Correspondance (page 48)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3 mars 1656.

Le moyen que vous proposez pour peupler votre séminaire interne est bien long et bien hasardeux, car les enfants que l’on prend avant qu’ils soient en âge de faire un choix de vie sont changeants ; ils diront assez qu’ils veulent être missionnaires, et même se soumettront pour un temps, afin d’étudier ; mais sont-ils capables de quelque chose, ils changent de langage, disent qu’ils n’ont pas vocation et s’en vont. Combien en avons-nous vus de cette sorte ! Nous en avions naguère 15 ou 16, qui, après nous avoir bien fait de la dépense, s’en sont allés. Feu M. le cardinal de Joyeuse a fondé un séminaire à Rouen pour y élever de jeunes clercs, afin d’en faire de bons ecclésiastiques pour le diocèse ; mais à peine en voit-on un seul qui réussisse ; car, quand ils ont étudié, les uns embrassent des professions séculières, et les autres qui se font prêtres, ne voulant pas s’assujettir à servir le diocèse, prennent parti ailleurs. Les maisons de la Visitation tombent souvent dans quelque inconvénient semblable : elles prennent de petites filles à pension, et, les élevant dans l’esprit de la religion, donnent l’habit à celles qui le demandent, à 16 ans ; mais presque toutes

Lettre 2818. — Reg. 2, p. 42,

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celles qui le prennent de cette sorte mènent par après une vie lâche et fainéante, parce qu’elles n’ont pas une vraie vocation, ayant été mises là par leurs parents et y étant demeurées par des respects humains. De même, Monsieur, y a-t-il raison de craindre que, quand même ces jeunes garçons voudraient persévérer dans notre congrégation, ils ne seraient pas propres pour nos fonctions, et qu’ils donneraient sujet de les mettre dehors. C’est autre chose si l’on trouve dans les missions des enfants de bon esprit et pieux et qui demandent d’être de notre compagnie ; car de ceux-ci il semble qu’il serait bon de faire un essai, si l’on avait moyen de les nourrir sans rien payer. Néanmoins je vois tant de raisons contre cela, que je doute fort s’il est expédient.

2020 — A LOUIS RIVET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES

5 mars 1656.

Le moins que vous et les vôtres pourrez voir et fréquenter M. [Vageot] sera le meilleur ; car pour justifier sa sortie d’avec nous, il n’aura que des plaintes en bouche, et son indisposition pour la compagnie ne pourra être que contagieuse.

2021. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

Du 5 mars 1656.

J’approuve fort l’instance que vous me faites de ne vous imposer pas la supériorité, car cela marque qu’elle

Lettre 2020. — Reg. 2, p. 54.

Lettre 202l — Reg. 2, p. 184.

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trouvera en vous le fondement qui convient à cette charge, à savoir la défiance de vous-même, sans laquelle vous n’auriez pas assez de soin de recourir à Dieu ; et avec elle vous vous présenterez souvent à sa bonté comme impuissant de porter ce faix et néanmoins comme soumis à ce qu’elle veut ; vous espérerez qu’elle vous donnera les forces qu’il faut, et l’en prierez ; vous irez bride en main en sa divine présence, ne faisant rien sans la consulter et prenant conseil, pour les affaires considérables, des personnes sages et entendues, particulièrement de vos consulteurs. Selon cela, je vous prie de prendre le gouvernail de cette petite barque que sa providence commet à votre conduite. Seulement je vous donne cet avis pour le présent, qu’il importe que vous ne changiez pas ce que vos prédécesseurs ont établi, sans le consentement du supérieur général ; faute de cela, il y a des supérieurs qui ont fait de grandes fautes et presque ruiné leurs maisons.

2022. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Après les vraies et extraordinaires marques que Dieu a mises en vous de votre vocation pour le salut de ce peuple-là (1), je vous y embrasse en esprit, avec tout le sentiment de joie et de tendresse que mérite une âme que Dieu a choisie entre tant et tant d’autres qui habitent sur la terre, pour en attirer un grand nombre dans le ciel, comme la vôtre, laquelle a tout quitté pour cette fin. Et certes qui n’aimerait cette chère âme, ainsi détachée des créatures, de ses intérêts et de son propre corps, qu’elle anime seulement pour le faire servir aux desseins

Lettre 2022. — Abelly, op cit, 1 III,. chap XI, sect. VI, p. 165

1) Les habitants de l’île de Madagascar.

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de Dieu, lequel est sa fin et son unique prétention ? Mais qui n’aurait soin de ménager les forces de ce corps, qui certes a éclairé les aveugles et a donné la vie aux morts ? C’est ce qui me fait vous prier, Monsieur, de le regarder comme un instrument de Dieu pour le salut de plusieurs et de le conserver en cette vue.

2023. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je ne doute pas que la séparation de ce cher compagnon et de ce fidèle ami ne vous soit sensible ; mais souvenez-vous, Monsieur, que Notre-Seigneur se sépara de se propre mère, et que ses disciples, que le Saint-Esprit avait si parfaitement unis, se séparèrent les uns des autres pour le service de leur divin Maître.

2024. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Vous me mandez quels sont les avis des Révérends Pères Aversa (1) et Hilarion (2) sur diverses questions que je vous ai faites, dont je vous remercie, et eux aussi ; mais c’est par vous-même et par leurs bons anges que je le fais ; car comment pourrais-je autrement faire un digne remerciement à ces deux hommes de Dieu, qui sont nos anges de conseil par qui Dieu dissipe nos doutes ? Nous agirons conformément à leurs sentiments.

Lettre 2023. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XXIV, p. 340.

Lettre 2024 — Reg. 2, p. 235.

1) Supérieur général des Théatins, mort à Rome en 1657.

2) Abbé de Sainte-Croix de Jérusalem à Rome.

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2025. — A N ***

15 mars 1656.

Vincent de Paul recommande la simplicité dans les prédications. "La pratique en est difficile", surtout à la jeunesse.

2026. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce lundi. [mars 1656] (1)

S’il plaît à votre charité, mon très honoré Père, se souvenir de sa pauvre fille, qui s’attendait que ce serait pour ce matin sa confession, n’ayant rien eu qui la put empêcher de s’y disposer, par la grâce de Dieu

Ce qui a paru infirmité n’est que précaution de mal et de trop de soin de ma conservation ; il est vrai que c’était aussi pour me conserver en état de prendre plus de temps que je pourrai.

En écrivant, je m’aperçois de ce chétif papier et liberté d’écrire ; je vous en demande pardon, mon très honoré Père, et, s’il vous plaît, votre bénédiction, en attendant celle de la miséricorde de Dieu, par votre charité, de qui je suis, mon très honoré Père, très pauvre et indigne fille et servante

L. DE MARILLAC.

2027. — AU CHANOINE DE SAINT-MARTIN

Je vous remercie du soin que vous prenez de mon petit neveu (1), duquel je vous dirai, Monsieur, que je n’ai

Lettre 2025. — Collet, op. cit., t. II, p. 221. Cet écrivain ajoute que saint Vincent renouvela dans une lettre écrite le 17 la recommandation qu’il fait ici.

Lettre 2026 — Supplément aux Lettres de Louise de Marillac, 1. 467 bis.

* 1) Date ajouté au dos de l’original par le frère Ducourneau.

Lettre 2027. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XIII, sect. I, p 214.

* 1) Sur la liste des prébendiers de Capbreton (Landes), se trouve le nom de "François Depaul, neveu de M Vincent", ne serait-ce pas de ce petit-neveu qu’il est ici question ?

Coste indique de supprimer la note 1 de la page 567, mais laquelle ??? (Note de l’enregistreur)

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jamais désiré qu’il fût ecclésiastique, et encore moins ai-je eu la pensée de le faire élever pour ce dessein, cette condition étant la plus sublime qui soit sur la terre, et celle-là même que Notre-Seigneur y a voulu prendre et exercer. Pour moi, si j’avais su ce que c’était, quand j’eus la témérité d’y entrer, comme je l’ai su depuis, j’aurais mieux aimé labourer la terre, que de m’engager à un état si redoutable ; c’est ce que j’ai témoigné plus de cent fois aux pauvres gens de la campagne, lorsque, pour les encourager à vivre contents et en gens de bien, je leur ai dit que je les estimais heureux en leur condition ; et en effet, plus je deviens vieux, et plus je me confirme dans ce sentiment, parce que je découvre tous les jours l’éloignement où je suis de la perfection en laquelle je devrais être. Certes, Monsieur, les prêtres de ce temps ont un grand sujet de craindre les jugements de Dieu, puisque, outre leurs propres péchés, il leur fera rendre compte de ceux des peuples, parce qu’ils n’ont pas tâché de satisfaire pour eux à sa justice irritée ; ainsi qu’ils y sont obligés ; et qui pis est, il leur imputera la cause des châtiments qu’il leur envoie, d’autant qu’ils ne s’opposent pas comme il faut aux fléaux qui affligent l’église, tels que sont la peste, la guerre, la famine et les hérésies, qui l’attaquent de tous côtés. Disons plus, Monsieur, que c’est de la mauvaise vie des ecclésiastiques que sont venus tous les désordres qui ont désolé cette sainte épouse du Sauveur et qui l’ont si fort défigurée qu’à peine est-elle reconnaissable. Que diraient maintenant de nous ces anciens Pères qui l’ont vue en sa première beauté, s’ils voyaient l’impiété et les profanations que nous y voyons, eux qui ont estimé qu’il y avait fort peu de prêtres sauvés, quoique de leur temps ils fussent en leur plus grande ferveur ? Toutes ces choses, Monsieur, me font juger qu’il est plus conve-

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nable à ce pauvre enfant de s’adonner à la profession de son père, que d’en entreprendre une si haute et si difficile qu’est la nôtre, dans laquelle la perte semble inévitable pour les personnes qui osent y entrer sans être appelées. Et comme je ne vois pas qu’il le soit par aucune marque assurée, je vous supplie de lui conseiller de travailler pour gagner sa vie, et de l’exhorter à la crainte de Dieu, afin qu’il se rende digne de sa miséricorde en ce monde et en l’autre. C’est le meilleur avis que je lui puisse donner. Je vous prie de vous informer de Monsieur… de ce que l’on dit dans une conférence qui fut faite céans, lorsqu’il y était, au sujet d’un curé de Bretagne qui a fait un livre où il a mis que les prêtres vivant comme font aujourd’hui la plupart, sont les plus grands ennemis qu’ait l’église de Dieu. Si tous étaient comme vous et lui, cette proposition ne se trouverait pas véritable.

2028. — AUX SUPéRIEURS

[Mars 1656] (1)

Monsieur,

Je vous envoie copie d’un bref de notre Saint-Père le Pape, qui contient, d’une part, pouvoir, pour les missions seulement, d’absoudre des cas réservés au Saint-Siège, au for intérieur seulement, hormis ceux de la bulle In coena Domini. Mais, comme elle n’est pas reçue en France, ceux de la compagnie qui y demeurent peuvent aussi absoudre des cas contenus en icelle, même de l’hérésie, après que le pénitent en a fait l’abjuration entre les mains de l’évêque ou de son pénitencier et qu’il

Lettre 2028. — Recueil des circulaires des supérieurs généraux. (Arch. de la Mission.)

1) Voir lettre 2029.

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a été absous par eux et for extérieur de l’excommunication qu’il avait encouru

Notez que nous n’avons pas pouvoir pour cela de commuer les cinq vœux réservés au Pape, ni de dispenser des irrégularités, parce que cela n’est pas exprimé dans le susdit bref ; 2° que ce pouvoir n’est pas pour les externes qui seraient avec les nôtres employés en mission.

D’autre part, ce bref contient indulgence plénière, tant pour les prêtres que pour les autres de la compagnie qui seront envoyés en mission, pourvu qu’ils fassent en chaque mission une confession, communion et les prières portées par ledit bref.

Il est à propos de faire voir à l’évêque ou au grand vicaire de chaque diocèse où vous irez en mission, une de ces copies, pour obtenir de l’un d’eux par écrit le pouvoir de publier nos indulgences aux lieux où vous irez en mission, afin que Messieurs les curés n’aient pas sujet d’y trouver à redire. Je vous envoie pour cet effet une des feuilles où est couchée la permission que M. le grand vicaire de cette ville et diocèse nous a donnée par écrit, afin qu’elle vous serve de modèle pour celle que vous aurez à obtenir. Vous la ferez voir pour cette fin.

Il est à propos que vous conserviez ce mémoire et autres semblables qu’on vous envoie, lorsqu’ils regardent le public et le temps à venir, afin que les autres supérieurs observent les mêmes choses et soient instruits dans la conduite.

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2029. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 17e de mars 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Votre lettre du 9 février ne requiert point de réponse. Je vous remercie seulement des nouvelles que vous me donnez. Je ne vous écrivis point la semaine passée, et celle-ci je n’ai pas reçu de vos lettres. Nous continuons nos prières, ou plutôt nous les redoublons, pour le bien des affaires de Pologne (l) ; et pendant que le roi combat de delà ses ennemis, qui sont ceux de Dieu et de l’église, nous levons ici les mains au ciel, comme des Moïse, et vivons dans cette espérance que Dieu bénira la justice de ses armes et rétablira les choses peu à peu. Je sors de chez Madame des Essarts pour lui rendre compte de ce que j’ai fait, ou plutôt de ce que je voudrais faire pour le service de Leurs Majestés.

Nous n’avons rien de nouveau de deçà que le jubilé, qui s’ouvrira bientôt à Paris. Dieu nous a donné un moyen pour attirer les peuples à nos missions et ses bénédictions sur eux : j’entends une indulgence plénière pour tous les lieux où se feront ci-après lesdites missions, et un pouvoir aux missionnaires d’absoudre des cas réservés au Pape (2). Il a plu à Sa Sainteté de nous en

Lettre 2029. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

1) Les nouvelles de Pologne étaient meilleures. Encouragé par la résistance victorieuse des Pauliniens de Czenstochowa, qui avaient réussi à déloger les Suédois de leurs hauteurs, Jean-Casimir leva de nouvelles troupes et entra en Galicie. Le 1er mai, à Lwow, il mit son royaume sous la protection de la sainte Vierge. A la suite de nouveaux succès, la route de Varsovie lui fut ouverte, et il occupa cette ville.

2) Cette concession était accordée pour sept ans.

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donner un bref par les soins du bon Monsieur Jolly, supérieur à Rome. Si le bon Dieu vous rétablit, je vous en enverrai une copie authentique.

Nos ordinands se sont retirés bien satisfaits, grâces à Dieu, après nous avoir beaucoup édifiés dans leurs exercices. Mgr l’évêque de Sarlat (3) leur fait l’entretien du soir admirablement bien ; et comme on a regardé de près la cause d’un si heureux succès, on a trouvé que c’est son humilité à suivre mot à mot le projet de ces entretiens qui a été fait par les premiers qui les ont commencés, sans y ajouter des pensées curieuses, ni des mots nouveaux, ainsi que d’autres ont voulu faire ci-devant, qui ont tout gâté, pour ne s’être réduits à la méthode et simplicité ordinaires, ni maintenus dans les matières propres. J’ai été obligé pendant une ordination de me jeter deux fois aux pieds d’un prêtre pour le conjurer de ne s’égarer point dans ce beau chemin ; et ne voulut pas me croire ; aussi nous a-t-il délivrés de cet esprit vain.

Je voudrais vous pouvoir dire le détail des extraordinaires bénédictions que Dieu a données cet hiver aux missions de la compagnie, tant en Italie qu’en France ; vous en seriez sans doute grandement consolé ; mais je ne puis vous le dire qu’en général ; et c’est afin que vous en rendiez grâces à Dieu et continuiez, s’il vous plaît, à lui recommander la compagnie.

Nos missionnaires de Barbarie travaillent aussi avec grand fruit, mais avec beaucoup de traverses de la part des Turcs.

Nous allons envoyer M. Brin visiter ceux que nous avons en Ecosse et aux îles Hébrides.

3) Nicolas Sevin.

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M. Berthe travaille toujours fort heureusement aux visites de nos maisons ; il à présent à Marseille. Notre séminaire est assez bien peuplé, grâces à Dieu ; et ceux de Richelieu et de Gênes multiplient peu à peu Priez Dieu, Monsieur, qu’il envoie des ouvriers en sa vigne. Pour moi, je lui demande souvent votre conservation et celle de Messieurs Desdames et Duperroy, desquels je suis en peine, et toujours en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, près la reine de Pologne.

2030. — A DONAT CRUOLY, SUPéRIEUR, AU MANS

De Paris, ce 18e mars 1656

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres. Je rends grâces à Dieu de la gloire qu’il a tirée de vos travaux, et des grâces qu’il a faites par vous au peuple où vous avez fait la mission.

J’écris au fr [ère] Edme (1) pour la dernière fois ; mandez-moi si, après avoir reçu ma lettre, il refusera encore

Lettre 2030. — L s. — Dossier de Turin, original.

1) Edme Picardat ou peut-être Edme Noizeau, né en janvier 1628 au diocèse de Sens, entré dans la congrégation de la Mission, comme frère coadjuteur, le 8 août 1648, reçu aux vœux en août 1651.

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d’aller à Troyes, et, en cas qu’il le fasse, ne le mettez pas dehors, que je vous le mande.

Puisque ce n’est pas Mgr d’Angers (2) qui a demandé des prêtres pour la mission dont M. Molony m’avait écrit, il n’en faut plus parler.

Je pense que le cousin du frère Turpin (3) est déjà parti pour aller à votre séminaire ; pour le moins Madame sa mère s’est résolue de le vous envoyer et de vous donner 200 livres de pension.

Le R. P. Amelote, de l’Oratoire (4), prêche ce carême au Mans ; c’est une personne de considération et de grande piété, qui honore la compagnie de sa bienveillance ; il sera bon que vous l’alliez saluer et lui offriez les services de la même compagnie et les vôtres.

Nous n’avons quasi point des nouvelles. Nous nous portons assez bien, grâces à Dieu. L’ouverture du jubilé se va faire en ce diocèse, qui donnera de l’exercice à nos prêtres, qui s’en iront par les champs y disposer les pauvres gens, attendant l’ordination de Pâques. Celle du commencement de carême a très bien réussi par la

2) Henri Arnauld (1649-1692).

3). Pierre Turpin, né à Roye (Somme) le 9 avril 1629, entré dans la congrégation de la Mission le 16 septembre 1655, reçu aux vœux au Mans le 6 octobre 1658. Admis au séminaire une première fois il en était sorti pour raison de santé.

4). Denis Amelote, docteur en Sorbonne et prieur de Champdolent né à Saintes en 1609, fut un des premiers et des plus dévoués collaborateurs de Jean-Jacques. Olier, qu’il quitta pour entrer à l’Oratoire le 12 mai 1650. Le P. Bourgoing avait souvent recours à ses conseils. "M. Vincent, disait un jour le P. de Condren à M. Olier, M. Vincent a le caractère de prudence et M. Amelote celui de sagesse." (Frédéric Monier, op cit., t. I, p. 268.) Denis Amelote mourut à Paris le 7 octobre 1678. On a de lui divers traités de piété, d’histoire et de théologie, dans lesquels il combat les doctrines jansénistes. Il a écrit la Vie de Sœur Marguerite du Saint-Sacrement (Paris, 1654, in-8°) et celle du P. de Condren. (Cf. La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, par l’abbé Féret, Paris, 1907, 7 vol. in-8°, t. V, pp. 360-372)

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grâce avec laquelle Mgr l’évêque de Sarlat a fait l’entretien du soir, qui était tout extraordinaire. Et comme on a regardé de près la cause d’un si heureux succès, on a trouvé que c’est son humilité à suivre mot à mot le projet de ces entretiens qui a été fait par les premiers qui les ont commencés, sans y ajouter des pensées curieuses ni des mots nouveaux, ainsi que d’autres ont fait ci-devant, qui n’ont voulu se réduire à la méthode et simplicité ordinaires, ni se contenir dans les matières propres, et qui pour cela gâtèrent tout.

Vous me parlez derechef, par votre lettre du 13 mars, de la ruine des bois de la Guerche et de la nécessité de les vendre pour réparer votre église ; c’est à quoi nous aviserons.

Peut-être que ce n’est pas l’intention de M. le grand vicaire que vous confessiez en votre église pendant le jubilé, puisqu’il ne vous en a rien dit. Et quand il aurait ce désir, vous ferez bien de l’aller trouver, pour lui représenter que nous avons pour règle de ne point confesser dans les villes. Que si après cela il vous commande de le faire, il faudra obéir.

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous conserve et sanctifie avec votre famille, que je salue affectionnément, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

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2031. — A LA PROPAGANDE

[mars 1656] (1).

Eminentissimi e Reverendissimi Signori,

Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione, espone umilmente all’EE. VV. ch’essendo di partenza questa primavera una nave per l’isola di San-Lorenzo (2), vulgo Madagascar, alla conversione dei cui popoli già ha detto oratore inviato conordine dell’EE. VV. varii soggetti della sua congregazione, ed essendo quella messe copiosissima e bisognosa di molti più operai ; ofterisce di nuovo all’EE. VV. le persone di Francesco Herbron, dioeceszs Sagiensis (3), e Francisco Boussordec, dioecesis Trecovensis (4), ambedue sacerdoti della predetta congregazione della Missione, accio, se si degnano l’EE. VV. dichiararli missionari apostolici e far loro dare le solite facoltà, possa detto oratore mandarli con la sopradetta nave. E il tutto riceverà per grazia singolare dall’EE. VV.

Quas, Deus, etc.

Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda fide,

Lettre 2031. — Supplique non signée. — Arch. de la Propag., Il Africa, n° 248, f° 92, original.

1). Les facultés demandées dans cette supplique furent. accordées le 30 mars 1656.

2). Le départ du navire fut différé.

3). François Herbron, né à Alençon en novembre 1617 ordonné prêtre le 22 septembre 1646, entré dans la congrégation de la Mission le 20 août 1653, reçu aux vœux le 6 janvier 1656. Le vaisseau qui devait le porter à Madagascar ayant fait naufrage, il fut placé au Mans.

4). Charles Boussordec, né à Chatelaudren (Côtes-du-Nord) d’abord curé dans le diocèse de Tréguier, entré dans la congrégation de la Mission le 21 août 1654 à l’âge de quarante-cinq ans, reçu aux vœux à Luçon, mort le 31 mars 1665 sur les côtes du Cap Vert en allant à Madagascar. (Notices, t. III, PP. 341-347) Il dirigea le séminaire d’Annecy de 1660 à 1662.

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per Vincenzo di Paul, Superiore Generale della Congregetione della missionne.

TRADUCTION

Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,

Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission, expose humblement à Vos éminences qu’ayant appris qu’un navire devait partir ce printemps pour l’île de Saint-Laurent, vulgairement Madagascar, où le suppliant, pour obéir à Vos éminences, a envoyé plusieurs prêtres de sa congrégation, vu l’abondance de la moisson et le besoin d’ouvriers nombreux, il leur présente de nouveau François Herbron, du diocèse de Séez, et François Boussordec, du diocèse de Tréguier, tous deux prêtres de la congrégation de la Mission, afin que, s’il plaît à Vos éminences les nommer missionnaires apostoliques et leur donner les pouvoirs accoutumés, le suppliant puisse les envoyer sur ce navire. Et il regardera cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences.

Que Dieu ait, etc.

Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande. pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.

2032. — FRANçOIS HARLAY DE CHAMPVALLON,

ARCHEVêQUE DE ROUEN, A SAINT VINCENT

1656

Je ne me lasse point de vous donner de mes lettres, parce que vous ne vous ennuyez point de nous faire du bien. Celui que mon diocèse a reçu par l’entremise de vos saints ouvriers en est un témoignage très certain. Et comme je remercie Notre-Seigneur de voir que son esprit est si abondamment répandu dans les prêtres que vous formez par sa grâce, je n’aurais aussi à souhaiter pour son église et pour la gloire de son sacré nom, sinon que tous les ecclésiastiques eussent la

Lettre 2032 — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 5, 1ère éd., p 41.

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même capacité et la même ferveur. Je vous envoie donc le brave Monsieur… et sa généreuse troupe. Ils ont combattu vaillamment contre le péché. J’espère qu’en d’autres rencontres ils ne se lasseront pas de continuer, sous l’étendard du primat de Normandie, qui estime leurs vertus, qui loue leur zèle et qui est sans réserve de leur illustre chef le très humble et très…

2033. — LOUISE DE MARILLAC, A SAINT VINCENT

[1656, entre le 18 et le 19 mars] (1)

Madame la présidente de Herse avait demandé des églises à Monsieur de St-Nicolas (2), pour faire les stations du jubilé, pour nos sœurs de St-Martin et, je crois, de St-Médard. Elles ne l’ont pas fait.

Si nos sœurs de toutes les paroisses et même de la maison (excepté celles des Enfants treuvés) pouvaient aller à Notre-Dame et l’Hôtel-Dieu et en deux autres églises proche leur quartier, encore qu’elles ne fussent pas des nommées de la semaine, ce serait une grande commodité. Si elles iront ensemble à l’heure de la plus grande commodité pour les pauvres, comme serait sur les cinq heures du soir ? J’entends des paroisses. S’il y a obligation à dire les prières qui sont dans ces petits livres qui se vendent pour cela ?

Quelques-unes des sœurs voudraient bien faire leur confession céans ; savoir s’il n’est point nécessaire de les avertir toutes de choisir quel confesseur elles voudront pour cette seule fois ?

Lettre 2033. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite en une année jubilaire, après les fondations de Saint-Martin et de Saint-Médard, paroisses de Paris, c’est-à-dire en 1656, après la lettre 2030 et avant celle qui porte le n° 471 dans la correspondance autographiée de Mademoiselle Le Gras. (Lettres de Louise de Marillac p. 765.)

2) Hippolyte Feret, vicaire général de Paris.

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2034. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 24e de mars [1656].

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai appris par votre lettre du 22 février votre indisposition, qui m’eût certes beaucoup affligé si à même temps je n’avais vu que vous vous portez mieux. J’en rends grâces à Dieu, et je le prie de vous redonner votre parfaite santé, qui est une grâce que je lui ferai demander par toute la compagnie jusqu’à ce que je sois assuré que vous l’avez reçue. Sa divine bonté sait combien votre conservation nous est chère, et le sujet que nous avons de la recommander souvent à vos propres soins, comme je fais par la plupart de mes lettres. Je vous prie donc, Monsieur, de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter. Je suis fort consolé des assistances que vous avez reçues en votre maladie, et je prie Dieu qu’il récompense de cette charité ceux qui l’ont exercée en votre endroit, particulièrement la reine, qui ne cesse de nous bien faire, tant elle a de bonté. Oh ! que je lui souhaite de bénédictions sur sa personne et de sujets de joie dans les affaires ! J’espère certes qu’enfin Notre-Seigneur la consolera, après le bon et le long usage qu’elle fait des afflictions présentes, par quelque heureux changement.

Je me donne l’honneur d’écrire à M. de Fleury, en réponse de celle que j’ai reçue de lui.

Recommandez-moi bien à notre chère Mère de Sainte-Marie et à sa communauté, que je salue très humblement. Assurez-les de mes services et de mes chétives

Lettre 2034. — L. s — Dossier de Cracovie, original

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prières, ensemble de mon entière reconnaissance pour les bons offices que vous en recevez. Je salue aussi nos bonnes Filles de la Charité, que Dieu veuille bénir et fortifier dans la peine où elles sont. Je ne doute pas que vous ne les encouragiez. Je leur écrivis dernièrement et le ferais souvent si je le pouvais.

Mademoiselle Le Gras se porte bien, et sa petite compagnie, qui va croissant en nombre et en bénédiction. Nous avons une station pour le jubilé à l’hôpital des Enfants-Trouvés. Nous n’avons rien de nouveau de deçà, sinon que M. Bécu est au lit pour ses gouttes.

Je suis en peine de nos Messieurs de Varsovie, n’en recevant aucune nouvelle ; faites-leur part des nôtres autant que vous pourrez. Nous prions Dieu pour eux comme pour vous, à qui je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

ind. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, étant de présent à la cour de la reine de Pologne.

2035. — A N ***

Je vous offrirai à Dieu, puisque vous me l’ordonnez ; mais j’ai besoin du secours des bonnes âmes plus qu’aucune personne du monde, pour les grandes misères qui accablent la mienne et qui me font regarder l’opinion qu’on a de moi comme un châtiment de mon hypocrisie, laquelle me fait passer pour autre que je ne suis.

Lettre 2035. — Abelly, op cit, III, chap. XIII sect. I, p. 203.

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2036. — A MICHEL THEPAULT DE RUMELIN

De Paris, ce 26e de mars 1656.

