Correspondance (page 46)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

28 janvier 1655. (suite)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

On commence à jeter les yeux sur les Filles de la Charité qui sont propres pour la Pologne et à les disposer ; mais nous nous trouvons empêchés d’en trouver qui aient toutes les qualités répondantes aux desseins de la sérénissime reine, pource qu’il a plu à Dieu de composer cette petite compagnie de personnes de basse condition, de médiocre esprit, mais, par sa miséricorde, de bonne volonté, laquelle, par sa grâce, augmente tous les jours en elle.

Lettre 1830 — Collet op cit, t II, p 150

Lettre 1831. — Recueil de lettres choisies, exemplaire de la maison-mère des Filles de la Charité, lettre 116.

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1832. — JEAN LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT

De Tunis, ce 29 janvier 1655

Monsieur,

Votre bénédiction !

Il y a longtemps que je vous ai témoigné la nécessité que nous avons des lettres de Constantinople pour la conservation des droits consulaires, lesquels vous ont toujours paru comme l’unique expédient que Dieu avait donné en ce temps à la compagnie pour travailler à l’avancement de son saint œuvre en ce pays.

Vous avez déjà été informé comme le nouveau consul des Anglais, lequel réside en cette ville, les avait usurpés l’année précédente à l’égard des Flamands. Il a commencé cette année à usurper encore la protection des Italiens ; ce que le très cher M. le consul (1) n’a pu empêcher, quelque diligence qu’il ait pu faire auprès du dey, lui représentant l’insigne injustice qu’il lui faisait, lui ôtant sans sujet ce que tous les consuls ses prédécesseurs avaient eu de tout temps, par ordre du Grand Seigneur, et ce, pour n’avoir pu lui faire voir aucune de ses lettres expresses, sinon les capitulations que nous avons, lesquelles, comme je vous ai toujours témoigné, on a en aucune estime en ce pays, à cause qu’elles sont imprimées

Outre, Monsieur, que notre négligence à obtenir ces lettres du Grand Seigneur ruine entièrement cette charge, je ne saurais vous représenter l’occasion de scandale qu’elle donne à un chacun notamment a tous ceux de la nation, lesquels en imputent la faute, non à nous, mais au très cher M.. le consul, par lequel ils la voient exercer. C’est ce qui donne le plus d’occasion aux marchands de s’irriter contre lui, jusque-là même qu’un de ceux qui résident en ce pays en a pris occasion d’en faire un verbal, par lequel il fait comme au préjudice de l’honneur de son prince et toute sa nation et des revenus de sa charge ; par sa négligence il la laisse entièrement périr. Outre que l’innocence et les soins de mondit sieur le consul pour la conservation de cette charge sont connus de Dieu, nous serons obligés encore de les faire connaître aux hommes, si ce verbal est envoyé. au conseil, comme on en menace mondit sieur le consul de vouloir envoyer, où à une chambre de

Lettre 1832. — L. a. — Dossier de Turin, original.

1) Martin Husson.

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commerce nouvellement établie à Marseille. Si une personne avait exercé cette charge depuis la mort du défunt, comme lui, pour ses intérêts propres et particuliers, il ne l’aurait pas certainement laissé prendre, comme nous avons fait, il aurait obtenu en moins de six mois ce que je vous demande pour la conservation d’icelle il y a plus de 4 années. Et si la compagnie ne peut obtenir les choses nécessaires pour la conservation de cette charge, que Dieu lui a donnée pour travailler à l’avancement de sa gloire en ce pays, il serait, ce me semble et comme je vous ai toujours témoigné, plus expédient de la vendre que de la faire exercer. Au moins, nous ne serions pas tant criminels et devant Dieu et devant (les hommes) comme nous le paraissons. Que si depuis tant d’années nous avions apporté toutes les diligences requises, comme aurait pu faire une personne pour ses intérêts particuliers, pour la conservation et le maintien de cette charge, et que Dieu eût permis que les droits en eussent encore été usurpés par l’Anglais en la manière que nous voyons, j’aurais eu, ce me semble, plus de consolation, à cause que ces marchands n’auraient pas tant de sujets de s’irriter contre mondit sieur le consul à cette considération. J’espère que votre bonté y donnera ordre. C’est dont je a supplie encore une fois autant cordialement que je suis, en l’amour de. N. S. et en celui de sa sainte Mère Monsieur, votre très obéissant et très affectionné fils et serviteur.

JEAN LE VACHER

indigne prêtre de la Mission.

1833. — A MARC COGLéE

De Paris, ce 30 janvier 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Monsieur Petizon, avocat du roi à Sedan, m’ayant fait l’honneur de m’écrire au sujet d’un petit enfant qu’il a eu soin d’élever jusques ici, afin d’éviter qu’il ne tombât entre les mains des huguenots, m’a prié quand

Lettre 1833. — L s. — Dossier de Turin, original.

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et quand (1) de parler aux dames touchant l’entretien de ce petit garçon ; ce que j’ai fait ; et elles ont été d’avis que les Filles de la Charité s’en chargeassent et eussent soin de l’élever jusqu’à ce qu’on le fasse venir ici C’est pourquoi, Monsieur, je vous supplie de dire. à notre sœur Jeanne-Christine, de ma part et de la part des dames de la Charité de cette ville, qu’elle le reçoive et ait soin de l’élever, et vous, Monsieur, de lui fournir ce qu’il faudra pour la nourriture et entretien dudit petit enfant, que vous prendrez sur l’argent que lesdites dames vous envoient chaque mois pour les pauvres de Sedan ; et au bon Monsieur Petizon, auquel je vous prie de rendre l’incluse, que je suis toujours de plus en plus consolé d’apprendre qu’il travaille si utilement à la gloire de Dieu, et que je souhaiterais bien qu’il plût à Notre-Seigneur me faire la grâce de pouvoir l’imiter et de contribuer davantage que je ne fais pas avec lui à l’œuvre de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, à lui et à vous, Monsieur, très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, prêtre de la Mission de Sedan.

1834. — THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT

De Rome, le 5 février 1655

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction. s’il vous plaît !

Voici une nouvelle à laquelle vous ne vous attendez, peut-

1) Quand et quand, en même temps.

Lettre 1834 — Arch dép de Vaucluse D 274, reg in-4

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être pas ; c’est que Monsieur de Lionne, arrivé à Rome il y a quinze jours, comme je vous ai déjà mandé, me fit appeler il y a deux jours et m’ayant demandé combien nous étions ici de prêtres français, il me présenta une lettre du roi, ou plutôt un commandement en écrit, par lequel Sa Majesté nous commande de sortir de Rome et de nous en retourner incontinent en France (1) Je lus ce commandement avec tout le respect que je devais aux caractères de Sa Majesté et le reçus avec telle soumission que, sans aucune résistance je souscrivis en même temps (à l’instance dudit sieur de Lionne) que je recevais ledit commandement et mis mon nom à la fin de la copie qui m’en fut présentée, me réservant l’original, que je portai avec moi. Cela fait, il me demanda si nous partirions le jour même. Je lui dis que je l’aurais bien désiré, mais qu’il me fallait bien quelques jours pour disposer les petites affaires de la maison, que, des le lendemain, je ferais partir nos prêtres français et que je me disposerais à les suivre au plus tôt ; ce que je fis.

Dès le jour suivant, Messieurs Legendre, Pesnelle (2) et Bauduy (3) se mirent en chemin, ce dernier pour Gênes, où il attendra vos ordres, et les deux autres sont allés vers Notre-Dame de Lorette pour travailler à la vigne du Seigneur en quelque évêché voisin, où il plaira aux Ordinaires les employer, selon la patente que je leur ai donnée à cet effet, jusques à ce que votre charité leur ait fait savoir où elle désire qu’ils se retirent, en cas qu’ils ne reviennent plus à Rome Je leur ai donné de l’argent pour deux mois et demi, pendant lesquels ils pourront travailler, sans que cela se sache à Rome. Il n’y a que Monsieur Jean-Baptiste (4) qui le saura ; et vous pourrez, Mon-

1) Le motif de cette expulsion est indiqué dans la lettre 1851 : Mazarin faisait un grief au supérieur de la maison de Rome d’avoir donné l’hospitalité au cardinal de Retz Chantelauze. a publié dans Saint Vincent de Paul et les Gondi, p. 358 et suiv., les papiers diplomatiques relatifs à cette affaire. Plusieurs documents lui ont échappé entre autres les deux lettres de Thomas Berthe

2) Jacques Pesnelle, né à Rouen le 5 juin 1624, entré dans la congrégation de la Mission le 4 septembre 1646, ordonne prêtre à Rome le 30 novembre 1648, reçu aux vœux à Rome, supérieur de la maison de Gènes de 1657 à 1666 et de 1674 à 1677, de celle de Turin de 1667 à 1672 et de 1677 à 1683, année de sa mort. C’était un sujet de grand mérite, très apprécié de saint Vincent.

3) François Bauduy, né à Riom le 14 janvier 1623, reçu dans la congrégation de la Mission le 4 septembre 1648, ordonné prêtre le 3 septembre 1651

4) Jean-Baptiste Taone, né à Lantosque (Alpes-Maritimes) le

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sieur, si vous l’avez pour agréable, lui adresser les lettres que vous voudrez lui envoyer pour leur signifier vos intentions. j’avais pensé qu’ils allassent à Gênes ; mais ils ont jugé qu’il serait mieux d’attendre vos ordres en ce pays-là, où ils sont allés dans le désir d’y employer le temps, ou en mission, si on les y emploie, ou en dévotion à Notre-Dame de Lorette, si personne ne les emploie.

Pour moi, Monsieur, je vous dirai que je me dispose à partir pour aller je ne sais où. Les uns me conseillent d’aller tout droit en France, selon que le commandement le porte expressément ; d’autres de nos amis seraient d’avis que je me retirasse en quelque maison secrète, hors de Rome, jusques à nouvel ordre de vous. Mais ce lieu secret est difficile a trouver ; et puis je n’obéirais pas tout à fait aux ordres du roi, demeurant en Italie. Si je demeure en ce pays-ci, on pourra s’imaginer en cour que je me sens coupable, puisque je ne retourne pas en France, conformément au commandement, et si je m’en vais à Paris, je ne sais pas si vous l’approuverez. Enfin je ne sais quasi à quoi me résoudre pour le mieux. Si je pouvais pénétrer votre volonté en cela, je la suivrais ponctuellement ; mais j’avoue que je ne trouve point de raison assez claire pour me la faire conjecturer C’est pourquoi je tâcherai de suivre le meilleur conseil que je demanderai encore une fois à qui je sais que vous avez confiance.

Je tâcherai, Monsieur, de vous donner de mes nouvelles le plus souvent que je pourrai, en mon voyage ou en ma retraite.

Vous pourrez, s’il vous plaît, Monsieur, m’écrire en trois lieux différents : savoir à Rome, adressant vos lettres à Monsieur Jean-Baptiste ou à Monsieur Lambin (5) à Gênes, les envoyant à Monsieur Blatiron ; et à Lyon, les adressant chez Monsieur Lombet, ou chez les Filles de la Visitation, ou chez ce marchand pour lequel il vous plut me donner une lettre pour recevoir de lui de l’argent en cas de besoin, lorsque je vins de Paris à Rome ; je ne me souviens plus de son nom ; il me semble pourtant qu’il est grand ami du frère Ducournau et il me semble qu’il se nomme Monsieur Delaforcade

Je laisse la maison à Monsieur Jean-Baptiste et lui ai laissé un papier, pour recevoir, au commencement d’avril, la somme de trois cents écus de Monsieur Auton, marchand à Rome auquel j’ai donné une lettre de change à tirer sur vous ; mais

24 novembre…, ordonné prêtre en décembre 1634, reçu dans la congrégation de la Mission à Rome en 1642.

5). Banquier en cour de Rome.

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elle n’est payable qu’au mois d’avril, afin qu’il y ait trois mois de temps entre le payement de la dernière lettre de change et celle-là, qui servira pour le quartier d’avril, mai et juin.

J’avais oublié à vous dire que ce qui me fait plus connaître que l’intention de la cour est que j’obéisse absolument à l’ordre qui m’a été donné par Monsieur de Lionne, c’est ce que ledit sieur de Lionne me dit, après m’avoir signifié le commandement de Sa Majesté, que je prisse bien garde à ne pas désobéir, si je ne voulais donner sujet à la cour de faire quelque chose contre la compagnie et contre votre personne.

Ne jugeriez-vous pas à propos, Monsieur d’envoyer ici Monsieur Blatiron pour venir reconnaître comme la petite famille se comportera pendant mon absence ? Si je vais en France, je passerai par Gênes, où je conférerai pendant quelque temps avec Monsieur Blatiron et Monsieur Duport pour les informer des particularités de la maison de Rome.

J’avais pensé que peut-être pourriez-vous obtenir de la cour que Monsieur Dehorgny revint ici pour supérieur de cette maison, sous prétexte de venir ici faire la visite ; mais j’y vois de grandes difficultés et à le proposer et à l’obtenir. Au reste je ne doute nullement que Dieu ne prenne la compagnie sous sa sainte protection, puisque nous sommes en cela exempts de mal et que nous n’avons pas cru, obéissant au Pape, offenser Sa Majesté divine ni le roi en aucune façon.

Tous nos papiers qui touchent nos règles, nos vœux et nos affaires communes de la compagnie sont cachetés dans un petit coffre bien ajusté. Je l’ai envoyé chez le Père Placide, bénédictin, sans qu’il sache ce qu’il y a dedans. Messieurs Legendre et Pesnelle les ont jugés là en plus grande sûreté qu’ailleurs.

Je me recommande très humblement à vos saints sacrifices, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

BERTHE.

De Rome, ce 5 février 1655.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des prêtres de la Mission, à Paris.

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1835. — THOMAS BERTHE, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction, s’il vous plaît. ! Voici la seconde lettre que je me donne l’honneur de vous écrire sur le même sujet. Je vous envoie la première par une voie et celle-ci par une autre, afin que, si l’une vient à être perdue au moins l’autre vous soit rendue.

Vous saurez donc, Monsieur, que Monsieur de Lionne, qui est pour quelques affaires du roi en cette ville de Rome, me fit appeler le jour de la Purification de Notre-Dame, et, après m’avoir demandé combien nous étions chez nous de prêtres français, il me présenta un commandement du roi par écrit en la forme que vous verrez par la copie ci-jointe. Je ne fis aucune difficulté à recevoir ledit commandement, non plus qu’à souscrire de ma main, selon le désir dudit sieur de Lionne, comme, ledit commandement m’étant signifié, je le recevais. Après, il me demanda si j’étais prêt de partir le même jour. Je lui dis qu’il serait moralement impossible de le faire ce jour-là, mais que je me disposerais de partir au premier jour et que, dès le lendemain, je ferais partir les autres prêtres français ; ce que je fis d’autant plus promptement que ledit sieur de Lionne me témoigna que, si je faisais difficulté à obéir, la compagnie et votre personne en particulier en pourraient recevoir du dommage de la part de la cour, qui s’en ressentirait.

Nos trois missionnaires partirent dès le lendemain : M. Bauduy pour retourner à Gênes et y attendre vos ordres, et Messieurs Legendre et Pesnelle vers Notre-Dame de Lorette, où ils pourront travailler à faire des missions dans l’évêché de Spolette et de Ricanetti, jusques à ce que vous leur ayez fait savoir où vous voulez qu’ils aillent, à Gênes ou en France. Je leur avais proposé d’aller à Gênes avec Monsieur Bauduy mais ils ont cru qu’il était plus à propos d’aller travailler dans quelque évêché de ce quartier de Lorette, où ils pourront travailler sans que cela se sache ni à Rome ni en France que d’aller à Gênes tous trois. Et puis vous pourrez toujours les y envoyer quand il vous plaira, et ils attendront vos ordres pour aller là ou ailleurs, selon qu’il vous plaira leur ordonner Les lettres que vous leur voudrez envoyer, vous les

Lettre 1835. — Arch. dép. de Vaucluse D 274, reg.

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pourrez adresser à Monsieur Jean-Baptiste à Rome. Il ne manquera pas de les leur faire tenir, en quelque lieu qu’ils soient, où en l’évêché de Spolette, ou à Notre-Dame de Lorette.

Pour moi,. Monsieur, je me dispose a partir ! et, s’il plaît à Dieu, la journée de demain ne me trouvera plus à Rome. Je vous puis dire que Notre-Seigneur me fait la grâce de n’avoir aucun ressentiment de ce sujet d’affliction que la petite compagnie souffre. Je considère tout cela comme un moyen très assuré et qui me paraît très évident, dont Notre-Seigneur se veut servir en cette occasion pour obliger le Pape futur à nous être favorable en toutes nos affaires, puisque nous ne souffrons que pour avoir obéi à son prédécesseur. Rien ne nous pouvait arriver à Rome de plus favorable, ce me semble, pour nous rendre recommandables au Saint-Siège auquel nous avons témoigné notre obéissance, bien que nous eussions prévu ce qu’on commence déjà à faire contre nous. Dieu soit béni de toutes choses et remercié de la consolation extraordinaire qu’il m’a donnée depuis trois jours en çà ! Je m’en vais donc partir avec joie, puisque c’est pour obéir à Dieu, qui me commande d’être obéissant à mon roi

Je laisse la conduite de la maison à Monsieur Jean-Baptiste, que j’ai fait revenir de la mission pour cet effet, après avoir donné les ordres nécessaires à Messieurs Antoine Morando et Baliano pour continuer les missions dans l’évêché de Tivoli, où ils travaillent avec grande bénédiction. Monsieur de Martinis (1) aura soin de la procure et de la dépense de la maison. Ce bon Monsieur nous a été jusques ici à grande édification, et il fera très bien l’office de procureur, avec les cérémonies de la messe.

Tous les papiers qui concernent notre Institut, comme nos règles, nos vœux, nos affaires, sont en un petit coffre bien fermé et cacheté ; et je l’ai envoyé chez le R. P. Placide, bénédictin, comme en un lieu le plus sur. Je n’ai pas jugé le devoir envoyer chez Monsieur Lambin, pour quelques raisons que je vous pourrai dire de bouche, si je pense avoir l’honneur de vous aller trouver à Paris, comme je l’espère, si je ne trouve à Lyon, ou chez Monsieur Lombet, ou chez Monsieur Delaforcade, ou chez les filles de Sainte-Marie, quelque ordre de m’arrêter là, ou d’aller ailleurs. Je vous supplie donc très humblement, Monsieur, de m’honorer de quelque

1) Jérôme de Martinis, né à Bonnefontaine près de Gênes, le 15 mai 1627, entré dans la congrégation de la Mission le 6 août 1650, ordonné prêtre en septembre 1651, reçu aux vœux en octobre 1652, supérieur à Nantes de 1671 à 1676.

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lettre à Lyon, afin qu’ayant appris. là votre volonté je la puisse suivre ponctuellement, comme je désire, soit pour aller à Paris, soit pour demeurer à Lyon, soit pour aller ailleurs.

J’espère arriver à Gênes dans douze jours où je donnerai à Messieurs Blatiron et Duport toutes les petites instructions touchant notre maison de Rome et nos affaires Je séjournerai pour cela trois ou quatre jours dans ladite ville de Gênes, puis je me mettrai en chemin pour me rendre à Lyon le plus tôt que je pourrai, où j’espère trouver vos ordres et quelques pièces d’argent, si j’y en aurai besoin soit pour y séjourner, soit pour en partir et aller où il vous plaira. Je ne crois pas que Monsieur Delaforcade fasse difficulté de me donner une douzaine d’écus, en cas de besoin.

Messieurs Legendre et Pesnelle ont de l’argent pour plus de deux mois, cependant ils auront de vos nouvelles..Notre maison de Rome n’a pas plus de cinquante écus d’argent pour subsister après mon départ. C’est pour cela que j’ai donné. à Monsieur Louis Auton, marchand de Rome, une lettre de change de trois cents écus à tirer sur vous dans sept semaines c’est-à-dire au commencement du mois d’avril ; et cette somme servira à nos Italiens pour les mois d’avril mai et juin Avant que tout ce temps-là soit passé, les affaires seront peut-être changées.

Ne serait-il pas à propos que, vers les fêtes de Pâques. Monsieur Blatiron vint faire un petit tour à Rome incognito comme on dit, pour voir comme tout se passe en notre maison ? Cela se pourrait faire si secrètement qu’on n’en saurait rien.

Vous plaira-t-il, Monsieur, vous souvenir de moi dans vos prières et saints sacrifices et de me faire recommander aux prières de la compagnie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Rome, ce 5 février 1655

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission, à Saint-Lazare, à Paris.

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1836. — JEAN -FRANçOIS MOUSNIER, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

Du Fort Dauphin, le 6 février 1655

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction !

Il est bien juste que, si j’ai donné en France quelque marque d’amour pour celle qui m’a donné la vie (je parle de ma vocation), j’en donne encore ici, où elle m’a conduit et conservé jusqu’à présent, quoique sans sujet Car voici la vraie pierre de touche, où je connais le vrai amour et affection qu’elle a eu pour moi. Mais, comme je ne puis lui donner de plus assuré témoignage, que celui que je sens pour elle en mon cœur, ni de la reconnaissance que j’en ai, que par le moyen de celui qui l’a instituée et mise en l’être que Dieu avait prévu de toute éternité, il faut que je vous avoue que je n’ai jamais senti mon cœur plus échauffé d’amour pour vous que depuis le commencement de mon absence de Paris jusqu’à présent, ayant toujours reconnu, par l’emploi incomparable auquel la divine Providence a permis, sans avoir égard à mes faiblesses et lâchetés, que vous m’ayez occupé, savoir à l’égard de ces pauvres âmes infidèles, que vous ne pouviez avoir pour moi un plus véritable amour que celui-là, puisqu’il n’y en a point de plus grand, ni de plus certain, que de mettre la chose aimée en possession et en état de jouir du plus grand bien qui lui puisse jamais arriver, comme vous avec fait à mon égard en ce monde, m’ayant envoyé en ce pays, où je jouis de ce grand bien et tout divin dont parle la bouche d’or. Car je crois que c’est principalement du salut des âmes infidèles qu’il dit être la chose la plus divine de toutes que d’y coopérer, comme il ne tient qu’à moi de faire. Or, comme vous ne pouvez juger de l’usage que je puis faire de cette grande faveur que vous m’avez accordée sans aucun mien mérite, sinon par ce que le papier vous en peut éclaircir, voici courtement, selon le temps que le départ de ce navire me donne, une partie de mes actions.

A mon départ de Paris avec le messager, étant hors des faubourgs, je dis mon Itinéraire ; et d’honnêtes gens qui m’accompagnaient jusqu’à Tours me répondaient, entre lesquels était le frère de notre bon Monsieur Legendre, lors à Rome.

Lettre 1836. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.

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Ensuite nos entretiens, à diverses reprises, furent avec lui de notre communauté et de ses emplois, s’étonnant de ces entreprises, comme de celles où j’étais destiné, touchant M. son frère et sur la conduite temporelle qu’on pouvait tenir à un tel voyage ; comme aussi pour le spirituel, avec un honnête chirurgien d’Orléans, qui avait fait le voyage des grandes Indes.

Je n’ai manqué, les deux jours que nous mîmes jusqu’à Orléans, de célébrer la sainte messe et dire mon Itinéraire, lequel j’ai continué sur la rivière de Loire jusques à Nantes, et les litanies de la Vierge, que nous chantâmes tous les jours avec les bateliers, ne pouvant pas célébrer la sainte messe, à cause que j’allais nuit et jour sur l’eau pour faire les diligences que vous m’aviez ordonnées, lesquelles étaient pénibles aux bateliers, comme ils faisaient paraître. Je tâchais de les soulager corporellement tenant l’aviron avec eux, et spirituellement par les avis que je leur donnai tout d’abord partant d’Orléans, et que je continuai jusqu’à Nantes, pour empêcher les jurements ordinaires et discours et chansons déshonnêtes qu’ont accoutumé de faire telles gens. Ce que j’obtins presque en tout dès le même jour, grâces à Dieu, que je partis d’Orléans, qui fut sur une à deux heures. Les bons exemples et remontrances du bon M. Legendre et d’un autre écolier d’Angers n’y contribuèrent pas moins que moi Le premier me quitta à Tours, et je perdis la compagnie du second proche d’Angers, mais non celle de deux bons religieux Carmes qui venaient jusqu’à Nantes pour des stations et avaient pris la place de M. Legendre au bateau. Leur entretien m’était favorable pour sa piété. Et la consolation que je reçus, passant au lieu de la naissance de notre frère Daniel Baudouin (1), par la vertu qui me parut d’abord en une sienne sœur, me confirma dans les bons sentiments que j’avais eus à Paris de son bon frère, par le contentement que cette bonne fille témoignait avoir de la vocation de son frère, lisant une lettre que je lui donnai de sa part.

Le quart d’heure que nous fûmes là à terre nous fit achever le reste du jour avec ces bons Pères de la vertu de cette fille, et en ce que je leur pus dire de son frère.

Ces bons Pères ne se laissèrent gagner par moi à la rame, et nous disions ensemble notre office divin et l‘itinéraire le matin, au soleil levant, deux fois seulement : ce jour qu’ils s’embarquèrent avec moi, et le lendemain que nous arrivâmes à Nantes, qui était le dimanche, sur les neuf à dix heures.

1) Daniel Baudouin né à Montrelais (Loire-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1651, à l’âge de dix-huit ans, reçu aux vœux en 1653.

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étant en la ville, je fus aussitôt dire la sainte messe au Jacobins, et de là au château, pour voir M. l’abbé d’Annemont, que je n’y pus trouver qu’après midi. En l’attendant, du château je fus à l’hôpital voir les malades et nos chères sœurs de la charité, dont l’amour de Dieu et le grand désir qu’elles me dirent avoir quasi toutes de m’accompagner ou de me suivre, au moins à quelqu’autre embarquement, pour le pays barbare, si la providence divine les y voulait appeler, attisa le feu de mes désirs de voir cette terre promise. Et le reste du temps que je fus à Nantes jusqu’à l’arrivée de M. Bourdaise, ayant dit la sainte messe, si je n’étais avec M. l’abbé d’Annemont, je m en allais voir l’exercice charitable de ces bonnes sœurs à l’hôpital ; ce que je fis deux ou trois fois seulement, dont elles me témoignèrent grande consolation, me faisant promettre de vous écrire d’ici leur désir de venir contribuer en ce qu’elles pourraient au salut de ces pauvres âmes. Ce qu’elles feraient avec un effet et un progrès que je ne vous saurais exprimer par leur bon exemple et assiduité au travail et instruction des prières chrétiennes qu’elles leur pourraient faire.

Une couple dans le commencement, avec quatre ou six au moins de ces petits enfants trouvés, des plus sages et des plus adroits à quelque ouvrage manuel, comme à faire la couture ou à l’ouvrage de la soie et coton en forme de toile, pour commencer un séminaire de petits catéchumènes, qui imiteraient en tout ces jeunes Français et ces bonnes sœurs, lesquelles, pour le passage de mer de six mois de temps au moins et pour le pays ici, doivent être fortes tant en la vertu de pureté que de patience, à moins que d’un capitaine dans le navire véritablement chrétien, tel qu’est l’un de ces deux navires qui reste ici avec le navire de M. le maréchal (2) (il se nomme La Forest des Royers), et en la vertu de douceur.

Si une des deux sait, comme il y en a beaucoup en leur communauté, quelque chose pour soulager les malades par une saignée ou purgation, elle sera encore plus utile pour la gloire de Dieu en ce pays. Et l’autre, si elle sait travailler à la couture, filer, faire des bas de coton, comme on fait en France, aux dentelles et semblables ouvrages des mains conformes aux femmes, bien lire et écrire, aussi bien que l’autre. et que ces petits enfants, dont l’âge douze à quatorze ans au moins est tel qu’il serait à propos et vingt-cinq à trente pour ces filles, et non plus jeunes. toutes ces qualités pour elles sont nécessaires ici. ; sans quoi elles ne peuvent pas tant y glorifier notre

2) Le maréchal de la Meilleraye.

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bon Dieu. Si néanmoins M.. le maréchal juge à propos leur passage être pour la gloire de Dieu, il n’y a homme qui ait connaissance comme nous en avons de ces filles avec ces qualités qui puisse être d’avis contraire avec juste raison, principalement si on passe d’autres femmes en ce pays, comme on croit et dit qu’on fera ci-après pour peupler l’île de Mascareigne. Pour quoi faire aisément et à peu de frais, ce me semble, on trouverait assez à Paris de ces pauvres enfants trouvés des deux sexes, et qu’on y conduirait aisément, pour leur docilité, y ayant quelques autres hommes et femmes pour les instruire et mettre en occupation en cette île, telle qu’il serait à propos.

Ce qui se faisant, jugez du nombre nécessaire de bons ouvriers en ce pays. Il y a déjà quatorze chrétiens français en cette île et dix ou douze nègres infidèles auxquels nous n’avons pu parler avant leur départ, n’en ayant pas même eu la connaissance qu’on y en menât, pour les instruire avant et les baptiser Un prêtre ou deux pourraient-ils être inutiles ? Ce pourrait être de ceux qui sont en cette île malsains et infirmes après le travail, qu’on y pourrait mener d’ici pour changer, à cause de la grande bonté, pureté et tempérie de l’air de cette petite île, lorsque les navires y iront, ou les barques. Deux autres prêtres ici au moins pour toujours, pour les Français et nègres de cette habitation ; un autre, pour aller et venir en France ès navires ; un autre pour aller dans les barques qui vont au riz à Mangabais ou Sainte-Marie souvent et un autre pour aller ès terres de l’île en voyage avec les Français qui y vont souvent en traite de marchandises et dont les voyages sont de deux à trois mois. sans vous parler de quatre habitations en quatre endroits différents de l’île, où la vigne du Seigneur paraît au dire de nos Français qui y ont demeuré si facile de cultiver que les ouvriers n’y trouvent presque aucune épine à déraciner, qui l’empêche de porter des fruits célestes.

Mais où suis-je ? Je m’égare bien loin de Nantes. où j’ai laissé M. Bourdaise à son arrivée, qui nous a causé autant de joie, à M. l’abbé d’Annemont et à moi, que nous avions eu de tristesse de son retardement, qui nous a presque retenus en France sans les bontés de Monseigneur le maréchal, qui m’avait accordé un jour seulement pour trouver un compagnon en mon voyage, faute duquel deux Pères Cordeliers prenaient nos places ès navires et étaient quasi prêts de s’y en aller sans l’arrivée heureuse de M. Bourdaise, qui changea tout et chassa la tristesse de nos cœurs pour y loger la joie, avec la résignation néanmoins au bon plaisir de Dieu, qui s’y trouve. Ce qui nous fit encore occuper un jour et demi à pourvoir aux petits besoins que nous n’avions pu prendre à Paris pour un tel voyage, dont néanmoins le tempsqui presse trop nous en fait

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oublier et laisser une grande partie, et des plus nécessaires et utiles, de decà, et nous cause la perte de beaucoup de celles que nous avons eues à Paris et à Nantes pour n'avoir loisir de les accommoder comme il fallait.

Mais avant que de nous embarquer dans une chaloupe pour venir à Saint-Nazaire, où étaient les navires, j'oubliais de vous dire les bontés du Père Joseph de Morlaix, lors provincial des Capucins de la province de Bretagne, qui m’avait accordé un de leur Pères et un de leurs Frères pour m'accompagner, si M. le maréchal l’eût souhaité ainsi absolument Ce qui mérite bien que vous l'en remerciiez. pour nous, n'ayant pu le faire avant notre départ de Nantes, tant nous fûmes pressés de nous embarquer en une chaloupe avec nos hardes, lorsque je croyais m'en aller acquitter, après avoir dit la sainte messe en leur église, sur les cinq heures du matin, d'où je fus détourné pour entrer en cette chaloupe, laquelle débordée de terre, nous disons notre Itinéraire, notre office, l'Angelus, les litanies de Jésus et celles de la Vierge, et faisons notre collation, étant le vendredi après le jour des cendres.

Et l'après-midi, ayant songé à notre voyage en mer, nous résolvons de mettre nos hardes au plus grand navire, conduit par mondit sieur de La Forest des Royers, homme tout chrétien et tout entier au service de M. le maréchal, sans oublier celui de Dieu.

C'est un homme tel qu'il faudrait ici pour commander les Français. Il en a toutes les qualités.

M. Bourdaise et notre frère René Forest se chargeaient d’avoir soin de nos hardes audit vaisseau, où ils se devaient embarquer. Mais le lendemain matin, sur les huit heures ayant parlé et salué à Saint-Nazaire à M. de Pronis, commandant de l’autre navire auquel lieu étaient mouillés les deux navires, il nous dit que celui de M. de La Forest était trop chargé et qu’il nous faudrait mettre nos hardes au sien, qui ne l’était pas tant. Ce qui étant très vrai, nous acceptâmes la faveur qu’il nous faisait, le remerciant dès lors ; et aussitôt nous y allâmes faire décharger la chaloupe de nos hardes. Et trois jours après, notre frère René Forest témoigna être content de venir avec moi au navire de M. de Pronis pour être notre valet, dont M. de Pronis était aussi content. Ce qui me consolait, voyant que par là il aurait plus soin de nos hardes et que rien ne pourrait aller mal ; comme il arriva jusqu’à ce qu’il voulut quitter de sa propre volonté, sans aucun sujet légitime, ains purement pour avoir plus de liberté et de temps qu’il n’avait, au dire d’un chacun du vaisseau.

Nous demeurâmes donc encore huit jours à Saint-Nazaire avant lever les ancres, attendant le vent propre ; pendant

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quoi j’allais tous les matins à terre dire la. sainte messe, et le reste du jour je tâchais de chercher quelque chose des provisions nécessaires pour ce pays, qui nous manquaient, et venais boire et manger et coucher au navire.

Donc enfin, le troisième dimanche de carême au matin, huitième du mois de mars, nous levâmes les ancres, entre sept et huit heures, le vent étant propre, quatre navires ensemble un qui allait en Terre-Neuve, l’autre aux Indes de l’Amérique nommé Pélagie, qui nous accompagnèrent ce jour-là.

A cause du grand embarras du navire et du temps, qui n’était guère propre, je ne pus dire la messe, et, au lieu, pour prières dis l’Itinéraire et le Benedicite et les litanies de Jésus et l’Angelus. Je continuai tous les jours que je ne pouvais dire la messe pour le mauvais temps et pour la petitesse et incommodité du vaisseau ; et le soir j’ai fait tous les jours les prières comme à Saint-Lazare, produisant tout haut les actes. Je n’ai eu que ce jour-là grâces à Dieu, dans tout le voyage incommodité pour la mer, ni autre, qu’à notre arrivée ici un petit mal de tête d’un jour et demi, qu’une saignée m’emporta.

Ces deux autres navires nous quittèrent pour faire leur route : le petit, six jours après notre départ. et la Pélagie, douze jours après.

Nous n’eûmes, grâces à Dieu, aucune mauvaise rencontre d’aucun pirate, ni autre, jusqu’au Cap-Vert, dont nous eûmes la vue le 8 avril, et vînmes mouiller l’ancre le lendemain jeudi, neuvième dudit mois, sur les quatre heures après midi, à la rade de Rufisque (3), où nous trouvâmes un vaisseau conduit par le capitaine Bichot, de la Religion, pour Messieurs de la Compagnie d’Orléans, par la voie duquel M. Bourdaise et moi vous rendions compte de notre voyage jusque-là. J’écrivais à M. Rozée, de Rouen, à Madame d’Aiguillon et à Madame Traversay touchant l’état de ce lieu, dont M. Nacquart vous avait écrit en y passant. Je vous écrivais la facilité qu’il y a là, aussi bien qu’ici, d’y établir la loi et comme j’y baptisai un adulte, âgé de trente-cinq ans, instruit et présenté par un des Portugais qui sont là demeurant, au nombre de six ou sept, avec trois petits enfants naturels de ce Portugais. j’y fis de l’eau bénite et y dis la sainte messe. Je vous mandais comme il n’y a point de prières du tout, que les Capucins que M. Rozée vous avait mandé y avoir envoyés n’y avaient demeuré que deux ans au plus, d’autant que la pauvreté de cette nation, suivie d’une inclination grande au larcin, avait plus besoin d’aumône qu’on n’en pouvait donner.

3) Au Sénégal.

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Ce qui causa bientôt la mort d’un ; et l’autre est retourné en France, comme me dirent les Portugais, qui sont quasi tous dans un concubinage perpétuel avec une seule femme, à la vérité baptisée. Il y a bien 30 ou 35 chrétiens en tout et qui assistent tous à ma messe avec grande dévotion.

Le temps ne me permet pas de vous déduire au long l’état temporel et spirituel de ce lieu ; la connaissance que j’en ai eue aussi bien est trop petite, et j’écrivais lors au long ce que j’en appris et ce qu’on y pouvait faire.

Voilà, le second dimanche d’après Pâques venu, que nous en partons, vous assurant auparavant que quelques-uns seulement des gens du navire y firent leurs pâques. Il y avait environ quinze ou seize personnes de la Religion réformée, dont les jurements, sales discours et chansons infâmes étaient aussi communs en leur bouche comme les heures du jour au moins, sans que j’aie pu rien gagner sur eux, ayant pour exemple de leur méchanceté quelqu’un des officiers du vaisseau, aussi de la Religion, et voyant que je n’étais secondé de personne pour empêcher ce désordre, qui m’a fait gémir tout le voyage, pour n’avoir jamais rien pu obtenir sur aucun de ces religionnaires, non plus que sur une partie des autres, catholiques romains, qui étaient au nombre de quarante à quarante-cinq Il en est demeuré au moins la cinquième partie du vaisseau qui n’ont jamais voulu approcher des sacrements et qui s’en retournent en France sans cela. Dieu leur pardonne, s’il lui plaît ! Ce n’a pas été faute de leur en parler un mot seulement après vêpres, ne m’étant pas permis, sinon de parole seulement, de leur en parler amplement ; car, lorsque je pensais le faire, j’en étais interrompu aussitôt par ceux de la Religion. Ce que je pus faire seulement fut quelque petite instruction aux meilleurs des catholiques, à chacun en particulier, au lieu et à l’heure que je trouvais les plus commodes pour cela.

Nous voilà donc encore en mer, où j’ai toujours dit la messe toutes les fêtes et dimanches, tant que le temps n’a pas été trop rude. Et je me suis occupé tant que j’ai pu à attraper les garçons du navire et à les instruire tant à prier Dieu que de nos mystères, et à lire à un, qui en avait bonne volonté et l’esprit

Enfin, approchant de la ligne, voilà trois grands vaisseaux portugais qui paraissent le 2 de mai, sur les 9 heures du matin. Nos navires les vont reconnaître, et trouvent, le quatrième jour qu’on les pourchassait, que c’étaient des Portugais, dont le plus grand navire que nous approchâmes à la portée du mousquet aurait pu tenir le notre entre ses deux grands mâts, tant il était grand.

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Et aussitôt que nous les eûmes reconnus, nous continuâmes notre route jusqu’à la ligne, où l’on fit le bain ordinaire de tous ceux qui ne l’ont jamais passée. Ce fut le 20 mai. Les nôtres ne s’étonnèrent de ce qu’on y fait. C’est la coutume aux prêtres de leur verser seulement sur les mains de l’eau et ils donnent quelque aumône pour les pauvres ; c’est l’ordinaire, et il est à propos de donner.

Ensuite nous continuâmes notre route sans malades, grâces à Dieu, qu’un de fièvre quarte avant partir de France, continuant nos exercices ordinaires, savoir de tout mon office jusqu’à vêpres à mon lever, et puis une demi-heure d’oraison mentale sur les divers sujets que j’assignais tant pour moi que pour notre frère René Forest, et l’Institution Chrétienne des vertus et des vices nous en a fourni toujours, hors les fêtes et dimanches, que nous en prenions sur l’évangile. Ensuite l’on faisait les prières du matin, ou je disais la messe ; et si j’avais du temps entre deux, je lisais mon Nouveau Testament et un ou deux au plus des chapitres de l’Ancien.

