Correspondance (page 51)
7. — LETTRE DE LOUISE DE MARILLAC A M. POUVOT,
CURé DE CHARS
[Juillet 1657 (1)]
Monsieur,
Je vous renvoie la fille de Chars, selon votre commandement, et avec elle notre sœur… (2), non pour demeurer, ains pour ramener notre sœur Clémence (3). M. Vincent a trouvé bon que nous en usions ainsi à cause de la difficulté qu’ont nos sœurs de s’accommoder à votre conduite, et que vous, Monsieur, témoignez que vous n’avez pas agréable le service qu’elles ont tâché de rendre aux pauvres. J’écris à notre sœur Clémence qu’elle remette les meubles entre les mains de messieurs les administrateurs de l’hôpital.
Je suis cependant et serai toute ma vie…
2) Le curé de Chars, appuyé par le seigneur du lieu, M. de Livry, janséniste comme lui, s’immisçait dans l’administration intérieure de la maison des sœurs s’opposait à leur rappel, imposait sa volonté pour la conduite des écolières et même cherchait à leur insinuer ses erreurs. La fermeture de l’établissement fut discutée une première fois au Conseil du 21 janvier 1657.
Appendice 7. — Projet de lettre pour Louise de Marillac, préparé par saint Vincent et écrit de sa main. L’original se trouve aux archives des Filles de la Charité.
1) Cette lettre et la précédente ont été écrites ou le même jour, ou à peu de jours d’intervalle.
2) Saint Vincent laisse à Louise de Marillac le soin de désigner la sœur
3) La sœur Clémence avait soin des malades et la sœur Marie des écoles. (Cf. Lettres de Louise de Marillac, 1. 529.)
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8. — LETTRE DU FRèRE DUCOURNAU A LOUISE DE MARILLAC.
[Novembre 1657 (1)]
Monsieur Vincent trouve bonne la proposition que Mademoiselle Le Gras lui a faite, en la manière proposée, sauf qu’il n’est pas d’avis d’offrir à Mademoiselle d’Anse d’aller avec elle, ni d’envoyer des sœurs pour parler à la reine. Il suffira de la prier de voir elle-même Sa Majesté pour lui représenter le besoin des filles de Saint-Germain (2) et de Fontainebleau, et la laisser faire. Si elle s’en excuse, il faudra penser à quelque autre voie (3).
Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.
Appendice 8. — L. non s. — Dossier des Filles de la Charité, original. Nous faisons une place à cette lettre dans ce recueil parce que, écrite au nom de saint Vincent, elle appartient en quelque sorte à sa correspondance.
1) Voir note 3.
2) Saint-Germain-en-Laye.
3) Ce fut sans doute à la suite de cette lettre que Louise de Marillac écrivit à Mademoiselle d’Anse, le 20 novembre 1657, celle qui, dans sa correspondance, porte le n° 552.
Coste, Tome VI
achevées le 30 Mai 1992, à La Chesnaye",
avec l'aide des Filles de la Charité.
CONGREGATION de la MISSION, Province de Paris,
88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.
SAINT VINCENT DE PAUL
SAINT VINCENT DE PAUL
CORRESPONDANCE
Tome VII.
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2475. — A GEORGES DES JARDINS, SUPéRIEUR, A TOUL
De Paris, ce 1er décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre sur le sujet de l’arrivée de notre frère Jean Proust. Je vois bien que vous voulez vous passer de lui ; aussi bien en avons-nous besoin ici ; c’est pourquoi je vous prie de le nous renvoyer au plus tôt, si ce n’est que vous en ayez à faire pour quelque chose qu’un autre que lui ne puisse exécuter ; en ce cas, vous le pourrez retenir dix ou quinze jours.
Je loue Dieu de ce que vous êtes retourné en mission. Je prie sa divine bonté qu’elle bénisse vos travaux et fortifie votre santé. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la page : M. des Jardins.
2476. — A PIERRE DAVEROULT, A SAINTES
De Paris, ce 2 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à la lettre que vous m’avez écrite au sujet
Lettre 2475. — L. s. — Dossier de Turin, original.
Lettre 2476. — L. non s. — Dossier de Turin, minute.
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des rétributions de messes que vous cherchez, en vous disant que, s’il nous en vient, je vous les adresserai ; mais je vous dois dire aussi que rarement l’on s’adresse à nous pour nous faire de telles aumônes. Ce n’est pas qu’on ne nous demande des messes ; nous en sommes souvent surchargés, et le sommes à présent d’environ mille pour la pauvre maison de Gênes, qui les devait et qui ne les pouvait acquitter, à cause qu’elle a perdu six ou sept prêtres ; mais j’entends qu’il n’arrive guère que nous touchions quelque argent pour cela. Et ainsi, Monsieur, je n’ose vous en faire espérer aucun, quoique je serais très aise, si on nous en présente, de le vous envoyer, pour achever de payer la petite dette dont vous êtes en peine.
Je ne vous dis rien sur celle que vous souffrez de la part des personnes avec lesquelles vous êtes, sinon que, Dieu aidant, nous y remédierons au plus tôt. Cependant je prie N.-S. qu’il vous fasse part de son humilité et de sa patience pour surmonter ces difficultés, qui suis, en son amour…
Je loue Dieu de ce que le séminaire où vous êtes employé va de mieux en mieux, et je prie sa divine bonté qu’il croisse en nombre et en vertu. J’espère qu’il ne tiendra pas à vous, puisque vous y contribuez de vos instructions et de vos exemples.
2477. — A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN
De Paris, ce 5 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici un mot de réponse pour le R. Père du Bourg.
Lettre 2477. — L s. — Dossier de Turin, original.
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Mgr d’Agen a-t-il écrit pour vous à son clergé, selon qu’il vous l’a fait espérer ?
Je vous prie de me donner encore un peu de temps pour penser au frère clerc que vous nous demandez, et de me mander comment vous vous trouvez de M. Admirault, parce qu’on le souhaite à Notre-Dame-de-Lorm pour le séminaire. Or, s’il y pouvait être plus propre et plus utile que chez vous, nous vous donnerions à sa place M. Thieulin, qui est un bon prêtre.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà, où je suis toujours, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Edme.
2478. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 7 décembre 1657..
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos deux lettres des 20 et 26 novembre. Je loue Dieu de l’arrivée de M. Berthe et des fruits que vous espérez de sa visite.
Je n’ai encore pu voir les lettres de Barbarie que vous m’avez envoyées, parce que je n’ai reçu votre paquet que depuis quelques heures ; je tâcherai d’y faire réponse au premier jour.
Vous vous êtes un peu trop hâté de nous tirer une lettre de change de 500 livres, après nous avoir écrit
Lettre 2478. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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que vous n’en trouviez pas, et prié de donner ici a Messieurs Simonnet l’argent que nous avions à vous faire venir, qui n’est que d’environ 330 livres ; car, selon cela, nous vous avons déjà envoyé une lettre pour recevoir 160 livres de M. Napollon, et ainsi vous toucherez 660 livres, qui est le double de ce que nous vous devons. Nous ne laisserons pas d’acquitter, Dieu aidant, les 500 livres, pour conserver votre crédit ; mais souvenez-vous de nous tenir compte de ce surplus.
Je trouve bonnes les raisons que vous me mandez pour envoyer à M. Le Vacher, de Tunis, le premier argent que nous recevrons pour Alger, étant juste qu’il soit remboursé des sommes qu’il a envoyées à notre frère Barreau en sa nécessité ; mais il faudrait que ledit frère Barreau nous assurât qu’il les a reçues. Je verrai si la lettre m’en dira quelque chose, et nous agirons conformément à cela.
Dieu soit loué du payement que le même frère était prêt de recevoir des 1600 piastres que lui devait le sieur Gaspard Vancamberg ! Cette somme, avec les mille écus que son frère lui a envoyés et les six cents et tant de piastres que M. Le Vacher, de Tunis, dit lui avoir fait toucher, auront servi pour payer ce qu’il devait de plus pressé ; il aura pu avec 9000 livres boucher beaucoup de trous.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.M.
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2479. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 7e décembre 1657.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monsieur,
J’ai reçu vos deux lettres des 17 et 25 octobre, qui m’ont donné de la joie et de la crainte : de la joie, en voyant que vous êtes à présent assemblés à Varsovie, vous et Messieurs Desdames et Duperroy, à leur grand contentement et au vôtre, dont je rends grâces à Dieu ; et de la crainte, en ce que vous dites que la campagne est infectée et que la ville est en quelque danger. Plaise à Dieu de la délivrer de ce fléau et de nouveaux troubles, puisqu’elle en a été déjà affligée tant de fois ! J’ai recommandé à notre communauté de lui demander instamment cette grâce.
Je suis consolé de ce que le bon M. Falibowski vous continue son affection ; si Dieu bénit les soins qu’il prend de vous faire avoir une maison à Cracovie, il faudra espérer de sa divine bonté qu’elle pourvoira aux autres choses nécessaires pour un établissement.
Vous dites que la guerre vous a ruiné trois maisons à Varsovie et cinq en votre terre. Ce dégât est notable ; mais il n’était pas juste que vous fussiez exempts de l’affliction publique ; et Dieu, qui l’a permise, aura la bonté, s’il lui plaît, de rétablir ces pertes en leur temps Oh ! que la reine est bonne d’avoir déjà fait des présents à votre église, la voyant destituée d’ornements ! Notre-Seigneur, qu’elle honore partout, ne laissera pas ce bon œuvre sans récompense, non plus que tous les autres qu’elle fait incessamment.
Lettre 2479 — Dossier de Cracovie, original.
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Nous ferons ce que Sa Majesté nous commandera à l’égard de M. Turin, père de Mademoiselle Cornuty. Je m’en vais commettre une personne pour aller savoir le lieu et l’état où il est, et tâcher de le mettre en assurance pour sa demeure et sa religion. Je vous en donnerai avis.
Je me sens très obligé à Mademoiselle de Villers des bons offices que sa charité vous rend aux rencontres.
M. Sergent vint céans dernièrement ; mais je me suis trouvé absent, à mon grand regret, qui aurais été consolé de le voir et d’apprendre de lui le détail des nouvelles. Il m’a apporté quelques lettres de vieille date, où il n’y a rien qui requière réponse.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Nous avons plus de quarante séminaristes, la plupart de bonne espérance. Nous avons eu quelques malades, qui se portent mieux à présent. Nous avons envoyé annoncer deux missions en même temps, sans une troisième, qui se fait en Champagne.
J’enverrai votre paquet à Nibas (1).
Je me recommande à vos prières et à celles de nos chers confrères et de nos bonnes sœurs, que je salue.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Si M. Falibowski avance la chose que son incomparable charité vous procure à Cracovie, vous m’en donnerez avis, s’il vous plaît, afin de disposer quelques personnes de la compagnie à cet effet. O Monsieur
1) Pays natal de M. Ozenne, dans la Somme.
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que je prie Dieu de bon cœur qu’il sanctifie de plus en plus l’âme de ce bon Monsieur (2) !
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
2480. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 7 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
L’ordinaire de Lyon est arrivé, mais non pas la malle de Rome, et ainsi je n’ai point reçu de vos lettres.
J’attends que vous m’envoyiez les provisions du bénéfice de Gignac, dont vous avez pris les dates : l’une pour M. Cuissot, comme gradué sur Cahors, et l’autre pour M. Grimal.
Je n’ai pas encore reçu la réponse de Monseigneur le cardinal Bagni sur l’éclaircissement que j’ai demandé touchant les prêtres que S[on] E[minence] m’avait commandé d’envoyer en Hibernie et en Ecosse. Peut-être a-t-on changé de dessein. Je vous dirai à ce propos que Dieu ne m’a pas donné la même grâce vers Mgr le n[once] d’à présent (1), que j’avais vers son prédécesseur, et il m’a semblé qu’il a eu quelque peine de ce qu’on s’est adressé à nous (2) pour l’envoi de ces prêtres-là. Je n’en suis pas néanmoins assuré, mais vous ferez l’usage que vous jugerez à propos de cet avis.
2) Le post-scriptum est de la main du saint.
Lettre 2480. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Cœlio Piccolomini, archevêque de Césarée, nonce en France de 1656 à 1663.
2) Première rédaction : qu’on ne s’est pas adressé à lui. — Le saint a corrigé de sa propre main.
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Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2481. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris. ce 8 décembre 1657.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai point reçu de vos lettres depuis la semaine passée, ce qui m’empêcha hier d’aller à l’assemblée, où rien n’a été ordonné de nouveau.
Je prie N.-S. que votre santé soit toujours bonne, et votre travail agréable à Dieu, en qui je suis, mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A notre frère le frère Jean Parre, de la Mission, à Rethel.
2482. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Novembre ou décembre 1657] (1)
Vous n’avez donc pas su les pertes que nous avons
Lettre 2481. — L. s. — Dossier de Turin, original.
Lettre 2482 — Abelly, op. cit,. III, chap.XXI, p. 311.
1) Saint Vincent a écrit cette lettre après avoir appris la mort de Dermot Duiguin, c’est-à-dire après le 30 octobre 1657, et fort probablement dans les deux mois qui ont suivi cette nouvelle.
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faites ! O Monsieur ! qu’elles sont grandes, non seulement pour la quantité des hommes que Dieu nous a ôtés, au nombre de dix ou onze, mais pour la qualité de leurs personnes, étant tous prêtres et des meilleurs ouvriers de la compagnie ! Aussi sont-ils tous morts en servant actuellement le prochain, et d’une manière toute sainte et extraordinaire. Ce sont Messieurs… desquels il y en a six qui sont morts de peste à Gênes en servant les pestiférés, sans parler d’un frère ; et les autres ont donné leur vie temporelle pour procurer l’éternelle aux insulaires de Madagascar et des Hébrides. Ce sont autant de missionnaires que nous avons au ciel. Il n’y a pas lieu d’en douter, puisqu’ils se sont tous consumés pour la charité et qu’il n’y en a pas une plus grande que de donner sa vie pour son prochain, ainsi que Jésus-Christ même l’a dit et pratiqué. Que Dieu soit donc glorifié, Monsieur, de la gloire qu’il a donnée à nos confrères, comme nous avons sujet de le croire, et qu’à jamais son bon plaisir soit la paix et le calme de nos cœurs affligés ! Je ne vous dis pas quelle a été notre douleur en recevant ces fâcheuses nouvelles, qui sont venues presque toutes en même temps ; il me serait impossible de vous l’exprimer. Vous pourrez juger, par la peine que vous en ressentirez, vous qui aimez tendrement la compagnie, que nous n’en pouvions pas recevoir une plus grande sans en demeurer accablés.
2483. — A DOMINIQUE LHUILLIER, PRêTRE DE LA MISSION, A CRéCY
De Paris, ce 11° décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Lettre 2483 — L. non s. — Dossier de Turin, minute de la main du secrétaire.
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Il est vrai que je ne vous ai pas écrit il y a longtemps ; je vous prie de m’en excuser. Je vous remercie de ce que vous ne laissez pas de me donner de vos nouvelles, qui me consolent toujours. Je rends grâces à Dieu de la bonne disposition qu’il vous donne, et des présents que Madame (1) a faits à votre chapelle.
Il est bien à souhaiter que le procès (2) se vide bientôt, afin que vous ne demeuriez pas seul hors d’état de faire des missions, pour lesquelles Dieu nous a assemblés. Je ne presse pas Mgr de Meaux (3) de hâter ses poursuites, parce qu’il en a fait son affaire et que je suis bien aise de ne m’en mêler pas, afin que tant moins il y aura du nôtre dans l’événement, nous y regardions tant plus la volonté de Dieu. Cependant il est juste que vous recouriez à nous pour la petite subsistance. C’est pourquoi je vous prie, lorsque vous aurez besoin de quelque chose, de me le mander ; nous y pourvoirons, Dieu aidant. La maison de Montmirail n’est en état de vous payer. Vous ferez bien de retirer ce qui vous est dû d’ailleurs et l’employer au plus pressé de vos petites provisions.
Vous n’avez donc pas su les pertes que nous avons
1) Marie Séguier, veuve de César de Coislin, mariée en secondes noces au marquis de Laval-Boisdauphin.
2) Au début de la fondation de la maison de Crécy, Pierre Lorthon avait promis de donner à la Mission 4.000 livres de revenu sur cinq grosses fermes qu’il avait obtenues du roi et de la reine. Réflexion faite, il préféra attribuer 2.000 livres à l’hôpital de Crécy et garder le surplus. De là, entre l’évêque de Meaux et Pierre Lorthon un procès, qui se termina en 1659 à l’avantage des missionnaires. Saint Vincent eût préféré tout abandonner plutôt que citer un bienfaiteur devant des juges. Privé des ressources sur lesquelles il comptait, il n’avait laissé à Crécy qu’un prêtre et un frère. Le prêtre disait tous les jours la messe dans la chapelle, confessait les personnes qui se présentaient et visitait les malades de la paroisse qui le demandaient.
3) Dominique Séguier.
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faites ! O Monsieur, qu’elles sont grandes, non seulement pour la quantité des hommes que Dieu nous a ôtés, au nombre de onze, mais pour la qualité de leurs personnes, étant tous prêtres, à la réserve d’un seul, qui n’était que frère coadjuteur, et des meilleurs ouvriers de la compagnie ! Aussi sont-ils tous morts en servant actuellement le prochain, mais d’une manière toute sainte et extraordinaire.
Nous avions envoyé à Madagascar Messieurs Dufour, Prévost et de Belleville, et tous trois sont allés à Dieu après avoir donné des preuves de leur zèle et de leur bonne conduite pendant le voyage, et après être arrivés au lieu de leur Mission, où ils n’ont laissé que M. Bourdaise, que Dieu bénit d’une façon merveilleuse.
A Gênes, Dieu a disposé de Messieurs Blatiron, qui était le supérieur, Duport, Ennery, François Vincent, Tratebas et Boccone, ensemble d’un frère coadjuteur. Et entre ces sept, qui sont morts de peste, il n’y en a qu’un qui ne se soit exposé et n’ait pris la maladie en servant les pestiférés, et celui-là était aussi disposé que les autres de les aller servir, s’il n’avait été des premiers frappés. Il n’est resté que trois prêtres en cette maison affligée, et l’un est encore dans un lazaret, où il sert les malades, après l’avoir été lui-même, dont il est parfaitement guéri, grâces à Dieu.
Voilà donc dix personnes qui, selon l’écriture, ont sauvé leurs âmes en les perdant ; et la onzième est M. Duiguin, qui a travaillé aux îles Hébrides avec une bénédiction singulière et presque incroyable, et où il a donné sa vie temporelle pour procurer l’éternelle à ces pauvres insulaires, qui l’ont tous pleuré comme leur père. Ce sont autant de missionnaires que nous avons au ciel ; il n’y a pas lieu d’en douter, puisqu’ils se sont tous consommés pour la charité, et qu’il n’y en
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a pas une plus grande que de donner sa vie pour son prochain, ainsi que N.-S. l’a dit et pratiqué. Si donc nous avons perdu d’un côté, nous avons gagné d’un autre, en ce qu’il a plu à Dieu de glorifier nos confrères, selon que nous avons sujet de le croire, et que les cendres de ces hommes apostoliques seront la semence d’un grand nombre de bons missionnaires. Ce sont au moins les prières que je vous prie de faire à Dieu. Je ne vous dis pas quelle a été notre douleur en recevant tant de fâcheuses nouvelles, qui nous sont venues quasi toutes en même temps. Il me serait impossible de la vous exprimer. Vous pourrez juger par celle que vous en ressentirez, vous qui aimez tendrement la compagnie, que nous n’en pouvions pas recevoir une plus grande sans en demeurer accablés.
Je suis, en l’amour de celui qui mortifie et vivifie, Monsieur, votre très humble serviteur.
2484. — A JACQUES THOLARD, PRêTRE DE LA MISSION,
A BRUYèRES (1)
De Paris, ce 12 décembre 1657
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je l’ai dit souvent à la compagnie, Monsieur, qu’il ne lui arrive point de mal que par ma faute. (1) a difficulté qui se rencontre en cette mission le fait voir assez ; et de cela je vous demande pardon, prosterné en esprit
vos pieds et de ceux qui sont auprès de vous.
Il semble que vous ayez raison, Monsieur, de douter
Lettre 2484. — L. a. — Dossier de Turin, original.
1) Bruyères-le-Châtel, dans l’arrondissement de Corbeil (Seine et- Oise).
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si vous devez continuer à travailler, ou quitter ce que vous avez commencé et vous en revenir, puisque vous n’avez point de logement propre, que vous êtes contraint de louer à l’hôtellerie, que votre auditoire est fort petit, n’ayant qu’environ cent personnes, dont la plupart sont des enfants, et enfin qu’il y a cinq ou six hameaux écartés.
Mais il semble, d’un autre côté, que vous devez vous donner à Notre-Seigneur pour continuer jusques à la fin de la mission : premièrement, pource que vous avez été reçu par Messieurs les curés ; 2° que le seigneur du lieu y a consenti ; 3° que nulle puissance vous contredit ; 4° que ce pauvre peuple, ou plusieurs d’entre eux, assistent aux exercices, et notamment la jeunesse, que NotreSeigneur voyait si volontiers à ses prédications, et laquelle en a tant de besoin ; 5° que peut-être Notre-Seigneur a dessein de sauver quelque bonne âme qui est en danger de son salut et doit mourir bientôt, mais, venant à se damner faute de secours, vous rendra responsable de sa perte, et moi avec vous, si nous ne faisons sa volonté en ce rencontre ; 6° que c’est une épreuve que Dieu veut faire de votre patience dans les difficultés que vous me proposez, et que l’esprit malin se sert de cette occasion pour détourner le bien qu’il voit que vous faites, se servant des sentiments de votre nature, de ce qu’elle est mortifiée de ce qu’on ne vous a pas accueilli comme l’on fait pour l’ordinaire aux autres lieux, comme à Conflans (2), ou de ce que vous n’êtes pas logés de même, ains dans une hôtellerie.
Toutes ces raisons, Monsieur, et plusieurs autres font que je vous prie de continuer et d’achever l’œuvre que vous avez commencé, nonobstant les raisons contraires,
2) Probablement Conflans-Sainte-Honorine, dans l’arrondissement de Versailles (Seine-et-Oise).
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comme celle du refus que vous fait le concierge de vous loger et d’être reçu à l’hôtellerie, vous ressouvenant que le Missionnaire des missionnaires n’avait pas une pierre pour reposer sa tête, que l’on lui a quelquefois refusé l’entrée des lieux où il allait travailler, et chassé, lui et les apôtres, de quelques provinces ; et le bon Dieu n’a pas encore trouvé digne la Mission d’un tel traitement.
Quant aux hameaux écartés, il se trouve peu de paroisses à la campagne où il n’y en ait ; et il arrive quelquefois qu’ils sont plus zélés à participer aux exercices de la mission que les autres. Il n’en faut que un ou deux à chaque hameau, que Notre-Seigneur ait touchés, qui deviennent les prédicateurs du reste du peuple. Et quand il arriverait que vous soyez mal suivis en ce lieu-là, ressouvenez-vous que Notre-Seigneur prêchait à un bien petit nombre de personnes, voire à une seule, et que peut-être Notre-Seigneur a permis ces sujets de dégoût pour vous prêcher vous-même et vous garantir de la vaine satisfaction que nous cherchons imperceptiblement dans nos emplois.
Or, cela étant ainsi, je vous supplie, Monsieur, de continuer, au nom de Notre-Seigneur, de travailler, quand il n’y aurait qu’une seule âme qui aurait besoin de vous, en la vue du sentiment de Notre-Seigneur, que le bon pasteur doit quitter son troupeau de 99 brebis pour aller chercher la centième égarée. Rarement arrive-t-il en ces rencontres qu’une mission ainsi commencée ne réussisse à la fin, quand les missionnaires exercent les vertus qu’il faut : la patience, l’humilité, l’oraison, la mortification. C’est, Monsieur, ce que j’espère que vous ferez, et que vous édifierez M. Caset et M. de Fleury (3),
3) Antoine Fleury, né à Bully (Rhône) en septembre 1624, entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 28 août 1657, reçu aux vœux à Saintes le 18 janvier 1660.
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qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Si vous avez besoin de meubles, l’hôtesse de Châtres vous en louera, celle qui est vis-à-vis de l’église. Ne vous attendez point au logement du prieuré. J’ose vous dire que ce misérable n’a jamais fait de meilleures missions que lorsqu’il a été logé dans des hôtelleries.
2485. — A PIERRE CABEL
De Paris, ce 12 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à Mademoiselle de Santeuil que Mademoiselle Le Gras ne peut envoyer à Sedan une troisième fille, parce qu’elle n’en a pas de reste et qu’il vaut mieux prendre de delà une femme ou fille pour soulager les sœurs malades, que d’en exposer une d’ici à un fâcheux voyage et à beaucoup de frais.
Le R. Père Annat a envoyé céans deux volumes d’un livre qu’il a composé (1), l’un pour vous et l’autre pour M. le curé de Stenay. Je vous les ai fait adresser par le coche qui partit hier d’ici, comme je crois. Vous les ferez retirer, s’il vous plaît, et ferez tenir audit sieur curé le sien.
Lettre 2485. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Le Père Annat est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages. Nous avons déjà signalé deux de ceux qu’il publia en 1657. Il fit paraître cette même année, en collaboration avec ses confrères les Pères Jacques Nouet, de Lingendes et Brisacier, Réponses aux Lettres provinciales publiées par le secrétaire de Port-Royal contre les PP. de la Compagnie de Jésus sur le sujet de la morale desdits Pères, Liège, in- 12.
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Je suis, en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel, prêtre de la Mission, à Sedan.
2486. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 14 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je fais réponse à vos dernières lettres. Votre absence de Turin me pourra priver pour quelque temps d’en recevoir. Pourvu que Dieu vous conserve en santé et bénisse vos missions, j’accepterai volontiers cette privation, procédant d’un si bon sujet. La présente n’est donc que pour accompagner les incluses. Il y en a une pour M. Berthe, qui vous va visiter. Je pense vous en avoir donné avis, afin que vous ayez agréable de le recevoir et de disposer votre famille à profiter de sa visite. Il a beaucoup édifié et consolé toutes les maisons où il a passé. Je pense qu’il est à présent parti de Marseille pour aller à vous. Je ne sais pas s’il ira premièrement à Annecy, ou s’il le réservera pour le retour ; car j’ai laissé cela à sa liberté.
Nous n’avons rien de nouveau ici que les ordinands. Nos gens font trois missions en même temps, et je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la page : M. Martin.
Lettre 2486. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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2487. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 14e décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous écris pour en garder la coutume, et non pour répondre à aucune de vos lettres, n’en ayant reçu cette semaine, ni la précédente. J’en suis un peu en peine. Ce sont peut-être les neiges ou les débordements des eaux qui ont retardé les courriers.
Pour nouvelles, je vous dirai que Messieurs Portail, Alméras, Brin et Perraud, qui ont été fort. malades, sont à présent convalescents, grâces à Dieu. Le reste de la communauté se porte bien ; elle est maintenant occupée aux exercices de l’ordination. Mgr l’évêque de Pamiers fait l’un des entretiens avec grande bénédiction, et un jeune docteur de Sorbonne fait l’autre. Notre séminaire est plus peuplé qu’il n’a encore été, y ayant plus de quarante séminaristes, la plupart de bonne espérance. Dieu bénit aussi celui de Richelieu. M. Dehorgny est toujours supérieur aux Bons-Enfants, où le séminaire est plein d’ecclésiastiques externes. Ils manquent de place et non de sujets. Celui de Saint-Charles va bien aussi. Il y a beaucoup de nos prêtres en mission, séparés en trois bandes. Il a plu à Dieu de donner bénédiction aux visites de M. Berthe, qui est à présent en Savoie, comme je crois. Il n’ira en Italie plus avant que Turin pour cette fois ; nous en avons besoin ici.
M. Le Vacher, venu d’Alger, n’y est pas encore retourné, comme il fera sitôt que nous aurons l’argent qu’il faut pour dégager le consul. Ses facultés sont
Lettre 2487. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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expirées et, comme je pense, aussi celles de M. son frère à Tunis. Je vous prie, Monsieur, de les faire renouveler pour l’un et pour l’autre. Je ne vous parle plus de la permission que les prêtres exercent le consulat, sachant que vous en avez présenté le mémoire à la Sacrée Congrégation.
J’espère de vous envoyer avec la présente la relation de Madagascar, que nous faisons copier. Nous pensions qu’un vaisseau s’y en irait cette automne, mais son départ est différé jusqu’au printemps.
Je ne puis finir sans vous parler encore de vos paquets qui sont en demeure ; j’ai quelque raison particulière pour désirer de les recevoir bientôt. J’espère d’en recevoir après-demain deux ou trois.
Je prie N.-S. qu’il confirme votre santé et bénisse vos conduites et vos missions. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2488. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 14e décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous écris pour en garder la coutume, et non pour répondre à aucune de vos lettres, n’ayant encore reçu celles du dernier ordinaire, par lequel j’attends le résul-
Lettre 2488 — Dossier de la sœur Hains, original
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tat de la visite que vous a faite M. Berthe, et la nouvelle de son départ pour Turin ou Annecy.
Depuis ceci écrit, j’ai reçu votre lettre du 4. Je loue Dieu de toutes les choses que vous me mandez, qui ne requièrent pas autrement réponse. Je le remercie surtout de la grâce qu’il vous fait de vous abandonner tout à sa conduite.
Puisque vous n’avez point tiré de lettre de change sur nous, je vous en enverrai une par le prochain ordinaire, Dieu aidant, pour les 183 livres que M. Huguier a avancées aux forçats.
Vous dites qu’il est allé une barque en Alger et une autre à Tunis. Vous ne dites pas si vous y avez envoyé de l’argent. Je vous ai prié et je vous prie encore de n’y en envoyer point que je ne vous le mande, particulièrement les mille écus des Basques.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Au bas de la première page : M. Get.
2489. — AU FRèRE JACQUES RIVET, A GêNES
De Paris, ce 14e décembre 1657.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La lettre que vous m’avez écrite le… octobre a renouvelé ma douleur, par les pertes que vous avez faites, et a servi à me consoler par le bon rapport que vous me faites de nos confrères morts et vivants. Dieu soit loué,
Lettre 2489 — Dossier de Turin, copie du XVIIè siècle.
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mon cher Frère, de ce que les uns ont donné leurs vies pour la charité et les autres leurs soins pour le soulagement et la consolation des malades et le bon ordre de la famille, à quoi je sais que vous avez contribué de votre côté, dont je remercie sa divine bonté, qui vous a donné son bon cœur pour le service de la compagnie. Ce n’est pas merveille qu’il se soit attendri sur la mort du bon M. Blatiron, qui vous aimait et qui vous était si cher. Il est maintenant au ciel avec les autres, en état de nous bien aider devant Dieu, comme nous avons sujet de l’espérer. Vous voyez, mon cher Frère, comme ils ont persévéré jusqu’au bout à répondre aux desseins de Dieu au lieu où sa providence les avait conduits. Demandons-lui qu’il nous fasse la même grâce. Nous l’avons beaucoup prié pour votre conservation, et nous le ferons encore.
Continuez d’être toujours à consolation et à soulagement à un chacun, pour l’amour de Notre-Seigneur, à qui vous vous rendrez par ce moyen très agréable. Ma sœur votre mère est toujours parmi les Filles de la Charité et employée à la communauté des vieillards du Nom-de-Jésus. Elle se porte bien, et Messieurs vos frères se portent bien aussi.
Pour moi, je suis toujours, en l’amour de Notre-Seigneur, mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2490. — A LA SUPéRIEURE
DU SECOND MONASTèRE DE LA VISITATION DE PARIS
Je prie la Révérende Mère supérieure de Sainte-Marie
Lettre 2490. — Reg. I, f° 66.
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du faubourg de faire entrer dans son monastère Mademoiselle de Lamoignon pour y voir notre chère sœur Marie-Elisabeth (1).
2491. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 21 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas encore reçu votre lettre du dernier ordinaire. Je vous dirai, en l’attendant, que voici une lettre de change de 200 livres sur Messieurs Napollon, pour rembourser à M. Huguier ses avances faites et à faire pour les pauvres forçats. Je dis "à faire", parce que, ne lui étant pas tant dû, il lui restera quelque peu de chose pour les premières fournitures que nous le prierons de leur faire.
On travaille ici aux affaires du consul d’Alger. Le commencement nous a donné quelque espérance de succès ; mais nous ne voyons pas que la chose s’avance ; il y faut du temps et de la patience.
Dieu vous conserve et vous bénisse ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Marie-Elisabeth de Lamoignon, morte à Paris le 12 août 1658
Lettre 2491 — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez Mr Hains à Marseille.
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2492. — A ANTOINE DURAND, SUPéRIEUR, A AGDE
De Paris, ce 21 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne vous écrivis pas vendredi dernier, pour commencer à pratiquer votre avis, qui est de ne nous entr’écrire que de 15 en 15 jours. Je reçus ce jour-là votre lettre du 3. Je loue Dieu de la disposition qu’il vous donne à faire agréablement toutes les choses qui sont de son bon plaisir ; c) est un effet de la grâce qu’il a mise en vous, et non d’aucune vertu qui soit en mes paroles, car mes péchés me rendent indigne que sa divine bonté bénisse ce que je dis.
J’approuve que vous receviez en vos leçons du séminaire les ecclésiastiques de la ville qui auront désir de s’y trouver (1), pourvu qu’ils aient une bonne intention et que M. le grand vicaire (2) n’ait point de raisons contraires. Pour moi, je n’en vois aucune, mais bien plusieurs pour souhaiter que tous aient la même affection.
Nous attendons les actes que vous nous avez fait espérer touchant votre fondation. Nous n’avons rien de nouveau qu’environ 80 ordinands, à qui Mgr de Pamiers fait les deux entretiens avec bénédiction.
Je suis en N.-S…
Lettre 2492. — L. non s. — Dossier de Turin, minute.
1) Ici sont raturés les mots : "Il serait à souhaiter que tous eussent la même affection d’apprendre."
2) Première rédaction : et que M. Le Breton.
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2493. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 21 décembre 1657
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir vos deux lettres des 3 et 8e novembre. Il nous sera difficile de vous renvoyer aucun des prêtres qui sont venus de Pologne, pour le besoin qu’en ont les maisons où ils sont. Mais nous avons pensé de vous envoyer 5 ou 6 jeunes hommes, parce que, tandis qu’ils achèveront de delà d’étudier en théologie, ils apprendront le polonais et s’accoutumeront au pays bien plus aisément que s’ils étaient plus avancés en âge. Je vous prie de me mander votre sentiment sur cela Nous ne laisserons pas de vous envoyer quelque prêtre, et à même temps un ou deux frères coadjuteurs. Cependant nous demanderons à Dieu la grâce de correspondre aux desseins qu’il a sur la compagnie en ce royaume-là. Nous continuons à le prier qu’il achève de le rétablir en son premier lustre, et surtout qu’il lui donne la paix. Je remercie sa divine bonté de ce qu’il y paraît quelque disposition à cela. Vous m’avez fort consolé par cette bonne nouvelle et par les autres que vous me donnez.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà.
