le Gras, à celle que vous enverrez pour être supérieure qu’elle se soumette à tout ce que cette bonne Mlle de Villers lui dira, et qu’elle reçoive charitablement les grandes filles comme les petites. Celles-ci sont souvent plus proches du mal que les autres. Et je vous prie de ne croire sur cet affaire que ce que je vous en écris. Je n’ai nulle passion que celle de voir la dépense que je fais bien employée ; autrement, je ne la pourrais plus en cette matière continuer.

Je reçus le refus que Mlle de Villers me fit de faire ce que vous lui mandiez par vos lettres, non seulement pour la satisfaire, mais encore pour ne point aller contre les sentiments de M. Ozenne, qui y répugnait, sur la répugnance qu’il me dit être aux sœurs qui sont ici, et la promesse qu’il me fit que les choses iraient mieux. Je le crus, mais je vois que je me suis trompée. J’espère que ces nouvelles que vous m’enverrez avec cet esprit d’obéissance n’y manqueront point. C’est toujours aux conditions de ne rien changer de leur Institut et direction des Pères de la Mission. Je vous dis tout franchement que sans cela je ne puis pas continuer le dessein que j’ai de les établir, ne trouvant jusqu’à cette heure rien de bien solide en leur conduite. J

Je vous prie de recevoir tout ceci de la part de la confiance que j’ai en vous, et je désire que vous n’en mandiez rien ici. M. Guillot vous dira les réponses qu’il a eues de Suède.

LOUISE-MARIE.

1758. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

3 juillet 1654

Nous sommes obligés à ce bon ecclésiastique du Piémont

Lettre 1758. — Reg,. 2, p. 58

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du désir qu’il témoigne que notre compagnie soit établie à Turin. Peut-être que cela veut dire que nous demandions nous-mêmes la maison abandonnée dont il vous a parlé ; mais c’est ce que nous ne ferons pas, ayant pour maxime, comme vous savez, de ne nous introduire jamais en un lieu, si nous n’y sommes appelés. De dire que nous le devrions faire en cette occasion, parce que ce serait une porte ouverte pour avancer la gloire de Dieu en ce pays-là, nous devons estimer le contraire et espérer que Dieu sera plus honoré de notre soumission à sa providence, en attendant ses ordres, que si nous entreprenions de les prévenir.

1754. — A TOUSSAINT LEBAS, PRêTRE DE LA MISSION, A AGDE (1)

Du 10 juillet 1654 (2)

Je rends grâces à Dieu de ce que vous savez l’art de vous bien déchirer, j’entends la manière de vous bien humilier, qui est de reconnaître vos fautes et de les découvrir. Vous avez raison de vous croire tel que vous vous dépeignez et fort impropre à toute sorte d’emplois ; car c’est sur ce fondement que Notre-Seigneur établira l’exécution des desseins qu’il a sur vous. Mais aussi, Monsieur, quand vous faites ces réflexions sur l’état de votre intérieur, vous devez élever votre esprit à la considération de son adorable bonté. Vous avez

Lettre 1759. — Reg. 2, p. 333

1). Toussaint Lebas, né à Josselin (Morbihan) le 1er novembre 1625, ordonné prêtre le 25 mai 1652, reçu dans la Congrégation de la Mission à Richelieu le 2 janvier 1653. Il fut envoyé peu après à la maison d’Agde, où il prononça les vœux en 1657. Il dirigea l’établissement de Narbonne de 1671 à 1673. Le manuscrit d’Avignon fait adresser cette lettre a un prêtre de la maison de Rome ; il est certainement dans l’erreur.

2). Le manuscrit d’Avignon date à tort la lettre du 12 juin 1654.

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grand sujet de vous défier de vous-même, il est vrai ; mais vous en avez un plus grand de vous confier en lui. Si vous êtes enclin au mal, vous savez qu’il l’est sans comparaison davantage à faire le bien et à le faire même en vous et par vous. Je vous prie de faire votre oraison sur ceci, et durant le jour quelques élévations à Dieu pour lui demander la grâce de vous bien établir sur ce principe, qu’après avoir jeté les yeux sur vos misères, vous les portiez toujours sur ses miséricordes, vous arrêtant beaucoup plus sur sa magnificence envers vous que sur votre indignité envers lui, et plus sur sa force que sur votre faiblesse, vous abandonnant dans cette vue entre ses bras paternels et dans l’espérance qu’il fera lui-même en vous ce qu’il prétend de vous, et qu’il bénira ce que vous ferez pour lui. Avec cela, Monsieur, tenez votre cœur préparé à recevoir la paix et la joie du Saint-Esprit.

1760. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 10e juillet 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ce qui s’est passé entre vous et M. Zelazewski me donne sujet de vous prier, au nom de Notre-Seigneur, de le supporter. Je ne veux pas dire que vous ne l’avertissiez pas ; mais cela se doit faire doucement, rarement et en particulier et après avoir pensé devant Dieu si vous le devez faire et en quelle manière. J’ai ouï dire que les Polonais se gagnent plus par cette voie cordiale

Lettre 1760. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

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et charitable que par la rigueur, et naturellement chacun se rebute des réprimandes sèches aussi bien que des corrections les plus amiables, quand elles sont fréquentes ou immodérées ou faites hors de propos. J’espère donc que vous prendrez ce bon prêtre par le biais qu’il faut, ainsi que faisait feu M. Lambert, et que peu à peu il pourra se ranger à nos petites observances ; et s’il ne le fait pas, Dieu prendra soin lui-même de vous en décharger ; et en ce cas il vaut mieux qu’il ait sujet de se louer ou gracieux traitement que vous lui aurez fait, que s’il s’en allait mécontent

Quoique ces signes extraordinaires arrivés de delà ne soient pas des indices assurés de quelque mauvais événement, et que pour l’ordinaire il ne se faille pas arrêter à tels prestiges, il est bon néanmoins de redoubler les prières, afin qu’il plaise à Dieu détourner de dessus son peuple les maux dont il aurait dessein de l’affliger. On nous menace ici d’une éclipse de soleil, la plus maligne qui soit arrivée depuis plusieurs siècles, et qui doit arriver le 12° août prochain, environ les 9 ou 10 heures du matin, à ce qu’on dit. Je vous prie de remarquer Si elle se fera voir en Pologne et de m’en mander les particularités

J’écris aux Filles de la Charité selon votre désir, et j’enverrai à M. Duperroy sa philosophie par ceux que vous attendez et qui seront prêts à partir quand ils auront leurs passeports et un vaisseau arrêté.

Je vous prie de faire ce que vous pourrez pour contenter M. l’ancien curé. Nous avons eu grand respect et grande déférence pour feu M. le prieur et tous les religieux de céans, et cela nous a fort bien réussi. Il est votre bienfaiteur ; il faut lui en témoigner grande reconnaissance ; et si vous m’en croyez, vous lui céderez la maison dont vous tirez 300 livres de rente, au lieu de son logement,

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en cas qu’il ait agréable de vous le remettre ; ce qui vous accommodera pour mettre bientôt sur pied votre séminaire. Dieu bénisse ce dessein et ensemble votre personne et votre famille, que je salue !

Quand nous serions incessamment appliqués à remercier la reine et à prier Dieu pour elle et pour l’accomplissement de ses souhaits, cela ne serait pas encore suffisant pour reconnaître les bontés admirables de Sa Majesté, dont vous recevez tous les jours de nouveaux effets. Dieu en soit béni !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1761. — AUX FILLES DE LA CHARITé DE VARSOVIE

20 juillet 1654,

…Il le faut bien, mes bonnes Sœurs, car, si cela n’était pas, pour qui auriez-vous de l’amour ? Vous êtes Filles de la Charité, mais vous ne le seriez plus si vous viviez dans la mésintelligence, l’aversion ou la défiance les unes des autres. A Dieu ne plaise que cela se trouve parmi vous ! C’est le propre des filles du monde, qui ont l’esprit mal fait ; mais le devoir des filles de Notre-Seigneur qui vivent et qui le servent ensemble et qui n’ont qu’une même intention de se rendre agréables aux yeux de Dieu, est de s’entre-chérir, de se supporter, de se respecter

Lettre 1761. — Collet, op. cit, t. II, 1. VII, § 10, p. 164. Au début de sa lettre, dit Collet, saint Vincent félicitait les sœurs de Varsovie du bien qu’elles faisaient.

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et de s’aider mutuellement. Je vous prie, mes chères Sœurs, d’en user de la sorte, sans jamais vous plaindre, ni murmurer, sans vous contredire, ni vous harceler ; car, hélas ! si vous vous faisiez de la peine l’une à l’autre, ce serait grande pitié. Vous avez assez à souffrir des personnes du dehors et de vos emplois sans vous faire au dedans de nouvelles croix, qui sont les plus fâcheuses et qui feraient de votre maison un petit purgatoire, au lieu que l’amour en fera un petit paradis.

1762. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 24 juillet 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que vous vous trouvez mieux de votre indisposition et je le prie que vous en soyez bientôt parfaitement guéri, si vous ne l’êtes déjà. Je l’espère à présent que vous pourrez vous reposer un peu et vous décharger d’une partie de vos occupations sur M. Champion, qui partit mardi par le coche de Lyon avec M. Huguier, que nous envoyons à Gênes. Pour M. du Chesne, il ne peut quitter Agde, ni s’en éloigner ; il me le mande, et je le crois, parce qu’il n’a personne en qui il se puisse fier.

Nous sommes à présent dans un état si pauvre que nous ne pouvons vous secourir d’argent ; néanmoins, puisque vous avez trouvé trois cents écus pour trois semaines et que vous êtes contraint de nous en tirer une lettre de change, nous ferons un effort pour l’acquitter ;

Lettre 1762. — L. s. — Dossier de la Sœur Hains, original

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mais je vous prie de ne la rendre payable qu’à quinze jours de vue. Je ne doute pas que votre bâtiment ne coûte plus qu’on ne pensait ; car cela est ordinaire. Je serai bien aise de voir cette dépense par le détail.

Les lettres que vous m’avez envoyées d’Alger ne sont que des copies des précédentes. Il me semble que je vous ai mandé les raisons pour lesquelles les esclaves rachetés qui ont passé à Marseille ont tort de se plaindre, qui est qu’on leur a donné les piastres à 3 livres 9 sols, comme elles valaient au temps qu’on nous a délivré leur argent, et pour cela ils en ont moins reçu. Nos gens ont reçu la même diminution pour leur argent propre. Le consul m’en a envoyé un petit état dans cette dernière dépêche.

Nous n’avons point d’autres nouvelles que celles que M. Champion vous dira. Je prie Dieu qu’il unisse vos cœurs et bénisse vos travaux.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription. A Monsieur Monsieur Get, prêtre de la Mission, à Marseille.

1763. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

Monsieur,

Lorsque le Père Paulin fut sur le point de parler de la coadjutorerie, vous m’écrivîtes que M. Séguier trouvait de la difficulté que Monseigneur de Sarlat pût garder son évêché et être mon coadjuteur, et qu’encore qu’on y fit de la difficulté, comme il croyait qu’on ferait, comment est-ce que Monsei-

Lettre 1763. — L. a — Copie à l’évêché de Cahors, liasse 3, n° 33.

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gneur de Sarlat pourrait subsister. Je vous fis réponse et vous mandai qu’il n’y avait point de difficulté qu’il ne pût retenir son évêché et être mon coadjuteur, comme c’est vrai et nous en avons une multitude d’exemples ; néanmoins que, si on ne voulait lui accorder la coadjutorerie qu’en le démettant de son évêché, que j’offrais de lui donner 3000 livres de pension sur mon évêché pour sa subsistance ; et vous envoyai ma procuration pour consentir à ladite pension, et vous priai néanmoins de n’en parler point que dans l’extrémité et après qu’on aurait absolument refusé la coadjutorerie simple. M. de Brousse m’a écrit diverses fois que le Père Annat (1), qui lui a promis de s’employer pour cet affaire, lui a dit qu’il ne croyait point que M. le cardinal voulut accorder la coadjutorerie, que Monseigneur de Sarlat ne quittât l’évêché, et qu’ainsi il fallait penser à sa subsistance. Sur quoi je me suis oblige de vous dire que j’ai toujours fait grande difficulté que Monseigneur de Sarlat quitte son évêché, au moins pour le présent, difficulté ; qui est plus grande que jamais

Voilà mes raisons. Il est très assuré que le diocèse de Sarlat, en état où il est, a un extrême besoin des soins et des services de mondit seigneur de Sarlat. Je n’en vois point qui puisse le remettre en l’état qu’il doit être, comme lui, et ainsi je ne crois pas que ce soit rendre service à Dieu, ni que ce soit sa volonté, qu’il l’abandonne pour le présent pour prendre la coadjutorerie.

Voici qui augmente cette difficulté, ou qui en fait naître une autre. Dieu me donne une parfaite santé et des forces comme à l’âge de vingt ans, avec un grand désir de faire ma charge ; et, pour vous dire vrai, je ne trouve que plaisir et contentement dans toutes les fonctions d’icelle, pour pénibles qu’elles paraissent ; et j’ose vous dire qu’il y a de l’apparence, s’il n’arrive quelque accident d’être en état de servir plusieurs années mon diocèse sans avoir besoin d’assistance. De me faire assister sans besoin, vous voyez bien que cela ne se peut pas. Il faut que je fasse ma charge par moi-même, comme j’ai fait jusques ici ; car quoique j’aie des vicaires généraux, ils ne font pourtant rien. Que fera cependant

1) François Annat, né à Estaing (Aveyron) le 5 février 1590, fut reçu dans la Société de Jésus le 16 février 1607. Après avoir professé la philosophie et la théologie à Toulouse pendant treize ans et dirigé, comme recteur, les collèges de Montpellier et de Toulouse, il devint assistant du supérieur général, provincial de France et fut confesseur du roi de 1654 à 1601. 0n lui doit de nombreux écrits contre le jansénisme. Il mourut à Paris le 14 juin 1670.

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Monseigneur de Sarlat ? L’église et son diocèse… privé des services d’un si digne prélat… (2) même ne pourrait-il pas lui donner de l’ennui de se voir sans emploi ? Voici donc bien ma pensée là-dessus, après avoir bien recommandé cet affaire à Notre-Seigneur : c’est que mondit seigneur de Sarlat consentît qu’on lui baille un coadjuteur, auquel il baillerait 3000 livres de pension sur son évêché et que je consentirais que mondit seigneur de Sarlat en prît autant sur le mien. Je crois que cela serait plus avantageux à celui qui serait nommé son coadjuteur, que s’il lui résignait son évêché présentement, parce que Mgr de Sarlat ne le retiendra que pour le remettre, et son diocèse, en l’état qu’il doit être, tant pour le spirituel que pour le temporel. Ainsi ce serait travailler pour le coadjuteur Je crois certainement que, si cela est bien donné à entendre, on ne fera point de difficulté d’accorder la coadjutorerie.

Voilà mes sentiments, après avoir recommandé incessamment cet affaire à Notre-Seigneur depuis 3 ou 4 ans. Je voudrais bien que vous pussiez en conférer avec le Père Annat, avant que l’on parlât. Mais on dit que le roi ne doit pas revenir de longtemps à Paris. Que si après avoir bien examiné cet affaire et recommandé à Notre-Seigneur, vous et le Père Annat jugez qu’on refuse la coadjutorerie, mondit seigneur de Sarlat retenant son évêché, je soumettrai mes sentiments aux vôtres et consentirai, comme j’ai fait, à la pension de 3000 livres en sa faveur.

Communiquez, s’il vous paît, celle-ci à M. de Brousse et croyez-moi toujours, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.

Alain

é (vêque) de Cahors

De Mercuès, ce 26 juillet 1654.

1764. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 31 juillet 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du second de ce mois avec consolation,

2) Passages omis par suite d’une déchirure de la copie.

Lettre 1764. — L. s. — Dossier de Pologne original.

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comme toutes celles qui partent de la même main. Je rends grâces à Dieu de l’arrivée de ces bonnes filles de Sainte-Marie et du contentement que la reine en a reçu, qui lui fera sans doute oublier toutes les peines passées, car une mère, après qu’elle a heureusement. enfanté, ne se sent plus des douleurs de l’accouchement ; or ce sont là ses filles, mais des filles longuement et ardemment désirées. Je prie Dieu qu’il bénisse leur établissement, en sorte qu’elles se multiplient à l’infini (1).

Je suis bien en peine de la maladie de la sœur assistante ; peut-être que le repos l’aura guérie, ou plutôt les prières qu’on aura faites pour elle. Je les salue toutes très humblement.

Le petit essaim de missionnaires que nous vous envoyons est à présent sur mer, comme je crois. Je n’ai point reçu de leurs nouvelles depuis le 24, qu’ils m’ont écrit se devoir embarquer à 3 heures après midi de ce jour-là, et que leur vaisseau s’allait joindre à une cinquantaine d’autres vaisseaux hambourgeois qui étaient au Havre-de-Grâce, prêts à partir. J’espère que vous les aurez à Varsovie au commencement de septembre ; j’en prie Dieu de tout mon cœur.

Je n’ai pas encore fait réponse à la lettre que m’a écrite ce bon seigneur de Pologne (2), qui veut faire un établissement de missionnaires. J’espère de la vous envoyer par le premier ordinaire pour lui faire tenir.

1) Les Filles de la Visitation, venues les unes du monastère d’Aix-la-Chapelle, les autres de celui de Troyes, et conduites par leur supérieure la Mère Marie-Catherine de Glétain, étaient arrivées à Varsovie le 30 juin, après avoir traversé la Belgique, la Hollande, la Westphalie, vogué sur la Baltique de Lubeck à Dantzig et suivi la route qui par Mariembourg et Thorn menait à la capitale de la Pologne. On trouve des détails circonstanciés sur leur voyage et la réception qui leur fut faite à Varsovie dans l’Année sainte des religieuses de la Visitation Sainte-Marie, t. VI, p. 373-384 ; t. VIII, p 596-597

2) M. Velopolski.

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Si M. de Monthoux a écrit à la reine par le paquet qu’il vous adressa dernièrement, et que vous voyiez Sa Majesté disposée à recevoir sa lettre, vous la lui pourrez donner.

J’ai une joie que je ne vous puis exprimer de la disposition de Mgr de Posnanie à vous envoyer les ordinands, et de l’ordre qu’il veut tenir afin qu’aucun ne s’en dispense. Je viens de recommander ce dessein aux prières de notre communauté. Nous offrirons ce bon œuvre à Dieu, comme le prémice de tous ceux que vous ferez. Je remercie sa divine bonté de ce que ce bon prélat est aussi résolu de faire l’union de Sainte-Croix. Si sa providence établit la compagnie en d’autres diocèses, les autres évêques pourront suivre son exemple en pareilles affaires. C’est pourquoi il faut tâcher que cela se fasse en la plus sûre forme et la plus authentique que faire se pourra.

Je ne vous dis rien à l’égard de M. Zelazewski, sinon que je prie Notre-Seigneur qu’il lui redonne son premier esprit, qui nous a paru au commencement rapportant à celui de saint Hyacinthe (3). Je ne sais ce que Notre-Seigneur fera de lui ; mais je ne puis m’empêcher d’espérer que sa divine bonté retirera de lui le service et la gloire qu’elle a prétendus de toute éternité.

Il paraît quelque chose de la conduite de Dieu dans le retour de M. Guillot.

Adieu, Monsieur. Je suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M..

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

3) Dominicain polonais, connu par le zèle apostolique qu’il déploya pour l’évangélisation de la Pologne et de la Prusse

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1785. — A THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR, A ROME

De Paris, ce 7 août 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a longtemps que je n’ai vu Monseigneur le nonce, qui m’a fait l’honneur de me promettre d’envoyer les noms de Messieurs Mousnier et Bourdaise à la Sacrée Congrégation. Je l’en ferai ressouvenir la première fois que j’aurai l’honneur de le voir, qui sera le plus tôt que je pourrai. Je vous enverrai aussi la procuration de M. Jolly, et [ferai] (1) réponse à ce bon seigneur polonais (2).

