Correspondance (page 6)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

138. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai 1633] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne crois pas que Monsieur le commandeur (2) ait fait donation ni testament en faveur de qui que ce soit. Je verrai aujourd’hui le notaire et vous ferai savoir la résolution. Que si cependant il vous plaît de minuter votre voyage, vous ferez bien ; car, en tout cas, s’il était besoin, vous pourriez être ici du jour au lendemain. Disposez-vous donc, s’il vous plaît, pour après-demain. Je voudrais bien que vous puissiez aller en carrosse à cause de la grande chaleur.

Et pour le regard de l’affaire de votre emploi (2) je n’ai pas encore le cœur assez éclairci devant Dieu touchant une difficulté qui m’empêche de voir si c’est la volonté de sa divine Majesté. Je vous supplie, Mademoiselle, de lui recommander cet affaire pendant ces jours auxquels il communique plus abondamment les grâces du Saint-Esprit, ains le Saint-Esprit même. Insistons donc aux prières et tenez-vous bien gaie.

Lettre 138 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite, semble-t-il, peu avant l’institution des Filles de la Charité (cf. note 3) et aux approches ou dans l’octave de la fête de la Pentecôte, qui, en 1633, tombait le 15 mai.

2). Bien que ces mots M. le commandeur désignent partout ailleurs dans les lettres de saint Vincent, le commandeur de Sillery, mort le 26 septembre 1640, il est ici question d’un autre commandeur. Le commandeur de Sillery fit en effet de nombreuses libéralités par testament, et saint Vincent ne les ignora pas.

3). Abelly cite cette phrase (op. cit., t. I, chap. XXIV, p. 113), la rapportant à l’institution des Filles de la Charité, et c’est, en effet, le sens le plus naturel.

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Ce que vous craignez de vos jambes n’est pas à craindre, comme j’espère parfaitement, qui suis v. s.

139. -- A MICHEL ALIX, CURé DE SAINT-OUEN-L’AUMONE

Ce jour de saint Barnabé (1) 1633.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Enfin la petite assemblée de vous autres Messieurs les curés se pourra tenir lundi, à deux heures après dîné, céans (2), Avez-vous bien agréable de vous y trouver, Monsieur ? Je l’ai bien fait espérer à la compagnie. Attendant donc le bonheur de vous voir ce jour-là, l’avant-dîné, et que vous recommanderez cependant la chose à N.-S., je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

140. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1633 et 1636] (1)

Mademoiselle,

Je ne vous obéis point hier au soir, non plus que le

Lettre 139. — Reg. 1, f° 9. Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent lui-même. 1). 11 juin.

2). Il s’agissait d’organiser les conférences ecclésiastiques, qui devinrent en peu de temps si célèbres et attirèrent à Saint-Lazare les prêtres les plus éminents en sainteté et en doctrine. Abelly a raconté (op. cit., t. II, chap III, sect. 1, p. 246 et suiv.) ce que fut l’assemblée dont il est ici question.

Lettre 140. — L. a. — L’original est exposé dans une des salles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à Paris, 6, rue de Furstenberg.

1). Cette lettre a été écrite après l’institution des Conférences des

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reste du jour, à l’égard de ce petit remède, non certes faute de respect, ni de condescendance à vos charitables avis, mais pour quelque empêchement particulier. Je me veux promettre que vous m’excuserez, comme aussi de ce que je n’ai pas le bien de vous voir avant que de m’en retourner à Saint-Lazare, à cause d’une assemblée de curés que nous y avons aujourd’hui. Assurez-vous, Mademoiselle, que j’aurai soin d’user des remèdes que vous me conseillez, à Saint-Lazare et que je reviendrai ici (2), s’il plaît à Dieu, après, et qu’alors nous vous gouvernerons (3) plus que je ne l’ai pu à cette fois.

Cependant ayez soin, s’il vous plaît, de vous conserver, dans votre petit rhume et de n’en pas tant faire une autre fois. Je vous dis derechef adieu en cette confiance et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

141. — A UN ECCLéSIASTIQUE

[9 juillet 1633] (1)

Dieu soit béni, Monsieur, de toutes les grâces et bénédictions qu’il répand sur votre mission ! Ne vous semble-t-il pas que tant d’ouvriers qui demeurent oisifs seraient bien employés en la grande moisson à laquelle vous travaillez maintenant et que ceux qui connaissent le besoin que le Maître de la moisson a d’ouvriers, seront coupa

mardis et avant le transfert à La Chapelle de la maison. mère des Filles de la Charité.

2). Au collège des Bons-Enfants.

3). Saint Vincent emploie parfois ce terme pour parler de direction spirituelle.

Lettre 141. — Abelly, op. cit., t. II, chap. III, sect. I, p. 148, r. La lettre a été écrite le jour de la seconde assemblée des curés, qu’Abelly place ce jour-là.

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bles du sang de son Fils, qu’ils laissent inutile, faute d’application ? Oh ! que la pensée que vous me fîtes l’honneur de me communiquer ces jours passés a été bien reçue de Messieurs les ecclésiastiques, de tous lesquels nous avons parlé en général et de chacun en particulier ! Nous les vîmes, il y a quinze jours (2), ensemble et ils résolurent ce que vous proposâtes, dans une uniformité d’esprit qui paraît toute de Dieu. Je commençai mon discours par les paroles que vous me dîtes, sans vous nommer, sinon lorsqu’il fallut vous mettre de leur nombre et retenir votre place parmi eux. Ils se doivent encore assembler aujourd’hui (3). 0 Monsieur, qu’il y a sujet d’espérer beaucoup de bien de cette compagnie ! Vous en êtes le promoteur et vous avez intérêt qu’elle réussisse à la gloire de Dieu. Priez-le pour cela, s’il vous plaît, Monsieur, et pour moi particulièrement.

142. — A FRANçOIS DU COUDRAY, A ROME (1)

[Juillet 1633] (1)

Il faut que vous sachiez ce que je pense ne vous avoir

2). Le * 13 juin. 3

3). Abelly écrit : "Ces messieurs les ecclésiastiques s’étant donc derechef assemblés le neuvième du mois de juillet suivant, ils arrêtèrent l’ordre qu’ils devaient tenir dans leurs conférences ; ils firent choix de quelques officiers pour maintenir cet ordre et déterminèrent le jour du mardi de chaque semaine… M. Vincent leur donna pour sujet de leur première conférence, qui se fit le 16 du même mois, celui de l’esprit ecclésiastique." Plus de deux cent cinquante ecclésiastiques fréquentèrent les conférences des mardis du vivant de saint Vincent, et parmi eux vingt-deux devinrent évêques, entre autres Bossuet.

Lettre 142 — Abelly, op, cit., t. II, chap. II, sect. v, début, p. 233.

1). Abelly se contente de dire que la lettre a été adressée à un prêtre de la Mission à Rome. Ce prêtre de la Mission ne peut être que M. du Coudray.

2). Cette lettre a été écrite peu après le 16 juillet, date de la première conférence ecclésiastique.

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pas encore écrit, qu’il a plu à la bonté de Dieu donner une bénédiction toute particulière et qui n’est pas imaginable aux exercices de nos ordinands. Elle est telle que tous ceux qui y ont passé, ou la plupart, mènent une vie telle que doit être celle des bons et parfaits ecclésiastiques. Il y en a même plusieurs qui sont considérables pour leur naissance ou pour les autres qualités que Dieu a mises en eux, lesquels vivent aussi réglés chez eux que nous vivons chez nous, et sont autant et même plus intérieurs que plusieurs d’entre nous, n’y eût-il que moi-même. Ils ont leur temps réglé, font oraison mentale, célèbrent la sainte messe, font les examens de conscience tous les jours comme nous. Ils s’appliquent à visiter les hôpitaux et les prisons, où ils catéchisent, prêchent, confessent, comme aussi dans les collèges, avec des bénédictions très particulières de Dieu. Entre plusieurs autres, il y en a douze ou quinze dans Paris qui vivent de la sorte et qui sont personnes de condition ; ce qui commence à être connu du public (3). Or, ces jours passés, un d’entre eux, parlant de la manière de vie que menaient ceux qui avaient passé avec lui par les exercices des ordinands, proposa une pensée qu’il avait eue, de les lier ensemble par manière d’assemblée ou de compagnie ; ce qui a été fait avec une satisfaction particulière de tous les autres. Et la fin de cette assemblée est de vaquer à leur propre perfection, à moyenner que Dieu ne soit point offensé, mais qu’il soit connu et servi dans leurs familles, et à procurer sa gloire dans les personnes ecclésiastiques et parmi les pauvres ; et cela, sous la direction d’une personne de céans, où ils doivent s’assembler tous les huit jours. Et parce que Dieu a

3). Ils venaient de donner une mission aux ouvriers qui bâtissaient l’église de la Visitation. (Abelly, op. cit., t. II, chap. III, sect. I, p. 247.)