Monsieur,

Le retour de Monseigneur de Tréguier me donne occasion de vous renouveler les offres de mon obéissance, comme je fais, Monsieur, avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, et je vous supplie de croire que les difficultés qui se rencontrent dans les conditions de votre fondation pour le séminaire n’ont aucunement diminué la parfaite reconnaissance que j’en ai. Si mon cœur vous était connu, Monsieur, vous seriez tout persuadé qu’elle est incapable d’altération. Et bien que je me sois donné la confiance de vous faire représenter ces difficultés-là, ç’a été néanmoins avec le respect et la soumission que je vous dois. Je ne vous en dirai autre chose par la présente, sinon que j’ai supplié mondit seigneur d’en conférer avec vous, dans le dessein de nous en tenir à ce que vous et lui commanderez. Cependant, Monsieur, je prie Notre-Seigneur qu’il sanctifie de plus en plus votre âme et qu’il continue ses éternelles bénédictions sur votre famille. Le sentiment de l’obligation que nous vous avons, dont je suis plein, me fera produire toute ma vie ces souhaits et ces prières, et je m’estimerais heureux d’y pouvoir ajouter mes services. Ce sera lorsque le bon Dieu m’aura fait digne de vous en rendre, et ce sera toujours avec autant d’affection que j’ai d’honneur d’être, comme je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Lettre 2036 — L s — Dossier de la Mission, décalque

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Suscription : A Monsieur Monsieur de Rumelin, à Tréguier.

2037. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER

26 mars 1656.

Monseigneur de Tréguier s’en retourne plein de saintes affections pour le bien de son diocèse. Je ne doute pas, Monsieur, qu’il ne vous trouve disposé d’y contribuer tout ce que vous pourrez et par vos propres soins et par les services de votre famille. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne la plénitude de sa grâce et de sa conduite pour correspondre pleinement aux intentions de ce bon prélat et pour maintenir la paix dans votre maison, sans laquelle il vous serait difficile de faire le reste. Je prie le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, qu’il soit aussi la vôtre à tous. Vous l’en devez prier sans cesse et ajouter à ces prières une grande attention pour vous unir de cœur et d’action à chacun en particulier et à tous en général. Le mal des communautés, surtout des petites, est pour l’ordinaire l’émulation, et le remède l’humilité, de laquelle vous devez faire toutes les avances, aussi bien que des autres vertus nécessaires pour cette union. Nous voyons que cette émulation est arrivée en la première compagnie de l’église, qui est celle des apôtres ; mais nous savons aussi que Notre-Seigneur l’a réprimée, et par parole, en humiliant ceux qui se voulaient élever, et par son exemple, en s’humiliant le premier. Si les vôtres s’enorgueillissent ou se courroucent ou se dérèglent, ne vous contentez pas de les en avertir charitablement, quand le cas le mérite, mais faites des

Lettre 2037. — Reg. 2, p. 190.

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actes contraires par où ils soient doucement forcés de vous suivre. J’écris à M…. pour le conjurer de concourir de sa part à cette agréable harmonie qui doit-être entre les membres et le chef. Vous lui devez toujours rendre mes lettres fermées, et ne devez pas voir celles qu’il m’écrit, ni celles qu’il adresse où je suis ; mais, pour toutes les autres qui vont ou viennent d’ailleurs, vous les devez ouvrir et considérer, afin que rien ne se passe qui ne soit à propos. Tel est l’usage des supérieurs particulier, qui prennent connaissance de tout ce qui regarde leurs inférieurs, excepté de ce qui vient ou qui va au général.

2038. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce dernier de mars 1656.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il y a longtemps que je n’ai reçu de vos chères lettres ; j’en suis certes bien en peine, quoique j’en attribue la cause à un bon sujet, comme est celui de vos missions, où j’estime que vous êtes toujours occupé ; mais ce n’est pas sans crainte que l’excès de travail vous ait fait malade, ce qu’à Dieu ne plaise. Nous continuons toujours de vous offrir à lui avec toutes vos conduites.

M. Berthe est à présent à Gênes et doit revenir par Turin. J’espère que vous serez consolé de sa présence. Peut-être que la présente le trouvera chez vous ; en ce cas, je l’embrasse très cordialement avec toute la famille.

Voici une lettre de Troyes pour M. Ennery. Je vous prie de donner douze livres à un jeune garçon de ladite

Lettre 2038 — L s — Dossier de Turin, original.

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ville de Troyes, nommé Gautier, qui, en revenant de Rome, s’est donné à un bourgeois de Turin pour son pain. M. Ennery le saura bien trouver. Nous rendrons ici lesdites douze livres à qui il vous plaira, ou les emploierons en ce que vous ordonnerez, ou bien nous vous les renverrons à la première occasion. Je vous prie aussi d’accomplir le billet ci-joint à votre commodité.

Nous n’avons rien de nouveau de deçà que trois ou quatre missions commencées en même temps dans ce diocèse, à l’occasion du jubilé. Nous attendons l’ordination, et je recommande à vos prières tous nos exercices, vous assurant que nous offrons souvent les vôtres à Dieu, afin qu’il en tire sa gloire de la sanctification du diocèse. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

2039. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A LA ROSE

Avril 1656.

Je vous embrasse avec toutes les tendresses de mon âme, considérant la vôtre comme une victime offerte continuellement à la gloire de son souverain Seigneur, qui travaille à sa perfection et au salut de son prochain. Mon Dieu ! Monsieur, que bienheureux sont ceux qui se donnent à lui sans réserve pour faire les œuvres que Jésus-Christ a faites et pour pratiquer les vertus

Lettre 2039 — Reg 2, p 32

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qu’il a pratiquées, comme la pauvreté, l’obéissance, l’humilité, la patience, le zèle et les autres (1) ! Car c’est ainsi qu’ils sont les vrais disciples d’un tel Maître ; ils vivent purement de son esprit et répandent. avec l’odeur de sa vie divine, le mérite de ses saintes actions, à l’édification des âmes pour lesquelles il est mort et ressuscité. Si donc je vous regarde comme l’un de ses bons serviteurs, n’ai-je pas raison de vous estimer et de vous chérir en lui, et d’implorer souvent sur vous, comme je fais, la continuation de ses grâces, pour lui être fidèle jusqu’à la consommation de votre vie, et pour être ensuite couronné de sa gloire par tous les siècles des siècles ? Ce sont les souhaits de mon cœur pour le bonheur du vôtre.

2040. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES

Du 2 avril 1656.

Quand je vous ai prié de prendre le soin de la famille, ç’a été avec intention que vous fissiez toutes les fonctions d’un supérieur ; mais je ne vous en ai pas donné la qualité, parce que j’ai coutume de voir auparavant les allures de ceux qui commencent l’exercice de cette charge, pour éviter qu’il n’arrive ci-après ce qui est arrivé à deux prêtres qui ont voulu gouverner à leur tête et qui ont réduit deux maisons à un si pauvre état, qu’elles ont peine à s’en relever. M. de Beaumont conduit la maison de Richelieu depuis la mort de M. Le Gros, et néanmoins je ne l’ai point traité de supérieur que depuis peu de jours. La communauté n’a pas laissé

1) Le destinataire de cette lettre venait de faire les vœux.

Lettre 2040. — Reg. 2,, p 165.

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de se soumettre à sa direction et d’aller d’un si bon pied qu’elle ait jamais fait. Désormais donc je vous donnerai la même qualité, et j’espère que Notre-Seigneur vous en continuera l’esprit, et que la famille, vous regardant en lui, fera son devoir, en sorte que l’union, le support, l’obéissance et les autres vertus seront en vigueur chez vous. J’en prie sa divine bonté.

2041. — JEAN MARTIN A SAINT VINCENT

[2 avril (1) 1656.]

Le concours a été de quatre à cinq mille personnes (2) ; et ce qui m’a grandement édifié est l’affection universelle que tous ont témoignée pour la parole de Dieu. L’on a vu ordinairement une cinquantaine de curés et autres ecclésiastiques fréquenter tous les jours les exercices de la mission. Tous les gentilshommes des environs y ont pris part avec une dévotion extraordinaire ; et le menu peuple y accourait avec une telle ardeur pendant que la mission a duré, qui a été d’environ six semaines, que cela faisait bien connaître qu’il avait un vrai désir d’en profiter. Il s’en est trouvé plusieurs qui, ayant apporté un peu de pain, ont demeuré huit jours et huit nuits entières dans l’église, ou auprès de l’église, pour avoir accès au confessionnal. Tout cela fait voir la bonne disposition de ce peuple et le grand fruit qu’on y pourrait faire s’il y avait nombre d’ouvriers, vu qu’étant si peu et si pauvres et chétifs comme nous sommes la volonté de Dieu ne laisse pas de se servir de nous pour en tirer beaucoup de biens : je dis : si pauvres et si chétifs, parce que je ne saurais assez m’étonner comme ces bonnes gens ont la patience de me souffrir, étant plutôt capable de les rebuter que de les attirer. C’est Dieu qui opère par se pure grâce, et qui opérerait sens doute avec plus de plénitude si je n’y mettais point d’empêchement par mon ignorance, par mon peu d’esprit et par mes autres misères.

Lettre 2041. — Abelly, op. cit., 1. Il, chap. I, sect. VI, p. 81.

1) Voir lettre 2052.

2) Dans la mission de Scalenghe, village de la province de Turin.

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2042. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES

Du 5 avril 1656.

Vous me demandez de quelle manière vous avez à vous comporter envers un docteur de la nouvelle doctrine qui n’a pas souscrit à la censure et qui se confesserait à vous. Mon avis est qu’il. ne faudrait pas lui refuser l’absolution, quoiqu’il refuse de signer, parce que les points censurés par la Sorbonne (1), laquelle veut exiger cette signature de tous les docteurs, n’ont pas encore été condamnés par le Saint-Siège. Il est vrai que les cinq propositions de Jansénius l’ont été, mais les docteurs qui les ont soutenues n’ont pas encore été obligés d’en souscrire la censure, comme ils le sont pour celle de Sorbonne, à l’égard de ces deux dernières propositions faites par M. Arnauld, qui diffèrent des autres. Il faut donc attendre qu’il ait plu à notre Saint-Père de prononcer sur le tout, avant que d’user de cette rigueur envers ces docteurs refusants. Cependant il est à propos d’éviter les communications trop familières avec eux.

2043. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce sixième avril 1656.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne sais que vous dire en réponse à la vôtre du neuvième de mars, que je ne vous aie dit par mes précé-

Lettre 2042. — Reg. 2, p. 110.

1). La Sorbonne avait censuré, le 18 février 1656, deux propositions extraites de la Seconde terre de M Arnauld, docteur de Sorbonne, à un duc et pair de France, Paris, 1655, in-4°. (Cf. Dupin, op. cit, t. II, p. 355 et suiv.)

Lettre 2043. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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dentes. Je sens toujours une grande joie des bonnes nouvelles que vous me donnez, et une douleur très sensible des mauvaises, tant je prends part aux intérêts du roi et de la reine. Plaise à Dieu de prendre leur cause en main et de combattre lui-même contre leurs ennemis, puisqu’ils sont aussi les ennemis de son église ! Si je pouvais ajouter quelque chose à nos prières pour leur service et consolation, sa divine bonté sait de quel cœur je le ferais.

Je suis bien aise que vous ayez entretenu ce bon Père capucin, missionnaire de l’empereur, sur le sujet de nos fonctions, et que vous lui en ayez donné un petit abrégé. Dieu disposera de cela selon sa sainte volonté et nous fera la grâce, s’il lui plaît, de répondre à ce qu’elle ordonnera.

Vous ne me dites rien de nos confrères de Varsovie ; peut-être n’en avez-vous point des nouvelles, non plus que nous. J’en suis certes en peine, et de ce que nous n’avons aucune voie assurée pour leur écrire. S’il s’en présente quelqu’une à vous, faites-leur part de tout ce que je vous écris.

Nous avons céans près de cent ordinands, et aux champs la plupart de nos prêtres, qui font des missions dans trois ou quatre endroits. Offrez à Dieu, s’il vous plaît, tous ces exercices.

M. Guillot est céans en bonne santé, ensemble M. Simon, tous deux occupés à l’ordination, et M. Eveillard est en mission. Messieurs Portail et Bécu sont un peu incommodés. Le reste va son petit train, tant ici que par les autres maisons de la compagnie, et moi je suis plus que jamais, ce me semble en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

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Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, étant de présent près la reine de Pologne.

2044. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce samedi [8 avril 1656] (1)

Mon très honoré Père

Permettez-moi recommander à votre charité le petit papier que je vous la dernière fois que j’eus l’honneur de vous parler, et de lui ramentevoir la pauvre femme que Monsieur de Croisy vous a recommandée pour le Nom-de-Jésus. L’on me vient de dire qu’il en sort une.

Nous avons une de nos sœurs qui demeurait y a un an chez un maître qui a fait banqueroute. Un homme intéressé de 13..000 livres veut qu’elle fasse déclaration par devant un commissaire pour ce qu’elle en sait et doit venir savoir si votre charité lui permettra. C’est aujourd’hui que je lui dois donner réponse. Venant apporter un monitoire chez Monsieur le curé ne suffirait-il pas qu’elle dit lorsqu’il sera public à. Monsieur notre curé ce qu’elle en saura ?

L’on m’a dit que c’est aujourd’hui la grande assemblée des dames. Ne jugeriez-vous point à propos mon très honoré Père, de représenter le bien spirituel que l’on pourrait faire, visitant les pauvres galériens aux heures que nos sœurs leur portent le dîner, qui est une heure assez commode pour être de retour chez elles, sans que leur ménage en soit incommodé ? C’est à dix heures que l’on les sert.

S’il plaît aussi à votre charité se souvenir du besoin de notre petite assemblée si ce pourrait être demain, jour des Rameaux, auquel je serai. comme je suis toujours, demandant votre bénédiction, et, mon très honoré Père, votre très humble très obéissante servante et très obligée fille.

LOUISE DE MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

Lettre 2044. — L a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Le frère Ducournau a écrit l’année au dos de l’original ; le contenu permet de préciser le jour.

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2045. — ALAIN DE SOLMINIHAC, éVêQUE DE CAHORS,

A SAINT VINCENT

Du 8 avril 1656.

Monsieur,

Je vous fais ces lignes, par l’avis de M. de Brousse, pour vous prier d’écrire à M. Jolly, supérieur de votre Mission de Rome, de s’employer pour l’expédition des bulles de l’abbaye de Chancelade en faveur du Père Garat, que le roi y a nommé. On lui enverra une lettre de change pour le payement d’icelles. Ledit sieur de Brousse m’a suggéré ce moyen pour épargner ce qu’il faudrait donner au banquier. J’ai cru que vous auriez agréable que je vous fisse cette prière en faveur de cette maison, qui vous en aura obligation.

Le bon M. Fournier m’est venu voir ici. Il est tout étonné de voir le grand emploi que vous lui avez donné dans la conduite spirituelle de notre séminaire Il dit qu’il n’en a jamais vu un si beau. D’abord que je le vis ici, je me souvins de l’avoir vu à Saint-Lazare.

L’on m’a écrit depuis qu’on pousse les jansénistes du coté de la cour, de quoi je suis bien aise. Il y a longtemps que je souhaitais cela. Vous savez combien de fois je vous en ai écrit Il faut les empêcher de faire du mal

Je suis toujours, Monsieur…

ALAIN,

évêque de Cahors.

2046. — A MARC COGLéE

De Paris, ce 12 avril 1656

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

M. Florent nous presse de fournir de l’argent pour acheter des livres à l’usage de ces pauvres enfants qui viennent à l’école ; je vous prie de donner pour cela un

Lettre 2045 — Arch de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.

Lettre 2046. — L. s. — Dossier de Turin, original

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ou deux écus par mois, pendant 3 ou 4 mois, de l’argent que les dames vous envoient pour les pauvres. J’espère qu’elles agréeront cette petite dépense, puisque ces enfants sont en effet pauvres et ne pourraient étudier sans cela. Quant à nous, nous le sommes trop pour pouvoir faire cette aumône. J’estime aussi, Monsieur, qu’il n’est pas à propos de la continuer, parce que, pour l’ordinaire, il sert de peu à la jeunesse de commencer l’étude du latin, quand elle n’a pas le moyen d’y faire quelque progrès, ainsi qu’il arrive lorsque les parents ne peuvent leur donner les choses nécessaires, si ce n’est peut-être quelque bon esprit, qui, se faisant reconnaître pour tel par son avancement, donne sujet à quelque personne charitable de l’aider à se pousser. Hors cela, la plupart sont pour demeurer à mi-chemin. Il vaut bien mieux que de bonne heure ils apprennent un métier ; et c’est le bien que vous devez procurer à ces pauvres enfants de Sedan, en portant leurs parents à les mettre en quelque apprentissage, ou bien en priant Dieu qu’il inspire aux dames catholiques de la ville à faire comme ont fait celles de Reims, qui se sont liées pour quantité de bonnes œuvres et qui s’assemblent toutes les semaines pour prévoir les biens qu’elles peuvent faire et en prendre les moyens. Or elles ont entrepris le soin des pauvres enfants, et avec telle bénédiction, qu’en moins de huit mois elles en ont mis près de six-vingts en métier, sans parler des filles, dont elles en ont aussi placé plusieurs. Si vous voyiez quelque ouverture à porter vos bourgeoises à faire de même, il faudrait espérer de la bonté de Dieu le même succès.

On m’a dit une chose qui m’a un peu surpris et certes affligé plus que je ne vous puis dire, qui est que vous avez mis en délibération en votre compagnie s’il était à propos qu’elle allât manger en ville, et que, la plupart

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des opinions ayant été pour l’affirmative, vous avez introduit cette coutume. Je vous prie, Monsieur, de trouver bon que je vous dise que vous avez mal fait de mettre à la pluralité des voix une chose que vous saviez bien être contre notre usage. Et comme un supérieur particulier ne peut rien innover dans sa famille que de l’ordre du général, ladite famille ne le peut non plus, quand même tous les sujets ensemble en conviendraient. Il arrive tant d’inconvénients de faire autrement, que cela nous oblige d’y tenir la main. Les banquets sont fort fréquents en Pologne, et nos gens ont été obligés du commencement de se trouver en quelques-uns pour ne pas condamner d’abord une coutume si fort approuvée ; mais, parce que l’usage tourne facilement en abus, nous avons aussi été obligés de leur défendre absolument de manger hors de la maison. Faites savoir à la vôtre que je la prie de prendre cette défense pour elle, comme j’espère que vous ferez pour vous, en sorte que. désormais on ne voie aucun missionnaire aller boire ni manger en ville, en quelque lieu, ni sous quelque prétexte que ce soit.

Une autre raison pour laquelle vous ne deviez pas mettre en délibération cette matière, c’est que les affaires de la conduite se doivent traiter en particulier entre vous et vos assistants, et non pas les exposer aux sentiments divers de la communauté. Que si vous êtes d’avis contraire à celui de vos assistants dans les difficultés que vous leur proposez, cela ne vous oblige pas de suivre leurs lumières, mais oui bien de m’en écrire, si la chose est importante. Je suppose que ces propositions-là ne soient pas contre nos règles ou nos pratiques, car, si elles le sont, vous ne devez vous adresser qu’à moi seul.

Je prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable de vous

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informer pleinement de ses volontés dans tous les doutes où vous pouvez vous trouver, ne doutant pas de votre affection pour les accomplir. Demandez-lui, s’il vous plaît, la même grâce pour moi, et l’esprit ecclésiastique pour nos ordinands.

Je salue votre petite communauté aux pieds de la croix de Notre-Seigneur, où j’espère que la présente vous trouvera tous en esprit et où vous me trouverez aussi, en l’amour de ce même Seigneur crucifié (1), Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Coglée, supérieur des prêtres de la Mission de Sedan, à Sedan.

2047. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je rends grâces infinies à Dieu des dispositions qu’il vous donne pour aller aux pays étrangers, si l’on vous y envoie, et pour n’y pas aller et demeurer ici, si l’on vous y retient. La sainte indifférence pour toutes choses est l’état des parfaits ; et la vôtre me donne espérance que Dieu sera glorifié en vous et par vous, comme je l’en prie de tout mon cœur, et vous, Monsieur, de lui demander pour nous la grâce de nous abandonner entièrement à son adorable conduite. Nous le devons servir à son gré et renoncer à notre choix, tant à l’égard des lieux que des emplois. C’est assez que nous soyons à Dieu, pour le vouloir être en la meilleure manière que le peuvent être ses meilleurs enfants, honorés du titre de

1) Saint Vincent écrivait cette lettre le mercredi saint

Lettre 2047. — Abelly, op. cit. 1 III, chap V sect II, p 45

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serviteurs de l’évangile, par qui Notre-Seigneur se veut faire connaître et servir ; que nous importe comment et en quel lieu, pourvu que ce soit ainsi ? Et assurément que cela sera, si nous le laissons faire.

2048. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce vendredi saint (1) 1656.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir votre lettre du seizième mars, qui est un peu vieille ; mais elle n’a pas laissé de me consoler sensiblement. Je vous avoue que je commençais déjà à m’ennuyer beaucoup de n’en recevoir pas. Je dévorais les paquets qui me sont arrivés, dans le désir d’y trouver de vos lettres.

Dieu soit loué, Monsieur, de la bénédiction toute particulière qu’il donne à vos travaux et de la disposition que vous trouvez dans les peuples à recevoir les instructions et les autres grâces que Dieu leur présente ! Plaise à sa bonté infinie de vous fortifier parmi tant de fatigues et d’augmenter le nombre des ouvriers pour une si belle moisson ! Nous vous laisserions volontiers M. Berthe pour vous aider, mais il est nécessaire ailleurs. Que s’il plaît à Dieu d’ériger un séminaire pour l’avancement des ecclésiastiques du Piémont et de se servir de la compagnie pour cela, nous vous enverrons des prêtres propres pour ce bon œuvre ; mais nous attendrons que la proposition vous en soit faite, n’étant

Lettre 2048. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) 14 avril.

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pas expédient de la prévenir, quoiqu’il faille se préparer pour la recevoir.

Je m’imagine que la présente ne trouvera plus M. Berthe à Turin (2), puisqu’il devait partir de Gênes pour y aller au commencement de ce mois. Si pourtant il y est encore, je l’embrasse avec toute la famille. Je n’ai rien à lui dire de particulier. Voilà aussi tout ce que je puis répondre à votre chère lettre.

Nous sommes dans les embarras d’une grande ordination ; il y a céans plus de cent dix personnes d’extraordinaires, sans parler de deux évêques, dont l’un fait les entretiens du soir. Nos prêtres n’ont pas laissé d’aller faire trois missions en même temps et de se disposer en d’autres lieux, à l’occasion du jubilé. Je recommande le tout à vos prières.

Nous nous portons assez bien, grâces à Dieu, et nous vous offrons souvent à sa divine bonté, vous et les vôtres, à qui je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

2049. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

14 avril 1656.

Je rends grâces à Dieu de l’ordre que vous avez reçu de faire la mission dans la première paroisse du monde,

2) M. Berthe était encore à Turin le 14 avril, et l’acceptation du bref d’Alexandre VII se fit en sa présence le 22.

Lettre 2049. — Reg. 2, p. 235.

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quoique pauvre, qui est celle de Saint-Jean-de-Latran. Puisque vous n’êtes pas présentement en état de la faire, par l’absence de vos ouvriers, vous attendrez leur retour et même qu’ils se soient un peu reposés. Dieu, qui fait toutes choses avec poids et mesure, ne désire ce service de vous qu’au temps que vous pourrez vous en acquitter Je veux croire que vous en aurez ainsi convenu tant avec M. le curé qu’avec Monseigneur Polucci (1) avec qui vous avez eu ordre d’en conférer. Nous prierons Dieu cependant qu’il donne sa bénédiction à cet ouvrage.

2050. — A LOUIS DE CHANDENIER

18 avril 1656

Monsieur,

La présente est pour vous renouveler les offres de mon obéissance avec tout le respect et la reconnaissance que je le puis. Je vous supplie de l’avoir agréable. C’est aussi, Monsieur, pour vous dire que le lieutenant du juge de Saint-Pourçain est mort, lequel avait ci-devant remis sa charge à son fils ; mais ce bon homme, ayant eu peine d’être sans emploi, en a continué l’exercice jusqu’à présent, que par son décès il l’a laissée vacante, si bien, Monsieur, que son fils la demande, non pour lui, mais pour un sien fils, qui est un jeune avocat, petit-fils du défunt ; à quoi j’ai fait réponse que je vous en écrirais, comme en effet, Monsieur, je vous supplie très humblement de disposer de cet office en faveur de telle personne qu’il vous plaira. Je m’en vais mander au prieur qu’il m’envoie des lettres pour un grand vicariat, afin de pourvoir de cet office et des autres qui pourront vaquer

1) Prélat romain, nommé cardinal en 1657.

Lettre 2050. — Reg. 1, f° 41, copie prise sur la "minute non signée, partie de la main"

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ceux que vous aurez agréable de me commander, comme aussi aux bénéfices. J’attends cette grâce de votre bonté, et du bon Dieu celle de vous obéir toute ma vie, comme étant la personne du monde qui est la plus obligée à M. l’abbé de Saint-Jean (1) et à vous, Monsieur, à qui je suis…

Le billet que je vous envoie m’a été envoyé de Marseille par le supérieur de la chétiveté (2) ; et cela s’est répandu par d’autres voies en cette ville. O Monsieur, quel sujet de louer Dieu !

2051. — A LOUIS SERRE, SUPéRIEUR, A SAINT-MEEN

Du 20 avril 1656.

Il est vrai, Monsieur, que vous auriez mieux fait de vous excuser entièrement envers Monsieur l’ancien recteur de Mordec de le recevoir à pension chez vous pour le reste de ses jours, que de lui donner parole de le recevoir pour six mois avant de lui promettre pour le reste, parce qu’à la fin il faudra que vous le lui refusiez, et qu’alors vous y trouverez plus de difficulté qu’il n’y en avait à la première proposition. l’expérience que nous avons des inconvénients qui arrivent d’avoir parmi nous des externes libres, qui ne sont sujets à aucune règle, qui savent tout ce qui se passe au dedans, qui nous rapportent ce qui se fait au dehors, qui censurent ce que bon leur semble, qui se plaignent du traitement, qui écoutent et supportent les mécontents, etc., nous a fait résoudre de n’en plus recevoir ici, ni ailleurs, s’il n’y a quelque raison importante qui prévale sur toute autre considération.

1) Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean.

2) Firmin Get, supérieur de la maison de Marseille.

Lettre 2051. — Reg. 2, p. 175.

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2052. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 21e avril 1656.

Monsieur,

La grâce de N. S. soit avec vous pour jamais !

Je n’ai point de paroles qui puissent exprimer la reconnaissance que j’ai des bénédictions singulières, qu’il donne à votre mission de Scalenghe, qui paraissent par le grand concours du peuple. Plaise à sa divine bonté de vous continuer ses grâces et de vous augmenter les forces pour soutenir le poids d’une si grande charge ! Si, de ce côté-là, votre lettre du 2 de ce mois m’a consolé, elle m’a beaucoup affligé, de l’autre, par le peu d’affection que témoigne pour vos exercices la personne dont vous me parlez (1) Puisque les besoins ni la dévotion de ce grand monde ne l’ont pas ému, je ne vois rien qui soit capable de le toucher, si ce n’est les prières, auxquelles nous devons recourir, à ce qu’il plaise à Dieu de lui faire connaître et embrasser les grands biens qu’il peut faire, et le tort qu’il aura, s’il en perd l’occasion. J’espère, Monsieur, que vous ne vous lasserez pas de le supporter ; car il se pourra faire que l’excès de votre bonté surmontera celui de son indisposition. Je crains certes que tant de travail vous accable ; mais j’ai cette confiance que le bon Dieu ne le permettra pas et qu’il se servira de vous pour le progrès de l’œuvre commencé. Nous l’en prierons souvent et instamment.

M. Berthe sera arrivé à Turin plus tôt que vous, qui me mandez. ne pouvoir finir votre mission que vers le 20° de ce mois ; et lui m’écrit qu’il partait de Gênes le

Lettre 2052. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1). Probablement M. Deheaume.

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5e pour venir à vous. Il aura été bien en peine de ne vous trouver pas, et je ne sais comment il aura fait. Peut-être vous sera-t-il allé trouver à Scalenghe et vous assister jusqu’au bout. Je lui écris à Annecy, n’estimant pas que la présente le trouve à Turin. Je ne doute pas que vous n’ayez été consolé de sa visite, et qu’il ne soit parti très satisfait de votre conduite. Pour moi, je le suis sensiblement, et j’espère que Notre-Seigneur la bénira de plus en plus pour sa gloire et l’avancement de votre famille, que je salue avec toutes les tendresses de mon cœur.

Nous n’avons rien de nouveau depuis la dernière que je vous ai écrite ; notre monde est revenu de mission et se dispose, après quelques jours de repos, d’en aller faire trois ou quatre autres.

Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

2053. — A DONAT CRUOLY

De Paris, ce 22e avril 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres et les ai lues avec consolation. Nous avons reçu aussi le fr [ère] Labat (1) en

Lettre 2053. — L. s. — Dossier de Turin, original.

1) Jean Labat, frère coadjuteur, né au diocèse de Bazas en 1617, entré dans la congrégation de la Mission le 23 septembre 1642, reçu aux vœux au Mans en 1645

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bonne disposition. Vous me demandez, par celle du 6, si vous composerez à l’amiable avec M. Supligeau, commis au grenier à sel, pour les 300 livres qu’il doit à votre maison. A quoi je réponds que cela sera bien et qu’il vaut mieux terminer nos différends par cette voie que par procès, quand cela se peut.