Je vous remercie de l’extra tempore que vous avez envoyé à nos frères de Pologne (3), et [ferai] (4) de même quand vous me ferez savoir ce qui aura été jugé à l’égard des Pères de la Doctrine Chrétienne.

Il y a environ deux mois que le roi, la reine et Monseigneur le cardinal sont partis de cette ville (5), tant pour le sacre de Sa Majesté (6) que pour le siège de Stenay (7) où le roi et Son éminence sont quasi incessamment occupés. Cela est cause que je n’ai pu servir Monseigneur

Lettre 1765. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) L’original porte : ferez.

2) M. Velopolski.

3) Antoine Durand, René Simon et Jacques Eveillard.

4) L’original porte : ferez.

5) La cour avait quitté Paris le 30 mai.

6) Le roi s’était fait sacrer à Reims le 7 juin. Le procès-verbal du sacre a été publié en 1654 à Reims sous ce titre : Le sacre et couronnement de Louis XIV, roi de France et de Navarre, dans l’église de Reims le septième juin 1654.

7) Stenay (Meuse) était occupé par les troupes du prince de Condé, renforcées par un contingent espagnol. La place, serrée de près par Abraham Fabert, qui avait la direction du siège, se rendit le 5 août.

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de Ferentilli et que je ne le pourrai qu’à leur retour. Plaise à Dieu que mes péchés ne me rendent point indigne de le faire efficacement en ce temps-là !

J’ai rendu à Mgr de Trébizonde (8) la lettre de Mgr le cardinal Antoine (9), et l’extra tempora à notre frère Watebled. O Monsieur, que je suis consolé de la paix et union que vous me mandez qui est en votre chère famille, et que j’ai prié Dieu de bon cœur, qu’il la conserve et la perfectionne de plus en plus ! Je la salue, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et vous remercie de l’extra tempora que vous avez envoyé à notre frère Férot à Agde.

Nous tâcherons d’acquitter la lettre de change ; à quoi nous n’aurons pas peu de peine, à cause que votre revenu est saisi de la part du roi, il y a près d’un an.

Je prie le Roi des rois qu’il ait agréable de se rendre toujours l’unique objet de votre amour, qui suis, en ce même amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Berthe.

1768. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[entre le 5 et le 12 août 1654] (1)

Mon très honore Père,-

Je supplie votre charité prendre la peine de voir ces lettres

8) Augustin Fracioti, archevêque titulaire de Trébizonde (juin 1654-1657), nonce à Cologne, puis cardinal, mort le 20 juin 1670.

9) Antoine Barberini.

Lettre 1766. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Le secrétaire de saint Vincent a ajouté au dos de l’original : août 1654. Le post-scriptum permet plus de précision.

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qu’un garçon attend pour s’en retourner à Videuille (2). il n’est pas venu exprès pour la lettre. Si la réponse n’est bien, je prierai nos sœurs de faire mes excuses, si je n’en fais pour ce voyage.

Je me treuvai plus notre bonne demoiselle d’arras. Elle demanda à ma sœur Mathurine d’aller quérir du linge blanc et n’est pas revenue. Je ne sais s’il n’y a point eu de ma faute, n’ayant pas eu assez de soin de la visiter en sa retraite, et la laisser manger avec nos sœurs, avec néanmoins quelques exceptions.

Notre bon Dieu sait ce qu’il veut faire et ce qu’il fera pour la compagnie. J’ai grande confiance en sa bonté pour cela., si votre charité prend soin de lever de moi les oppositions que, par ma misère je puis apporter ; ce qui me fait vous supplier, pour l’amour de Notre-Seigneur, de prendre le temps pour en avoir une entière connaissance. Je ne réserverai rien qui en puisse empêcher, selon la grâce que Dieu m’a toujours faite de désirer que vous vissiez aussi intelligiblement toutes mes pensées, actions et intentions que sa bonté les voit, pour sa gloire, voulant renoncer à la satisfaction que j’en recevrais et accepter les humiliations que peut-être j’en recevrais aussi, étant toujours que trop misérable pécheresse et indigne de me dire, quoique je la sois, mon très honoré Père, votre très obéissante servante et très obligée fille.

LOUISE DE MARILLAC.

C’est mercredi le jour anniversaire de ma naissance ; si Dieu veut que ce soit celui de ma mort, je souhaite bien de m’y préparer.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1767. — A LA BARONNE DE RENTY

26 août 1654.

Madame,

Je suis confus, Madame, de ce que vous vous adressez à

2) Probablement Videlles, commune de l’arrondissement d’étampes

Lettre 1767. — Collet, op. cit., t. II, p. 196.

1) Elisabeth de Balzac, fille de M. de Dunes, comte de Graville, mariée le 21 février 1631 au baron de Renty.

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un pauvre prêtre comme moi (2), puisque vous n’ignorez ni la pauvreté de mon esprit, ni mes misères… ; néanmoins, puisque vous le commandez, je vous dirai…

1768. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 28 août 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’estime que vous avez présentement Monsieur Guillot et ses confrères auprès de vous ; si cela est, je les embrasse, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, et fais le même à l’égard de toute votre famille.

Si nous trouvons occasion de vous envoyer les Filles de la Charité que la reine demande, nous le ferons au plus tôt et tâcherons de leur donner ce qu’il faudra.

Je loue Dieu de tout ce que vous me mandez touchant l’union (1), les ordinands, le séminaire et Monsieur votre prédécesseur (2), et prie Notre-Seigneur qu’il bénisse tout cela, qu’il sanctifie les âmes du roi et de la reine et qu’il bénisse leur royaume.

Il me semble, Monsieur, que nous n’avons rien de considérable à vous mander, sinon la continuation de la maladie de Monsieur Ponchin et de notre frère Ducournau, qui n’est pas encore hors de danger, non plus que le premier, en qui il n’y a aucune espérance de vie.

Je souhaite bien fort que vous fassiez célébrer la

2) Elle avait demandé conseil au saint au sujet de l’hôpital de Vire

Lettre 1768. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

1) L’union de la cure de Sainte-Croix

2) L’ancien curé de Sainte-Croix

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sainte messe à nos clercs au plus tôt, à ce qu’ils puissent servir plus utilement.

Les ordres que j’ai eus par deux ou trois fois de la Sacrée Congrégation, d’envoyer quelque prêtre en Suède, et le rencontre que Monsieur Guillot a fait de Monsieur l’ambassadeur de France pour Suède (3), et tout ce qu’il lui a dit, me touche beaucoup et me fait souhaiter qu’il plaise à Dieu de bénir votre famille pour secourir les pauvres catholiques qui sont dans ledit royaume, où l’on me mande de Rome qu’il y en a de cachés.

Nos gens de Barbarie sont à telle édification, par la miséricorde de Dieu, que le bacha de Tripoli, en Barbarie, demande qu’on lui donne quelqu’un qui fasse comme eux, et se propose même d’en écrire au roi ; c’est ce que Monsieur le prévôt de Marseille (4) me mande, à l’instance de quelques-uns qui ont commerce en cette ville-là et qui en viennent. O Monsieur, que de portes ouvertes pour servir Notre-Seigneur ! Priez-le, Monsieur, qu’il envoie des ouvriers à sa vigne et que les abominations de ma vie ne rendent point la compagnie indigne de cette grâce.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription. A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission de Varsovie, à Varsovie.

3) Le baron d’Avaugour, mort à Lubeck en septembre 1657.

4) Pierre de Bausset (1629-1678).

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1769. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

5 septembre 1654.

Jamais les personnes fondées n’auront assez de gratitude pour leur fondateur. Dieu. nous a fait la grâce, ces jours passés, d’offrir au fondateur d’une de nos maisons le bien qu’il nous a donné, pource qu’il me semblait qu’il en avait besoin. Et il me semble que, s’il l’avait accepté, j’en aurais senti une très sensible consolation, et crois qu’en ce cas sa divine bonté se rendrait elle-même notre fondatrice et que rien ne nous manquerait. Et quand cela n’arriverait pas, quel bonheur, Monsieur, de s’être appauvri pour accommoder celui qui nous aurait fait du bien ! Dieu nous a fait la grâce d’en user une fois comme cela, et j’en ai une consolation, toutes les fois que j’y pense, que je ne vous puis exprimer.

1770. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce onzième septembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vos chères lettres me donnent toujours sujet de rendre grâces à Dieu ; je le fais par celle-ci au sujet de toutes les bontés incomparables du roi et de la reine vers votre petite famille. O Monsieur, que je prie Dieu qu’il sanctifie de plus en plus Leurs Majestés et bénisse leur

Lettre 1769. — Cahier du frère Louis Robineau, p. 154.

Lettre 1770. — L. s. — Dossier de Pologne, original

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royaume pour l’amour d’eux ! Nous prions Dieu incessamment pour elles.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que votre union (1) s’avance par le zèle et la sage conduite du bon Monsieur de Fleury ! Je vous supplie, Monsieur, de le saluer de ma part et lui faire un renouvellement des offres de mon obéissance.

Je ne vous dis rien de Monsieur Zelazewski, sinon que je le recommande à Notre-Seigneur de tout mon cœur, et je serais consolé d’apprendre comme il a pris la lettre que je lui ai écrite.

Je vous ai déjà écrit que nous cherchons commodité d’envoyer deux sœurs de la Charité. L’on nous en a parlé d’une qui ne me revient pas, c’est avec un huguenot qui s’en va de delà. Je vous prie, Monsieur, d’assurer la reine que nous ne perdrons pas un moment pour cela J’estime que M. Guillot et nos frères sont déjà arrivés ; je vous prie de les embrasser de ma part.

Nos astrologues de deçà assurent le public qu’il n’y a rien à craindre du côté de l’éclipse. J’ai vu Monsieur Cassandieux (2) qui est un des plus savants et des plus expérimentés du temps, qui se moque de tout ce que l’on a fait craindre et en donne de très pertinentes raisons, comme, entre autres, celle-ci, que nécessairement il arrive une éclipse de soleil tous les six mois, soit en notre hémisphère ou en l’autre, à cause du rencontre du soleil et de la lune en la ligne écliptique, et que, si l’éclipse avait cette malignité que vous me marquez par les mauvais

1) L’union de la cure de Sainte-Croix.

2) Le chanoine Pierre Gassendi, astronome célèbre et auteur de nombreux ouvrages, né à Champtercier, près de Digne, le 22 janvier 1592 mort à Paris le 24 octobre 1655. Expérimentateur habile et observateur sagace, il a vérifié les découvertes des autres et coordonné les faits déjà acquis ; on ne lui doit aucune découverte importante.

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effets dont l’on nous menace, que nous verrions plus souvent la famine, la peste et les autres fléaux de Dieu sur la terre. Il dit de plus que, si la privation de la lumière du soleil venant de l’interposition de la lune entre nous et le soleil faisait ce mauvais effet à cause de la suspension des bénignes influences du soleil sur la terre, il s’ensuivrait que la privation de la lumière du même soleil pendant la nuit produirait des effets plus malins, à cause que cette privation dure plus longtemps et que le corps de la terre est environ un tiers plus épais que celui de la lune ; il s’ensuivrait que cette éclipse qui se fait la nuit serait plus dangereuse que celle qui est arrivée le douzième d’août de cette année ; et infère de là avec raison que cette éclipse n’est point à craindre ; et en effet je pense bien que les esprits savants en l’astrologie ne s’en mettent guère en peine, et bien moins encore ceux qui sont instruits à l’école de Jésus-Christ, qui savent que l’homme sage dominabitur astris. Voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que notre frère Ducournau est toujours dans le même danger et que Dieu a disposé de Monsieur Ponchin, prêtre du séminaire d’ici. Je recommande le mort et le vivant à vos saintes prières, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

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1771. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 18e septembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je prie Dieu, Monsieur, qu’il bénisse votre entremise pour l’union de Sainte-Croix et qu’il ait agréable de vous conserver en parfaite santé pour sa gloire et le bien de son église.

Je veux croire que le bon Monsieur Guillot et ses compagnons sont maintenant arrivés à Varsovie, où je les embrasse avec vous, Monsieur, avec toute l’affection qui m’est possible, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres.

Pour les Filles de la Charité, elles sont toutes prêtes et disposées pour partir à la première commodité qu’elles trouveront. Madame des Essarts leur fait espérer de trouver quelque personne pour les conduire ; je recommande à vos prières leur voyage.

Je ne sache point, Monsieur, avoir pour le présent autre chose à vous mander, sinon que le bon Monsieur Alméras est de retour de Sedan du jour d’hier, où il était allé depuis quelque temps, et la conduite duquel Dieu a béni, en sorte qu’il y a été à édification à toute la cour, qui y était pour lors ; que Notre-Seigneur a ramené en la compagnie Monsieur Chardon, qui en était sorti ; et Monsieur Berthe, qui l’a reçu à Rome, m’écrit qu’il le doit envoyer à Gênes, où il pourra remplir la place du bon Monsieur Martin, qui s’en revient en France pour aller prendre la direction de notre maison de Sedan ; que

Lettre 1771. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

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le bon Monsieur du Chesne est toujours malade à Agde, et auquel j’ai écrit de s’en aller à Cahors ou à Notre-Dame de Lorm, où j’espère qu’il recouvrera sa parfaite santé, et à Monsieur Mugnier d’aller prendre sa place à Agde ; que notre pauvre frère Ducournau est toujours malade, lequel je continue à le recommander à vos prières, avec le même Monsieur du Chesne, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.

1772. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT

De Paris, ce 22e septembre 1654.

Ma chère Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour. jamais !

Je suis fort réjoui, ma chère Sœur, de l’avis que vous m’avez donné par votre chère lettre, et loue Dieu des bénédictions qu’il donne à vos petits travaux, et l’en remercie de tout mon cœur, et le supplie que par sa bonté infinie il ait agréable de vous les continuer de plus en plus et de vous conserver en bonne santé, et toutes nos chères sœurs qui sont avec vous, lesquelles je salue avec toute l’affection qui m’est possible ; et vous supplie avec elles d’être toujours bien soigneuses, autant que vos emplois le vous pourront permettre, de bien et fidèlement

Lettre 1772. — L. s — Dossier des Filles de la Charité, original.

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observer vos règles, et d’être bien humbles et bien soumises à tout ce que vous ordonnera Monsieur l’abbé Dedroit touchant le service des pauvres, croyant que c’est là le vrai moyen de vous rendre de plus en plus agréables aux yeux de Dieu et vraies Filles de la Charité, [dans lequel (1)] je supplie Notre-Seigneur de vous conserver jusques à la mort, qui est le temps qu’il s’est réservé pour vous couronner et vous donner la récompense de vos travaux.

Adieu, ma chère Fille, je me recommande à vos prières, en vous disant que j’écris aussi un petit mot à mondit sieur l’abbé (2) pour vous recommander à lui, comme vous l’avez désiré, et que je suis toujours, comme vous savez, en l’amour de Jésus-Christ, ma chère Sœur, très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription. A ma très chère sœur ma très chère sœur Anne de Hardemont, Fille de la Charité, à Mouzon (3).

1773. — A LOUISE DE MARILLAC

[Septembre 1654] (1)

Il y aurait piété d’assister à cette première messe pour les raisons alléguées ; mais il est à craindre que les Filles de la Charité tirent à conséquence cet exemple pour aller voir leurs parents en pareilles occasions, ou semblables.

1) Texte de l’original : en laquelle

2) L’abbé de Mouzon.

3). Près de Sedan, dans les Ardennes.

Lettre 1773. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Cette lettre doit évidemment être rapprochée de la lettre 1774.

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Monsieur de Champlan est trop clairvoyant pour ne pas voir lui-même cela, et Mademoiselle Le Gras et toute la famille aussi (2).

Vous verrez par la lettre de la reine de Pologne qu’il n’est pas besoin d’envoyer les filles avant le printemps, et selon cela vous les pourrez occuper ailleurs.

Je ne manquerai de vous offrir à Notre-Seigneur en notre chétive retraite, laquelle je vous prie d’offrir à Notre-Seigneur.

1774. A LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE

24 septembre 1654.

Madame,

Il y a un mois que nous cherchions quelque compagnie sortable pour vous envoyer les Filles de la Charité que Votre Majesté m’a fait l’honneur de me commander de lui envoyer, sans qu’il s’en soit présenté. Nous différerons ce voyage jusques au printemps, selon le commandement que Votre Majesté m’en fait. Je suis bien consolé de la résolution qu’elle a prise d’éloigner un peu ces filles de la demeure de ses missionnaires ; mais je le serai bien aussi quand je saurai que Votre Majesté aura la consolation de voir commencer l’exercice des ordinands, le séminaire des ecclésiastiques et la mission parmi le peuple. Nous n’avons point de paroles assez exprimantes à notre gré la reconnaissance que nous avons des

2) La famille de Gabrielle Le Clerc, épouse de Michel Le Gras, habitait Champlan, en Seine-et-Oise. L’un de ses membres venait d’être ordonné prêtre et Louise de Marillac, pressée par ses parents, avait demandé au saint s’il trouverait bon qu’elle assistât à la première messe.

Lettre 1774. — Reg. I, f° 33, copie prise sur la minute autographe.

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incomparables bontés que Votre Majesté témoigne incessamment à ses missionnaires et des grands biens qu’elle leur fait. Je souhaite bien, Madame, que leurs prières et les nôtres contribuent quelque chose à tant d’autres qui se font pour obtenir de Dieu la victoire contre les Moscovites. O Madame, que je prie bien Dieu pour cela et le fais prier par cette petite compagnie !

1775. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 25e septembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La reine m’a fait l’honneur de m’écrire et me mande de ne pas envoyer les Filles de la Charité encore sitôt, conformément à ce que vous me dites aussi par la vôtre.

J’ai peine pour l’ordination que vous me dites n’avoir pu faire encore cette fois (1) ; néanmoins, Monsieur, il se faut conformer en cela au bon plaisir de Dieu et attendre le moment que sa divine Providence a ordonné pour cela. Je loue Dieu, Monsieur, de ce que Monseigneur de Posnanie a agréable de se mêler de l’union de votre cure (2) (j’espère, cela étant, qu’elle en sera encore plus assurée), comme aussi du dessein que vous me dites que la reine a d’acheter une maison plus éloignée pour les sœurs de la Charité ; aussi bien l’hôpital me semblait-il trop proche de vous, si elles y fussent demeurées.

Lettre 1775. — L. s — Dossier de Pologne, original.

1) Le catalogue du personnel porte pourtant que Antoine Durand et René Simon furent ordonnés prêtres en "septembre 1654", et Jacques Eveillard en "1654", probablement avec les deux autres. Il est à croire que les obstacles à l’ordination tombèrent entre le jour où M. Ozenne écrivit au saint et celui où le saint lui répondit.

2) La cure de Sainte. Croix

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Je suis fort consolé d’apprendre que Monsieur Guillot et ses compagnons soient si proches de vous. Je les salue et les embrasse avec vous de tout mon cœur, prosterné que je suis en esprit à leurs pieds et aux vôtres, et ne sais comme quoi ils manquent d’argent, pource que, Monsieur, il me semble que l’on leur en avait donné suffisamment ici pour leur voyage. Mais quoi ! je me suis trompé ; j’en suis bien fâché (3).

Je m’étonne que vous n’ayez point reçu ma lettre, comme vous me dites, pource que je ne manque point toutes les semaines de vous écrire.