Je vous embrasse tendrement. C’est en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne.
Lettre 2493. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
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2494. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 21 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas reçu de vos lettres cette semaine, non plus que les deux précédentes, à la réserve d’une vieille, que je devais avoir reçue il y a cinq mois, car elle est du 10e juillet. Il y en a encore une ou deux en demeure de ce temps-là. Celle-ci était accompagnée de l’indulgence que vous avez obtenue pour un curé du diocèse d’Aire, dont je vous remercie.
Voici la relation de M. Bourdaise, que je faillis à vous envoyer par le dernier ordinaire. Je ne sais ce que Dieu fera de notre Mission de Madagascar. On m’a dit que M. le maréchal de la Meilleraye a demandé aux Capucins douze de leurs Pères et qu’ils les y ont promis. Il pourrait y avoir en cela quelque chose de vrai, parce que, m’étant donné l’honneur de lui écrire pour lui donner avis que nous tiendrons prêts deux ou trois prêtres pour le premier embarquement, que l’on disait être proche, et le supplier de nous faire savoir le temps qu’il aurait agréable qu’ils se rendissent à Nantes, il ne m’a point fait réponse. J’ai ensuite écrit à une personne de piété qui est auprès de lui, et ai même fait écrire par M. l’abbé d’Annemont à un autre pour savoir quel est son dessein et à quoi nous devons nous attendre, sans en avoir rien appris d’assuré. Il en sera ce qu’il plaira à Dieu (1).
Lettre 2494. — L. s. — Dossier de Turin, original
1) Les démêlés entre le duc de la Meilleraye et la Compagnie des Indes remontaient à quelques années. Cette société avait reçu du roi le droit exclusif d’entretenir des relations commerciales avec
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Je viens présentement de recevoir deux de vos lettres des 12 et 19 de novembre. Je ferai savoir à Mgr l’évêque du Puy et au Père provincial de la Merci ce que vous m’écrivez de leurs affaires, et leur en enverrai même à chacun un extrait. En écrivant ceci, ledit Père est venu, et je lui ai fait savoir ce qui le regarde.
Je rends grâces à Dieu de la bonne disposition où est l’affaire de Saint-Pourçain, et de ce que Mgr le cardinal dataire (2) s’y est porté favorablement. Dieu nous rende dignes par sa grâce de la bienveillance dont il plaît à S[on] E[minence] de nous honorer ! Nous payerons volontiers les mille livres que cette union doit coûter, et vous ferez bien de les payer sans demander diminution, tant pour la raison que vous marquez, que pour hâter l’expédition de la bulle. Il ne faut pas douter qu’il n’intervienne des difficultés en l’exécution, mais la Providence les lèvera quand il lui plaira.
Puisque la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide n’a pas voulu consentir que nos prêtres exercent les consulats de Tunis et d’Alger, il faut acquiescer à son jugement. Je voudrais bien savoir si ce défaut de consentement emporte une défense, ou si, refusant de
l’île de Madagascar et les îles adjacentes, et ce droit lui avait été renouvelé en 1652 pour une période de vingt ans. Mais le défaut d’entente entre les membres et le manque de fonds paralysèrent son action. En novembre 1655, le duc envoya de sa propre initiative quatre vaisseaux à Madagascar. Un procès eut lieu, bientôt suivi d’un accord. Sébastien Cazet reconstitua la société sur d’autres bases. (Cf. Bibl. Nat., ms. fr. 10 209) Le différend semblait apaisé. Mais il fallait compter avec le caractère impérieux du duc, qui se sentait fort des appuis qu’il trouvait à la cour et du dévouement des deux commandants qu’il avait lui-même établis à Fort-Dauphin, MM. du Rivau et Chamargou. Il fit partir le Saint-Jacques en novembre 1656, sans attendre les marchandises commandées par la Compagnie. Dès ce jour, la scission fut complète. (Cf. Etienne de Flacourt ou les origines de la colonisation française à Madagascar, par Arthur Malotet, Paris, 1898, in-8°, p. 268 et suiv)
2). Jacques Corradi.
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permettre ouvertement cet exercice, elle est pour le moins disposée à le tolérer en Messieurs Le Vacher, en sorte qu’ils soient en sûreté de conscience ; autrement, ils n’ont qu’à s’en revenir et abandonner entièrement les esclaves, puisqu’il n’est pas possible de les assister, comme on a fait, sans l’autorité des consulats, ni de trouver des laïques propres pour les aller exercer avec la fermeté et le désintéressement qu’il faut pour soutenir l’œuvre de Dieu, après les mauvais traitements que les derniers y ont reçus. Néanmoins, nous n’en viendrons point à cet entier abandonnement que le plus tard qui se pourra ; car, s’il arrive, ce sera un grand malheur. Vous nous enverrez donc, s’il vous plaît, les facultés apostoliques pour ces deux frères.
Je trouve la réponse que vous avez faite à Mgr le cardinal Ludovisio (3) fort bonne et judicieuse, au sujet de la proposition des évêques ; et il me semble que vous n’en pouviez pas faire une plus conforme à notre constitution. Dieu vous bénisse !
Vous aurez bien fait si vous êtes allé entendre Mgr le cardinal Sainte-Croix (4), puisqu’il l’a tant désiré et que vous avez besoin de prendre de fois à autre l’air de la campagne.
J’approuve que vous receviez le jeune gentilhomme français qui a fait la retraite chez vous, et autant d’ecclésiastiques qu’il s’en présentera pour entrer en la compagnie, lorsqu’ils auront leurs titres et les qualités requises, et surtout qui seront bien intentionnés.
Je vous remercie de la provision du prieuré de Champvant que j’ai reçue pour M. Le Boysne.
3) Nicolas Albergati-Ludovisio, nommé cardinal en 1645, grand pénitencier de,149 à 1687, mort en 1687.
4) Marcel Sainte-Croix, né le 7 juin 1619, cardinal le 19 février 1652, évêque de Tivoli en octobre de la même année, mort à Rome le 19 décembre 1674
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Je n’ai rien à dire aux raisons que vous avez apportées à Mgr le cardinal Bagni pour ne s’employer pas à vous faire mettre dans le palais de Saint-Jean-de-Latran, puisque c’est un lieu qui ne vous accommode point. Néanmoins, si la providence de Dieu, par l’ordre du Pape, vous y logeait, il semble qu’il en pourrait arriver du bien, tant parce que ce serait un moyen pour faire servir la compagnie au premier siège de l’église, qu’une occasion pour entreprendre les exercices des ordinands ; et cela n’empêcherait pas que, avec le temps, les missionnaires n’eussent une autre maison à la ville plus commode.
Je ne m’étonne pas des difficultés que vous trouvez dans l’affaire du Sépulcre ; car elle a commencé par un mauvais fondement, M. Le Vazeux l’ayant entreprise sans notre avis et sans les précautions qu’il devait observer.
Prenez, s’il vous plaît, conseil pour savoir s’il y a quelque danger que les prêtres se mêlent de donner des remèdes aux pauvres gens, pour certains maux dont ils sont atteints ; pour moi, je n’y en vois pas ; et il me semble que, si d’autres n’y en trouvent point, que vous ferez bien de laisser exercer à M. d’Eu sa charité en ce rencontre, pourvu que ces remèdes corporels ne le détournent pas de ses fonctions spirituelles et ne lui coûtent pas beaucoup de peine et de dépense.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
5) Première rédaction pour faire connaître la compagnie. La retouche est de la main du saint.
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2495. — A HIPPOLYTE FERET,
CURé DE SAINT-NICOLAS-DU-CHARDONNET
De Saint-Lazare, ce 22 décembre 1657.
Ayant fait faire un extrait des lettres de Monseigneur de Boulogne (1) sur les misères de son diocèse, je l’ai porté à l’assemblée des dames de la Charité, qui ont résolu de donner trois cents livres pour être employées en habits ; et j’ai été chargé de faire savoir à ce bon évêque que, s’il a agréable de prendre cette somme de quelque marchand de sa ville et d’en tirer lettre de change sur Mademoiselle Viole, elle sera exactement payée. Je supplie très humblement Monsieur de Saint-Nicolas de lui en donner avis, puisque cette aumône est un effet de sa recommandation. Il n’est pas besoin de lui dire qu’elle est pour en couvrir les pauvres les plus nus, car sa charité paternelle leur est trop compatissante pour en ordonner autrement.
Les dames n’ont encore rien destiné pour les deux maisons religieuses, parce que leur fonds s’était trouvé tout épuisé. Nous verrons si dans quelque temps on pourra leur envoyer quelque petit soulagement.
2496 — A LOUIS DUPONT
De Paris, ce 26 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre dernière, dont je n’ai pu lire la date. Il
Lettre 2495. — L. non s. — Dossier de Turin, original.
1). François Perrochel (1645-1682).
Lettre 2496. — L. s. — Dossier de Turin, original. On conserve à Turin également la minute de cette lettre.
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y a sujet de se consoler du retour de la personne dont vous me parlez. Comme j’ai été fort étonné de sa chute, j’aurai aussi beaucoup de joie s’il reconnaît ses fautes. Il ne faut donc pas le rebuter, mais l’accueillir et le traiter cordialement pour lui donner la confiance de vous voir et de vous consulter. Témoignez-lui affection pour le servir, comme de vous-même, sans lui dire que je vous en ai écrit, sinon en cas que vous le jugiez expédient. Vous pouvez même lui conseiller de s’en venir de deçà pour s’éloigner des occasions (1).
J’ai ratifié l’arrêté de compte de M. le théologal (2) ; mais il est encore chez le notaire. Je le vous enverrai par le 1er ordinaire, ou je le mettrai entre les mains de Mgr l’évêque (3), pour lui faire tenir, puisque c’est à lui qu’il l’a donné.
Je salue affectionnément et tendrement votre cœur et votre famille, et je prie N.-S. qu’il les bénisse si abondamment, que la bénédiction en rejaillisse sur le séminaire, et que tous ces Messieurs, en qui vous tâchez de mettre et de perfectionner l’esprit ecclésiastique, s’en trouvent à la fin remplis. Je ne vous les recommande pas ; vous savez que c’est là le trésor de l’église.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dupont, supérieur des prêtres de la Mission, à Tréguier.
1) Première rédaction de s’en venir de deçà ; et, quand il y sera. nous verrons.
2). M. de Rumelin.
3) Balthazar Grangier de Liverdi.
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2497. — A PIERRE LAISNé
De Paris, ce 26 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre, qui m’a plus consolé que vous puis dire. Je vous remercie de l’avis que vous me donnez ; j’en ferai l’usage qu’il faut, Dieu aidant.
Je suis en grande peine de la maladie de M. Le Boysne, et je prie N.-S. qu’il le conserve à la compagnie et le rétablisse bientôt en sa parfaite santé, puisqu’il l’emploie si utilement qu’il fait. Je ne vous le recommande pas, en l’absence de M. Serre, sachant bien que votre charité prend soin que rien ne lui manque de ce qui peut contribuer à le consoler et le guérir. Je vous prie seulement de continuer et de l’embrasser de ma part.
Je loue Dieu, Monsieur, de ce que vous avez une vingtaine de séminaristes et de ce que vous travaillez à leur avancement. Je ne puis m’empêcher de vous conjurer, de la part de N.-S., qui veut qu’ils soient tous bons et parfaits ecclésiastiques, de faire tout ce que vous pourrez pour les rendre tels, n’y épargnant ni les prières, ni les semonces, ni les exercices, ni les bons exemples. Voyez [-vous], Monsieur, c’est là le trésor de l’église que [Dieu vous] a confié, et le champ où vous devez s [avoir faire] (1) valoir les grâces qu’il a mises en vous ; et c’est la prière que je fais à Dieu.
Lorsque M. Serre sera de retour, dites-lui que j’ai
Lettre 2497. — L. s — Dossier de Turin, original.
1) L’original, rongé par les mites, a perdu quelques mots, que nous plaçons ici entre crochets.
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reçu le livre qu’il m’a adressé pour M. Dolivet (2), à qui je le ferai tenir ; mais j’attendrai une occasion favorable, car les ports sont trop chers ; celui de Rennes ici coûte 32 sols.
Je salue la chère famille de Saint-Méen. Nous n’avons rien de nouveau. Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Laisné, prêtre de la Mission, à Saint-Méen.
2498. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 28e décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu, avec votre lettre du 26 novembre, l’autel privilégié pour Saint-Sauveur de Melun et les facultés pour ces Messieurs des Hébrides, dont je vous remercie. Vous avez su depuis comme il a plu à Dieu de disposer de M. Duiguin. Je vous en ai donné avis, ce me semble.
Ne demandez donc point d’extra tempora pour le frère Plunket, attendu que les raisons que vous me mandez sont assez considérables pour en demeurer là. Il est maintenant à Tréguier, où je pense qu’il aura reçu le sous-diaconat à cette dernière ordination, et il y pourra
2) Julien Dolivet, né à Cardroc (Ille-et-Vilaine) le 20 mars…, ordonné prêtre le 30 mars 1652, entré dans la congrégation de la Mission à Richelieu le 2 janvier 1653, reçu aux ; vœux à. Agde en mars 1656. Il dirigea la maison de Sedan de 1668 à 1673 et celle de Narbonne de 1673 à 1682.
Lettre 2498. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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recevoir les autres ordres sacrés entre ci et Pâques. Mais pour le frère Deslions et pour les autres du même pays dont je vous prierai ci-après de nous envoyer les extra tempora, et qui n’auront pas une des conditions requises pour les obtenir, comme d’être sous-diacres, ou nobles, ou professeurs en théologie, ou âgés de 30 ans, je vous prie de faire un effort pour les avoir, en exposant le besoin que la compagnie a de prêtres ; et, si cela ne suffit, ajoutez-y ob solatium parentum senio confectorum, ou d’autres causes telles que vous jugerez à propos, sans avoir égard à la dépense.
Nous acquitterons votre lettre de change de 32 livres 15 sols pour l’argent que vous avez donné à Jean Félix, et ferons tenir la lettre qu’il écrit à sa mère, à Villenauxe (1).
Je vous ai prié de savoir si nos prêtres pourront en conscience exercer les consulats de Tunis et Alger, attendu que la Sacrée Congrégation, qui ne veut pas donner cette permission, ne leur défend pas néanmoins de le faire, quoiqu’elle sache qu’ils en font déjà l’exercice.
Vous avez eu raison de remarquer que, dans la proposition que Mgr le cardinal Bagni vous a faite d’un établissement en son diocèse, il n’a pas découvert sa pensée touchant sa fondation. Il m’a fait l’honneur de m’écrire une lettre où il offre de donner une maison pour ce dessein ; mais il ne dit rien de la subsistance. Peut-être que S [on] E [minence] suppose que la maison de Rome entretiendra les missionnaires de son diocèse, ou que nous trouverons les moyens de les faire fonder
1) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Nogent-sur-Seine
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de deçà en la manière que la même maison de Rome se trouve fondée. Mais il ne faut pas s’attendre ni à l’un ni à l’autre C’est une affaire à tirer de longue, et vous ferez bien d’en user ainsi, sans pourtant faire connaître à ce bon seigneur que vous ayez ce dessein.
Quant à ce que vous me dites, que plusieurs bonnes propositions se sont déjà faites, qui s’en sont allées en fumée, je vous dirai, Monsieur, que ceux qui les ont faites peuvent avoir eu bonne intention. Mais, comme les œuvres nouvelles, pour saintes qu’elles soient, ne se font point si elles n’ont un promoteur qui les poursuive, celles-là n’en ayant point eu, elles sont demeurées. Grâces à Dieu, Monsieur, nous avons vu réussir heureusement les affaires qui vous ont eu pour leur premier mobile, par les soins et la bonne conduite que vous y avez apportés, en sorte que nous avons sujet de croire que tout ce qui s’est proposé aurait eu le même succès si vous en aviez pu être le solliciteur ; mais il y a des choses où nous ne devons agir que passivement.
Que savons-nous, Monsieur, s’il n’y a pas quelque chose de Dieu en la proposition de Saint-Jean-de-Latran ? Si vous y étiez logés, vous seriez citoyens de Rome et en état de rendre de nouveaux services à Dieu, et cela ne vous empêcherait pas d’avoir une autre maison à la ville pour y passer l’été. Puisque l’on vous recherche pour cela, vous ne devez pas vous hâter de donner l’exclusive, mais écouter les avances qu’on vous fait et prendre conseil.
Si vous trouvez de bons prêtres de delà qui veuillent s’exercer aux missions, et que vous en ayez de bons témoignages, vous ferez bien de les y admettre, sans attendre ma réponse. C’est ainsi que la compagnie en a usé du commencement, ayant reçu les externes à
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travailler avec elle, parce qu’elle ne pouvait pas suffire à tout, et que ces Messieurs-là se forment par ce moyen au service des âmes.
Je loue Dieu de ce que la supplique de Saint-Pourçain a été signée (2). Nous tâcherons d’acquitter la lettre que vous nous devez tirer pour ce regard.
Les livres que demande Mgr le cardinal Brancaccio, dont nous n’avons reçu la note que depuis 12 ou 15 jours, bien qu’il y ait plus de cinq mois que vous nous l’avez adressée, coûteront sept ou huit cents livres, selon la supputation de M. Soly, libraire, que nous avons fait venir céans exprès pour en savoir le prix, sans compter ceux que vous demandez pour le R. P. Hilarion. Je ne sais, Monsieur, si c’est pour leur en faire présent à tous deux, ou s’ils ont dessein de les payer. J’attendrai votre réponse avant de passer outre.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il n’y a que dix ou douze jours que j’ai reçu votre lettre du sixième de juillet, qui fait mention des livres pour Monseigneur le cardinal Brancaccio et du R. P. Hilarion (3).
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2) La Bulle qui unit le prieuré de Saint-Pourçain à la congrégation de la Mission porte la date du 13 décembre.
3) Cette phrase est de la main du saint.
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2499. — A FIRMIN GET
De Paris, ce 28 décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos deux lettres des 11 et 18 de ce mois. Je m’emploierai volontiers vers Monsieur le duc de Richelieu pour le choix des nouveaux administrateurs, et ferai ce que je pourrai, afin que vous en ayez la réponse au plus tôt, telle que vous la désirez.
Nous, vous avons envoyé une lettre de change de 200 livres pour les avances que M. Huguier a faites aux forçats ; je ne doute pas que vous ne l’ayez reçue à présent.
Vous me mandez que, si M. Le Vacher se hâte, il trouvera encore à Marseille la barque qui doit aller à Alger. S’il n’était question que de lui, il serait prêt à partir ; mais il faut de l’argent, et nous n’en avons pas. Il s’en met assez en peine, et nous aussi. Nous faisons ce que nous pouvons pour en trouver ; mais nous n’y avançons guère. On fait une quête pour ce qui nous manque. Il faut avoir patience.
M. Delaforcade nous a écrit par le dernier ordinaire, sans nous parler de la caisse que vous lui avez adressée ; peut-être ne l’avait-il pas encore reçue.
M. Berthe est arrivé à Turin ; j’en ai reçu lettre.
Je loue Dieu de l’occasion qu’il vous a donnée de lui rendre service en la personne de Messieurs les ordinands, et des soins que vous avez pris pour les disposer aux ordres qu’ils ont reçus. Plaise à Dieu qu’ils aient
Lettre 2499. — L s. — Dossier de la Mission, original.
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profité de vos instructions et de vos exemples, et que ce commencement ait un heureux progrès !
Je suis très obligé à Mgr de Marseille (1) du souvenir dont il m’honore et de la grâce qu’il m’a faite par vous ; je l’en remercie très humblement et je vous prie, Monsieur, toutes les fois que vous aurez les occasions de lui renouveler les offres de mon obéissance, de le faire de ma part, et de vous assurer en votre particulier de l’affection de mon pauvre cœur et de mes chétives prières ; car Notre-Seigneur ne veut pas que je sois en vain, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL, i
i. p. d. l. M.
Nous avons reçu un louis d’or pour Marbais, dit la Source, forçat sur la Mazarine, je prie M. Huguier de le lui donner.
Je ferai réponse à M. de la Fosse, que j’embrasse tendrement pour le présent à cause de l’embarras auquel je me trouve (2).
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, à Marseille.
2500. — A GEORGES DES JARDINS, SUPéRIEUR, A TOUL
De Paris, ce 29° décembre 1657.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Madame la présidente de Herse est fort en peine du
1) Etienne de Puget (1644-1668).
2) Cette phrase est de la main du saint.
Lettre 2500 — L. s. — Dossier de Turin, original.
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second ballot qu’elle vous a adressé pour les Carmélites de Neufchâteau, et de n’avoir aucune réponse de vous sur les lettres qu’elle vous a écrites sur ce sujet, ni aucune nouvelle de leur part, pour savoir si elles ont reçu cette aumône. Elle m’en a témoigné un grand déplaisir et m’en a donné à même temps beaucoup de la voir souffrir par notre faute. Je vous prie, Monsieur, de lui écrire au plus tôt pour l’assurer que vous avez reçu et rendu ces hardes-là, en cas que cela soit, comme je n’en doute pas. Traitez-la avec grand respect et faites-lui, s’il vous plaît, vos excuses d’avoir tant tardé. Pour moi, j’attribue ce retardement à la mission que vous avez faite, qui vous a empêché de retourner ou d’envoyer ce ballot à ces religieuses. Et si cela est vrai, dites-lui cela ; car, sachant votre absence pour un si bon sujet, elle en sera satisfaite, pourvu que, à votre retour, vous ayez fait ce qu’elle vous a prié.
Gardez-vous bien, Monsieur, de lui parler du port ni du premier, ni du second paquet ; je lui ai promis que vous le paieriez ; et n’en prenez rien de ces pauvres filles, quand bien elles voudraient vous le rendre ; car si madite dame le savait, elle en serait fort mésédifiée, dans la connaissance qu’elle a de leur pauvreté et de l’obligation que nous avons de nous incommoder pour le soulagement des pauvres. Elle est bienfaitrice de notre compagnie, et des plus considérables ; et, pour cette raison, nous lui devons obéir et tâcher de la contenter, mais de bonne grâce. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie derechef de lui faire une lettre qui lui fasse connaître que vous avez ce désir. En voici une qu’elle vous a fait écrire de nouveau, et une autre pour la maîtresse du coche, pour lui demander raison du ballot, si tant est qu’elle ne vous l’ait pas délivré.
Nous ne sommes pas au bout des lettres de l’union,
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mais nous sommes toujours après et dans l’espérance de les avoir. Dieu a-t-il béni vos travaux en cette dernière mission ? Comment vous portez-vous ? Je prie sa divine bonté qu’elle vous conserve et sanctifie avec la petite famille, que je salue. C’est, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
25001. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Notre congrégation ne permet pas à ceux qui se sont donnés à Dieu parmi nous d’aller en leur pays, tant à cause de l’expérience qu’elle a du déchet que la visite des parents apporte à leur première ferveur, que parce que Notre-Seigneur, qui connaissait la malignité qu’il y a dans la hantise des parents pour ceux qui font profession de le suivre, ne voulut pas qu’un de ses disciples allât seulement ensevelir son père, ni qu’un autre s’en retournât pour disposer de ses biens. Après ces exemples, vous ne pouvez faillir de prier vos parents de vous excuser si vous ne les allez voir ; et je ne puis vous donner un meilleur conseil que celui que Notre-Seigneur vous a donné lui-même de quitter père et mère, frères, sœurs et possessions, si vous le voulez suivre et être du nombre de ses disciples. Si vous craignez quelque division dans votre famille, tâchez d’y remédier par lettres, priant quelque homme de bien du lieu de s’entremettre pour l’accommodement ; et s’il s’agit de quelque bien temporel où vous ayez intérêt, envoyez votre procuration à quelque parent ou ami pour faire en votre absence ce que vous pourriez faire étant présent. Il y aurait sujet
Lettre 2501. — Abelly, op cit, 2° éd., 1. II, chap. XXIII p. 250.
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de craindre que, si vous traitiez vous-même avec vos parents de leurs affaires, au lieu d’y mettre l’ordre que vous souhaiteriez, ils ne vous attirassent à leurs passions et ne vous embarrassassent dans leurs intérêts ; ce qui n’arrive que trop aux ecclésiastiques qui s’en veulent mêler. Si vous dites que ce n’est que pour leur profiter spirituellement, souvenez-vous que la hantise avec les proches diminue l’esprit et l’ôte souvent tout à fait, et qu’alors on est incapable de faire aucun fruit parmi eux. C’est pour cela que rarement on est prophète en son pays. Notre-Seigneur ne retourna qu’une fois en sa ville de Nazareth depuis qu’il eut commencé le ministère de la prédication, et cette même fois les habitants le voulurent précipiter du haut d’un rocher en bas ; ce qu’il permit peut-être pour apprendre aux ouvriers évangéliques qu’ils sont en danger, retournant chez eux,- de déchoir de la haute opinion où leurs œuvres les ont élevés et de tomber dans quelque funeste précipice.
2502. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 4 janvier 1658.
Monsieur,
Je prie N.-S. que cette nouvelle année vous apporte mille bénédictions qui vous servent de degrés pour arriver à l’éternité bienheureuse.
Voici la lettre de M. le duc de Richelieu sur le choix qu’il a fait de deux nouveaux administrateurs.
Je n’ai pas encore reçu la vôtre du dernier ordinaire, et, en l’attendant, je vous prie de tenir compte à M. Huguier de 21 livres, que je le prie de donner à Denis
Lettre 2502. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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Dubois, forçat sur la Capitaine ; nous les avons reçues ici de son père.
M. Alméras le père est malade à l’extrémité ; le reste de cette maison est en assez bon état.
Depuis ceci écrit, ce bon frère est allé à Dieu, âgé d’environ 83 ans. Nous avons sujet de croire qu’il est maintenant au ciel, après les actes de vertu que nous lui avons vu pratiquer depuis qu’il est entré en la compagnie, qui ont édifié toute la maison. Néanmoins, les jugements de Dieu nous étant inconnus, je recommande son âme à vos prières, et la mienne aussi, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Depuis la présente écrite, j’ai reçu la vôtre, qui ne parle que de l’effort des barques pour Alger.
Nous travaillons à faire la quête pour M. Le Vacher (1) La fin de cela n’arrivera pas sitôt. L’on n’y perdra point de temps.
Je prie M. de la Fosse de m’excuser de ce que je ne lui puis écrire pour cette fois ; nous sommes occupés aux funérailles de notre cher frère Alméras.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2503. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 4e janvier 1658.
Je suis consolé de ce qu’enfin vous avez reçu le recteur
1) Philippe Le Vacher.
Lettre 2503. — Reg. 2, p. 238.
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du collège Salviati et le jeune postulant d’Alençon pour en essayer. Voilà donc un séminaire commencé. Dieu veuille arroser ces nouvelles plantes et élever sur ce fondement l’édifice de ce bon œuvre, en sorte que peu à peu il puisse fournir grand nombre de bons ouvriers à l’église de Dieu, particulièrement à toute l’Italie ! Ce ne sont que des souhaits, que je soumets volontiers à la conduite de Dieu.
2504. — A N ***
9 janvier 1658.
Les vertus que je lui (1) ai vu pratiquer me font croire qu’il est allé à Dieu, et il me semble que les saints ne peuvent mourir avec plus de confiance et de résignation.
2505. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 11 janvier 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous ai mandé par ma dernière que M. d’Alméras le père était tombé malade le 1er de l’an, était trépassé le 4e et que les vertus qu’il a pratiquées en cette maison l’ont disposé à une bonne mort, à la suite d’une si longue vie.
Lettre 2504. — Collet, op cit., t. II, p. 29. D’après Collet, ces mêmes paroles seraient contenues dans une autre lettre, du 12 janvier 1658, dont nous n’avons plus le texte.
1) René Alméras, père.
Lettre 2505 — Arch. de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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Du depuis, il a plu à Dieu d’appeler à soi un de nos bons frères nommé François Hémet (1), qui mourut le lendemain, 5e de ce mois, âgé de 45 ou 50 ans. Sa mort a répondu à sa vie, car il a paru en l’une et en l’autre prêt à tout et plein de si bons sentiments qu’on n’en peut pas attendre de meilleurs d’un homme de piété. Les deux dernières fois que je l’ai vu, il m’a tout embaumé de la plénitude de sa foi, de sa confiance en Dieu et de sa résignation à son bon plaisir.
Nous avons nouvelles que la caisse que M. Le Vacher attend de vous est partie de Lyon, et qu’il pourra la recevoir dans deux ou trois jours.
Je n’ai pas encore reçu vos lettres de cet ordinaire, et ainsi je n’ai rien à vous dire davantage, qu’à prier N.-S. qu’il tire sa gloire de plus en plus de votre conduite et de votre famille.
Un de vos bons frères étant venu à Paris pour affaires, nous l’attendons aujourd’hui céans pour y faire quelques jours de retraite, à laquelle je pense que notre frère Get l’a disposé.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) François Hémet, né à Caumpremy (Oise), reçu dans la congrégation de la Mission le 27 janvier 1650.
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2506 UN PRêTRE DE LA MISSION
[11 janvier 1658 (1)]
Le saint parle du bruit qui court au sujet du maréchal de La Meilleraye, dont il aurait encouru la disgrâce (2). Le maréchal se serait adressé aux Capucins pour avoir des missionnaires, et ceux-ci lui en auraient promis vingt-quatre, qui devaient s’embarquer, disait-on, par le premier bateau destiné à l’île Saint-Laurent. "Si M. le maréchal s’accommode avec ces bons religieux", le saint se déclare prêt à rappeler M. Bourdaise de Madagascar. "Notre maxime est de céder toujours la place aux autres, estimant qu’ils feront mieux que nous."
2507. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 11e janvier 1658.
Je prie N.-S. que cette nouvelle année vous soit heureuse pour l’éternité et qu’elle soit suivie de quantité d’autres semblables qui vous conduisent à Dieu, notre dernière fin.
Le bon M. d’Alméras le père a trouvé la sienne au bout de 83 ans qu’il a vécu sur la terre. Il tomba malade le 1er jour de l’an, et le (4), il est allé à Dieu. Nous avons sujet de le croire ainsi, après les actes de vertu que nous lui avons vu pratiquer depuis son entrée en la compagnie, qui ont édifié toute la maison et qui l’ont disposé à une bonne mort, en suite d’une si longue vie. Néanmoins, les jugements de Dieu nous étant inconnus, nous
Lettre 2506. — Collet, op cit., t. II, p. 38.
1) Collet parait favorable à cette date. Cette lettre, au reste, semble à sa place à côté de la lettre 2509.
2) Voir lettre 2509.
Lettre 2507. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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ferons bien de prier Dieu pour son âme, comme aussi pour celle de notre bon frère François Hémet, qui mourut le lendemain, 5e de ce mois, âgé de 45 ou 50 ans. Sa mort a répondu à sa vie, car il a paru en l’une et en l’autre disposé à tout et plein de si bons sentiments, qu’on n’en peut attendre de meilleurs d’un homme de piété. Les deux dernières fois que je l’ai vu, il m’a tout embaumé de la plénitude de sa foi, de sa confiance en Dieu et de sa résignation à son bon plaisir.
J’ai reçu deux de vos lettres, des 10 et 29 décembre. Je loue Dieu de la satisfaction que vous avez reçue de la visite, et des fruits que vous en espérez, comme aussi de ce que les trois derniers prêtres que nous avons envoyés sont déjà en état de vous aider en vos missions. J’en ai une très sensible consolation. Après la mission de Bra, la maison de Gênes aura besoin de deux de ces prêtres ; vous savez que nous vous les avons envoyés à dessein de l’en secourir, lorsqu’ils seraient un peu formés à l’air du pays.
Je n’ai rien à vous dire sur la retraite (1) de M. de Musy.
Nous continuerons volontiers nos prières pour la continuation de votre santé et le succès de vos travaux.
Il faut se remettre à Dieu pour le temps et pour la manière de votre fondation, et souffrir cependant avec patience les incommodités du logement et les autres besoins.
Je me suis trouvé un peu incommodé, mais, grâces à Dieu, je me porte mieux.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Retraite, départ.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
2508. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
11 janvier 1658.
Je suis consolé de savoir qu’une personne qui a fait vœu d’être religieux, satisfasse à sa promesse en entrant dans notre compagnie, quoiqu’elle ne soit pas une religion. Nous prendrons garde néanmoins de ne recevoir plus de telles gens, si ce ne sont esprits bien faits et bien résolus.
2509. — AU DUC DE LA MEILLERAYE
12 janvier 1658.
Monseigneur,
Je me suis donné l’honneur de vous faire savoir par deux lettres que l’ancienne Compagnie des Indes s’était assemblée une fois et qu’elle se devait assembler une seconde, par les soins de Messieurs de Lamoignon et Cazet (1), pour se déterminer sur l’union proposée. Or, je vous dirai à présent, Monseigneur, que, m’étant arrivé une chute et une blessure à la tête, je n’ai pu continuer mes sollicitations, et que M. de Lamoignon, s’étant chargé de vous écrire ce que ces Messieurs ont résolu, m’a mandé ce matin qu’il le ferait aujourd’hui.
J’ai reçu une lettre de M., qui me mande
Lettre 2508. — Reg 2, p. 18.
Lettre 2509. — Reg. I, f° 35
1) Tous deux membres de la Compagnie des Indes.
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avoir traité avec vous, Monseigneur, pour aller établir une habitation en l’île Mascareigne, et il désire que je lui envoie un prêtre et un frère pour les y faire passer avec ses gens. Sur cela, je lui réponds que je le ferai très volontiers, si vous, Monseigneur, avez agréable que nous envoyions en même temps un ou deux autres prêtres pour Madagascar. La manière dont nous y avons été appelés pour travailler au salut de ces pauvres gens, qui n’a pas été par notre choix, ains de la part de Sa Sainteté ; la perte que nous y avons faite de six bons ecclésiastiques, avec la dépense qu’il a convenu faire pour cette Mission, qui vaut sept à huit mille livres ; le secours qu’il est nécessaire de donner au missionnaire vivant qui reste sur le lieu ; l’habitude qu’il a acquise dans le pays et dans la langue, et quelque bénédiction qu’il a plu à Dieu de lui donner, me font souhaiter, Monseigneur, que ce soit votre bon plaisir que nous continuions ce bon œuvre, ou bien, si vous ne l’avez pas agréable, que nous rappelions M. Bourdaise, qui reste de delà.
Vous m’avez fait l’honneur de m’écrire que nos gens ont témoigné plus d’affection pour l’ancienne Compagnie que pour vous. Je vous supplie, Monseigneur, de trouver bon que je vous die que ce sont de mauvais offices qu’on nous a rendus auprès de vous. Pour moi, je n’ai jamais regardé que le service de Dieu en cet emploi, et j’estime qu’ils ont eu aussi la même vue. Certes, Monseigneur, nous avons été consolés tous de ce que la Providence de Dieu s’est adressée à vous pour l’établissement de son empire en ces pays-là, et nous avons prié Dieu et le prions souvent qu’il bénisse votre personne et ce dessein. Que si la réponse que M. de Lamoignon vous doit faire n’est pas conforme à votre intention, c’est à mon grand regret ; et je vous supplie très humblement, Monseigneur, de croire que j’y ai fait tout ce
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que j’ai pu, et qu’il n’y a que mes péchés qui m’aient rendu indigne de vous servir efficacement en cet affaire selon votre désir.