Par celle du 19, vous dites que M. Duval est d’avis que vous demandiez à rentrer dans le pré que feu M. Laigneau avait pris à rente, par faute de vous payer ladite rente. Or, si ce défaut est une raison suffisante qui vous donne droit de rentrer, j’y consens volontiers ; mais prenez-en bon avis avant de faire aucune poursuite, pour ne vous y engager pas mal à propos ; car vous y trouverez sans doute de la résistance.

Je ne sais si vous m’avez écrit, ou si je l’ai appris d’ailleurs, que, ne pouvant être payé de M. Marchand de quelque reste de pension qu’il vous doit vous étiez en délibération de l’appeler en justice pour l’y faire condamner. Si vous êtes dans ce dessein, je vous prie de n’en venir pas à l’exécution. Tâchez d’en tirer amiablement ce que vous pourrez, mais ne plaidez pas.

Je consens que vous receviez le jeune homme tailleur qui demande d’entrer en la compagnie (2) pourvu que vous le jugiez propre et bien intentionné. Mais pour les règles. elles ne sont pas en état d’être montrées ; nous y travaillons, à cause de quelque occasion qui est arrivée. qui nous oblige d’y toucher ; sitôt qu’elles seront comme il faut, vous serez des premiers à qui nous les enverrons. Ce que vous me mandez de M. Olivier (3) m’a affligé ;

2) Probablement Guillaume Lebrun, né le 15 novembre 1633 dans le diocèse du Mans, entré dans la congrégation de la Mission au Mans le 4 juillet 1656, reçu aux vœux le 6 octobre 1658.

3) Ce nom n’est pas dans le catalogue du personnel.

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j’espère néanmoins qu’étant homme de bien et obéissant, comme vous dites, il se corrigera de ses manquements, surtout si cordialement et familièrement vous l’en avertissez, tantôt de ce qu’il abonde en son sens, tantôt de ce qu’il trouve à redire, tantôt de ce qu’il parle trop aux conversations et n’est pas assez retenu avec les externes, etc. Mais cela, Monsieur, il le faut faire avec humilité, douceur et support. Si vous jugez qu’il ait assez de capacité pour le confessionnal, vous pouvez l’employer aux confessions, après que vous lui aurez donné les avis convenables, dans l’esprit que je viens de dire, qui est l’esprit de Notre-Seigneur, sans lequel on fait plus de mal que de bien.

Je vous écrirai une autre fois ce que vous aurez à faire au sujet du frère Le Roy (4).

Quant au frère Edme (5) on a eu raison de lui refuser l’absolution, et on le doit faire tandis qu’il sera dans la désobéissance. Y a-t-il apparence de souffrir qu’un esprit rebelle reçoive en soi le modèle de la vraie obéissance ? Je vous prie de lui ôter les offices qu’il a et de ne l’employer à quoi que ce soit (6), Peut-être que, s’ennuyant de vivre de la sorte, il se reconnaîtra, puisqu’il aura loisir de penser à lui. Nous verrons du moins quel effet cela fera, avant que de venir à un plus fort remède

Monsieur, votre. très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

4) Jean Le Roy, né à Argenteuil, entré dans la congrégation de la Mission le 7 août 1644, à l’âge de vingt-trois ans, reçu aux vœux le 21 juillet 1648. Il sortit deux fois de la compagnie.

5). Edme Noizeau ou Edme Picardat

6) Suivaient ici les mots : sans pourtant le mettre dehors, qui ont été raturés

7). Les mots : avant que de venir à un plus fort remède. sont de la main du saint.

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Suscription : A Monsieur Monsieur Cruoly, supérieur des prêtres de la Mission du Mans, au Mans.

2054. — A PIERRE DE BEAUNONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU

Du 23 avril 1656.

Vous ne pouvez pas bonnement refuser l’assistance que Madame la duchesse de Richelieu (2) vous demande pour les religieuses (2), quand elles seront dans quelque désordre ; car c’est ainsi que vous m’en faites la proposition ; et vous ajoutez : ainsi que faisait feu M. Le Gros. Prenant donc la chose au pied de la lettre, la charité veut que nous tâchions de mettre la paix là où elle n’est pas ; et selon cela, que, s’il arrive quelque difficulté parmi ces filles où vous puissiez remédier, vous ferez bien de vous y employer, vous conformant tant que vous pourrez à la manière dont le défunt s’y est comporté. Mais si, hors ces besoins extraordinaires, il leur a rendu des visites et des services plutôt d’office que de nécessité, ce que je ne sais pas, et qu’on voulût exiger de vous la même chose, ou que, sous ce prétexte de nécessité, on prétendît de vous engager peu à peu à quelque direction ou autre attachement, vous devez vous en excuser et mander à madite dame que, notre compagnie ayant considéré dès le commencement quels empêchements pourraient la divertir du salut du pauvre peuple des champs, pour lequel Dieu l’avait suscitée, on trouva qu’un des plus grands était le service des religieuses ; ce qui donna lieu à la règle qui en a été faite

Lettre 2054. — Reg. 2, p.185

1) Anne Poussard, mariée le 26 décembre 1649 à Armand-Jean du Pessis, duc de Richelieu, morte le 29 mai 1684.

2) Les Filles de Notre-Dame établies à Richelieu.

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et à l’usage où nous sommes de ne nous engager jamais à les confesser, prêcher, ni diriger, non pas même pour les exercices spirituels, si ce n’est peut-être quand nous faisons actuellement mission au lieu où elles sont, n’y ayant pas d’inconvénient pour lors de leur faire part de nos exercices. Vous pourrez ajouter que, si vous aviez commencé de rendre quelque service à celles de Richelieu, les autres du voisinage en tireraient conséquence et ne manqueraient pas de raisons pour vous demander le même secours ; témoin les Ursulines de l’Isle-Bouchard (3), qui vous pressent pour leurs exercices spirituels. Et afin de prévenir l’objection que l’on vous peut faire, que je suis moi-même le premier dans la pratique contraire, étant le Père spirituel des monastères de Sainte-Marie de Paris, vous pouvez dire que je l’étais auparavant que la Mission fût, à quoi le bienheureux évêque de Genève, leur instituteur, m’engagea lui-même ; et depuis j’ai été obligé de continuer par le commandement de mes supérieurs, quoique j’aie fait plusieurs fois mes efforts pour m’en dispenser et que je sois toujours en cette disposition. Vous pouvez connaître par tout cela notre intention pour vous défendre de tels emplois.

La faculté que nous avons d’absoudre des cas réservés au Pape n’est pas pour les lieux où nous demeurons, mais pour ceux où nous faisons les exercices de la mission, et pendant la mission seulement ; de sorte que, si dans votre paroisse il arrive de ces cas-là, vous ne pouvez pas en absoudre ceux qui s’en confessent ; mais vous pouvez leur dire qu’ils se trouvent à la prochaine mission qui se fera en tel endroit.

3) aujourd’hui chef-lieu de canton dans l’Indre-et-Loire.

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2055. — A N***

28 avril 1656.

Vincent de Paul raconte les épreuves des missionnaires, de Barbarie.

2056. — A MONSIEUR DE BLINVILLIERS

30 avril 1656.

Monsieur,

Je me donne l’honneur de vous renouveler les offres de mon obéissance, avec tout le respect et l’affection que je le puis. Je vous supplie de l’avoir agréable, comme aussi, Monsieur, la très humble prière que je me donne la confiance de vous faire, de recevoir dans une de vos compagnies de cavalerie un jeune gentilhomme de Savoie, petit-neveu du bienheureux évêque de Genève, fils d’un maître des comptes de Chambéry, fort homme de bien, nommé M. de la Pesse, qui me l’a recommandé. Il a déjà fait une campagne, étant l’année passée au siège de Pavie ; il a bon esprit et bon cœur ; et j’espère, Monsieur, que, si vous lui faites la grâce que je vous demande, il se rendra recommandable sous une si bonne école que la vôtre. Il n’est pas monté. Sa famille est plus riche d’honneur et de vertu qu’elle n’est pas de biens. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de lui faire la grâce de lui faire donner moyen de servir le roi en qualité de simple cavalier. Il se réserve à prétendre quelque chose de plus, lorsque vous l’en aurez jugé digne. Je vous assure derechef, Monsieur, qu’il a du cœur, à ce qu’on m’a dit, et bien de l’esprit, en sorte

Lettre 2055 — Collet, op cit., l. II, p. 23

Lettre 2056. — Reg. I, f° 20.

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qu’il y a sujet d’espérer que vous en aurez toute satisfaction.

Je prie N.-S. qu’il conserve votre personne, qu’il bénisse de plus en plus vos armes et vos conduites, et qu’il me donne les occasions de mériter l’honneur que j’ai d’être, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL

indigne supérieur de la congrégation de la Mission.

2057. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER

Du 3 mai 1656.

… Quant à votre difficulté, bien que nous ayons pour règle de ne prêcher dans les villes épiscopales, ni en celles où il y a parlement ou présidial, et que nous devions nous tenir fermes à cette règle, ainsi que grâces à Dieu, nous faisons, vous pouvez néanmoins prêcher dans Tréguier, puisque Monseigneur le commande, que ce n’est que pendant huit jours seulement et à l’occasion du jubilé, qui est chose extraordinaire. Ces circonstances sont trop considérables pour ne donner pas quelque exception à cette règle générale.

Je ne vous dirai autre chose pour le présent sur le procédé de la personne dont vous me parlez, sinon qu’entre tous les moyens qui peuvent changer en mieux son cœur et ses actions, il n’y en a point de meilleurs que de le traiter avec douceur, support et patience, autant que nos petites règles le peuvent permettre, même dans son dérèglement ; et c’est ce que je vous prie de faire, en attendant que Dieu y mette un autre remède.

Lettre 2057. — Reg. 2, p. 100.

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2058. —- A MONSIEUR HANOTEL (1)

5 mai 1656.

Monsieur,

Je prends la confiance de vous faire une très humble prière pour un prêtre de votre diocèse à qui il est arrivé un malheur. étant à table avec un autre prêtre, il eut différend avec lui, et par colère lui donna un soufflet. Il s’est fait absoudre de l’excommunication ; mais, d’autant qu’il a célébré devant ladite absolution, il a encouru l’irrégularité, dont il vous demande la grâce de le dispenser, avec grand regret de sa faute et grande protestation de ne jamais commettre chose semblable, moyennant la grâce de Dieu. L’irrégularité est occulte, parce qu’il n’y avait qu’un laïque présent lorsque la chose est arrivée. Des personnes de haute vertu et science éminente en ces matières ont assuré que vous le pouviez dispenser et que c’était à vous qu’il devait s’adresser pour obtenir cette grâce. Derechef il vous supplie de la lui octroyer ; il vous la demande, prosterné à vos pieds, et s’y prosternerait en effet, s’il était au pays.

Qui vous écrit est, Monsieur, votre…

Notre frère Deslions se porte bien en tous sens, par la grâce de Dieu. Je supplie très humblement M. l’official de nous envoyer au plus tôt cette expédition, s’il la juge dans l’ordre, et nous prierons Dieu qu’il soit sa récompense et qu’il nous fasse digne de le servir.

Lettre 2058 — Reg. I, f° 64 v°, copie prise sur l’original autographe

1). Official et grand vicaire d’Arras.

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2059. — A N***

Vincent de Paul apprend à son correspondant que le Pape Alexandre VII a confié aux prêtres de la Mission les écoliers de la Propagande, jeunesse

…destinée à porter chez toutes les nations la grâce et les lumières de la foi.

2060. — A MARC COGLéE, SUPéRIEUR, A SEDAN

Du 6 mai 1656.

Il est à propos que vous vous concertiez avec Madame la gouvernante (1) de toutes les charités à faire. Il me semble que Dieu sera là dedans. Je souhaite qu’il établisse son règne souverain et invariable dans votre cœur et dans votre famille, et c’est de quoi je le prie.

Vous ne devez pas exiger de M…. de vous dire les choses secrètes que ceux du dehors lui auront confiées sous cette condition du secret ; car aucun particulier n’est obligé et ne doit pas même les découvrir au supérieur.

2061. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A AGEN

7e de mai 1656.

J’ai vu par votre lettre le secours que vous êtes venu donner à la maison d’Agen, dont je vous remercie ; c’est ainsi que doit faire un bon missionnaire : se tenir toujours disposé au soulagement de ses frères ; et je

Lettre 2059 — Collet, op. cit., t. Il, p. 26.

Lettre 2060. — Reg. 2, p. 160.

1) La marquise de Fabert

Lettre 2061 — Reg. 2, p. 339.

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souhaite que Dieu donne cette charité à tous ceux de la compagnie ; car par ce support mutuel les forts soutiendront les faibles, et l’œuvre de Dieu se fera.

Je rends grâces à Dieu de l’affection qu’il vous donne pour les missions. Cet attrait, venant de sa part, ne peut être que très utile aux peuples, tandis que vous serez fidèle à le suivre ; et cette fidélité ne peut être que très avantageuse pour vous, puisque, en travaillant au salut des pauvres, vous assurez le vôtre. Je prie Notre-Seigneur, qui a pris la peine de les évangéliser lui-même et le soin de vous appeler au même ministère, qu’il vous anime de son esprit, pour vous en acquitter en sa vue et en sa manière.

Nous ferons partir cette semaine prochaine un prêtre pour Agen, qui vous ira relever, afin que l’exercice de votre zèle ne soit plus retardé. Je veux croire que c’est cette vertu et les autres bons motifs que vous m’écrivez, qui vous ont fait demander à retourner à La Rose. Vous êtes trop à Dieu pour écouter la nature, en cas qu’elle voulût prendre part à la satisfaction de ce retour ; et vous estimez trop la sainte indifférence aux emplois pour ne la pratiquer pas dans les occasions par respect à la volonté de Dieu, laquelle vous est connue par les ordres de l’obéissance.

2062. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A LA ROSE

7 mai 1656.

Quoique votre lettre du 17 d’avril ne semble avoir été faite que pour me demander réponse à vos précédentes, et que j’aie satisfait à cela il y a plus de 15 jours, je

Lettre 2062. — Reg,. 2, p 338

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ne laisse pas de vous écrire en action de grâces à Dieu des bons sentiments qu’il vous donne, et pour vous dire que très volontiers je prie sa bonté qu’elle vous donne la persévérance en votre vocation et la grâce de le bien servir. La première dépend de la seconde, en sorte que, si vous êtes bien fidèle à vos règles et à vos emplois, en quoi Dieu veut que vous le serviez, vous assurerez par ce moyen votre vocation par bonnes œuvres et y persévérerez jusqu’à la fin.

Je remercie particulièrement Notre-Seigneur du désir qu’il vous donne de votre perfection et du moyen qu’il vous inspire pour y parvenir, qui est de vous mettre au-dessous de tous vos frères. Vous ne ferez en cela que ce qu’il a pratiqué, et pour beaucoup que vous tendiez à l’abaissement et embrassiez l’abjection, vous n’approcherez jamais des humiliations qu’il a faites. Ne craignez pas d’en faire trop, ni de contrevenir, en imitant cet humble Sauveur, à l’esprit et à la façon d’agir de la compagnie ; car, si elle n’est pas tout à fait dans cet usage, il ne s’ensuit point qu’elle n’y doive pas être.

En certains lieux et en certaines occasions, il est loisible à chacun de garder son rang de prêtrise, d’ancienneté, de science, d’emplois, etc. ; mais parmi nous, Monsieur, cela ne s’observe pas : chacun passe et se place indifféremment comme il se trouve, tant à table qu’ailleurs. J’excepte les principaux officiers, qui représentent dans les familles la personne de Notre-Seigneur et qui, en certains cas, doivent prendre la primauté. Dieu vous fait une grâce bien grande, Monsieur, de ce que, dans la pente que vous avez à la vanité, il vous donne affection pour la vertu contraire. C’est signe qu’il veut vous la faire acquérir par l’exercice ; et son Fils Notre-Seigneur, pour vous y encourager, vous en a donné l’exemple dans tous les états et les actions de sa vie. Saint Paul même

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vous en fournit un moyen quand il nous exhorte à considérer les autres comme nos supérieurs ; car, en ce faisant, vous les honorerez comme tels, et vous vous soumettrez au moindre, vous croyant plus petit que lui devant Dieu, pour l’amour duquel cela se doit faire, et à qui vous devez aussi recourir, lui demandant souvent et instamment cette sainte humilité. Elle consiste, comme vous savez, à aimer le mépris. Bienheureux est celui qui est parvenu à ce degré ; car il a trouvé un trésor caché et une source de grâces qui ne tarira jamais, mais qui l’élèvera de la terre au ciel, et de sa condition misérable à un trône éternel de gloire. Demandez-lui, s’il vous plaît, pour moi et pour tant que nous sommes, cette vertu, comme je ferai pour vous, à qui je suis…

2063. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 12 mai 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir votre lettre du 13. Je me trouve maintenant trop embarrassé pour écrire à Messieurs Desdames et Duperroy, en réponse de leurs lettres ; ce sera, Dieu aidant, par le premier ordinaire.

Cependant je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu’il donne aux armes du roi. J’en parle ici à tous ceux qui peuvent contribuer à leur succès par leurs prières, et quelques-uns par d’autres manières, et je ne cesserai point de faire prier Dieu et communier pour l’entier rétablissement de ce royaume-là et pour la santé et consolation de Leurs Majestés. Je le prie aussi, Monsieur,

Lettre 2063. —- L s — Dossier de Cracovie, original

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qu’il vous conserve et vous anime de son esprit pour en faire les œuvres.

Nous n’avons personne de malade céans, qu’un frère clerc. Mademoiselle Le Gras l’a été à l’extrémité ; mais, grâces à Dieu, elle se porte un peu mieux.

Une partie de nos prêtres sont allés aujourd’hui en Bourgogne pour y faire 5 ou 6 missions, à la prière de Messieurs les abbés de Chandenier ; quelques autres s’en vont en Normandie en faire autant. Dieu bénit beaucoup la maison de Rome par la conduite de M. Jolly, et partout les petits exercices de la compagnie par sa bonté infinie (1).

Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à la cour de la reine de Pologne.

2064. — A JEAN MARTIN.

De Paris, ce 12 mai 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’admire la bonté de Dieu et les grâces qu’il vous fait dans l’émotion du peuple qui court à vos exercices. Il n’y a pas lieu de douter que sa divine providence ne vous ait appelé en Piémont, non seulement pour y introduire la compagnie, mais pour en bannir l’ignorance et

1) Ces quatre derniers mots sont de la main du saint.

Lettre 2064. — L s — Dossier de Turin, original.

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le péché par la vertu de sa parole et par le moyen de vos travaux. Je le remercie humblement du succès qu’il leur a donné jusques à présent et des forces qu’il vous communique. Je vous prie de les ménager, et Notre-Seigneur de vous les augmenter, à proportion qu’il vous donnera occasion de les employer. M. Berthe m’a écrit la peine que vous fait M. Deh [eaume] et le peu de secours que vous en attendez, dont je suis marri, pour la difficulté que nous avons de vous envoyer présentement personne à sa place capable de vous aider de longtemps. Nous tâcherons. néanmoins de le faire, sinon en la manière que ledit sieur Berthe ma proposée, du moins en la meilleure et plus prompte façon que nous le pourrons.

Il y a déjà quelques jours que j’avais prévu la réponse à faire à Mgr le marquis de Pianezze, touchant le désir qu’il a d’augmenter votre fondation par les 400 livres qu’il y veut joindre pour les deux messes fondées par Madame sa femme, et pour être célébrées tous les jours par votre famille ; mais j’étais alors dans la pensée qu’il nous demandait deux prêtres de surcroît, de quoi votre lettre m’a désabusé, en ce qu’elle m’assure qu’il n’en demande qu’un. Et parce que je la reçus hier seulement, je n’ai pu concerter avec nos assistants (1) de cette affaire, ainsi que je ferai au plus tôt pour vous en écrire au 1er jour. C’est ce que vous pourrez dire à mondit seigneur le marquis, en cas qu’il vous parle de la résolution (2).

Le visiteur ne vous a pas sitôt quittés, que vous parlez de retourner en mission faire usage des grâces de Dieu, pour n’enfouir pas votre talent. J’ai une consolation plus grande que je ne vous puis dire de votre bonne

1) Première rédaction : avec mes assistants.

2) Première rédaction : en cas qu’il vous presse pour la réponse. Les mots parle de la sont de la main du saint.

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conduite (3) et de votre ardeur pour cette fonction salutaire et de votre patience dans les peines de corps et d’esprit. C’est marcher par la voie des saints, ou plutôt par celle du Saint des saints, Notre-Seigneur, à qui je continuerai de vous offrir avec votre famille, afin qu’il vous anime tous de son esprit.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

2065. — A N ***

12 mai 1656.

Vincent de Paul parle des vexations subies par les missionnaires de Barbarie.

2066. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES

Du 14 mai 1656.

Vous ferez bien d’éviter le procès que vous craignez avec M… (1) Ce n’est pas qu’il ne faille conserver vos droits et demander vos dîmes comme un bien de l’église dont vous n’avez que l’administration ; mais, avant d’en venir à cette extrémité, vous devez lui faire parler et reparler pour le résoudre à ce qui est raisonnable, même

3) Première rédaction de votre sagesse dans la conduite. Le mot bonne est de la main du saint

Lettre 2065. — Collet, op. cit., t. II, p. 23.

Lettre 2066. — Reg. 2, p. 165.

1) Peut-être le chevalier d’Albret. (Cf. la lettre du 29 juillet 1657 à Louis Rivet.)

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à compromettre, nommant de part et d’autre des gens de bien et qui soient intelligents en ces matières, pour en passer par leur jugement.

2067. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT-MEEN

17 mai 1656.

La candeur avec laquelle vous m’avez exprimé vos peines est une grâce de Dieu, et je vous en souhaite une autre, qui est la patience. Votre abattement d’esprit ne durera pas ; c’est un nuage épais qui passe. L’homme est comme le temps, qui n’est jamais en même état, et je veux croire que, depuis votre lettre écrite, vous en avez ressenti quelque allégement. Si ces pensées fâcheuses viennent de l’esprit malin, vous ne voudriez pas adhérer à ce qu’il prétend, qui est de vous ennuyer au service de Dieu et de priver les âmes des secours qu’elles reçoivent de votre présence de delà ; et si ces peines viennent de Dieu, vous êtes trop à lui pour rejeter ce qu’il vous présente, et trop expérimenté dans les conduites de la grâce pour ne savoir pas qu’elle se trouve dans les tribulations. Les saints ont été exercés en diverses manières, et c’est par leur patience dans les difficultés et par leur persévérance dans les saintes entreprises qu’ils se sont rendus victorieux. Vous le savez, Monsieur, et je sais aussi que vous ne voulez pas aller à Dieu par un autre chemin que le leur.

Si l’exercice du tribunal vous cause en partie le trouble que vous sentez, il ne faut pas pour cela cesser de réconcilier les âmes à Dieu ; la vôtre ne trouverait pas par cette cessation le repos qu’elle cherche, puisqu’il ne se

Lettre 2067 — Reg 2, p 341

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rencontre que dans l’accomplissement de la volonté de Dieu, qui vous est connue par l’obéissance.

Vous dites de plus que le désir de retourner en votre pays contribue à vous susciter cette inquiétude Je le crois bien, Monsieur ; et c’est par où vous pouvez juger que ce désir ne vient pas de Dieu, parce que ses inspirations sont douces, attrayantes et presque imperceptibles, au lieu que les mouvements de la nature et les suggestions du diable troublent et violentent l’âme par leurs efforts. Aussi Notre-Seigneur n’a garde de vous inspirer ce retour chez vos parents, après vous en avoir tiré pour le suivre. Et partant, je vous prie de continuer à donner gloire à Dieu au lieu et en la manière que vous savez lui être agréables ; prenez-en la résolution dès maintenant et concevez plus de confiance que vous n’en avez en votre supérieur (1). Il est un bon missionnaire, sage et vertueux, qui ne veut que vous porter à Dieu et à votre propre avancement, en procurant celui du prochain ; mais quand il serait encore meilleur, ce n’est pas tant pour sa bonté que vous le devez considérer, que parce qu’il vous représente Notre-Seigneur et que Notre-Seigneur est en lui pour vous conduire, comme il est en la personne du pauvre pour recevoir l’aumône du riche ; et ainsi, Monsieur, en vous ouvrant à lui, vous vous ouvrez à Dieu, et, faisant ce qu’il vous dira, vous ferez le bon plaisir de sa divine bonté.

1) Louis Serre.

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2068. — A LA SŒUR FRANçOISE MéNAGE (1)

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je suis bien aise d’avoir reçu votre lettre, dont la lecture m’a fait connaître que vous êtes toujours bonne fille, disposée d’être toute à Dieu, et toute à votre chère vocation pour le bien des pauvres, dont je remercie Notre-Seigneur, qui vous a appelée à son service d’une si bonne manière, et qui n’a pas fait cette grâce à tant d’autres filles qui sont dans le monde en danger de se perdre. Estimez beaucoup l’honneur qu’il vous a fait de vous choisir entre mille pour exercer ses bontés sur vous, et par vous sur ses membres affligés, et l’en remerciez souvent dans l’esprit d’une humble reconnaissance, laquelle je prie sa divine bonté de vous donner ; car, si une fois vous l’avez bien empreinte dans l’âme, elle vous augmentera le désir de plaire unique ment à Dieu et le soin de lui offrir toutes vos actions, qui est le moyen d’obtenir la grâce de la persévérance, surtout si vous y joignez la pratique exacte de vos règles et des vertus qui vous sont propres, comme la douceur, l’humilité et le support.

Je salue notre bonne sœur Haran (2) et toutes les autres, à qui je souhaite les mêmes bénédictions. Tandis que vous et elles conserverez l’union et la bonne intelligence

Lettre 2068. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1) Elle était d’une excellente famille de Serqueux, qui donna quatre filles à Louise de Marillac : Françoise, Madeleine, Marguerite et Catherine-Françoise fut longtemps employée au service des malades de l’hôpital de Nantes.

2) Nicole Haran, supérieure à l’hôpital de Nantes.

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ensemble et serez fidèles à vos exercices, vous jouirez d’une grande paix, vous vous serez à consolation l’une à l’autre, vous édifierez le dedans et le dehors de la maison, et le Saint-Esprit, faisant sa demeure en vos cœurs, vous comblera de biens dans le temps et dans l’éternité.

Mon Dieu ! ma Sœur, que j’ai de joie de vous savoir contente au lieu et en la condition où vous êtes ; c’est une grâce de Dieu, qui peut-être ne durera pas toujours, car il arrive des changements en notre esprit, qui nous font ressentir de temps en temps des dégoûts, des tentations, des ennuis, des aversions, des tristesses et d’autres peines intérieures ; et Dieu permet que les meilleures âmes en soient souvent exercées, tant pour les éprouver que pour leur donner sujet de mérite. C’est pourquoi nous devons nous y préparer, afin que ces états fâcheux ne nous surprennent pas et ne nous découragent, quand nous y serons. Prions Dieu, ma Sœur, qu’il nous fasse faire bon usage de tous ceux où nous pourrons nous trouver.

Vous me demandez à communier les jour où vous avez fait les vœux. Je le veux bien, si c’est la coutume en votre compagnie ; mais, si les autres sœurs ne communient pas en semblables jours, vous ferez bien de vous conformer à elles, pour éviter la singularité. C’est faire une bonne communion que de suivre la communauté.

Mademoiselle Le Gras nous a pensé échapper ; elle a été malade à l’extrémité et n’est pas encore tout à fait hors de danger, bien qu’elle soit en bien meilleur état, grâces à Dieu. Je ne la recommande pas à vos prières, sachant que vous ne manquez pas de les offrir à Dieu pour sa conservation. Dieu bénit de plus en plus votre petite compagnie. Je vous prie de lui demander miséricorde pour moi ; je parle aussi à nos sœurs, étant de toutes en

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général et de chacune en particulier, nommément de vous, en l’amour de N.-S., ma Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Françoise Ménage,

Fille de la Charité, servante des pauvres malades de l’hôpital Saint-René de Nantes, à Nantes.

2069. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR. A ROME

19 mai 1656.

Avant que de répondre à votre dernière lettre, je vous parlerai d’une affaire des plus importantes qui se puissent présenter et dont le mérite me servira d’excuse envers vous, pour la surcharge que je vous donne en vous l’adressant ; outre que je n’ai pu m’en défendre, eu égard à ceux qui m’ont demandé votre assistance. Il est question de remédier aux duels, qui sont si fréquents en France, et par lesquels il s’est fait des maux infinis (1). M. le marquis de la Mothe-Fénelon (2) est celui de qui Dieu s’est servi pour susciter les moyens d’en détruire l’usage. Il a été autrefois un fameux duelliste ; mais, comme Dieu le toucha, il se convertit si bien, qu’il jura de ne se plus battre. Il était à Monseigneur le duc

Lettre 2069. — Collet, op. cit., t. II, p. 24

1) La passion du duel était si répandue qu’en une semaine il y eut dix-sept tués sur la seule paroisse Saint-Sulpice. Beaucoup regardaient ces combats singuliers comme licites et même comme honorables. Comme les remontrances des prédicateurs ne suffisaient pas, le vicaire général de Paris défendit aux prêtres de la paroisse Saint-Sulpice d’absoudre les duellistes, sauf au lit de mort, de donner les derniers sacrements et d’inhumer en terre sainte ceux qui ne seraient pas absous. (Cf. Faillon, op. cit. t. II, pp. 258-264.)