Après les prières ou la messe et le déjeuner de l’équipage, j’écrivais quelque chose ou sur la langue malgache (ce qui était trop rarement, ne pouvant jouir comme j’aurais souhaité de ceux qui en avaient quelque connaissance), ou bien je travaillais à un Bref perpétuel, ou à quelque lecture, comme pareillement toute l’après-dînée jusqu’au temps que j’avais réglé pour mes vêpres et jusqu’aux prières du soir, que je faisais comme j’ai dit ci-devant. Et ainsi mon temps s’écoulait insensiblement.

Et voilà une île que nous voyons dite de la Trinité. Le 11 juin, nous la côtoyâmes toute l’après-dînée, et la quittâmes le lendemain. y a peu de navires qui fassent même route que nous, qui la trouvent. On trouva qu’elle était au vingtième degré de hauteur. Elle est proche de la côte du Brésil.

Ensuite nous avons été toujours ensemble les deux navires, et ne nous étions point séparés encore de vue, sinon une nuit ou deux ; et les officiers des deux navires s’entre-parlaient de temps en temps, d’où je prenais aussi occasion de savoir la santé de M.. Bourdaise, que j’apprenais rarement être sans le mal de mer.

Mais voici une tempête furieuse, le 21 de juin, qui nous sépare les deux navires et casse le gouvernail du nôtre par un coup de mer qui entra en la chambre aux canonniers, ayant rompu deux planches et un membre du navire très considérable ; troisième accident, qui nous arriva sans aucun mal, grâces à Dieu, que l’accident mettre, savoir notre mât de misaine et celui de l’artimon, et la vergue du grand mât de hune, qui furent tous cassés par le milieu presque, qu’il fallut raccommoder.

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Mais ce seul coup de mer nous fit plus de peur que tout le reste. Car de voir un navire avec son seul pasfi de misaine, sans gouvernail, se gouverner comme il faisait, toute une nuit et un demi-jour, qui ne dira être la main du Tout-Puissant qui nous gouvernait et qui se contentait de nous donner la peur seule pour la peine de nos péchés

Le jour de saint Jean, pour marque qu’il ne nous avait encore abandonnés et ne nous voulait perdre, attendant notre conversion, nous eûmes un temps tout calme, pour accommoder comme il fallait le gouvernail, jusqu’à ce qu’on put être en rade en la baie de Saldanha, ou nous arrivâmes le 11 juillet, après avoir vu trois jours consécutifs la terre du cap de Bonne-Espérance.

Je ne pus voir les nègres de ce cap, à deux fois que je fus à terre, pour ce sujet, afin de voir si nous pourrions, selon l’intention de M. Nacquart, lui amener une couple de jeunes enfants. Mais, comme ces gens sont toujours errants çà et là, ils viennent rarement deux fois en même lieu se retirer. J’appris que pour quelque peu de méchant tabac on a les rafraîchissements qui se trouvent. Si nos Messieurs en avaient besoin en y arrivant, comme il se pourrait faire, il leur en faudrait porter Ils peuvent prendre à la grande terre quelques pierres à aiguiser lancettes ; aussi bien ne s’en trouve-t-il point ici.

La mort d’un de nos matelots, que je mis en terre en une île de cette baie le 17 juillet, après avoir reçu tous les sacrements, excepté celui de l’extrême-onction, que je ne pus lui administrer, me fait ressouvenir de celle de cet autre pauvre matelot malade de fièvre quarte dès la France à cette grande tempête qui sépara son âme d’avec son corps, à même temps que nos deux navires se séparèrent de vue. Et nous n’espérons nous voir qu’à Madagascar, où nous allons, ayant demeuré dix jours à Saldanha, d’où nous partîmes le 20.

Enfin voilà nos vœux accomplis ! O glorieuse Vierge, c’est à vous à qui nous en avons obligation ; car, le jour de votre Assomption dans les cieux, vous nous faites descendre à terre et la toucher au moins avec un plomb la nuit même, qui nous fait espérer de la toucher avec le pied sur jour ; mais on ne le put que le lendemain.

Néanmoins étant trop éloignés de la rade où l’on voulait mouiller, cela n’empêcha pourtant pas que je ne dise la sainte messe.

Ce jour-là, sur les onze, heures à midi, après avoir entonné le cantique Te Deum à la vue de notre terre et de notre demeure tant désirée, comme nous avions fait à la vue ou arrivée de toutes les terres en tout le voyage, les ancres furent

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jetées en mer à la rade dite Manafiafy, mot de la langue du pays, qui dit avoir beaucoup de poisson. 0n tira trois coups de canon pour faire venir les nègres habitants de la côte, dont il n’en parut qu’un sur le sable, soit qu’ils eussent peur de ces navires, soit qu’il n’y en eût plus là proche comme en effet il y en avait peu, étant tous plus bas et au lieu dit Itapère, où l’autre navire était mouillé trois jours avant nous seulement, comme on apprit le lendemain 17 août, ayant envoyé la chaloupe, qui vit beaucoup de nègres sur le sable.

étant passée une pointe qui nous couvrait la rade d’Itapère, on mit pied à terre, et nos gens apprirent aussitôt l’arrivée de l’autre navire ; ce qui les fit retourner sur leurs pas avec trois ou quatre de ces nègres et des présents qu’ils apportaient à M. de Pronis : des citrons, volailles, racines, qu’on mange en ce pays au lieu de pain et des bananes, une espèce de fruit, le meilleur qu’on trouve en ce canton de terre.

Voilà sujet de joie sans doute ; voici des douceurs et rafraîchissements après tant de travaux, voici la paix après tant d’inquiétudes ; enfin voici ce que tous ceux du navire souhaitaient. Mais seuls Desmoulins et moi trouvons plus d’amertume que nous n’avions encore fait jusque-là. M Bourdaise en a passé par là ; mais il se console maintenant, comme je crois, dans la vie de notre cher M. Nacquart ; mais, hélas ! c’est dans les cieux ; car il n’a pas seulement appris sa mort temporelle, comme je crois, en ce monde, dont seulement nous avons connaissance par le moyen de ces nègres, mais bien encore sa vie spirituelle dans les cieux et en ce pays par l’odeur que ses vertus et bons exemples y ont laissée, dont à la vérité nous ne sommes entièrement privés, vu l’affection avec laquelle ces pauvres infidèles nous parlent de lui. Ce qui nous fait reconnaître un peu qu’il vit encore en ce pays et ce qui adoucit encore un peu nos douleurs et amertumes, attendant un plus grand soulagement à demain sur ce point, que nous irons mouiller l’ancre à Itapère, et là ; l’y recevoir de M. Bourdaise, qui nous dira ce qu’il en sait déjà, nous résignant néanmoins à la bonté divine en une perte reconnue par tous les Français qui nous en ont parlé depuis, très grande pour nous, pour plusieurs raisons En effet nous ne l’expérimentons que trop dès notre arrivée en plusieurs occasions, dont la moindre est de ne savoir à qui nous adresser. sinon à celui seul qui nous fait quelque plainte de lui. Mais Dieu ne connaissait pas seul M..Nacquart, non plus que celui-là. Il sait ce que tous les autres, tant Français que nègres, m’en ont dit, n’y en ayant aucun qui ne m’en parle avec des sentiments d’affection que je ne saurais exprimer (4). Les actions qu’il a faites

4) Etienne de Flacourt écrit de M. Charles Nacquart (histoire de

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en ce pays, depuis celles dont il vous a donné ; connaissance par sa lettre, vous feraient connaître si c’est à tort qu’il est en telle estime de deçà, que la plupart des Français nous on dit n’avoir jamais senti une telle douleur que celle qu’ils sentirent après sa mort ; et d’autres ne pouvaient s’imaginer qu’il était mort.

J’envoie à M. l’abbé d’Annenont des mémoires mêmes qu’il a faits de sa main propre, depuis ceux qu’il vous envoya avec ses lettres, pour en faire lecture à M le maréchal, s’il le désire ; et après, qu’il l’envoie a Madame d’Aiguillon, que je prie vous envoyer aussi, après qu’elle en aura fait lecture..Si vous jugez à propos de nous en envoyer copie par les premiers qui viendront ici, vu que nous n’avons loisir d’en faire des copies ? J’en ai pourtant fait lecture une et deux fois.

J’ajouterai seulement à ces mémoires, qui cessent longtemps avant sa maladie, comme j’ai remarqué par le livre des baptêmes et son mémoire qui finit après le premier jour de mai de l’an 1650 que je trouve qu’il a baptisé, depuis le 9e de mai seulement jusqu’au 19, neuf petits enfants et un vieillard de soixante ans, malade en extrémité (c’était un maître de village, comme qui dirait un seigneur de village en France), après avoir été instruit Il était en un voyage, où il baptisa ces dix personnes, comme j’ai remarqué, après lequel il vint ici malade aussitôt son arrivée, dont il avait déjà senti le coup longtemps auparavant, savoir dès le dimanche du Bon Pasteur, et qu’il l’avait annoncé aux Français, leur parlant sur cet évangile en ces termes : Percutiam pastorem et dispergentur oves. En effet, le voilà malade quatre ou cinq jours avant le jour de l’Ascension, qui était cette année-là le 26 mai, auquel jour il se leva encore et leur prêcha, mais peu, pour sa faiblesse, leur recommandant la paix entre eux et les avertissant des sentiments qu’il avait touchant les blancs de ce pays ; que si on voulait avancer la foi, il serait à propos de les retirer de cette île, vu qu’ils l’empêchaient plus que quelqu’une autre chose qu’on se put imaginer. En effet, un d’iceux nommé Dian Machicore, qui a même permis qu’il baptisât un sien petit enfant nommé Jérôme, que nous n’avons jamais pu obtenir du

la grande isle Madagascar, Troyes, 1661, in-4, p. 275) : "C’était un homme de bon esprit, zélé pour la religion et qui vivait exemplairement bien, qui avait déjà de la connaissance de la langue à suffisance pour instruire les habitants du pays, à quoi il prenait grande peine de s’employer continuellement, et a été de nous tous fort regretté, d’autant qu’à son imitation beaucoup de Français tâchaient à bien vivre, qui depuis, faute d’instruction, se sont laissés aller au vice commun en ce pays, qui est celui de la chair"

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père pour l’instruire depuis notre arrivée ici, quoiqu’il me l’ait promis plusieurs fois ce loup ravissant, je l’appelle ainsi, a bien osé dire, après la mort de notre cher précurseur qui fut le 29 dudit mois, que l’esprit des Français était perdu et leur lumière était éteinte (ce sont. de leurs façons de parler) et que c’était lui qui l’avait éteinte, voulant dire qu’il viendrait bientôt à bout des Français comme des aveugles ; comme ils ont tâché de faire, mais en vain néanmoins, la Providence divine ne l’ayant pas permis et leur prêtant son bras contre ces infidèles, qui ne manquèrent aussitôt de déclarer la guerre à nos Français et vinrent même jusqu’au fort pour y mettre le feu, dont ils furent bien repoussés de nuit même (5), et pour montrer que cette lumière, qu’ils croyaient avoir éteinte, ne l’était aucunement, ains, au contraire, qu’elle éclairait mieux que jamais et les faisait voir en plein minuit, comme on dit. En effet, d’où vient que douze Français, en se défendant, en repoussent deux ou trois mille de cette nation lorsqu’ils se tiennent sur leurs gardes (6) Et n’est-ce pas faute de cette précaution que vingt autres Français environ ont été massacrés par pure trahison, sans leur donner le loisir de se jeter sur leurs armes (7), dont néanmoins la divine Providence avait averti ces pauvres brebis innocentes, qui ne se souvenaient que leur pasteur avait dit qu’elles s’égareraient se sentant frappées, et que leur guide et lumière leur manquait, que ce païen disait leur avoir ôté (8).

Je l’ai dit loup ravissant, parce que c’est l’homme qui fait paraître en tout plus d’estime pour notre religion, dont. au moindre point qu’il en aperçoit et qu’on lui parle, ce ne sont qu’admirations et approbations ; mais au fond ce mahométan n’a que des sentiments contraires et des discours et effets opposés en derrière.

Ce bon pasteur donc sentant son mal augmenter, le jour de l’Ascension, l’après-midi, il fit venir quelqu’un des Français, et un entre autres, qui s’en va en France, auquel il donna Le Chrétien charitable, le priant s’en servir en après envers tous

5) C’était le 22 janvier 1651. Pour disperser les nègres de Dian Ramach M de Flacour avait fait partir ses canons Les assaillants s’enfuirent de suite épouvantés. (Cf. de Flacourt, op. cit., p. 292 et suiv)

6) Cf. de Flacourt, op. cit., p. 279 et sui.

7). Cf. ibid., p. 290 et suiv

8) La petite colonie du fort Dauphin ne comprenait plus en juillet 1654 que soixante-dix-sept Français. Toujours épiés, menacés ou attaqués par les indigènes, ils avaient dû, en guise de représailles, ravager leurs terres, piller et incendier leurs villages. Ainsi s’étaient écoulées les années 1651, 1652 et 1653.

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les malades, jusqu’à ce qu’il fût venu quelque prêtre ici et de commencer par lui-même, se faisant lire toutes les choses qui sont pour les malades ; et dit ce jour-là ou le lendemain aux autres, après leur avoir demandé pardon des sujets qu’il leur pouvait avoir donné des mauvais exemples, leur avoir recommandé l’amour entre eux, la fuite de tout péché et la poursuite de toutes les choses nécessaires pour leur salut, l’assistance et secours mutuel en leurs besoins et maladies.

Et se voyant proche de sa fin, voulant remédier à tout, se souvenant que le Saint Sacrement était encore à l’église et n’y pouvant aller pour le consommer, il. leur l’honneur et le respect qu’ils y devaient avoir, et si par malheur, dont il avait sujet de craindre, ils étaient obligés d’abandonner leur fort, qu’ils emportassent avec eux le tabernacle, ou au moins le saint ciboire, n’étant pas encore assuré qu’il y pût remédier lui-même.

En outre, ayant fait tout ce que le mal qu’il souffrait lui permettait pour le spirituel, il tâcha de songer au temporel, priant M. de Flacourt que, si Dieu disposait de lui, qu’on l’enterrât en une église proche de l’autel, dont il avait mis la pierre fondamentale le jour de la Purification, que les guerres continuelles, auxquelles la venue de ces deux navires a seulement mis fin, ont empêché d’achever de bâtir. Elle sert maintenant de cimetière. Il pria aussi qu’on déterrât son cher compagnon M. Gondrée et qu’on le mit en même tombe avec lui ; ce qu’on n’a pu encore accomplir jusque-là, mais que nous tâcherons de faire exécuter au plus tôt.

De plus, il ordonna qu’on satisfit du peu d’argent qu’il avait de reste celui qui lui avait servi d’interprète, et autres petites affaires temporelles, comme on verrait par la copie de son testament, qu’il fit lors, dont je vous envoie la copie seulement. Et le samedi suivant, il perdit le jugement et mourut le dimanche 29 mai.

Ces Messieurs l’enterrèrent du mieux qu’ils purent, avec les ornements sacerdotaux, comme on m’a dit. Il n’oublia, au bout de l’an, de faire un service, savoir l’office des morts et la messe, pour son cher compagnon quelques peu de jours avant sa maladie, espérant qu’après cela il irait bientôt jouir de sa chère compagnie toute l’éternité, pour un an qu’il en avait été privé.

La mémoire de notre défunt était tellement au cœur de ces bons Messieurs nos Français qui étaient ici, qu’ils ne manquèrent non plus, au bout de l’an, de lui chanter l’office des morts, comme nous avons fait ici, M. Bourdaise et moi. Après avoir dit nos trois messes, à l’ordinaire de la maison nous chantâmes le premier nocturne de l’office des morts, les Laudes et

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nos deux messes hautes, l’une de la Vierge et l’autre des morts.

Je crois que tous nos Messieurs, qui sauront que Dieu en a disposé, ne manqueront à lui rendre les mêmes devoirs qu’on a rendus jusque-là à tous les défunts de notre compagnie. Je ne saurais croire qu’aucun en perde la mémoire elle est trop célèbre.

Ses vertus exercées tant en France qu’ici, qui ne se sauraient cacher et que chacun sait et saura par la lecture de ses propres écrits, que l’humilité a obligé : d’écrire plutôt qu’aucun autre respect, non, à la vérité, des choses secrètes et dons de Dieu intérieurs et à lui particuliers, dont j’en ai pourtant appris quelque chose de deçà ; car il avait trop de peur que le vent de superbe ne renversât le bâtiment puissant, non de sable seulement, qu’il avait construit de ses dons divins, entre lesquels était celui d’être le septième garçon de sa famille, et partant qui avait pouvoir, comme le roi de France, de toucher des écrouelles ; aussi portait-il naturellement une fleur de lis imprimée sur son estomac dès sa naissance pour marque de ce pouvoir particulier, comme j’ai appris de quelqu’un de nos Français, qui l’ont remarquée après sa mort, que les uns ne se pouvaient imaginer être véritable, croyant un an durant le devoir toujours voir, les autres n’en pouvant perdre la douleur ; et plusieurs même nègres n’en pouvaient perdre la mémoire, tant elle leur était chère et recommandée, comme elle est encore à présent, selon ce que nous en remarquons par les discours qu’ils tiennent à sa louange et par les bons mouvements qu’il leur a inspirés pour la foi ; en telle sorte que, depuis notre arrivée jusqu’à présent, nous n’avons point eu affaire à sortir du logis pour aller seulement chez un seul de ces pauvres infidèles pour occuper notre temps à les instruire. Ils nous ont assez occupés sans sortir de notre logis et nous sont venus trouver sitôt qu’ils ont su que nous venions ici pour faire la même fonction que notre défunt, qui en a baptisé durant sa vie soixante-dix-sept, tant adultes que non adultes ; en sorte que, depuis deux ou trois jours après notre arrivée ici jusqu’à présent, il s’est peu passé de jours que nous n’ayons eu, depuis le soleil levé jusqu’à 10 et 11 heures quelqu’un de ces infidèles ; et assez. souvent nous en avons jusqu’à une vingtaine dans une case à part, qui ne nous sert que pour leur apprendre à prier Dieu et que nous avons achetée pour cela seul ; et depuis une heure et demie jusqu’à trois et quatre heures et depuis cinq jusqu’à la nuit, si nous nous occupons à autre chose que ce soit, nous leur ôtons ce temps sur leur instruction, et même durant que je vous écris celle-ci, il faut que je les prie de me donner ce peu de temps. qu’elles

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ne m’accordent pas volontiers, et que les nouvelles venues ne peuvent attendre.

D’où vous jugez le besoin d’ouvriers en ce pays ; et si je vous en demande trop, je vous assure qu’il n’y a presque point de village aux environs d’ici où l’on n’eût la même occupation. Deux ou trois frères n’y manqueraient d’occupation, surtout s’ils ont des vertus mâles et fortes tant en chasteté qu’obéissance et que douceur. Oh ! plût à Dieu que j’en eusse conformément aux besoins que j’en ai pour de semblables occupations ! Il sait trop combien j’en suis éloigné, surtout de la dernière, non la moins nécessaire en ce pays. S’ils ne savent lire, ni écrire, ils feront peu de chose ; et un peu de connaissance en la chirurgie et apothicairerie, avec les choses nécessaires pour cela, dont voici un mémoire écrit de la main de M. Bourdaise, qui est sans cesse importuné tant des Français que des pauvres nationnaires pour quelques onguents pour leurs blessures et maux de ventre et autres maladies ordinaires en ce pays, non qu’ils manquent de chirurgiens et apothicaires en ce pays ici, mais si dénués de remèdes et choses nécessaires à la santé qu’ils ont recours à lui à tous moments. Ce n’est pas la moindre occasion dont on se peut servir pour parler à ces gens ici de la foi et d’y faire progrès. Les saignées en ce pays sont si nécessaires qu’on ne le saurait penser, et les lancettes si rares que les chirurgiens d’ici fuient tant qu’ils peuvent de saigner, pour les conserver. ;

Un autre frère coadjuteur qui sache la couture, ou plutôt l’art de menuiserie et quelque chose de serrurerie, n’y serait pas moins nécessaire que l’autre, pourvu qu’ils aient tous deux bon pied et bonne santé, aussi bien que les prêtres qui pourront venir de deçà, quoique néanmoins les personnes de complexion délicate s’y portent assez bien.

Je ne vous dis rien davantage sur cela ; je laisse vous ressouvenir de ce que vous en a mandé notre cher défunt tant des ouvriers, du nombre, de leurs qualités, que de leur âge, auquel n’est pas tant nécessaire d’attention pour les hommes que pour les femmes.

Je ne vous dis rien sur les mœurs de la nation, ni sur les qualités du pays. Le temps du départ du navire qui presse m’en empêche. M. Bourdaise vous en dit un mot en la sienne, attendant que nous vous en puissions faire un ample récit. Je n’ai aussi bien encore remarqué grand’chose que vous n’ayez appris par celle de M. Nacquart, défunt.

Je vous enverrai quelque mémoire des choses que je crois nécessaires en ce pays, et pour prévenir les inconvénients qui nous sont arrivés pour y remédier croyant devant Dieu que cette petite occupation pour le temporel n’est point détachée

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du spirituel, puisqu’elle doit empêcher de petits désordres, que le désir du salut de mon prochain et du mien me doivent faire éviter. C’est en cette seule vue que je les ai écrites, à proportion que j’en ai remarqué le besoin par ma faute. Je ne doute qu’il n’y paraisse peut-être un peu trop d’attention aux choses temporelles mais je suis aveugle en ce point.

J’espère de votre charité paternelle que vous excuserez volontiers cette faiblesse en moi et que vous m’obtiendrez lumière en mon aveuglement, par le mérite de votre bénédiction sur le plus infirme et imparfait de tous ceux que vous chérissez comme vos chers enfants, en l’amour de N.-S., pour un desquels j’ai cette confiance que vous tenez. Monsieur et très honoré Père, votre très humble et très obéissant en l’amour de N-.S.

MOUSNIER,

prêtre de la Mission très indigne.

1837. — JEAN-FRANçOIS MOUSNIER, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

Fort Dauphin, 6 février 1655.

Monsieur,

Je crois être obligé de vous mander les choses suivantes crainte qu’il ne nous en arrive autant de perte qu’à nous, qui a été très grande, faute de les avoir sues.

Premièrement, pour la farine que vous apporterez ici, jusques à ce qu’on vous mande n’en être plus besoin, afin qu’il : n’y ait de la farine de fèves mêlée comme il nous est arrive ayez-en de Saint-Lazare de pur froment ; faites chauffer le four comme pour cuire du pain, et y mettez ce que vous en voudrez apporter, dans des vaisseaux de terre ; un poinçon est autant qu’il en faut au plus ; puis ayant été au four la moitié du temps qu’on y laisse le pain, la faut retirer et en ôter ce qui semble être trop sec ; et mettez le reste en de petits barils neufs de trois pots ; vous l’y foulerez le plus que vous pourrez et placerez ces petits barillets dans une barrique neuve qui ait huit bons cercles de fer, parmi de la paille ou bien en une grande caisse de sapin dont les ais aient un pouce et demi d épais parmi de la paille ; semblablement et couvrirez ladite caisse encore dessus de paille et d’une bonne grosse

Lettre 1837. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle

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toile cirée ou goudronnée, avec de bons cordages aussi goudronnés, crainte que la toile et cordages ne pourrissent au navire comme il nous est arrivé, et de la plus grande perte des choses.

2° Que chacun des prêtres ou frères qui viendront ici aient un livre ou deux de papier blanc avant leur départ de Paris, èsquels tous les mots français qu’on se peut imaginer soient écrits alphabétiquement ; Pajot (1), Mores et le petit dictionnaire leur aideront pour cela ; comme aussi qu’ils y écrivent tout le français qu’ils trouveront au Thesaurus linguae latinae, et laissent de l’espace pour écrire la langue malgache ; et, ce faisant, ils posséderont bientôt la langue malgache.

3° Que ceux qui viendront ici ne s’attendent à personne pour acheter et fournir ce qu’il..leur faudra ; ainsi qu’ils le fassent eux-mêmes s’ils ont connaissance du prix de chaque chose ; sinon, qu’ils soient présents, s’il se peut, à ceux qui les achèteront et qu’on porte ou à Saint-Lazare ou aux Bons-Enfants tout ce qu’on voudra apporter ici, pour en faire dès là inventaire de tout, dont une copie demeure à Saint-Lazare ; et que ceux qui viendront en aient chacun une autre copie, à laquelle ils ajouteront le surplus des choses qu’ils prendront ailleurs qu’à Paris en leur chemin.

Qu’on prévoie au moins trois jours d’avant que sortir de Paris à la douane pour ce qu’on apportera.

Plus, qu’on emballotte toutes les choses qu’on apportera en ce pays, comme j’ai marqué ci-dessus pour la farine et qu’on mette un sceau et une marque à chaque ballot dès Paris à la douane ; c’est le lieu pour les connaître. Si l’on prend des caisses au lieu des barriques, qu’elles soient longues de quatre pieds, larges et hautes de deux et demi, et les ais épais d’un pouce et demi, de sapin ou chêne. Qu’on y mette de bonnes serrures et bons cadenas, et le surplus comme ci-dessus pour la farine.

Qu’ils aient dès Paris une centaine de ces petits examens de conscience pour une confession générale tirés de Grenade. Pour des chapelets une grosse ou deux est ce qu’il en faut seulement pour donner en mer, car ici l’on leur en fait de diverses choses propres pour cela. Plus, une demi-douzaine de cuillers de cuivre étamé.

Qu’un de nos frères coadjuteurs de Saint-Lazare (ce peut

1) Charles Pajot, jésuite, né à Paris le 6 décembre 1609, mort à la Flèche le 13 octobre 1686, auteur de nombreux ouvrages classiques à l’usage des écoliers appliqués à l’étude du latin ou du grec : dictionnaires, syntaxes, rudiments, art poétique, écrits la plupart en latin.

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être le jardinier) apporte le soin, à toutes les saisons de chaque année, d’amasser en un sac à part, pour cette île, de chaque sorte de graine des herbes tant potagères que propres aux apothicaires, en un papier, avec son nom et de toutes sortes de noyaux et pépins des fruits de France, avec leur nom pour les pépins. Pour la vigne, il y en a ici assurément. Semblablement, pour toutes les sortes de fleurs qui se treuvent en France, qu’il en amasse des graines ; et de celles qui ne viennent de graine qu’il ait des racines, ou ce qui fait produire en France. Celles que nous avons apportées n’ont rien valu, pour avoir été mal placées en nos hardes. On mettra le sac parmi les choses sèches qu’on apportera, comme parmi le linge. Et pour le froment, le seigle, l’orge et avoine, qu’on en ait en deux sachets, le tout en leurs épis : un des sachets avec les autres graines, en un lieu bien sec, non parmi des ferrailles ; et l’autre, en un coffre que l’on puisse avoir quand l’on voudra, pour les mettre à l’air de temps en temps, sans oublier des noyaux d’olives qui n’aient été encore confites. S’ils y apportent quelques douceurs comme sucre candi ou autre confection de hyacinthe et thériaque et orviétan et semblables que ce soit en des vaisseaux d’étain ou de verre bien fort et bien bouché avec cire de savon et un morceau de liège dessous avec du suif dessus le liège et un morceau de parchemin par dessus tout ; faute de quoi, il leur arrivera désordre comme à nous. Et qu’ils aient ces choses en un coffre où ils y voient souvent, qui soit entre deux ponts au navire. Et si l’on pouvait apporter quelque plant de rosier ce serait un grand bien. S’ils apportent pruneaux figues et raisins secs amandes douces et amères, poivre, girofle, cannelle et muscade, ce qui ne se trouve en ce pays et néanmoins bien nécessaire pour les malades, que le tout soit chacun en une boîte à part, et toutes ces boîte en une grande caisse, comme j’ai dit ci-dessus.

Quelques vaisseaux de terre ou fer-blanc ou cuivre ou étain pour mettre des fleurs à l’église serviraient merveilleusement de deçà vu qu’on n’en saurait faire faire ici. Il serait à propos que ce fût des vaisseaux de terre vernissée et plombée des plus beaux qu’on fait en France

Dix ou douze pains de savon en ce pays pour le linge d’église nous obligeraient de le tenir proprement avec une livre d’amidon et un peu d’azur à proportion

Qu’on mette au fond des coffres où on mettra les hardes une pièce de cuir fort pour semelles de soulier avec une douzaine de pelotes de fil de voile pour rhabiller (2) les souliers, et

2) Rabiller réparer

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quelques alènes avec le cuir, qui conservera ce qu’on mettra au coffre.

S’il nous vient ici quelqu’un de nos frères qui entende la couture, il serait à propos qu’il apportât avec lui dès Paris (et quand même vous ne pourriez nous envoyer de frère ces choses nous seraient nécessaires) deux paires de ciseaux médiocres ; deux ou trois milliers d’aiguilles et plus, pource que la rouille en mange étrangement, mises dans une boîte sans aucun air dans du blanc rasis (3) ; une demi-douzaine de dés à coudre de grandeur médiocre, de cuivre jaune, crainte de rouille, de ces petits crochets et portes qu’on met à Saint-Lazare aux chemisettes (4) ; et des petits becs de corbin ronds et plats pour monter et démonter nos montres et y faire ce qui sera à faire plus quatre ou cinq livres de fil blanc et mauve et point de noir il se gâte tout en mer.

Pour les frères et prêtres, il serait à propos qu’on leur donnât dès Saint-Lazare à chacun un haut-de-chausses de toile pour le passage ; le pays n’est pas si chaud qu’on ne porte bien ici des soutanes et hauts-de-chausses de bonne serge de Londres. Ces autres petites étoffes et ces hauts-de-chausses de chamois ne valent rien du tout ; ici, après un tel voyage en mer, cela est tout gâté et perdu et ne dure pas deux jours honnêtement sans être tout déchiré. Des habits aussi pour nos frères, de bonne serge forte et de durée, est ce qu’il faut ici. Il n’y a que pour des chapeaux dont les plus légers sont les meilleurs (chacun deux chapeaux) [et] sont pour servir longtemps. Et à propos de chapeaux, ne pourrions-nous pas porter quelque petit bonnet rond ou carré en forme de toque aux longs voyages ? C’est tout ce qui incommode le plus en chemin que les grands chapeaux et pesants comme les nôtres, tant à cause des bois fréquents qu’il faut passer que de la force du soleil qui incommode beaucoup avec ces sortes de chapeaux. Qu’on ne craigne d’en apporter trop ici, non plus que de souliers ; on en retire bien son profit aussi bien que du linge.

Qu’on fasse faire dès Paris une douzaine d’assiettes de fer-blanc double et quatre plats moyens dudit fer. Si on apporte quelques serviettes et nappes de France, on n’aura pas la peine de faire rompre des draps pour en faire, comme il nous a fallu faire. Un couple de fontaines de fer-blanc serait très nécessaire pour l’église.

Une caisse pleine de Vaisseaux de grès ou terre vernissée,

3.) Blanc rasis. céruse.

4) Anneaux dans lesquels s’engagent les agrafes.

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tant bouteilles que pots, serait très nécessaire en ce pays pour mettre les liqueurs qu’on a besoin.

Les guerres précédentes en ce pays contre nos Français vous donneront connaissance et feront estimer, crainte des assassins, qu’un fusil et un couple de paires de pistolets pour la personne que nous prenons pour nous accompagner en campagne, quand nous y allons, ne seront pas sans besoin et partant, avec ces armes, 40 ou 50 livres de poudre et le double de plombs de toutes grosseurs, et des pierres pour ces armes, un sachet, deux tire-bourres et deux racloirs.

Pour les ornements d’église, je ne vous dis rien de ce qu’il en faut ; seulement les plus beaux et honnêtes attirent davantage. Cette nation a la foi et dévotion, comme nous remarquons déjà. Il nous manque ici un pluvial pour le célébrant et, s’il vient des prêtres davantage, une tunique et dalmatique de chaque couleur ; et les étoffes du pays ne sont pas encore du tout honnêtes pour servir à l’église. Et pour les fers à faire pain à chanter, les nôtres sont tout gâtés de rouille en mer ; c’est pourquoi ci-après il en faudra apporter que les plaques seulement soient de cuivre jaune ou rouge, et le manche de fer semblablement. Pour les fers à rogner ledit pain, il faudrait qu’ils fussent faits, pour le grand pain, en forme de compas, dont le tranchant soit bien frotté et le reste aussi, de blanc rasis crainte de la rouille. Deux ou trois milliers de ces grosses épingles et courtes à grosse tête pour l’église nous seraient extrêmement utiles. Pour d’autres, nous en avons assez, grâce à Dieu, pour deux ans ; car nous avons trouvé celles de notre défunt, et beaucoup qu’on nous a données à Paris à proportion des autres choses. Il en faut néanmoins pour le voyage quelque peu. Surtout qu’on n’oublie pas comme moi, quelques beaux tableaux de peinture sur de la toile avec quelque beau cadre démonté qu’on puisse aisément monter pour mettre en l’église, qui est ce qui y manque le plus.

Voici quelques doutes :.

Je ne sais si nous devons permettre à nos frères coadjuteurs s’il nous en vient, d’aller pieds nus à la coutume des Français d’ici, qui ne portent ni bas ni souliers ni pourpoints ni chemises pour la plupart. Ne pourrons-nous pas aussi les laisser aller avec un haut-de-chausses et une chemise seulement s’ils le désirent ainsi, surtout ès voyages qu’il y aura à faire pource que les habits sont bien incommodes et les bas et souliers ? Moi-même et Monsieur Bourdaise avons marché pieds nus trente ou quarante fois qu’il nous a fallu aller d’ici à cinq grandes lieues sur le sable au bord de la mer dire la messe tous les dimanches au navire qui était mouillé à la rade d’ici, afin que la moitié des chrétiens qui étaient en cette île

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eussent part au saint Mystère. La grande quantité d’eaux qu’on trouve à passer oblige aussi bien trop souvent à se chausser et déchausser et pour la soutane ou soutanelle nous ne sommes pas en la pensée de la quitter, quelqu’incommodité qu’elle apporte.

Savoir si nous devons manger de la graisse d’une loupe qui vient sur les épaules des bœufs en ce pays, au lieu de beurre et huile, car il ne se peut encore avoir ni beurre ni huile ici aux jours maigres, et n’en avons pu voir ; et au carême si nous devons manger des œufs, car de poisson rarement en peut-on avoir, et n’avons pas le loisir d’en aller pêcher ; et les nègres et Français ne s’en mêlent quasi point, et on vit ici comme s’il n’y avait point de jours maigres ; et est bien difficile de faire autrement.

Mémoires des livres nécessaires :

Une grammaire arabique avec un dictionnaire

A chaque prêtre deux bréviaires deux diurnaux, deux livres de papier blanc, dont j’ai parlé ci-dessus ; à chacun une bible portative, le nouveau testament, un missel, rituel romain ou de Meaux en Brie ; deux processionnaires ; un antiphonaire et graduel en chant à chaque voyage seulement ; un martyrologe à chaque voyage seulement ; livre à chanter les ténèbres et la passion ; chacun un bref perpétuel intitulé Calendrier universel à l’usage romain, imprimé à Venise l’an 1584 chez Jean Sessa, ou depuis, ou bien à Rome, et non en France, si ce n’est depuis notre départ de France crainte qu’il ne soit de quelque diocèse particulier, comme j’en ai vu à Paris pour l’évêché de Cahors ; ce livre est des plus nécessaires, et on pourrait en faire venir de Rome ou de Venise ; un carton d’autel à chaque prêtre et carte d’évangile.

Le Père a Rosta qui traite de la conversion des infidèles Catéchisme de Grenade pour ce sujet Thomas Bosius (5) et un autre intitulé La Conversion des Gentils, qui a douze livres sur le sujet, avec un catéchisme à la fin pour les catéchumènes ; à chaque prêtre deux livres du Chrétien Charitable par le Père Bonnefons (6), une des vies des Saints de Ribadeneyra (7)

5) L’ouvrage de Thomas Bosius que Jean Mousnier a ici en vue est sans doute De signis Ecclesiae Dei libri XXIIII, Coloniae Agrippinne, 1592, 2 t. en 3 vol. in-8 ; ouvrage réédité en 1594 et en 1626.

6). Le Chrestien Charitable par le P. Amable Bonnefous. Cet ouvrage était déjà arrivé à sa cinquième édition.

7). L’ouvrage du P jésuite espagnol Pierre de Ribadeneyra, traduit en français par René Gautier, conseiller du roi, sous ce titre Les fleurs des vies des Saints et festes de toute l’année, eut plusieurs éditions, dont une préparée par les soins d’André Duval, qui. ajouta

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ou du Père Simon. Martin (8) ; un Concile de Trente et son Catéchisme à chaque prêtre ; une Somme des Conciles ; les Œuvres de saint Thomas et ses opuscules, ou plutôt les opuscules de saint Bonaventure ; un Gavantus (9) à chaque voyage ; deux dictionnaires de Pajot (10) en cet ordre : 1° le français ; 2° le latin et le grec ; des petits rudiments une demi-douzaine (11) ; un couple Despautère (12) ; un Hortus Pastorum (13) ; un livre des Œuvres de Grenade à chaque voyage ; six gros livres de papier blanc pour les registres des baptêmes, mariages et mortuaires deux pour chaque sorte et deux pour les choses mémorables et deux pour les inventaires des choses qu’on aura ; les Instructions Synodales de Monsieur Godeau (14) ; les épîtres de saint Xavier (15) ; les Relations de la Chine et Japon (16) ; Des saints devoirs de l’âme dévote ; des a Kempis français (17) ; Le Chrétien Charitable ; Laymann (18)

la vie de plusieurs saints de France et d’autres nouvellement canonisés.

8). Religieux de l’Ordre des Minimes, auteur d’une vie des saints et des Fleurs de la solitude cueillies des plus belles vies des Saints qui ont habité les déserts ; il édita encore en 1656 le Catéchisme et Introduction au Symbole de la Foy par le R. P. Louis de Grenade.

9). Barthélemy Gavantus est l’auteur de nombreux ouvrages liturgiques, dont le principal est le Thesaurus Sacrorum Rituum qui était à sa cinquième édition en 1654.

10) On a de Pajot trois dictionnaires : Dictictionnaire nouveau français-latin, 2e éd., Lyon, 1645, in-8 ; Dictionarium novum latino-gallico-Flexiae, 1636, in-8 ; Dictionarium novum latino-gallico-graecum, Flexiae, 1645, in-4.

11) Rudimenta nova linguae latinae, par Pajot, 2e éd., La Flèche, 1649

12). Jean van Pauteren Despautère est l’auteur ae nombreux ouvrages en latin sur l’art épistolaire, la grammaire, la syntaxe, l’art poétique, la prosodie, I’orthographe.

13). Hortus Pastorum et Concionatorum par Jacques Marchant, Parisiis, 1644, in-f°.

14). Ordonnances et Instructions synodales par Antoine Godeau. La 4e édition de cet ouvrage parut à Lyon en 1666.

15). Francisci Xaverii Epistolarum libri quatuor, ab Horatio Tursellino in latinum conversi ex hispano, Romae, 1596, 2 t. en I vol. in-4. Cet ouvrage fut réédité à Mayence en 1600, à Bordeaux en 1628.

16). Les Relations de la Chine et du Japon avaient pour auteurs des Pères jésuites missionnaires en ces contrées. (Voir Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nouv. éd., Bruxelles, 1890, 10 vol. in-4, t. X, col. 1534-1540, 1545-1549)

17) L’Imitation de Jésus-Christ.

18) Paul Laymann, savant jésuite allemand,, mort le 13 novembre

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ou Bonacina (19) sur les cas de conscience ; un commentaire sur toute l’Ecriture Sainte ; les règlements de la maison, tant du séminaire que des supérieurs que de tous les autres officiers des petites maisons de la Mission, que des frères coadjuteurs et leurs offices… (20)

1838. — TOUSSAINT BOURDAISE, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

Du fort Dauphin ce 6 février 1655.

Monsieur et mon très honoré Père,

Votre bénédiction, s’il vous plaît !