Si donc, Monseigneur, il vous plaît nous faire la grâce d’agréer que nous continuions nos petits services à Dieu audit Madagascar, et de donner passage aux ouvriers que nous avons destinés pour cela, je vous supplie très humblement, Monseigneur, de me le faire mander au plus tôt, afin que nous les fassions partir en diligence.
Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2510. — JACQUES-BéNIGNE BOSSUET A SAINT VINCENT
A Metz, 12 janvier 1658
Monsieur,
J’ai appris de M. de Champin (1) la charité que vous aviez pour ce pays, qui vous obligeait à y envoyer une mission considérable, que vous l’aviez proposé à la compagnie (2), et que vous et tous ces Messieurs aviez eu assez bonne opinion de moi pour croire que je m’emploierais volontiers à une œuvre si salutaire. Sur l’avis qu’il m’en a donné, je le suppliai de vous assurer que je n’omettrais rien de ma part pour y coopérer dans toutes les choses dont on me jugerait capable. Et comme Monseigneur l’évêque d’Auguste (3) et moi devions faire
Lettre 2510 — Les Grands écrivains de la France. Bossuet, Correspondance, éd. Urbain et Lévesque, Paris, 1909.1920, 12 vol. in-8, t. I, p II, lettre 6. (Ouvrage en cours de publication)
1) Omer de Champin, docteur en théologie, membre de la Conférence des mardis, nommé, le 4 novembre 1666, doyen de Saint-Thomas du Louvre.
2) La Conférence des mardis.
3) Pierre Bédacier, religieux de Cluny, Suffragant et administrateur de l’évêché de Metz depuis 1649, mort le 19 octobre 1660.
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un petit voyage à Paris, je le priais aussi de savoir le temps de l’arrivée de ces Messieurs, afin que nous puissions prendre nos mesures sur cela, jugeant bien, l’un et l’autre, que nous serions fort coupables devant Dieu, si nous abandonnions la moisson dans le temps où sa bonté souveraine nous envoie des ouvriers si fidèles et si charitables. Je ne sais, Monsieur, par quel accident je n’ai reçu aucune réponse à cette lettre, mais je ne suis pas fâché que cette occasion se présente de vous renouveler mes respects, en vous assurant avant toutes choses de l’excellente disposition en laquelle est Monseigneur l’évêque d’Auguste pour coopérer à cette œuvre
Pour ce qui me regarde Monsieur, je me reconnais fort incapable d’y rendre le service que je voudrais bien ; mais j’espère de la bonté de Dieu que l’exemple de tant de saints ecclésiastiques et les leçons que j’ai autrefois apprises en la compagnie me donneront de la force pour agir avec de si bons ouvriers, si je ne puis rien de moi-même. Je vous demande la grâce d’en assurer la compagnie, que je salue de tout mon cœur en Notre-Seigneur, et la prie de me faire part de ses oraisons et saints sacrifices.
S’il y a quelque chose que vous jugiez ici nécessaire pour la préparation des esprits, je recevrai de bon cœur et exécuterai fidèlement, avec la grâce de Dieu, les ordres que vous me donnerez. (4)
Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
BOSSUET,
prêtre, grand archidiacre de Metz.
4) La mission de Metz est une des plus célèbres qu’ait fait donner saint Vincent, tant par la qualité et le nombre des missionnaires qui y prirent part, que par l’importance des résultats. Bossuet la prépara ; Louis de Chandenier, abbé de Tournus, la dirigea, aidé par des collaborateurs tels que Omer de Champin, Nicolas Gédoyn, Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean, auxquels s’étaient joints une quinzaine d’ecclésiastiques de marque. Du 6 mars au 22 mai, les habitants de la vieille cité lorraine se pressèrent autour de la chaire des prédicateurs.
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2511. — A LA SUPéRIEURE DES FILLES DE LA CHARITé
DE SAINT-FARGEAU (1)
[Janvier 1658] (2)
L’émulation qui est mise parmi ce grand nombre de filles qui désirent entrer en votre compagnie n’est pas une marque assurée que Dieu les y appelle, surtout y étant excitées par quelque persuasion humaine plutôt que par inspiration divine. Il se peut faire néanmoins que le mouvement de Dieu s’y trouve ; c’est pourquoi vous ferez bien de les entretenir en cette bonne volonté ; mais il n’est pas expédient de les envoyer toutes en même temps. Choisissez-en deux ou trois des mieux disposées et des plus propres ; Mademoiselle Le Gras les recevra pour en essayer, pendant que vous éprouverez les autres Mais faites-leur bien entendre les choses suivantes :
1 ° Que votre compagnie n’est pas une religion, ni votre maison un hôpital d’où il ne faille bouger, mais une société de filles qui vont et viennent continuellement pour l’assistance des pauvres malades, en divers endroits et aux heures précises, quelque temps qu’il fasse ;
2° Que les Filles de la Charité, étant les servantes des pauvres, sont aussi habillées et nourries pauvrement, sans qu’elles puissent changer leur coiffure blanche ni leurs habits ;
3° Qu’il ne faut point avoir d’autre intention, venant à la compagnie, que celle du service de Dieu et des pauvres ;
Lettre 2511. — Recueil des procès-verbaux des conseils tenus par saint Vincent de Paul, p. 307.
1) Dans l’arrondissement de Joigny (Yonne).
2) Voir note 3.
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4° Qu’il faut y vivre dans une continuelle mortification de corps et d’esprit, et avec une volonté ferme d’observer exactement toutes les règles, particulièrement l’obéissance sans réplique ;
5° Qu’encore qu’elles aillent çà et là dans Paris, il ne leur est pas loisible d’aller visiter les personnes de leur connaissance sans permission, ni de recevoir la visite d’aucun homme chez elles ;
6° Enfin, qu’il faut qu’elles aient de quoi faire leur voyage et avoir leur premier habit (3).
Vous m’avez proposé, par une de vos lettres, si vous recevrez avec vous une postulante sortie de condition, en attendant l’ordre de l’envoyer ici. Je ne suis point de cet avis, ma Sœur, parce que l’expérience a fait voir que les filles qui se joignent avec les sœurs qui travaillent hors de la maison de Paris, avant qu’elles aient reçu l’habit et les instructions qu’on leur donne ici, ne réussissent pas pour l’ordinaire, à cause qu’elles se persuadent qu’elles n’auront à faire que ce qu’elles ont vu pratiquer à ces sœurs éloignées. Je vous prie donc de n’en point retirer aucune parmi vous.
Vous ne me dites rien de vos emplois, sinon que vous avez beaucoup d’écolières et deux petites pensionnaires. Je vous prie de me mander si vous avez des malades en votre hôpital, et combien, si vous avez soin des pauvres malades de la ville et des environs, s’ils sont en grand ou petit nombre, quelles sont vos principales occupations et pourquoi vous demandez une troisième Sœur.
3) Dans sa lettre 561, adressée au frère Ducournau, qui a marqué au dos la date de janvier 1658, Louise de Marillac donne le sens de la réponse à faire aux sœurs de Saint-Fargeau. La lettre du saint est, dans cette première partie, la reproduction à peu près textuelle de celle de sa pieuse collaboratrice.
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Il est à craindre que ces petites pensionnaires ne vous occupent trop. Vous savez que ce n’est pas l’usage de votre compagnie d’en prendre, parce que cela détourne des autres emplois plus nécessaires ; et vous auriez bien fait de ne vous charger pas de ces enfants sans notre avis. Si vous dites que Son Altesse Royale (1) vous a commandé de les recevoir, c’est que peut-être vous ne lui avez pas fait entendre que cela n’était pas de votre règle ; car, si elle l’avait su, elle vous aurait donné du temps pour en écrire à Mademoiselle Le Gras et attendre sa réponse. Je vous prie, ma Sœur, de n’entreprendre rien par vous-même de nouveau, mais de faire tout par concert et par la bénédiction de l’obéissance. Dieu en sera honoré, et votre conduite produira, par ce moyen, des fruits de bonne édification.
2512. — A LA SŒUR NICOLE HARAN
De Paris, ce 16 janvier 1658.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 22 décembre. Je ne puis pour le présent que vous compatir dans l’accablement où vous êtes, et prier N.-S., comme je fais, qu’il inspire à messieurs les pères (1) de vous faire soulager. S’ils nous demandent une nouvelle sœur pour augmenter votre nombre, nous tâcherons de l’envoyer, et si vous n’avez personne de delà qui leur représente que vous êtes trop peu pour servir tant de malades, nous enverrons, Dieu aidant, bientôt quelque missionnaire à Nantes, qui leur fera connaître l’excès de vos travaux et le danger où vous
4) Anne-Marie-Louise d’Orléans.
Lettre 2512. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Les administrateurs de l’hôpital.
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êtes d’y succomber. Je prie Dieu cependant qu’il soit votre force.
Vous avez raison de n’être pas scrupuleuses de perdre la messe pour assister les pauvres, car Dieu aime mieux miséricorde que sacrifice. Je ne demande à Dieu que deux choses pour vous et pour vos sœurs : la première est qu’il vous donne un grand soin du salut et du soulagement des malades ; et la seconde, qu’il vous fasse la grâce de vous entr’aimer et supporter ; car, si vous avez l’un et l’autre, vous pratiquerez les vertus que Notre-Seigneur nous a davantage recommandées, vous serez à bonne édification à tout le monde et vous jouirez d’une grande paix.
On dit qu’il se prépare un vaisseau pour Madagascar. Cela étant, nous pourrons y envoyer quelques prêtres, qui vous verront en passant.
Mandez-moi si les hardes sauvées du naufrage de l’année passée sont en bon état. Je ne vous prie pas d’y prendre garde, sachant que vous avez assez de soin de les conserver autant que cela se peut.
Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, grâces à Dieu, et votre compagnie va de mieux en mieux. Plaise à Notre-Seigneur d’unir vos cœurs et de bénir vos exercices ! Je me recommande aux prières de toutes en général et de chacune en particulier, et je suis de même, en l’amour de N.-S., [ma Sœur (2)], votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Nicole Haran, Fille de la Charité, servante des pauvres malades de l’hôpital de Nantes, à Nantes.
2) Texte de l’original : Monsieur
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2513. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 18 janvier 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas reçu de vos chères lettres depuis 15 jours qu’il y a que je vous ai écrit. Je ne vous écris pas toutes les semaines, de crainte que l’on dise que c’est trop. Du depuis, il m’est arrivé une chute de carrosse, où j’ai reçu quelque mal (1). Je m’en trouve mieux, grâces à Dieu ; mais je garde encore la chambre ; et mon indisposition est cause que j’ai prié M. Alméras de faire réponse pour lui et pour moi à M. Duperroy (2), qui nous a écrit ; et par vous, Monsieur, j’embrasse le bon M. Desdames.
Voici M. Guillot qui vous écrit ; il est supérieur à Montmirail.
Je vous ai mandé, ce me semble, que Dieu a disposé du bon M. d’Alméras le père, qui décéda le 4° de ce mois ; et le lendemain nous perdîmes un de nos frères coadjuteurs, nommé François Hémet, âgé d’environ 50 ans, qui, en sa jeunesse, avait porté les armes en Pologne. Sa mort a répondu à la vie qu’il a menée en la compagnie, ayant paru, en l’une et en l’autre, disposé à tout et plein de si bons sentiments qu’on n’en peut pas attendre de meilleurs d’un homme de piété.
Lettre 2513. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) C’était après une visite en ville ; saint Vincent rentrait à Saint-Lazare dans son petit carrosse, accompagné d’un de ses confrères ; tout à coup la soupente se rompit, le carrosse se renversa et la tête du saint heurta violemment le pavé. La fièvre se déclara quelques jours après et le mal prit de telles proportions, dit Abelly, que le saint se crut en danger de mort. Ce biographe place à tort l’accident à la fin de l’année 1658 (op. cit., 1. I, chap. I, p. 246). Saint Vincent y fait pour la première fois allusion le 11 janvier (cf. 1. 2507).
2) On trouvera cette lettre en appendice.
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Les deux dernières fois que je l’ai vu en sa maladie, il m’a tout embaumé de la plénitude de sa foi, de sa confiance en Dieu et de sa résignation à son bon plaisir. Je recommande son âme à vos prières.
On dispose un embarquement pour Madagascar, où nous allons faire passer, Dieu aidant, deux ou trois missionnaires. Nous n’avons rien de nouveau en la compagnie. Tout va assez bien partout, grâces à Dieu ; Nous sommes après pour repeupler la maison de Gênes. Nous avons grand besoin d’hommes, car on nous en demande de beaucoup d’endroits, même pour des nouveaux établissements. Priez Dieu qu’il envoie de bons ouvriers à sa vigne. Nous continuons de le prier pour votre personne et pour votre famille, comme aussi pour le roi, la reine et leurs états, à ce qu’il plaise à sa divine bonté de conserver Leurs Majestés et de bénir leurs desseins.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Ozenne.
2514. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 18 janvier 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres, des 1er et 8 janvier. Je rends grâces à Dieu de la résolution que Monseigneur
Lettre 2514. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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de Marseille (1) a prise d’établir son séminaire (2) et. de le confier aux soins de la compagnie. J’espère que ce bon œuvre sera la source de quantité de biens et la bénédiction de son diocèse. S’il me fait l’honneur de m’en écrire, comme vous dites qu’il en a le dessein, je le congratulerai volontiers de l’effort qu’il veut faire.
Je vous ai envoyé la réponse de M. le duc de Richelieu sur la nomination des nouveaux administrateurs. Je ne sais pas si par la même lettre il a commis quelqu’un pour recevoir en son nom les comptes de l’administration, car je ne lui en avais pas fait parler, comme je le ferai, si ces Messieurs le désirent, après qu’ils auront reçu.
M. Le Vacher (3) écrit une lettre à un Père capucin de Marseille au sujet d’un Turc qui est ici en disposition de se convertir, et moi je vous prie de lui en procurer la réponse au plus tôt.
Nous avons reçu 6 livres pour Pierre Goubert, forçat sur la galère de la Reine. Je prie M. Huguier de les y donner. Nous satisferons à ses avances à la première occasion.
Je suis cependant en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Etienne de Puget.
2). Mille difficultés retardèrent l’établissement du séminaire diocésain, qui devait s’ouvrir quinze ans plus tard. Les prêtres de la Mission ne tenaient en 1658 qu’une sorte de collège. (Cf. lettre 2582.)
3) Philippe Le Vacher.
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2515. — A JACQUES THOLARD, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARCOUSSIS (1)
De Paris, ce 18 janvier 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis en peine de ce que vous me dites, que vous ferez la communion des enfants, pour achever la mission, dimanche prochain, quoique de cinq ou six cents communiants il n’y en ait que 150 ou environ qui aient fait leur devoir, et que j’envoie annoncer la mission à Montlhéry (2). Or je vous dirai, Monsieur, qu’il me semble qu’il est à propos, sauf votre meilleur avis, de différer le départ du lieu où vous êtes, jusques à ce que ces bonnes gens aient profité de la grâce que Notre-Seigneur leur présente par vous. Ce qu’il y a sujet d’espérer qu’ils feront, s’il vous plaît de leur donner du temps, notamment si nous vous envoyons des ouvriers, comme nous ferons, Dieu aidant, et ferons partir deux prêtres d’ici, Dieu aidant, et laisserons là cependant Montlhéry. Notre-Seigneur voyait périr les Gentils, qu’il voulait secourir, et néanmoins il n’abandonna pas le peuple d’Israël, auquel il était envoyé. Achevons ce que nous avons commencé, Monsieur, et Notre-Seigneur nous aidera.
Il sera bon que vous voyiez ces bons Pères, que j’estime et honore tant pour la reconnaissance qu’ils ont
Lettre 2515. — L. s. — Dossier de la Mission, photographie.
1) Le nom du destinataire et le lieu où il se trouvait nous sont donnés par M. Pémartin (op. cit., t. IV, p. 12, l. 1590), qui a probablement connu ces détails par la suscription de l’original, dont la photographie n’a pas été prise. Marcoussis est une localité de Seine-et-Oise, dans l’arrondissement de Rambouillet.
2) Localité de l’arrondissement de Corbeil (Seine-et-Oise).
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envers leur bienfaiteur. C’est une des plus touchantes actions et des plus édifiantes qui se voie en l’église en cas de reconnaissance. Ils prieront Dieu pour vous, comme j’espère. Je vous prie de les assurer de mon obéissance, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’embrasse M. d’Huitmille (3) et M. Hurpy (4) avec tendresse.
2516. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 20 janvier 1658. (1)
Les missionnaires qui passeront désormais par chez vous n’y séjourneront qu’un ou deux jours, s’ils n’ont ordre ou nécessité d’y arrêter davantage, et vous ferez bien après cela de leur faire trouver bon de s’en aller où ils ont obligation de se rendre.
Puisque le séminariste de qui vous avez reçu les meubles chez vous n’avait d’autre lieu où les mettre, vous lui avez dû faire cette charité, le pouvant commodément.
Si vous aviez refusé à M. Rassary, malade, celle qu’il
3) Philippe Huitmille, né à Arras, entré prêtre dans la congrégation de la Mission le 25 octobre 1645, à l’âge de vingt-neuf ans, reçu aux vœux le 9 février 1664 à Amiens.
4) Pierre Hurpy, né en septembre… à Beaussault (Seine-Inférieure), entré dans la congrégation de la Mission le 10 novembre 1656, reçu aux vœux le 12 novembre 1658, mort à Saint-Méen le 13 juillet 1679.
Lettre 2516. — Reg. 2, p. 112.
1) Une autre main a écrit 10 au dessus du 20, probablement parce que la lecture de l’original était douteuse.
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vous a demandée, j’en serais bien marri, parce qu’il y a deux choses qui nous le rendent recommandable au-dessus de tout exemple. La première est que sa vertu est extraordinaire (je ne connais pas au monde un plus homme de bien que lui) ; et la seconde, que nous lui avons obligation ; outre que je vous l’ai ci-devant recommandé, et que, l’ayant reçu pour lors qu’il était en bonne disposition, vous auriez mal fait, à présent qu’il est indisposé, de ne le recevoir pas. Je veux croire que vous l’avez accueilli respectueusement et fait traiter le mieux que vous avez pu, sans avoir égard aux conséquences que d’autres en peuvent tirer pour se retirer en votre maison, puisqu’ils n’ont pas les raisons qu’il a. Je sais bien que vous serez embarrassés de sa personne ; mais n’est-il pas juste de s’incommoder par charité et par reconnaissance pour un serviteur de Dieu ?
2517. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, le jour de la Conversion de saint Paul (1) 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
En attendant votre lettre du dernier ordinaire, que je n’ai pas encore reçue, je vous dirai nos petites nouvelles. Messieurs Portail, Alméras, Bécu, Perraud et Brin, qui ont été malades, se portent mieux, et moi aussi, grâces à Dieu, qui depuis 15 jours ai gardé la chambre pour une chute qui m’est arrivée. La plupart de nos prêtres qui sont en état d’agir, sont en mission, séparés en trois
Lettre 2517. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) 25 janvier.
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bandes. Nous en allons faire partir 3 ou 4 et deux frères pour Madagascar. M. le maréchal de La Meilleraye m’a mandé que son vaisseau partira le 8 de février, et me presse pour les envoyer ; je vous les nommerai quand ils seront partis ; cependant je recommande leur voyage à vos prières.
Nous prions Dieu pour le dessein de votre séminaire, afin que Mgr de Marseille, qui l’a conçu, le fasse éclore, et que sa divine bonté en bénisse le commencement et le progrès par les bénédictions de son esprit et de vos conduites.
Nos affaires d’Alger n’avancent guère. M. Le Vacher (2) s’en afflige et s’en remue avec danger de sa santé ; il va et vient incessamment, et je fais, de mon côté, ce que je puis pour le renvoyer au plus tôt avec la satisfaction qu’il désire. On va faire une quête par les paroisses de Paris ; mais il s’en fait tant d’autres pour d’autres besoins, que nous ne pouvons nous en promettre un grand effet. Nous verrons.
Je suis cependant, en N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2518. — A JEAN MARTIN
De Paris, le jour de la Convers ; on de saint Paul (1) 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne vous écris que pour vous donner de nos nouvelles
2) Philippe Le Vacher.
Lettre 2518. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) 25 janvier.
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et vous en demander des vôtres. J’ai fait réponse aux dernières que j’ai reçues, et ai remercié Dieu, comme je fais encore, des fruits de la visite et de l’espérance que vous avez qu’ils dureront ; je l’espère aussi de la bonté de Dieu et de votre bonne conduite.
Je pense que vous voilà maintenant aux prises avec l’ennemi à Bra, où la Providence a levé les obstacles qui ont retardé la mission. Plaise à Dieu, Monsieur, je vous donner son double esprit pour en bannir le mal et y établir le bien ! Il faut un surcroît de grâces pour les besoins extraordinaires. Mais, pour le travail, je vous prie de n’en prendre pas trop, mais de le mesurer à vos forces et au chemin qui vous reste à faire. Vous avez maintenant des hommes qui vous peuvent soulager. Il est vrai que tous ne vous peuvent pas demeurer, puisque la maison de Gênes a grand besoin des deux qui lui sont destinés. Je vous ferai savoir quand il faudra les y envoyer.
Nous allons envoyer 3 ou 4 prêtres à Madagascar ; il y a un vaisseau à Nantes, prêt à partir. Je vous dirai quels ils sont, lorsqu’ils seront partis. Je recommande leur voyage à vos prières. Nous avons la plupart de notre monde en mission, séparés en trois bandes. Nous n’avons personne de malade, grâces à Dieu, oui bien quelques infirmes et convalescents, comme Messieurs Portail, Alméras, Bécu, Perraud et Admirault. J’ai été moi-même incommodé, et le suis encore, d’une chute de carrosse ; mais je me porte mieux, par la miséricorde de Dieu.
Je doute si je vous ai écrit de cette année (2), Je prie N.-S. qu’elle vous soit heureuse pour l’éternité, et suivie de quantité d’autres semblables qui vous conduisent à Dieu, notre dernière fin.
2) Le saint avait écrit à Jean Martin le 11 janvier.
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Le bon M. d’Alméras le père a trouvé la sienne au bout de 83 ans qu’il a vécu sur la terre. Il tomba malade le 1er jour de l’an, et le 4e il est allé à Dieu. Nous avons sujet de croire ainsi après les actes de vertu que nous lui avons vu pratiquer depuis son entrée en la compagnie, qui ont édifié toute la maison et qui l’ont disposé à une bonne mort, en suite d’une si longue vie. Néanmoins, les jugements de Dieu nous étant inconnus, nous prierons Dieu, s’il vous plaît, pour son âme ; comme aussi pour celle de notre frère François Hémet, qui mourut le lendemain, 5e de ce mois, âgé d’environ cinquante ans. Sa mort a répondu à sa vie, car il a paru, en l’une et en l’autre, prêt à tout et plein de si bons sentiments qu’on n’en peut pas attendre de meilleurs d’un homme de piété. Les deux dernières fois que je l’ai vu, il m’a tout embaumé de la plénitude de sa foi, de sa confiance en Dieu et de sa résignation à son bon plaisir, par lequel je suis aussi en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
2519. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 26 janvier 1658.
Je suis tout à fait d’avis que vous passiez par le jugement de M. le grand doyen pour le différend que vous avez avec Messieurs vos pensionnaires. Vous pouvez, à cet effet, lui représenter vos raisons, et surtout celle-ci :
Lettre 2510 — Reg 2, p 167
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que, puisqu’ils jouissent de tous les revenus de la maison sans aucune charge, et qu’ils en ont toujours joui depuis que nos prêtres y sont, qui, après les pensions, décimes et autres charges qu’elle paye, n’ont rien eu de reste pour subsister, il est bien juste, ce semble, que ces Messieurs payent au moins maintenant toute la taxe du clergé, puisqu’ils y sont obligés par le contrat. Or, qu’il soit vrai que votre famille n’a subsisté que par le secours de Saint-Lazare, cela paraît en ce que nous avons toujours payé pour elle quatre mille livres par an. Mais, quelques raisons que vous puissiez avoir, vous direz à mondit sieur le doyen que je vous ai mandé d’en passer par où il ordonnera, et je vous prie de le faire.
2520. — PIERRE BEDACIER A SAINT VINCENT
De Metz, le 29 janvier 1650.
La lettre de cachet de la reine et celle que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire au sujet de la mission que Sa Majesté envoie en cette ville (1), m’ont été rendues en même jour, la première par M. Demonchy et l’autre par M. Bossuet, grand archidiacre de cette église. Je n’ai rien à dire sur l’une et sur l’autre, sinon que je vous supplie d’assurer Sa Majesté que j’emploierai de très bon cœur tout ce que je puis avoir de crédit et d’autorité, au spirituel et temporel, en cette ville et diocèse, pour seconder ses saintes et pieuses intentions et les faire ensuite réussir à la gloire de Dieu, à l’édification de nos peuples, au salut des âmes et à la conversion des hérétiques et infidèles, que nous y avons en nombre fort considérable (2) ; et que je ferai au surplus tout ce qui me sera possible pour témoigner l’estime très particulière que je fais de
Lettre 2520. — Urbain et Lévesque, op. cit, t. I, p. 421.
1) La ville de Metz.
2) Les juifs étaient nombreux à Metz. (Voir Cahen, Les Juifs de Metz dans les Mémoires de la Société d’archéologie lorraine, 3è série, t. III, Nancy, 1875.)
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sa piété. Elle m’oblige trop, en vérité, par le soin qu’elle daigne prendre de soutenir le zèle que je dois avoir de mettre ce diocèse en l’ordre d’une bonne et parfaite discipline, par cet envoi, pour n’en porter pas mes reconnaissances au point qu’elle me témoigne le désirer le passerais aussi en effet pour prévaricateur en mon ministère, si je ne montrais pas, en cette occasion, combien l’œuvre de Dieu et le commandement de Sa Majesté m’est en considération. J’ajouterai à cela l’état particulier que je tais de votre conduite, qui parait à l’avantage de toute l’église en ces missions. Assurez-vous, s’il vous plaît, Monsieur, que je n’omettrai rien de ce qu’on peut désirer de moi pour en rendre le succès aussi heureux que vous le pouvez souhaiter
Je n’ai qu’une difficulté qui me presse, et que je ne pense as pouvoir surmonter, si vous n’avez la bonté de considérer l’accommodement aisé qu’on peut prendre pour la lever. Ces Messieurs disent que, selon l’ordre de vos missions, lorsqu’ils sont dans leurs fonctions, toutes prédications cessent hors celles qu’ils font à leurs heures, et que partant notre prédicateur ordinaire du carême serait obligé de cesser et de se retirer ; ce que je vous supplie de considérer, et de voir l’inconvénient auquel cela nous pourrait jeter. Celui que nous avons pour le prochain carême est un fort honnête et habile religieux de l’Ordre de Saint-Dominique, docteur de Sorbonne (3), qui a déjà prêché l’Avent avec applaudissement et recommandation, et lequel j’ai retenu ici sur la bonne foi, n’étant point averti de cet ordre, l’ayant même fait refuser la chaire d’Angers, qui lui était offerte. Il y aurait une espèce d’affront de le congédier à l’entrée du carême. Nous pourrons, si vous le trouvez bon, concilier cela en lui faisant remettre les lundi, mardi et jeudi de la semaine ; et ainsi ces Mes. sieurs auront quatre jours sur semaine pour prêcher en la cathédrale le matin, ayant au surplus, tout le reste du temps, ladite cathédrale libre pour leurs exercices. Je suis bien fâché qu’on n’ait pas prévenu cet inconvénient ; mais, puisque la chose est ainsi, ils pourront fort bien prêcher dans une autre église, que nous leur désignerons, fort propre pour cela.
Il ne reste, au surplus, aucune difficulté sinon de pourvoir à ce qui est nécessaire pour recevoir et loger ceux que vous nous envoyez. Ils seront les très bien venus, venant au nom du Seigneur et de la part de Sa Majesté. M. de La Contour (4)
3) Le père Antoine Guespier, du couvent de Tours, maître en théologie ; il n’était pas docteur en Sorbonne.
4) François de Moussy, sieur de La Contour, lieutenant du roi à Metz.
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nous a donné le logis du Roi, à la Haute-Pierre (4), où ils seront très commodément logés. Pour ce qui est des meubles et pour leur nourriture, nous aviserons aux moyens de leur faire tout administrer ; on vous en rendra compte au premier jour. Cependant je vous supplie de croire que je suis trop heureux d’avoir cette occasion de vous assurer de la continuation de mes services et obéissances, étant, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
† P. BEDACIER,
év. d’Auguste.
2521. — A UN SUPéRIEUR (1)
Février 1658.
Ce que vous m’avez mandé de M…. et la réponse qu’il vous fait, m’ont donné sujet de vous dire que j’ai observé plusieurs fois que vous ne vous liez pas assez aux personnes de la compagnie, et, qui plus est, (je vous prie, Monsieur, d’agréer cet avis) que vous êtes le supérieur de la compagnie qui s’unit le moins avec les personnes de sa famille et avec les autres qui vous visitent. Je ne sais si vous m’avez jamais écrit de qui que ce soit qu’avec mépris, et sinistre jugement de plusieurs. Et ce qui m’afflige le plus, c’est que c’est même des personnes en qui je n’ai jamais vu que du bien, et de qui l’on m’a toujours témoigné qu’elles vivent exemplairement dans la compagnie et au dehors. Au nom de Dieu, Monsieur, faites attention à ce que je vous dis, demandez à Notre-Seigneur la grâce d’une parfaite charité et l’esprit d’humilité, qui nous fait reconnaître les autres meilleurs que nous, et nous pires que les démons ; et assurez-vous que vous aurez estime et amour pour les autres ; à faute de quoi, vous serez toujours
4) C’est dans cet hôtel que descendaient les rois de France quand ils venaient à Metz.
Lettre 2521. — Reg. 2, p, 116.
1) Vraisemblablement Achille Le Vazeux, supérieur à Annecy.
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à peine à vous-même et encore aux autres, qui trouveront cette croix dure et difficile à supporter.
2522. — A GUILLAUME DELVILLE, PRêTRE DE LA MISSION, A ARRAS
[1er février 1658] (1)
Vous avez bien fait, Monsieur, d’empêcher qu’on donnât à nos Filles de la Charité l’administration des soldats malades mis à l’Hôtel-Dieu de la cité, attendu qu’il y a des religieuses, non seulement capables de cet emploi, mais qui sont toutes disposées à l’entreprendre. Et selon le sentiment de Mademoiselle Le Gras et la coutume de la compagnie, vous ne devez pas trouver bon que ces deux filles aillent servir ces malades audit Hôtel-Dieu sous la conduite des religieuses, tant parce que ce sont lesdites religieuses mêmes qui doivent faire cet office, étant établies là pour cet effet, qu’à raison de ce que les Filles de la Charité ne sont que pour les malades abandonnés Sui n’ont personne pour les assister ; et c’est pour ceux-là que ces deux sœurs ont été envoyées à Arras.
2523. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 1er de février 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Lettre 2522. — Lettres choisies du Bienheureux Vincent de Paul (Arch des Filles de la Charité), lettre 107.
1) Date donnée par M. Pémartin (op, cit, t. IV, p. 18, 1 1507) qui a eu probablement à sa disposition une autre source que la nôtre.
Lettre 2523. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille
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J’ai reçu votre lettre du 15. Je m’emploierai volontiers vers Monsieur le duc de Richelieu par l’entremise de M. Desmarets, afin qu’il ait agréable de commettre M. le prévôt Bausset (1), ou M. son neveu, lieutenant sénéchal de Marseille (2), pour recevoir en son nom les comptes de l’administration de l’hôpital royal. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lui en parler.
Je continue à remercier Dieu des saintes dispositions qu’il a mises en Mgr de Marseille (3), et je le prie qu’il tire gloire de l’exécution de ses desseins.
Je donne avis à M. Jolly de l’égarement de la boîte qu’il avait confiée au jeune homme venu de Rome, dont vous me parlez, et je demande à M. Durand qu’il vous envoie sans remise le frère Duchesne pour le soulagement du bon frère Louis (4) dans le travail de votre maison.
Nous attendrons l’occasion de vous envoyer les Busée que vous demandez S. Si vous en découvrez quelqu’une plus commode que celle du messager de Lyon, vous m’en donnerez avis, s’il vous plaît.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2524. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 1er de février 1658.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur aille croissant en vous en cette nouvelle année et pendant toute l’éternité !
1) Pierre de Bausset.
2) Antoine de Bausset.
3) Au sujet du séminaire projeté.
4) Louis Sicquard.
5) Auteur du Manuel de méditations dévotes sur tous les évangiles des dimanches et fêtes de l’année.
Lettre 2524 — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
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Je ne puis passer outre sans vous prévenir de mes justes souhaits, encore que je sois privé de vos chères lettres. Car, comme il a plu à Dieu d’exercer sa force en vous et par vous, vous faisant demeurer ferme au milieu des agitations et surmonter tant et tant de difficultés qui ont éprouvé votre patience, il m’en est resté en l’âme un tel sentiment d’estime et de tendresse pour votre personne et de reconnaissance vers Dieu, que je ne puis quasi penser à lui sans faire réflexion sur vous, ni penser à vous sans vous offrir à lui. Je le remercie souvent des grâces qu’il vous a faites et de l’édification que vous avez donnée à toute la petite compagnie, qui vous regarde comme un exemple de constance. Je prie aussi sa divine bonté qu’elle vous fortifie de plus en plus de sa vertu, afin que, servant de fondement à la même compagnie en Pologne, elle y soit fermement établie, comme sur un rocher immuable, pour le service de ce même Seigneur, que vous servez avec tant de cœur et de résolution. Le calme n’est pas encore assuré à Varsovie, ni les missionnaires ne sont pas au bout de leurs souffrances. Il faut espérer que N.-S leur continuera sa protection, et qu’ayant fondé et étendu son église par les persécutions, il élèvera de même dans les orages leur petit édifice. Je le prie surtout, Monsieur, qu’il vous conserve ; et autant que je le puis, je vous recommande le soin de votre santé.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, prêtre de la Mission, à Varsovie.
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2525. — A CHARLES OZENNE, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 1er de février 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres, dont La dernière est du 15 décembre. Nous recevrons à bras ouverts le bon M. Vszinski, à son retour de Naples, s’il nous fait l’honneur de passer ici, et lui rendrons tous les devoirs de service et de reconnaissance qui appartiennent à un personnage de son mérite et à la grande charité qu’il a pour nous ; cela s’entend, autant que nous le pourrons.
