Correspondance (page 47)
3 octobre 1655.
Je loue Dieu de ce que votre ordination est bien allée. Vous voyez comme ce divin Maître a suppléé au défaut du prêtre qui vous paraissait nécessaire, et qu’il ne faut jamais s’étonner quand les hommes sur lesquels nous comptions le plus viennent à nous manquer ; c’est alors surtout que Dieu fait son œuvre.
1933. — A PIERRE DE BEAUMONT, PRêTRE DE LA MISSION,
A RICHELIEU
Sur ce que vous vous êtes proposé de bien travailler à mortifier le propre jugement et la propre volonté de vos séminaristes, je vous dirai, Monsieur, que cela ne se peut pas faire tout d’un coup, mais peu à peu, avec douceur et patience. La mortification, non plus que les autres vertus, ne s’acquiert que par les actes réitérés, et encore moins celle de cette espèce, qui est la plus difficile
2) évangile de saint Jean XII, 25.
Lettre 1932. — Collet, op. cit., t. II, p. 101
Lettre 1933. — Reg. 2, p. 184.
1) Il était directeur du séminaire interne ou noviciat et faisait fonction de supérieur.
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Il faut donc se contenter d’y mener vos gens pas sans prétendre d’y arriver de longtemps, parce qu’il y a bien du chemin à faire, si ce n’est quand il plaît à Dieu de dispenser des voies ordinaires.
Oui, Monsieur, je suis d’avis que votre maison rende ses devoirs à Mademoiselle d’Orléans (2) quand elle sera à Champigny (3) que deux prêtres y aillent, ce sera assez, vous et un autre, et que vous lui disiez avec grand respect et modestie : "Mademoiselle, nous sommes deux prêtres de la Mission de Richelieu, qui avons reçu ordre de M. Vincent de venir faire la révérence à Votre Altesse, de lui offrir nos très humbles services et nos prières. C’est ce que nous faisons, Mademoiselle, avec tout le respect et la soumission que nous devons à Votre Altesse." Si elle vous parle, il la faudra écouter sans l’interrompre, et, selon les demandes qu’elle vous fera, lui faire vos réponses (4)
1934. — A JEAN CHRéTIEN, SUPéRIEUR, A LA ROSE
Du 3 octobre 1655
Je ne doute pas que votre humilité ne vous fasse fuir les charges et porter avec peine la supériorité que vous
2) Née à Paris, le 29 mai 1627, de Gaston d’Orléans, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, dite la Grande Demoiselle, joua un rôle actif pendent les troubles de la Fronde. Elle a écrit des mémoires, esquissé des portraits et composé des romans. Elle mourut à Paris le 5 avril 1693.
3) Champigny-sur-* Veude, près de Richelieu.
4) Collet signale (op. cit., t. II, p. 270) une lettre, du 3 octobre 1655, dans laquelle le saint dit que l’égalité d’esprit est une vertu particulière, un état qui suppose l’assemblage d. e toutes les vertus, un rayon, un rejaillissement qui se fait au dehors, de ! a paix et de la beauté du dedans. N’aurait-il pas en vue la lettre à Pierre de Beaumont, dont nous n’avons plus qu’un extrait ?
Lettre 1934 — Reg 2, p 265
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exercez ; mais je sais aussi la soumission que vous avez au bon plaisir de Dieu, qui vous impose ce fardeau et qui fait que je vous prie de sa part de le porter quelque temps. J’espère qu’il bénira votre conduite à La Rose, comme il a fait ailleurs, et je l’en prie de tout mon cœur. Vous ne devez point appréhender la difficulté de la langue ; Notre-Seigneur vous la rendra bientôt aisée et familière, pour peu que vous y fassiez attention. Et quant aux actions publiques, prêchez hardiment. Je suis assuré qu’en observant notre méthode, vous le ferez fort bien et utilement ; vous avez vocation pour cela et de la part de Dieu et du côté de Monseigneur d’Agen (1) Reste à vous animer de zèle et à vous confier en la grâce de Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre…
1935. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 3 octobre [1655] (1)
Mon très honoré Père,
Notre sœur Françoise, la jardinière, a toujours continué le renouvellement de ses vœux, qu’elle fit y a demain, jour de saint- François, six ans. Elle supplie votre charité lui accorder de faire la même chose en ce jour de sa fête, et pour cela nous faire la charité de nous avertir de l’heure que vous direz la sainte messe. Quoique ce ne soit pas à l’église, elle y fera attention, l’entendant à même temps.
Permettez-moi, mon très honoré Père, vous demander des nouvelles de votre santé et votre bénédiction et pour nos sœurs particulièrement celle qui, pour sûreté de son salut demande à se donner à Notre-Seigneur, et moi de vous supplier, pour son saint amour, de vouloir me donner l’aide dont devant lui votre charité croit que j’ai besoin, étant, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.-
L. DE M.
Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent.
1) Barthélemy d’Elbène (1638.-1663).
Lettre 1935. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date ajoutée au dos de l’original par le secrétaire.
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1936. — A MARC COGLéE
De Paris, ce 6e octobre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres, des 16 et 27 septembre. la première regarde Mademoiselle de Neufville. Il y a longtemps que nous n’avons fait d’assemblée, à cause de l’absence des principales dames, et ainsi je n’ai pu parler du sujet de votre lettre. Je vous prie de m’en faire une autre, qui soit courte et qui fasse néanmoins entendre le mérite et l’état de la personne, les biens qu’elle a faits et qu’elle peut faire, ses besoins et ses intentions présentes, etc. ; dire, par exemple, qu’il y a tel temps que la Providence la mena à Sedan, qu’elle s’est appliquée depuis à l’instruction des filles catholiques, retirant chez elle celles de la religion prétendue, quand elles se veulent convertir ; que pour cela elle a acheté et meublé une maison, ne s’étant réservé pour son entretien que 300 livres de rente ; mais à présent qu’elle est avancée en âge, obligée d’avoir avec elle deux personnes, tant pour l’assister en ce bon œuvre que pour la soulager en ses infirmités, elle ne peut subsister de cela, ce qui la fait résoudre de se retirer et de vendre ladite maison ; que pour éviter ce grand mal, il est à souhaiter que Dieu suscite quelques gens de bien qui lui donnent moyen de soutenir la dépense où cette entreprise et son état présent l’engagent ; qu’il y va de peu de chose, puisque deux ou 300 livres suffiront avec ce qu’elle a (vous mettrez la somme que vous jugerez à peu près nécessaire, et non davantage, car on se rebute du trop demander) ;
Lettre 1936 — L a — Dossier de Turin, original
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que, moyennant cette assistance, pendant le peu de vie qui reste à cette demoiselle, elle laissera à jamais sa maison et ses meubles pour continuer le dessein qu’elle a commencé, et même une nièce qu’elle y a élevée, qui fera après sa mort ce qu’elle lui voit faire, étant résolue de se donner à Dieu pour cela, et qui pourra subsister des cent écus qu’elle laissera, etc. Vous ferez la lettre de la manière qu’il vous plaira, pourvu qu’elle se puisse montrer, qu’elle soit pressante, succincte et nette. En voilà le sens.
Mais ne pouvez vous pas assister cette pauvre bonne demoiselle sur les 1.200 livres que nos dames vous font donner par an, lui donnant 15 ou 20 livres par mois ? Car je crains que je ne puisse pas lui procurer d’autre soulagement ; les bourses sont fort resserrées de deçà, et la charité refroidie. Je ne laisserai pas d’en parler aux occasions (1).
Nous tâcherons de vous envoyer un frère. Je ne puis vous dire si ce sera François Prévost (2), que l’affaire de son pays ne soit vidée. Il a écrit pour cela, et moi aussi.
J’ai fait ici réponse à la lettre du R. Père gardien du couvent de Charleville touchant un écolier.
1) Pour détourner les familles catholiques pauvres de Sedan d’envoyer leurs filles dans les écoles protestantes, Louise de Malval, dame de Neufville, avait établi dans cette ville une école gratuite, qui passa, après sa mort, sous la direction de sa collaboratrice Mademoiselle de Mutigny. Elle avait fondé de plus un pensionnat, où des jeunes filles apprenaient à lire et à écrire, se formaient aux travaux manuels et surtout aux bonnes mœurs et où trouvaient asile les femmes qui voulaient abjurer l’hérésie. Trois personnes vertueuses, Suzanne Baillif, Jeanne Tonnelier et Madeleine Vernier, continuèrent son œuvre Elles firent venir de Metz sept filles de la Propagation de la Foi, auxquelles elles s’unirent. La petite communauté, dont Mademoiselle Marie Foucault fut la première supérieure, prit à sa charge la classe gratuite de Mademoiselle de Mutigny après la mort de cette dernière.
2) François Prévost, né à Eu (Seine-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission le 6 mars 1647, à l’âge de vingt-six ans, reçu aux vœux le 4 novembre 1655.
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Nous n’avons rien de nouveau que nos retraites, lesquelles je recommande à vos prières, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur des prêtres de la Mission, à Sedan.
1937. — A UN SUPéRIEUR
Vous me parlez de commencer votre bâtiment ; ô Jésus ! Monsieur, il n’y faut pas penser pour le présent ! C’est une grande miséricorde que Notre-Seigneur a faite à la compagnie, de lui donner le logement tel qu’il est, en attendant qu’il plaise à sa divine bonté de nous envoyer du secours. Quant aux inconvénients que vous m’alléguez, ne pouvant faire autrement, nous n’en serons pas la cause. Et puis ce procédé me semble avoir quelque rapport à la conduite de Dieu sur son peuple, ayant permis un grand désordre par plusieurs siècles et la perdition d’une infinité d’âmes, pour mettre un ordre tout divin et les sauver tous par la venue, la vie, la passion et la mort de son Fils, lequel il a envoyé au temps qu’il a vu son peuple plus disposé à le recevoir par tant de semonces, de prophéties et de souhaits du côté du peuple. Si c’est en moi une fausse vue, je m’en rapporte ; et si vous m’en donnez une meilleure, je la prendrai de bon cœur.
Lettre 1937. — Reg. 2, p. 144. La lettre est adressée "à un supérieur qui voulait bâtir sans avoir de quoi et demandait que la maison de Saint-Lazare y contribuât, disant que, faute de cela, on omettait à faire beaucoup de bien, et que même cela faisait du mal, vu que les particuliers se déréglaient et dégoûtaient, étant pauvrement logés"
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1938. — A FRANçOIS VINCENT, PRêTRE DE LA MISSION A GèNES
Du 8e octobre 1655.
J’ai reçu plusieurs lettres de vous depuis votre départ et une grande consolation de votre heureuse arrivée à Gênes, de laquelle je rends grâces à Dieu, comme d’une grâce que nous lui avons instamment demandée et qui devait précéder celles qu’il vous prépare. Nous le prions qu’il vous en remplisse, pour l’accomplissement des desseins qu’il a sur vous au lieu où vous êtes et dans les emplois où vous allez entrer ; que vous soyez comme un moyen d’union dans la maison, comme un exemple vivant de la règle et un sujet de joie et d’édification à ceux qui vous verront, et que chacun reconnaisse en vous comme doit être fait un vrai missionnaire Ce sont les souhaits de mon cœur et l’espérance que j’ai conçue de la bonté du vôtre, que le mien chérit tendrement.
1939. — A CHARLES OZENNE
[8 octobre 1655] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici deux ordinaires que je n’ai point reçu de vos let-
Lettre 1938. — Reg. 2, p. 334.
Lettre 1939. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Sur l’original, la date a disparu avec le haut de la page, rongé par l’humidité ; mais le contenu nous permet de la deviner. La lettre a été écrite pendant le séjour de Charles Ozenne à Cracovie (24 septembre 1655 - 17 décembre 1655 ; cf. Lettres 1924 et 1976), alors que le saint faisait sa retraite annuelle (fin septembre ou début d’octobre) et était privé depuis quinze jours des nouvelles de Charles Ozenne, par suite une semaine avant la lettre 1942, qui est du 15 octobre.
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affaires, j’en ai une grande affliction, et plus grande que je ne puis vous dire. Je ne laisse pas de vous écrire toutes les semaines pour tâcher de vous exprimer ma douleur, et par vous à la reine, pour la peine où elle se trouve ; ensemble les prières que nous faisons sans cesse à Dieu, à ce qu’il ait agréable de bénir les armes du roi et de protéger le royaume ; ce que j’espère qu’il fera ; et bien que les faux bruits qui courent de deçà, que nous ne croyons pas, dussent donner quelque diminution à cette espérance, je la sens néanmoins tout entière. La France a été deux ou trois fois sur le point d’un bouleversement irrémédiable, en sorte que le roi n’avait une fois qu’une seule ville qui lui fut soumise ; et il n’y a que deux ou trois ans que nous avons vu trois armées aux environs de Paris, le roi chassé et tout le royaume quasi révolté. Tout est néanmoins revenu au premier point, et jamais le roi ne fut plus absolu. Dieu permet quelquefois ces grandes agitations qui ébranlent les états les plus fermes pour faire ressouvenir les souverains de la terre qu’ils relèvent de sa royauté et qu’ils [ne] sont pas sans dépe[ndance, no]n (2) plus que leurs propres sujets ; mais, cela fait, il les rétablit ; enfin il abaisse et relève quand il lui plaît et qui bon lui semble (3). C’est à nous d’adorer ses conduites et de nous confier en sa bonté.
écrivez-nous l’état des choses tant que vous pourrez ; si la voie ordinaire vous manque, vous n’aurez qu’à vous servir de celle de Vienne en Autriche ; car j’ai vu dans la carte que vous n’en êtes éloigné que de cinquante
2) L’original est en cet endroit rongé par l’humidité.
3) Ce passage est à rapprocher de l’exorde de l’oraison funèbre de Henriette de France par Bossuet, disciple de saint Vincent ; la ressemblance est frappante.
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lieues. La reine ne manquera pas d’occasions pour écrire en France, et ainsi j’espère que vous nous consolerez de vos chères nouvelles.
Dieu veuille bénir et consoler votre petite famille ! Je l’embrasse avec toute l’humilité et la tendresse que je le puis, particulièrement votre chère âme. Nous n’avons rien de nouveau de deçà que je ne vous aie déjà mandé. Je commençai hier ma retraite, qui m’empêchera de rendre mes devoirs à M. Conrard sur son départ, qu’on m’a dit devoir être demain. Celui de M. des Noyers a été si subit que je n’ai pu avoir l’honneur de le voir auparavant. Il est vrai que j’ai été deux ou trois fois chez lui sans avoir eu le bonheur de le rencontrer, non que j’eusse pour lors dessein de prendre congé de lui, ne sachant pas qu’il dût s’en aller si tôt, mais c’était pour lui témoigner mon affliction de l’état des a[ffaires de Polo]gne [et lui faire connaître les] (4) obligations que nous avons à Sa Majesté.
Derechef je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre lumière et votre force en tous les accidents de cette vie, vous assurant que je serai, dans le temps et dans l’éternité, avec la grâce de Dieu, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
ind. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Cracovie.
4) Passage rongé par l’humidité.
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1940. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT.
Veille saint Denis [8 octobre 1655] (1)
Mon très honoré Père.
Je supplie très humblement votre charité me permettre lui recommander le besoin que mon fils a de ses prières pour obtenir de Notre-Seigneur, par les mérites des opprobres et injures qu’il a entendues en sa vie humaine la guérison de sa surdité, si cette demande n’est point contraire à son absolue volonté.
Je ne la souhaite point qu’avec la grâce qu’il fasse une forte résolution de ne point souffrir que Dieu soit offensé en sa petite famille. Le bon frère Fiacre lui a promis de commencer demain, jour saint Denis, une neuvaine à la sainte Vierge. Il m’est venu en pensée de vous demander permission, mon très honoré Père, de communier tous les jours et faire quelqu’autre bonne action chacun de ces jours, pourvu que la dureté de mon cœur ne me le doive point empêcher. Votre volonté sur cela s’il vous plaît.
L’exercice de nos sœurs officières paraît bien aller, Dieu merci. Nous commençâmes mardi notre petit conseil sur le sujet du retour de nos sœurs de Nantes, la manière de les recevoir, et proposâmes qui nous devrions envoyer à Chateaudun. Mais l’incertitude d’y devoir appeler la sœur dépensière, à cause du peu de temps qu’elle est à la compagnie, pour ne point faire murmurer, nous en empêcha.
Nous avons grand besoin de vos ordres et saintes conduites en toutes choses pour la perfection de l’œuvre qui paraît commencer à se former. J’espère que la bonté de Dieu vous l’inspirera et nous donnera les dispositions à vous obéir, puisque sa volonté a été que je sois, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante.
L. de M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 1940. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Le frère Ducournau a marqué l’année au dos de l’original.
2) Dans les lettres qui suivent, il ne sera plus fait mention de Michel Le Gras. Le fils de Louise de Marillac cessa d’être bailli de Saint-Lazare en 1656 à cause de sa surdité Il mourut subitement en février 1696 dans sa 83e année.
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1941. — A UN PRêTRE DE LA MISSION,
PROFESSEUR AU SéMINAIRE DE SAINTES.
10 octobre 1655.
J’ai reçu une grande joie de votre lettre, encore que vous me l’ayez écrite dans un sentiment de peine, parce que j’y vois la candeur de votre esprit et quelque chose de Dieu, qui se plaît à vous exercer. Ceux qui vous ont donné la pensée que vous n’êtes pas propre pour la conduite du séminaire ne vous connaissent pas comme je vous connais ; et pour avoir vu quelque séminariste peu disposé à profiter de vos leçons, il ne s’ensuit pas que les autres ne vous estiment et ne s’avancent sous votre direction. Il y a certaines personnes si mal faites que, quand elles auraient un saint Thomas pour les élever, il n’empêcherait pas qu’elles ne fissent voir ce qu’elles sont. Je vous prie de ne vous pas étonner de l’indiscrétion de quelques-uns ; comme tout change, Dieu vous ôtera ces esprits fâcheux et vous en donnera d’autres plus dociles et plus affectionnés à leur profession, qui feront bon usage de vos bons exemples et de vos instructions. Continuez, s’il vous plaît, de les leur donner, pour le moins jusqu’à l’arrivée du visiteur, à qui vous direz tout ; et alors, s’il trouve à propos de vous décharger de cet emploi, nous vous en donnerons un autre. Dieu merci, nos occupations sont diverses, et je ne manque pas de désir de vous donner toute satisfaction.
Lettre 1941. — Reg. 2, p. 334.
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1942. — A CHARLES OZENNE.
De Paris, ce 15 octobre 1655.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici trois semaines passées que je n’ai point reçu de vos lettres. Je ne laisse point de vous continuer les miennes par tous les ordinaires, afin qu’il ne tienne pas à moi que vous ne soyez consolé de nos nouvelles, et, si Dieu permet qu’elles vous soient rendues, que vous soyez assuré de nos prières pour le roi, la reine, le royaume, votre personne et votre famille. Nous entendons divers bruits qui nous tiennent entre la crainte et l’espérance. Pour moi, quand je pense à la piété de Leurs Majestés et aux prières que toute l’église fait à Dieu pour prendre en protection leurs états et la religion, je ne puis douter que cela n’advienne ; et, quelque chose que l’on dise, j’espère, contre l’espérance même, que la justice de leurs armes prévaudra sur la force et l’iniquité des adversaires. C’est à cette fin que j’ai recommandé ce matin à la compagnie de renouveler ses prières et redoubler ses mortifications ; à quoi il semble qu’elle se porte d’elle-même, tant le sujet en est important et tant elle s’y sent obligée par les bienfaits de la reine. Je vous prie d’assurer de cela Sa Majesté, ensemble de la continuation invariable de nos prières et de nos obéissances.
Mon Dieu ! Monsieur, que je serai en peine jusqu’à ce que je reçoive de vos lettres par lesquelles j’apprenne l’état des affaires et de la compagnie ! Je vous plains
Lettre 1942 - L. s. — Dossier de Cracovie, original.
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certes, sachant que votre cœur charitable ne souffre pas seulement sa propre peine, mais encore celle des autres. Plaise à Dieu de vous fortifier dans ces accablements, de vous illuminer en vos doutes et de vous faire arriver heureusement au point où la Providence veut conduire votre petite barque. Confiez-vous fort en sa conduite, et excitez vos gens à cette confiance dans les agitations présentes ; la tempête cessera, et le calme sera plus grand et plus agréable que jamais.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. La compagnie va toujours son petit train, et chacun se porte bien, excepté M. Le Gros, qui, faisant les visites de nos maisons de Gascogne, est tombé malade à Montauban et n’est pas sans danger. Priez pour nous, s’il vous plaît. Je vous dirai d’autres nouvelles quand j’aurai plus d’assurance que mes lettres vous sont rendues.
Je suis cependant à la vie et à la mort, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Depuis la présente écrite, qui fut hier, l’on nous a mandé, et le bruit court que le roi a battu le roi de Suède et pris sa personne prisonnière, et ce bruit est commun à Paris (1) 0 Monsieur, que je prie Dieu de bon cœur qu’il bénisse de plus en plus le roi et la reine et leur royaume !
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Cracovie.
1) Le bruit était faux
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1943. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
16 octobre 1655.
L’avanie qu’on a faite à M. Le Vacher, a Tunis (1), se doit payer par une pièce d’étoffe ; je vous prie de la faire acheter et de la lui faire tenir au plus tôt, telle que vous savez qu’il la faut. N’y mettez pas davantage de 200 livres.
1944. — AU MARQUIS DE PIANEZZE.
10 octobre 1655.
Monseigneur,
Selon votre ordre, nous vous envoyons quatre de nos prêtres. Ils sont tels qu’avec la grâce de Dieu ils pourront rendre quelque petit service à Notre-Seigneur à l’égard du pauvre peuple de la campagne et de l’état ecclésiastique ; mais, pour le faire utilement, il importe, Monseigneur, que, conformément à nos règles et à notre usage, ils ne prêchent ni confessent dans la ville de Turin ni en d’autres épiscopales, si ce n’est les ordinands, les exercitants et les séminaristes, quand il y aura un séminaire ecclésiastique, et surtout, Monseigneur, qu’ils ne soient point employés à l’assistance des religieuses ; car ce seraient là des empêchements comme essentiels à évangéliser les pauvres gens de la campagne dans l’esprit de Notre-Seigneur.
Lettre 1943 — Manuscrit de Marseille
1) Chassé de Tunis par le bey sous prétexte qu’il empêchait les esclaves chrétiens de se faire turcs, Jean Le Vacher s’était retiré à Bizerte. Grâce à l’intervention du consul, il put rentrer à Tunis après un mois. Pour remercier le bey de sa clémence, il désirait lui offrir une pièce d’étoffe. (cf. 1. 1990
Lettre 1944. — Reg 2, p. 68.
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Vous trouverez beaucoup de défauts en ces pauvres missionnaires. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de les supporter, de les avertir de leurs manquements et de les corriger, comme un bon père ses enfants. Je vous transfère le pouvoir que Dieu m'a donné pour cela. Plût à Dieu que je fusse en lieu de me prévaloir de l'avantage qu'ils auront de vous approcher, Monseigneur, et de profiter des paroles de la vie éternelle qui sortent de votre bouche, et de tant de bons exemples que votre vie donne à tout le monde ! J'en espérerais quelque secours pour amender la mienne et en devenir à meilleur titre votre...
1945. —A JEAN MARTIN
De Paris, ce 22e d'octobre 1655.
Monsieur,
La grâce! de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Plaise à sa bonté infinie que la présente vous trouve à Lyon en bonne disposition et bien satisfait de votre voyage (1) ! Depuis votre départ, il nous est survenu un affaire où il est expédient que M. Deheaume (2) soit appliqué, et qui nous a obligé de vous destiner M. Planchamp (3) à sa place. Le voilà donc qui va partir avec le messager de Lyon, où il pourra arriver aussitôt que vous.
Lettre 1945. — L. s. —Dossier de Turin, original.
1) M. Martin. était envoyé à Turin pour y diriger l'établissement fondé par le marquis de Pianezze.
2).Pierre Deheaume, né a Sedan le 20 août 1630, entré dans la congrégation de la Mission le 8 octobre 1646, reçu aux voeux en 1651 placé à Turin, puis à Annecy (1656) ; il dirigea la maison de Marseille de 1662 à 1655 et celle de Toul de 1667 à 1669.
3).Jean-Jacques Planchamp, né à Mionnay (Ain) le 8 décembre 1627, ordonné prêtre en 1651, entré dans la congrégation de la Mission le 29 avril 1655, reçu aux vœux à Turin le 12 mai 1657. Il quitta la compagnie en 1659.
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C'est un fort bon prêtre, duquel vous tirerez service et consolation, avec l'aide de Dieu. J'en écris à Mgr le marquis de Pianezze comme d'un bon sujet, pour le lui faire agréer, nonobstant sa cécité. Je lui ai déjà écrit pour lui donner avis que vous êtes en chemin, et voici un mot pour M. Deheaume, afin qu'il attende à Lyon (1), où nous avons besoin de lui. Vous lui ferez donner (5), s'il vous plaît, l'argent qu'il faudra pour son secours (6) par M. Delaforcade.
Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il ait agréable de vous continuer sa protection et d'être lui-même votre conduite dans le dessein du voyage, aussi bien que dans le voyage même. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous prie de me mander en diligence ce que vous aurez fait avec M. le grand vicaire et M. Charrin (7).
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Lyon.
1946. —A JEAN MARTIN
De Paris, ce 22e d'octobre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais!
La présente est pour vous adresser celle que je me
4) Première rédaction : afin qu'il s'en aille Les mots attende à Lyon sont de la main du saint.
5) Première rédaction : vous lui donnerez. Le mot ferez est de la main du saint.
6) Les mots son secours sont de la main du saint.
7) Voir la lettre 1917.
Lettre 1946. — L . s. — Dossier de Turin, original La première
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donne l'honneur d'écrire à Mgr le marquis de Pianezze au sujet de votre voyage, et pour vous dire que depuis votre départ il nous est arrivé un affaire qui requiert que M. Deheaume vous quitte à Lyon et qu'il y demeure quelques jours jusqu'à ce que je lui mande le lieu où Notre-Seigneur l'appelle. Nous vous envoyons à sa place M. Planchamp, qui est un fort bon prêtre, qui est parti ce matin avec le messager pour vous aller joindre à Lyon, et qui vous porte une de mes lettres, et à M. Deheaume une autre. J'espère que vous et lui adorerez la conduite de Dieu en ce changement imprévu et qu'elle trouvera en vos cœurs un prompt et amoureux acquiescement. Je l'en prie de toute mon affection, comme aussi de vous conserver et de vous bénir pour accomplir les desseins qu'il a sur vous, à qui je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Lyon.
1947.— A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GENES
A propos des vœux, il a donc plu à Dieu et à notre Saint-Père le Pape d'approuver ceux que nous faisons ; j'en ai reçu le bref (1), et nous l'avons offert à Notre-Sei-
phrase de cette lettle indique pourquoi saint Vincent l’a écrite ; elle ne contient rien de plus que la lettre 1945, partie le matin du même jour.
Lettre 1947. — Reg. 2, p. 16.
1).Le Bref Ex commissa, du 22 septembre 1655 (Acta apostolica in gratiam Congregationis Missionis, p. 16), confirmait et approuvait
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gneur comme un ouvrage de sa main. M. Jolly vous en doit envoyer une copie authentique, laquelle je vous prie de présenter à Monseigneur le cardinal Durazzo, comme un effet de ses prières et de ses recommandations Quant à la dépendance des évêques, je vous puis assurer que je n'ai aucunement contribué à lui faire donner l'explication portée par ledit bref (2); je n'en ai écrit ni paré de près ni de loin ; cela s'est fait par ces messieurs que le Pape a députés, qui ont jugé convenable de la coucher dans le sens qu'elle est. Or vous savez que la volonté de Dieu ne peut nous être mieux connue dans les événements que quand ils arrivent sans nous, ou autrement que nous ne les demandions. Toujours est-il vrai que Messeigneurs les évêques ont un pouvoir absolu sur nous pour toutes nos fonctions extérieures, et aussi bien pour les séminaires et les ordinations que pour les missions.
1948. —- A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
22 octobre 1655.
Nous avons reçu le bref portant approbation de nos vœux, grâces à Dieu. C'est à lui que nous en avons la principale obligation, étant vrai que sans une spéciale conduite de sa part il nous eût été impossible de surmonter les difficultés. C'est lui qui de sa grâce a dis-
l’usage déjà élabli dans la congrégation de la Mission d’émeltre les vœux simples de pauvreté, chasté, obéissance et stabilité après deux ans de probation, en vue de travailler jusqu’à la mort au salut des pauvres gens des champs, et ajoutait que seuls le Souverain Pontife et le supérieur général pouvaient en dispenser
2).Le bref exemptait les missionnaires de la juridiclion des ordinaires en tout sauf pour les fonctions extérieures, et les déclarait nonobstant ce privilège, du corps du clergé séculier.
Lettre 1948. — Reg. 2, p. 15.
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posé Nosseigneurs les cardinaux, les docteurs et les autres qui ont contribué au succès de cette affaire, et le Pape même, à nous favoriser dans ce dessein pour l'affermissement de la compagnie. C'est lui aussi, Monsieur, qui vous a choisi pour être le promoteur et comme l'âme de cette poursuite; il vous en a donné ici les mouvements, et il a béni de delà votre conduite d'une manière en quelque façon admirable, ayant même surpassé notre espérance. Que sa divine bonté en soit donc à jamais glorifiée, qu'elle soit votre récompense des peines que vous y avez prises, et qu'elle-même vous fasse connaître la reconnaissance que j'en ai !