Quoique très éloigné, mon cœur s’enflamme pourtant de plus en plus envers vous et envers la petite compagnie ; les biens qu’elle produit et que les ouvriers en retirent sont mes plus chers entretiens. Je peux dire pour la gloire de Dieu, que je n’ai jamais eu une pensée contre icelle ; et aussi m’y a-t-il conservé, le plus indigne de tous, et m’y a toujours assisté. C’est de quoi je le remercie et le remercierai toute ma vie, protestant que toutes les règles, ordres, pratiques et conduites en sont saints, et les aimerai toujours. Jamais je n’ai été plus content ni pouvais désirer davantage que l’emploi où la divine Providence m’a mis ; je l’en loue de tout mon cœur et m’offre à lui pour disposer de moi selon son bon plaisir, et le prie qu’il ne me laisse aucun désir ni aucune pensée que d’avancer sa pure gloire.

Nous travaillons ici, M. Mousnier et moi, non pas avec tout l’avancement qu’il faudrait ; il ne tient pas à ces bonnes gens, mais plusieurs causes contribuent à ce mal.

1° La mort civile de Dian Poulle, très favorable pour nous, causée par le mal du pays et par le désir de sa liberté, lequel il avait caché, comme il m’en témoigna quelque chose sur le

1035, auteur d’une théologie morale en cinq livres et de nombreux opuscules sur différentes parties de la morale.

19). Martin Bonacina, auteur d’ouvrages de théologie morale très appréciés. Ses œuvres complètes avaient déjà eu plusieurs éditions.

20). Nous arrêtons ici cette lettre, bien qu’elle soit à peine à sa moitié. Le reste n’est qu’une énumération longue et fastidieuse des objets dont doit se munir tout missionnaire destiné à Madagascar, accompagné de quelques conseils pratiques sur les précautions à prendre pour les conserver.

Lettre 1838. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.

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chemin. Une telle mort arrive sans beaucoup de dommage. Le prétexte a été pris de l’humeur de Mousnier et de vivre seul à Mascareigne. Il a bien changé.. Nous avons été trois mois à nous servir ; ce qui empêchait beaucoup de nos fonctions.

2° Le peu d’ouvriers n’est pas un des petits empêchements. Il serait nécessaire d’envoyer encore quatre prêtres desquels deux seraient à l’île Mascareigne, que Mgr (1) désire peupler et où il y a déjà douze Français et huit nègres, et autres pour aller au voyage et dans les barques. Il serait aussi bon d’avoir deux ou trois frères, dont un fût chirurgien, ou deux d’autant que les 0mbiasses sont tous chirurgiens, et les grands, qui séduisent ces pauvres gens par leurs médecines, leur faisant accroire mille superstitions. Monsieur Dufour est de besoin ici. Il ferait des merveilles. La prudence et la douceur sont nécessaires pour les enfants et pour guérir les malades. Il n’a point le cœur aux choses temporelles. Il n’y a rien qui détruise tant l’œuvre de Dieu, pervertissant le cœur des ouvriers. On ne doit pas penser à trafiquer ou amasser, mais même en parler, ni envoyer quoi que ce soit. Je sais que la compagnie est éloignée de cet esprit. La passion du bien est étrange ici dans un prêtre.

Les extrémités en la vertu ne valent rien, comme aussi de suivre en tout son jugement.

On a tenu des filles six mois à baptiser, venant tous les jours trois fois pour prier Dieu ; et on les savait comme il faut. sans toutefois les baptiser ; on veut, avant, qu’elles cherchent un homme qui apprenne à prier Dieu, pour les baptiser et marier tout ensemble. C’est leur demander ce qui n’est en leur pouvoir. Plusieurs ont désisté de venir à cause de cela. Il faut se mêler de mariage. On force une fille à prendre un garçon qu’elle n’aime pas, comme cela s’est vu ; et puis les mauvais ménages. Il est vrai que feu notre Monsieur dit bien qu’il tâchera de ne point baptiser d’adultes. qu’il ne les marie en même temps pour empêcher la rechute ; mais il ne dit pas qu’il n’en baptisera point autrement ; outre que je puis présumer pour un si grand bien qu’elles ne retournèrent pas, comme il s’en est trouvé. Et je veux qu’ils retournent par fragilité ; ils peuvent en l’extrémité aidés de Dieu, en obtenir le pardon. La ferveur passe et les lumières spirituelles s’évanouissent.

Attirer à la foi purement à cause et par les présents ne vaut rien ; mais de donner une poignée de riz pour accoutumer un

1) Le Maréchal de la Meilleray

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enfant de vous venir trouver et vous insinuer en son amitié et à celle de ses parents ; donner quelque petit présent à un adulte baptisé qui vient bien à l’église et qui fait bien son devoir, pour l’encourager ; proposer une corde de rasade à celui, de six ou de quatre, qui apprendra le mieux et plus tôt à prier Dieu, est bon, ce me semble. Je m’en remets entièrement à votre jugement.

Quoique nos avis soient ainsi divisés, nous ne laissons pas de vivre en frères, lesquels se disent simplement leurs défauts pour s’en corriger. Nous sommes tous fautifs. J’ai quelquefois témoigné de la froideur à M. Mousnier, mon supérieur, parlé à lui rudement et même lui ai résisté en derrière du monde, et cela volontairement et après y avoir pensé devant Dieu le jugeant nécessaire, à cause de son humeur rude, pointilleuse et étroite aux nègres et Français ; ce qui leur rendait insupportable et faisait qu’on ne voulait demeurer avec nous. Il y travaille, en voyant bien la nécessité Il est bon et ne garde point son cœur Dieu nous veuille donner son esprit. car je suis rempli de toutes sortes de défauts.

Le vice de la chair fait ici bien du mal : beaucoup ont des femmes publiques. Cela n’a été que depuis la mort de M. Nacquart. Je loue Dieu de la grâce qu’il nous fait. Il serait besoin d’une loi parmi les Français et d’une autre parmi les nègres, de n’avoir qu’une femme et ne la point quitter ; car pour [peu] de secours qu’il vienne, on se rendra maître d’eux.

M. de Pronis est gouverneur, ayant été jugé expédient que ce fût lui. Les choses n’en iront pas pis, s’il plaît à Dieu ; car la piété de M. de la Forest y soignera, comme il fait à présent

Une centaine de blancs nuisent beaucoup par leur avarice, ambition et superstition.

Les sœurs de la Charité seraient utiles pour l’instruction des femmes et des petits enfants.

J’ai remarqué, ce me semble, que les personnes faibles, ou qui sont un peu usées soit de l’âge, soit de maladie, se portent assez bien ici et recouvrent une bonne santé, à cause des vivres, qui sont de facile digestion et humides, et du continuel printemps, qui fait beaucoup de sang et très subtil ; d’où vient que les gens bilieux et pleins de passions ne durent guère, et particulièrement les mélancoliques Les maladies du pays aux nouveaux venus sont des fièvres chaudes et fièvres tierces si violentes qu’il est bien difficile de passer le septième ; ce sont espèces de fièvres à la mode ; car ils vomissent continuellement de la bile ; et lorsque par la faiblesse cela venant à cesser et laissant quelque reste au dedans, c’en est fait ;

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comme aussi des flux de ventre excités par la même humeur, lesquels, s’ils ne cessent et continuent jusqu’au septième ou huitième, emportent la personne. Il vient aussi de grandes coliques et maux d’estomac, cours de ventre et flux de sang, causés par des glaires qu’engendre la nourriture du pays, lesquelles, étant recuites par la chaleur d’une personne chaude, allument un feu et causent la mort ; qui a été la maladie de nos deux Messieurs. Ceux qui sont faits à l’air ont seulement tous les ans quelques petites fièvres quartes ou tierces, ou maux de jambes, qui les purgent, et pour lesquelles ils ne s’arrêtent point. Je vous dirai encore. que les personnes trop abondantes en pituite ne sont pas propres, à cause de l’eau que l’on boit continuellement. De ceci vous pourrez juger les personnes et les remèdes qui seront propres, desquels j’espère de votre bonté que vous m’enverrez un petit billet, pour m’en servir comme il faut.

On nous donne seulement du riz et de la viande. Si vous jugez que vous ou nous disions un petit mot de l’entretien ? Monseigneur le maréchal fut pourtant fâché de ce qu’on lui avait parlé de notre passage, joint que M. de la Forest, lequel est très juste et très raisonnable, remédiera à cela et à tous les défauts qui se pourraient glisser.

Voici une lettre d’un de nos bons amis, qui a beaucoup servi M. Nacquart ; je vous supplie, Monsieur, de tâcher de la faire tenir à sa pauvre femme (il ne manquera de vous en aller remercier ; elle s’appelle Marie Tavernier, demeurant à Pontoise) et lui donner, s’il vous plaît, cent francs au plus tôt, lesquels il nous a donnés en ce pays.

Monsieur mon très honoré Père, je vous supplie d’avoir la bonté de faire avertir mes parents et leur faire mes recommandations et qu’ils prient Dieu pour moi ; comme aussi faire tenir ces lettres et de nous envoyer la réponse que les parents vous enverront

Il ira de nos Français vous voir et faire retraite ; vous pourrez apprendre d’eux comme nous faisons.

Votre très humble et très affectionné serviteur et indigne fils.

T. BOURDAISE ;

i. p. d. l. M..

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1839. — TOUSSAINT BOURDAISE, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

A Madagascar, ce 8 février 1655.

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction, s’il vous plaît !

Je vous ai déjà mandé au Cap-Vert par le capitaine Bichot, qui est de Dieppe, tout ce qui s’était passé jusqu’au lieu de notre voyage. Mais, crainte que ma lettre n’ait été perdue, je vous dirai en peu de mots qu’ayant monté sur les navires de M. de la Forest, amiral des deux vaisseaux, je fus reçu avec tout l’honneur possible.

Le dimanche suivant, qui était le deuxième de carême, on leva l’ancre, au grand contentement d’un chacun ; et pour témoignage de réjouissance on chanta le Te Deum, et célébrai la sainte messe. Et comme Dieu mêle ordinairement l’affliction avec la joie, une voie d’eau qui était au navire commença à paraître et à nous travailler si extraordinairement qu’il fallait être jour et nuit à la pompe. Ce qui faisait songer à la plupart de relâcher en France, mais le capitaine, se confiant en Dieu, ne le voulut jamais. Enfin avec beaucoup de fatigue, le vendredi d’après Pâques, Dieu nous fit arriver au Cap-Vert, au grand étonnement et contentement d’un chacun sans avoir souffert aucune tempête, ni vu aucun corsaire.

Pendant tout ce temps je souffris toujours le mal de mer, sans presque manger. Cela n’a servi néanmoins que pour une plus parfaite santé, que je recouvrai bientôt au Cap. Cela pourtant n’a empêché que je n’aie dit la sainte messe tous les dimanches presque et fait quelques petits discours. Je visitai en ce lieu ces pauvres Indiens, qui sont en très grande quantité. Je serais trop long à vous mander toutes leurs façons de vivre ; seulement je me contenterai de vous dire que leur conversion m’a semblé facile :

1° Parce que plusieurs en ce lieu entendent la langue française

2° D’autant que parmi eux il y a de très bons catholiques portugais et plusieurs de leurs enfants qui sont baptisés, distingués des autres par une petite couronne qu’ils portent. Il y a même une chapelle bien jolie.

3° Il y va des navires tous les six mois de la part d’une compagnie qui est dans Rouen.

Lettre 1839. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.

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4° C’est qu’ils ne tiennent que fort peu au mahométisme, étant comme des esclaves desquels les Turcs ne se mettent guère en peine, étant trop éloignés du Grand. Seigneur.

5° Ils vous écoutent volontiers, et il y en a qui savent encore leur Pater et font la bénédiction, pour leur avoir été appris, il y a quelques huit ans, par des Pères Capucins, qui furent quelques huit jours en ce lieu fort bien reçus. Et pour moi je ne pouvais faire un pas que je n’eusse une grande quantité de petits et de grands garçons et filles après moi et qui me prenaient les mains et m’appelaient Patres. Je leur faisais faire le signe de la croix et dire leur Pater ; et ne faut pas s’étonner si par ci-devant on n’a pas fait tout le profit que l’on eût pu souhaiter, d’autant qu’ils ont plus de besoin que l’on leur fasse l’aumône, que non pas de la donner ; car ils sont très pauvres, en telle façon que le plus riche d’entre eux est plus misérable que le plus gueux de France, et partant d’autant plus dignes et faciles à convertir, N.-S.. ayant été envoyé pour évangéliser principalement ceux-là.

6° Outre qu’ils ne sont pas beaucoup lubrique ; ce qui les dispose mieux à recevoir la lumière.

7° Les personnes qui sont là sont en sûreté ; car ils n’oseraient tuer ni même blesser, ayant des lois qui les rendent esclaves pour toujours, eux et tous leurs parents et descendants.

Il est vrai qu’ils ont deux vices, qui sont l’avarice et le vol, lesquels ne proviennent que de leur pauvreté. Leur vol n’est que de prendre subtilement aux nouveaux venus quelque chose ; car, si vous pouvez remarquer celui qui vous a dérobé, aussitôt on vous le fait rendre ; pour une épingle, une aiguille. Un peu de verrot, et vous les gagnez. Ils demandent incessamment et estiment tout jusqu’aux haillons. Les choses néanmoins qu’ils prisent davantage et dont il faudrait faire des présents sont du corail long et façonné, barres de fer, ciseaux, couteaux, eau-de-vie et du pain. Il faudrait que ceux qui iraient là sussent un peu de portugais, car ils l’entendent bien, et portassent de la farine et du biscuit. Les bœufs y sont au prix d’une [piécette] (1) de huit. ; un cabri ou deux poules, pour une bouteille d’eau-de-vie. Pour icelle vous avez ce que vous voulez. Il serait néanmoins tout à fait nécessaire que les ouvriers étrangers ne traitassent rien que ce qui est utile pour leur usage dans le pays et jamais n’envoyassent quoi que ce soit ni pour présent, ni pour nos maisons, ni même parlassent de marchandise. vous assurant qu’il n’y a rien qui empêche

1) Texte de la copie : pissesse.

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tant la propagation de la foi que cet esprit et qui soit plus abhorré dans un prêtre. Je sais que toute la compagnie en est tout à fait éloignée.

Après dix jours que nous demeurâmes là, pendant lesquels on apporta tous les soins et inventions possibles pour remédier à la voie d’eau, sans toutefois aucun avancement, la plus grande part de nos gens ayant fait leurs pâques et étant en bon état, nous nous mîmes à la miséricorde de Dieu pour faire cette longue et dangereuse traversée

Le vent nous vient contraire et continue jusqu’à à la ligne, comme il avait fait dès France ; ce qui nous éloigne fort de notre route et nous met en danger d’aller échouer à la côte de Brésil, de laquelle nous n’étions qu’à vingt lieues ; mais le vent s’étant retourné et nos deux vaisseaux rapprochés l’un de l’autre, [ils] continuèrent à voguer ainsi légèrement à la vue l’un de l’autre un mois entier.

Il n’y a rien de plus incertain que le temps. Voilà une tempête qui nous surprend, si cruelle et furieuse que les vagues passaient par-dessus les voiles ; les vergues touchaient dans la mer, laquelle n’était que montagnes. Nous étions tout remplis d’eau, et on ne peut fournir aux pompes. On ne voit goutte en plein midi. Le pilote, qui était venu trois fois en ce pays, dit n’en avoir souffert une si étrange, ; elle dure vingt-six heures, séparant nos deux vaisseaux ; ce qui nous afflige beaucoup et nous fait mettre en peine de retrouver l’Ours. Mais, voyant que nous n’avançons de rien, nous poursuivons notre route. Il se découvre plusieurs monstres de mer et entre autres une prodigieuse baleine, qui tourne autour de notre vaisseau, passe et repasse par-dessous, fait des bruits étranges, s’élève hors de l’eau et demeure un demi-jour, nous faisant craindre qu’elle ne démonte le gouvernail.

Un mois après, le vendredi, sur les quatre heures du soir, se découvrit le cap des Aiguilles, avec une mer fort agitée. Un brouillard nous couvre la terre, et la nuit se forme, qui nous en dérobe la vue. Le vent contraire et la marée nous poussent fortement sur les roches, desquelles nous étions tout proche. La crainte saisit les cœurs ; on allume les lanternes et on se met en prières, attendant l’assistance du ciel, qui ne tarda guère ; car, sur les dix heures, la lune se lève droit à l’horizon, sans aucun brouillard ; ce qui nous fit voir qu’il n’y avait point de terre devant nous.

Et néanmoins, étant sortis de ce lieu, la voie d’eau s’augmente, comme elle avait toujours fait depuis la tempête, en telle façon que l’on ne quitte plus les pompes ni jour ni nuit. Et à grande peine les deux peuvent-elles suffire. Et un vent

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contraire, qui met tous nos matelots sur les dents, faisait douter du succès. Et vous puis dire que le seul exemple du capitaine, son abstinence de viande les mercredis, ses jeûnes et ses mortifications redonnaient à la plupart courage.

La sainte messe se disait les fêtes et dimanches ; les prières que nous faisions, soir et matin, où tous les gens assistaient. Mais toujours le chef était premier et sortait le dernier ; ce qui faisait que l’on pouvait, dire que les sujets suivaient l’exemple de leur maître. Car, en vérité, chacun non seulement tâchait à ne point offenser Dieu mais même plusieurs pratiquaient des vertus très héroïques.

Dans toute la traversée, il ne s’est fait aucun châtiment, tout le monde tâchant avec amour de se ranger à son devoir.

M. de la Forest m’ordonna, dans le commencement, de faire une palette pour frapper ceux qui jureraient le saint nom de Dieu. Hélas ! si quelqu’un par surprise tombait en ce malheur, il venait aussitôt et me faisait instance de le frapper fort, afin de s’en souvenir. Cette ferveur ayant plut à Dieu, il nous fit la grâce de nous délivrer de ce monstre en très peu de temps.

Tout ce long espace de temps ne m’avait aucunement duré, m’occupant à apprendre la langue, ce à quoi je n’avais guère avancé. Mais quelques jours devant que d’arriver, M.. de la Forest s’étant mis à étudier, cela me servit beaucoup, car nous disputions toujours ensemble.

Enfin, après avoir souffert une très mauvaise nuit, pendant laquelle trois matelots disent avoir vu un fantôme au mât de hune, nous vîmes l’île de Saint-Laurent, la veille du même saint, et chantâmes la sainte messe à son honneur avec un Te Deum pour rendre grâces à Dieu par l’intercession du même saint

Nous courûmes tout ce jour et celui d’après jusqu’à midi, où nous mouillâmes à Itapère, qui est à quatre lieues du fort Dauphin, dans une rade fort belle. On dirait un étang ; car tous les rivages ne sont que bois et bocages. Il n’y a que la seule passée du navire.

Dieu sait quelle joie et quel contentement de nous voir arrivés à bon port. Chacun bénissait le Seigneur. L’un disait qu’il n’avait jamais vu un voyage si heureux, vu le péril évident à cause de l’eau que nous avions faite dès France ; l’autre de ce qu’il n’était mort personne et qu’il n’avait que trois malades, un de vieil ulcère, qui ne savait pas compter, se disaient-ils, et deux du mal de mer, qui ont été aussitôt guéris qu’ils ont senti l’air de la terre. Quelqu’un alléguait qu’il n’y avait eu aucune querelle. Généralement tous marquaient les bénédictions et Connaissaient fort bien que Dieu

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leur avait envoyé ce travail et sujet de se confier en lui pour les faire travailler davantage à la vertu.

Mais parmi cette joie, quelqu’un ne voyant paraître aucun nègre, s’étonne, vu qu’autrefois il y en avait beaucoup et que cette côte était fort peuplée. On ne savait que penser ; on disait qu’il fallait qu’il fût arrivé quelque grande malade ; l’autre, qu’ils avaient défait tous les Français et qu’ils s’en étaient allés dans les montagnes. Après un long temps et dans le doute et agitation de diverses pensées, on entend une voix, sans apercevoir d’où elle sortait ; on regarde ; on écoute ; deux nègres paraissent descendre de la montagne. Aussitôt la chaloupe se met en mer avec un interprète et commandement de les traiter avec toute la douceur possible.

Ces pauvres gens tout tremblants, après avoir tiré promesse qu’on ne leur fera rien, s’embarquent et viennent pour monter sur le navire. J’étais avec notre capitaine en sa chambre, tout désireux de savoir des nouvelles des Français et particulièrement de M. Nacquart, pour qui je sentais tous les jours de l’affection de plus en plus, connaissant la nécessité que j’avais de lui en ce pays, où je n’entendais pas la langue.

Ils sont donc présentés à M. de la Forest, qui en eût compassion, et tout le monde les voyant si maigres et défigurés ; c’étaient l’homme et la femme. Ils se jettent en terre et commencent à faire leur harangue, pleine de lamentations. Il dit que leur terre est perdue, que le feu a brûlé leurs maisons, que tous leurs pères sont tués, qu’ils n’ont rien de quoi manger : "Il y a beaucoup d’années que les Français nous font la guerre. Tous les nègres s’en sont enfuis et les ont abandonnés ; ils meurent de faim ; plusieurs sont morts."

A ce mot, je rougis et demande aussitôt comment se portait M. Nacquart. Ils se regardent quelque temps et me dirent : "C’était le sacabire ?" — "Oui", leur dis-je. "Maty", me dirent-ils, il est mort. Mon cœur se glace. Je demande combien il y avait de temps. L’un dit : "Roa volana", deux mois ; l’autre : "Emina taon", six ans. Cela me fait penser que c’était M. Gondrée dont il désirait parler. On lui demande s’il était noirot. Ils songent derechef et ne savent que répondre ; ce qui me donna un peu de courage et me laissa pourtant dans une crainte et mélancolie étranges jusqu’au lendemain, qu’ayant été à terre, je vis d’autres nègres et que M.. de Flacourt me fit l’honneur de m’écrire. J’appris enfin qu’il était mort il y avait trois ans.

O mon Dieu, quel ennui dans lequel j’étais et quelles ténèbres offusquaient mon pauvre esprit ! M. Mousnier, mon supérieur, et Desmoulims et toutes nos hardes perdus, la

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guerre par tout le pays et les nègres en fuite dans les montagnes ! Enfin, après m’être présenté à Dieu, à la vérité trop tard, je fus consolé et me résolus de demeurer, nonobstant toutes les dissuasions qu’on me faisait

Je commençai donc à m’encourager et à balbutier parmi ces pauvres gens. Je leur demandais s’ils avaient vu M. Nacquart et s’ils avaient appris à prier Dieu. L’un me disait que oui et faisait la bénédiction ; l’autre disait un mot de Pater ; un autre que Dieu était bon ; l’autre enfin, que son cœur désirait à prier. Les baptisés commençaient à me venir voir ; ce qui bannissait mes ennuis ; et me réjouissais de voir reverdir ces pauvres petites plantes, lesquelles s’étaient conservées si longtemps en vie sans être aucunement arrosées.

Quatre jours après, M. de la Forest, notre amiral, étaient aller au fort Dauphin, éloigné de quatre lieues, et me fait l’honneur de me prier de l’accompagner. On part bien armés. à cause des surprises, dont nous étions avertis. étant arrivés et M. de Flacourt, le gouverneur, nous ayant salués et reçus à bras ouverts, j’allai à la chapelle, que je trouvai bien ornée et bien propre, dont je reçus de la joie. Nous vîmes un fort bien formé et gardé d’un bon nombre de nos Français bien faits, mais habillés en nègres, c’est-à-dire depuis la ceinture jusqu’en haut nus, et depuis la moitié des cuisses jusqu’en bas sans chapeau ni souliers. En bas du fort, un gros village, bien peuplé de nègres. Et nous connûmes bien par là que les choses n’étaient pas si désespérées comme l’on nous avait dit. M. de Flacourt. nous ayant raconté toute la guerre, peines et travaux qu’ils avaient soufferts, ensemble l’état auquel il avait avancé les choses, nous fit voir que tout allait bien.

Le lendemain, qui était le dimanche, je dis la sainte messe au grand contentement dudit sieur de Flacourt et de tous les Français, qui désiraient cela avec passion. Et m’ayant averti que le Saint Sacrement était au tabernacle, d’autant que feu M. Nacquart ne l’avait pu consumer, étant surpris de sa maladie (ce que je ne pouvais croire. et disais en" moi-même qu’ils ne l’entendaient pas), mais, ayant consacré des hosties et ouvert le ciboire, je trouvai cinq hosties, à la vérité un peu collées l’une sur l’autre et dont les espèces toutefois étaient entières. Ce qui me ravit, et crus que Dieu leur avait fait cette faveur pour l’honneur que nos Français lui avaient rendu ; car on y faisait les prières soir et matin et on portait le tabernacle en procession le jour du Saint-Sacrement

Mais voici des nègres qui viennent à grande hâte. Il y a quelques nouvelles. L’un dit qu’elles sont bonnes ; l’autre qu’elles sont mauvaises. On ne peut rire ; on est en attente ;

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mais étant arrivés, ils disent que le navire est venu, que tout est réjoui et que mon frère se recommande à moi. Ces nouvelles si favorables mettent une joie par tout le monde. Nous allons vite à Itapère au devant d’eux et nous nous embrassons, M. Mousnier et moi, et nous purifions par le saint sacrement de pénitence, dont nous avions été privés tant de temps. Mais, puisque M.. mon supérieur est maintenant arrivé et qu’il va demeurer au fort Dauphin avec le frère René (2), je lui laisse à vous dire ce qui s’est passé jusqu’à présent, et me contenterai de vous faire savoir que, pour moi, je suis ravi d’être en ce pays et que tous les jours j’en loue Dieu. Je voudrais que tous nos Messieurs eussent vu la grande moisson qui est à recueillir en ce pays.

Hélas ! sans sortir de la maison, nous trouvons plus d’occupation que nous n’en pouvons faire. Il semble que Dieu ait voulu donner une plus grande faim ou plutôt affamer nos Français et nos nègres, les privant un si long temps du pain mystique de l’évangile, pour par après leur faire trouver meilleur ; car quantité sont venus prier Dieu depuis six mois, trois fois le jour, avec une assiduité merveilleuse.

Ces pauvres âmes ne demandaient que de bons ouvriers Je disais, ces jours passés, à deux ou trois de venir apprendre à prier Dieu. Un me dit : "Mon cœur le désire ; cela est bon ; je ne demande pas mieux ; mais il n’y a que toi et ton frère ; c’est peu pour tant de monde." Je leur promis qu’il en reviendrait encore. Il me répond : "Mon cœur t’aime ; puisses-tu vivre longtemps ! J’en suis réjoui."

Ces pauvres nègres sont très faciles à convertir ; car tous jusqu’aux petits enfants se laissent conduire par raison. Les père et mère ne les frappent jamais et font tout ce qu’ils désirent. Semblablement les enfants sont très obéissants, souples et aiment beaucoup leurs parents.

Leur corps est puissant et bien fait, presque point de boiteux, ni bossus ; les membres souples et agiles, quoiqu’ils ne soient point emmaillotés ; car la mère les porte derrière son dos dans sa lambe. Il est vrai que, venant au monde, on m’a dit qu’ils leur dénouent tous les membres, et puis les replacent. Lorsqu’ils viennent au monde, la plupart, sous cette noirceur ont les traits du visage fort bien faits et sont tout autres que celui que vous avez vu.

Leur humeur est douce, point querelleuse, et je ne sache

2) René Forest

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qu’une seule querelle être arrivée ici depuis que nous y sommes, qui provient d’une grande amitié qu’ils ont les uns pour les autres ; car, si quelqu’un d’eux est malade, les autres y accourent et le secourent avec un soin merveilleux.

Leurs remèdes sont seulement des huiles de sang de bœuf, ou de l’eau bouillante ; de quoi ils les frottent fort par tout le corps ; des racines qu’ils frottent sur une pierre et en avalent le jus, ou le mettent sur des plaies, desquelles on voit des effets merveilleux ; jusque-là qu’il y a des racines qui font venir le lait aux femmes, bien qu’elles soient au-dessus de soixante ans. Et cela nous est tout commun de voir des grand’mères allaiter les enfants de leurs enfants.

Si on donne quelque chose à manger à quelqu’un, il en fera part à tous ceux qui sont avec lui, bien qu’il ne les connaisse pas. Mais ce qui est merveilleux, c’est que les enfants encor tout jeunes observent ceci.

Et voilà qui est général à tous : ils ne sont point gourmands, ni ivrognes, mais fort sobres ; et on ne croirait pas combien peu ils mangent et à combien peu ils se passent. Ils souffrent souvent gaiement de grandes disettes, sans se plaindre, ni sans mendier. Cela vient de ce qu’ils ne songent point au lendemain et vivent sans souci. Des quatre jours se passent sans qu’ils mangent. Ils cherchent des racines d’arbres et autres, qu’il mangent. Mais ce qui est merveilleux, c’est que, pendant ce temps de famine, on n’entend que des chants d’allégresse et des danses pendant toute la nuit. Ce qu’ils font comme je pense, pour se divertir de l’ennui et du mal qu’ils sentent, et afin de dormir, après avoir bien lassé leur corps, en une petite case couverte de feuilles et planchetée de bâtons, sur quoi ils couchent.

Une nappe, longue d’une aune et demie et d’une demie de large, est entièrement tout leur vêtement. Et encore il n’y a que les plus riches et les femmes qui les portent ; car les autres n’ont qu’une ceinture large de quatre doigts, laquelle ils accommodent si proprement que l’on ne les voit jamais découverts. Leurs cheveux, tant aux hommes qu’aux femmes, sont joliment tressés de plusieurs petites tresses en façon de couronnes. Leurs braveries, suivant la simplicité de leurs esprits, sont toutes naturelles, de fleurs et de feuilles vertes d’herbes qui sentent bon, desquelles ils se font des guirlandes ou les pendent à leurs cheveux.

Le vol et le larcin est en horreur parmi eux, de même que la superbe, car ils sont si accoutumés à la bassesse et à la servitude qu’ils ne peuvent demeurer sans servir.

Pour un écu, ou la valeur que l’on baille au maître, on a

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un esclave, lequel, lui et toute sa postérité, vous servent fidèlement.

Les grands, qui sont peu et descendent des mahométans, sont tout au contraire de ceux-ci. Ce sont eux qui les empêchent tant qu’ils peuvent d’embrasser la foi, pleins de superstitions par lesquelles ils trompent ces bonnes gens simples et religieux à faire ce qu’ils désirent. Ils les nourrissent comme des chiens, ne leur donnant pas les os à ronger dans la main, mais les jettent à terre et n’oseraient passer devant eux, qu’ils ne fléchissent les genoux et ne se courbent jusqu’en terre. Il faut qu’ils servent de chevaux à ces autres ; car ces pauvres nègres portent les blancs sur leurs épaules comme sur une civière. Tout ce qu’ils ont de bon, c’est qu’ils ils ne les battent jamais, mais avec douceur et patience leur font faire tout ce qu’ils désirent. Ce sont deux vertus qui gagnent tout en ce pays ; et même nos Français, pour pouvoir traiter avec eux, a fallu que bon gré, mal gré, aient acquis ces deux vertus ; car ils fuient les personnes rudes et disent qu’ils ont le cœur dur.

Leur parler est aussi doux et emphatique, beaucoup plus bref et plus grave que celui des Français, comme aussi plus diseteux : un seul mot signifiera quelquefois dix choses, qui parmi les Français ont dix noms différents. Il n’y a ni déclinaisons, ni conjugaisons, ni pluriel, mais seulement trois temps : le présent, le passé et le futur, qui ne sont distingués que par un article, qui se met devant le verbe. Aussi le nom verbal et l’adverbe ne sont point distingués et n’ont qu’un même mot terminé de la même façon. Ils ont bien quelques adverbes de quantité et de temps. Cette langue est difficile à cause des compositions, changement de lettres dans ladite composition et élisions. Enfin c’est presque la langue arabique ; elle s’écrit de la même façon et il y a peu de mots.

Nous pensions vous envoyer un dictionnaire très achevé ; mais le grand travail que nous avons eu sur les bras, tant des Français, auxquels il y avait beaucoup à travailler à cause d’un si long temps, que des nègres, qui viennent incessamment prier Dieu, que de ce qu’il a fallu trois mois nous-mêmes apprêter notre boire et manger (nous ne pouvions avoir seulement un nègre pour nous servir) a fait que je n’ai pas le temps de l’achever, ni d’écrire un petit, qui est corrigé. J’espère vous envoyer le tout par le navire de M. de la Forest. Il est pourtant nécessaire que les ouvriers apprennent la langue dans le navire, tâchant de retenir les mots les plus communs en leur esprit ; car, encore bien qu’ils ne puissent pas les joindre cela leur sert merveilleusement, étant arrivés. Et croyez-moi,

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il n’y a guère de moyen d’étudier depuis que l’on est ici. Les interprètes ne sont jamais si bien que soi-même. Ils parlent, mais ils ne touchent pas le cœur. Une grammaire arabique, avec un dictionnaire, nous serait absolument nécessaire pour entendre leurs écritures, sous lesquelles sont toutes leurs superstitions.

La plupart d’eux commencent d’être zélés pour la gloire de Dieu, reprennent les autres, si, en priant, ils ne sont assez modestes ; ou bien, s’ils manquent de venir, ils s’invitent les uns les autres.

Un petit enfant disait à deux ou trois de ses camarades : "Izy tonpo aby tontolo", tu ne vaux rien, tu ne pries point Dieu ; il est le grand maître de tout le monde. Et un autre petit de huit ans, qui demeure avec nous, fort joli et fils d’un Français de Dieppe me disait : "Les baptisés ne sont pas damnés s’ils prient bien Dieu ?" Je lui disais : "Non, mon enfant." _ "Baptisez ma petite sœur avec mon père et ma mère." Je lui dis qu’ils ne venaient pas prier Dieu. Il me répond qu’il s’y en allait. Ce qu’il fit, et j’espère qu’ils viendront bientôt.

Une grande fille disait à sa compagne, qui s’amusait à badiner : "Ton cœur est méchant ; il ne parle pas avec ta bouche ; ne ris pas, cela est mauvais."

Oh ! qu’il est beau de voir une douzaine, deux douzaines tant des nouveaux baptisés que des autres, qui assistent au service ! Ils se mettent en un petit monceau, derrière la porte et le plus souvent dehors, regardant par une petite fente. Ils ne manquent de venir au premier signal et ne sortent qu’après les Français. Je suis bien souvent assailli, pendant que je dis mon office dans l’église, d’une bande de petits enfants, qui se mettent à genoux et demeurent jusqu’à ce que je leur aie fait dire le Pater. Après quoi ils s’en vont tout riants, disant aux autres qu’ils ont prié Dieu. Il est vrai qu’ils ne viennent pas à présent autant qu’auparavant, d’autant qu’ils attendent beaucoup ; car, n’ayant qu’un même lieu pour les grands et petits, nous faisons dire aux grands les premiers, afin qu’ils aillent à leur travail. Oh ! les plus riches étaient honteux de venir prier Dieu avec de petits enfants et des esclaves, et de les voir assis proche d’eux ; car ce n’est la coutume. Je leur dis que cela était bon dans leurs maisons, mais qu’ici, où ce lieu était petit et pour apprendre à prier Dieu, il ne fallait pas regarder à cela et que Zanahary aimait bien tous ceux qui priaient bien et gardaient ses commandements et que ceux-là seraient les plus grands, et qu’il ne regardait pas si c’était un enfant ou un esclave, mais qu’à la

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vérité, si les Roandries, qui sont les plus grands, faisaient mieux que les autres, ils seraient les plus grands au ciel.

Il y a une des blanches qui vient depuis peu et qui apprend fort bien. Dieu leur touchera le cœur petit à petit. Beaucoup s’attristent lorsqu’ils ne peuvent apprendre comme ils désirent. Le latin leur est difficile à prononcer. Nous avons jugé expédient de leur faire apprendre de la sorte, d’autant que les prières que nous avions en leur langue n’étaient pas bien. Il vaut mieux attendre un peu et ne point changer. Pour suppléer à ce défaut, nous leur apprenons à faire des actes intérieurs le soir et le matin. Beaucoup se veulent mettre à genoux en apprenant à prier ; mais je leur dis que c’est assez de s’y mettre dans l’église, et lorsque l’on se lève et l’on se couche

Ils imitent les Français en ce qu’ils peuvent. S’ils passent une rivière, ils font le signe de la croix avec eux. J’en confessai un, ces jours de Noël ; j’étais ravi de la simplicité et tendresse de cette âme.

Nous avons parmi nous depuis peu quatre petits nègres bien jolis et de bonne espérance, qui entendent le français un peu, desquels il y a trois baptisés, et l’autre qui le sera bientôt. Ils savent prier et ont désir d’apprendre à lire. Ils ne serviront pas peu ci-après.

On nous achèvera bientôt l’église de pierre, qui est dans le fort ; elle est un peu petite. L’autre, qu’avait fait commencer M. Nacquart, sert de cimetière.

Nous nous portons bien, Dieu merci. Nous nous sommes fait saigner, et moi purger deux fois. Les purgatifs sont bien nécessaires.

Il ne fait si chaud ici que nous croyions. Les saisons sont ici, tant de l’hiver que de l’été, comme depuis mai jusqu’en septembre en France. Il est vrai qu’il y a deux saisons, et que dans les terres il y fait bien plus chaud, et ont l’hiver lorsque nous avons l’été ici.

Nous avons trouvé de la vigne fort belle, qui a amené, cette année, une soixantaine de beaux raisins. Il y a trois ans qu’elle est plantée. Elle est très bonne, et il y en a beaucoup par le pays de sauvage, que nos Français ont découverte.

Si une fois nous pouvons affier (3) du blé, nous serons trop heureux. Nous avons recueilli des pois et des fèves de France en petite quantité, d’autant que nous les avons semés en la saison. Le blé et autres graines ne sont point levés. Le chanvre y vient assez bien.

3.) Affier, planter.

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Dieu veuille bénir cette terre et la rendre fructueuse aux seigneurs qui y feront travailler pour le salut de nos pauvres Indiens ! L’un et l’autre sont joints ensemble Il y a grande apparence d’une prospérité pour l’un et pour l’autre ; ce que nous attendons des prières de tant de bonnes âmes, qui s’emploient pour cette œuvre, et particulièrement des vôtres, Monsieur et mon très honoré Père.

Je vous supplie, Monsieur, de faire, s’il vous plaît, mes recommandations à tous nos Messieurs et les prier de prier Dieu pour moi.

Votre très humble et obéissant serviteur et indigne fils.

T. BOURDAISE

i. p. d. l. M..

1840. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 12 février 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir la votre et ai vu la consolation que vous avez de penser à votre ancienne famille de Troyes, d’où Monsieur Alméras vient de faire la visite, qui m’a dit que l’on y réclame incessamment votre bonne conduite. Je ne doute point que vous ne priiez bien Dieu pour ces bons Messieurs et premièrement pour Mgr de Troyes (1), qui a tant de bonté pour vous et pour notre petite compagnie. Ce bon prélat nous presse de retenir la cure de Barbuise (2), qui est la meilleure du diocèse, où il désirerait ériger un séminaire ; mais nous l’avons supplié très humblement de nous en excuser et lui avons rendu la provision qu’il en avait donnée à M. Rose. Nous ne manquons point, Dieu merci, des offres des établissements à faire ; l’on nous presse de cela de plusieurs endroits

Lettre 1840. — L s. — Dossier de Cracovie, original.

1). François Malier du Houssay (1641-1678).

2). Petite commune de l’Aube, arrondissement de Nogent. sur-seine

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Priez Dieu, s’il vous plaît, qu’il envoie de bons ouvriers à sa vigne.

Je loue Dieu de la bonne disposition du roi et de la reine, et prie Notre-Seigneur incessamment pour Leurs Majestés et pour leur royaume. O Monsieur, que nous y sommes obligés !

Nous ne vous enverrons point les étoffes que vous contremandez ; j’effacerai cet article de votre mémoire, comme aussi celui des cordons, et tiendrons le reste prêt.

Mon Dieu ! Monsieur, que je suis en peine de l’absence de Monsieur Zelazewski ! Je veux espérer que Messieurs Duperroy, Durand, Eveillard et Simon ne perdront point un moment de temps à apprendre la langue, pour le besoin que vous en avez. Je les embrasse de toute l’étendue de mon cœur, comme aussi Messieurs Desdames et Guillot, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, à vous et à eux, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1841. — A UN RELIGIEUX

Je ne voudrais conseiller à personne d’entrer dans l’Ordre prétendu de…, et encore moins à un religieux, docteur et professeur en théologie et grand prédicateur tel que vous êtes, parce que c’est un désordre et non pas un Ordre, un corps qui n’a point de consistance, ni de

Lettre 1841. — Abelly, op cit., 1. II, chap. XIII, sect. VII, p. 460.