Voici, Monsieur, une nouvelle qui, je m’assure, vous affligera ; mais quoi ! il faut se soumettre à tous les ordres de Dieu ; et c’est, Monsieur, que notre bon Dieu a disposé de notre bon frère Dassonval depuis quelques jours, à ce que m’a écrit Monsieur Senaux. Mon Dieu ! Monsieur, quelle perte pour la compagnie et particulièrement pour la petite maison de Troyes ! Je vous assure que je crains qu’avec ce saint homme le bon Dieu n’ait retiré les bénédictions qu’il versait sur la compagnie à son sujet. J’en suis si affligé que je ne puis à qui le dire. Le même Monsieur Senaux m’écrit qu’il est mort avec toutes les marques d’un saint. Je ne vous en dirai point davantage pour le présent, me réservant de vous envoyer les choses les plus remarquables qu’ils en auront recueillies, en cas qu’ils me les envoient de Troyes, comme je pense qu’ils le feront, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je ne puis écrire à la reine à ce voyage ; l’on m’a ôté

3) Ces mots, depuis "Mais quoi" sont de la main du saint.

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la plume de la main que je la commençais. Il ne sera pas besoin de lui dire que je vous ai écrit depuis avoir reçu sa lettre (4).

Au bas de la première page. M. Ozenne.

1776. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Vers le 25 septembre 1654] (1)

Je recommande à vos prières l’âme de notre frère Dassonval, aveugle, duquel le bon Dieu a disposé ces jours passés en notre maison de Troyes, où Dieu bénissait les leçons et conférences qu’il faisait au séminaire à un point que je ne saurais vous exprimer. Certes elle a beaucoup perdu en lui. Il est mort avec toutes les marques d’un saint et grand serviteur de Dieu.

1777. — FIRMIN GET

De Paris, ce 2e octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres quasi en même jour, quoique de différentes dates ; elles me parlent toutes deux de la continuation de la maladie de Monsieur du Chesne et comme vous y avez envoyé Monsieur Huguier et les lettres que je lui écrivais à Marseille. Vous avez raison,

4) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1776. — Manuscrit de Lyon.

1). Ce fut le 25 septembre 1654 ou aux environs que saint Vincent apprit la mort de Jean Dassonval. (Cf. 1. 1775)

Lettre 1777. — L. s. — Dossier de la sœur Hains, original.

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Monsieur, de me dire qu’il avait peu d’inclination pour Marseille (1) ; et peut-être que c’est du ressort de la divine Providence, qui veut que je vous prie, comme je fais et ai fait ci-devant, ce me semble, de prendre la supériorité de cette maison-là, que vous avez exercée avec bénédiction jusques à cette heure, depuis le départ dudit sieur du Chesne et auparavant ; faites donc cette charité à la compagnie, Monsieur, je vous en prie avec toute l’affection que je le puis.

Si j’eusse su votre avis touchant ce changement de Monsieur Mugnier pour Agde et de Monsieur Huguier pour Toulon, je l’aurais pu suivre ; mais à présent que je l’ai écrit, fondé sur ce que Monsieur Mugnier pourra parler en public à Agde, ce que ne fera pas Monsieur Huguier, qui peut faire ce que ledit sieur Mugnier fait à Toulon, que ferons-nous à cela ? Certes j’y vois de la difficulté à en user autrement, attendu que j’en ai écrit par trois fois à Monsieur Mugnier et qu’il me mande qu’il s’en va à Agde. Si le changement n’est pas fait encore et Monsieur Mugnier est à Toulon et Monsieur Huguier à Agde, nous différerons la résolution jusques à ce que nous ayons de vos nouvelles, et j’écrirai cependant à Monsieur Mugnier qu’il diffère son départ jusques à un nouvel ordre.

Je suis bien étonné de ce que Monsieur Le Vacher vous a écrit d’acquitter le prix des étoffes que ce marchand lui a envoyées, pource que je lui avais déjà écrit qu’il ne s’appropriât rien de delà de ce que les marchands lui avaient envoyé pour d’autres fins ; et pource que je vois, d’un autre côté, qu’il n’a pu faire autrement, à cause que nous ne lui avons pas envoyé d’argent, je vous prie, Monsieur, de prendre à change les deux cents

1) Cette phrase a été biffée, peut-être par M. Get.

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livres qu’il faut rendre audit marchand, et nous tâcherons de l’acquitter ici à sept ou huit jours de vue. Nous avons quittance du trésorier de l’épargne des taxes que l’on a faites sur leur revenu de Barbarie et le vôtre, mais nous n’en avons point encore la mainlevée ; et ainsi sommes-nous toujours en peine d’en trouver en pareille rencontre.

Je dirai à Madame la duchesse d’Aiguillon l’appréhension que vous avez que les 500 écus qu’elle vous a envoyés pour les faire tenir par la première barque à Tunis, ne partent pas sitôt. Je vous prie, Monsieur, pourtant de les envoyer par la première barque et de vous employer à la délivrance d’un nommé Mariage, esclave à Tétouan (2), conformément au billet ci-inclus que je vous envoie, et de me donner avis par le premier courrier si vous pourrez négocier cela avec Monsieur Prag, qu’on dit être consul général en ces quartiers-là. Cette affaire m’est recommandée par des personnes que nous avons obligation de servir. Je vous prie derechef, Monsieur, d’y tenir la main et d’embrasser de ma part Monsieur Champion, auquel, comme à vous, je suis, Monsieur, très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je ne manquerai de faire tenir à Monsieur Lebel la seconde lettre de Monsieur Brosses et le ferai prier de lui donner avis de son affaire.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission de Marseille, à Marseille.

2) Ville et port du Maroc, sur la Méditerranée,

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1778. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 2e octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu de l’arrivée de Monsieur Guillot et de nos frères et de l’accueil que vous leur avez fait ! O Monsieur, que je souhaite que ces missionnaires de Pologne aient un même cœur ensemble en celui de Notre-Seigneur ! Et c’est de quoi je le prie de tout mon cœur, et qu’il vous continue la grâce qu’il vous a faite d’unir si bien à vous et entre eux les missionnaires que vous aviez à Troyes. Je m’assure qu’il ne tiendra pas à vous.

Mon Dieu ! Monsieur, quelles actions de grâces rendrons-nous à Monsieur de Fleury, qui vous traite avec une si incomparable bonté ! Je prie Dieu qu’il soit son remerciement et sa récompense pour tous les biens qu’il nous fait ; et je vous prie, Monsieur, de lui faire un renouvellement des offres de mon obéissance et de lui témoigner la reconnaissance que j’ai de tous les biens qu’il vous fait.

Rien ne presse pour l’argent duquel vous me parlez, attendu même le besoin que vous en avez. Vous me marquez qu’il vous faut cinquante écus pour la contribution de la république ; les ecclésiastiques n’en sont-ils point exempts de cela ? Monsieur Martin, que nous avons fait venir de Gênes pour Sedan, me disait hier qu’entre les témoignages que cette république-là a rendus à la compagnie de sa bienveillance, celui de l’exemption de ces sortes de droits en est un. Je ne vous dis pas ceci pour

Lettre 1778. — L s. — Dossier de Pologne, original.

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demander le même, si ce n’est qu’on donne cela à d’autres communautés.

Je loue Dieu de la bonté que Monsieur l’official pour vous et de ce que Monseigneur de Posnanie lui mande qu’il veut achever votre affaire lui-même comme il faut.

Vous avez raison de ne pas souhaiter des cures qu’au cas que vous me mandez, elles empêchent le bien plus universel des missions et des séminaires. Avez-vous fait tenir ma lettre à ce bon seigneur qui m’a fait l’honneur de m’écrire de Rome pour une chose semblable ? Je vous prie, Monsieur, de m’en donner avis et d’embrasser de ma part Monsieur Guillot et nos frères. Je les salue tous, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

1779. — A MONSIEUR CHARRIN (1)

7 octobre 1654.

Monsieur,

J’ai reçu celle dont il vous a plu m’honorer, avec grand respect et reconnaissance des bontés incomparables que vous avez pour nous. Je vous en remercie très

Lettre 1779 — Reg. 1, f° 16, copie prise sur la minute de la main".

1). Le nom du destinataire nous est connu par la lettre du 10 septembre 1655 à M. Charrin

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humblement, Monsieur, et vous supplie d’agréer que je vous fasse un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle avec toute l’humilité et l’affection que Je le puis, et que je vous die que je suis plein de confusion de l’honneur que vous nous faites de jeter les yeux sur notre chétive compagnie et d’agréer la proposition qui vous a été faite pour l’établir dans votre bonne ville de Lyon ; et c’est, Monsieur, de quoi je vous remercie très humblement, et par vous, s’il vous plaît, Monseigneur l’archevêque (2), de la grâce qu’il nous fait de l’agréer, sur la proposition que vous lui en avez faite, et reçois la même proposition avec toute l’humilité que je le puis, et tâcherai de vous envoyer des ouvriers, lorsque vous, Monsieur, me ferez l’honneur de me le commander. Que si vous nous jugez (capables) (3) de vous pouvoir obéir, commandez donc, Monsieur, et vous serez obéir, non seulement au fait dont il s’agit, mais aussi en toutes les occasions qu’il vous plaira me faire l’honneur de me commander, qui suis….

1780. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 9e octobre 1654.

Monsieur,

O Monsieur, que je suis affligé pour la nouvelle que vous me donnez du progrès des armes des Moscovites dans la Pologne (1) et que je prie bien Dieu qu’il lui plaise

2) Camille de Neufville de Villeroy (1654-1693).

3) Le copiste a oublié ce mot ou un mot équivalent.

Lettre 1780. — L. s. — Dossier de Cracovie, original

1). Les Cosaques, soulevés par Bogdan Chmielnicki, s’étaient mis en 1654 sous la protection du tsar de Moscou, Alexis Mikhailovitch qui marcha avec eux contre la Pologne et réussit à rentrer dans Smolensk.

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de regarder la sainteté des âmes du roi et de la reine, et tant de bonnes œuvres qu’ils font dans leur royaume et au dehors, et celles qu’ils projettent de faire ci-après ! J’espère cela de sa divine bonté, et c’est ce que je lui ferai demander incessamment et demanderai moi-même, quoique très indigne pécheur.

Je ne sais point de raison pour laquelle toutes les personnes de la compagnie, deux exceptées (2), doivent priver le public de leur exemple au chœur, et eux-mêmes du mérite qu’ils en auront, et Notre-Seigneur de la gloire qu’il en retirera. Nous en usons ainsi partout où nous avons des cures, comme à Richelieu et à Sedan. Et n’importe de dire qu’on n’est point fait à ce chant-là ; leur récollection et leur modestie feront une harmonie très agréable à Dieu et d’édification aux hommes. Et puis vraisemblablement l’église a désiré premièrement cette manière de dire son office ; et lorsqu’il y a eu des ecclésiastiques non attachés à quelque église particulière, c’est alors que l’on a permis à un chacun de dire l’office en particulier ; et Dieu nous ayant appelés pour servir à l’instruction des ordinands et des séminaires, devons-nous pas dès à cette heure nous dresser et nous habituer à cela ? Par la grâce de Dieu, nos trois frères savent chanter ; ils ne seront pas inutiles, sinon d’abord, pour le moins avec le temps, en cette sainte action. Hélas ! Monsieur, combien avons-nous de laïques dans Paris qui assistent tous les jours à matines et à vêpres dans leur paroisse ! L’usage ancien était d’y assister jour et nuit, d’où viennent les nocturnes de matines. Ces Messieurs de la conférence des mardis ont pour maxime de prendre le surplis et de chanter par toutes les églises où

2) Les mots "toutes les personnes de la" et "deux exceptées" sont de la main du saint.

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ils se trouveront, si l’on leur permet. Et tout cela étant ainsi (3), quelle raison y a-t-il donc de priver le public de cette édification, le bon Dieu de cette gloire et nous-mêmes de ce mérite ? Je vous prie, Monsieur, de leur dire de ma part que je les prie de se donner à Dieu pour laisser cet exemple à la postérité.

Monsieur Guillot m’a écrit, mais il m’est impossible de lui faire réponse ; les embarras me tiraillent d’un coté et d’autre ; aussi bien me semble-t-il qu’il n’y a rien en sa lettre qui presse.

J’embrasse Monsieur Desdames, et lui et tous nos frères pareillement, et cela avec toutes les tendresses de mon cœur.

J’oubliais à vous dire que Monsieur Le Gros vous envoie l’acte d’union de la cure de Richelieu à la Mission et une lettre qui contient leurs pratiques ; mais, pour bien faire et sans inconvénients cette union, il semble qu’il était à souhaiter qu’il plaise à Monseigneur de Posnanie d’unir en sorte la cure (4) à notre congrégation que celui qui aura la qualité de curé puisse être changé par le supérieur toutes fois et quantes, et qu’il plaise à mondit seigneur d’agréer celui qui lui sera présenté lorsque l’on changera le curé dans la compagnie ; et cela pour éviter un inconvénient fâcheux qui est arrivé en cette compagnie, en laquelle ayant présenté à (5) Monseigneur l’évêque un prêtre (6) du corps pour (7) une cure qui lui est unie, il refuse maintenant de résigner le titre à un autre et la veut garder pour lui, à quelque prix que

3) Ce commencement de phrase est de la main du saint.

4) La cure de Sainte-Croix.

5). Première rédaction : donné pour. La correction est de la main du saint.

6) Première rédaction : curé. Le mot prêtre est de la main du saint

7) Première rédaction : à. Le mot pour est de la main du saint.

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ce soit. Je vous supplie, Monsieur, d’en parler à Monsieur de Fleury, à ce qu’il ait agréable d’en parler à Sa Majesté, et * elle d’en écrire à mondit seigneur de Posnanie. Ce que je vous dis ici est de grand poids. Je vous supplie, Monsieur, d’y faire attention et de négocier cette affaire au plus tôt avec mondit sieur de Fleury, auquel je fais un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, à lui et à vous, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’oubliais encore à vous prier d’envoyer ma lettre au seigneur qui demande des prêtres de la Mission, et cela au plus tôt, parce qu’il me fait demander une réponse du côté de Rome.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission de Varsovie, à Varsovie.

1781. — A UN SUPéRIEUR

Ah ! Monsieur, voudriez-vous bien être à vous sans souffrir, et ne vaudrait-il pas mieux avoir un démon dans le corps que d’être sans aucune croix ? Oui, car en cet état le démon ne nuirait point à l’âme ; mais n’ayant rien à souffrir, ni l’âme ni le corps ne seraient pas conformes à Jésus-Christ souffrant ; et cependant cette conformité est la marque de notre prédestination. Partant ne vous étonnez point de vos peines, puisque le Fils de Dieu les a choisies pour notre salut.

Lettre 1781. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XXII, p. 323. Bien qu’Abelly ne le dise pas clairement, il est probable que ces paroles sont extraites d’une lettre.

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1782. — A JEAN MARTIN

De Paris ce 14e Octobre 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris à Sedan, où j’espère que vous serez arrivé, et que la présente vous y trouvera en bonne santé, et où je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, Monsieur, d’avoir agréable de vous départir ses bénédictions en abondance et de vous donner les grâces nécessaires pour vous dignement acquitter de la charge qu’il lui a plu par sa divine providence de vous commettre.

Voici la lettre que je me suis donné l’honneur d’écrire à Monsieur le marquis de Fabert, laquelle je vous envoie, à l’effet de la lui présenter vous-même, lors de son retour à Sedan.

Je vous supplie, Monsieur, de saluer de ma part Messieurs Lucas et Coglée, avec toute la petite famille, et de leur dire que je les embrasse tous avec toute la tendresse de mon cœur qui m’est possible, prosterné que je suis en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission de Sedan, à Sedan.

Lettre 1782. — L s. — Dossier de Turin, original.

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1783. — A FIRMIN CET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

De Paris, 16 octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur du Chesne m’ayant écrit, il y a huit ou dix jours, de la ville d’Agde qu’il prendrait la première barque qui partirait pour Marseille, il y a sujet d’estimer qu’il y est arrivé, et de remercier Dieu du meilleur état auquel sa bonté l’a mis. Il ne parle point d’amener Monsieur Lebas quand et lui (1), et je pense qu’il ne l’a pas fait. Je ne recommande point à vos soins ce serviteur de Dieu ; je suis assuré que vous en aurez plus que de votre propre santé. S’il plaît à Dieu de lui redonner la sienne, il semble que sa divine providence l’appelle ailleurs ; mais il faut qu’il ait du temps pour reprendre ses forces auparavant. J’espère cependant que Monsieur Mugnier sera parti au plus tôt après l’arrivée de Monsieur Huguier à Toulon, et cela pour aller prendre la place dudit sieur du Chesne à Agde. S’il ne l’est pas encore et qu’il ait besoin de quelque chose, Je vous prie de le lui fournir pour son voyage.

Comme vous persévérez par votre humilité à demander d’être déchargé de la direction de la maison de Marseille, je continue à vous prier du contraire, qui est d’en faire les fonctions, conformément à ce que je vous ai écrit. Je vous prie, Monsieur, de trouver bon que je vous demande quelle raison vous avez eue de me celer ce que vous me mandez par votre dernière, que vous avez emprunté

Lettre 1783 — L. s — Dossier de la sœur Hains, original

1) Quand et lui, avec lui. "

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douze cents livres de Messieurs les administrateurs de l’hôpital et comment vous avez souffert les dettes de la maison, montant à quinze cents livres d’un côté, et qu’il en faut autant pour achever. Je vous avoue, Monsieur, que j’ai été autant surpris de cela que de chose qui me soit arrivée il y a longtemps. Si vous étiez gascon ou normand, je ne le trouverais pas étrange ; mais qu’un franc Picard et une personne que je regarde pour une des plus sincères de la compagnie m’ait celé cela, est-ce que je puis ne pas m’en étonner, non plus que du moyen de satisfaire à tout cela ? Mon Dieu ! Monsieur, que ne me l’avez-vous dit ? Nous aurions mesuré la continuation de l’entreprise à nos forces, ou, pour mieux dire, à notre impuissance. Vos lettres étaient conçues en sorte que je croyais que les mille livres dernières que nous vous avons envoyées suffisaient pour achever cet ouvrage, et cependant nous voilà dans l’impuissance de satisfaire à ce que vous dites qui est dû et à fournir à la dépense qui reste à faire ; c’est pourquoi il faut honorer la toute-puissance de Dieu par notre impuissance, et en demeurer là, jusques à ce qu’il plaise à Dieu nous donner les moyens de satisfaire à ce que vous me mandez.

Souffrez, je vous prie, que je revienne encore à l’emprunt que vous me mandez que vous avez fait de douze cents livres du grand hôpital, et que je vous die qu’il est bien vrai que je vous ai écrit ci-devant, ou à Monsieur du Chesne, que vous empruntassiez de ces messieurs, et que vous m’avez mandé, ou lui, que ces messieurs faisaient difficulté de nous prêter cette somme. Agréez, Monsieur, je vous supplie, que dans l’esprit de simplicité je vous die ceci. Il est vrai que vous m’avez mandé, avant que d’entreprendre le bâtiment, qu’il coûterait plus que d’autres ne me disaient. Il aurait

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été à souhaiter que vous en eussiez usé de La sorte dans la suite ; nous ne nous fussions pas embarqués en cette entreprise, ou pour le moins à la continuation.

Je vous supplie, Monsieur, d’envoyer au plus tôt la lettre de change de 1.530 livres pour le rachat de la femme et de la fille de Michel François. Ce pauvre homme s’en va les attendre à Marseille ; et moi je prie Dieu qu’il vous conserve la santé qu’il vous a donnée, et de laquelle vous faites un si bon usage avec sa grâce, et suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

J’oubliais à vous parler de l’avis de Monsieur l’abbé de Sainte-Colombe ; quoi faire à cela ? Il faut attendre avec patience l’événement de cette affaire, et me mander si vous en avez appris quelqu’autre chose. Je suis derechef en attendant (2)…

Au bas de la première page : M. Get, supérieur de la Mission de Marseille

1784. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 16 octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que vous me mandez que notre

2) Ce post-scriptum a été ajouté, une fois la lettre finie dans l’espace blanc laissé entre les mots "suis en son amour" et la formule finale, de sorte que cette dernière formule sert de conclusion à la lettre et à son post-scriptum.