Je vous remercie de ce que vous me mandez touchant la dépendance des évêques. Nous nous en tiendrons à cela, puisque la volonté de Dieu nous est connue par ce bref. Je mande à M. Blatiron que l'explication de cette dépendance, au sens qu'elle est couchée, a été faite par ces Messieurs les docteurs à Nosseigneurs les députés sans que j'en aie écrit ni parlé. C'est pour lui ôter la difficulté qu'il y trouve, dans la pensée qu'il a que cela vient de nous et que Nosseigneurs les évêques en seront choqués. J'estime aussi qu'ils n'auront pas sujet de l'être, ayant, comme ils ont, un pouvoir absolu sur toutes nos fonctions extérieures.
1949. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 22 octobre [1655] (1)
Mon très honoré Père,
S'il plaît à votre charité prendre la peine de voir ces lettres, craignant qu'elles ne soient contraires à celles qu'elle écrit ? Ma sœur de St-Albin est en grande peine de l'affaire dont
Lettre 1949. —L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1).Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.
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elle vous a parlé, et dit ne se pouvoir résoudre d'en rien dire à Monsieur Portail et de n'attendre pas même son retour pour donner ordre et tirer un enfant d'une mauvaise mère. Peut-être voudrait-elle bien, avant quitter l'habit des Filles de la Charité, se défaire de cela, pour faire croire facilement que c'est une charité qu'elle fait. Mais je crains la suite. Ordonnez, Monsieur, s'il vous plaît, ce que nous ferons.
Je crois que ma petite fièvre n'est causée que de ma mauvaise rate qui durcit et me couvre une partie de l'estomac. Si c'est la clef pour bientôt sortir de ce monde, j'ai bien besoin d'apprendre à m'y préparer. C'est ce que j'attends de votre charité pour ne point faire naufrage au port de ma navigation entièrement par sa conduite et l'ordre de la divine Providence, comme vous savez que je suis, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obéissante servante
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1950. —A DONAT CRUOLY, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 27 octobre 1655.
Je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, de ne point penser d'avoir un cheval, pour les inconvénients arrivés aux maisons où il y en a eu. Je sais bien que je donne ce mauvais exemple ; mais Dieu sait la confusion et la peine que je souffre de ne pouvoir faire autrement. Je sais aussi que, s'il y a maison dans la compagnie qui doive avoir un cheval à selle, c'est la vôtre, pour la quantité de fermes et d'affaires qu'elle a ; mais à cause de la conséquence que les autres maisons en pourraient tirer, il est nécessaire, Monsieur, que la vôtre s'en passe, pour leur ôter ce prétexte. Il y a eu des supérieurs qui, ayant un cheval à l'écurie, prenaient sujet de s'aller promener, de faire des visites et de perdre du temps à négocier au dehors des affaires peu ou point utiles, négli-
Lettre 1950. — Reg. 2, p. 133.
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geant ainsi l'intérieur de leurs familles, qui murmuraient de ces absences fréquentes et du scandale qui en arrivait. J'espère qu'après cela vous agréerez la privation d'une telle commodité, pour continuer à vous servir de chevaux de louage, quand il y aura nécessité d'en prendre.
1951.—A UN PRêTRE DE LA MISSION
Béni soit le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vous a si suavement et si fortement inspiré la mission que vous avec entreprise pour la propagation de la foi ; et béni soit le même Seigneur, qui non seulement est venu au monde pour racheter les âmes que vous allez instruire, mais encore pour vous mériter les grâces qui vous sont nécessaires, afin de procurer leur salut et le vôtre ! Puis donc que ces grâces-là vous sont toutes préparées et que le bon Dieu, qui les donne, ne désire rien tant que d'en faire largesse à ceux qui s'en veulent bien servir, à quoi tiendra-t-il que vous n'en soyez rempli et que par leur vertu vous ne détruisiez en vous les restes du vieil homme, et dans ce peuple les ténèbres de l'ignorance et du péché ? Je veux espérer que de votre côté vous n'y épargnerez ni les travaux, ni la santé, ni la vie ; c'est pour cela que vous vous êtes donné à lui et exposé au péril d'un long voyage ; et partant il ne reste plus sinon que vous preniez une forte résolution de mettre tout de bon la main à l'œuvre. Or, pour bien commencer et pour bien réussir, souvenez-vous d'agir dans l'esprit de Notre-Seigneur, d'unir vos actions aux siennes et de leur donner une fin toute noble et toute
Lettre 1951. -—Abelly, op cit., 1. III, chap. X, p. 100
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divine, les dédiant à sa plus grande gloire ; moyennant quoi, Dieu versera toute sorte de bénédictions sur vous et sur vos œuvres ; mais il arrivera peut-être que vous ne les verrez pas, au moins dans toute leur étendue; car Dieu cache quelquefois à ses serviteurs les fruits de leurs travaux, pour des raisons très justes ; mais il ne laisse pas d'en faire réussir de très grands. Un laboureur est longtemps avant que de voir ceux de son labour, et quelquefois il ne voit point du tout la moisson abondante que sa semence a produite. Cela,même est arrivé à saint François Xavier, lequel n'a pas vu de son temps les fruits admirables que ses saints travaux ont produits après sa mort, ni les progrès merveilleux qu'ont eus les missions qu'il avait commencées. Cette considération doit tenir votre cœur fort au large et fort élevé en Dieu, dans la confiance que tout ira bien, quoiqu'il vous semble le contraire.
1952.—A EDME JOLLY,SUPéRIEUR,A ROME
29 octobre 1655.
Nous avons proposé le bref de notre Saint-Père à la famille de céans, tant aux prêtres qu'aux clercs et frères coadjuteurs, auxquels je fis entendre comme il a plu à Dieu de donner à la compagnie, dès le commencement, le désir de se mettre dans l'état le plus parfait qu'elle pourrait, sans entrer en celui de religion ; qu'à cet effet nous avions fait des vœux pour nous unir plus étroitement à Notre-Seigneur et à son église, et le supérieur de la compagnie à ses membres, et les membres au chef ;
Lettre 1952. —Reg 2, pp. 16, 56.
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que ce fut dès la 2e ou 3e année (1) ; que ces vœux de pauvreté, etc., étaient simples, et que nous les renouvelâmes deux ou trois ans de suite ; qu'enfin nous en avions fait une règle, qui avait été approuvée par Monseigneur l'archevêque de Paris (2) et que nous les fîmes ensuite ensemblement ; mais qu'à peine eûmes-nous fait cela, que le murmure commença par quelques-uns de la compagnie, qui se répandit au dehors ; ce qui nous donna sujet d'assembler les principaux docteurs de Paris, et leur ayant proposé,si nous avions pu faire ce que nous avions fait, ils furent d'avis de l'affirmative. En suite de quoi nous fîmes une assemblée ici des principaux supérieurs et de quelques anciens de la compagnie (3), et entre autres choses, nous y traitâmes du même sujet ; et ayant été de l'avis des docteurs, ils estimèrent que nous devions continuer, nonobstant les difficultés qui s'y rencontraient au dedans et au dehors. Mais, comme l'esprit malin, qui contredit toujours les œuvres de Dieu, ne se rend qu'à l'extrémité, les mêmes difficultés continuèrent et augmentèrent, ce qui nous obligea derechef de voir les mêmes docteurs et de savoir s'ils étaient dans les mêmes sentiments, en suite des difficultés qu'on faisait de nouveau ; et, persévérant dans leurs premières opinions, ils nous les donnèrent par écrit ; et trois Jésuites des plus considérables signèrent aussi le même avis ; ce qui n'eut pourtant pas la force d'arrêter les esprits. Nous fîmes une seconde assemblée des principaux supérieurs de la compagnie (4), entre lesquels étaient ceux de Rome et de Gênes et les anciens de la même compagnie, lesquels fu-
1) Le 9 septembre 1629, d'après le coutumier manuscrit de la paroisse de Fontainebleau. (Arch. du presbytère.)
2).Le 19 octobre 1641.
3).En octobre 1642.
4).En juillet-août 1651
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rent d'avis, comme la première fois, qu'il fallait continuer. Mais la contradiction ne cessant pas pour cela, nous nous sommes trouvés obligés de recourir à l'oracle de la volonté de Dieu, qui nous avait donné un bref par lequel il confirme nosdits vœux en la manière que nous les avons faits. Ayant dit ces choses à la communauté assemblée, nous lui avons ensuite fait faire lecture dudit bref en latin et en français, et je leur demandai à tous s'ils avaient agréable de le recevoir et de s'y soumettre ; lesquels déclarèrent tout haut qu'ils le voulaient bien et qu'ils en rendaient grâces à Dieu et à notre Saint-Père. Après quoi, ils en ont tous signé un acte qui contient à peu près ce que je viens de dire et la copie du bref. Et le tout a été reconnu par deux notaires (5).
Nous avons agité avec nos prêtres anciens qui ont été à Rome, par deux diverses fois, l'achat de Saint-Jean-Mercatelli, et plusieurs d'entre eux ont fait l'oraison sur ce sujet, savoir s'il est expédient d'entendre à traiter de cette maison ; enfin la résolution est allée à l'exclusion, à cause de la cure qui y est attachée, et qu'en la desservant ce serait un acte formellement contraire à notre règle, qui nous éloigne d'un tel emploi dans les villes ; et cela dans Rome, qui servirait de prétexte à l'avenir d'en faire de même partout et de se contenter de cet emploi seulement, laissant celui d'aller chercher les pauvres âmes pécheresses à la campagne, l'esprit italien, à ce qu'on dit, n'aimant pas tant la fatigue ; ce qui serait un grand dommage et un sujet de perversion de l'esprit que Notre-Seigneur a mis dans la compagnie. Demeurons-en donc là, Monsieur, s'il vous plaît, et honorons
5) Le 22 octobre.
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avec patience l’état du Fils de Dieu, qui ne voulut point avoir un lieu à lui pour y reposer sa tête, jusqu’à ce qu’il lui plaise nous tirer lui-même de cet état.
1953. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce dimanche au soir. [31 octobre 1655] (1)
Mon très honoré Père,
Les deux sœurs qui vous parlèrent en une des 2 dernières conférences et dont votre charité me parla pour le désir de faire les vœux la première fois demain jour de tous les saints, s’y sont préparées. Si vous leur voulez faire cette grâce pour l’amour de Dieu, et de les offrir au saint sacrifice de la messe ? L’une est à la compagnie y a 7 ans, et l’autre six, et, depuis quelques années, à édification.
Deux autres firent les vœux à pareil jour et demandent aussi à votre charité de les renouveler. Il n’a point paru qu’elles aient rien fait contre, et sont dans le désir de la persévérance. L’une est de Dammartin, l’autre d’auprès de Maule ; les deux premières, l’une de Richelieu, et l’autre de longtemps habituée à Paris, si elle n’en est. Leur nom est Perrine, Marie, Geneviève et Avoie (2), pour lesquelles et pour toute la compagnie je supplie votre charité nous donner votre bénédiction.
Crainte que Monsieur Bécu n’oublie à vous proposer une petite conférence pour quelques-unes de ces fêtes, sans vous mettre en danger d’en être incommodé, je ne serais si importune, n’était la longueur du sujet et l’importance, ce qui me fait espérer le pardon que vous demande, mon très honoré Père, votre très humble et très obligée fille et servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 1953. — L..a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Le frère Ducournau a marqué au dos de l’original le mois en. l’année.
2) Avoie Vigneron.
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1954. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
[Rome, vers novembre 1655] (1)
Oh ! que si tous savaient la volonté de Dieu en cette affaire-ci (2), les difficultés qu’il a vaincues contre toutes les puissances qui s’y sont opposées et contre toute apparence qu’elle pût réussir, si lui-même ne l’eut faite par sa toute puissance, ainsi que ceux qui en ont eu connaissance le reconnaissent manifestement, il ne faudrait pas tant de précautions pour en proposer l’acceptation (3). Le Père procureur général de Citeaux serait d’avis que vous fissiez savoir, Monsieur, à toutes les maisons de la compagnie comment s’est passée cette affaire, les grandes oppositions que nous y avons eues et la singulière providence que Dieu a eue de l’affaire [par] laquelle il a montré clairement que c’était lui seul qui la voulait faire et la faisait contre toute apparence humaine, parce que c’était son bon plaisir.
1955. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 9e novembre 1655.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
M. Deheaume m’ayant écrit que depuis son départ de Paris il avait changé de disposition et qu’il était résolu de bonne façon d’aller à Turin et d’y demeurer tant que l’obéissance lui ordonnera, je lui ai mandé de vous aller trouver pour faire le 4e, puisque aussi bien M. Jean-Baptiste (1),
Lettre 1954 — Notice manuscrite d’Edme Jolly, p. 21. (Cf. Notices, t. III, p 398)
1) Voir note 3
2) Les démarches pour l’approbation des vœux
3) L’acceptation du Bref Ex commissa, du 22 septembre 1655
Lettre 1955. — L. s. — Dossier de Turin, original
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sur lequel nous avions jeté les yeux pour cela, est destiné pour faire des missions dans le diocèse de Viterbe, duquel est évêque Mgr le cardinal Brancaccio, auquel nous avons des obligations très grandes et que je ne vous puis exprimer. Je vous prie donc, Monsieur, de recevoir M. Deheaume, porteur de la présente, comme un ouvrier tout plein de bonne volonté, ainsi que vous l’avez déjà reconnu par les chemins et que vous me l’avez mandé, qui se dispose à vous bien aider à travailler en la vigne de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’ai eu 3 ou 4 jours de fièvre, dont je suis entièrement quitte depuis deux jours. Je me recommande de tout mon cœur à vos prières, comme, de mon côté, je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse vos travaux en ce pays-là.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Turin.
1956. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
12 novembre 1655.
Je rends grâces à Dieu des dévotions extraordinaires que vous vous êtes proposé de faire pour demander à Dieu, par le bienheureux saint Joseph, la propagation de la compagnie. Je prie sa divine bonté qu’elle les ait
1) Jean-Baptiste Taone.
2) François-Maria Brancaccio occupa les sièges de Viterbe. de Porto et de Capaccio ; il ! fut créé cardinal en 1634 et mourut le 9 janvier 1675. Il est l’auteur d’un recueil de dissertations latines.
Lettre 1956. — Reg. 2, p 36.
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agréables. J’ai été plus de vingt ans que je n’ai osé demander cela à Dieu, estimant que, la congrégation étant son ouvrage, il fallait laisser à sa providence seule le soin de sa conservation et de son accroissement ; mais, à force de penser à la recommandation qui nous est faite dans l’évangile, de lui demander qu’il envoie des ouvriers à sa moisson, je suis demeuré convaincu de l’importance et de l’utilité de cette dévotion.
1957. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 13 novembre 1655.
Ce n’est point mon avis que les vendredis vous quittiez le soin des affaires et de la famille pour ne vaquer qu’à votre intérieur. Vous pouvez néanmoins en ces jours-là vous tenir plus récolligé dans les affaires et plus uni à Dieu dans vos actions ordinaires. Il est difficile que les supérieurs qui ont charge d’âmes puissent faire ces fréquentes retraites que vous proposez.
Quant à l’incapacité que vous croyez être en vous pour l’emploi que vous exercez, souvenez-vous, Monsieur, que Notre-Seigneur a de la suffisance assez pour vous et pour tous les humbles, et demandez-lui qu’il ait assez de miséricorde pour moi.
1958. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON
Du 14 novembre 1655.
Votre lettre me fait juger qu’il n’est pas expédient que vous remettiez la cure à M. Rasine pour les deux consé-
Lettre 1957 — Reg 2, p 158
Lettre 1958 — reg 2, p 163
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quences que je tire de votre raisonnement. La première est que Monseigneur l’évêque (1) ne l’aurait pas agréable, s’il savait que ce prêtre n’est pas de la compagnie ; et nous devons bien nous garder de faire aucune chose, non seulement qui le puisse fâcher, mais qui soit contre son intention, parce que nous ferions contre la volonté de Dieu.
La seconde est la simulation où vous tomberiez, indigne d’un chrétien, en faisant passer M. Rasine pour missionnaire, comme un moyen de le faire agréer à mondit seigneur. Ce serait une grande faute contre la simplicité de laquelle nous faisons profession, et un déguisement bien éloigné de l’usage des premiers chrétiens, desquels Pline le jeune rapporte qu’ils avaient coutume de ne rien faire en cachette, ni d’user d’équivoque. Il ne faut donc point penser que je consente à cette feintise.
Selon cela, Monsieur, je reviens à mon premier avis, qui est que vous remettiez la cure purement et simplement entre les mains de mondit seigneur. C’est lui qui vous l’a donnée ; déchargez-vous-en sur lui ; c’est la plus sûre voie pour n’être aucunement responsable devant Dieu, si celui qui vous succédera ne fait pas son devoir.
1959. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 14 novembre 1655] (1)
Mon très honoré Père,
Permettez-moi de vous dire qu’il est absolument nécessaire que votre jambe ne soit pas un demi-quart d’heure pendante,
1) Pierre Nivelle (1637-1661).
Lettre 1959. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau
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ni qu’elle sente du tout la chaleur du feu. Si elle a froid la faut réchauffer avec linge chaud par-dessus les chausses. Et si vous jugez à propos, mon très honoré Père, d’essayer de cette douce pommade, en frottant légèrement et pardessus un linge mouillé en 2 doubles dans de l’eau tiède, j’espère que cela y fera du bien. Quand le linge sera froid, il faudra le remouiller ; mais que l’eau ne soit pas chaude ni du tout froide. Les saignées ont affaibli votre corps, avec le mal ; et quand vous posez le pied à terre, la chaleur et les humeurs y vont comme à la partie la plus faible. Je voudrais bien que vous ne prissiez pas si grande quantité de verres d’eau et laissiez les entrailles se tempérer et rafraîchir pour ne pas envoyer si violemment la chaleur à la pauvre jambe malade. Avec avis du médecin, peut-être que le poids de demi-écu de cristal minéral dans le premier verre d’eau aiderait à passer plus facilement le reste. Ne suis-je pas bien téméraire de vous parler de la sorte ? Mais je sais que c’est à vous, qui savez que je suis, en vous demandant très humblement votre bénédiction. mon très honoré Père votre très humble et très obligée fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC
Je prends tous les jours un demi-gros de thé et m’en treuve fort bien ; il donne de la force et de l’appétit.
Suscription : Monsieur Monsieur Vincent.
1960 — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Novembre 1655] (1)
Avant que de répondre à votre lettre, je vous dirai que Monsieur Le Gros est devant Dieu ; il décéda à Montech, près de Montauban, le 7e de ce mois. Comme il avait vécu en vrai missionnaire, il est mort en saint. Monsieur [Lièbe], qui a le soin du séminaire et qui nous a donné la nouvelle de cette perte, nous a fort consolés dans cette affliction en nous marquant sa patience
Lettre 1960. — Manuscrit de Lyon.
1) Mois et. année de la mort de M. Le Gros.
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parmi ses douleurs et sa résignation à souffrir encore davantage, ensemble les autres pieux sentiments où il l’a vu dans le cours de sa maladie, et la joie avec laquelle il est parti de ce monde pour aller au ciel ; si bien, Monsieur, que nous avons sujet d’espérer que son âme y est maintenant toute glorieuse. Mais, comme les jugements de Dieu sont plus rigoureux qu’on ne pense et que même la justice du juste est sujette à l’examen, aussi bien que l’iniquité du méchant, ce cher défunt peut avoir aussi besoin des suffrages de l’église. Je vous prie que votre maison lui donne les messes et les prières que la compagnie a coutume d’offrir à Dieu pour nos confrères trépassés.
1961. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
[Rome, novembre 1655] (1)
Ayant plu à la bonté de Dieu de terminer cette affaire, qui fut, comme je crois, le principal motif de mon envoi en cette ville, je crois être obligé, Monsieur et très honoré Père, de me démettre entre vos mains, comme je fais très humblement, de la supériorité de cette maison, laquelle vous m’avez fait prendre pour faciliter l’opportunité de notre susdite affaire. laquelle il a plaît à la bonté de Dieu d’achever, peut-être pour ne me pas laisser plus longtemps dans une charge dans laquelle je suis très indigne et laquelle aussi, Monsieur, votre charité ne m’a donnée qu’en attendant que M. Berthe, son légitime possesseur, la pût venir reprendre ou que vous envoyassiez quelqu’un capable de l’exercer. On se loue fort ici de M. Berthe, et voilà que la providence de Dieu l’a fait retourner à Paris, et dans un temps auquel il sera probablement plus facile d’obtenir cette permission de l’envoyer que par le passé.
Lettre 1961 — Notice Manuscrite d’Edme Jolly, p. 22. (Cf. Notices t. III, p 399)
1) A cette lettre semble répondre la lettre 1975, du 17 décembre 1655
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1962. — A éTIENNE, SUPéRIEUR, A GêNES
19 novembre 1655.
Il n’y a personne, pour sainte qu’elle soit sur la terre, qui n’ait quelque inclination au mal. C’est l’exercice des bonnes âmes et un sujet de mérite. Peut-être que saint Paul ne fut jamais tant enclin au péché que lorsque Dieu le toucha pour sa conversion, ni plus agréable aux yeux de Notre-Seigneur qu’au fort des tentations qu’il souffrit depuis. Cela étant, Monsieur, vous ne devez pas vous étonner si vous avez de pareilles pentes ; elles servent à vous humilier et à vous faire craindre ; mais vous le devez faire d’une si bonne façon, que vous soyez aussi excité à vous confier davantage en Dieu ; car sa grâce vous suffit pour vaincre les assauts de la nature rebelle. Je le prie qu’il vous fortifie en cela et en tous vos travaux, dans lesquels j’appréhende le trop.
1963. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 20e novembre 1655.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je ne sais à qui m’adresser qu’à vous pour faire tenir cinquante livres aux religieuses Annonciades de Stenay (1), qui sont fort pauvres. C’est une aumône qu’on leur fait. Je vous prie de les prendre de quelque marchand, de m’en tirer lettre de change, où vous ferez mention que c’est pour lesdites religieuses, et ensuite leur faire
Lettre 1962. — Reg. 2, p. 315
Lettre 1963. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Commune de la Meuse, près de Montmédy.
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toucher au plus tôt cette petite assistance par quelque voie assurée.
J’acceptai hier votre lettre de change de 800 livres, et nous tâcherons de la payer à Noël.
Je ne me trouve point de vos lettres auxquelles je n’aie fait réponse. J’en fis adresser une de Rome, avec un bref, à M. Cabel, mercredi dernier, sans la pouvoir accompagner d’une des miennes.
Je me porte mieux, grâces à Dieu, bien que je sois encore au lit et dans les remèdes pour un érésipèle qui m’est tombé à la jambe, depuis que la fièvre m’a quitté.
Nous aurons ici, demain ou après, quatre de nos prêtres de Pologne, qui ont été obligés d’en sortir, à cause que les ennemis de notre sainte religion ont inondé sur ce royaume-là. M. Ozenne est resté en Silésie (2) avec la reine, et M. Desdames à Varsovie avec M. Duperroy et un prêtre polonais qui s’est donné à la compagnie. Ledit sieur Desdames m’a mandé qu’ils sont en paix, nonobstant que la ville soit au pouvoir des Suédois 3, lesquels, pour n’y avoir trouvé aucune résistance, n’ont f ait aucun mauvais traitement aux habitants, sinon qu’ils ont obligé les curés et les communautés à racheter leurs églises, et nos gens ont été taxés pour la leur à 1.400 livres. Priez pour eux, s’il vous plaît.
Nous envoyons 12 ou 13 missionnaires en Bourgogne, pour y travailler cet hiver ; quelques-uns sont déjà partis.
Je vous embrasse en esprit, vous et votre famille, que Dieu veuille combler de ses bénédictions. Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) A Glogau.
3) Depuis le 8 septembre.
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M. Berthe est allé continuer les visites commencées par feu M. Le Gros ; il est maintenant à Richelieu.
Au bas de la première page : M. Coglée.
1964. — A LOUIS DE CHANDENIER
De Paris, ce 23 novembre 1655,
Monsieur,
J’aurais besoin d’un ange auprès de vous pour vous rendre des actions de grâces continuelles pour les bontés excessives que vous, Monsieur, et Monsieur l’abbé de Saint-Jean (1) avez pour moi. Je prie Notre-Seigneur qu’il en soit votre récompense.
Je me porte de mieux en mieux, grâces à Dieu, toujours néanmoins incommodé de ma jambe, en sorte que j’en suis encore au lit et dans les remèdes.
Je suis très fâché, Monsieur, mais à outrance, de la peine où vous vous mettez pour les sommes tirées de Rome, jusqu’à envoyer à Lyon pour les faire tenir ici. En vérité, vous n’êtes point excusable ; je vous ai dit que le grand St-Lazare (2) avait tout payé ; vous devez pour le reste attendre votre commodité, et non pas vous en mettre en sollicitude, comme vous faites.
Je vous renvoie la promesse des deux mille livres que vous avez faite à M. Blampignon, avec sa déclaration au dos comme il n’a pas donné cette somme. Je vous supplie, Monsieur, de la recevoir sans façon et de ne vous presser aucunement pour remplacer ces avances. Faites état que c’est vous-même qui les avez
Lettre 1964. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean.
2). Par opposition au petit Saint-Lazare, nom donné au séminaire Saint-Charles.
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faites, puisque cette maison est à vous et que vous avez un pouvoir souverain sur tout ce qu’elle a et sur ceux qui la composent.
Nous attendons à ce soir quatre de nos prêtres qui reviennent de Pologne, où les affaires vont toujours mal. La diversité dont on en parle fait que je ne vous en marque aucune particularité.
Neuf prêtres sont partis de céans pour la mission de Joigny, avec deux frères clercs et autant de coadjuteurs. Les voilà en Bourgogne pour tout l’hiver. Je recommande l’œuvre et les ouvriers à vos prières.
M. Berthe est allé continuer les visites commencées par feu M. Le Gros. M. Martin, qui est allé commencer l’établissement de Turin, y est heureusement arrivé avec ses compagnons ; ils y ont été accueillis fort gracieusement par Monseigneur l’archevêque (3) et par M. le marquis de Pianezza, qui veut faire cette fondation, très zélé pour la gloire de Dieu, honoré et estimé de tout le monde pour les biens qu’il fait, et qui est le chef du Conseil de Son Altesse Royale.
Nos pauvres prêtres de Rome sont séparés en deux ou trois bandes, qui travaillent en divers diocèses. M. Jolly s’exclame sur le besoin d’ouvriers, n’en pouvant fournir à tous Nosseigneurs les cardinaux qui en demandent. Celui de Gênes (4) après avoir fait sa retraite chez ses missionnaires, en leur compagnie, avec la même exactitude et simplicité qu’ils ont pu faire, les a envoyés en une grosse mission.
M. Jolly ne me dit rien de l’expédition que nous attendons ; c’est parce qu’il n’y avait point eu de consistoire et qu’il en faut un pour achever l’affaire, autre
3) Jules-Césat Bergera (1643-1660)
4) Le cardinal Durazzo
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que celui où l’abbaye a été préconisée, qui ne se doit tenir que quinze jours après.
Je salue, avec tout le respect que je le puis, Monsieur l’abbé votre frère, et je suis de tous les deux sans réserve, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
i. p. d. l. M.
1965. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 26 novembre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre première lettre de Turin, et du bon Dieu une grande consolation de vous y avoir heureusement conduits et si bénignement reçus par la bonté de Mgr votre bienfaiteur et celles de Mgr l’archevêque et de Mgr le nonce. Je l’en remercie de tout mon cœur. Il vous a voulu prévenir de ces grâces pour vous disposer à d’autres plus grandes ; et cet accueil gracieux de la part des hommes est un effet de l’attente qu’ils ont sur la compagnie. J’espère qu’elle se donnera de bonne sorte à Dieu pour correspondre à ses desseins.
Je vois bien que vous auriez besoin d’un autre prêtre qui parlât l’italien, à la place de M. Jean-Baptiste (1), qui, pour des raisons considérables, ne viendra pas travailler avec vous ; et c’est ce qui nous a obligé de vous rendre M. Deheaume, qui est parti de Lyon pour Turin le 18e de ce mois. De vous dire comment vous
Lettre 1965. — L. s. — Dossier de Turin, original
1) Jean-Baptiste Taone.
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ferez, je m’y trouve empêché, sinon que vous commenciez par quelque petite mission qui ne requière pas grand appareil ; mais pour cela, Monsieur, il vous faut avoir l’amour de votre abjection. Vous pourrez faire l’action du matin, et M. Ennery le catéchisme. Cela vous semblera fâcheux de commencer si chétivement ; car pour vous mettre dans l’estime il faudrait, ce semble, un peu paraître par une mission entière et splendide, qui étalât d’abord les fruits de l’esprit de la compagnie. Dieu nous garde d’entrer dans ce désir ! Celui qui convient à notre pauvreté et à l’esprit du christianisme, c’est de fuir ces ostentations pour nous cacher, c’est de chercher le mépris et la confusion, comme Jésus-Christ a fait ; et alors, ayant cette ressemblance avec lui, il travaillera avec vous.