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béni les retraites que plusieurs curés de ce diocèse ont faites ici, ces Messieurs ont désiré faire le même et ont en effet commencé. Or, il y a sujet d’espérer de grands biens de tout ceci, s’il plaît à Notre-Seigneur donner sa bénédiction à son œuvre, que je recommande particulièrement à vos prières.

143. — A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

… la dureté de leur cœur. O Mademoiselle, que ce genre de péché captive tyranniquement les cœurs et que bienheureux sont ceux qui en sont délivrés ! Au fond, vous avez fait en cela ce qui était en vous ; et devant Dieu vous aurez la récompense comme si absolument vous étiez cause du salut de ces âmes ; car Dieu ne regarde point l’événement du bien que l’on entreprend, mais la charité avec laquelle l’on s’y est porté. Plaise à sa divine bonté me pardonner le défaut de la mienne, qui suis, en son amour, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

144. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1639] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 143. — Reg. I, f° 4, v°. Le commencement de la lettre est perdu. Le copiste note que l’écriture de l’original était celle de saint Vincent lui-même.

1). Même remarque qu’à la lettre 99, note 1.

Lettre 144. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Dates des premiers rapports de saint Vincent avec Madame Goussault et de la mort de cette dernière.

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Comment vous portez-vous, Mademoiselle ? Pourriez-vous bien être de la partie du voyage de Pontoise ? Si cela est, il faudrait vous tenir prête pour les deux heures aujourd’hui dimanche, et vous pourriez faire votre confession demain au matin.

Bonjour, Mademoiselle. Vous écrirez, s’il vous plaît, à Madame Goussault ce que vous aurez résolu. Je vous souhaite derechef le bon jour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.

145. — A UN PRêTRE DE LA MISSION

1633

O Monsieur, que nous sommes heureux de ce que nous honorons la parenté pauvre de Notre-Seigneur par la nôtre pauvre et chétive ! Je disais avec consolation, ces jours passés, en prêchant en une communauté, que je suis le fils d’un pauvre laboureur, et en une autre compagnie, que j’ai gardé les pourceaux. Croiriez-vous bien, Monsieur, que je crains d’en avoir de la vaine satisfaction, à cause de la peine que la nature en souffre ? Il est vrai que le diable est bien fin et rusé ; mais certes celui-là l’est encore plus que lui qui se tient honoré de la pauvre condition de l’Enfant de Bethléem et de celle de ses saints parents.

Lettre 145. — Abelly, op. cit., t. III, chap. XIX, p. 289.

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146. — A ALAIN DE SOLMINIHAC (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je n’ai nullement douté de votre charité vers nous, Monsieur ; mais certes je me plains de moi-même, de ce que cette vertu toute divine paraît tout autrement dans l’usage que vous en faites que dans le mien. La manière dont vous avez fait recevoir ces jeunes ecclésiastiques (2) et celle dont vous les traitez, me font paraître comme un

Lettre 146. — L. a. — Arch. du chapitre de Cahors, liasse I, n° 25, original.

1). Alain de Solminihac, né au château de Belet, en Périgord, le 25 novembre 1593, n’avait que vingt-deux ans quand un de ses oncles résigna en sa faveur l’abbaye de Chancelade (Dordogne), qui dépendait de l’Ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Il remplaça les vieux bâtiments par de nouvelles constructions et fit revivre la discipline. Le 21 janvier 1630, le cardinal de la Rochefoucauld lui envoya pleins pouvoirs de visiter les maisons que possédaient les chanoines de Saint-Augustin dans les diocèses de Périgueux, Limoges, Saintes, Angoulême et Maillezais. Alain de Solminihac fut demandé en divers lieux pour établir la réforme. Nommé à l’évêché de Cahors le 17 juin 1636, il se dévoua corps et âme à l’église dont il était le pasteur. Il procura à son peuple le bienfait des missions, visita régulièrement les paroisses de son diocèse, créa un séminaire pour la formation de son clergé et en confia la direction aux fils de saint Vincent. A sa mort, qui survint le 21 décembre 1659, le diocèse de Cahors était tout renouvelé. Dieu ayant manifesté la sainteté d’Alain par plusieurs miracles, sa cause fut introduite en cour de Rome, à la demande même du clergé de France. (La vie de Mgr Alain de Solminihac, par le R. Père Léonard Chastenet, nouv. éd., Saint-Brieuc, 1817, in-12 ; Histoire d’Alain de Solminihac, par Abel de Valon, Cahors, in-12, 1900.)

2). Lambert aux Couteaux et Robert de Sergis. Par acte du 20 janvier 1632, saint Vincent s’était engagé à laisser à perpétuité dans le ressort des Parlements de Toulouse, de Bordeaux ou de la Provence, pour y donner gratuitement des missions, deux missionnaires et un serviteur. Il recevait, en échange, de Nicolas Vivien, conseiller du roi, la somme de 10.000 livres, dont il avait besoin pour couvrir les frais occasionnés par l’aménagement du prieuré de Saint-Lazare. (Arch. nat. MM 538, f° 292 v°.)

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brillant de la bonté de Dieu par la vôtre et ma lourde et fade façon de recevoir et traiter les serviteurs de Dieu. Oh ! certes, si m’en veux-je bien corriger, s’il plaît à Notre-Seigneur m’en faire la grâce, par les prières que je vous supplie d’en faire pour moi. Au reste, ils me mandent la réfection non seulement corporelle, mais aussi la spirituelle que vous leur faites, et c’est avec de très grands sentiments qu’ils en ont et qu’ils m’en donnent, et tels que je me propose bien d’en faire un bon entretien à notre compagnie. Oh bien ! Monsieur, continuez, s’il vous plaît, au nom de Notre-Seigneur, à leur bien profiter.

Monsieur Lambert (3) est tout bon, à tout prendre ; l’autre (4) n’est pas mauvais, Dieu merci, mais il a une

3). Lambert aux Couteaux, né à Fossemanant (Somme) en 1606, appartenait à la congrégation de la Mission depuis le mois d’août 1629. Il prêchait alors dans le midi de la France avec Robert de Sergis et profitait de quelques jours de relâche pour se recueillir chez l’abbé de Chancelade, où saint Vincent lui avait dit de se rendre. Il fonda la maison de Toul en 1635 et en resta supérieur jusqu’en 1637. En janvier 1638, il commençait l’établissement de Richelieu (Indre-et-Loire), où il remplit les fonctions de curé et de supérieur pendant quatre ans. L’assemblée générale de 1642 le nomma assistant du supérieur général. Nous le retrouvons à Richelieu en *, 1650 et 1651. Il fut pendant peu de temps supérieur des Bons-Enfants (1646-1649), puis de Saint-Charles (1650). Le saint avait en lui une telle confiance qu’il le chargea de visiter la maison de Saint-Lazare. Il l’envoya rendre le même service aux missionnaires de La Rose et de Toul et aux sœurs d’Angers et de Nantes. Pressé par la Propagande, en 1647, de désigner un sujet pour la coadjutorerie de Babylone, il n’en vit pas de plus digne que Lambert aux Couteaux. Dans la réponse à Monseigneur Ingoli, il s’exprimait ainsi : "Je vous avoue, Monseigneur, que la privation de cette personne est m’arracher un œil et me couper moi-même un de mes bras." Le projet n’aboutit pas. C’est encore sur lui que le saint jeta les yeux pour établir la congrégation en Pologne, où la reine appelait les missionnaires. Lambert aux Couteaux s’y rendit en 1651. Tout était à créer dans ce pays troublé par la guerre et dévasté par la peste. Ses travaux furent bénis de Dieu, mais de courte durée. Il mourut le 31 janvier 1653, victime de son dévouement pour les pestiférés. (Notices, t. II, pp. 1-28.)

4). Ce ne peut être que Robert de Sergis, car, si l’on excepte Jacques Mouton, reçu récemment à Saint-Lazare et peut-être encore

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certaine petite non-inclination, pour ne dire pas aversion, aux pratiques qui approchent de la religion, et n’a pas assez de soumission et d’humilité pour les choses qui choquent son sens. Il a contracté une certaine sorte d’esprit caché dans le séminaire de Rouen (5) et d’opposition à la direction particulière, de sorte que, quand il se trouve en la conversation où l’on traite de ces choses, il ne peut qu’il n’en fasse toujours paraître quelque chose par ses discours, qui ont même nui à deux personnes de céans. Et quoique cela soit ainsi, il a toujours parfaitement bien obéi et à tous les supérieurs que je lui ai baillés à la campagne et à moi, sans aucun acte de désobéissance. J’ai cru, Monsieur, que je vous devais dire ceci, parce que j’espère que la présente vous sera rendue pendant que je me représente que vous le tiendrez aux exercices.