Lettre 1784 — L. s. — Dossier de Pologne, original.

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frère Eveillard se porte bien, et de ce que lui et nos autres chers frères sont maintenant dans les ordres sacrés ; mais je suis consolé au point que je ne vous puis exprimer des missions que Messieurs Desdames, Zelazewski, Guillot et Duperroy s’en vont commencer ; et que je prie Dieu de bon cœur qu’il bénisse leurs travaux et les vôtres, comme aussi les armes du roi, les libéralités duquel nous ne saurions jamais assez reconnaître, non plus que celles de la reine.

Je suis aussi fort consolé de ce que vous me dites que la sœur assistante se porte mieux, et prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable de lui redonner sa première et parfaite santé, s’il le juge bon pour sa gloire.

Je loue Dieu aussi de ce que le décret de votre bien s’achève et de ce que vous me dites que vous allez envoyer le tout à Monseigneur de Posnanie pour faire l’union ; mais je vous supplie, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, de faire attention très particulière à ce que je vous ai mandé par ma dernière, qui est de faire en sorte surtout qu’il soit permis au supérieur général de La compagnie de changer ceux de la compagnie qui seront nommés pour exercer la cure, toutes fois et quantes qu’il trouvera à propos, et d’y en mettre d’autres en la place ; et ce point ici est de très grande importance pour les événements qui sont arrivés depuis peu à l’égard de quelques cures qu’a la compagnie (1) Que si la chose était déjà faite, je vous supplie, Monsieur, de faire votre possible (2) que cette condition y soit ajoutée, et d’en parler

1) Le secrétaire avait écrit "de quelques cures de la compagnie et dont l’évêque ne veut point en pourvoir qu’à ceux qu’il lui plaît et s’en réserver le titre" Le saint a changé de en qu’à et raturé ce qui suit le mot compagnie.

2). Première rédaction : de faire en sorte. La correction est de la main du saint.

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même à Monsieur de Fleury, afin qu’il fasse entendre cela à la reine, s’il l’a agréable (3).

Je vous supplie, Monsieur, de saluer de ma part le même Monsieur de Fleury et de lui dire que je lui fais un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, le suppliant très humblement de l’avoir agréable, et de l’assurer qu’il n’y a personne au monde sur qui il ait un pouvoir plus souverain que sur moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.

1785. — A MONSEIGNEUR DE FERENTILLI

16 octobre 1654.

Monseigneur,

J’ai reçu celle qu’il vous a plu me faire l’honneur de m’écrire, avec tout le respect et l’humilité que je vous dois, comme aussi la lettre et le livre que vous envoyez à l’ambassadeur de Portugal, entre les mains duquel je les ai remis moi-même, et lesquels il a reçus avec beaucoup de respect et de témoignage de reconnaissance vers vous, Monseigneur. J’ai pris de là occasion de lui dire deux mots de vous, Monseigneur, et de la considération en laquelle vous êtes dans la cour de Rome et en celle-ci, et cela, Monseigneur, en vue des choses que son maître demande à Rome et de la disposition qu’il doit faire des

3) Ces trois derniers mots ont été ajoutés par le saint de sa main.

Lettre 1785. — Reg. 1, f° 28 v°.

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mêmes choses qu’il demande. Il n’ouvrit pas votre lettre en ma présence, mais il me fit l’honneur de me dire qu’il désirait venir passer une journée tout entière chez nous à Saint-Lazare, pour me faire l’honneur de me parler plus à loisir. S’il me fait cet honneur, vous pouvez bien vous assurer, Monseigneur, que je n’oublierai rien de tout ce que je jugerai être à propos de lui dire pour votre service.

Je souhaiterais, Monseigneur, qu’il plût à Dieu de me faire naître souvent des occasions de vous servir qui fussent plus considérables, et Dieu sait, Monseigneur, avec quel cœur je vous y obéirais. Certes ce serait comme à un des plus grands protecteurs qu’ait aujourd’hui notre petite compagnie, dont je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ en être lui-même votre remerciement et votre récompense, et je vous prie de croire, Monseigneur, qu’il n’y a personne au monde qui ait plus grand désir de vous obéir et sur qui vous ayez un pouvoir plus souverain que sur moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre…

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1786. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

17 octobre 1654.

Je ne vous écris qu’un mot pour vous témoigner la joie de mon cœur au sujet des bénédictions extraordinaires que Dieu vient de donner à vos travaux, et des miracles que vous avez faits dans votre mission… Certes, Monsieur, je ne puis me retenir : il faut que je vous dise tout

Lettre 1786. — Collet, op cit., t. II, p. 341.

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simplement que cela me donne de nouveaux et de si grands désirs de pouvoir, parmi mes petites infirmités, aller finir ma vie auprès d’un buisson, en travaillant dans quelque village, qu’il semble que je serais bien heureux, s’il plaisait à Dieu de me faire cette grâce.

1787. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GèNES

De Paris, ce 23e octobre 1654.

Monsieur,

J’ai reçu deux de vos lettres ensemble, l’une du mois passé et l’autre du 6 de ce mois. La première ne requiert point de réponse ; la seconde me fait voir l’entretien que Monseigneur le cardinal a daigné avoir avec vous au sujet de la maladie de Sa Sainteté (1) et de son voyage à Rome. Or, je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce qu’il vous suggéra sur-le-champ les choses les plus pressantes à faire pour la congrégation, les indulgences et l’approbation de nos vœux, et de l’incomparable bonté avec laquelle Son éminence reçut cela. O Monsieur, que cela m’a touché et que je prie bien Notre-Seigneur qu’il conserve et sanctifie de plus en plus ce grand et saint prélat ! J’ai communiqué ce que vous me mandez à Messieurs nos assistants, lesquels sont ravis de cette nouvelle. M. Alméras me dit que c’est là l’entier bonheur de la compagnie et que, s’il plaît à Son éminence nous procurer cette grâce au temps que la Providence mettra les choses en état, que c’est là donner l’être et la perfection à la compagnie et la rendre toute sienne pour le temps et pour l’éternité. Et moi, Monsieur, je n’ai point de parole

Lettre 1787 — L a — Original au séminaire de la Solitude à Issy

1) Innocent X. Il mourut en 1655.

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pour exprimer la reconnaissance que j’ai de tant et tant de biens et de grâces que nous recevons incessamment de ce grand et saint prélat.

Nous travaillerons au projet de la supplique et le vous enverrons, et prions Dieu cependant qu’il nous conserve et bénisse votre personne et vos conduites de plus en plus.

Il est bien juste, Monsieur, que nous vous envoyions des ouvriers à la place de ceux que vous nous avez envoyés à Rome et ici ; assurez-vous que j’aurai l’œil ouvert pour cela. J’ai eu la pensée de vous envoyer deux jeunes hommes qui doivent entrer aujourd’hui ou demain au séminaire, qui ont tous deux étudié en philosophie et sont très bons, à ce que M. Cuissot nous écrit de Cahors : l’un (2) où il a fait ses études et est neveu de M. Water, qui enseigne le séminaire il y a dix ou douze ans en ce lieu-là ; et l’autre a fait sa philosophie céans et est aussi un des plus vertueux jeunes hommes que je connaisse, aussi sage et judicieux, âgé d’environ 24 ans (3). Voyez si vous désirez que je les vous envoie. Avez-vous un directeur pour le séminaire ? Si non, nous les façonnerons ici pour vous, comme deux des meilleurs sujets que nous ayons, sinon nous tâcherons de vous en envoyer de plus faits au plus tôt, Dieu aidant.

J’écrirai, selon votre ordre, à M. d’Esmartins à Rome. Monsieur Rome ne nous a point encore envoyé le portrait de Monseigneur le cardinal. O Monsieur, que vous nous faites là un grand présent ! Je vous en remercie avec toutes les tendresses de mon cœur.

2) Nicolas Water, né à Cork (Irlande) en décembre 1632, reçu dans la congrégation de la Mission le 23 octobre 1654, ordonné prêtre en 1659. Il fut envoyé en Irlande peu après son ordination et y prêcha l’évangile. avec fruit.

3.) Nicolas Water entra seul dans la congrégation le 23 octobre : la réception suivante n’eut lieue le 22 novembre

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Je vous salue cependant et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

i. p. d. l. M.

Notre pauvre frère Ducournau ne se peut ravoir. Je le recommande à vos prières.

Au bas de la première page : M. BLATIRON.

1788. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A SEDAN

De Paris, ce 28 octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres depuis votre arrivée à Sedan et vous en ai écrit une qui accompagnait celle que j’ai écrite à Monsieur le marquis de Fabert, le retour duquel je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse.

J’ai été bien consolé des personne, que vous avez visitées, et notamment des écoles, et de ce que vous m’en dites. Je pensais envoyer un second à notre frère la Manière (1) par ce coche ; mais celui sur qui j’avais jeté les yeux n’est pas venu. L’on m’en fait espérer un autre. Je prie cependant Notre-Seigneur qu’il soit la force et la conduite de notre frère pour ce grand ouvrage. Je voudrais être en lieu pour le faire, et Dieu sait de quel cœur je le ferais. Monsieur Prévost (2) aurait-il point

Lettre 1788. — Ls. — Dossier de Turin, original

1) Jacques de la Manière, né le 25 novembre 1624 à Gagny (Seine-et-Oise), entré dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1651, reçu aux vœux le 8 octobre 1653.

2) Nicolas Prévost, né à La Roche-Guyon (Seine-et-Oise), reçu dans la congrégation de la Mission le 20 octobre 1646 à l’âge de

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agréable de faire cette charité jusques au prochain coche ? Je suis consolé de ce que vous vous mettez en soin d’avoir un autre lieu propre pour les écoles, et prie Notre-Seigneur qu’il bénisse votre sollicitude pour cela et qu’il bénisse les exercices spirituels de Monsieur Regnault, lequel je vous prie de nous renvoyer dès qu’il les aura achevés, et de lui montrer à cet effet ce que je vous en dis.

L’on a besoin ici de notre sœur Marie (3), de la Charité. Mademoiselle Le Gras lui avait mandé de s’en venir ; ce qu’elle n’a pas fait ; et je ne sais par quel esprit elle en a été retenue. Je vous envoie la lettre que je lui écris, ouverte, laquelle vous cachetterez, s’il vous plaît, et lui ferez rendre ; et ferez en sorte, par vous et par ceux en qui elle a confiance, qu’elle s’en revienne par le premier coche ; et pource qu’elle a l’esprit moins docile et soumis et une tête fâcheuse, peut-être ne le fera-t-elle pas, tant elle est attachée au lieu où elle est. Et au cas qu’elle refuse d’obéir à s’en revenir, je vous prie d’en parler à Monsieur le gouverneur, à ce qu’il ait agréable de lui faire commander d’obéir et qu’elle parte par le premier coche. L’on m’a dit qu’elle s’est vantée qu’elle n’en ferait rien, si je ne lui en écrivais. Cette petite compagnie a vécu jusques à maintenant avec tant de soumission, que l’on n’a jamais vu rien de semblable. Nous envoyons de delà en sa place une fort vertueuse fille, douce et intelligente, et que Dieu a bénie partout où elle a été (4). Elle

trente-quatre ans. Il fut envoyé à Madagascar en 1655 et y mourut en septembre 1656, laissant la réputation d’un missionnaire plein de zèle et de vertu.

3) Sœur Marie Joly

4) La sœur Jeanne-Christine. Elle avait servi les pauvres à Liancourt, à Fontainebleau, sur la paroisse Saint-Gervais à Paris, et avait su mériter partout, suivant le mot de Louise de Marillac, l’applau-

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partira dans trois ou quatre jours, avec deux autres fille qu’elle va établir dans l’hôpital de Montmirail en Brie, d’où elle s’en ira à Reims, et de là à Sedan par la vole du coche. J’espère qu’elle édifiera autant que notre pauvre sœur y a malédifié plusieurs.

Je vous envoie des lettres de Monsieur Blatiron, qui vous diront l’état des choses de delà et du petit Raggio (5), qui a maintenant la soutane.

Nos petites nouvelles sont que Monsieur Alméras est à présent assistant de la maison, et Monsieur Chrétien sous-assistant ; que Monsieur Tholard fait la mission d’un côté avec Monsieur l’abbé de Chandenier, qui y est allé travailler, et quelques autres de la maison, et Monsieur Delville la fait en un autre lieu avec quelques autres ; que chacun se porte assez bien, Dieu merci ; qu’il n’y a que moi qui ai grand besoin de la miséricorde de Dieu, que je vous prie lui demander, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je salue très humblement Messieurs Lucas, Coglée et le reste de la petite compagnie (6),

Je vous supplie, Monsieur, de vous informer si le billet y contenu est vrai, et de m’en rendre réponse.

Au bas de la première page : M. Martin.

dissement de la population. Elle fut élue assistante de la communauté en 1660, mais les grandes difficultés qu’il y avait à la retirer de Sedan forcèrent ses supérieurs à l’y laisser.

5). Abelly met au nombre des principaux bienfaiteurs qui aidèrent le cardinal Durazzo à fonder la maison de Gênes Baliano, Raggio et Jean-Christophe Monchia, prêtres, nobles génois. (op. cit, 1. I, chap. XLVI, p. 223 Ce Raggio ne serait-il pas oncle du "petit Raggio"

6) Cette phrase est de la main du saint.

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1789. — A LA MèRE MARIE-CATHERINE DE GLéTAIN (1)

29 octobre 1654.

Il y a plus de trente ans que j’ai l’honneur de servir vos maisons de cette ville ; mais, hélas ! ma chère Mère, je n’en suis pas meilleur pour cela, moi qui devrais avoir fait un grand progrès en la vertu à la vue des âmes incomparablement saintes… Je vous supplie très humblement de m’aider à demander pardon à Dieu du mauvais usage que j’ai fait de toutes ses grâces.

1790. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce dernier octobre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que vous voilà maintenant dans l’exercice de votre charge, et prie Notre-Seigneur qu’il

Lettre 1789. — Collet, op. cit., t. II, p. 196.

1). La Mère de Glétain, d’abord religieuse dans l’ordre de Saint-Benoît, où elle avait fait profession dès l’âge de seize ans, en était sortie pour entrer au premier monastère de la. Visitation de Lyon dont elle fut supérieure de 1647 à 1652, après avoir exercé la même charge à Mâcon de 1637 à 1643. En 1652, on jeta les yeux sur elle pour la fondation d’un monastère à Aix-la-Chapeile. Là mille difficultés surgirent qu’on n’avait pas prévues ; les appuis sur lesquels on comptait firent défaut. Deux ans s’écoulèrent en vains efforts. Comme on cherchait une supérieure et des sœurs pour la fondation de Pologne, on la pria d’aller à Varsovie avec ses religieuses. Les guerres, la peste, l’exil, les continuelles alarmes et les incertitudes sur la fermeté de la fondation troublèrent ses deux triennaL (1654-1661) et manifestèrent sa grande vertu. Elle mourut à Varsovie le 1er juin 1666. Sa notice a été publiée dans l’Année sainte, t. P 369-384.

Lettre 1790. — L s. — Dossier de Turin, original

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ait agréable d’y donner sa sainte bénédiction, sans quoi l’on ne peut pas faire grand fruit.

Nous sommes toujours dans la recherche de quelque personne pour enseigner ; nous en avons un en main, lequel me doit revenir trouver dans cinq ou six jours. Il a désiré avoir le consentement de son père pour cela, et, en cas qu’il l’obtienne, nous vous l’enverrons ; car pour Monsieur de la Fosse, il n’y faut pas penser. Cependant notre frère de la Manière continuera de faire du mieux qu’il pourra. Je pense qu’il est à propos, pour la gloire de Dieu et le bien et utilité de ses écoliers, qu’il se comporte à leur égard d’une façon un peu grave, et je vous prie, Monsieur, d’avoir agréable de l’exhorter à cela, pource que cette façon d’agir les tiendra dans une plus grande vénération et respect envers lui.

Mon Dieu ! Monsieur, que je suis affligé de la mort de Monsieur l’abbé de Mouzon. C’est une personne à qui nous avions de grandes obligations, et pour lequel il est bon que vous fassiez le service dont vous me parlez. J’espère, Dieu aidant, de dire demain ou après la sainte messe à son intention.

J’embrasse de toute l’affection de mon cœur toute la famille de Sedan et particulièrement notre frère la Manière, aux prières duquel, de vous et de toute votre petite compagnie je me recommande très instamment, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL

i. p. d. l. M..

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

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1791. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je vous supplie, Monsieur, agréez la simplicité avec laquelle je vous parle, et ne vous en attristez pas, s’il vous plaît, mais faites comme ces bons pilotes, qui, se trouvant agités de la tempête, redoublent leur courage et tournent la pointe de leurs vaisseaux contre les flots de la mer les plus furieux qui semblent s’élever pour les engloutir.

1792. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 6 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir tout présentement la vôtre du 27 passé, qui me fait voir ingénuement l’augmentation des dettes que j’ignorais, et souhaite qu’il plaise à Dieu nous faire la grâce de toujours procéder de même. Vous avez pour cela un grand avantage : la candeur naturelle du pays et celle de la grâce. Au nom de Dieu, Monsieur, agissons toujours en cet esprit ; et pource que je ne l’ai pas tel naturellement, obtenez-moi la grâce d’en user toujours par la même grâce. Vous tâcherez, s’il vous plaît, de faire différer l’acquittement de ces sommes, et nous tâcherons de les acquitter peu à peu.

Monsieur Mugnier m’écrit ce que vous me mandez de M. du Chesne et qu’il s’en va à Marseille. Je prie Notre-Seigneur qu’il y recouvre la santé et qu’il soit votre ré

Lettre 1791. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXIV, sect. I, p. 345

Lettre 1792. — L. s. — Dossier de la sœur Hains, original.

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compense du soin très cordial que je m’imagine que vous aurez de lui et que vous me faites espérer avec votre bonté accoutumée. Je l’embrasse de toute l’étendue de mon cœur, et vous aussi, Monsieur, avec Monsieur Champion.

Vous me ferez grand plaisir, si déjà vous ne l’avez fait, d’écrire à Monsieur le consul d’Alger (1) de négocier la liberté de Mariage, qui est à Tétouan, et d’envoyer Monsieur Levasseur à Cahors, s’il n’est absolument nécessaire à Agde. Je donnerai avis au mari de cette esclave de ce que vous me mandez.

Je ne vous dirai rien davantage pour le présent, pource que l’on m’ôte la plume de la main, sinon que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission, à Marseille.

1793. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 6 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur Guillot m’a écrit qu’il sent mouvement pour s’en aller travailler en Suède, et s’offre à cela de fort bonne grâce, dont je suis bien consolé, et le prie

1) Jean Barreau.

Lettre 1793. — L. s. — Dossier de Pologne, original

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d’accomplir ce bon œuvre, et vous, Monsieur, de lui donner ce qu’il faudra pour se conduire jusque-là, et un livre de controverses qui le puisse servir en ce pays-là, et généralement ce qu’il aura besoin. Je vous prie, Monsieur, de faire cela de la meilleure grâce que vous pourrez.

Quant à la cure de ce seigneur, il n’est pas expédient que vous vous (1) en mêliez pour tout.

Je suis bien en peine de la perte que vous avez faite du papier de Sainte-Croix. Je veux espérer que vous l’aurez déjà trouvé ; mais je le suis encore davantage de l’appréhension que j’ai que Monsieur le curé ne soit pas satisfait. Au nom de Dieu, Monsieur, réconciliez-vous ce cœur-là et faites toutes les avances que vous pourrez pour cela.

Je loue votre patience et le support que vous avez pour les façons de faire de la personne dont vous me parlez.

O Monsieur, que j’attends volontiers la nouvelle de la bénédiction que Dieu donnera à la mission que vous faites en ce temps ici ! Je prie derechef Notre-Seigneur qu’il la bénisse et qu’il sanctifie votre personne et votre famille, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1) Mot ajouté de la main du saint en interligne.