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vrai chef, et où les membres vivent sans aucune dépendance ou liaison. Je trouvai un jour M. le garde des sceaux en sa bibliothèque, lequel me dit qu’il était en la recherche de l’origine et du progrès de cet Ordre en France et qu’il n’en trouvait aucun vestige. En un mot, ce n’est qu’une chimère de religion, qui sert de retraite aux religieux libertins et dyscoles, lesquels, pour secouer le joug de l’obéissance, s’enrôlent en cette religion imaginaire et vivent dans le dérèglement. C’est pourquoi j’estime que telles personnes ne sont point en sûreté de conscience, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous préserve d’une telle légèreté (1).

1842. — A éTIENNE BLATIRON

De Paris, ce 19 février 1655.

Monsieur,

Je vous ai écrit, par mes deux dernières, mes pensées au sujet de celle que vous m’avez écrite, et M. Duport à M. Dehorgny, à l’égard de l’affermissement de notre petite compagnie et de l’ouverture que vous avez faite à Monseigneur le cardinal. Maintenant je vous en écris un peu plus au long, afin que vous en fassiez l’usage convenable. Or j’ai pensé que, pour procéder en ceci avec quelqu’ordre, il fallait mettre en question quel usage semble le meilleur, ou celui que vous proposez, qui est que le corps de la compagnie ne fasse point des vœux et qu’il n’y en ait que quelques-uns, qui seront destinés aux principales charges ; ou bien s’il est à propos d’en demeurer à l’usage de la compagnie, qui est que tous se

1) Le religieux auquel saint Vincent écrivait cette lettre comprit qu’il était victime d’une illusion. Il resta dans son Ordre.

Lettre 1812. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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lient à Notre-Seigneur par les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité, indispensables, si ce n’est par le Pape ou par le général de la compagnie, et d’en poursuivre l’approbation en cour de Rome. Or voici quelques raisons pour lesquelles la compagnie fait ces vœux simples ; et puis nous parlerons de celles que vous, Monsieur, et Monsieur Duport alléguez pour autoriser votre opinion, auxquelles je répondrai à la fin.

La première est que ceux que la Providence a appelés des premiers dans une compagnie naissante, tâchent, pour l’ordinaire, de la mettre en l’état le plus agréable à Dieu qu’il se peut. Or est-il que l’état le plus agréable à Dieu est celui de perfection, qui est celui que Notre-Seigneur a embrassé sur la terre et qu’il a fait embrasser aux apôtres, qui consiste, entre autres moyens, à vivre en pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité dans sa vocation. Selon cela, il semble que la compagnie a bien fait de faire les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité, non quelques-uns seulement, mais chacun de la compagnie

La 2° est que les personnes qui se sont données à Dieu en cette manière travaillent bien plus fidèlement à l’acquisition des vertus qui tendent à la perfection de leur vocation, à cause de la promesse qu’ils en ont faite à Dieu par les vœux, que ceux qui ne tendent point à ce bienheureux état de vie que Notre-Seigneur a embrassé ; et que, selon cela, la congrégation de la Mission travaillera plus efficacement par les vœux, que si elle n’en faisait point, à son avancement à l’acquisition des vertus (1).

La 3° est que Dieu a voulu affermir les personnes de chaque état en leur vocation par des promesses expresses

1) Les mots : à son avancement à l’acquisition des vertus, sont de la main du saint.

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ou tacites qu’elles font à Dieu, de vivre et mourir en cet état : les juifs par la circoncision, qui les obligeait à vivre et mourir en la religion qu’ils professaient, sur peine de la vie, les chrétiens par le baptême, les prêtres par les promesses de chasteté et d’obéissance, et les religieux par trois vœux, savoir de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, les mariés par un sacrement qui les oblige à demeurer toujours en cet état, sans en pouvoir sortir que par la mort. Cela étant ainsi, est-il pas juste que la congrégation de la Mission ait quelque lien qui attache les missionnaires à leur vocation pour toujours ?

La 4° est que la sagesse de Dieu en use de la sorte et a inspiré cet usage à l’église, à cause de la légèreté de l’esprit humain, qui est si grande qu’il ne demeure jamais en même état : numquam in eodem statu permanet. Ce qu’il veut cette année, il ne le voudra point peut-être la suivante, non pas même peut-être demain, surtout quand il s’agit de s’appliquer à des choses rudes et difficiles, comme sont les exercices de la Mission : aller prêcher, catéchiser de village en village, principalement en hiver, où l’on est mal couché, mal nourri et où on a toujours à traiter avec le peuple grossier, avec des peines indicibles. Ceux que nous avons envoyés aux îles Hébrides sont contraints de vivre de pain d’avoine ; en Barbarie, l’on est sujet aux avanies ; et aux Indes, l’on a beaucoup à souffrir en d’autres manières.

La 5° est que cette pratique a été proposée par le supérieur général en deux congrégations qu’il a tenues pour cela (2), composées des principaux supérieurs de ladite compagnie, dans lesquelles, la chose ayant été proposée, il fut résolu, à la pluralité des voix, qu’on ferait les-

2) En 1642 et 1651.

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dits vœux simples sous le bon plaisir de Monseigneur l’archevêque de Paris, auquel le Pape avait renvoyé le pouvoir d’approuver les règles que ferait le général pour le bon gouvernement de ladite compagnie

La 6°, c’est une maxime des saints qu’une chose d’importance qui regarde la gloire de Dieu et le bien de l’église, ayant été faite en suite de beaucoup de prières et de conseils pris à cet effet, Il faut croire que c’est la volonté de Dieu que la chose se fasse, et qu’on doit rejeter comme tentations diaboliques les propositions qu’on fait contraires à cette résolution ; et c’est par cette maxime que Clément VIII se défit de la tentation qu’il avait qu’il serait damné pour avoir réconcilié à l’église et rendu possesseur du royaume de France Henri 4° qui, étant huguenot, s’était fait catholique et était retombé pour la deuxième fois dans l’hérésie (3). Ce saint pontife, en un songe qu’il eut, s’imagina être appelé au jugement de Dieu et que là il lui fut reproché qu’il avait donné à garder les brebis au loup, en obligeant le peuple de France à obéir à leur roi, qu’ils n’eussent reconnu tel autrement. Mais un cardinal (4), à qui il avait grande confiance et à qui il communiqua sa peine, le pacifia par la règle susdite. Or est-il que les prêtres de la Mission ont

3) Henri de Navarre. élevé par sa mère dans le calvinisme, avait fait profession de la foi catholique en 1572, au soir de la Saint-Barthélemy, pour éviter les rigueurs de Charles IX, dont il était prisonnier. Revenu à sa première religion dès qu’il fut libre, il l’abjura de nouveau à Saint-Denis, le 25 juillet 1593, quand, devenu roi de France, il vit que cette conversion était nécessaire pour se faire reconnaître du Pape et de tout son peuple. après deux ans d’hésitations, Clément VIII consentit à l’absoudre. Henri IV ne varia plus. Saint Vincent entend parler ici de la rechute antérieure à l’avènement de Henri IV au trône, ainsi qu’il ressort clairement de sa conférence du 17 octobre 1659 aux missionnaires. (cf Degert, Le Cardinal d`Ossat. évêque de Rennes et de Bayeux, in-8°, Paris,1804)

4) Le cardinal Tolet son confesseur.

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fait beaucoup de prières à cet effet ; après quoi ils proposèrent leur pensée à Monseigneur l’archevêque de Paris, qui dit d’abord qu’il avait pensé souvent qu’il était impossible de conserver cette compagnie comme il la voyait, sans quelque lien intérieur et perpétuel, que néanmoins il y penserait et examinerait la chose ; ce qu’il fit pendant cinq ou six ans, et l’approuva enfin l’an 1641 (5), et désira l’approuver derechef auctoritate Apostolica pour la seconde fois l’an 1653, peu de temps avant sa mort ; et dans deux assemblées des principaux supérieurs que la compagnie a tenues en divers temps, elle a approuvé et confirmé cette pratique.

La septième et dernière raison est que l’usage de ce, vœux simples étant dans la compagnie depuis 13 ans ou environ (6), il n’y a point d’apparence de la changer sur la simple pensée d’une ou de deux personnes de la compagnie. Et puis comment le pourrait-on faire, la chose étant approuvée par deux fois par le prélat (7), les inférieurs ne pouvant pas changer ce que leur supérieur a approuvé, cela ne se pouvant que par autorité du Saint-Siège ? Et il faudrait faire un étrange bouleversement dans la compagnie.

Voilà quelques raisons en faveur de l’état présent de nos vœux, qui font voir que c’est un ouvrage de Dieu et qu’il s’y faut tenir.

Contre cela, l’on allègue pour première raison de ce changement, qu’il faut remettre la compagnie comme elle était au commencement, sans des vœux. Je réponds que la congrégation n’a été que deux ou trois ans sans

5) Le 19 octobre. L’original de cette pièce se trouve à la maison mère des prêtres de la Mission.

6) Ce fut le 24 février 1642 que saint Vincent et plusieurs de ses compagnons firent esemble leurs vœux à Saint-Lazare

7) L’archevêque de Paris.

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faire des vœux, pendant qu’elle elle n’était encore composée que de 3 ou 4 personnes seulement ; mais qu’à la 3° ou 4° année, qu’elle fut composée de 5 ou 6 personnes, elle fit des vœux simples, sans réserve au Pape et au général, et cela sans permission, laquelle on n’a demandée, avec la réserve au Pape et au général, que douze ou treize ans après cet usage ; ce qui fait voir l’attrait intérieur qu’elle avait à se donner à Dieu par des vœux.

La seconde raison est qu’on allègue que la compagnie deviendrait une religion, les vœux étant approuvés du Pape, selon Lessius, lib. 2, De justitia et jure, cap. 41 de statu religioso, qui dit, parlant des vœux simples : Non est necessarium ad essentiam status religiosi ut vota ista sint solemnia. A quoi l’on répond : premièrement, que, si cela était ainsi, cette partie de la compagnie qui ferait les vœux, comme on le propose, serait donc religieuse ; ce qui serait le même inconvénient. Secondement, on répond qu’une compagnie devient religieuse, quand l’église approuve ses vœux simples à l’effet que ladite compagnie dans laquelle ils se font soit censée une religion, comme les paroles suivantes de l’auteur le font voir : Sufficit, dit-il, ut ab Ecclesia in eum finem acceptentur, et ajoute ensuite l’exemple des premiers vœux simples des Pères jésuites, que l’église approuve, en sorte qu’ils aient l’efficace des vœux de religion. Or est-il que tant s’en faut que la congrégation désire que les vœux soient de cette nature, qu’au contraire elle déclare par l’acte d’approbation de Monseigneur l’archevêque de Paris (8) qu’encore qu’elle fasse ces vœux simples de pauvreté, chasteté, d’obéissance et de stabilité, elle n’entend pas pour cela être censée une religion, ains au contraire d’être toujours du corps du clergé. Selon cela cette seconde

8) Du 19 octobre 1641

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objection paraît manifestement nulle. Ce que dit Leyman (9) se doit entendre de la même sorte. Pour Azorius (10), il ne dit rien de cela ; au moins on n’a rien trouvé après avoir parcouru toutes ces matières.

la troisième, de dire que la compagnie sera plus agréable aux prélats sans ces vœux, je réponds : premièrement, que Nosseigneurs les prélats n’auraient donc pas agréable cette partie de la compagnie qui ferait les vœux ; ce qui serait tomber dans l’inconvénient qu’on veut éviter. Deuxièmement, ils ne se mettent point en peine si nous faisons des vœux ou non, pourvu qu’il plaise à Dieu que nous vivions dans l’observance de nos règles, que nous travaillions au salut du pauvre peuple des champs et à servir utilement l’état ecclésiastique par les exercices des ordinands et par les séminaires ecclésiastiques dont ils nous donnent la direction ; car quelles raisons auront-ils, cela étant, de nous moins affectionner à cause de nos vœux simples, puisqu’ils se sont obligés eux-mêmes, en la réception des ordres, à l’obéissance et à la chasteté ? Et pour ce qui est de la pauvreté, l’église ordonnant qu’après leur vivre et leur vêtement ils doivent donner le surplus aux pauvres, n’est-ce pas être obligés à la pauvreté ? Et puis notre vœu d’obéissance ne nous oblige-t-il pas à leur obéir, comme le serviteur de l’évangile à son maître, en nos emplois ? Pourquoi donc allègue-t-on que Nosseigneurs les prélats nous en aimeront moins ?

La quatrième, que les prêtres qui feront les vœux et seront employés aux principaux ; offices de la compagnie, la feront avancer à la perfection sans les vœux.

9) Le saint a ici en vue ce que dit Paul Laymann dans sa théologie morale, Paris, 1630, in-f°, t IV, tr 5, chap I, n° 4, p 138

10) Institutiones morales, Rome,1600, 3 vol in-f°

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le réponds que c’est une question si cela sera, et qu’il y a bien plus d’apparence qu’ils avanceront plus incomparablement ayant fait les vœux qu’autrement, puisque l’observance des mêmes vœux est un avancement continuel à l’acquisition des vertus qui mènent à la perfection à laquelle doivent tendre tous les missionnaires.

J’ajoute enfin à ce que j’ai dit, que je ne sache point en l’église de Dieu aucune congrégation qui en use de la sorte, si ce n’est les filles de la Madeleine de cette ville, où de six ou sept-vingts qu’elles sont, il y en a environ trente qui font des vœux de religion, et les autres sont en simple congrégation, à dessein que celles-là dirigent un jour celles-ci. Or l’expérience fait voir que cet usage nuit plus qu’il ne profite à ces pauvres créatures, pource que les premières sont des suffisantes, méprisent les autres et se rendent insupportables, et les secondes ont en telle aversion les autres que, [à] la moindre faute qu’elles font, elles murmurent, crient contre ; et les premières, qui n’ont pas assez de vertu pour supporter les effets de cette aversion, crient d’un autre côté, et c’est ce qui les tient toujours en continuel grabuge et fait un divorce continuel dans leur maison. Et n’étaient les filles de Sainte-Marie qui les dirigent et qui font ce qu’elles peuvent pour modérer toutes choses, il y a longtemps que cette maison serait renversée. C’est pourquoi l’on n’admet plus de ces pauvres filles aux vœux que le moins qu’on peut, à dessein de les ôter tout à fait, si l’on peut.

On dira peut-être contre cela que les Pères jésuites en usent ainsi, quelques-uns seulement d’entre eux étant profès, et les autres non. A quoi on réplique que le cas n’est pas semblable, tous étant religieux et faisant des vœux quoique différents

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Voilà, Monsieur, ce que j’ai pensé vous devoir dire sur le sujet de la proposition que vous m’avez faite, de faire changer d’état a la compagnie, et dont vous avez parlé à Monseigneur le cardinal, à ce que vous vous établissiez de plus en plus dans les sentiments de cette sainte pratique et éclaircissiez Son éminence des difficultés que votre proposition lui aura pu mettre dans l’esprit, en mettant ceci que je vous écris, en italien, et que vous lui fassiez savoir les sentiments que Dieu vous donnera sur cela, vous suppliant, au surplus, de penser devant Dieu si les aversions que quelques-uns ont aux vœux ne viennent point du côté de la nature, qui réclame toujours la liberté.

J’oubliais à répondre à ce que dit Monsieur Duport touchant le renvoi des incorrigibles ; je le ferai ci-après, ne le pouvant à présent, n’ayant le temps de lui dire autre chose, sinon que je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’ajouter cette règle à présent que nos règles sont approuvées par feu Monseigneur l’archevêque, et que nous le ferons avec le temps, et résoudrons cela mûrement à la première congrégation que la compagnie fera.

Je vous embrasse cependant avec toutes les tendresses de mon cœur et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.

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1843. — A RENAULT LEGENDRE PRêTRE DE LA MISSION, A ROME

26 février 1655.

Quant aux pénitences, il s’en faut tenir aux maximes du saint concile de Trente, qui veut qu’on les proportionne à la grièveté des péchés (1). Et il n’importe de dire que quelques-uns pourront s’abstenir de l’approche des sacrements, parce que, en suivant une autre conduite, on ne travaille pas efficacement… La sainte sévérité, tant recommandée par les saints canons de l’église et renouvelée par saint Charles Borromée, fait incomparablement plus de fruit que la trop grande indulgence, sous quelque prétexte que ce soit. Il faut tenir pour certain que les résolutions que le Saint-Esprit a données à l’église assemblée, opèrent augmentation de grâces aux confesseurs et miséricorde aux pénitents qui se rendront exacts à les observer (2)

1844. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 26 février 1655,

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres à la fois, une du vingt-un et l’autre du 28° de janvier. Vous me dites par la première le témoignage de bienveillance qu’il a plu à Messeigneurs

Lettre 1843. — Collet, op. cit., t. II, p. 140.

1) Sess. XIV chap 8.

2) La suite de la lettre, dit Collet, parlait des occasions prochaines.

Lettre 1844. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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vos nouveaux prélats de vous donner (1), et les tendresses que la reine en a eues. J’en rends grâces très humbles à Dieu et le prie qu’il nous fasse dignes de répondre à l’attente de Sa Majesté et à celle de mesdits seigneurs.

Monsieur Guillot m’a écrit les divers mouvements qu’il a eus sur la proposition du voyage de Suède, et comme enfin il s’était résolu d’aller en ce pays-là, mais que la reine, à laquelle il pria Monsieur de Fleury d’en parler, a témoigné ne le pas désirer. Or je vous dirai, Monsieur, qu’il n’est pas aussi besoin qu’il y aille, Monsieur l’ambassadeur (2), voyant les difficultés que vous avez faites de delà, ayant recouru en France, d’où l’on lui a envoyé trois prêtres. Voilà donc la volonté de Dieu connue, et ainsi voilà la difficulté à cet égard résolue.

Par la seconde (3) vous me mandez l’affliction que vous avez eue de ce que les choses n’allaient point dans la famille comme il fallait, et comme vous avez été soulagé par la décharge que vous leur avez faite dans le propre sein des personnes que cela regardait, et comme enfin tout va bien présentement et c’est, Monsieur, de quoi je rends grâces à Dieu, et le prie de nous donner les dispositions qu’il désire dans les supérieurs, qui est de se donner à sa divine Majesté (4) pour souffrir avec patience les afflictions qui leur arriveront de la part de leur même famille. Hélas ! Monsieur, qui n’en usera de la sorte, considérant tout ce que Notre-Seigneur a souffert par les siens, et Dieu même par ses créatures ? Si cela n’arrivait de la sorte, nous aurions sujet de craindre que sa divine Majesté

1) Première rédaction : de vous rendre.

2) Le baron d’Avaugour.

3) Première rédaction : comme. aussi par la seconde.

4) Première rédaction : A Dieu. Les mots sa. divine majesté sont de la main du saint.

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ne nous traitât en enfant de lait. Courage donc, Monsieur ! donnons-nous à Dieu de la meilleure sorte que nous pourrons, pour n’attendre des nôtres que peine et afflictions, dans la parfaite confiance que cela ne manquera pas, si nous sommes fidèles à faire observer les règles et les saintes coutumes de notre vocation.

Vous me consolez, Monsieur, de ce que vous me dites que vous procédez avec grande ouverture de cœur et confiance avec Monsieur de Fleury, et serai plus consolé que je ne vous puis dire quand il plaira à Dieu de lui faire connaître, comme à moi, la simplicité de votre cœur ; ce qu’il fera en son temps, je m’en assure.

J’ai reçu le passeport pour les Filles de la Charité et pour nos frères, que nous espérons vous envoyer au commencement du mois de mai, et alors nous vous enverrons ce que vous nous demandez.

Je salue cependant votre chère famille, et cela avec toute l’affection que je le puis, et prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

1845. — JEAN BARREAU, CLERC DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

En Alger, ce 3e mars 1655,

Monsieur,

Votre bénédiction !

J’ai reçu, depuis huit jours, trois de vos lettres, datées des

Lettre 1845. — L..a — Dossier de la Mission, original.

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19 décembre, 15 janvier et 5 février derniers, par lesquelles je remarque de plus en plus les effets de votre bonté, de laquelle Monsieur Le Vacher (1) et moi vous remercions très humblement par le soin que vous avez pris de nos besoins, et vous supplions de nous les continuer.

A l’arrivée de cette barque dernière venue, nous, avons reçu les ordres pour recevoir du patron et du marchand les 1.000 livres que vous nous envoyez pour notre subsistance, ensemble les 50 pia[stres] pour Etienne Douxlieux, trois cent seize piastres pour être employées aux chrétiens du Havre M. Get me marque qu’il n’a pu m’envoyer les 300 autres, mais que ce sera à la première occasion. J’estime toutefois que c’est peu de chose au respect du mémoire que l’on nous a donné, qui contient plus de trente esclaves. J’aurais souhaité que l’on nous eût donné des ordres particuliers de… (2) les plus incommodés pource que cela fera murmurer les autres que l’on ne rachètera pas.

J’ai reçu aussi l’argent de Guillaume Servin, pour lequel M. Abelly a envoyé 200 pia[stres]. Je l’ai racheté et le fais passer sur une barque qui s’en va demain.

Vous trouverez ci-incluse une lettre de Jean Gallienne, de St-Valery, qu’il vous plaira faire tenir à son adresse.

Martin Joly, de Tours, qui vous a été recommandé, demeure céans et nous sert de cuisinier. Il a entré après notre frère René Duchesne. Il pourrait bien le suivre aussi dans la Mission. Il a trop de vertu pour ne pas espérer de lui quelque chose de bon. Il est esclave de galère, pour lequel nous avons fait et faisons ce que nous pouvons. Ses parents ne lui font espérer que cent piastres Il n’en peut verser pour quatre cents, quoi qu’ils s’imaginent. Je me trouve trop éloigné pour pouvoir faire ce que j’ai fait pour les autres.

J’ai fait toutes les diligences possibles pour m’informer de Fromentin François, sans en pouvoir apprendre des nouvelles. encore bien qu’il eût été mis avec les gens de Monseigneur le cardinal Antoine (3). Aucun d’eux ne le connaît, pource que, s’étant tous embarqués au soir, ils furent pris ce lendemain au point du jour.

Vous aurez pu voir, par la dernière que je me suis donné l’honneur de vous écrire comme j’ai été satisfait de l’argent du capitaine Louis Fournier, de l’île de Ré ; au moins je pense vous l’avoir mandé ainsi.

1). Philippe Le Vacher.

2) Mot illisible dans l’original.

3) Antoine Barberini.

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J’ai compté à M. de Gastines les 200 pia[stres] qu’il m’avait envoyées par François Ciral, et voilà un autre ordre qui est venu pour les 200 autres que j’ai à défunt Honorat Audibert qu’il faut que je paie ponctuellement. Partant il ne me reste plus rien de ce que vous nous avez envoyé. Il a fallu encore avoir recours aux amis pour les 200 autres.

Vous aurez vu comme j’ai été satisfait de M. de Rocqueville et de M. Dujardin. Les assurances que j’avais de ces deux Messieurs m’ont fait excéder les ordres que vous m’avez donnés de ne m’obliger pour qui que ce soit sans vos ordres. Je vous puis assurer, Monsieur, que notre engagement ne vient point de ce côté-là, mais bien de la dépense, à laquelle je ne puis pas survenir ; ou bien des avanies et contraintes qui me sont faites de la part des Turcs.

Pour ce qui est de l’affaire de Joseph Chehff génois. elle ne vient point de complaisance pour M.. Constans mais de la crainte du patron dudit Chehff sous lequel tout Alger tremblait et le bacha même. Je vous supplie très humblement de croire, Monsieur, que, quand il m’est arrivé quelque chose je vous en donne avis naïvement et sincèrement ; et s’il m’était arrivé quelque chose par complaisance de qui que ce soit je vous en dirais les raisons outre que dans cet affaire il y a eu un marchand de Livourne aussi bien embarrassé que moi, qui n’aurait pas eu vraisemblablement la même complaisance que vous m’attribuez. Je suis extrêmement marri, Monsieur, que vous ayez eu cette pensée de moi. Sans doute je vous en aurais donné le sujet par mes actions précédentes, mais je vous puis dire avec vérité que dans celle-ci il n’y en a eu autre qu’à M.. Le Vacher qui me pria de faire quelque chose pour deux religieux portugais, qui me mirent ès mains certains diamants, dont on s’est servi de sujet pour me faire l’avanie ; car le patron de Chehff me soutint que ces diamants étaient de son esclave et par conséquent à lui. Mais c’est une affaire passée. Je prie Dieu d’en pouvoir sortir.

En voici une bien plus épineuse. Sur le vaisseau de Sainte-Christine, qui est celui au capitaine duquel ceux d’Alger ont manqué de parole et pour lesquels j’avais offert 4500 pia[stres] au bacha non de mes deniers mais bien des esclaves propres qui devaient en après satisfaire à ceux desquels ils les avaient empruntés, sur le vaisseau donc s’est trouvé un nommé Marc Francisco, de Marseille lequel en a fait couper à 2 000 pia[stres]. Je ne sais par quel motif M. Le Vacher le fit déchaîner de la maison de son patron et emmener chez nous, de son consentement. Au bout de trois mois ou environ, deux personnes puissantes à la douane, qui ont part en lui me sont

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venues demander à emprunter deux cents pia[stres], lesquelles je les ai refusées. Après beaucoup discours sont sortis en me disant des injures et en me menaçant que ma tête tomberait bientôt entre leurs mains qui est la plus grande menace que l’on puisse faire ici à un homme. Le lendemain, ils m’envoient quérir à la maison de M. Constans, où je leur promis les 200 pia[stres] après avoir pris le conseil de M. Le Vacher. Je les prêtai à cette condition qu’ils ne m’en demanderaient pas davantage ce qu’ils me promirent avec autant de serments que l’on en peut tirer de gens sans foi Après quoi ils me promirent tous les services imaginables. Les voyant de si bonne humeur je les priai d’une courtoisie, de me faire payer d’un turc 443 piastres, pour marchandise que je lui ai vendue depuis un an et que l’on m’avait envoyée pour racheter deux esclaves de Saint-Malo, duquel je ne pouvais être payé ; ce qu’ils me promirent de faire dans la semaine. En effet il l’a payée mais les patrons dudit Franscisco l’ont prise à bon compte dudit esclave, le rachat duquel ils prétendent prendre de moi à cause qu’il est dans la maison En cette occasion je me suis mis les deux plus puissants d’Alger sur les bras et les ai rendus mes ennemis J’en avais dit dès le commencement mon sentiment à mondit sieur Le Vacher ; mais comme on ne nous avait rien dit jusques alors, on n’y a pas fait de réflexion Je suis obligé de vous en parler si discrètement que j’aimerais mieux mourir que vous mander quelque chose qui ne fût la pure vérité ; mais, comme elles ne sont pas toujours à propos je vous supplie de n’en rien témoigner à M. Le Vacher, afin que cela ne lui donne quelque sujet d’altération et que cela refroidit notre union

Je suis très marri que vous ayez. une telle incommodité de la part de mon pauvre frère Je regrette beaucoup sa disgrâce. Il ne se passe guère de jour que je ne demande a Dieu quelque bon intervalle pour lui, afin de se mettre en grâce s’il n’y est pas

L’on m’a fait tenir seize cents piastres de Livourne pour le rachat de *M. Augustin Sesty. Nous avons déjà entamé l’affaire de son rachat ; mais il semble qu’elle ne soit pas encore mûre. Je prie Dieu qu’il me fasse la grâce de l’achever au contentement d’un chacun. C’est une affaire qui me [met] bien des envieux sur les bras pource que déjà l’ordre en était venu entre les mains de M. Constans. Je ne suis pas moins envié des Juifs, à cause de quelques rachats que l’on me commet de Hollande, Espagne et Portugal qui me donnent quelquefois plus d’occupation que je ne voudrais. Je m’en voisà présent quatorze sur les bras.

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Je vous le répète le encore, que, si les parents de Pierre Ribot tardent encore longtemps à lui envoyer son rachat, qu’ils auront le déplaisir de l’envoyer trop tard, et qu’infailliblement ils le trouveront turc

Je ne puis rien avancer pour la veuve du capitaine Ducreux. M. Constans me remet toujours au retour de son frère, qui est au bastion J’ai peur d’en être mal satisfait. C’est un homme puissant et redoutable aux chrétiens, qu’il est plus dangereux à toucher que le bacha. Chacun connaît que c’est lui qui m’a suscité les avanies ci-dessus.

Jamais je n’en avais tant écrit.

Je ne vous dis rien des nouveaux progrès que nos corsaires font tous les jours sur les chrétiens. Je crois que Monsieur Le Vacher vous en donnera avis, et de ce qui se passe dans notre famille, et de la dépense que nous sommes obligés de faire, à laquelle il m’est impossible à remédier, ni même à porter, notre consulat ne nous valant pas grande chose. De tous les marchands qui viennent ici nous n’en voyons point qui ne soient ruiné ; et s’en vont la plupart à Livourne prendre le sauf-conduit du grand duc de Florence. Je ne vous représente que notre pauvreté, pour que vous y apportiez tel remède que vous jugerez à propos ; je suis résolu d’en souffrir jusques à l’extrémité, si besoin est. Nous serons bientôt obligés de nous engager aux turcs qui sera un bien plus sensible engagement que celui des chrétiens, qui portent la moitié de nos souffrances par la patience qu’ils ont après nous. Que si vous ne pouvez pas y remédier, Dieu soit loué ! Je le prie qu’il vous en donne les moyens, et à moi la grâce d’attendre ce que vous en ordonnerez ; et je le ferai avec autant de soumission que j’ai d’obligation d’être, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant et très affectionné serviteur.

BARREAU,

indigne clerc de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission. à Paris.

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1846. — A LOUIS SERRE, PRêTRE DE LA MISSION. A SAINT-MEEN

[mars 1655] (1)

Vous pouvez penser que la nouvelle que vous m’avez donnée de la disposition qu’il a plu à Dieu de faire du bon Monsieur Thibault (2) m’a grandement affligé. La compagnie a aussi ressenti vivement cette séparation, et tous les jours je m’aperçois que la douleur s’augmente en chacun de nous. Il faut pourtant s’en taire, parce que c’est le Maître qui l’a fait, et nous devons aimer la main paternelle qui nous frappe, étant également adorable dans les châtiments qu’elle exerce comme dans les faveurs qu’elle distribue. Je ne sais à quoi attribuer la soustraction qu’elle nous a faite de ce cher confrère, sinon à mes péchés et à son trop grand zèle, qui ont rendu la compagnie indigne de le posséder plus longtemps. Quoi qu’il en soit, Monsieur, nous avons fait une grande perte, selon notre manière de concevoir ; mais nous verrons un jour dans l’ordre de la Providence qu’elle l’a fait pour notre bien. Il est maintenant au ciel, comme nous avons sujet d’espérer, et par conséquent en état de nous aider de ses prières, dont j’ai un très grand besoin, et la congrégation aussi. Nous n’avons pu, dans la surprise de cet accident, penser à un autre prêtre pour aller prendre sa place, je ne dis pas pour la remplir comme lui, car nous n’en saurions avoir un tel. Nous devons nous humilier dans notre pauvreté. Je vous prie cependant de conduire tout selon votre prudence ordinaire.

Lettre 1846. — Manuscrit de Lyon.

1) Voir note 2.

2) Mort peu de jours avant le 5 mars 1655.

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j’espère que dans 8 ou 10 jours, je vous manderai ce que nous avons résolu.

1847. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 5e mars 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Encore bien que je n’aie point reçu de vos nouvelles par cet ordinaire, je ne laisse pas de vous écrire la présente pour vous donner avis que les Filles de la Charité se disposent pour partir, et nous espérons quand et quand de vous envoyer un bon frère sur lequel nous avons jeté les yeux, comme un des meilleurs de la compagnie, et duquel j’espère que vous serez satisfait. Nous verrons aussi à vous en envoyer encore un autre avec lui.

Il a plu à Dieu de disposer du bon Monsieur Thibault, supérieur de notre maison de Saint-Méen, et lequel sa divine Majesté bénissait d’une manière bien particulière, tant à l’égard de la conduite de la famille qu’il avait à diriger, que des missions de la campagne, en sorte que Monseigneur de Saint-Malo, son évêque (1) m’a dit quelques fois des merveilles de la bénédiction que Notre-Seigneur donnait à ses travaux, et qu’il n’avait point son semblable en France. Je recommande donc son âme à vos prières, en cas qu’il en ait besoin, et de lui rendre les devoirs accoutumés, et d’en prier pour cet effet votre petite famille, laquelle je salue avec toutes les tendresses de mon cœur que je le puis, et l’embrasse, prosterné que je

Lettre 1847. — L s. — Dossier de Cracovie, original

1) Ferdinand de Neufville (1646-1657)

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suis en esprit à ses pieds et au vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur,. Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d..l. M..

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1848. — LE PèRE RAINSSANT, CURE DE HAM, A SAINT VINCENT

[Vers 1655] (2)

Le missionnaire que vous avez envoyé en ces quartiers m’a laissé le soin de faire subsister l’assemblée de nos pieuses bourgeoises et ma laissé aussi du blé et de l’argent pour nourrir et entretenir les filles orphelines à qui on apprend un métier capable dans peu de mois de leur faire gagner leur vie. Je leur fais le catéchisme, et une bonne religieuse de l’hôpital les fait prier Dieu et assister à la messe tous les jours. Elles demeurent toutes ensemble dans une même maison. Tous les malades de la ville sont bien assistés : il y a un bon médecin qui les visite et qui ordonne tout ce qui est nécessaire ; nous avons soin que rien ne leur manque ; nos bonnes dames s’y appliquent avec affection. Je n’aurais jamais osé espérer de voir dans cette pauvre ville de Ham ce que j’y vois présentement, avec consolation et admiration tout ensemble, par un effet de la divine et toute céleste providence de Notre-Seigneur.

Nous avons depuis peu retiré des mains de nos hérétiques une pauvre fille. laquelle fait fort bien ; ce qui a excité une servante huguenote de me venir trouver pour se convertir. voyant le soin qu’on a des pauvres et la charité qu’on exerce

Lettre 1848. — Abelly, op cit., 1. II, chap. XI, sect. III, 1er éd, p 404

1) Le Père Rainssant était chanoine régulier de l’Ordre de Saint-Augustin

2) C’est la date approximative qui semble convenir au récit d’Abelly.

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envers les malades. Nous l’avons déjà suffisamment instruite, et dans peu de jours elle fera son abjuration

Le même missionnaire m’a laissé de quoi pour assister les pauvres orphelins et orphelines et les pauvres malades du gouvernement de Ham, et a disposé deux bons et vertueux curés pour m’assister en cet emploi jusqu’à son retour. C’est vous,. Monsieur, qui êtes la cause de tous ces biens et le premier moteur après Dieu.

1849. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[mars 1655] (1)

Mon très honoré Père,

Permettez-moi vous demander des nouvelles de votre disposition au vrai, et vous supplier prendre la peine me dire ce que je dois mander pour répondre à ces deux Messieurs de Nantes sur les lettres que je baillai hier à Monsieur Portail pour vous les communiquer au sujet de ma sœur Henriette.

Je ne sais aussi si votre indisposition vous a permis de voir la lettre de Monsieur Delahodde, l’état de la maison et des officiers de Chantilly ; savoir si l’on fera ce que Monsieur Delalhodde demande qui est de faire voir cet état à la reine au cas que celui que l’on devait faire ne fût fait et signé ; et lui envoyer sa lettre, qui s’adresse à Sa Majesté. Il. semble que tout cela presse un peu, sans vous incommoder néanmoins, nais pour l’amour de Dieu.

Votre bénédiction à votre pauvre fille et indigne servante..

L. DE MARILLAC

Madame la comtesse de Brienne me vient de dire de vous avertir que Monsieur de Francière est dangereusement malade d’hydropisie de poumon, qui le presse fort, pour savoir ce qu’il y croit à faire, à ce que l’administration de l’Hôtel-Dieu St-Denis soit mise en bonne main, crainte qu’il ne tombe en bénéfice

Le malade lui a dit qu’il faudrait le remettre aux Pères réformés. Il me vient en l’esprit que cela pourrait un jour échoir à quelque religieuse de leur Ordre ; j’entends le service des

Lettre 1849. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire de saint Vincent.

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pauvres malades. Ne jugerez-vous, point à propos, mon très honoré Père, que j’allasse voir ce bon. Monsieur ? Je crois que je lui ferais plaisir.

Suscription : A. Monsieur. Monsieur Vincent.

1850. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

12 mars 1655.

O Monsieur, que je voudrais que les personnes de la. Mission qui se trouvent ensemble fissent toutes choses de concert ! Les amis en usent de la sorte, et bien plus le doivent pratiquer deux frères qui se trouvent ensemble.

Je serai bien aise d’apprendre comme quoi les marchands de Marseille ont pris la difficulté qu’apporte Monsieur le consul de Tunis pour le transport de la cotonine qui sert à faire des voiles de navire de la chrétienté en Barbarie. Nous travaillons ici à faire ce qui se pourra à cet effet ; mais c’est ce que vous ne direz point, s’il vous plaît, à personne, si ce n’est que vous le jugiez expédient.

1851. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 12 mars 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à Dieu de ce que les affaires de votre cure (1) seront bientôt en tel état qu’il n’y restera plus que

Lettre 1850. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 1851. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1) La cure de Sainte-Croix à Varsovie.

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notre présentation pour l’achever, de laquelle j’attendrai le projet que vous me faites espérer.

J’oubliais à vous dire que j’ai reçu à la fois deux de vos lettres, des 4 et 11e février. L’une et l’autre me parlent des occasions que vous avez d’aller manger en ville, et la dernière d’une conférence que vous avez faite pour voir les raisons que vous avez de vous y bien comporter pour l’édification des externes, les fautes qu’on y peut faire et les moyens de les éviter. Vous ajoutez que la compagnie a dit des merveilles sur ce sujet, ce qui montre qu’elle est bien résolue d’y honorer désormais la sainte modestie de Notre-Seigneur, ou que, par crainte de ne le pas faire assez, elle a de l’aversion à se trouver à tels convives (2) dont je rends grâces à Dieu. Je vous dirai une autre fois mon sentiment sur ce sujet.

Il est vrai que notre maison de Rome est dans un état de souffrance, ainsi que vous avez appris par la gazette de cette cour-là ; c’est pour avoir reçu chez elle Mgr le cardinal de Retz, par commandement du Pape, avant que d’avoir connaissance de la défense que le roi avait faite de le communiquer (3) ; lequel, ayant trouvé mauvais cet acte d’obéissance vers Sa Sainteté et de reconnaissance vers notre archevêque et bienfaiteur, a fait faire commandement à M. Berthe et à nos prêtres français de sortir de Rome et de s’en revenir en France, comme ils ont fait ; en sorte que le même M. Berthe est maintenant en France. ou sur le point d’y arriver, par pure obéissance. Je lui avais écrit qu’il vous allât visiter (4) sans qu’il vînt ici, et il s’y était disposé ; mais, la Providence

2.) Convive, repas.

3). Première rédaction : que le roi en avait faite.

4). Première rédaction : J’avais dessein de le vous envoyer de Rome.

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eu ayant ordonné autrement, in nomine Domini, nous verrons quand et par qui nous vous ferons visiter (5).

Cependant je remercie Notre-Seigneur, de la paix dont vous jouissez au dedans et au dehors, et du progrès que chacun fait en la langue du pays.

Tout considéré, je pense, comme vous, que M. Zelazewki ne demeurera pas, et quelque support qu’on ait pour lui, il en abusera (6), pour ne pas rompre avec lui ; néanmoins, Monsieur, je désire y penser un peu plus. Cependant la mission promise se pourra faire à présent que les grands froids sont passés.

Il est survenu des fautes en l’impression de nos règles, qui nous obligeront de les faire imprimer de nouveau. Ce sera alors, et non plus tôt, que je vous enverrai un exemplaire ; nous n’en avons point encore distribué (7).