2) Oncle de l’archevêque de Cambrai.

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d’Orléans, comme il y est encore ; et en ayant parlé à un autre gentilhomme (3), il lui fit prendre la même résolution ; et tous deux en ont gagné d’autres à leur parti, en les engageant de parole et même par écrit (4). Ces commencements ont eu les progrès que vous verrez dans le mémoire ci-joint, et d’autres que l’on a omis (5). Le roi a fait enrôler sa maison dans cette résolution (6). Les états de Languedoc et de Bretagne ont privé du droit de séance dans leurs assemblées les gentilshommes qui désormais se battront dans leurs provinces. Enfin on a usé de toutes les précautions possibles pour arrêter ce torrent, qui a fait tant de ravages sur les corps et sur les âmes. Il ne reste, pour la conclusion de cette bonne œuvre, sinon qu’il plaise à notre Saint-Père le Pape de la couronner de sa bénédiction par le bref qu’on lui demande. Je vous en envoie le projet, qui a été si bien concerté de deçà, qu’on estime qu’il n’est pas possible d’y rien changer sans ruiner le bon dessein qu’on a. Prenez la peine de vous bien mettre au fait de tout, pour en instruire quelque cardinal qui puisse et qui

3) Peut-être le maréchal de Fabert, qui fut, avec le marquis de Fénelon, le chef de cette association, dans laquelle entrèrent le duc de Liancourt, le vicomte de Montebas, le comte de Brancas, le marquis de Saint-Mesmes, le comte d’Albon, MM. Desgraves, Alzan, de Bourdonnet, du Four, de Souville et du Clusel.

4) Les gentilshommes de l’association réunis dans l’église du séminaire Saint-Sulpice en 1651, le jour de la Pentecôte, avaient fait serment de ne jamais plus accepter aucun duel et de combattre cette triste coutume.

5) es maréchaux de France exhortèrent tous les gentilshommes du royaume à prendre la même résolution ; des personnages illustres donnèrent leur adhésion ; le prince de Condé, qui s’était montré favorable au mouvement, reçut du Pape un bref de félicitations. Le prince de Conti combattit ce fléau dans le Languedoc, Alain de Solminihac dans le Querci. Les évêques de l’Assemblée du Clergé approuvèrent, le 28 août 1651, la déclaration solennelle des gentilshommes ; les docteurs de Sorbonne firent de même.

6) Il voulut que le marquis de Fénelon reçût lui-même les signatures de la cour.

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veuille représenter à Sa Sainteté l’importance de la chose. Monseigneur le nonce donne la même commission et envoie la même dépêche à son agent… Il faudra que vous fournissiez aux frais, et je vous en prie. Nous vous rendrons ce que vous avancerez. Vous m’écrirez exactement ce qui se passera.

2070. — NICOLAS DEMONCHY, SUPéRIEUR A TOUL, A SAINT VINCENT

[1656] (1)

Nous venons de faire mission dans une grosse bourgade nommée Charmes (2), où après avoir travaillé pendant cinq semaines, nous en sommes revenus un peu fatigués, mais les cœurs remplis de joie et de consolation pour les bénédictions que Notre-Seigneur nous y a données et à toutes les personnes de ce lieu-là, comme aussi à plusieurs paroisses circonvoisines. M. le curé est fort zélé, et depuis lui jusques au moindre de la paroisse, tous ont fait leurs confessions générales, sans qu’il en soit resté un seul qui y ait manqué ; mais ces confessions ont été si bien faites et dans les sentiments d’une si véritable conversion, que je ne me souviens pas si de vingt-cinq missions où j’ai assisté, j’en aie vu une où le peuple m’ait paru si fort touché comme est celle-ci, où, après avoir rendu à Dieu et au prochain offensé toute la satisfaction que nous avons pu souhaiter, chacun s’efforce maintenant de suivre nos avis, pour se maintenir en la grâce de Dieu. Il y a en ce même lieu un couvent de bons religieux (3), et ces Révérends Pères étaient tout étonnés voyait tant de merveilles, et entre les autres leur supérieur, qui est un vrai saint.

Tous ces glorieux trophées que Notre-Seigneur a remportés par sa grâce sur les cœurs de ceux qui avaient été rebelles à ses lois et qui lui ont donné gloire par une véritable pénitence,

Lettre 2070. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. 1, sect. n, § 5, 1er éd., P 41

1) Cette lettre a été écrite, dit Abelly, "quelque temps après" la lettre 2013.

2) Charmes-la-Côte, petite localité de l’arrondissement de Toul.

3) Des Capucins.

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nous obligent de lui en rendre de très humbles remerciements, et moi particulièrement de travailler plus que je n’ai fait, reconnaissant par expérience que c’est le grand moyen de profiter aux âmes. Je suis retourné de cette mission avec cette pensée et ce désir.

2071. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 25 mai 1656.

Vous me parlez de l’importance d’avoir une maison dans Rome. J’espère de la bonté de Dieu, qui vous donne cette vue, et des soins que vous y apportez, qu’enfin sa providence pourvoira à ce besoin, lequel je vois assez grand ; mais c’est toujours à travers la maxime de Notre-Seigneur, qui n’avait aucune maison et qui n’en voulut pas avoir.

Je pense que vous ferez bien de maintenir en votre maison l’usage de porter le chapelet à la ceinture, comme nous faisons ici, ou de l’introduire, s’il n’y était pas (1).

J’approuve fort votre procédé à l’égard du frère [Oderico] (2) ; car il est à propos que ceux qui n’auront pas bien passé les deux premières années diffèrent leurs vœux jusqu’à ce qu’ils aient donné la satisfaction qui doit précéder une si sainte action.

Lettre 2071 — Reg. 2, pp. 235, 45.

1) Ici commence le second fragment.

2) Nicolas Oderico, frère coadjuteur, né à Gênes le 28 février 1627, entré dans la congrégation de la Mission à Gênes le 4 mars 1654, reçu aux vœux en 1656. Il ne peut être ici question que de lui, car les autres "frères" de la maison de Rome ou avaient déjà fait les vœux, ou n’avaient pas terminé leur temps de probation.

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2072. — A N ***

3 juin 1656.

… Il (1) a trouvé le secret de devenir par l’humilité grand dans le ciel, après avoir été grand sur la terre, et on est édifié de lui voir suivre, autant que son âge le lui permet, tous les exercices de la communauté (2).

2073. — A éTIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

3e juin 1656.

Nous avions envoyé M. [Brin] (1) pour aller visiter nos missionnaires d’Ecosse et des Hébrides ; mais le voilà revenu, à mon grand regret, parce qu’étant arrivé à Londres, l’ambassadeur de France (2), à qui il avait été recommandé, l’a obligé de s’en revenir, ne voyant pas de sûreté pour lui dans ce voyage, quelque précaution qu’on y pût apporter (3).

2074. — A UN PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS

La fille de laquelle vous m’écrivez sera volontiers reçue

Lettre 2072. — Collet, op. cit., t. II, p. 29.

1) René Alméras, père.

2) Cette même phrase se retrouverait, d’après Collet (ibid.), dans une lettre du 7 juin.

Lettre 2073. — Reg. 2, p. 106.

1) Ce nom ne se trouve pas dans le registre 2 ; mais les lettres suivantes nous permettent de le deviner.

2). Le président de Bordeaux.

3) Collet déclare (op. cit., t. II, p. 485) que saint Vincent aurait annoncé la même nouvelle le 18 juin dans une lettre que nous n’avons plus.

Lettre 2074. — Recueil des procès-verbaux des conseils tenus par saint Vincent et Mademoiselle Le Gras, p. 305. (Ms. conservé à la maison-mère des Filles de la Charité.)

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chez Mademoiselle Le Gras, lorsque vous l’enverrez ; mais auparavant mandez-nous, s’il vous plaît, quel est le motif de sa retraite, si ses parents y consentent, si elle a père et mère, s’ils se peuvent passer d’elle, [si elle est en service] (1), quel âge elle a, quelle disposition de corps et quelles qualités d’esprit, etc. C’est faire un grand service aux âmes de les aider à se débarrasser du monde pour servir Dieu et pour le servir d’une manière si sainte et si particulière que font ces pauvres Filles de la Charité. Mais il faut que le premier mouvement en vienne de Dieu et que telles âmes y aient beaucoup d’attrait et de disposition. Alors on peut les y encourager et leur donner les avis convenables pour en venir à la résolution et a l’effet.

2075. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 9° juin 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 11 mai, par laquelle vous continuez à nous donner de bonnes nouvelles, dont je vous remercie. Nous continuons aussi pour cela nos remercîments et nos prières à Dieu, qui seul peut confondre les ennemis de son église et rétablir les états de Pologne dans leur repos.

Je loue Dieu de la santé du roi et de la reine, et de toutes les bonnes choses que vous m’en écrivez, comme aussi du bon état des religieuses de Sainte-Marie et des Filles de la Charité. Je salue les unes et les autres

1) Les ratures qui recouvrent ces mots en rendent la lecture incertaine.

Lettre 2075 — L. s — Dossier de Cracovie, original.

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humblement et cordialement, et je prie Notre-Seigneur qu’il soit tout leur désir, parce qu’en ce cas il n’y aura rien sur la terre qui puisse troubler leur joie.

Nous n’avons rien de nouveau. Le défaut de l’ordination nous a donné lieu d’envoyer une troisième bande de missionnaires aux champs, conduite par M. Brin, qui a été contraint de s’en revenir de Londres, pour n’avoir point pu passer, bien qu’habillé en séculier, à continuer son voyage vers l’Ecosse et les Hébrides, où nous l’avions envoyé pour y consoler nos confrères, qui ne sont pas exempts de souffrance. Il y a longtemps que nous n’en avons aucune nouvelle. Priez Dieu pour eux et pour moi, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Mademoiselle Le Gras se porte bien, grâces à Dieu.

Je m’avise trop tard à penser si j’ai fait réponse à Mademoiselle de Villers. Je vous prie de le savoir. Si j’avais le temps, je lui écrirais. Dans le doute, renouvelez-lui les offres de mon obéissance (1).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à la cour de la reine de Pologne.

2076. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 9e juin 1656.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

1) Le post-scriptum, sauf la première phrase, est de la main du saint.

Lettre 2076. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Encore que je n’aie reçu de vos lettres depuis la dernière que je vous ai écrite, je vous fais néanmoins la présente pour vous donner de nos nouvelles, en attendant les vôtres. Grâces à Dieu, nous sommes tous en assez bonne disposition ; et Mademoiselle Le Gras, qui a été sur le point de passer de cette vie en l’autre, est revenue en son premier état. Nous attendions les ordinands, mais quelque raison a fait différer l’ordination ; ce qui nous a donné lieu d’envoyer une troisième bande de missionnaires aux champs, y en ayant déjà deux qui travaillent en différents diocèses depuis 15 ou 20 jours ; et toutes doivent continuer jusqu’à la moisson. Ne faut-il pas profiter de votre exemple, vous qui travaillez incessamment depuis tant de temps ? O Monsieur, que je suis consolé de l’ardeur et de la fidélité qu’il vous donne à son service pour le salut des âmes, et que j’espère de bénédictions sur l’établissement dont vous avez jeté les premiers fondements ! Plaise à sa divine bonté de vous continuer et augmenter les forces de corps et d’esprit pour l’accomplissement de ses desseins !

La maison de Gênes ayant besoin d’un maître de philosophie, et vous d’un bon prédicateur pour vous soulager, nous vous avons destiné M. Richard, et j’ai prié M. Blatiron de le vous envoyer aussitôt qu’il aura reçu un prêtre de Rome, qui lui doit arriver dans quelque temps, pour l’aider aux missions. Ayant donc M. Richard avec vous, je vous prie d’envoyer à Gênes M. Ennery pour y faire la classe. M. Richard est tenté de retourner en France ; je ne sais s’il aura le pouvoir sur lui d’aller à Turin ; nous verrons (1).

Nous avons envoyé M. Brin pour visiter et consoler

1) Cette dernière phrase est de la main du saint.

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nos pauvres confrères d’Ecosse et des Hébrides, mais il a été obligé de s’en revenir de Londres, pour n’avoir pas vu de sûreté à passer outre. Il était néanmoins vêtu en séculier et recommandé à l’ambassadeur de France, et c’est lui qui l’a obligé de s’en revenir. Nous leur avons envoyé quelque secours par une autre voie ; mais Dieu sait s’il leur sera rendu. Les lettres seules ont peine à passer ; il y a longtemps que nous n’en avons reçu de leur part ; combien plus y a-t-il de difficulté à faire passer l’argent !

Nous avons céans le père de M. Alméras, qui a quitté le monde en l’âge de 81 ans pour se donner à Dieu en la compagnie.

M. Le Vacher, de Tunis, nous a envoyé une relation de ses emplois, qui est de grande consolation et qui, ayant été lue au réfectoire, a fort édifié la compagnie. J’espère de vous en envoyer une copie ; elle est longuette, et faut du temps pour la copier. Je vous écris en courant, me trouvant fort pressé.

Voici un mémoire que je vous prie d’accomplir, et une lettre pour M. Ennery. Je n’ai que des bonnes nouvelles du reste de la compagnie ; j’en attends des vôtres avec désir et patience.

J’embrasse tendrement et humblement votre cher cœur et votre famille, et je suis de tous les deux, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.

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2077. — A N ***

9 juin 1656.

Vincent de Paul fait l’éloge du Père Eudes (1) et de ses missionnaires.

2078. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES

Paris, ce saint jour de la Trinité (1) 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu vos lettres des 9 et 25 mai. Je vous remercie du secours que vous avez donné à M. Lucas (2) pour la mission de Saujon (3), non seulement en lui donnant M. Daveroult pour tout le temps de la mission, mais en lui envoyant M. Langlois pendant les fêtes au sujet de son indisposition. C’est un acte de providence qui honore celle de Dieu sur toutes les créatures, et c’est une charité que je prie Notre-Seigneur de mettre en vigueur

Lettre 2077. — Collet, op. cit., t. II, p. 32, en note.

1) Jean Eudes, né à Pierrefitte, près d’Argentan, le 14 novembre 1601, entra à l’Oratoire le 7 avril 1623 et en sortit en 1643 pour fonder la congrégation de Jésus et Marie, qu’il appliqua à la direction des séminaires et à l’œuvre des missions. Malgré la similitude des emplois de cette congrégation avec la sienne, saint Vincent soutint le fondateur contre les attaques dont il était l’objet et lui concilia la bienveillance de la reine. Le P. Eudes établit pour les femmes la congrégation de Notre-Dame de Charité. Il composa des ouvrages pieux, travailla à la diffusion du culte des Sacrés-Cœurs et donna un nombre considérable de missions, dont plusieurs eurent un grand retentissement. La mort mit fin à ses travaux le 19 août 1680 (Vie du Vénérable Jean Eudes, par le P. Boulay, Paris, 1905-1908, 4 vol. in-8°.)

Lettre 2078 — L. s. — Dossier de Turin, original

1) 11 juin.

2) Probablement Jacques Lucas, prêtre de la maison de Richelieu.

3) Commune de l’arrondissement de Saintes.

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dans la compagnie, qui est de se secourir mutuellement dans les besoins. Je suis en peine de l’état de la santé dudit sieur Lucas, n’en ayant rien appris depuis votre dernière, et c’est pour cela que je veux espérer qu’il se porte mieux. J’en prie Dieu de tout mon cœur.

S’il m’écrit pour s’arrêter chez vous, je le prierai, selon votre désir, de ne le faire pas, si ce n’est que sa maladie le requière. Et en cas qu’il se présente à vous dans ce désir sans autre besoin, vous lui demanderez s’il a ma permission pour y faire quelque séjour ; et s’il ne l’a pas, vous le prierez de vous excuser.

Vous ferez bien d’écrire au Révérend Père Amelote ce que vous me mandez de l’église et du vicaire de son prieuré (1), afin qu’il ait connaissance de l’un et de l’autre et remédie aux besoins de tous les deux ; mais vous le prierez de ne découvrir pas d’où lui seront venus ces avis.

Nous ne pouvons vous donner aucun frère pour votre jardin ; servez-vous de domestiques, comme nous faisons ici.

Je crains bien que nous ayons donné sujet à Dieu d’éloigner de nous la grâce du séminaire, puisque vous n’avez pas un seul séminariste. Je prie sa divine bonté qu’elle vous en donne assez pour le rétablissement et la manutention de ce bon œuvre. Pendant que vous êtes dans les visites avec Monseigneur et qu’il voit les besoins des ecclésiastiques, vous avez une belle occasion de lui en parler. Il a eu raison, quand il a approuvé votre faculté d’absoudre des cas réservés, de se réserver à lui ceux des duels et de la suspense des prêtres qui vont au cabaret.

Nous devons estimer grand tout ce qui se fait pour

4) Le prieuré de Champdolent (Charente-Inférieur)

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Dieu, et nous persuader qu’il n’y a point de petits offices en sa maison, et que les moindres nous honorent trop quand ils nous sont donnés. Je dis ceci sur l’emploi que vous avez dans les visites, dont il semble que vous êtes peu satisfait.

S’il est vrai que la personne dont vous me parlez vous traite mal, j’espère que votre patience lui fera du bien ; elle l’édifiera et peut-être qu’elle lui adoucira le cœur. Continuez donc, Monsieur, à vous comporter ainsi que Notre-Seigneur s’est comporté vers ceux qui l’ont persécuté, injurié, brocardé (5) et desservi. Ces occasions-là sont comme des pierres de touche pour éprouver notre vertu. Je prie sa divine bonté qu’il perfectionne la vôtre, qu’il bénisse vos travaux et votre conduite, pour le bien du diocèse et la consolation de ceux qui sont avec vous.

Nous avons céans le père de M. Alméras, qui a dessein d’entrer en la compagnie pour y servir Dieu le reste de ses jours.

Une partie de notre monde est aux champs, travaillant aux missions en trois divers diocèses. Nous n’avons point eu d’ordination pour cette fois. Ayant envoyé M. Brin pour visiter et consoler nos pauvres confrères d’Ecosse et des Hébrides, de qui nous n’avons reçu aucune nouvelle longtemps y a, il a été obligé de s’en revenir de Londres par l’avis de M. l’ambassadeur de France, à qui il avait été fort recommandé. Nous leur avons envoyé quelque argent par une autre voie, sans beaucoup d’espérance qu’il leur soit rendu, à cause de la difficulté d’y aller et de la persécution des catholiques.

Voilà nos petites nouvelles. Nous nous portons assez

5) Brocardé, retourner en moquerie

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bien, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Rivet.

2079. — A MADAME DE FOUQUESOLLE (1)

12 juin 1656.

Madame de Fouquesolle est très humblement suppliée par son serviteur Vincent d’avoir agréable d’assister M. Préraux (?), ce gentilhomme de Poitiers, en un procès qu’il a, en recommandant son droit à quelques-uns de ses juges. Il ne doute pas qu’elle ne le fasse de la bonne sorte, quand elle saura que ce gentilhomme a une grâce de Dieu très particulière pour la conversion des hérétiques, et qu’il en a ramené grand nombre, et de fort considérables, à notre sainte religion. Sans cela ledit Vincent ne se donnerait pas la liberté de le recommander avec tant d’instance et de confiance comme il fait, à madite dame, qui, outre le mérite qu’elle en aura devant Dieu, obligera beaucoup de personnes de piété qui prennent part aux intérêts de ce bon gentilhomme, duquel Dieu se sert pour le retour de tant d’âmes égarées.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 2079. — Reg. I, f ° 31 v°.

1) Ancienne dame d’honneur d’Anne d’Autriche.

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2080. — A LOUIS SERRE, SUPéRIEUR, A SAINT-MEEN

14 juin 1656.

Je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu’il a donnée à vos travaux en la paroisse d’Evignac (1), et je le prie que les fruits en soient éternels.

Quant aux filles qui se veulent donner à Dieu dans les exercices de la Charité, elles seront les bienvenues ; Mademoiselle Le Gras les recevra volontiers, et toutes autres qui auront, avec cette dévotion, la réputation d’une bonne vie, l’esprit et le corps bien faits, et qui seront robustes. Je vous envoie la copie d’un mémoire que j’ai envoyé en d’autres maisons à cet effet.

Monseigneur de Saint-Malo (2) fait trop de grâces aux pauvres Filles de la Charité, de les vouloir employer en sa ville. Comme il a un souverain pouvoir sur nous et sur elles, nous tâcherons de lui en donner, lorsque Dieu nous en donnera le moyen. Pour le présent, cela ne se peut, parce que Mademoiselle Le Gras n’en a pas de prêtes et n’en a pu encore fournir à quantité de personnes qui lui en demandent depuis longtemps. Monseigneur de Cahors (3), qui en a demandé pour un hôpital qu’il a fondé pour les pauvres orphelins, nous fait presser par Monseigneur de Sarlat (4), qui est ici, de lui en envoyer au plus tôt. Monseigneur d’Agdes nous en demande aussi pour cette ville et pour Pézenas (6) ; et depuis deux ans, M. l’abbé Ciron, qui est intendant des

Lettre 2080. — Pémartin, op. cit., t. III, p. 290, 1. 1245.

1) Ou plutôt vraisemblablement Epiniac, grosse commune de l’arrondissement de Saint-Malo.

2) Ferdinand de Neufville (16l6-1657).

3) Alain de Solminihac.

4) Nicolas Sevin.

5) François Fouquet.

6) Canton de l’Hérault.

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affaires du bon Dieu à Toulouse, nous sollicite pour y en envoyer. Monseigneur d’Angers (7) en veut avoir aussi pour un nouvel hôpital de sa ville (8), y en ayant déjà dans l’ancien, de sorte que nous ne savons comment faire pour subvenir à tout cela. J’espère que mondit seigneur de Saint-Malo aura la bonté de nous donner quelque temps pour pouvoir obéir à ce qu’il commande.

Vous me mandez que Monseigneur de Saint-Malo s’est plaint doucement à vous de ce que nous aurions reçu en la compagnie quelques-uns de ses diocésains. Il ne faut pas pour cela, Monsieur, laisser de recevoir ceux qui se présenteront, si vous les jugez propres et bien appelés. N’est-il pas raisonnable que, la compagnie lui fournissant des prêtres pour son séminaire et pour les missions, elle en prenne de son diocèse, aussi bien que des autres, quand Dieu les envoie ?

2081. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu’il a donnée aux travaux des Révérends Pères Jésuites pendant le jubilé, et de ce que vous reconnaissez qu’elle se doit attribuer à leur façon de parler simple et familière. J’espère que cet exemple nous confirmera dans l’usage de ne parler jamais en public ni en particulier qu’avec simplicité, humilité et charité. C’est le plus grand secret qu’on puisse trouver pour réussir à la prédication, au lieu que la pratique contraire ne sert qu’à exercer la patience des auditeurs et remplir de vanité celui qui leur parle.

7) Henri Arnauld.

8) L’hôpital des Enfermés.

Lettre 2081. — Collet, op cit., t. II, p.332.

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2082. — A UN CLERC DE LA MISSION, A GêNES

Du 16 juin 1656.

Je loue Dieu de l’indifférence qu’il vous donne pour le lieu de votre demeure, et j’ose dire, pour tous les emplois. Les grâces que vous dites avoir reçues dans celui qui vous occupe présentement, vous doivent faire estimer que l’assistance divine ne vous manquera point dans les autres occasions où vous serez appliqué, mais que le secours de sa grâce sera d’autant plus grand que plus vous y trouverez de la difficulté, pourvu qu’avec cette confiance vous vous abandonniez à sa conduite pour faire de vous ce qu’il lui plaira. Les bas sentiments que vous avez de vous-même sont bons, et je prie Notre Seigneur qu’il vous en donne assez pour le suivre tous jours en la pratique de la sainte humilité ; mais ils ne vous doivent pas empêcher de vous soumettre, si la sainte obéissance vous met à montrer la philosophie. Aussi témoignez-vous être prêt de l’entreprendre à la première signification, dont je rends grâces à Dieu comme d’une victoire que vous avez emportée sur la nature rebelle. Si nous pouvons envoyer un autre maître pour cette classe, ainsi que nous tâcherons de le faire pour nous accommoder à votre désir (1), vous ne manquerez pas de bonnes occasions pour rendre de bons services à Notre-Seigneur, non plus que de difficultés pour pratiquer la force et la mortification ; car il s’en trouve assez dans toutes les voies qui conduisent à Dieu. Cependant j’ai demandé à M. Watebled (2) s’il juge devant

Lettre 2082. — Reg. 2, p. 341.

1) Saint Vincent l’avait proposée à M. Ennery, qui n’avait pas eu le temps d’envoyer sa réponse. (Cf. 1. 2076)

2) Professeur à Saint-Lazare.

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Dieu que vous ayez la suffisance requise pour enseigner la philosophie ; il m’a dit qu’il n’en fallait point douter. Voilà pourquoi je vous prie de vous donner à Dieu pour cela, dans le doute si j’en pourrai envoyer un autre.

Je vous plains beaucoup pour les peines d’esprit que vous souffrez, parce qu’il n’y a rien qui afflige tant une âme qui aime Dieu, ni qui la décourage plus dans ses premières résolutions, ni qui l’expose davantage aux tentations, comme font ces tiédeurs que vous avez pour les choses de Dieu et ces dégoûts pour l’oraison, les lectures spirituelles, etc. C’est pourquoi, mon cher Frère, vous devez beaucoup prier Dieu qu’il les éloigne de vous, ou qu’il vous fasse la grâce d’en bien user. Sa bonté fera sans doute l’un ou l’autre, si, nonobstant ces sécheresses, vous êtes fidèle à vos exercices. Mais au reste ne vous étonnez pas de vous voir en cet état ; il vous est commun avec quantité de saints qui ont passé par là, et j’espère qu’il se changera bientôt en ferveur et allégresse d’esprit, d’autant que l’homme n’est jamais en même état et que Notre-Seigneur exerce ses meilleurs serviteurs tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, pour les éprouver en toutes les manières. Cela étant, mon cher Frère, tâchez d’agréer tous les événements de sa conduite paternelle, et demeurez ferme parmi ces changements à ne chercher que lui et votre propre abnégation

2083. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

Vous m’avez écrit de trois bonnes filles, qui ont le

Lettre 2083. — Recueil des procès-verbaux des conseils tenus par saint Vincent et Mademoiselle Le Gras, p 306. (Ms. conservé à la maison-mère des Filles de la Charité.)

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désir d’être de la Charité. Comme elles l’ont conçu dans la chaleur de la mission que vous avez faite dans leur paroisse, il faut voir si un petit retardement les refroidira. Il est bon de les éprouver. Mandez-moi leur âge, si elles savent lire et écrire et quelle autre chose elles savent faire, à quoi elles ont été appliquées, [si elles ont servi] (1), ou si elles ont toujours demeuré auprès de leurs parents. Il ne suffit pas qu’elles aient bonne santé, il faudrait savoir si elles sont robustes ou passablement fortes ; car en cette petite compagnie il n’en faut point de faibles ni de délicates. Nous devons surtout prendre garde à celles de ces quartiers où vous êtes, à cause que jusques à maintenant peu y ont réussi. Sur votre réponse, je vous manderai le temps que vous les enverrez. Il faudra qu’elles apportent du linge, ou tout au moins dix écus chacune pour leur premier habit, et quelque autre argent pour s’en retourner, en cas qu’on ne les jugeât pas propres, ou qu’elles ne pussent s’y accommoder.

2084. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 23 juin 1656.

Nous avons trouvé fort bon tout ce que vous avez fait et avancé pour avoir la maison dont le Pape veut disposer pour quelque œuvre de piété : vos sollicitations, offres d’argent, réponses aux objections et enfin la clause, en cas qu’elle nous soit accordée, que votre famille sera obligée de continuer les missions de la campagne à perpétuité, supposé les intervalles ordinaires,

1) La lecture de ces mots souffre difficulté à cause des ratures qui les recouvrent.

Lettre 2084 — Reg. 2, p. 246.

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ou autrement qu’elle lui sera ôtée. Je pense que Sa Sainteté aura été satisfaite de tout cela ; et certes je n’y vois rien à ajouter que la continuation de nos prières, à ce que Dieu fasse connaître sa volonté, hors laquelle nous ne devons rien désirer ; et nous ne serions pas de vrais enfants de la Providence si nous n’étions aussi contents que cette affaire réussisse à l’avantage de ces pauvres filles orphelines qu’au nôtre propre. Nous en attendons l’événement avec soumission.