- 214 -

1794. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Novembre 1654 (1).

Mon très honoré Père

J’ai toujours cru, depuis la communication de la lettre de la reine (2) faite à votre charité, qu’il y avait dessein formé de donner une directrice à nos chères sœurs et ma pensée passait plus outre, m’imaginant qu’il serait jugé nécessaire que pour n’en pas manquer après la mort de cette bonne demoiselle. elle pourrait faire entendre à Sa. Majesté que 3 où 4 de sa sorte seraient nécessaires ; que cela approcherait fort des établissements de la Charité étant ses principales officières et nos sœurs agiraient sous elles.

Si nos 2 sœurs ne sont pas changées d’humeur, je crains que la sœur Françoise (3) ne soit pas si franche que la Sœur Madeleine (4) et qu’elle n’ait pas tant de fermeté.

Pour celles que nous devons envoyer, je n’en vois point de plus propre que la sœur Cécile (5), à la réserve qu’étant avec la sœur Marguerite (6) à Angers, je doute qu’elles ne cordassent pas ensemble en toute chose. N’était l’incommodité de ma sœur Julienne (7), à cause des étourdissements et maux de cœur qu’elle a par toutes les voitures, je crois qu’elle y serait assez propre. le laisse à votre charité à juger de ma sœur Jeanne Lepeintre qui s’accorderait fort aux sentiments de Mademoiselle de Villers.

Je crois que nos sœurs se porteront facilement à suivre le sentiment de Monsieur Ozenne de ne se mêler que de ce qu’elles auront la conduite ; mais la difficulté sera que la bonté et familiarité de la reine, parlant à nos sœurs elle pourra leur ordonner de faire des choses que la demoiselle, soit pour maintenir son autorité soit pour d’autres bonnes raisons, leur fera différer, ou peut-être les en empêchera entièrement et ainsi cela peut émouvoir les contestes et jalousies.

Les rencontres des habits et des lits témoignent une puissante

Lettre 1794. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire.

2). Louise-Marie de Gonzague, reine de Pologne.

3). Françoise Douelle.

4). Madeleine Drugeon.

5). Cécile Angiboust

6). Marguerite Moreau, alors en Pologne

7). Julienne Loret.

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entreprise, au cas que ma sœur. Marguerite l’ait bien rapportée.

Si les dames s’assemblent demain je supplie très humblement votre charité me mander si, dans un petit mémoire que nous avons à faire, nous leur parlerons des fautes des grandes filles treuvées qui étaient en condition.

J’aurais aussi grand besoin de vous parler, si vous le treuvez bon, avec 2 ou 3 de nos sœurs, pour les difficultés qui furent remises à la dernière petite assemblée, et pour moi en particulier, qui demande, pour l’amour de Dieu, à votre charité sa sainte bénédiction, mon très honoré Père, comme à la plus indigne fille et très obligée servante qu’elle est.

L. de M.

1795. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 13 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Encore que je n’aie point reçu de vos lettres, je vous fais la présente pour vous dire la douleur que j’ai de la grandeur (1) de la maladie de Monsieur du Chesne. O Monsieur, quelle perte ferons-nous là, s’il plaît à Dieu d’en disposer ! Oh bien ! il faut être conforme au bon plaisir de Dieu et espérer qu’il suscitera des pierres (2) des enfants d’Abraham, et se soumettre à son bon plaisir. Je le croyais à Marseille, et le voilà en l’état que je vous dis.

Et vous, Monsieur, que faites-vous ? Avez-vous soin de votre santé ? Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez-la et conservez-vous pour le bien de la compagnie.

Lettre 1795. — L. s. — Dossier de la sœur Hains, original.

1) Le secrétaire avait écrit gravité ; saint Vincent a de sa main remplacé ce mot par grandeur.

2). Ce mot est de la main du saint, le secrétaire avait oublié de l’écrire.

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L’on vous doit envoyer quelque lettre de change pour le rachat de quelques esclaves de Barbarie, et, si je le puis, je vous en enverrai une au prochain voyage, de deux mille livres, ou environ, pour les envoyer, l’une à Tunis et l’autre à Alger, pour subvenir à leur nécessité quasi extrême et détourner une avanie qu’ils craignent avec sujet à Tunis, faute de ne faire quelque présent honnête au dey. C’est leur bien ; il leur faudra envoyer ; j’en pourrai pourtant distraire les deux cents livres que vous tirez sur moi pour eux.

Je ne puis vous exprimer la difficulté que nous avons à retirer le peu de revenu que l’on a, et de leur envoyer ce qui leur appartient et de satisfaire à vos besoins. Il plaît à Notre-Seigneur de nous priver des commodités temporelles ; plaise à sa divine bonté de nous donner les spirituelles !

Je salue Monsieur Champion, et suis à vous et à lui, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M..

Je vous envoie une lettre de change de 630 livres pour le nommé Guillaume Servin, d’Amiens, détenu esclave. et un billet pour envoyer à Tunis et à Alger, à l’effet de s’informer de la personne y nommée.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission, à Marseille.

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1796. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris ce 13 novembre 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre du quinzième du mois passé, qui ne m’a pas peu consolé par toutes les choses que vous me dites, dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il bénisse et sanctifie votre personne et votre famille, et par tous deux ce bon peuple auquel vous me mandez que la Providence vous destine pour y faire la mission.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que voilà Messieurs Durand, Eveillard et Simon qui ont célébré la sainte messe, et de l’honneur que la reine et Monseigneur le nonce leur ont fait d’y assister, et de tous les biens qu’il plaît à la reine de vous faire, et à Monsieur de Fleury de vous procurer !

Je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai de ce que Notre-Seigneur vous a rétablis dans la bonne grâce de la dame qui était ci-devant patronne de la cure et qui vous a fait la charité de s’en dépouiller pour vous en revêtir. O Monsieur, que je souhaite qu’il plaise à Dieu faire la grâce à la compagnie d’avoir une éternelle reconnaissance de ce bienfait et de la témoigner souvent à cette bonne dame et à ses successeurs ! Car, quoiqu’elle l’ait fait pour l’amour de Dieu et de la reine, vous ne lui en restez pas moins obligés, puisque c’est vous qui jouissez de l’effet de ses bontés. Si ceci m’a consolé beaucoup, comme il a fait, je vous laisse à penser combien je le suis de la nouvelle que vous me dites de la bénédiction

Lettre 1796. — L. s. — Dossier de Pologne, original

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que Dieu donne aux armes du roi, et de la retraite des Moscovites. Je prie incessamment Notre-Seigneur qu’il bénisse de plus en plus ce royaume-là et toutes les conduites du roi et de la reine. Je ne puis vous exprimer les tendresses avec lesquelles je vous dis ceci

Mon Dieu ! Monsieur, que nous sommes obligés à l’ardeur du zèle de Monsieur de Fleury pour l’extension de la compagnie ! Au nom de Dieu, Monsieur, remerciez-l’en en mon nom, et représentez-lui, avec le respect et la soumission que vous lui devez, si ce n’est pas trop entreprendre que de s’offrir à servir dans le collège dont vous me parlez, et qu’il semble que c’est assez de travailler, pour le moins au commencement, à la mission de la campagne et à un séminaire dans la ville. La nature fait prendre des racines profondes aux arbres avant que de leur faire porter du fruit, et cela même elle le fait peu à peu. Notre-Seigneur en a usé de la sorte en sa mission, ayant mené une vie cachée un fort long temps. avant que de se manifester et de s’employer aux œuvres de notre rédemption. Vous lui représenterez cela, s’il vous plaît, le plus doucement et humblement que vous pourrez ; car après tout il faut se soumettre aux lumières que Notre-Seigneur lui donnera.

Vous lui ferez, s’il vous plaît, un renouvellement des offres de mon obéissance et saluerez votre chère famille de ma part, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Nous n’avons point de nouvelles de deçà, touchant la compagnie, qui méritent de vous être écrites, sinon la continuation de la maladie de Monsieur du Chesne à

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Agde et de toute sa famille, et celle de notre frère Ducournau ici. Je les recommande à vos prières.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1797. — A LA SŒUR JEANNE DE LA CROIX, SUPéRIEURE,

A CERQUEUX (1)

13 novembre 1654.

Ma chère Sœur

J’ai une joie sensible de lire votre lettre, parce qu’elle est votre lettre et que vous savez que Notre-Seigneur m’a donné de l’estime pour vous et pour vos conduites. Je vous en remercie très humblement, comme aussi de l’offre que vous me faites de votre cidre, lequel nous achèterions volontiers, s’il était plus proche d’ici ; et puis je pense que vous n’avez point d’autre bien que celui-là pour vous entretenir. Si Notre-Seigneur estime beaucoup la dragme que mit la veuve de l’évangile dans le tronc, je vous assure, ma Sœur, que j’estime l’offre que vous me faites plus que beaucoup de biens que d’autres personnes pourraient nous offrir, parce que je sais que cela procède d’un fond de votre parfaite charité ; ce qui fait que je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre récompense et qu’il bénisse vos travaux, qui ne sont pas petits, mais bien grands et bien méritoires devant Dieu. Continuez donc, ma chère Sœur, le soin de vos malades et de vos petites filles, en union du soin que Notre-Seigneur a eu des malades et des petits enfants, qu’il a tant recommandés. La vie est courte, la récompense est grande, et

Lettre 1797. — Registre intitulé : Recueil de piétés relatives aux Filles de la Charité, p. 651. (Arch. des Filles de la Charité.)

1) Localité de l’arrondissement de Lisieux (Calvados).

-220 -

moi, ma chère Sœur, je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1798. — A UN ECCLéSIASTIQUE

Il parait bien que l’esprit de Dieu a répandu abondamment ses grâces en votre aimable cœur et que le zèle et la charité y ont jeté de profondes racines, puisque rien n’est capable de vous rebuter du dessein que vous avez conçu de procurer la plus grande gloire de Dieu, pour le présent et pour l’avenir, dans votre bénéfice (1) Plaise à sa divine bonté, Monsieur, de seconder vos saintes intentions et de leur donner un heureux accomplissement ! Je vous remercie de toutes les affections de mon âme, de la patience que vous avez pour nous, qui n’avons pu recevoir l’honneur et les biens que vous nous avez offerts et qui n’aurions pu non plus répondre à votre attente. J’espère, Monsieur, que vous trouverez en d’autres la satisfaction entière. Je ne vois pourtant pas bien où vous pouvez vous adresser, parce que je doute si Messieurs de Saint-Sulpice ou Messieurs de Saint-Nicolas-du-Chardonnet voudront vous donner des prêtres. Ce sont deux saintes communautés qui font de grands biens dans l’église et qui étendent beaucoup les fruits de leurs travaux ; mais la première, ayant pour fin les séminaires, ne s’établit pour l’ordinaire que dans les villes principales ; et la seconde, étant fort occupée dans un grand nombre de saints emplois auxquels elle s’applique pour

Lettre 1798. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XI, sect. V, p 149

1). En Anjou.

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le service de l’église, ne pourra peut-être pas vous fournir sitôt les ouvriers que vous demandez.. J’estime néanmoins que vous ferez bien de leur en faire la proposition, étant toutes deux plus propres et plus capables que nous pour commencer et perfectionner cette bonne œuvre que vous avez tant à cœur.

1799. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 14 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier tout au soir une de vos lettres, laquelle je n’ai point pu voir encore, si fait bien celle que j’ai reçue par la sœur Marie. Je vous ferai réponse à l’une et à l’autre par le premier ordinaire, comme aussi à Monsieur Coglée, lequel recevra par cet ordinaire une lettre de Monsieur Berthe.

La sœur qui doit aller remplir la place de la sœur Marie à Sedan est à Montmirail en Brie, d’où elle doit partir au plus tôt pour se rendre à Reims, qui en est à quatorze lieues, et de là à Sedan. Je ne crois pas qu’elle puisse aller par ce premier coche ; mais j’espère que ce sera par le second. Cependant, Monsieur, vous encouragerez la sœur qui est restée à Sedan de supporter le fardeau du mieux qu’elle pourra, en attendant

Toute la famille est toujours en même état ici ; il n’y a que notre frère Ducournau, qui a toujours beaucoup de peine à se ravoir. Je le recommande à vos prières, comme aussi Monsieur du Chesne, que l’on me mande être en

Lettre 1799 — L. s. — Dossier de Turin, original.

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danger de la vie à Agde, où il est malade ; et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je salue très humblement Monsieur Lucas et le reste de votre famille, et me recommande à leurs prières (1).

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

1800. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Ce lundi 16 novembre 1651] (1)

Mon très honoré Père,

La bonne sœur Marie (2 de Sedan nous quitta après dînée et sans nous dire adieu. Elle a emporté son paquet. Je crains qu’elle parte demain pour s’en retourner à Sedan ; et peut-être la treuverait-on au coche, si votre charité treuvait bon d’y envoyer. Je crains que, quand nos sœurs iraient qu’elles n’eussent pas assez de force pour la retenir. Au moins, mon très honoré Père, je pense qu’il serait nécessaire d’écrire au plus tôt à Sedan pour donner avis de ce que l’on aura à faire si elle retourne à sa maison, car je crains qu’elle aille faire beau bruit et vendre tout ce qu’elle pourra pour faire bonne somme

Voilà une lettre pour ma sœur Jeanne-Christine, à ce qu’elle puisse partir si tôt que votre charité lui ordonnera. Cela sera bien fâcheux si la sœur Marie est de retour plus tôt qu’elle.

Monsieur Ménard m’a mandé que, si votre charité lui envoie un carrosse demain, à une heure ou environ, qu’il ne manquera pas d’aller où il vous plaira. Je crois qu’il jugera bien

1) Ce post-sCriptum est de la main du saint.

Lettre 1800. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Le frère Robineau a ajouté au dos de l’original : "Novembre 1654" La comparaison de cette lettre avec les lettres 1799 et 1801 permet de préciser le jour.

2). Marie Joly.

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mieux du malade, s’il le voit au lit que levé ; ce qu’il pourrait peut-être faire aux Bons-Enfants pourvu que le carrosse et la longueur du chemin ne lui puissent faire de mal.

Si j’avais prévu ce qui est arrivé de la sœur. Marie, je l’aurais pu empêcher, la mettant en retraite. Je suis toujours cause de quelque mal C’était la résolution pour demain. J’ai bien besoin que votre charité pense à me donner quelque puissant remède pour me tirer de mes endurcissement et m’aider à être effectivement, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante.

L. DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

1801. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 18 novembre 16541.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai été prié par Monseigneur l’évêque de Montauban (1) de vous écrire, à l’effet de vous prier, Monsieur, d’avoir agréable d’envoyer notre frère Sirven à l’abbaye de Belval (2), laquelle lui appartient, pour s’informer du contenu au mémoire ci-inclus que je vous envoie. Vous donnerez charge à notredit frère de faire un mémoire, le plus exact qu’il lui sera possible, de l’état des choses, et nous l’enverrez ici, s’il vous plaît, afin de le faire voir à mondit seigneur de Montauban.

La sœur Jeanne-Christine, qui est destinée pour Sedan, est à Montmirail, et lui écris qu’elle s’en aille a Reims, pour de là passer à Sedan. J’espère qu’elle y arrivera par le premier coche de Sedan qui retournera

Lettre 1801 — L s — Dossier de Turin, original

1) Pierre de Bertier (1652-1674).

2) Belval-Bois-des-Dames, commune de l’arrondissement de Vouziers (Ardennes).

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d’ici, lequel la prendra à Reims en passant ; c’est une fort bonne et vertueuse fille.

Quant à la sœur Marie, elle est arrivée ici depuis quelques jours et m’a rendu la vôtre. Cette pauvre fille a été tentée de s’en retourner à Sedan ; elle est sortie de chez Mademoiselle Le Gras quelques jours après son arrivée, sans permission, ni sans dire où elle allait ; néanmoins elle est revenue par elle-même. Elle est de présent en retraite ; mais comme c’est un esprit fort léger, il est à craindre que la tentation de retourner à Sedan ne la reprenne. c’est pourquoi, Monsieur, j’ai pensé vous devoir prier qu’en cas qu’elle s’y en retournât, de l’en faire sortir au plus tôt, voire même de faire en sorte, si faire se peut, qu’elle n’entre point dans la ville. Je vous supplie, Monsieur, de ne point parler d’elle à personne du monde et de ce que je vous en dis. Si nous voyons qu’elle persévère après sa retraite dans la même tentation, et qu’il y ait plus grand sujet d’appréhender son retour, je vous en donnerai avis. Cependant je me recommande à vos prières, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

1802. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 20 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1802. — L,. s — Dossier de la sœur Hains, original.

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Enfin, Monsieur, il a plu à Dieu de disposer de feu Monsieur du Chesne, à ce que m’a écrit Monsieur le grand vicaire d’Agde, et non encore Monsieur Mugnier. Je ne le recommande point à vos prières ; je suis trop assuré que vous le ferez ; je vous fais seulement ressouvenir que chaque prêtre doit trois messes pour les défunts de la compagnie, et nos frères une communion et un rosaire.

J’ai prié Monsieur Abelly (1) d’écrire à Agde à Messieurs les grands vicaires, à ce qu’ils s’emploient vers Monseigneur l’évêque (2) pour faire changer de lieu à la petite famille. Nous verrons. Cependant je suis toujours en peine de l’indisposition des autres et ne sais pas même si Monsieur Mugnier n’est pas tombé malade lui-même. Ce qui m’en fait douter, c’est qu’il ne m’a point écrit à ce voyage et que Monsieur le grand vicaire me mande qu’il a assisté notre cher défunt à la mort, et, si je ne me trompe, il dit qu’il était tout seul. Si cela est, ô Monsieur, quelle désolation ! Monsieur Champion aurait-il bien la charité d’aller visiter cette famille affligée, au cas que vous n’ayez point avis différent de celui que je vous dis, ou contraire ? Je le salue très humblement.

Si Monsieur Levasseur, qui est parti de Gênes pour Cahors, est encore à Marseille, je vous prie de lui donner les adresses qu’il faudra pour son voyage, soit par mer jusques à Narbonne, ou par terre, avec quelque compagnie, s’il s’en trouve.

Je ne vous envoie point encore notre lettre de change pour Barbarie ; ce sera par le prochain courrier. Je vous en envoie une de Monsieur Simonnet, adressante à Messieurs Louis et Jean Napollon, de la somme de neuf cent

1) Abelly avait connu intimement les grands vicaires quand il était lui-même vicaire général de François Fouquet à Bayonne

2) François Fouquet.

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cinquante livres, que vous recevrez et enverrez à la première occasion sûre à Monsieur Barreau, consul d’Alger, pour délivrer les pauvres esclaves dont je vous enverrai le nom ; et en attendant, je vous envoie la lettre de Monsieur le curé du Havre-de-Grâce (3), que vous enverrez, s’il vous plaît, à mondit sieur le consul, afin qu’il voie l’intention de mondit sieur le curé du Havre-de-Grâce, qui a fait délivrer cet argent en cette ville.

Le mari de la femme esclave pour laquelle vous avez envoyé ces 1530 livres à Tunis, est parti de cette ville pour l’aller attendre à Marseille

Monsieur Lebel, notre procureur, vous adresse une lettre pour Monsieur Desbrosses sur le sujet de son affaire. Je pense qu’il lui fait mention d’argent. S’il vous prie de m’écrire de l’avancer, vous lui pourrez faire sentir qu’il sera bon qu’il l’envoie lui-même par lettre de change à cause de l’incommodité en laquelle nous sommes, joint que son affaire presse.

Je vous envoie trois lettres pour des esclaves ; je vous prie de les envoyer à leur adresse et de m’offrir à Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission, à Marseille.

3) Nicolas Gimart, docteur en théologie (1649-1655).