Je me donnerai l’honneur d’écrire à la reine pour la remercier de ce qu’elle a commandé de deçà qu’on nous donne de l’argent pour le voyage de ces frères et des sœurs de la Charité ! comme aussi pour lui témoigner la joie très sensible que j’ai de la reprise de Mohilef et du progrès des armes du roi, tant contre les Moscovites que les rebelles (8) Je prie le Dieu des armées qu’il bénisse de plus en plus celles de Leurs Majestés.

Je vous enverrai un petit règlement pour ces demoiselles (9) dévotes de la Lithuanie qui veulent faire une

5) Les mots : communiquer, et de s’en revenir en France, par pure obéissance. Je lui avais écrit qu’il vous allât visiter in nomine domini sont de la main du saint.

6) Première rédaction : il en abusera trop.

7) Ce dernier membre de phrase est de la main du saint. Il est suivi sur original de quatre lignes raturées. Saint Vincent du détruire tous les exemplaires de la première édition des règles communes, car il n’en reste plus un seul

8) Les Cosaques Chmielnicki, leur chef, fut battu en 1655 devant Okmatof

9) Première rédaction : dames

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Charité. Vous dites que La reine y veut envoyer un prêtre de la compagnie pour l’établir, et une sœur pour donner les adresses de servir les pauvres malades ; ce que j’approuve fort ; mais il faudra que ce prêtre ait déjà fait semblables établissements, comme vous ou M. Desdames, s’il y est exercé (10) ; car d’y en envoyer un nouveau qui n’a en cela aucune expérience, je doute fort qu’il y réussît.

J’en userai selon votre désir à l’égard du R. P. R[oze (?)] O Jésus ! je ne gâterai rien en cet affaire, Dieu aidant (11).

Dieu bénisse ces deux bons paroissiens qui ont (12) donné 700 livres à votre sacristie, et toutes les âmes qui vous font du bien ! Nous ne pouvons les payer que de prières, de respect et d’affection.

Des nouvelles, nous n’en avons point de deçà. Tout y est en paix et en santé, grâces à Dieu. Ma petite incommodité s’en va peu à peu, et je suis de plus en plus, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

M. Lévêque, qui fait ici les affaires communes de la reine, et qui reçoit et distribue les lettres de Pologne, m’a fait faire des plaintes par plusieurs fois de ce que vos paquets et les nôtres sont trop gros. Je me propose de vous écrire désormais en une simple feuille, si je le puis, et d’écrire à cet effet plus mince, et de ne me point charger de lettres. Je vous prie d’en faire de même et de dire à la compagnie qu’ils se contentent d’écrire des choses nécessaires seulement et courtement. Le général

10) Les mots : s’il y est exercé, sont de la main du saint

11) Cette dernière phrase est de la main du saint.

12) Première rédaction : qui vous ont.

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des Jésuites a ordonné la même chose à la compagnie ; et quoique leurs règles recommandent de s’entr’écrire souvent pour conserver l’amitié, l’abus qu’il y a reconnu lui a fait réduire cet usage au nécessaire ; et certes c’est le meilleur en tout sens, notamment à l’égard des parents et des lettres de raillerie, à ceux de] a compagnie (13)

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission de Pologne, à Varsovie.

1852. — A LOUISE DE MARILLAC

[mars 1655]

Il sera bon d’ajouter à votre lettre que M.. le procureur général (1) envoie défendre à la Verdure par M. Accar, ou tel autre qu’il lui plaira, qu’il ne laisse aller cette pauvre créature (2) dans la maison des forçats, si elle s’y présente (3).

Il sera bon de se saisir de l’argent et des comptes, s’il y a moyen.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

13) Ce post-scriptum est de l’écriture du saint.

Lettre 1852. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original,

1) Nicolas Fouquet.

2) Première rédaction : fille. — Il s’agit de sœur Claude.

3). Cette lettre semble se rapporter à un scandale qui affligea profondément saint Vincent et Louise de Marillac le 18 mars 1655 jour ou ils en eurent connaissance. la fondatrice. a fait elle-même le récit de ce triste incident. (Arch des Filles de la Charité, volume intitulé : Louise de Marillac écrits autographes.)

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1853. — A CHARLES OZENNE.

De Paris, ce 19 mars 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends grâces à Dieu de celle qu’il vous fait, par Monsieur l’ancien official, de ce bénéfice d’un prix si considérable, et le prie qu’il fasse la grâce à la compagnie de répondre à l’attente qu’a ce bon serviteur de Dieu, qu’elle servira dignement Notre-Seigneur en ce pays-là. Quand la chose sera en état d’être sue, je lui ferai une lettre de remerciement, si vous le jugez convenable. Je vous supplie cependant de diriger toutes vos dévotions à Notre-Seigneur à ce qu’il ne permette pas que votre famille se rende indigne de ce bien-là et de tous les autres qu’elle reçoit journellement

Je ne sais que vous dire de Monsieur Zelazewski ni de ses conduites, sinon que je prie Dieu qu’il soit lui même sa direction et son directeur. Je serai consolé (1), de l’assistance que vous donnerez à Madame sa mère.

Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez donné le baptême à cette bonne juive, et de la conversion de ces deux luthériennes

Je vous prie de renouveler les offres de mon obéissance à Monsieur de Fleury (2) au rencontre, et de l’assurer que j’ai mon cœur tout plein de reconnaissance de toutes les obligations que nous lui avons, et de remercier le Révérend Père Roze du ressouvenir dont il m’honore et de mon obéissance.

Lettre 1853. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1) Première rédaction : j’aurais été consolé.

2) Première rédaction : 0 à Monsieur Conrard.

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Assurez notre chère sœur Marguerite (3) que je n’ai jamais retenu aucune des lettres qu’elle écrit à Mademoiselle Le Gras, et que je les y envoie tout aussitôt que je les ai reçues. Je la salue, elle et nos sœurs, avec toutes les affections de mon cœur, en celui de Notre-Seigneur (4)

Je vous supplie, Monsieur, de remercier Mademoiselle de Villers de l’honneur qu’elle me fait de se ressouvenir de moi, et de l’assurer de mon obéissance

J’attendrai votre billet touchant les propositions que vous avez à nous faire, et y ferai réponse au plus tôt

Je pense vous avoir écrit que,. Monsieur Berthe est revenu en France par l’ordre du. roi, à cause qu’il a reçu dans la Mission Monseigneur le cardinal de Retz par commandement exprès du pape, avant même que le roi lui eût fait défense de communiquer avec Son éminence, et que nous l’attendons ici dans huit ou dix jours. Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que, par la miséricorde de Dieu, la compagnie travaille bien partout et avec bénédiction, même en Barbarie, où l’on est si exact au sacrement de la pénitence que de faire faire restitution jusques à un sol aux pauvres esclaves des torts qu’ils se sont faits les uns aux autres.

Monsieur Le Vacher me mande d’Alger qu’un jeune chrétien de 21 à 22 ans, Majorquin de nation (5), s’étant fait turc, il en eut un si grand remords ensuite qu’il alla trouver le bacha, foula son turban à ses pieds en détestation de Mahomet et de sa religion, et en protestation qu’il était chrétien et qu’il n’y avait point de vraie religion que celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ce qu’ayant fait, il fut brûlé trois jours après avec une

3) La sœur Marguerite Moreau.

4) Cette dernière phrase est de la main du saint.

5) Ces trois derniers mots sont de la main du saint.

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constance admirable et protestation continuelle que la religion chrétienne était la vraie religion, et Jésus-Christ Notre-Seigneur le vrai Fils du Dieu vivant, et Mahomet un trompeur ; et ce qui est admirable et digne de consolation pour les âmes qui craignent la mort, c’est que ce pauvre garçon disait quelques jours auparavant (6) à ses compagnons, leur parlant de sa résolution, qu’il craignait et avait toujours craint la mort, mais qu’il avait une certaine confiance dans l’esprit qui lui faisait espérer la force du martyre, et leur alléguait que Notre-Seigneur avait craint la mort, et, quand ce vint à la souffrir, qu’il le fit divinement. Dieu nous fasse la grâce, Monsieur, de nous augmenter la foi et l’espérance en Dieu dans les occasions de mourir pour son service (7) !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je me donne l’honneur d’écrire à la reine. Je pensais lui dire ce que je vous écris de ce bienheureux martyre, mais je n’ai pas eu le temps. Vous lui direz, s’il vous plaît, et ferez mes excuses à M. de Fleury de ce que je n’ai pu avoir l’honneur de lui écrire (8)

6) Le saint a écrit de sa main les mots : "quelques jours auparavant."

7) Philippe Le Vacher put enlever, non sans péril, le corps du jeune martyr, qui s’appelait Pierre Borguny. Il porta ces précieux restes à Paris en 1657,. ainsi qu’un table. au représentant l’intrépide jeune homme dans le feu. En 1747, les reliques furent données par la maison de Saint-Lazare à celle de Palma (île de Majorque), à la demande des missionnaires d’Espagne. La vie de Pierre Borguny a été écrite par Fernand Nualart, prêtre de la Mission, postulateur de sa cause. (Vida y martyrio del siervo de Dios Pedro Borguny..Mallorquin, martyrisado en Argel a los 30 agosto 1654, Rome, 1780, in-4°)

8) Ce post-scriptum est de la main du saint.

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Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1854. — A N ***

20 mars 1655

Je me vois bien éloigné de l’état où vous me supposez, et au contraire dans celui qui mène au fond des abîmes, si Dieu n’a pitié de moi.

1855. — A N ***

1655

Je ne suis plus bon qu’à réparer le temps perdu et à me préparer au jugement de Dieu. Heureux si je puis trouver grâce devant lui !

1856. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mars 1655] (1)

Béni soit Dieu de ce que le M. le procureur général vous ordonne et de ce qu’il a fait à l’égard de cet homme (2). Oh ! que Madame la présidente Fouquet est effective !

Vous prierez Madame Traversay de coucher chez

Lettre 1854. — Collet, op. cit, t. II, p. 198. Le saint, nous dit-il, fait part de sa peine à une personne qui avait parlé trop avantageusement de lui.

Lettre 1855. — Collet, op. cit., t. II, p. 96.

Lettre 1856. — L. a. — L’original se trouve à l’hôpital de Rambervillers (Vosges) 1) Voir note 8.

2) Un mot ajouté au dos de l’original nous apprend qu’il s’agit ici d’un forçat, et c’est vraisemblablement du forçat mêlé à l’incident dont il est parlé plus haut, 1. 1852, note 3.

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vous, ou enverrez quérir notre ignominie (3) ; je dirai a Pascal (4) qu’il la fasse tenir prête.

Si Madame de Liancourt parle de Monsieur pour céans (5), vous me consolerez de l’en détourner, à cause de mon incommodité et des ordinands.

Vous avez bien fait de communier aujourd’hui, et le ferez encore demain. Si vous ne pouvez chercher des confesseurs de Saint-Laurent, nous vous enverrons M. Brin ou M. Perraud, si vous pensez que M. Portail lui (6) soit moins propre. Notre chère Mère Hélène-Angélique, supérieure de Chaillot (7) est aux extrémités (8). Je la recommande à vos prières.

Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.

1857. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 2 d’avril 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici la réponse aux demandes que vous me faites pour avoir mon avis sur les points suivants à votre dernière lettre. Vous me demandez si la compagnie

3) Le carrosse du saint.

4). Jean-Pascal Goret, frère coadjuteur, né à Angers, reçu dans la congrégation de la Mission le 21 novembre 1641 ; il conduisait le carrosse du saint.

5).M. de Liancourt avait peut-être l’intention de faire une retraite à Saint-Lazare.

6). Ne s’agirait-il pas ici de Madame de Liancourt, qui faisait peut-être en ce moment une retraire chez Louise de Marillac ?

7) L’ancien village de Chaillot, aujourd’hui réuni à la ville de Paris, où les religieuses de la Visitation avaient établi un monastère le 28 juin 1651.

8) La Mère Hélène-Angélique Lhuillier mourut le 25 mars 1655.

Lettre 1857 — Dossier de Cracovie, original.

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(je dis votre famille) fera bien de se trouver aux banquets auxquels quelques-uns sont conviés. Or je vous réponds, Monsieur, qu’elle fera bien de s’en abstenir et de ne s’y trouver jamais, sous quelque prétexte que ce soit :

1° Pource qu’il faut qu’il y ait quelque chose de bien malin dans les banquets, communément parlant, puisque la Sainte écriture ne donne point d’autre raison de la damnation du mauvais riche, sinon qu’il était tous les jours dans les banquets et qu’il était richement vêtu ;

2° Pource que la gourmandise et l’ivrognerie sont des péchés le plus souvent mortels, et que rarement ces banquets se passent sans excéder au boire et au manger, qui sont des actes de gourmandise, et qu’on ne peut pas aller en ces lieux-là sans se mettre en danger de tomber dans le même excès ;

3° Pource que vous approuveriez tacitement le mal qui se passe d’ordinaire dans les banquets, ne les reprenant pas, la médisance, l’excès, la perte du temps et tant d’autres maux qui s’y passent et qu’on est obligé de reprendre ;

4° C’est que pour l’ordinaire ceux qui assistent au banquet font leur possible pour porter le monde à l’excès au boire et au manger, notamment quand ils [ont] (1) affaire à des prêtres ou à des religieux, et que, s’il y a des personnes de condition, l’on n’oserait les refuser de leur faire raison toutes les fois qu’ils boivent aux autres ; et le moyen de ne se pas enivrer en ces (2) occasions !

5° Que toutes les fois qu’on va à des banquets, l’on se met en danger d’offenser Dieu, et par conséquent d’y périr, au moins civilement ; qui periculum peribit in illo (3) ;

1) Mot oublié dans l’original.

2) Mot répété dans l’original.

3) Ecclésiastique III, 27.

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6° Qu’assistant à ces banquets, l’on se met en état de ne pouvoir prêcher contre, ni pas même contre les abus qui s’y commettent ;

7° Pource que par ce moyen vous privez Dieu de la gloire qu’il a prétendue de la compagnie, l’appelant en Pologne pour servir ou à ôter tout à fait, ou à modérer les excès qui se commettent dans les banquets ;

8° Pource qu’une des pratiques de cette compagnie est de ne jamais aller manger en ville, et qu’il est inaudit qu’aucun de la compagnie se soit jamais trouvé, depuis trente ans qu’elle est instituée, dans aucun banquet.

Or souffrez, Monsieur, que je vous die que je m’étonne que vous (4) soyez allé à des banquets, ou permis que d’autres y soient, sachant l’usage de notre compagnie, qui est même de ne jamais manger hors de la maison, si ce n’est en cas de nécessité, ou dans des monastères, comme M. Alméras a fait une fois chez M. son père malade en dix-sept ans qu’il y a qu’il est entré en la compagnie ; et m’étonne de plus que vous ayez mis cela en délibération dans votre famille, puisque vous savez qu’il ne faut jamais mettre en délibération si l’on fera les choses que la compagnie pratique et si l’on s’abstiendra de ce que l’on sait qu’elle improuve, comme aller manger chez les externes (5).

Souffrez encore, Monsieur, que je vous die que je m’étonne que vous mettiez en délibération, en la présence de tous les prêtres, ce que vous ne devez proposer et délibérer qu’avec vos deux assistants, puisque vous savez que c’est l’usage de la compagnie et qu’elle n’en use jamais autrement ; que toutes les choses se doivent diriger par le supérieur et par ses deux assistants seulement,

4) Première rédaction : que je m’étonne que vous ayez permis que

5) Première rédaction : comme les banquets.

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en sorte même que, si le supérieur est d’un autre avis que les assistants, il peut et doit faire selon le sien, si devant Dieu il le juge le meilleur, sauf à en rendre compte au visiteur, s’il s’est trompé, sur la plainte que les assistants en doivent faire au visiteur. Et c’est ainsi que je vous prie d’en user désormais, Monsieur ; et vous ferez en cela comme font les plus saintes compagnies de l’église de Dieu, et comme le bienheureux évêque de Genève le fait pratiquer aux filles de Sainte-Marie, ainsi que la Mère de Pologne (6) vous pourra dire. Bref, Monsieur, c’est notre règle et notre usage par toutes nos maisons.

Peut-être que vous me direz que je ne vous ai pas nommé vos assistants. Si je ne l’ai pas fait, je vous nomme à présent Messieurs Desdames et Guillot, lesquels je prie de se donner à Notre-Seigneur pour cela, et vous, Monsieur, à commencer au plus tôt après la présente reçue cette pratique, et de continuer toutes les semaines une fois, si quelqu’affaire ne presse à le faire plus souvent.

Voici une digression que je viens de vous faire, ayant été induit à cela par la demande que vous m’avez faite de mon avis sur le sujet de l’assistance aux banquets. Passons à la seconde demande.

Mais j’oublie à répondre aux objections que vous, me pouvez faire de l’usage, pour être du pays et des religieux mêmes. Je réponds à cela en un mot, étant fort pressé, que ces banquets étant pour l’ordinaire accompagnés du péché de gourmandise et d’ivrognerie, la coutume ne peut jamais prescrire contre les défenses que Dieu en fait, et qu’ainsi la coutume ne vous excuse pas

6) La Mère Marie-Catherine de Glétain, supérieure du couvent de la Visitation de Varsovie.

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devant Dieu, et que, si les prêtres et les religieux en usent autrement, ils ont peut-être plus de vertus que nous pour se modérer en ces banquets, et persévère, nonobstant tout cela, que la famille n’y aille plus.

Quant à la 2e demande que vous me faites, Monsieur, si vous observerez le carême à la manière de Pologne ou de Rome et de tout le reste de la chrétienté, il me semble, Monsieur, que vous ferez bien d’en user selon l’usage de Rome : jeûner tous les jours, excepté le dimanche, et ne faire qu’un repas, qui est le dîner, et la collation le soir, savoir environ quatre onces de pain, un plat et quelque fruit. Oh ! quelle honte à nous autres prêtres de voir des filles religieuses qui ne prennent qu’un morceau de pain le soir avec de l’eau pendant huit mois de l’an qu’elles jeûnent ! Quant aux vendredis, vous pourrez vous passer à faire l’abstinence comme ici, s’il n’y a quelque sujet de scandale pris à craindre !

La 3e question est si l’on peut aller seul visiter les malades de la paroisse. O Jésus ! Monsieur, il s’en faut bien garder d’aller seul ! Quand le Fils de Dieu a ordonné que les apôtres iraient deux à deux, il voyait sans doute de grands maux à aller seul. Or ce qu’il a introduit parmi les siens, qui voudra déroger à cet usage et à celui de la compagnie, qui, à son exemple, en use de la sorte ? L’expérience a fait voir à quantité de communautés religieuses qu’il est nécessaire que la porte de l’infirmerie soit ouverte et les rideaux du lit tirés dans les monastères des religieuses, tandis que les confesseurs seuls administrent les saints sacrements et sont auprès des malades, pour les abus qui se sont rencontrés en ces temps et en ces lieux-là. Un prêtre de la compagnie m’a dit qu’étant d’autres fois confesseur d’un monastère de religieuses, ayant demandé à une religieuse malade, à laquelle il venait d’administrer l’extrême-onction, s’il ne

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lui restait point encore sur le cœur quelque chose qu’elle lui voulût dire, elle lui répondit qu’elle n’avait rien à lui dire, sinon qu’elle mourait d’amour pour Ce sont les inconvénients qui se rencontrent dans la visite des malades de l’autre sexe, qui ont fait que Messieurs les curés de Paris et pour l’ordinaire ceux qui sont dans la pratique de la vertu, ne vont jamais seuls visiter les malades.

Voilà pour la visite des malades. Je dis le même à l’égard de ceux qui vont par ville pour quelque sujet que ce soit ; qu’ils n’aillent jamais seuls. Il n’importe de dire que vous êtes peu en nombre ; il faut aller moins à la ville. Nous usons de la sorte et n’allons en ville que pour des nécessités pressantes. Jamais nous ne donnons aucun séminariste pour aller en ville ; la plupart se perdaient auparavant, et maintenant ils vivent comme de petits anges. Je dis le même des écoliers. Plût à Dieu que nous en eussions usé de la sorte il y a vingt ans ! La compagnie aurait [fait] bien d’autres progrès à la vertu et aurait bien mieux gardé cette jeunesse qu’elle n’a fait.

Quant aux robes de chambre, je ne trouve point d’inconvénient qu’on les apporte par ville, fourrées même, attendu le froid et l’usage des RR. PP. jésuites, et non plus qu’on apporte les manches de la robe de la longueur des bras.

Vous ferez bien d’avoir un oratoire en votre maison, où vous fassiez votre examen et récitiez votre office, notamment en hiver. Vous ferez aussi bien de reprendre au printemps les examens publics du soir, que vous avez intermis en hiver, comme aussi d’avoir une petite cloche à la porte, avec laquelle l’on appellera ceux qu’on demande, et, si faire se peut, parler aux personnes de l’autre sexe à l’église.

Enfin, Monsieur, je vous prie d’ajuster toutes choses

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aux usages communs de la Compagnie, et même les sortes de viandes et la quantité qu’on use ici, sans changer la qualité, ni augmenter la quantité ; et c’est à quoi je vous prie de tenir la main, et surtout à ce que la compagnie se rende plus régulière de plus en plus et plus exacte en toutes choses ; et en ce faisant, elle se peut assurer qu’elle répondra aux desseins de Dieu ; sinon qu’elle prévariquera aux prétentions que Notre-Seigneur a sur elle pour le salut du pauvre peuple et la sanctification des ecclésiastiques. O Monsieur, quel dommage, si cela est ! Il y a un curé de Bretagne qui vient de faire un livre par lequel il dit que les plus grands ennemis qu’ait l’église, ce sont les mauvais prêtres, et le montre sans beaucoup de peine, et ajoute que Dieu a donné son esprit aux prêtres de la Mission pour remédier à ce malheur, et qu’ils y travaillent avec bénédiction, comme aussi à enseigner les choses de la foi au peuple, et les assister et les instruire et les faire affectionner aux vertus chrétiennes. O Monsieur, au nom de Dieu, donnez ce sujet d’oraison à votre famille, et mettez-y les moyens que l’on pensera qui pourront faire cet effet en ces lieux-là où vous êtes. Je serai consolé d’apprendre par vous les sentiments de la compagnie sur ces moyens qui vous seront rapportés à la répétition de l’oraison que vous ferez sur cela.

Voilà, si me semble la réponse aux demandes que vous me faites, et cela un peu légèrement, pource que je viens de sortir d’une petite maladie d’un mois il y a trois ou quatre jours.

Vous me dites que M. de Fleury vous a obtenu la démission d’un bénéfice considérable. Hélas ! Monsieur, quels remerciements lui ferons-nous ? J’avoue que la grandeur des obligations que nous avons à son incomparable bonté m’étonne, me rendant si confus que je n’ai

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point de paroles suffisantes à mon gré pour l’en remercier, et que je le ferai à présent par le silence, en attendant que je le puisse faire mieux qu’à présent, que je suis tout étourdi par la grandeur de tous les biens qu’il nous fait. Oh ! que je dirai après-demain la sainte messe bien volontiers pour demander à Dieu qu’il soit sa récompense pour tous les biens qu’il nous fait !

Vous me dites que le roi et la reine s’en vont en voyage et pourront aller à Cracovie, et qu’il est à propos que quelques-uns de la compagnie s’y trouvent pour tenter quelque établissement. Or je vous dirai à cela, Monsieur, que la compagnie a pour maxime inviolable de ne jamais solliciter aucun établissement, et l’a pratiqué ainsi jusques à présent, par la grâce de Dieu, auquel nous nous rapportons à nous remettre et établir aux lieux qu’il lui plaira ; et si elle m’en croit, elle en usera toujours de la sorte. Oh ! quel bonheur, Monsieur, que celui d’être aux lieux où Dieu nous met, et quel malheur de s’établir où Dieu ne nous appelle pas ! Il faut être appelé par l’évêque ou par quelque fondateur ; selon cela, vous n’enverrez personne en ce lieu-là à l’effet de moyenner ledit établissement. Et puis qui mettrez-vous là pour supérieur ? Hélas ! Monsieur, il faudrait que ce fût un homme consommé dans les conduites de la compagnie, si faire se pouvait. L’expérience ne nous fait voir que trop combien les jeunes gens que nous avons mis dans les supériorités, quelque suffisance, intelligence ou mise qu’ils aient dans l’esprit du monde, qui est l’ennemi des vrais serviteurs de Dieu tels que doivent être les missionnaires (7)… Selon cela, il est expédient que votre famille travaille bien à la vertu solide, qu’elle s’exerce aux missions de la campagne, à faire les séminaires,

7) Le saint a laissé la phrase inachevée.

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et après cela elle sera en état de s’étendre, et non plus tôt. Je vous supplie, Monsieur, de le faire entendre à la reine ; et que si, après tout, Sa Majesté pressait, nonobstant ce que je vous dis, je ne vois que M. Desdames qui puisse faire encore cet essai, les autres étant sortis jeunes d’ici et sans aucune connaissance de l’esprit de la compagnie ; mais comme ils ont tous bon esprit et bonne volonté, j’espère qu’ils se formeront bientôt, avec l’aide de Dieu. Que si j’ai approuvé ci-devant que M. Guillot (8) allât en Suède, c’est pource que l’on y était appelé par celui qui avait ce pouvoir, qui était M. l’ambassadeur, et par la nécessité, joint qu’il ne s’agissait point de conduire une famille dans l’esprit de la compagnie, mais seulement de faire le plus de bien qu’il pourrait en ce lieu-là comme particulier.

Je vous prie, Monsieur, de me faire une copie de cette lettre mal fagotée, que j’ai écrite à grand’hâte et sans avoir le loisir de la relire et de me l’envoyer.

J’embrasse cependant votre petite famille avec toutes les tendresses de mon cœur. prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je vous prie de faire lecture de la présente à la compagnie, Monsieur.

Au bas de la première page : M. Ozenne.

8). Ce nom a été raturé dans l’original

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1858 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce dimanche 4 avril 1655

J’oubliai hier, mon très honoré Père, à vous dire que Madame des Essarts recommandait à vos prières et celles de Messieurs de votre compagnie son père, qui est malade, âgé de 79 ans. Elle en a grande appréhension, l’aimant tendrement. Elle me dit aussi que, si ce mal ne continue pas, qu’elle pourra partir dans 12 ou 15 jours pour aller à Bourbon (1) ; qu’elle a ordre de bailler tout ce qu’il faut pour le voyage (2) sans dire quoi. Je ne sais si elle veut être assurée, devant le dire, des personnes qui doivent aller, et dit que, quand bien elle serait partie, que Monsieur Lévêque, employé pour cela, baillerait tout ce qu’il faut. Il me semble, mon très honoré Père, qu’il serait bien nécessaire qu’elle spécifiât ce qu’il devra bailler. Si vous ou quelqu’un de votre part la voyait, elle le dirait peut-être. Elle m’a témoigne désirer de venir voir celles de nos sœurs qui y doivent aller, quand elle saura qu’elles seront céans. Je ne sais s’il sera à propos de l’en avertir plutôt que de les envoyer chez elle.

Il est demain notre grande fête (3) en laquelle nous devons être reconnaissantes de la grâce que Dieu a faite en ce jour-là aux cinq premières, que sa bonté a voulu lui être toutes dédiées pour l’emploi de la petite compagnie, dont l’une est au ciel, si Notre-Seigneur lui a fait miséricorde (4)

Nous avons 3 de nos sœurs, savoir Marguerite Chétif Madeleine Raportebled et ma sœur Philippe (5), qui désirent et ont demandé à faire la même offrande, pour le 2e ou 3e renouvellement au bout de leur année. Les deux premières

Lettre 1858. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Bourbon-l’Archambault, localité de l’Allier célèbre par ses sources d’eau thermale.

2). Pour le voyage des Filles de la Charité en Pologne.

3). La fête de l’Annonciation, transférée du 25 mars.

4). Ces premiers vœux, émis, non pour la durée d’une année, mais pour toute la vie, furent prononcés le 25 mars 1642 par la fondatrice, sœur Barbe Angiboust et trois autres sœurs dont le nom ne nous a pas été conservé. Comme le choix doit se limiter aux sœurs anciennes présentes alors à Paris, il est très vraisemblable que Madame Turgis, Marie-Denise et Henriette Gesseaume étaient du nombre des cinq privilégiées. Du vivant de saint Vincent, quelques sœurs furent admises aux vœux perpétuels ; l’usage des vœux purement annuels ne devint universel qu’après sa mort.

5) Sœur Philippe Bailly.

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le demandent pour toute leur vie, et je crois que M. Portail vous l’a proposé..mais à cause que je crains y avoir contribué, j’ai pensé, mon très honoré Père, en devoir avertir votre charité, pour savoir votre intention et leur aider à s’y disposer, ayant aussi intention de me joindre à elles et quelques autres de nos sœurs, qui ont ce bonheur. Que si vous avez déjà dit la sainte messe en bas depuis votre maladie et que vous l’y deviez dire, vous ne doutez point, mon très honoré Père, que nous espérerions que notre offrande serait plus agréable à Dieu, lui étant faite d’un cœur paternel, qui suppléera aux défauts de ses pauvres filles et petites servantes.

L. DE MARILLAC et les autres, qui demandent,

pour l’amour de Dieu, votre bénédiction.

Madame Traversay vous doit venir treuver sur les 3 ou 4 heures, pour vous parler. Je crois qu’elle aura résolu ce qu’elle doit faire pour notre sœur. Elle ne parut pas la dernière fois s’y affectionner, mais je crois qu’elle n’y voyait pas tant de facilité qu’elle s’était proposée.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent

1859. — AU PèRE BOULART

De Saint-Lazare, ce 8 avril 1655.

Mon Révérend Père,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Celui qui vous rendra la présente est un religieux de votre saint Ordre, qui a fait céans une retraite. en laquelle il a beaucoup édifié le prêtre qui l’a servi, et moi même aussi ; en sorte, mon Révérend Père, qu’il y a sujet d’espérer qu’il servira bien Dieu en quelqu’une de vos maisons, si par votre moyen il y peut être reçu et employé. C’est de quoi il vous va supplier, et je joins ma prière à la sienne, estimant que Dieu et saint Augustin

Lettre 1859. — Bibl. de Sainte-Geneviève, ms 2555, copie.

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auront fort agréable la charité que vous lui ferez. Il ne se présentera jamais occasion, mon Révérend Père, de servir votre saint Ordre, ni aucun de ceux qui ont le bonheur d’en être, que je ne le fasse de toute mon affection, et qu’en votre particulier je ne vous rende ce même mon obéissance, étant, comme je suis, en l’amour de N.-S., mon Révérend Père, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1860. — LOUIS SERRE, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

De St-Méen, ce 9 avril 1655

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction, s’il vous plaît !

Voici en peu de mots le résultat que vous m’aviez demandé de la conférence sur les vertus de feu M.. Thibault, je dis en peu de mots, parce qu’ayant reçu de grands dons de la nature et de la grâce, il faudrait un grand discours pour les rapporter (1). général de tous ceux qui le connaissent.

Une si grande humilité que celui qui a entendu sa dernière confession générale dans la retraite qui a immédiatement précède sa maladie, a admiré entre autres choses qu’il n’était point attaqué de la moindre petite pensée de vanité

2° Sa mortification était grande, puisqu’après les grands travaux des missions il ne buvait presque que du cidre ; et il m’a souvent dit que Dieu lui avait fait la grâce de ne pouvoir connaître au goût si le vin était bon ou mauvais. Sa discipline fait quasi horreur, tant elle est ensanglanté et garnie de pointes de fer. Je la garde bien chèrement, non pour m’en servir, car je n’en aurais pas le courage mais pour m’aider en la considérant, à porter gaiement les petites croix que la providence de Dieu envoie de temps en temps à ceux qui sont encore dans la vertu

Lettre 1860 — L a — Dossier de Pologne, original

1) La suite est illisible

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Son zèle au salut du prochain est trop connu pour en rien dire de particulier. Il était ou malade ou en mission. Peut-on travailler davantage ?

Mais que direz-vous de sa chasteté ? Il avait une grande incommodité : c’est qu’il ne dormait presque point ; et comme. un jour il m’en parlait, sans pourtant s’en plaindre, je lui dis. que le souverain remède était de prendre des bains ; il me répondit qu’il était vrai et que les médecins lui avaient autrefois ordonné, qu’il était comme assuré que cela lui réussirait, mais qu’il n’avait jamais pu s’y résoudre, parce qu’il voyait quelque chose contraire à la pureté et qu’il trouvait moins d’incommodité à ne point dormir qu’à user de ce. remède. Ce que j’ai plus admiré en lui et qui m’a touché davantage est que, pendant six ans et demi qu’il a été ici, il n’a jamais une seule fois entré dans aucune maison de cette ville, parce qu’il avait pour une de ses principales maximes qu’un missionnaire ne devait en aucune façon fréquenter avec les séculiers. Je pense qu’il me dit plus de mille fois qu’aussitôt que nous commencerons à fréquenter le monde, que nous étions perdus et je ne pense pas lui avoir quasi jamais parlé du spirituel de la maison qu’il ne soit toujours tombé sur cette proposition, qu’il ne fallait point converser avec le monde si ont ne voulait se perdre. Je supplie N.-S. de faire la grâce à cette maison d’hériter de lui cet esprit, sans lequel autant que je puis concevoir il est difficile de nous conserver

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, quoique sa vie ait été courte ; mais aussi on peut dire que consummatus in brevi explevit tempora multa (2). J’ai considéré que nous avons dans notre bréviaire peu de chose de la vie des apôtres. C’est ce qui me fait retrancher quantité d’autres remarques non moins considérables que celles que je viens de toucher et prier N-.S. me faire la grâce de haïr le monde comme il a fait.

Nous avons M. Le Boysne malade d’une fièvre tierce depuis six jours et M. Caset dans les remèdes depuis le jeudi ; et il achève samedi les bains ; et le médecin lui a ordonné pour commencer dimanche, à prendre du lait, non d’ânesse, qu’on ne trouve point ici, mais de cavale et ce jusques à la Pentecôte, sans espérer de guérison de plus de quatre mois d’ici, à ce que le médecin nous a dit.

Mgr de St-Malo (3) m’a mandé de tenir tout prêt pour l’ordi -

2) Livre de la Sagesse IV, 13.

3) Ferdinand de Neufville

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nation..mais comment faire ? Laisné ne peut faire les entretiens du matin qu’il n’ait reçu sa valise de Paris, qu’on mande lui avoir envoyée dès le mois d’octobre dernier. Il partit d’ici samedi pour aller chercher chez les messagers de Rennes ladite valise. Le moyen d’avoir adresse serait que M. Dehorgny lui mandât le nom du messager qui en a été chargé à Paris. Il lui écrit assez mais on lui répond seulement en général qu’on lui a envoyé.

Je ne vous demande point de secours parce que vous voyez que nous sommes dans l’extrémité auquel état votre charité ne nous peut laisser longtemps..

Notre frère Rivet (4) souhaiterait d’être sous-diacre à l’ordination prochaine. Je l’ai proposé à Messieurs Le Boysne et Laisné, qui n’ont rien à dire contre lui, ni moi non plus.

Je me recommande très humblement à vos saints sacrifices et suis, Monsieur et très honoré Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

LOUIS SERRE,

indigne prêtre de la Mission.

1881. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 9 avril 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre de l’onzième de mars, qui me donne sujet de louer Dieu de ce que Vitkiski s’unit à la compagnie et de ce que la reine trouve bon qu’il soit donné à Monsieur votre ancien curé et bienfaiteur. Vous me consolerez de me mander si après sa mort ce bénéfice, étant uni à la Mission, lui demeurera. Il faut obéir à la reine tout à fait et en toutes chose ; mais il est bien à craindre que l’éloignement de quelques-uns (1) de la compagnie, à Sokolka ou ailleurs, ne les dissipe, et éteigne,

4) François Rivet.

Lettre 1861. — L. a — Dossielr de Cracovie, original.

1) Les mots : de quelques-uns, sont de la main du saint.

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ou pour le moins affaiblisse, l’esprit de la Mission en ceux particulièrement qui demeureront seuls ; les jeunes plantes ne peuvent pas si tôt donner des fruits, et, s’ils le font, les sages jardiniers les arrachent et les en déchargent. O Monsieur, que cinq ou six mois de récollection et d’application à la langue feraient grand bien à votre petite famille ! Car omnis virtus ab intus. Que si néanmoins Sa Majesté désire que Monsieur Desdames aille passer quelque temps à Sokolka ! et même quelque autre prêtre quand et lui, in nomine domini. Je vous ai écrit assez amplement de cela par ma dernière (2), à laquelle je souhaite que vous et votre famille fassiez attention. Croyez-moi, Monsieur, que, si ceux qui sont allés en Pologne pour profiter à ce royaume-là n’entrent dans l’esprit de Notre Seigneur et des apôtres, ils n’y feront rien ou fort peu de chose. Hélas ! qui nous fera part de la ferveur des premiers Pères jacobins et jésuites qui ont été appelés les premiers en ce royaume-là ? Ce sera Notre-Seigneur, par la récollection, en laquelle il parle cœur à cœur à nos cœurs. Le plus grand adversaire que je vois pour cela, c’est l’esprit du monde et de la chair, la prétention d’aller et de venir et de s’entremettre de ce qui ne regarde pas l’esprit d’un vrai missionnaire. Je vous prie, Monsieur, de faire quelque conférence sur cela, selon notre coutume, les vendredis.

Je loue Dieu du soin que vous avez de solliciter Monsieur l’official pour l’union.

Vous me parlez de chasser à la campagne vos jeunes prêtres, ou partie d’eux, afin de s’exercer à la langue ; à quoi je vous dirai, Monsieur, que si c’est pour la mission, que cela se pourra réussir ; mais que de les envoyer errants par-ci par-là, qu’il est à craindre que cela sèche

2) Première rédaction : par ma précédente.

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leur cœur et les dissipe. Pourraient-ils, pas s’imposer une loi, avec quelque peine, contre ceux qui manqueraient à parler polonais (3). C’est ainsi que les Pères jésuites apprennent la langue partout et font tant de profit aux Indes et au Canada.

Je suis bien marri de ce que la. sœur Marguerite le porte haut et est arrêtée en son sens. Au nom de Dieu, Monsieur, aidez-la bien à entrer dans l’esprit d’humilité et de condescendance en toutes choses. Mademoiselle Le Gras espère que l’une de celles qu’elle enverra aura l’esprit approchant des qualités que Sa Majesté désire. Il y a quelque difficulté à la déclarer servante d’abord qu’elle arrivera. Il est bien à craindre que cette bonne fille (4) qui a cette entièreté, ne soit surprise d’abord et n’ait pas la sainte condescendance qu’il faudra pour se soumettre, et que, un mois ou deux lui faisant reconnaître l’humilité la douceur et véritable soumission de celle dont je viens de parler, ne lui fasse faire quelque extravagance contre sa propre volonté, qui oblige à la rappeler.

Je suis bien aise que Monsieur l’ambassadeur, qui a correspondance en Suède (5), vous ait dit qu’il y a un ecclésiastique auprès de Monsieur l’ambassadeur de ce royaume-là (6).

Assurez Monsieur Duperroy que je ferai tenir sa lettre promptement et sûrement.

Monsieur Berthe est arrivé ici depuis 5 ou 6 jours. Nous sommes sur le point d’envoyer quelqu’un à Rome, et l’on travaille, par la miséricorde de Dieu, avec bénédiction partout. La maison de céans, outre les ordinands

3) Les mots à parler polonais sont de la main du saint.

4) Première rédaction : cette pauvre fille.

5). Première rédacfion : je suis bien aise donc que le résident de : Suède.

6) Le baron d’Avaugour.

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a fait travailler ce carême à quatre missions à la fois, par lesquelles Notre-Seigneur a fait de grands biens. Monsieur Tholard en dirigeait une auprès de Paris, où les villageois avaient une si grande haine contre son curé que nul voulait entendre sa messe, et s’en allaient tous en d’autres villages à même temps qu’il commençait à s’habiller ! et Notre-Seigneur a tellement béni son travail et de ses confrères que le pauvre peuple a demandé pardon à Monsieur le curé, tout publiquement et baigné de larmes, et se sont réconciliés par ce moyen.