Parlons maintenant de l’affaire de Pébrac (6). Je suis allé trouver exprès Monseigneur l’archevêque d’Arles (7) et lui ai rendu la lettre que vous lui aviez écrite, et à Monsieur Fontaine la sienne, et avons parlé ensuite de l’affaire de Pébrac. Voici l’avis de mondit seigneur. Il juge que vous devez satisfaire Monseigneur de Bor-

simple clerc, ii était le seul membre de la congrégation de la Mission originaire du diocèse de Rouen.

5). Sur le séminaire de Rouen, voir dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XXVI, Paris, 1867, p. 404 et suiv., l’étude de Ch. R. de Beaurepaire intitulée Recherches sur les établissements d’instruction publique dons l’ancien diocèse de Rouen.

6). Jean-Jacques Olier, abbé commendataire des chanoines réguliers de Pébrac, au diocèse de Saint-Flour, avait prié l’abbé de Chancelade, par l’intermédiaire de saint Vincent, de vouloir bien établir la réforme dans cette abbaye. Alain aurait accepté volontiers ; mais une lettre de l’archevêque de Bordeaux lui demandait le même service pour l’abbaye de Sablonceaux (Charente-Inférieure). Il fallait choisir. Alain, ne sachant à quel parti se résoudre, avait demandé conseil à saint Vincent, le priant d’en référer à l’archevêque d’Arles, Jean Jaubert de Barrault, prélat éclairé en qui il avait grande confiance. C’est à cette lettre que répond le saint.

7). Jean Jaubert de Barrault (1630-1643).

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deaux (8) le premier et M. l’abbé Olier (9) le second. Mais si mondit seigneur l’archevêque n’a fait accommoder Sablonceaux (10) ni n’est sur le point de le faire présentement, il juge que vous ferez bien de traiter pour Pébrac. Reste donc à savoir l’intention de mondit seigneur de Bordeaux, laquelle, si elle ne regarde quelque exécution présente, il faudra traiter avec le tout bon Monsieur l’abbé Olier. Il y a dix-huit religieux dans cette abbaye, il offre maintenant mille francs, dont il sera déchargé à proportion du décès des religieux. Ce sera à vous, Monsieur, à nous mander ce que vous aurez résolu avec Monseigneur de Bordeaux, qui s’en va vers vos quartiers, et à mander votre volonté. Pour Monseigneur

8). Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux (1629-1645)

9). Jean-Jacques Olier, le célèbre fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, que saint Vincent appelle "un homme abandonné à la grâce de Dieu et tout à fait apostolique", fut l’un des principaux restaurateurs de la discipline ecclésiastique au XVIIe siècle. Il était né à Paris le 20 septembre 1608. Après quelques hésitations, que saint Vincent finit par dissiper, il entra dans les ordres sacrés et reçut la prêtrise le 21 mai 1633. Les débuts de la carrière sacerdotale de Jean-Jacques Olier furent consacrés à l’œuvre des missions. Il prit part aux travaux des prêtres de Saint-Lazare, qu’il édifia par son zèle et son humilité. Pour des motifs encore inexpliqués, peut-être, comme on l’a dit, à cause d’une divergence de vues sur la question de savoir s’il devait accepter l’épiscopat, Olier passa de la direction de saint Vincent, son confesseur depuis trois ans (1632-1635), sous celle du Père de Condren. Ce ne fut pas l’abandon ; loin de là. "Pour les affaires extraordinaires, écrivait-il en 1649, nous ne manquons pas de voir M. Vincent, et pour les ordinaires tous nos frères assemblés." Il ne commença le séminaire de Vaugirard et n’accepta la cure de Saint-Sulpice qu’après avoir pris l’avis du saint. M. Vincent est notre père", disait-il souvent aux ecclésiastiques de son séminaire. Jean-Jacques Olier mourut le 2 avril 1657, assisté par son saint ami. Ce dernier console les prêtres de Saint-Sulpice dans leur affliction, et l’on croit encore avoir un fragment de l’allocution qu’il prononça devant eux à cette occasion. (Vie de M. Olier, par Faillon, 4 éd., Paris, 1873, 3 vol. in-8°; Vie de Jean-Jacques Olier, par Frédéric Monier, Paris, 1914, in-8°)

10). Henri de Sourdis était abbé commendataire de l’abbaye située dans cette localité ; Alain de Solminihac y envoya deux religieux pour établir la réforme.

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le cardinal de la Rochefoucauld (11), Monsieur d’Arles a jugé qu’il n’est pas encore expédient de lui en parler (12) Nous avons ici aussi Monsieur l’abbé de Foix (13) qui

11). François de la Rochefoucauld naquit à Paris le 8 décembre 1558. Il devint évêque de Clermont le 6 octobre 1585, cardinal en 1607, évêque de Senlis en 1611, abbé commendataire de Sainte-Geneviève de Paris en 1613. Il se démit de son évêché en 1622 pour se consacrer tout entier à la réforme des abbayes dépendantes des Ordres de Saint-Benoît, Saint-Augustin et Saint-Bernard, et obtint à cet effet, le 8 avril, du Pape Grégoire XV, le titre de commissaire apostolique et des pouvoirs spéciaux. Seconde par des hommes tels que saint Vincent, le P. Tarrisse et le P. Charles Faure, il fit refleurir dans les monastères l’ordre et la discipline. Le cardinal mourut le 14 février 1645 sous les yeux de saint Vincent, qui le prépara à paraître devant Dieu. Son corps fut enterré à Sainte-Geneviève et son cœur donné aux Pères jésuites. (Les vertus du vrai prélat représentées en la vie de l’Eminentissime cardinal de la Rochefoucauld, par le P. La Morinière, Paris, 1646, in-4°; La Vie du Révérend Père Charles Faure, abbé de Sainte-Geneviève de Paris, par Lallemand et Chartonnet, Paris, 1698, in-4°.)

12). L’abbé de Chancelade fut obligé de différer la réforme de l’abbaye de Pébrac. Olier renouvela sa demande le 1er juin 1634, et ce fut avec plus de succès. Alain de Solminihac vint à Pébrac. Un accord fut conclu entre lui, Olier et les religieux de l’abbaye. Tout semblait arrangé quand des difficultés imprévues renversèrent les dispositions prises et mirent l’abbaye dans l’état où elle se trouvait auparavant.

13). François-Etienne de Caulet, né à Toulouse le 19 mai 1610, fut pourvu en 1627 de l’abbaye Saint-Volusien de Foix. Il s’attacha à Jean-Jacques Olier, le suivit dans ses missions en Auvergne, au diocèse de Chartres et en d’autres points du royaume, le seconda dans son ministère paroissial et fonda, avec lui et M. du Ferrier, le séminaire de Vaugirard. Saint Vincent, qui connaissait l’abbé de Saint-Volusien, jugea qu’il ferait bien à la tête d’un diocèse. Grâce à lui, François de Caulet fut sacré évêque de Pamiers le 5 mars 1645. Il déposa en 1638 contre l’abbé de Saint-Cyran. évêque, il continua longtemps à combattre le jansénisme, interdit dans son diocèse la lecture des livres du parti et s’efforça de ramener dans le chemin de la vérité ceux qui s’en étaient écartés. La fréquentation de Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, finit par le gagner à d’autres idées. L’évêque de Pamiers mourut le 7 août 1680, sans avoir fait acte de soumission à l’église. (Vies des quatre évêques engagés dans la cause du Port-Royal, par Jérôme Besoigne, Cologne, 1756, 2 vol. in-12 ; Un prélat janséniste, par G. Doublet, Paris, 1895, in-8°.) M. Gazier, dont on connaît la compétence en tout ce qui touche au jansénisme, possède dans sa bibliothèque, si riche en livres et en manuscrits rares, une Histoire abrégée de la vie de M. François de Caulet, évêque de Pamiers, par le P. Gabaret, ms.

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est un très bon jeune homme, qui nous voit souvent et avec confiance. Son abbaye est de votre Ordre, dont la mense des religieux, compris les offices et bénéfices qui en dépendent, vaut dix mille livres. Il veut avoir la réforme à quelque prix que ce soit et en a déjà commencé à. parler de deçà ; mais comme l’on lui a parlé de Chancelade, le voisinage lui fait souhaiter ce service. Vous savez que Foix est auprès de Toulouse ; et Dieu sait que vous êtes une des personnes du monde à laquelle Notre-Seigneur m’a donné plus de confiance, et que je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 23 août 1633.

Souscription : A Monsieur Monsieur l’abbé de Chancelade.

147. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers le 2 septembre 1633] (1)

Mademoiselle,

Marie m’a fort industrieusement, affectionnément et humblement répondu qu’elle est prête à faire ce que vous voudrez et en la manière que vous voudrez, qu’elle est seulement marrie de ce qu’elle n’a pas assez de jugement, de force et d’humilité pour servir à cela, mais que vous lui direz ce qu’il faudra qu’elle fasse et qu’elle suivra entièrement vos intentions. Oh ! qu’elle

Lettre 147. — Manuscrit Saint-Paul, p. 79.