Feu Mgr de Genève entendait bien cela. La première fois qu’il prêcha à Paris, le dernier voyage qu’il y fit, on courut à son sermon de toutes les parts de la ville ; la cour y était, et tout ce qui pouvait rendre l’auditoire digne d’un si célèbre prédicateur. Chacun s’attendait [à] un discours selon la force de son génie, par laquelle il avait coutume de ravir tout le monde ; mais que fit ce grand homme de Dieu ? Il récita simplement la vie de saint Martin, à dessein de se confondre devant tant de personnes illustres, qui eussent fait enfler le courage à un autre (2). Il fut le premier à profiter de sa prédication par cet acte héroïque d’humilité.
2) Le sermon se donnait le 11 novembre 1618 dans l’église de l’Oratoire devant le roi, deux reines, des évêques, ce que la capitale comptait de plus choisi. La foule était si compacte que saint François de Sales dut entrer par la fenêtre au moyen d’une échelle L’exorde fut magnifique. Ce fut après l’Ave Maria que l’orateur eut l’idée de s’humilier. La Vie du Vénérable Serviteur de Dieu François de Sales par Henry de Maupas du Tour, Paris, 1657, in-4° P 370)
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Il nous raconta cela bientôt après à Madame Chantal et à moi, et il nous disait : "Oh ! que j’ai bien humilié nos sœurs (3), qui s’attendaient que je dirais merveilles en si bonne compagnie ! Une telle s’y est trouvée (parlant d’une demoiselle prétendante qui fut depuis religieuse) qui disait pendant que je prêchais : voyez un peu ce maroufle et ce montagnard, comme il prêche bassement ; il fallait bien venir de si loin pour nous dire ce qu’il dit et exercer la patience de tant de monde !"
Voilà, Monsieur, comme les saints ont réprimé la nature, qui aime l’éclat et la réputation ; et c’est ainsi que nous devons faire, préférant les emplois bas aux apparents et l’abjection à l’honneur. J’espère certes que vous jetterez les fondements de cette sainte pratique avec ceux de l’établissement, pour faire que l’édifice soit bâti sur le roc et non pas sur le sable mouvant. Mgr le marquis entendra bien ce procédé.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà que l’arrivée de Messieurs Guillot, Durand, Eveillard et Simon, qui reviennent de Pologne. Ils ont laissé M. Ozenne avec la reine en Silésie et Messieurs Desdames et Duperroy à Varsovie, où ils ont tenu bon, nonobstant que les Suédois en soient les maîtres.
écrivez-moi, s’il vous plaît, l’état des choses de delà qui vous regardent, et ayez soin de votre santé. La mienne commence à se rétablir, et moi à me lever. J’embrasse votre petite et chère famille avec toutes
3) Il est possible que saint Vincent ait été mal servi par sa mémoire, car le premier monastère de la Visitation fut établi à Paris cinq ou six mois après ; peut-être a-t-il en vue les sœurs des monastères de province, qui durent être humiliées en effet d’apprendre que leur fondateur avait déçu son auditoire.
4). Première rédaction : "en si bonne compagnie. Voyez un peu, disait une telle, comme prêche ce montagnard ; une autre pensait autre chose, et toutes ont été bien étonnées de cette simplicité de prêcher."
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les tendresses de mon coeur, et je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Turin.
1966. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
[Rome, novembre 1655] (1)
Je commencerai cette lettre par la très humble prière que vos dernières lettres me donnent occasion de vous faire, qui est de vous supplier très humblement, Monsieur, avec tout le respect qui m’est possible de ne m’attribuer rien du bon acheminement des affaires de la compagnie, parce que, si j’avais le temps de vous dire les fautes que j’y ai faites dans leur poursuite, vous verriez bien que je ne mérite aucune louange. Il est aisé de voir que ce qui s’est fait de bien dans notre principale affaire c’est Dieu lui-même qui l’a fait, et la compagnie est et sera éternellement obligée à une très particulière reconnaissance envers Sa Sainteté et aussi envers les cardinaux, prélats et docteurs à qui l’examen de notre supplique a été commis. Mais quelles actions de grâces en rendrons) nous à Dieu, quelles à la très sainte Vierge, dont nous avons ressenti l’assistance si palpablement ! Vous avez vu, Monsieur, que Dieu lui-même a voulu faire son affaire de la nôtre nonobstant les puissantes oppositions qui se faisaient contre, desquelles sa divine Providence s’est servie, aussi bien que des très grandes fautes que j’y ai faites, pour faire la chose plus avantageusement et en moins de temps. C’est ce que ceux qui ont eu connaissance de cette affaire ont reconnu et reconnaissent, avec louange et admiration de la providence de Dieu, lequel a montré par là que l’affermissement de la compagnie venait de lui et n’était pas d’invention hu-
Lettre 1966. — Notice manuscrite d’Edme Jolly, p. 20 (Cf. Notices t. III, p. 397.)
1) Cette lettre répond à la lettre 1948, qui est du 22 octobre 1655
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maine. Oh ! bienheureux serons-nous si nous demeurons toujours bien persuadés de cette vérité et qu’il en est de même des autres règles et pratiques de la compagnie ! Plaise à la divine miséricorde que la connaissance particulière que m’en a donnée le maniement de cette affaire ne soit pas à ma condamnation, au jugement de ma pauvre âme !
1967. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
30 novembre 1655.
Vincent de Paul dit que, s’il a un carrosse, c’est seulement depuis que ses infirmités ne lui permettent plus de monter à cheval, et sur l’ordre de ses supérieurs civils et ecclésiastiques.
1968. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 3e décembre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a huit jours que je vous écrivis assez amplement en réponse de votre première lettre de Turin. J’en attends d’autres pour savoir ce qui s’est passé depuis à l’égard de votre santé et de votre établissement, et si M. Deheaume vous est heureusement arrivé, comme à nous M. Musy (1), cousin de M. Planchamp, qui fait sa retraite pour entrer au séminaire. Je prie Dieu qu’il vous anime tous de son esprit et bénisse vos conduites.
Témoignez à Mgr le marquis que nous sommes pleins de reconnaissance des biens qu’il nous fait et de la pro-
Lettre 1967. — Lettre signalée dans le manuscrit du frère Robineau (p. 18), qui en avait conservé copie.
Lettre 1968. — L. s. — Dossier de Turin original.
1) Prêtre de grand talent sur lequel saint Vincent fondait de belles espérances. Il fut placé à Turin en 1656, s’y laissa gagner par l’ennui et quitta la compagnie l’année suivante. Son nom n’est pas inscrit sur le catalogue du personnel.
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tection qu’il vous donne, et que nous prions incessamment le bon Dieu qu’il lui donne sa gloire, pour tant de services qu’il lui rend et qu’il lui procure.
Nous n’avons rien de nouveau que la maladie de M. Guillot, revenu de Pologne, qui se trouve en quelque danger pour une pleurésie dont il est atteint. Pour moi, je ne suis pas encore guéri de ma jambe, bien que je m’en porte mieux, grâces à Dieu.
Je vous embrasse de tout mon cœur, avec votre petite compagnie, prosterné en esprit à vos pieds, et suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Turin.
1969. — LA DUCHESSE D’AIGUILLON A SAINT VINCENT
[Entre 1655 et 1657] (1)
Les lettres de Tunis m’affligent, de ne voir point d’espérance de la délivrance des pauvres esclaves, car je ne sais si l’espérance qu’on donne de l’échange qu’ils proposent dans 4 mois réussira.
Mais celle que vous écrit M. Le Vacher (2), d’Alger, me contriste fort, de voir l’extrême misère où ils sont, et, par surcroît de douleur, la calomnie horrible que cet apostat invente et publie contre lui. Permettez-moi de vous proposer s’il ne serait point nécessaire que vous envoyassiez rendre témoignage à M. le nonce d’ici de la vertu et probité de M. Le Vacher, et lui dire la cause qui a obligé ce mauvais religieux
Lettre 1969. — L. a. — Dossier de Turin, original}.
1) Cette lettre a été écrite après la nomination d’Edme Jolly comme supérieur de la maison de Rome (1655) et, semble-t-il, avant le premier retour de Philippe Le Vacher en France (1657), d’où il ne repartit pour Alger qu’au mois de septembre de l’année 1659
2). Philippe Le Vacher.
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apostat d’inventer cette calomnie, afin qu’il en informe M. le nonce d’Espagne, à qui M. Le Vacher vous mande que cet imposteur en écrit. Il serait bon aussi que M. Jolly, de Rome en fût informé, afin de faire voir l’innocence de M. Le Vacher et la cause pour quoi on le calomnie, car, étant de la compagnie et dans l’emploi où il est, il faut justifier son innocence. Les conseils de Dieu sont adorables. Ce vertueux missionnaire, qui s’est consommé pour le secours de ces pauvres esclaves, reçoit pour récompense cette calomnie ; qu’est-ce que les pécheresses comme moi ne devraient point souffrir ?
Ne trouveriez-vous pas bon aussi de leur envoyer du secours d’argent ? Si on ne peut par Marseille on le pourrait peut-être par l’Espagne, vu qu’il vous écrit par cette voie-là ; car ces pauvres gens sont si affligés, que je voudrais les consoler par toutes les voies possibles. Ils ont tant de mal parmi ces barbares que d’être encore en l’extrême nécessité cela me fait pitié. Pardonnez-moi s’il vous plaît et priez pour moi.
Suscription : Pour M. Vincent.
1970. — A JACQUES THOLARD (1)
Décembre 1655.
… pource que notre maxime et notre usage est de céder la chaire à quiconque viendra là où nous travaillerons, et cela fondé sur ce que Notre-Seigneur enseigne cela implicitement : "Si l’on vous demande votre manteau, donnez encore votre robe (2)" et l’a pratiqué ainsi, lorsque quelque personne d’une province vers laquelle il s’acheminait lui alla au-devant et le pria de ne point entrer dans leur province. Oui, mais, me direz-vous, si nous cédons, l’on nous fera la même niche partout où nous irons, aux carêmes et aux avents ; et nous voilà
Lettre 1970. — Ms. du frère Robineau, p. 21.
1) Jacques Tholard devait donner une mission au Maule (Seine-et-Oise), où un Cordelier était Venu prêcher l’Avent Le saint lui conseille de céder la chaire à ce religieux "pource que notre maxime, etc"
2) évangile de saint Mathieu V, 40.
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dans le mépris. N’importe, nous ne sommes pas vrais chrétiens, si nous n’embrassons et chérissons tendrement les moqueries dont l’on nous chargera.
1671. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Décembre 1655] (1)
Mon très honoré Père,
L’état de souffrance et soumission auquel il plaît à Notre. Seigneur vous mettre, m’augmente la liberté que je prends toujours de vous dire mes chétives pensées la dernière qui me vient pour votre soulagement est de vous proposer la sueur des deux jambes, et non du corps par la petite étuve de Monsieur l’Obligeois, mais non pas sans la proposer à 2 médecins. Le thé peut être pris entre un bouillon de bon matin et le dîner, car l’expérience me fait voir qu’il ne doit pas passer pour nourriture, quoiqu’excellent à y disposer l’estomac.
Madame La comtesse de Brienne m’a mandé avoir parlé à Monsieur de Francière, qui lui a encore dit beaucoup de bien de la compagnie, qu’il la protégerait, qu’il a reconnu quelqu’adresse d’une personne pour s’insinuer dans le gouvernement de l’hôpital (2), qu’il était bien aise que nous n’avions pas accordé ce que le bon ecclésiastique proposait, et plusieurs autres choses qui lui ont fait dire à notre sœur Julienne (3) que tout allait bien, et que, quand elle aurait vu la reine, qu’elle se donnerait la peine de vous venir treuver. S’il plaît à votre charité me mander si j’ai quelque chose à faire pour ce sujet sinon admirer la Providence, essayer d’en faire connaître la bonté et les effets, et de croire qu’il fait bon souffrir et attendre avec patience l’heure de Dieu dans les affaires les plus difficiles ? A quoi si souvent répugne mon humeur trop précipitée.
Permettez-moi, mon très honoré Père, vous supplier recommander à notre bon Dieu l’état de mon esprit, un peu peiné depuis quelque temps pour les sujets que votre charité sait m’être plus sensibles. Vous ne douterez point, je crois, que
Lettre 1971. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité. original
1) Date ajoutée au dos de l’original par la frère Ducournau.
2) L’Hôpital de Saint-Denis, près Paris.
3) Julienne Loret.
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cela m’intéressera, dans le désir de votre parfaite santé, que je demande à Notre-Seigneur, pour la gloire de son saint amour, qui m’a rendu votre très humble et très obligée fille et servante.
L. de M.
Permettez-moi de demander à votre charité des nouvelles de nos sœurs de Pologne ?
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1972. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 10e décembre 1655.
Monsieur,
J’ai reçu votre lettre du 27 novembre, qui m’a appris l’arrivée de M. Deheaume, dont je loue Dieu. Je veux croire que le repos l’aura guéri de ses fatigues.
Je loue Dieu de ce que vous avez déjà travaillé à rendre votre logement propre à vos exercices, et de ce qu’en parlant à Monsieur le président Belletia de votre fondation, vous vous en êtes remis à Mgr le marquis de Pianezza. Vous leur pouvez néanmoins faire entendre dans l’occasion qu’en France il faut mille livres par an pour deux prêtres et un frère qui vont en mission, et il n’en faut guère moins pour ceux qui demeurent à la maison Je ne sais pas si les vivres sont à meilleur compte de delà qu’ici.
M. Blatiron ne pourra pas, comme je pense, vous prêter l’ouvrier que vous lui avez demandé, et, en ce cas, vous ne pourrez pas faire une mission qui éclate ; aussi est-il plus convenable que vous entriez en cet exercice par l’humiliation. Commencez par peu et aimez beaucoup votre abjection ; c’est l’esprit de Notre-Sei-
Lettre 1972. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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gneur ; c’est ainsi qu’il a fait, et c’est là le moyen d’attirer ses grâces.
Et à propos de cela, je suis marri que vous ayez fait demander à Mgr le cardinal de Gênes une lettre pour vous recommander, et je vous prie d’avoir agréable que je vous dise que les missionnaires doivent tendre à demeurer bas et inconnus, et non pas à paraître et à se faire estimer. La réputation leur peut nuire, non seulement en leur donnant sujet de s’évanouir, mais en ce que, si elle met les fruits de leurs emplois à six degrés, on s’attendra qu’ils seront à douze, et, voyant que les effets ne correspondent pas à l’attente, on en perd la bonne opinion, et Dieu permet que cela arrive surtout quand on cherche cette réputation ; car qui s’exalte sera humilié (1). Mon Dieu ! Monsieur, que je souhaite le contraire et que je prie Dieu de bon cœur qu’il nous fasse à tous La grâce d’aimer la confusion et l’opprobre, en la vue de Notre-Seigneur et de nos misères ! Nous ne méritons que cela, car, s’il se fait quelque bien dans les missions, c’est lui qui le fait, et il n’a pas besoin de notre réputation pour toucher les cœur et les convertir.
Je salue votre petite famille très cordialement, et je suis de toutes les tendresses de mon âme, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, chez Mgr le marquis de Pianezza, à Turin.
1) évangile de saint Mathieu XXIII, 12.
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1973. — A NICOLAS FOUQUET, PROCUREUR GéNéRAL
15 décembre 1655.
Monseigneur,
Madame la présidente Fouquet, votre mère, m’ayant fait l’honneur de me mander la grâce que votre bonté nous désire faire, de nous protéger dans les intérêts que nous avons communs avec l’Hôtel-Dieu de Paris, à l’égard des aides d’Angers et de Melun, il est bien juste, Monseigneur, que je vous en remercie, et c’est ce que je fais avec toute l’humilité et la reconnaissance qui me sont possibles, et que je prie Dieu qu’il sanctifie votre âme et bénisse votre famille, comme il a sanctifié celle du patriarche Joseph, ce grand intendant des finances d’égypte, et toute sa famille. Je serais allé vous rendre ce devoir en personne sans qu’une indisposition m’empêche de sortir. Cependant je suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
1974. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
Rome, décembre 1655.
M. le cardinal Brancaccio nous ayant fait l’honneur de nous appeler à Viterbe dont il est évêque, il nous envoya à Vetralla, qui est un gros bourg de son diocèse, à deux jour
Lettre 1973. — Reg. I, f° 20 et 24 V°. La copie du f° 24 s’arrête aux mots et toute sa famille, qui ne se trouvent pas dans la copie du f° 20.
Lettre 1974. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. III, § 2, 1er éd., p. 60.
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nées de Rome où étant arrivés, quoique plusieurs difficultés aient traversé nos petites fonctions, nous y avons pourtant entendu dix-sept cents personnes de confession générale, qui nous ont témoigné être bien touchées et bien pénitentes.
Ce qui me semble avoir plus contribué à émouvoir ce peuple est ce qui en apparence devait avoir moins d’effet ; c’est à savoir : 1° l’explication de l’exercice du chrétien, que nous faisions tous les matins à l’issue de la première messe 2° l’instruction familière qui se faisait ensuite sur les principaux mystères de la foi et sur la manière de se bien confesser ; 3° l’examen général que nous faisions tout haut, avec les prières ordinaires, le soir, immédiatement après notre prédication.
Mais ce que je crois qui fit la plus forte impression sur leurs esprits, fut une puissante semonce que leur fit notre prédicateur à la fin de son exhortation à la préparation à la communion, leur disant de la part de Dieu que personne ne fut si hardi que de s’approcher de la sainte table sans auparavant s’être réconcilié avec ses ennemis Et je crois que cette dénonciation, animée comme elle était de l’esprit de Notre-Seigneur, a plus opéré que tout le reste particulièrement à l’égard des réconciliations entre ceux qui se haïssaient à mort, et des restitutions notables qui se sont faites, parce que depuis cette prédication on n’a vu et on n’a entendu presque autre chose que des accords qui se faisaient, et des pardons qu’on se demandait les uns aux autres les larmes aux yeux, non seulement dans les maisons mais encore dans les rues, et particulièrement dans l’église devant tout le monde. On en faisait de même pour ce qui est de restituer le bien mal acquis et de payer les vieilles dettes abandonnées et cela publiquement et courageusement sans se soucier de sa propre réputation.
Si je rapportais ici tous les cas particuliers que nous avons vus et entendus sur ce sujet j’aurais trop de choses à dire. J’en toucherai seulement trois ou quatre des principaux.
Le premier arriva pendant la procession en laquelle, un de nos prêtres rangeant les hommes deux à deux pour les faire marcher avec ordre, la Providence divine disposa les choses en telle sorte que deux habitants des lieu qui avaient une haine fort enracinée l’un contre l’autre depuis plusieurs années se trouvèrent fortuitement rangés ensemble et cheminèrent même quelque temps à côté l’un de l’autre sans qu’aucun des deux s’en aperçût mais s’étant enfin reconnus, Dieu leur toucha le cœur si fortement qu’en un instant leur grande haine se trouva changée en une sincère amitié ; et leurs cœur se trouvèrent en telle disposition, que
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fondant en larmes, ils s’embrassèrent et s’entre-demandèrent pardon l’un à l’autre devant toute l’assistance mais avec des paroles si cordiales que chacun en fut ravi d’admiration et de consolation.
Le second cas fut d’un certain habitant du même lieu qui depuis fort longtemps devait quatre cents écus à un autre et n’avait jamais voulu le payer, quoiqu’il en eut été souvent pressé par la voie de la justice et même par sentence d’excommunication, en sorte que son créancier ne s’y attendait plus. Il fut néanmoins tellement changé tout à coup, qu’à l’heure même il lui paya les quatre cents écus et depuis ce temps-là ils ont été bons amis.
Le troisième fut qu’un riche avaricieux qui depuis fort longtemps était redevable de cent écus à un pauvre homme, qui avait enfin perdu toute espérance d’en pouvoir jamais être payé, néanmoins étant touché de Dieu et sans être requis d’aucune personne, il fit presque comme Zachée car il rendit à ce pauvre homme trois ou quatre fois plus qu’il ne lui devait, lui donnant une maison et une pièce de vigne, qui accommoda grandement sa petite famille.
Enfin le quatrième fut d’un père, lequel, ayant conçu et retenu en son cœur depuis environ trois ans une haine mortelle contre un certain qui avait voulu tuer son fils et l’avait en effet blessé à un bras, dont il était demeure estropié ayant, outre tout cela, déboursé une somme d’argent assez considérable pour le faire panser il fit, nonobstant le ressentiment qu’il en avait, deux actions dignes d’un vrai chrétien : l’une est qu’il pardonna de bon cœur à cet ennemi qui avait assassiné son fils ; et l’autre, qu’il lui quitta et remit volontairement tous les frais et dépens qu’il pouvait prétendre, quoiqu’auparavant cette mission plusieurs se fussent souvent employés pour les réconcilier et accommoder sans y avoir pu réussir.
Voilà une partie des fruits de cette mission, que l’on peut bien dire avec vérité être des effets de la main toute-puissante de Dieu, les ouvriers qui y travaillaient n’étant pas capables d’opérer ces merveilles par des moyens si faibles que ceux qui ont été ci-dessus rapportés. Et c’est ce qui me donne sujet de dire, comme autrefois ceux qui voyaient les merveilles que Moïse faisait en présence de Pharaon : Digitus Dei est hic (1) ; c’est le doigt de Dieu qui opère ces choses si admirables et non pas l’éloquence, ni la science, ni la sagesse, ni la puissance des hommes. Et c’est peut-être pour
1) Exode VIII, 19.
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cela que la Providence divine n’a pas voulu que notre grand prélat et éminentissime Cardinal ait assisté à notre mission, ainsi qu’il nous l’avait fait espérer, une roue de son carrosse s’étant rompue lorsqu’il se fut mis en chemin pour y venir ; car, s’il nous eût fait cet honneur, on eût peut-être attribué à sa présence et à son autorité la gloire de ces merveilles, que Dieu s’est voulu réserver à lui seul.
1975. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME
17 décembre 1655.
Je n’ai pas attendu jusqu’à maintenant à faire réflexion aux qualités de votre esprit, et je ne me suis pas contenté de les considérer à part moi ; mais, avant de vous charger de la conduite de la maison, je vous ai proposé aux plus anciens de la compagnie, qui vous connaissent bien et qui ont trouvé assez de grâces en votre personne pour cette charge-là, ou plutôt ils ont espéré que Notre-Seigneur, qui possède abondamment toutes les vertus, suppléerait à celles qui vous manquent. Et en effet elles ne sont pas en lui pour lui seul, mais pour ceux qu’il emploie à ses desseins et qui ont toute leur confiance en son secours. Et comme vous confiez entièrement en sa bonté, vous devez souffrir qu’elle continue à faire son œuvre par vous. Quand on est résolu de se donner à Dieu sans réserve, les intérêts temporels se doivent accommoder à ce dessein.
Je proposerai à notre première assemblée s’il est expédient de prendre ou de refuser le viatique (1) des évêques qui nous emploieront en leurs diocèses, quand ils le voudront donner ; cependant je suis d’avis que l’on soit fort retenu à ne rien recevoir d’eux, si ce n’est qu’ils
Lettre 1975 — Reg 2, pp 233, 17
1) Les frais de voyage
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le désirent absolument, ainsi qu’a fait Monseigneur le cardinal dataire (2).
C’est autre chose pour les exercitants et les ordinands ; on peut suivre ce que vous en avez trouvé par écrit, et selon cela accepter ce qu’ils présentent, comme une aumône qu’ils nous font, quoique j’estime que le meilleur serait de ne rien prendre, pour leur faire la charité tout entière, si nos incommodités nous le permettaient (3).
Nous avons fait et signé l’acte d’acceptation du bref tous ensemble, le séminaire excepté. L’acte ainsi fait et signé, nous avons fait entrer le notaire, devant lequel nous l’avons reconnu, dont il a fait une déclaration au bas, que nous avons aussi tous signée. Je vous dis ceci pour répondre au doute que vous avez, si le notaire était présent à cette acceptation..
1976. — A CHARLES OZENNE.
De Paris, ce 17 décembre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres en même temps, où vous me marquez l’état des choses, mais avec votre circonspection ordinaire. Je suis toujours dans l’affliction que vous pouvez penser, mais aussi dans l’espérance que les affaires changeront en mieux. Nous prions et faisons prier Dieu partout pour cela.
Je n’ai point reçu des lettres de M. Desdames depuis celle dont je vous ai parlé. J’en suis en peine et bien consolé de la pensée que vous avez de retourner à Varsovie, s’il y a sûreté. Pour moi, je ne vous dirai autre
2) Jacques Corradi.
3) Ici se termine le premier fragment.
Lettre 1976. — L. s. —- Dossier de Turin, original.
La lettera 1976 (Coste V p. 485) indirizzata a Charles Ozenne viene data come appartenente al Dossier de Turin. Quasi certamente invece si trova a Cracovia. Roberto LOVERA mai 1999.
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chose sur cela, sinon que la disposition de votre personne est à Dieu et à la reine. Toute la consolation que vous pourrez cependant donner aux religieuses de Sainte-Marie et aux Filles de la Charité, faites-le. Recommandez-moi à leurs prières et les assurez des miennes. Dites à la sœur Marguerite que je la remercie de sa lettre et qu’une autre fois je lui ferai réponse.
J’écrivis dernièrement à M. des Noyers pour le prier de vous fournir de l’argent, si vous en avez besoin, lequel nous rendrons ici.
Il ne faut pas s’étonner des plaintes ni des mauvais offices de M. Zel [azewski] ; c’est l’ordinaire de ceux qui sortent de nous donner sujet d’exercice. Dieu veuille vous fortifier en ceux que vous avez !
M. Guillot a été fort malade ; il se porte mieux. Nous n avons rien de nouveau. Tout va assez bien de deçà, et je suis tout vôtre.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, près de la sérénissime reine.
1977. — A éTIENNE BLATIRON
De Paris, ce 17 décembre 1655.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai rien à vous dire de nouveau, parce que je n’ai pas reçu de vos lettres depuis ma dernière. M. Gui ! lot, qui a été dangereusement malade, se porte mieux, grâce à Dieu, et moi je suis toujours au lit ou sur une
Lettre 1977. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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chaise, ou plutôt sur deux, à cause de la douleur que j’ai aux jambes, qui m’oblige à les tenir tout le jour appuyées et quasi aussi haut que ma tête. Hors cela, je me porte bien.
M. Rome ne nous a pas encore envoyé le paquet de livres que nous lui avons délivré pour vous. Il attend occasion de les mettre dans un ballot d’ami, afin que la voiture vous en coûte moins. M. Alméras dit que le règlement des Filles de la Charité y est dedans, et moi je vous assure que notre sacristain fait dire tous les jours les 200 messes que vous avez désiré que nous ajoutions aux mille déjà célébrées.
Je n ai pas trouvé bon que M. Martin vous ait demandé une lettre de Mgr le cardinal à Mgr l’archevêque de Turin pour se faire recommander, et lui en al dit ma pensée, qui est que l’humilité est la porte par laquelle il doit entrer dans les exercices de cette nouvelle fondation, et non par celle de la réputation recherchée, qui est souvent nuisible, surtout quand le succès des emplois ne correspond pas à l’estime que le premier bruit en a fait concevoir. C’est dans la même vue que je l’ai prié de faire quelque petite mission, lui seul avec M. Ennery, pour le détourner d’en faire une qui éclate, pour laquelle il vous a demandé M. Richard, duquel je sais que vous ne pouvez vous passer, ni des autres ouvriers que vous avez. Cet établissement fera du progrès, comme les autres, s’il est fondé sur l’amour de sa propre abjection. Plaise à Dieu de nous le donner et de vous bénir de plus en plus en votre personne et en vos conduites !
Je salue la petite famille et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.
1978. — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES
Paris, 19 décembre 1655.
Monsieur,
* Je rends grâces à Dieu des lumières qu’elle vous départ, et la supplie d’accomplir en vous ses desseins éternels. Mais vous savez, Monsieur, que cette défiance de vos propres forces doit être le fondement de la confiance que vous devez avoir en Dieu, sans laquelle nous nous trouvons souvent pires que nous ne pensions être ; et avec celle-ci on fait beaucoup, ou plutôt Dieu fait lui-même ce qu’il prétend de nous. N’arrêtez donc plus votre vue à ce que vous êtes, mais regardez Notre-Seigneur auprès de vous et dans vous, prêt à mettre la main à l’œuvre sitôt que vous aurez recours à lui ; et vous verrez que tout ira bien. Pensez-vous que, puisque l’ordre de sa providence vous a établi en cette charge, il ne vous donne pas aussi les grâces convenables pour la bien faire, si, pour son amour, vous l’entreprenez courageusement ? N’en
Lettre 1978. — Pémartin, op. cit., t. III, p. 221, 1. 1183. La fin, depuis les mots Je rends grâces à Dieu, se trouve dans le reg. 2, p. 109, dont nous avons suivi le texte
1) Ne faudrait-il pas plutôt Vageot ? Si la lecture de M. Pémartin était exacte, la première partie de cette lettre serait de 1649.
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doutez point, Monsieur, non plus que de la sincère affection que mon cœur a pour le votre, qui est telle que je ne puis vous l’exprimer. Dieu vous la fasse connaître, s’il lui plaît, et veuille vous remplir de plus en plus de son esprit, pour le répandre par vous dans les âmes que vous conduisez, et pour la plus grande sanctification de la vôtre !