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1803. — A CHARLES OZENNE. SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 20 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous me donnez toujours nouveaux sujets de remercier Dieu par toutes les choses que vous m’écrivez. Ce que vous me dites des royales bontés de la reine pour votre famille m’attendrit si fort le cœur qu’il n’y a que Notre-Seigneur seul qui le vous puisse faire reconnaître. O Monsieur, que je prie Dieu, et de bon cœur, qu’il sanctifie de plus en plus l’âme de Sa Majesté ! Je vous supplie, Monsieur, de lui en témoigner grande reconnaissance en tous les rencontres et de faire en sorte que votre chère famille en fasse de même et en présence et en absence, et que, comme Sa Majesté redouble ses bontés toutes royales vers la famille, qu’elle redouble aussi ses prières vers la bonté de Dieu, à ce qu’il conserve le roi, bénisse ses armes et lui donne la victoire contre les ennemis de son état.

Je me console dans la pensée de la mission que vous deviez commencer à la Toussaint, et souhaite bien fort d’en apprendre le succès et la réponse que vous aura faite Monsieur l’ambassadeur de Suède (1)

Je suis bien consolé de l’application de Messieurs Durand, Eveillard et Simon à la langue polonaise et du progrès qu’ils y font. Je vous prie de les en congratuler de ma part, et Monsieur Duperroy de ce qu’il s’y est appliqué en sorte qu’il fait maintenant le catéchisme en

Lettre 1803. - — L. s. — Dossier de Pologne, original

1) Le baron d’Avaugour.

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polonais, à ce que l’on me mande. Je vous prie, Monsieur, de les embrasser tous de ma part et de leur recommander de demander à Dieu le don des langues, comme font les Pères jésuites qui vont aux pays étrangers et qui reçoivent tant de grâces de Dieu qu’ils apprennent les langues des pays où ils sont envoyés, avec tant de facilité.

Je suis en peine de ce que vous me dites des Filles de la Charité, qu’elles ont donné sujet de penser qu’elles désirent être plus proprement qu’elles ne sont, soit au vêtir, soit au coucher, et en choses semblables. Je vous prie, Monsieur, de travailler à ce qu’elles s’établissent dans la pratique d’une parfaite pauvreté, humilité et mortification, et de les aider à cela. Quant à la difficulté que l’on fait qu’aucune d’elles soit capable de diriger les autres, je vous dirai, Monsieur, qu’il y a longtemps que je pense à cet affaire, et que j’ai mis en question savoir quelle direction sera la meilleure, soit une de la même compagnie, ou celle des dames de la Charité, ou de quelqu’une d’entre lesdites dames. Or il m’a paru difficulté en l’une et en l’autre manières : en la première, qui est celle d’une Fille de la Charité, à cause de leur simplicité ; à l’égard des dames en général, à cause de la diversité des esprits qui s’y rencontrent ; et pour une d’entre lesdites dames, elle ne pourra pas continuer l’esprit que Notre-Seigneur a mis en ladite compagnie, pour ne l’avoir pas reçu elle-même (2). De sorte que, toutes choses pesées et considérées, nous avons estimé de faire de la terre le fossé, c’est-à-dire de faire choix, à la pluralité des voix, de celle que la compagnie

2.) Le saint a modifié la phrase écrite par son secrétaire ; les mots "sera la meilleure", "leur simplicité", "en ladite compagnie sont de sa main.

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jugera être la plus propre d’icelle à cet effet, laquelle étant aidée et dirigée par le supérieur général de la compagnie, il y a sujet d’espérer que Dieu bénira la chose et qu’il s’en constituera lui-même le directeur ; ce qui semble absolument nécessaire, à cause de l’extension de leur (3) compagnie en quantité d’endroits de ce royaume ; que ce sont ces raisons et beaucoup d’autres (4) que je vous rapporte brièvement et confusément, qui ont fait qu’en suite de beaucoup de prières et de conseils qu’on a pris, et d’assemblées que l’on a faites pour cela, l’on a estimé qu’il valait mieux élire une Fille de la Charité pour diriger les autres, de l’avis que j’ai dit, que d’en donner la conduite à d’autres personnes qui ne sont pas du corps. Je vous en dirai les raisons une autre fois que j’aurai plus de loisir, et vous pourrez cependant dire ceci en temps et lieux opportuns aux personnes de delà qui ont quelque sentiment contraire ; et cependant vous ferez votre possible d’établir ces filles (5) de plus en plus dans de solides vertus, notamment en celles que je vous ai dites, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

1804. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Enfin, Monsieur, il faut aller à Dieu per infamiam

3) Mot écrit de la main du saint.

4) Ces trois derniers mots sont de l’écriture du saint,

5) Le saint a écrit les mots "ces filles" de sa propre main.

Lettre 1804. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXII, P. 324.

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et bonam famam, et sa divine bonté nous fait miséricorde quand il lui plaît permettre que nous tombions dans le blâme et dans le mépris public. Je ne doute pas que vous n’ayez reçu en patience la confusion qui vous revient de ce qui s’est passé. Si la gloire du monde n’est qu’une fumée, le contraire est un bien solide, quand il est pris comme il faut ; et j’espère qu’il nous reviendra un grand bien de cette humiliation. Dieu nous en fasse la grâce et veuille nous en envoyer tant d’autres que par icelles nous puissions mériter de lui être plus agréables !

1805. — A DOMINIQUE LHUILLIER, PRêTRE DE LA MISSION, A CRéCY (1)

De Paris, ce 22 novembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La lettre que je vous ai écrite est faite, ce me semble, d’une manière qu’elle ne peut donner sujet à Madame (2) de s’en fâcher, ni de vous faire les questions que vous craignez. Je vous prie donc de la lui montrer, car elle est faite exprès, et d’observer ce qu’elle vous dira, pour me le mander ; et en cas qu’elle vous demande des choses à quoi vous ne puissiez pas répondre, dites-lui que vous m’en écrirez. Il faut agir simplement avec elle sans

Lettre 1805. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original ! chez M. Hains à Marseille

1) Dominique Lhuillier, né à Barizey-au-Plain (Meurthe), entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 11 juillet 1651, à l’âge de trente-deux ans, reçu aux vœux le 5 mai 1659, missionnaire à Crécy de 1654 à 1660, mort à Toulon.

2). Vraisemblablement Madame de Lorthon

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se former des doutes et ces difficultés qui peut-être n’arriveront pas. Mais, au reste, votre crainte procède d’un bon fonds, et votre circonspection est louable. Je remercie Notre-Seigneur de la part qu’il vous a donnée à sa sagesse, et je le prie qu’il vous continue et augmente ses grâces.

Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

1806. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

[Novembre 1654] (1)

Il a plu à Dieu de disposer de Monsieur du Chesne, après une grande maladie qu’il a eue à Agde, où il est mort. O Monsieur, quelle perte pour la compagnie ! Mais quoi ! il nous faut soumettre au bon plaisir de Dieu, qui l’a voulu ainsi. Nous fîmes hier au soir la conférence sur son sujet, où il n’y eut que trois frères qui parlèrent, qui nous rapportèrent tant d’actes de vertu qu’ils avaient remarqués en lui, que la compagnie en fut aussi touchée que je l’aie jamais vue. Ce n’étaient que soupirs, et je vous assure que j’eus grande peine à retenir mes larmes. Ils nous dirent des merveilles de sa dévotion, de son zèle au salut des âmes, de ses grandes mortifications, de son humilité, de sa candeur, de sa douceur et de toutes les vertus qui rendent estimable un vrai missionnaire. O Monsieur, que nous avons perdu ! Je ne le recommande pas à vos prières ; je suis assuré que vous ne l’oublierez pas.

Lettre 1806. — Manuscrit de Lyon.

1) Cette lettre est a rapprocher de la lettre 1802.

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1807. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 27 novembre 1654.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre du 29e du passé, qui m’a beaucoup consolé par la nouvelle qu’elle me donne que Messieurs Desdames, Zelazewski et Duperroy ont commencé la mission avec bénédiction. Oui certes, Monsieur, cette consolation a porté jusques au fond de mon cœur, et me donne sujet de rendre grâces à Dieu de celle qu’il fait à la compagnie de bénir ainsi ses travaux, et de le prier qu’il la bénisse de plus eh plus, et vos conduites aussi.

Mais ce qui m’a affligé supra modum, c’est la chute de ce pauvre frère (1), que je prie Dieu qu’il pardonne et lui fasse la grâce de se retirer de l’état où il est et de le ramener ici.

Est-il possible, Monsieur, que ces bons Pères nous traitent de la sorte que vous dites ? J’ai peine à le croire ; mais, quand cela serait, je vous prie, et la compagnie avec vous, de deux choses : la première est de n’en point parler ni s’en plaindre à qui que ce soit ; ce serait encore pis ; et il faut vincere in bono malum, qui est à dire que vous ne laisserez point de les visiter comme auparavant en tous rencontres, comme aussi de les servir, s’il plaît à Dieu vous en donner l’occasion. Ces pratiques sont selon Dieu et la véritable sagesse, et le contraire de cela fait mille mauvais effets. Je pense que vous ferez bien de faire une conférence sur cela

Lettre 1807. — L. s. - Dossier de Pologne, original.

1) Le frère Posny.

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sans les nommer, dont le premier point pourra être des raisons qu’a la compagnie de se donner à Dieu pour ne se jamais plaindre, ains de parler avantageusement et de servir ceux qui disent ou font quelque chose contre elle ; au second point, l’on dira les inconvénients qui pourraient arriver du contraire ; et au troisième, les moyens qu’il faut prendre pour se bien établir dans cette pratique.

Nous tâcherons de vous envoyer les deux frères que vous demandez, avec les Filles de la Charité.

Mon Dieu ! Monsieur, que je suis affligé de l’incursion des Cosaques ! J’espère de la bonté de Dieu et de tant de bonnes et saintes œuvres que font le roi et la reine, qu’il les fera triompher des ennemis de Dieu et des leurs ; et c’est ce que je demande à sa divine bonté, en l’amour de laquelle je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je salue la compagnie, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres (2),

Suscription : Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission de Varsovie, à Varsovie.

1808. — A NICOLAS DEMONCHY, SUPéRIEUR, A TOUL

28 novembre 1654.

Mais, Monsieur, que ferons-nous de ces deux cures qui vous empêchent si fort dans vos fonctions de la campagne ?

Lettre 1807. — L. s. - Dossier de Pologne, original.

1) Le frère Posny.

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Pouvez-vous point trouver quelques bons vicaires ? Celle de la ville pourra nourrir son homme ; et pour celle d’Ecrouves (1), j’aime mieux que Saint-Lazare donne cent livres pendant quelques années, que de vous voir dans la peine où vous êtes. Je vous prie d’y penser. Vous ne laisserez pas d’y aller donner des prédications parfois et de visiter les malades.

1809. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 28e novembre 1654.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La sœur Marie est à présent résolue de ne plus songer à Sedan. Je ne sais pas si elle continuera dans sa résolution. Je prie Notre-Seigneur qu’il lui en fasse la grâce.

Je suis beaucoup consolé du procédé de Monsieur le marquis de Fabert à votre égard ; je prie notre bon Dieu qu’il ait agréable de lui rendre au centuple.

Je vous dirai, Monsieur, que je n’oublie pas à penser à vous pour le secours que vous demandez pour votre école, et que je suis à présent sur le doute, lequel, de deux que j’ai dans l’esprit, celui que je vous enverrai ; toujours espéré-je que l’un ou l’autre partira au premier jour, Dieu aidant.

J’écrirai à Monsieur Regnault sur ce que vous m’en dites et suis bien aise que vous ayez envoyé notre frère Sirven à Belval, à cause que Monseigneur l’évêque de Montauban a beaucoup de confiance en lui. J’attends le

1) Localité située près de Toul.

Lettre 1809 — L. s. — Dossier de Turin, original.

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résultat de son voyage, afin de l’envoyer à mondit seigneur.

J’ai envoyé à Monsieur Blatiron les lettres de Monseigneur le cardinal de Gênes, et celle qui l’accompagne pour Monsieur le duc. Il a plu à Dieu de disposer de feu Monsieur du Chesne à Agde ; ce fut le troisième du courant que Notre-Seigneur l’appela à soi, après une longue et fâcheuse maladie. Vous savez que la compagnie a coutume de dire, savoir les prêtres, chacun trois messes, et les frères doivent communier une fois et offrir un rosaire ; j’espère que vous tiendrez la main à ce que cela soit fait. Je ne sache rien autre chose à vous mander pour le présent, sinon que j’embrasse le bon Monsieur Lucas et toute la petite famille, prosterné que je suis en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je vous supplie d’envoyer ici un certificat conformément au mémoire ci-inclus. Voici une lettre de Monsieur Blatiron que je vous envoie, et une autre du petit Raggio.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

1810. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 4e décembre 1654

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 1810. — L s. — Dossier de Pologne, original.

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J’ai grande joie de la mission que nos missionnaires viennent de faire ; mais cette joie sera accomplie (1) lorsque j’aurai vu en détail les fruits qui y ont été faits, par le moyen de la lettre de M. Desdames, que je n’ai point encore reçue, encore bien que vous me disiez qu’il m’en envoie une.

Je loue Dieu de ce que le bon Monsieur de Fleury a pris la conduite des filles de Sainte-Marie, mais je suis en peine de ce que vous me dites des Filles de la Charité et de ce que la sœur Marguerite (2) ne revient pas. il nous sera fort difficile d’en envoyer une qui ait toutes les qualités que vous me marquez par la vôtre, c’est-à-dire qui soit douce, agissante, bien considérée en ses paroles et d’un abord agréable et bien ménagère. Nous tâcherons de faire pourtant du mieux que nous pourrons. Nous en avons une dans la pensée, laquelle est fort douce et intelligente ; nous verrons à quel point et si elle a les autres qualités approchantes de celles que vous me marquez ci-dessus (3).

Nous aurons soin de recommander aux filles le petit chien dont Mademoiselle de Villiers écrit à Mademoiselle Le Gras, laquelle ne lui fait aujourd’hui ; elle est un peu incommodée (4).

Je loue Dieu aussi de ce que cette bonne dame dont vous me parlez vous a accordé l’original de l’érection de Sainte-Croix ; mais je suis bien affligé de ce que vous

1). Accomplie, complète.

2). Marguerite * Moreau

3). Première rédaction : "..et intelligente, laquelle nous mettrons peine d’envoyer ; elle a aussi les autres qualités approchantes. de celles que ci-dessus." Saint Vincent a écrit de sa main les mots : verrons à quel point, que vous me marquez, et rayé ceux qui ne se trouvent pas dans le texte définitif.

4). Le saint a écrit ces derniers mots de sa main, depuis laquelle ne fut fait.

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me dites, que les Moscovites avancent de la sorte. J’espère pourtant que le bon Dieu aura égard aux grands biens que le roi et la reine font à son église, et qu’il rendra Leurs Majestés victorieuses des ennemis de leur état, et c’est de quoi nous le prions fort souvent avec grande tendresse (5), Nous tâcherons aussi de vous envoyer deux frères, tels que vous les demandez, et les chapeaux (6) dont vous avez besoin. Toute la famille d’ici va toujours à son ordinaire ; je la recommande à vos bonnes prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’embrasse la compagnie, prosterné en esprit à ses pieds, et me recommande à ses prières (7).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1811. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce vendredi. [Décembre 1654] (1)

Mon très honoré Père.

Votre charité ne m’a point, ce me semble, donné résolution si, envoyant le livre et la lettre à ma sœur Jeanne Lepeintre,

5) Ces mots, depuis et c’est de quoi sont de la main du saint.

6). Première rédaction : "avec la douzaine de chapeaux". le saint a biffé ces mots et écrit de sa main et les chapeaux.

7). Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 1811. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date ajoutée au dos de l’original par le frère Robineau.

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je lui dirais quelques mots d’avis sur la manière dont l’on doit agir quand l’on écrit à ses connaissances ; c’est ce qui m’a fait lui écrire en cette sorte et envoyer la lettre à votre charité, : afin que, si elle juge à propos de l’envoyer, ce puisse être demain samedi.

Madame de Chas désire fort et presse d’avoir réponse, néanmoins notre sœur Marie (2) a été fidèle et n’y a point été mais elle a toujours le désir de son retour, quoique quelquefois elle tâche de le modérer et moi d’attendre en paix le temps de ma petite retraite, ayant besoin de vous parler avant que Dieu me fasse cette grâce, que je souhaite de tout mon cœur, et votre bénédiction, que je demande à votre charité, comme étant, mon très honoré Père votre très humble et très obligée fille et servante.

L. DE MARILLAC

Suscription : A Monsieur. Monsieur Vincent.

1812. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 5e décembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! J’ai reçu votre lettre touchant l’abbaye de Belval, avec le mémoire qui l’accompagnait. Je loue Dieu de ce que vous avez si exactement et judicieusement satisfait à l’intention de Monseigneur de Montauban, auquel j’enverrai votre lettre avec ledit mémoire en Languedoc, où il s’en va pour y assister aux états de cette province-là.

Voici enfin la sœur Jeanne-Christine qui s’en va par ce coche ici ; vous lui donnerez, s’il vous plaît, Monsieur, les avis nécessaires pour bien faire l’œuvre que Notre-Seigneur lui met en main, pour le meilleur ordre et assistance des pauvres malades, et vous supplie d’ôter de

2) Marie Joly.

Lettre 1812. — L s. — Dossier de Turin, original.

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chez elle le petit garçon qu’elles ont élevé, et de voir si vous pourrez trouver quelque lieu ou le pouvoir mettre. J’en parlai hier à l’assemblée, mais l’on se trouva empêché de le faire venir ici, à cause qu’il il n’y a pas de drapiers drapant Si pourtant vous ne trouvez point de maître de delà où le placer, nous tâcherons de faire de deçà ce que nous pourrons pour lui trouver quelque place

Le petit Raggio a un peu mal au pied ; cela lui étant arrivé à l’occasion du froid, qui est plus rude ici qu’en Italie, nous avons jugé à propos de le faire venir ici à notre infirmerie, afin d’en avoir un soin plus particulier, et il y est à l’heure où je vous écris la présente

Toute la. famille d’ici va toujours à l’ordinaire ; je la recommande à vos prières, et particulièrement notre séminaire, qui, par la grâce de Dieu, commence à être bien peuplé.

J’ai envoyé à Gênes les lettres que vous m’avez adressées, et à vous, Monsieur, un petit billet de quelques personnes y nommées qui me pressent pour avoir de vous un certificat comme ils ont fait abjuration de l’hérésie, lequel je vous supplie de m’envoyer au plus tôt, et qui suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Sedan.

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1813. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[Fin de 1654] (1).

Mon très honoré Père

J’ai grand besoin que notre bon Dieu vous donne un peu de temps pour exercer votre charité sur mes besoins.

Je vous remercie très humblement du billet que vous avez pris la peine m’envoyer ce matin et de tous vos autres bienfaits.

Je crois que le bon frère Pascal vous aura dit que je ne sais point de voie pour donner réponse entre ici et mardi à Monseigneur Delahodde (2) et propose si j’enverrais sa lettre à Madame la présidente de Nesmond ; mais depuis, il m’est venu en pensée s’il ne serait pas à-propos de le laisser disposer entièrement du retour de nos sœurs, croyant qu’infailliblement il les reverra dès mardi, ainsi qu’il propose ; néanmoins il y a aussi à craindre qu’il ne le fasse pas sans nouvelles, ou même que nos sœurs ne veuillent pas venir sans ordre (3). J’attends celui que votre charité me donnera, que je suivrai comme étant, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent

Lettre 1813. — L. a. — Dossier des Filles de ! a Charité, original.

1) Voir note 3.