1). La phrase finale, si toutefois elle n’est pas interpolée, nous oblige à placer cette lettre avant les lettres 161 et 163, qui sont des premiers mois de l’année 1634. Elle pourrait être de 1632, nous la croyons plutôt de 1633. Quoi qu’il en soit, elle été écrite sûrement très peu de jours après le 2 septembre. (Voir note 2.)

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me paraît bonne fille ! Certes, Mademoiselle, je pense que Notre-Seigneur la vous a donnée lui-même pour s’en servir par vous.

Que vous dirai-je du reste de votre lettre, sinon que je loue Dieu de ce qu’il vous a consolée le jour de saint Lazare (2), aux Bons-Enfants, et que ce qu’il me semble qu’il demande de vous, c’est d’honorer sa sainte Providence en votre conduite, sans vous presser ni vous empresser ? Je tâcherai d’aller apprendre les sentiments que Notre-Seigneur vous a donnés pour cela. Mais pour Chartres (3), je ne vois pas le moyen d’y aller, car nous voici au fort de nos plus importants affaires.

Quant à ce que vous dites, que vous avez besoin de quelque correction pour vous retenir de votre déchet, nous le ferons, s’il plaît à Dieu. L’embarras m’a fait retenir Marie jusques à présent.

Envoyez-la tous les jours visiter ces bonnes filles de l’Hôtel-Dieu, si vous pouvez lui donner ce temps-là ; mais qu’elle fasse en sorte que cette bonne demoiselle n’en soit pas peinée, s’il vous plaît.

Madame Forest (5) désire fort avoir liaison avec vous ; c’est une bonne et vertueuse dame ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur…

2). Saint Lazare était fêté le 2 septembre.

3). Saint Vincent et Louise de Marillac allaient quelquefois faire leurs dévotions à Notre-Dame de Chartres. Peut-être à la veille du jour où devait prendre naissance la compagnie des Filles de la Charité, les fondateurs voulaient-ils mettre leur projet sous la protection de Marie.

4). Si cette phrase appartient vraiment à la lettre, il est difficile de comprendre ce que sont les "bonnes filles" dont parle ici saint Vincent ; il est peu probable qu’il ait employé ce mot pour désigner les religieuses augustines.

5). Un des témoins du procès de béatification de saint Vincent, Alexandre-Antoine de Francelles, Curé de Saint-Jean-en-Grève, à Paris, présenta au tribunal vingt-sept lettres du saint à Madame Forest, sa dirigée. Ces lettres sont toutes perdues.

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148. — A LOUISE DE MARILLAC

Cela s’entend, Mademoiselle, qu’il est à propos de remarquer les affections plus vives qui agitent votre cœur, afin de faire votre possible de les régler au niveau de la sainte et toujours adorable volonté de Dieu. Et vous avez bien fait, en ce doute, de vous en éclaircir, pour faire ce que Notre-Seigneur demande de vous, sans crainte que je m’en trouve chargé. Sachez-le pour une bonne fois, Mademoiselle, qu’une personne que Dieu a désignée en son conseil pour aider quelqu’autre, ne se trouve non plus surchargée des éclaircissements qu’elle demande, que fait un père d’un sien enfant.

Pour cette bonne femme, Madame Sarvoisy, je pense qu’il sera à propos de s’en enquérir de ces bons Messieurs-là, devant que de venir au fait et au prendre. Mais nous n’en sommes pas encore là, pource que nous avons proposé à Sainte-Marie de la reconnaître pour savoir si elle a vocation pour cette sainte maison ; et, quand elle aura été reconnue et éconduite de ce côté-là, alors l’on fera ce que vous proposez.

Assurez-vous, Mademoiselle, du cœur de celui qui est, en celui de Notre-Seigneur et en son amour, votre très humble serviteur, et permettez que j’y ajoute la recommandation de la sainte indifférence, quoique la nature gronde au contraire, et que je vous die que tout est à craindre jusques à ce qu’on en soit parvenu là, nos inclinations étant si malignes qu’elles se recherchent en tout. Or sus, Notre-Seigneur soit en notre cœur et notre cœur dans le sien, afin qu’ils soient trois en un et un en trois et que nous ne voulions que ce qu’il veut.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 148. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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149. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens tout présentement de lire la vôtre en hâte ; elle me met un peu en peine à cause de votre petite fièvre. Je vous supplie d’envoyer quérir M. Le Sourd ; c’est que vous avez trop mis à vous repurger ; mais j’espère que cela ne sera rien pourtant. Je vous dirai cependant que l’intention de Madame Goussault est que cette bonne fille de Montdidier soit de la Charité. Regardez-la donc comme cela, s’il vous plaît.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, rue de Versailles, vis-à-vis de l’Epée-Royale (2).

Lettre 149. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Date du transfert à La Chapelle de la maison-mère des Filles de la Charité.

2). Cette petite rue, parallèle à la rue d’Arras, reliait, comme celle-ci, la rue Saint-Victor à la rue Traversière ou Traversine. La maison vis-à-vis l’enseigne de l’Epée-Royale était au milieu de la rue de Versailles. Son emplacement * correspond, ce semble, au n° 21 de la rue Monge.

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16 septembre 1633

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Le bien de la paix et de l’accommodement dans les procès est chose si grande et agréable à Dieu qu’il dit à un chacun : Inquire pacem et persequere eam. Il ne dit pas seulement que l’on l’agrée, cette divine paix, quand l’on la nous offre, mais que nous la recherchions et courions après elle. Or, je loue Dieu de ce que vous voulez faire cela en quittant tous vos affaires pour aller terminer le différend que vous avez en vos quartiers ; mais je pense qu’il est important à la gloire de Dieu que vous différiez votre voyage jusques au lundi après le dimanche du mois. Vous avez ici vos deux vicaires, qui sont en bon train, Dieu merci, et nous édifient beaucoup, auxquels les exercices qu’ils font n’étaient pas moins nécessaires en quelque façon qu’utiles. Vous ne pourriez les rappeler avant la huitaine sans préjudicier à l’église en général, à la vôtre en particulier et à eux. Et puis, l’assemblée prochaine de messieurs les curés, qui est de très grande importance et qui requiert absolument votre présence, vous n’y sauriez encore manquer sans préjudicier au bien de l’église en général et à autant d’églises particulières comme il y a de curés. C’est pourquoi, Monsieur, je pense que vous ferez bien d’écrire ou à la personne avec laquelle vous avez à faire, ou à quelqu’autre qui s’entremet pour vous accommoder, que vous êtes retenu par ces deux raisons de partir au plus tôt,

Lettre 150. — Reg. I, f. 14. Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent lui-même.

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mais que vous ne manquerez pas de ce faire le jeudi d’après le premier dimanche du mois, pour vous rendre au lieu où il faut pour procéder à cet accommodement, dans l’esprit de paix que N.-S. vous a donné. Ce que je vous dis néanmoins, Monsieur, c’est avec toute la soumission et déférence que je vous dois et que je désire vous rendre toute ma vie en N.-S., et dans la confiance que j’ai qu’il n’y a personne au monde si difficile, si elle a quelque disposition à l’accommodement, qui n’agrée vos raisons et ne diffère jusques à ce temps-là, pendant lequel même l’on ne fait rien en justice. Et puis j’espère, Monsieur, que, si quaerimus sic primo regnum Dei, omnia adjicientur nobis in bonum.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

151. — A LOUISE DE MARILLAC

[Août ou septembre 1 vers 1633] (2)

Madame (3)

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir votre lettre, qui m’a mis un peu en peine pour votre rechute, et crains bien que vous ne vous soyez exposée trop tôt. Oh bien ! béni soit Dieu ! Je vous supplie, Mademoiselle, au nom de Notre-Seigneur, de faire tout votre possible pour vous ménager,

Lettre 151. — L. a. Original chez les prêtres de la Mission de Saint-Sylvestre, à Rome.

1). époque de l’année choisie habituellement par le saint pour faire sa retraite annuelle.

2). Cette lettre semble écrite peu avant l’institution des Filles de la Charité.

3). Ce mot est évidemment le résultat d’une distraction.

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non plus comme une personne particulière, ains comme à la conservation de laquelle plusieurs ont part.

Voici le huitième jour de notre petite retraite ; j’espère aller au dixième, Dieu aidant.

Je pense que votre bon ange a fait ce que vous me mandez par celle que vous m’écrivîtes. Il y a quatre ou cinq jours qu’il a communiqué avec le mien touchant la Charité de vos filles ; car il est vrai qu’il m’en a suggéré souvent le ressouvenir et que j’ai pensé sérieusement à ce bon œuvre ; nous en parlerons, Dieu aidant, vendredi ou samedi, si vous ne me mandez plus tôt.