Dieu soit loué, Monsieur, de ce qu’il a fait justice au roi à l’égard du Transylvain (1) ! Il y a sujet d’espérer qu’il lui en fera de même vers les autres qui l’ont mal servi. Je le prie qu’il donne un heureux succès à ses armes, au siège de Riga (2) et partout ailleurs, qu’il conserve sa personne royale et celle de la reine, et qu’enfin il accomplisse leurs justes desseins.
Nous vous enverrons, Dieu aidant, à la première commodité, la relation de Madagascar (3) et les copies des brefs que vous demandez ; mais, si vous en découvrez l’occasion avant nous, faites-m’en ressouvenir. Nous allons envoyer quatre prêtres et deux frères en cette île là. Leurs hardes furent hier emballées, et ils se disposent
Lettre 2525. — L. s — Dossier de Cracovie, original Le post-scriptum est de la main du saint
1) Georges II Rakoczy, prince de Transylvanie, s’était allié à Charles Gustave de Suède contre la pologne. La retraite des Suédois et une défaite subie près de la Vistule l’amenèrent à traiter avec le roi Jean-Casimir, qui lui imposa ses conditions.
2). Riga resta au pouvoir des Suédois jusqu’en 1710.
3) La longue lettre du 19 février 1657.
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à partir dans quelques jours. Je recommande à vos prières leur voyage et leur Mission.
M. Perraud est retombé malade, et grièvement. M. Bécu est au lit pour ses gouttes. Le reste de cette maison se porte assez bien. Nous avons céans deux frères, l’un clerc et l’autre coadjuteur, qui portent votre nom et qui sont vos proches parents (4). Nous avons joie de les avoir à cause de cela, et j’espère que, par vos bonnes prières, Dieu leur donnera la persévérance à son service et à leur vocation.
Nos gens font deux ou trois missions en même temps, et la compagnie va assez bien partout, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je viens de recevoir une de vos lettres, du décembre.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne.
2526. — JACQUES-BENIGNE BOSSUET A SAINT VINCENT
A Metz, 1er février 1658.
J’ai été extrêmement consolé que celui de vos prêtres qui est venu ici ait été M. Demonchy ; mais j’ai beaucoup de déplaisir qu’il y ait fait si peu de séjour. Il pourra, Monsieur, vous avoir appris que les lettres de la reine ont été reçues avec le respect dû à Sa Majesté, et que M. l’évêque d’Auguste et M. de La Contour ont fait leur devoir en cette rencontre.
4) Laurent Ozenne, dont il a été déjà parlé, et Jacques Ozenne, frère coadjuteur, né à Saint-Blimont (Somme), entré dans la congrégation de la Mission le 20 janvier 1658, à l’âge de vingt-trois ans environ, reçu aux vœux le 1er mars 1660.
Lettre 2526. — Urbain et Lévesque, op. cit., t. I, p. 14, lettre 7.
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Je rends compte à M. Demonchy de l’état des choses depuis son départ 1 et je me remets à lui à vous en instruire pour ne pas vous importuner par des redites ; mais je me sens obligé, Monsieur, à vous informer d’une chose qui s’est passée ici depuis quelque temps et qui sera bientôt portée à la Cour.
Une servante catholique, qui est décédée chez un huguenot, marchand considérable et accommodé, a été étrangement violentée dans sa conscience. Il est constant, par la propre déposition de son maître, qu’elle avait fait toute sa vie profession de la religion catholique ; il parait même certain qu’elle avait communié peu de temps avant que de tomber malade. Elle n’a jamais été aux prêches, ni n’a fait aucun exercice de la religion prétendue réformée. Son maître prétend que, cinq jours avant sa mort, elle a changé de religion. Il lui a fait dit-il, venir des ministres pour recevoir sa déclaration, sans avoir appelé à cette action ni le curé, ni le magistrat, ni aucun catholique qui put rendre témoignage du fait. Le jour que cette pauvre fille mourut, un jésuite, averti par un des voisins de la violence qu’on lui faisait, se présente pour la consoler. On lui refuse l’entrée, et il est certain qu’elle était vivante. Il retourne quelque temps après avec l’ordre du magistrat, et il la trouve décédée dans cet intervalle. Tous ces faits sont constants et avérés ; il y a même des indices si forts qu’elle a demandé un prêtre, et les parties ont si fort varié dans leurs réponses sur ce sujet-là, que cela peut passer pour certain.
Je ne vous exagère pas, Monsieur, ni les circonstances de cette affaire, ni de quelle conséquence elle est ; vous le voyez assez de vous-même, et qu’elle est l’impudence de ceux qui ayant reçu, par grâce du roi, la liberté de conscience dans son état, la ravissent dans leurs maisons à ses sujets leurs serviteurs. Certainement cela crie vengeance ; cependant les ministres et le consistoire soutiennent cette entreprise ; et M. de La Contour m’a dit aujourd’hui qu’un député de ces Messieurs avait bien eu le front de lui dire que cet homme n’avait rien fait sans ordre. Bien plus, ils ont ajouté qu’ils allaient se plaindre à la Cour de la procédure qui a été faite par le lieutenant général (2) ; le tout sens doute à dessein, Monsieur, d’évoquer l’affaire au Conseil, afin de la tirer du lieu où l’on en a plus de connaissance, et de l’assoupir par la longueur du temps. Dieu ne permettra pas que leur mau-
1) Cette lettre a été publiée par Urbain et Lévesque, op. cit., t. I, p. 17, 1. 8.
2) Philibert étienne, sieur d’Augny.
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vais dessein réussisse ; et je vous supplie, Monsieur, d’employer en cette rencontre tous les moyens que vous avez, pour empêcher qu’on n’écoute pas ces députations séditieuses et faire que les choses demeurent dans le cours ordinaire de la justice, selon lequel ils ne peuvent pas éviter d’être châtiés de cet attentat contre les édits et la liberté des consciences. La reine, étant en cette ville, a témoigné tant de piété et tant de zèle pour la religion, que je ne doute pas qu’étant avertie de cette entreprise, elle ne veuille que la justice en soit faite.
Outre cela, Monsieur, le roi ayant accordé de grâce deux pédagogues pour leurs enfants, à condition que ces maîtres seraient catholiques, ils vont demander des gages pour eux. Cela n’a ni justice ni apparence, et ils veulent en charger cette pauvre ville. Mais, comme ils savent qu’apparemment on ne leur accordera pas leur demande, je me trompe bien fort si leur dessein n’est d’obtenir que, si on ne veut pas les gager, on leur donne la liberté de les mettre tels qu’il leur plaira, et par conséquent de leur religion. La reine seule empêcha ici qu’on ne leur donnât cette permission, et je ne doute pas qu’elle ne continue dans ce bon dessein. Je ne vous dis pas, Monsieur, maintenant ce que vous avez à faire sur ce sujet ; c’est assez que vous soyez averti ; Dieu vous inspirera le reste.
J’attends avec impatience les excellents ouvriers qu’il nous envoie par votre moyen, et suis, avec un respect très profond, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
BOSSUET,
prêtre ind [igne].
2527. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 2 février 1658 (1)].
Mon très honoré Père,
Je supplie très humblement votre charité me permettre de vous demander au vrai des nouvelles de votre santé ; et, pour l’amour de Dieu, ne vous hâtez pas de sortir.
Notre sœur Renée, l’une des meilleures filles venues d’Angers, fit, avec permission de votre charité, les vœux pour la
Lettre 2527. — L. a. — Dossier des Filles de ! a Charité, original
l) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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première fois il y a un an ; et comme elle a été proposée pour Sainte-Marie-du-Mont (2) et qu’elle pourra partir bientôt sans le savoir, elle demande à faire demain son renouvellement ; en a parlé à Monsieur son confesseur, de qui nous ne savons pas le nom, se confessant pour ce sujet, qui lui a conseillé. Je vous supplie très humblement, mon très honoré Père, si vous l’agréez, nous le mander, et comment elle fera, ne pouvant être à la célébration de la sainte messe, quand vous la direz en haut.
Vous toutes, quoique moi très indigne, supplions votre charité nous donner nouvellement à Notre-Seigneur et lui demander les grâces dont nous avons besoin pour ne lui plus être infidèles, et votre sainte bénédiction à cette intention, mon très honoré Père, à votre très obéissante et très obligée fille.
L. DE MARILLAC.
Suscription : Monsieur Monsieur Vincent.
2528. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 4 février [1658].
Mon Très Honoré Père,
Pour exempter votre charité de peine, j’avais demandé le Frère Ducournau à ce qu’il vous fît entendre la disposition intérieure de la bonne fille de feu Mademoiselle Noret, qui est dans une profonde mélancolie depuis que ses parents l’ont fait sortir de chez Mademoiselle Noret ; il y a un an, ce qui a mis son pauvre esprit en dégoût de toute chose, elle a été fort touchée en sa retraite, mais il ne s’y est pas fortifie. Elle souhaite de parler à son confesseur de Saint-Eustache pour ce, dit-elle, qu’il nous la fît mieux connaître ; comme aussi, Mon Très Honoré Père, je crois qu’il serait à propos qu’il vous parlât, avant de lui laisser prendre aucune résolution. Si votre charité le juge à propos, nous lui manderons* qu’il prenne
2). Localité de l’arrondissement de Valognes (Manche). La compagnie y avait un établissement depuis l’année 1655. Les deux sœurs qui s’y trouvaient le 1er février 1658 étaient malades.
Lettre 2528. — L. a. - Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2). Paroisse de Paris.
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la peine de venir céans*, il aura encore plus de connaissance à vous en donner.
Voici le petit livret que vous m’avez demandé ; permettez-moi Mon Très Honoré Père, vous supplier que le nom de l’auteur ne soit pas su, non que je craigne qu’il y ait rien contre la foi, mais peut-être y paraîtra-t-il quelque petite faiblesse d’avoir employé le temps en cette matière, et encore faisant en apparence ce colloque avec une femme.
Faites-moi la charité de me donner votre sainte bénédiction, d’offrir le désir de nos Sœurs pour Madagascar (1), et l’honneur de me croire toujours, Mon Très Honoré Père, Votre très obéissante et très humble fille et servante.
6 février 1658.
Il y a un mois que nous travaillons au lieu de Bra, où il a plu à Dieu de disposer les habitants à se réconcilier les uns avec les autres. Ils y ont été portés, premièrement, par le ressentiment que son Altesse a témoigné de leur désunion, et puis par le moyen de la mission, qui a achevé de les y disposer entièrement, les personnes de l’un et de l’autre partis s’étant trouvées ensemble à nos prédications et exercices de la mission dans une même église, ce que l’on jugeait au commencement fort difficile et même hasardeux. Mais aussi, auparavant que de les assembler à l’église, on leur a persuadé aux uns et aux autres de quitter les armes qu’ils avaient toujours portées jusqu’alors en tous lieux. Leur assiduité aux prédications et catéchismes, avec les sentiments qu’il a plu à Dieu leur donner, les a parfaitement réunis ; en sorte qu’ils se sont tous embrassés les uns les autres en présence du très Saint Sacrement, s’étant réciproquement demandé pardon, et même quelques-uns des principaux l’ayant fait publiquement aux rencontres dans la grande place du lieu ; ce qui s’est fait avec tant de satisfaction de part et d’autre, qu’il y a grand sujet d’espérer que cette réconciliation sera stable et de durée. Tout le peuple est extrêmement consolé de voir ces personnes qui
Lettre 2529. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. II, sect. VI, p. 86. La même lettre est reproduite, avec variantes, dans la notice de Jean Martin. (Notices, t. I, p. 290)
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auparavant se cherchaient pour s’entre-tuer, se fréquenter maintenant, se promener et s’entretenir ensemble avec autant de cordialité que si jamais ils n’avaient été en discorde. Ils marchaient auparavant dans les rues tous chargés d’armes ; et à présent, par la grâce de Dieu, on n’en voit plus ; et chacun ne pense plus à autre chose, sinon à se bien réconcilier à sa divine Majesté par le moyen d’une bonne pénitence. Madame Royale ayant appris ces bonnes nouvelles, a bien daigné nous témoigner par une de ses lettres la satisfaction qu’elle en a reçue ; comme aussi M. le marquis de Pianezze, qui en a reçu des sentiments de consolation tout extraordinaires. Nous sommes maintenant occupés aux confessions ; et il se présente une si grande foule de pénitents que, quoique nous ayons prié tous les prêtres et religieux du lieu, qui sont en bon nombre, de nous aider, je ne sais quand nous pourrons avoir achevé.
2530. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 8 février 1658.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens de lire votre dernière de Varsovie, qui me fait voir votre bonne disposition, par la grâce de Dieu, et celle de Messieurs Desdames et Duperroy, dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il vous y conserve, dans ces dangereux rhumes qui courent par tout le royaume, duquel je prie Notre-Seigneur qu’il garantisse le roi et ! a reine, la présence desquels vous attendez dans 15 jours à Varsovie. Nous prions Dieu, comme nous y sommes les gens du monde les plus obligés, qu’il bénisse de plus en plus leurs armes et sanctifie leurs personnes sacrées, et par eux leur royaume.
Je vous écris au retour d’une incommodité que j’ai eue
Lettre 2530. — L. a. — Dossier de Cracovie, original.
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de la chute d’un carrosse, la tête la première, de laquelle, par la grâce de Dieu, je me porte mieux, quoique je garde encore la chambre, à cause de la rigueur du froid. J’espère sortir au premier dégel.
Nous travaillons incessamment à une quête qu’on fait pour délivrer le consul d’Alger (1) et lui donner moyen de s’acquitter des sommes que les pauvres esclaves chrétiens lui ont prêtées pour le tirer des mains du pacha, qui l’a fort maltraité au sujet d’une banqueroute qu’un marchand de Marseille (2) a faite à Alger d’une somme considérable.
Quatre de nos prêtres, un frère et un enfant de Madagascar, nègre, qui est merveilleusement bien converti (3), partiront, pour s’aller embarquer au port Louis (4), dans trois ou quatre jours, pour aller à cette île-là.
Nous sommes en très grande peine de la nouvelle qui nous vint hier de Rome, que la peste a repris à Gênes, par le seigneur Judice (5), qui était revenu à la maison du lazaret, où il était exposé à l’assistance des pestiférés, où il avait eu la peste et en était guéri.
Je recommande à vos prières un fâcheux rencontre qui est arrivé à Annecy entre M. Le Vazeux, supérieur de la Mission, et un avocat de la ville, qui lui a dit des injures et lui à l’avocat, au sujet d’un procès qu’ils ont ensemble depuis quatre ans, à cause du logement de la Mission, qu’elle a perdu, et dont ledit sieur Le Vazeux tâche de retirer le prix qu’on en a payé sur un bien hypothéqué
1) Jean Barreau
2) Rappiot.
3) Un des jeunes Malgaches que M. de Flacourt avait amenés en France en 1655 et confiés à saint Vincent.
4) Port du Morbihan, déchu de son importance depuis la fondation de Lorient.
5) Jérôme Lejuge, prêtre de la Mission.
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pour la sûreté du prix dont l’avocat tient le bien hypothéqué.
La reine ayant fait quelque séjour, les années passées, à Metz, en Lorraine, et ayant remarqué les besoins spirituels de cette ville-là, nous a fait l’honneur de nous commander d’y aller faire la mission ; mais, pource que nous avons renoncé de travailler aux villes où il y a archevêché, évêché ou présidial, pour nous réserver pour le pauvre peuple, nous ne laissons pas d’y envoyer dix-huit ou vingt prêtres de notre conférence des mardis, sous la conduite de M. l’abbé de Chandenier, notre bienfaiteur.
Nous attendrons avec grande joie le bon Monsieur l’official de Posnanie. J’appréhende bien que ma bêtise et notre rusticité ne le mésédifient. O Monsieur, que nous serons heureux de voir notre bienfaiteur ! Mandez-moi, s’il vous plaît, le détail de ses bienfaits.
Nos missionnaires travaillent à deux bandes dans les villages de ce diocèse avec bénédiction, et il me semble que l’on fait de même partout, par la miséricorde de Dieu.
J’embrasse Messieurs Desdames et Duperroy avec toutes les tendresses de mon cœur. Je renouvelle aussi à la bonne Mademoiselle de Villers les offres de mon obéissance et prie Notre-Seigneur qu’il bénisse les pauvres, mais chères sœurs de la Charité, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
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2531. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 8 février 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 22 et 29 janvier. Nous ne vous envoyons rien pour acheter les choses que nos gens de Tunis et d’Alger vous demandent, parce que nous faisons état de vous adresser en bref leur petit revenu de l’année passée, savoir mille écus, sur quoi vous pourrez prendre ce qu’il faut pour ces hardes-là. Il est juste que, puisque M. Le Vacher (1) s’est engagé pour assister le frère Barreau, qu’il soit remboursé, et nous sommes en pensée de lui envoyer toute cette somme de 3.000 livres (nous verrons), ou de partager les 1.500 livres.
Quant au reste des affaires dudit consul, nous y travaillons ici sans perdre de temps, et nous espérons que peu à peu la Providence y pourvoira ; mais il faut attendre et patienter.
Nous avons envoyé à Rouen la lettre de Mariage, esclave à Tétouan.
J’ai envoyé prier M. Desmarets de s’employer vers M. le duc de Richelieu pour faire commettre ou M. le prévôt Bausset, ou M. le lieutenant sénéchal de Marseille, pour recevoir en son nom les comptes de Messieurs les administrateurs. Il m’a mandé qu’il lui en parlera. Je n’en ai pas encore reçu de réponse. Il y a sujet de douter qu’il veuille donner cette charge à ces Messieurs, ne les connaissant pas et ayant plus d’inclination d’y commettre
Lettre 2531. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Jean Le Vacher.
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M. le marquis de Ternes, lieutenant général des galères, que nul autre, pensant conserver mieux son droit par ce moyen. C’est ce que M. Desmarets a témoigné à celui que je lui ai envoyé, lequel lui a représenté que ces Messieurs Bausset sont des premiers de la ville et des plus gens de bien ; que Messieurs les officiers des galères se sont toujours montrés contraires à l’hôpital, et que, si personne d’entre eux prenait connaissance de l’administration, ils prétendront, y mettant un pied cette année, y en mettre deux l’année prochaine, et enfin trouver moyen ou de mettre la main à l’aumône du roi, ou de détruire ce bon œuvre. J’enverrai savoir quelle résolution aura prise M. le duc.
J’ai lu la lettre que vous avez écrite à M. Le Vacher (2), J’ai été bien consolé de voir l’attention que vous faites à l’affaire de Rappiot pour tâcher de tirer raison de lui du mal qu’il a fait au consul, je veux dire, quelque sorte de dédommagement. Je vous en remercie et vous prie de continuer pour faire saisir ses effets, en cas que vous en découvriez.
M. Le Vacher veut aller voir M. le chevalier de Montolieu (3) pour savoir de lui la vérité de ce que vous lui mandez. Il vous en écrira une autre fois.
Je rends grâces à Dieu de la proposition qu’a faite M. le chevalier Paul (4) d’aller en Alger, pour tirer justice des Turcs. Je vous prie de le voir de ma part, de le congratuler de ce dessein ; qu’il n’appartient qu’à lui de
2) Philippe Le Vacher.
3) Jean-Baptiste de Montolieu commandait à Marseille cinq galères du roi, Il était de passage à Paris.
4) A tort ou à raison, certains historiens font chevalier Paul le fils d’une lavandière du château d’If. Il entra dans l’ordre de Malte, fit ses caravanes, comme tous les chevaliers de l’ordre, puis prit du service dans la flotte française, où sa valeur lui obtint le brevet de capitaine de vaisseau en 1640, de chef d’escadre le 30 décembre 1649 et de lieutenant général en 1654. Il mourut vers 1667.
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faire de tels exploits ; qu’il en a déjà fait de fort beaux ; que son courage, avec sa bonne conduite et ses bonnes intentions, donne sujet d’espérer un heureux succès de cette entreprise ; que je m’estime heureux de porter son nom et de lui avoir fait autrefois la révérence chez M. le cardinal (4), et que je lui fais un renouvellement des offres de mon obéissance.
Je suis, en l’amour de N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Vous l’entretiendrez du traitement qu’on a fait à M. le consul d’Alger, et lui pourrez dire qu’il relèvera la France des insultes que ces barbares prennent sur elle, qu’il ne saurait faire une œuvre plus agréable à N.-S.
2532. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 8e février 1658.
Nous avons une affaire fâcheuse à Annecy. J’avais prié M. Berthe de n’en partir pas qu’elle ne fût terminée d’une façon ou d’autre ; mais, y ayant trouvé trop d’obstacles, il s’en est revenu. Je ne sais si vous êtes informé du fait ; il est à propos que vous le soyez.
La compagnie avait acquis une maison en cette ville-là, qui s’est trouvée chargée d’hypothèques, en sorte que les créanciers du vendeur nous l’ont ôtée en justice, sauf notre recours sur ses autres biens contre les détenteurs, entre lesquels s’est rencontré un avocat d’Annecy, fort adroit et bien appuyé. M. [Le Vazeux], qui est un
4) Le cardinal Mazarin
Lettre 2532. — Reg. 2, p. 238.
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esprit chaud, comme vous savez, s’étant trouvé là, l’a poursuivi de la bonne sorte devant le Sénat de Chambéry, où même il l’a fait déclarer parjure, ce me semble, ou faussaire, et condamner en quelque amende sur quelque incident. De quoi Monseigneur de Genève (1), qui a grande amitié pour lui, s’est tenu comme offensé, et n’ayant jamais pu goûter M. [Le Vazeux], s’est montré fort contraire à nous en cette affaire, et sans affection en tout ce qui nous regarde. Or, cet homme se voyant trop pressé par M. [Le Vazeux], qui n’a pas fait grand état de ses menaces, de sa chicane, ni de son pouvoir, il l’a recherché d’accommodement, et quelques amis communs s’en sont mêlés ; mais, s’étant assemblés pour cela, au lieu d’adoucir le différend, ils ont rengregé (2) le mal par des reproches et des injures. L’avocat ayant irrité et injurié M. [Le Vazeux], celui-ci s’échappa et l’appela archisot, de quoi M. l’official, porté par Monseigneur l’évêque, ayant informé, a décrété ajournement personnel contre M. [Le Vazeux], lequel s’étant présenté pour se faire ouïr, on lui a dit qu’il fallait qu’il entrât en prison pour être ouï ; ce qu’il n’a pas voulu faire.
Sur cela, M. Berthe étant arrivé, il alla trouver Monseigneur de Genève, lui remet nos intérêts et le prie d’accommoder l’affaire ; mais il l’a trouvé tout à fait éloigné de cela et résolu de traiter M. [Le Vazeux] le plus mal qu’il pourrait ; ce qui a obligé M. Berthe de faire signifier audit sieur official le bref de notre exemption, afin qu’il ne passât pas outre, parce qu’il était sur le point de décréter un second ajournement personnel contre M. [Le Vazeux]. L’official s’est, en effet, arrêté et a dit a Monseigneur l’évêque, qui a voulu l’obliger de passer outre, qu’il ne pouvait et ne voulait
1) Charles-Auguste de Sales.
2) Rengreger, augmenter. Terme vieilli.
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déroger à ce bref, qui exemptait une communauté de la juridiction de l’Ordinaire à l’égard des mœurs.
Qu’a fait ce bon prélat ? Il a fait lui-même le second décret, montrant par là avec quelle chaleur il embrasse la cause de son ancien ami d’école. De quoi M. [Le Vazeux] s’est rendu appelant et s’en est venu à Chambéry prendre avis de M. le premier président de la chambre des comptes, qui a été avocat général du Sénat et qui est fort expérimenté en ces matières, qui l’a encouragé à tenir bon et à relever son appel au Sénat comme d’un abus fait par Monseigneur de Genève, lui en promettant un heureux succès et s’offrant même de mettre la main à la plume contre ce procédé pour une petite injure.
Or, en ce pays-là, lorsqu’on appelle d’un jugement, on n’est pas obligé de dire où l’on fait l’appel, et on a cinquante jours pour le relever. S’il en fallait venir là, je ne sais s’il ne faudrait pas le relever devant le Saint-Siège, qui nous maintiendrait dans notre privilège, ou bien en Avignon, qui est la métropole.
Je vous prie, Monsieur, de prendre avis sur cela. J’ai grande peine que cette affaire éclate et que l’on voie des prêtres de la Mission aux prises avec un évêque. C’est pour cela que nous envoyons Monsieur Dehorgny à Annecy et que j’écris aujourd’hui à Monseigneur de Genève et à notre partie même, qui est cause de tout ce brouillement, pour tâcher d’en sortir à l’amiable, par arbitres ou autrement.
Mais si, après avoir fait de notre côté tout ce qui est raisonnable et au delà pour étouffer ces différends, ils se raidissent pour emporter ce qu’ils prétendent, qui est de ruiner notre pauvre famille d’Annecy, nous serons obligés, ce me semble, de recourir à la justice ecclésiastique ou séculière pour nous garantir d’un tel dommage, puisqu’il y va de quatorze ou quinze mille
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livres de bien, et qu’il s’agit de nous mettre en possession de notre privilège. Je vous prie de nous donner les avis que vous prendrez de delà.
2533. — A UN PRéSIDENT DE CHAMBERY
[Vers février 1658 (1)]
Je me donne la hardiesse d’écrire à Votre Excellence et de lui offrir les services de cette pauvre congrégation de la Mission et les miens particulièrement, et cela, Monseigneur, avec toute l’humilité et l’affection qui me sont possibles. Je supplie très humblement Votre Excellence, Monseigneur, de l’avoir agréable, comme aussi les très humbles remerciements que je fais à Votre Excellence de la protection qu’il lui a plu de donner aux pauvres prêtres de la Mission d’Annecy dans les rencontres qu’ils ont eus de delà avec une personne qu’ils plaident, lequel, après les avoir tenus longtemps en procès, fait ses efforts pour les faire chasser du pays, à quoi je consens très volontiers, s’ils se sont rendus indignes, par quelque crime, de servir Dieu à leurs dépens dans le pays ; sinon, je veux espérer de la bonté incomparable de Votre Excellence, Monseigneur, qu’elle leur continuera sa protection, comme nous ferons aussi la reconnaissance perpétuelle que nous en aurons, et nos chétives prières pour la sanctification de l’âme de Votre Excellence et l’accomplissement de ses saints desseins, qui suis, en l’amour de N.-S.
Lettre 2533. — Reg. 1, f° 65 v°, copie prise sur la "minute de la main".
1) Suivant toute probabilité, cette lettre est relative au différend dont
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2534. — A UN PRéSIDENT DE CHAMBéRY
[Vers février 1658 (1)]
La réputation de votre incomparable bonté, Monseigneur, me donne la confiance de vous écrire la présente et c’est, Monseigneur, pour vous offrir les services de la chétive compagnie de la Mission et les miens, et pour vous supplier, comme je fais, de continuer votre protection aux pauvres missionnaires d’Annecy, au sujet d’une accusation qui se fait contre eux par devant vous Monseigneur, et Nosseigneurs de votre Sénat. Que s’ils sont coupables de quelque crime qui les rende indignes de continuer le service qu’ils ont tâché de rendre à Dieu depuis environ 20 ans dans le pays, je consens volontiers à l’anéantissement de cette famille-là ; sinon j’ose espérer de votre juste bonté, Monseigneur, qu’elle empêchera qu’ils ne soient oppressés. Et c’est où tend la très humble prière que je me donne la confiance de vous faire, Monseigneur ; et outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, nous prierons sa divine bonté pour la sanctification de l’âme de votre chère personne et de ses conduites, particulièrement moi, qui suis, en l’amour de N.-S…
2535. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 10 février 1658.
Si vous ne pouvez être payé de ceux qui vous doivent, en tout ni en partie, après les avoir si longtemps attendus,
Lettre 2534. — Reg. 1, f° 66, copie prise sur la "minute de la main"
1) Même remarque qu’à la lettre 2533, note l.
Lettre 2535. — Reg. 2, p. 113
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je ne vous pas inconvénient de les faire appeler en justice, attendu le besoin où vous êtes, pourvu que cela se fasse avec discrétion. Vous devez pourtant prendre garde à ne décrier pas la famille par des procès, ni par manquement de charité.
Généralement parlant, il ne faut donner aucun argent aux nôtres qui vont et viennent et passent par chez vous, s’il ne vous portent un ordre pour leur en fournir ; mais il faut excepter ceux qui par quelque accident auraient besoin de quelque chose pour se rendre où l’obéissance les envoie, comme s’ils avaient été volés, ou retardés par maladie, ou autrement.
2536. — JACQUES-BéNIGNE BOSSUET A SAINT VINCENT
A Metz, 10 février 1658.
J’ai envoyé à M. Demonchy, à Toul, celle que vous m’avez adressée pour lui ; il ne nous a pas jugés dignes de demeurer ici plus longtemps qu’un jour j’aurais souhaité de tout mon cœur que nous eussions pu l’arrêter ; mais ses affaires ne lui ont pas permis. Nous tâchons, Monsieur, de disposer ici le mieux qu’il nous est possible tout ce qu’il a jugé nécessaire. Il m’a écrit qu’on trouvait à propos que le prédicateur du carême quittât entièrement la chaire. Comme Monseigneur d’Auguste s’est donné l’honneur de vous écrire sur ce sujet-là, il attend ce que vous aurez arrêté sur les raisons qu’il vous a représentées ; après quoi, il résoudra le prédicateur à tout ce que vous trouverez Ce plus convenable à l’œuvre de la mission, qu’il est résolu de préférer à toutes sortes d’autres considérations. Il n’y aura nul obstacle de ce côté-là, et il m’a prié de vous en assurer.
Au reste, j’ai appris avec douleur l’accident qui vous était arrivé (1), et je loue Dieu, Monsieur, de tout mon cœur de ce que sa bonté vous a préservé.
J’ai pris la liberté de vous avertir des prétentions insolentes de nos huguenots dont les députés sont partis pour aller en
Lettre 2536. — Urbain et Lévesque, op cit., t. I, p 21, lettre 9.
1). La chute de voiture.
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Cour. Les deux affaires dont je vous ai écrit (2) sont de fort grande importance pour la religion. La reine, qui a tant de zèle pour le service de Dieu et qui témoigne tant de charité pour cette ville, aura bien la bonté d’arrêter le cours des injustes procédures de ces Messieurs, et y emploiera cette ardeur et cette autorité, dignes d’elle, que nous avons remarquées ici en pareilles rencontres
Je me réjouis, Monsieur, de voir approcher le temps du carême, dans l’espérance que j’ai de voir bientôt arriver les ouvriers que Dieu nous envoie, que je salue de tout mon cœur en Notre-Seigneur et très particulièrement M. l’abbé de Chandenier (3), je les plains d’avoir à faire un si grand voyage pendant un froid si rigoureux ; mais leur charité surmontera tout. Qu’ils viennent donc bientôt, au nom de Dieu ; la moisson est ample, et les petites difficultés qui s’élèvent seront bientôt aplanies par leur présence.
Je suis avec tout respect, etc.
2537. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 22 février 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 5. Je vous prie de me mander combien il y a que vous avez donné de l’argent aux aumôniers des galères, combien vous leur distribuâtes pour lors, combien ils sont à présent ; et puis nous verrons ce qui se pourra faire pour les contenter. Leur lettre nous a surpris, et nous ne pouvons vous rien envoyer pour eux, que nous n’ayons votre réponse. Vous me mandâtes dernièrement que vous espériez de recevoir bientôt leurs gages du receveur des gabelles ; mandez-moi si vous êtes encore dans cette espérance et pour quelles années lesdits gages sont dus.
2) Dans la lettre du 1er février.
3) Louis de Chandenier, abbé de Tournus.
Lettre 2537 — L. s — L’original appartient à M. le capitaine
Pérodon, château de Saint-Germain-la-Poterie (Oise).
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Voici une lettre que M. le duc de Richelieu écrit à M. le prévôt Bausset, par laquelle il le prie de recevoir de sa part les comptes de Messieurs les administrateurs de l’hôpital.
Je prie M. Huguier de donner sept écus au nommé Traverse, forçat, que nous avons reçus ici de sa mère, et 3 livres à Antoine Auroy. Je vous prie de lui en tenir compte, comme nous ferons à vous.
J’écrivis la semaine passée à M. Le Vacher, à Tunis, et lui écris encore aujourd’hui au sujet de quelques chevaliers de Malte faits esclaves.
Il y a deux jours que Messieurs Le Blanc, Arnoul et de Fontaines sont partis d’ici pour Nantes, à dessein de s’y embarquer pour Madagascar avec M. Daveroult, parti de Saintes, et notre petit frère Christophe, qui était au Mans. Je recommande à vos prières leur voyage et leur Mission. Nous renvoyons avec eux le plus grand des nègres que nous avons élevé ici, qui est bon enfant et qui servira de frère et d’interprète et même de catéchiste aux missionnaires.
M. l’abbé de Chandenier, avec 15 ou 16 bons ecclésiastiques de notre assemblée des mardis, est allé à Metz pour y faire la mission ce carême, la reine l’ayant ainsi désiré pour les grands besoins qu’elle a remarqués en cette ville-là l’été passé, que la cour y a séjourné. Je recommande aussi ce bon œuvre à vos prières, comme étant de grande importance.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je me suis excusé à Sa Majesté de ce que notre compagnie [n’] (1) entreprend cette mission, selon nos règles,
1) Mot oublié dans l’original
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pource que la ville de Metz a évêché et parlement, et lui ai dit que nous le ferions faire par Messieurs de notre conférence des mardis, dont M. de Chandenier est, lequel nous avons prié de prendre la direction, et lui avons donné un frère coadjuteur pour faire la cuisine ; et M. Demonchy, qui est à Toul, sera quelque temps auprès de lui pour mettre les choses en train.
Mercredi ou jeudi prochain, nous mettrons quatre mille livres entre les mains de M. Simonnet pour les vous faire tenir, les trois mille livres pour les envoyer à M. Le Vacher, à Tunis, pour son revenu annuel et pour se payer de ce qu’il a prêté au sieur Barreau, ce que vous avez avancé pour eux premièrement déduit ; et les mille livres restantes sont pour Alger, que vous garderez sans y toucher pour tout, et les délivrerez à M. Le Vacher le jeune (2),
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2538. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 22 février 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’étais en peine de votre chère personne et de votre petite famille lorsque votre lettre du 6 m’en a porté des nouvelles. Elles m’ont grandement consolé, et je ne puis assez remercier Dieu de la santé qu’il vous donne et des grâces qu’il vous fait, et par vous au peuple de Bra. Je le prie qu’il en soit sa gloire et qu’il réunisse parfaitement ces esprits divisés.
2) Ce post-scriptum est de l’écriture de saint Vincent.
Lettre 2538. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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Le mal qui est arrivé nouvellement en notre maison de Gênes n’a pas eu de suite, grâces à Dieu, et le prêtre qui en était atteint, était hors de danger le 19 décembre, à ce que M. Lejuge m’a écrit. Sans cette assurance, j’aurais été longtemps consterné d’un tel accident Cette pauvre maison de Gênes ne peut présentement satisfaire aux messes qu’elle est obligée de célébrer. Nous en avons dix mille à sa décharge, et M. Lejuge prie que ces deux prêtres que nous vous avons envoyés, destinés pour Gênes, les aident, pendant qu’ils sont à Turin, a accomplir leurs obligations pour ces messes-là. Dites-leur, s’il vous plaît, que je les en prie et que je les embrasse en esprit avec le reste de votre monde, de toute l’étendue de mon affection. Je suis fort consolé de savoir qu’ils font progrès en la langue et qu’ils s’y affectionnent.