Je ne puis que je ne vous die une particularité entre les grands biens qu’a faits Monsieur Le Vacher, d’Alger, à ces dernières fêtes de Noël : c’est la réconciliation des pauvres esclaves chrétiens entre eux, qui avaient quantité d’inimitiés, et la restitution qu’il a fait faire d’une somme notable les uns aux autres et sur les moindres torts et dommages qu’ils se sont faits les uns aux autres. O Monsieur, que je souhaite qu’on agisse en cet esprit en Pologne et partout !

Le temps me presse. Je finis ici en me recommandant aux prières de votre famille et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Mademoiselle Le Gras a amené à notre parloir le petit chien que l’on envoie à la reine. Il aime tellement l’une des sœurs de la Charité qu’il ne regarde pas seulement les autres, ni qui que ce soit ; et dès qu’elle sort la porte, il ne fait que se plaindre et n’a point de repos. Cette petite créature m’a bien donné de la confusion, voyant son unique affection pour celle qui lui donne à manger, me voyant si peu uniquement attaché à mon souverain

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bienfaiteur et si peu détaché de toutes les autres choses. Vous pourrez assurer Sa Majesté que les filles en auront un très grand soin.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

1862. — A LA DUCHESSE D’AIGUILLON

De Saint-Lazare, ce 10 avril [1655] (1).

La lettre de Madame la duchesse arriva hier au soir trop tard ; toutes les dames étaient parties. Elle me fut rendue en repassant de l’archevêché devant la chambre des filles par une d’elles. Je la lirai aux dames à la prochaine assemblée, Dieu aidant. Je remercie cependant madite dame de ce qu’elle a fait auprès de la reine, et en parlerai à Madame la présidente Fouquet ; mais je ne lirai pas ce que madite dame dit au bas de sa lettre touchant sa déposition (2) et l’élection d’une autre.

Voici un jeune homme que je tiens [pour] (3) envoyer à madite dame, son compagnon étant resté malade à Vannes (4), d’où il viendra ici, si l’on lui mande que madite dame le désire.

Je n’ai point vu M. Desmarets (5) ; je tâcherai de le

Lettre 1862. — Gossin, op cit., p. 465, d’après l’original communiqué par M. Blaise, libraire-éditeur. La lettre était de la main du. saint

1) La date 1665, donnée par Gossin, est certainement fautive. M. Charavay, qui a mis la lettre en vente, a lu 1655.

2) La duchesse d’Aiguillon était présidente des dames de la Charité

3) Gossin a lu par ; il faut pour.

4). Il est probable que Gossin. a mal lu ; ne serait-ce pas plutôt Vanves ?

5) Jean Desmarets, seigneur de Saint-Sorlin, membre de l’Académie française, intendant du duc de Richelieu, était né à Paris en

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voir dès aujourd’hui, si je le puis ; toutefois je me rétracte dans le doute si madite dame ne l’aura pas désagréable. Je la supplie très humblement me faire mander s’il n’y a pas quelque conjoncture qui l’empêche.

M. Brin a beaucoup de choses à dire à madite dame ; il se donnera l’honneur de l’aller voir lundi.

L’on me conseille d’aller prendre un peu l’air ; rarement je me remets en travers de mes petites indispositions. J’espère aller à Rougemont ou à Orsigny, à quatre lieues d’ici. J’espère être de retour vendredi, Dieu aidant.

1595. A son goût pour le théâtre, où ses tragédies et ses comédies obtinrent du succès, succéda subitement une dévotion outrée. Il s’adonna dès lors à la composition d’ouvrages de piété. De sa plume sont sortis une traduction de l’Imitation et du Combat spirituel, des * prières d’une exaltation dangereuse, un * Avis du Saint-Esprit au Roi, un poème, Clovis, que Boileau a ridiculisé, et des écrits contre les jansénistes, Simon Morin, Homère, Virgile et les auteurs païens. Il voyait souvent saint Vincent. "Ceux qui gouvernent la maison de Saint-Lazare, déclare-t-il dans un de ses écrits (Quatrième partie de la réponse aux insolentes apologies de Port-Royal, Paris, 1668, in-12, p. 223) savent que M. Vincent était mon bon Père spirituel, que je le consultais souvent, qu’il a eu longtemps le livre des. Délices de l’Esprit avant qu’il fût imprimé, qu’il en lut beaucoup, bien qu’il fût si occupé, et qu’il en donna le reste à voir à l’un des plus savants de sa maison… Et pour faire voir encore le soin charitable que M. Vincent prenait de moi, il voulut alors me porter à prendre l’état ecclésiastique, croyant que cela donnerait plus de poids à ce livre mais je lui répondis que j’en étais trop indigne,. qu’il fallait y être porté plutôt par un mouvement de Dieu que par celui des hommes mais que je n’en avais jamais eu la moindre pensée… Depuis il ne m’en parla plus, mais il m’exhorta à détromper le monde de ses fausses maximes, sur lesquelles j’étais assez savant et dont il avait plu à Dieu me détromper. Il me donnait souvent de bons avis, et je remarquais qu’il ne donnait jamais conseil qu’après s’être un moment recueilli en Dieu, le consultant plutôt que son propre esprit et que sa science." Dans leurs entretiens, il fut maintes fois question de l’abbé de Saint-Cyran. (op. cit., pp. 217, 218.) Jean Desmarets mourut à Paris le 28 octobre 1676.

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1863. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 16 avril 1655

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne sais d’où peut venir le retardement de nos lettres ; il sera bon que vous preniez garde si le paquet a été ouvert.

Voilà donc enfin le voyage du roi et de la reine résolu ; assurez-vous, Monsieur, que nous ne manquerons point de recommander à Notre-Seigneur leurs personnes sacrées, leurs royaumes et leurs armes.

Nous attendrons donc Messieurs Conrard (1) et des Noyers (2) environ la Pentecôte, et leur témoignerons la reconnaissance que nous avons des bontés qu’ils ont pour vous et pour votre famille.

Mon Dieu ! Monsieur, que je suis affligé de la perte de ce monde qui s’est noyé à la rupture de la glace de cette rivière, et que je loue Dieu de bon cœur de ce qu’il a conservé Monsieur le grand secrétaire d’un si grand péril !

Je remercie Dieu aussi, avec toutes les tendresses de mon cœur de ce qu’il a redonné la santé au bon Monsieur de Fleury. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de lui témoigner la joie que j’en ai et la reconnaissance de toutes les obligations que nous lui avons ; oh ! Monsieur, que mon cœur en est attendri !

Je me donne l’honneur de faire réponse à la reine, qui m’a fait l’honneur de m’écrire au sujet des Filles de la Charité ; vous lui ferez tenir ma lettre, s’il vous plaît.

Lettre 1863 — L s — Dossier de Cracovie, original.

1) Médecin de la reine de Pologne.

2) Secrétaire de la reine de Pologne.

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Je suis en une peine que je ne vous puis exprimer de ce que j’ai égaré le premier mémoire de vos livres ; je ferai ce que je pourrai pour le retrouver et vous envoyer, Dieu aidant, ce que vous demandez.

O Jésus ! Monsieur, que je suis affligé de la maladie de Monseigneur le prince Charles, et que nous prierons bien Dieu qu’il lui redonne sa parfaite santé, si déjà il ne l’a fait, et qu’il sanctifie sa personne !

Nous vous avons destiné deux de nos frères de céans, ayant eu peine de tirer le frère Delorme de la maison de Troyes, qui en a tant de besoin, étant chargée d’un séminaire et des missions.

Je loue Dieu de ce que votre petite famille se porte bien, et prie Notre-Seigneur qu’il la sanctifie de plus en plus, et me recommande à vos prières et aux siennes, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1864. — A FIRMIN CET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

16 avril 1655.

Je suis en la même pensée que vous touchant le dey de Tunis, qu’il fera quelque avanie, comme il a déjà fait à Monsieur le consul de 270 piastres, et que ce serait le meilleur de remettre les deux consulats entre les mains de personnes qui en pourraient faire leur profit ; et cela n’empêchera pas que les prêtres ne fassent ce qu’ils

Lettre 1864 — Manuscrit de Marseille.

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pourront pour l’assistance des pauvres esclaves. Je pense qu’il n’y aura pas de danger que vous vous informiez secrètement s’il y aurait quelque marchand de Marseille qui voulût prendre lesdits consulats, et en rendre certaine somme par an aux prêtres de la Mission qui seront de delà. Si vous avez quelqu’ami particulier auquel vous puissiez confier cette proposition sous le secret, vous le ferez, s’il vous plaît, n’étant pas expédient que la chose se divulgue, et me manderez ce que vous en aurez trouvé.

1865 — A N ***

23 avril 1655

Vincent de Paul annonce que François Le Blanc, prêtre de la Mission, a été découvert par les émissaires de Cromwell dans le château du marquis de Huntley et enfermé dans les prisons d’Aberdeen. Nul doute qu’il ne soit condamné à mort.

1866. — A LOUIS DE CHANDENIER

De Paris, ce 27 avril 1655

Monsieur,

Voici enfin le brevet et les lettres pour Rome que vous avez tant désirés pour vous dépouiller, et le tout en la forme qu’il faut (1)

Je me suis donné l’honneur de vous écrire que je devais voir Monseigneur le cardinal (2) par son ordre, et que je doutais s’il me ferait l’honneur de me parler d’évêché pour vous, Monsieur ; mais ce n’était pas cela. Si Son

Lettre 1865 — Collet, op. cit., t. II, p. 480.

Lettre 1866. — L a. — Dossier de la Mission, original.

1) Saint Vincent a probablement en vue la résignation de l’abbaye de Saint-Pourçain en faveur de la congrégation de la Mission.

2) Le cardinal Mazarin.

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éminence l’eût fait, je lui aurais dit ce que je vous ai mandé ; il n’en a pas été besoin. La chose se passa assez bien, Dieu merci. Il y a apparence que la raison de me voir était pour me raire un acte de bonté, en suite du commandement que le roi a fait a nos missionnaires français de Rome de s’en revenir en France, pource qu’ils avaient reçu en leur maison Monseigneur le cardinal de Retz, en sorte qu’il ne reste point à Rome que quatre prêtres missionnaires italiens ; mais il a plu à la bonté de Sa Majesté de nous permettre d’y renvoyer Monsieur Jolly, qui va partir dans deux heures. S’il vous plaît de l’employer pour votre service, Dieu sait de quel cœur il le fera.

L’on me parle souvent d’évêchés pour vous, Monsieur ; mais je dis à tous ceux qui m’en parlent la difficulté que vous faites d’y entendre, parce que la vocation de Dieu ne vous y paraît pas nette ; et certes je ne vois personne qui n’en reste édifié, sinon un (3) qui ne peut digérer que vous n’entendiez pas à celui de Die, en Dauphiné (4).

Je n’ai point eu l’honneur de voir Mademoiselle votre sœur (5), et je vous avoue que je ne la cherche pas pour n’avoir de réponse agréable à donner du coté de M. votre Frère. Celles de Sainte-Marie (6) se portent bien, Dieu merci.

Notre chétive famille est toujours de même. Nous avons maintenant M. Berthe ici. Dieu a disposé de

3) Le saint ne voudrait-il pas parler. de lui ?

4). Die, en Dauphiné, était le siège d’un évêché uni depuis longtemps au diocèse de Valence. Il était question de lui redonner sa complète individualité ; ce qui se fit en 1687

5) Marie de Chandenier.

6) Marie, Henriette et Catherine de Chandenier, religieuses de la Visitation sœurs de Louis de Chandenier.

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M. Thibault, supérieur de Saint-Méen C’était un des hommes du monde, au dire de Monseigneur de Saint-Malo, qui prêchait le plus utilement. L’on nous dit merveilles du reste de ses vertus. Et M. Le Blanc, hibernois, que nous avions envoyé aux îles Hébrides, a été pris prisonnier en Ecosse avec un jésuite et un autre prêtre, qui court risque d’être pendu pour la religion bientôt, si Dieu n’en dispose autrement.

Nous avons vu M. de Flogni, qui nous a bien consolé par le récit de toutes vos conduites et de celles de M. de l’Aumône (7), dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il purifie vos chères âmes à tous deux, et par vous celles des peuples qui vous sont commises.

Le départ de M. Jolly me presse de conclure et de vous faire un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, ensemble à M. de l’Aumône. Je vous supplie, Monsieur, de l’avoir agréable et de demander à Dieu miséricorde pour le plus abominable et détestable pécheur du monde (8), qui est, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission

Au bas de la première page : Pour M. l’abbé de Chandenier.

7) Claude de Chandenier, abbé de l’Aumône.

8) Collet parle (op cit., t. II, p. 198) d’une lettre du 23. avril 1655 que saint Vincent terminerait par les mots "qui suis le plus inutile, le plus misérable et qui ai le plus besoin des miséricordes de Dieu. Je vous prie de les lui demander pour moi". Ce passage ne serait-il pas plutôt emprunté à la lettre du 27, bien qu’il ne s’y trouve pas

mot à mot ?

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1867. — AU PAPE ALEXANDRE VII

Beatissime Pater,

Quandoquidem illa Evangelii paupercula vidua mittens in gazophilacium duo tamtum aera minuta, Deum non modo non habuit despectorem oblatiunculae, verum Redemptoris nostri meruit approbationem et elogium, spe nonnulla erigor atque sustentor, Sanctissime Pater, inter tot magnatum insignes litteras quae ex universo christiano orbe ad Sanctitatem Vestram mittuntur, meam, hoc est indignissimi superioris Missionis, Congregationis omnium minimae, non penitus rejiciendam. Gratulatur enim Sanctitati Vestrae de exaltatione ad Pontificatum, eamque felicitat seque intra gestientis laetitiae fines continere vix potest, totius dictae congregationis meique specialis quaedam dedicatio est. Annum ago septuagesimum quintum ; multorum summorum Pontificum promotionem jam vidi (1) ; at qui tanto populorum et nationum consensu electus sit sane non adhuc vidi, adeo ut omnium studiis, votis et jubilationi Sanctitas Vestra contigerit. Respublica christiana attollit anmos, fausta sibi quaeque pollicetur, pacem ante omnia generalem, cujus Sanctitatem Vestram supra modum studiosam cuncti et sciunt et loquuntur. Faxit Deus ut illud almae pacis bonum Sanctitati Vestrae debeamus acceptum illamque ad multos annos conservet ac viviificet ! Hae sunt beneprecationes (?) ac devotissimae voluntatis studia quac Sanctitati Suae praesentat Sanctitatis Ves-

Lettre 1867. — L. s. —. Arch. Vatic, Vol. Particolari 30, f° 86, original.

1) Onze Papes avaient occupé le siège de Pierre depuis la naissance du saint ; Alexandre VII était le douzième.

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trae humillimus, obedientissimus ac indignissimus servus et filius.

VlNCENTIUS A PAULO,

indignissimus superior generalis congregationis Missionis

Datum Parisiis, V Kalendas maii (2) MDCLV

TRADUCTION

Puisque, loin de voir sa légère offrande dédaignée par Dieu, la pauvre veuve de l’évangile qui laissa tomber deux petites pièces dans le tronc du sanctuaire, mérita d’être approuvée et louée par notre Rédempteur, j’ai bon espoir, très Saint-Père, que parmi les nombreuses lettres de personnages éminents que Votre Sainteté reçoit de toutes les parties du monde chrétien, celle du très indigne supérieur de la Mission, de toutes les congrégations la plus petite, ne passera pas complètement inaperçue. Elle apporte à Votre Sainteté nos congratulations et nos félicitations à l’occasion de son élévation au souverain Pontificat, lui dit notre joie, qui ne connaît presque pas de bornes, et lui voue spécialement la susdite congrégation et ma personne. Je suis dans la soixante-quinzième année ; j’ai vu bien des Souverains Pontifes promus à cette dignité ; mais je n’en ai vu aucun dont l’élection ait été accueillie aussi unanimement par les peuples et par les nations. Cette élection faisait l’objet de tous les désirs et de tous les vœux, elle a été reçue partout avec la même joie. La république chrétienne se sent animée d’un nouveau courage ; elle attend de cet événement toutes sortes de biens et par-dessus tout la paix générale, dont tout le monde sait et dit Votre Sainteté très désireuse. Fasse Dieu que Votre Sainteté nous procure ce grand bienfait, et qu’il lui plaise vous accorder longue vie ! Tels sont les souhaits, tels sont, inspirés par une volonté qui vous est sincèrement dévouée, les vœux que vous présente, de Votre Sainteté le très humble, très obéissant et très indigne serviteur et fils.

VINCENT DEPAUL,

très indigne supérieur général de la congrégation de la Mission.

Donné à Paris le 5e des calendes de mai de l’an 1655.

2) 28 avril

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1868 — A MONSIEUR DE LA BERNARDIERE

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien en peine, Monsieur, de ce qu’il n’a pas plu à Dieu donner bénédiction par mes péchés à mon entremise pour l’accommodement de l’affaire de votre bon frère. S’il se fût tenu à ce que vous et moi avions convenu, qui est que, pourvu que les docteurs l’assurassent, après l’avoir ouï, qu’il pouvait demeurer en sûreté de conscience en sa vocation, l’accommodement valait fait. Mais comme ils ont vu qu’il ne se contentait pas de cela, et ayant su que vous, Monsieur, me mandiez que, s’il n’en passait pas où le bon Père proposait dimanche passé, que vous repreniez votre parole, ils me firent savoir la veille qu’ils ne pouvaient y entendre, et me prièrent de leur rendre la leur qu’ils m’avaient donnée, Ce que je fis, et le lendemain à votre bon frère la sienne. Or je vous supplie très humblement de trouver bon que je vous die tout simplement, Monsieur, qu’après avoir vu les griefs de votre bon frère et la réponse de ces bons Pères, il m’a semblé qu’ils sont en bonne foi et que ce bon Père eût fait bien et religieusement d’acquiescer à l’accommodement en la manière que vous et moi étions convenus, voire même de s’en tenir à celui qui avait été fait à Saint-Denis. Je vous dis ceci avec toute l’humilité et le respect qui m’est possible, Monsieur, et que je suis et serai toute ma vie, en l’amour de N.-S. et de sa sainte

Lettre 1868. — Reg, f° 5 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.

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Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M..

1869. — AU MARQUIS DE PIANEZZE

4 mai 1655.

Monseigneur,

… J’ai un autre déplaisir au sujet de notre établissement dans Turin : c’est, Monseigneur, que n’ayant pas bien fait réflexion aux premières propositions de ce qu’on désire de nous, comme j’ai fait depuis, lorsque j’ai vu les conditions du traité, que le supérieur de la maison d’Annecy (1) m’a envoyées, par lesquelles il est porté que nous donnerons six prêtres qui prêcheront et confesseront dans la ville, j’ai manqué à vous faire savoir, Monseigneur, que cette obligation de prêcher et confesser dans la ville est toute contraire à notre Institut. car nous nous sommes entièrement dédiés au service des pauvres gens de la campagne et à procurer l’avancement spirituel de l’état ecclésiastique ; et pour n’être pas empêchés ni divertis de ces emplois par ces autres-là qui attachent dans les villes, nous avons pour règle expresse de ne point prêcher ni confesser dans celles où il y aura évêché ou présidial, si ce n’est les ordinands et les autres ecclésiastiques ou séculiers qui feront les exercices spirituels dans nos maisons, d’autant qu’en ces villes considérables il se trouve ordinairement quantité de bons prédicateurs et de confesseurs, et qu’à la campagne il y en a fort peu. Je vous demande pardon, Monseigneur,

Lettre 1869. — reg 2, p 67.

1) Achille Le Vazeux.

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de ne vous avoir pas plus tôt informé de ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire ; je n’y avais pas pensé. Nous serons toujours disposés à rendre service au diocèse de Turin en la manière que notre règlement le permet : d’aller instruire les peuples des champs, de les entendre de confession générale, de les réconcilier entre eux, de terminer leurs différends et de mettre ordre que les pauvres soient assistés en leurs maladies pour le corps et pour l’âme par l’établissement de la confrérie de la Charité. Voilà, Monseigneur, nos exercices dans les missions ; et, après que cela est fait dans un village, nous passons à un autre pour en faire autant, le tout aux dépens de la fondation ; car nous nous sommes donnés à Dieu pour servir gratuitement le pauvre peuple. Une partie de nos prêtres est employée à cela, pendant que les autres sont appliqués dans la ville à la direction du séminaire, des ordinands et des exercitants, s’il y en a ; et ceux-ci vont en mission à leur tour pour donner moyen aux autres de se venir recueillir à la maison, où ils font aussi ce que ceux-là y faisaient. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’avoir agréable que nous en usions de la sorte, et de le faire agréer à ceux qui nous font avec vous l’honneur de nous appeler. J’attendrai, s’il vous plaît, celui de vos commandements pour apprendre vos intentions et pour tâcher de les exécuter.

1870. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 7 mai 1655.

Monsieur,

J’ai reçu la vôtre du 8e avril, par laquelle vous vous

Lettre 1870. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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plaignez de ce que je ne vous ai donné avis de la mort de Monsieur du Chesne ; si cela est, j’ai grand tort ; l’excès de la douleur que j’en ai eue m’a peut-être fait oublier cela. Il est donc vrai, Monsieur, qu’il a plu à Dieu de disposer de ce sien serviteur, qui a été une des grandes pertes que pouvait faire cette petite compagnie. Il y a cinq ou six mois qu’il a plu à Dieu de l’attirer à lui à Agde (1) en suite d’une maladie épidémique de deux mois. Je lui avais écrit par plusieurs fois de se retirer de ce mauvais air en telle de nos maisons qu’il lui plairait ; mais il s’en excusa (2), ne voulant pas abandonner sa famille, qui était toute malade, en sorte qu’il fallut prendre une personne du dehors pour les assister. De vous dire la perte que nous avons faite, ceux qui ont vu l’assortiment qu’il avait de toutes les vertus convenables aux missionnaires, son grand zèle, sa mortification, sa candeur, sa fermeté, sa cordialité (3), la grâce qu’il avait. aux prédications, aux catéchismes, aux exercices des ordinands, l’affection à sa vocation, son exactitude à l’observance des règles et des coutumes de la compagnie, et les autres vertus requises à un missionnaire, ceux-là peuvent juger de la grande (4) perte que nous avons faite. L’on a fait deux ou trois entretiens sur son sujet, où il fut dit des merveilles, et étonnantes, par ceux qui l’avaient connu plus particulièrement. Nos frères qui avaient demeuré avec lui en d’autres maisons et qui avaient été en mission avec lui ne se pouvaient épuiser des actes particuliers de vertu qu’ils avaient remarqués en lui et qu’ils nous racontaient. Jamais je n’ai

1) Première rédaction : de le prendre à Agde.

2). Première rédaction : mais il ne le voulut pas faire. Vincent de Paul a fait la correction de sa main

3). Première rédaction : sa fermeté, sa douceur et cordialité.

4). Le saint a ajouté lui-même en interligne le mot grande

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vu plus de ferveur qu’il en parut aux conférences qui ont été faites au sujet de ce serviteur de Dieu. Je suis. marri que nous n’avons fait rédiger cela par écrit pour le vous envoyer ; vous auriez vu des actes de vertu signalés, voire même héroïques, de mortification et d’humiliation vers ceux qu’il croyait avoir fâchés. Si je le puis, je prierai quelqu’un de rédiger cela sommairement par écrit, sur les mémoires que je dirai à ceux qui auront parlé en les conférences qu’ils donnent de ce qu’ils ont dit. Certes, Monsieur, ceux qui le voyaient ne le connaissaient pas. Il avait des adresses merveilleuses pour cacher ses pratiques intérieures et extérieures. S’il y avait quelque chose qui choquât la vue de quelques-uns avec lesquels il conversait, c’était la promptitude ; mais je vous assure qu’elle lui a bien aidé à faire des actes merveilleux de mortification, qui ont bien contribué à la sanctification de son âme. Il y en a beaucoup d’entre vous qui l’ont connu ; je pense que vous ferez bien de faire une conférence sur son sujet.

Le bon Dieu ne s’est pas contenté de nous visiter de ce côté-là, il l’a fait encore naguère de la personne de Monsieur Thibault, supérieur de Saint-Méen, qui est tombé malade à une mission qu’il faisait, d’où il se fit porter à sa maison de Saint-Méen, et y mourut 2 ou 3 jours après, et a laissé une affliction grande dans sa maison, et, à ce que j’apprends, dans la province, où Dieu faisait par lui des conversions merveilleuses, notamment à l’égard de la noblesse. Monseigneur de Saint-Malo, son évêque, m’a témoigné une douleur fort grande de sa perte, et avec sujet. Il avait une si grande estime de lui qu’il le préférait à tous les prédicateurs qu’il eût jamais ouïs (à ce qu’il m’a dit lui-même) pour profiter à la vigne du Seigneur. Enfin mes péchés sont cause que Dieu en a. privé la compagnie. Je vous envoie

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la lettre que Monsieur Serre, son assistant, m’a écrite concernant le résultat de la conférence qu’ils ont faite sur ses vertus ; par où vous verrez, quoiqu’en abrégé, combien grande est la grâce que Dieu avait mise en ce sien serviteur, bref (6) un original d’un vrai et parfait missionnaire.

Je n’attends que l’heure d’avoir nouvelle de la mort de Monsieur Lebas, prêtre de la mission d’Agde, que nul de votre famille a connu, pource qu’il a fait son séminaire à Richelieu, d’où il a été envoyé à Agde, d’où l’on me mande qu’il était malade à l’extrémité ; si Dieu en a disposé, c’est encore une perte non petite pour la compagnie, pource que c’est un bon sujet, qui a bien étudié, et en qui en peu de temps a paru l’esprit d’un vrai missionnaire, en sorte que notre pauvre défunt Monsieur du Chesne me disait des merveilles et de sa vertu et de sa grâce en toutes nos fonctions ; et la dernière lettre que m’a écrite ledit sieur Lebas me fait voir tout cela. Je le recommande à vos prières, vivant ou mort, et aussi la maladie de Monsieur de Martinis, missionnaire de Rome, où il a été envoyé de Gênes, où il a fait son séminaire.

Voilà, Monsieur, les nouvelles que je vous dirai par la présente, sinon que j’y ajoute le départ de Monsieur Jolly, directeur de notre séminaire, pour Rome, avec notre frère François (7) qui est encore du séminaire, lequel s’en va prendre la place de Monsieur Berthe à Rome. Ce bon frère François est connu de Monsieur

5) Après le mot vertus le secrétaire. avait écrit les mots : Il y a peu de gens, qu’il a ensuite raturés.

6) Première rédaction : et Le saint a lui-même remplacé et par bref.

7). Pierre François, clerc, né aux Riceys (Aube) le 11 novembre 1627, entré dans la congrégation de la Mission le 20 octobre 1654, reçu aux vœux à Rome le 26 novembre 1656. Le manuscrit de Lyon nous a conservé un résumé de la conférence faite sur ses vertus a Rome après sa mort. `

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Durand et de Monsieur Eveillard, pource qu’il a demeuré sous eux au collège de Saint-Charles et est un rare sujet.

Vous m’avez consolé de ce que vous avez envoyé le quartier à Mademoiselle Zelazewski par Monsieur son fils, lequel je salue très humblement, et prie toujours Dieu pour lui, à ce qu’il lui donne son esprit pour le salut de ses compatriotes et leur sanctification, comme il a fait à saint Hyacinthe ; et certes, Monsieur, je ne perds point espérance que cela ne soit (8),

J’enverrai le chapeau pour Monsieur l’official par nos frères et me donnerai l’honneur de lui écrire par même moyen. Vous ne m’avez pas marqué comme il faut les termes dans lesquels il lui faut écrire (9).

Je loue Dieu de ce que les Filles de la Charité ont commencé leurs petites écoles, et m’étonne de ce qu’elles ne sont employées à l’assistance des pauvres malades de la ville. J’attends avec impatience Messieurs des Noyers et Conrad ; Dieu sait avec quel cœur je traiterai avec eux. Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, à vous et à votre chère famille, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je vous supplie derechef, Monsieur, de voir M. Fleury de ma part et de lui faire en mon nom une donation perpétuelle de mon cœur.

Nous ferons partir nos gens par le premier vaisseau duquel l’on nous donnera avis qui partira pour Pologne

8) Ce membre de phrase est de la main du saint.

9) Celte phrase est de l’écriture du saint.

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Je serai fort consolé de voir ici avant cela Messieurs des Noyers et Conrard.

Vous direz à Mademoiselle de Villers que le petit favori (10) daigne commencer à me regarder, et qu’il est ma leçon en bien des choses et me donne de la confusion

Il Signor Jean-Baptiste, qui a fait l’office de supérieur à Rome, me mande qu’il a parlé à Monseigneur le cardinal de Sainte-Croix, protecteur de Pologne (11), pour obtenir les indulgences que vous demandez pour votre église de Sainte-Croix, et qu’il lui a promis de les demander. Je lui écris qu’il en sollicite souvent Son éminence et qu’il les vous envoie au plus tôt. Il a pris occasion de lui faire cette demande, lui allant rendre compte de quelques missions qu’il a faites depuis peu en son diocèse (12),

Suscription : Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1871. — M. DE LA FONT, LIEUTENANT GéNéRAL DE SAINT QUENTIN,

A SAINT VINCENT

[Entre 1650 et 1655] (1)

Les charités qui sont, par la grâce de Dieu et par vos soins, envoyées en cette province et si justement distribuées par ceux qu’il vous a plu y commettre, ont donné la vie à des millions de personnes, réduites par le malheur des guerres

10) Le petit chien de la reine.

11) Marcel de Sainte Croix, né le 7 juin 1619, nommé cardinal le 19 février 1652, à l’instance du roi de Pologne, évêque de Tivoli en octobre 1652, mort à Rome le 19 décembre 1674.

12) Le post. scriptum est de la main du saint.

Lettre 1871. — Abelly, op cit., 1. II, chap. XI, sect. III, 1er éd., p 405

1) Ce qui est dit dans cette lettre des mouvements des troupes et des distributions de secours par les prêtres de la Mission ne peut s’appliquer qu’à ces cinq années.

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à la dernière extrémité et je suis obligé de vous témoigner les très humbles reconnaissances que tous ces peuples en ont. Nous avons vu, la semaine passée jusqu’à quatorze cents pauvres réfugiés en cette ville, durant le passage des troupes qui ont été nourris chaque jour de vos aumônes ; et il y en a encore dans la ville plus de mille, outre ceux de le campagne. qui ne peuvent avoir d’autre nourriture que celle qui leur est donnée par votre charité. La misère est si grande qu’il ne reste plus d’habitants dans les villages qui aient seulement de la paille pour se coucher, et les plus qualifiés du pays n’ont pas de quoi subsister. Il y en a même qui possèdent pour plus de vingt mille écus de bien et qui à présent n’ont pas un morceau de pain et ont été deux jours sens manger C’est ce qui m’oblige, dans le rang que je tiens et la connaissance que j’en ai de vous supplier très humblement d’être encore le père de cette patrie, pour conserver la vie à tant et tant de pauvres moribonds et languissants, que vos prêtres assistent et s’en acquittent très dignement.

1872. — A FIRMIN GET

De Paris, ce 14 mai 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien aise de ce que vous avez reçu la lettre de change de mille livres.

Je ferai savoir à Monsieur le curé du Havre-de-Grâce (1) la difficulté qu’a Monsieur le consul d’Alger d’obtenir avec une si petite somme d’argent la délivrance de tant d’esclaves, à ce qu’il ait à y pourvoir, et d’envoyer davantage qu’il n’a fait ; j’en donnerai pareillement avis à Madame la duchesse d’Aiguillon, à laquelle je ferai entendre la même chose.

Il est vrai, Monsieur, qu’un temps a été que Monsieur Valois avait les mêmes désirs que vous me marquez ;

Lettre 1872. — L. s. — L’original appartient aux Filles de la Charité établies sur la paroisse Saint-Louis-en-l’Ile à Paris

1). Nicolas Gimart (1649-1655) ou François Dufestel (1655-1656)

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mais, par la grâce de Dieu, il est revenu de cet état ; je vous prie néanmoins de retenir les lettres que ce prêtre hibernois duquel vous écrivez, lui enverra, ensemble celles que ledit sieur Valois lui écrira, et de me les envoyer toutes.

Très volontiers je trouve bon que vous fassiez mettre sur la porte de votre nouveau bâtiment les armes dont vous m’avez envoyé le modèle (2). Je suis bien aise de ce que Monsieur Bauduy est arrivé en bonne santé à Marseille et de ce que Monsieur Champion et notre frère Claude, qui sont de retour de la campagne, se portent mieux. Je vous prie, Monsieur, de dire audit sieur Bauduy, en cas que je ne lui puisse écrire par cet ordinaire, que je le salue avec toute l’affection que je le puis, et que je ferai tenir la lettre qu’il m’adresse à son bon frère, lequel est maintenant prieur du couvent des Pères Célestins en Avignon.

Si vous trouvez à propos d’envoyer à Monsieur Mugnier (3) le frère Lemoyne (4), faites-le ; mais pour notre frère Claude, je pense, Monsieur, qu’il sera bon qu’il demeure encore à Marseille pour quelque temps.

Si un marchand de Marseille vous met entre les mains la somme de cinq cents livres pour le rachat d’un pauvre esclave nommé Jean Borray, de Rouen, vous les recevrez et les enverrez à Monsieur Barreau en Alger, et le prierez de travailler au rachat de ce jeune homme. Si

2) C’étaient les. armes de la congrégation de la Mission : d’argent à un sauveur de carnation, vêtu d’azur et de gueules, ayant ses deux bras étendus et la tête entourée de rayons d’or ; et pour légende : évangelizare pauperibus misit me. Dans l’Armorial de la ville de Marseille, Marseille, 1864, in-8°, p. 252, Godefroi de Montgrand a confondu les armes de la maison et le cachet particulier du supérieur, qui portait autour du Sauveur les mots : Sup. dom. Massiliens. Congr. Missionis.

3). Supérieur de la maison d`Agde

4) Jean Lemoige, frère coadjuteur, reçu dans la congrégation en 1643 Firmin Get l’envoya à Agde.

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je n’écris pas aujourd’hui audit sieur Barreau, je vous enverrai le mémoire que l’on m’a mis en main touchant ledlit esclave, à ce que vous ayez agréable de l’envoyer audit frère consul.

Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. P. d. l. M.

Voici le nom (5) de ce marchand qui vous doit fournir les 500 livres pour envoyer en Alger pour le rachat de Jean Borray.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission, à Marseille.

1873. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[1655] (1)

La fille de La Roche-Guyon que ma sœur Anne Hademont a amenée avec elle, nous presse pour s’en aller, disant qu’elle ne se saurait accoutumer à notre manière de vie. Je vous supplie, mon très honoré Père, prendre la peine nous mander si nous la laisserons aller. J’ai sujet de craindre que je lui aie aidé, car elle disait ces jours-ci que je ne lui faisais pas bonne mine Il est vrai que j’ai témoigné à ma sœur Anne qu’il eût été plus à propos d’attendre qu’elle en eût parlé à votre charité. Tout cela ne m’oblige-t’il point à la faire différer ? J’attends, mon très honoré Père, votre ordre pour y obéir, quoique infidèle en ces pratiques, qui est ce qui me fait tant faire de fautes, dont je vous demande très humblement pardon, et votre bénédiction pour de nouvelles forces, s’il plaît à votre charité.

L. DE M.

5) Première rédaction : billet. Le nom se trouvait sur un billet que nous n’avons plus.

Lettre 1873. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire.

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1874. — A UNE PRINCESSE

Madame,

Je prends la confiance d’écrire à Votre Altesse pour lui renouveler les offres de mon obéissance avec toute l’humilité et la soumission qui me sont possibles, et pour accompagner ce bon religieux qui va la trouver pour avoir l’honneur de lui faire la révérence et lui dire la disposition ou se trouve l’abbaye de (1) de recevoir la réforme, avec les moyens les plus propres pour y parvenir. Il est de bonne réputation et de très honnête famille. J’espère, Madame, que Votre Altesse aura la bonté de l’entendre : premièrement, parce que je sais le grand zèle qu’elle a pour la gloire de Dieu, laquelle elle porte si avant, que de n’épargner pas même les personnes qui ont l’honneur de lui appartenir ; secondement, parce qu’en ce faisant Votre Altesse sera cause que Jésus-Christ sera désormais davantage honoré et servi en cette maison-là, qui ne le peut être en l’état où elle est réduite, ainsi que ce porteur lui fera connaître ; troisièmement, à cause que feu M. l’évêque de… désirait avec tant d’ardeur l’introduction de la réforme en la même maison, qu’il m’en écrivit plusieurs fois ; et j’estime que cela se fût fait sans les empêchements qu’y apporta un des principaux religieux de l’abbaye, lequel avait grand crédit parmi les autres ; mais il est mort depuis ce temps-là, et peut-être Madame, que Dieu a permis ce retardement pour réserver à M. l’abbé votre fils (2) et à Votre Altesse le mérite d’une œuvre si grande.

Lettre 1874. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. XIII, sect. VII, p. 459.

1) Une abbaye très considérable, dit Abelly.

2). Ce prince, dit Abelly, était très jeune et encore sous la tutelle

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1875. — A UN SUPéRIEUR DE SéMINAIRE

Je salue avec affection et tendresse votre aimable cœur et tous ceux de votre chère famille ; et je prie Notre-Seigneur qu’il les bénisse si abondamment que la bénédiction en rejaillisse sur le séminaire, et que tous ces messieurs qui le composent, dans lesquels vous tâchez de mettre et de perfectionner l’esprit ecclésiastique, s’en trouvent à la fin remplis. Je ne vous les recommande pas ; vous savez que c’est là le trésor de l’église.

1876. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 21 mai 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre du vingt-deuxième avril, qui m’a beaucoup affligé par la nouvelle de ces puissantes armées qui attaquent la Pologne. Je prie Notre-Seigneur qu’il prenne ce royaume sous sa protection particulière, qu’il bénisse et sanctifie de plus en plus le roi et la reine. Vous m’étonnez de ce que vous me dites qu’on dit (1)

de sa mère. De prime abord on serait porté à conjecturer qu’il s’agit de Charles de Paris, comte de Saint-Paul, fils de la duchesse de Longueville, né le 29 janvier 1649 et nommé abbé de Saint-Remi de Reims le 5 août 1659 ; mais il semble que l’abbaye dont il est ici question, se trouve, non dans un archevêché. mais dans un simple évêché.

Lettre 1875. — Abelly, op. vit., 1. III, chap. XI, sect. V, p. 148

Lettre 1876. — L. s — Dossier de Cracovie, original

1) Les mots : qu’on dit, sont de la main du saint.

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que je vous ai écrit cette grande lettre (2) de ma main, il y a environ six. semaines, sur les avis que vous m’avez donnés ; ce qui n’est point, comme vous savez, excepté que vous m’avez dit l’entretien que vous avez fait sur le sujet des banquets auxquels quelques-uns de la compagnie pourraient être conviés. Et ce que vous m’avez dit bonnement comme un récit m’a donné occasion de vous écrire sur ce sujet, ainsi que j’ai dû faire, afin que la famille de delà s’ajuste à toutes les manières de la compagnie ; et vous savez bien aussi, Monsieur, que vous ne m’avez point écrit des autres choses dont je vous parle par ma lettre ; et j’en ai usé de la sorte par le motif de l’uniformité si nécessaire dans une compagnie et l’appréhension que j’ai eue que l’on y manquât de delà.

Je vous prie de me mander à quel propos vous me dites que vous êtes en peine de ce que je vous dis touchant l’usage de ce que la reine et vos paroissiens vous envoient, et de ce que vous retirez de votre ferme, et en quoi consiste la contradiction de ce que je vous ai écrit par cette lettre-là et par celles qui l’ont précédée, afin que je vous die ma petite pensée sur cela.

Je vous ai dit mes pensées au sujet des promenades, et vous ferez bien de vous y tenir. Je n’ai pas su que ceux de cette maison s’aillent promener au jardin, hors les heures de récréation, notamment deux à deux, si ce n’est en cas d’infirmité, ni même que l’on demande du beurre en aucune communauté bien réglée, pour le déjeuner

Mon Dieu ! Monsieur, que j’ai été touché de ce que vous me dites, que Monsieur Durand a été fort mal d’une fausse pleurésie ! Béni soit Dieu de ce qu’il s’en porte mieux ! Je vous prie, Monsieur, de le saluer de ma

2) La lettre du 2. avril

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part et de lui dire que je le prie d’avoir soin de sa santé. l’embrasse de plus le reste de la petite compagnie.