Quant à cette bonne fille de Beauvais, ne l’envoyez pas jeudi, s’il vous plaît. Serait-elle propre pour enseigner les petites filles des villages ? C’est de quoi vous aurez principalement besoin. Notre-Seigneur, sur les pas de la Providence duquel vous marchez, sera lui-même celui qui y pourvoira. Il faut lui en laisser le soin et demeurer en paix.

Avez-vous vu quelque médecin ? Vous plaît-il point que je vous envoie le nôtre ? Disposez de nous.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce mardi, à 2 heures.

152. — A LOUISE DE MARILLAC

[Septembre ou octobre 1633] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !

L’on me l’avait bien dit que vous ne feriez rien à prés-

Lettre 152. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre est du temps des vendanges et semble assez proche du jour (29 novembre 1633) où Louise de Marillac retint auprès

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sent en ces quartiers de Villeneuve (2) pendant ce temps de vendange. Oh bien ! vous y irez au temps marqué, s’il vous plaît. Si cependant vous désiriez aller au bois de Vincennes, il en est bien besoin ; mais quoi ! ces bonnes femmes seront encore empêchées. Je pense qu’il sera bon que vous différiez encore un peu.

Il faut voirement se voir avant que d’arrêter les filles ; et cela ne se peut que vers la fin de la semaine ; renvoyez-les cependant, s’il vous plaît, pour d’ici à douze ou quinze jours, auquel temps vous les avertirez par l’écolier. Il sera bon cependant de leur faire connaître qu’il faut être dans l’esprit d’indifférence. Mais quoi ! il faut les dresser à la connaissance des solides vertus avant que de les employer.

L’on m’ôte la plume de la main. Voilà un bon abbé qui me demande. Cela me fait finir par le remerciement du soin que vous avez de ma santé, en vous assurant que je l’aurai tel que vous désirez.

V.D.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

Vous ne me mandez pas l’état de votre santé, qu’on m’a dit un peu altérée. Ayez-en soin, s’il vous plaît.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

153. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1633] (1)

Mademoiselle,

Voici cette bonne fille que Madame la présidente

d’elle à Saint-Nicolas un certain nombre de filles avant de les employer, pour a les dresser à la connaissance des solides vertus ".

2). Villeneuve-Saint-Georges.

Lettre 153. — Manuscrit Saint-Paul, p. 73.

1). Cette lettre semble antérieure à l’institution des Filles de la Charité.

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Goussault a été d’avis qu’on vous envoie (2). Je vous supplie d’avoir agréable de la faire voir par quelqu’un pour l’instruire. Monsieur Compaing (3) vous pourra bailler quelque ecclésiastique pour cela ; ou bien, si besoin ost. Monsieur Véron (4) prendra bien la peine de lui parler. J’espère que ce sera une bonne fille et qu’elle se portera au bien.

Madame la présidente vous donne le bonjour, et [moi je] suis, en l’amour de Notre-Seigneur…

19 décembre 1633.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Voici le temps venu auquel nous sommes obligés d’aller travailler en vos terres de Picardie (2). Le R. P. de Gondy a trouvé bon que nous ayons différé jusques à présent. Voilà donc six ecclésiastiques de notre petite compagnie qui s’en vont pour travailler. Je les vous recommande et vous supplie de leur fournir de l’argent,

2). Pour faire l’école

3). Vicaire à Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

4). Peut-être François Véron, controversiste de renom, né à Paris vers 1575, membre de la compagnie de Jésus de 1595 à 1620, grand adversaire des protestants et des jansénistes, mort à Charenton, dont il était curé, le 6 décembre 1649. (Cf. Un curé de Charenton au XVII° siècle, par Pierre Féret, Paris, 1881, in-8°.)

Lettre 154. — Reg. 1, f° 1, v°. Le copiste note que l’écriture de l’original était celle de saint Vincent lui-même.

1). Ce fut à la suite de la confession générale d’un paysan de Gannes (Oise) que saint Vincent et Madame de Gondi eurent la première idée d’établir l’œuvre des missions.

2). Le contrat passé le 17 avril 1625 entre saint Vincent et les époux de Gondi stipule que les prêtres de la Mission "seront tenus d’aller de 5 en 5 ans par toutes les terres desdits seigneur et dame pour y prêcher, confesser, catéchiser et faire toutes les bonnes œuvres" mentionnées dans ce même contrat.

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s’ils en ont besoin, et je le vous rendrai à lettre vue et le délivrerai à celui que vous nous manderez.

Je revins avant-hier au soir de Villepreux, où j’étais allé voir Madame la générale (3), qui est une des plus accomplies que j’ai vues de son âge. J’espère qu’elle suivra les exemples de notre bonne feue Madame.

L’on m’a assuré que M. le duc de Chaulnes (4) a promis à Monsieur le général (5) de tenir la main à ce que ses terres soient exemptes de gendarmes. La nouvelle qualité qu’il va avoir de duc de Retz n’y nuira pas.

Je vis Martin à Villepreux, qui vous aura pu dire toutes sortes de nouvelles. C’est pourquoi je finirai ici par les affectionnées et humbles recommandations que je présente à Madame la lieutenante, à Monsieur votre fils et à Madame votre belle-fille, et suis, en l’amour de N.-S. et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

155. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1636] (1)

Mademoiselle,

La charité de Jésus-Christ, qui vous presse pour moi, soit votre santé !

3). Catherine de Gondi, duchesse de Beaupréau et femme de Pierre de Gondi, qu’elle avait épousé le 3 août 1633.

4). Honoré d’Albert, seigneur de Cadenet, pair et maréchal de France, Madame d’Amiens, créé duc de Chaulnes par lettres de janvier 1621, gouverneur de Picardie depuis le 3 juillet 1633. Il devint dans la suite gouverneur de la ville et de la citadelle d’Amiens, puis de la province d’Auvergne et commanda au siège d’Arras en 1640. Il mourut le 30 octobre 1649.

5). Pierre de Gondi, fils aîné du R. P. de Gondi et ancien élève de saint Vincent, avait succédé à son père dans ses titres et dignités. Il était, comme lui, général des galères et seigneur de Gannes.

Lettre 155 — L. a. — Dossier de la Mission, original.

1). Même remarque qu’à la lettre 106, note 1.

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Je viens d’apprendre que vous êtes un peu indisposée, dont je suis un peu en peine, et vous prie de faire [votre] possible pour vous guérir pour son service, et vous remercie très humblement de tant de soin et de charité que vous exercez en mon endroit, de votre si bon pain, de vos confitures, de vos pommes et de ce que je viens tout maintenant d’apprendre que vous me venez d’envoyer. Oh ! certes, Mademoiselle, c’est trop. Dieu sait de quel cœur je les reçois ; mais aussi c’est toujours en vue que je crains que vous vous ôtiez à vous-même le nécessaire pour faire ainsi charité. Au nom de Dieu, ne le faites plus.

Je suis sorti aujourd’hui et ne m’en trouve pas plus mal ; et demain il sera besoin que j’aille jusques à Saint-Lazare (2), J’avoue que j’ai un peu bien travaillé ces jours ici ; mais m’en voilà dehors, Dieu merci.

Voilà notre dépêche partie pour Rome ; et pource qu’il nous reste à travailler à quelques choses moins pressées, je pourrai venir demain coucher céans et m’y tenir quelques jours ; et alors nous aurons plus de loisir de traiter avec vous. Je me réservais à vous voir demain céans à la messe ; mais votre rhume requérant que vous gardiez la chambre, je vous prie de n’en point bouger ; nous nous verrons au retour. Si je ne vous vois demain chez vous au matin devant partir, ce sera pour pratiquer la petite règle des missionnaires avec les personnes de la Charité (3). Que si néanmoins vous le désirez, vous n’avez qu’à le dire, si par aventure vous êtes indisposée. Je n’ai point parlé à Madame la garde des sceaux (4) ;

2). Saint Vincent était au collège des Bons-Enfants depuis quelques jours 3). Saint Vincent avait fait une règle à ses missionnaires de n’aller voir les filles et les dames de la Charité que s’il y avait nécessité ou utilité.

4). Pierre Séguier avait reçu les sceaux le 28 février 1633. Sa femme Madeleine Fabri, née le 22 novembre 1597, mourut à Paris le

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j’ai jugé qu’il vaut mieux que ce soit Madame la présidente Goussault ou Madame Poulaillon, auxquelles j’en parlerai. Je vous souhaite cependant le bon soir et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

156. — A FRANçOIS DU COUDRAY, PRêTRE DE LA MISSION,

A ROME

Que vous dirai-je de ces ecclésiastiques de Provence (1) ? Vous avez vu, par la lettre qu’ils m’ont écrite, comme ils se sont liés à la congrégation du P. Paul de Motta (2), qu’ils me mandent avoir même dessein que nous ; que si nous voulons nous unir, qu’ils y pourront entendre et

6 février 1683. Elle aida saint Vincent et Louise de Marillac de son crédit et de sa fortune.