Il y a sujet d’espérer que l’affliction de peste que Rome appréhende n’y arrivera pas ; les prières de tant de bonnes âmes qui les offrent à Dieu pour cela feront que sa divine bonté l’en détournera. Nous avons commencé d’y mêler les nôtres, quoique chétives, et continuerons tant que besoin sera. Vous désirez néanmoins savoir ce que vous aurez à faire, en cas que ce mal arrive. Cette question se peut réduire à trois chefs : ou à savoir si la famille se doit offrir au service des pestiférés, ou si elle se retirera aux champs, ou si elle continuera ses exercices ordinaires dans la ville. Pour le premier, Monsieur, qui est de vous exposer, je ne doute pas que quantité d’autres ne le fassent, et ainsi il ne sera pas besoin de prévenir n, rechercher les ordres pour vous appliquer à cette assistance. Pour le second, qui est de vous éloigner, il n’est pas non plus expédient ; car, outre que votre habitation présente est en bon air, vous n’avez pas des offices d’obligation qui vous obligent à communiquer beaucoup avec ceux du dehors, et partant il vous sera facile de vous conserver dans la ville. Quant au dernier, si vous cesserez ou continuerez vos exercices, je réponds que, pour recevoir personne à la retraite pendant la maladie, vous ne le devez pas faire ; et pour les ecclésiastiques qu’on a coutume de vous adresser pour leur montrer les cérémonies et

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pour les disposer à la réception des saints ordres, il est à remarquer que pour lors il s’en présentera fort peu qui ne soient de la ville, parce que, s’il y a peste, les étrangers n’en approcheront pas ; et pour ceux de la ville, ils ne seront pas admis à cela par les officiers qu’à bonnes enseignes ; et vous ferez bien, ce me semble, de recevoir ceux qui vous seront adressés par ceux qui en ont le pouvoir.

2085. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 23 juin 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Votre lettre du 30° de mai nous a apporté une consolation indicible et de nouveaux sujets de louer Dieu et de vos conduites et de vos travaux, parce que les bénédictions de Dieu y sont si évidentes, qu’on ne peut le désirer davantage. Son saint nom eh soit donc à jamais adoré et remercié ! C’est à quoi j’ai exhorté la compagnie, après lui avoir dit les diverses missions que vous avez faites et les heureux succès quelles ont eus, même à l’égard des hérétiques. S’il y a gens au monde qui aient plus d’obligation de s’humilier, c’est vous et moi ; j’entends aussi ceux qui travaillent avec vous : moi pour mes péchés, et vous pour les biens qu’il plaît à Dieu de faire par votre moyen ; moi pour me voir hors d’état d’assister les âmes, et vous de vous voir choisi pour contribuer à la sanctification d’une infinité, et de le faire avec tant de fruit. Il faut une grande humilité pour ne se complaire pas dans ces progrès, ni

Lettre 2085. — L.s. — Dossier de Turin, original

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dans les applaudissements publics ; il en faut une grande, mais bien nécessaire, pour référer à Dieu toute la gloire de vos travaux. Oui, Monsieur, vous avez besoin d’une humilité ferme et vigoureuse pour porter le poids de tant de grâces de Dieu, et de concevoir un grand sentiment de gratitude pour en reconnaître l’auteur. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous les donne à tant que vous êtes, ne doutant pas que sur ce fondement il n’établisse un magasin de dons célestes, qui vous rendront de plus en plus agréables à Dieu, très utiles au pauvre peuple et à bonne odeur à l’état ecclésiastique.

Je rends grâces à Dieu aussi de celle qu’il vous a fait trouver en Madame Royale, qui n’a pas eu désagréables la révérence que vous lui avez faite, ni les services que vous lui avez offerts ; ce qui fait voir combien Dieu est libéral envers ceux qui le servent, en ce que des pauvres prêtres, qui pour son amour s’adonnent au salut des pauvres gens de la campagne, il se plaît à les élever jusqu’à la bienveillance des souverains et à l’affection des grands du monde.

C’est encore une grande grâce que Dieu vous fait en cette église que l’on vous offre dans la ville, dédiée au Saint Sacrement, propre pour les exercices d’un séminaire et des ordinands. Il faut prier Notre-Seigneur qu’il fasse connaître son bon plaisir à ceux qui ont cette bonne volonté, et à nous aussi, pour y correspondre autant que nous le pourrons. Si la proposition en vient plus avant, vous m’en écrirez les particularités avec le pour et le contre, afin que je vous en mande nos pensées. Nous devons recevoir avec respect tout ce que Dieu nous présente, et puis examiner les choses avec les circonstances, pour faire ce qui est le plus expédient. Je ne doute pas, Monsieur, que la grâce qui accompagne Mgr le marquis, votre fondateur, ne vous ait attiré les

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spirituelles et temporelles que Notre-Seigneur vous donne (1), et qu’il ne faille imputer à son mérite toutes celles que Dieu vous prépare. Quoi qu’il en soit, nous lui sommes infiniment obligés. Dieu veuille le conserver et le sanctifier de plus en plus, comme aussi M. le président Belletia, qui vous a parlé de cette église et qui vous témoigne tant de charité ! Assurez-les, dans les occasions, de notre parfaite reconnaissance et de nos prières, quoique chétives, et de notre obéissance perpétuelle, particulièrement de la mienne.

Vous nous demandez du secours, et nous faisons ce que nous pouvons pour vous en donner. Nous avons céans un prêtre fort bon et fort exemplaire, qui prêche assez bien, né sujet de Son Altesse Royale, que nous vous destinons et que nous vous enverrons au plus tôt (3). Il ne parle pourtant pas italien, mais j’espère qu’étant avec vous, il l’apprendra en peu de temps, et que Notre-Seigneur, qui donne l’intelligence et le don des langues étrangères, lui rendra facile celle-là. Nous avons encore pensé et même écrit pour un changement à faire entre vous et la maison de Gênes, qui tournera à votre soulagement, pourvu que celle de Rome puisse donner un prédicateur à M. Blatiron, et que M. Richard, qui veut sortir de là où il est, soit content d’aller travailler avec vous, comme je l’espère. Cependant je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, de ménager votre santé et de modérer vos exercices.

Je vous enverrai une autre fois l’instruction que vous me demandez de la confrérie des dames des paroisses

1) Première rédaction : "Je ne doute pas, Monsieur, que la sainteté de Monseigneur le marquis votre fondateur ne vous ait attiré toutes les grâces spirituelles et temporelles, et qu’il ne faille…" Le saint a corrigé la phrase de sa propre main.

2) M. de Musy

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de Paris, de leur union et de leurs œuvres de charité (3). Quant aux filles qui servent les pauvres malades, je vous enverrais aussi un mémoire de leurs emplois et de leur façon de vivre, si on en voulait avoir à Turin et que Mademoiselle Le Gras fût en état d’y en envoyer ; mais elle est si pressée d’en donner à quantité d’évêques et d’autres personnes de considération qui en demandent, et elle en a si peu qui ne soient employées, qu’elle ne sait de quel côté se tourner (4).

Pour nouvelles, nous nous portons assez bien, grâces à Dieu. Nos gens sont dispersés en trois divers diocèses, où ils font des missions.

Un vaisseau est arrivé à Nantes, venant de Madagascar, qui nous en a apporté des nouvelles. M. Dufour ni les autres n’y étaient pas encore arrivés lorsqu’il en est parti. Les lettres de M. Bourdaise nous ont consolés et affligés tout ensemble. Je ne vous dirai rien pour le présent des sujets de cette consolation, réservant à vous en faire part lorsque je pourrai vous envoyer une copie de sa relation (5). Mais l’assistance que nous devons à nos défunts, dont M. Mousnier est du nombre, m’oblige à vous communiquer notre douleur, pour procurer à son

3) La confrérie de la Charité établie en 1629 sur la paroisse Saint-Sauveur avait donné de si heureux résultats que presque tous les curés de la ville et des faubourgs de Paris s’étaient empressés d’en créer une dans leur paroisse. La compagnie du Saint-Sacrement favorisa le mouvement ; sous son impulsion naquirent plusieurs Charités. La plupart de ces confréries prirent les Filles de la Charité à leur service. Les curés, qui étaient les directeurs des "Charités", dressèrent, en prenant comme base le règlement général établi par saint Vincent, des règlements particuliers, qui varièrent avec le temps et suivant les paroisses. On trouve quelques-uns de ces règlements à la Bibl. de l’Arsenal (ms. 2565) et à la Bibl. Nat. (R 26.015-26.018, 27.199-27.208). voir encore Remarques historiques sur l’église et la paroisse de S. Sulpice par Simon de Doncourt], Paris, 1773, 3 vol. in-16, t. III, p. 1 et suiv.). La confrérie de l’Hôtel-Dieu n’était pas paroissiale.

4) Voir lettre 2080.

5) La lettre 1991

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âme le secours de vos prières, quoique nous ayons sujet de croire qu’elle n’en a pas besoin. Il est mort par un excès de zèle et d’austérité de vie (6) et la manière dont il a toujours vécu nous doit faire estimer qu’il jouit maintenant de la gloire dont Dieu couronne les ouvriers évangéliques qui meurent les armes à la main, comme il a fait.

Je salue cordialement votre famille et suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

J’oubliais à vous dire que nous adressons à M. Delaforcade, à Lyon, un paquet pour vous le faire tenir par autre voie que la poste, où sont quelques copies du bref des indulgences et des cas réservés au Saint-Siège pour les missionnaires et les missions, avec un mémoire de ce qu’il faut faire pour vous en servir.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

2086. — JEAN MARTIN A SAINT VINCENT

24 juin 1656.

Nous venons d’achever une mission près de Lucerne, où il se trouva bien huit ou neuf mille personnes à la communion générale ; ce qui nous obligea de prêcher hors de l’église, au milieu de la grande place, sur un petit théâtre. où il arriva un accident qui fit paraître l’effet de la parole de Dieu et la force de sa grâce : ce fut qu’un des assistants, homme de faction et d’armes, selon l’usage de ce pays-là, où presque

6) Le 5 mai 1655

Lettre 2086. — Abelly, op. cit., 1 II, chap I, sect. VI, p. 81 On trouve un texte assez différent dans la biographie de Jean Martin (Notices, t. I, p. 289)

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tous les habitants portent toujours sur eux trois ou quatre pistolets et plusieurs dagues avec leurs épées, celui-ci donc étant fort attentif à la prédication, appuyé contre la muraille, reçut un coup de brique inconsidérément par un autre, qui lui blessa la tête avec grande effusion de sang ; et néanmoins, ayant reçu un tel coup, il ne lui sortit autre chose de la bouche, sinon : "O juste Dieu ! si ceci m’avait été fait en un autre temps !" Et comme quelqu’un s’étonnait de sa patience, il répondit : "Que voulez-vous ? mes péchés méritent cela et bien davantage." Et puis s’étant retire pour faire panser sa plaie, il revint, la tête bandée, entendre le reste de la prédication, avec autant de tranquillité comme s’il ne lui fût arrivé aucun accident ; ce qui est bien extraordinaire aux gens de ce pays, qui sont extrêmement prompts, colères et fort enclins à la vengeance.

A la fin de cette mission, l’on nous fit de très grandes instances pour aller pacifier les habitants d’un gros bourg éloigné d’une lieue et demie de celui-ci, qui était dans une étrange division depuis dix ou douze ans, d’où s’était ensuivie la mort de plus de trente personnes ; et l’on nous dit que depuis quelques jours ce bourg était tout en armes, divisé en deux factions qui mettaient tout le peuple en danger de s’entre-tuer les uns les autres. J’avais sujet de craindre que notre entreprise ne réussit pas, d’autant que nous ne pouvions pas faire en ce lieu-là une mission entière ; on nous pressa néanmoins si fortement que nous crûmes être obligés de faire ce qu’on désirait de nous, en laissant le succès à la disposition de la divine Providence. Nous y demeurâmes deux jours, pendant lesquels il plut à Dieu disposer tellement les esprits, qu’en suite de quelques prédications et particulièrement d’une du jour de la Fête-Dieu en présence du très Saint Sacrement, il se fit une réconciliation générale avec solennité ; et les parties les plus intéressées, s’étant approchées de l’autel, jurèrent sur les saints évangiles qu’ils se pardonnaient de bon cœur les uns aux autres ; et pour une marque de cette réconciliation, ils s’embrassèrent avec cordialité en présence de tout le peuple et passèrent par devant notaires une transaction publique d’accord et de paix. En suite de quoi nous chantâmes le Te Deum laudamus en action de grâces ; ce qui a donné beaucoup de consolation à tout ce peuple, qui n’avait vu depuis plusieurs années que des meurtres et du sang de leurs plus proches répandu au sujet de ces querelles.

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2087. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT

Rome, 26 juillet 1656.

Le mal contagieux dont il a plu à Dieu de commencer d’affliger cette ville a fait suspendre pour quelque temps tout commerce et les assemblées ; lesquels ordres et plusieurs autres qui se donnent tous les jours pourront, avec l’aide de Dieu, arrêter le cours du mal. Le Pape a fait faire à cette intention des prières, auxquelles nous avons jugé à propos de joindre, pour notre particulier, à l’exemple de ce que vous fîtes faire les années passées à Saint-Lazare, une messe, une communion et un jeune chaque jour. Sa Sainteté a fait demander aux maisons religieuses ce que chacune pourrait donner d’assistance, tant pour l’administration des sacrements, que pour le service des malades, en cas que le mal augmente ; et nous espérons bien recevoir les mêmes ordres. Je dis que nous espérons, parce que, par la miséricorde de Dieu, je ne sache personne céans qui ne désire sacrifier sa vie pour une action de si grande charité ; et déjà cela m’a été instamment demandé. Je m’en vas m’informer comment se comportent les maisons religieuses bien réglées dans cette occasion, et puis nous demanderons la grâce à Notre-Seigneur de nous faire connaître ce que nous devons faire et de nous donner la force de le bien exécuter. S’il plaît à la divine Providence de disposer de moi, après vous avoir rendu les très humbles et très indicibles actions de grâces que je vous dois, Monsieur et très honoré Père, pour l’excès de bonté et de charité que vous m’avez témoigné, dont j’ai beaucoup de confusion, ayant toujours été fort indigne de l’honneur d’une telle bienveillance, je ne me mets pas en peine de vous recommander ma pauvre âme, parce que je suis certain de votre charité paternelle ; mais je vous supplie de faire faire, le plus tôt après ma mort qu’on le pourra commodément, le voyage que, de votre consentement, Monsieur, je vouai à Notre-Dame de Liesse, pour le bon succès de l’affaire de nos vœux, ma pensée ayant été alors que, si l’obéissance me retenait ici et que je ne pusse accomplir mondit vœu, je vous supplierais de faire faire ce saint pèlerinage par un autre…

Si nous sommes appelés, nous donnerons, Dieu aidant, ce que, selon notre petit nombre, on nous demandera ; et je

Lettre 2087. — Notice manuscrite d’Edme Jolly, p. 82. (Cf. Notices, t. III, p. 431)

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suis bien assuré que, par la miséricorde de Dieu, tous ceux de la maison sont bien éloignés de désirer autre récompense que Dieu, comme en effet faire autrement, surtout en de semblables occasions, c’est un grand aveuglement.

2088. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[28 juin 1656] (1)

Il y a plus d’un mois, mon très honoré Père, que notre sœur Claude devrait être retournée, sans que la divine Providence, par sa seule conduite, m’en a empêchée par quelque petite incertitude ; et ce qui est arrivé aujourd’hui fait bien connaître que la compagnie est plus dirigée par cette même Providence que par autre soin. Que si néanmoins il faut agir avec elle, je crois qu’il est nécessaire d’un peu plus d’intelligence avec le… (2), car la bonne fille s’attendait que sa charité m’aurait dit sa peine.

Je crois, mon très honoré Père, que Madame Guergret n’a pas dit à votre charité qu’elle n’a dessein d’être en sa retraite que jusques à samedi, qu’il faut qu’elle se trouve à St-Sauveur à vêpres, à cause de leur compagnie de la Charité. Elle voudrait bien faire ce soir ou demain matin sa confession. C’est bien peu de temps pour elle que si peu de jours, n’était que vous jugiez [que (3)] sa bonne vie dès sa jeunesse tienne lieu de plus grande retraite.

L. de M.

De la veille saint Pierre.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

2089. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 30 juin 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je vous écrivis amplement il y a huit jours. Je n’ai

Lettre 2088. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original

1). Le frère Ducournau a écrit l’année au dos de l’original.

2) Louise de Marillac a omis le mot qui manque.

3). Texte de l’original : par.

Lettre 2089 — L. s. — Dossier de Turin, original

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pas reçu de vos lettres depuis, et je n’ai rien à vous dire de nouveau. Tout est ici à son ordinaire. La présente est seulement pour accompagner les incluses et pour prier Notre-Seigneur, comme je fais, qu’il continue à bénir votre personne, votre conduite, votre famille et vos travaux.

Je vous embrasse tous en général et chacun en particulier, et je suis d’une façon particulière, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je vous écris ce mot de la ville, où je me trouve dans la nuit et fort pressé.

2090. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 30 juin 1656.

Notre-Seigneur, qui vous a donné le soin de la famille, sera lui-même votre conduite. Il paraît assez qu’il l’a été jusqu’à cette heure, pour espérer que ce sera lui qui agira désormais en vous et par vous, et au dedans et au dehors, supposé votre fidélité ordinaire en son endroit, pour le consulter en vos doutes, l’invoquer en vos besoins, le suivre en ses mouvements, vous confier en sa bonté ; et n’ayez autre intention que de sa gloire et son plaisir. Je le prie qu’il vous fasse cette grâce.

Lettre 2090. — Reg. 2, p. 235

APPENDICES

1. — LETTRE DU FRèRE BERTRAND DUCOURNAU

A LOUISE DE MARILLAC

Ce 29 novembre 1655.

Monsieur Vincent est d’avis que Mademoiselle Le Gras aille seulement à Saint-Denis, plutôt qu’avec Madame de Ventadour, et dise à M. de Francière (1) tout bonnement et cordialement ce qu’elle a appris de la sœur Raportebled, et qu’elle le prie de lui dire quel sujet les sœurs de Saint-Denis ont donné au dessein qu’on a de les tirer de l’hôpital, et que, si elles ont fait quelque mal, elle est là pour les retirer. Cette franchise l’obligera sans doute à se déclarer, et là-dessus on verra ce qu’il y aura à faire. Elle pourra choisir un beau jour et prendre le carrosse de Saint-Lazare, en avertissant le soir auparavant.

Elle le pourra prendre aussi pour voir Madame la nourrice (2), quand il lui plaira. M. Vincent n’est pas d’avis qu’elle s’adresse à M. de Saint-Jean (3), parce qu’il n’entre pas assez dans l’intérêt des filles dont il est question.

La santé de M. V [incent] est bonne et sa jambe va de mieux en mieux ; il est pourtant enrhumé depuis hier et a été saigné aujourd’hui, aussi bien que le très obéissant serviteur de Mademoiselle.

DUCOURNAU.

Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.

Appendice 1. — L,. a. — Dossier des Filles de la Charité, original Cette lettre, écrite au nom de saint Vincent, fait en quelque sorte partie de sa correspondance ; c’est pourquoi nous l’insérons ici.

1) Administrateur de l’hôpital de Saint-Denis.

2) Perrette du Four, première nourrice de Louis XIV.

3) Nicolas de Saint-Jean, chapelain d’Anne d’Autriche.

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2. — LETTRE DE LOUIS XIV AU PACHA D’ALGER

Illustre et Magnifique Seigneur,

Les sieurs Barreau, consul pour la nation française en Alger, et Le Vacher, prêtre de la Mission audit pays, nous ayant porté plainte des recherches qu’on fait journellement à l’encontre d’eux pour les fautes d’autrui, et n’étant pas raisonnable de les rendre responsables que de leurs fautes, nous vous écrivons cette lettre pour vous prier, comme nous faisons bien particulièrement, de vouloir empêcher cette sorte d’injustice et protéger lesdits sieurs Barreau et Le Vacher en l’exercice de leurs charges, comme étant nos officiers et personnes par nous établies tant pour la facilité du commerce de nos sujets avec ceux du Grand Seigneur, que pour assister corporellement et spirituellement ceux d’entre eux qui se trouveront esclaves, vous assurant que nous aurons beaucoup de joie lorsque nous rencontrerons les occasions de vous en témoigner notre gratitude, et que c’est du meilleur de notre cœur que nous prions Dieu qu’il vous ait, Illustre et Magnifique Seigneur, en sa sainte garde.

écrit à Paris le 7e mai 1656.

LOUIS.

DE LOMENIE.

Appendice 2 — Arch Nat S 6707, copie du XVIIe siècle

(ajout à SV. tome V, 10)

1653 bis. - à Charles Ozenne

à Douvres

De Paris, ce 11 7bre 1653

recto

Monsieur,

La grâce de nostre Seigneur soict avecq vous pour jamais. Mon Sieu, Monsieur, que je suis en peine de vous et du traictement que vous avez receu. Je veux espérer de la bonté de Dieu que vous voilà à présent en liberté, & que toutes ces poisantes <pesantes> Croix dont Nostre Seigneur a chargé ?nous? chères Srs de Ste Marie & vous seront les moïens pour attirer sur elles & sur vous de plus abondantes grâces.

L’on mande icy qu’on doute si elles continueront leur route 1; si elles ne <barré ou non?> le font, je vous prie de faire vostre possible pour ne pas demeurer. J’escris cecy à la Royne de Pouloigne. Vous pourrez prendre l’ocasion du vaisseau dans lequel vous vous estes embarqué. Je m’assure que M. Datineau 2 ?nqui? est passé en Angleterre vous fournira ce qu’il faudra, ou que si vous alez à Calais, comme l’on mande, que Monseigneur de Comte de Charreau 2 vous faira donner de l’argent au change, que j’aquitteray icy à lettre veue; il est mon bon Seigneur, montrez /

verso

luy la présente, je luy ai escript en faveur de nos chères Srs de Ste Marie. Si doncq vous vous en alez, je ?prie? Nostre Seigneur qu’il soict vostre conduicte, qui suis en son amour,

< Ajouté de sa main après coup, dans le blanc avant la signature : >

Je vous prie de saluer de ma part Mr de Montois & et l’assurer de mon obéissance, comme je fais par celle que j’escris à nostre chère Mère le Supérieure.

Vostre très humble 3 serviteur,

Vincens Depaul

i p d l M

Suscription, de la main de Frère Ducournau

à Monsieur

Monsieur Ozenne, prestre de la Mission estant de présent à Douvre.

En Angleterre, à Douvre.

<Ajout de l’archiviste : >

<11 septembre 1653.>

<Consolation que donne Mr Vincent>

_____________________________

1653 bis. Recueil de Ms., Bibl. Nationale (ou Arch. Nationales) de Pologne.

Photocopie remise en juillet 1998 par M. ? ? à M. Rybolt, et par lui aux Arch. C. M. Paris, le mardi 4 août 1998 (B. KOCH).

1. Il avait commencé d’écrire "che"min, et a aussitôt barré "che".

2. Datineau, Charreau : noms pas répertoriés dans S. V. XIV ni dans Monsieur Vincent, III, ni dans les dictionnaires de biographie de Moreri, de D’Amat et Limouzin-Lamothe et de Hœfer.

3. Il avait écrit "&", pour continuer comme souvent "et obéissant", et il l’a aussitpot barré.

Le 8 novembre, M. Vincent envoie encore sa lettre à Douvres (S. V. 46). On saute au 17 février, où M. Vincent lui écrit à Varsovie (S. V. 74).

Français moderne

De Paris, ce 11 septembre 1653

recto

Monsieur,

La grâce de notre Seigneur soit avec vous pour jamais. Mon Dieu, Monsieur, que je suis en peine de vous et du traitement que vous avez reçu. Je veux espérer de la bonté de Dieu que vous voilà à présent en liberté, & que toutes ces pesantes Croix dont Notre Seigneur a chargé ?nous? chères Srs de Ste Marie & vous seront les moyens pour attirer sur elles & sur vous de plus abondantes grâces.

L’on mande ici qu’on doute si elles continueront leur route 1; si elles ne <barré ou non?> le font, je vous prie de faire votre possible pour ne pas demeurer. J’écris ceci à la Reine de Pologne. Vous pourrez prendre l’occasion du vaisseau dans lequel vous vous estes embarqué. Je m’assure que M. Datineau 2 ?nqui? est passé en Angleterre vous fournira ce qu’il faudra, ou que si vous allez à Calais, comme l’on mande, que Monseigneur de Comte de Charreau 2 vous fera donner de l’argent au change, que j’acquitterai ici à lettre vue; il est mon bon Seigneur, montrez /

verso

lui la présente, je lui ai écrit en faveur de nos chères Srs de Ste Marie. Si donc vous vous en allez, je ?prie? Notre Seigneur qu’il soit votre conduite, qui suis en son amour,

< Ajouté de sa main après coup, dans le blanc avant la signature : >

Je vous prie de saluer de ma part Mr de Montois & et l’assurer de mon obéissance, comme je fais par celle que j’écris à notre chère Mère le Supérieure.

Votre très humble 3 serviteur,

Vincens Depaul

i p d l M

Suscription, de la main de Frère Ducournau

à Monsieur

Monsieur Ozenne, prestre de la Mission estant de présent à Douvre.

En Angleterre, à Douvre.

< Ajout del’archiviste : >

<11 septembre 1653. >

<Consolation que donne Mr Vincent>

à la Chesnaye, le 15 Mai 1992

- Reconnaissance des caractères sur Scanner : Sœur Marie-Catherine DESMARS,

- Correction des textes : Sœur Geneviève RABILLé.

Cl. LAUTISSIER

CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,

88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.

SAINT VINCENT DE PAUL

SAINT VINCENT DE PAUL

CORRESPONDANCE

Tome VI.

2091. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN

De Paris, ce 7 juillet 1656

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 24 juin. Vous avez regardé du biais qu’il faut les plaintes qu’on a faites au parlement contre vous, prenant cette calomnie comme un contrepoids que Dieu a voulu donner aux succès de vos missions ; car, en effet, sa sagesse a si bien ordonné les choses en ce monde que les nuits suivent les jours, la tristesse la joie, et la contradiction les applaudissements, afin que notre esprit ne s’arrête qu’en Dieu seul, qui est au-dessus de ces changements. Vous avez bien fait de faire entendre la vérité à ces Messieurs à qui on a dit que les missionnaires dissuadaient le peuple de payer les tailles ; et vous ferez encore mieux de ne parler jamais de ces choses. Notre-Seigneur n’a pas improuvé les tributs ; au contraire, il s’y est lui-même soumis. Il faut, tant que nous sommes, nous préparer à souffrir tantôt d’une façon et tantôt d’une autre ; autrement, nous ne serions pas les disciples de ce divin Maître, qui fut calomnié d’une pareille accusation à la vôtre et qui a voulu commencer par là de vous exercer. Tenez à bénédiction d’être traité comme lui et tâchez de suivre son

Lettre 2091. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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exemple dans les vertus qu’il a pratiquées, lorsqu’il a été maltraité.

Je remercie sa divine bonté, Monsieur, de la bénédiction qu’elle a donnée à toutes vos missions, particulièrement à la dernière ; ce qui se doit attribuer plutôt à la bonne disposition du peuple, pour ne pas dire à la nouveauté de l’œuvre, qu’au mérite des ouvriers, quoique je sache que vos prières, votre zèle et La pureté de votre intention y contribuent notablement. Ce qui me console fort est l’accommodement important que vous avez fait dans ce lieu, où la division régnait depuis si longtemps, qui avait causé tant de meurtres et qui était comme une source infectée, qui portait son venin dans les cœurs de la plupart des habitants. Dieu veuille conserver cet accord et perpétuer la paix et l’union que vous y avez laissées !

Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne son esprit avec amplitude pour la mission que vous devez faire en la petite ville de Lucerne, et qu’il ait agréable de porter les hérétiques au désir de s’instruire et de se convertir. O Monsieur, que s’il plaisait à sa divine bonté de se servir de vous pour cela, que ce serait un grand bien, et que de bon cœur nous lui offrirons nos prières à cette intention !

Vous nous demandez deux hommes capables et exemplaires, l’un pour la nouvelle fondation de Monseigneur le marquis, qui vous donne 400 livres de rente pour l’entretien d’un prêtre, moyennant deux messes par jour, et l’autre a la place de M. De [heaume]. Nous tâcherons de vous les envoyer le plus tôt que nous pourrons, Dieu aidant.

On nous dit que Dieu continue à bénir les armes du roi de Pologne contre les ennemis de l’église et de son état, et qu’il a assiégé Varsovie, où sont Messieurs

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Desdames et Duperroy. Nous sommes en très grande peine de leurs personnes ; car, étant enveloppés dans les incommodités et les accidents de la guerre, ils ne sont pas sans danger ni sans souffrance. Mais ce qui nous afflige davantage est que ledit sieur Duperroy nous a mandé que, dès le commencement de ce siège, M. Desdames tomba grièvement malade (sa lettre est du 15 de mai), sans que depuis nous ayons pu savoir l’événement de cette maladie, non plus que celui du siège. Je recommande à vos prières ces bons missionnaires et ce pauvre royaume, comme aussi, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.