Nous avons reçu le titre de notre frère Pronetti, son extrait baptistaire et une attestation de ses vie et mœurs. Il est à désirer qu’on lui envoie ses lettres de tonsure et des ordres mineurs.
Il y a deux jours que Messieurs Le Blanc, Arnoul et de Fontaines sont partis d’ici pour Nantes, à dessein de s’y embarquer pour Madagascar, avec M. Daveroult, parti de Saintes, et notre petit frère Christophe, qui était au Mans ; je recommande à vos prières leur voyage et leur Mission. Nous renvoyons avec eux le plus âgé des nègres que nous avons élevés ici, qui est bon enfant et qui servira de frère, d’interprète et de catéchiste aux missionnaires, Dieu aidant.
J’ai été incommodé, mais je me porte mieux, grâces à N.-S., et tous nos infirmes aussi. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous embrasse avec toutes les tendresses de mon
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cœur et salue votre famille, prosterné en esprit à vos pieds et aux siens.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin (1)
2539. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 24 février 1658.
Il ne faut pas vous mettre en peine des plaintes ni des soupçons des parents de ce bon ecclésiastique qui est en pension chez vous, duquel vous avez retiré les meuble, puisqu’en cela ils n’ont point de raison et qu’il ne faut pas laisser de faire le bien, encore que les gens du monde y trouvent à redire. Vous ferez donc bien, nonobstant ces bruits, de retenir chez vous ce pensionnaire. Le temps fera voir que vous n’y prétendez que son propre avancement, et non de profiter de ce qu’il a.
2540. —- A MARTIN HUSSON
Mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici une lettre de Tunis, qui vous en apprendra les nouvelles. Votre charité, qui s’est étendue jusque-là, vous fait toujours prendre part aux intérêts de cette église souffrante, comme à tout ce qui regarde le service
1) Le secrétaire a écrit à la suite : "Recommandé à Monsieur Delaforcade, marchand, rue Mercière, à Lyon."
Lettre 2539. — Reg. 2, p. 166.
Lettre 2540. — Reg. 1, f° 39 v°, copie prise sur la minute.
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de Dieu. Le consul d’Alger (1) est plus en repos qu’il n’a été du côté des Turcs, mais fort en peine de ce qu’il doit ; nous le sommes encore plus pour trouver de quoi le dégager. M. Le Vacher (2), qui est venu ici pour cela, y travaille depuis sept ou 8 mois avec une ardeur non pareille, mais sans grand effet. Beaucoup de personnes qui ont bonté pour notre compagnie, s’y sont employées et ont obtenu permission de faire une quête générale dans les paroisses de Paris, laquelle fait plus de bruit que de fruit. Néanmoins, il y a sujet d’espérer que la somme due se trouvera faite à peu près à Pâques, et que ce bon prêtre s’en pourra retourner et, après avoir acquitté le consul, le renvoyer en France. Mais nous sommes bien empêchés de trouver un homme propre pour remplir sa place, et encore plus pour remédier aux entreprises que ces barbares font sur les sujets du roi et sur les consuls. On en a proposé quelques moyens à M. de Brienne. Priez Dieu, s’il vous plaît, pour le succès.
De notre côté, nous le prions souvent pour vous, ne pouvant reconnaître autrement la bonté et la patience que vous avez exercées vers nous. Pour mon particulier, je ne pense presque jamais à vous qu’avec des sentiments d’estime et d’affection, qui me font souhaiter la grâce de vous pouvoir servir et la continuation de votre chère amitié. Plaise à Dieu de nous en rendre dignes et de combler de ses bénédictions votre âme et votre vie cachée !
Je suis, en son amour…
1) Jean Barreau.
2) Philippe Le Vacher.
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5241. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce premier de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 11 janvier. Je viens d’écrire à Rome, à M. Jolly, au sujet du nouveau nonce, conformément à votre désir. Le mien se trouvera rempli quand je saurai que le roi et la reine seront à Varsovie, et que la diète aura eu l’issue que Leurs Majestés souhaitent. Je loue Dieu des bonnes nouvelles que vous me mandez de leurs affaires et je prie et fais prier par la Compagnie qu’il plaise à sa divine bonté de changer les choses de bien en mieux.
Vous me mandez que Mgr de Posnanie (1) vous procure une cure en sa ville, et M. Falibowski une maison à Cracovie, et qu’outre cela, ce dernier vous veut faire un don de quelque argent qui lui est dû. Tout cela est digne de nos reconnaissances, bien que ce ne soient que des projets. Dieu, par sa miséricorde, vous rende dignes des effets de leur bonne volonté, de laquelle, après Dieu, nous avons l’obligation à la charité de la reine !
J’aurais reçu aujourd’hui, comme je crois, une autre de vos lettres, si le courrier n’était retardé par une inondation prodigieuse, causée par le dégel, qui fait qu’en beaucoup de rues de Paris, on voit passer plus de bateaux que de carrosses. L’eau de la rivière vient jusque dans notre clos. Ce débordement étrange aura surpris en chemin quatre de nos prêtres partis pour Nantes, où ils se sont embarqués pour Madagascar avec le frère Christophe et un bon garçon nègre de cette île
Lettre 2541. — L s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Albert Tholibowski (1654-1663).
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que nous avons élevé céans et que nous renvoyons en son pays pour servir à nos missionnaires de frère, d’interprète et de catéchiste, pour l’instruction de ses compatriotes. Ces Messieurs sont Messieurs Le Blanc, Daveroult, Arnoul et de Fontaines. Les deux sont d’Artois et les deux autres picards. Je recommande leur voyage et leur Mission à vos prières. Nous en sommes en grande peine, comme aussi de 15 ou 16 bons ecclésiastiques de notre assemblée des mardis qui sont allés à Metz pour y faire la mission, sous la conduite de M. l’abbé de Chandenier et par ordre de la reine, qui a remarqué de grands besoins en cette ville-là pendant que la cour y a séjourné, l’été passé. Je me suis excusé d’y envoyer des prêtres de la Compagnie, à cause que c’est une ville épiscopale, où nous ne devons ni prêcher, ni confesser ; ce qui nous a obligés de recourir à ces Messieurs pour faire ce bon œuvre. Nous leur avons néanmoins donné un prêtre et deux frères pour les servir.
Lorsque la ville de Gênes semblait être entièrement purgée de la peste, elle s’est prise à un de nos prêtres, qui a mis tout le reste de la famille en danger et toute la ville en crainte. Néanmoins il a plu à Dieu, à ce que l’on me mande, que ce mal-là n’a pas eu de suite et que le malade se guérit ; mais ils sont tous obligés de faire la quarantaine. Voilà nos petites nouvelles.
J’embrasse de toutes les affections de mon cœur Messieurs Desdames et Duperroy. Je leur souhaite, comme à vous, les bénédictions du ciel en abondance.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
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2542. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce premier de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je trouve bon que, puisque M. le prévôt Bausset est député de M. le général des galères (1) pour recevoir les comptes de Messieurs les administrateurs de l’hôpital, que vous lui présentiez les vôtres sur l’emploi des gages de MM. les a[umôniers] et lui fassiez voir l’ordre du roi et les acquits qui servent à votre décharge, tant de l’argent que vous leur avez fourni à eux-mêmes, que de celui que vous avez payé pour le bâtiment. Je serais bien aise de voir une copie dudit compte, tant en recette qu’en mise. Je vous prie de me l’envoyer. Je verrai s’il sera à propos de le faire recevoir par M. le duc de Richelieu ; pour le présent, il me semble qu’il n’est pas expédient.
Je ne m’étonne pas qu’après avoir mis sur l’état des années 1656 et 57 l’aumône de l’hôpital et les gages des a[umôniers], on les ait retranchés, parce que partout où le roi trouve à retrancher, il le fait ; et j’ai toujours appréhendé que cet hôpital ait grande difficulté à se soutenir, ayant sa subsistance fondée sur un trait de plume, et n’étant pas appuyé de M. le général. Je verrai si Madame la duchesse (2) pourra quelque chose pour faire rétablir les deux années retranchées.
Voilà ce que je puis répondre à votre lettre du 12 février. Je n’ai pas encore reçu celle du 19, parce que le
Lettre 2542. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille
1) Le duc de Richelieu.
2) La duchesse d’Aiguillon.
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courrier est retardé par une inondation prodigieuse, qui est en ce pays, causée par le dégel, qui fait qu’en beaucoup de rues de Paris on voit passer plus de bateaux que de carrosses. Jamais on n’a vu les eaux si hautes qu’elles sont ; elles ont mis tout Paris dans l’effroi ; elles ont fait de grands dégâts et dedans et dehors. On vient de nous dire qu’elles ont emporté, cette nuit, quatre arches entières du pont Marie, avec les maisons qui étaient bâties dessus (3). Elle aurait bien fait d’autres ravages sans un canal qui prend au-dessus de l’arsenal, qui passe hors le faubourg Saint-Denis et qui va se décharger au bout du cours, lequel canal a grandement servi pour détourner les eaux de la ville et diminuer la force de la rivière. Je prie N.-S. qu’il ait pitié de son pauvre peuple. Ce débordement étrange aura surpris en chemin nos prêtres qui sont allés à Nantes, et ces Messieurs qui vont faire la mission à Metz. Nous en sommes en grande peine.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3) Une lettre de Gui Patin (La France au milieu du XVIIè siècle, 1648-1661 d’après la correspondance de Gui Patin, Paris, 1901 in-16 p. 240) donne quelques détails intéressants sur cette inondation : "Il y a ici grand désordre pour les eaux, écrivait-il le 26 février 1658 à son ami Spon, de Lyon. La rivière est tellement grossie que tout le monde a peur d’être submergé ; elle est aussi grande que jamais, mais elle est vingt fois plus rapide qu’elle ne fut en 1651, en ce même mois de février. On ne voit passer sur la rivière que bois, paille, paillasses et lits, qui sont des marques qu’elle a puissamment fait des ravages par où elle a passé en venant à Paris. Il n’est pas jusqu’à la petite rivière de Bièvre, Bibara, vulgo rivière de Gentilly ou des Gobelins, qui n’ait fait rage dans le faubourg Saint-Marceau, ou elle a noyé bien du monde et abattu des maisons. La Grève est si pleine d’eau que l’on n’en approche que par bateau ; toutes les rues prochaines en regorgent." Le pont Marie, qui
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2543. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 1er de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je fis réponse, la semaine passée, à votre dernière lettre. Celle-ci n’est que pour accompagner les incluses que notre frère Pronetti vous adresse et pour vous faire part de nos nouvelles. Une inondation prodigieuse est arrivée à ce pays, causée par le dégel, qui fait qu’en beaucoup de rues de Paris on voit passer plus de bateaux que de carrosses. Jamais on n’a vu des eaux si hautes qu’elles sont ; elles ont mis tout Paris dans l’effroi ; elles ont fait de grands dégâts et dedans et dehors. On vient de nous dire qu’elles ont emporté, cette nuit, quatre arches entières du pont Marie, avec les maisons qui étaient bâties dessus. Elle aurait bien fait d’autres ravages sans un canal qui prend au-dessus de l’arsenal, qui passe hors du faubourg Saint-Denis et qui va se décharger au bout du cours, lequel canal a grandement servi pour détourner les eaux de la ville et diminuer la force de la rivière. Je prie N.-S. qu’il ait pitié de son pauvre peuple.
Ce débordement étrange a surpris en chemin nos prêtres qui se vont embarquer à Nantes pour Madagascar et ces Messieurs qui sont allés faire la mission à Metz. Nous en sommes en grande peine.
Dieu vous bénisse, Monsieur, et vous fortifie pour sa
reliait l’île Saint-Louis au quai des Ormes, s’écroula le 1er mars, avec vingt-deux maisons, causant, par sa chute, la mort de cinquante-sept personnes.
Lettre 2543. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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gloire et notre consolation ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Martin.
2544. — JACQUES-BéNIGNE BOSSUET A SAINT VINCENT
A Metz, 2 mars 1658.
Je vous rends grâces très humbles de la charité que vous avez eue pour faire avertir la reine de l’affaire pour laquelle je m’étais donné l’honneur de vous écrire (1). Je vois, par les lettres que Sa Majesté en a fait écrire en ce pays, que votre recommandation a fort opéré. le prie Dieu qu’il bénisse les saintes intentions de cette pieuse princesse, qui embrasse avec tant d’ardeur les intérêts de la religion.
Frère Mathieu (2), qui est arrivé ici comme par miracle au milieu d’un déluge qui nous environnait de toutes parts, vous rendra compte, Monsieur, de ce que l’on a préparé pour ces Messieurs. Les choses sont à peu près en état pour le commencement, le temps accommodera tout et assurément on fera tout ce qui se pourra pour donner satisfaction à ces serviteurs de Jésus-Christ. J’ai appréhendé avec raison beaucoup de difficultés du coté du prédicateur (3), surtout si ces Messieurs étaient empêchés par les eaux d’être ici avant le commencement du carême ; et ce bon Père avait telle répugnance à abandonner sa chaire à un autre en les attendant, ou à la céder après avoir commencé, que j’étais tout à fait en inquiétude du scandale qui aurait pu arriver ici, si M. d’Auguste (4) eut été contraint d’user de son autorité ; à quoi néanmoins il se résolvait. Mais Dieu, Monsieur, qui pourvoit à tout, nous a mis en repos de ce côté-là, par l’ordre qu’a eu le syndic de cette ville de dire à M. d’Auguste et à M. de La Contour, que la reine aurait fort agréable si le prédicateur quittait entièrement
Lettre 2544. — Urbain et Levesque, op. cit, t. I, p. 24, lettre 10
1) Par la lettre du 1er février.
2) Mathieu Régnard.
3) Le R. P. Antoine Guespier.
4) Pierre Bédacier.
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sa chaire, en acceptant cent écus que Sa Majesté lui fait donner, outre la rétribution ordinaire, et étant retenu pour prêcher l’année prochaine. Par là, toutes choses sont apaisées, et moi je vous l’avoue, tiré d’une grande peine d’esprit. Il ne reste plus qu’à prier Dieu qu’il ouvre bientôt le chemin au milieu des eaux à ses serviteurs, qu’il fasse fructifier leur travail et donne efficace à leur parole. C’est en sa charité que je suis, etc.
2545. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 2 mars 1658.
Mon très honoré Père,
Si la pauvre femme pour laquelle l’on vous a fait écrire est de condition d’être nourrice, je ne crois point lieu de plus grande sûreté pour elle que de venir être nourrice des Enfants treuvés. Et s’il était à craindre qu’elle voulut retourner, si, par son jugement pour sa faute, elle était bannie, ce serait un moyen pour l’arrêter ici. Pourvu qu’elle ait du lait, elle pourrait nourrir 2 ou 3 ans. Autrement, mon très honoré Père, je ne vois point d’assurance en ces quartiers pour l’empêcher d’y faire pareille faute, ou plus grande, selon le lieu auquel elle est. étant bannie, l’on pourrait la mettre sous main en condition en quelque lieu, à 5 ou 6 lieues surtout si son jugement n’était pas trop divulgué, crainte que la grande honte ne la tint dans son péché, son honneur étant tout à fait perdu. J’en dis peut-être. Je vous en demande très humblement pardon, me servant aussi de cette occasion pour vous demander voire sainte bénédiction, l’assistance de vos prières pour m’obtenir miséricorde, crainte que mes obstinations passées et peut-être présentes ou à venir, misérable que je suis, ne soient cause de ma perte, comme celle de., pauvres personnes qui n’ont péri que corporellement en ces inondations ; et pour exciter votre charité, je la supplie de croire que je suis, par la volonté de Dieu, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obligée servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2545. — L a — Dossier des Filles de la Charité, original.
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2546. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 8 de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 19 février. En voici une pour notre frère Barreau Je lui mande où nous en sommes pour ses affaires. Nous y travaillons sans cesse sans y avancer beaucoup. On va faire une quête, qui fera plus de bruit que de fruit ; nous ne pourrons savoir que vers Pâques ce qu’elle produira. Je loue Dieu de ce que vous avez au Bastion une personne assurée pour écrire en Alger. Nous n’avons encore reçu les 3000 livres de Barbane du fermier des coches, et ainsi je n’ai pu vous en envoyer la lettre de change ; j’espère que ce sera par le premier ordinaire.
M. Durand me mande qu’il vous allait envoyer le frère Duchesne ; j’estime qu’il est à présent chez vous.
Je loue Dieu de la charité que la ville de Marseille exerce vers les pauvres dans la nécessité où ils se trouvent, et de l’assistance que vous avez procurée aux forçats dans l’occasion opportune du froid et de l’indigence. Dieu vous fera grâce, Monsieur, d’attendrir nos cœurs vers les misérables et d’estimer qu’en les secourant nous faisons justice et non pas miséricorde ! Ce sont nos frères, que Dieu nous commande d’assister ; mais faisons-le de par lui et en la manière qu’il l’entend par l’évangile d’aujourd’hui. Ne disons plus : c’est moi qui ai fait ce bon œuvre ; car tout bien doit être fait
Lettre 2546. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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au nom de N.-S. Jésus-Christ, en Sui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
En signant la présente, j’ai reçu la vôtre du 26 février. Vous avez bien fait de solliciter Monsieur de Marseille (1) pour son séminaire ; car je pense qu’il a besoin de cela.
2547. — A N ***
8 mars 1658
Vincent de Paul annonce à son correspondant que Louis de Chandenier et ses compagnons sont arrivés à Metz, où ils doivent donner une mission.
2548. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
De Puy-la-Roque (1), ce 8 mars 1658.
Monsieur,
Je vous remercie du soin que vous prenez pour l’affaire de Chancelade. Je vous prie de presser le jugement de l’affaire de Gignac et ne perdre point le temps pour cela. Cependant suis et demeure, Monsieur…
ALAIN, év. de Cahors.
1) Etienne de Puget.
Lettre 2547. — Collet, op. cit., t. II, p. 41
Lettre 2548. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
1) Localité de l’arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).
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2549. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
1658
Notre mission de Vassy (1) a reçu toutes les bénédictions que l’on pouvait attendre. Nous étions aidés par quatre curés et par un autre bon ecclésiastique, tous capables et vertueux. Deux d’entre eux ont si bien pris la méthode de la compagnie dans leurs prédications, que, quoiqu’ils eussent peu de disposition de parler en public, ils le font à présent aussi utilement et avec autant de facilité que je connaisse parmi les personnes de leur profession. Les catholiques que l’hérésie avait noircis et infectés de plusieurs mauvaises maximes, les ont quittées et ont été confirmés dans les bons sentiments et mis dans un train de vie vraiment chrétienne ; et non seulement les habitants dudit lieu, mais ceux de quatre et cinq lieues à la ronde en ont tiré un merveilleux profit…
Nous sommes maintenant occupés à la mission de Holmoru (2), où il y a encore plus de bien à espérer, attendu le concours du peuple et l’affection de Messieurs les curés, qui est si grande, qu’aujourd’hui douze curés sont venus exprès de trois ou quatre grandes lieues pour assister aux actions et apprendre la méthode d’instruire les peuples.
2550. — JEAN MARTIN A SAINT VINCENT
9 mars 1658.
Nous voici sortis de notre mission de Bra, où il a plu à Dieu de verser des grâces en abondance sur ces pauvres âmes, qui étaient depuis si longtemps dans l’état déplorable que je vous ai fait savoir par mes précédentes. Nous y avons employé sept semaines entières ; et tout le temps dont le monde emploie ordinairement une partie aux folies du carnaval,
Lettre 2549. — Abelly, op. cit., II, chap I, sect II, § 7, 1er éd, p 48
1) Dans la Haute Marne.
2). Aujourd’hui Heiltz-le-Maurupt, chef-lieu de canton dans la Marne.
Lettre 2550. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VI, p. 87. Le même extrait de lettre se trouve dans la notice de Jean Martin (Notices, t. I, p. 292), avec des variantes.
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a été pour les habitants de ce lieu un temps de pénitence et comme une fête continuelle de très grande dévotion. Il s’y est fait environ neuf ou dix mille confessions générales, avec une telle ferveur que plusieurs, pour pouvoir aborder le confessionnal, passaient les journées entières et une bonne partie de la nuit à l’église, nonobstant la très grande rigueur du froid qu’on a ressenti pendant tout ce temps-là. Il a plu à Dieu par ce moyen de répandre la paix et la charité dans les cœurs avec une telle plénitude, que les habitants sont étonnés de voir une réconciliation si par. faite, en sorte qu’ils ne se souviennent pas d’avoir jamais vu une telle union et cordialité. Ils en ont donné eux-mêmes avis à Madame Royale, à qui j’allai hier rendre compte de tout ce qui s’y était passé, et de l’espérance qu’il y avait d’une totale persévérance. Elle en ressentit tant de joie et de consolation que son cœur en fut tout attendri et les larmes lut en vinrent aux yeux ; et pour mettre le comble à tout ce bien et effacer entièrement la mémoire du passé, elle leur a fait grâce et leur a donné une abolition entière de tous les crimes et de tous les excès commis pendant leurs divisions.
Mais comme une miséricorde et une grâce en attire ordinairement une autre de la bonté de Dieu, il a plu à cette divine bonté d’étendre la même bénédiction qu’il avait communiquée au lieu de Bra, sur un autre qui en est assez proche, où depuis quarante ans la discorde et la division ont fait un tel ravage parmi les habitants que tout le lieu en restait presque détruit, un grand nombre ayant été tué de part et d’autre, plusieurs maisons abattues et détruites et une bonne partie des habitants obligés d’aller demeurer ailleurs. Le Sénat du Piémont s’était plusieurs fois employé pour les réconcilier, mais sans aucun fruit, et tous les autres moyens dont on s’est voulu servir pour cette fin ont été inutiles. Enfin le seigneur de ce lieu, qui est l’un des principaux du Piémont et d’ailleurs très vertueux et très sage, jugea à propos, après la mission de Bra, aux fonctions de laquelle quelques-uns de ce lieu-là avaient assisté de les convoquer tous, tant d’un parti que d’autre, et de voir s’il n’y avait point moyen de les porter à la réconciliation par l’exemple de leurs voisins. Nous y fîmes seulement pendant trois ou quatre jours quelques prédications et exercices de la mission, et il plut à Dieu de leur toucher le cœur en telle sorte, qu’en la présence du très Saint Sacrement et d’un grand nombre de peuple du voisinage ils s’embrassèrent les uns les autres, et s’étant réciproquement pardonné, ils jurèrent sur les saints évangiles une paix perpétuelle ; et, en témoignage de cela, ils se sont conviés les uns les autres et ont mangé ensemble avec une telle union
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et cordialité que s’ils étaient frères. Son Altesse a eu la bonté de leur accorder la même grâce et abolition qua ceux de Bra, afin qu’ils puissent retourner habiter dans leurs maisons abandonnées et cultiver leurs terres.
2551. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER
Du 13 mars 1658.
Nous n’avons encore donné permission à personne de nous adresser les postulants qu’ils jugeront propres pour la Compagnie, sans nous les proposer auparavant et en avoir reçu notre réponse ; et je pense que vous ne la devez pas désirer pour vous, à cause du déplaisir que vous auriez d’en voir renvoyer quelques-uns que nous ne trouverions pas avoir les qualités requises, et qu’ils auraient eux-mêmes sujet de se plaindre d’avoir fait un voyage inutile. Il ne faut pas aussi, quand quelqu’un se présente, l’envoyer sans l’avoir éprouvé quelque temps, pour bien qu’il paraisse homme fait et bien intentionné ; et pendant cette épreuve vous pouvez nous mander son nom, son âge, sa condition, ses études, s’il a son père et mère, si pauvres ou accommodés, s’il a son titre ou moyen de l’avoir, s’il a pratiqué la vertu par le passé ou s’il a été débauché, quels motifs il a de quitter le monde et de se faire missionnaire, s’il a l’esprit bien fait, le corps bien composé et bien sain, s’il a la parole libre, les yeux bons, et enfin s’il est disposé à tout faire et à tout souffrir, et d’aller et venir partout pour le service de Dieu, selon qu’il lui sera marqué par la sainte obéissance. Car il les faut sonder sur tout et les avertir, avant de leur rien promettre, des difficultés qu’ils pourront trouver au séminaire, et ensuite dans les emplois et dans notre manière de vie.
Lettre 251 — Reg 2, p. 191
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Nous penserons à l’ouverture que vous me faites d’établir un séminaire interne à Saint-Méen pour les postulants de Bretagne. Vous m’avez fait plaisir.
2552. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 14 de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre mission de Sisteron me privera de vos lettres cet ordinaire ici, comme je crois ; mais je souffre volontiers cette privation pour une si bonne cause, et je prie derechef Notre-Seigneur qu’il bénisse vos travaux et qu’il vous donne des forces.
J’espère que Messieurs les administrateurs emprunteront de l’argent pour soutenir l’hôpital, plutôt que d’abandonner les malades, puisqu’ils sont assurés de toucher l’aumône de la fondation pour cette année, ainsi que je vous ai mandé, et que Mgr le coadjuteur de Narbonne (1) m’a encore fait l’honneur de me l’écrire depuis trois jours.
Nous avons reçu un écu pour Renaud le Page, et un autre pour Lesueur, forçat sur la Ducale ; je prie M. Huguier de les leur donner.
Je suis, en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je viens de recevoir 30 livres pour Martin de Lancre, avec une lettre ; je vous prie de les lui donner. Voici
Lettre 2552. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) François Fouquet.
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encore 21 livres qu’on nous porte pour Vincent Traverse ; j’écris à M. Huguier qu’il les lui donne.
2553. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 15e de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 26 février et 5 du courant. Je vous prie de différer à présent votre compte à M. le prévôt Bausset touchant l’emploi des gages des a [umôniers], jusqu’à ce que je vous le mande. Je désire prendre avis pour savoir s’il est expédient que vous rendiez ce compte, à cause de la conséquence qu’on en pourrait tirer pour l’avenir ; et, en cas qu’il soit à propos, s’il ne faudra pas que ce soit à M. le général même plutôt qu’audit sieur Bausset, d’autant plus que ce dernier n’est commis que pour recevoir seulement les comptes de Messieurs les administrateurs et non le vôtre, duquel je vous ai prié de m’envoyer le projet. Il faudra faire mention que, pendant les années pour lesquelles vous avez reçu lesdits gages, il n’y avait que peu ou point d’aumôniers résidents sur les galères ; que c’étaient des religieux de la ville qui y allaient dire la sainte messe les fêtes, et qui pour cela ont reçu le pain qu’on a coutume de donner chaque jour aux aumôniers qui sont en service, et que, même en ce temps-là que la province fut en trouble, les galères furent employées contre le service du roi, ou du moins elles refusèrent d’exécuter ses ordres ; parce que ces raisons ont en partie donné sujet à Sa Majesté de destiner lesdits gages au
Lettre 2553. — L. s. — Original chez les Filles de la Charité de Marseille, rue Vincent-Leblanc, 22.
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bâtiment de votre maison pour y loger lesdits aumôniers, pendant que les galères seront au port de Marseille, et y être formés et exercés comme séminaristes aux fonctions de leur état, sous la direction de l’aumônier réal et selon les lettres patentes de fondation. Si néanmoins ces raisons-là ne sont pas en effet telles que je les avance et qu’on me les a fait entendre, il ne faudra pas s’en servir.
Je suis très fâché des reproches que vous avez reçus du consul d’Alger (1). Il a tort de s’emporter comme il fait contre vous, qui n’avez rien écrit que ce que je vous ai prié d’écrire. Il est vrai que ce pauvre homme est si troublé dans les mauvaises affaires qu’il a, qu’il est aucunement excusable en ses plaintes, mais aussi est-il répréhensible en son procédé, puisqu’il a donné lieu aux engagements pour lesquels il souffre, et nous aussi, faute d’avoir observé les ordres qu’on lui a donnés du commencement de ne s’engager pour qui que ce soit sous aucun prétexte. Jamais je n’ai mieux reconnu la malignité de la désobéissance, que je la reconnais en cette occasion, qui brouille et commet la compagnie au delà de ce que je vous en puis dire.
Et voilà que, selon ce que vous me mandez, M. Le Vacher, de Tunis (2), s’est aussi oublié de son devoir, puisque, nonobstant la défense que nous lui avons faite, il s’est engagé de onze cents piastres pour le frère Barreau. C’est tout perdre et d’un mal en faire deux, car il suit l’autre dans son précipice et ne l’en retire pas ; et, sans savoir si nous pourrons payer l’argent qu’il emprunte et remplacer les dépôts qu’on lui a confiés pour les esclaves, il se met en danger de leur faire un
1) Jean Barreau.
2) Jean Le Vacher.
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tort irréparable, de ruiner son crédit et sa réputation, et enfin de se mettre hors d’état de continuer ses emplois en Ce pays-là, ainsi que s’y est mis le frère Barreau en Alger, d’où il faut nécessairement le retirer, étant cause que la compagnie est maintenant exposée à une grande confusion. Voilà ce qui arrive aux personnes de communauté qui agissent par leur propre mouvement. Certes, quand elles sont bien obéissantes, Dieu s’en sert pour faire son œuvre ; et au contraire, le diable se prévaut de leur désobéissance pour détruire les desseins de Dieu et mettre le désordre partout. S’ils avaient tenu ferme pour n’outrepasser pas notre intention connue, Dieu serait pour eux et les eût délivrés des accablements où ils se trouvent, et nous des peines que nous en souffrons.
J’écris derechef à M. Le Vacher qu’il ne se laisse pas surprendre par ce frère-là, et ne paye rien pour qui que ce soit, s’il ne le peut faire par ses propres forces, sans y employer celles d’autrui ; et mandez-lui, s’il vous plaît, que, s’il vous tire d’autres lettres de change, vous les y enverrez sans les acquitter. Toutefois, pour celle des deux cents écus que vous avez déjà acceptée, je consens que vous la payiez sur les mille écus que je vous envoie pour lui faire tenir. Vous trouverez à cet effet une lettre incluse de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon, qui contient quatre mille livres, à vous payables dans huit jours de vue. Vous garderez, s’il vous plaît, les mille livres jusqu’à nouvel ordre, et prendrez sur les autres 3.000 livres ce qu’il faut pour les nécessités que ces Messieurs de Tunis et d’Alger vous ont demandées, et que je vous ai prié de leur envoyer.
Nous avons un bref pour lire certains livres défendus, mais nous ne pouvons nous en servir qu’après l’avoir montré à Nosseigneurs les évêques des lieux ; et encore
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faut-il que les particuliers de la compagnie aient permission expresse du supérieur. Je vous en ferai envoyer une autre fois une copie collationnée.
Nous avons reçu trente livres pour Denis Dubois, forçat sur la Capitaine ; huit pour Nicolas Moreau, qui est sur la Richelieu, et six pour Marc Mansart sur la Capitaine. Je prie M. Huguier de leur délivrer ces petites sommes, et vous de lui en tenir compte.
Vous me proposez de donner 30 ou 40 livres à chaque aumônier, de ceux qui sont à présent en service, pour arrêter leurs plaintes ; si vous pouvez les faire contenter à 10 écus, faites-le, s’il vous plaît ; et faites mettre dans les quittances que l’on leur avance cette somme, encore que nous n’ayons rien touché pour l’année présente, ni pour la passée, si cela est vrai de l’année passée. Je vous assure que nous n’en avons reçu pas un sol ici depuis que la Mission est à Marseille. Faites cela selon votre prudence ordinaire, s’il vous plaît. Prenez l’argent pour leur bailler ; nous l’acquitterons ici. Les mille livres que M. Napollon vous délivrera, outre les trois pour Tunis, sont pour acquitter les dette, d’Alger ; vous ne le direz point à personne, s’il vous plaît ; je dis, pour les acquitter en la même ville (3).
Je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous prie derechef de ne pas toucher à ces 1.000 livres d’Alger, sous quelque prétexte que se soit.
Au bas de la première page : M. Get.
3) Ces mots, depuis "Vous pouvez les faire contenter", sont de la main du saint.
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2554. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 16 de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 18 janvier, qui est fort courte, et je n’ai rien à y répondre. Je rends grâces à Dieu de ce que tout de bon on parle de la paix. Plaise à sa divine bonté qu’elle se fasse pour le repos de Leurs Majestés et de tout le royaume ! Je remercie aussi sa divine bonté de ce que la petite famille jouit à présent d’un peu de calme et d’une bonne santé. J’espère que l’un et l’autre iront croissant pour le service de N.-S., à qui vous êtes tous consacrés. Je donne souvent pour exemple à la compagnie votre abandon à Dieu, votre patience dans les difficultés et votre fermeté dans les agitations passées. Je parle aussi de ces Messieurs qui sont avec vous, que j’embrasse de toutes les tendresses de mon cœur. Je ne pense jamais à vous, ni à eux, qu’avec un sentiment de consolation qui se fait sentir à mon âme par-dessus toute autre consolation. Je ne leur écris pas en particulier, comme je souhaiterais de le faire, pour ne pas grossir le paquet, à cause de la peine qu’on en a.
Voici une lettre pour M. Duperroy de M. son frère (1), qui me témoigne affection de revenir lorsque sa santé sera un peu meilleure. Je lui écrirai, un de ces jours, qu’il sera le bienvenu.
Nous n’avons rien de nouveau que l’embarquement de quatre de nos prêtres et deux frères pour Madagascar. Nous avons céans environ 70 ordinands et deux docteurs de Sorbonne, qui leur font les entretiens. Nous
Lettre 2554. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Victor Duperroy.
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avons aussi trois bandes de missionnaires aux champs, qui travaillent depuis trois mois au salut des peuples.
Oh ! que je souhaite que vous soyez bientôt en état de faire quelques missions !
Je prie N.-S. qu’il vous anime tous de son esprit pour le salut des âmes. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
2555. — A LOUIS DE CHANDENIER
[Printemps de 1658 (1)].
J’ai parlé à M. de Saint-Jean (2) touchant la chaire du prédicateur pour l’année prochaine (3) ; il s’emploiera pour cela.
Mademoiselle de Chandenier est toujours en peine d’apprendre des nouvelles de votre santé et de celle de M. de Saint-Jean (4), et les filles de Saint-Thomas (5) et de la Visitation de celle de M. de Blampignon, auquel je n’écris point à cette fois, pour être fort embarrasse. Je salue très humblement M. de Moutiers Saint-Jean et
Lettre 2555. — Minute aut. chez les Filles de la Charité de Moissac.
1) Deux détails semblent indiquer que cette lettre est du temps où se donnait la célèbre mission de Metz : la première phrase (voir note 3) et la réunion hors Paris des frères Chandenier et de l’abbé de Blampignon
2). Aumônier de la Reine-Mère.