Je rends grâces à Dieu de ce que M. Langlois (2) a pris la charge du séminaire. J’espère que ce bon œuvre, au lieu de tomber, se relèvera. Vous ne le devez pas négliger pour faire votre capital des missions seulement ; l’un et l’autre sont également importants, et vous y avez une égale obligation ; j’entends toute la famille, qui a été fondée pour tous les deux. Je vous prie, Monsieur, de les prendre également à cœur et de coopérer au progrès du séminaire avec le directeur, aussi bien qu’à la continuation des missions avec le peu de secours que vous avez. Ne pourriez-vous pas trouver quelques bons curés ou d’autres prêtres pour vous aider ? Essayez d’en attirer quelques-uns. Que si vous manquez de ce côté-là, le bon Dieu ne vous manquera pas ; il sera votre premier et votre second, et bénira votre travail. Ne vous y empressez pas, et, au lieu d’un mois, mettez six semaines pour les grosses missions, telle qu’est celle où vous vous êtes engagé. M. [Daveroult] (3) se rendra par l’usage capable de vous soulager. Nous avons expérience dans la compagnie qu’en divers endroits et en divers temps deux prêtres ont entrepris et achevé heu-
2) Louis Langlois, né à Paris le 6 janvier 1616, ordonné prêtre au carême de l’année 1640, entré dans la congrégation de la Mission le 15 juin 1644, reçu aux vœux le 8 novembre 1646. Il dirigea la maison de Luçon de 1660 à 1662, puis fut placé à Fontainebleau.
3). Le copiste a omis le nom ; mais il ne peut s’agir que de Pierre Daveroult, car le personnel de la maison de Saintes ne comprenait alors que trois prêtres MM. Rivet, Langlois et Daveroult.
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reusement des missions autant ou plus grosses que celle-là J'embrasse en esprit toute la famille, et suis, en l'amour de Notre-Seigneur...
1979. - A UN PRêTRE DE LA MISSION DE BARBARIE
[Entre 1645 et 1660.]
J'ai vu le chapitre de votre menue dépense. O Dieu ! quelle consolation n'ai-je pas reçu d'une telle lecture ! Je vous assure qu'elle m'a été autant sensible qu'aucune que j'ai ressentie depuis longtemps, à cause de votre bonne conduite, qui parait là dedans, et surtout de la charité que vous exercez envers tant et tant de pauvres esclaves de toutes nations, de tout âge, qui sont affligés de toutes sortes de misères. Certes, quand votre emploi ne vous donnerait occasion de faire d'autres biens que ceux-là, ce serait assez pour les estimer d'un prix infini et pour attirer sur vous des bénédictions immenses. Plaise à la bonté de Dieu vous donner moyen de continer !
1980. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
[Entre 1655 et 1660] (1)
Vous nous voyez à la fin de nos exercices spirituels, lesquels se sont, par la grâce de Dieu, assez bien passés, quant
Lettre 1979. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VII, § 12, P 143.
1) Commencement de la Mission de Barbarie.
Lettre 1980. — Vie manuscrite de Edme Jolly, ms., p. 96.
1).Temps pendant lequel Edme Jolly fut supérieur de la maison de Rome.
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à ceux avec qui j'ai eu le bien de les faire. Pour moi, difficilement changerai-je, à cause de la longue habitude que j'ai faite dans la superbe, dans le désir d'être estimé et autres vices. Il a néanmoins plu à Dieu me donner désir de m'amender.
Je me recommande à vos saints sacrifices et prières, afin que je ne reçoive point sa grâce en vain.
Puisque vous estimez, Monsieur, que je doive rester ici, je le ferai bien volontiers. Je souhaiterais que vous fussiez témoin des fautes et lourdises que je fais, et que vous connussiez bien ma superbe, mon immortification et autres vices.
1981. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
24 décembre 1655.
Je remercie Notre-Seigneur de la conquête que vous avez faite pour votre séminaire. Plaise à sa bonté de donner de profondes racines à cette jeune plante, afin qu'elle porte fruit en son temps ! Un prêtre s'est aussi présenté à Monsieur Duport, en votre absence, pour y être admis. Je pense quel le défaut de science ne vous aura pas empêché de le recevoir ; car il saura assez s'il ne s'estime savoir que Jésus crucifié, et fera prou s'il pratique la vertu, puisque par ce moyen il la prêchera utilement au prochain, l'exemple faisant plus d'effet que la seule instruction.
1982. —A LOUIS DE CHANDENIER (1)
De Paris, ce 28 décembre 1655.
Monsieur,
Je ne vous importunerais pas de cette lettre si celle
Lettre 1981. — Reg. 2, p. 4o.
Lettre 1982. — L. s. — Dossier de la Mission, originnl.
1) Le nom du destinataire se devine par le contenu.
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que j'ai reçue de Rome ne m'y obligeait, pour vous dire que M. Jolly vous a adressé les bulles par la voie que vous lui avez marquée ; et ainsi, Monsieur, j'estime que vous les avez à présent reçues, dont je rends grâces à Dieu. Mais ce qui me console davantage, c'est de ce que notre Saint-Père le Pape n'oblige pas Monsieur l'abbé de Moutiers-Saint-Jean de se faire prêtre ; en quoi certes, Monsieur, il y a de la conduite de Dieu, qui seul donne aux affaires les succès qu'il juge convenables. Qu'il en soit à jamais glorifié ! Je ne puis assez vous en exprimer ma joie.
Depuis la dernière que je me suis donné l'honneur de vous écrire, je n'ai pas oui parler de la difficulté arrivée sur le sujet du prieuré de Chandenier, sinon que vendredi au soir Mademoiselle votre soeur envoya céans un paquet pour vous, Monsieur, afin d'être mis dans le mien ou porté seul à la poste par le même garçon, en cas que déjà ma dépêche y eût été envoyée, comme il arriva, parce que le mardi auparavant je fis cette affaire ; et cela, je ne l'ai su que présentement qu'on vient de me le dire ; car, si j'en avais été averti pour lors, je n'eusse pas manqué de recevoir ledit paquet et de l'accompagner d'une de mes lettres.
Je n'ai rien à vous dire de nouveau, Monsieur, qui puisse ajouter quelque chose à la consolation qu'il plaît à Dieu de vous donner. Je prie sa divine bonté qu'elle continue d'en remplir votre cœur et celui de M. l'abbé votre frère, de qui je suis, et de vous particulièrement, à la vie et à la mort, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2) Les bulles qui conféraient à Claude de: Chandenier l'abbaye de Moutiers-Saint-Jean.
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1983. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
31 décembre 1655.
J'aurais grande peine que M [Pesnelle] (1) se mît en tête le voyage de son pays, non seulement pour le besoin que vous en avez et les services qu'il rend à Dieu de delà, mais parce qu'il n'aurait pas satisfaction de la visite de ses parents. J'en sais la raison, mais il ne la sait point, et il n'est nullement expédient de la lui dire. Je vous la dirai bien à vous, Monsieur, à condition du secret, c'est que M. son père a comme perdu l'esprit, en sorte qu'il n'est plus en état de lui assigner aucune pension. Jugez si, le voyant en cette infirmité, il n'en serait pas bien affligé ; aussi ne doit-il pas craindre d'être exclu de la succession ; car je l'assure bien que le parlement ni sa vocation ne l'empêcheront point d'entrer en partage avec Messieurs ses frères. Il a droit de le faire, n'étant pas religieux, de même que les Pères de l'Oratoire, qui succèdent aux biens de leurs parents ainsi que les séculiers. Je vous prie donc, Monsieur, de le divertir tant que vous pourrez de ce voyage.
1984 —A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du dernier de l'an 1655.
Je suis dans une continuelle appréhension que vos grands travaux, épuisant peu à peu toutes vos forces, vous accablent à la fin, en sorte que vous ne puissiez
Lettre 1983. — Reg. 2, p. 234.
1).Le copiste du registre 2 omet le nom. La lettre 2006 montre qu'il s'agit de Jacques Pesnelle.
Lettre 1984. — Reg. 2, p. 201.
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plus vous en relever. C'est pourquoi, Monsieur, évitez, je vous prie, que cet inconvénient arrive. Je sais bien qu'en quelque état que vous soyez, vous soyez content, parce que vous ne voulez que la volonté de Dieu, et que vous savez que ceux-là sont bienheureux qui se consument tôt ou tard pour le service d'un si bon Maître. Cela est bon pour votre intérêt, mais il ne s'ajuste pas aux besoins du prochain. La moisson est grande, et il y a peu d'ouvriers ; vous savez même qu'il y a grande difficulté d'en former de bons, et qu'entre les sujets qui se présentent, peu sont propres et disposés à le devenir jamais.
1985. —A JEAN MARTIN
De Paris, ce dernier jour de l'an 1655.
Monsieur,
Je prie Notre-Seigneur que l'année où nous allons entrer vous serve de marche pour monter à l'éternité bienheureuse.
Je viens de recevoir présentement deux de vos chères lettres, des 9 et 17 de ce mois. Je rends grâces à Dieu de toutes les choses que vous me mandez, et je le prie que de plus en plus il ait agréable de bénir vos conduites. Je le remercie aussi de la grâce qu'il vous a faite de commencer à travailler. J'ai une consolation sensible de ce que cette première mission a été avec moins d'éclat ; car vous en avez plus de mérite, et j'espère que Dieu en aura été plus honoré. Continuez volontiers à faire de même, tandis que vous ne pourrez faire autrement. M. Blatiron m'a mandé qu'il lui est difficile de vous
Lettre 1985. — L. s. -— Dossier de Turin, original.
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prêter des hommes, que néanmoins l'affection qu'il a de vous aider ferait qu'il en parlerait à Mgr le cardinal, pour tâcher de lui faire agréer de vous en envoyer un ou deux. Et comme Son éminence est bonne, elle pourra le trouver bon, et votre zèle se satisfaire. Or, après la recommandation que je vous ai faite, Monsieur d'aller simplement en cette besogne, je vous fais celle-ci, de ménager votre santé et d'avoir soin de celle de vos gens. Monseigneur le marquis aime tant la justice qu'il ne le trouvera pas mauvais. Et à propos de ce bon seigneur, ce que vous me mandez de son exactitude à faire la retraite tous les ans et de la manière qu'il s'y comporte, m'est à grande édification et confusion tout ensemble. Je prie Dieu qu'il conserve aux grands du monde un tel exemple de vertu et qu'il lui donne la plénitude de son esprit pour l'heureux succès de toutes ses conduites.
Je suis en peine de celle que vous avez au sujet du frère [Aubin] (1), et de ce que nous n'avons pas prévu son peu d'adresse pour apprêter à la façon du pays où vous êtes, et pour servir à un nouvel établissement. Nous n'avons personne ici qui parle l'italien et qui vous fût propre, que le frère Balthazar (2), et je ne sais encore si ce serait votre fait. J'en conférerai avec M. Alméras, et nous verrons ; car, autant que je pourrai, je désire vous donner satisfaction, afin que vous ayez moyen d'en donner à vos bienfaiteurs.
Quelques jours après votre départ, nous reçûmes le bref par lequel le Saint-Siège confirme et affermit notre
1) Sur l'original, la place réservée au nom du frère a été laissée en blanc ; il est bien probable qu'il s'agit du frère Aubin Gontier le seul frère qui fût à la maison de Gène le 22 avril 1656.
2) Balthazar Pasquier, né à Morlinronrt (Oise), reçu dans la congrégation de la Mission le 25 novembre 1643, à l'âge de vingt-huit ans.
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petite compagnie, et aussitôt, ayant assemblé la communauté de céans, à la réserve du séminaire, elle fit un acte d'acceptation authentique du même bref, que chacun signa, et ensuite reconnut devant un notaire de l'avoir signé, afin que la postérité voie que cela a été fait juridiquement et en la meilleure forme que cela se peut. Je voudrais pouvoir exprimer avec quels sentiments de joie et de reconnaissance cela a été fait ; mais je serais trop long. Ceux du collège (3) et du séminaire de Saint-Charles en ont fait de même (4), et nous avons envoyé M. Berthe par les autres maisons, afin qu'elles en fassent autant et fassent les vœux selon ledit bref, après l'acceptation, comme nous l'avons fait ici (5). Il a déjà passé au Mans, à Richelieu et à Saint-Méen, et partout on s'est conformé à nous en cette action. Je vous enverrai le modèle de ces actes-là pour vous y ajuster, quand vous les ferez (6) M. Berthe ne va pas exprès pour cet affaire ; son fait principal est de continuer les visites commencées par feu M. Le Gros. Je pense vous avoir mandé que ce cher défunt, visitant le séminaire de Montauban, y fut visité lui même d'une maladie qui l'a conduit au ciel.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà. Tout y va assez bien, grâces à Dieu, et aussi dans le reste de la
3) Le collège des Bons-Enfants
4).Le 26 octobre.
5).Les prêtres, les clercs et les frères coadjuteurs de Saint-Lazare renouvelèrent ensemble leurs vœux le 25 janvier 1656. On apporta un registre dans la salle, celui-là même qui a servi de tout temp et sert encore au jourd hui aux membres de la congrégation qui font les vœux à la maison-mère. En première page était une copie du bref d'Alexandre VII, attestée authentique par le nonce ; venait ensuite une déclaration de saint Vincent au sujet de l'acceptation du bref, la formule des vœux, et enfin une explication du vœu de pauvreté. On fit la lecture de ces différents documents, et tout le monde signa .
5).L'acte d’acceptation du bref d'Alexandre VII par la maison de Turin est du 22 avril 1656
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compagnie, dont j'ai de bonnes relations. Nous continuerons à prier Dieu qu'il donne bénédiction à vos travaux. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J'ai dit un mot à M. Blatiron du secours que vous demandez, et lui témoigne la consolation que j'aurai s'il vous assiste en cette occasion, tandis que Messieurs de Planchamp et Deheaume apprennent la langue, et que néanmoins je le prie de se contenter d'en faire la proposition à Son éminence, et de ne le pas presser. En ce cas, la volonté de Dieu vous sera connue, que vous agissez avec ce qu'il vous a donné (7).
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prêtre de la Mission, à Turin.
1986. — A MONSIEUR FORNE
Janvier 1656.
Monsieur,
J'envoie le présent porteur pour apprendre des nouvelles de l'état de votre santé, que je prie N.-S. qu'il vous redonne parfaite ; et c'est aussi, Monsieur, pour vous apporter la présente, qui tend à vous dire ce que je vous eusse dit hier moi-même, si j'eusse eu l'honneur de vous voir, qui est, Monsieur, qu'ayant pensé à notre
7) Le post-ssriptum est de la main du saint.
Lettre 1986. —Reg. I, f° 70 v°, copie prise sur l'original, qui était de la main du saint.
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affaire du parisis (1) que le roi a mis sur les aides, qu'il me semble qu'il vaut mieux, pour notre particulier, de ne point acheter ce droit-là et de le laisser vendre à d'autres, pour les raisons suivantes, dont La première est que nous avons sujet d'espérer que ce que nous craignions, que l'acquéreur dudit parisis nous brouillerait, qu'il ne le fera pas, pource que, feu M. d'Emery ayant imposé 5 deniers pour livre sur les entrées de vin et pied fourchu (2) il y a 8 ou 10 ans, il ne nous en est point arrivé d'inconvénient, Dieu merci, pource que M. de Marillac (3), qui est le propriétaire de ce droit, en donna la ferme au sieur d'Avrit, votre fermier, comme a fait le partisan du parisis dont est question, ainsi que! vous pourrez voir par sa lettre, que je vous envoie.
L'autre raison, c'est que, si le roi révoque ce droit de parisis, comme il a fait assez souvent d'autres semblables, en ce cas l'on perdra et ce droit et les aides de Melun, dont le fonds est considérable, comme vous savez. De dire qu'on transférera la survaleur du fonds des finances de Melun et que l'on l'unira à celui des aides d'Angers, et que cela affermira lesdites aides, c'est ce qui est difficile ; et quand cela se ferait par une revente desdites aides, un directeur des finances qui viendra ci-après et qui saura, comme tout se sait, que l'on charge le roi de cette finance que le propriétaire de nos aides de Melun jouira, il cassera tout cela, et nous aurions mauvaise grâce de nous en plaindre.
Pour toutes ces raisons, Monsieur, nous avons pensé que, pour notre particulier, il semble qu'il vaut mieux que nous laissions vendre ce parisis, et nous tenir à ce
1) Augmentation d'un quart sur les droits réglés par les tarifs et pancartes
2) Droit sur tout animal au pied fourchu
3). Michel de Marilaac.
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que nous avons et à la parole qu'a donnée M. le procureur général de nous décharger de la rigueur de l'édit qui oblige les propriétaires à l'acheter ; et j'ai cru, Monsieur, que vous n'aurez pas désagréable que je le vous propose et que je vous supplie très humblement de nous donner votre avis sur cela. Je veux espérer de votre charité, Monsieur, que vous nous ferez cette grâce, pour l'amour de N.-S., en qui je suis...
1987. — AU MARQUIS DE CHANDENIER
4 janvier 1656.
Monsieur,
J'ai reçu celle qu'il vous a plu me faire l'honneur de m'écrire au, sujet du prieuré de Chandenier et du rencontre de la proposition que Mademoiselle de Chandenier et M. Lamoignon vous faisaient pour M. Aubry, et de la pensée que vous, Monsieur, aviez pour celui que vous proposez, et avec la déférence que vous rendiez à mondit sieur de Lamoignon pour cela. Or, Monsieur, je vous dirai que j'ai envoyé votre lettre à Messieurs vos frères, et leur ai écrit ; sans leur rien dire pour les incliner d'un côté ni d'autre, estimant qu'il n'appartient pas à un pauvre prêtre comme moi de porter son jugement sur un affaire dans lequel se rencontrent tant de circonstances considérables, et qu'il me suffisait de proposer la chose et d'en demeurer là ; et c'est, Monsieur, ce que j'ai fait. Or vous verrez, Monsieur, par celle qu'ils écrivent à Mademoiselle de Chandenier, la résolution qu'ils ont prise de donner la chose à celui que devant Dieu ils
Lettre 1887. — Reg. I, f° 33 v°, copie prise sur la minute autographe.
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jugent le plus capable ; et je ne doute pas que la manière indifférente avec laquelle vous traitez cet affaire avec M. de Lamoignon ne leur ait fait croire que vous, Monsieur, n’improuverez pas leur procédé. Le mien sera toujours, Monsieur, de vous obéir en tout ce qu’il vous plaira me faire l’honneur de me commander ; et je vous fais pour cela un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle. Je vous supplie, Monsieur, de l’agréer et de me souffrir toujours la qualité de votre…
1988. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Je loue Dieu de l’affection avec laquelle vos ouvriers travaillent et des autres grâces qu’il leur fait, et par eux au peuple. Je prie sa bonté infinie qu’elle leur donne les forces de corps et d’esprit qu’il convient pour un ministère si important et si pénible comme sont les missions. Vous êtes leur Moïse, qui levez les mains au ciel pendant qu’ils combattent les ennemis de Dieu, et même leur Josué, puisque vous combattez avec eux par le moyen des armes, secours, encouragements et adresses que vous leur donnez ; et cependant vous dites que vous ne faites rien, comme si ce que font les membres ne se devait pas attribuer au chef, et comme si vous n’aviez pas une maison à conduire et cent choses à faire et dedans et dehors qui vous occupent jusqu’à l’excès. Je vous prie derechef de modérer votre travail et de vous conserver.
Lettre 1988. — Reg. 2, p. 234.
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1989. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
7 janvier 1656.
Il y a grand sujet de louer Dieu de la suavité avec laquelle toutes nos maisons font l’acceptation du bref portant approbation de nos vœux l ; car chacun témoigne grande joie et grande reconnaissance de ce bref et une égale affection pour s’y soumettre, renouvelant ses vœux et les faisant selon le même bref ; ce qui nous confirme de plus en plus que c’est l’ouvrage de Dieu.
1990. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
M. Le Vacher, de Tunis, demande toujours l’étoffe qu’il a fait espérer au dey en considération de son retour (1).
1991. — TOUSSAINT BOURDAISE, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
Du fort Dauphin, le 10 janvier 1656.
Monsieur Mon très honoré Père,
Votre bénédiction, s’il vous plaît !
Il faut que je vous avoue que je sens un combat en mon esprit et de la douleur en mon âme pour l’affliction que celle-ci
Lettre 1989 — Reg 2, p 17
1) Huit maisons avaient officiellement reçu le Bref avant le 7 janvier ; les autres attendaient la visite de Thomas Berthe pour faire acte d’acceptation.
Lettre 1990. — Manuscrit de Marseille.
1) Voir lettre 1343.
Lettre 1991 — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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vous doit causer. Je ferais volontiers comme Ruben, et déguiserais le funeste accident qui est arrivé à la maison de mon père. Mais Dieu, qui prend plaisir de vous faire souffrir depuis tant d’années, ne manquera pas, comme il a fait jusqu’à présent et comme je l’en prie de tout mon cœur, de fortifier le votre dans cette occasion.
Je vous dirai donc, Monsieur et très honore Père, que le navire de l’Ours, par lequel nous vous écrivîmes notre arrivée en ce pays-ci et ce que nous avions commencé d’y faire, étant parti, au grand contentement de tous les Français, qui le regardaient comme leur unique espérance, après le salut ordinaire et l’avoir conduit de vue avec des cris de joie au delà de tous les dangers du rivage, nous commençons de nous préparer à recevoir M. de Pronis, notre gouverneur. Là on orne le fort et on apprête le banquet ; chacun se réjouit et se met en ordre ; le canon tire et les fusiliers et mousquetaires saluent. Et voilà que par malheur la bourre d’un tombe sur un des pavillons, dont la couverture est plus facile à brûler que le chaume. On court au feu, mais trop tard, car le boulevard, tout rempli de bois, est tout en flamme, avec un grand magasin tout plein de futailles nécessaires au navire. Chacun tâche de les sauver. Les uns abattent la couverture ; les autres jettent de l’eau ; Monsieur Mousnier et moi sauvions les hardes de l’église, car elle est vis-à-vis ces corps de logis. Et puis le vent, qui portait la flamme dessus, faisait beaucoup appréhender un embrasement total. Mais Dieu nous fît cette miséricorde de se contenter de ces deux logements, lesquels furent réparés en peu de temps.
Trois jours après, on avertit les soldats pour le voyage des Imaphalles, qui était résolu de si longtemps. Monsieur Mousnier, mon cher supérieur fait tous ses efforts pour y aller, comme il avait fait à celui d’auparavant ; il demande et est refusé. Je l’en divertis autant qu’il m’est possible, vu le danger qu’il y a de s’exposer trop au travail devant que l’on soit fait à l’air du pays. Il voit qu’il était mort des gens sans confession dans les voyages précédents et que quelques-uns partaient pour celui-ci, lesquels n’avaient été à confesse depuis six ans et ne s’en étaient pas mis en peine depuis six à sept mois que nous étions arrivés. Enfin il presse et il obtient son congé. Je m’offre d’y aller, mais on ne veut pas, à cause d’une incommodité que j’avais. Nous tâchons derechef de l’en divertir ; mais c’est en vain. Je lui représente que dans ce voyage on est quelquefois deux et trois jours sans trouver de l’eau, que le chemin est rude, qu’il faut aller toujours nu-pieds, que l’on ne trouve pas de
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bons vivres aisément et que le voyage est de vingt-cinq journées pour aller, et autant pour revenir Tout cela n’est pas bas, tant le zèle d’aller le premier parler de Dieu en des lieux où son sacré nom était inconnu, lui fait trouver ces choses douces, se faisant à soi-même ce tacite reproche que, si tant de jeunes gens y allaient avec tant de courage, poussées peut-être du seul motif de gain ou d’honneur, que lui, à plus forte raison, y devait aller pour un si noble dessein.
Le premier dimanche de carême, nous faisons son paquet. Vous lui donnons trois bons nègres, tant pour porter ses ornements que pour l’aider dans la nécessité ; et le lendemain il part quarante Français et bien deux cents nègres, tous bien délibérés et en bon ordre. Deux jours après, nous eûmes nouvelle que Monsieur Mousnier avait marié une négresse bien jolie avec un Français, pour apaiser une querelle qui s’était élevée entre deux Français à cause d’elle, ce qui nous réjouit beaucoup, et qu’un autre avait déjà passé promesse de mariage.
Pour moi, je me préparais à faire le voyage de la mer Rouge, comme j’avais promis à Monseigneur (1) et à M. de La Forets, lequel m’ayant fait l’honneur, le second samedi de carême, environ sur les neuf heures, de venir chez nous pour se réjouir avec moi de son voyage et me proposer d’apprendre la langue de Madagascar, l’on nous vient avertir que le feu est derechef au fort, mais que ce n’était rien. Nous courons vitement et ne fûmes pas plus tôt arrivés que nous vîmes une case et le devant de l’église tout en flammes. Je cours aux fenêtres ; je saute dedans ; je jette coffres, ornements, livres, chandeliers et le reste. Enfin, voyant ce torrent engloutir tout cet édifice, je prends le saint tabernacle, que je donne à porter à un Français. Mais le respect le faisant craindre de toucher ce précieux gage, je l’encourage et d’une main tremblante il l’emporte. Moi tout transporté, je regarde si je pourrai sauver quelque chose. Je vois deux ou trois beaux tableaux, qui étaient la parure de notre autel ; mais la violence de cet élément me contraint de me sauver. Je saisis donc le parement et la nappe d’une main, l’arrachant de force, et me jette par la fenêtre, à laquelle je me trouve accroché et pendu à un clou. Je me débats et romps toute ma soutane et mes habits. Le feu prend en même temps dans deux magasins et dans la maison du gouverneur. Tout le monde emporte ce qu’il peut ; mais chacun, voyant cette furie, songe à soi et tâche de jeter tout hors de sa maison. Mais quoi !
1) M. de Pronis, gouverneur
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il n’est plus temps ; les couvertures sont tout en feu. Celui qui a soin du magasin, qui était plein de riz, dans lequel étaient les poudres, crie que l’on vienne à son secours, et on ne l’entend point ; le bruit de la flamme et les cris confus en empêchent. Un le voit par hasard, lequel m’appelle. le cours. Nous sauvons un baril de poudre lorsque le feu, qui prend à tous ceux qui restaient dans ledit magasin, fait un bruit de tonnerre, enlève tout le toit et écarte tous les cotés. Pour lors, tout est de feu et de flammes. Tout le monde quitte le fort et se sauve comme il peut. Je cours à notre case comme la plus proche du fort. La chaleur est si grande que l’on a peine de respirer. Nous mettons des gens aux côtés des maisons avec de l’eau, à cause des flammèches que le vent portait de toutes parts. On jette dans la cour toutes les hardes. Chose merveilleuse que, en moins de demi-heure, tout le fort, avec quarante ou cinquante corps de logis, furent réduits en cendres ! Quel spectacle, Monsieur, de voir le sacré tabernacle à terre au milieu d’une cour ! Mais quoi ! Notre-Seigneur est toujours adorable, quelque part qu’il soit. Nous travaillâmes jusqu’à minuit, avec de grandes appréhensions pour le village. Mais, le vent étant changé, nous commençâmes à respirer. Le feu y demeura quatre jours, avec de prodigieux brasiers.
Je n’ose passer sous silence le zèle pieux d’un matelot lequel entra dans l’église tout embrasée pour sauver le portrait de la sainte Vierge, lequel il apporta tout en feu, à demi brûlé.
Cela fait, on commence tout de nouveau à refaire une forteresse au plus tôt, et nous à nous faire une église et à placer le saint sacrement au plus tôt. Et pour cela, je prends une jolie case que j’avais achetée pour faire prier Dieu les nègres, à laquelle je fais une balustrade d’un coté et dans le devant, afin que ceux qui seraient dehors pussent entendre aisément la sainte messe. Mais les injures du temps incommodent beaucoup ceux qui restaient dehors, et je ne pouvais parler en public. Nous nous mîmes à l’allonger, laissant un balustre tout autour, excepté le chœur, et un portique au devant, afin que les passants, car elle aboutit sur un grand chemin, du moins vinssent voir les cérémonies, en cas qu’ils fussent honteux d’entrer ; ce qui a beaucoup servi ; car il en vient toujours en quantité, lesquels, voyant prier les autres, s’apprivoisent peu à peu et connaissent qu’il n’est pas impossible d’apprendre, comme leur font entendre les Roandries. Et comme il faut tâcher de profiter de tout, je la pare le plus joliment que je peux ; je la tends de tiges et d’images, qui étaient le reste du feu ; et voyant qu’ils étaient fort curieux
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de voir mon horloge, je la place en un lieu fort en vue dans notre chapelle. Cela me donne toujours occasion de leur parler de nos mystères. Ils sont étonnes de voir que cela vit et que cela parle, disent-ils. Ils la nomment tantôt Amboa volamena, c’est-à-dire chien d’or, et qui est son nom ordinaire, tantôt malinga, qui veut dire un ange. Mais je leur dis que les anges étaient plus beaux que le soleil et que toutes les choses qu’ils voient, à cause qu’ils servent à Dieu et font tout ce qu’il désire ; que si eux se faisaient baptiser et gardaient ses commandements, ils seraient aussi beaux que le soleil, et que leur âme qui est morte, vivrait. Ils m’écoutent volontiers et avouent qu’il n’y a rien de meilleur que de se faire baptiser.
Une maison d’une négresse étant devant l’église et empêchent que les passants ne vissent prier Dieu je lui dis que sa maison n’était pas bien devant la maison de Dieu. Elle me dit : "Tu dis bien, Zanahary est un grand maître" ; et à même temps se met à l’ôter ; ce qui m’obligea à lui donner une honnête récompense.