2092. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 7 juillet 1656.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 8 juin, ce fut avant-hier, et 3 ou 4 jours auparavant j’avais reçu celle de M. Duperroy, qui nous a fort affligés, nous apprenant la maladie dangereuse de M. Desdames ; mais notre peine a été un peu allégée par votre dernière lettre, où vous dites que M. de Saint-Martin, chapelain du roi, qui a demeuré en votre maison de Sainte-Croix jusqu’à la fin de mai et qui a écrit à M. de Fleury, ne lui touche rien dudit sieur Desdames, qui est une marque qu’il se

Lettre 2092. — L s. — Dossier de Cracovie, original

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porte mieux, ou du moins qu’il n’était pas plus mal. Plaise à Dieu de conserver à la compagnie ce sien serviteur ! Je l’ai recommandé aux prières de la compagnie, et nous continuerons de l’offrir à Dieu, aussi bien que de nous inquiéter de sa maladie, jusqu’à ce que nous soyons assurés qu’il en est quitte. Si vous avez occasion de lui écrire, ou à M. Duperroy, témoignez-leur cela. Je ne puis leur écrire, à mon grand regret, pour l’accablement où je me trouve. Je vous remercie de ce que vous avez pourvu à leurs besoins, et rends grâces à Dieu et à cette digne mère, qui a donné ordre que rien ne leur manque, des excessives bontés qu’elle exerce vers vous. Je prie sa divine Majesté qu’elle en soit sa récompense. Assurez-la, s’il vous plaît, et de mes services et de ma reconnaissance, comme aussi de notre exactitude à rendre de deçà l’argent qu’elle vous aura fait fournir, et à ces Messieurs de Varsovie, au temps et aux personnes qu’elle nous ordonnera.

Je viens à ces pauvres missionnaires, qui certes me tiennent fort au cœur, à l’occasion du siège de Varsovie ; car, se trouvant enveloppés dans les incommodités et les accidents de la guerre, ils sont fort à plaindre et ne sont pas sans danger ; mais j’espère aussi que Dieu et le roi les protégeront, en sorte qu’il ne leur arrivera rien de ce que nous craignons. J’en prie sa divine bonté.

J’ai voulu vous parler par avance des sujets de notre douleur pour ne plus penser dans le reste de cette lettre que de la consolation que nous avons d’apprendre les progrès des armes du roi sur les ennemis de l’église et de son état. Je ne puis certes vous exprimer les sentiments de joie et de reconnaissance que j’en ai en mon particulier, qui font que quasi sans cesse je bénis et fais remercier Dieu de tous les bon succès que vous me

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mandez. Je le prie aussi et je le fais prier afin qu’il ait agréable de prendre lui-même les armes et de combattre pour ce royaume-là, qu’il conserve Leurs Majestés et qu’il achève d’accomplir leurs justes désirs. Les obligations que nous leur avons me sont si présentes et si fort à cœur, que je voudrais être un puissant roi pour les reconnaître, ou assez bon prêtre pour les mériter. Plaise à Notre-Seigneur, Monsieur, d’être notre tout !

Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p d. l. M.

Ce qu’on vous a dit du désordre de Paris n’est pas véritable ; cette ville jouit du bien de la paix il y a quatre ans (1).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, étant de présent à la cour de la reine de Pologne.

2093. — AU FRèRE JEAN BARREAU

De Paris, ce 7 juillet 1656.

Mon cher Frère,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Si cette lettre vous était rendue avec la même diligence que les vôtres sont venues, vous en recevriez bientôt la réponse ; elles sont des 6 et 12 juin. Je compatis sensiblement à vos peines et à vos engagements, et je ne souhaite rien tant que de vous en voir délivré.

1) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 2093. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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Je fais ce que je puis pour tâcher d’y contribuer, et je continuerai jusqu’à ce que cela soit. Je vous prie d’avoir patience.

J’ai reçu les quittances des payements que vous avez faits pour la délivrance de Guillaume Le Loup, Jean Gallienne et Nicolas Savary. J’en ai fait avertir ceux qui ont agi pour eux de deçà.

Je ferai tenir à Tours la lettre de Ribot ; son frère, à qui elle est adressée, ne demeure plus à Paris ; il s’est retiré en son pays.

Je suis bien aise que vous ayez trouvé un expédient de faire passer l’argent qu’on vous enverra, sous d’autres noms que le vôtre, puisque l’on se persuade à faux que les rédemptions que vous faites proviennent d’aumônes. Je pense que voici la première qui vous a été faite pour cela : ce sont mille livres que j’ai envoyées à Marseille pour vous être tenues et être employées par vous au rachat de tel esclave français que vous et M. Le Vacher (1) jugerez être en plus grand et plus prochain danger de renier la foi. C’est l’intention du bienfaiteur. Je vous prie de ne point appliquer ces deniers à autre Usage ! si ce n’est qu’après ce rachat fait vous ayez de l’argent de reste, car ce pourra être de tel esclave qui ne vous en coûtera pas plus de cinq ou six cents livres ; et en ce cas, vous pourrez employer le surplus à d’autres pressants besoins, comme à soulager les malades, etc., ainsi que M. Le Vacher et vous jugerez à propos.

Si l’hôpital avait été bâti, selon le désir de Madame la duchesse (2), des deniers qu’elle a envoyés, cela serait bien venu pour tant de malades que vous avez à présent de delà. Mais quoi ! l’avanie que vous a causée le Père Sérapion

1) Philippe Le Vacher.

2) La duchesse d’Aiguillon.

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a empêché ce bon œuvre. Et à propos de ce Père, nous faisons ici nos efforts, et M. Get à Marseille, pour résoudre ces Pères de la Merci de vous dédommager. J’en ai parlé au provincial et à quelques autres, qui ne s’en sont pas tout à fait éloignés, mais aussi ne m’en ont-ils pas donné beaucoup d’espérance. M. Get me mande qu’il trouve plus de disposition en ceux de delà. Dieu veuille les disposer lui-même à vous faire justice bientôt !

Je le prie aussi qu’il ait agréable de remédier aux besoins de votre pauvre église souffrante et qui se trouve à présent exercée de maladies et de pauvreté. J’en parlerai de deçà aux occasions ; mais je crains que mes péchés me rendent indigne de lui procurer aucun soulagement.

Le rétablissement de l’ancien bacha vous fait appréhender avec sujet qu’il vous traite avec la même rigueur que par le passé, et que les divers présents qu’il nous faudra faire achèvent de vous accabler. Je vous avoue que je suis fort en peine de tant de sujets d’accablement qui vous surviennent, ne voyant pas les moyens de vous en relever, si la Providence ne vous envoie quelque secours extraordinaire. Ma consolation est qu’elle le fera, s’il est expédient, et que nous le ferions aussi, si nous le pouvions ; mais, ne le pouvant pas, il nous faut demeurer en paix, en adorant la puissance de Dieu par notre faiblesse (3).

Je ne saurais que vous dire touchant les 800 écus que vous tirez des vôtres pour en profiter, sinon que, si vous m’en aviez écrit avant que de le faire, je ne le vous aurais pas conseillé, non plus que l’achat de la barque que vous fîtes acheter il y a quelques années et

3) Tout ce qui suit est de la main du saint.

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que vous perdîtes auprès de Majorque : 1° pource que cela n’est pas convenable à notre profession ; 2° et ne se peut pas même faire sans scandaliser le public ; 3° et quand cela ne serait pas, les grandes risques qu’on court sur mer, qui sont telles qu’à peine voyons-nous des Français, ou peu, qui ne succombent tôt ou tard.

Nous travaillons incessamment à faire notre possible pour vous dégager ; assurez-vous, Monsieur, que nous n’aurons point de repos que cela ne soit. Vous en verrez les effets bientôt, comme j’espère, pour le moins de quelque partie, en attendant.

J’ai été prié de vous recommander environ quatre-vingts Basques qui ont été pris et menés captifs en Alger. Je vous prie, Monsieur, de me dire ce qui en est, notamment de ceux dont la lettre accompagne ce paquet, et de les consoler le mieux que vous pourrez.

Votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d.l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul pour le roi en Alger.

2094. — A UN PRêTRE DE LA MISSION (1)

Ces bienfaits sont des grâces d’autant plus grandes quelles étaient moins attendues et que nous les avons moins méritées. Vous avez fait selon le bon plaisir de Dieu et selon notre maxime, d’avoir laissé agir la providence de Dieu, sans y contribuer aucune autre chose que votre seul acquiescement. Voilà comme toutes nos

Lettre 2094. — Abelly, op. cit, 1. III, chap. XVIII, p. 276.

1) Ce missionnaire avait accepté un bien donné à la congrégation pour un nouvel établissement.

Lettre 2094. — Abelly, op. cit., 1. III, chap. XVIII, p. 276.

1) Ce missionnaire avait accepté un bien donné à la congrégation pour un nouvel établissement.

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maisons se sont établies et ce que la compagnie doit observer inviolablement.

2095. — CLAUDE DUFOUR, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT

Du fort Dauphin, juillet 1656.

Monsieur et très honoré Père,

Votre bénédiction, s’il vous plaît !

Pour m’acquitter de l’obligation que j’ai de vous rendre compte du succès tant de notre voyage que de notre séjour en cette île de Madagascar, je vous raconterai une petite partie des grandes faveurs que nous avons reçues de Dieu, vous faisant le récit de ce que nous avons vu, fait et souffert de plus notable depuis que nous sommes partis de France jusqu’à l’heure présente.

Nous levâmes l’ancre de la rade de St-Martin, près La Rochelle, le 29 octobre de l’année 1655 ; et, quelques heures après notre départ, nous eûmes dans notre bord 18 ou 20 malades de mal de mer ; et pource que j’étais du nombre, comme aussi à cause du mauvais temps, je ne pus célébrer la sainte messe le jour de la Toussaint, ni la veille, ni le jour des morts ; ce qui me fut un sujet de mortification très sensible. Et cette peine fut bientôt suivie d’une seconde ; car incontinent après, un bon prêtre nommé M. Couderon natif de Dieppe, embarqué dans la Duchesse, tomba de la poulaine dans la mer. Et quoiqu’en même temps on fit tout ce qui se put faire pour sauver un homme en pareille rencontre, ce fut en vain, et on ne sut jamais le garantir. Chacun le regretta et pria Dieu de bon cœur pour son âme. C’était un des plus savants hommes en théorie en l’art de marine, et s’appliquait entièrement à cela. Comme je m’entretenais avec lui quelques jours avant sa mort, je lui dis tout simplement que je m’étonnais qu’un prêtre comme lui s’adonnât à des exercices si peu proportionnés à sa profession. Et à cela il me repartit qu’il le faisait avec intention de donner gloire à Dieu en servant le public, et que son père spirituel consentait qu’il continuât dans cette vocation. A la vérité, il m’assura qu’il était très marri d’avoir entrepris ce grand voyage sans la permission

Lettre 2095. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.

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de son prélat, et il en sentait de grands remords, et était en volonté de se priver de dire la messe et d’administrer les sacrements jusqu’à ce qu’il fut de retour en son diocèse, si ce n’est en cas de nécessité, et de mener une bonne et sainte vie ; ce qui nous donne su jet de croire que Dieu lui aura fait miséricorde.

De tous nos malades, un seul nous fut ravi par la mort, après avoir reçu les saints sacrements et supporté avec beaucoup de patience toutes les douleurs ; tous les autres furent bientôt guéris par la grâce de Dieu, quoique néanmoins, après la guérison de ceux-là, les maladies en ont attaqué d’autres, en sorte que nous avons eu toujours deux ou trois malades ; ce qui est bien peu parmi deux cents personnes qui passent la Guinée, où souvent on a vu mourir au moins le tiers des équipages et parfois la moitié. Pour moi, je n’ai pas eu de mal si grand qui m’ait obligé de tenir le lit plus de trois jours et qui m’ait empêché plus longtemps de faire les fonctions d’un aumônier et de vaquer à mes autres exercices.

J’ai tâché d’observer de point en point ce qui fut arrêté en une conférence que j’eus avant notre départ avec mes chers confrères Messieurs Prévost et de Belleville touchant les prières publiques, catéchismes, exhortations, Lectures spirituelles et l’es moyens d’avancer la gloire de Dieu et procurer le salut d’un chacun, quoique l’expérience nous a fait voir qu’il se faut comporter diversement selon les diverses humeurs des capitaines, auxquels il faut condescendre en tout ce qui n’est pas mal, quoiqu’il nous paraisse moins bien.

Les gens de mer aiment les courtes prières ; c’est pourquoi nous nous sommes contentés tous les matins de chanter le Veni Creator, l’Itinéraire, ensuite de faire les actes d’adoration, de remerciement, de contrition et d’offrande, tout comme il est marqué dans le livret des prières qui se font à Sedan, et le soir quelque antienne de la Vierge et la prière pour le roi, le jeudi, le Pange lingua ; le vendredi, le Vexilla ; le samedi, Stabat ; les dimanches et fêtes, les vêpres.

Je n’ai célébré la sainte messe qu’aux jours de fête et dimanches, en carême, trois fois par semaine Mon grand désir était de la célébrer tous Les jours ; mais, comme tout le monde n’y prenait pas plaisir, j’ai ru que Dieu accepterait ma bonne volonté pour sacrifice.

Il ne s’est passé presque aucune fête ou dimanche que nous n’ayons eu nombre de communiants. J’ai toujours fait une exhortation d’un demi-quart d’heure ou d’un quart pour Le plus à la fin de la messe. Nous avons parfois fait quelque courte prédication après les prières du soir ; mais parce qu’en

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ce temps-là on avait toujours quelque manœuvre à faire, je me suis contenté de prêcher à la messe.

J’ai fait le catéchisme, en Avent et Carême, trois fois la semaine en autre temps, la plupart de ceux qui ne faisaient le quart en ce temps-là ne manquaient de s’y trouver. Et les jours auxquels il n’y avait point de catéchisme, je faisais lecture spirituelle, tantôt de la vie des saints, tantôt du Pédagogue, ou de quelqu’autre bon livre, m’arrêtant de temps en temps sur les choses les plus remarquables, que je redis sais facilement pour les mieux inculquer. Je ne saurais exprimer les bons effets que la lecture spirituelle a produits dans la plupart de nos matelots et soldats, qui, non contents d’une heure de lecture que je leur faisais, plusieurs allaient faire lecture en leur particulier. Trois fois la semaine, mercredi, vendredi et samedi, nous récitions le chapelet en chœur, chacun faisant une inclination profonde au nom de Jésus. Les soirs, durant l’Avent, nous chantions des cantiques spirituels, et durant le Carême et après Pâques, nous faisions une sainte conversation, chacun racontant quelque belle histoire, à la fin de laquelle je disais un mot pour en faire plus retirer de fruit. Le jour de la Purification nous fîmes la première communion des jeunes garçons qui se trouvèrent au nombre de douze, qui s’étaient fort bien disposés à cette sainte action. Un bon soldat m’aida beaucoup à les instruire et les apprendre à prier Dieu. Je crois que Dieu l’a choisi pour en f aire un catéchiste des pauvres barbares de Madagascar. Il s’est donné à nous, et, si nous le voulons recevoir, probablement il sera ravi d’être reçu dans la compagnie. Les bons exemples de celui-là et de beaucoup d’autres m’ont bien donné de la joie. Mais les jurements, vilaines paroles de quelques-uns m’ont beaucoup déplu. Quand quelque matelot ou soldat s’en est trouvé coupable, on les a mis aux fers, ou bien je leur faisais demander pardon à Dieu et à tout le monde et baiser la terre ; et, Dieu merci, on y a remarqué beaucoup d’amendement. Mais quand quelque officier comme un lieutenant et capitaine, est tombé dans l’un de ces défauts, ç’a été un mal où je n’ai jamais su mettre remède.

Un bon matelot de notre bord, qui ne jurait jamais, fut tué à Sierra-Leone par les nègres, à cause que les nôtres avaient pris prisonniers quelques-uns des leurs ; et ce meurtre fut cause que les Français brûlèrent, dans deux villages, toutes les cases de ces pauvres gens. Quelques jours auparavant, deux de nos chaloupes étant allées au bord d’un petit vaisseau portugais, on nous tua deux hommes, et d’autres furent blessés, notamment M. de Lamran, Lieutenant de l’amirale, qui eut un œil crevé d’un coup de flèche.

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Pour lors le bon M. Belleville vivait encore ; mais maintenant il est mort ; je vous le dis, Monsieur, le regret au cœur d’avoir perdu un si bon missionnaire, de la compagnie duquel j’étais indigne ; et je dois craindre que Dieu ne me l’ait ôté pour mes péchés. Ce fidèle serviteur de Dieu tomba malade le jour même de notre départ de la rade de St-Martin, et le 30 d’octobre fut travaillé d’une fièvre lente qui le mena toujours jusqu’à la mort. Je ne fus averti de sa maladie qu’une quinzaine de jours après que l’Armand s’approcha de nous. Je le fus voir ; et, après l’avoir confessé, le chirurgien jugeant qu’il se portait mieux que de coutume, je pris congé de lui, priant le capitaine Regimont de me faire savoir de temps en temps de ses nouvelles ; ce qu’il me promit. Mais Dieu permit que son vaisseau s’éloignât tellement des autres qu’on ne le put voir de 15 jours ; et fut tenu pour perdu jusqu’à ce que nous le vîmes à Sierra-Leone, où j’appris que son mal s’était augmenté. Et tout aussitôt je me mets dans la chaloupe pour l’aller visiter ; et, l’ayant trouvé disposé pour aller à terre, nous le fîmes porter dans le bois, dans une cabane qu’on fit exprès, avec un garçon pour le servir, auprès des hommes qui nous faisaient du bois. Il demeura là cinq ou six jours, où, bien loin de trouver de l’allégement, son mal s’empira ; ce qui lui fit désirer de recevoir le très Saint Sacrement. C’est pourquoi M. Prévost et moi allâmes là célébrer la sainte messe. Et deux jours après la communion, qui fut le 13 de janvier, il fut rapporté dans son bord. Le lendemain, je fus le voir, et il me pria de l’aider à bien mourir ; ce qui m’occasionna de lui donner l’extrême-onction. Ce fut le 17 du même mois ; et le même jour il paraissait se porter mieux ; et M. Prévost et moi ne jugeâmes pas qu’il fût nécessaire de demeurer auprès de lui. Le lendemain 18, m’en étant retourné à son bord, il me témoigna être plus faible. Je demandai au chirurgien s’il y avait du danger pour ce jour-là, et il me dit qu’il n’y avait rien à craindre ; et néanmoins le soir même, entre huit et neuf, il mourut, après avoir parlé jusqu’à la mort. Le lendemain, on tira un coup de canon ; ce qui nous fit douter de sa mort ; et en même temps on nous vint avertir qu’il avait été déjà mis en la sépulture, c’est-à-dire jeté en mer, selon la coutume qu’on garde dans les vaisseaux. La tristesse fut grande, mais ma joie n’est pas petite, me souvenant de sa sainte vie et de ses belles vertus, qui lui ont fait mériter la couronne du martyre, telle qu’on peut appeler la mort d’un missionnaire, qui avait fait vœu (comme lui-même me dit) avant d’entrer en la compagnie, de s’aller sacrifier au delà des mers au salut des âmes et procurer la gloire de Dieu.

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Certainement Monsieur, je me reconnais beaucoup coupable de n’avoir été très exact à remarquer ses héroïques vertus. L’espérance que j’avais de le voir relever de sa maladie a été cause que je n’y ai pas pris garde de si près, comme je devais faire. Néanmoins j’en ai assez vu pour ma consolation et pour l’édification de toute la compagnie.

Car, premièrement, j’ai remarqué en lui un zèle plus grand de son salut, qu’aucun autre malade que j’aie jamais vu ; car il n’avait autre soin que celui-là. C’est pourquoi, comme je lui portais quelque présent, comme quelque gibier, il me dit avec grande affection : "Monsieur, au nom de Dieu. je ne vous demande qu’une seule chose, c’est de m’aider à bien mourir." Il me priait souvent de me tenir auprès de lui pour lui parler de Dieu. Il se confessait très souvent.

Il avait aussi grand soin du salut des autres et grand zèle des âmes, comme il fit paraître avant sa maladie, s’occupant tous les jours à taire des lectures spirituelles publiquement sur le tillac ; à faire des exhortations, catéchismes ; à entendre des confessions ; à s’entretenir tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre, pour les disposer à une meilleure vie. C’est pourquoi pendant le séjour que nous fîmes près de La Rochelle, lorsque nous allions nous promener à la ville, il désirait s’en retourner promptement dans son bord pour y rendre service aux sains et aux malades, qu’il chérissait fort tendrement.

Sa dévotion a paru non seulement à lui voir dire le bréviaire autant qu’il eut des forces, mais à vouloir célébrer la sainte messe ; et la pensée du chirurgien est que le grand désir qu’il avait de célébrer le jeta dans un délire qui lut dura environ trois semaines. Il récitait tous les jours son chapelet à l’honneur de la sainte Vierge et croyait qu’il n’y avait point d’homme au monde qui fut plus redevable à cette sainte dame que lui.

Que dirai-je de sa douceur, qui était telle qu’on était tout te joui de voir sa belle face. C’est pourquoi le contremaître du vaisseau dans lequel il est mort, me disait : "J’ai voyagé en Italie, en Espagne, en France ; mais en aucun lieu je n’ai vu un homme si doux comme feu M. de Belleville ; et je puis dire que je n’ai pas vu d’homme qui eut la sainte condescendance en plus grande recommandation et qui la sut mieux mettre en pratique." Vertu qui le rendait aimable à tout le monde et respecté de tous.

Il était humble à un tel point, qu’il ne se pouvait lasser de s’étonner, non seulement de ce qu’il avait été choisi pour un si grand emploi comme celui de Madagascar, mais de ce

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qu’on avait la bonté de le souffrir dans la compagnie, s’en estimant le plus indigne de tous.

Mais cette humilité profonde ne diminuait en rien la générosité qui lui faisait entreprendre pour la gloire de Dieu des choses difficiles et en venir à bout, comme il parut auprès de La Rochelle dans deux occasions.

L’une fut que, plusieurs de sont bord étant entrés dans un petit vaisseau anglais qui était à la rade, et [ayant] enlevé une partie de ce qu’ils avaient trouvé là dedans, M. de Belleville en parla au capitaine avec tant d’efficace et il fit le cas si noir qu’à même temps il donna ordre a ses officiers de tout rendre ; ce qui fut fait à la grande consolation de tous tes Anglais, qui firent jouer quatre ou cinq pièces de canons en action de grâces.

L’autre preuve que M. Belleville a donnée de sa générosité a été de mettre remède à un grand désordre qui commençait dans son bord, pour les mésintelligences de deux Lieutenants, qui avaient attiré partie de l’équipage chacun à son parti, les Normands faisant pour l’un et les Bretons pour l’autre, et le capitaine quasi démis de son autorité. Ce que voyant, notre généreux défunt s’en va trouver M. l’amiral, lui expose si naïvement les choses qu’incontinent on mit un de ces deux lieutenants dans un autre bord, et pareillement on fit échange d’une partie de l’équipage ; et par ce moyen on y établit une solide paix.

Je passe à la libéralité de ce bon serviteur de Dieu, qui l’obligeait de ne se réserver rien, jusque-là qu’on m’a assure que les confitures qu’on lui portait pour en user pendant sa maladie, il les faisait distribuer aux autres malades du bord.

C’était un homme qui était véritablement pacifique ; et je crois que, puisqu’il savait se bien maintenir en paix avec Dieu avec son prochain et avec soi-même, Dieu lui donnait sa résignation à la volonté de Dieu héroïque. Car, quoiqu’il eut un désir extrême d’aller travailler et se sacrifier pour la conversion des pauvres sauvages de Madagascar, néanmoins c’était toujours sous condition que ce fut le bon plaisir de Dieu.

L’amour qu’il avait pour la pureté était tel qu’il m’ assura que la plus grande peine qu’il souffrait en sa maladie était de voir que sa paralysie le réduisait à ce point que de ne bien pouvoir couvrir ses nudités, lorsqu’on le tirait hors de son lit ; et me dit que ç’avait été une des grandes peines que Notre-Seigneur endura sur l’arbre de la croix.

C’était un homme extrêmement mortifié et qui vivait aussi content d’être traité à la matelote, avec un morceau de lard comme s’il eut toujours fait grande chère. Le jour même qu’il

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mourut, je vis qu’on lui donnait pour son dîner un petit morceau de salé, et rien autre chose.

Il était si obéissant qu’il ne refusait rien de ce que le chirurgien lui ordonnait, et prenait sans aucune répugnance tout ce qui lui était présenté. Jamais, en toute sa maladie, il ne m’a parlé ni de père, ni de mère, ni de frère, ni de sœur, ni de patrie, étant tout à fait détaché de ses parents et de son pays.

Ses entretiens non seulement durant sa maladie, étais aussi en sa santé, étaient de Dieu et pour Dieu. Ceux de son bord m’ont rendu ce témoignage de lui, que jamais on ne l’avait oui entretenir des choses du monde. C’est pourquoi, même pendant son délire, il avait son cœur à Dieu et ne parlait que de Dieu.

Je ne veux pas omettre la droite et pure intention qu’il avait d’avancer La gloire de Dieu en tout et partout, comme il me fit connaître, quand je lui demandai s’il n’était pas content de mourir ; à quoi il répondit qu’il ne désirait rien tant que de faire le bon plaisir de Dieu, et que, si la divine providence le retirait de cette vie, il me promettait de ne pas oublier les pauvres sauvages te Madagascar et qu’il serait soigneux de prier Dieu pour eux.

Je dirai encore un mot de sa continuelle patience durant sa si longue maladie, qui lui faisait sentir de si poignantes douleurs.

J’omets qu’il était destitué des aliments nécessaires qui ne se trouvent point ordinairement sur la mer, et toutefois il avait toujours le visage serein et témoignait être toujours content, louait fort ceux qui étaient auprès de lui, qu’il en était honteux.

Enfin sa persévérance à bien faire et à bien souffrir jusqu’à la mort a donné le dernier coup de pinceau qui l’a rendu un parfait tableau de toutes sortes de vertus.

Béni soit Dieu à jamais de toutes les grâces qu’il lui a communiquées sur la terre et de la gloire dont il le comble dans le ciel. Pour moi, je crois que c’est un saint et ne fais point de difficulté de le prier de m’obtenir de la bonté de Dieu la grâce que je l’imite et que j’aie le bonheur d’être quelque jour près de lui dans le ciel. Mais comme nous n’avons pas de révélation de la béatitude, nous n’avons voulu manquer de célébrer chacun nos trois messes à son intention ; et je m’assure que toute La compagnie s’acquittera de tous ses pieux devoirs à son endroit.

Tous ceux du vaisseau Armand furent fort affligés de la mort de leur bon pasteur : et leur affliction s’augmenta voyant suivre M. de Belleville de cinq ou six de leur équipage,

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qui, faute de prêtres, furent contraints de mourir, non sans contrition, mais bien sans confession. Mais quand nous fûmes arrivés au Cap de Bonne-Espérance, M. l’amiral et tous les capitaines ayant résolu d’envoyer le seul vaisseau Armand au fort Dauphin, pendant que les autres trois feraient voile vers Sainte-Marie, qui est tout proche de l’endroit de Madagascar où l’on veut faire la nouvelle habitation, ils trouvèrent bon que l’un de nous se mît dans le vaisseau Armand ; ce que je fis avec l’approbation de M. Prévost, quoique cela nous fit un peu de peine de nous séparer. Je ne fus pas plus tôt entré dans le vaisseau qu’on me pria d’aller voir un pauvre malade, que je confessai, et bientôt après la confession il mourut quoiqu’on ne le jugeât si près de la mort.

Je commençai de dire la messe le dimanche de la Passion et d’y prêcher la pénitence, débitant les matières des missions avec tant de bénédiction que ceux qui avaient laissé passer Pâques dix fois, et quelques-uns même quinze et seize fois, m’avouèrent que Dieu leur avait si bien touché le cœur, entendant sa sainte parole, qu’ils avaient été suavement contraints de lui obéir et de ne plus différer leur confession, que la plupart ont voulu faire générale de toute leur vie, nommément un huguenot qui me fit savoir le samedi saint qu’il désirait me parler ; ce qui me donna sujet de croire que les prières que toute l’église avait faites le vendredi saint pour les hérétiques avaient impétré de la bonté de Dieu sa conversion, que je trouvai toute faite ; car il ne doutait de rien. Et d’abord je le trouvai tout disposé à faire une bonne confession générale, comme il fit ; et, le dimanche de Quasimodo fit la communion.

Depuis le même vendredi saint, je me sentis plus zélé pour le salut des pauvres sauvages de Madagascar ; ce qui m’obligea d’ériger une petite confrérie pour procurer leur conversion. Le règlement est au bas de la présente. Si vous le trouvez bon, je vous supplie de le faire approuver de Sa Sainteté et d’impétrer quelques indulgences pour les confrères, non seulement pour le jour de la communion annuelle, mais aussi pour chaque fois qu’ils réciteront le chapelet, ou feront la petite prière du soir et du matin, et les faire publier en tous les diocèses de France et, s’il se peut, par toute la chrétienté. J’espère que vous nous procurerez un si grand bien. (1).

1) Le copiste a ajouté à la suite de la lettre : "Ici finit la lettre de M. Dufour, laquelle il ne put achever, à cause que la mort le surprit là-dessus."

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2096. — A DOMINIQUE LHUILLIER

De Paris, ce 11e juillet [1656] (1).

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu vos lettres des 1er et 25 juin. Je ne suis point d’avis que vous demandiez vos lits de plume à M. de Lorthon, ni à aucun des siens, ni à personne le bateau qui est dans le fond de l’eau, ni que vous vendiez le bois de votre pont, mais que vous laissiez ces choses en l’état qu’elles sont, jusqu’à ce que nous voyions l’événement de l’affaire qui vous tient en suspens

S’il se présente quelque prêtre pour la retraite, vous ferez bien de le recevoir ; personne n’y pourra trouver a redire.