Lettre 156. — Reg. 2, pp. 87 et 3.

1). La congrégation des Prêtres Missionnaires du très Saint-Sacrement, fondée dans la ville d’Avignon en 1632 et approuvée par Innocent X en 1647. Elle avait pour fin l’œuvre des missions et la direction des séminaires. Son fondateur, Christophe d’Authier de Sisgau, était né à Marseille en 1609. Il devint évêque de Bethléem en 1651, et mourut à Valence en 1667. (Vie de Mgr Christophe d’Authier de Sisgau, évêque de Bethléem, par Nicolas Borely, Lyon, 1703, in-12.) Nous verrons plus loin les nouvelles tentatives que fit d’Authier de Sisgau pour unir sa congrégation à celle de saint Vincent et les démarches de ce dernier pour faire changer le nom de Prêtres Missionnaires, à cause de la confusion qui pouvait en résulter.

2). Paul Motta, gentilhomme milanais, avait fondé à Rome en 1620 la congrégation de Saint-Joseph, que Paul V approuva et à laquelle il donna un oratoire proche de l’église collégiale de Saint-Laurent in Damaso. Avant 1646, les prêtres qui la composaient ne menaient pas la vie commune ; ils instruisaient le peuple, entendaient les confessions, prêchaient la parole de Dieu, répandaient la pratique des exercices spirituels. Le Père Paul Motta mourut le 22 janvier 1650. Il est sorti de la congrégation de Saint-Joseph quelques personnages illustres, entre autres le cardinal Michel-Ange Ricci. (Histoire des Ordres religieux et militaires, par le R. P. Hélyot, nouv. éd., Paris, 1792, 8 vol. in-8°, t. VIII, p. 25.)

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venir avec un de ladite congrégation du R. P. Paul en cette ville pour conférer ensemble. Je loue Dieu de ce qu’il a agréable de se susciter en ce siècle tant de bonnes et saintes âmes pour l’assistance du pauvre peuple, et le prie, de toute l’étendue de mon cœur, qu’il bénisse les desseins de ces saints ecclésiastiques et les fasse réussir à sa gloire. Quant à l’union, elle est à désirer ; mais les unions requièrent même fin, mêmes moyens et encore un même esprit. Quoiqu’on ait les mêmes desseins, on ne laisse pas de se désunir. Tous les Ordres de l’église ont même fin, qui est la charité ; et faute d’avoir les mêmes moyens, ils ne s’accordent pas toujours. Un Ordre a même fin, mêmes moyens et même esprit, et il ne laisse pas d’avoir souvent des désordres.

Je dis ceci, Monsieur, afin que vous voyiez combien il importe, si nous nous unissons, que nous ayons même fin, mêmes moyens et même esprit et que, devant que de nous unir, nous soyons réciproquement informés de nos prétentions, des moyens d’y parvenir et si nous avons un même esprit. Or, pour en être informés, ils ont raison de proposer de nous voir. S’il nous font cette charité, Dieu sait de quel cœur nous les recevrons et combien bonnement et simplement nous y procéderons.

Je fais réponse à ce bon ecclésiastique ; vous la verrez ; et, s’il est en la même disposition qu’il m’a mandée, et que le Père Paul y soit aussi, vous la lui baillerez ; mais, s’il n’y est point, vous ne lui baillerez pas ; et s’il y est et que le P. Paul n’y veuille pas entrer, vous verrez s’il sera expédient de lui bailler. Si véritablement ils désirent s’unir à nous, tendre à même fin, prendre nos moyens et envoyer quelques-uns ici pour en prendre l’esprit, je pense qu’il n’y aurait rien à redire. Je viens de me ressouvenir d’une grande faute, dont je ne me suis pris garde que trop tard ; c’est que,

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dans l’expositif de nos bulles (3), l’on parle injurieusement, ce me semble, des curés. Quel moyen d’y remédier ? Je vous prie de vous en informer et de faire ôter cela.

157. — A ISABELLE DU FAY

[Entre 1626 et 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie très humblement de tout le contenu de votre lettre et ai été tout consolé de ce que vous me mandez par icelle, et me promets bien en effet que je vous trouverai toute forte et généreuse. Or sus, devenons-le donc, Mademoiselle, et tirons notre force de notre faiblesse, qui sert de sujet à N.-S. pour se rendre notre force lui-même.

Je loue Dieu de ce que vous me mandez de M. votre frère (2) Mademoiselle, et le prie qu’il aille s’affermissant de plus en plus dans la fidélité que N.-S. demande de nous.

Je me porte encore mieux que ces jours passés, et le médecin, qui vient de sortir de céans, me conseille de m’en aller à la mission au premier beau temps qu’il fera, à deux lieues d’ici, où l’on la va faire. Je ne manquerai cependant de me ressouvenir de vous au saint Sacrifice,

3). Bulle Salvatoris Nostri. (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Paris, Chamerot, p. 3 ; Arch. nat., M 203, n° 6.) Bien que datée du 12 janvier 1632, cette bulle n’était pas encore promulguée au moment où saint Vincent écrivait cette lettre. Le passage qui choquait le saint fut supprimé.

Lettre 157 — Reg. 1, f° 68 v° Le copiste note que l’écriture de l’original était de saint Vincent lui-même.

1). Même remarque qu’à la lettre 93, note 1.

2). M. de Vincy.

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que je présenterai à Dieu à votre intention, étant, en son amour, votre……

158. — A JACQUES PERDU (1)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu des difficultés qu’il a agréable que vous rencontriez ! Il faut bien, en cette occasion, honorer celles que son Fils a eues sur la terre. O Monsieur, qu’elles étaient bien plus grandes, puisque, pour l’aversion qu’on avait de lui et de sa doctrine, l’on lui interdit l’entrée de toute province, et [il] lui en coûta la vie ! L’on a cru rencontrer qu’il a disposé ses disciples lorsqu’il leur a dit qu’il les envoyait comme des brebis au milieu des loups, qu’il leur a dit qu’on se moquerait d’eux, qu’on les bafouerait et leur cracherait au visage, que les pères se rendraient partie contre les enfants et que les enfants persécuteraient leurs pères, et finalement quand il a justifié la cérémonie de secouer leurs robes quand ils se trouveraient parmi des peuples qui ne profiteraient pas de leurs enseignements.

Profitons-en nous, Monsieur, en ces rencontres, et souffrons comme eux les contradictions qui nous surviendront dans le service de Dieu. Ains réjouissons-nous comme d’un grand bien, quand elles nous arriveront, et commençons en cette occasion à en faire l’usage que les apôtres en ont fait, à l’exemple de leur chef Notre-Seigneur. Si nous le faisons, oh ! assurez-vous que les mê-

Lettre 158. — Recueil du procès de béatification.

1). Prêtre de la Mission, né à Grandvilliers (Oise) le 19 avril 1607, reçu dans la congrégation de la Mission en 1630, ordonné prêtre en 1632, placé à Richelieu en janvier 1638, mort en septembre 1644.

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mes moyens par lesquels le diable vous a voulu combattre, vous serviront pour l’abattre, que vous réjouirez tout le ciel et les bonnes âmes de la terre qui le verront ou entendront, et que celles-là même auxquelles vous avez à faire, vous béniront enfin et vous reconnaîtront le coopérateur de leur salut, mais que hoc genus daemoniorum non ejicitur nisi in oratione et patientia.

La sainte modestie et récollection intérieure de la compagnie en seront encore des moyens, et notamment la circonspection aux demandes qu’on ne fait point sans difficulté en confession.

Pour l’amour de Dieu, Monsieur, qu’on concerte bien cela ensemble des choses qu’on doit demander et de la manière. Monsieur Renar a grande expérience en cela. Convenez-en ensemble et sachez dominer l’aversion qu’a ce peuple des missionnaires, afin de vous abstenir de ce qui les a scandalisés, ou de faire le contraire, si le cas y échoit. Je vous supplie, Monsieur, de vous informer de cela et. de m’en donner avis, comme aussi du lieu d’où vient le bruit de ce scandale.

Toutes ces raisons que vous me mandez, pesées, il sera bon de ne faire désormais qu’un petit catéchisme, où tous les garçons et filles se trouveront, sauf à en décider autrement, si la multitude le requiert. Et, pource que la saturité de la parole de Dieu da illis nauseam, suivez l’avis de Monsieur Renar, s’il vous plaît, à l’égard de la cessation des prédications, les dimanches et fêtes, voire à l’égard des autres jours, s’il le trouve à propos avec Monsieur le prieur, de l’avis duquel il vous aura dit ce qu’il vous a dit des prédications, comme je crois, et sagement, puisque contraria contrariis curantur. O Monsieur, que nous devons acquiescer volontiers aux avis d’autrui ! Saint Vincent Ferrier met cette pratique comme un moyen de perfection et de sainteté. Que si

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cela est bon à l’égard d’un particulier, pourquoi non à l’égard d’une compagnie ? Et n’importe de dire qu’on ne l’a point accoutumé, pource que le bon plaisir de Dieu est que nous nous accommodions aux dispositions des personnages, aux lieux et aux temps. Oh ! faisons donc comme cela, et vous verrez toujours ce que cela vous vaudra devant Dieu.