Mais voici la fin d’avril et le temps que nos Français doivent arriver. Nous sommes tous en attente. M. de La Forest souhaite son monde, les autres leur compagnon, et moi mon supérieur. Le vingt-troisième mai, sur les trois heures du soir, parait de loin sur une éminence un Français. Tout le monde court et s’assemble, ravi d’entendre des nouvelles, les nègres aussi bien que les Français. Il dit d’une voix languissante que le voyage avait été malheureux, qu’ils n’amenaient que tris peu de bétail, d’autant que tous ces gens-là étaient révoltés. n’avaient voulu vendre le bétail de l’habitation, qu’ils avaient tué de nos meilleurs nègres, et montraient l’or et l’argent qu’ils avaient reçus des Roandries pour tuer les Français, et qu’enfin tous avaient été malades jusques à l’extrémité.
Dieu sait s’il y a sujet de se réjouir. Vous eussiez vu la tristesse peinte sur le visage de tous. Le gouverneur demande s’il n’y a personne de mort. Il répond qu’il n’y en a qu’un, mais qu’ils ont été contraints d’en laisser douze fort malades à six journées de là. Je le suppliai de me dire comment se portait M. Mousnier ; et il me dit qu’il est fort malade et qu’il y a six jours que l’on le porte en tacon ; c’est comme une civière que quatre nègres portent sur leurs épaules. Ah ! mon Dieu, quelle surprise ! Mon cœur est tout glacé. Je supplie à l’instant M. de La Forest de me donner congé. Il me refuse, disant que je tomberai malade. Je viens me jeter aux pieds de N.-S., où après avoir donné quelque chose à la douleur, je me relève ; et me sembla que je devais
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partir, tant pour le réjouir, que pour lui porter des médicaments. Je retourne et demande derechef congé à Monsieur de Pronis, notre gouverneur, lequel me l’accorde. Je pars avec notre homme et deux nègres pour nous guider. Il était bien quatre heures du soir. Nous cheminons jusque bien avant dans la nuit, que, ne voyant goutte et ayant rencontré un village, nos guides ne voulurent passer plus avant à cause des eaux fréquentes et des rivières. Je demeure dans la case du tompon. Je m’enquête de lui où étaient les Français. Il me dit qu’un nègre venait d’arriver et qu’ils étaient à demi-journée de là et que lompy sakabira, c’est-à-dire le prêtre, demeurait là, d’autant qu’il était bien malade. Mon Dieu ! que cette nuit me sembla longue ! Il n’était point de lune. Nous ne laissâmes pas pourtant de partir devant jour et cheminons à grande hâte. Enfin nous rencontrons les Français en si mauvais état qu’ils ne pouvaient porter leurs fusils et traîner un pied l’un devant l’autre. Le premier salut, ce fut de me dire de hâter le pas, si je voulais encore voir M. Mousnier en vie. Ah ! quel coup ! C’est pour lors que je quitte tout et passe devant, rempli de tristesse. Nous arrivons au village sur les neuf heures. On me conduit à la case. Mais de tant loin que je l’entendis râler, je vis bien qu’il était à l’agonie et que c’en était fait et que Dieu lui prolongeait seulement In vie pour recevoir le dernier sacrement. Car on me dit qu’il y avait trente-six heures qu’il était comme cela sans connaissance. Je lui donne au plus tôt l’extrême-onction en présence de six à sept Roandries et de quelques Français qui n’en pouvaient plus. Ils montraient tous de la tristesse de le voir en cet état ; ce qui fut cause que je leur parlai de l’incertitude de la vie et leur dis que celui qu’ils voyaient près de mourir était venu pour leur apprendre à croire en Dieu et à le servir et les faire vivre par après dans le ciel où ils n’auraient plus de mal, ni de peine, et que le moindre esclave serait un très grand roi, s’il était baptisé et servait bien Dieu, et quoique le corps de mon frère allât mourir, son âme toutefois ne pouvait mourir, laquelle allait monter au ciel, d’autant qu’elle était baptisée et avait bien servi à Dieu.
Ils écoutaient cela volontiers et me disaient : "Cela est bon ; cela est bon."
Ensuite je considère ce pauvre malade ; je lui tâte le pouls et vois qu’il avait une grosse fièvre. Je me fais raconter sa maladie. On me dit qu’il y avait quinze jours qu’elle le tenait, qu’il avait toujours voulu cheminer à pied excepte les six dernières journées, qu’il avait été apporte sur un tacon, sur lequel il avait tant souffert à cause des branches et des épines qui le heurtaient en passant dans les bois ;
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aussi avait-il le visage tout meurtri ; qu’il avait beaucoup souffert, faute d’eau, l’espace de trois jours ; et enfin qu’il y avait cinq jours qu’il n’avait mangé.
Nous prenons une plume, lui arrosons la langue et la bouche de vin d’Espagne. Je vois que cela desserrait un peu l’œsophage et décollait sa pauvre langue. Je prends courage. Je lui fais frotter l’estomac les pieds et les mains avec du vin tiède ; et voyant que cela lui donnait un peu de vigueur, je fais continuer à lui arroser la bouche de temps en temps jusque vers une heure après midi que, trouvant son pouls beaucoup diminué, je vis qu’il n’y avait plus de remède et qu’il fallait que je demeurasse seul dans une terre si éloignée, et me mettais en pensée les peines et travaux prodigieux que cet homme si robuste avait soufferts depuis six ans pour venir en ces pays. "Mon Dieu ! disais-je, que vos jugements sont secrets et vos voies éloignées de celles des hommes ! Vous voulez la conversion de tant de milliers d’âmes dans des pays si éloignés, et néanmoins vous retirez sitôt les personnes qui y viennent avec tant de courage !" Et puis il me semblait que la mort de si braves ouvriers devait être la semence des chrétiens en ces dernières contrées, de même que celle des martyrs l’avait été dans l’Europe. Ensuite j’adorais ses divins conseils et me jetais entre ses bras. Enfin après avoir tous demeuré une heure et demie ou deux heures en prières à faire les recommandations de l’âme, il passa de cette vie en l’autre aussi doucement qu’un enfant, sans jamais faire aucunes grimaces. Sa face devint très belle.
Hélas ! il n y avait si petit ni si grand qui ne témoignât de la douleur. Son décès arriva à trois heures après midi, la veille de l’Ascension, et feu M Nacquart, un lendemain de ladite fête, qui est le temps que Notre-Seigneur fit son entrée glorieuse au ciel et y conduisit tous ces grands patriarches qui avaient tant travaillé pour sa gloire.
Voilà, mon très cher et très honoré Père, ma peine et la douleur de mon pauvre cœur ; voilà, dis-je, le sujet d’affliction que j’avais peine à vous déclarer. Mais quoi ! Dieu a voulu adorons sa divine providence.
Ayant enfin délibéré de ce que je ferais du corps à cause de la chaleur et longueur du chemin, je résolus de le faire apporter à quelque prix que ce fut, tant pour le mettre auprès de nos Messieurs que pour avoir proche de moi après la mort celui qui m’était compagnon pendant sa vie.
Or, ayant cheminé presque toute la nuit, nous nous rendîmes à Tholanghare le lendemain à neuf heures. Chacun accourt chez nous tant pour regretter le défunt que pour me consoler. Mais hélas ! si Tobie ne se pouvait consoler pour avoir perdu
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sa vue, comment l’aurais pu faire après avoir perdu ma conduite spirituelle et temporelle ?
Je dis la messe haute des défunts pour le repos de son âme le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, et nous l’enterrâmes avec tout l’honneur possible. Il n’y avait aucun nègre qui n’y fut et ne témoignât de la douleur. Cela fait, je me retire pour songer à moi, voyant l’incertitude de la vie ; je fais inventaire de tout, puis je repasse la vie de notre défunt en mon esprit et tâche de faire moi seul ce que nos Messieurs font dans nos maisons. Oh ! que ce m’était un doux entretien, le zèle et l’affection dont il me parlait de la vertu, lorsque nous étions ensemble dans le séminaire !
L’amour qu’il portait à la sainte Vierge et sa mortification étaient si grands qu’il ne les pouvait cacher. Il parlait incessamment de la glorieuse Vierge et était si fort affectionné aux fêtes que l’église célèbre en son honneur que ces jours, là il était dans une dévotion extraordinaire et avait même composé des discours pour toutes et sur toutes les vertus de cette Mère de pureté. Il lui avait fait vœu de lui dire tous les jours son chapelet, afin qu’elle lui obtint la grâce de venir dans les pays étrangers.
Pour les macérations et austérités du corps, il n’a jamais quitté la discipline et les veilles, et je l’ai vu souvent passer des jours de jeûnes avec un peu de riz à l’eau et de fromage. Il souffrait beaucoup les jours maigres pour ne vouloir manger de la graisse, laquelle sert ici de beurre, qui ne s’y trouve point. Son désir de souffrir a assez paru lorsqu’il passa deux ans durant à faire l’aumône dans la Picardie et la Champagne pendant les guerres et la famine. Il fallait qu’il allât à pied à quatre et cinq paroisses les desservir, avoir soin de donner et faire manger les malades. Quelles injures quels affronts n’a-t-il point soufferts ! quels hasards n’a-t-il point courus !
Mais quoi ! ne parlerai-je point des désirs ardents qu’il avait de donner sa vie à Dieu dans les pays éloignés, des travaux prodigieux et des fatigues qu’il a souffertes pour dis poser les choses de ce voyage ? Certes je serais trop long. Je vous les laisse à penser, puisque vous en avez été témoin comme moi. Je ne vous dirai non points les peines étranges qu’il lui a fallu souffrir pendant tout le voyage à venir de France : car la personne qui le devait soulager était celle qui l’affligeait d’avantage. Je ne dirai rien non plus des souffrances que je lui ai causées, Dieu m’a laissé au monde pour les reconnaître et en faire pénitence. Seulement je me contenterai de vous dire les travaux qu’il a soufferts dans le dernier voyage des Imaphalles, lequel l’a contenté le plus puisqu’il l’a fait souffrir jusqu’à la mort.
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Il lui a fallu faire près de deux cents lieues, nu-pieds, dans des chemins étroits, fort raboteux et pleins de montagnes, manger quelque peu de viande havie et boire de l’eau puante et croupie par l’espace d’un mois, ne manger que fort petitement de méchantes fèves cuites à l’eau, sans sel, ni sans sauce, passer des trois jours à cheminer sans trouver une goutte d’eau pour boire et avec cela avoir tous les jours la fièvre. Les Français me racontant les maux qu’il avait soufferts disaient que, par l’espace de six jours, il avait été apporté comme un mort dans un linge suspendu à un bâton, que deux hommes portaient, et que tout le long du chemin, il avait été heurté beaucoup contre les roches et contre les arbres et qu’une fois qu’il faisait grand froid ils le passèrent la rivière quasi entre deux eaux. Son corps était tout livide et comme une squelette (2).
Je sais que cela est beaucoup. Mais, mon Dieu’quelle peine d’esprit, quelle douleur ne sentait-il point lorsqu’il voyait tant d’offenses contre Dieu, sans y pouvoir mettre ordre ! Quelles calomnies ne lui a-t-il fallu souffrir ! De quelles gènes sa conscience tendre n’a-t-elle été tourmentée ! On lui demanda s il n’avait rien à me dire ; il dit qu’il eut bien désiré me voir pour se confesser Et comme les Français lui disaient de demeurer à quelques vingt lieues de l’habitation, il fit réponse qu’il fallait souffrir et retourner vivement, afin que j’allasse à la mer Rouge avec Monsieur de La Forest, comme il lui avait promis. tant de travaux auraient-ils été inutiles ? Non, certes, car Dieu, qui voyait son cœur, donna une bénédiction particulière à son voyage. Il y baptisa trois de ces femmes débauchées, lesquelles il maria à des Français, qui vivent fort bien et sont l’exemple des femmes de malgaches. Il a empêché plusieurs désordres, échauffé le cœur de ces idolâtres à la foi chrétienne et fait prier Dieu soir et matin les Français et les nègres.
Pendant ce voyage, il dit la sainte messe toutes les fêtes et dimanches et fit faire les Pâques à une grande partie des Français, secourut les malades avec un très grand zèle. Plusieurs m’ont assuré qu’il avait toujours jeûné et dit son bréviaire pendant tout le voyage qui est une fatigue incroyable.
Voilà, mon très honoré Père, le peu que j’ai pu découvrir de ses vertus, depuis que j’ai eu le bonheur d’être avec lui. Je sais qu’il se cachait tant qu’il pouvait et que plusieurs de ses vertus ne nous seront connues que dans l’autre vie.
Après avoir apaisé un peu ma douleur et donné à tout le meilleur ordre que je peux, M. de La Forest fait voile, au
2) Ce nom s’employait au féminin au XVIIe siècle.
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grand regret de tout le monde. On se console néanmoins sur son prochain retour, lequel doit mettre ordre à toutes choses.
M de Pronis continue à faire réparer le fort, et moi à faire prier Dieu et instruire ces pauvres néophytes. Tous les jours, quelques-uns se font baptiser. Vous en verrez quelquefois deux, trois quatre, huit, dix nouveaux qui viennent apprendre et écouter prier Dieu. Vous les voyez quelquefois contre la porte qui allongent la tête et sont tout honteux. Ils sont si respectueux pour l’église que, lorsqu’ils ont quelque maladie ou incommodité qui peut dégoûter les autres, ils n’osent entrer dedans.
Rencontrant trois ou quatre fois un qui avait la petite vérole, lequel écoutait de loin, je lui demandai ce qu’il faisait là, il me dit : "Moi j’écoute seulement ; j’ai la petite vérole et suis honteux d’aller dans la maison de lanahary." Je lui dis que Dieu ne regardait que l’âme et qu’il n’était comme les hommes, qui regardent à la beauté du corps. M’interrompant, il me dit. "Fais-moi donc prier." Ce que je fis, dont il témoigna de la joie.
Le même arriva à un pauvre, qui a les deux jambes rompues et va sur les mains. Il me dit : "Moi suis pauvre et les jambes rompues ; ne peux entrer à la maison de Dieu." Je lui dis que les pauvres seraient les plus grands, s’ils étaient baptisés et priaient bien Dieu, et que, lorsqu’ils seraient au ciel, ils n’auraient plus les jambes rompues, qu’ils auraient le corps bien fait et seraient lumineux, comme le soleil il me répondit seulement : "To, to", c’est-à-dire voilà qui est bon, voilà qui est bon. Il a continué de prier Dieu l’espace d’un mois avec beaucoup de peines et sait toutes ses prières.
Un, me voyant dire la sainte messe et faire prier Dieu, s’en vint dans la chambre pour prier en particulier, et, après avoir fait, je l’exhorte à désirer d’être baptisé et être serviteur de lanaitary, qu’il ne songeât plus à ces olis, qui n’étaient que du sable et du bois seulement, et que leurs Ombiasses les trompaient. Il dit qu’il était vrai et que les prêtres de lanahary étaient ompit sakabira toko, c’est-à-dire vraiment prêtres. Baptise-moi, dit-il, lorsqu’il sera venu de tes frères"
Leur ferveur va croissant tous les jours ; et quoique M. de Pronis, qui est hérétique, nous fasse un peu d’ombre, cela n’empêche pas que Dieu n’en retire toujours sa gloire ; car lui m’ayant prié de dire aux Français d’assister aux prières du soir et du matin et que lui les ferait aussi en même temps en sa chambre, je connus que c’était pour y attirer des nègres, comme de vrai, car tous ceux qui étaient à son service n’allaient aux prières que chez lui, et même je fus averti
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que deux femmes des Français étaient prêtes d’y aller. Je les en détournai du mieux que je pus, sans toutefois leur faire connaître la différence de religion ; ce que j’ai toujours caché, disant qu’ils étaient baptisés et qu’ils priaient Dieu comme nous autres. Et lorsque sa petite fille venait voir prier, je pli faisais dire son Pater en français devant tous ; ce qui ne faisait pas peu pour rassurer ces pauvres gens, qui s’efforcent de venir soir et matin aux prières, à l’exemple des bons Français.
Dès lors, ne voyant accablé de monde qui venait à toute heure prier Dieu, je fus contraint de les faire tous prier Dieu tout haut dans l’église ; à quoi ils s’arrangent fort exactement, tant les petits que les grands. Plut à Dieu, Monsieur, que vous et tous nos Messieurs entendissent les doux accords nouveaux que tant de voix discordantes de jeunes et de vieils, d’hommes et de femmes, de pauvres et de riches, rendent, étant tous unis à la foi du même Dieu !
J’ai baptisé, ces jours passés, une muette âgée de quelques dix-huit ans. Elle venait incessamment chez nous, je lui montrais des images et tachais de lui faire concevoir notre religion. Elle connaissait par ces figures qu’il y avait un grand Roandrie ; et lui montrant l’enfer avec les démons, elle me fit signe que c’étaient les voleurs et ceux qui tuent et les méchants qui y allaient. On lui fit aussi entendre qu’il ne fallait pas que les filles eussent la compagnie des hommes, et qu’elle serait belle comme le portrait des anges qu’elle voyait. Certes, elle est à édification à tout le monde ; elle ne manque de venir soir et matin aux prières avec les autres, prend de l’eau bénite, fait le signe de la croix, se met à genoux avec tant de modestie qu’elle ne lève jamais les yeux. Je crois que c’est une âme fort agréable à Dieu.
J’ai baptisé quatre ménages de nègres c’est-à-dire l’homme et la femme et les enfants. Le premier, ce fut un bon vieillard, âgé pour le moins de quatre-vingt-dix ans il se mou. rait d’un flux de ventre, qui venait manque de chaleur naturelle et de nourriture. En étant averti, je vais le voir ; j’entre dans une si petite case qu’un homme avait peine d’y être de son long, et si basse que, étant a genoux, la tête touchait au faite du logis. J’y vois sa femme, de pareil âge, qui faisait du feu jour et nuit pour échauffer ce pauvre corps. Je lui parle et m’enquête de son mal Je lui baille un peu de et de bonne nourriture, et le voilà guéri Le lendemain, je le rencontre qui apportait du bois, lequel me dit : "Tu es un Dieu ; je suis guéri ; je suis ton esclave toujours." Je lui fais réponse que c’était Dieu qui faisait tout, lequel avait donné la force à ce médicament. Je lui
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dis qu’il vint apprendre à prier, lui et sa femme ; ce qu’ils ont fait tous les jours, et tous leurs enfants. Monsieur le gouverneur leur a fait donner l’ordinaire. Ils se portent bien et travaillent autant que des jeunes gens. Plusieurs viennent bien sept ou huit jours pour apprendre ; mais quand il faut continuer, ils se dégoûtent. Je les fais venir par l’espace de deux et de trois mois, excepté les vieillards, qui n’ont pas de mémoire. J’ai fait attendre une fille un an entier, à cause qu’elle me semblait effrontée ; elle, sans discontinuer, est toujours venue prier Dieu ; enfin sa persévérance m’a gagné ; je l’ai baptisée, et elle est fort bien.
Mais à propos de mariage, je vous dirai qu’outre les trois que feu M. Mousnier a faits, et un, qui était du temps de M. Nacquart, j’en en fait huit de Français et de femmes débauchées. Elles ont été les premières qui sont venues prier Dieu, des premières baptisées et les premières qui ont zélé l’honneur de Dieu. Elles sont, à cette heure, l’exemple, comme je vous ai dit, des autres femmes, lesquelles me disent qu’elles veulent être comme celles des Français, c’est-à-dire mariées tout de bon. Un Français demandant à une si elle voulait offenser Dieu, elle se piqua de cela, disant qu’elle était mariée et qu’il faisait mal de lui parler de la sorte. C’est un bon signe, ce me semble.
Nous avons eu toutes les peines du monde à faire sortir les femmes publiques. J’ai été contraint d’aller dans les cases avec une corde pour les chasser, et cela après avoir usé de prières et supplications et que M. le gouverneur m’avait dit de le faire.
Il y a quatre Français, qui n’ont encore été à confesse, lesquels m’ont donné beaucoup de peine, et cela à cause des femmes. Il y en a un qui en a encore une publique aux champs. Il dit bien qu’il la veut épouser, mais il ne le tait pas, et il en a ainsi abusé trois, depuis que nous sommes ici. Cela fait un mauvais effet. N.-S. y veuille mettre ordre, s’il lui plaît !
Ces gens ici ne s’emportent point de paroles et se paient doucement de raisons. C’est pourquoi les injures et la colère les surprennent et leur blessent le cœur. Nous tachons de les accoutumer à souffrir sans dire mot. Du commencement, elles se plaignaient hautement de leurs maris ; mais elles ne le font plus. Quatre nègres ayant été mariés du temps de M. Nacquart et leurs femmes éloignées par les guerres, ont été remis ensemble avec beaucoup de peine ; il a fallu user de menaces. Ils font bien à présent, excepté un des maris qui ne vient pas à l’église.
Je vous dirai en passant qu’un homme qui est trouvé…
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avec une autre femme que la sienne, est condamne à tuer deux, trois et quatre bêtes, selon ses commodités, pour faire panser la femme débauchée… Je dis : pour la faire panser, car sa propre femme en ses parents vont casser la tête à cette mauvaise femme avec un bâton, mais le plus souvent avec une serpe. Tous les parents et amis mangent de ladite bête, excepté le seul mari.
Les femmes sont fort jalouses de leurs maris, et les maris de leurs femmes, en telle façon qu’ils s’espionnent le plus souvent. Et lorsqu’ils ont quelque soupçon ils jurent d’être quinze jours et un mois sans venir à la maison ; ce qu’ils observent exactement.
Une chose horrible et exécrable est que les pères et mères, parents et autres font commettre le péché aux petits enfants dès leur plus bas âge, qui est ce qui leur donne cette inclination et habitude si pernicieuse. Vous verrez de petites filles de l’âge de quatre, cinq et six ans pécher… ; et c’est en cet âge qu’elles sont les plus effrontées et qu’elles savent le plus de mal… Je ne crois pas que l’on puisse trouver un enfant au dessus de trois ans sans être corrompu ; ce qui fait voir qu’il faudra beaucoup travailler pour guérir cette plaie. Quelques-unes commencent pourtant à ouvrir les yeux et à connaître la grandeur de ce mal, et les pères et mères qui prostituaient leurs enfants ont honte de cette infamie.
Je prie N.-S., qui est le vin qui germe les vierges, qu’il donne la pureté à ces pauvres gens et qu’il détruise ce monstre, qui est le plus grand mal du pays.
La fille d’un très bon nègre, et lequel veut être baptise, s’en vint chez nous et me dit : "Mon cœur est fâché ; tu ne me baptises pas ; tu vois que je sais prier Dieu." Je lui fis réponse que je le souhaitais, mais que j’avais peur qu’elle ne fit comme celles qui avaient été mariées du temps de M. Nacquart, et qu’après elle ne songeât plus à Dieu, ou qu’elle ne fut débauchée. Elle repart aussitôt : "Ne dis pas cela, toi, car je ne veux pas être mariée, ni aller avec les hommes" Je la fis mettre à genoux devant ses compagnes et promettre qu’elle ne croirait qu’en Dieu et qu’elle le prierait et ne porterait plus d’olis ; ce qu’elle promit de bonne grâce. Le parrain qu’elle désirait étant aux champs, nous avons différé son baptême.
Nous sommes en peine de parrains. Ce que voyant, je leur dis qu’ils pourraient être parrains et marraines étant baptisés, et que c’était un grand honneur, mais qu’il fallait que ceux-là fussent bien sages et instruisissent et empêchassent d’offenser Dieu ceux qu’ils tiendraient. Cela les fait chercher
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des petits enfants à baptiser. Un de mes nègres le lendemain m’amena un petit garçon, pour être son parrain. Après l’avoir interrogé et fait promettre de bien faire, je lui fis tenir cet enfant, auquel il a baillé toutes ses braveries, le fait prier Dieu et lui donne une partie de sa nourriture.
Ces pauvres Indiens ont recours à moi dans leurs maladies, dont je rends grâces à N.-S. ; car, dès qu’il y en a quelqu’un de blessé ou qui est malade, ils me viennent quérir pour recevoir quelque petit rafraîchissement ou soulagement, ce qui sert beaucoup ; car c’est dans ce temps qu’ils m’écoutent plus volontiers. Et cela a été cause que j’ai baptisé quatre petits enfants, qui incontinent après sont morts et par conséquent sont montés au ciel. Nous les avons enterrés avec les cérémonies accoutumées, faisant porter des cierges aux petits enfants de leurs âges. Il y avait sur le corps un linge blanc et des bouquets. La première fois, cela les étonna, mais leur ayant expliqué ces cérémonies, ils furent tous bien aises, leur assurant que ces enfants morts avec le baptême étaient comme des anges au ciel. Un vieillard fort hardi m’interrompit et dit qu’il fallait pleurer comme à l’ordinaire. Or, il faut savoir que ces pleurs consistent à tuer des bêtes et à chanter et à sauter devant le corps et à leur porter à manger et à boire. Je leur dis qu’ils savaient bien que le corps pourrissait et qu’il ne pouvait manger, et que l’âme, laquelle ne mourait point et ne mangeait non plus, vivait d’une autre façon au ciel et priait pour eux, et que je n’empêchais pas le père de traiter ses amis. Pour lors ils dirent que j’avais bien dit et que ce vieillard n’était pas savant. Les pères et mères ensuite coupèrent leurs tresses et ôtèrent leurs affiquets.
Ils ont cette coutume de porter toutes les semaines ou tous les mois du vin dans de petits pots et du riz, qu’ils envoient dans les sépulcres de leurs morts. Les esclaves mangent ce riz et boivent ce vin, puis viennent dire que le mort se porte bien, qu’il a bien bu et mangé. Voyez, je vous prie, l’abus de ces pauvres gens. Je leur dis que leurs pères ont fait cela pour leur faire connaître que l’âme est immortelle et que partant ils doivent servir à Dieu, s’ils veulent vivre toujours heureux dans le ciel.
Ils ont aussi de coutume lorsque leurs parents sont malades, de faire plusieurs danses et olis, et, lorsqu’ils voient qu’ils se portent mieux, ils font du vin de miel, et chacun en prend plein sa bouche, lequel il crache au visage du convalescent. Ils disent que c’est pour chasser la maladie et les renforcer. Ils leur jettent aussi quelquefois du sang, principalement lorsqu’ils ont la fièvre chaude ou qu’ils ont l’esprit
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faible ; car pour lors on leur fait des lettres au front avec un bâton de tamotamo, ou autrement de palma Christi.
Pour la circoncision des hommes, elle est extravagante, tant à la façon qu’aux cérémonies qu’ils observent. Je ne vous en dirai mot, d’autant que je crois qu’on vous l’a mandé. Pour celle des femmes, ils disent que leur accouchement est leur circoncision. On m’a dit que, devant qu’une femme accouche, il faut qu’elle dise tout le mal qu’elle a fait et toutes les personnes avec qui elle a offensé. Il faut aussi ouvrir tous les paquets et paniers qui se trouvent dans la maison ; car ils croient que, si elle n’avait tout confessé, elle ne pourrait accoucher. C’est toujours quelque avance pour les dire au sacrement de pénitence.
Mais laissons ce discours et disons que voilà des nouvelles qui viennent d’arriver, d’un jeune Français qui était resté malade, du voyage des Imaphalles, lequel a été massacré par les Ombilambo, c’est-à-dire voleurs de bois, qui se cachent dans des buissons. Il y en a dans les pays ruinés. Ils ne donnent guère de quartier, s’ils vous peuvent surprendre. On nous avertit aussi que les grands recommencent la guerre. nonobstant leur jurement et accord fait avec M. de La Forest. Dian Panola, le plus grand du pays d’Anossi, passe secrètement la montagne avec tout son train ; ce qui met les Français bien en peine, à cause du peu de monde qui reste et qu’il faut envoyer une partie d’iceux à plus de cent lieues pour quérir des bestiaux, ce qui oblige les Français de se saisir de Dian Machicore, qui est le conseil de tous les autres. On l’assure que l’on ne lui veut point de mal, mais que seulement on avait pitié de ce qu’ils voulaient miner tout le pays, comme ils avaient déjà fait, et que, s’il voulait sortir, il fallait qu’il baillât son fils en otage et un de chaque grand ; ce qu’il a fait à bon temps et comme par une spéciale providence de Dieu, comme vous verrez ci-après Machicore étant ainsi détenu, sa femme et ses enfants sont venus demeurer avec lui. Ils me sont venus voir plusieurs fois, sans que j’aie rien gagné avec eux. Enfin un jour je leur montrai les ornements de l’église et les vases sacrés ils étaient ravis et voulaient les toucher. Je leur dis qu’il n’y avait que les prêtres qui les pussent toucher, mais pour leur montrer que ce n’était pas à cause de l’or seulement qu’ils estiment comme un Dieu et auquel leurs esclaves n’osent toucher, je leur baillai à toucher une tasse d’argent doré. La femme du roi la prend et la met sur sa tête, et puis la baise, disant. "Lay la, lay la", cela est grand, cela est grand. Tous les autres ensuite en font de même. Cela fait je prends cette tasse, la jette par terre et crache dessus et leur
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dis que ce n’était que de la terre jaune, laquelle n’avait point d’esprit puisqu’elle ne pouvait parler, ni se relever de terre, et que, pour moi, je ne me souciais point d’or ni d’argent, mais seulement de Dieu qui est le grand Maître et qui tait tout l’or et l’argent. Ensuite je lui dis la différence des vaisseaux sacrés. Cette femme de Machicore fut touchée ce coup-là et commença à prier Dieu et me promit de venir ; ce qu’elle continua huit jours, amenant avec elle tous les enfants de son mari, savoir deux grands garçons et deux grandes filles à marier et le petit Jérôme, qui est baptisé, et tous ses esclaves. Je les faisais tous les jours prier Dieu, et même ils venaient à l’église. Sur la fin, Machicore vint aussi prier Dieu ; mais, connaissant qu’ils avaient de la peine à souffrir les esclaves assis dans la chambre où ils étaient, car les esclaves sont toujours assis à terre devant eux, je les prévins et leur dis que je savais bien leur grandeur et que, lorsqu’ils seraient baptisés et viendraient en l’église, je leur baillerais une place selon leur qualité : mais que chez moi je ne pouvais pas faire asseoir à terre les esclaves, à cause de la quantité de monde qui venait incessamment prier Dieu. Cela les contenta, et voyant que Dian Machicore était incommodé d’une jambe, j’allais tous les soirs les faire prier Dieu dans leur case. Je vous dirai franchement, Monsieur, que mon cœur était tout ravi, voyant ce roi à genoux, avec toute sa famille, prier Dieu dévotement. Je lui parlai de se faire baptiser. Il me fit réponse que, pour lui, il était trop vieil, mais qu’il voulait bien que je baptisasse sa femme et ses enfants ; ce que je n’ai pu faire, à cause qu’ils s’en retournèrent incontinent après, lorsque les petits enfants furent arrivés.