S’il faut laisser dire et faire M. de Lorthon le jeune, qui se plaint de nous.

Si Madame (2) vous parle de vous trouver à l’assemblée des dames de la Charité, vous pourrez lui dire que vous avez obligation de lui obéir et que vous ferez ce qu’elle commandera, mais que, pour éviter que Messieurs les chanoines ne s’en formalisent, à cause de l’absence de M. le curé, il est à désirer qu’elle ait agréable de leur en parler comme d’elle-même. Cependant je vous prie de me mander si vous avez assisté à l’établissement de quelque Charité dans les missions, ou si vous en avez visité quelqu’une, par où vous ayez appris ce qu’il faut faire en ces assemblées ; autrement, vous pourriez vous y prendre d’une autre manière qu’il ne convient.

Lettre 2096. — L. s. — Dossier de la sœur Hains, original.

1) L’original ne mentionne que le jour et le mois de la lettre ; ce qui est dit de la Mission de Madagascar ne permet aucun doute sur l’année.

2) Madame de Lorthon.

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Si c’est M. le procureur du roi qui a donné charge à M. Grimal de faire dire l’annuel de feu Mademoiselle sa femme et que vous en soyez bien assuré, vous pourrez lui dire par occasion que, par la grâce de Dieu, vous l’avez achevé, sans pourtant lui parler de rétribution.

Voilà, Monsieur, ce que je vous puis répondre. Le reste de vos lettres sont des avis que vous me donnez, dont je vous remercie, et je rends grâces à Dieu et de vos conduites, qui me paraissent bonnes de plus en plus, et de votre patience, dans l’état où vous êtes et vers la personne que vous savez (3). Plaise à Notre-Seigneur de tirer sa gloire de tout et de vous continuer ses bénédictions !

Un vaisseau est arrivé à Nantes, venant de Madagascar, qui nous en a apporté des nouvelles, non de M. Dufour, ni des autres qui s’y en allèrent en octobre, et qui n’y étaient encore arrivés en janvier, que le vaisseau en partit, mais seulement de M. Bourdaise, duquel les lettres nous ont fort consolés et affligés tout ensemble. Je ne vous dirai rien pour cette heure des sujets de cette consolation, réservant à vous en faire part lorsque je pourrai vous envoyer une copie de sa relation. Mais l’assistance que nous devons à nos défunts, dont le bon M. Mousnier est du nombre, m’oblige à vous communiquer par avance la douleur que nous en avons, pour procurer à son âme le secours de vos prières, quoique nous ayons sujet de croire qu’il n’en a pas besoin. Il est mort par un excès de zèle et d’austérité de vie, qui, avec la bonne manière dont il a toujours vécu, nous fait estimer qu’il jouit maintenant de la gloire dont Dieu couronne ses serviteurs, particulièrement les ouvriers évangéliques qui meurent les armes à la main, comme lui.

3) Les mots : "et vers la personne que vous savez" sont raturés sur l’original.

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Nous nous portons assez bien ici, et tout y va de même, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. i. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Lhuillier, prêtre de la Mission, à Crécy.

2097. —A NICOLAS BAGNI

Illustrissimo e Reverendissimo Signore e Protettore mio colendissimo,

Resto sommamente confuso ed insieme rendo umilissime grazie alla Sacra Congregazione de Propogonda Fide dell'onore che ci fà volendo adottare qualche soggetto de'nostri per un' opera tanto importante quanto è quella dalla quale si degnata Vostra Signoria Illustrissima scrivermi (1). Desidererei certo grandemente di avere qualche soggetto del tutto atto, e provvisto di tutte 1

qualltà accennate nella lettera di Vostra Signoria Illustrissima. Fra i soggetti che adesso si trovano nelle nostre case di Parigi, ce n'è uno il quale (come io spero) potrà, non glà con i meriti propri, ma si bene con la grazia del l'Onnipotente Iddio, e la speranza nell'aiuto divino, in qualche modo adempire gli obblighi d'una tale impresa. Egli si chiama Tommaso Berte, ed ha l'onore dessere conosciuto da alcuni di questi Eminentissimi Signori di detta Sacra Congregazione, essendo egli stato

Lettre 2097 — L- s —L’original fut donné au prince Torlonia le 15 décembre 1890 par le secrétaire de la propagande, qui en retint une copie authentique ; il appartient aujourd’hui aux Filles de la Charité qui dirigent le Conservatorio Torlonia à Rome, salita Sant'0nofrio.

1) Voir lettre 2099.

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superiore della nostra casa di Roma immediatamente avanti il Signor Edmundo, adesso superiore della medesima casa ; e fù quello che, avendo per ordine di Sua Santità ricevuto in casa nostra l'Eminentissimo cardinale di Retz, fù richiamato dal Re in Francia. Se egli sarà aggradito da questi Eminentissimi Signori della Sacra Congregazione, saro sempre prontissimo a ricevere l'onore de'loro comandamenti, ed a mandarlo subito ad ogni minimo cenno.

E per fine fo a Vostra Signoria Illustrissima profondissima riverenza.

Di Vostra Signoria Illustrissima e Reverendissima umilissimo e devotissimo servitore.

VINCENZO DI PAULO,

indegno superiore generale

della congregazione della Missione.

Di San Lazaro, alli 12 di luglio 1656.

Au bas de la première page : Monsignor Nunzio di Francia.

TRADUCTION

Très Illustre et très Révérend Seigneur et très Honoré Protecteur,

Ce n’est pas sans un sentiment de profonde confusion que je remercie la Sacrée Congrégation de la Propagande de l’honneur qu’elle a bien voulu nous faire en acceptant un des nôtres pour l’œuvre importante au sujet de laquelle Votre Seigneurie Illustrissime a daigné m’écrire. Il me serait certes très agréable de pouvoir disposer d’un missionnaire de valeur, doué de toutes les qualités marquées dans la lettre de Votre Seigneurie Illustrissime. Parmi les prêtres présents en ce moment dans nos maisons de Paris, il en est un que je crois capable de mener à bien une telle entreprise, non tant par ses propres mérites, que par la grâce du Dieu tout-puissant et avec l’espérance de son secours. Thomas Berthe,

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c’est son nom, a l’honneur d’être connu de quelques Eminentissimes Cardinaux de cette Sacrée Congrégation ; il a été supérieur de notre maison de Rome avant le supérieur actuel, M. Edme Jolly, jusqu’au jour où le roi le rappela en France, parce que, docile aux instructions de Sa Sainteté, il avait donné l’hospitalité au cardinal de Retz.

S ‘il est agréé des Eminentissimes cardinaux de la Sacrée Congrégation, je serai toujours prêt à recevoir l’honneur de leurs commandements et j’obéirai sans retard au moindre signe qu’ils me feront.

Pour finir, je fais à Votre Seigneurie Illustrissime une profonde révérence. De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime le très humble et très dévoué serviteur.

VINCENT DEPAUL

indigne supérieur général de la congrégation de la Mission.

De Saint-Lazare, le 12 juillet 1656.

Au bas de la première page : Monseigneur le Nonce de France.

2098. — A ETIENNE BLATIRON

De Paris, ce 14e juillet 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre chère lettre du 27 juin. Je loue Dieu de votre retour à Gênes et du saint succès de vos missions. Reposez-vous bien, je vous en prie, pour recouvrer les forces perdues. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous les continue et augmente pour l’esprit comme pour le corps et fasse la grâce à ce peuple de persévérer dans les bonnes dispositions où vous l’avez mis.

Je serais bien fâché, Monsieur, si le paquet que je vous ai adressé et que vous dites n’avoir pas reçu s’était égaré, à cause de la lettre que j’écrivais à M. Richard au sujet de son changement, où je lui en disais mes

Lettre 2098. — L s. — Dossier de Turin, original.

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pensées. Si d’aventure il ne vous a pas été rendu depuis, mandez-le-moi, afin que je lui en écrive une autre. Je n’ai pas gardé mémoire ni de la lettre que je vous écrivais, ni de la sienne.

J’ai déjà mandé a M. Duport qu’il faut témoigner grand respect et grande reconnaissance à ce vénérable prêtre qui vous veut donner une maison, mais que, pour accepter sa donation, il ne le fallait pas, si ce n’était le sentiment de Mgr le cardinal, qui, ayant l’esprit de Dieu, ne vous conseillera rien que selon les lumières de ce même esprit et les maximes chrétiennes par lesquelles nous nous devons conduire. Il a déjà prévu que cette donation ne se pouvait faire sans faire préjudice à une communauté de pauvres filles. Et s’il est vrai que la maison donnée ait été bâtie, en tout ou en partie, des aumônes reçues par ce bon ecclésiastique pour lesdites filles, il se faut bien garder d’une telle injustice. Aussi sais-je bien que vous n’avez garde de la faire, mais que vous ferez en sorte, ou que ladite maison sera pour lesdites filles, ou que l’argent qui leur appartient sur icelle leur sera rendu. Vous me faites espérer de me mander plus particulièrement ce que c’est que cet affaire et quel sera l’avis de Son éminence C’est ce que j’attends.

Je crains, comme vous, Monsieur, que votre maison ne reçoive plus d’incommodité que de profit du séjour de ce prêtre.

Je loue Dieu de la facilité que vous trouvez de delà pour l’établissement de la confrérie de la Charité dans la plupart des paroisses et de la piété des habitants a contribuer à la subsistance. Je voudrais bien savoir, Monsieur, si celles (1) que vous avez établies se maintiennent bien.

1) Première rédaction : si les premières. Le mot celles est de la main du saint.

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Nous n’avons rien de nouveau ici que l’arrivée de M. Berthe.

Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.

2099. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 14 juillet 1656.

Je ne voudrais pas recevoir aux vœux le frère…, qu’il n’eût donné autant de témoignages de sa véritable conversion qu’il a donné des sujets d’en douter. Nous prolongeons ici le temps du séminaire à un clerc (1) pour une action qu’il a faite au bout de ses deux années. Il demanda à son directeur (2) permission d’aller ouïr un des entretiens de l’ordination ; à quoi ledit directeur répondit qu’il aviserait s’il serait à propos. Mais ce jeune homme, emporté de ce désir, ne s’arrêta pas à cela, et alla à cet entretien ; ce qui nous fit juger que, n’ayant pas eu la force de se vaincre en cela, il était mal disposé pour passer à l’état d’étudiant. C’est pourquoi nous lui faisons faire encore six mois de séminaire, afin qu’il apprenne à se surmonter. Vous ferez donc bien de différer

Lettre 2099. — Reg. 2, pp. 46, 250.

1) Philippe-Ignace Boucher, né à Arras le 29 janvier 1631, entré dans la congrégation de la Mission le 20 juin 1654, reçu aux vœux le 1er janvier 1657, sorti en 1660 peu de temps après avoir reçu le sacerdoce. (Cf. 1. 2130.) Ce fut au cours de la répétition d’oraison du 12 mars que le saint lui reprocha sa faute et lui imposa sa pénitence.

2) Gabriel Delespiney.

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encore d’admettre ledit frère… à l’action qu’il veut faire (3).

Monseigneur le nonce m’ayant donné une copie de la lettre qu’il a reçue de la Sacrée Congrégation, par laquelle il est prié de savoir de moi si nous pourrons donner un homme qui ait gravité, bonté et doctrine pour la commission (4) du mont Liban dont vous m’avez écrit, nous avons mis entre nous deux choses en délibération : la première, si nous entreprendrions cette affaire ; et la seconde, qui nous pourrions choisir qui ait les qualités requises. Pour la première, nous avons vu que, la proposition venant de la part de ladite Sacrée Congrégation, il y a apparence de vocation de Dieu, et que nous devions tâcher d’y répondre ; et quant à l’autre, nous avons jeté les yeux sur vous, Monsieur, et sur M. Berthe. Mais, considérant que les chaleurs sont si grandes au mont Liban qu’elles vous pourraient incommoder, que déjà vous avez quelque mal aux jambes, ou disposition pour y en avoir, et que les bénédictions que Dieu donne à vos conduites dans Rome sont des signes qu’il vous y veut, nous avons cru vous y devoir laisser, et nous sommes déterminés à M. Berthe, qui, à la vérité, n’a pas naturellement tant de gravité, mais, y faisant attention comme il fait, il en montre assez, et la mêlant avec sa douceur, il y aura peu à dire à son extérieur. Et pour ! a vertu, Dieu lui en a donné beaucoup, par sa grâce, comme aussi beaucoup de prudence et de piété. Et certes il nous semble à tous qui avons vu sa conduite dans les plus importantes affaires qu’on lui a commises, qu’il y a réussi, en sorte qu’il a paru que Notre-Seigneur l’accompagne de sa grâce. C’est aussi ce qu’ont toujours

3) Ici se termine le premier fragment.

4) C’est bien le mot du registre 2 ; ne faudrait-il pas plutôt Mission

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dit les dames de la Charité dans les affaires qu’il a traitées pour les frontières de Picardie et de Champagne, et ce que nous pouvons dire de la visite qu’il vient de faire de toutes nos maisons, où tout s’est si bien passé, qu’il y a sujet de reconnaître que c’est un ouvrage de Dieu. Et pour la doctrine, il en a assez, Dieu merci, car il a fait sa philosophie et sa théologie.

Je viens présentement de voir Monseigneur le nonce, à qui j’ai parlé de ce missionnaire, et lui ai mis en main une lettre que j’avais faite à même fin (5), pour lui laisser, en cas que je ne le trouvasse pas, où je n’ai énoncé ses qualités qu’en général ; mais, en lui parlant, je suis descendu dans le particulier. Il en doit écrire aujourd’hui à la Sacrée Congrégation, et, en attendant ses ordres, nous prierons Dieu qu’il dispose de cette affaire ainsi que sa sagesse trouvera convenable (6),

J’ai reçu une grande affliction de celle dont Rome est menacée par la contagion qui commence ; j’en ai fait part à la compagnie pour l’exciter à prier Dieu qu’il ait agréable d’en arrêter le cours et surtout de conserver notre Saint-Père. Je pense qu’il n’y a personne céans qui ne s’intéresse à cela et ne fasse son possible pour obtenir de Dieu cette miséricorde. Je vous ai déjà écrit mon sentiment sur ce que vous avez à faire, supposé cette maladie. Je rends grâces à Dieu de la disposition qu’il vous donne à tous d’exposer vos vies, s’il est besoin. La volonté de Dieu vous sera connue par celle de Sa Sainteté, et vous ferez cependant selon cette même volonté, d’user des précautions raisonnables pour éviter le mal,

5) La lettre 2097.

6) L’affaire n’eut pas de suite. On peut lire dans les études des PP. Jésuites, t. 150, 20 mars 1917, pp 703-718, un article intéressant de René Ristelhueber sur L’établissement des Missionnaires Français au Liban

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et d’honorer dans votre maison la solitude de Notre-Seigneur ; et si vous recevez ordre d’en sortir pour assister les pestiférés, à la bonne heure, ce sera pour servir Notre-Seigneur même, qui vous tiendra sous sa protection, laquelle nous lui demanderons incessamment pour votre personne et pour votre famille.

2100. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN

De Paris, ce 14 juillet 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Maintenant que vous êtes à Turin, je reçois de vos lettres plus souvent que lorsque vous êtes en mission. Celle du 1er de ce mois m’apprend qu’on a traité dans le sénat de vous chasser, comme perturbateurs du repos public ; mais, comme c’est sur de faux rapports, Dieu a détourné cet orage. Nous ne devons jamais rien dire ni faire contre les lois et les impôts des princes ; car ils croient, et avec sujet, que leur domination est de droit divin. Notre-Seigneur n’est pas allé contre cela ; au contraire, comme il en fut soupçonné, pour montrer à ses accusateurs que c’était à tort, il leur demanda à voir une pièce de monnaie, et, y trouvant l’image de César, il leur dit qu’il fallait rendre à César ce qui était à César et il aima mieux faire un miracle que de manquer de payer le péage qu’on lui demanda, bien qu’il eût droit de s’en exempter. Je vous prie de bien faire entendre cette vérité à tous ceux qui travaillent avec vous, afin que rien ne leur échappe contre les ordres souverains. Je serais bien aise de savoir qui est celui qui s’est trop

Lettre 2100 — L. s — Dossier de Turin, original

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avancé pour n’avoir pas voulu s’accommoder aux sentiments du reste de la compagnie, pourvu que vous n’ayez pas obligation de me le taire, vous assurant du secret, si vous me le nommez.

La nouvelle proposition que vous a faite Mgr le marquis de Pianezze passe toute obligation, non seulement pour la bonté incomparable qu’il a de faire attention à l’avancement de la petite compagnie, mais pour un si grand avantage qu’il a intention de lui procurer ; Dieu veuille nous rendre dignes de tant d’honneur qu’il nous fait !

La réponse qu’il a reçue de vous sur le sujet de ces bons Pères est fort sage et très conforme à l’esprit par lequel nous nous devons conduire ; et, quand vous y auriez pensé longtemps, vous n’auriez pu lui en faire une meilleure. Dieu nous veuille garder de jamais prétendre à nous établir sur les ruines d’autrui ! Si pourtant ils donnent sujet d’être chassés d’un lieu, et que les puissances temporelles et spirituelles trouvent bon de nous mettre a la place, sans que nous l’ayons recherché, c’est alors une vocation de Dieu, à laquelle nous devons nous soumettre. Si cet affaire va plus avant, vous m’en donnerez avis, s’il vous plaît.

Le nôtre a été d’accepter la fondation des deux messes par jour pour les 400 livres de rente que ce bon seigneur vous offre. Il me semble que je vous l’ai ainsi mandé ; mais nous n’avons encore pu vous envoyer ni le prêtre dont il faut augmenter votre nombre, en considération de cette fondation, ni celui que vous demandez à la place de M. Deheaume. Nous attendons le retour de notre monde qui travaille depuis trois mois en Bourgogne et en Normandie, parce que nous devons prendre ces deux ouvriers que vous demandez parmi ceux-là. Nous tâcherons de les accompagner d’un frère

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et continuerons d’offrir à Dieu votre famille, votre personne et vos conduites, afin qu’il plaise à sa divine bonté d’en tirer sa gloire.

Nous n’avons rien de nouveau que le retour de M. Berthe.

Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Monseigneur entend-il qu’on vous envoie deux prêtres pour ces 400 livres pour les deux messes, ou bien qu’on envoie un autre prêtre et que la communauté se charge de dire les deux messes indifféremment et qu’elle les fasse dire chaque jour ? D’envoyer deux prêtres et que chacun se charge de dire tous les jours la messe pour cette même fin, nous trouverons difficulté d’en trouver qui s’en veuillent charger. Chacun a des dévotions particulières pour eux, pour leurs parents et amis, vivants et trépassés, qui auraient peine de se priver du droit d’en dire quelques-unes à leur intention et de leurs parents. Les Révérends Pères Jésuites sont fort circonspects à donner des messes à dire à leurs Pères, pour la raison que j’ai dite, et nous n’avons pas désiré nous en charger, pour la même raison, si ce n’est au sujet des fondations qui se font, non plus que d’aller faire la mission en certains lieux, de cinq en cinq ans, comme nous avons fait au commencement, pource que ces fondations-là occuperaient la compagnie, en sorte que dans peu de temps l’on ne pourrait aller ailleurs où la nécessité plus grande nous presserait d’aller. Je ne me ressouviens pas de quel nombre de messes vous êtes chargé pour votre fondation ; je vous prie me le mander, comme aussi l’intention de mondit seigneur et votre sentiment, avant

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que de vous engager. Ce bon seigneur est tellement raisonnable qu’il ne voudrait pas vous obliger à quelque chose qui ne se puisse exécuter (1).

suscription : A Monsieur Monsieur Martin.

2101. — A JEAN-JACQUES PLANCHAMP

De Paris, ce 14e juillet 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre, et par elle beaucoup de consolation, y voyant plusieurs traits de l’esprit qui vous anime en bonté (1), cordialité, douceur et humilité, dont je rends grâces à Dieu ; et je le prie qu’il vous fasse celle d’aller toujours croissant en l’exercice de ces vertus et de toutes les autres qui font un bon missionnaire. Continuez, Monsieur, de vous unir à lui et à votre supérieur, de vous abandonner à Notre-Seigneur pour vivre dans une grande dépendance de ses ordres et à la conduite de ceux qui vous le représentent. C’est le moyen de conserver et d’augmenter la paix dont vous jouissez et de vous rendre de plus en plus un instrument propre pour la main toute-puissante de Dieu, qui, en ce cas, accomplira les desseins qu’il a sur vous pour sa gloire et le salut des âmes.

J’embrasse la vôtre avec toutes les tendresses de mon cœur et je recommande la mienne à vos prières, qui suis,

1) Le post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 2101. — L. s. — Dossier de Turin, original

1) Première rédaction : de l’esprit du saint évêque de Genève en bonté.

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en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. Mission.

Suscription : A Monsieur Monsieur Planchamp, prêtre de la Mission, à Turin.

2102. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 14 juillet 1656.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai envoyé demander de vos lettres chez Madame des Essarts, qui m’a mandé me les avoir envoyées par quelque Fille de la Charité ; et je ne les ai pas encore reçues, quoique j’aie envoyé savoir si on les avait portées chez Mademoiselle Le Gras. Je les attends avec grand désir, pour apprendre quelque bonne nouvelle de l’état des affaires de Pologne (1) et de la maladie de M. Desdames. Nous continuons à prier Dieu pour l’un et pour l’autre, ensemble pour votre personne.

Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Chacun s’y porte assez bien, et tout y va de même, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, donnez-nous

Lettre 2102. — L. s. — Dossier de Cracovie, original

1) Le roi de Pologne avait repris Varsovie le 15 juin 1656, mais il ne put s’y maintenir que jusqu’au 20 juillet. Les Suédois quittèrent définitivement la ville à l’automne.

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de vos nouvelles. J’ai un désir très grand d’apprendre des nouvelles de l’état des personnes sacrées du roi et de la reine, et je vous prie aussi de m’en donner de celles de M. Desdames et des vôtres (2).

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, près la reine de Pologne.

2103. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

14 juillet 1656.

Je vous pourrais envoyer facilement une copie de la relation de M. Bourdaise, si elle était imprimée, ainsi qu’on le souhaite ; mais je ne puis consentir que celle-là, ni les autres, le soient, de crainte qu’il y ait ou quelque vanité, ou quelque complaisance à publier les grâces de Dieu.

2104. — A DONAT CRUOLY, SUPéRIEUR, AU MANS

Du 15 juillet 1656.

J’ai reçu l’exploit pour le vingtième denier que l’on vous demande sur le bien qui relève du roi. J’en conférerai avec un avocat. D’avoir des défenses du conseil, ce n’est pas chose si facile que vous pensez. Il faut savoir premièrement si vous devez ce qu’on vous demande, ou si vous n’en devez qu’une partie, ou rien du tout, et, sur cette connaissance, faire justice, ou la demander.

2) Ce post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 2103. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 2104. — Reg. 2, p. 134.

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Vous dites que Messieurs les administrateurs vous demandent 700 livres pour un rachat. S’ils montrent que cela leur est dû, il ne faut pas plaider ; employez quelque ami, afin qu’ils lui fassent voir pourquoi et comment.

Je vous prie de suspendre toutes poursuites pour les biens aliénés ou usurpés ; les procès sont de trop dure digestion pour s’y engager sans grand sujet, et sont trop éloignés de l’esprit de la compagnie pour ne les éviter pas tant qu’il nous sera possible.

Je loue Dieu de ce que vos affaires d’Alençon sont en bon état par la douceur et la modération que vous y avez apportées.

Je vous ai prié d’agir de même envers la sœur de M. Huguier. Il me semble que les raisons que vous m’écrivez pour exiger d’elle soixante écus de pension pour chacun de ses enfants ne sont pas considérables, au prix de l’obligation que nous avons de considérer M. Huguier, qui est leur oncle et notre frère, qui sert Dieu et les pauvres de la bonne sorte et à qui nous avons fait espérer que vous vous contenteriez de cinquante écus. Si vous ne pouvez pas vous y sauver, comment faisait-on quand on n’en prenait que quarante ? Et quand vous perdriez quelque chose à continuer, n’estimez-vous rien la prière que je vous en ai faite ?

2105. — A LOUIS DE CHANDENIER

De Paris, ce 21 juillet 1656

Monsieur,

M. l’abbé de Lavieuville (1) a envoyé céans la lettre ci-

Lettre 2105 — L. s. — L’original appartient aux Filles de la Charité de l’hôpital d’Aumale

1) Charles-François de Lavieuville Il fut sacré évêque de Rennes en 1660

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jointe, pour vous la faire tenir ; ce qui me donne occasion de rendre grâces à Dieu, comme je fais, des bénédiction, qu’il donne à toutes vos conduites.

M. le premier président de Dijon (2) m’a fait l’honneur de me parler de la générosité et de la véritable sagesse avec lesquelles vous avez procédé en cette assemblée, en sorte qu’il estime que, si tous les prélats agissaient comme vous, Monsieur, avec grâce, fermeté et droiture, les choses iraient mieux qu’elles ne vont. Je ne sais pas comment vous vous êtes comporté. Mais il en est si fort édifié qu’il ne croit pas que les plus grands serviteurs de Dieu et des pères des peuples eussent pu tenir une meilleure conduite que la vôtre. Dieu sait combien j’ai été consolé de l’entendre et de quel cœur j’ai remercié sa divine bonté de toutes les grâces qu’elle vous a faites.

Nous avons enfin fait tout ce que vous avez commandé. On a pris possession de Saint-Pourçain en présence de M. Guérin, votre secrétaire ; et le respect qu’on a eu pour vous, Monsieur, et pour Monsieur l’abbé votre frère (3) a fait que la chose s’est passée doucement. C’est une nouvelle obligation que nous vous avons, qui, jointe avec toutes les autres, fait un fonds de reconnaissance en mon âme si grande et si ferme que, quand je serais sans cesse occupé à vous le dire, je ne pourrais vous la représenter ; et il n’y a que Dieu qui vous le puisse faire connaître. J’espère qu’il le fera tôt ou tard, puisque les paroles sont trop faibles et que je crains de vous importuner d’employer vainement les miennes sur ce sujet.

Mademoiselle de Chandenier paraît être dans un pareil sentiment de gratitude et pleine d’affection pour vous, Monsieur, et pour M. de Moutiers-Saint-Jean, à

2) Louis Laisné

3) Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean.

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cause de celle que vous et lui lui avez témoignée ; ce qui me confirme dans l’espérance qu’elle sera un moyen unissant dans la famille.

Nous ne savons pas encore quel succès aura le siège de Varsovie, où vous savez qu’il est resté deux prêtres de notre gueuserie (4), dont l’un a été grièvement malade (4). Nous venons d’apprendre par une lettre de son compagnon qu’au bruit des canons Dieu lui a redonné la santé.

Il me semble, Monsieur, que je me suis donné l’honneur de vous mander la mort de M. Mousnier, qui était à Madagascar. Voici une petite relation de M. Bourdaise, qui ne mérite pas que vous ayez la peine de la lire ; elle sent trop la simplicité d’un pauvre missionnaire. Aussi est-ce un bon prêtre, qui sait mieux faire que dire.

Nous avions envoyé M. Brin pour visiter nos confrères qui sont en Ecosse et aux Hébrides ; mais il a été obligé de s’en revenir de Londres, parce que le milord protestant lui a refusé son passeport et que l’ambassadeur de France, à qui il avait été recommandé, lui a déconseillé de passer outre, quoiqu’il fût habillé en gentilhomme.

La contagion est à Rome et en beaucoup d’endroits de l’Italie ; ce qui a été cause que nous n’en avons point reçu des lettres par le dernier ordinaire.

Nous avons céans le père de M. Alméras, qui s’y est retiré, âgé de 81 ans, pour y servir Dieu le reste de ses jours. Il nous avait demandé plusieurs fois depuis dix ans en çà de le recevoir ; mais j’avais tâché de l’en détourner.

Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous conserve

4) Terme dicté à saint Vincent par son humilité pour désigner sa congrégation de missionnaires

5) Guillaume Desdames.

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pour le bien de son église. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

Je vous supplie, Monsieur, de me pardonner de ce que je ne vous écris de ma main ; un embarras non ordinaire m’en a ôté le moyen. Je fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle à M. l’abbé de Saint-Jean. M. Maillard (6) attend l’ordre de l’emploi des 500 livres que vous, Monsieur, lui avez envoyées (7).

Au bas de la première page : M. l’abbé de Chandenier.

2106. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 21 juillet 1656.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Monsieur,

Je ne doute pas que vous ne m’ayez écrit par le dernier ordinaire, puisque vous êtes à Turin ; je n’ai pas néanmoins reçu la lettre, parce que ledit ordinaire n’est pas arrivé, peut-être à cause de la contagion qui est en Italie, qui ferme les passages. Si nous étions longtemps sans apprendre de vos nouvelles, non plus que de nos confrères de Rome et de Gênes, j’en serais plus en peine que je ne vous puis dire. Nous prions Dieu pour tous ces lieux qui sont dans l’affliction, ou dans le danger, et continuerons jusqu’à ce que le mal cesse, particulièrement pour vous, Monsieur, et pour votre famille. Conservez-vous

6) Procureur de la maison de Saint-Lazare

7) Le post-scriptum est de la main du saint.