Je vous envoie les orgues et vous enverrai à les rendre, si Monsieur Régnier (2) n’y peut vaquer, ou si tant est que ce Monsieur ne soit point bien modeste et que vous soyez d’avis que je le rappelle ; et pour cela je vous supplie de le bien veiller, et Leleu (3) aussi, et de me donner avis exactement de leurs déportements.

Pour le bois et les autres choses, je crains bien que Monsieur le prieur vous en refuse le paiement. Informez-vous, s’il vous plaît, où vous en pouvez recevoir et s’il y a moyen d’en avoir d’ailleurs, quoique les choses coûtent assez cher.

Je loue Dieu de ce que le bon Monsieur le prieur d’Aigue mange avec la compagnie quelquefois. Témoignez-lui-en de l’agrément et remerciez-le affectionnément et humblement.

Je vous supplie, de plus, bien recommander la sainte modestie à la compagnie, comme étant peut-être un des plus efficaces moyens de profiter à ce peuple.

C’est, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que j’y ajoute mes très humbles recommandations à Monsieur le prieur, à Monsieur Renar, à Monsieur Flahan ; et je vous prie de faire recommander à Dieu un affaire d’importance et dire à Monsieur Renar qu’il sera peut-être expédient qu’il assiste mercredi pro-

2). Jacques Régnier, prêtre de la Mission, né au diocèse de Boulogne, reçu dans la congrégation de la Mission au mois d’août 1627.

3). Ce nom ne se trouve pas dans le catalogue de la Mission.

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chain, à deux heures, à l’assemblée où se trouverons Messieurs les curés et où l’on traitera du catéchisme, qu’il pourra partir le même jour et être de retour le lendemain à midi. Bon soir, Monsieur. Je suis votre serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Février 1634,

Suscription : A Monsieur Monsieur Perdu, prêtre de la Mission, à Poissy.

159. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre janvier et mars 14634] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

L’assemblée se fit hier chez Madame Goussault (2), Mes

Lettre 159. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Collet (op. cit., t. I, p. 232) recule la première assemblée des dames de l’Hôtel-Dieu jusqu’après le 27 juillet 1634. La lettre 177 ne nous permet pas de la reporter aussi loin. Les récents historiens de Louise de Marillac, se basant sur cette même lettre 177, placent l’institution des dames au mois de juin 1634. Ils n’ont pas remarqué que la lettre 163, postérieure à celle-ci, est, au plus tard, du début d’avril.

2). Dans ses visites aux malades de l’Hôtel-Dieu, Madame Goussault avait remarqué qu’il y avait beaucoup à faire pour leur soulagement. Elle en parla à Vincent de Paul, qui n’osa s’occuper d’une œuvre dont d’autres étaient chargés. L’Hôtel-Dieu dépendait des chanoines de Notre-Dame et plus particulièrement de l’un d’eux, le maître, auquel ils en confiaient l’administration. Les sœurs augustines donnaient leurs soins aux malades. Elles étaient là près de cent professes et de cinquante novices, se dépensant avec un soin digne d’éloges. On concoit que, dans ces conditions, saint Vincent n’ait rien voulu entreprendre. Mais Madame Goussault tint bon. Elle confia son projet à l’archevêque de Paris, pensant qu’il aurait assez d’autorité sur le saint pour le décider à prendre la direction d’une société de dames qui subviendraient aux besoins des malades de l’Hôtel-Dieu. Ce qu’elle avait prévu se réalisa. Vincent de Paul réunit quelques dames pieuses et charitables dans l’hôtel de Madame Goussault, rue du Roi-de-Sicile. La lettre ci-dessus nous dit ce qui y fut décidé.

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dames de Villesabin (3), Bailleul (4), Dumecq (5), Sainctot (6) et Poulaillon s’y trouvèrent. La proposition fut agréée et [l’on] résolut d’en faire une autre lundi prochain (7), que cependant l’on offrira l’affaire à Dieu et communiera pour cela et que chacune proposera la chose aux dames et demoiselles de sa connaissance. Que vous semble de Mademoiselle Guérin ? Madame de Beaufort (8) en sera. L’on aura besoin de vous et de vos filles. L’on estime qu’il en faudra quatre. C’est pourquoi il faut aviser au moyen d’en avoir de bonnes. Pensez à la sœur de cette bonne fille que vous avez. Parlez-en à Michelle. Je ne sais si la veuve des Clayes (9) le désirerait et y serait propre. Mais que fera-t-on de ses enfants ? Je m’en vas à Saint-Lazare et reviendrai peut-être à ce soir coucher céans (10).

Madame Goussault me parla hier du rappel du bannissement de cette femme veuve que vous lui avez en

3). Madame de Villesabin, née Isabeau Blondeau, veuve de Jean Phelippeaux de Villesabin ou Villesavin, secrétaire des commandements de Marie de Médicis et comte de Busançais, se faisait remarquer par son élégance, sa politesse et sa charité. Elle était cérémonieuse à l’excès. l’affectation qu’elle apportait dans ses manières l’avait fait appeler la servante très humble du genre humain. Elle recevait dans son magnifique hôtel de la Place Royale ce que Paris comptait de plus distingué. Elle mourut le 26 février 1687, âgée de quatre-vingt-quatorze ans.

4). Elisabeth-Marie Mallier, épouse de Nicolas de Bailleul, seigneur : le Vattetot-sur-Mer et de Soisy-sur-Seine.

5). Ce nom revient parfois dans les lettres du saint à Louise de Marillac, surtout à propos de l’œuvre des Enfants-Trouvés. (6). Marie Dalibray, veuve de J.-B. de Sainctot, trésorier de France, femme très cultivée et en relation avec les personnages les plus illustres dans les lettres et les arts. Elle recevait chez elle Pascal et sa famille. Voiture lui avait dédié sa traduction du RoLand furieux.

7). Cette seconde assemblée fut plus nombreuse que la première. Madame Goussault fut élue présidente. On lui adjoignit une assistante et une trésorière. (Abelly, op. cit., t. I, chap. XXIX, p. 133.)

8). Peut-être Suzanne de Fournel, veuve de Gilles de Beaufort, seigneur de Mondicourt, Montdiès, Malmaison et autres lieux, mort en 1631.

9). Petite commune de Seine-et-Oise.

10) Aux Bons-Enfants

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voyée. Je lui ai dit que je ferais conscience de me mêler de ces choses-là, si je ne connaissais la personne aussi bien que je vous connais, et que Madame la garde des sceaux il a grand’peine de se mêler de ces choses-là ; et si vous m’en croyez, vous vous déchargerez de semblables emplois. La justice n’en a pas disposé de la sorte sans de grandes raisons.

Or sus, vous voyez que le sujet de votre travail croît. Fortifiez-vous le plus que vous pourrez. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

160. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre janvier et mars 1634] (1)

Mademoiselle,

Je vous remercie très humblement de la charité que vous avez faite à cette bonne veuve (2). Je pense qu’on ne prendra point de vos filles pour l’Hôtel-Dieu. L’on estime que quelques-unes qu’on en présente de la ville seront plus propres pour représenter les dames en leur absence, et pense qu’on a raison.

Mais comment vous portez-vous ? Je vous prie, mandez-m’en un mot. Je loue Dieu de tout mon cœur des plus tendres affections qu’il vous donne d’être tout à lui, et suis, en son amour, votre très humble serviteur.

V. D. P.

Excusez si je suis si court ; je suis fort pressé.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

(11) Madame Séguier.

Lettre 160 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Nul doute que cette lettre ne doive suivre de près la lettre 159.

2). Peut-être la veuve dont parle la lettre précédente.

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161. — A LOUISE DE MARILLAC

[1634, vers mars] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Il vint hier trois braves filles d’Argenteuil (2) s’offrir à la Charité, par l’adresse de l’ecclésiastique auquel j’en avais fait parler et qui me doit venir voir demain pour cela. Je ne les vous envoyai point, pource qu’il était trop tard quand elles vinrent ; mais elles vous iront voir vendredi, à ce qu’elles me dirent.

Je ne vois point grand inconvénient à ce que Jacqueline (3) aille aux noces de son frère ; Marguerite, de Saint-Paul (4) en fera de même et vous doit adresser aussi une bonne grande fille, à ce qu’elle dit ; et Mademoiselle de la Bistrade (5) et Madame Forest vous doivent aller prier de les décharger de Nicole, à cause de ses grandes infirmités et que Marie, qui soutient tout le faix, n’en peut plus, si vous ne leur baillez quelqu’une à la

Lettre 161. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre semble de peu antérieure à la lettre 1633 qui est de mars ou d’avril 1634.

2). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Oise.

3). Dans ses lettres, saint Vincent ne désigne le plus souvent les Filles de la Charité que par leur petit nom ; parfois, pour prévenir toute confusion, il ajoute le nom de la localité ou de la paroisse où elles se trouvent. Il serait difficile aujourd’hui à distance de donner le nom de famille correspondant, soit parce que nous ne le trouvons jamais sous la plume du saint ou de Louise de Marillac, soit parce que plusieurs sœurs portaient le même petit nom.

4). La Charité de la paroisse Saint-Paul à Paris remontait à l’an 1632 ou 1633. Là, comme ailleurs, Louise de Marillac avait mis ses filles au service des dames.

5). Peut-être l’épouse de Jacques de la Bistrade, seigneur des Marets, qui fut nommé maître des requêtes le 1er août 1647 et mourut le 20 décembre 1650, peut-être aussi une parente de Nicolas Pavillon le futur évêque d’Alet, qui avait pour mère Catherine de la Bistrade.

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place de Nicole (6), Elles vous prieront donc de l’une et de l’autre, et Mademoiselle de la Bistrade vous promettra de vous payer la nourriture de Nicole. Je lui ai dit que je vous en écrirai. Pensez-y donc, Mademoiselle, et si cette pauvre fille si infirme et non propre à] a Charité pourrait gagner sa vie à coudre ou à quelqu’autre métier, lorsqu’elle sera un peu plus forte ; et faites votre possible, au nom de Dieu, de vous guérir.

Je suis bien aise de ce que vous ne sortîtes point hier.

Prenez quelque chose devant (7) sortir, le jour que vous sortirez. Notre-Seigneur est une continuelle communion à ceux qui sont unis à son vouloir et non-vouloir.

Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce lundi matin.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

162. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre janvier et mars 1634] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Tout vient à point à qui peut attendre ; cela est vrai, pour l’ordinaire, plus encore aux choses de Dieu qu’aux autres. Il n’est pas expédient que ce soit moi qui parle à Monsieur le Maître (2), pour quelque raison particulière, si ce n’est par rencontre. Si Madame la présidente Gous-

6). Voir lettre 163.

7). Devant, avant de.

Lettre 162. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

(1). Cette lettre a suivi de peu de jours l’institution des dames de l’Hôtel-Dieu.

(2). Nom donné au chanoine administrateur de l’Hôtel.Dieu.

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sault le trouve à propos, elle lui en pourra dire un mot, s’il vous plaît de lui faire savoir et qu’elle n’y juge point de l’inconvénient. Il est vrai qu’il est expédient de voir encore les dames (3) une fois, tant pour leur donner quelque avis touchant cela, que pour leur enseigner comme elles doivent apprendre aux malades à faire leur examen et à trouver leurs péchés.

Je n’ai pu encore aller à la Madeleine ; j’y irai demain, si je le puis ; pardonnez-le-moi cependant. Quant à Nicole, il est bien à craindre qu’elle ne change jamais, à cause de son âge. De la renvoyer, d’un autre côté, j’aurais peine de donner ma voix encore. Essayez un peu de la privation de la communion ; peut-être que cela lui servira ; sinon, in nomine Domini. Après que vous aurez fait ce que vous aurez pu, si elle ne s’amende, vous la renverrez. Je vous salue cependant et prie Dieu qu’il vous conserve en parfaite santé et en son amour, et suis, en ce même amour de Notre-Seigneur, votre très humble.

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

163. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mars ou avril 1634] (1)

Je ne [puis pas ne pas] (2) vous dire, Mademoiselle, combien je m’en vas à contre-cœur à Villers (3) avec M. Lumague (4), pource que je n’ai eu consolation de vous

3). Les dames de l’Hôtel-Dieu.

Lettre 163. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 5.

2), Les mots placés ici entre crochets ne se trouvent pas dans l’original ; ils ont été oubliés.

3). Villers-sous-Saint-Leu (Oise).

4). Jean-André Lumague, seigneur de Villers-sous-Saint-Leu, père de Mademoiselle Pollalion et grand ami de saint Vincent.

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voir, à cause de nos ordinands, du nombre desquels est M. le commandeur de Sillery (5). Je vous assure que, si vous saviez la peine que j’en ai, vous en auriez pitié. Oh bien ! je vous prie de faire votre possible pour vous bien porter. J’espère revenir lundi prochain.

Madame Forest est venue céans pour nous remercier de la bonne grosse fille que vous leur vouliez bailler, pource que leur Nicole se porte mieux. Cela étant ainsi, je pense que vous ferez bien de bailler Jacqueline à l’Hôtel-Dieu, ou bien Jeanne ; et celle qui restera pourra subvenir à votre Charité (6) avec celle de Grigny (7).

Madame Goussault trouve bon que l’on pense à vous loger vers Notre-Dame ; pensez-y, s’il vous plaît, et faites votre possible de vous bien porter.

Bonjour, Mademoiselle, je pars dans une heure et suis v. s.

164. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1640] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Me voici de retour de la mission de Villers (2) depuis hier au soir en bonne santé, Dieu merci. Je vous prie me

5). Le commandeur dit sa première messe le jeudi saint 13 avril 1634, quelques jours après son ordination.

6). La Charité de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

7). Commune de Seine-et-Oise.

Lettre 164. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Après 1639, saint Vincent aurait écrit les mots "ce mercredi matin" en tête de la lettre.

2). Villers-sous-Saint-Leu.

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mander l’état de la vôtre et si vous trouvez bon qu’on fasse venir deux bonnes grandes filles choisies par Mademoiselle Poulaillon pour la Charité et qui semblent fort bonnes filles. Mandez-moi donc par ce porteur votre sentiment, s’il vous plaît, pource qu’il faut que j’en rende réponse demain à Mademoiselle Poulaillon, qui vous salue et ne sera ici que samedi. J’aurai le bien de vous voir le plus tôt que vingt-cinq ordinands me le permettront, et suis cependant, Mademoiselle, votre serviteur.

165. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1634 et 1636] (1)

Mademoiselle,

Il y a environ un quart d’heure que je viens d’arriver de la ville. J’ai trouvé l’incluse à mon retour. Vous verrez comme je m’oblige à être demain avant sept heures à Saint-Lazare, ce qui me privera de la consolation de vous aller voir demain au matin, comme je m’étais proposé. Vous me le pardonnerez, s’il vous plaît ; et jeudi, Dieu aidant, je réparerai la faute, ne le pouvant demain, à cause que nous aurons l’assemblée des ecclésiastiques à Saint-Lazare (2).

J’ai vu, ce matin, la bonne Madame Saunier et l’ai trouvée toute pleine de feu et de flamme pour la Charité et disposée à en être. Mais il est arrivé une difficulté

Lettre 165. — Manuscrit Saint-Paul, p. 73.

1). Cette lettre a été écrite après l’institution des dames de l’Hôtel-Dieu et avant le transfert des Filles de la Charité à La Chapelle.

2). Pour la conférence hebdomadaire.

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en cet affaire, qui fait que l’on juge expédient de différer l’assemblée des dames, qui se devait faire jeudi, jusques à un autre jour. Je vous supplie, Mademoiselle, de lui en donner avis et de faire votre possible pour vous bien porter ; à quoi vous servira beaucoup de ne vous pas tant peiner après vos filles, de vous bien nourrir et de ne pas sortir si tôt.

Je vous souhaite le bon jour et suis, en l’amour de Notre-Seigneur…

166. — A LOUISE DE MARILLAC

[1633 ou 1634] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pou jamais !

Ma petite fièvre me continuant toujours, j’ai voulu continuer votre avis, qui est de faire comme j’ai fait d’autrefois pour cela, qui est de prendre l’air des champs. Je m’en vas donc tâcher de visiter quelques Charités ; et peut-être que, si je me porte bien, je m’en irai jusques à Liancourt (2) et à Montmorency (3) ébaucher ce que vous pourrez achever après. Mais fortifiez-vous cependant, je vous supplie. Je vous promets que j’en ferai de même de mon côté, qui vous salue et suis, en

Lettre 166. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Corregio, de Sainte-Colombe (Loire). Cet original est de la main du saint.

1). Cette lettre semble de peu de temps antérieure à la lettre 171 qui est de 1634.

2). Localité de l’Oise, célèbre au XVII° siècle par le magnifique château du duc de Liancourt. Le duc et la duchesse y fondèrent un établissement de Filles de la Charité et un séminaire, qu’Adrien Bourdoise dirigea en personne pendant plusieurs années.

3). Grosse commune de Seine-et-Oise, célèbre autrefois par son château, son parc et l’Ermitage, séjour de Jean-Jacqnes Rousseau.

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l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble [serviteur] (4).

VINCENT DEPAUL.

Ce mardi, à une heure.

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