Je pense vous avoir dit que nous avons envoyé Monsieur Jolly à Rome. Monseigneur l’évêque de Lodève (3) qui ne fait que d’en revenir, m’a dit qu’il y faut renvoyer Monsieur Berthe, pource qu’il est connu, et fort agréable à quantité de Nosseigneurs les cardinaux.

Les Turcs ont fait tant d’avanies, qui est à dire des querelles d’Allemands, à nos consuls d’Alger et Tunis, qu’il y a apparence qu’il faut que nous abandonnions ces consulats et que nous y tenions seulement des prêtres. Le consul d’Alger est engagé pour le moins de huit ou dix mille livres, qu’il faut que nous trouvions pour le retirer de là ; autrement l’on s’engagerait au delà de notre pouvoir de payer ces dettes-là, qui est un grand dommage à la chrétienté, pource qu’ils font de grands biens de delà. Celui de Tunis est dans la persécution du dey, qui est à dire le roi de cette ville-là, à cause qu’il lui a refusé de lui faire venir de la cotonine, qui est à dire une sorte de toile pour faire des voiles de navire, et qu’il a empêché un marchand de Marseille (4) qui s’était obligé de lui en apporter, de le faire, et cela pource qu’il est défendu par la bulle In cœna Domini à tous les chrétiens d’apporter aux infidèles des armes et autres choses qui peuvent servir à la guerre qu’ils font continuellement sur mer contre les chrétiens. Or il est bien à craindre que ledit consul en souffre en sa personne.

Voilà, Monsieur, nos petites nouvelles et tout ce que je vous puis dire pour le présent, qui suis, en l’amour

3) François Bosquet (1648-1657).

Les mots de Marseille sont en interligne.

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de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL

indigne prêtre de la Mission.

.Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.

1877. — LE CHANOINE DE Y A SAINT VINCENT

[Reims, entre 1650 et 1655] (2)

C est avec joie que je me suis chargé de vous rendre des actions de grâces, au nom des pauvres de notre campagne, pour toutes vos libéralités envers eux, sans lesquelles ils seraient morts de faim Je voudrais pouvoir vous e. xprimer la gratitude qu’ils en ont. je vous ferais connaître que ces pauvres gens emploient le peu de forces qui leur restent à lever les mains au ciel pour attirer sur leurs bienfaiteurs les grâces du Dieu des miséricordes. On ne saurait vous exprimer comme il faudrait la pauvreté de cette province car tout ce qu’on en dit est au-dessous de la vérité aussi aurez-vous plus de créance aux avis que vous en donnent Messieurs les prêtres de votre congrégation, desquels le. zèle et l’équité paraissent si manifestement en la distribution des aumônes qu’un chacun en est grandement édifié. Et pour moi, je vous rends grâces en mon particulier dc nous les avoir envoyés, pour le bon exemple qu’ils nous ont donné.

Lettre 1877. — Abelly op cit., 1. II chap XI, sect. III, 1er éd., p 406.

1) Plus tard archidiacre de Reims

2) Temps pendant lequel des bandes de missionnaires parcoururent les localités de la Champagne pour porter des secours

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1878. — AU PèRE BOULART

De Saint-Lazare, ce 29 mai 1655.

Mon Révérend Père,

Je vous rends mille actions de grâces du bon accueil que votre bonté a fait à ce bon religieux qui m’est venu trouver ce matin et m’a témoigné appréhender son retour à sa maison de profession, et qu’il n’y retombe dans les mêmes accidents qu’il a fait ci-devant, et me fait instance à ce que je m’emploie vers votre charité, à ce qu’il vous plaise de lui faire celle de le recevoir dans votre sainte congrégation ; et c’est, mon très cher Père, ce que je ne lui peux refuser, voyant sa persévérance en la demande qu’il vous fait. Au nom de N.-S., mon très cher Père, considérez la chose devant la divine Majesté, en l’amour de laquelle je suis, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1879. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR. A MARSEILLE

4 juin 1655.

L’enflure des jambes, selon le B. François de Sales, est une marque de parfaite santé pour l’avenir. Je vous

Lettre 1878. — L s. —- L’original, dérobé à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, appartenait avant 1840 au bibliophile Jacob. Il passa plus tard dans la collection d’autographes de Laurent Veydt à Bruxelles et fut mis en vente depuis par M. Charavay.

Lettre 1879 — Manuscrit de Marseille.

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prie de le dire à notre frère Claude pour le consoler, et le saluer de ma part.

J’ai été consolé d’apprendre l’exécution des Anglais contre ceux de Tunis, et souhaite que la France en fasse de même. Il y a apparence que, si l’on entreprenait ces gens-là, que l’on en viendrait à bout. Mais en ce cas vous n’auriez point une occasion de mériter, comme vous avez à cette heure, ni moi le sujet de bénir Dieu du soin qu’il vous donne des intérêts des pauvres esclaves, et de la bonne conduite que vous avez là dedans.

1880. — A CHARLES OZENNE

De Paris. ce 4 juin 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien consolé de ce que vous me dites, par la vôtre du 6e mai, que Monsieur Durand se porte bien de sa maladie comme aussi de ce que (1) la sœur Marguerite est hors de fièvre. Je prie Dieu qu’il lui rende bientôt sa parfaite santé et augmente audit sieur Durand celle qu’il lui a rendue, pour s’appliquer d’autant plus à apprendre la langue polonaise.

Je vous prie, Monsieur (2) de me mander quelle nature de bénéfice c’est que Vitkiski dont vous me parlez, et de quelle, valeur il est, s’il est beaucoup éloigné de Varsovie et quelles en sont les charges.

Quand je vous ai mandé d’envoyer Monsieur Desdames à Sokolka, ç’a été dans la. pensée qu’il serait peut-

Lettre 1830. — L s. — Dossier de Cracovie, original

1) Les mots "de ce que" sont en interligne.

2) Le mot Monsieur est en interligne.

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être expédient (3) et que sa présence y serait nécessaire absolument, car autrement je serais bien plus aise que vous demeuriez tous unis, notamment dans ce commencement d’établissement.

Je ne trouve point, Monsieur, aucune difficulté qui vous doive empêcher de prendre un religieux pour prêcher dans votre église, afin de donner lieu à vos missionnaires de faire quelques missions à la campagne, et je serai fort consolé si cela se peut faire. Je suis bien consolé aussi de ce que vous me dites, que vous avez fait relire à votre petite compagnie la lettre que je vous ai envoyée ; mais je le serai encore davantage si vous faites quelques conférences sur le sujet des choses que je vous écris par icelle.

J’ai grande compassion de ce pauvre jeune homme allemand (4) dont vous me parlez ; je prie Notre-Seigneur qu’il lui fasse la grâce de reconnaître ses fautes et de s’en amender.

Je remercie très humblement Monsieur l’ancien curé du souvenir qu’il a de moi, et vous prie Monsieur, de l’en remercier de ma part, comme aussi de lui faire un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, le suppliant très humblement de l’avoir agréable.

Je salue toute votre petite famille et l’embrasse avec toutes les tendresses de mon cœur qui me sont possibles, prosterné en esprit à leurs pieds et aux vôtres (5), et souhaite qu’ils travaillent de plus en plus à apprendre la langue polonaise et de (6) s’y bien perfectionner ; sans

3) Première rédaction : nécessaire. Le saint a fait la correction de sa main.

4) Le mot allemand est de la main du saint et en interligne.

5). Saint vincent a écrit ces trois mots de sa main

6). Les mots " et de" sont de la main du saint.

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cela ils seraient inutiles en Pologne et priveraient la reine et Notre-Seigneur même de leur attente (7).

Je ne puis que je ne vous die encore, auparavant que de finir la présente, que je suis bien consolé de ce que notre bonne sceur Madeleine réussit en les petites écoles et de ce que vous, Monsieur, avez ménagé toutes choses, en sorte que les petits avis que vous avez donnés de la manière dont ces bonnes sœurs devaient procéder en leurs emplois pour ne point déplaire (8), ont réussi de la sorte que j’apprends par la vôtre.

Je ne sais rien de nouveau pour le présent qui mérite de vous être écrit, toute la petite famille étant toujours en même état, si ce n’est que nous avons reçu nouvelle que Monsieur Le Blanc, que je vous ai mandé avoir été arrêté prisonnier à Aberdeen (9) a été transféré de ce lieu-là à Edimbourg, qui est une autre ville d’Ecosse, et où il n’est pas sans un grand danger de sa vie. Je continue à le recommander à vos prières, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur faites-moi part du résultat des conférences que vous ferez (10)

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

7) Ce dernier membre de phrase est de l’écriture du saint

8). Première rédaction : pour ne point déplaire à la reine.

9). Grande ville commerçante d’Ecosse, sur la mer du Nord.

10). Cette phrase est de la main du saint.

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1881. — LA DUCHESSE D’AIGUILLON A SAINT VINCENT

Ce vendredi :

Je suis et si impertinente et si mal habile que j’avais oublié l’assemblée que nous devions aller demain tenir chez vous, et ainsi Madame de Romilly a envoyé des billets aux dames pour en tenir une céans, ce même jour de demain pour les missions de Levant

Voyez Monsieur, comme il vous plaît que l’on fasse pour réparer ma sottise dont je vous demande pardon.

S’il vous plaît de faire faire un billet de votre intention, ce laquais le portera à mes dames qui doivent le savoir.

1882. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 11 juin 1655

Monsieur,

J’ai appris avec douleur la mort de feu Monseigneur le prince Charles, pour les sentiments d’affliction que le roi et la reine en ont eus et pour la perte (1) que le royaume de Pologne a faite en sa personne. Dieu m’a fait la grâce de célébrer la sainte messe à son intention, et me propose, Dieu aidant, de faire célébrer un service à l’intention de ce grand prince, auquel j’ai appris que vous avez de l’obligation en ce qu’il vous avait donné permission de travailler parmi les siens.

Vous m’avez consolé plus que je ne vous puis dire, de ce que vous m’avez envoyé le résultat de la conférence que vous avez faite avec votre petite famille et des résolutions de pratique que chacun a prises (2) O Monsieur,

Lettre 1881. — L a. — Dossier de Turin, original.

Lettre 1882. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1). Première rédaction : et pour la perte publique.

2). Le saint a vraisemblablement en vue le compte rendu de l’entretien qu’il demande par sa lettre du 2 avril.

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j’espère que cela fera du bien aux missionnaires, aux ecclésiastiques et aux peuples. il faut avouer aussi qu’à moins que cela bien pratiqué, vous seriez inutile en ce royaume-là et en danger de perdre l’esprit de la compagnie, ou pour le moins de le diminuer.

Béni soit Dieu de ce que vous me dites que votre petite famille va son train ordinaire, et de ce que notre sœur Marguerite Moreau se porte mieux tout à fait, et que les autres sœurs travaillent ! Je les salue toutes et me recommande à leurs prières.

Je vous envoie le cas de conscience sur lequel vous avez désiré les avis des docteurs de Sorbonne, qui l’ont mis au bas de votre exposé et l’ont signé.

Je pense, Monsieur, que voilà tout ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que je salue très humblement votre chère famille et votre personne aussi, laquelle je chéris avec toutes les tendresses de mon cœur, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’oubliais à vous dire que M. des Noyers m’a dit qu’il ne faut pas faire partir présentement les Filles de la Charité et nos frères, à cause des armées qui sont aux frontières de la Pologne ; nous attendrons à les envoyer jusques à ce que nous ayons autre ordre.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

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1883. — AU FRèRE DUCOURNAU

12 juin 1655.

Je vous prie, en passant à… de vouloir prendre la peine de vous informer adroitement et selon votre discrétion ordinaire de ce dont je vous parlai à votre départ d’ici.

1884. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 25e juin 1655

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je fais réponse par celle-ci aux deux dernières que j’ai reçues de vous, l’une du 20e et l’autre du 27e mai. Je n’ai presque rien à vous dire à la plupart des articles ; le principal est touchant la fondation que le roi veut faire à Nicporynt. Sa Majesté la fera en la manière qu’il lui plaira ; si néanmoins elle vous en demande votre avis, vous pourrez répondre qu’il serait à désirer que la fondation se fît à sa maison de la Mission de Varsovie, avec obligation d’y tenir un vicaire déposable ad nutum, ou bien perpétuel, afin de n’être pas si obligés à y résider, et y aller faire la mission de 5 en 5 ans, et le catéchisme tous les mois, et enfin avoir l’œil à ce que ladite paroisse soit bien desservie et le peuple bien instruit. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit la récompense de tant de bonnes œuvres que font et veulent faire Leurs Majestés, et qu’il nous donne les moyens et les forces

Lettre 1883. — Notice du frère Ducournau, manuscrit original du frère Chollier, p. 164. (Archives de la Mission)

Lettre 1884 — L s. — Dossier de Cracovie, original.

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de les y servir, et suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. P. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1885. — A UN BIENFAITEUR

1655

Je vous supplie d’user du bien de notre compagnie comme du vôtre ; nous sommes prêts de vendre tout ce que nous avons, pour vous, jusques à nos calices ; en quoi nous ferons ce que les saints canons ordonnent, qui est de rendre à notre fondateur en son besoin ce qu’il nous a donné en son abondance. Et ce que je vous dis, Monsieur, n’est point par cérémonie, mais cela en la vue de Dieu et comme je le sens au fond de mon cœur.

1886. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Du 2e juillet 1655.

J’ai mis en délibération dans notre petit conseil, savoir si l’on doit supporter la faute qu’a faite M…. de se faire passer docteur à Gênes sans en parler à personne de la compagnie. Or l’opinion de tous s’est trouvée conforme, qu’il le fallait renvoyer et vous donner une

Lettre 1885. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXVII, p. 269 ; Manuscrit du frère Robineau, p. 154. Les deux textes concordent, sauf dans la dernière phrase le frère Robineau écrit compliment au lieu de cérémonie et omet cela.

Lettre 1886. — Reg. 2, p. 51.

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personne propre à faire ce qu’il fait ; et c’est ce que nous ferons dans peu, Dieu aidant. Mais il est expédient que vous en parliez cependant à Monseigneur le cardinal et que même vous pressentiez son sentiment là-dessus ; et pourrez lui dire que vraisemblablement ce prêtre a d’autres desseins que de persévérer dans la compagnie.

1887. ANTOINE CHABRE

A Antoine Chabre, écuyer, lieutenant criminel en la sénéchaussée et siège présidial d’Auvergne, qui l’avait félicité de ce qu’un de ses parents, M. de Garibal, venait d’être nommé intendant de cette province, Vincent de Paul répond qu’étant fils d’un pauvre laboureur il n’a pas de parent de la qualité de M. de Garibal.

1888. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

9 juillet 1655.

Nous tâcherons d’acquitter la lettre de change de 500 livres. Je vous prie d’en recevoir une de 600, que Madame la duchesse d’Aiguillon envoie. à Alger pour aider à bâtir un hôpital, et de faire choix d’un bon patron. Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que vous avez fait en sorte, par vos poursuites, qu’il y a apparence que vous retirerez ce que ce patron n’avait point rendu aux esclaves du Havre-de-Grâce en Alger, ou quoi que ce soit, à M. le consul ! Assurez-vous qu’il n’est pas messéant aux prêtres de la Mission de demander justice pour les pauvres esclaves, pour leur faire rendre

Lettre 1887. — Déposition du fils du destinataire de cette lettre, Antoine Chabre, 280e témoin au procès de béatification de saint Vincent.

Lettre 1888. — Manuscrit de Marseille.

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ce qu’on leur retenait, ains beaucoup méritoire et d’édification aux bonnes âmes qui savent ce que la vraie charité fait faire aux personnes charitables. Hélas ! Monsieur, quel métier n’a pas exercé le Fils de Dieu pour nous sauver ! Je m’en vas donner cette nouvelle à Madame la duchesse d’Aiguillon.

1889. — A JEAN-JACQUES NUGNIER, SUPéRIEUR, A AGDE

Ayant vu ce qui se passe, je vous prie, Monsieur, après que vous aurez rendu compte à Messieurs les grands vicaires et retiré une décharge des choses que vous avez reçues par inventaire et que vous remettrez entre leurs mains, de prendre gracieusement congé d’eux, sans dire aucune parole de plainte, ni aussi de témoignage d’être bien aise de sortir de ce lieu-là, et prierez Dieu qu’il bénisse la ville et tout le diocèse ; et surtout je vous prie de ne rien avancer en chaire, ni ailleurs, qui témoigne quelque mécontentement. Vous prendrez la bénédiction de ces Messieurs et la ferez prendre par toute la petite famille, et la leur demanderez en même temps pour moi, qui souhaite me prosterner en esprit avec vous à leurs pieds et leur demander pardon des fautes qui ont été faites en ce lieu-là (1).

1890. — A éTIENNE BLATIRON, A ROME

A ce que je vois, les difficultés continuent toujours ;

Lettre 1889. — Reg. 2, p. 142.

1) Le copiste ajoute que l’établissement d’Agde fut maintenu contre toute espérance.

Lettre 1890. — Reg. 2, p. 15.

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mais il ne se peut faire autrement, puisque vous avez en tête un tel cardinal et un tel grand corps (1) Cela n’empêchera pas, quand même : ils m’auraient arraché les yeux, que je ne les estime et ne les chérisse aussi tendrement que les enfants leurs pères : putam enim obsequium praestare Christo. Je souhaite et je prie Notre-Seigneur que chacun de notre congrégation en fasse de même. Ne laissez pas, Monsieur, de solliciter notre affaire (2) dans la confiance que c’est le bon plaisir de Dieu, qui permet quelquefois qu’il arrive des contradictions entre les saints et les anges mêmes, ne manifestant pas les mêmes choses aux uns et aux autres. Le succès de semblables poursuites se donne souvent à la patience et à la vigilance qu’on y exerce. Les Pères jésuites ont mis plus de vingt ans à la sollicitation [de leur] affermissement sous Grégoire XV. Les œuvres de Dieu ont leur moment ; sa Providence les fait pour lors, et non plus tôt ni plus tard. Le Fils de Dieu voyait la perte des âmes, et néanmoins il ne prévint point l’heure qui était ordonnée pour sa venue. Attendons patiemment mais agissons, et, par manière de dire, hâtons-nous lentement en la négociation d’une des plus grandes affaires que la congrégation aura jamais.

1891. — A LOUISE DE MARILLAC

De St-Lazare ce dimanche matin. [Entre 1639 et 1660]

Il sera bon que vous envoyiez prier M. Beguin (1) de vous venir voir et que vous lui parliez de cet affaire et le

1) L’Oratoire.

2) L’approbation des vœux.

Lettre 1891. — L. a — Dossier de la Mission, original.

1) Administrateur de l’hôpital des Petites-Maisons.

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priez d’adoucir toutes choses, et je tâcherai de voir. M. Forne (2),

Il sera bon que vous délivriez ce matin cette pauvre fille à celle qui la vous a donnée ; je viens de le dire à M. Portail (3) Il sera bon qu’elle reprenne sa robe, et, si elle a besoin de quelque chose pour vivre, que vous lui donniez un écu ou deux, si vous n’y voyez. d’inconvénient. Soyez en paix ; vous faites ce qu’il faut faire selon Dieu. S’il faut que je parle en cela, je le ferai.

1892. — UN PRêTRE DE LA MISSION DE BARBARIE A SAINT VINCENT

[Entre 1645 (1) ET 1600]

Nous avons en ce pays une grande moisson, qui est encore accrue à l’occasion de la peste, car, outre les Turcs convertis à notre religion, que nous tenons cachés, il y en a beaucoup d’autres qui ont ouvert les yeux à l’heure de la mort Nous avons eu particulièrement trois renégats, lesquels, après la réception des sacrements, sont allés au ciel, et il y en eut un, ces jours passés, lequel, après avoir reçu l’absolution de son apostasie, étant, à l’heure de la mort, environné de Turcs qui le pressaient de proférer quelques blasphèmes, comme ils sont accoutumé de faire en une telle occasion Il n’y voulut jamais consentir ; mais, tenant toujours les yeux vers le ciel et un crucifix sur son estomac. il mourut dans les sentiments d’une véritable pénitence

Sa femme, qui avait, aussi bien que lui, renié la foi chrétienne et qui était religieuse professe, a reçu pareillement l’absolution de sa double apostasie, y ayant apporté de son côté toutes les bonnes dispositions que nous avons pu désirer.

2.) Jean-Baptiste Forne, ancien consul de Paris, administrateur de l’Hôtel-Dieu, fondateur du couvent des pénitentes à Courbevoie (1658)

3) Le nom de M. Portail est raturé sur l’original

Lettre 1892. —. Abelly, op cit, 1 II, chap I, sect VII, § 10, 1er éd, p 134

1) commencement de la Mission de Barbarie

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Elle demeure à présent retirée dans sa maison, sans en sortir, et nous lui avons ordonné deux heures d’oraison mentale chaque jour et quelques petites pénitences corporelles, outre celles de sa règle ; mais elle en fait beaucoup plus par son propre mouvement, étant, si fortement touchée du regret de ses fautes, qu’elle irait s’exposer au martyre pour les expier, si elle n’était point chargée de deux petits enfants que nous avons baptisés et qu’elle élève dans la piété, comme doit faire une mère vraiment chrétienne.

Il est mort encore un autre renégat près du lieu de notre demeure, lequel a fini sa vie dans les sentiments d’un vrai chrétien pénitent. J’attends de jour à autre quelques Turcs pour les baptiser. Ils sont fort bien instruits et grandement fervents en notre religion, m’étant souvent venus trouver la nuit en secret Il y en a un entre les autres qui est de condition assez considérable en ce pays.

1893. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 23 juillet 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que votre jeunesse s’exerce et s’avance au polonais ; puisque le défaut de quelqu’autre exercice les ennuie, j’approuve que vous les mettiez pour quelque temps (1) chez quelque communauté, si cela se peut et que vous n’y voyiez pas grand inconvénient.

J’ai vu ce que vous me mandez sur la valeur et les charges du bénéfice de Vitkiski et l’état où est maintenant cette affaire-là, laquelle me semble bien bonne, s’il plaît à Dieu qu’elle s’exécute ; pour cela il faut attendre le temps qu’il a ordonné.

Je remercie Dieu aussi de ce que M. Desdames travaille à la traduction des pièces de mission, à dessein

Lettre 1893. — L s — Dossier de Cracovie, original

1) Première rédaction : pour un mois. La retouche est de la main du saint.

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d’en aller faire le débit au pauvre peuple après la moisson ; Dieu veuille le conserver et le bénir !

Je serai consolé de recevoir les résultats de vos conférences, ainsi que vous me les faites espérer. Je le suis déjà beaucoup de la meilleure disposition que vous avez remarquée en Messieurs Guillot et Eveillard.

J’ai vu votre communication. Je me trouve à présent trop embarrassé pour vous rien écrire sur ce sujet ; ce sera une autre fois, quand je le pourrai. Continuez cependant de conduire toutes choses suavement et avec relation et confiance en la conduite de Dieu, à qui je recommande souvent votre personne et votre famille, que j’embrasse en esprit fort tendrement.

Les hardes que vous avez demandées sont parties pour Rouen ; ou du moins en état de partir bientôt, les ayant fait emballer après avoir été manifestées à la douane et mises au coche de ladite ville, attendant le départ d’un vaisseau, qu’on nous fait espérer dans quinze jours. Cependant nous allons disposer les personnes que vous attendez à faire ce voyage.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’espère faire partir M. Berthe avec nos frères pour aller faire la visite chez vous, d’où il s’en ira à Rome, où il est nécessaire (2).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission. à Varsovie.

2) Cette phrase est de la main du saint.

-400 -

1894. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

28 juillet 1655

… Quant à l’avanie soufferte par M. Le Vacher, de Tunis, il faut espérer qu’enfin M.. de la Ferrière aura. assez de bonté pour l’en faire rembourser, puisqu’elle n’est arrivée que pour son sujet.

Voici deux lettres de change que je vous envoie, l’une de 600 livres et l’autre de 855, lesquelles ensemble font la somme de 1 455 livres, dont il y, en a 150 livres pour le rachat d’un pauvre esclave, au nom duquel M. Barreau, consul en Alger, a envoyé du point de Gênes à Madame la duchesse d’Aiguillon, et le surplus est pour le bâtiment de l’hôpital des pauvres esclaves chrétiens de la ville d’Alger. Je vous prie, Monsieur, d’envoyer lesdites sommes audit sieur Barreau. C’est madite dame la duchesse d’Aiguillon qui a envoyé cela.

1895. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

30 juillet 1655

Je loue Dieu de ce que vous avez accord d’arbitre pour le différend qu’a fait naître ce bon gentilhomme votre voisin (1) ; vous ferez bien de vous tenir à leur jugement et de faire votre possible pour ne plaider pas. Mais si ce gentilhomme, par une humeur fâcheuse et une prétention déraisonnable, vous fait derechef assigner, il faudra songer à se défendre, quand ce serait

Lettre 1894. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 1895. —- Manuscrit de Marseille.

1) Voir lettre 1899

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même à Dijon. Notre droit nous y sera conservé aussi bien qu’à Paris, où je ne suis pas d’avis de demander aucune évocation.

1896. A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON

Du 1er août 1655.

or sus, Monsieur, puisque vous reconnaissez que c’est le meilleur pour la compagnie de n’avoir point de cures, et que c’est contre l’usage que les particuliers en aient que ne faites-vous donc ce que tant de fois je vous ai prié de faire, qui est de remettre celle que vous tenez entre les mains de Monseigneur l’évêque ? La raison de conscience que vous m’opposez est un scrupule sans fondement ; car, quand il arriverait que mondit seigneur pourvoirait mal ce bénéfice, ce que je ne crois pas, qui vous a dit que vous en seriez responsable devant Dieu ? Cela ne peut être ; au contraire, vous le seriez si vous veniez à le résigner à un homme qui ne s’acquitterait pas de son devoir. Vous seriez alors coupable de ce mauvais choix, et peut-être des fautes qu’il ferait ensuite, outre qu’il y a justice de remettre une cure que vous ne pouvez tenir, au pouvoir de celui qui vous l’a donnée, surtout quand cela se peut sans danger, comme vous le pouvez, ne vous étant pas loisible de juger mal de votre évêque, ni de dire sans témérité qu’il donnera un mauvais pasteur à cette paroisse, si vous-même ne lui donnez ; d’autant que vous ne savez pas comment il en usera. S’il ne s’est pas trompé quand il vous a choisi, vous devez estimer qu’il ne se trompera pas non plus dans le choix qu’il fera d’un autre. C’est pourquoi, Monsieur,

Lettre 1896 — Reg 2, p. 162.

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je vous prie de la lui remettre au plus tôt purement et simplement, pour en pourvoir telle personne capable qu’il lui plaira.

1897. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Du premier d’août 1655

Comme votre âme m’est chère, tout ce qui me vient de votre part me console ; c’est l’effet que j’ai senti de votre lettre, quoique j’en aie ressenti à même temps un autre tout contraire par la part que je prends à tout ce qui vous touche, à savoir beaucoup de peine de celle que vous souffrez. Sur quoi je vous dirai, Monsieur, qu’il y apparence que Notre-Seigneur a permis le sujet qui la cause pour mettre votre patience à l’épreuve, et j’espère que vous en ferez l’usage qu’il demande ; car vous pouvez lui rendre un grand honneur en vous soumettant amoureusement à sa conduite et vous résignant au changement de votre emploi pour ne vouloir que ce qu’il veut. Pour le moins devez-vous étouffer les saillies de votre propre volonté dans ces sentiments de la nature émue, afin de ne la pas suivre dans le trouble où elle est, crainte d’irriter le mal, au lieu de le guérir, suivant en cela les médecins qui ne donnent point des médecines aux malades pendant qu’ils ont la fièvre. Si néanmoins, Monsieur, après que vous aurez résisté quelque temps à ce désir que vous avez de changer de demeure et non pas d’occupation, et que vous aurez beaucoup prié Dieu pour cela, vous voyez que votre peine pourrait à la fin prévaloir sur vos forces, mandez-le-moi ; nous tacherons de vous tirer de ce danger en vous mettant dans un état

Lettre 1897 — Reg 2, p 333

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de paix, lequel je vous souhaite de tout mon cœur, sachant bien que sans la tranquillité de l’esprit il est difficile de réussir dans aucun exercice ; mais, comme elle dépend principalement de Dieu et de notre indifférence, il faut aussi établir ces deux principes en nous et la chercher dans ces deux sources. C’est ce que je vous prie de faire, étant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre…

1898. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 6e août 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Nos gens et nos filles sont prêts à partir et n’attendent sinon que le vaisseau le soit.

Dieu soit loué du bon état de la famille et de ce que M. Durand se porte mieux (1) !

Je vous remercie du résultat de votre conférence, que j’espère lire demain (2).

Paris ne jouit pas encore de la grâce du jubilé ainsi que fait Varsovie, où l’on ne manque pas à bien prier Dieu pour la prospérité des armes du roi, dans le besoin où le royaume se trouve. Il faut espérer (3) que sa divine bonté y aura égard. Nous ne cessons ici de la prier à même fin et de vous offrir à elle, vous et votre famille, que je salue.

Nous faisons partir aujourd’hui M. François Vincent (4)

Lettre 1898. - L s — Dossier de Cracovie, original.

01) A la suite étaient les mots suivants qui out été raturés : Si je puis, je vous enverrai aujourd’hui une lettre pour la reine, en réponse de celle dont Sa Majesté m’a honoré."

2). Les mots que j’espère lire demain sont de la main du saint.

3). Le saint a écrit ces trois derniers mots de sa main

4). François Vincent, né à Gandelu (Aisne) reçu dans la congré-

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et le frère Tratebas (5) pour Gênes, et M. d’Eu (6) Rome, qui prendra un prêtre à Gênes pour le mener à Rome, où l’on nous demande beaucoup d’ouvriers. On nous appelle aussi à Turin et à Lyon. Dieu nous fasse la grâce de répondre à ses desseins !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription. A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.

1899. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

6 août 1655.

Le jugement des arbitres sur le différend du jardin doit être estimé raisonnable. Je vous prie de vous en tenir à ce qu’il porte, et de faire ce que vous pourrez afin que le gentilhomme, votre partie, y acquiesce aussi, et

gation de la Mission le 2 avril 1649 à l’âge de trente-huit ans, mort de la peste à Gênes le 13 juillet 1657.

5). Antoine Tratebas, né à Allauch (Bouches-du-Rhône) en octobre 1632 entré dans la congrégation de la Mission le 7 octobre 1651, reçu aux vœux le 20 octobre 1653, mort de la peste à Gênes en août 1657 Sa famille donna l’hospitalité à Antoine Portail et aux autres prêtres de la mission en 1649 pendant la peste qui désolait la ville de Marseille.

6). Louis d’Eu, né le 8. avril 1624 à Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe), entré dans la congrégation de la Mission le 20 mai 1651 et une seconde fois le 6 mars 1655, reçu. aux vœux à Rome le 7 mars 1657. Il quitta de nouveau la congrégation, par ordre de l’archevêque de Paris, pour des affaires importantes et rentra dès qu’il le put. La Bibliothèque nationale a fait l’acquisition d’un de ses ouvrages manuscrits (fr. 9625) L’homme accompli, en tête duquel est une lettre à l’intendant Bégon, datée du 28 mai 1695.

Lettre 1898. — Manuscrit de Marseille.

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qu’en ce faisant vous n’ayez point de procès, pour éviter le scandale, la dépense et les autres inconvénients qui en arriveraient. Nous sommes obligés, comme chrétiens, de supporter la mauvaise humeur de notre prochain et de tâcher de l’adoucir. C’est ce que vous ferez à son égard, comme j’espère.

Je vous envoie une nouvelle défense du roi pour le transport des marchandises de contrebande en : Barbarie, avec une lettre de M. le duc de Vendôme (1) sur le même sujet. Monsieur Husson nous a ci-devant pressé de faire entendre la nécessité de cette défense, et nous l’avons fait. Vous la mettrez, s’il vous plaît, ès mains de mondit seigneur de Vendôme. et cachetterez la lettre avant de la lui rendre. S’il est à Toulon, vous l’enverrez à Monsieur Huguier.

1900 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce samedi. [7 août 1655] (1)

Mon très honoré Père,

Permettez-moi de supplier votre charité qu’il ne soit point parlé de moi en l’élection des officières, Ce mot de première assistante fera assez connaître que je suis ce que j’ai été, et n’empêchera pas que je ne sois plus, quand Dieu vous en fera. connaître le besoin Mes raisons sont qu’il me semble que je dois tout être dépendante de la conduite de Dieu, que si j’étais nommée par la compagnie, que cela pourrait tourner en conséquence après moi ; et puis je sens je ne sais quelle répugnance à en être agréée (2), C’est dans la simplicité que

Lettre 1900. — L a. - Dossier des Filles de In Charité, original.

1). Saint Vincent a ajouté au dos de l’original : "Août 1655" Les mots "Ce samedi" permettent de préciser le jour, car la réunion pour l’élection des officières, que Louise de Marillac. annonce ici. comme prochaine, se tint le 8.

2). Bien que l’acte d’érection demandât que l’élection fut faite par :

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votre charité m’a recommandée que je prends la liberté de vous faire cette très humble prière, comme aussi de vous dire encore la répugnance que la plupart des sœurs auront à ce mot de confrérie tout seul, et comme il est à souhaiter que la compagnie ne change jamais sa première forme, pour que le service des pauvres soit toujours en cette manière ; l’exemple de ceux qui ont commencé par confrérie ne satisferait pas, à cause qu’il s’en est formé en religion. (3)

Pardonnez, mon très honoré Père. à votre pauvre fille et obéissante servante.

L. DE M..

.Suscription : A Monsieur. Monsieur Vincent

1901. — A MONSIEUR ROQUETTE

De Paris, ce 9 août 1655

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Encore que je n’aie jamais eu l’honneur de vous servir j’ose néanmoins vous adresser cette lettre pour Monseigneur de Brienne et vous supplier très humblement de nous aider à nous faire avoir un passeport pour trois missionnaires et. trois Filles de la Charité que nous devons envoyer à la reine de Pologne par son ordre. C’est : le sujet qui m’a donné occasion d’écrire à mondit seigneur, et de vous offrir, Monsieur, mon très humble service avec toute l’affection qui m’est possible, qui suis,

les sœurs, saint Vincent se réserva la nomination des premières officières.

3) Saint Vincent tint compte de la remarque que lui faisait sa zélée collaboratrice ; dans son entretien du lendemain, il insista fortement sur les raisons qu’avait la compagnie de s’appeler "confrérie" ou société" et de rester séculière.

Lettre 1901 — L s — Bibli Nat fr 23 203, reg, f° 152, original

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en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Ces trois missionnaires se nomment : Thomas Berthe, prêtre de la Mission ; Jean Lasnier (1) et Aubin Gontier (2) frères coadjuteurs de la même compagnie ; et les filles, Marguerite Chétif (3) Madeleine Raportebled et Jeanne Lemeret.

Suscription : A Monsieur Monsieur Roquette, commis de Monseigneur de Brienne, en cour.

1) Jean Lasnier, né à Moret (Seine-et-Marne), entré dans la congrégation de la Mission le 1er janvier 1649 à l’âge de vingt-cinq ans, reçu aux vœux le 25 Janvier 1656.

2) Aubin Gontier, né le 10 octobre 1627 à Epône (Seine-et-Oise), entré dans la congrégation de la Mission le 16. août 1654, reçu aux vœux à Turin le 9 février 1657.

3) La sœur Marguerite Chétif, baptisée à Paris, dans l’église Saint-Sulpice, le 8 septembre 1621, entra chez les Filles de la Charité le 1er mai 1640. Elle y occupa les postes les plus importants : supérieure de la maison d’Arras (1656-1660), supérieure de la compagnie après la mort de Louise de Marillac (1660-1667), directrice du séminaire (1667-1670), supérieure à l’hôpital d’Angers (1670-1674), économe générale (1674-1677), supérieure à l’hôpital du Nom-de-Jésus, où elle resta quelques années ; partout elle donna les plus beaux exemples de vertu. Rappelée de l’hôpital du Nom-de-Jésus à la maison-mère, elle y mourut le 9 janvier 1694. Le compte rendu des deux conférences qui furent faites à Paris après sa mort nous a été conservé dans le volume des Circulaires des supérieurs généraux et des sœurs supérieures aux Filles de la Charité, Paris, 1845, in-4°, pp. 470-478.

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1902. — AU PèRE BOULART

De Saint-Lazare, ce 12 août 1655.

Mon Révérend Père,

La grâce de N.-S. soit avec nous pour jamais !

Ce bon religieux que je vous ai recommandé (1) m’ayant dit le bon accueil que vous lui avez fait, et que même vous l’avez reçu en votre sainte congrégation, me donne sujet d’en rendre grâces à Dieu et de vous remercier, comme je fais, mon Révérend Père, de tant de bontés que vous avez exercées vers lui. Je prie N.-S. qu’il vous les rende et me donne la grâce de vous être utile à quelque chose, afin que je n’aie pas reçu en vain celle qu’il m’a faite, de me rendre, en son amour, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

1903 — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR A MARSEILLE

20 août 1655.

C’est une grande sujétion que d’avoir un voisin qui ait la vue sur vous ; il ne faut pas le souffrir, puisque vous le pouvez empêcher, ce bon gentilhomme n’ayant pas droit d’avoir une fenêtre de votre côté. Faites donc ce que vous pourrez pour l’obliger de la fermer, je ne dis pas par procès, mais par les voies amiables et l’entremise

Lettre 1902 — Bibl. de Sainte-Geneviève, ms. 2555, copie.

1) Par la lettre 1878.

Lettre 1903. — Manuscrit de Marseille.

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des amis, jusques à vous offrir, en cas qu’il le fasse, de contribuer plus que vous ne devez à la dépense des égouts pour les détourner de son jardin. Que si, après tout, vous ne pouvez le réduire à ce devoir autrement que par la justice, il faudra bien y venir et le faire assigner ; et en ce cas vous pourrez plaider aussi la question desdits égouts, supposé que vous ayez bonne cause, comme on vous a dit.

1904. — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

Du 22 août 1655.

J’ai rendu votre lettre à M. [Vageot] sans lui dire que vous m’ayez écrit, et je n’ai garde de lui rien témoigner de vos avis, non pas même quand vous ne m’en auriez pas parlé. Vous pouvez avec confiance et liberté me donner connaissance de tout ; cela se doit même pour le bon ordre, quand vous voyez que quelque chose tend à le détruire.

1905. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Mon très honoré Père.

Ce mercredi. [août 1655] (1)

Notre sœur Anne (2) m’a mandé qu’il était trop tard pour aller à Bourbon (3) et que l’on lui avait dit que les médecins avaient fait cesser les bains ; c’est peut-être pour les faire reprendre le mois qui vient, y ayant bien apparence que l’été ne passera pas sans chaleur. Il y a bien d’autres raisons pour faire croire

Lettre 1904 — Reg. 2, p. 77.

Lettre 1905 — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire.

2). Anne Hardemont.

3). Bourbon-l’Archambault.

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qu’il est encore assez à temps, puisque de notre connaissance, il y a trois carrosses disposés pour y aller.

J’avais pensé, mon très honoré Père, s’il ne serait pas nécessaire, pour la mettre en son tort, quand elle nous reprochera de n’y avoir pas été, si votre charité y envoyait l’assurer qu’il fait bon y aller, car je suis bien trompée si elle ne minute quelque chose.

Cela presse, à cause que la place n’est pas arrêtée.

Notre sœur Marguerite attend votre ordre, et moi votre bénédiction pour l’amour de Dieu, qui suis, mon très honoré Père, votre très pauvre fille et servante

L. DE MARILLAC.

Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent.

1906. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 25 août 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Le prêtre duquel vous dites que les autres se plaignent, pource qu’il ne soulage personne, craint Dieu ; et cette crainte fera, comme j’espère, qu’il reviendra de son oisiveté avec la grâce de Dieu et par votre douce conduite, sinon bientôt, du moins avec le temps ; c’est pourquoi je vous prie que votre patience ne se lasse point.