2). Aumônier du château de Chantilly

3). L’éloignement des sœurs, s’il eut lieu, ne fut que momentané. Il faut l’attribuer, croyons-nous, à l’abandon dans lequel les laissait leur fondateur et bienfaiteur. Elles durent emprunter pour vivre en 1653 et 1654. Dans un mémoire écrit de la main de Louise de Marillac en novembre 1654 sous ce titre Mémoires pour les Filles de la Charité de Chantilly, nous lisons ces mots : "Est dû le loyer de leur logement depuis quatre années, qui écherront à la S. Martin prochain, venant à raison de trente-six livres par an, pour laquelle dette les meubles sont saisis et proches de vendre." (Pensées de Louise de Marillac, p. 194.)

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1814. - A LOUISE DE MARILLAC

[Fin de 1654] (1)

Je ferai tout mon possible de vous voir demain, Dieu aidant. Je pense qu’il est bon que j’envoie un de nos frères à M. de la Hogue (2), avec le billet que voici. Dites m’en votre sentiment et écrivez, s’il vous plaît, à nos sœurs qu’elles s’en viennent jusques ici dès mardi, ou à la première commodité que vous prierez M. de la Hogue de leur adresser.

J’espère aller cette après-dînée visiter les dames de la Charité de cette petite paroisse de Saint-Marceau (2), où ce bon œuvre (4) s’en va tomber à terre, s’il n’est un peu soutenu. Si vous avez un livre imprimé, je vous prie de me l’envoyer et de m’excuser de ce que je ne vous ai pu voir plus tôt.

1815. — A FIRMIN GET

De Paris, ce onzième décembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu des bénédictions qu’il plaît à sa bonté de donner à toutes vos conduites, qui vont bien encore au-delà de ce que vous m’en écrivez par vos lettres, à ce que

Lettre 1814. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle elle a été écrite.

2.) C’est ainsi que saint Vincent écrit le nom de M. Delahodde.

3) Aujourd’hui Saint-Marcel

4) La confrérie de la Charité.

Lettre 1815. — L. s. — Original à Marseille chez les Filles de la Charité de la rue Vincent-Leblanc, 22.

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je puis apprendre de ceux qui sont venus de vos quartiers ; ce qui me donne une consolation telle que je ne la vous puis exprimer.

Je suis bien aise du voyage que vous me dites que vous allez faire avec un de Messieurs les administrateurs, au sujet des pauvres forçats qui tombent malades sur les galères, et serai bien réjoui ou qu’ils soient conduits à l’hôpital de Marseille, à mesure qu’ils tomberont malades, ou qu’il y ait quelque lieu dans Toulon où ils puissent être mis, afin d’être mieux assistés et secourus. Pour le premier, je vous dirai que je doute fort que Monsieur de La Ferrière le veuille accorder, pour la crainte qu’il pourra avoir qu’en les menant et ramenant de Toulon à Marseille et de Marseille à Toulon, ils ne s’échappent.

Dieu soit loué de ce que vous avez ainsi témoigné tant de charité envers notre petite famille d’Agde affligée et de l’offre que vous avez faite au bon Monsieur Mugnier de recevoir à Marseille un de leurs malades, en cas qu’il lui plût de vous en envoyer quelqu’un ! Je prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable de conserver cet esprit à ceux de la compagnie qui l’ont déjà, et qu’à ceux qui ne l’ont pas il le leur veuille communiquer par sa sainte grâce.

Pour le regard du paquet de drogues que Monsieur Blatiron vous a adressé, vous pourrez le donner à quelque roulier ou l’envoyer par quelque autre voie sûre que vous trouverez, et l’adresser à Monsieur Delaforcade à Lyon, qui nous le pourra envoyer par le coche, et ainsi il coûtera fort peu de port.

Je pense que Monsieur Lebel, procureur de Monsieur Desbrosses, s’ennuie un peu de ne point recevoir de ses nouvelles touchant son affaire ; je vous supplie de l’en faire souvenir ; la chose presse.

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N’ayant point pu encore par cet ordinaire vous envoyer les dix-huit cents livres que je vous avais fait espérer pour nos missionnaires de Barbarie, je vous supplie, Monsieur, de les tirer à change (1) sur nous, la présente reçue, à dix jours de vue, et d’en envoyer, savoir à ceux de Tunis huit cents livres, et à ceux d’Alger mille livres. Et voilà, Monsieur, tout ce que j’ai à vous mander pour le présent, ce me semble, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission de Marseille, à Marseille.

1816. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 16 décembre 1654.

Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier votre paquet ; j’aurai de la peine à répondre à chacun de vos articles, parce que je n’ai point votre lettre, que j’ai donnée à notre frère Robineau, qui est présentement en ville. Oh ! je me souviens que vous me parlez par la vôtre de la sœur de la Charité, de quantité de malades que vous avez à la ville, du besoin que vous avez que les dames continuent leur charité, de l’argent dont vous avez besoin et enfin de Monsieur Regnault.

1) Les mots à change sont de la main du saint

Lettre 1816. — L. s. — Dossier de Turin, original

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Or je vous dirai, Monsieur, que je suis en peine de ce que Jeanne-Christine, sœur de la Charité, n’est point encore arrivée et vous prie de me le mander, dès qu’elle le sera. Mademoiselle Santeuil m’a écrit pour leur renvoyer la sœur Marie ; mais il n’est point convenable. C’est une maxime de cette compagnie de changer souvent les filles, elles se gâtent autrement en s’attachant en certains lieux et à certaines personnes ; et l’on n’en donne point depuis quelques années, si ce n’est à cette condition-là ; et puis la cour n’a pas été bien édifiée de sa conduite. Je lui ferai réponse au 1er jour, et ferai ce que je pourrai envers les dames, à ce qu’elles continuent la charité qu’elles ont commencée vers vos pauvres de Sedan ; mais je vous avoue que je crains bien que cette compagnie ne s’anéantisse faute de fonds pour continuer, les bourses charitables étant quasi épuisées.

Vous prendrez mille livres de delà, s’il vous plaît, de quelque marchand pour votre maison, et nous les rendrons à douze jours de vue de la lettre de change.

Je vous prie de dire à Monsieur Regnault que je le prie de s’en revenir et d’être ici au commencement de l’année et de donner tellement ordre aux affaires de sa bonne mère qu’elle puisse faire désormais ses affaires sans qu’il soit besoin qu’il y retourne ; sinon, il y a apparence qu’il ne s’aime point dans la même compagnie et qu’il aime mieux demeurer dans le monde, et qu’en ce cas-là il vaut mieux qu’il s’en retire tout à fait, dont je serais bien marri. Mais une si longue absence, tant d’allées et venues ne sont point convenables pour tout à une compagnie réglée.

Je salue votre chère famille, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres.

J’aurai l’honneur d’aller faire la révérence à Madame

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la marquise de Fabert, que je fais à Monsieur le marquis, avec toute l’humilité que je le puis.

S’il plaît à M. Coglée de nous envoyer M. son cousin (1), nous tâcherons de le servir au dehors, au cas qu’il ne se puisse accommoder dans la maison.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

1817. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 18e décembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

La vôtre du premier me console, de ce que vous avez eu la charité d’envoyer Monsieur Champion visiter la pauvre famille d’Agde. O Monsieur, que je souhaite qu’il plaise à Dieu répandre cet esprit en la compagnie !

L’on m’écrit l’arrivée de Monsieur [Levasseur] (1) à Cahors.

Je suis bien aise de ce que vous avez envoyé les six cents piastres à Alger pour le rachat de Servin et de ce que vous avez reçu les neuf cent cinquante de Monsieur le curé du Havre-de-Grâce ; mais je trouve quelque difficulté à ce que vous me dites, de retenir de l’argent de Barbarie pour subvenir aux provisions que

1) Gérald Coglée, né à Carrick (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission, en qualité de frère coadjuteur, le 5 février 1655, à l’âge de trente et un ans, reçu aux vœux le 17 mars 1660

2). La fin de cette lettre, depuis les mots "qu’elle puisse faire désormais" est de la main du saint.

Lettre 1817. — L. s — Dossier de la sœur Hains, original.

1) Le texte porte : Le Vaseux, mais il s’agit certainement de Levasseur (Cf. lettres 1792 et 1822.)

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vous demandent Messieurs Le Vacher et Messieurs les consuls, notamment à cette heure qu’ils sont si pauvres, à ce qu’ils me mandent. Je vous prie, pour le moins pour cette fois ici, de leur envoyer ce qui leur est destiné, 1.000 livres à Alger et 800 livres à Tunis.

Béni soit Dieu, Monsieur, de la disposition qu’il vous a donnée de recevoir les infirmes de la famille d’Agde ! Si Monsieur Mugnier ne vous envoie de quoi, nous suppléerons à cela, en me mandant à peu près à quoi leur dépense pourra monter.

J’ai fait rendre la lettre à Monsieur Lebel et ferai solliciter la réponse.

Voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que la compagnie va assez bien partout, par la grâce de Dieu, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission, à Marseille.

1818. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 18 décembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à Dieu de toutes les choses que vous me dites, notamment du retour du roi en peu et de la

lettre 1818 — L s — Dossier de pologne, original

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santé de la reine, et prie incessamment Notre-Seigneur qu’il les conserve.

J’ai reçu grande joie du choix que Leurs Majestés font de la personne de Monseigneur le secrétaire d’état pour l’évêché nouvellement vacant (1) et de ce que la reine se propose d’achever l’union (2) à l’arrivée de Monseigneur de Posnanie ; mais je suis en peine de ce que vous n’avez point de nouvelle de Monsieur l’ambassadeur de Suède (3). Peut-être qu’il aura recouvert (4) quelque prêtre d’ailleurs. Madame la comtesse de Brienne me fait grande instance pour y envoyer, à cause que Monsieur son fils est malade à Stockholm, sans qu’il ait pu entendre messe depuis trois mois. Au nom de Dieu, Monsieur, jetez les yeux de votre compassion sur ces pauvres catholiques qui manquent de tout secours spirituel, au cas que la reine l’agrée et que Monsieur Guillot persévère au désir que Notre-Seigneur lui a donné de l’aller servir en ce pays-là.

Voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent, et prie Dieu qu’il bénisse votre personne et votre famille, aux prières de laquelle je me recommande, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1) L’évêché de Posnanie ; il fut donné à Albert Tholibowski

2). L’union de la cure de Sainte-Croix

3) Le baron d’Avaugour.

4). Recouvert, recouvré

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1819. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce [décembre 1654] (1).

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier au soir deux de vos lettres et n’en ai pu lire qu’une, à cause de l’embarras auquel je me trouve, qui n’est pas petit ; et ne vous répondrai point à présent à toutes les deux ; ce sera par le premier courrier, celle-ci n’étant à autre fin que pour vous adresser la lettre que j’écris à Mademoiselle de Santeuil, laquelle je vous prie de lui donner, après l’avoir lue et cachetée, et de lui parler de cet affaire conformément à ce que je lui dis. Je pense que cette pauvre fille (2) n’a point l’usage de raison, et m’étonne comme cette bonne demoiselle prend part à sa passion. Je vois qu’elle est portée à cela par esprit de compassion, qui serait plus nuisible qu’avantageux à cette pauvre fille. Je vous prie de lui faire trouver bon qu’elle lui mande qu’elle n’aille point de delà, et de la renvoyer au cas qu’elle soit si téméraire d’y aller.

Je vous salue cependant, ensemble Monsieur Lucas et votre petite famille, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Sedan.

Lettre 1819. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) Cette lettre a suivi de près la lettre 1816.

2) Marie Joly.

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1820. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 24 décembre 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir présentement la vôtre du vingt six du passé, à laquelle je n’ai aucune réponse à vous faire, sinon que je suis en peine de ce que vous me dites touchant les filles de Sainte-Marie, et de la difficulté qu’elles ont au sujet de leur établissement ; néanmoins il faut espérer avec le temps que les choses iront bien (1)

Nous n’avons rien ici de nouveau qui mérite de vous être écrit ; seulement je vous dirai, Monsieur, que notre petite famille d’Agde commence à se bien porter, par la grâce de Dieu, que la maison de Troyes va toujours son petit train, que notre frère Ducournau a bien de la peine à se ravoir de sa maladie, et que notre frère Nicolas Survire (2) est un peu incommodé de quelques blessures à la tête. Je les recommande tous à vos saintes prières et de votre chère famille, que j’embrasse avec toute l’affection que je le puis, prosterné que je suis en esprit à leurs pieds et aux vôtres, et leur souhaite, et à vous aussi, Monsieur, une nouvelle grâce de Notre-Seigneur en cette nouvelle année, dans laquelle la présente

Lettre 1820. — L. s. — Dossier de Pologne, original.

1) L’histoire de la fondation de Varsovie (Bibl. Maz., ms. 2438) ne dit pas un mot de ces difficultés ; elle laisse entendre, au contraire, que les Filles de la Visitation, dotées magnifiquement par la reine et enrichies par la Diète générale des états d’une propriété qui rapportait 22.000 francs de rente, avaient largement de quoi se suffire.

2). Nicolas Survire, frère coadjuteur, né à Bayeux, entré dans la congrégation de la Mission le 11 septembre 1640 à l’âge de vingt-sept ans, reçu aux vœux le : 2 novembre 1645.

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vous trouvera, qui suis, en son amour et de sa très glorieuse Mère, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1821. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

28 décembre 1654.

Que j’ai de confusion de me voir si inutile au monde en comparaison de vous !

1822. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

De Paris, ce dernier décembre 1654

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous ai écrit par ma dernière la demande que nous fait Monsieur le marquis de Pianezze, chef du conseil de Son Altesse Royale de Savoie (1), de deux missionnaires, pour les établir à Turin. Et pource que Monsieur

Lettre 1821. — Collet op cit., t. II, p. 341.

Lettre 1822. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) Philippe-Emmanuel-Philiber-Hyacinthe de Simiane, marquis de Pianezza, avait pris part dans sa jeunesse aux guerres de Montferrat et du pays de Gênes et conquis, par sa valeur, le titre de colonel général de l’infanterie Aussi habile diplomate qu’il était vaillant guerrier, il attira sur lui les yeux de la duchesse régente Madame Christine de France, qui le prit pour son premier ministre et lui garda sa confiance durant tout le temps de la régence. L’avènement de Charles-Emmannel II ne changea rien à sa situation. Cependant le marquis de Pianezza ne se sentait pas à sa place. Il

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Le Vazeux, supérieur d’Annecy, m’a envoyé la lettre de Monsieur le premier président du sénat de Chambéry, par laquelle il lui mande que mondit sieur le marquis, au lieu de deux prêtres de la Mission, en demande six, pour être appliqués à une église du Saint-Sacrement de la ville de Turin, où il s’y est fait quelques miracles d’autres fois, sans qu’il leur soit loisible d’aller travailler à la campagne, n’excluant pas pourtant que, s’il se trouve du fonds pour en entretenir d’autres au-dessus de ce nombre-là, qu’ils ne puissent être appliqués à la campagne, ni d’y faire nos fonctions, c’est, Monsieur, ce qui m’a fait penser qu’il est expédient que vous alliez faire un voyage jusques-là, sous le bon plaisir de Monseigneur le cardinal. Il n’y a que trois journées, à ce qu’on m’a assuré, et beau chemin. C’est ce qui fait que je vous prie de prendre cette peine-là, et, étant à Turin, de demander Monsieur Tévenot, chirurgien de Son Altesse Royale, qui est fort de nos amis, ainsi qu’il vous dira ; et s’il n’y est pas, vous vous adresserez vous-même à mondit sieur le marquis, lui ferez la révérence de notre part et lui offrirez les services de la compagnie

n’avait d’autre ambition que de vivre tranquille dans une maison religieuse, loin de la cour et des affaires. Il fallut toute l’autorité d’Alexandre VII pour le décider à retarder l’exécution de son projet. Après la mort de ce Pontife, le premier ministre abandonna tous ses biens à son fils le marquis de Livorno et se retira au monastère de Saint-Pancrace. Navré de cet abandon, Charles-Emmanuel fit démarches sur démarches pour le fléchir. Comme le marquis ne voulait pas céder, il lui suggéra l’idée de rentrer à Turin et de s’y établir dans une maison religieuse de son choix, d’où il ne sortirait que lorsqu’il serait appelé à la cour pour donner son avis sur des affaires importantes. Le marquis de Pinnezza accepta la proposition. Il choisit la maison des prêtres de la Mission, qu’il avait lui-même fondée et où il mourut en juillet 1677 âgé de soixante-neuf ans. Il avait des connaissances très étendues sur toutes sortes de sujets, même sur la théologie. Il a écrit en italien un Traité de la vérité de la religion chrétienne, que le P. Bouhours. traduit en français en 1672, et en latin un opuscule pieux Pissimi in Deum affectus cordis.

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et les miens en particulier, lui direz que je vous ai prié de l’aller trouver et de lui faire entendre avec tout le respect qui vous sera possible, que vous l’allez trouver au sujet du commandement qu’il m’a fait faire de lui envoyer des missionnaires, et lui faire entendre la fin de notre Institut, et comme nous ne pouvons pas prendre des fondations qu’à condition de faire des missions à la campagne et, si l’occasion s’en présente, l’exercice de l’ordination, au cas que Nosseigneurs les prélats le veuillent, et que autrement nous ferions contre le dessein de Dieu sur nous ; mais que si la chose se peut ajuster, en sorte que l’on puisse faire l’un sans omettre l’autre, que nous tâcherons de le faire, quoique non sans difficulté, à cause du peu de gens qui nous restent, en suite de beaucoup qui nous sont morts les années passées et beaucoup d’autres que nous avons envoyés en divers établissements ; que s’il se pouvait faire que de ces six prêtres qu’il demande et pour lesquels il y a du fonds, qu’il en eût trois d’appliqués aux missions de la campagne, tandis que les autres trois travailleraient dans la ville, nous ferions en cela ce que Notre-Seigneur et lui demandent de nous. Vous le pourrez informer ensuite des ordinations et des séminaires et des autres exercices de la compagnie. Peut-être que, comme l’on m’écrit que c’est un [dessein] (2) de cette cour-là, peut-être il pourrait ajuster toutes ces choses, ces emplois-là vraisemblablement n’étant pas moins utiles et nécessaires en ces quartiers-là qu’ailleurs. Que s’il vous parle d’être l’un de ceux qui jetteront les fondements de cette mission, dites-lui absolument que cela ne se peut, et assurez Monseigneur le cardinal Durazzo que cela ne sera point, et que vous retournerez et continuerez, et que de cela je lui

2) L’original porte des saints.

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en donne la parole devant Dieu, en la présence duquel je lui parle, et le supplie très humblement d’agréer que vous fassiez ce voyage-là. Je reçus hier au soir son tableau (3), que je tiendrai bien cher et bien précieux toute ma vie, et que vous m’avez fait en cela un présent des plus riches et des plus agréables que vous me pouviez faire (4).

Voilà, Monsieur, La prière que je vous fais, et par vous à Monseigneur le cardinal. Il serait bien à souhaiter que vous puissiez partir au plus tôt après votre mission achevée, laquelle je prie Dieu qu’il bénisse, et votre chère personne aussi, et prie sa divine bonté qu’elle bénisse votre voyage et votre négociation. Quand vous serez à Turin, vous nous écrirez, s’il vous plaît, en diligence, et donnerez avis à Monsieur Berthe, à Rome, de ce que vous aurez fait.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Blatiron.

1823. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 1er jour de l’an 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier la vôtre, qui m’a donné, comme toujours,

3) Son portrait.

4). Ces mots, depuis toute ma vie, sont de la main du saint.

Lettre 1823. — L. s. — Dossier de Cracovie, original,

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de nouveaux sujets de louer Dieu et néanmoins m’a mis un peu en peine, pource qu’il m’a semblé que vous avez quelque chose à souffrir pour ce que vous me dites par cette dernière, quoique vous ne me le disiez pas clairement. Je vous prie, Monsieur, de me faire part de vos peines comme de vos satisfactions.

J’ai oublié à vous faire réponse à ce que vous me dites touchant l’office, et ne le saurais faire aujourd’hui à cause de l’embarras où je suis ; j’espère de le faire par le premier courrier.