3) Le R. P. Guespier.
4) Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean.
5) Les Filles de Saint-Thomas-d’Aquin, religieuses de l’ordre de Saint-Dominique, établies à Paris, rue Neuve-Saint-Augustin. M. de Blampignon était leur directeur.
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lui, et cela avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je n’écris non plus à pas un autre.
J’oubliais à dire à M. l’abbé de Blampignon que M. Moufle a dit à M. l’abbé de Saint-Esprit qu’il fait bien à merveille la vigne qu’il lui a donnée à faire et qu’il la trouvera bien cultivée à son retour et avancée en fleurs et peut-être en grappes. Il ne lui en mandera rien, s’il lui plaît.
Voilà, Monsieur, tout ce que je puis vous dire pour le présent, sinon que votre homme d’affaires est parti pour la Bourgogne, avec grande affection de faire toutes choses selon votre désir ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2556. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 22 de mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier seulement votre lettre du 26 janvier. Nous attendrons le temps que vous me mandez à vous envoyer de notre jeunesse. Je crains bien que nous ne puissions pas vous envoyer les deux prêtres que vous demandez, à cause des besoins qui nous pressent d’ailleurs. Nous ferons pourtant tout ce que nous pourrons pour cela et pour les deux frères que vous désirez ; mais ce ne sera pas sitôt, et vous ne devez pas vous attendre à M. de Brière (1), étant nécessaire aux Bons-Enfants comme il est.
Lettre 2556. — L. s. — Dossier de Cracovie, original
1) Nicolas de la Brière, né à Saint-Deniscourt (Oise), entré dans
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Je parlerai avec Mademoiselle Le Gras de ce que vous me mandez de ses filles, et nous tâcherons aussi de remédier aux inconvénients que vous craignez à leur sujet.
La reine de Suède est à Paris ; mais je ne sais pas si le maître et le serviteur dont vous me parlez y sont. Je m’en informerai pour tâcher de les faire séparer, en cas qu’ils soient encore ensemble. Dieu veuille que la paix se fasse, afin que le peuple puisse se remettre ! Nous prions toujours Dieu pour le roi, la reine et le royaume.
Vous pouvez penser que nous n’oublions pas votre chère personne, ni celle de Messieurs Desdames et Duperroy. Je vous embrasse tous ensemblement et séparément de toutes les tendresses de mon cœur. Je loue Dieu de l’union et de la santé dont vous jouissez.
Tous nos infirmes de deçà se portent mieux aussi. Notre ordination est fort bien allée, grâces à Dieu, et sa divine bonté bénit les missions qui se font en ce diocèse et en d’autres, particulièrement celle de Metz, où je vous ai mandé que la reine a envoyé environ vingt ecclésiastiques de notre assemblée des mardis, sous la conduite de M. l’abbé de Chandenier, qui, depuis quelques années, s’est retiré parmi nous avec M. l’abbé de Moutiers-Saint-Jean, son frère. Ce sont deux grands serviteurs de Dieu, à qui nous avons de très particulières obligations et qui nous édifient merveilleusement. Nos 4 prêtres et deux frères partis pour Madagascar sont sur mer depuis le 14 de ce mois. Priez pour eux et pour nous tous.
la congrégation de la Mission le 15 mai 1648, à l’âge de vingt-deux ans, reçu aux vœux le 15 août 1650, ordonné prêtre le 22 mai 1655.
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Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
2587. — A MONSIEUR PINON
24 mars 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, avec respect, et je l’ai lue avec une consolation très sensible, voyant les tendres et dévots sentiments que vous avez sur le sujet de notre frère Pinon, votre fils (1), qui sont autant édifiants qu’ils sont contraires à la nature. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce que vous lui avez consacré ce fils avec tant d’exubérance que sa vie et sa mort vous sont indifférentes, pourvu qu’elles soient pour la plus grande gloire du Créateur. C’est une marque que l’amour divin règne en votre cœur pardessus l’amour paternel, et il y a sujet d’espérer que Dieu bénira le fils par le père, comme déjà il a plu à sa divine bonté de le conserver, au milieu d’une grande mortalité qui n’a pas été seulement dans Gênes, mais dans la maison où il était et où nous avons perdu six prêtres et un frère. Certes, Monsieur, dans cette grande affliction de peste, nous avons été consolés de savoir
Lettre 2557. — Reg. I, f° 31 V°.
1) Pierre Pinon, né à Tours le 19 juin 1630, entré dans la congrégation de la Mission le 30 août 1655, reçu aux vœux à Gênes le 14 octobre 1657.
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que ce frère en a été préservé ; car c’est un bon enfant, qui fait toujours bien, par la miséricorde de Dieu, et qui nous donne espérance qu’il sera un jour un bon missionnaire.
Mais, à propos de ce nom, il faut que je vous die, Monsieur, que nous ne sommes pas religieux, bien que nous fassions des vœux simples, et que le vœu de pauvreté n’ôte pas la liberté à ceux qui l’ont fait de disposer du fonds de leurs biens, ni des fruits et revenus pendant leur vie ; il est vrai que de ceux-ci ils n’en disposent que par l’avis de leurs supérieurs. Je pense, Monsieur, que vous ne voulez pas qu’il se prive de ce que la providence de Dieu lui a donné par vous, dans le doute s’il persévérera en la condition qu’il a embrassée, car, nos vœux étant dispensables par le Pape et par le général, il peut arriver qu’il sortira d’avec nous, et s’il n’avait plus rien, il se trouverait sur le pavé. J’espère néanmoins que l’un ni l’autre n’arrivera pas, et que vous lui ferez la grâce de lui faire tenir ici son petit revenu, puisqu’il est pour en bien user, et que, grâces à Dieu, vous n’en avez pas besoin.
Je prie N.-S., Monsieur, qu’il continue à bénir votre personne et votre famille, et qu’il me donne les occasions de vous servir, étant, comme je suis, en son amour, Monsieur, votre…
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2558. — JEAN MARTIN, SUPéRIEUR A TURIN A SAINT VINCENT
26 mars 1658
Une mission s’est donnée avec plein succès à Cavallermaggiore,
Lettre 2558. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. VI, 1er éd., p.88
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localité de quatre à cinq mille communiants (1), dans laquelle "quoiqu’il n’y ait pas de si grands désordres que dans les autres lieux de nos missions passées, il y a toutefois une st grande quantité de différends et de procès, qu’ils ne nous laissent pas un seul moment de repos. La confiance que Dieu a donnée à tous ces bons habitants envers nous, fait qu’ils nous remettent entre les mains tous les intérêts du procès et tous leurs différends, tant civils que criminels. Nous espérons, avec la grâce de Dieu, les terminer pendant le carême."
2559. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 26 mars 1658
Mon très honoré Père,
Il y a 3 mois que je fus saignée et restai dans le besoin d’une seconde, à cause que, pour mon âge, les médecins, dès ma dernière maladie, me dirent ne le faire qu’en grand besoin. J’ai différé pour ce sujet, quoique, selon la connaissance de mon naturel, il me semble le devoir faire ; et ce sera aujourd’hui, si votre charité prend la peine me mander que je le puis sans autre avis, n’étant pas malade, Dieu merci, mais incommodée de la poitrine et autres avertissements de ce besoin.
J’ai sujet de craindre de trop rechercher d’achever mes jours trop à mon aise, étant plus sensible au mal que jamais et toujours néanmoins, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obéissante servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1) Localité du Piémont, dans la province de Cuneo.
Lettre 2559. — L. a. —- Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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2560. — LOUIS SERRE, SUPéRIEUR A SAINT-MéEN, A SAINT VINCENT
[Mars ou avril 1658 (1)]
Il y avait tous les jours, et même les ouvrables, plus de douze cents personnes qui assistaient au catéchisme, les principaux du lieu (2) n’y manquaient, non plus qu’à la prédication. Il s’est trouvé plusieurs serviteurs et servantes qui ont quitté leurs maîtres et leurs maîtresses, parce qu’ils ne leur voulaient pas donner le temps d’y venir, aimant mieux perdre leurs gages qu’une si belle occasion de se faire instruire. On y a vu des mères qui, après avoir fait leur devoir en cette mission, se sont mises en service à la place de leurs filles, pour leur donner moyen d’en faire autant, et d’autres serviteurs et servantes qui ont prie leurs maîtres et leurs maîtresses de leur permettre de venir aux instructions et de rabattre sur leurs gages le temps qu’ils y emploieraient et qu’ils ne pourraient travailler.
Le dimanche de la Quinquagésime et les deux jours suivants, il y eut une si grande et si extraordinaire foule de peuple qui se présenta pour recevoir la sainte Eucharistie, que l’on fut obligé de continuer à donner la communion jusqu’à sept heures du soir. Et depuis que la mission est finie, j’ai appris que d’un grand nombre de cabarets qu’il y avait en ce lieu-là, il n’en est pas resté un seul, parce qu’ils nous avaient ouï dire, en quelques-unes de nos prédications, qu’il était fort difficile que les taverniers se sauvassent en donnant à boire par excès, comme c’est la coutume en ce pays ; et de plus qu’à présent, dans les marchés qu’ils font les uns avec les autres, au lieu de mettre quelque argent pour boire suivant l’usage du pays, ils le donnent à la confrérie de la Charité que nous y avons établie pour les pauvres malades du lieu.
Lettre 2560. — Abelly, op. cit.,1 II, chap. I, sect. II, § 6, 1er éd., p 43.
1) Abelly donne l’année ; le contenu permet de préciser davantage.
2) Mauron, dans l’arrondissement de Ploërmel (Morbihan).
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2561. — LOUIS DE CHANDENIER, ABBé DE TOURNUS, A SAINT VINCENT
[Metz, mars, avril ou mai 1658.] (1)
J’ai cru, Monsieur, que vous n’auriez pas désagréable que je vous fasse part d’une pensée qui m’est venue, qui est que vous écrivissiez un petit mot de congratulation à Monseigneur d’Auguste (3) de l’honneur de sa protection, qui nous est très favorable, et pareillement une de congratulation à M. Bossuet du secours qu’il nous donne par les prédications et instructions qu’il fait, auxquelles Dieu donne aussi beaucoup de bénédictions.
2562. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 5 d’avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 19 et 26 de mars. Vous avez bien fait de m’avertir du fâcheux traitement arrivé de nouveau au pauvre frère Barreau ; vous avez néanmoins eu raison de penser que j’en serais affligé ; car, en effet, je le suis au point qu’il m’est impossible de vous exprimer ma douleur. Et ce qui l’augmente est qu’en toutes les avanies qui ont été faites à ce pauvre homme, j’entrevois quelque cause précédente par laquelle il a donné sujet aux Turcs de les lui faire : par exemple, en cette dernière, s’il n’a pas tout à fait répondu pour ce marchand grec résidant à Marseille, ainsi que les témoins l’ont assuré, il peut avoir dit aux juifs qu’il était homme
Lettre 2561. — Urbain et Lévesque, op. cit., t. I, p. 20, note 5.
1). Mois pendant lesquels se poursuivit la mission de Metz.
2) Pierre Bédacier.
Lettre 2562. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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de bien et solvable, et qu’il n’y avait rien à perdre avec lui ; ce que je conjecture de ce que M. Le Vacher m’en a dit ; et selon cela, il a donné lieu à ces créanciers de l’entreprendre, dans la mauvaise humeur où leur débiteur les a réduits. Je demeure d’accord qu’il le faut rappeler, mais je ne suis pas convaincu des raisons que vous m’écrivez pour abandonner l’œuvre commencée. Un missionnaire est, ce me semble, nécessaire en ce pays-là, tant pour assister les esclaves en leurs maladies, que pour les fortifier en la foi en tout temps. Il est vrai que les prêtres et religieux esclaves peuvent suppléer ; mais ils ne le font pas. Ils sont eux-mêmes si déréglés qu’il faut un homme d’autorité pour les contenir ; et d’ailleurs, il y a sujet de douter si les sacrements administrés par plusieurs d’entre eux seraient valides pour] es pauvres captifs. Or, si le salut d’une âme est d’une telle importance qu’on doive exposer la vie temporelle pour le procurer, comment pourrions-nous en abandonner un si grand nombre pour la crainte de quelque dépense ? Et quand il n’arriverait autre bien de ces stations que de faire voir à cette terre maudite la beauté de notre sainte religion, en y envoyant des hommes qui traversent les mers, qui quittent volontairement leur pays et leurs commodités et qui s’exposent à mille outrages pour la consolation de leurs frères affligés, j’estime que les hommes et l’argent seraient bien employés. Nous y penserons néanmoins d’une attention particulière, à cause de ce que vous m’en écrivez, et concerterons la chose entre nous.
Notre peine, pour le présent, est de savoir comment nous enverrons sûrement l’argent qu’on amasse, tant d’ici à Marseille, que, par après, de Marseille en Alger, et, étant là, par quel moyen on le pourra garantir de l’avarice insatiable des Turcs, et l’appliquer à ce à quoi
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il est destiné. Plusieurs bonnes âmes de deçà travaillent pour en découvrir la manière et y pensent devant Dieu. Je vous prie de faire de même de votre côté.
Nous tacherons d’acquitter la lettre que vous nous tirerez pour les aumôniers ; mais faites en sorte de les contenter à dix écus chacun.
Je suis consolé des deux cents piastres que vous avez envoyées à Tunis, et de l’occasion qui se présente d’y faire tenir le reste.
Je loue Dieu des missions que vous faites sur les galères, et je prie N.-S. qu’il les bénisse.
Voici une lettre de change de 100 livres, à vous payables par le sieur Jean Abeille ; vous enverrez, s’il vous plaît, cette somme en Alger, à Nicolas Renouard, pour son retour en France. On dit qu’il est libre et qu’il ne tient qu’au droit des portes, et on nous a dit que, s’il n’y a pas assez de 100 livres, ledit sieur Abeille a été prié, par la lettre d’avis, de donner ce qu’il faudra davantage. Ce jeune homme est du Havre de Grâce.
Je vous prie de me mander si vous avez été payé de ce reste d’argent qu’un maître de barque devait aux esclaves du même lieu du Havre, pour raison de quoi vous avez plaidé à Marseille et à Aix. On nous en demande compte. Faites-moi savoir, s’il vous plaît, l’état de cette affaire.
Nous avons reçu une lettre et un écu pour Martin de Lancre, forçat sur la Mercares, qui est à présent à Marseille. Je vous prie de les y donner.
Il a plu à Dieu de nous ôter le bon M. Senaux (1), qui était l’âme de la maison de Troyes, et un prêtre des plus sages, patients, doux et zélés de la compagnie, toujours infirme et toujours tendant à Dieu.
1) Mort à Troyes le 28 mars
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Je le recommande à vos prières et à celles de votre petite famille.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2563. — LE FRèRE JEAN PARRE A SAINT VINCENT
De Saint-Quentin ce sixième avril 1658.
Monsieur mon très honoré Père,
Votre bénédiction, s’il vous plaît !
Voilà ces deux bonnes filles dont je m’étais donné l’honneur de vous récrire, qui se vont jeter à vos pieds pour recevoir votre bénédiction et pour s’enrôler au nombre de vos enfants, comme deux victimes qui se sont consacrées à la divine Majesté pour lui donner gloire dans l’éternité. Et pource qu’il faut trouver des moyens pour arriver à cette fin, c’est pourquoi elles vont en l’espérance de les recevoir de votre bonté. Mais elles y vont avec grande confiance et franchise, car je vous assure que c’est un travail de notre bon Dieu, et non pas des hommes car chacun a tâché de les en dégoûter. C’est pourquoi j’espère que Dieu sera glorifié par ces deux vierges.
Je prie Notre-Seigneur qu’il plaise vous conserver en bonne santé dans son amour et pour sa gloire, qui suis pour jamais, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
JEAN PARRE,
frère indigne de la congrégation de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent supérieur général de la congrégation de la Mission à Saint-Lazare à Paris.
Lettre 2563 — Dossier des Filles de ! a Charité, original.
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2564. — A LOUIS DE CHANDENIER, A METZ
Paris, 6 avril 1658.
Monsieur,
Je réponds à votre chère lettre du 30° de mars et je commence par vous demander très humblement pardon de ce que je ne puis encore me donner l’honneur de vous écrire de ma main, à cause d’une petite incommodité, qui m’en empêche.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de la santé qu’il vous donne et des bénédictions qu’il vous continue et à tous ces Messieurs en général et en particulier (1). J’en fais remercier sa divine bonté par tous ceux qui prennent part à votre conservation et à vos travaux, particulièrement par notre communauté et par ces Messieurs de notre assemblée, à qui je fis faire lecture mardi dernier d’extraits que j’avais fait faire de vos lettres et de celles de M. de Blampignon. Ils furent tous ravis d’entendre l’heureux progrès de l’œuvre et les saints effets de vos bonnes conduites, et en sortirent enflammés de joie et de reconnaissance. M. de Saint-Jean (2) s’y trouva, qui voulut emporter ces extraits, afin d’étudier les points principaux, pour en faire le rapport à la reine, comme il fit le lendemain ; et ce fut avec tant de consolation pour Sa Majesté, qu’elle rejaillit jusque sur son visage, mais avec telle abondance qu’il s’en aperçut aussitôt. Il tenait en la main ces extraits, et Sa Majesté lui ayant demandé qu’est-ce que c’était que ce papier, il répondit qu’il y avait pris ce qu’il venait de lui dire. "Baillez-le-moi,
Lettre 2564. — Lettreset Conférences de S. Vincent de Paul, supplément, p. 529, lettre 3136.
2. Aumônier de la Reine-Mère.
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dit-elle, je le veux voir", et le retint. Elle témoigna surtout être fort satisfaite de l’assistance spirituelle et corporelle que vous donnez aux pauvres, et dit que, s’il faut encore de l’argent, elle le donnera. Je vous supplie très humblement de me mander jusqu’où ira cette dépense.
Nous n’avons encore pu faire partir le secours que vous attendez, pour n’avoir pu trouver les prêtres propres. Nous en avons seulement trois, qui partiront, Dieu aidant, vendredi, pour arriver à Metz le mardi ou mercredi de la semaine sainte. Si vous en avez besoin de davantage, je pense, Monsieur, que vous ne devez faire difficulté d’en prendre sur le lieu, soit séculiers ou réguliers, comme Jésuites. Je souhaite bien que notre maison de Toul vous en puisse fournir quelqu’un, mais je crains fort qu’elle ne soit pas en cet état.
Les prédications de M. l’abbé de Moutiers-Saint-Jean sont si efficaces qu’elles portent leur vertu jusqu’ici, d’où je contemple souvent sa douce et agréable composition, et il me semble que sa grande modestie me persuade de devenir modeste, tout rustique que je suis. Je le salue avec respect et tendresse, et je suis de même, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre…
2565. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
De Paris, ce 7 avril [1658] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Lettre 2565. —Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
1. L’annonce de la mort de Nicolas Senaux nous dit que cette date, donnée par le registre 2, p. 113, est la vraie. Le copiste dont nous suivons le texte pour le reste de la lettre a écrit à tort 1659.
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J’ai reçu deux ou trois de vos lettres, et du frère Robineau votre procuration.
C’est un sujet de grande affliction que l’accident arrivé aux Bénédictines de Cognac (2). Dieu veuille en avoir pitié ! C’est tout ce que nous pouvons faire que de l’en prier, et c’est ce que nous ferons. Vous avez bien fait de vous excuser d’être l’un des exorcistes, et ferez encore bien de prier ceux qui voudraient vous y engager, de vous en dispenser, à cause qu’il y a beaucoup de bons religieux qui pourront exercer saintement cet office.
Je loue Dieu de la satisfaction que vous avez de ces Messieurs qui sont avec vous. Ménagez-les bien, je vous en prie, et pour le corps et pour l’esprit, leur donnant sujet de louer Dieu d’être tombés en vos mains (3). M. Bréant se trouvant incommodé de son estomac et beaucoup surchargé quand il reste seul à la maison, il est à désirer que vous le fassiez soulager du chant, et que pour cela vous ne meniez point le frère Fricourt (4) en mission, ou, s’il y a quelque chantre à la ville qui montre à chanter, que vous le fassiez venir chez vous pour enseigner le chant à vos pensionnaires, en l’absence de ce frère ; ce pour quoi je vous prie.
Il a plu à Dieu de nous ôter le bon M. Senaux, qui était l’âme de la maison de Troyes et un prêtre des plus sages, patients, doux et zélés de la compagnie, toujours infirme, mais toujours tendant à Dieu. Je le recommande
2. Texte du reg. 2 : "Vous me mandez que parmi les Bénédictines de Cognac ii y en a qui sont possédées du malin esprit."
3. Le copiste du reg. 2 ajoute ici : "J'espère qu'ils feront toujours bien et que votre bon exemple leur servira beaucoup. Pour l’ordinaire, les inférieurs sont tels que sont les supérieurs."
4. Jean de Fricourt, né à Nibas (Somme) le 7 mars 1636, entré dans la congrégation de la Mission le 20 juin 1656, reçu aux vœux à Saintes le 20 octobre 1658. Il était encore dans cette ville en septernbre 1660.
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à vos prières, qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2566. — AU CARDINAL BRANCACCIO
Paris, 8 avril 1658.
Monseigneur,
Je me sens extrêmement honoré de ce que Votre éminence a eu agréable de s’adresser à nous pour lui acheter et envoyer les livres ci-inclus ; c’est le moindre service que nous lui puissions rendre, puisque, quoi que nous fassions, nous ne pourrons jamais lui rendre ce que nous lui devons pour la bienveillance et la protection dont elle nous honore en toutes occasions. Je voudrais bien, Monseigneur, faire connaître à Votre éminence les sentiments de reconnaissance que j’en ai, et toute notre petite compagnie, en témoignage de laquelle je la supplie très humblement d’avoir agréable le petit présent que je lui fais d’un bréviaire de l’impression du Louvre, en 4 parties (1), qui est assez estimée, pour être nette et fort correcte, et rare en quelque façon, à cause qu’on n’en trouve plus à vendre. C’est peu de chose, Monseigneur, pour être présentée à une personne d’une si éminente condition ; mais j’ai cru que Votre éminence considérerait non tant la chose en soi, comme l’affection très grande avec laquelle vous la présente celui qui est, Monseigneur, votre…
Lettre 2566. — Reg. 1, f° 52, copie prise sur ia minute non signée.
1. Breviarium Romanum, 1647, 4 vol. in-4° et in-8°, avec planches gravées. (Histoire de l’Impimerie Royale du Louvre, par Auguste Sernard, Paris, 1867, in-8°, p. 127.)
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2567. — A FRANçOIS DUPUICH, SUPéRIEUR, A TROYES
10 avril 1658.
Vous ne doutez pas que la douleur que nous avons du départ du bon Monsieur Senaux pour l’autre vie ne soit égale à notre perte, qui est très grande, et plus grande qu’on ne saurait dire. Nous avions un trésor que nous ne connaissions pas assez ; c’était un homme plein de Dieu et l’âme de votre maison. Mes péchés nous rendent indignes de le posséder davantage. Il est maintenant au ciel, ainsi que nous avons lieu d’espérer, pendant que nous rampons encore sur la terre ; il est au port, et nous deux dans l’agitation ; il est dans l’assurance, et nous dans la crainte ; il jouit des fruits de la vertu, dont il nous a laissé les exemples ; mais, si nous l’imitons dans l’exercice, nous le suivrons dans la récompense. Nous avons prié Dieu pour son âme, et j’écrirai partout qu’on en fasse de même, afin de garder cette pieuse coutume. Je le donne à toutes nos maisons pour
* Lettre 2567. - La première partie de cette lettre est tirée du manuscrit de Lyon, qui ne donne ni la date ni le nom du destinataire ; la seconde, du reg. 2, p. 137. Le contenu montre clairement que le fragment emprunté au manuscrit de Lyon faisait partie d’une lettre adressée à François Dupuich vers le 10 Avril 1658, date certaine du second fragment. Il est très probable que tous deux sont du même jour.
1) François Dupuich, né à Arras le 3 juillet 1616, entré dans la congrégation de la Mission le 19 avril 1641, reçu aux vœux à Troyes en novembre 1643, supérieur à Troyes (1658-1665), Marseille (1665-1667), Varsovie (1668-1670), Metz (1671-1676), Richelieu (1676-1682), 1685-1693), Saint-Charles (1682-1685). Envoyé en Pologne en 1679 pour une mission très délicate, il s’en acquitta avec habileté et succès. Il avait, le 2 janvier 1673, le titre de visiteur de Champagne, conserva de 1679 à 1685 celui de visiteur de la Pologne, fut remis à la tête de la province de Champagne jusqu’au 4 avril 1682 et nommé le 2 janvier 1683, substitut de Thomas Berthe, assistant, retenu hors de Paris. Il mourut en 1693 * Il vivait encore en 1697.
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un miroir de sagesse, de patience, de douceur et de zèle, espérant que, par les moyens et les suffrages de ce bon serviteur de Dieu, sa divine bonté leur donnera un plus grand attrait pour la pratique de ces vertus. Vos conduites ont toujours été bien bonnes, mais elles me paraissent toutes suaves et charitables en l’assistance que vous avez rendue à ce cher défunt pendant sa maladie et en la part que vous prenez à notre affliction. Je vous en remercie affectionnément.
Tant s’en faut que les raisons que vous apportez pour vous décharger de la supériorité nous fassent jeter les yeux sur un autre, qu’elles nous confirment dans la résolution de vous la donner tout à fait. La vue que vous avez de vos défauts et de votre incapacité doit servir à vous humilier, comme vous faites, et non à vous décourager sur ce que Notre-Seigneur veut faire ; il a assez de vertu et de suffisance pour vous et pour lui. Laissez-le conduire et ne doutez pas que, demeurant dans les humbles sentiments où vous êtes, et ayant une spéciale confiance en lui, sa conduite ne sanctifie la vôtre ; je l’espère de sa bonté et du saint usage que vous faites de ses grâces. Dans cette espérance, je vous envoie la lettre par laquelle vous êtes établi le supérieur de la famille ; vous lui en ferez la lecture, afin que désormais elle vous regarde en Notre-Seigneur, et Notre-Seigneur en vous, ainsi que je l’en prie.
2568. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 10 avril 1658.
Si votre frère…, qui postule pour être reçu aux Bénédictins, est résolu de passer de nous à eux, il vous sera
Lettre 2568. — Reg. 2, p. 168.
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difficile de le retenir. Vous pouvez néanmoins lui conseiller de faire une retraite avant d’exécuter son dessein, et lui représenter qu’il sait bien ce qu’il quitte, mais qu’il ne sait pas ce qu’il prend ; que le prétexte qui le porte à ce changement est, en effet, un prétexte qui le porte, pas une raison ; car, s’il avait confiance en Dieu et un vrai désir d’être à lui, il ne craindrait pas d’être mis dehors ; et si d’ailleurs il veut être parfait, quelles vertus pratiquera-t-il en religion qu’il n’ait occasion de pratiquer en la compagnie ?
J’approuve que vous admettiez M.… à faire les vœux. Il me semble que, si vous n’y voyez point d’autre empêchement que la difficulté qu’il a de se lever le matin, cela ne le doit pas exclure de faire une bonne action telle que celle-là, par laquelle il fera un sacrifice à Dieu de toutes celles de sa vie et de tout ce qu’il est ; au contraire, il y a sujet d’espérer que c’est par ce moyen que Dieu lui fera la grâce de lui donner particulièrement la première action de la journée, en se levant au moment que la cloche l’appellera.
2569. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
11 avril 1658.
Nous venons de perdre M. Senaux, un trésor que nous ne connaissions pas assez, un homme plein de l’esprit de Dieu, un miroir de patience, de sagesse, de douceur et de zèle. Certes, Monsieur, j’ai bien sujet d’appréhender que mes péchés ne soient la cause de cette perte. Dieu, par sa grâce, me fasse miséricorde ! Je l’en prie de tout mon cœur et vous prie de m’aider à le faire.
Lettre 2569. —- Collet, op. cit., t. II, p. 197.
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2570. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 12e avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai été si embarrassé, les ordinaires passés, que je n’ai pu vous écrire ; et néanmoins j’en avais bonne envie pour vous témoigner la joie que j’ai reçue de votre lettre du 9° mars, qui contient de grands sujets de consolation. Dieu seul vous peut faire connaître la mienne pour les heureux succès de vos missions, n’y ayant aussi que lui seul qui les ait pu produire. Je remercie sa bonté infinie, Monsieur, des miséricordes spirituelles et temporelles que ces peuples ont reçues, par votre moyen, de la clémence du ciel et de celle de leur prince, par lesquelles ils sont maintenant en paix et en résolution de bien vivre pour s’y conserver. Plaise au Saint-Esprit, qui les a réunis, de perfectionner leur union et de perpétuer en eux tous les fruits de vos travaux, dignes d’une éternelle reconnaissance ! O Monsieur, que vous avez grand sujet de vous humilier devant Dieu pour lui en référer la gloire, et même devant les hommes, qui peuvent vous en applaudir ! Que pouvez-vous faire sans la grâce de Dieu ? Ou plutôt que ne ferait pas cette grâce sans les empêchements que vous lui donnez ? Combien de fautes n’avez-vous pas commises parmi le peu de bien qui s’est fait ? Et combien n’êtes-vous pas capable d’en commettre, si Dieu vous abandonnait aux mouvements de la nature corrompue ? Ce sont les sentiments que vous devez avoir, encore que ce ne soient pas les miens ; car je suis plein d’estime pour vous
Lettre 2570. — L S. — Dossier de Turin, original
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et d’espérance que le bon usage que vous faites des bénédictions de Dieu vous en attirera toujours de nouvelles.
Je vous avoue qu’après l’honneur que Dieu retire de vos emplois, qui doit être notre unique prétention, ce qui me donne davantage de joie est la grande satisfaction que Mgr le marquis (1) en reçoit ; car il est bien juste qu’il commence à ressentir dès ce monde les bienheureux effets de sa charité, qui va croissant en notre endroit. Dieu nous rende dignes de l’attention qu’il fait à nos besoins et du logement qu’il vous procure !
Il a plu à Dieu de nous ôter le bon M. Senaux, qui était l’âme de la maison de Troyes, et un prêtre des plus sages, patients, doux et zélés de la compagnie, toujours infirme, mais toujours tendant à Dieu. Je le recommande à vos prières et à celles de votre petite famille, que j’embrasse cordialement, et qui suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin (2).
2571. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 12 avril 1658.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Nous avons acquitté à lettre vue les 165 livres que
1. Le marquis de Pianezze.
2. A la suite, le secrétaire a écrit : "Recommandé à M. Delaforcade, marchand, rue Mercière, à Lyon."
Lettre 2571. — Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez M. Hains à Marseille.
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vous avez tirées sur nous, bien qu’elle ne fût payable qu’à 15 jours de vue ; nous tâcherons aussi de payer les 235 livres que vous devez encore tirer pour faire les 400 livres dont vous devez faire la distribution aux aumôniers.
J’ai vu l’état de mise et de recette que vous m’avez envoyé, où vous ne faites aucune mention ni de l’argent que nous avons envoyé, ce me semble, d’ici pour aider au payement de la place et de la construction de votre maison, ni de celui que nous vous avons fait venir pour apaiser les aumôniers ; vous me mandez seulement que, si je désire plus d’éclaircissement de ce compte, que vous me le donnerez ; c’est de quoi je vous prie.
Je pensais que votre mal des yeux fût cessé ; mais, à ce que je vois, vous en êtes encore incommodé ; j’en suis bien en peine et je vous prie de faire ce que vous pourrez pour vous guérir.
Madame de Romilly nous a donné 100 livres pour les faire tenir à M. son fils, chevalier de Malte, esclave à Tunis (1), pour subvenir à ses menues nécessités. Je vous prie de faire tenir cette somme à M. Le Vacher (2) avec la lettre incluse, et de la prendre sur les mille livres que vous avez pour Alger.
J’écris à M. Get qu’il vous envoie mille livres, outre les trois mille, pour acquitter vos dettes, en sorte que vous n’ayez de reliquat ; vous en donnerez, s’il vous plaît, cent livres à M. le chevalier de Romilly, en mains propres, sans que personne le sache. Je vous recommande particulièrement le chevalier de *Tonnerre.
J’ai mis ici cette apostille de ma main par mégarde, pensant écrire à M. Le Vacher, à qui je vous prie d’envoyer les neuf cents livres que vous avez, restant des
2. Jean Le Vacher.
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mille livres que nous pensions réserver pour Alger, et auxquelles je vous avais prié de ne toucher pas. C’est outre les trois mille livres que vous avez déjà ordre d’envoyer audit sieur Le Vacher, à Tunis, qui, par le moyen de ces 3.900 livres, aura de quoi se dégager et se subvenir.
Voici une lettre que Madame la duchesse d’Aiguillon écrit à une Carmélite au sujet de la proposition faite par M. le commandeur Paul, afin qu’elle s’emploie vers son frère, qui est premier consul de Marseille 3, comme je pense, pour faire en sorte que ledit sieur commandeur exécute ce qu’il a proposé ; mandez-moi si vous lui en avez parlé et s’il y a apparence que cela se fasse.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2572. — A JEAN-JACQUES PLANCHAMP
De Paris, ce 19 avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre avec joie et reconnaissance. Je rends grâces à Dieu des bonnes dispositions où vous êtes, et je vous remercie des avis que vous me donnez, qui sont autant de marques de l’estime et de l’affection que vous avez pour M. Martin, et de votre zèle pour sa conservation et le bon ordre de sa conduite. Je vous ai toujours regardé comme un bon serviteur de Dieu ;
3. Antoine de sausset.
Lettre 2572. - L. s — L'original appartient à M. le comte Allard du Chollet, Paris, boulevard Malesherbes, 114 bis.
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mais, à présent que vous m’avez écrit d’une bonne manière, je vous considère comme un homme de bon sens et de bon gouvernement. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous continue et augmente ses grâces pour aller croissant de vertu en vertu.
J’écrirai à M. Martin, comme j’ai déjà fait plusieurs fois, qu’il modère ses travaux et ceux de la famille, et je prie Dieu, Monsieur, qu’il vous fortifie en votre particulier pour porter les vôtres.
Je n’ai pas le temps de vous faire une longue lettre, ainsi que je le voudrais bien pour m’entretenir un peu avec vous ; les offices de ce saint jour (1) m’en empêchent et m’obligent de finir, avec ce sentiment que bien heureux sont ceux qui consomment leurs vies pour le service de N.-S., ainsi que lui-même a consommé la sienne pour le salut des hommes. Je vous prie néanmoins d’avoir soin de votre santé, et de lui demander pour moi la patience pour bien user des peines de notre condition, car elle nous expose à beaucoup souffrir, tant du dedans que du dehors, à l’exemple de notre Maître, qui fut trahi, renié et abandonné par ses disciples et maltraité de ceux dont il procurait la conversion et le salut.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Planchamp, prêtre de la Mission, à Turin.