Lettre 2106. — L. s. — Dossier de Turin, original.

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tant que vous le pourrez, et ne discontinuez pas de nous écrire, en cas que la liberté du commerce ne soit pas tout à fait interdite.

Je vous ai écrit amplement par mes dernières. Nous n’avons rien de nouveau de deçà.

Je suis toujours, en l’amour de N.-S. et avec nouveaux sentiments d’affection, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.

2107. — A NICOLAS DUPERROY

De Paris, ce 21 juillet 1650.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Monsieur,

J’ai reçu deux de vos lettres. La première nous fut comme un glaive de douleur par la nouvelle de la maladie de M. Desdames ; mais il a plu à Dieu que la même main qui nous avait blessés, nous ait guéris par la seconde lettre, qui nous assure que ce cher malade se porte mieux ; dont nous avons remercié sa divine bonté en général, et chacun en particulier, avec de grands sentiments ; car nous appréhendions fort que Dieu voulût affliger la compagnie de la privation d’un si bon ouvrier. Et comme vous avez beaucoup contribué au retour de sa santé par vos prières et par vos soins, vous avez aussi mérité de la même compagnie qu’elle en ait du ressouvenir et de la reconnaissance et qu’elle fasse état de

Lettre 2107. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.

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vous comme d’un bon serviteur de Dieu, à qui nous continuerons de vous offrir, afin qu’il ait agréable de vous conserver, avec ledit sieur Desdames, particulièrement dans les périls de la guerre où vous êtes. Nous vous portions grande compassion de vous savoir dans les alarmes et les dangers du dehors, pendant qu’au dedans vous combattiez pour le malade contre les assauts de la mort. Nous ne savons encore quelle aura été l’issue de ce siège, et nous serons toujours en crainte de vos personnes jusqu’aux premières nouvelles, que nous attendons avec désir et patience, priant Notre-Seigneur qu’elles soient bonnes et que bientôt la réunion des parties dispersées se fasse, selon votre souhait, afin que, les forces de la famille étant par ce moyen ramassées, elle les puisse employer au service de Dieu et du public selon les premiers desseins.

Vous avez su comme nous avons reçu au séminaire M. votre frère (1), qui nous paraît un fort bon prêtre et qui a bien de l’affection pour vous. Il est un peu incommodé de la tête, et nous appréhendons que cela lui fasse penser qu’il n’est pas propre pour les fonctions de la compagnie. Nous l’avons envoyé à une mission, où il s’est bien comporté, et je lui ai fait voir les lettres que vous m’avez écrites ; ce qui l’a un peu encouragé. Je recommande sa personne et sa vocation à vos prières. Il est pour bien réussir, s’il prend à cœur nos exercices et que sa santé soit bonne, à quoi nous tâcherons de l’aider tant que nous pourrons ; et éviterons de même de lui donner sujet de s’ennuyer parmi nous et de s’en aller,

1) Victor Duperroy, né à Maulévrier (Seine-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission en juin ou juillet 1656. Envoyé à Montmirail quelques jours. après son admission, à cause des maux de tête < dont il souffrait. il s’y laissa gagner par l’ennui et ne revint à Paris que pour rentrer dans sa famille.

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en sorte que, s’il en vient jusque là (ce qu’à Dieu ne plaise !) ce sera de son propre mouvement et non par le nôtre, quand même il serait tout à fait infirme ; car il nous est cher à cause de vous et à cause de sa bonté. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous remplisse de plus en plus de la sienne.

Si M. Desdames n’était pas encore bien rétabli, je vous prie de ne rien épargner pour le remettre et de ménager votre propre santé, pour l’amour de Notre-Seigneur, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i.p.d.l.M.

Suscription. A Monsieur Monsieur Duperroy, prêtre de la Mission, à Varsovie.

2108. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME.

23 juillet 1656.

Vincent de Paul annonce à son correspondant qu’il a passé quelques jours à Orsigny en compagnie d’Etienne Caulet, évêque de Pamiers, et d’Hippolyte Féret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et qu’Etienne Caulet s’est rendu de là Senlis pour conseiller la soumission à M. Deslyons, une des principales colonnes du jansénisme.

Lettre 2108. — Collet, op. cit., t. I, p 564 en note ; t. II, p. 30. Collet note que saint Vincent a écrit cette lettre de sa main et qu’il rapporte les mêmes faits dans une autre lettre du 25 mai 1656.

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2108. — A LA SŒUR JEANNE LEPEINTRE, SUPéRIEURE, A CHATEAUDUN

PREMIèRE RéDACTION

Ma Sœur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais !

J’ai reçu 2 ou 3 de vos lettres sans vous avoir fait réponse, à cause des embarras que j’ai eus, qui m’en ont empêché. A présent que j’ai un peu plus de loisir, je vous dirai, ma Sœur, que je vous regarde toujours du même esprit dont je vous ai regardée en N.-S., depuis que vous êtes Fille de la Charité, je veux dire avec estime et affection, pour les grâces que Dieu a mises en vous et à cause du bon usage que vous en faites, dont je remercie sa divine bonté ; et je la prie qu’elle vous continue et augmente les mêmes grâces. Continuez de votre côté, ma Sœur, à bien pratiquer les vertus, pour aller croissant en l’amour et l’imitation de N.-S. ; soyez-lui bien fidèle en vos exercices, faisant en sorte de vous rendre de plus en plus agréable à ses yeux et aimable aux yeux des pauvres, puisque vous êtes comme leur mère. C’est ce que j’espère de sa bonté infinie ; comme aussi que vous recevrez en bonne part les avis que je m’en vais vous donner.

On m’a dit, et vous me l’avez mandé, ce me semble, que vous avez fait un voyage à Orléans pour le bien des pauvres, et un autre au lieu où M. de Franqueville

Lettre 2109. — Reg. I, f° 48, copie prise sur la "minute non signée"

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est mort, pour le solliciter en sa maladie. Cela est bon et louable de soi, mais qui ne devait pas être fait par une personne qui s’est consacrée à Dieu sous une règle et sous une conduite, sans l’avis de ses supérieurs ; et peut-être, ma Fille, que, si vous vous examinez bien, vous trouverez ou quelque curiosité, ou quelque amour-propre, dans ces voyages ; pour le moins, l’humilité vous doit faire estimer qu’il y en avait. Le prétexte pourtant a été d’acheter du linge ou des meubles pour l’hôpital, ou des drogues pour les malades, ou tout cela ensemble. Mais un autre n’est-il pas bien fait cela ? Pensez-vous que Messieurs les administrateurs ne s’entendent pas aussi bien que vous en ces choses-là ? Ou si celui qui aurait été chargé de faire ces provisions avait eu besoin d’être aidé. n’eût-il pas trouvé un ami sur le lieu, comme ces Messieurs n’en manquent pas, pour bien choisir et apprécier ces marchandises ? Il n’en faut pas douter. Comment ont-il fait avant que vous y fussiez ?

Pour l’autre, qui est d’avoir été veiller et servir ce bon défunt pendant sa maladie, je veux croire que vous l’avez fait par reconnaissance des bons offices que vous avez reçus de lui. Mais, outre qu’il vous les a rendus purement pour l’amour de Dieu, sans en attendre aucune gratitude de votre part, il était si amateur du bon ordre qu’il ne vous eût pas permis de le rompre en sa considération.

Si vous dites que l’on vous a obligée à ces voyages, je réponds que, pour M. de Franqueville, j’ai peine à croire qu’il l’ait fait ; et peut-être que, lorsqu’il vous vit, il vous pria de vous en retourner sans vous arrêter auprès de lui. Et pour Messieurs les administrateurs, on m’a dit que c’est vous, ma Sœur, qui vous êtes offerte à eux pour aller à Orléans. Mais quand ils vous auraient fait les premiers cette proposition, vous pouviez leur représenter

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qu’elle était contre vos pratiques, et que vous ne pouviez pas vous éloigner de l’hôpital sans le consentement de Mademoiselle, ou le mien. Quoi qu’il en soit, vous avez fait ces deux sorties de votre mouvement et avez contrevenu à l’usage de votre compagnie, où rien ne se lait de semblable. Nous sommes souvent pressés à Paris pour permettre que des sœurs aillent à d’autres malades que les pauvres, mais nous ne pouvons consentir qu’elles les servent, non pas même leurs confesseurs, tant parce qu’elles ne sont que pour ceux qui n’ont personne qui les assiste, que pour les inconvénients qui en pourraient arriver.

Vous voyez par là, ma Sœur, la faute que vous avez faite d’aller çà et là sans permission, voire contre l’intention de vos supérieurs. Et puis vous avez abandonné votre troupeau ; j’entends les sœurs et les malades que la Providence a commis à vos soins. Humiliez-vous bien de cela, ma Sœur, et demandez à Dieu la grâce de ne jamais quitter votre poste que par l’avis de ceux qui vous conduisent. J’espère que jamais plus il ne vous arrivera de faire autrement ; j’en prie sa divine bonté.

Vous m’avez mandé que vous êtes en peine d’un confesseur. Mandez-moi quels ecclésiastiques il y a dans la ville de plus grande probité, bon exemple et réputation, et qui vous estimez être bien propre pour vous rendre ce bon office.

J’ai donné la lettre que vous avez écrite à Madame la duchesse d’Aiguillon ; mais elle ne m’en a rien dit depuis. Je ne m’en étonne pas, d’autant qu’elle fait tant d’autres aumônes dedans et dehors le royaume, qu’elle ne peut pas les étendre partout.

Je vous prie, ma Sœur, de me recommander à nos bonnes sœurs, et toutes ensemble à N.-S., à qui je continuerai aussi de vous offrir, toutes en général et vous

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en particulier, comme étant, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.

SECONDE RéDACTION (1)

De Paris, ce 25 juillet 1656.

Ma sœur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux ou trois de vos lettres sans vous avoir fait réponse, à cause des embarras que j’ai eus, qui m’en ont empêché. A présent que j’ai un peu plus de loisir, je vous dirai, ma Sœur, que je vous regarde toujours du même esprit dont je vous ai regardée en Notre-Seigneur, depuis que vous êtes Fille de la Chanté, et même depuis que je vous connais, je veux dire avec estime et affection pour les grâces que Dieu a mises en vous, et à cause du bon usage que vous en faites, dont je remercie sa divine bonté, et je la prie qu’elle vous les continue et les augmente. Continuez, de votre côté, ma Sœur, à bien pratiquer les vertus qui vous sont propres, pour aller croissant de jour à autre en l’amour et l’imitation de Notre-Seigneur ; soyez-lui bien fidèle en vos exercices ; faites en sorte de vous rendre de plus en plus aimable à ses yeux et aux yeux des pauvres, puisque vous êtes comme leur mère. C’est ce que j’espère de sa bonté infinie. J’espère aussi que, par révérence à cette même bonté, qui veille à votre propre avancement, vous recevrez en bonne part les avis que je m’en vais vous donner en sa vue.

On m’a dit, et vous me l’avez mandé, ce me semble, que vous avez fait un voyage à Orléans pour le bien des pauvres, et un autre au lieu où M. de Franqueville

1) L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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est mort, pour le solliciter en sa maladie. J’avoue que ces choses sont bonnes et louables de soi, mais qui ne devaient pas être faites par une personne qui s’est consacrée à Dieu sous une règle et sous une conduite, sans l’avis de ses supérieurs. Vous saviez cela, ma Fille ; et si vous vous examinez bien, vous trouverez ou quelque curiosité, ou quelque amour-propre dans ces entreprises. Pour le moins, l’humilité vous doit faire estimer qu’il y en avait. Le prétexte pourtant a été d’acheter du linge ou des meubles pour l’hôpital, ou des drogues pour les malades, ou tout cela ensemble ; mais un autre n’eût-il pas bien fait cela ? Et si l’un de ces Messieurs les administrateurs en avait pris la peine, pensez-vous qu’il ne s’en fût pas bien acquitté ? Ils s’entendent en ces marchandises aussi bien que vous ; ou si celui qu’ils auraient pu y envoyer avait eu besoin d’être aidé, n’eût-il pas trouvé un ami sur le lieu, comme ils n’en manquent pas, pour les bien choisir et apprécier ? Il n’en faut pas douter. Comment ont-ils fait avant que vous y fussiez ?

Pour l’autre, qui est d’avoir été veiller et servir ce bon défunt pendant sa maladie, je veux croire que vous l’avez fait par reconnaissance des bons offices que vous avez reçus de lui ; mais, outre qu’il vous les a rendus purement pour l’amour de Dieu, sans en attendre aucune gratitude de votre part, il était si amateur du bon ordre, que, si vous lui aviez proposé de le rompre en sa considération, il vous eût sans doute divertie de ce dessein.

Si donc vous dites que l’on vous a obligée à ces voyages, je réponds que, pour M. de Franqueville, j’ai peine à croire qu’il l’ait fait, et peut-être que, lorsqu’il vous vit, il vous pria de vous en retourner sans vous arrêter auprès de lui. Et quant à Messieurs les administrateurs, on m’a dit que c’est vous, ma Sœur, qui vous êtes offerte à eux pour aller à Orléans ; mais

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quand ils vous auraient les premiers fait cette proposition, vous pouviez leur répondre quelle était contre vos pratiques et que vous ne pouviez pas vous éloigner de l’hôpital sans le consentement de Mademoiselle, ou le mien. Quoi qu’il en soit, vous avez fait ces deux sorties de votre mouvement et avez contrevenu à l’usage de votre compagnie, où rien ne se fait de semblable. Nous sommes souvent pressés à Paris pour permettre que des sœurs aillent à d’autres malades que les pauvres, mais nous ne pouvons consentir qu’elles les servent, non pas même leurs confesseurs, tant parce qu’elles ne sont que pour ceux qui sont destitués de toute assistance, que pour les inconvénients qui pourraient arriver si elles s’engageaient à ceux qui ont d’autres moyens de se faire servir.

O ma Fille, que vous avez mal fait d’aller ainsi çà et là, non seulement sans permission, mais contre l’intention de vos supérieurs ! Et quand il n’y aurait que d’avoir abandonné votre troupeau, j’entends les sœurs et les malades que la Providence a commis à vos soins, c’est une faute dont vous devez vous humilier beaucoup. Faites-le donc, ma Sœur, afin que Dieu vous fasse la grâce de ne jamais quitter votre poste, ni faire aucune chose contre vos règles, que par l’avis de ceux qui vous conduisent. C’est ce que j’espère de sa divine bonté.

Vous m’avez écrit que vous êtes en peine d’un confesseur ; mandez-moi quels ecclésiastiques il y a dans Châteaudun de plus grande probité, bon exemple et réputation, et que vous jugez être les plus propres pour vous rendre ce bon office ; et puis nous verrons à vous en marquer un.

J’ai donné à Madame la duchesse d’Aiguillon la lettre que vous lui avez écrite ; mais elle ne m’en a rien dit depuis ce temps-là. Je ne m’en étonne pas, d’autant

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qu’elle fait tant d’autres aumônes dedans et dehors le royaume, qu’elle ne peut pas les étendre partout.

Je vous prie de me recommander à nos bonnes sœurs, et toutes ensemble à Notre-Seigneur, à qui je continuerai aussi de vous offrir avec tous vos exercices, à ce que, par sa bénédiction, il soit honoré en vous et par vous, à qui je suis, en son amour, ma Sœur, très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A ma sœur la sœur Jeanne Lepeintre, Fille de la Charité, servante des pauvres malades, à Châteaudun.

2110. — A LA SŒUR CHARLOTTE ROYER, SUPéRIEURE, A RICHELIEU (1)

26 juillet 1656

Ma Sœur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres, qui m’ont consolé, pour être vos lettres, mais affligé, voyant, d’un côté, l’indisposition de votre sœur (2), et, d’un autre, la petite mésintelligence qui est entre vous et elle. Je prie sa divine bonté qu’elle remédie à l’une et à l’autre. La dernière me met d’autant plus en peine qu’elle semble rompre la charité, dont l’un des principaux actes est le support, sans lequel il est difficile que deux personnes s’accommodent

Lettre 2110. — Reg. 1, f° 21

1) Le registre I ne dit pas à qui la lettre est adressée. Le contenu montre qu’elle a pour destinataire une des deux sœurs de Richelieu, et le ton général semble convenir à la supérieure, sœur Charlotte Royer.

2) Sœur Françoise Carcireux.

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ensemble ; et au contraire, le support est le lien de l’amitié qui les unit de cœur, de sentiment et d’action, non seulement entre elles, mais en N.-S., en sorte qu’elles jouissent d’une grande paix. Je sais bien qu’il y a des aversions naturelles dont on ne peut pas se défaire ; mais, au lieu que les gens du monde les suivent, les bons chrétiens, particulièrement les Filles de la Charité, les doivent combattre et les surmonter, avec la grâce de Dieu, qui ne manque jamais lux humbles. Aussi la vertu d’humilité est elle un bon remède à ces antipathies, parce qu’elle rend aimables ceux qui la pratiquent et qu’elle fait estimer le prochain plus que soi. Je vous prie, ma Sœur, de vous donner à Dieu pour faire attention à cela.

Je suis bien marri que M. de Beaumont (3) ne vous donne pas toute la satisfaction que vous désirez. Il ne manque pas pourtant de bonne volonté ; mais il n’a pas assez de temps pour vous donner celui qu’il faudrait, ou bien il estime que vous en voulez trop. Quoi qu’il en soit, je le prierai de vous entendre et de vous assister le plus qu’il pourra ; mais je vous prie aussi de l’épargner, si ce n’est pour les choses nécessaires, ne faisant pas comme certaines personnes, qui veulent toujours parler et qui, sous prétexte de bien, se plaisent à raconter leurs vertus et leurs pratiques, pour en recevoir quelque louange, et c’est orgueil ; ou bien, pour contenter l’amour-propre, elles disent tout ce qu’elles souffrent, pour se faire plaindre ; ou bien elles se font instruire, pour apprendre et non pas pour mieux vivre. Lors donc que, pour votre consolation ou avancement, vous aurez besoin des avis de votre directeur, recourez à lui avec confiance, ouvrez-lui votre cœur avec simplicité et sin-

3) Supérieur de la maison de Richelieu.

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cérité, mais courtement, avec désir d’en profiter et résolution de vous tenir à ce qu’il vous dira. Les Filles de la Charité doivent peu dire et beaucoup faire (1) Au reste, ma Sœur, M. de Beaumont a toutes les qualités pour cet office-là ; il a beaucoup de science et de prudence, et il est un des plus expérimentés aux choses spirituelles que je connaisse en la compagnie ; assurez-vous-en.

Vous ferez bien d’aller à une lieue à l’entour de Richelieu assister les malades, en étant requises, quoique non de la paroisse, et laisser même de faire vos règles, si cela vous en empêche, parce que le devoir de la charité est par-dessus toutes règles et que vous avez reçu cet ordre-là de la part de Mademoiselle. Vous pourrez prier ceux qui vous feront avertir, de vous envoyer un âne pour aller et venir, ou bien en emprunter un.

Je prie N.-S. qu’il bénisse votre personne et votre travail de plus en plus et ceux de votre compagne, que je salue cordialement, et je me recommande à ses prières et aux vôtres, ma Sœur…

2111. — A ETIENNE BLATIRON, SUPéRIEUR, A GêNES

28 juillet 1656.

Je ne doute pas qu’on ne murmure de voir votre maison assez dépourvue pour les missions ; mais patience ; nous remplacerons peu à peu les ouvriers qui en ont été tirés. Ce qui me fait plus de peine, est de ce qu’on s’en prend à vous, comme si vous étiez la cause de ne les avoir plus. Il faut néanmoins souffrir cette petite confusion ; et

4) Nous savons par la correspondance de Louise de Marillac (lettres 531 bis et 577 bis) que la sœur Françoise Carcireux était trop bavarde dans ses lettres ; n’aurait-elle pas montré le même défaut au confessionnal ?

Lettre 2111 — Reg. 2, pp. 77 et 205.

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Dieu, qui sait le contraire, vous justifiera en son temps. Ne sait-on pas qu’il se fait des changements dans toutes les communautés et que ceux qui en ont la conduite générale disposent des hommes qu’ils ont en charge, en quelque part qu’ils soient, quand le bien commun le requiert, même au préjudice du bien particulier d’une maison (1) ?

O Monsieur, que la résolution que vous avez prise, d’aller servir les pestiférés, en cas de maladie, avec Messieurs Lejuge (2) et Lucas a, est généreuse et de grande perfection ! Il ne faut qu’une action héroïque comme celle-là pour vous perfectionner en votre état, parce qu’il n’y a point de plus grande charité que de donner sa vie pour le prochain. Or c’est la donner que de l’exposer ; et c’est l’exposer que de la sacrifier à Dieu, comme vous faites, pour un tel dessein. Néanmoins la chose est de telle importance, et je vois tant de raisons contre cela, au moins pour votre regard particulier, que je n’ose ni consentir, ni m’opposer, à votre résolution. J’espère que Dieu vous fera connaître par Monseigneur le cardinal, ou par lui-même, sa très sainte volonté sur ce sujet.

1) Ici se termine le premier fragment.

2) Jérôme Giudice (ou Lejuge), né le 30 septembre 1611 à Diano, dans le diocèse d’Albenga, ordonné prêtre le 22 décembre 1635, entré dans la congrégation de la Mission le 25 mars 1650, reçu aux vœux le 30 septembre 1652. La terrible épidémie qui devait emporter en 1657 presque tous ses confrères de la maison de Gênes, le conduisit lui-même aux portes du tombeau. Son dévouement était grand, mais son caractère difficile. Il mourut le 16 octobre 1665.

3) Luc Arimondo, né à Cerno, dans le diocèse d’Albenga, le 25 novembre…, ordonné prêtre le 20 février 1644, entré dans la congrégation de la Mission à Gênes le 25 mars 1650, reçu aux vœux le 25 février 1656, mort de la peste à Gênes le 4 novembre 1656. Saint Vincent l’appelle toujours "M. Lucas"

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2112. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE

Vous enverrez, s’il vous plaît, au frère Barreau, en Alger, 1.500 livres pour le revenu d’une année que les missionnaires d’Alger ont sur les coches. Je vous prie d’envoyer à Tunis, à Monsieur Le Vacher, 1.500 livres, qui font le revenu d’une année entière que les missionnaires de Tunis ont aussi sur les mêmes coches ;

2113. — A CHARLES OZENNE

De Paris, ce 28 juillet 1656.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Monsieur,

J’ai reçu vos lettres des 22 et 27 juin, et deux autres de M. Desdames, l’une à vous et l’autre à moi. Elles ne requièrent point d’autre réponse que des remercîments à Dieu pour la santé qu’il a rendue à ce malade et pour les bonnes choses que vous nous mandez, particulièrement le retour de la reine en Pologne, où je prie Notre-Seigneur que sa présence attire de nouvelles bénédictions sur les armes et les conduites du roi, pour en chasser les ennemis et y rétablir la paix, qui est tant à désirer pour le soulagement du pauvre peuple. Nous attendons avec quelque impatience nouvelles de la réduction de Varsovie. Dieu veuille qu’elle soit déjà arrivée et que nous en soyons bientôt assurés, pour redoubler nos remercîments, comme nous faisons nos prières !

Lettre 2112. — Manuscrit de Marseille.

Lettre 2113 - — L. s — Dossier de Cracovie, original.

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Je rends grâces à Dieu de ce que les toiles que nous vous avions envoyées et qui étaient demeurées à Hambourg vous sont arrivées, et de ce que vous en avez envoyé une partie à M. Desdames, qui en avait besoin. Vous ne me dites pas si les autres hardes parties d’ici en même temps, vous ont été rendues. Il y avait entre autres choses quelques chapeaux de prix. M. Berthe est à présent ici ; c’était lui qui les laissa à Rouen emballottés, lorsque, voulant s’embarquer pour vous aller voir, nous le fîmes revenir, à cause des troubles survenus ; et du depuis ces ballots furent envoyés à Hambourg. Je tâcherai de vous envoyer un mémoire de ce qui était dedans et qui était à nous.

Je salue nos bonnes Filles de la Charité et je loue Dieu de la satisfaction que la sœur Marguerite (1) donne à la reine. Plaise à sa divine bonté de lui faire la grâce de continuer !

Je suis bien obligé à Monsieur le prieur, confesseur des religieuses, de ce que, sans avoir l’honneur d’être connu de lui, il me fait celui de se souvenir de moi, qui en suis indigne. Je vous prie de l’en remercier de ma part et de lui offrir mon service, comme aussi à Mademoiselle de Villers, que je salue très humblement.

Nous nous portons assez bien de deçà, grâces à Dieu. Nous n’y avons rien de nouveau. La santé que le bon Dieu vous continue me console fort ; je le prie qu’avec elle il vous continue aussi ses bénédictions.

Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DE PAUL,

i pd.l M

Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des

1) Marguerite Moreau

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prêtres de la Mission de Varsovie, près la reine de Pologne.

2114. — A JEAN MARTIN

De Paris, ce 28e juillet 1656.

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu votre lettre du 15. Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez M. Richard avec vous ; j’espère que vous recevrez consolation et soulagement de lui. Je le vous recommande, et je vous prie de l’embrasser de ma part et de lui dire que j’ai des sentiments d’estime et de tendresse pour sa personne très particuliers, que je prie Dieu qu’il le bénisse de plus en plus, et que j’ai beaucoup de confiance en ses prières.

Pour M. Ennery, je ne puis vous dire pour cette heure s’il vous demeurera. Je le souhaite, parce que vous le désirez ; mais, si M. Blatiron le demande pour enseigner la philosophie à Gênes, il est nécessaire qu’il y aille, et je vous prie de l’y envoyer à la première signification du même M. Blatiron, laquelle il ne vous fera qu’à toute extrémité. Il est après pour résoudre M. Patrice Valois à faire ces leçons ; et s’il peut en venir à bout, il vous laissera M. Ennery ; et moi je tâcherai de vous envoyer un bon prêtre savoyard (1) après ces chaleurs ; car je n’ose’exposer au voyage en ce temps ici. Ce sera pour remplir la nouvelle fondation de Mgr le marquis de Pianezze, qui, outre l’obligation de deux messes qu’il impose à votre famille, désire l’augmenter d’un prêtre, qui fera le cinquième, et qui prendra, s’il vous plaît, la place de M. Deheaume, lequel je vous prie d’envoyer

Lettre 2114. Dossier de Turin, original

1) M. de Musy.

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à Annecy, et de lui donner l’argent qu’il faudra pour son voyage, avec la lettre que je lui écris à cet effet.

Il y a deux sortes de dames à Paris qui se sont liées pour l’assistance des pauvres. Les unes sont celles des paroisses, qui prennent soin des malades et qui ont quelque sorte de règlement, pour faire cela avec ordre et utilité, dont je vous envoie une copie imprimée (2). Les autres (3), qui peuvent être au nombre de quarante ou cinquante, n’ont point de règles écrites, et leur charité n’est pas si bornée, mais elle s’étend plus loin en divers endroits et en plusieurs manières, selon les besoins publics. Elles assistent depuis quelques années les pauvres gens des frontières et ont même assisté ceux des environs de Paris pendant les guerres. Elles y font premièrement subsister les pauvres curés, ou d’autres prêtres, pour les faire assister spirituellement, pendant qu’elles fournissent de quoi les soulager corporellement. Elles se sont servies et se servent encore de quelques prêtres et frères de la compagnie, qui visitent les lieux ruinés et prennent connaissance du nombre et du besoin des pauvres, tant malades que les autres qui ne peuvent gagner leur vie, et distribuent en chaque lieu les habits, grains et argent qu’on leur envoie ; et, comme ils écrivent les misères qu’ils trouvent, spirituelles et temporelles, on en fait des relations qu’on fait imprimer (4) et les dames les distribuent dans les bonnes maisons, et y vont demander l’aumône, et, joignant à ce qu’elles amassent œ qu’elles donnent, elles tâchent de remédier à ces nécessités là M. Ennery y a été employé avec bénédiction.

2) Ce règlement a été publié par Abelly, op. cit., 1. II, chap. VIII, p. 341 et suiv.

3.) Les dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu, dont la duchesse d’Aiguillon était présidente.

4) Recueil des Relations contenant ce qui s’est fait pour l’assistance des pauvres.

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En ce temps-là et durant quelques années, la dépense allait souvent à seize mille livres par mois ; mais à présent elle est bien moindre, tant parce qu’on a plus de peine à trouver de l’argent, qu’à cause aussi que le blé est à bon marché. On fait une assemblée toutes les semaines, où l’on met entre les mains de la trésorière les aumônes ; et après avoir avisé aux besoins les plus pressants, on délibère sur les remèdes qu’on y peut apporter.

Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire sur ce sujet, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.

2115. — UN éVêQUE A SAINT VINCENT

Excepté le chanoine théologal de mon église, je ne sache point aucun Prêtre parmi tous ceux de mon diocèse qui puisse s’acquitter d’aucune charge ecclésiastique. Vous jugerez par là combien grande est la nécessité en laquelle nous sommes d’avoir des ouvriers. Je vous conjure de me laisser votre missionnaire pour nous aider en notre ordination.

2116. — A * A FRANçOIS LIEBE, SUPéRIEUR, A NOTRE-DAME DE LORM

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