Je ne sais à quoi il a tenu que vous n’ayez recommencé la mission en quelqu’autre endroit. Puisque vous en avez la permission de Monseigneur le prince Charles (1) et que vous ne recevez point de nouvelles de Monsieur l’ambassadeur de Suède (2), et que l’on vous parle d’envoyer Monsieur Guillot à Cracovie, in nomine Domini, vous le laisserez aller, et tel autre avec lui que l’on trouvera à propos.

Il y a assez longtemps que vous ne mandez rien du bon Monsieur de Fleury, à qui nous avons tant d’obligation. O Monsieur, que je souhaite que nous en ayons grande reconnaissance et que vous lui communiquiez toutes choses cœur à cœur ! Il est digne d’être estimé et aimé de tout le monde ; mais il n’y a point de gens (3) qui le doivent faire plus que nous. Je vous prie, Monsieur, d’entrer dans cette pratique, si déjà vous n’y êtes, avec toutes les confiances possibles. Il me semble que, si j’avais l’honneur d’être auprès de lui, je n’aurais pli ni repli dans le cœur que je ne lui fisse voir.

1) Ferdinand-Charles, frère du roi de Pologne, évêque de Breslau en Silésie et de Plosk en Pologne, mort le 9 mai 1655.

2). Le Baron d’Avaugour.

3). Première rédaction : mais il n’y a point de gens au monde.

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Je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai du retour du roi, ni les tendresses de mon cœur pour Leurs Majestés et pour leur royaume. Je prie Dieu qu’il bénisse les armes de Sa Majesté (4) et toutes ses conduites, et qu’il soit la reconnaissance des bontés infinies de la reine vers nous, qui en sommes très indignes.

Je salue votre personne et votre famille, et vous souhaite en ce nouveau jour de l’an de nouvelles bénédictions, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1824. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

2 janvier 1655

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à Dieu de celles qu’il vous a faites et à nous, de résister aux tentations qui vous ont voulu arracher des bras de votre chère vocation et vous ramener dans le siècle, et le prie qu’il vous confirme de plus en plus dans la promesse que vous avez faite à Notre-Seigneur de vivre et mourir dans icelle. O Seigneur Dieu ! il ne faut pas se jouer de promettre des choses

4). La Pologne était alors en guerre contre les Moscovites et les Cosaques.

Lettre 1824. — Recueil de lettres choisies, exemplaire de la maison. mère des Filles de la Charité, lettre 119

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à Dieu et à lui manquer de parole. Selon cela, Monsieur, je vous prie, tenez ferme à marcher dans la vocation où vous êtes appelé ; rappelez tous les bons sentiments que Notre-Seigneur vous y a donnés. La vie n’est pas longue ; on en voit bientôt le bout, et le jugement de Dieu est formidable à ceux qui partent de cette vie, desquels il est dit : "Ils n’ont pas rempli leurs obligations ; c’est pourquoi le Seigneur les a mis au nombre de ceux qui commettent l’iniquité (1)"

1825. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 8 janvier 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je tâcherai de me donner l’honneur d’écrire (1) à la reine aujourd’hui, si nos petits embarras nous le permettent, pour remercier Sa Majesté de toutes les bontés qu’elle a pour vous et pour toute la compagnie, notamment d’avoir donné à votre église ce bel ornement dont vous me parlez ; sinon, et en cas que je ne le puisse aujourd’hui, je le ferai, Dieu aidant, au prochain voyage. Je ne vous recommande point que vous ayez à prier Dieu continuellement pour Sa Majesté (2) et celle du roi, pource que je sais bien que vous n’avez garde d’y manquer.

Je tâcherai aussi d’écrire une lettre de remerciement au bon Monsieur de Fleury pour toutes les bontés qu’il a pour vous, et notamment de celle qu’il vient de vous

1) Psaume CXXIV, 5.

Lettre 1825. — L. s. — Dossier de Cracovie, original

1) Première rédaction : je tâcherai d’écrire.

2) Première rédaction : pour la Majesté de la reine.

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témoigner, en vous offrant l’argent dont vous pouvez avoir besoin pour fournir à votre établissement.

Je loue Dieu de ce qu’il vous a pourvu, par sa sainte grâce, d’un si digne et vertueux prélat que celui que vous me marquez (3).

Je parlerai aux Révérends Pères jésuites touchant ce que vous me dites, et les prierai d’en écrire un mot.

Je vous supplie de dire à Monsieur Zelazewski que je le salue et l’embrasse avec toute l’affection que je le puis, et vous prie, Monsieur, de le supporter le plus qu’il vous sera possible, et de faire tout ce que vous pourrez pour lui aider à porter sa croix ; et peut-être que peu à peu Notre-Seigneur lui touchera le cœur (4). Oh ! quel dommage et quel compte il aura à rendre à Notre-Seigneur, s’il ne répond à ses desseins (5) !

Toute la famille d’ici va assez bien, par la grâce de Dieu ; il n’y a que le bon Monsieur Bécu, qui est incommodé de ses gouttes, lesquelles le retiennent au lit depuis quelque temps, et notre frère Ducournau, qui a bien de la peine à se ravoir de sa grande maladie. Je les recommande à vos prières, et particulièrement moi, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Excusez, s’il vous plaît, les ratures, n’ayant pas eu le temps de la faire réécrire.

3) Albert Tholibowski, promu eu 1654 évêque de Posnanie. Il occupa ce siège jusqu’au 22 juillet 1663, jour de sa mort.

4). Le secrétaire avait écrit "et vous supplie, Monsieur, de le retenir le plus qu’il vous sera possible et de faire tout ce que vous pourrez pour cela et de le supporter. aussi, pource que peut-être peu à peu. Notre-Seigneur lui changera sont désir." Saint Vincent a lui-même corrigé la phrase. Les mots supplie, supporter, lui aider à porter sa croix, touchera le cœur, sont de sa main

5) Cette phrase est de l’écriture du saint.

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Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1826. — A FIRMIN GET

De Paris ce 13 janvier 1655

Monsieur,

Béni soit Dieu, Monsieur, de la charité que vous exercez envers le pauvre frère Claude (1) et de ce que vous avez touché le revenu qui vous est affecté, comme aussi de la part que vous en désirez faire à Messieurs les aumôniers, et de l’emploi du reste pour achever leur logement et le vôtre !

Mais que vous dirai-je du frère Louis (2) sinon que j’appréhende que Monsieur Huguier ne succombe et que les pauvres forçats n’en pâtissent, si vous le rappelez. Je vois bien que vous avez sujet de le faire à cause de l’inaptitude du frère que vous avez pour faire ce qu’il faut à l’entour du frère Claude et dans votre domestique. N’y a-t-il pas moyen, Monsieur, que vous trouviez quelque bon enfant à gage pour le soulager ? Je vous prie d’en chercher, en attendant que nous vous puissions envoyer quelqu’un, qui sera au plus tôt, Dieu aidant. Je prie encore Monsieur Champion, s’il est revenu de son incommodité, de se ressouvenir de la prière que je lui ai faite pour Toulon ; sinon, je vous prie, Monsieur, de ne rien épargner pour le faire traiter, comme je m’assure que vous ferez, et d’avoir soin de votre santé, qui nous est si nécessaire en l’occasion présente.

Lettre 1826. — L s. — Dossier de la Mission, original.

1). Alors malade à Marseille.

2) Louis Sicquard. né à Nalliers (Vendée) le 3 mai 1624, entré dans la congrégation de la Mission le 19 octobre 1645, reçu aux vœux en novembre 1648.

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Les parents d’un forçat qui est à Alger, dont le nom ne me ressouvient pas, vous (doivent) adresser deux ou trois cents piastres, pour les faire tenir à Alger. Je vous recommande cette affaire-là et prie Dieu qu’il sanctifie de plus en plus votre chère âme, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Le frère du Chesne (4) qui avait été envoyé à Agde et de là à Saintes, est mort en ce dernier lieu le 22 décembre dernier, après deux mois de maladie. Je le recommande à vos prières.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission, à Marseille.

1827. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 18 janvier 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vos chères lettres me donnent toujours, à mesure que je les reçois, de nouveaux désirs de louer Dieu pour la bénédiction que je vois qu’il continue de donner à vos travaux et à toutes vos conduites, et prie sa divine Majesté d’avoir agréable de la vous continuer.

Pour la sœur Marie (1), il faut espérer que petit à petit

3.) Le secrétaire a écrit : doit

4.) Jean du Chesne, frère coadjuteur, né à Laumesfeld (Moselles) en 1622, reçu dans la congrégation de la Mission le 30 octobre 1647.

lettre 1827. — L. a. — Dossier Turin, original.

1) Sœur Marie Joly

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le mécontentement que Monsieur et Mademoiselle de Santeuil ont reçu de son retour ici, se passera, ayant été trouvé à propos de la retirer de Sedan, à cause du long temps qu’il y a qu’elle y était ; ce qui passait l’ordre établi parmi les Filles de la Charité, lesquelles doivent être changées plus souvent ; et j’espère que, pendant que je vivrai, il n’en arrivera plus de la sorte. Que si Monsieur de Santeuil ou Mademoiselle sa femme vous en reparlent encore et qu’ils vous disent que l’on a bien laissé, comme l’on fait encore, la sœur Gillette (3) à Sedan depuis ce temps-là, vous lui répondrez qu’on l’a fait à cause que personne qu’elle ne pouvait s’accommoder avec la sœur Marie ; mais à présent qu’elle n’y est plus, l’on va rappeler la sœur Gillette au premier jour.

Le cousin du bon Monsieur Coglée (4) est arrivé ici en bonne santé, par la grâce de Dieu ; j’espère qu’il fera bien.

J’ai envoyé la lettre que Monsieur Petizon, avocat du roi, m’a adressée, à son adresse, et nous ne manquerons pas d’envoyer à Monsieur Le Vazeux le paquet que vous lui envoyez.

Nous tâcherons aussi, Dieu aidant, de faire quelque chose pour le petit enfant pour lequel mondit sieur Petizon m’a fait l’honneur de m’écrire, et d’en parler aux dames (5). Je vous prie cependant, Monsieur, de le saluer de ma part et de lui faire en cette nouvelle année, aussi de ma part, un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, le suppliant très humblement de l’avoir agréable.

Quant à ce que vous me mandez touchant l’office de

2) Saint Vincent l’y avait envoyée en 1641

3) Sœur Gillette Joly.

4) Gérald Coglée.

5.) Aux dames de la Charité.

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bailli de Sedan, je pense qu’il faut laisser faire Monsieur votre gouverneur, qui est sage et prudent et qui saura bien faire en cela ce qui sera à la plus grande gloire de Dieu et au bien de la religion catholique.

Monsieur Alméras n’est pas ici à présent ; c’est pourquoi il ne vous peut faire réponse à celles que vous lui écrivez ; je les lui enverrai à Troyes, où il est allé faire la visite. J

J’embrasse toute votre famille avec toute la tendresse de mon cœur qui m’est possible, et particulièrement le bon Monsieur Lucas (6) lequel m’écrit les bénédictions que Dieu donne à toutes vos conduites, et comme quoi l’union et charité règnent dans votre petite famille ; de quoi je reste merveilleusement consolé, et prie Notre-Seigneur de vous continuer les mêmes bénédictions

Et voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent, si ce n’est que je vous fais part de la nouvelle que me donne Monsieur Vageot de la mort d’un de nos frères coadjuteurs nommé du Chesne, qui arriva le vingt-deuxième du mois dernier, afin que vous priiez et fassiez prier Dieu pour le repos de son âme, pendant que je demeurerai, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Il nous est survenu un affaire considérable qui requiert votre présence ici ; je vous supplie de prendre la peine de vous en venir faire un voyage jusques ici et de laisser le soin de la maison, en attendant, à M. Co-

6) Antoine Lucas

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glée (7). Vous prendrez congé de Monsieur le gouverneur et l’assurerez de mon obéissance perpétuelle.

Je salue votre petite famille, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres (8)

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Sedan.

1828. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 22 janvier 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu, Monsieur, de la visite que vous a rendue Monseigneur l’évêque destiné pour Posnanie, et de la parole que vous a donnée Monseigneur l’évêque d’à présent de la même ville (1) d’achever votre affaire de l’union ! O Monsieur, que d’obligation nous avons à Notre-Seigneur pour cela, et au bon Monsieur de Fleury, lequel je prie Notre-Seigneur de remplir de plus en plus de son esprit, et vous de la reconnaissance éternelle des obligations que nous lui avons ! Mais que dirons-nous, Monsieur, de l’incomparable bonté du roi et de la reine pour leurs pauvres petits missionnaires ? Certes la parole me manque. Le silence est une louange à Dieu en Sion, dit le prophète, et saint Jérôme après

7 Le saint pensait-il dès lors à lui offrir la direction de l’établissement de Turin ? Jean Martin ne revint pas à Sedan, ou s’il y revint, ce fut pour mettre ordre à ses affaires. Au dire de son biographe, le marquis de Fabert, craignant les effets de son zèle pour la conversion des protestants, aurait lui-même demandé son rappel. (Noti. es, t. I, p. 283.)

8). Le post-sCriptum est de la main du saint.

Lettre 1828. — L. s — Dossier de Cracovie, original.

1). Florian-Casimir Czartoryski, transféré à l’évêché de Wlotslawek.

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lui. Il vaut mieux admirer et se taire, en la vue de tant et de si incomparables et royales bontés, que entreprendre à les remercier, et prier Dieu qu’il sanctifie de plus en plus leurs âmes et tout leur royaume ; et c’est ce que je ferai tous les jours de ma vie.

Vous pouvez assurer ce pauvre enfant prodigue et notre frère (2) qu’il sera le bienvenu, s’il a plu à Dieu de lui donner un esprit de parfaite pénitence.

C’est donc tout de bon que vous demandez notre frère Delorme (3) ; je tâcherai à le vous envoyer avec l’autre frère que vous demandez et qui ait les conditions que vous désirez.

Béni soit Dieu de ce que la compagnie vit avec respect avec ces très Révérends Pères, et prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse la grâce d’en user de même avec tous les autres, et qu’il soit la récompense de Monsieur Conrard, médecin de la reine, de la grâce qu’il nous a faite de répondre pour nous dans les choses que l’on nous imputait, et de faire en sorte par sa charitable défense d’obtenir le mandement des missions en la manière qu’on l’a donné ! Je vous prie, Monsieur, de lui en faire le remerciement de ma part, comme aussi au Révérend Père Roze, et à tous deux les offres de mes très humbles services.

Béni soit Dieu de ce que vous avez des nouvelles de Monsieur Zelazewski et des sentiments qu’il vous, donne de le traiter le plus cordialement qu’il vous sera possible !

2) Le frère Jacques Posny

3). Le frère Pie Delorme, né à Mont-Saint-Sulpice (Yonne) le 25 août 1625, entré dans la congrégation de la Mission le 2, septembre 1642 comme frère coadjuteur, reçu aux vœux en 1644 et placé à Troyes, où M. Ozenne l’avait connu et apprécié. Il n’alla en Pologne qu’entre 1660 et 1662. Un ancien manuscrit de Sainte-Croix de Varsovie loue sa charité, son amour du travail et son savoir-faire. Il mourut dans cette ville le 7 juin 1702 (Mémoires, t. I, pp. 57-59)

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Les nouvelles que vous me donnez de l’état des choses de delà me consolent plus que je ne puis dire. Je prie incessamment Notre-Seigneur qu’il les bénisse de plus en plus.

Je salue votre petite famille, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M..

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1829. — MARTIN HUSSON, CONSUL DE FRANCE, A SAINT VINCENT

De Tunis, ce 26 janvier 1655.

Monsieur,

Les papiers qui accompagnent celle-ci vous instruiront d’eux-mêmes de ce que le temps ne me permet pas de répéter ici. Vous connaître, en les lisant, de quels flots nous sommes combattus ; et néanmoins, grâces à Dieu, ce n’est pas cela qui m’étonne ; il y en a un autre sujet plus considérable.

Vous avez vu l’an passe comme le consul anglais corrompit notre dey et usurpa sur la charge la protection des vaisseaux flamands. Depuis ce temps-là, ç’aurait été à nous un crime d’état de les vouloir vendiquer. Nous vous avons demandé protection. Je ne doute point que vous n’ayez fait votre possible pour nous la donner. Dieu ne l’a pas permis. Et cependant ce dont je vous avertis dès lors est maintenant arrivé, qu’à la fin le consul anglais nous distrairait encore les Italiens. Une barque génoise, entrée au port sous bannière de France, vient d’être par lui usurpée, quelques raisons et diligences que nous y ayons pu apporter, M. Le Vacher et moi. Et voilà maintenant le chemin fait à toutes les autres.

9) Venait ensuite le post-scriptum suivant que le saint a raturé : "Je pense que la Gazette de Rome vous aura appris comme le Pape a fait loger Monseigneur le cardinal de Retz chez nous. J’envoie Monsieur Berthe s’en aller vous visiter pendant cette…"

Lettre 1829. — L. a. — Dossier de Turin, original.

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Il me semble, Monsieur, qu’une des principales obligations de celui qui possède la charge est de la maintenir et de ne pas souffrir que les droits journellement se perdent Le moindre de nos marchands qui la posséderait aurait dans six mois au plus tard obtenu ce que l’on vous a demandé depuis plus de quatre ans, et se maintiendrait d’une tout autre manière que nous ne pouvons et ne voudrions pas faire, non pas que ce fût illicitement à son égard, mais parce que ce serait quelque peu indécemment aux autres.

Tous, tant qu’ils sont ici, ressentent, plus sensiblement qu’il ne se peut dire, ces affronts dont ils se croient chargés et offensés, puisqu’ils sont corps de la nation et soumis à la charge, qui se ruine de la sorte. Il y en a qui attribuent cela à mon avarice, et même on en a fait un libelle pour envoyer à Messieurs les députés du commerce, qui est une chambre érigée à Marseille, pour faire voir que je tire d’eux comme une sangsue, et qu’avec tout cela je ne voudrais pas avoir dépensé un denier, ni pour les protéger ès occurrences, ni pour conserver les droits de la charge.

Je ne puis, Monsieur, que je ne vous die qu’à la fin elle sera comme une terre dont on veut la récolte sans l’entretien, qui produit quelques années, mais toujours de moins en moins, jusques à ce qu’à la fin elle reste inutile. Cette charge en est de même. Je ne dis pas encore un coup que vous y omettez rien de votre part, comme aussi du notre nous faisons tout notre possible ; mais puisque tous nos efforts joints ensemble sont trop faibles trouvez bon, Monsieur, que je vous die que, quant à moi, j’aime mieux faire place à un autre. Si vous la vendez et qu’il soit propriétaire, il emploiera peut-être non seulement les émoluments, mais encore ce qu’il tirera d’assistance d’ailleurs, ou de son bien ou de son travail, pour la maintenir. Que si c’est quelqu’un de la compagnie, il réussira sans doute mieux que moi, qui semble n’être ici qu’à destruction et non pas à édification. Je parle à vous, Monsieur, qui savez le peu que je suis, qu’un jour d’ici, quant à ma personne particulière, m’est plus fortuné que mille m’ont été et ne seront peut-être jamais ailleurs, et que partant je parle contre mes intérêts mêmes ; mais j’y suis forcé pour vous faire connaître la déchéance de la charge, que je dissimulerais si je parlais autrement. Quant à moi donc, Monsieur n’y ayant point d’autre chose à espérer, trouvez bon, s’il vous plaît, de me substituer un autre et de me rappeler.

Je suis, en l’amour de N.-S, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.

HUSSON.

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1830. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

28 janvier 1655.

Vincent de Paul ne veut pas que durant le temps des missions ses prêtres acceptent des honoraires pour messes dites à l’intention des fidèles ; il a lui-même l’habitude de les faire porter aux malades par les personnes qui les lui présentent.

1831. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

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