M. de Pronis, notre gouverneur, étant tombé malade et surpris de la mort, quoiqu’il n’eut que fort peu avancé pour la sûreté des Français, m’a toujours témoigné beaucoup d’affection, à laquelle je tachais de correspondre par tous les services qui m’étaient possibles. Sa maladie était une colique néphrétique violente et de vingt et un jours. Il m’envoya quérir à minuit le jour de devant sa mort, et, en présence de tous les Français, me pria de vouloir écouter ses dernières volontés d’autant qu’il savait bien qu’il allait mourir. Moi j’écrivais ce qu’il me dicta confusément. Ensuite après lui avoir été demander conseil sur chaque affaire et particulièrement comme quoi il fallait se gouverner avec ceux de la nation, il me recommanda son enfant et me pria d’en avoir soin. Mais voyant sa grande difficulté de parler, on le pria de reposer un peu. Je lui jetai quelques mots touchant sa conversion à la foi, comme je l’avais fait autrefois. Sur quoi
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ne m’ayant point répondu, je crus que c’était à cause de quelques hérétiques qui étaient là présents ; c’est pourquoi j’offris le saint sacrifice de la messe que je devais dire bientôt, afin que Dieu lui donnât lumière et disposât de tout selon son bon plaisir. Le jour étant venu, je pris congé de lui, disant que j’allais prier Dieu pour lui. Il m’en remercia et supplia tous les Français de faire le semblable.
Je célèbre donc la sainte messe et recommande son âme à tous. Cela fait, il m’envoie quérir derechef et me met se petite fille entre les mains, après lui avoir dit adieu. Et me voyant seul avec lui, brûlant du désir de son salut, je lui dis : "Monsieur, vous savez l’affection que je vous porte, je suis prêt d’engager non seulement ma vie, mais mon salut éternel pour les vérités de l’église romaine ; ce n’est pas le bien que je prétends de vous qui me fait parler de la sorte, mais c’est votre bien seulement."
Il pensa un peu et puis me dit qu’il savait bien ce qu’il avait à faire, et me priait de le laisser mourir en repos. Je lui dis : "C’est, Monsieur, pour vous mettre en repos que je prends cette hardiesse de vous parler de l’affaire dont dépende une éternité de bonheur ou de malheur pour vous." Il me réplique : "Monsieur, laissons tout cela ; il n’est plus temps" ; et incontinent perdit la parole et passa sur les onze heures du soir, sans donner aucun signe de conversion.
Mon Dieu ! quelle douleur en mon âme ! il est vrai qu’il avait promis à feu M. Nacquart de faire abjuration : mais croyez que le peu de temps qu’il avait fréquenté ses parents l’avait bien perverti. Il avait toujours travaillé les fêtes et dimanches et souvent fait travailler les nègres, même le jour de la Fête-Dieu et la saint Jean. Par trois fois je lui en ai dit mon sentiment et qu’il ne faisait pas bien et que Dieu ne bénirait pas ses ouvrages ; comme de vrai, car toute la peine qu’il a prise, c’était à bâtir une maison, dans laquelle il n’a jamais logé. Rien ne lui réussissait Dieu est juste. Sa petite fille, qui était désireuse de venir à l’église et de prier comme les autres, n’a point manqué d’y venir toujours quatre fois le jour. Elle savait parfaitement deux jours après la mort de son père, le Pater, l’Ave, le Credo et Confiteor, le Benedicite et l’Agimus, chose qui m’émerveilla. Elle a fort bon esprit et la prendriez pour une femme tant elle est sérieuse. J’ai cherché une honnête femme pour avoir soin d’elle et qui y prit garde comme il faut ; mais c’est ce que je n’ai pu trouver.
Il est arrivé un orage si impétueux qu’il a enlevé la plupart des couvertures des maisons et même des maisons tout entières. Il tomba une prodigieuse quantité de grêle, grosse
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comme des balles, et toute glacée ; c’est ce qui ne se voit point en ces pays. Il n’a pas beaucoup fait de tort, Dieu merci. Nous craignons bien pour les riz à cause de la famine qui est à présent dans le pays.
Je voudrais que vous vissiez la misère de ces pauvres Indiens. Ils mangent jusqu’à l’herbe crue, comme les bêtes. On voit souvent les petits enfants qui mangent le sable lorsqu’ils ont faim. C’est un instinct de la nature, de peur que les boyaux ne rétrécissent. Je ne sais à quoi je dois attribuer cette misère, qui arrive tous les ans pendant deux ou trois mois, ou bien à l’avarice des grands, qui prennent tout ce que peuvent avoir ces pauvres gens, ce qui fait qu’ils n’amassent jamais rien et vivent sans souci, ne réservant jamais rien pour le lendemain, ou bien à un châtiment de Dieu, de ce qu’ils ne lui rendent pas l’honneur qu’ils lui doivent, ou plutôt à une miséricorde qui par là les abaisse et humilie, nous les rend plus faciles à convertir. Plusieurs ne demanderaient pas mieux que de se faire baptiser ; mais je veux qu’ils sachent prier Dieu avant, et c’est pendant ce temps que je les éprouve et apprends leurs déportements.
Quelques-uns connaissent un peu les choses spirituelles. Je disais à un qui entend fort bien le français, que mon cœur souhaitait qu’il me servit d’interprète et que je le récompenserais. Il me répond généreusement : "Tu te moques ; il ne faut rien prendre quand on sert à Dieu." Je lui dis derechef : "Je te le baillerai donc, à cause que je t’aime." Il me repart aussitôt : "Ne parle point, car mon cœur ne prendra rien pour cela." Il sait fort bien ses prières et cherche une femme pour être tous deux baptisés et mariés en même temps.
Ces jours passés, un ampanefy volamena, c’est-à-dire orfèvre, étant venu travailler où j’étais, je fus surpris de voir le peu d’outils avec quoi ces gens-là travaillent ; car sa forge était un petit plat de terre ; son soufflet, un calumet ; et son enclume, la tête d’un clou ; et avec cela ils travaillent de bonne grâce et font des ouvrages si délicats et bien faits, que l’on ne croirait jamais qu’ils fissent ces choses, si l’on ne les voyait. Je lui parlai de la diversité d’outils, fourneaux et grandes forges à fer. Sur quoi il me dit : "Je suis étonné, nous autres n’avons point d’esprit, les Vazaha c’est-à-dire les Français, sont trop grands." Je lui dis qu’il était vrai qu’ils n’avaient pas d’esprit d’autant qu’ils ne connaissaient pas Dieu, lequel donnait la sagesse à ceux qui étaient baptisés. "Nous le voyons bien dit-il, et nous nous ferions baptiser, s’il y avait cent ou deux cents Français ici." Véritablement je sais de plusieurs qu’une des choses qui a retenu et retient encore
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ces gens ici de se faire baptiser, c’est qu’ils ont peur que les Français ne demeurent pas longtemps dans l’île, ou que, étant peu, les blancs ne les fassent massacrer. Ces orfèvres sont fort estimés de tous, et est dé fend u en tout temps de leur faire aucun tort.
La famine étant venue si grande devers le mois de juillet que plusieurs nègres mouraient de faim, j’ai fait une marmite ici pour tous les enfants, tant baptisés que non baptisés, lesquels sont ravis d’avoir tous les jours une cuillerée de potage. Ils y viennent un bon nombre. Je leur fais le catéchisme moi-même tous les jours à midi. Ils sont assez attentifs et modestes. Il y vient même des mères apporter leurs petits enfants ; ce qui me réjouit ; car ils sucent ce lait spirituel fort avidement. Je suis résolu de continuer toujours, vu le fruit qui en provient, et pour les exciter davantage. Même les enfants des Français qui n’y manquent point. Je donne, tous les dimanches, un prix à celle ou à celui qui a le mieux dit ; ce prix est une médaille ou une croix de cuivre.
Et à propos de croix, je vous supplie très humblement, Monsieur, de nous en envoyer s’il vous plaît, mille ou deux mille, grandes comme la moitié du doigt, ou plus grandes, si vous le voulez bien. Il les faudrait massives et de cuivre seulement ; car d’étain, ils les coupent pour mettre à leurs bracelets. Cela est une marque pour les faire connaître ; car ils les portent au col comme aussi les chapelets que je leur donne, lesquels ne sont pas bons de bois, d’autant qu’ils se cassent incontinent et aussi d’autant qu’ils déteignent. Il les faudrait d’os ou de corne blanche ou teintés en rouge ; car de noir, il ne les aiment pas.
Pour ce qui est des Agnus, il n’en faut point, d’autant qu’ils portent des olis au col qui sont comme cela ; c’est de la cire, dans laquelle il y a du sable.
Pour donc plus facilement faire retenir les points de notre foi à ces petits enfants j’ai prié l’interprète de me tourner mot à mot en la langue du pays notre petit catéchisme ; ce que nous avons fait ; et me sert beaucoup, d’autant que j’ai été contraint, pour plusieurs raisons, de ne me servir plus d’interprète.
Mais moi-même tous les dimanches, après avoir dit la sainte messe, les fais prier Dieu tout haut, et puis leur parle l’espace d’un quart d’heure. Si toutefois je ne me fais pas bien entendre, le premier homme ou la première femme l’explique aux autres. Ils s’échauffent de plus en plus à notre sainte foi, en telle façon que je vois venir tous les jours de nouvelles personnes prier Dieu. Toutes les femmes de Tholanghare sont dans le désir de se faire baptiser et d’être mariées à
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l’église, comme aussi beaucoup d’hommes. S’il y avait ici deux ou trots prêtres, j’espérerais que, devant un an, presque tout le pays d’Anosi, quoique grand, serait baptisé. Il y a deux ou trois des principaux maîtres de villages qui m’ont dit qu’ils se feraient bien baptiser, mais qu’il n’y avait personne pour les faire prier Dieu. Je tache de les porter à désirer d’être baptisés et leur en fais produire des actes, afin que ce baptême in voto supplée dans la nécessité.
Je leur apprends à se confesser. Il y a douze grandes personnes et deux enfants qui ont rendu le devoir. J’espère que devant Pâques tous se confesseront, s’il plaît à Dieu. Ils se rendent très assidus aux prières du soir et du matin, et même à midi. Les honteux et les vieilles gens viennent chez nous, et je les fais dire en particulier.
Nous avons institué de faire le pain béni tous les dimanches ; ce qui les encourage beaucoup, se voyant traités comme les Français. La semaine passée, m’apercevant que quelques-uns ne venaient que lorsque les prières des Français étaient faites, je jugeai aussitôt qu’ils croyaient que nos prières étaient particulières et seulement pour nous ; ce qui m’obligea de leur déclarer que personne ne dit son Pater qu’il ne prie pour tous les catholiques et que ceux qui sont en France priaient pour eux, et eux pour ceux qui sont en France, que nous ne faisions qu’un même corps. Et aussi ils voient bien que l’on ne nous baille à tous qu’un même pain béni. Cela les contenta fort, et n’ont manqué de venir de bonne heure, Dieu merci. Les femmes d’elles-mêmes se sont séparées des hommes dans l’église ; elles se placent au bas, ou bien proche le balustre, quand il y a trop d’hommes.
Je vous dirai ceci en passant, Monsieur, qu’à présent que j’écris, toutes les femmes du village dansent depuis le matin jusqu’au soir et pendant toute la nuit, avec des mouvements de corps si puissants que vous ne sauriez croire comme elles y peuvent résister. Cela se fait pour leurs maris, qui sont en guerre. Mais, chose étrange ! dès lors que l’on sonne la prière, elles quittent toutes leurs danses et viennent à l’église. La première fois, voyant leurs seins découverts je leur dis que je ne trouvais pas mauvais qu’elles dansassent pour passer l’ennui de l’absence de leurs maris, mais qu’elles feraient mieux de cacher leur sein et que les femmes de France seraient honteuses de les voir de la sorte. Elles dirent toutes d’une voix : "To, to", c’est-à-dire tu dis bien et dès lors cachèrent leur sein. En ces danses filles portent trois baguettes de trois sortes de bois, qui sont, disent-elles pour rendre leurs maris heureux. Elles sont masquées en hommes et font comme si elles se combattaient les unes avec les
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autres, et cela avec de grands cris et acclamations et en cadence, battant la terre des pieds si fort, qu’elles la font trembler. Elles tiennent les bras étendus, se haussent et baissent et font des grimaces étranges. Moi je leur dis que, si elles veulent que leurs maris se portent bien et gagnent la bataille, il le faut bien demander à Dieu, qui ne manquera de leur donner la victoire.
Depuis peu, trois braves jeunes hommes hérétiques ont fait abjuration de l’hérésie et ont montré une force et un courage merveilleux en cette action. Un autre est mort dans le dessein et le désir, car la parole lui manqua lorsque nous allions commencer. Ce n’est pas peu pour le bon exemple des nègres. Il en reste encore deux, à qui j’espère que Dieu fera la grâce de connaître la vérité. Je vous supplie, Monsieur, de recommander cette affaire à Notre-Seigneur.
Je m’oubliais de vous dire que j’ai été désireux, pendant l’absence du navire, d’apprendre à lire en la façon du pays, tant pour connaître mieux leurs tromperies que pour trouver quelque moyen de leur faire connaître la vérité. Je tais donc venir chez nous un des plus grands et plus savants Ombiasses du pays, lequel s’appelle Rabobe, et qui s’est vanté d’avoir fait mourir feu M. Nacquart par ses olis, lui ravi d’être chez nous, et moi bien aise de pouvoir savoir lire et écrire Il me propose tout d’abord d’acheter un de leurs livres, afin de lire dedans. C’était ce que je désirais le plus. Il m’en apporte deux, que j’achète. Je fais marché avec lui pour m’enseigner, et commence à travailler tout de bon. En peu de temps j’appris à écrire et puis à épeler. Et comme j’étais bien aise de me servir de l’occasion et que je désirais savoir les principes de leur loi pour mieux expliquer nos mystères, je prie un jour notre interprète de venir pour m’aider. Il vient, et M. le gouverneur s’y trouve aussi. Je lui fais donc demander ce qu’il pensait de la création. Il nous raconta des choses ridicules, savoir que Dieu avait jeté l’homme comme un morceau de chair, lequel, après être grand, fit un si grand feu qu’il pensa brûler le ciel, ce qui fâcha grandement Dieu, et mille autres fables, que je serais ennuyeux de vous écrire. Je lui demandai aussi touchant Abraham. Il nous dit que, s’étant fâché contre son fils et voulant le sacrifier à Dieu, il fut changé en un taureau ; et fut une heure à nous raconter cette fable. Ensuite je lui demandai ce qu’il pensait de Salomon, qu’ils nomment Mose. Il dit que, comme il était petit, il criait si haut proche de sa maison, que Dieu l’entendit du ciel et envoya un ange pour lui demander ce qu’il voulait. Lui ne voulut point dire à l’ange et cria plus tort, de sorte qu’il étourdissait Dieu, lequel vint parler à lui, et pour l’apaiser
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lui fit donner une vache pour lui donner à téter ; et continua cette histoire pleine de sottises.
Voyez, Monsieur, je vous prie, l’aveuglement et l’ignorance de ces pauvres gens, et s’il n’est pas vrai que Dieu a permis qu’en voyant ils ne voient point, et qu’entendant ils n’entendent point. Je lui demandai s’il ne savait pas bien que Salomon avait fait un temple et comment il l’appelait. Il dit qu’il n’en savait rien. Je lui fis demander comment il appelait un autel sur lequel on sacrifice ; il dit que cela s’appelait lafika, qui veut dire un tapis que l’on met à terre et sur lequel ils sacrifient. Enfin, voyant qu’il ne savait rien, je lui demandai d’où venait qu’il était si ignorant. Il me fit réponse que c’était a cause qu’un grand livre qui était chez le roi avait été brûlé. Mais c’est une menterie, d’autant que ce livre a été brûlé depuis peu ; et connus que c’était pure ignorance ; car, voulant lui faire expliquer ce qu’il me montrait à lire, il dit qu’il ne l’entendait pas. Cela m’étonna. Je demandai à l’interprète l’explication, croyant qu’il ne la voulait pas dire pour quelque raison ; mais il m’assura que ni lui ni eux ne le sauraient expliquer, mais qu’ils lisaient et écrivaient cela comme un paysan quelque oraison en latin ; ce qui me découragea de perdre davantage de temps à apprendre à lire, vu que cela ne me servirait que fort peu et que Dieu me donnerait la grâce de l’apprendre, lorsqu’il viendrait un dictionnaire arabique. Je prends donc une grande Bible dans laquelle sont les images, et lui montrai comme s’était passée la création, et quelques autres mystères. Mais lui ne prenait pas de goût à cela, étant enivré de ses rêveries. Je lui parlai de se faire baptiser et de lui bailler de l’avance, en cas qu’il voulut enseigner nos mystères aux peuples. Il me dit qu’il le voulait bien ; mais je pense que ce n’était que de la bouche.
Ce sont ces Ombiasses-là qui font le plus de mal, car ils intimident tellement les peuples qu’ils croient qu’ils peuvent les faire malades et mourir quand ils veulent, et leur faire toutes sortes de maux Il est vrai qu’ils se servent quelquefois méchamment de mauvaises racines, lesquelles, quoiqu’elles ne soient pas poison, indisposent néanmoins et rendent malades. Celui-là même me fit présent d’un pot de miel, lequel était plein de la raclure de ces racines et de monsavy ; ce sont des petits morceaux de bois en façon de charmes. Mais cela n’a aucun effet.
Je vous envoie, Monsieur, un de leurs livres, dans lequel vous pourrez voir tous leurs olis, qui sont comme des oraisons qu’ils écrivent sur de l’écorce et les font porter au col. Il y en a pour toutes les maladies et pour toutes sortes de richesses. Les Ombiasses impriment quelquefois avec un fer
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chaud des caractères aux grands, qui sont les marques de grandeur. Ils portent aussi une ceinture pleine de papiers écrits, qu’ils appellent soraty. Ces mêmes Ombiasses ont aussi plusieurs figures et caractères bleus imprimés sur leur peau.
Mais pour revenir à ces quatre petits Roandries, qui sont les fils de tous les plus grands de la terre, lesquels on tient en otage pour la sûreté de l’habitation, ils sont venus fort longtemps prier Dieu. Ils savent fort bien leurs prières. Il y a le fils de Machicore, qui est ondoyé. Comme je m’aperçus qu’ils portaient des olis au col, je leur dis que leurs dieux ne pouvaient parler et n’avaient point d’oreilles, et que ce n’était que du sable seulement, et qu’il les fallait jeter. Ils demandèrent un couteau ; ils les coupent et les jettent et ensuite me demandent de petites croix pour les mettre à leur col. Je leur en donnai de cuivre et leur dis que le roi de France en porte une. Ils étaient tout glorieux et ils la portent toujours. J’attends ceux du navire pour être leurs parrains et les baptiser. Ils le désirent beaucoup.
Nos gens qui étaient allés en campagne après la mort de M. de Pronis sont revenus en bonne santé, Dieu merci. Mais les blancs par présents ont fait soulever tous les peuples contre eux, et ont failli y perdre la vie, et Dian Panola, qui est le chef de tous les autres, est fâché d’avoir manqué ce coup et brasse des trahisons plus que jamais, en telle façon que l’on fut contraint de se saisir de sa personne jusqu’à ce que M. de La Forest fût de retour, pour y mettre ordre.
Mais voici le dernier et le plus grand de tous les malheurs qui nous sont arrivés et par lequel je finis. On voit venir le navire ; chacun se réjouit ; on saute, danse ; il est proche ; mais il ne salue point. La peur saisit un chacun ; on se parle à l’oreille, savoir ce que ce peut être. Enfin on met à terre des gens, qui ne sont pas plus tôt arrivés qu’ils disent que M. de La Forest est mort et que la barque est perdue. La plupart pleuraient. Vous eussiez dit que chacun avait perdu son père. On leur demande comment cela est arrivé. Ils disent que la cause de tous les malheurs sont les grands, lesquels avaient envoyé par terre de l’or et de l’argent aux maîtres des pays où devait aller M. de La Forest, afin de le faire assassiner, et leur avaient de plus fait dire que c’était un homme qui ne valait rien, et qu’il n’était pas comme M. de Pronis en telle façon qu’un jour, M. de La Forest se promenant, il vient un grand nègre demander à se battre contre lui. Lequel lui donna un coup de volo sur la tête. M. de La Forest fit semblant seulement de le coucher en joue et ne le voulut pas tuer, de peur de perdre la traite. Il s’enfuit.
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Mais ils prirent avantage de cela, en telle sorte que, sept ou huit jours après, ayant apporté des marchandises, ils le pressèrent de les venir voir ; à quoi il se laissa aller ; et en descendant pour cet effet une petite colline, il fut assassiné, après s’être longtemps défendu. Mais la perte de son sang pour un coup qu’il avait reçu sur la tête, lui fit faillir les forces. Ce fut le quatrième juillet que cela arriva, et trois autres furent aussi assassinés avec lui, sans jamais avoir le temps de tirer un coup, desquels le frère de M. Gaudin, docteur de Sorbonne, et lequel est tourangeau, en était un. La raison pour quoi les grands ont fait cela a été l’envie ; car voyant cet homme si bien fait et de si bonne grâce, à qui non seulement les Français, mais même les nègres portaient tant d’honneur et d’amour, lequel mettait si bon ordre à tout, ils jugèrent que c’était tout de bon qu’il allait fortifier l’habitation.
Ce jourd’hui, j’ai baptisé une famille de quatre et marié le père et la mère. Dian Mananghe, duquel j’ai baptisé les deux enfants aines et qui est un grand Roandrie, après lui avoir parlé de se faire baptiser lui et tout le reste, comme aussi son père et son frère, que sont rois comme lui ne s’en sont pas éloignés et me demandaient souvent s’il était vrai que celui qui serait baptisé irait au ciel et que celui qui ne le serait pas irait en enfer et même me demandaient les choses assez en particulier. Il laisse ici son plus jeune garçon, lequel il m’a donné permission de baptiser. C’est beaucoup pour des grands. Si celui-là était baptisé, il y en aurait bien d’autres. Le grand-père, qui a près de cent ans, lequel néanmoins se porte bien et est très prudent, me demandait si je baptisais les vieillards et si on ne faisait point de mal ; sur quoi l’ayant satisfait il me dit que cela était bien et qu’il y penserait. Mais je lui dis que dès à présent il n’eut point de croyance aux olis, mais seulement à Dieu, et désirât d’être baptisé et qu’il invoquât Dieu lorsqu’il serait en crainte.
Le fils aîné de Dian Mananghe, lequel s’appelle Dian Masse et qui est baptisé, est un des plus vaillants du pays et a un très bon esprit. Il est fort bien fait, prie Dieu tous les jours devant ses gens le lui disais d’instruire sa femme et ses gens ce qu’il m’a promis. Ils partent demain pour s’en retourner.
C’est tout ce que je vous puis mander à présent, vous suppliant de faire prier Dieu pour la conversion de ces pauvres gens et pour la mienne particulière, qui suis, Monsieur mon très honoré Père, votre très humble et très obéissant fils et serviteur.
T. BOURDAISE,
indigne prêtre de la Mission
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1992. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Vous savez qu’entre les ouvriers dont il est parlé dans l’évangile (1), quelques-uns furent appelés sur le tard, qui furent néanmoins récompensés au soir, comme ceux qui avaient travaillé dès le matin. Ainsi mériterez-vous autant d’attendre en patience la volonté du Maître, que de l’accomplir lorsqu’elle vous sera signifiée, puisque vous êtes prêt à tout, prêt à partir et prêt à demeurer. Dieu soit loué de cette sainte indifférence, qui vous rend un instrument très propre pour les œuvres de Dieu !
1993. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
14 janvier 1656.
Je ne sais si je vous ai mandé comme il a plu à notre Saint-Père de confirmer notre petite compagnie et l’usage des vœux simples. A tout le moins je vous prie de nous aider à en remercier Dieu. Cette approbation nous déclare néanmoins du corps du clergé séculier.
1994. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 2n janvier 1656.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai point reçu de vos chères lettres depuis la dernière,
Lettre 1992 — Abelly, op. cit., 1. III, chap. V, sect. II, p. 45.
1). évangile de saint Mathieu XX, 1-17.
Lettre 1993. — Manuscrit de Marseille. L’original était de la main du saint.
Lettre 1994. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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que je vous ai écrite de ma propre main, et ainsi je n’ai rien à vous dire, sinon que voici une lettre d’un de vos parents sur le sujet de M. votre frère, duquel je ne sais pas qu’on ait aucune nouvelle. Je prie Dieu qu’en quelque part qu’il soit, il soit bien, et qu’il adoucisse la peine que vous en avez. Je le prie aussi, Monsieur, qu’il vous fortifie en votre travail, afin que vous ne succombiez pas sous le faix, mais que vous puissiez continuer à rétablir en sa grâce les âmes qui s’en sont éloignées par l’ignorance et le péché. Pour cela, il est à désirer que vous ménagiez bien votre santé et que vous joigniez à ce soin une grande confiance en sa bonté ; car ainsi elle vous sera propice en tous vos besoins et prendra plaisir de bénir les services que vous lui rendez. Ce sont les souhaits de mon pauvre cœur, qui est plein d’estime et de tendresse pour le vôtre et qui embrasse affectionnément votre petite compagnie.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p. d. l. M.
1995. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
21 janvier 1656.
J’ai reçu une lettre de M. B. avec la vôtre ; mais dites-lui, s’il vous plaît, que je ne fais point de réponse à ceux qui ne font pas ce dont je les ai priés, et que, lorsqu’il l’aura fait, je lui écrirai. J’ai écrit autant ou plus de lettres en Alger qu’à Tunis depuis 8 ou 10 mois ; cependant M. Barreau, par ses dernières, dit n’en avoir reçu aucune, au lieu que ceux de
Lettre 1995. — Manuscrit de Marseille
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Tunis disent en avoir reçu 6 ou 7. Je vous prie de me mander si vous en savez la cause. Peut-être que les barques par qui vous les avez envoyées se sont perdues. Il y avait une lettre de change qu’une bourgeoise de Paris envoyait à son fils esclave ou plutôt renié, qui a dessein de se sauver et qui lui avait demandé 4 ou 500 livres à prendre à Venise, quand il y arriverait, pour s’habiller et s’en venir. Or cette mère est en peine de n’en avoir point de réponse, aussi bien que moi. Si vous avez une occasion présente d’en écrire un mot audit sieur Barreau ou à M. Le Vacher, je vous prie de le faire.
1956. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 21 janvier 1656.
Vous ferez bien, Monsieur, de ne garder aucun argent à part, mais de le mettre entre les mains du procureur, lequel ne doit pas ignorer que c’est au supérieur à disposer de ce qui est dans la procure, et encore moins doit-il trouver à redire à l’emploi que vous en ferez. Je vous prie donc de ne faire aucune difficulté de lui en demander, quand besoin sera. Chacun sait que vous n’êtes pas pour en abuser, ni pour faire des dépenses superflues.
Vous n’êtes pas sitôt arrivé de vos missions que vous voilà dans un autre emploi, par les exercices que vous donnez aux curés, au lieu de prendre quelque repos. Oh ! que celui que Dieu vous prépare au ciel sera grand puisque vous en prenez si peu sur la terre, où vous consumez votre vie pour l’amour de Notre-Seigneur, qui a donné la sienne pour notre salut ! Je le prie pourtant
Lettre 1996. — Reg. 2, p. 205.
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qu’il vous conserve longuement, pour faire que sa mort soit efficace sur les âmes que vous assisterez.
1997. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
Rome, janvier 1656.