Ce sera au visiteur à remédier aux singularités de la personne dont vous me parlez, qui a un cachet et un étui, etc. Je ne veux pas y toucher, afin qu’on ne s imagine pas que vous m’en avez écrit (1) Vous ferez bien d’éviter tant qu’il se pourra visites passives de M… qui est sorti de la compagnie, et ses communications particulières avec les personnes de

Lettre 1906. — Reg. 2, pp. 157 et 54.

1) Ici se termine le premier fragment.

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chez vous, lui faisant même sentir adroitement qu’il fera bien, pour ne perdre son temps, de chercher quelque emploi ailleurs.

1907. — A CHARLES OZENNE

De Paris ce 27 août 1655

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres, et vous en recevrez deux de moi par cet ordinaire. Vous ne me dites rien de la fâcheuse nouvelle que nous avons ici, que les Suédois ont fait plusieurs irruptions en Pologne, dont j’ai ressenti une très grande affliction (1) Nous prions Dieu céans, et je le fais prier partout, qu’il ait agréable de détourner l’orage et de prendre en sa protection spéciale le roi, la reine et leurs états. On nous a dit que leurs députés sont retournés vers le roi de Suède ; plaise à Dieu qu’ils en rapportent une paix, mais une paix qui soit telle que Dieu seul peut la donner ! Cette espérance a un peu diminué notre douleur, et l’incertitude des événements nous a fait penser à faire écrire au résident de France en Suède (2), à ce qu’il s’emploie vers ledit roi de Suède pour donner protection aux religieuses de Sainte-Marie, aux Filles de la Charité, ensemble aux prêtres de la Mission de Varsovie, si besoin est. Il faut

Lettre 1907. — L s — Dossier de Cracovie, original.

1) Charles-Gustave, roi de Suède, en faveur de qui Jeanne-Christine avait abdiqué en 1654, envahit à la fois la Pologne et la Lithuanie, pour punir Jean-Casimir de ses prétentions sur le trône de Suède Sa victoire fut d’autant plus facile que les grands de Pologne abandonnèrent leur roi.

2) Le baron d’Avaugour.

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espérer que Dieu (3) ne permettra pas que son armée en approche (4) ; mais la crainte nous a suggéré cette précaution ; elle nous a aussi obligé d’écrire en diligence à Rouen pour faire revenir M. Berthe avec les frères et les filles (5) qui s’en allaient vous trouver et qui partirent d’ici la semaine passée. Il y a apparence que ma lettre les aura trouvés partis, parce que je n’en ai appris aucune nouvelle depuis leur départ.

Dieu donne la persévérance s’il lui plaît, à cette bonne fille que la reine a mise comme première plante parmi les sœurs de la Charité pour être du corps, et veuille, par sa grâce les multiplier de delà et les remplir de la vertu qui leur donne le nom !

Je prie Dieu de tout mon cœur qu’il reçoive en sa gloire l’âme de cette bonne dame morte qui vous a donné le patronage de Sainte-Croix, qu’il sanctifie de plus en plus le bon M.. Fleury, qu’il ait agréable les biens qu’il fait et accomplisse ses saintes intentions partout et en toutes choses. Je suis plein de tels souhaits pour lui, que la reconnaissance me donne, dans l’impuissance où je suis de la lui manifester autrement, étant trop inutile à son service. Vous pouvez pourtant l’assurer de mon obéissance autant de fois que vous en aurez l’occasion.

Voilà 3 ou 4 vaisseaux qui s’en vont à Madagascar ; M. Le maréchal de la Meilleraye, qui les y envoie, me demande deux prêtres, et veut qu’ils soient à Nantes le 4e septembre. Le temps est bien court et nos ouvriers trop éloignés pour satisfaire à son ordre ; nous ferons

3) Les mots : si besoin est. Il faut espérer que Dieu, sont de la main du saint.

4). Suivaient les mots : je ne le puis croire, qui furent ensuite raturés.

5) Les Filles de la Charité.

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néanmoins ce que nous pourrons. Nous avons céans quatre enfants nègres venus de ce pays-là (6).

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, de vous et de votre chère famille, que je salue cordialement, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l M.

Jamais je n’ai senti plus de douleur que la nouvelle de l’état de la Pologne m’a donnée, ni jamais plus de confiance que Notre-Seigneur protégera le roi et la reine et leurs états (7).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

1908. — A DONAT CRUOLY, SUPéRIEUR, AU MANS

De Paris. ce 28e [août] 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 23 août. Je suis bien aise des offres que vous avez faites à Monseigneur du Mans touchant l’ordination, et bien marri de les voir sans effet. Il me semble que vous me mandez que mondit seigneur ne trouve pas bon que nous recevions les ordinands, si nous ne les nourrissons tous à nos dépens, mais même qu’il

6) Etienne de Flacourt, débarqué. avec eux ; à Saint-Nazaire le 27 juin 1655, les avait conduits lui-même à Saint-Lazare. (Cf. de Fl. acourt. op cit p 198.)

7) Le post-scriptum est de l’écriture du saint

1) Le mot "octobre", que porte l’original est certainement le résultat d’une distraction, comme le montrent et la première phrase de la lettre et la note 5.

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n’est pas d’avis que nous en recevions une partie gratis, si nous ne les recevons tous ; et parce que l’endroit où vous me parlez de ceci est un peu obscur,. je vous prie de m’éclaircir plus amplement de ce qu’il vous a dit.

Je suis fort en peine de celle que M. Le Blanc (2) souffre pour sa vocation. C’est un bon sujet qui mérite d’être cultivé. Je vous. prie de le divertir tant que vous pourrez de la pensée de se retirer. Peut-être que son retour à Saint-Lazare éloignera de lui cette tentation. C’est pourquoi vous nous l’enverrez, s’il vous plaît, dans quelque temps. Nous avons au séminaire un bon prêtre qui chante bien ; nous vous le donnerons à sa place ; ne le faites pas partir que celui-ci ne soit arrivé ; cependant élevez-lui le cœur et la confiance en Dieu.

Je ne sais où sont ces prés que Madame la lieutenante générale vous demande en échange. Je m’en. informerai de M. Gicquel, pour vous dire ma pensée sur cette proposition.

Je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse votre conduite et votre famille de plus en plus. Voici une lettre pour M. le doyen (3) et une autre pour M. Le Blanc.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’ai envoyé quarante écus à Monseigneur de Cork (4). L’on dit qu’il est arrivé a Nantes 28 ecclésiastiques d’Irlande, entre lesquels il y a un archevêque et Mon-

2) Charles Le Blanc.

3) René des Chapelles.

4) Robert Barry, mort en exil en 1667.

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seigneur de Killala (5) O Monsieur, quel sujet d’affliction (6) !

Au bas de la première page : M. Cruoly.

1809. — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

29 (1) août 1655.

Je vous prie de prendre la conduite de la famille et des affaires. Le personnage (2) est encore ici ; nous pensions le retenir, mais il s’en veut aller. Serrez et fermez tout, et prenez garde qu’il vous surprenne.

Je suis d’avis que vous vendiez la cavale ; les missionnaires ne doivent pas avoir de tels meubles, si ce n’est dans la nécessité. Le visiteur vous ira voir dans eu de jours ; découvrez vous à lui comme à moi, et lui dites tout ce que vous m’avez mandé ; il mettra bon ordre à tout.

1910. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

Septembre 1655.

Je ne puis que je ne vous dise derechef que je suis fort édifié de la bonté que vous avez de vous incommoder en envoyant deux de vos prêtres à Rome, pour donner moyen à M. Jolly de donner satisfaction à tant de

5) François Kirwan, sacré à Saint-Lazare le 7 mai 1645, arriva à Nantes en 1655, au mois d’août. Il passa le reste de sa vie en Bretagne et mourut à Rennes le 27 août 1661

6) Le post-icriptum est de la main du saint.

Lettre 1909 — Reg. 2, p, 110.

1). Au-dessus de 29, une autre main a écrit, 19 ; il y a donc eu doute sur la lecture de l’original.

2). Philippe Vagent, précédemment supérieur à Saintes.

Lettre 1910. — Reg. 2, p. 204.

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grands prélats et cardinaux qui ont dévotion d’employer la compagnie en leurs diocèses. Oh ! s’il plaisait à Dieu de donner cet esprit de support et d’accommodement à chaque particulier, que cela apporterait une grande union et un grand avantage à tout le corps, pource que nous regarderions les intérêts des autres comme les nôtres propres ! Et le fort soutenant le faible, tout en irait mieux.

1911. — A FIRMIN GET. SUPéRIEUR, A MARSEILLE

3 septembre 1655.

Vous donnerez le conseil que vous voudriez prendre pour vous, à ceux que nous envoyons à Gênes, pour y aller par mer ou par terre.

1912. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 3 septembre 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du dernier ordinaire et une augmentation de douleur pour l’affliction où se trouve la P[ologne], et surtout le roi et la reine. Je vous avoue qu’elle m’est des plus sensibles qui me soit jamais arrivée, tant à cause de leur intérêt que pour celui de l’église, qui souffre en cette. partie. C’est pourquoi nous prions ici, et faisons prier partout, que Dieu protège ce royaume-là et bénisse, s’il lui plaît, les armes et les intentions de Leurs Majestés. J’ai une particulière confiance qu’il le fera et, quand même Varsovie serait pris et les missionnaires avec lui, qu’il ne vous sera fait aucun

Lettre 1911. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 1912. — L s. — Dossier de Cracovie, original.

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mal ; car, outre que vous avez été recommandés à.M. [d’Avaugour] (1), agent pour la France auprès du roi de Suède, pour vous mettre sous sa protection, nous savons que son prédécesseur, faisant la guerre en Allemagne, n’a jamais fait du mal aux prêtres. Courage donc, Monsieur ! ne vous étonnez pas ; ce que le bon Dieu garde est bien gardé. Nous continuerons de vous offrir à lui d’une. manière spéciale, et vous devez vous confier beaucoup en sa paternelle protection ; car il ne veut que cela pour avoir sujet de vous défendre, et sans cela il aurait raison de vous abandonner à la puissance des hommes.

Nous avons fait revenir M. Berthe, les frères et les filles, lorsqu’ils étaient sur le point de s’embarquer, et nous avons fait partir à même temps quatre prêtres de divers endroits pour se rendre à Nantes, où il y a quatre vaisseaux prêts à lever l’ancre pour Madagascar. Or tous ces quatre prêtres missionnaires ne se mettront pas dedans, mais seulement deux qui arriveront les premiers, si tant est qu’ils y soient à temps ; et en cas que tous y arrivent assez tôt, M. Dufour et M. Feydin (2) feront le voyage, et les autres s’en reviendront, à savoir M. Gicquel et M. de Belleville (3).

Nous avons céans quatre petits nègres venus de ce pays-là, que nous élevons dans l’esprit du christianisme, pour servir un jour d’exemple à leurs compatriotes. Que

1) Dans l’original la place du nom est en blanc.

2). François Feydin, né à. Allanche (Cantal) le 25 mai 1620, ordonné prêtre en septembre 1645, reçu dans la congrégation de la Mission le 8 septembre 1653. Il n’alla pas a Madagascar Désigné de nouveau pour cette Mission en 1659 il fut encore empêché d’accomplir le voyage.

3) Mathurin de Belleville, né à Brix (Manche), reçu dans la congrégation de la Mission le 1er mai 1654 à l’âge de vingt. sept ans, mort sur mer le 18 janvier 1656 des suites d’une maladie qui le minait depuis que le navire avait quitté la rade de Saint-Martin.

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savons-nous si le bon Dieu, irrité du désordre des propres enfants de son église, n’a pas dessein de la transférer parmi les infidèles ? Son saint nom soit béni et sa sainte volonté accomplie en nous tous ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l M

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur de la Mission, à Varsovie.

1913. — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

Du 5 septembre 1655.

Je vous donne avis que M. [Vageot] est parti de céans aujourd’hui, sans nous dire adieu ; il ne vous porte donc point de mes lettres. C’est pourquoi, Monsieur, ne le reconnaissez plus ni pour supérieur, ni seulement pour missionnaire, et ne lui parlez qu’en passant ; encore moins devez-vous lui permettre qu’il prenne aucune chose dans votre maison, telle que ce soit. Je vous prie d’être ferme à tout cela ; et s’il vous demande quelque chose, dites lui qu’il m’en faut écrire. Voilà notre intention. Il a pris des provisions de la cure de Saint-Vivien (1) dix jours après son arrivé, sans m’en rien dire, en suite de quantité de belles espérances qu’il nous avait données de vivre en vrai missionnaire.

Lettre 1913. — Reg. 2, p. 110

1) Petite localité située près de La Rochelle

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1914. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

6e mercredi [1655, vers septembre] (1)

Mon très honoré Père,

Je ne sais point que nous ayons de sœur malade à Saint-Germain (2) si ce n’est celle qui l’a été y a fort longtemps, que je crois bien n’avoir pas encore repris entièrement ses forces. Je crois que le changement d’air lui fera beaucoup de bien et que celui de céans lui sera meilleur que pas un autre.

Permettez-moi, mon très honoré Père, de vous dire que mon cœur est sensiblement et souvent touché de la pensée que la compagnie est fort proche de son déclin, et que je prévois beaucoup d’inconvénients si votre charité permet ce voyage (3), pareille chose ayant été refusée à d’autres, pour plusieurs raisons. Ma sœur Julienne (4) vous supplie très humblement lui donner réponse sur la proposition qu’elle a faite à votre charité pour une bague qu’une dame fort riche, de son chef, a donnée à l’église sans le su de son mari. Elle est pressée de réponse.

Monsieur L’Obligeois a été ce matin s’assurer la place vacante au Nom-de-Jésus.

Je n’ai pas treuvé ma sœur Hardemont éloignée des dispositions à bien recevoir la proposition pour les Petites-Maisons, mais je crois qu’il est nécessaire que votre charité nous parle, pour faire connaître le bien qu’il y a à faire et la manière dont il s’y faut gouverner.

Nous avons sujet de douter que Monsieur de Saint-Roch (5) nous renvoie encore une fois (6) La très sainte volonté de Dieu soit faite, et que par sa conduite je puisse me dire toujours,

Lettre 1914. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1) Louise de Marillac parle pour la première fois, dans une lettre datée du23 juin 1655, d’un prochain envoi de Filles de la Charité aux Petites-Maisons de Paris pour le service des pauvres malades et des insensés. Elle écrivait, le 2 octobre que l’œuvre était commencée, sous la conduite de la sœur Anne Hardemont.

2). Très probablement Saint-Germain-en-Laye

3) Vraisemblablement un voyage dans la famille.

4). Sœur Julienne Loret, alors supérieure à Fontenay-aux-Roses

5). Jean Rousse, né à Pithiviers, curé de la paroisse Saint-Roch du 30 juin 1633 au 13 octobre 1659, jour de sa mort.

6). Voir lettre 1370.

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mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante servante.

L DE M..

Je demande très humblement pardon à votre charité de la liberté que je prends de vous parler si librement ; je m’en suis aperçue, relisant ma lettre.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent

1915 — A LOUISE DE MARILLAC

[1655, vers septembre] (1)

Je manderai à M. Guilloire la difficulté que vous faites à l’égard de la convalescente de Saint-Germain ; mais il sera à propos que vous la rappeliez pour prendre l’air et se reposer ici.

Il faut agréer la conduite de Dieu sur vos filles, les, lui offrir et demeurer en paix. Le Fils de Dieu a vu sa compagnie dispersée et quasi dissipée de tout temps. Il faut unir votre volonté à la sienne.

Quel sujet à M. de Saint-Roch d’en user de la sorte que vous me dites ? Si cela est un sujet d’honorer la peine qu’a eue Notre-Seigneur quand il s’est vu chassé des lieux où il était, et ses apôtres aussi, oh ! qu’il est bon d’avoir de pareilles occasions pour s’unir au bon plaisir de Dieu ! Je tâcherai de vous voir demain avec notre sœur Hardemont.

Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.

Lettre 1915. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Cette lettre répond à la précédente, à la suite de laquelle elle a été écrite

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1916. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Ma grande espérance est que vous contribuerez beaucoup, avec la grâce de Dieu, à sauver ces peuples, et que vos exemples serviront à vos confrères pour s’affectionner à cette bonne œuvre et pour s’y appliquer aux lieux, aux temps et en la manière qui leur sera prescrite par vous, qui consulterez Dieu, comme un autre Moïse, et qui recevrez la loi de lui pour la donner à ceux que vous conduirez (1) Souvenez-vous que la conduite de ce saint patriarche était douce, patiente, supportante, humble et charitable, et qu’en celle de Notre-Seigneur ces vertus ont paru en leur perfection, afin que nous nous y conformions.

1917. — A MONSIEUR CHARRIN, A LYON

10 septembre 1655.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec nous pour jamais !

Je me donne l’honneur de vous écrire la présente pour vous remercier derechef des bonnes volontés que le bon Dieu vous a données pour notre petite compagnie, qui en. est très indigne, et néanmoins, Monsieur, très reconnaissante. Je prie N.-S. qu’il soit votre récompense du bien que vous nous offrez et de la gloire que vous lui voulez procurer. Nous serons obligés de l’en prier toute notre vie, quand bien votre intention ne s’accomplirait pas au sujet de notre établissement. Comme j’en vois quelques difficultés de notre côté, je vous supplie très humblement, Monsieur, d’avoir agréable que je vous les

Lettre 1916 — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXIV, sect. I, p. 351

1) Le destinataire de la lettre venait d’être nommé supérieur.

Lettre 1917. — Reg. 1, f° 53 v°.

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représente, pour réponse aux propositions que vous m’avez envoyées

La première est que nous sommes trop pauvres pour faire subsister de delà les prêtres que vous demandez entre ci et le temps qu’ils doivent jouir de votre donation.

Secondement, Monsieur, cette fondation n’est pas suffisante pour nourrir six prêtres, lors même qu’ils en seront possesseurs. Nous avons expérience qu’il faut au moins mille francs pour 3 personnes ; et tout ce qu’on pourrait faire avec 1.200 livres serait d’entretenir 3 prêtres avec un fr [ère] ou serviteur. L’on dépense la moitié plus, à la campagne, où l’on fait la mission, que dans la maison.

Enfin, Monsieur, il n’y a point d’ecclésiastique qui voulût entrer en notre congrégation si on lui disait qu’il ne pourrait jamais dire la sainte messe ni pour lui, ni pour des parents et amis, ni pour autre intention que ce soit, que pour un défunt seulement, ainsi que vous y voulez obliger ceux qu’on vous donnerait. Nous ne pouvons donc pas, Monsieur, les y soumettre, si ce n’est 3 ou 4 fois la semaine chacun au plus. Et puis l’église ne permet pas qu’on dise des messes de Requiem certains jours, comme les dimanches et les fêtes principales. Selon cela, Monsieur, j’espère que votre bonté nous excusera, ou, si c’est le dessein de Dieu que le vôtre s’exécute, qu’il vous fera agréer les conditions que nous pouvons accomplir ; ce que nous attendrons avec patience, en continuant de prier Dieu qu’il vous conserve et sanctifie de plus en plus, et qu’il nous donne les occasions de vous servir, particulièrement à moi, qui suis plein d’estime et de révérence pour votre personne et qui serai la vie et à la mort, en son amour, Monsieur, votre (1)

1) La fondation n’eut pas lieu.

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1918. — A UN CURé (1)

Envoyez ici telle personne qu’il vous plaira et je me charge de la dépense.

1919. — A LA PROPAGANDE

[Septembre 1655] (1).

éminentissime Reverendissimi Signori,

Dalla benignità dell’EE. VV. furono ultimamente. ad istanza di Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione, dichiarati missionarl apostolici nell’isola di San-Lorenzo, vulgo Madagarcar, Francesco Mousnier e Tussano Bourdaise, sacerdoti della medesima congregazione della Missione. E perchè vi è in detta isola messe abondante e gran campo da lavorare, e presto, cioè nel mese d’ottobre prossimo 2 ! vi sarà occasione di poter mandar colà altri operai, dovendo partire un vascello a quella voita, il sopradetto Vincenzo di Paul, umilmente offerisce all’EE. VV. tre altri buoni soggetti, cioè Claudio Dufour, Nicolo Prevost è Francesco Feydin, sacerdoti della medesima congregazione oella Missione, accio piaccia all’EE. VV., se gradiranno lo zelo di questi servi di Dio, dichiararli missionari apostolici in detta isola, e far loro spedire le facoltà solite.

Lettre 1918. — Collet, op. cit t. II, p. 152 bis

1) Ce curé, indignement diffamé et obligé de pousuire un procès à Paris, ne pouvait ni quitter sa paroisse ni payer un avocat.

Lettre 1919. — Supplique non signée. — Arch. de la Prop, Il Africa, n° 248, f° 93, original

1) Les pouvolrs demandés dans cette supplique furent. accordés le 23 septembre 1655.

2). Les vaisseaux partirent le 23 octobre, portant trois missionnaires Claude Dufour, Nicolas Prévost et Mathurin de Belleville

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E perchè l’occasione opportuna del vascello potrebbe invitare il detto oratore a mandar ancora altri soggetti ad impresa si importante e di tanta gloria di Dio, supplica umilmente l’EE. VV. di gradire che, non potendo. forse per la troppo accelerata partenza del vascellol mandarne qua i nomi a tempo, egli faccia esaminare e approvare da Monsignor nunzio di Francia quelli che saranno atti a quella Missione, ai quali poi si degneranno l’EE. VV. di fare spedire le solite facoltà. E il tutto riceverà per grazia singolare dall’EE. VV.

Quas Deus, etc.

Suscription : Alla Sacra Congregazlone de Propaganda Fide, per Vincenzo di Paul, superiore generale. della Congregazione della Missione.

T R A D U C T I O N

Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

François Mousnier et Toussaint Bourdaise, prêtres de la congrégation de la Mission, ont été nommés missionnaires apostoliques pour l’île de Saint-Laurent, vulgairement Madagascar, par la faveur de Vos éminences, à l’instance de Vincent de Paul, supérieur général de la même congrégation. Et comme la moisson y est abondante et le champ à cultiver étendu, et que, d’autre part, en octobre prochain se présentera l’occasion d’y envoyer d’autres ouvriers, un vaisseau devant faire voile vers ce lieu, Vincent de Paul propose humblement à Vos éminences trois autres bons sujets, Claude Dufour, Nicolas Prévost et François Feydin, prêtres de la Mission, afin qu’il plaise à Vos éminences, si elles agréent le zèle de ces serviteurs de Dieu, les nommer missionnaires apostoliques pour cette île et leur expédier les pouvoirs accoutumés. Et comme, à l’occasion du départ du vaisseau, le suppliant pourrait vouloir envoyer encore d’autres sujets pour une œuvre si importante et si utile à la gloire de Dieu, il supplie humblement Vos éminences d’agréer que, si l’imminence du départ du navire ne lui permet pas d’envoyer à temps les noms des missionnaires, il lui suffise de les faire examiner et approuver par Mgr le nonce de France, quitte

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à vous demander ensuite pour eux les pouvoirs accoutumés. Et il recevra cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences.

Que Dieu ait, etc.

Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.

1920. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

16 septembre 1655.

Vous ferez fort bien de recevoir chez vous (1) ce bon gentilhomme qui veut se donner à Dieu, et de l’aider en une si sainte résolution ; je vous prie donc de le traiter selon le mérite de sa personne et de son extraction

1921. — A LA SŒUR MARIE-MARTHE TRUMEAU, A NANTES

18 septembre 1655.

Ma chère Sœur,

Il y a trois jours que je vous ai écrit à Nantes qu’en cas que ces Messieurs les Pères (1) désirent que vous et nos sœurs Henriette et Renée reviennent à Paris, ainsi qu’ils nous l’ont écrit, vous vous en reveniez donc les trois ensemble, et que Mademoiselle (2) vous recevra avec grande joie. Selon cela, ma Sœur, je vous adresse la présente à Angers, où vous devez passer, pour vous dire que nous vous attendons à Paris, où je vous prie

Lettre 1920. — Manuscrit de Marseille

1) Probablement pour une retraite spirituelle.

Lettre 1921. — Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 499.

1). I. es Pères des pauvres ou administrateurs de l’hôpital.

2) Louise de Marillac.

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de vous en venir au plus tôt par la première occasion qui se présentera, vous et nos deux sœurs. Nous prions Dieu qu’il vous gouverne et possède entièrement dans le temps et l’éternité.

Mademoiselle se porte mieux, grâces à Dieu.

Je salue nos deux sœurs, et suis…

1922. — A UN PRêTRE SORTI DE LA COMPAGNIE

Du 22 septembre 1655.

J’ai conféré la cure que vous m’avez demandée à un autre bon prêtre résolu de résider et de bien faire. J’eusse été bien aise de vous servir après vous avoir vu faire une oblation de vos biens et un sacrifice de vous-même à Dieu pour le salut du pauvre peuple, si, en révoquant une si sainte action, comme vous avez fait, vous ne m’aviez donné sujet de craindre que peut-être vous ne seriez pas plus fidèle à Dieu dans une nouvelle obligation que vous avez été en celle-là. De dire que vous êtes sorti d’avec nous avec dessein de mieux servir les âmes, qui le croira, puisque vous trouviez en notre compagnie l’occasion de former de bons ecclésiastiques et de bons curés, et de travailler aux missions pour l’assistance des pauvres gens de la campagne ? Je ne laisse pas d’avoir estime et affection pour vous, sachant qu’au reste vous avez le cœur bon et bien intentionné.

Lettre 1922. — Reg. 2, p. 53.

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1923. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT

22 septembre, [entre 1655 et 1660] (1)

Peut-être,. Monsieur, vous ai-je trompé par mes lettres, dans lesquelles, par ma superbe, je rends beaucoup mieux. compte que je n’opère, une personne de ma lenteur, de mon ignorance, de mon bégayement et difficulté à s’exprimer, de mon imprudence et précipitation et peu de vertu n’étant guère propre à tenir ici la place que j’y tiens. Je ne pourrai néanmoins et le ferai, si Dieu le veut, comme je le croirai, que tant vous me le commanderez, vous suppliant, Monsieur, très humblement de faire un peu de réflexion à ce que je viens de dire, qui n’est point humilité, mais la pure vérité, que je suis obligé de vous découvrir.

1924 — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 29 septembre 1655.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 24 août. Je vous ai accompagné, avec toute la bande, de mes douleurs et de mes souhaits à Cracovie. L’affliction croît en nous à mesure que nous apprenons les progrès des ennemis (1) ; mais pour cela je n’aperçois encore aucune diminution dans l’espérance que Dieu nous donne que tôt ou tard les choses se rétabliront. Pour cela, nous prions incessamment et faisons prier partout qu’il plaise à Dieu de rendre les armes du roi victorieuses et de prendre lui

Lettre 1923. — Vie de Edme Jolly ms., p. 95..

1) Temps pendant lequel Edme Jolly fut supérieur de la maison de Rome.

Lettre 1924. — L. s. — Dossier de Pologne, original

1) Les Suédois étaient entrés à Varsovie le 8 septembre.

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même la défense et la conduite de ce royaume pour le bien de l’église, qui se trouve fort intéressée en cette guerre.

Cependant je le prie aussi qu’en quelque part que la compagnie se trouve, il lui fasse la grâce de se soumettre avec amour aux divers événements de sa conduite et de lui rendre les petits services qu’elle pourra en soi et en autrui, autant que les lieux et les commodités le pourront permettre. Je l’espère bien de votre zèle et de votre courage et de la fidélité de toute la famille. Témoignez toujours à la reine nos sensibles peines pour l’état présent des affaires, ensemble les prières que nous faisons pour le roi, pour elle et pour leurs états.

J’ai enfin pensé que c’est trop supporter les libertés de Monsieur Zelazewski, qui pourraient par la suite être beaucoup nuisibles à la compagnie. Il est donc temps d’y remédier, ou en le priant de se retirer entièrement. en sorte qu’on n’ait plus de communication avec lui, ou, s’il lui reste quelque affection pour sa vocation, de tirer promesse de lui qu’il vivra désormais en vrai missionnaire dans l’observance et la soumission qu’il doit. Je vous prie, Monsieur, de savoir quelle est sa disposition, et, selon cela, d’agir en la manière susdite. Vous le traiterez avec respect et douceur, même avec témoignage d’affection, mais aussi avec fermeté, lui disant ce qu’il est expédient de lui dire en cette extrémité.

Je rends grâces à Dieu d’avoir donné à la compagnie un nouveau prêtre polonais qui a les bonnes qualités que vous me mandez. Dieu lui fasse la grâce de persévérer, et à vous tous de vivre en sorte que la bonne odeur de votre vie et de vos emplois en attire plusieurs autres pour l’avancement de notre sainte religion ! Car c’est pour cela, comme je crois, que sa providence vous a appelés de delà.

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J’écris à Rome que vous avez reçu les indulgences, et je présente à Monsieur Jolly les sentiments de reconnaissance que vous en avez. Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur et vous donne les forces nécessaires dans l’agitation présente !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Cracovie.

1925 — A MONSIEUR THOMAS (1), A ANGOULêME

Du 25e septembre 1655.

J’ai reçu votre lettre avec le respect que je dois au mérite de votre personne, et avec une très sensible reconnaissance des bontés que vous exercez envers nous à toutes occasions, et présentement par les offres que vous nous faites, dont nous sommes très indignes et dont je vous remercie très humblement. Sur quoi je vous dirai, Monsieur, ce que j’ai déjà dit à Monsieur de Blampignon, que nous avons pour maxime de ne nous introduire jamais en un lieu, si Nosseigneurs les prélats ne nous y appellent, et que tout ce que nous avons, et les établissements où nous sommes, nous sont venus par cette voie. Or tant s’en faut que nous soyons ainsi appelés à Angoulême, que Monseigneur l’évêque (3) s’est expliqué au contraire.

Lettre 1925. — Reg. 2, p. 56.

1) "Prêtre de condition et de vertu." (Reg. 2, p. 56)

2) Au-dessous de 25 une autre main a écrit 15.

3) François de Péricard (1646-1687).

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Une seconde raison pour laquelle nous ne pouvons pas accepter le bien que vous nous voulez faire, Monsieur, est que les cures nous embarrassent trop. Nous n’en avons encore pris qu’à vive force, et sommes comme résolus de n’en plus prendre. Les deux ou trois que nous avons n’ont servi qu’à nous faire connaître l’empêchement qu’elles apportent à nos fonctions, et combien il est expédient que nous ayons tous l’obligation d’aller de village en village pour l’instruction et le salut des peuples, sans nous attacher aux villes ni à certaines paroisses qui ne peuvent manquer d’ouvriers. Il serait à craindre qu’avec le temps les nôtres ne se tinssent aux cures. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de nous excuser.

1926. — A JACQUES LE SOUDIER

De Paris, ce 25 septembre 1655

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Voilà notre frère Laurent (1) que nous envoyons pour voir la mortière et pour conférer avec vous de tous ces affaires. Vous savez la grâce que Dieu lui a donnée pour le. bien de la compagnie ! et son expérience au ménage. Je vous prie de suivre ses avis, comme nous faisons de deçà en semblables matières.

Je voudrais fort que l’on se pût accommoder avec la

Lettre 1926. — L. s — Dossier de Turin, original La fin, à partir des mots : Si les enfants est de la main du saint.

1) Probablement Laurent Hazart, né à Colombe (Hauute_Saône), entré le 10 août 1642, à l’âge de vingt et un ans, reçu aux vœux le 22 avril 1646.

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veuve en lui laissant la ferme à moitié de fruits, ou, si cela ne se peut, que son fils fît les labours et les autres travaux, en lui donnant certaine somme. Ce frère verra ce qui sera le plus expédient et la manière dont cela se fait. Si cette pauvre femme ne prend pas la ferme, il la faudra assister, car elle me fait grande compassion, et lui donner un écu par mois pendant quelque temps, soit qu’elle veuille demeurer avec son fils, ou se retirer à Montmirail, soit avec les Filles de la Charité, soit dans quelqu’autre maison.

Je viens d’apprendre qu’il y doit avoir neuf-vingts arpents de terre. Selon cela, il y en a d’aliénés ou d’usurpés plus que je ne pensais. Il faudra vous informer qui en sont les détenteurs, et cela secrètement, et ensuite lever une commission pour les faire assigner en désistement.

Vous m’avez mandé que vous aviez à me communiquer quelque chose de particulier ; c’est ce que j’attends.

J’ai donné au frère Laurent vos mémoires touchant l’estimation, afin qu’il voie si elle est juste ou trop déraisonnable. Voilà pour cela.

Quant aux missions, j’aurai l’honneur de voir ici Mgr le coadjuteur de Soissons (1), pour avoir la station de Montmirail, et écrirai à Sens pour celle de Joigny. Nous tâcherons de vous donner satisfaction au plus tôt pour le changement de ceux qui sont avec vous.

Si les enfants de cette pauvre femme ne sont pas en état de faire la ferme en qualité de vos serviteurs, auxquels vous [ne] sauriez que donner d’argent et de blé par an pour se nourrir, vous pourrez voir s’il se trou vera d’autres personnes qui voulussent et pussent entreprendre

2) Charles de Bourbon. Il devint évêque Soisson en 1656 après la mort de Simon Le Gras.

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cela, au cas que la bonne femme ne puisse entreprendre la chose à moitié.

Votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Nous tâcherons de vous donner satisfaction au plus tôt pour le changement de ceux qui sont avec vous.

Suscription : A Monsieur Monsieur Le Soudier, supérieur de la Mission, à Montmirail.

1927. —. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 25 septembre [1655} (1)

Mon très honoré Père,

Nous sommes pressées d’envoyer à Chantilly. Monsieur de la Hodde nous a donné avis de n’y pas renvoyer celle qui en est venue ; et en effet autant pour elle que pour celle qui y est restée, qui a besoin de grand exemple, si votre charité ne juge à propos, nous y en enverrons une autre.

Nous en avons une fort retenue, qu’il est bon d’ôter de Paris, à cause de l’importunité de ses parents, non pour crainte qu’elle perde sa vocation, y ayant longtemps qu’elle est en la compagnie, mais pour sa perfection. Si vous le treuvez bon, nous l’y enverrons. Je crois qu’elle y sera propre.

Notre dernière conférence fut le 8 août ; en pouvons-nous espérer demain une, mon très honoré Père, sans vous trop incommoder ? Votre charité nous le mandera, s’il lui plaît et si c’est sur l’explication des règles, touchant l’emploi de la journée, si nous nous préparerons sur le tout ou sur une partie de la journée (2)

Lettre 1927. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité,

1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire.

2) Saint Vincent alla donner chez les sœurs, le 29, sa conférence sur l’explication des règles communes.

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Votre bénédiction et réponse, mon très honoré Père, à votre très humble fille et très obligée servante.

L. de MARILLAC.

S’il plaît à votre charité se souvenir de Fontenay (3) ?

Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent

1928. — A UN PARENT (1)

Oseriez-vous refuser à tant de personnes qui s’en mêlent pour votre bien (2) ? Je ne le crois pas. Aussi votre âge et vos incommodités vous mettent hors d’état de soutenir les fatigues et les dépenses d’un si long procès ; et si vous aviez quelque espérance en mon secours, je vous déclare que je ne vous en donnerai aucun. J’aime mieux contribuer à votre salut, en vous conseillant cet accommodement pour vous mieux disposer à la mort, que de vous voir consumer tout vivant dans les embarras d’une longue et douteuse poursuite. J’espère que vous penserez sérieusement à tout ceci (3).

1929. — A ANTOINE PORTAIL, A TOUL (1)

29 septembre 1655..

Je vois les peines de corps et d’esprit que vous donnent

3) Fontenay-aux-Roses, où les Filles de la Charité avaient un établissement.

Lettre 1928. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XIX, p. 292.

1) Après avoir obtenu des lettres de révision d’un procès qui le condamnait aux galères, ce parent avait porté la cause devant le parlement de Paris, dans l’espoir que les démarches de saint Vincent en sa faveur le feraient acquitter.

2) Au début de sa lettre, le saint demandait à sont parent de consentir à des concessions pour arriver plus facilement à un accord.

3) Les conseils de Vincent de Paul ne furent pas écoutés.

Lettre 1929. — Reg. 2, p. 106.

1) Antoine Portail faisait la visite canonique de la maison de Toul.

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les visites du dehors. Le meilleur serait de n’en point faire du tout ; mais, comme vous dites, il y a des occasions où il est difficile de s’en dispenser. Pour moi, je me garde de visiter aucun évêque, s’il n’y a quelque nécessité, encore qu’ils m’aient fait l’honneur de me venir voir ; et j’en use ainsi pour n’être pas obligé de les voir tous.

1930. — A PLUSIEURS PRêTRES DE LA MISSION (1)

[Vers octobre 1655] (2).

Vous savez que votre santé sera en danger sous ce nouveau climat, jusqu’à ce que vous y soyez un peu accoutumés ; c’est pourquoi je vous avertis que vous ne vous exposiez point au soleil et que vous ne vous appliquiez pendant quelque temps à autre chose sinon à l’étude de la langue. Faites état que vous êtes devenus enfants et que vous apprenez à parler, et dans cet esprit laissez-vous gouverner par Monsieur [Mousnier], qui vous tiendra lieu de père, ou, à son défaut, par Monsieur [Bourdaise]. Je vous prie de les regarder en Notre-Seigneur et N-S. en eux. Et quand bien vous seriez privés de l’un et de l’autre, vous ne le serez pas de l’assistance particulière de Dieu, lequel a dit que, si la mère venait à oublier l’enfant sorti de son ventre, il en prendrait

Lettre 1930. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XI, sect. VI, p. 160.

1) Ces missionnaires, dit Abelly, "travaillaient ensemble sous un climat fort éloigné" ; on croirait plutôt, à la lecture de la lettre, qu’ils allaient se mettre en route ; et leur lieu de destination, nous le devinons, c’était Madagascar, pays brûlé par le soleil et de Communication si difficile que le saint ignorait si les deux prêtres qu’il y avait envoyés précédemment, Jean Mousnier et Toussaint Bourdaise, étaient encore en vie. Les destinataires ne peuvent être que Claude Dufour, Nicolas Prévost et M. de Belleville, qui s’embarquèrent à La Rochelle le 29 octobre 1655.

2) Voir note l.

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lui-même le soin. Combien plus devez-vous croire qu’il aura de bonté pour vous, mes chers Messieurs, et qu’il prendra plaisir de vous élever, de vous défendre et de vous pourvoir, vous qui vous êtes abandonnés à lui et qui avez établi toute votre confiance en sa protection et en sa vertu ! Or sus, Messieurs, entr’aimez-vous et vous aidez les uns les autres ; supportez-vous et vous unissez dans l’esprit de Dieu. qui vous a choisis pour ce grand dessein et qui vous conservera pour son accomplissement.

1931. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

1er octobre 1655.

Je loue Dieu de la bonne disposition de votre famille et de la vôtre en particulier. M. Bauduy (1) m’a écrit que la sienne dépérit à Marseille, et me demande d’aller passer six mois en son pays pour se remettre, comme si dans le reste du royaume il n’y avait pas un lieu propre pour sa santé. Les rois tombant malades dans leurs états n’en vont pas chercher d’autres pour se guérir, ni les évêques ne quittent pas leurs diocèses, ni les curés leurs paroisses, pour changer d’air, encore que celui de leur naissance leur fût peut-être meilleur. Je ne puis donc consentir qu’il aille en Auvergne, puisque nous n’y avons point de maison. S’il veut aller à Notre-Dame de la Rose, diocèse d’Agen, à la bonne heure, qu’il s’y en aille. M. Chrétien, qui en est le supérieur, le recevra volontiers, parce que je lui en écrirai ; et je vous prie de lui donner l’argent qu’il faudra pour ce

Lettre 1931. — Manuscrit de Marseille.

1) François Bauduy, né à Riom le 14 janvier 1623, reçu dans la congrégation de la Mission le 4 septembre 1648, ordonné prêtre le 3 septembre 1651.

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remèdes pour une petite incommodité, je lui écrirais ; faites-lui mes excuses et assurez-le que je le chéris tendrement et que je souhaite et demande à N.-S. qu’il pratique la leçon de N..-S. : Qui amat animam suam perdet eam, et qui odit inveniet eam ~

1932. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

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