1. Le saint écrivait sa lettre le vendredi saint.
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2573. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 19 avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Jamais lettre ne m’a plus consolé de votre part que celle du 26 mars, que je lus hier au soir, à même temps qu’on venait de me dire que quelqu’un avait reçu nouvelles en cette ville que vous étiez grièvement malade en mission, et on ajoutait quelque chose au delà ; mais, grâces à Dieu, votre lettre m’a assuré du contraire, dont son saint nom soit à jamais glorifié !
L’impression sensible que ce mauvais bruit a faite en mon âme m’a laissé une nouvelle appréhension que vous succombiez sous le faix de vos missions. Vous en entreprenez trop, et de trop fortes, pour le peu d’ouvriers que vous avez, lesquels n’étant pas duits (1) ni accoutumés à ces grands travaux, perdent haleine au milieu de la course et le courage pour continuer, et vous achevez de ruiner votre santé. Je sais bien qu’il est difficile de vous contenir en voyant une si ample moisson, mais aussi il peut y avoir de l’excès en la manière de vous y prendre. Monseigneur le marquis (2), duquel vous voulez contenter le zèle, sait bien qu’on ne peut pas travailler sans cesse, comme vous faites, et aller bien loin, et ainsi la crainte que le travail vous accable et que l’œuvre demeure, lui fera sans doute agréer que vous alliez plus doucement en besogne, que vous ménagiez vos forces et vos gens, et preniez du repos. Au nom de Dieu, Monsieur, faites-le, modérez-vous, et faites attention aux besoins de
Lettre 2573 — L. s. —Dossier de Turin, original.
2. Le marquis de Pianezze.
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ceux que Dieu a confiés à votre conduite. C’est le sujet de la présente, n’ayant rien à répondre à ce que vous m’écrivez, sinon que nous n’avons aucune nouvelle de M. Richard, et que j’écrirai à Metz pour en avoir.
Nous nous portons assez bien de deçà, grâces à Dieu. Notre monde est en mission depuis 5 ou 6 mois, séparé en trois bandes. Nous avons à présent quatre-vingts ordinands céans. Priez Dieu pour nos besoins, comme nous faisons pour votre conservation et pour la continuation des grâces de Dieu sur votre personne, votre famille et vos emplois.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
2574. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 19 avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 9. Je loue Dieu du voyage que vous avez fait à Toulon et du succès. Je vous ai prié d’envoyer à M. Le Vacher, outre les 3.000 livres déjà envoyées, les mille livres qui vous sont restées des 4.000 livres de la dernière lettre de change, savoir les 900 livres pour lui et les cent livres pour M. le chevalier de Romilly. Nous tâcherons d’acquitter les 181 qui restent à tirer sur nous des 352 livres que vous avez
Lettre 2574. — Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez M. Hains à Marseille.
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payées aux aumôniers, comme aussi ce qui a été reçu ici et fourni de delà pour les forçats ; et dans quelque temps nous penserons à vous pour le secours que vous demandez.
Nous avons reçu 30 livres pour Renaud le Page ; j’écris à M. Huguier qu’il les y donne.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2575. — A FIRMIN CET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 26 avril 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu de ce que vous avez trouvé une personne qui offre de vous donner à Marseille l’argent que nous avons ici pour Alger, sans qu’il en coûte rien pour le change. Quand nous l’aurons tout amassé, il pourra monter à quinze ou vingt mille livres. Vous pouvez commencer à le tirer sur nous ; il vaut mieux que ce soit en diverses fois que par une seule lettre de change ; mais, si vous ne touchez pas les sommes en donnant vos lettres, comme il est à désirer, il faut vous bien assurer de les recevoir au moins aussitôt que vous aurez nouvelles que nous les aurons délivrées ici ; autrement, nous aurons recours à Messieurs Simonnet, qui, étant personnes en qui il n’y a rien à craindre, nous feront tenir cet argent sûrement, moyennant quelque petit profit.
Vous me mandez que vous avez renvoyé les novices de Saint-Victor ; or, posées les raisons que vous dites
Lettre 2575. — L. s. — British Museum, Foreign Private Letters. Eg. 27, f° 164, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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d’en user de la sorte, je trouve que vous avez bien fait (1), mais vous auriez encore fait mieux si vous m’aviez proposé ce dessein avant de l’exécuter. Je me rétracte et pense que vous m’en avez écrit (2),
Nous tâcherons d’acquitter votre lettre de change de 400 livres, qui, avec celle que vous avez déjà tirée de 165 livres, montent à 565 livres, pour vous rembourser de 355 livres que vous avez payées à Messieurs les au[môniers], et de 210 livres fournies ou à fournir aux pauvres forçats. Je ferai vérifier notre petit compte sur nos mémoires, pour voir s’ils se rapportent. Cependant voyez ce qu’il y faut ajouter de nouveau : premièrement, pour Pierre Le Gros, dit Lapointe, quatre écus, qu’on lui adresse à Toulon et que nous avons reçus ici ; et en second lieu, 7 livres 5 sols pour M. Esbran, prêtre, forçat sur la Bailliebault. J’écris à M. Huguier qu’il leur donne à tous deux ces sommes-là.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
M. de la Fosse m’écrit qu’étant maintenant sans
1. Ces raisons nous sont connues par un ancien cahier de la maison de Marseille, conservé au jourd’hui aux Arch. Nat. s 6707 : "Comme la plupart de ces jeunes hommes n’avaient pas d’autre vocation à la religion que la volonté de leurs parents, qui désiraient en décharger leurs maisons et les pourvoir de la mense religieuse comme d’un bénéfice, ces enfants ne sachant [ce] que c’est d’être moines, suivaient leurs sentiments et inclinations, étaient libertins, fripons, ne cherchant qu’à contenter leurs sens, de sorte que, ne voyant en eux aucune apparence de bien, ni espérance de réforme, on a été contraint, après un an de temps d’épreuve, de prier ledit sieur prieur [du monastère de Saint-Victor] et leurs parents de les retirer d’avec nous, ce qu’ils ont fait, quoiqu’à regret et avec beaucoup de prières vers le supérieur de cette maison de les vouloir souffrir encore quelques années. " Les novices de Saint-Victor partis, il n’y eut plus d’autres élèves dans l’établissement de Marseille,
2. cette phrase est de l’écriture du saint.
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emploi et dans un air qui lui est contraire, il souhaite d’en être retiré ; je le prie de s’en aller à Troyes, dont l’air est estimé des meilleurs du royaume. Je vous prie, Monsieur, de lui donner ce qu’il faudra pour son voyage. Il pourra, étant à Lyon, prendre la rivière, ou le messager, pour aller à Chalon-sur-Saône, et de là à Dijon, où il prendra le coche jusques à Troyes. S’il est nécessaire d’envoyer quelque prêtre à sa place, nous le ferons.
J’embrasse M. Parisy avec toutes les tendresses de mon cœur.
Il n’est pas expédient de divulguer la somme qu’on recevra
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2576. — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
Du 1er de mai 1658.
C’est la maxime et l’usage de la compagnie que les supérieurs des maisons ne permettent aux particuliers de faire des pèlerinages, de voyager, ni de s’absenter, que seulement pour l’exercice de nos fonctions, sans l’avis du Général.
M…. est homme de bien, qui se porte à la vertu et qui était en estime et bonne réputation dans le monde. Si maintenant qu’il est parmi nous il a l’esprit inquiet ; s’il s’embarrasse de son petit temporel et de l’affection des parents, et si enfin il fait de la peine à ceux qui sont avec lui, il le faut supporter. S’il n’avait point ces défauts, il en aurait d’autres ; et si vous n’aviez rien à souffrir de lui ni des autres, votre charité n’aurait pas beaucoup d’exercice, ni votre conduite assez de rapport
Lettre 2576. —Reg. 2. p. 124.
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à celle de Notre-Seigneur, qui a voulu avoir des disciples grossiers et sujets à divers manquements pour avoir occasion de pratiquer envers eux la douceur, l’humilité et la patience, afin de nous montrer par son exemple comme doivent agir ceux qui sont en charge. Je vous prie, Monsieur, de vous régler sur ce saint modèle, qui vous apprendra ces deux choses ensemble : le support pour vos frères et la manière de les aider pour se défaire de leurs imperfections. Il ne faut pas tolérer le mal, mais tâcher d’y remédier suavement. Au reste, je vous compatis dans les difficultés où vous vous trouvez, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie de son esprit.
2577. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 3 de mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je pense vous avoir écrit deux fois depuis que je n’ai reçu de vos chères lettres, et témoigné une partie de mes consolations et de ma reconnaissance pour les grâces spéciales que Dieu vous fait, et par vous aux peuples que vous servez, dont je ne puis assez remercier son saint nom, ni assez le prier qu’il vous fortifie et continue à vous bénir abondamment.
La présente est pour deux fins. La première est pour vous dire que j’ai reçu une lettre de M. votre frère, par laquelle il demande d’être reçu en notre compagnie. J’écris à M. Jolly qu’il lui en donne parole, si vous êtes de cet avis et lui mandez (1), et qu’il l’envoie à Gênes pour y commencer son séminaire. Je n’ai pas voulu avoir des
Lettre 2577. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1. Ces derniers mots, depuis "si vous êtes", sont de la main du
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yeux pour voir les raisons contraires en une personne qui vous est si proche et si chère. Mais, comme je ne désire en ceci que œ que vous jugerez être le plus expédient pour son bien et votre consolation, je vous prie de mander vous-même à M. Jolly vos sentiments, afin qu’il s’y conforme comme étant les miens. J’espère que la bénédiction qui vous accompagne s’étendra sur cet unique frère, si Dieu l’appelle en la même condition où il vous a appelé. Il ne reste qu’à bien connaître sa vocation.
La seconde chose pour laquelle je vous écris est pour vous prier d’envoyer à Gênes au plus tôt Messieurs Stelle et Beaure. M. Jolly s’y doit rendre, pour y faire la visite, environ le 15 de juin, avec un prêtre qu’il y doit mener de Rome ; et M. Cruoly, que nous enverrons d’ici pour supérieur, avec quelque jeunesse, pour y : apprendre la langue. Or il est nécessaire que vos deux Messieurs s’y trouvent en même temps. Je vous prie donc de les faire partir de Turin assez tôt.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà ; tout y va son petit train.
Je salue votre petite famille et je suis de vous et d’elle, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
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2578. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 3e de mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai qu’à vous remercier de l’éclaircissement que vous me donnez touchant les sommes que vous avez reçues et employées pour Messieurs les aumôniers et pour votre maison. Je ne l’ai vu qu’en passant ; je le considérerai à loisir.
Je vous remercie aussi de ce que vous avez envoyé à Tunis les dernières mille livres dont je vous ai prié.
Vous garderez, s’il vous plaît, les 400 livres que M. Perriquet vous a envoyées pour Alger, jusqu’à ce qu’on y fera passer le reste.
Il eût été bon que vous eussiez vu M. Paul, comme je vous en avais prié, encore qu’il n’y eût aucune apparence qu’il exécutât sa proposition ; car au moins auriez-vous pu découvrir plus en particulier ses sentiments sur une telle entreprise et en tirer quelque instruction qui nous pourrait servir, en cas qu’un autre la fasse ; car, si elle est faisable, Madame la duchesse d’Aiguillon se promet de la faire faire à M. de Beaufort (1), qui, à ce qu’on dit, doit commander l’armée navale ; mais vous n’avez que faire d’en parler.
Lettre 2578. — Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez M. Hains à Marseille.
1. François de Vendôme, duc de Beaufort, naquit à Paris en I616 de César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. Il se distingua pendant sa jeunesse dans la guerre contre les Espagnols et sut entrer bien avant dans les bonnes grâces d'Anne d'Autriche. Ses intrigues lui valurent quatre ans de prison au château de Vincennes. A peine libéré, il lia partie avec les frondeurs et devint l'idole de la populace. Il battit les Algériens sur mer en 1665 et trouva la mort en 1669 au siège de Candie.
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J’écris à M. Huguier qu’il donne huit livres à un forçat nommé Alexis Leyo sur la galère la Reine ; vous lui en tiendrez compte, s’il vous plaît.
Je prie N.-S. qu’il accomplisse en vous et par vous sa très sainte volonté, en laquelle et par laquelle je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2579. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 3e de mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à votre chère lettre du 27 mars quasi aussitôt que je l’ai reçue. Nous ne pouvons, pendant que le roi se dispose à combattre ses ennemis, que lever les mains au ciel, afin qu’il les surmonte par la vertu et la force du Dieu des armées. Nous le prions aussi qu’il ait agréable que la paix se fasse, de laquelle on traite, et qu’enfin, d’une façon ou d’autre, sa divine bonté rétablisse les choses au premier état. Ce sont les grâces que nous lui demandons le plus souvent et le plus instamment, et que nous continuerons de lui demander jusqu’au bout, avec la conservation et sanctification de Leurs Majestés.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de votre bonne disposition et de celle de Messieurs Desdames et Duperroy. Je vous embrasse tous ensemble et chacun en particulier avec toutes les tendresses de mon cœur et avec un grand sentiment de reconnaissance vers la bonté de Dieu, de l’union qui est entre vous et de la parfaite confiance
Lettre 2579. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
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que vous avez tous en sa protection. Je ne doute pas, certes, qu’elle ne soit toute spéciale sur vos personnes, et qu’après tant d’agitations, de périls et de patience, N. S. ne vous mette dans un état solide, agréable et revenant pour l’accomplissement des desseins qu’il a sur vous.
Je veux croire que vous avez fait à présent le voyage de Cracovie, que vous y avez témoigné à M. Falibowski notre grande reconnaissance pour les biens qu’il vous fait, qu’il vous a passé la donation de l’achat qu’il a fait. Si Dieu bénit la poursuite que vous vous êtes proposé de faire pour avoir la permission de Mgr l’évêque pour votre établissement et le privilège du roi, nous vous enverrons quelque jeunesse pour mettre en cette ville-là, où elle se pourra former au langage et aux habitudes du pays et à l’exercice de nos fonctions ; mais il faut attendre que les affaires soient un peu éclaircies.
Le père de Mademoiselle Cornuty ne s’étant point trouvé au château de Bicêtre, j’ai appris qu’il a été porté de là à l’Hôtel-Dieu malade ; j’enverrai savoir en quel état il est, et le recommanderai à nos Filles de la Charité.
Je salue celles de Varsovie. Il n’y a rien de nouveau en leur petite compagnie, non plus qu’en la notre. Tout y va assez bien, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
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2580. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Mai 1658] (1)
Je ne le savais pas, mon très cher et honoré Père, que vous fussiez incommodé. Pour l’amour de Dieu, conservez-vous.
Ce qui me presse de savoir de votre charité est si vous agréeriez que nous donnassions à ma sœur Anne (2), pour faire le voyage avec Madame la duchesse de Ventadour, la petite sœur qui était destinée pour Cahors (3). Nous avons assurance de sa fermeté pour le service de Dieu : exacte aux règles, sait écrire, ce qui est bien nécessaire pour avoir nouvelle assurée de ce qui se passera. Ladite dame désire que nos sœurs soient prêtes pour partir le 8 mai.
Je crois que nous devons solliciter Mademoiselle de Lamoignon de résoudre tout à fait ce que l’on fera de Mademoiselle de Chisé. Si elle souhaite que nous la gardions, lui accorderons-nous, si c’est sainte ? Et malade, et qu’il faille lui fournir de remèdes, sera-ce assez de demander 4 cents livres, sans comprendre les habits ~
Nous avons une de nos sœurs nouvelles qui depuis plus de 2 mois tait fort bien. Elle demande à être revêtue de l’habit des Filles de la Charité. S’il vous plaît lui accorder, j’espère qu’elle remplira utilement la place de la sœur de Monsieur Ablet, qui sortit hier après avoir parlé à Monsieur Portail.
Je dirai le reste au bon frère (4), s’il plaît à votre charité l’envoyer.
Lettre 2580. — L . a. —Dossier des Filles de la Charité, original.
1. Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.
2. Anne Hardemont. Il était question de l'envoyer à l'hôpital d'Ussel, que Madame de Ventadour voulait confier aux Filles de la Charité .
3. Ce fut la sœur Avoie Vigneron qui accompagna Anne Hardemont à l'hôpital d’Ussel, et c'est elle peut-être qu'a ici en vue Louise de Marillac.
4. Le frère Ducoumau.
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2581. — A BENJAMIN HUGUIER, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE (1)
Du 5 mai 1658.
Je vous ai prié de rester à Marseille, d’autant que vous m’avez écrit d’être content d’y demeurer, et que j’espère que Dieu sera glorifié des services que vous y rendrez aux âmes. Vous avez mis un mot dans votre dernière lettre qui me confirme dans ce sentiment, disant que vous désirez passer utilement le reste de vos jours, dont je suis bien consolé, car ce désir vous fera employer pour cette bonne fin tous les états où vous vous trouverez et les occasions que Dieu vous donnera de faire quelque bien. Selon cela, Monsieur, je ne veux pas prendre au pied de la lettre un autre mot qui vous est échappé ensuite, qui dit que vous ne pouvez vivre qu’en langueur, si vous n’avez quelque occupation qui vous serve de divertissement. La façon dont vous avez vécu depuis douze ans ou plus que [vous] êtes dans la compagnie, me persuade assez que vous ne voulez d’autre satisfaction que celle qui se trouve à faire la volonté de Dieu, qui est toute spirituelle, bien loin d’imiter les mondains, qui cherchent à se satisfaire dans le plaisir des sens ; car cela serait indigne d’un prêtre et d’un missionnaire.
De dire que vous avez quelque affection pour la supériorité,
Lettre 2581. —Reg. 2, p. 116.
1. La lettre est adressée "à un prêtre de la compagnie qu semblait rechercher de conduire les autreu." Ce prêtre est à n'en pas douter, Benjamin Huguier, car le contenu ne peut s'appliquer ni à Firmin Get, supérieur, ni à Jacques de la Fosse, qui venait de recevoir sa destination pour Troyes, ni à Antoine Parisy, les seuls missionnaires qui composaient alors avec lui la maison de Marseille. En lui ménageant un voyage à Alger, le saint voulait sans doute le distraire de sa tentation.
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je ne l’oserais penser. Hélas ! ce n’est pas le moyen d’être content ; ceux qui en sont chargés gémissent sous le faix, parce qu’ils se sentent faibles pour le porter et se croient incapables de conduire les autres. Autrement, si quelqu’un présumait le contraire, il ferait gémir ses inférieurs, parce qu’il manquerait d’humilité et des autres grâces nécessaires pour leur être à consolation et à bon exemple. Vous savez, Monsieur, que les dons de Dieu sont différents et qu’il les départ ainsi que bon lui semble : tel est savant, qui n’est pas propre pour gouverner ; et tel marche à la sainteté, qui n’est pas bon pour la conduite ; et partant, c’est à sa divine providence à nous appeler aux emplois pour lesquels elle nous a donné quelque talent, et non pas à nous à les affecter. Notre-Seigneur, qui avait destiné les apôtres pour être les chefs de toutes les églises du monde, leur dit que c’était lui qui les avait élus ; et une autre fois, voyant quelque émulation entre eux pour la primauté, il leur donna ce beau précepte : que celui qui voudrait être le premier serait le serviteur des autres (2), pour nous apprendre que de nous-mêmes nous ne devons tendre qu’à la soumission. C’est encore ce qu’il nous a enseigné par son exemple, étant venu pour servir et ayant pris forme de serviteur. Or l’homme misérable qui va contre cette règle en voulant s’élever sur les autres, il renonce aux maximes du Fils de Dieu ; il prend un autre parti et se livre à l’orgueil, qui est une source de désordres ; et s’il arrive à ce qu’il prétend, si par malheur il est fait supérieur par son ambition, il ne fait que du mal ; et étant responsable des âmes qu’il a sous lui, il est coupable de tous les manquements qui arrivent par sa mauvaise conduite. C’est ce qui fait même trembler les meilleurs
2) évangile selon saint Matthieu XX, 27.
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supérieurs et qui leur fait demander instamment d’être déchargés du soin d’autrui. Il y en a plusieurs dans la compagnie. Ce sont aussi ceux-là que Dieu bénit, parce que cette crainte les humilie et les rend plus soigneux de leur devoir. L’expérience que nous avons de ces vérités nous fait bien donner de garde de donner le soin principal de quelque office que ce soit à qui aura témoigné de l’inclination pour l’avoir.
Peut-être que je vous dis ceci hors de propos, puisque, à mon avis, ce n’est pas de ces sortes d’emplois que vous demandez ; mais d’ailleurs, si vous n’en désirez que des inférieurs, il me semble que vous n’en manquez pas à Marseille ; il y a assez d’occupations et dehors et dedans la maison pour le salut du prochain ; et si vous aimez à obéir, vous y trouverez la paix de l’esprit, aussi bien que la sanctification de votre âme. Je vous prie donc, Monsieur, de borner à cela pour le présent vos désirs et votre affection. J’ai une tendresse singulière pour votre cœur, qui fait que je l’offre souvent à Notre-Seigneur.
2582 — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 10e de mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a neuf ou dix mois que vous avez reçu 3.150 livres pour le rachat de trois esclaves basques détenus en Alger, dont l’un se nomme Martisans de Celhay, lequel, ayant été mené en Levant, est en danger de ne pas revenir ; et pour cela son père a mandé ici au sieur de
Lettre 2582. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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Lafargue, qui vous a fait tenir cette somme, qu’il désire que la part de son fils, qui est de 945 livres, soit mise entre les mains de M. Roman, de Marseille, pour la garder, attendant qu’on ait quelque nouvelle de ce pauvre esclave. Selon cela, Monsieur, je vous prie de vous décharger desdites 945 livres entre les mains dudit sieur Roman, et d’en tirer son récépissé.
Vous ferez bien de tenir ferme pour ne vous charger plus des novices de Saint-Victor, quelque mine qu’ils fassent et quelque instance que leurs supérieurs et leurs parents vous en puissent faire ; car, puisque Dieu ne vous a pas donné grâce dans le premier essai pour leur correction, quoique vous y ayez fait, de votre côté, tout ce qui se pouvait faire, je ne vois point de raison pour laquelle il y ait lieu d’espérer qu’un second effort vous réussisse. Et ce qui m’en ôte tout à fait l’espérance est que nous n’avons point vocation pour les collèges, sinon en la manière que vous savez, pour les ecclésiastiques séculiers ; et partant ce n’est point mon sentiment pour tout que vous receviez ces religieux.
Si vous avez gardé une copie du petit recueil des actes de vertu que vous avez remarqués en feu M. Coqueret (1), envoyez-la-moi, s’il vous plaît ; mais, si vous n’en avez pas retenu quelque mémoire par écrit, ne vous mettez pas en peine d’en faire un nouveau, parce que je ferai chercher celui que vous m’avez adressé pour lors.
Je prie N.-S. qu’il fasse abonder en votre âme et en votre famille les grâces de son esprit. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Docteur de Navarre et ami de saint Vincent, mort à Marseille le 7 octobre 1655. * Le petit recueil dont parle ici saint Vincent a été publié dans L.-D.-C. Gueriteau, Opuscules Biographiques. Vie de Jean Coqueret. Vie du Docteur André Duval. Vie de Robert Gueriteau. Ed. par J. Depoin, Pontoise, in-8, pp. 12-21.
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2583. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 10e de mai 1658.
Puisque le procureur général de Saint-Maur s’est opposé à l’expédition de nos bulles de Saint-Méen, ce n’est pas chose faite (1) J’ai toujours appréhendé cette traverse, avec résignation néanmoins à ce qu’il plaira à Dieu d’en ordonner. Il me semble que cette opposition est sans fondement, parce que ces bons Pères de la réforme n’ont droit d’entrer dans aucune maison de Saint-Benoît, s’ils n’y sont appelés, selon la bulle de leur érection. Et n’importe de dire qu’étant les enfants de ce saint, ils peuvent réclamer son bien, quand on le veut aliéner de son Ordre ; car tout le bien de l’église appartient à l’église ; et si saint Benoît vivait encore, il ne nierait pas cette vérité, lui qui était enfant de l’église ; et il avouerait que le bien de son Ordre lui a été donné par l’église, à cause du secours qu’elle recevait pour lors de lui par les séminaires d’ecclésiastiques qu’il élevait pour remplir dignement les bénéfices. Or ils ne font plus cela ; et l’église ayant ordonné que les évêques érigeront des séminaires, et le roi qu’ils y uniront des bénéfices et autres revenus, est-il pas juste que la même église se serve de quelque peu de ce bien-là, de l’autorité du prince et du prélat et du consentement
* Lettre 2583 - Reg. 2, p. 240
(1) Le motif allégué était que, dans sa supplique, Edme Jolly n’avait "pas exprimé les offices claustraux". Il dut comparaître devant le cardinal dataire contradictoirement avec le procureur général de Saint-Maur. Après lecture du rapport qui lui fut fait, le Pape ordonna le 3 Avril, que, nonobstant l’opposition, on passerait à l’expédition des bulles, dont on peut lire le texte dans les Acta apostolica in gratiam Congregationis Missionis, pp. 18-23, et aux arch. nat. S 6711. Cette lettre nous apprend que de nouvelles difficultés surgirent.
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des légitimes possesseurs, pour suppléer à ce que les Bénédictins ont fait d’autres fois et qu’ils ne font plus ? Nous attendrons avec patience l’événement de cette affaire.
2584. — AUX MEMBRES DE LA CONGRéGATION DE LA MISSION
[Mai 1658] (1)
Vincentius a Paulo, superior generalis congregationis Missionis, dilectis nostris in Christo fratribus ejusdem congregationis, sacerdotibus, clericis et coadjutoribus laicis, salutem in Domino.
En tandem, Fratres dilectissimi, en Regulae seu Constitutiones communes nostrae congregationis, tantopere a vobis desideratae ac tandiu expectatae (1) Anni quidem circiter triginta tres a prima ipsius congregationis institutione effluxere, antequam illas typis mandatas vobis traderemus ; sed eo consilio id egimus, tum ut Christum Salvatorem nostrum imitaremur, in eo quod
* Lettre 2584 - Regulae seu Constitutiones communes Congregationis Missionis, Parisiis, 1658, lettre-préface. La traduction française est celle que publia saint Vincent lui-même, la même année, dans l’édition française des règles faite à l’usage des frères coadjuteurs.
1) Le petit livre des Règles Communes que Saint Vincent présentait à ses missionnaires en 1658 était une seconde édition. La première édition, achevée en 1655, contenait tant de fautes d’impression qu’il donna l’ordre de la détruire. (Cf. t. V, p. 337.) Il en revit le fonds avec Antoine Portail, prit conseil de théologiens et de canonistes éminents, dont plusieurs occupaient de hautes situations à Rome même (cf. lettres 2053, 2289, 2315, 2365, 2402, 2446), et enfin eut la joie de distribuer lui-même les premiers exemplaires à ses missionnaires le 17 mai 1658, après avoir prononcé un de ses plus beaux discours. Les retouches à l’édition de 1655, approuvée par l’archevêque de Paris, étaient de peu d’importance. Il pouvait écrire au cardinal de Retz le 15 juillet 1659 : "Nous n’avons point touché à l’essentiel des règles, ni à aucune circonstance considérable."
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cœpit prius facere quam docere ; tum ut quam plurimis occurreremus mcommodis quæ sine dubio oriri potuissent ex praematura earumdem Regularum seu Constitutionum editione ; ac proinde earum praxis et usus visa fuissent postmodum aut nimis difficilia, aut minus congruentia. Haec autem nostra cunctatio atque agend ratio ab illis nos periculis, divina adjuvante gratia, servavit ; quin etiam effecit ut congregatio paulatim ac suaviter Ipsas in praxim redcgerit, priusquam illae fuerint editae. Nihil enim in illis animadvertetis, quod non jamdudum, Imo et cum maxlma anlmi nostri oblectatione mutuaque omnium vestrum aedificatione, in usu habueritis.
Illas igitur, Fratres dilectissimi, pari, quo vobis eas tradimus, affectu accipite. Illas considerate, non quidem ut ab humano spiritu productas, sed potius ut emanatas a divino, a quo bona cuncta procedunt et sine quo non sumus sufficientes cogitare aliquid a nobis quasi ex nobis. Etenim, quid in illis reperietis quod vos aut ad vitiorum fugam, aut ad virtutum acquisitionem, et ad evangelicorum documentorum exercitium non accendat ac promoveat ? Eaque de causa illas omnes, quantum in nobis fuit, ex Jesu Christi spiritu actionibusque vitae ipsius (ut perspicere facile est) haurire conati sumus : quippe qui censuimus eos viros qui ad continuationem missionis ipsius Christi (quae potissimum in pauperum evangelizatione consistit) vocati sunt, debere ejusdem Christi sensibus et affectibus, imo eodem, quo ipse, spiritu repleri ipsiusque vestigiis inhaerere.
De caetero ergo, Fratres, rogamus vos et obsecramus in Domino Jesu, ut in exactam ipsarum Regularum observationem incumbatis, pro certo habentes quod si illas servaveritis, ipsae vos servabunt, et tandem ad finem optatum, hoc est, ad caelestem beatitudinem securos vos deducent. Amen.
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TEXTE FRANçAIS
Vincent Depaul, supérieur général de la Congrégation de la Mission, à nos chers frères en Jésus-Christ, les prêtres, clercs et coadjuteurs laïques de la même congrégation, salut en Notre-Seigneur.
Voici enfin, mes très chers Frères, voici les Règles ou Constitutions communes de notre congrégation, que vous avez tant désirées et si longtemps attendues. Il est vrai qu’on a laissé passer trente-trois ans, ou environ, qu’il y a que notre congrégation est instituée, sans que nous les ayons données imprimées ; mais nous en avons usé de la sorte, tant pour imiter notre Sauveur Jésus-Christ, en ce qu’il a commencé à faire plutôt qu’à enseigner, comme pour obvier à plusieurs inconvénients qui eussent pu naître de la publication trop précipitée des mêmes Règles ou Constitutions, dont l’usage et la pratique auraient ensuite paru peut-être ou trop difficiles, ou moins convenables. Or, notre retardement et procédé en ceci nous ont garantis, par la grâce de Dieu, de tous ces inconvénients, et ont fait même que la congrégation les a peu à peu et suavement pratiquées, avant qu’elles aient été mises en lumière. Et en effet, vous n’y remarquerez rien, que vous n’ayez depuis longtemps mis en pratique, même avec une sensible consolation de ma part et une mutuelle édification de vous tous.
Recevez-les donc, mes très chers Frères, avec la même affection que nous vous les donnons. Considérez-les non comme produites par l’esprit humain, mais bien comme inspirées de Dieu, de qui tout bien procède et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de bon par nous-mêmes, comme venant de nous-mêmes ; car que trouverez-vous dans ces Règles qui ne serve à vous exciter et enflammer ou à la fuite des vices,
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ou à l’acquisition des vertus, et à la pratique des maximes évangéliques ? Et ç’a été pour cela que nous avons tâché, autant qu’il nous a été possible, de les puiser toutes de l’esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir, estimant que les personnes qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur (laquelle consiste principalement à évangéliser les pauvres) doivent entrer dans ses sentiments et maximes, être remplies de son même esprit et marcher sur ses mêmes pas.
C’est pourquoi, mes très chers Frères, nous vous prions et conjurons, par les entrailles de ce même Sauveur Jésus-Christ, de faire votre possible pour observer exactement ces règles, tenant pour certain que, si vous les gardez, elles vous garderont et vous conduiront avec assurance à la fin tant désirée, c’est-à-dire à la céleste béatitude. Ainsi soit-il.
2585. — A N ***
13 mai 1658.
Saint Vincent fait l’éloge de Nicolas Senaux.
2586. — éMéRAND BAJOU, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
Fontaine (1) 1658.
Dieu, qui a béni les missions précédentes, semble augmenter ses grâces en celle-ci ; car les concubinages qui avaient duré des vingt-cinq ans sont abolis, tous les procès terminés ; un très grand nombre de personnes, tant de ce
Lettre 2585. — Collet, op. cit., t. II, p. 197.
Lettre 2586. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 5, 1er éd., p. 40
1) Petite commune * du Canton d’Ay (Marne).
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lieu que des autres circonvoisins, qui abusaient des sacrements depuis vingt, trente et trente-cinq ans, ont reconnu et détesté leurs crimes. Les habitants de ce lieu appellent et convient leurs parents des lieux les plus éloignés pour venir participer aux fruits de la mission ; et les gentilshommes y viennent de sept, dix et quatorze lieues du côté de Rethel.
2587. — A EDME BARRY, SUPéRIEUR, A N.-D.-DE-LORM
De Paris, ce 15e mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 20 avril. Je vous prie, au nom de N.-S., de nous excuser de ce que nous n’avons pas encore fait partir le secours que vous attendez, et de ce que nous ne pouvons même vous l’envoyer de quelque temps. Nos prêtres n’ont pas été sitôt de retour des missions, que nous avons été contraints de les envoyer en d’autres, les uns au diocèse de Troyes, les autres en celui de Châlons, et continuer en celui de Reims ceux qui y sont depuis six ou sept mois. Ils n’en sauraient revenir que vers le mois de juillet, et nous ne pouvons vous envoyer personne qu’ils ne soient de retour.
Les habitants de Brial et de Falquières ont raison de murmurer de ne vous voir que lorsqu’il faut cueillir le revenu. Je vous prie de prendre occasion de parler à Monseigneur de Montauban (1), si déjà vous ne l’avez fait, pour en décharger la compagnie d’une façon ou d’autre.
Je loue Dieu de ce que votre séminaire multiplie et de la résolution que mondit seigneur a prise de le transférer à Montauban. Dieu, par sa bonté infinie, bénisse
Lettre 2587. — L. s. — Original communiqué par M. l’abbé Colombel, prêtre du diocèse de Paris.
1) Pierre de Bertier (1652-1674).
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ce dessein avec les travaux que ce digne prélat prend pour la conversion des hérétiques !
Nous n’avons rien de nouveau de deçà.
Je salue votre petite famille et je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Barry.
2588. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 17 mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 7. Nous acquitterons, Dieu aidant, vos lettres de change jusqu’à 25.000 livres, si vous en trouvez autant sans rien payer pour le change, et que vous ayez reçu les dernières avant de donner vos lettres.
J’ai envoyé la lettre de Messieurs les administrateurs à Madame la duchesse d’Aiguillon et ferai tenir à M. le duc de Richelieu celle qu’ils lui écrivent. Il est aux champs, où il passera tout l’été. Je me donnerai l’honneur de lui écrire en même temps au sujet du vaisseau d’Alger, qui se plaide devant lui, et que les Turcs veulent répéter sur le consul. Mon âge et mes incommodités m’empêchent d’agir en personne, comme je le souhaiterais bien, pour cette affaire et pour celle de l’hôpital ; plaise à Dieu d’y mettre lui-même sa bonne main !
Je suis, d’un côté, bien en peine de la maladie de
Lettre 2588. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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M. Parisy, et je prie N.-S. qu’il ait agréable de lui donner la santé ; mais, d’un autre, je suis fort consolé de ce que M. de la Fosse est résolu de ne partir pas qu’il ne soit guéri, afin de ne vous laisser pas seul hors d’état de satisfaire à tout. Je les embrasse tous deux de toute l’étendue de la tendresse de mon cœur, et vous avec eux, comme étant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous prie me mander si vous agissez contre Rappiot, et pour faire adresser le vaisseau à ces aventuriers, pour délivrer M. Barreau.