En la mission que nous venons de faire à Breda nous avons remarqué une grande assiduité du peuple à nos sermons et catéchismes, auxquels ils assistaient avec un si grand désir d’en profiter, que ce qu’ils y entendaient faisait une vive impression dans leurs cœurs, en sorte qu’on les voyait après s’instruire et s’exhorter les uns les autres. Toute la matinée du jour de la communion se passa en réconciliations et embrassements qu’ils se faisaient les uns aux autres ; en quoi l’on voyait manifestement la force de la grâce de Dieu ; car les plus apparents du lieu, tant hommes que femmes mettant bas tous les respects humains, ne faisaient point difficulté de s’humilier devant les plus pauvres et leur demander pardon des fautes qu’ils avaient commises à leur égard. Mais quand ce Vint à la prédication, qui se fit immédiatement devant la communion les cœurs s’attendrirent de telle sorte que peu s’en fallut que plusieurs ne tombassent évanouis. Et celui qui prêcha fut contraint d’interrompre par deux fois son discours et de cesser de parler pour arrêter le cours des larmes et des soupirs de ce bon peuple. La prédication étant achevée, un prêtre du pays s’avança vers le grand autel, où, s’était prosterné en terre, il demanda hautement pardon de la vie scandaleuse qu’il avait menée, premièrement à Dieu et ensuite au peuple, lequel, étant extraordinairement touché d’un tel exemple, se mit à crier tout haut : Miséricorde !
Le diable, envieux de tant de bons succès, s’efforça de les traverser en troublant le bon ordre et la bonne disposition de ce peuple dans la procession qui se fit après les vêpres, au sujet de la préséance qui était réciproquement prétendue par quelques confréries de pénitents établies en la paroisse. Mais Dieu, par sa bonté, empêcha ce désordre en ce que, pendant la contestation, quelqu’un ayant avancé que le prédicateur avait dit que la préséance appartenait aux Pénitents vêtus de blanc le grand respect qu’un chacun avait pour tout ce que
Lettre 1997. — Abelly, op cit., 1. II, chap. I, sect. III § 2, p. 63.
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venait de cette part, fit que tous acquiescèrent à cette parole sans en faire une plus grande discussion et par ce moyen la procession se fit avec grande piété et avec une singulière édification d’un chacun.
Je crois ne devoir pas ici omettre une chose, qui est qu’ayant exhorté le peuple d’acheter une croix d’argent pour servir à leur église, il n’y en eut aucun qui ne voulut avoir part à cette bonne œuvre, en sorte que, chacun ayant fait ses petits efforts pour y contribuer, la somme qui fut recueillie se trouva monter à cent écus qui était plus qu’il ne fallait.
1998. — A LOUISE DE MARILLAC
[Janvier 1656] (1)
Mademoiselle Le Gras verra, s’il lui plaît, si ce projet de lettre (2) pour Nantes est comme il faut ; sinon, elle y changera, ajoutera et ôtera ce qu’elle jugera à propos (3) :
"Monsieur, par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, vous nous demandez, de la part de Messieurs les pères (4), une autre fille qui entende à composer les remèdes autant pour le moins que la sœur Henriette, autrement non. A quoi je vous dirai, Monsieur, que nous n’en avons point de si avancées en cet office, bien que nous en ayons qui le savent faire à suffisance et qui l’ont exercé et l’exercent utilement dans les paroisses de Paris, sans que jamais il y en ait eu plainte (5) et de celles-ci nous vous en donnerons une dont vous aurez sujet de vous contenter. Peut-être s’en trouvera-t-il quelqu’une entre] es cinq qui sont dans l’hôpital, et,
Lettre 1998. — L. non s. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Voir note 8
2) A M. l’abbé de La Meilleraye, principal administrateur de hôpital de Nantes.
3). Ces premières lignes sont de la main du saint.
4). Les administrateurs de l’hôpital de Nantes.
5). Ces neuf derniers mots sont de la main du saint.
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en ce cas, nous y enverrons une fille, qui servira les malades à la place de celle-là qui entreprendra l’apothicairerie ; et s’il n’y en a pas une qui soit assez dressée pour cela, nous l’enverrons d’ici. Que si vous, Monsieur (6) n’en voulez aucune ni de là ni d’ici pour cet emploi, si elle n’a la même expérience que celle que vous nous avez renvoyée, vous excuserez, s’il vous plaît, notre impuissance, et vous aurez agréable que nous en demeurons au terme du traité, qui n’oblige point nos sœurs à faire les remèdes. Je vous supplie, Monsieur, de me mander la dernière intention de Messieurs les pères sur ceci et s’ils trouveront bon que nous leur envoyions une sixième fille, puisque, pour faire les autres offices, cinq ne suffisent pas, joint que c’est (7) les accabler de travail (8)."
1999. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 28 janvier 1656.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres en même temps, des 8 et 13 janvier. J’avais déjà su la bénédiction qu’il a plu à Dieu donner à vos travaux en la mission de Pianezze (1) par une lettre
6) Mot ajouté en interligne par saint Vincent.
7). Première rédaction : s’ils ne veulent. Le saint a corrigé de sa propre main.
8). Louise de Marillac ajouta ces mots au bas de ce projet de lettre : "Réponse à cette lettre de Monsieur l’abbé de Meilleraye projetée par Monsieur notre très honoré Père en janvier 1656, par laquelle l’on doit remarquer l’esprit d’humilité, de douceur, de support, de prudence et fermeté, et particulièrement l’esprit de Dieu en lui, par lequel nous devons croire qu’il agit toujours selon les effets que Dieu en fait connaître, dont il soit glorifié à jamais."
Lettre 1999. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Petite commune du Piémont.
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que M. le marquis m’a fait l’honneur de m’écrire où il témoigne en être fort satisfait. Dieu en soit loué ! J’en ai une consolation très sensible. Mais je suis également affligé du peu de secours que vous recevez de vos gens et du peu d’affection que quelques-uns témoignent à la langue du pays et aux fonctions de la compagnie. Je prie Dieu qu’il leur fasse connaître le tort qu’ils ont d’en user de la sorte et le compte qu’ils en rendront au jugement de Dieu, s’ils ne se portent à leur devoir, en la vue des besoins du pauvre peuple et des exemples que vous leur en donnez. Vous ne devez attendre personne de Gênes pour vous aider ; car, M. Blatiron ayant parlé à Mgr le cardinal pour vous prêter M. Richard, S [on] E [minence] a changé de discours, qui est un signe que cette proposition ne lui plaisait pas. Nous vous destinons à la vérité un prêtre savoyard, qui prêche bien (2) ; mais je ne sais s’il parle italien, et encore ne pourra-t-il arriver à Turin que vers le carême. Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre premier et votre second dans les autres missions que vous allez entreprendre. L’assistance singulière que vous avez reçue de lui en celle que vous venez de finir doit augmenter votre confiance en son secours dans les suivantes ; et j’espère que vous en recevrez davantage que vous n’avez fait de la part de vos prêtres. Nous tâcherons aussi de vous envoyer un frère autre que Lasnier, lequel nous avons mis à l’apothicairerie, afin de le rendre capable de prendre la place d’Alexandre (3), si Dieu disposait de lui.
Je rends grâces à Dieu de ce que votre fondation est faite. Mondit seigneur m’en a dit un mot en général, et vous m’en écrivez le particulier. Je lui ferai une lettre
2) M. de Musy
3) Le frère Alexandre Véronne
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de remerciement au premier jour ; mais de lui faire connaître la grandeur de notre reconnaissance, il n’y a que Dieu qui le puisse faire. Souvenez-vous de régler votre dépense au revenu.
Vous êtes hors de peine à présent, aussi bien que nous, de l’absence de M. votre frère ; car je pense que vous avez su comme il est allé à Rome. M. Blatiron me mande qu’il est à Gênes, logé en leur maison, attendant l’occasion de partir avec sa compagnie. Ce sont de jeunes hommes, qui l’ont enlevé de Paris pour faire ce voyage. Cela étant, vous ne devez pas vous mettre en soin pour ses affaires, ni envoyer la procuration que l’on vous a demandée.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Chacun s’y porte bien, grâces à Dieu. J’ai commencé de sortir depuis huit jours, ce que je n’avais pu faire pendant trois mois. M. Guillot est aussi guéri. Nous allons envoyer les trois prêtres revenus avec lui à Agde, à Cahors et à Tréguier. M. Ozenne est toujours en Silésie avec la reine de Pologne, et M. Desdames tient bon à Varsovie avec M. Duperroy. Ils sont tous en paix, et il semble que Dieu veuille faire changer de face aux affaires de ce royaume-là, les Tartares et les Cosaques s’étant joints au roi contre les Suédois.
Je salue votre famille avec toute l’affection que je le puis, et j’embrasse votre chère âme de toute la mienne, qui suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turiri, à Turin.
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2000. — A UN SUPéRIEUR
30 janvier 1656.
Vincent de Paul prie ce supérieur de ne pas accepter l’invitation d’un curé riche qui offrirait sa table aux missionnaires, lors même que ce curé le trouverait mauvais.
2001. — A NICOLAS éTIENNE, CLERC
J’ai vu ce que vous avez fait à Chartres ; je rends grâces à Dieu de la disposition où vous avez trouvé M. Le Feron, votre oncle, de nous considérer pour son prieuré de Saint-Martin (2). Je ne sais ce qui en arrivera, mais il semble qu’il y ait eu quelque chose de Dieu dans cette entrevue. Le bienfait proposé me semble si grand, que je me trouve au même état où je me trouvai lorsque feu M. le prieur de Saint-Lazare me vint offrir cette maison ici ; j’avais les sens interdits comme un homme surpris du bruit du canon qu’on tire proche de lui sans qu’il y pense ; il reste comme étourdi de ce coup imprévu ; et moi je demeurai sans parole, si fort étonné d’une telle proposition que lui-même, s’en apercevant, me dit :
Lettre 2000. — Collet, op. cit., t. II, p. 150
Lettre 2001 — Reg. 2, p. 58.
I). Nous lisons à son sujet dans le catalogue du personnel : " Nicolas Etienne, né le 17 septembre 1634, reçu à condition d’être clerc toute sa vie, à cause de la notable difformité d’une de ses mains, le 8 août 1653, a fait les vœux le 8 août 1655 et a été ordonné prêtre par dispense le 31 août 1659, à condition d’aller à Madagascar." Nicolas Etienne partit une première fois en 1660. Il ne put aborder et revint en France. Trois ans après, en mai 1663, il s’embarqua de nouveau et arriva à destination en septembre. Son apostolat fut de courte durée. Un chef malgache Dian Manangue qui avait promis de recevoir le baptême, l’invita à dîner, l’emprisonna et l’assomma le 27 février 1664. (Mémoires t. IX, pp. 374-494.)
2.) Saint-Martin fait partie de la ville de Dreux.
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"Quoi ! vous tremblez !" Oui, mon cher frère, celle dont vous venez de m’écrire a fait quasi le même effet en moi, et je n’ose y arrêter ma pensée, lorsque j’ai dans l’esprit la vue de notre indignité, sinon pour admirer la bonté de M. le prieur de Saint-Martin d’avoir jeté les yeux sur une petite compagnie naissante et chétive comme la nôtre.
Une autre chose me donne encore beaucoup d’admiration et de reconnaissance : c’est l’offre que vous faites de votre bien pour nous établir en ce lieu-là, et ainsi vous dépouiller de tout pour la gloire de Dieu. C’est vous mettre en état, par ce dépouillement volontaire, d’être revêtu de l’esprit de Jésus-Christ, pour accomplir votre sanctification et procurer celle d’autrui.
Je vous remercie très affectionnément, mon cher Frère, de l’amour cordial et effectif que vous avez pour votre pauvre mère, ainsi qu’un enfant bien né, qui ne laisse pas de chérir celle qui l’a engendré, quoique laide et chétive. Plaise à Dieu de faire la grâce à la compagnie à qui vous êtes de vous élever, par son exemple et par ses pratiques, à un grand amour de N.-S. Jésus-Christ, qui est notre père, notre mère et notre tout !
Revenons à l’affaire de M. Le Feron. Je pense que nous ferons bien de la laisser là pour encore, tant afin d’émousser la pointe à la nature, qui voudrait que les choses avantageuses fussent promptement exécutées, que pour nous mettre dans la pratique de la sainte indifférence et donner lieu à Notre-Seigneur de nous manifester ses volontés, cependant que nous lui recommanderons la chose. S’il veut qu’elle se fasse (3), le retardement ne gâtera rien ; et moins il y aura du nôtre, plus il y aura du sien.
3) Elle ne se fit pas
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2002. — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES (1)
M. [Vageot] (2), qui, en sortant de chez vous, s’en était allé en son pays, a été vu à Paris par un de nos frères il n’y a que deux jours. Je vous en donne avis, afin de vous garder de surprises ; car vraisemblablement il n’est ici que pour s’en retourner à Saintes. Je ne suis pas d’avis que vous lui refusiez son sac, s’il le demande, ni reteniez aucune des choses qui sont dedans, parce qu’il en pourrait faire grand bruit. Mais quant aux meubles que ce bon religieux a laissés à la compagnie en mourant et dont votre maison a l’usage, il se faut bien garder de lui en donner aucun, quelque instance qu’il en fasse ; car de dire que c’est à lui qu’il les a donnés, il n’y a nulle apparence, mais il est croyable que ce défunt a eu dessein de faire cette aumône à la famille et non pas à un particulier. Et quand il aurait eu la pensée d’en gratifier M. [Vageot] seul, lui qui avait fait vœu de pauvreté ne pouvait pas accepter ce don que pour la communauté ; et s’il fallait discuter cela en justice, comme le cas le mérite, si l’on vous y appelle, elle aura égard à cette raison.
Si Monseigneur de Saintes (3) va chez vous, il l’y faut recevoir avec la révérence, l’amour et la soumission que nous lui devons. Il a droit de visiter son séminaire ; et s’il a agréable de visiter aussi le Saint Sacrement en votre église, ce vous sera bénédiction.
Lettre 2002 — Reg. 2, p. 164.
1) C’est à tort que le registre 2 le dit "supérieur à Saintes". Il ne fut nommé supérieur que le 2 avril (Cf. 1. 2040.)
2) Le copiste ne nomme M. Vageot ni ici ni plus loin.
3). Louis de Bassompierre (1649-1676).
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Je pensais vous avoir fait réponse à la proposition de ce bon curé qui, étant troublé en sa cure, demande à la permuter avec la vôtre de Saint-Preuil (4). Vous savez, Monsieur, qu’il y a de grandes formalités pour unir une cure, et souvent des difficultés insurmontables ; car il faut le consentement du patron, celui des habitants, de l’évêque et du roi même ; il faut des transports de la justice, des informations de la commodité et incommodité et d’autres procédures de longue haleine. On a essayé tout cela pour l’union de Saint-Preuil. Y a-t-il apparence de désunir maintenant ce bénéfice, duquel vous jouissez paisiblement, pour vous mettre dans l’embarras d’une nouvelle poursuite pour une autre union, dans le danger évident d’un mauvais succès, et enfin pour acheter un procès avec le seigneur qui traverse ledit sieur curé ? Car il ne vous serait pas plus favorable qu’à lui, si vous ne lui accordiez ce qu’il désire. Pour toutes ces raisons, je vous prie de remercier ce bon ecclésiastique de sa bonne volonté.
2003. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Du premier de février 1656.
Votre lettre ne m’a pas surpris, comme vous l’avez cru, parce qu’il est dit que ceux qui voudront suivre Jésus-Christ souffriront tentation (1) ; mais bien elle m’a consolé, tant pour être la première que j’aie reçue de votre part, que pour venir d’une personne qui m’est très chère et de qui je connais la bonté, depuis que Dieu vous a appelé dans la compagnie, à laquelle vous avez été à édification. Si donc maintenant vous vous trouvez in-
4.) Commune de l’arrondissement de Cognac (Charente).
Lettre 2O03. — Reg. 2, p. 335.
1) Seconde épître de saint Paul à Thimothée III, 12.
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quiété du côté de vos parents, et si fort, que vous êtes Sur le point d’adhérer à leurs persuasions, ne vous en étonnez pas ; c’est une épreuve que Dieu veut faire de votre fidélité pour vous attacher davantage à lui, après qu’il vous aura tiré de ce danger ; car alors vous reconnaîtrez, mieux que vous ne faites présentement, que le monde est un trompeur, puisque, au lieu des satisfactions qu’il promet, il ne donne que des peines d’esprit, ainsi que vous venez d’en faire l’expérience ; et continuant à servir Dieu, comme vous avez fait, vous jouirez d’une paix abondante et divine, qui est celle des enfants de Dieu, telle que vous l’avez déjà goûtée. Courage donc, Monsieur, ne vous rendez pas. Si vous avez résisté quinze jours aux propositions qu’on vous a faites, c’est pour avoir vu qu’elles sont contraires à la volonté de Dieu et à votre vocation ; et si enfin vous y avez donné quelque consentement, ce n’a pas été sans syndérèse (2), sachant que vous ne le pouviez pas faire en conscience. Aussi n’y a-t-il encore rien de fait, si vous voulez renoncer à la cure et vous tenir en l’état où Dieu vous a mis. J’espère certes, Monsieur, que vous le ferez, si vous pensez bien à ces raisons :
Premièrement, à cette grâce de votre vocation, en laquelle Dieu vous met en main tant de moyens de perfectionner votre âme et d’en sauver plusieurs autres. "Vous ne vous êtes pas élus, dit Notre-Seigneur, mais c’est moi qui vous ai choisis". (3) Or il ne serait pas obligé de vous donner ces grâces-là dans une autre vocation où il ne vous aurait pas appelé.
Deuxièmement, aux bénédictions qu’il a plu à Dieu de donner jusques à maintenant à tous vos exercices, par
2) Synderèse, regret.
3) évangile de saint Jean XV, 16.
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lesquels vous avez fait plusieurs biens dedans et dehors, qui, outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, vous ont mis dans l’estime et l’affection d’un chacun.
3° A la promesse que vous avez faite à Dieu, de le servir dans la petite congrégation ; que si vous manquez de parole à Dieu, à qui la garderez-vous ?
4° A ces paroles de Notre-Seigneur : "Qui ne quitte père et mère pour l’amour de moi n’est pas digne de moi (4)." Dieu merci, vous avez quitté les vôtres pour vous donner entièrement à lui ; quelle apparence donc que vous abandonniez à cette heure son parti pour retourner à vos parents ?
5° Enfin au regret que vous auriez à votre mort et à ce que vous auriez à répondre au jugement de Dieu si, pour un respect humain, ou pour un bien temporel, ou pour passer la vie plus à l’aise, ou pour tout cela ensemble, quoique sous d’autres prétextes, vous tombiez dans l’infidélité que nous venons de dire et perdiez les occasions que vous avez d’avancer la gloire de notre Maître, tant parmi les ecclésiastiques qu’envers le pauvre peuple. A Dieu ne plaise, Monsieur, que ce malheur vous arrive !
On vous dira peut-être, comme déjà on vous l’a dit, que vous pouvez faire votre salut partout, et qu’une cure est une mission continuelle. Je l’avoue ; mais je réponds aussi qu’il est très difficile, pour ne dire impossible, de se sauver dans un lieu et dans un état où Dieu ne nous veut pas, surtout après être sorti sans sujet d’une vraie vocation, telle que vous avez reconnu la vôtre. Cela étant, vous auriez grand sujet de craindre que la grâce ne vous manquât pour les fonctions d’une cure, comme pour votre propre perfection, parce que vous
4) évangile de saint Mathieu X, 37.
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auriez voulu réduire vos emplois à un même lieu, lorsque sa Providence les destinait à plusieurs.
De dire que vous manquez de force pour les fonctions de la compagnie, vous savez, Monsieur, que, par la grâce de Dieu, nos fonctions sont diverses, que l’on mesure les exercices d’un chacun à la santé et au talent qu’il a, et que ceux qui travaillent le plus ont pourtant moins de peine que n’en a un curé de la campagne qui fait bien son devoir.
Si l’on vous objecte que vous êtes plus obligé aux âmes de vos proches qu’à des étrangers, dites hardiment qu’une mission que vous procurerez à leur paroisse leur fera plus de bien pendant un mois ou trois semaines, que vous ne leur en sauriez faire, vivant parmi eux, en toute votre vie. La raison est parce que la hantise diminue l’estime et l’ôte souvent tout à fait ; et alors on est incapable de faire aucun fruit. C’est pour cela que rarement on est prophète en son pays. Aussi Notre-Seigneur ne retourna qu’une fois en Nazareth ; et cette fois là les habitants le voulurent précipiter du haut d’un rocher en bas. Ce qu’il permit peut-être pour apprendre aux ouvriers évangéliques qu’ils sont en danger, retournant chez eux, de déchoir de la haute opinion où leurs œuvres les ont élevés, et de tomber dans quelque honteux désordre. Pour cela encore ne voulut-il pas que deux de ses disciples retournassent chez leurs parents, lorsqu’ils lui demandèrent congé, l’un d’aller enterrer son père mort, et l’autre d’aller vendre son bien pour le distribuer aux pauvres.
Si vous dites que vous êtes obligé d’assister votre mère, cela est vrai en un seul cas, qui est qu’elle fût dans la disette des choses nécessaires à la vie et que, sans votre secours, elle fût en danger de mourir de faim ; mais, grâces à Dieu, elle est accommodée des biens de
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ce monde et se peut passer de vous à l’avenir, ainsi qu’elle a fait par le passé.
Mais j’empêcherai, me direz-vous, les procès et les divisions dans la famille. C’est une question, Monsieur, si vous le feriez ; vous devriez plutôt craindre que votre mère, vos frères ou vos sœurs ne vous attirassent à leur passion et ne vous embarrassassent avec eux dans les intérêts temporels ; ce qui n’arrive que trop aux ecclésiastiques qui s’en veulent mêler.
Vous pourrez enfin ajouter que vous êtes déjà engagé à ce bénéfice, et que M…., qui vous l’a conféré, trouverait mauvais si, après lavoir accepté, vous veniez à vous en dédire. Certes, Monsieur, il vaut mieux manquer à un homme que de faillir envers Dieu, puisque vous ne pouvez satisfaire à tous les deux dans cette occasion, ayant déjà renoncé, pour l’amour de ce même Seigneur, à toute sorte de bénéfices. Mais tant s’en faut que ce bon Monsieur s’en fâche, qu’il sera très édifié que, pour accomplir votre première résolution, vous lui renvoyiez ses provisions.
Pour toutes ces raisons, Monsieur, je veux espérer que tout de nouveau vous vous donnerez à Dieu pour le servir dans la compagnie, selon ses desseins éternels, sans plus penser ni à la cure ni à la parenté que pour vous en éloigner d’effet et d’affection, et pour les recommander à sa miséricorde ; car ainsi sa divine bonté vous continuera ses bénédictions et les répandra, à cause de vous, sur les âmes qui vous touchent. Je l’en prie de tout mon cœur.
2004. — A UN ECCLéSIASTIQUE
Cet ecclésiastique, autrefois prêtre de la congrégation de
Lettre 2004. — Collet, op. cit, t. II, p. 241.
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la Mission, avait sauvé la vie à saint Vincent de Paul. Maintes fois il avait demandé sa réadmission, toujours en vain. L’idée lui vint de rappeler le service rendu. A ce souvenir, le saint se laissa fléchir et lui adressa une lettre dont Collet nous a conservé ces seuls mots :
"Venez, Monsieur, et vous serez reçu à bras ouverts".
2005. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 4e février 1656.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Dieu soit loué, Monsieur, de ce que vous avez plus tôt appris à Turin que nous à Paris le voyage de M. votre frère à Rome, voire même avant que vous ayez su la peine où nous étions de son absence, qui sans cela vous eût davantage affligé ! Il est vrai qu’il eût mieux fait de ne quitter pas sa classe avant la fin de l’année et de mettre quelque disposition dans les esprits et dans ses affaires, pour ce qu’il avait envie de faire, sans les surprendre, comme il a fait ; mais j’espère qu’il en résultera quelque gloire à Dieu, et pour lui plus d’affermissement. J’en prie sa divine bonté, à laquelle je ne puis assez rendre grâces de celles qu’elle verse sur votre seconde mission. Je les y rends néanmoins telles que je puis, avec grand sentiment de reconnaissance, d’autant plus qu’il est évident que Notre-Seigneur travaille avec vous, puisque, n’étant pas secouru de la part des hommes, vous ne pourriez faire ce que vous faites sans le doigt de Dieu, qui non seulement vous fortifie dans ce grand travail, mais qui touche les cœurs qui viennent à vous
Lettre 2005 — L s — Dossier de Turin, original
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Plaise à sa miséricorde de les convertir entièrement à lui !
Vous ne devez pas vous étonner, Monsieur, de voir quelque tristesse en ces Messieurs qui sont avec vous, et encore moins en attribuer la cause à votre conduite ; car elle procède de ce qu’ils ne peuvent travailler à une si belle moisson ; elle les provoque au désir, et le défaut de la langue en empêche l’effet. C’est pourquoi cette tristesse se changera en joie à mesure qu’ils se verront en état de vous soulager et de partager avec vous la peine et le mérite. Cependant, Monsieur, il est à propos que vous les supportiez, et qu’en les supportant vous les animiez doucement à l’étude et au progrès de la langue, et même les aidiez à s’y avancer, parlant toujours italien avec eux et les obligeant d’en parler, afin que, joignant l’usage à l’étude, ils y fassent plus de profit. Je ne doute pas que les actes de patience et de support que vous pratiquerez en leur endroit n’attirent bénédiction sur eux aussi bien que sur vous-même, et que cette bénédiction ne les fasse arriver bientôt au point que sa providence les demande pour en tirer service. Votre conduite, qui est déjà bien bonne, grâces à Dieu, en deviendra plus suave et plus vigoureuse, et enfin l’œuvre du Seigneur se fera, comme elle se fait toujours, mieux par la douceur qu’autrement. Je vous prie, Monsieur, de la demander à Notre-Seigneur pour moi, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble servi
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
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2006. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 4 février 1656.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous aurez appris, par les lettres que je vous ai envoyées, comme il a plu à Dieu disposer de M. votre père. Il n’a pas été besoin de vous consoler sur cette affliction, puisque le même Dieu que vous servez en aura fait l’office, comme j’espère, à même temps que vous aurez tâché d’en mériter la grâce en conformant votre volonté à la sienne. C’est la prière que je lui ai faite. Je l’ai prié aussi et fait prier pour le repos de ce cher défunt, en qui notre compagnie a beaucoup perdu ; car il nous était un bon ami.
La lettre que je viens de recevoir de votre part porte deux raisons pour lesquelles vous proposez de faire un voyage en France, dont l’une est de venir voir et consoler ce bon père ; or cette raison cesse à présent qu’il est devant Dieu. Reste la seconde, qui regarde votre part du bien qu’il a laissé ; sur quoi je vous dirai, Monsieur, qu’elle ne peut pas vous être disputée, et qu’en quelque temps que ce soit, vous aurez droit de la demander, parce que le vœu de pauvreté que nous faisons ne vous exclut pas de la succession, mais il vous laisse le pouvoir de disposer de votre fonds. Cela supposé, je ne suis point d’avis que vous veniez à présent de deçà pour cet intérêt temporel, puisqu’il ne peut dépérir et que vous n’en avez pas besoin ; car, outre le bien que vous laisseriez à faire de delà, vous viendriez vous engager à quelque procès, qui donnerait de l’embarras à votre esprit et
Lettre 2006. — L.s. — Dossier de Turin, original.
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quelque atteinte à votre vocation. Je suis assuré que, si vous aviez été du temps des apôtres, Notre-Seigneur ne vous aurait pas permis le retour en votre pays, puisqu’il le refusa à deux de ses disciples, quoique le sujet qu’ils avaient d’aller chez eux fût spécieux ; car l’un voulait aller enterrer son père mort, et l’autre vendre ses biens et les distribuer aux pauvres. C’est que ce divin Sauveur savait les inconvénients qui arrivent de tels retours, et lui-même l’éprouva quand il retourna en Nazareth. Pour cela donc, Monsieur, je vous prie de différer votre voyage et de vous contenter d’écrire à Messieurs vos frères. Ce sera pour leur témoigner votre douleur et mêler vos larmes avec les-leurs pour la commune perte que vous venez de faire, comme aussi pour leur envier le bonheur qu’ils ont eu d’assister ce cher père en sa maladie et en sa mort, leur souhaiter la grâce de craindre et d’aimer Dieu comme il a fait, et leur dire que vous étiez sur le point de les venir voir, mais que, vous trouvant en occasion de servir utilement Notre-Seigneur et le prochain, à qui vous vous êtes donné, vous voulez préférer le salut des âmes à votre propre satisfaction, dans l’espérance que, comme M. votre père est la première cause après Dieu du bien que vous faites, Notre-Seigneur lui en appliquera le mérite ; que vous espérez aussi que, dans le partage de la succession, ils vous garderont votre part ; que vous n’êtes pas religieux et ne le pouvez jamais être, mais bien prêtre séculier du corps du clergé, et par conséquent que vous avez droit de succéder avec eux. Voilà à peu près, Monsieur, ce que vous leur pourrez mander.
Au reste je ne puis vous exprimer la consolation que j’ai d’apprendre les bénédictions que Dieu donne à vos travaux et à ceux de M. Legendre, que j’embrasse tendrement et en esprit. Je prie sa divine bonté qu’elle vous
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les continue et vous donne les forces requises pour soutenir tant de missions. Les bourrasques qui se sont levées en la dernière n’ont pas diminué ma joie ; car c’est signe que l’esprit malin s’est vu pressé de quitter la place, puisqu’il a joué de son reste en excitant ouvertement ses suppôts contre les serviteurs de l’évangile qui tâchent de faire régner Jésus-Christ dans les âmes que ce tyran lui a ravies. Oui, Monsieur, c’est bon signe quand vous souffrez pour la justice, et j’espère que la patience et l’humiliation que vous avez exercées par cette petite tribulation vous auront attiré de nouvelles grâces pour triompher glorieusement d’une plus grande, si elle se présente, et pour travailler avec plus de fruit. Les souffrances de Notre-Seigneur ont donné la fécondité à ses paroles, et vos croix la donneront de même à la sainte semence que vous jetez dans les cœurs. Conservez-vous, je vous en prie.