Voici un passeport pour un marchand juif de Tunis, que M. Le Vacher nous a pressé d’obtenir ; or, afin que ce juif s’en puisse servir, il faudrait y faire joindre l’attache de M. l’amiral de France et le faire enregistrer en l’amirauté de Marseille ; mais, comme il n’est que pour un an, je ne sais si cela mérite la peine et la dépense qu’il y faudrait employer. Nous l’avions demandé pour vingt ans, et on n’a voulu le donner que pour un. M. de Vendôme étant à Paris, nous retenons ce passeport ici pour essayer d’avoir l’attache.
2589. — éMéRAND BAJOU, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT
Ay (1), 1658.
En arrivant ici, quelques-uns des principaux nous voulaient fermer les portes, ayant indisposé les peuples à l’égard de
Lettre 2589. — Abelly, op. cit., 1. II, chap I, sect. II, § 5, 1er éd., p. 40
1) Chef-lieu de canton de la Marne.
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nos fonctions ; mais, après quelques jours de patience, Dieu, qui nous avait envoyés en ce lieu, par l’ordre de nos supérieurs, a tellement changé les cœurs, que jamais mission n’a mieux commencé. Ils se confessent très exactement, avec toutes les marques d’une vraie contrition ; ils restituent actuellement ; ils vont se demander pardon à genoux les uns eux autres ; ils prient Dieu soir et matin et témoignent être résolus de changer tout à fait de vie et d’en mener une vraiment chrétienne ; ils ne se peuvent rassasier d’entendre la parole de Dieu. Le ministre qui demeurait ici s’en est fui, et le peu d’hérétiques de ce lieu, qui sont de pauvres vignerons extrêmement ignorants, ne perdent aucune de nos prédications.
2590. — JACQUES-BéNIGNE BOSSUET A SAINT VINCENT
A Metz, 23 mai 1658.
Je ne puis voir partir ces chers missionnaires sans vous témoigner le regret universel et la merveilleuse édification qu’ils nous laissent. Elle est telle Monsieur que vous avez tous les sujets du monde de vous en réjouir en Notre-Seigneur ; et je m’épancherais avec joie sur ce sujet-là, si ce n’était que les effets passent de trop loin toutes mes paroles. Il ne s’est jamais rien vu de mieux ordonné, rien de plus apostolique, rien de plus exemplaire que cette mission. Que ne vous dirais-je pas des particuliers et principalement du chef (1) et des autres, qui nous ont si saintement si chrétiennement prêché l’évangile, si je ne vous en croyais informé d’ailleurs par des témoignages plus considérables et par la connaissance que vous avez d’eux, joint que je n’ignore pas avec quelle peine leur modestie souffre les louanges. Ils ont enlevé ici tous les cœurs ; et voilà qu’ils s’en retournent à vous, fatigués et épuisés selon le corps, mais riches selon l’esprit des dépouilles qu’ils ont ravies à l’enfer et des fruits de pénitence que Dieu a produits par leur ministère. Recevez-les donc, Monsieur, avec bénédictions et actions de grâces, et ayez, s’il vous plaît, la bonté de les remercier avec moi de l’honneur qu’ils m’ont voulu faire de m’associer à leur compagnie et une partie de leur travail (2). Je vous
Lettre 2590. — Urbain et Lévesque, op. cit.,
1) Louis de Chandenier, abbé de Tournus.
2) Bossuet avait pris une part active à la mission ; il prêchait à l’église de la citadelle et y faisait le catéchisme deux fois la semaine ; il donna aussi quelques sermons à la cathédrale.
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en remercie aussi vous-même et je vous supplie de prier Dieu qu’après avoir été uni une fois à de si saints ecclésiastiques, je le demeure éternellement en prenant véritablement leur esprit et profitant de leurs bons exemples
Il a plu à Notre-Seigneur d’établir ici par leur moyen une compagnie à peu près sur le modèle de la votre (3), Dieu ayant permis par sa bonté que les règlements s’en soient trouvés parmi les papiers de cet excellent serviteur de Dieu, M. de Blampignon. Elle se promet l’honneur de vous avoir pour supérieur, puisqu’on nous a fait espérer la grâce qu’elle sera associée à celle de Saint-Lazare, et que vous et ces Messieurs l’aurez agréable. J’ai chargé, Monsieur, de vous en prier, et je le fais de tout mon cœur. Dieu veuille par sa miséricorde, nous donner à tous la persévérance dans les choses qui ont été si bien établies par la charité de ces Messieurs ! Je vous demande d’avoir la bonté de me donner part a vos sacrifices et de me croire, etc.
2591. — A ANTOINE DURAND, SUPéRIEUR, A AGDE
[Vers mai 1658 (1)]
L’oraison est un grand livre pour un prédicateur : c’est par elle que vous puiserez les vérités divines dans le Verbe éternel, qui en est la source, lesquelles vous débiterez ensuite au peuple. Il est à souhaiter que tous les missionnaires aiment beaucoup cette vertu ; car sans son secours ils feront peu ou point de profit, et avec son aide il est assuré qu’ils toucheront les cœurs. Je prie Dieu qu’il nous donne l’esprit d’oraison.
Il ne faut pas vous étonner, ni vous effrayer, pour une mauvaise année, ni pour plusieurs : Dieu est abondant en richesses ; rien ne vous a manqué jusqu’à cette heure ;
3) La Conférence des mardis.
Lettre 2591. — Reg. 2, p. 140. Malgré quelques variantes dans l’expression, il semble que le passage de lettre reproduit par Abelly, 1. III, chap. XIII, sect I, p. 214, est extrait de celle-ci.
1) Un détail nous permet de dater approximativement cette lettre la maladie de Julien Dolivet, que la lettre 2605, du 14 juin 1658 nous dit être en bonne voie de guérison.
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pourquoi craignez-vous l’avenir ? N’a-t-il pas soin de nourrir les oiseaux, qui ne sèment et ne moissonnent ? Combien plus aura-t-il la bonté de pourvoir à ses serviteurs ! Vous voudriez voir toutes vos provisions devant vous pour être assuré d’avoir tout à souhait : je dis selon la nature, car je pense que, selon l’esprit, vous êtes bien aise d’avoir occasion de vous confier en Dieu seul, et de dépendre, comme un vrai pauvre, de la libéralité d’un tel riche. Dieu veuille avoir pitié du pauvre peuple, qui est fort à plaindre en ce temps de disette, parce qu’il n’en sait pas bien user, ni ne cherche premièrement le royaume de Dieu et sa justice, pour se rendre digne que les choses nécessaires à la vie lui soient données par-dessus !
Vous me demandez comment vous devez vous comporter envers les religieux (2). Vous devez tâcher de les servir et leur témoigner, dans les occasions, que vous avez cette affection, les aller voir quelquefois, ne jamais prendre parti contre eux, ni vous intéresser dans leurs affaires que pour les défendre en charité, parler d’eux en bonne part, ne rien dire en chaire ni en discours particuliers qui puisse les choquer, quoiqu’ils ne vous rendent pas la réciproque. Voilà ce que je souhaite que nous fassions tous ; car ils sont religieux, dans un état de perfection, et par ainsi nous les devons honorer et servir.
Votre dernière lettre m’a grandement affligé en m’apprenant la griève maladie du bon M. Dolivet, dans l’appréhension que Dieu l’ôte à la compagnie pour mes péchés. Si cette perte nous arrive, il faudra bien se conformer au bon plaisir de Dieu et baiser sa main qui nous frappe ; mais aussi, s’il plaît à sa divine bonté de nous le conserver, nous l’en bénirons éternellement, et
2) Agde possédait un couvent de Cordeliers.
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j’en aurai une joie des plus sensibles que je puisse recevoir. Je vous remercie, Monsieur, de ce que vous n’épargnez rien pour cela. Vous pouvez penser de quel cœur nous joignons nos prières à vos soins, afin qu’il plaise à Dieu de lui redonner la santé pour le bon usage qu’il en a fait et qu’il en pourra encore faire à l’honneur et service de Notre-Seigneur et à l’édification des âmes. Je vous prie, Monsieur, s’il est encore en vie, de l’embrasser de ma part et de lui témoigner ma douleur présente et la consolation que j’attends de sa chère guérison. Nous l’avons recommandé ce matin aux prières de la communauté et nous continuerons jusqu’à ce que vous nous aurez assurés de sa convalescence.
2592. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 24e mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Bien que votre lettre du 17 mars soit de vieille date et que je sois aujourd’hui fort embarrassé, je ne puis néanmoins m’empêcher de vous dire que je l’ai reçue, qu’elle m’est très chère et que j’ai une grande joie d’avoir appris par vous la santé et l’union de la famille. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce qu’elles sont telles que vous me marquez. Je le remercie particulièrement de la force d’esprit qu’il vous donne dans les grandes agitations du royaume, qui n’ont encore pu ébranler votre courage. J’en suis si plein de consolation que je suis contraint de la répandre souvent dans les cœurs de la compagnie, en les édifiant de l’abandon et de la confiance
Lettre 2592. — L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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qui parait en vous vers le bon plaisir de Dieu, qui, vous ayant exercés jusqu’à présent par beaucoup de pertes et de souffrances, vous a disposés d’en recevoir de nouvelles avec la même patience et résignation. Il me semble que chacun demeure touché de votre exemple et résolu de souffrir pour Dieu et de le servir avec la même constance que vous le servez depuis si longtemps.
M. Ozenne me mande qu’il s’en allait a Cracovie avec M. Duperroy, ce qui me met en peine de votre personne, sachant qu’en leur absence vous aurez tout le faix de la paroisse et des affaires. Dieu veuille que les nouveaux troubles dont vous avez été menacés n’ajoutent de nouvelles croix à vos travaux ! Nous demandons sans cesse à sa divine bonté qu’elle donne la paix à tout le royaume, ou qu’elle bénisse les armes du roi et les intentions de la reine.
Je vous prie, Monsieur, de vous conserver autant que vous le pourrez et de me donner souvent de vos nouvelles, particulièrement jusqu’au retour de M. Ozenne, qui peut-être ne pourra pas m’en faire savoir en son voyage de Cracovie.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà qui mérite de vous être écrit, dans la presse où je me trouve. La compagnie va assez bien partout, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, prêtre de la Mission, à Varsovie.
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2593. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 2e mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 14. Après-demain nous ferons céans une assemblée, Dieu aidant, pour aviser à ce que nous avons à faire au sujet des affaires d’Alger. Il s’y trouvera deux hommes de grand jugement, fort intelligents et expérimentés ; et sur cela nous verrons si la barque qui se prépare à Marseille pour aller à Alger pourra servir à l’exécution de ce qui sera résolu. J’attends cependant de savoir si vous avez vu M. le chevalier Paul, ce qu’il vous a dit et ce que nous pouvons espérer de lui pour l’entreprise projetée. Nous avons des lettres du roi et de Mgr le cardinal 1 à cet effet ; mais, avant de les y envoyer, je serais consolé de savoir sa disposition.
Je me doutais bien que vous auriez peine de trouver de delà des sommes si notables que celles que nous avons à y remettre ; nous verrons M. Simonnet.
Je n’ai rien à dire à la démission de Mgr de Marseille, sinon que je prie N.-S. que le diocèse ne perde rien en ce changement a.
Nous avons reçu cinquante-six livres pour Denis Dubois, forçat sur la Capitaine. J’écris à M. Huguier qu’il les y donne, et je vous prie de lui en tenir compte, comme nous ferons à vous.
Lettre 2593. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Le cardinal Mazarin.
2) Etienne de Puget occupa le siège de Marseille jusqu’à sa mort (11 janvier 1668)
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Je me trouve si pressé que je ne puis rien ajouter à la présente, que la disposition qu’il a plu à Dieu de faire de M. Delville, prêtre de notre compagnie, mort à Arras où son zèle l’a consommé par ses travaux immodérés, à ce qu’on me mande. Je recommande son âme à vos prières, et votre conservation à vos soins (3).
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VIN, CENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2594. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 24e mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres, l’une sans date et l’autre du 21 avril. Vous avez bien fait de séparer la sœur Françoise (1) d’avec les autres filles, et vous ferez bien d’essayer d’autres remèdes, si celui-là ne suffit pour rendre le calme à son esprit et les réunir. Celui que vous me proposez, d’envoyer une nouvelle sœur, se pourra exécuter dans quelque temps ; mais à présent il est difficile, dans l’obscurité où sont les affaires.
Je suis en admiration des biens que vous fait M. Falibowski et des sollicitudes qu’il a pour l’établissement
3) Dans une note conservée aux arch. de la Mission, la sœur Radegonde Lenfantin prétend que Guillaume Delville avait cessé d’appartenir à la congrégation de la Mission avant sa mort. Il n’en est rien, Comme en témoignent cette lettre, la suivante et la conférence que le saint fit faire à Saint-Lazare sur ses vertus le 24 mai.
Lettre 2594. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Sœur Françoise Douelle.
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de la compagnie à Cracovie. Je rends mille actions de grâces à Dieu de la bénédiction qu’il a donnée à ses soins, et je prie sa divine bonté qu’elle achève ce dessein, si c’est pour sa gloire. Nous vous préparerons quelques jeunes prêtres pour les envoyer de delà, lorsque vous me manderez qu’il sera temps, et que vous verrez sûreté pour eux en leur voyage et en leur séjour, ou par une paix arrêtée, ou par un heureux progrès des armes du roi. Nous continuons à demander à Dieu l’un ou l’autre et la conservation de Leurs Majestés. Je vous remercie des nouvelles que vous m’en donnez. M. Buffier m’a rendu vos lettres. Je me donne l’honneur de répondre à celle de Madame de Villers et à celle de Mademoiselle Cornuty, de qui le père est décédé depuis peu.
Je me trouve beaucoup embarrassé aujourd’hui, et ainsi je suis contraint d’abréger la présente.
Il a plu à Dieu de disposer de M. Delville, prêtre de la compagnie, qui travaillait à Arras et aux environs, et on estime que son zèle a avancé sa mort. Je recommande son âme à vos prières.
Je suis toujours, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Varsovie, à Varsovie.
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2595. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Du 26 mai 1658
Je loue votre prudence à l’égard de la personne qui n’a pu se résoudre de venir à Paris et qui a refusé d’aller au Mans (1). Vous craignez qu’il ne sorte de la compagnie, si on le presse de changer de demeure, disant qu’il est un bon ouvrier, capable, [qui a talent pour toutes nos fonctions. A quoi je vous dirai, Monsieur, que je souhaite fort le conserver (2)] ; mais aussi, Monsieur, de le laisser à Richelieu, parce qu’il le veut, dans l’occasion prochaine d’offenser Dieu, d’être cause que d’autres l’offensent, et en danger de faire scandale, certes il n’est pas expédient. Il vaut mieux qu’un homme se retire, que si nous le retenions dans ce péril, car à ces choses il faut accourir comme au feu. La compagnie ne perd rien, mais elle gagne, en perdant un homme qui est dans le désordre et n’en veut pas sortir ; et d’ailleurs je ne vois pas un meilleur moyen pour conserver celui-là que de lui tenir ferme, puisque l’indulgence qu’on a exercée envers lui ne le rend pas meilleur. Si la désobéissance règne parmi nous, qui avons entrepris d’imiter Notre-Seigneur en ses vertus comme en ses emplois, qu’en peut-on attendre que des effets contraires et préjudiciables à l’église ? Si néanmoins, Monsieur, il vous promet de n’entrer plus en aucune maison de la ville, je consens que vous le reteniez chez vous ; autrement,
Lettre 2595. — Reg. 2, p. 187. La lettre se retrouve dans le même registre, p. 52, moins complète et avec des variantes assez nombreuses.
1) Peut-être François-Ignace Lièbe, de la maison de Richelieu, qui sortit de la Compagnie peu après.
2) Les mots placés ici entre crochets sont empruntés à la page 52 du registre. A la page 187, le copiste s’est contenté d’écrire : "capable, etc."
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donnez-lui, s’il vous plaît, ma lettre, par laquelle je l’ai prié de s’en venir ici après 15 jours de repos depuis son retour de mission. S’il y vient, il sera le bien venu ; sinon, in nomine Domini, nous aurons sujet de nous affliger, d’un côté, de sa séparation, et de nous consoler, de l’autre, d’avoir fait tout ce que nous pouvions faire raisonnablement pour le maintenir au lieu et en l’état où Dieu l’a appelé.
Je vous prie de ne vous amuser pas au logis que les sœurs occupent ; c’est une aumône que vous faites aux pauvres qu’elles soulagent ; dites-leur, s’il vous plaît, qu’elles ne s’en mettent pas en peine, mais qu’elles fassent bien leur petit devoir. Encouragez-les au support et à l’union entre elles et à la pratique des vertus ; aidez-les à porter leurs petites peines et traitez-les un peu moins sèchement, afin qu’elles aient en vous toute la confiance qu’elles doivent avoir.
2596. — UN PRêTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT
Ludes (1), 1658.
Tout se passe ici selon votre désir ; c’est tout dire. Un de nos fruits est qu’on a mis la dernière main pour achever ce qui manquait à l’édifice de l’église ; ce qu’on n’aurait jamais fait sans la mission. Les cabarets sont interdits, aussi bien que les assemblées de nuit. On ne jure plus et l’on ne profère qu’avec un très grand respect le très saint nom de Dieu. On va se mettre à genoux dans les maisons pour demander pardon à ceux que l’on a offensés.
Lettre 2596. — Abelly, op. cit., 1. II, chap. I, sect. II, § 5, 1er éd, p. 39
1) Localité de l’arrondissement de Reims (Marne)
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2597. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 31 mai 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu du départ de M. de la Fosse et de ce que vous êtes tout à fait déchargé des novices de Saint-Victor.
J’ai fait voir ce que vous me mandez par la lettre du 21, au sujet des affaires d’Alger, à Messieurs de Verthamon et de Lamoignon, qui sont deux des meilleures têtes de Paris, et qui estiment que, soit que M. le chevalier Paul aille à Alger, ou qu’il n’y aille pas, il sera bon d’y envoyer un homme pour négocier l’accommodement du consul (1) et son retour, et faire en sorte que l’argent ne soit employé qu’au payement de ses créanciers, et non de ceux de Rappiot, ni d’aucun autre. J’estime aussi que M. Huguier et le frère Duchesne sont les plus propres qu’on puisse choisir pour cet effet. Je sais bien qu’ils n’ont pas toutes les qualités qu’il faut ; mais où trouverons-nous quelqu’un qui les ait ? Ils pourront s’aller embarquer à Livourne et passer et séjourner à Alger, comme y allant racheter quelques esclaves, et, sous ce prétexte, qui sera pourtant une vérité, puisqu’ils apporteront quelque argent que nous leur donnerons pour en délivrer trois ou quatre, ils pourront négocier le reste sans bruit, ou du moins pressentir ce qui s’en peut espérer et nous donner les avis qu’il faudra. Nous allons concerter ici entre nous la manière de faire tout cela, et je pourrai vous en écrire plus et en parler
Lettre 2597. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Jean Barreau.
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une autre fois, comme aussi de la remise de l’argent. Cependant j’attends de savoir ce que vous en aura dit M. le chevalier Paul. On estime ici que ce sera lui, et non autre, qui commandera l’armée navale.
Je vous remercie de ce que vous avez compté à M. Roman les 945 livres destinées au rachat de Martisans de Cilhay. J’ai dit à celui qui agit ici pour ces esclaves basques, que, s’il veut que vous remettiez au même marchand le reste des 3.150 livres, je vous en prierai ; ce qu’il n’a pas encore résolu.
Nous avons reçu ici 25 livres pour le nommé Traverse, forçat à Toulon, et 36 livres pour André Le Sueur. Je prie M. Huguier de les leur donner.
Il a plu au Seigneur qu’enfin nos règles soient en état d’être données à la compagnie. Nous n’y avons rien mis de nouveau qui n’ait été déjà pratiqué par elle. Nous les avons fait imprimer et je les ai distribuées céans. Nous vous en enverrons quelques exemplaires à la première occasion, et alors je vous dirai les raisons pour quoi nous avons tant tardé.
Cependant je suis en N.-S. votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2598. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 2 de juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. Buffier s’en retournant en Pologne, je l’ai prié de se charger d’un petit paquet que je vous envoie, qui
Lettre 2598 — L s — Dossier de Cracovie, original
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contient une copie authentique du bref de notre Saint-Père sur la confirmation de nos vœux (1), six copies d’un autre bref pour l’indulgence accordée en faveur de nos missions, quatre exemplaires de nos règles imprimées, avec un mémoire sur ce sujet, et une relation de Madagascar.
En distribuant nos règles à ces Messieurs qui sont avec vous, il leur faut recommander de les bien garder et ne les laisser égarer, n’étant pas chose qui doive tomber entre les mains des externes. J’écris à tous les supérieurs qu’ils marquent les noms de ceux à qui ils en auraient distribué, et qu’ils en envoient le mémoire à Saint-Lazare, afin que les missionnaires qui viendront ici des autres maisons n’en puissent pas demander un autre exemplaire, et que nous sachions qui sont ceux de la compagnie qui en ont eu. Que si quelqu’un, après en avoir reçu, vient à les perdre et qu’il en redemande, son supérieur lui réponde qu’il nous en écrira pour en avoir d’autres et pour savoir s’il sera à propos d’en redonner à tous ceux qui les perdront.
Je vous renvoie aussi une lettre que Mademoiselle Cornuty m’avait adressée pour M. son père, qui s’est trouvé décédé, afin que vous la lui remettiez en main.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
1) Bref Ex commissa Nobis, du 22 septembre 1655. (Acta apostolica in gratiam Congregationis Missionis, p. 16.)
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2599. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Paris, 3 juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous ferez bien de veiller sur M. Fleury, à ce qu’il ne s’applique pas à l’oraison ni à l’étude avec trop de contention, parce que, ayant le foie chaud, il s’échaufferait facilement la tête. Recommandez-lui de s’y comporter doucement et sans effort. Encouragez-le dans ses peines ; tout le monde en a, qui d’une façon, qui d’une autre, au moins ceux qui veulent servir et suivre Jésus-Christ. C’est là le chemin étroit et raboteux qui mène à la vie. Il ne faut pas que les difficultés nous empêchent d’aller. Il est bon de prendre garde surtout que personne de ceux qui le doivent bien édifier ne fassent le contraire ; car ce qui dégoûte davantage les nouveaux qui ont le désir de travailler à la vertu, est de voir les plus anciens qui ne leur en donnent pas assez l’exemple.
Je vous ferai envoyer par le premier messager nos règles imprimées, afin que chacun s’anime à l’observance, en laquelle nous trouvons tous notre sanctification, d’autant qu’elles contiennent ce que Notre-Seigneur a fait et ce qu’il veut que nous fassions.
2600. — A JACQUES CHIROYE, SUPéRIEUR, A LUçON
5 juin 1658.
J’ai reçu le contrat de fondation de M. Pignay. J’ai un grand respect pour sa personne, qui nous est si
Lettre 2599 — Manuscrit d’Avignon.
Lettre 2600. — Reg. 2, p. 118.
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bonne, et une égale reconnaissance pour ses bienfaits, qui vont croissant. Je ne puis vous exprimer les sentiments que j’en ai, ni le désir pressant que Dieu me donne de complaire et d’obéir à ce sien serviteur, qui donne moyen à votre petite famille de rendre quelque petit service aux pauvres gens ; de quoi je prie NotreSeigneur qu’il soit son remerciement et sa récompense.
Vous me mandez qu’il vous a donné 25 boisselées de terre franche, qu’il a acquise pour onze cents livres, que vous avez reçu de lui dix-huit cents livres en argent, et que vous devez recevoir encore treize cents livres, qu’il vous a données à prendre sur ses débiteurs, et que de ces deux sommes vous en voulez acheter d’autres terres. Je ne sais pas quel revenu on pourra tirer de ces fonds ; mais je vois bien qu’il ne faut guère moins de cinquante écus de rente pour acquitter les charges de la fondation. J’en aurais néanmoins ratifié le contrat pour la consolation de ce bon docteur sans la jouissance que vous avez acceptée de ces biens acquis et donnés pour votre particulier pendant votre vie, à commencer après sa mort ; qui est une chose que je ne puis approuver.
Qu’il s’en soit réservé le revenu pour lui, à la bonne heure, il l’a dû faire ; et s’il ne l’avait pas fait, je serais toujours prêt d’en souscrire notre consentement, tant cela me paraît juste. Mais pour vous, Monsieur, qui vous êtes donné à Notre-Seigneur pour le suivre en sa pauvreté et pour le servir dans notre compagnie, selon les vœux que vous y avez faits, tant s’en faut que vous ayez quelque sujet d’user de cette réserve, que vous avez plusieurs raisons pour ne rien avoir de propre. Si c’était un bien que la nature vous eût donné par voie de succession, vous pourriez en ce cas vous en réserver la disposition, selon notre règle ; mais d’en recevoir d’autre
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par donation, ou jouissance particulière, vous en devez faire conscience, aussi bien que de donner un tel exemple à la compagnie, à laquelle nous ferions, vous et moi, une brèche irréparable, si cette fondation avait son effet en la manière que vous l’avez stipulée.
Vous me direz peut-être que cette condition, qui vous regarde, n’est qu’en cas de besoin ; mais quel besoin aurez-vous, Monsieur (vous qui voulez vivre apostoliquement et qui êtes assuré d’être toujours entretenu du revenu commun), de jouir encore de celui-là en votre particulier ? Je vous prie de ne point penser à cela, et de ne plus résoudre aucune affaire qui soit de quelque importance, sans auparavant en avoir demandé et reçu notre avis ; car j’ai remarqué que vous ne me donnez connaissance des choses qu’après qu’elles sont faites. J’écris à M. Pignay ma difficulté, et je retiens le contrat jusqu’à ce qu’il m’ait fait savoir s’il désire que je le lui renvoie.
2601. — A UN éVêQUE
Je prie Dieu, Monseigneur, qu’il forme ces deux missionnaires selon son cœur et selon le vôtre. Je désirerais vous en pouvoir encore envoyer d’autres, mais nous sommes trop peu d’ouvriers et nous avons grand nombre d’emplois. Plût à Dieu, Monseigneur, que je pusse être de la partie, afin de m’employer toute ma vie sous votre obéissance parmi vos pauvres gens. Sa divine bonté sait qu’il n’y a rien que je désire plus que cela. Mais, en quelque lieu que je sois, vous aurez toujours en moi un serviteur aussi affectionné à vous obéir qu’aucun autre que vous ayez au monde.
Lettre 2601. — Abelly, op. cit., seconde édition, deuxième partie, p. 77
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2602. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 7 juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai été fort consolé de votre lettre, qui m’apprend votre voyage de Toulon et ce que vous avez négocié avec M. le commandeur Paul ; en quoi il me semble que vous ne pouviez agir avec plus de discrétion, ni de succès, que vous avez fait. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de celle qu’il vous a fait trouver dans le cœur de ce vaillant homme et de la disposition qu’il a d’aller en Barbarie faire les choses que vous me mandez. J’ai mis en délibération si je devais me donner l’honneur de lui écrire pour l’en remercier ; mais je m’en suis trouvé indigne pour n’avoir des paroles répondantes à l’honneur de son affection et à la grandeur de son courage. Je me propose seulement de célébrer la sainte messe en actions de grâces à Dieu des témoignages qu’il vous a donnés de l’un et de l’autre, et pour prier sa divine bonté qu’elle le conserve pour le bien de l’état et bénisse ses armes de plus en plus.
J’attends que vous me mandiez la résolution que Messieurs de Marseille auront prise ensuite de la remontrance que vous leur deviez faire de sa part ; et pour vous dire ma pensée à vous, s’ils refusent l’entretien de l’armée pendant les deux mois, je n’estime pas qu’il le faille attendre du roi, à cause du siège important de la ville
Lettre 2602 — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille. Au témoignage de M. Simard, qui après M. Hains a été possesseur de l’original, saint Vincent a écrit cette lettre de sa propre main. (Saint Vincent de Paul et ses œuvres à Marseille, Lyon, 1894, p. 151)
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de Dunkerque, par mer et par terre (1), et d’une autre place considérable qu’il va assiéger en même temps, à ce qu’on dit ; à quoi il ne donne pas seulement ses soins et sa présence, mais je pense qu’il y emploie tout ce qu’il peut de sa finance, et qu’ainsi la proposition qu’on lui pourrait faire à présent d’en divertir une partie pour un autre dessein qu’il n’a pas tant à cœur, serait mal reçue.
Cela étant, Monsieur, il me semble qu’en attendant ce qu’il plaira à Dieu ordonner de cette entreprise projetée, il faut envoyer quelqu’un en Alger pour négocier avec le pacha et la douane la décharge du consul, les dettes de Rappiot et du vaisseau dont on veut le rendre responsable, et pour reconnaître ses dettes légitimes et ses véritables créanciers, afin de n’employer l’argent mal à propos. Nous avons délibéré ici si nous y enverrions M. Huguier, ou le frère Duchesne, ou un frère que nous avons ici, qui est assez intelligent et homme de cœur (2), Pour le frère Duchesne, nous pensons bien qu’il ferait bien cela ; mais nous craignons qu’on n’en fasse état et qu’on le méprise, à cause de ce qu’il a été esclave en ce lieu-là. Pour le frère de céans, il n’en entend pas la langue, qui est un grand empêchement ; et ainsi nous sommes revenus à M. Huguier, en qui ces défauts ne se trouvent pas, mais bien plusieurs bonnes qualités pour réussir mieux que les autres en cette négociation. M. Le Vacher (3) nous a dit pourtant que, pource qu’il est prêtre, les Turcs lui pourront faire quelque avanie ; mais
1) A la suite de la bataille des Dunes, gagnée par Turenne sur les troupes espagnoles, que commandaient dom Juan d’Autriche et Condé (14 juin), Dunkerque capitula (25 juin) D’après les traités, la ville revenait aux Anglais, qui la vendirent à la France en 1662.
2) Probablement le frère Jean-Armand Dubourdieu, auquel saint Vincent, rapporte l’auteur de sa notice (Notices, t. IV, p. 22), eut, dès 1658, l’intention d’offrir le consulat d’Alger.
3) Philippe Le Vacher.
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j’ai peine à le croire, parce qu’il leur déclarera d’abord ce qu’il est et ce qu’il va faire, qui est de racheter quelques esclaves, comme, en effet, nous lui donnerons quelque argent pour cela. Je lui propose donc ce voyage par la lettre que je lui écris aujourd’hui pour savoir sa disposition.
M. Le Vacher partira pour Marseille dans dix ou douze jours, Dieu aidant, n’étant pas expédient qu’on le voie à Paris après les quêtes qu’on y a faites, auxquelles il a beaucoup travaillé.
Nous avons envoyé trente mille livres à Messieurs Simonnet ; j’attends leur lettre de change pour les recevoir à Marseille de M. Napollon. Nous avons convenu que le payement vous sera fait en monnaie de France. En cas que vous ne puissiez pas vous accorder du prix des piastres, et afin qu’ils puissent trouver d’autre argent, la lettre ne sera payable qu’à 15 jours de vue. Voici votre lettre, que je vous envoie. Je suis en peine du lieu où vous garderez cet argent ; je crains qu’il ne soit pas en sûreté chez vous, qui êtes logés hors de la ville ; et la pensée m’est venue si vous ne feriez pas bien de le mettre aux Carmélites, où il n’y aurait rien à craindre en y faisant porter votre coffre-fort à deux serrures ; car je pense que vous en avez un. Si néanmoins vous croyez que la somme soit en assurance en votre maison et dans ce coffre, vous en userez selon votre sagesse ordinaire. Priez M. Napollon de ne point dire que vous l’avez, de crainte que la nouvelle en aille jusqu’à Alger.
Je ne suis pas d’avis que vous acceptiez pour le présent l’offre que vous a faite une personne, de vous faire délivrer en Alger 300 piastres en les y délivrant à Marseille. Il ne faut plus rien envoyer au consul, qu’on ne lui envoie tout et qu’on ne sache à quoi il emploie l’argent.
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Nous avons reçu deux écus pour deux forçats : l’un pour Nicolas Bonner, et l’autre pour Antoine Auroy. Je prie M. Huguier de les leur donner, car je pense qu’ils sont tous deux à Toulon.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Monsieur de Brienne a dit à M. de Lamoignon, qui me l’a rapporté, qu’il a mis dans les ordres secrets qu’il envoie à M. le commandeur Paul celui d’aller à Alger. Voici une lettre que le roi lui écrit et une autre de M. le cardinal (4) ; vous les apporterez, s’il vous plaît, ou les ferez rendre par M. Huguier. Le premier me semble le meilleur, sauf votre meilleur avis. Vous en userez selon votre prudence.
2603. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
9 juin 1658.
Nous devons témoigner une grande reconnaissance à ce bon chanoine de Poitiers qui offre à la compagnie sa cure de Saint-étienne (1) pour s’y établir. Pour moi, j’en ai une très sensible de cette bonté qu’il a et de l’honneur qu’il nous fait. Je vous prie de l’en bien remercier de ma part et de la vôtre, et de lui dire que nous avons pour maxime de ne nous établir jamais dans un lieu, si nous n’y sommes appelés par ceux en qui ce pouvoir réside, et aussi de ne point prendre des cures
4) Le cardinal Mazarin.
Lettre 2603. — Reg. 2, p. 55.
1) Saint-étienne-la-Cigogne, petite commune des Deux-Sèvres.
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dans les villes épiscopales, à cause qu’il ne nous est pas loisible d’y prêcher et confesser ; ce qui n’empêchera pas que nous n’ayons la même obligation à ce bon chanoine de sa bonne volonté pour nous, comme si elle avait son effet.
2604. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce saint jour de Pentecôte. [9 juin 1658] (1)
S’il plaît à votre charité, mon très honoré Père, se souvenir que c’est les fêtes de la Pentecôte que l’on procède à l’élection des officières et si cela ne se pourrait point aujourd’hui, crainte que vous ne puissiez un autre jour.
L’établissement porte que la supérieure sera élue de trois ans en trois ans, et jusques à présent elle parait à vie. Si votre charité jugeait à propos de commencer à la faire élective, au cas que cela ne nuise point à la faiblesse et aux prétentions que les personnes de basse condition se forment aisément, il me semblerait bien à propos. Ledit règlement ne porte point de continuation des trois officières ; néanmoins, mon très honoré Père, cela me semblerait bien nécessaire, parce qu’il se passe presque 3 à 4 mois avant qu’elles soient en exercice. Que si votre charité le jugeait bien ainsi, vous le commenceriez cette année, pour l’impossibilité d’en avoir, à cause du besoin d’en fournir si grand nombre ailleurs.
Notre-Seigneur veuille par sa bonté continuer longues années l’exécution de ses desseins sur la compagnie par votre sainte conduite et me faire la grâce d’être toute ma vie, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obligée servante.