Je suis, en l’amour de ce même Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, prêtre de la Mission, à Rome.
2007. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
4 février 1656.
Notre vœu de pauvreté nous laisse seulement la liberté de disposer du fonds de notre bien, si nous en avons ; mais il nous ôte le maniement des fruits, qui demeure à la compagnie ; et par conséquent ceux qui ont
Lettre 2007. — Manuscrit de Marseille.
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aucun argent ni autre chose qu’avec la permission du supérieur. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie de tenir la main à ce que cela s’observe parmi les vôtres, surtout après la visite, en laquelle M. Berthe leur expliquera l’obligation de ce vœu.
2008. — AU PAPE ALEXANDRE VII
[1656, vers février] (1)
Beatissimo Padre,
Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione, rappresenta umilmente alla Santità Vostra che piacendo a Dio benedetto di render fruttuose le missioni che da’sacerdoti di detta congregazione si fanno, con la conversione di molti peccatori, con l’aggiustamento delle liti, con la riconciliazione d’odi mortali, gravi inimicizie, e con levarsi per questo mezzo delle missioni molti scandali pubblici, sarebbe di non poco aiuto per muovere tuttavia più popoli a ricevere queste grazié, e levare gli impedimenti che alla conversione di molti si oppongono, per non aver quei sacerdoti facoltà d’assolvere da’casi riservati a Vostra Santità, se Vostra Beatitudine si degnasse concedere indulgenza plenaria e benedizione apostolica a tutti quelli che in dette missioni si confessassero e communicassero, e autorità ai medesimi sacerdoti della Missione di assolvere da’casi riservati a Vostra Santità, etiam della censura contra pugnantes in duello, e dal caso della Bulla In
Lettre 2008. — Supplique non signée. — Arch. de la Prop., III Gallia, n° 200, f° 177, original
1) Le saint reçut notification, en mars 1656, que la concession demandée lui était accordée pour une durée de sept ans. (Cf. 1. 2029.)
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Cæna Domini contra capientes vel retinentes bona naufragantium. Per tanto, detto oratore umilmente supplica Vostra Beatitudine per queste grazie le quali già dalla felice memoria di Papa Urbano VIII ed Innocenzio X sono state concesse alla casa di Roma di detta congregazione per tutto il distretto di Roma. E tutta la detta congregazione e i popoli che da essa saranno serviti resteranno con obbligo di pregar incessantemente per Vostra Santità e per il suo felice governo.
Quam Deus, etc.
Suscription : Alla Santità di Nostro Signore, per Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione.
TRADUCTION
Très Saint-Père,
Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission, représente humblement à Votre Sainteté qu’il a plu au bon Dieu donner aux missions des prêtres de ladite congrégation des fruits abondants, tels que la conversion de nombreux pécheurs, l’arrangement des litiges, l’apaisement de haines mortelles et de graves inimitiés, la cessation de scandales publics. Pour porter plus efficacement les peuples à recevoir ces grâces et faire tomber les obstacles qui s’opposent au retour d’un grand nombre, obstacles provenant de ce que ces prêtres n’ont pas le pouvoir d’absoudre des cas réservés à Votre Sainteté, il serait très utile que Votre Sainteté voulût bien concéder l’indulgence plénière et la bénédiction apostolique à tous ceux qui se confesseront et communieront pendant les missions, et permettre à ces mêmes prêtres de la Mission d’absoudre des cas réservés à Votre Sainteté, même de la censure contre les duellistes et de celle que la Bulle In Cœna Domini a portée contre les voleurs et les détenteurs des biens des naufragés. C’est pourquoi ledit suppliant prie humblement Votre Sainteté d’accorder ces grâces, que les Papes Urbain VIII et Innocent X, d’heureuse mémoire, ont déjà concédées aux prêtres de la Mission de la maison de Rome pour tout le district romain. Et ladite congrégation tout entière et les peuples qu’elle évangélisera s’estimeront
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obligés de prier incessamment pour Votre Sainteté et pour son heureux règne.
Que Dieu ait, etc.
Suscription : A Sa Sainteté, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
2009. — A CLAUDE DE CHANDENIER
De Paris, ce 8 février 1656.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous, pour jamais !
Je ne sais comme j’ai laissé passer ces deux derniers courriers sans vous écrire ; je vous en demande très humblement pardon et me propose, Dieu aidant, de m’acquitter mieux une autre fois de ce devoir.
J’ai reçu par votre dernière la procuration qui regarde le prieuré de Chandenier, et l’ai mise, selon votre ordre et le désir de Mademoiselle de Chandenier, entre les mains de M. Aubry, et les autres papiers au feu, Mademoiselle votre sœur l’ayant jugé à propos de la sorte.
Voici les deux créations des pensions de Saint-Pourçain et de Coudres (1), que je vous envoie avec une aussi sensible reconnaissance que j’ai jamais eue et que je suis capable d’avoir. O Monsieur, qui me donnera des paroles pour le vous pouvoir faire voir ! Certes il n’y a que Notre-Seigneur qui le peut faire et c’est en le disant à
Lettre 8009. — L a — L’original appartient aux Filles de la Charité de Commentry (Allier)
1) Le prieuré de Saint-Martin de Coudres, au diocèse d’Evreux, dépendait du monastère bénédictin de Bourgueil. Les bulles d’union à la congrégation de la Mission ne s’obtinrent que plus tard, le 24 mars 1663. Elles ont été publiées dans les Acta apostotica in gratiam Congregationis Missionis, pp. 29-32.
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l’oreille de votre cœur, et ce que je lui demande avec toutes les tendresses du mien chétif et indigne d’un si incomparable bien que vous nous avez fait. O Monsieur, que je prie Dieu de bon cœur qu’il soit lui-même votre récompense ! Nous ferons en sorte que vous serez satisfait à point nommé.
M. Jolly m’a écrit par deux fois qu’il est en peine de ne recevoir de nos nouvelles au sujet de vos bulles, qu’il vous a envoyées par voie de Lyon à Tournus, et craint que vos bulles ne soient égarées. Je lui ai mandé comme vous, Monsieur, les avez reçues.
Je n’ai point encore écrit à M. le marquis ! pour réponse à sa dernière lettre ; je le ferai dans l’esprit que je me représenterai que vous le désirez, et lui dirai la circonstance comme vos bulles ne vous obligent point à changer de condition.
Mademoiselle votre sœur me paraît toujours pleine de reconnaissance, et celle de M. Aubry me paraît incomparable. O Monsieur, que c’est un bon serviteur de Dieu !
Je me donne la confiance de faire ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle à Monsieur votre frère (2) et à vous, et Dieu sait de quel cœur c’est que je le fais, et que je suis, en son amour, à tous deux, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la première page : M. l’Abbé de Moutiers Saint-Jean.
2) Le marquis de Chandenier, frère de Claude de Chandenier
3) Louis. le Chandenier, abbé de Tournus.
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2010. —A LA PROPAGANDE
[1656 (1) , avant le 23 juin] (2),
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Per decreto di questa Sacra Congregazione dell' X di febbraio del 1653 fù dichiarato missionario apostolico nell'isola di San-Lorenzo, alias Madagascar, Francesco Mousnier, sacerdote della congregazione della Missione, e data facoltà a Vincenzo di Paul, superiore generale di detta congregazione, di mandar insieme con lui due altri sacerdoti, con partecipazione ed approvazione di Monsignor nunzio di Francia. In virtù del qual decreto fù approvato da Sua Signoria Illustrissima Tussano Bourdaise e mandato col sopradetto Francesco Mousnier, come costa dalla lettera di detto Monsignor nunzio. Per tanto detto Vincenzo di Paul, umilissimo oratore dell`EE. VV., supplica umilmente che detto Tussano Bourdaise sia dichiarato missionario apostolico in detta isola, e gli siano concesse le solite facoltà. E perchè s’è avuta nuova che Carlo Nacquart, sacerdote della medesima congregazione della Missione e prefetto di detta Missione dell'isola di Madagas,car, è passato a miglior vita (3) detto Vincenzo di Paul supplica umilmente l'EE. VV. di voler in luogo del defunto dichiarare prefetto Francesco Mousnier, di cui s'è detto sopra, che già da alcuni anni fù dichiarato missionario apostolico, e del quale fa Monsignor nunzio buona testimonianza
Lettre 2010. — Supplique non signée. — Arch. de la Propag., II .Africa, n° 248, f° 90, original.
1).Date marquée par une main étrangère en tête du document.
2) Cf. 1. 2085
3) Le 21 mai 1651. Le saint en avait appris la nouvelle par l'Ours, arrivé à Saint-Nazaire peu avant le 23 juin 1655.
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nella sua lettera E il tutto riceverà per grazia singolare dall'EE. VV.
Quas Deus, etc.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Misslone.
TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Par décret du 10 février 1653, la Sacrée Congrégation a nommé missionnaire apostolique pour l’île de Saint-Laurent, dite aussi île de Madagascar, François Mousnier, prêtre de la congrégation de la Mission, et donné pouvoir à Vincent de Paul, supérieur général de ladite congrégation, d’envoyer avec lui deux autres prêtres, examinés et approuvés par Mgr le nonce en France. En vertu de ce décret, Toussaint Bourdaise a été agréé par Sa Seigneurie Illustrissime et envoyé avec François Mousnier, comme en fait foi la lettre de Mgr le nonce. C’est pourquoi Vincent de Paul supplie humblement Vos éminences de nommer Toussaint Bourdaise missionnaire apostolique pour cette île et de lui accorder les facultés accoutumées. Il les supplie encore, puisque Charles Nacquart, prêtre de la congrégation de la Mission et préfet de la Mission de Madagascar, est passé à une vie meilleure, de vouloir bien donner l’emploi de préfet, laissé vacant par cette mort, audit François Mousnier, qui a été nommé missionnaire apostolique il y a quelques années et est bien noté dans la lettre de Mgr le nonce. Et il regardera cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences.
Que Dieu, etc.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
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2011. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN
16 février 1656.
Le supérieur des Révérends Pères Capucins de Sedan, qui m’a écrit une lettre, se plaint de ce que votre maison, ayant coutume de leur faire l’aumône toutes les semaines jusques au temps de M. Martin, ne veut à présent leur continuer cette assistance. Je vous prie, Monsieur, de me mander combien on leur donnait ci-devant par semaine ou par mois, si on leur donne encore quelque chose et quoi, quelles raisons on a eues de retrancher de cette aumône ou de la cesser, si c’est parce qu’ils s’en peuvent mieux passer que nous ne la pouvons faire, et enfin quel est le sentiment de la famille sur la demande que font ces Pères que cette charité soit rétablie. Lorsque vous m’aurez informé de tout cela, nous verrons ce qu’il sera à propos de faire. Cependant je vous prie de ne pas dire que je vous en ai écrit.
2012. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER
Je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, que votre principale application soit de faire observer le règlement. Si vous le faites, Dieu sera à votre côté et bénira cette conduite, comme il bénit toujours celles qui sont fermes quant à leur fin et douces quant aux moyens. Ceux même qui auraient peine à cette observance reconnaîtront dans la suite que vous ferez bien d’en user de la sorte ; ils auront plus de respect pour votre personne et enfin plus de soumission à vos ordres.
Lettre 2011. — Reg. 2, p. 158.
Lettre 2012. — Reg. 2, p. 189.
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2013. — NICOLAS DEMONCHY, SUPéRIEUR A TOUL, A SAINT VINCENT
Je ne puis vous exprimer les bontés de Notre-Seigneur en notre endroit. Nous avons entendu environ cinq cents confessions générales, sans trouver un seul jour de relâche pendant un mois. Le temps fâcheux de l’hiver, qui avait couvert les chemins de neige de deux pieds de hauteur, n’a pu empêcher que les pauvres gens, riches en foi et avides de la parole de Dieu, nonobstant les vexations extraordinaires qu’ils reçoivent des gens de guerre, n’aient fait voir que le royaume des cieux est pour eux. Tout ce qui se peut désirer de bien s’y est fait, et nous avons sujet de dire que Jésus-Christ a pris plaisir de répandre extraordinairement en ces lieux la ; bonne odeur de son évangile.
2014. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 25 février 1656.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je pense que la lettre ou le paquet que je devais recevoir de votre part par ce dernier ordinaire a été porté trop tard au bureau de la poste ; tant y a que je n’ai rien reçu de Marseille, mais oui bien de Toulon, où j’écris à M. Huguier que la visite se doit faire en votre maison par M. Berthe, qui en est proche, et qu’en cas qu’il puisse quitter Toulon un jour ou deux pour y assister, vous lui donnerez avis du temps précis qu’il devra s’y rendre, sinon que M. Berthe tâchera de l’aller voir à Toulon,
Lettre 2013. —. Abelly op. cit., 1. II, chap. 1, sect II, § 5, 1er éd., p. 41.
Lettre 2014. —L s — L’original appartient aux Filles de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Guise.
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auquel j’écris derechef à Marseille et à Agde en même temps et les mêmes choses. Il m’a mandé d’Agde qu’il y attendrait M. Durand et M. Lebas pour les établir en leurs offices, et je le prie d’y rester deux ou trois jours après que cela sera fait, pour les mettre en train. Selon cela, je n’estime pas qu’il arrive chez vous qu’environ le 5 ou le 6e de mars.
Je suis pressé de finir, mais je ne le puis sans me recommander à vos prières et sans renouveler les miennes à Dieu, comme je fais, pour votre conservation et la sanctification de votre famille, que je salue affectionnément et qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission, à Marseille.
2015. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce samedi. [26 février 1656] (1)
Mon très honoré Père,
Votre charité sait que j’aimerais mieux mourir que de lui désobéir, et veut bien, je crois, que je lui représente que, par la grâce de Dieu, je ne suis pas malade. L’usage du thé fait que la fluxion que j’ai n’épanche pas dans le coffre, ni ne m’empêche pas l’appétit plus pour les viandes (2) de carême que pour la viande, que j’avais à si grand dégoût avant, que je n’en pouvais presque manger qu’avec peine. S’il vous plaît m’en dispenser encore pour quelque temps, vous me ferez
Lettre 2015. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Le frère Ducournau a ajouté au dos de l’original : " Février 1656." Il ressort du contenu que la lettre a été écrite la veille de la quinquagésime, c’est-à-dire le 26.
2) C’est le mot de l’original.
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grand plaisir ; et me permettant de prendre des œufs, j’en userai, et je crois que cela me suffira vous promettant de demander au premier besoin, de la viande, puisque votre charité me le permet, de qui j’ai la grâce d’être mon très honoré Père, très humble, très obéissante et très obligée fille et servante.
L. de M.
Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent.
2016 — A GEORGES DESJARDINS, PRêTRE DE LA MISSION, A TOUL
1er mars 1656.
Votre incommodité requiert du soulagement, cela est vrai ; mais son remède n’est pas au changement de lieu. Je n’ai encore vu personne guérir de ces maux de tête pour avoir passé d’une demeure à une autre ; et si c’est le plaisir de Dieu de vous délivrer du vôtre, il le fera aussi bien à Toul qu’ailleurs.
2017. — A LA MèRE éLISABETH DE MAUPEOU (1)
1er mars 1656
Ma chère Mère,
Je vous ai écrit deux choses, par celle que je vous écrivis dimanche dernier au sujet du projet du contrat qui se doit passer avec Monseigneur le procureur général (2) ; que je n’avais point rien à ajouter, diminuer ni changer à ce qui avait été convenu ; je vous disais de plus, ma chère Mère, que je trouvais toujours quelque
Lettre 2016. — Manuscrit de Marseille.
Lettre 2017. — Reg. I, f° 10 V°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.
1) Supérieure du premier monastère de la Visitation.
2). Nicolas Fouquet.
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chose d’ajouté ou ôté aux nouveaux projets qu’on m’avait donnés ; ce qui est arrivé à ce dernier que vous m’avez envoyé, dans lequel je n’ai point trouvé la clause que j’ajoutai au précédent projet que je rendis à notre chère sœur Louise-Eugénie (3) au faubourg. Cette clause marquait l’exception de mettre les armes de mondit seigneur en la chapelle destinée au bienheureux, laquelle exception l’on n’a point mise en ce dernier projet, qui est cause que je l’ai mise en marge dudit projet. J’y ajoute néanmoins que l’on pourra faire mettre l’épitaphe de mondit seigneur dans ladite chapelle, de la façon et de la grandeur que sont celles de feu M. le commandeur (4) et de feu M. Fouquet (5) ; et c’est peut-être ce qu’il demande seulement quand il dit qu’il pourra faire mettre ses armes et son épitaphe dans tous les endroits de l’église qu’il lui plaira, sans y rien gâter, entendant de les mettre en ladite chapelle où sera son corps.
En quel autre lieu peut-on entendre de les mettre ? Je ne vois que le grand autel ; car de les mettre dans les autres chapelles, vous les avez données toutes, en sorte qu’il ne vous en. reste point aucune de laquelle vous puissiez disposer pour y faire mettre des armes et épitaphes sans blesser les propriétaires desdites chapelles. Et cela
3) Louise-Eugénie de Fonteines, née à Paris, le 13 mars 1608, de parents huguenots, fut reçue au premier monastère de la Visitation en 1630, sept ans après son abjuration. Elle y devint bientôt maîtresse des novices. élevée au premier rang, le 16 mai 1641, par le libre choix de ses compagnes, elle fut si souvent réélue supérieure que le couvent l’eut à sa tête pendant trente-trois ans. Saint Vincent qui l’avait vue à l’œuvre dans certaines occasions difficiles, disait "qu’un ange n’aurait pu s’y comporter avec plus de vertu" (Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, t. VIII, p. 446, en note.) Elle mourut le 29 septembre 1694, laissant la réputation d’une sainte religieuse. Sa vie a été écrite par Jacqueline--Marie du Plessis. (Vie de la vénérable Mère Louise--Eugénie de Fonteine religieuse du monastère de la Visitation de Sainte-Marie Paris, 1696, in 12
4) Le commandeur de Sillery.
5) François Fouquet, père du procureur général.
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posé, il ne reste point d’autre lieu que celui que je vous ai dit, si ce n’est des piliers, qui font même partie des chapelles. Vous semble-t-il point, ma chère Mère, qu’il est bon de s’expliquer sur cela et de marquer le lieu où il désire faire mettre ses armes ? Il me semble que les armes de mondit sieur le commandeur et celles de M. Fouquet sont attachées à l’épitaphe ; ce qu’étant ainsi, et mondit seigneur se contentant de son épitaphe et de ses armes ainsi mises à l’entour d’icelui, cette autre clause, de les mettre en quelque autre endroit de l’église où il lui plaira, serait inutile, et on couperait chemin aux inconvénients qui peuvent arriver avec le temps, ne l’y mettant pas. Et ainsi, ma chère Mère, il me semble que mondit seigneur aura ce qu’il désire, qui est le droit d’être enterré, lui, ses enfants et ses descendants portant son nom et ses armes, et leurs femmes, à perpétuité, dans la cave (6) de la seconde chapelle dé l’évangile du grand autel, et celui de faire mettre ses armes et son épitaphe, à l’instar de celles de feu M. son père et de M. le commandeur de Sillery, dans ladite chapelle, avec obligation, du côté du monastère, de ne jamais pouvoir transférer les corps susdits hors, ladite cave, non plus que l’épitaphe hors ladite chapelle ; et en ce faisant, vous faites un traité selon Dieu et justice, en ce que vous accomplirez les intentions de feu M. le commandeur et conserverez au monastère ses droits de dédier la chapelle en l’honneur de notre bienheureux Père et de faire mettre en ladite cave les personnes considérables bienfaitrices du monastère, conformément à votre coutumier et à vos constitutions, sans que personne du monde puisse jamais contester aucune concession de celles que vous faites à mondit sei-
6) Cave, caveau
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gneur le procureur général et aux siens, là où, si vous eussiez fait selon les premiers projets, vous auriez blessé la justice, la reconnaissance qui est due à feu Monsieur le commandeur, la destination de la chapelle au bienheureux, auriez privé un prince, votre voisin, de l’effet de votre concession, et vous seriez fait un puissant ennemi, et de plus auriez privé le monastère du droit que feu Monsieur lui attribue ; et je suis assuré que mondit seigneur le procureur général ne voudrait pas traiter de la sorte, étant bien informé de l’état de la chose ; et c’est, ma chère Mère, ce qui m’a obligé à vous faire les difficultés que je vous ai faites. Peut-être que vos filles auraient été aucunement excusables devant Dieu, ayant traité selon les premiers projets ; mais je ne le serais pas d’y consentir, qui sais, comme je suis obligé de savoir, qu’il ne faut jamais faire ce qui n’est pas dans la justice ni dans l’ordre.
Je crois, ma chère Mère, que vous ne doutez pas qu’il y ait personne sur la terre qui soit plus affectionné au service de Mgr le procureur général et à celui de Mademoiselle votre sœur (7) que moi. Il y a 25 ans que je suis à eux et à leur famille, et je suis dans l’espérance que Dieu me fera la grâce d’y mourir. Selon cela, je vous supplie de croire, ma chère Mère, que je n’ai autre vue en ceci que l’intérêt de Dieu, celui de leur service et le bien de votre famille, pour la bonne conduite de laquelle je suis obligé de m’exposer à toutes sortes d’événements, qui suis, en l’amour de N.-S., ma chère Mère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M..
7) Marie de Maupeou, veuve de François Fouquet et mère du procureur général
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Ayant souhaité son corps après son décès être enterré dans l’église de leurdit monastère où il est à présent, en la cave de la seconde chapelle du côté de l’évangile, bâtie et construite par l’ordre de feu M. le commandeur de Sillery-Brulart et à ses dépens (8) laquelle ledit sieur commandeur a élue et choisie pour sa sépulture, et en laquelle il est inhumé, ainsi qu’il paraît par l’épitaphe mise en ladite chapelle (9), suivant et au désir du contrat fait par ledit sieur commandeur avec le dites dames religieuses le 15 mars 1635, en vertu duquel lesdites religieuses ont fait enterrer ledit sieur président Fouquet en ladite cave, il semble qu’il est juste de faire mention de feu M. le commandeur de Sillery en la manière ci-dessus, pource qu’il est le principal fondateur de l’église de Sainte-Marie et qu’il a donné de très grands biens au monastère et que cela mérite reconnaissance, joint que les filles font cette concession en vertu du contrat passé avec ledit sieur commandeur ; et il est bien juste de parler dudit sieur commandeur, puisqu’on fait mention des autres corps qui y sont enterrés, et qu’avec le temps les religieuses pourraient l’ôter de sa cave et l’enterrer ailleurs (10), ne sachant pas l’obligation qu’elles lui ont, et voyant qu’on aurait aliéné cette cave de pleine autorité. Que ce qui donne sujet de craindre cela, c’est que déjà elles ont transféré le corps de feu M. le président Fouquet de la chapelle où il était enterré dans la cave dudit sieur commandeur,
8) Cette chapelle, de par la volonté du commandeur, devait être dédiée à saint François de Sales et le fut en effet.
9). Le texte de cette épitaphe a été publié dans plusieurs ouvrages, entre autres dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1910 p. 201.
10) Le corps du commandeur resta dans cette chapelle jusqu’en 1835
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pour la donner à un autre (11) Et en second lieu, c’est que mondit sieur le procureur général, craignant qu’on ne fasse le même changement de son corps et de ceux de ses successeurs, il stipule que les religieuses ne le pourront faire. Ajoutez à cela le don ou transport qu’elles font à mondit sieur le procureur général de la chapelle qui est la première du côté de l’évangile.
Il semble de plus qu’il n’est pas expédient de mettre dans le contrat ces lignes qui commencent au milieu de la pénultième ligne de la 4° page par ces mots Que si à l’avenir jusques à la ligne sixième et demie, qui contiennent que, "si à l’avenir quelques personnes voulaient traiter de ladite seconde chapelle, quelles ne le pourront faire, ni l’engager à qui que ce soit, qu’à la maison de mondit sieur le procureur général", pource que cette chapelle est dédiée par feu M. le commandeur de Sillery pour servir au bienheureux François de Sales, leur fondateur. Et n’importe de dire que les Révérends Pères jésuites de Saint-Louis ont rendu à feu M. le prince la chapelle qu’ils ont dédiée à leur saint patron saint Ignace, parce que les Pères jésuites sont maîtres de leur église, l’ayant fait bâtir eux-mêmes, et peuvent disposer de tout ce qui est en icelle comme il leur plaît ! mais qu’il n’en est pas ainsi de cette chapelle, pource que c’est M. le commandeur qui en est le principal fondateur. Que si l’on dit qu’il l’a remise à la disposition des religieuses, c’est pour être et demeurer toujours dédiée à ce bienheureux Père et de servir sous son nom, quand il aura plu à Sa Sainteté de le béatifier ; ce sont les propres termes de son intention contenue dans le contrat.
11) Le corps de François Fouquet reposait au XVIIIe siècle dans la chapelle de gauche en entrant, sous les marches. Là fut déposé également le corps de son fils. (Description historique de la ville de Paris et de ses environs, par Hurtaut et Magny, Paris, 1779, 4 vol. in-8°, t. IV, p. 839)
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Or, si les religieuses l’aliénaient ; à d’autres, ils la pourraient faire servir des années entières à des annuels et la tenir toute l’année tendue de deuil ; ce qui serait détourner l’intention dudit sieur commandeur. C’est pourquoi il n’est pas expédient de mettre cette clause.
2018. —- A LOUISE-MARIE DE GONZAGUE, REINE DE POLOGNE
De Paris, ce 3 mars 1656.
Madame,
Je ne me suis point donné l’honneur d’écrire à V [otre Mjaesté] depuis qu’il a plu à Dieu de lui faire part de la croix pesante dont il a chargé le Roi des rois, Notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils, pource que j’ai appris le parfait usage que V[otre] Majesté] en fait, et que pour l’ordinaire la consolation des hommes renouvelle la douleur et ne l’adoucit pas ; mais maintenant que j’apprends que le bon Dieu a pris les armes pour V[otre] M[ajesté] contre ses ennemis, ceux du roi et de son état, je n’ai pu m’empêcher de témoigner à V[otre] M[ajesté] ; l’incomparable consolation que j’en ai, qui est certes des plus sensibles que j’en puis recevoir en ce monde, tant pour l’intérêt de votre état que de celui de son épouse qui souffre en la personne de V[otre] M [ajesté], et c’est ce que la plupart des gens de bien voient, et s’en affligent.
Nosseigneurs les prélats sont si touchés, tant de cela que de l’établissement de cinq cents prêches qui se sont établis dans ce royaume depuis la mort du feu roi qu’ils ont ordonné en leur assemblée, qui se tient à Paris
Lettre 2018. — L a — Original à Ferrare chez les prêtres de la Mission.
La lettera 2018 (Coste V p. 516) il cui originale si trovava a Ferrara, dopo che quella casa è stata chiusa si trova a … (ho chiesto informazioni a Roma, ma non le ho ancora avute) Roberto LOVERA mai 1999.
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de se mettre tous dans la pénitence pour demander à Dieu le remède à tant de maux dont l’église est menacée Ils jeûnèrent tous le vendredi et le samedi avant le mardi gras, et commencèrent l’oraison des quarante heures aux Augustins, où deux d’entre eux assistèrent alternativement, en la présence du Saint Sacrement, pendant les trois jours suivants, et y célébrèrent la sainte messe en même ordre ; et trois d’entre eux prêchèrent aussi alternativement, chacun son jour, et mirent ordre que leurs laquais fussent catéchisés pendant ce temps-là. Et cela s’est fait avec tant de dévotion par mesdits seigneurs les prélats que chacun avoue n’avoir rien jamais vu de semblable, ni plus de modestie en la procession qu’ils firent. Tout cela, Madame, donne sujet d’espérer que Notre-Seigneur rétablira son épouse en sa première splendeur et Vos Majestés dans leur état. J’ai parlé à quantité d’entre eux de contribuer du secours temporel à cet effet, et ai trouvé la plupart dans ce sentiment et dans la résolution de le proposer à leur assemblée. Nous verrons comme il plaira à Dieu d’en disposer. J’ose bien assurer Votre Majesté que je ne perdrai pas d’occasion d’y servir, tout chétif que je suis, et il n’y aura que mes péchés qui en empêchent l’effet (1)
J’ai eu grande affliction du retour des missionnaires de V[otre] M[ajesté], dans l’appréhension que j’ai qu’ils aient donné sujet à V[otre] M[ajesté] de les renvoyer ; et peu s’en est fallu que j’aie renvoyé quelqu’un d’entre eux. Je remercie très humblement V[otre] M[ajesté], Madame, de la bonté incomparable qu’elle continue à
1) L’Assemblée du Clergé de France ne s’occupa des besoins de la Pologne qu’en 1657, au reçu d’une lettre de Louise-Marie de Gonzague, et ce fut pour déclarer que les circonstances ne lui permettaient pas de répondre au désir de la reine. (Cf Collection des Procès-Verbaux des Assemblées générales du Clergé de France depuis l’année 1560 jusqu’à présent, Paris, 10 t. in-f °, 1707-1780, t.IV, p. 431)
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ceux qui sont restés de delà, et prie Notre-Seigneur qu’il soit sa récompense et qu’il me fasse digne de la grâce de mériter celle qu’elle me fait de me souffrir Madame, la qualité de son très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL.
2019. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES