Correspondance (page 52)
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2624. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
2) Date marquée au dos de l’original par le frère Ducournau
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2605. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 14 juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. Dolivet a été fort malade à Agde. Il désire aller prendre l’air de Marseille pour se refaire, pendant un mois. Je vous prie de le recevoir et de le renvoyer lorsqu’il sera rétabli.
J’estime comme vous qu’il n’y a rien à espérer du côté de la ville de Marseille pour l’entreprise d’Alger. Il faut attendre de la Providence seule ce qu’il lui plaira d’en ordonner. Je vous prie de me mander le temps précis que partira la barque de M. Roman, et s’il ne s’en prépare point d’autre. Je vous dirai au premier jour, comme j’espère, celui que nous aurons choisi pour aller négocier la décharge du consul l. Peut-être reviendrons-nous à M. Huguier. Il serait fâcheux de perdre l’occasion dudit sieur Roman, étant homme de probité comme il est. Je voudrais bien, à cause de cela, lui remettre l’argent qui vous reste pour le rachat de deux Basques ; mais celui qui fait ici pour eux nous a dit de ne le pas faire sans son avis, que nous attendons. Celui que nous enverrons à Alger pourra conduire cet argent et le délivrer aux esclaves mêmes.
M. Delaforcade a 200 livres à remettre à Tunis pour ajouter à la somme ci-devant envoyée à Dominique de Lajus. Je lui mande qu’il prenne sur cela ce que nous lui devons pour ports des lettres, et cent livres qu’il a fournies pour nous à M. Le Vazeux, à Annecy, et
Lettre 2605. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Jean Barreau.
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qu’en vous faisant toucher le surplus, vous enverrez ladite somme de 200 livres à M. Le Vacher, à Tunis, comme je vous en prie. Nous vous rendrons ce que vous avancerez, ou vous le pourrez tirer sur nous.
Ce que vous a dit ce chevalier touchant le retour des deux ou trois renégats d’Alger n’est pas vraisemblable. J’approuve votre retenue à ne lui donner point logement chez vous, à qui je suis, en N.-S., Monsieur, très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous envoie la seconde lettre de change des 30.000 livres, que nous avons comptée ici à M. Simonnet pour la faire accepter, en cas que la première ne vous eût pas été rendue, laquelle je vous adressai la semaine passée. Vous verrez à retirer le payement de cette lettre en piastres, ou en autre monnaie qui vous accommodera davantage et où il y aura moins de perte.
2606. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce lundi. [juin 1658].
Mon très honoré Père,
L’incertitude que la reine mande ma sœur Marthe (2) de La Fère, me met en grande peine, n’étant pas assurée d’avoir vu notre sœur Manceau dans l’exercice de sœur servante, quoiqu’il y ait bien 15 ans qu’elle est à la compagnie. Cela me fait vous proposer, mon très honoré Père, d’en envoyer une à La Fère, et, s’il se pouvait, que le coche prît notre sœur en passant, ou lui mander qu’elle l’aille attendre en quelque ville proche, et ainsi ce serait cinq. Nous avons ici ma sœur Clémence, qui serait bien propre à sœur servante, ou cette sœur lorraine qui se proposait de revenir pour Metz.
Lettre 2606. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Sœur Marie-Marthe Trumeau.
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Je ne sais si les nouvelles que je viens d’apprendre ne doivent point empêcher le voyage, au cas qu’elles soient vraies. J’attends votre mandement pour vous aller treuver et envoyer quérir lesdites sœurs que je vous propose, aux paroisses, et me dis de tout mon cœur, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obligée servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2607. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER
19 juin 1658.
Par la même lettre par laquelle vous demandez si vous devez accepter deux bénéfices qui vous sont offerts en votre pays, vous nous donnez de nouvelles marques de votre affection pour la compagnie, en ce que vous avez dessein de lui faire avoir un jour ces bénéfices-là, dont je vous remercie d’autant plus que votre intention est de faire que par elle Dieu soit davantage honoré et le peuple assisté. Ce sont des effets de votre zèle, qui ne seront pas sans récompense. Mais je vous dirai pour réponse, Monsieur, que nous ne devons désirer d’autre bien à la compagnie, ni d’autres emplois, que ceux qu’il plaît à Dieu de lui donner par lui-même sans nous, je veux dire sans que nous les ayons recherchés, ni procurés. Si c’était Monseigneur l’évêque du lieu, en qui réside le pouvoir d’appeler, qui nous fit cette proposition, la volonté de Dieu nous serait pour lors assez connue. Et quant à vous, Monsieur, je pense que, vous étant donné à sa divine bonté de la manière que vous avez fait, vous ne pouvez ni recevoir ni retenir des bénéfices, surtout à charge d’âmes. Vous avez pris Notre-Seigneur
Lettre 2607. — Reg. 2, p. 192.
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pour votre bénéfice et renoncé aux biens de la terre pour le suivre pauvre et le servir à l’apostolique ; n’est-ce pas là un sujet de grande consolation pour vous, qui, n’ayant manqué jusqu’à maintenant d’aucune chose nécessaire à la vie, ni d’aucune occasion d’employer saintement la vôtre, devez espérer que vous n’en manquerez pas non plus à l’avenir ?
De dire que vous ne voudriez pas être à charge à la compagnie, vous ne le serez pas aussi, car, grâces à Dieu, elle ne se trouve pas chargée des infirmes, au contraire, ce lui est, en quelque façon, bénédiction d’en avoir. Et de vous persuader que vous auriez plus de santé en votre pays et plus de moyen d’y procurer la gloire de Dieu que vous ne faites ailleurs, ce serait un abus de l’esprit malin, qui, en vous montrant un bien apparent et incertain, voudrait vous faire quitter un bien présent et véritable, et, en vous éloignant de l’esprit de Notre-Seigneur, vous faire rentrer, s’il pouvait, dans l’esprit du monde. Je prie Dieu, Monsieur, qu’il nous préserve de ce malheur et nous confirme dans les premières dispositions de nous consommer dans l’état où il nous a appelés, et dans l’exercice de l’humilité, de la patience et de la charité de Jésus-Christ.
2608. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 21 juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’aurais été fort affligé de votre nouvelle indisposition, si j’en avais appris le commencement plus tôt
Lettre 2608. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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que la diminution ; mais Dieu soit loué de ce que, en me mandant le premier, vous m’assurez qu’une saignée en a arrêté le cours ! Je vous prie de ménager le peu de santé que vous avez.
Vous m’avez fait un très grand plaisir de recevoir chez vous M. Pastour ; c’est un bon serviteur de Dieu, qui a beaucoup de charité pour la compagnie. Je vous prie non seulement de le souffrir en votre maison, tant qu’il aura agréable d’y demeurer, mais d’avoir bien soin de lui et de lui rendre tous les bons offices et témoignages d’affection et de reconnaissance que nous lui devons, tant pour son propre mérite que pour la considération de Mgr de Saint-Flour (1), à qui il est.
Nous persévérons dans la résolution d’envoyer quelqu’un en Alger avant d’y envoyer l’argent et avant que M. Le Vacher (2) y repasse, et nous nous confirmons dans le choix de M. Huguier pour cela. Je voudrais qu’il fût prêt pour y aller sur la barque de M. Roman. Il y a aujourd’hui 15 jours que je lui ai proposé ce voyage, pour savoir sa disposition. J’espère recevoir sa réponse cette semaine et de lui envoyer vendredi prochain l’ordre de partir et l’instruction de ce qu’il aura à faire.
J’espère que M. Le Vacher partira d’ici pour Marseille dans dix ou douze jours au plus tard. Nous avons encore quelque argent à vous remettre pour joindre aux 30.000 livres dont je vous ai envoyé la lettre de change première et seconde par les deux derniers ordinaires ; mandez-moi si elle a été acceptée et si vous en espérez bon payement. Je vous prie surtout de faire en sorte qu’on honore le silence de N.-S. touchant ces sommes : j’entends Messieurs Napollon et tous ceux qui en auront
1) Jacques de Montrouge (1647-1661)
2) Philippe Le Vacher.
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connaissance, de crainte que la nouvelle n’en arrive en Alger ; car, outre que les esclaves pourraient s’attendre à ce fonds pour leur rédemption et ensuite se plaindre de l’application, les créanciers de Rappiot pourraient prendre leurs mesures pour se ruer dessus lors de l’arrivée.
Voici quatre lettres de changé de M. Simonnet sur M. Napollon, que je vous prie de faire accepter et d’en retirer le payement ; elles sont pour employer au rachat de certains esclaves que je ne puis vous nommer à présent, parce que M. Le Vacher, qui en a les noms, est allé prendre l’air aux champs. J’en excepte un néanmoins, pour lequel on vous écrit : c’est Jacques Varlet, à qui son frère, qui est un frère barnabite, envoie 1.200 livres. La lettre est datée du 4 juin. La seconde de ces lettres est de 500 livres, du 10° avril ; la troisième est de 350 livres, du 11 mai ; et la quatrième est de 250 livres, du 14 de ce mois. La deuxième et la troisième sont un peu vieilles, M. Le Vacher les ayant gardées par mégarde. On est allé prier M. Simonnet de les renouveler, mais il a répondu qu’il n’était pas besoin et qu’il écrirait à Messieurs Napollon qu’ils ne fassent pas difficulté de les acquitter. Voilà donc pour 2.300 livre, des lettres de change, dont 750 livres sont pour des esclaves du Havre, que je vous nommerai à la huitaine.
Et à propos du Havre, Madame la duchesse d’Aiguillon y est allée et me mande qu’on nous enverra encore d’autres petites sommes pour quelques-uns à qui les parents les envoient. Elle me parle en même temps de ce reste dont le patron de barque est demeuré redevable aux esclaves du Havre, et semble faire fonds sur cela pour aider au rachat de quelques-uns. Je vous prie de me mander à quoi monte ce reste, si vous l’avez reçu, ou, si vous espérez de le recevoir bientôt, à quoi il tient
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que cela n’est fait, quels frais et quelle perte il y aura, etc. Il y a quelque temps que vous m’avez éclairci de ces choses ; mais, outre que je ne m’en souviens pas assez pour en rendre compte à madite dame, il peut y avoir eu du changement depuis.
Vous me mandez que c’est M. Roman qui nolise (3) la barque qui se prépare pour Alger. Je n’entends pas bien ce mot et ne sais si c’est lui qui l’équipe et l’envoie, ou s’il y va lui-même. Puisqu’il est si homme de bien que vous estimez qu’on lui peut confier les sommes des esclaves pour les racheter lui-même, ou les donner aux esclaves mêmes pour s’en aider, je suis d’avis que vous vous en déchargiez sur lui, à condition qu’il vous rapportera quittance de chaque esclave, passée en chancellerie, ou qu’il vous remettra l’argent. Cela suppose que sa barque parte avant que M. Huguier s’en aille ; mais, si M. Huguier s’en va en même temps, il vaudra mieux lui donner à lui cette commission. Vous vous souviendrez, s’il vous plaît, d’y envoyer, si déjà vous ne l’avez fait, 300 livres que je vous ai remises, au mois d’avril 1657, pour Laurent Cramoisant, du Havre, et 316 livres un mois après, savoir 16 livres pour ledit Cramoisant, et les 300 livres pour Gilles Marguerin, dit Beaupré, du même lieu, plus 100 livres à Nicolas Renouard, qui est aussi du Havre, que vous avez touchées au mois d’avril dernier. Vous enverrez aussi, s’il vous plaît, à Roch-Sébastien Hardy, natif de Nancy, esclave en Alger, 180 livres que je vous ai envoyées au mois d’août dernier. Je ne me ressouviens pas si vous avez fait tenir à Félix Begat, de Nogent-sur-Seine, qui est à Tunis, 50 livres que nous avons reçues ici pour lui ; il me semble que oui, et cependant sa sœur n’en a pas été assurée par lui.
Quand je vous dis d’envoyer aux esclaves leur argent
3) Noliser, affréter.
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par M. Roman, je n’entends pas parler de 2.205 livres que vous avez pour le rachat de Joannés de Hirigoyen et Adamé de Lissardy, de Saint-Jean-de-Luz, parce que M. de Lafargue, qui nous a délivré cet argent, nous a dit de ne le donner pas audit sieur Roman, s’il ne nous le dit expressément ; mais, pour M. Huguier, vous lui pourrez donner. Je vous prie aussi, Monsieur, d’envoyer par l’un ou par l’autre 506 livres à deux frères basques esclaves en Alger, nommés Jean et Bernard de la Roquette, et de donner ordre que, si cette somme peut suffire pour en racheter l’un, que ce soit l’aîné, s’il est possible. Vous prendrez cette somme de 506 livres sur la grosse somme que vous avez.
Il n’est pas expédient que vous adressiez aucun argent pour tout cela au frère Barreau ; car, ayant repassé sur la liste qu’il a envoyée de ses dettes, j’ai remarque qu’il a employé à ses usages l’argent qu’il avait reçu pour les esclaves, et même ce que je lui ai envoyé pour racheter celui qui serait en plus grand danger de renier, et il pourrait encore se servir des sommes que vous lui adresseriez de nouveau. Vous pourrez lui écrire que vous ne les y adressez pas, dans l’appréhension que nous avons que les créanciers de Rappiot s’en saisissent, pensant, si on les y adressait, qu’elles fussent à lui.
Je vous remercie de ce que vous avez écrit à Agde que vous recevrez chez vous M. Dolivet, afin qu’il s’y puisse rétablir. Je souhaite que Dieu donne à la compagnie cet esprit de charité qui fasse que toutes ses maisons ne soient qu’une maison, et que les personnes n’aient toutes qu’une même volonté en Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
M. de la Fosse est arrivé à Troyes.
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2609. — A ANTOINE DURAND, SUPéRIEUR, A AGDE
[21 juin 1658] (1)
Vous aurez à souffrir d’avoir envoyé vos confrères en mission, ainsi que je vous en ai prié. Je le prévoyais bien, et je compatirai à votre peine ; mais vous savez que nous devons redoubler nos pas et nos exercices ordinaires en certaines occasions où le service de Dieu le requiert, et alors Dieu ne manque pas de nous redoubler aussi le courage et les forces. C’est, Monsieur, ce que j’espère qu’il fera en votre endroit.
Je continue à remercier Dieu de ce que M. Dolivet se rétablit et de la prévention de M. Get, supérieur de Marseille, à vous offrir sa maison, pour l’envoyer quelque temps là, afin qu’il y recouvre le reste de ses forces perdues par sa grande maladie. J’ai été si consolé de voir cette charité de M. Get, que je lui en témoigne gratitude par la lettre que je lui écris. Oh ! que je souhaite que Dieu mette cet esprit dans la compagnie, en sorte que toutes ses maisons ne soient qu’une maison, ni les personnes qu’un cœur et qu’une âme !
2610. — A LA SŒUR MARGUERITE CHéTIF
De Paris, ce 22 juin 1658.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la lettre de rente que vous m’avez envoyée, constituée par les Brigittines. Je vous en remercie,
Lettre 2609. — Reg. 2, p. 142.
1) L’avant. dernière phrase de cette lettre montre qu’elle est du même jour que la précédente.
Lettre 2610. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original
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ensemble de la montre que vous avez retirée. Vous nous l’enverrez, s’il vous plaît, par quelque personne de confiance qui viendra de là ici. Je pense que vous la pourrez confier à ce bon prêtre qui a désir d’entrer en notre compagnie, si d’aventure il part bientôt pour y venir.
Il y a longtemps que je n’ai vu Madame Fouquet, à cause qu’elle est allée aux champs.
Je n’ai pas assez de crédit pour faire recevoir aux Petites Maisons ce bon homme, aliéné d’esprit, duquel vous m’écrivez, à cause qu’il n’y a jamais de place vide, étant retenues par d’autres longtemps avant qu’elles vaquent. Faites savoir, s’il vous plaît, à ses enfants que je suis très fâché de ne pouvoir leur procurer cette consolation, et qu’ils se gardent bien de l’envoyer.
Comment vous portez-vous, ma Sœur, et comment se porte notre sœur Radegonde ? Je prie N.-S. qu’il vous bénisse et vous unisse de plus en plus.
Mademoiselle Le Gras a été incommodée, mais elle se porte mieux, grâces à Dieu.
La reine a envoyé quérir six de vos sœurs pour panser les malades et les blessés de l’armée qu’on porte à Calais dans un hôpital (1) ; on n’a pu lui en envoyer que quatre (2), parce qu’il en faut envoyer autres quatre à Metz pour les y établir.
Je me recommande à vos prières et je suis, en l’amour de N.-S., ma Sœur, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Les hôpitaux de Calais regorgeaient de soldats blessés à la bataille des Dunes, ou frappés par un mal épidémique.
2) Françoise Manceau, Marguerite Ménage Marie Poulet et Claude Muset Le fléau qu’elles venaient combattre les frappa toutes quatre et enleva les deux premières. La reine fit élever un monument aux deux victimes.
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Suscription : A ma sœur la sœur Marguerite Chétif, Fille de la Charité, servante des pauvres malades à Arras.
2611. — A MADEMOISELLE CHAMPAGNE (1)
25 juin 1658.
Mademoiselle,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie de la confiance dont vous m’avez honoré. J’ai reçu votre lettre avec désir de vous servir et l’ai lue avec joie, voyant les sentiments de votre cœur.
1° Je ne m’étonne pas des répugnances que vous sentez pour les exercices de la religion ; au contraire, je m’étonnerais si vous n’en aviez point. Tôt ou tard Dieu exerce les âmes qu’il appelle à son service, par des peines semblables, et il vaut mieux que vous en soyez travaillée dès le commencement de votre vocation que dans le progrès ou la fin, parce que vous apprendrez de bonne heure à vous connaître et à vous humilier, à vous défier de vous-même et à vous confier en Dieu, bref, à faire un fonds de patience, de force et de mortification, qui sont des vertus dont l’usage vous sera nécessaire toute votre vie.
2° Je ne doute pas que vous ne fussiez contente d. demeurer libre comme vous êtes, mais ce contentement serait de la nature et ne durerait pas. On ne peut servir à deux maîtres, et, si vous voulez jouir de la liberté des enfants de Dieu, vous devez suivre J.-C. par la voie étroite de la sujétion, qui mène à salut ; car, quelque
Lettre 2311. — Reg. I, f° 55.
1) Nièce de Mademoiselle du Fresne et novice à l’abbaye de Notre-Dame-de-Sézanne.
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disposition que vous ayez de bien faire en marchant par le chemin large de la propre liberté, vous pourriez tomber dans l’égarement où tombent pour l’ordinaire ceux qui ne s’attachent à Dieu que par des filets de sole, tant l’inconstance humaine est grande.
3° Je vous prie, Mademoiselle, considérez un peu le Fils de Dieu, qui est venu au monde, non seulement pour nous sauver par sa mort, mais pour se soumettre à toutes les volontés de son Père et nous attirer à lui par l’exemple de sa vie. Il était encore dans le ventre de sa mère, qu’il fut obligé d’obéir à un édit de l’empereur. Il naquit hors de son pays, en une saison rude et dans une extrême pauvreté. Peu après, voilà Hérode qui le persécute, et lui qui s’enfuit et qui, dans son exil, souffre ses propres incommodités et, par compassion, celles de la sainte Vierge et de saint Joseph, qui en enduraient beaucoup à cause de lui. étant de retour en Nazareth et devenu grand, il s’est assujetti à ses parents et aux règles d’une vie cachée pour servir de modèle aux âmes religieuses qui, en ayant embrassé une pareille, doivent se soumettre à leurs supérieurs et aux observances de leur état. Et sans doute qu’il vous avait pour lors en vue, dans le dessein éternel qu’il a eu de vous sauver par la retraite absolue que vous avez commencée. Or, si vous regardez ce divin Sauveur à votre tour, Mademoiselle, vous verrez comme sans cesse il souffre, comme il prie, comme il travaille et comme obéit. "Si vous vivez selon la chair, dit saint Paul (2), vous mourrez" ; et pour vivre selon l’esprit qui vivifie, il faut vivre comme N.-S. a vécu : se renoncer soi-même, faire plutôt la volonté d’autrui que la nôtre, bien user des contradictions et estimer que les souffrances nous sont meilleures que les satisfactions.
2) épître aux Romains VIII, 13.
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Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses ? disait-il aux disciples, qui parlaient de sa passion (3). C’est pour nous faire entendre que, comme il n’est entré en sa gloire que par les afflictions, nous ne devons pas prétendre d’y arriver sans souffrir.
5° On souffre diversement. Les apôtres et les premiers chrétiens ont souffert la persécution des tyrans et toute sorte de mésaises ; et il est dit que tous ceux qui voudront suivre J.-C. souffriront tentation (4). Si vous faites réflexion à votre vie passée, vous trouverez que vous n’en avez pas été exempte ; et en quelque état que vous soyez, fussiez-vous dans celui de mariage, et d’un manage avantageux, vous y trouverez des croix et des amertumes. On trouve peu de personnes au monde qui ne se plaignent de leur condition, bien qu’elle paraisse douce. Certes, la meilleure est celle qui nous rend plus semblables à N.-S. tenté, priant, agissant et souffrant ; et c’est par où il conduit les âmes qu’il veut élever à une plus haute perfection.
6° Il ne faut donc pas vous rebuter, Mademoiselle, si vous ne trouvez point de goût aux exercices de la vertu : la vertu n’est point vertu qu’autant qu’on se fait de force pour la pratiquer. "La vie de l’homme n’est qu’un combat", au dire de Job (5). Il faut donc combattre pour n’être vaincu. Et comme le diable est un lion rugissant, toujours rôdant à l’entour de nous pour nous dévorer, il ne manquera pas de vous entreprendre, dans le bon propos que vous avez d’être tout à Dieu, afin de vous décourager de cette poursuite et de vous abattre, s’il peut, prévoyant que, si vous persévérez, il sera confondu. Il est donc expédient que vous lui
3) évangile de saint Luc XXIV, 26.
4) évangile de saint Matthieu XVI, 24.
5) Livre de Job VII, 1.
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résistiez fortement par l’oraison et l’exactitude aux pratiques de la communauté, surtout avec la confiance en Dieu toute filiale et singulière. Sa grâce ne vous manquera pas ; au contraire, elle abondera en votre âme à proportion que vous aurez d’adversités et serez résolue de les surmonter avec sa même grâce. Dieu ne permet jamais que nous soyons tentés au delà de nos forces.
7° Pour toutes ces raisons, Mademoiselle, il semble que vous ferez bien de vous raidir contre les difficultés Plus vous donnerez à N.-S. et plus vous recevrez de bénédictions. Son joug est doux à qui l’embrasse volontiers ; et votre charge sera légère, si vous la comparez à celle de J.-C., qui a tant pâti pour vous, ou si vous regardez la consolation et la récompense qu’il promet à ceux qui le servent constamment, sans regret, au lieu et en la manière qu’il veut, comme j’espère que vous ferez.
Voilà, Mademoiselle, mes petites pensées, que je soumets aux vôtres meilleures. Je n’aurais garde de vous les dire si vous ne l’aviez désiré et si je ne voyais sur la fin de votre lettre que vous cherchez à connaître la volonté de Dieu pour l’accomplir. Je le prie qu’il vous fasse cette grâce.
Je suis, en son amour, Mademoiselle…
2612. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
[De Saint-Denis] ce 26 juin 1658.
[Monsieur]
[La grâce de N.-S.] soit avec vous pour jamais !
…et je suis à Saint-Denis, [par consé]quent hors
Lettre 2618. — L. s. — Dossier de la Mission, original, Le coin supérieur gauche manque.
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d’état de vous [écrire am]plement. Je rends grâces à Dieu [de ce] qu’il vous a donné des forces et des secours assez pour commencer et finir heureusement la mission de Pressigny (1). Plaise à sa divine bonté d’en conserver les. fruits !
Envoyez-nous M. Gorlidot avec M. Rivet, puisqu’il a besoin de remèdes et de repos pour se remettre. Nous tâcherons de les y faire prendre pour le conserver à la compagnie, particulièrement à votre maison.
Puisque vous avez M. Grainville chez vous, vous ferez bien de l’obliger de bonne grâce ; c’est un bon gentilhomme, qui a son fils (2) au séminaire interne de Richelieu et qui mérite que vous en ayez soin et le traitiez comme une personne de la maison, tandis que la nécessité de ses affaires le tiendra au Mans.
Il faut obéir à Mgr l’évêque et le servir en ses visites, puisqu’il le désire ; si vous êtes en état de cela, vous ferez bien d’y aller.
Pour le prêtre qui [vous a témoigné] affection d’entrer en la [compagnie], au temps qu’il vous a dit nous [le recevrons] à la retraite, où il nous [entretiendra, et nous] verrons.
Je vous ferai réponse une [autre fois] au sujet de l’ouverture des lettres [qui] viennent de Saint-Lazare, où nous n’avons rien de nouveau.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
1) Probablement une des deux communes d’Indre-et-Loire qui portent ce nom.
2) Eustache-Michel de Grainville, né au diocèse de Paris le 18 mai 1633, entré dans la congrégation de la Mission à Richelieu le 10 novembre 1657, reçu aux vœux le 11 décembre 1659
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2613. — A FRANçOIS CAULET, éVêQUE DE PAMIERS
24 juin 1658.
Monseigneur,
Je me suis donné l’honneur de vous écrire ces jours passés et de vous adresser une lettre de Rome ; en voici une autre que j’ai reçue depuis.
Je vous remercie très humblement, Monseigneur, des effets de votre bonté que vous avez départis à notre pauvre maison de Cahors. M. Cuissot m’en a écrit avec grand sentiment de reconnaissance, et moi j’ajouterai cette obligation à toutes les autres que nous vous avons.
Mgr de Sarlat (1) est bien en peine de son affaire. Il attend avec désir et patience de savoir ce que vous avez résolu avec Mgr de Cahors (2).
Madame votre sœur (3) m’envoya demander l’autre jour une heure pour me parler. Je m’en excusai sur mon indisposition, qui me faisait garder la chambre pour lors et qui m’a été fréquente depuis votre départ. Maintenant que, par la grâce de Dieu, je me porte mieux, je me donnerai l’honneur de l’aller voir chez elle.
Je prie sa divine bonté, Monseigneur, que votre santé soit toujours bonne et que vos travaux abondent en fruits de bénédiction. Je vous demande la votre, prosterné en esprit à vos pieds, comme étant, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2613. — Reg. I, f° 18 v°.
1) Nicolas Sevin
2) Alain de Solminihac.
3) Catherine Caulet, baronne de Mirepoix.
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2614. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 28 juin 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Dieu soit loué de ce que la lettre de 30.000 livres a été acceptée et du bon payement que vous en espérez ! Je ne doute pas de votre précaution pour vous bien assurer des personnes à qui vous le consignerez ; l’importance de la somme et de sa destination requiert que vous y preniez bien garde ; et il le faudra encore faire
pour quelque autre argent que nous vous enverrons en bref.
M. Le Vacher (1) partira dans quelques jours pour demeurer à Marseille jusqu’à ce que M. Huguier aura mandé d’Alger qu’il y pourra passer sûrement avec ces sommes. Ledit sieur Huguier m’écrit qu’il est prêt à faire ce voyage, et je lui mande qu’il le fasse donc par la première occasion, et qu’il parte de Toulon aussitôt que vous lui aurez envoyé quelqu’un pour faire ce qu’il fait. Je n’ai encore pu faire le mémoire que je lui ai promis ; j’y travaillerai un de ces matins. Cependant, si quelque barque se disposait à partir, ainsi que vous m’avez mandé qu’il y en a une, vous ferez bien de l’appeler à Marseille et d’envoyer à sa place M. Parisy, duquel vous pourrez vous passer, ayant chez vous M. Dolivet, qui doit y aller passer quelque temps, et M. Le Vacher, qui se dépêche pour partir ; et puis, s’il est besoin, nous vous enverrons quelqu’un d’ici.
Je suis bien aise que vous ne soyez pas allé à Toulon porter les lettres à M. le commandeur Paul, mais que
Lettre 2614. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
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vous y ayez envoyé M. Parisy, attendu votre incommodité. Ne faites rien qui puisse exciter la fluxion de vos yeux, mais bien usez de tous les remèdes propres pour en guérir et pour l’éviter.
Si M. Dolivet est chez vous, je l’embrasse en esprit très cordialement. Je lui écris un mot en réponse de la lettre qu’il m’a écrite, mais je l’adresse à Agde dans le doute qu’il en soit parti.
Je vous adressai par le dernier ordinaire quatre lettres de change : la première, de 1.200 livres, pour racheter Jacques Varlet ; la seconde, de 250 livres, pour Guillaume Legrand, du Havre ; la troisième, de 500 livres, pour être employée par M. Le Vacher, quand il sera en Alger, selon l’ordre particulier qu’il en a reçu de M. le curé du Havre ; et la quatrième est de 350 livres pour Jacques Jobe ou Jove, de Honfleur. Et parce que M. Le Vacher connaît tous ces esclaves et qu’on s’est adressé à lui pour leur faire venir ces sommes, vous ferez bien de les garder jusqu’à son arrivée à Marseille et de ne les envoyer pas en Alger auparavant par M. Roman, ni par M. Huguier, comme je vous en avais prié. Peut-être arrivera-t-il plus tôt qu’ils ne partiront. et alors vous aviserez ensemble quand et comment vous enverrez ces sommes, ensemble les autres que vous avez et celles que vous recevrez bientôt pour d’autres esclaves nommés et à nommer.
J’écris à M. Huguier qu’il donne 6 livres à André de Brie, que nous avons reçues ici ; il est forçat sur la galère de la Reine.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’enverrai les mémoires pour M. Huguier par le premier courrier.
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2615. — A JEAN D’ARANTHON D’ALEX
[1658] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre avec le respect que je dois à la grâce que Dieu a mise en vous, qui m’a toujours paru bien grande et m’a donné des sentiments d’une vénération particulière pour votre personne, qui me dureront toute ma vie. J’y ai pensé beaucoup de fois depuis que j’ai eu l’honneur de votre connaissance. Je vous remercie très humblement, Monsieur, de celui que vous m’avez fait de m’écrire, et de m’écrire d’un style aussi gracieux et aussi cordial que vous avez fait, et sur un si digne sujet que celui de M. le prieur de la Pérouse (2). J’ai été fort consolé de le voir et de lui offrir mon service, tant parce que vous me l’avez recommandé, que pour son mérite. Je n’eus pas le bonheur de l’entretenir longtemps, m’étant trouvé pressé de sortir pour une affaire d’importance ; mais il me fit espérer la grâce de le revoir bientôt céans. En ce cas, je lui offrirai derechef nos petits services et ce que nous avons, comme j’ai déjà fait notre maison et le collège des Bons Enfants. Ce nous serait bénédiction s’il avait agréable d’y prendre une chambre. Et je recevrai de même, Monsieur, les occasions que Dieu me donnera de vous obéir, y étant obligé par le cher souvenir que vous conservez pour moi, qui en suis indigne, et par l’estime très singulière
Lettre 2615. — Dom Le Masson, op. cit., p. 46.
1) Voir note 2.
2). Neveu de Jean d’Aranthon d’Alex, plus tard docteur en Sorbonne et doyen de la sainte chapelle de Chambéry. Il vint à Paris en 1658 pour se préparer au sacerdoce sous la direction des prêtres de Saint-Sulpice.
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que Dieu m’a donnée pour vous, qui, par vos bonnes conduites, avez mérité les nouvelles dignités et les saints emplois que vous avez à la cour de Savoie.
Je prie sa divine bonté, Monsieur, qu’elle vous conserve longtemps pour sa gloire et qu’elle accomplisse vos intentions et vous fasse connaître combien je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
prêtre de la Mission.
2616. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 5 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, et encore plus que je n’ai reçu de vos lettres. Je ne sais à qui m’en prendre qu’à votre absence de Turin et à vos grandes occupations de la campagne ; et encore ne puis-je me persuader que vous n’ayez pu prendre une heure pour me faire connaître l’état de votre santé et le succès de vos travaux depuis le carême. Vous pouvez bien penser que j’en suis en peine. Je vous prie, Monsieur, d’être plus exact à me donner de vos nouvelles.
Je vous ai prié par ma dernière d’envoyer à Gênes Messieurs Stelle et Beaure. Je pensais que cela fût fait ; mais M. Lejuge m’écrit qu’ils sont encore à Turin. Je vous prie, Monsieur, de les faire partir au plus tôt, et de retenir avec vous M. Laurence, lequel, ayant passé ses deux années de séminaire, est en état de faire les
Lettre 2616. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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vœux ; et, en cas qu’il y soit disposé, vous lui permettrez de les faire, s’il vous plaît.
Je vous prie de me mander si vous avez payé à M. Delaforcade quelques ports de lettres depuis que vous êtes en Piémont ; car il est juste qu’il soit remboursé de ses avances.
Nos nouvelles sont que, par la grâce de Dieu, nous sommes à présent tous en assez bonne disposition, après avoir été la plupart incommodés d’un rhume qui a couru. Nous avons deux ou trois troupes de missionnaires dans le travail ; et, à ce que j’apprends des autres maisons, tout y va assez bien, grâces à Dieu.
Le vaisseau qui partit pour Madagascar au mois de mars dernier, où étaient quatre de nos prêtres, fut agité d’une si grande tempête le lendemain de son départ et huit jours de suite, qu’ils ont été pendant ce temps-là sur le point d’être submergés des eaux, les mâts et le gouvernail étant rompus, et ces pauvres gens exposés à la merci des ondes et des vents ; mais enfin Dieu les fit aborder à Lisbonne, en Portugal, où ayant fait accommoder le vaisseau, ils se sont remis sur mer ; et bientôt après ils ont été attaqués par un navire de guerre espagnol, qui les a pris et menés en Espagne, d’où nous attendons que Dieu ait agréable de nous les ramener ici. Voilà un beau sujet d’adorer les conduites de la Providence et de leur assujettir nos pauvres raisonnements.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission, à Turin.
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2617. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 5 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 25 juin et une grande joie du second voyage que vous avez fait à Toulon, et des bonnes dispositions du commandeur Paul pour l’entreprise d’Alger ; mais je suis affligé de ne voir point de moyen par où on puisse lui fournir ce qu’il demande, ni ce que vous proposez. Je vous ai bien mandé que nous lui donnerions vingt mille livres de l’argent que vous avez, mais cela s’entend, après qu’il aura délivré les esclaves, retiré le frère Barreau et établi un autre consul ; car, s’il ne peut faire cela par la voie des armes, cet argent doit servir pour faire ces effets-là par la voie ordinaire, qui est de dégager ce frère et rendre aux pauvres chrétiens ce qu’ils lui ont fourni, afin qu’ils s’en servent pour leur rachat. J’attends ce qu’il vous aura dit sur cette proposition, qui est sous condition de succès et sans rien donner par avance.
La question que vous me faites, s’il est à propos que M. Huguier s’en aille en Alger, attendu la décharge que le consul a obtenue des dettes de, m’a mis en doute sur le besoin de ce voyage ; j’y penserai entre cl et le premier ordinaire pour vous en donner la résolution pour lors.
Il est vrai que nous devons près de 300 livres à M. Delaforcade, ainsi qu’il nous a fait voir par son compte ; il recevra en payement les 200 livres que vous enverrez à Tunis pour Dominique de Lajus, et nous les acquitterons ici sur votre lettre de change.
Lettre 2617. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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Je vous ai écrit une lettre il y a deux ou 3 jours, que j’ai mise entre les mains de M. de Lafargue, lequel vous a remis l’argent des Basques esclaves pour vous prier de délivrer à M. Roman les 2.205 livres que vous avez de reste, destinées pour le rachat de Joannès de Hirigoyen et Adamé de Lissardy, de Saint-Jean-de-Luz. C’est de quoi je vous prie encore, et d’en retirer décharge dudit sieur Roman au dos de ma dernière lettre.
Le vaisseau qui partit pour Madagascar le mois de mars dernier, où étaient nos quatre prêtres, fut agité d’une si grande tempête le lendemain de son départ et huit jours de suite, qu’ils ont été pendant ce temps-là toujours sur le point de périr, les mâts et le gouvernail étant rompus et ces pauvres gens exposés à la merci des ondes et des vents ; mais Dieu les fit aborder en Portugal, et, ayant fait réparer leur vaisseau à Lisbonne
ils se sont remis sur mer, et bientôt après ils ont été attaqués par un navire espagnol et de guerre, qui les a pris et menés en Espagne, d’où nous attendons que Dieu ait agréable de les ramener ici. Voilà un beau sujet d’adorer les conduites de la Providence et de leur assujettir nos pauvres raisonnements.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2618. — JEAN MARTIN A SAINT VINCENT
6 Juillet 1658.
Nous sortons de Fossano, petite ville extrêmement peuplée, où nous avons fait la mission. Il a plu à Dieu d’y
Lettre 2618. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. I, sect. VI, p. 89.
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donner beaucoup de bénédictions, à proportion des grands besoins qui s’y sont trouvés. Le concours a été tel que l’église, quoique de grande étendue, n’était point suffisante pour contenir le peuple qui venait pour profiter des prédications et des autres actions de la mission ; et non seulement les séculiers, mais le clergé et les religieux y ont encore pris leur part.
Outre les mauvaises pratiques secrètes et publiques qui ont été abolies, les haines éteintes et autres fruits ordinaires des missions, on y a établi quelques bonnes œuvres pour l’avenir : I° Les prières publiques du soir que nous avions commencées se continuent en l’église des Pères de l’Oratoire de saint Philippe de Néri, où quantité de peuple se trouve tous les soirs ; 2° Messieurs les chanoines ont pris résolution, pour maintenir le peuple dans les sentiments de piété où il est, de faire de trois en trois mois une communion générale en leur église ; 3° Ces Messieurs les chanoines et tout le clergé se sont déterminés de continuer toutes les semaines la conférence spirituelle que nous leur avons faite pendant le temps de la mission, qui pourra, s’il plaît à Dieu, être grandement utile pour rétablir et conserver parmi eux le véritable esprit ecclésiastique ; à quoi plusieurs de ces Messieurs, qui sont personnes d’esprit et de vertu, semblent être grandement portés. Enfin ce lieu parait à présent tout renouvelé dans une vie vraiment chrétienne. Plaise à la bonté de Dieu les conserver en ce bon état par la continuation et augmentation de ses grâces !
2619. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
7 juillet 1658.
Vous avez bien fait de représenter à Monseigneur de Saintes (1) les raisons que vous avez pour être dispensés du service des religieuses. Il y a tant d’autres ecclésiastiques dans la ville, et mondit seigneur a tant d’autres moyens de subvenir aux besoins de celles de Notre-Dame (2), que je ne puis m’imaginer qu’il veuille en charger
Lettre 2619. — Reg. 2, p. 78.
1) Louis de Bassompière (1649-1670).
2). Elles venaient de s’établir à Sainte, où elles s’occupèrent de l’éducation des filles de la noblesse et de la haute bourgeoisie.
Lettre 2619. — Reg. 2, p. 78.
1) Louis de Bassompière (1649-1670).
2). Elles venaient de s’établir à Sainte, où elles s’occupèrent de l’éducation des filles de la noblesse et de la haute bourgeoisie.
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votre famille, toujours appliquée au service du diocèse, surtout si vous lui représentez humblement et affectionnément que nous avons pour règle de ne nous mêler nullement des religieuses, et que même nous avons l’expérience que ceux qui se donnent à elles ne peuvent quasi vaquer à d’autre chose. Ce qui a fait que, prévoyant, dès le commencement, les choses capables de détourner la compagnie de ses fonctions, on estima nécessaire de se garder de toute sorte de communication avec ces personnes-là ; à quoi elle a été assez exacte. Il est vrai que, pour mon particulier, je suis dans la pratique contraire, ayant le soin des Filles de Sainte-Marie ; mais il faut savoir que je l’avais avant que la Mission fût, m’ayant été imposé par le bienheureux évêque de Genève (3), ou plutôt par la Providence de Dieu, pour mon châtiment ; car c’est une croix pour moi, et la plus pesante que j’aie, laquelle je suis contraint de porter, après avoir fait plusieurs efforts pour m’en décharger. J’espère donc que Monseigneur votre bon prélat, étant bien informé de notre usage, des motifs que nous avons de nous éloigner des religieuses et des inconvénients qu’il faut craindre du contraire, ne vous obligera pas de les approcher ; j’en prie Notre-Seigneur (4).
3) Saint François de Sales.
4) Collet signale (op cit., t. II, p. 39), deux lettres, l’une du 6, l’autre du 7, dans lesquelles saint Vincent parlerait des aventures des missionnaires partis pour Madagascar. Il est probable qu’il en était question dans la lettre à Louis Rivet, dont nous n’avons plus qu’un fragment.
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2620. — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 10e juillet [1658] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Nous avons accepté votre lettre de change et tâcherons de l’acquitter.
Vous devez bien savoir les raisons qui appuient votre droit touchant les nouvelles dîmes et la couverture du chœur de votre église, pour lesquelles vous dites que vous allez tomber en différend avec les habitants, afin d’en bien informer M. le gouverneur (2) et qu’il puisse vous en dire son sentiment.
Je loue Dieu de ce que votre petite famille va son petit train. Si la personne que vous exceptez exerce la patience des autres, elle n’est pas la plus inutile, puisqu’elle vous donne moyen de pratiquer l’humilité, le support, la douceur et la charité vers elle, et l’occasion de faire progrès en ces vertus. Si pourtant ses déportements allaient jusqu’au scandale, il faudrait y remédier.
Le vaisseau parti pour Madagascar au mois de mars dernier, où étaient nos quatre prêtres, fut agité d’une si étrange tempête le lendemain de son départ et huit jours de suite, que toutes les personnes qu’il portait ont été durant ce temps-là sur le point d’être englouties par les eaux, je ne dis pas tout vivants, parce que chacun était à demi-mort, les mâts et le gouvernail
Lettre 2620. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1) Le passage relatif aux missionnaires partis pour Madagascar ne laisse aucun doute pour l’année ; c’est par erreur qu’une note placée anciennement au dos de l’original date cette lettre de 1657.
2) Abraham de Fabert.
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étant rompus, et ces pauvres gens exposés à la merci des ondes et des vents. Mais enfin Dieu les fit aborder à Lisbonne, en Portugal, où ayant fait accommoder le vaisseau, ils se sont remis sur mer, et bientôt après ils ont été attaqués par un navire espagnol, qui les a pris et menés en Espagne, d’où nous attendons que Dieu ait agréable de nous les ramener ici. Voilà un beau sujet d’adorer les conduites de la Providence et de leur assujettir nos pauvres raisonnements.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Vous prendrez avis de quelque bon avocat et direz à Monsieur le gouverneur son avis et vous soumettrez à sa volonté. Il est juste et ne vous ordonnera rien qui ne soit raisonnable.
Au bas de la première page : M. Cabel.
2621. — A MONSIEUR MOISET, A LA FèRE
10 juillet 1658.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, du sacrifice que vous lui voulez faire de votre personne, et je vous remercie très humblement du choix que vous faites de notre compagnie pour vous y consommer (1) au service de Sa Majesté. Ce nous serait honneur et consolation de vous y voir exercer votre piété et votre patience ; mais je dois vous dire, Monsieur, que nous avons pour
Lettre 2621. — Reg. 2, p. 43.
1) Consommer, consumer.
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maxime de n’y recevoir que des jeunes gens pour travailler ; et comme vous êtes hors d’âge pour vaquer aux emplois que nous leur donnons, nous avons sujet de croire que Dieu ne vous y appelle pas. Il est vrai que nous y avons reçu autrefois deux personnes de condition beaucoup âgées ; mais c’est que l’une (2) était le beau-frère de notre fondateur, et que l’autre a nous a fait des biens considérables avant et depuis être parmi nous ; et ainsi nous avons été obligés de les excepter de la règle générale. Aussi n’étaient-ils pas mariés comme vous, Monsieur, qui avez Mademoiselle votre femme avec vous, et qui avez par conséquent un double empêchement. De dire qu’elle se retirera parmi les filles de Mademoiselle Le Gras, c’est chose qui ne se peut espérer de leur part, non plus que de la nôtre, qui n’avons jamais reçu ni en l’une ni en l’autre communauté que des personnes libres et de condition à faire ce que les autres y font. Je vous supplie très humblement de nous excuser.
Je prie Notre Seigneur qu’il vous fasse connaître le lieu et la manière dont il veut que vous le serviez pour assurer votre salut. Ne craignez point qu’il ne prenne soin de vous et de ce qui vous touche, si véritablement vous cherchez sa gloire, comme j’en suis persuadé. Confiez-vous en sa grande bonté et offrez-vous souvent à elle, afin qu’elle accomplisse en vous et par vous son bon plaisir. Si quelque autre occasion se présentait où le fusse en état de vous servir, je le ferais avec la même affection que je suis…
2) Charles d’Angennes, seigneur de Fargis.
3) René Alméras, père.
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2622. — A MONSIEUR DUTOUR, GRAND VICAIRE DE SOISSONS
Paris, 10 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec nous pour jamais !
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, avec le respect que Dieu m’a donné pour votre personne. Pour répondre à la proposition que vous m’avez faite, Monsieur, il n’appartient pas à un pauvre prêtre comme je suis de toucher à ce que Dieu a mis au-dessus de ma tête. Je vous dirai néanmoins que l’ordonnance faite au synode est conforme au décret de la congrégation des Rites, et que le prélat en peut dispenser pour une juste cause.
Je vous remercie très humblement de ce que vous pensez à nous au sujet de l’abbaye d’Orbais (1) ; nous vous sommes très obligés de nous souhaiter un tel avantage, quoiqu’il soit hors d’espérance. L’union des abbayes est très difficile en France ; et pendant dix ans que j’ai été employé aux affaires ecclésiastiques, je n’en ai pas vu accorder une seule. L’union des menses conventuelles ne l’est pas moins. Feu Mgr de Saint-Malo (2) avait uni celle de son abbaye de Saint-Méen à son séminaire et y avait établi la compagnie ; mais nous avons eu beaucoup à souffrir de la part des religieux jusqu’à présent, qu’il a plu à notre Saint-Père le Pape de confirmer cette union.
Je ne sais pas de quoi vous me faites l’honneur de me dire que les habitants de Montmirail se plaignent.
Lettre 2622. — Reg I, f° 44 v°.
1) Orbais-l’Abbaye (Marne), localité ainsi nommée à cause d’une abbaye de Bénédictins.
2) Ferdinand de Neuville.* Achille de Harlay de Sancy
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Si c’est de l’hôpital, c’est sans sujet. Premièrement, parce qu’il est au seigneur, et non pas à eux ; c’est le seigneur qui l’a fondé et qui en a donné le gouvernement aux prêtres de la Mission ; j’ai passé deux ans sans le vouloir accepter depuis que le R. P. de Gondi m’en parla la première fois. Et en second lieu, parce qu’il est mieux gouverné qu’il n’était du temps des religieuses, ni pendant qu’il y avait un receveur. Nous y avons mis deux Filles de la Charité, et cela va fort bien. Si c’est de la maladrerie, c’est un autre affaire ; nous en parlerons la première fois que j’aurai l’honneur de vous voir.
Ce n’est pas notre fait d’enseigner la jeunesse à Condé (3), et ce n’est pas à nous non plus de rechercher aucun établissement ; ceux que nous avons, grâces à Dieu, nous sont venus sans demander ; aussi de toutes les personnes du monde la plus indigne d’obtenir quelque grâce de Madame la princesse de Carignan (4), c’est peut-être moi.
Pour la fondation de Madame de Bécherelle (5), il est vrai que nous n’en sommes pas payés ; mais ce n’est pas pour cela, Monsieur, que la mission n’a pas été faite à Beuvardes depuis longtemps, mais à cause que feu Mgr de Soissons (6) se montrait difficile à cela, et que depuis sa mort je n’y ai pas fait réflexion, outre que notre pauvre maison de Fontaine-Essart, à laquelle nous avons transporté cette fondation, a souffert tant de pertes qu’elle n’a pu entretenir qu’un ou deux prêtres, et encore ont-ils contracté des dettes qu’il a fallu que nous ayons payées. J’espère, Dieu aidant,
3) Dans le diocèse de Soissons étaient englobées plusieurs localités de ce nom
4) Peut-être à cause de l’incident que rapporte la lettre 2237.
5) Voir t. II, p. 494, note 9.
6) Simon Le Gras.
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Monsieur, qu’une des premières missions qu’elle fera sera celle-là. Vous nous ferez grâce de nous avertir toujours de notre devoir et de prier Dieu qu’il nous fasse celle de nous en acquitter pour sa gloire et le service des âmes.
Je suis, en son amour, de toutes les tendresses de la mienne, Monsieur, votre…
2623. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 12 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 2 juillet. J’ai trouvé quelque différence en la dernière lettre que vous m’avez envoyée de notre frère Barreau et la précédente. L’une parle avec incertitude de sa décharge à l’égard des dettes Rappiot et des autres dont on le pourrait rechercher ; et l’autre assure qu’il en a la carte en main du pacha, qui doit être confirmée par la douane. Cette diversité d’avis fait que je suspends mon jugement, jusqu’à ce que M. Huguier ait vu cette décharge et reconnu qu’elle est en bonne forme. Nous sommes donc d’avis que ledit sieur Huguier fasse ce voyage, selon les mémoires que je lui ai envoyés et qu’il vous communiquera ; et je vous prie, Monsieur, d’envoyer M. Parisy à sa place, pour y demeurer jusqu’à son retour d’Alger, afin qu’il y puisse aller par la première barque. M. Le Vacher fait sa retraite pour partir d’ici dans huit ou dix jours au plus tard. Il demeurera avec vous pendant que ledit sieur Huguier fera son voyage, auquel vous donnerez,
Lettre 2623 — L. s. — Original à Beyrouth, chez les prêtres de la Mission. Le post-scriptum est de la main du saint.
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s’il vous plaît, les 3.300 livres que je vous envoie par une lettre de change de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon. Vous verrez par mes mémoires la destination de cette somme, savoir : les 3.000 livres pour le rachat de trois prêtres ou religieux esclaves français, ou de trois autres hommes qui seront en plus grand danger de se pervertir, et les 300 livres pour les dépenses dudit sieur Huguier.
Je vous remercie de l’éclaircissement que vous me donnez de l’affaire des esclaves du Havre, et de ce que vous avez poursuivi le patron jusqu’au bout. Si vous ne pouvez être payé des dépens et du reliquat, il faut donner cela à la Providence et employer les 270 livres que vous avez, pour aider à racheter quelques-uns de ces esclaves.
Nous avons reçu ici 150 livres pour un d’entre eux, nommé Louis Lefebvre. Nous vous les enverrons avec d’autre argent au 1er jour, comme j’espère. Cependant si vous avez occasion de faire tenir ces cinquante piastres audit Lefebvre, je vous prie de les prendre sur les sommes que vous avez et de ne laisser pas aller la barque sans cela, parce que Madame la duchesse d’Aiguillon, qui est au Havre, nous a recommandé la diligence.
Dites au frère Louis (1), s’il vous plaît, que M. Berthe est allé faire une mission et qu’à son retour il pourra faire réponse à sa lettre ; que cependant je le prie de faire un sacrifice à Dieu du désir qu’il a de lire le Nouveau Testament en français, pour se conformer à nos frères d’ici, qui ne le lisent pas, si ce n’est peut-être le frère Alexandre (2) et quelqu’autre des plus anciens.
J’embrasse le bon M. Dolivet, et je vous prie d’en
1) Louis Sicquard.
2) Alexandre Véronne.
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avoir bien soin. Voici une lettre qu’on lui écrit de son pays.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous prie de communiquer la présente à M. Huguier.
L’argent que nous vous avons envoyé et enverrons ci-après demeurera entre vos mains, pour l’envoyer et retenir en la manière et au temps que je vous écrirai, pour quelque raison particulière que je vous dirai, et non autrement.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get
2624. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 12 juillet 1658.
Je ne fais ni mise ni recette de ces projets d’établissements qui ne se font pas par ceux qui en ont le pouvoir, mais par des personnes qui n’ont que des souhaits et n’en veulent pas faire la dépense. Vous faites bien de leur faire connaître que ce n’est pas assez que les missionnaires soient logés, mais qu’ils doivent avoir de quoi vivre pour travailler, puisque la quête ne leur est ni permise ni convenable. Nous ne manquons pas d’emplois ni de fondations, grâces à Dieu, mais nous manquons d’hommes ; car il s’en trouve peu qui aient ou qui veuillent acquérir l’esprit apostolique tel que nous le devons avoir.
Lettre 2624. — Reg. 2, p. 240.
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2625. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU (1)
Paris, 14 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Ce n’est pas assez que les sœurs de la Charité de votre ville estiment les deux postulantes propres pour leur compagnie, si vous-même n’êtes de leur sentiment. Si donc vous pensez qu’elles aient assez de force pour cet état, que ce soit le désir de servir Dieu et les pauvre, qui les porte à l’embrasser, et non pas la pensée d’être plus à leur aise qu’elles ne sont, et enfin que vous voyiez qu’elles sont pour persévérer, autant que cela se peut prévoir moralement, en ce cas, vous les pouvez envoyer, bien qu’elles n’aient pas de l’argent, ni pour s’en retourner, parce que, Dieu aidant, elles n’en auront pas à faire, ni même pour leurs habits, puisque ceux qu’elles porteront leur pourront servir. On ne regarde pas de si près a ces choses quand les sujets sont bons ; au contraire, on en ferait venir de bien loin à gros frais, Si on pouvait s’en assurer, tant ces filles-là sont nécessaires au public et demandées de tous côtés. Quatre prélats et plusieurs villes nous en ont demandé, qui n’en ont pu avoir. Je vous dirai néanmoins, Monsieur, que, si leurs parents sont si pauvres qu’ils aient besoin de leur présence et de leur service pour vivre, il vaut mieux qu’elles les assistent, attendant qu’ils soient morts, ou qu’ils se puissent passer d’elles.
Lettre 2625. — Recueil des procès-verbaux des conseils tenus par saint Vincent p 106
1) C’est par le recueil de lettres choisies conservé à la maison-mère des sœurs (lettre 115) que nous connaissons le destinataire et la date. Ce manuscrit ajoute au texte un fragment de la lettre 2595.
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2626. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
17 juillet 1658.
Je crains que la liberté que se donne le frère clerc dont vous m’écrivez, et la tolérance de la compagnie à son égard ne donnent sujet à d’autres de faire comme lui. Quoi qu’il en soit, son dérèglement ne peut produire que de mauvais effets. C’est pourquoi je vous prie de veiller sur lui pour le ranger, et de lui donner pénitence au chapitre, afin qu’il se corrige, comme de se priver de vin au repas, ou quelqu’autre peine sensible. Si cela ne suffit et que vous ayez quelque chambre propre pour l’enfermer, comme nous en avons céans, il sera bon de s’en servir ; car de le dispenser de ses vœux, il faudrait avoir raison pour le faire, et il n’y en a pas. Son fait n’est que légèreté d’esprit et chaleur de jeunesse, que nous devons réprimer et non pas souffrir, et encore moins fomenter, comme il arriverait si nous le laissions aller. Et après avoir tâché d’y remédier par douceur, support et longanimité, il est temps d’appliquer à son mal l’huile et le vin tout ensemble. Peut-être que, se voyant pressé, il rompra tout à fait. En ce cas, j’en aurai, d’un côté, bien du regret, pour le bien qu’il pourrait faire dans la compagnie et pour le danger où il sera s’il en sort contre son vœu ; mais, d’un autre, ce sera une décharge pour elle d’être délivrée d’un esprit incorrigible.
Puisque les deux frères qui sont chez vous depuis 18 mois ne veulent pas être frères, il n’est pas à propos qu’ils vous demeurent comme domestiques ; renvoyez-les, s’il vous plaît. Si le troisième veut demeurer sans que vous receviez son père, à la bonne heure ; mais de
Lettre 2626. — Reg. 2, p. 118.
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vous charger d’un vieillard, il ne le faut pas, à cause de la conséquence, y ayant beaucoup de personnes en la compagnie qui ont des parents pauvres, qui pourraient prétendre à la même chose ; et s’il fallait nous assujettir à cela, ce serait une trop grande surcharge. Dites à ce bon enfant qu’il suffit à son père d’avoir un autre fils prêtre pour le soulager. Et si vous voyez qu’il soit résolu de sortir pour l’assister, laissez-le aller et prenez des serviteurs à la place de ces trois frères, ou bien nous vous enverrons d’autres frères.
2627. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 19 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu de ce que vous ne cessez d’agir vers la ville de Marseille pour la porter à contribuer à l’entreprise de M. le chevalier Paul, et à inviter les autres villes maritimes du royaume d’y contribuer aussi ; il faut en attendre de Dieu la résolution et l’effet. Si vous offrez audit sieur chevalier la somme que je vous ai dite, il ne faut pas lui dire que vous l’avez, ni d’où elle provient, et encore moins la lui promettre, qu’avec cette condition, qu’il délivrera, non quelques esclaves, mais tous les Français qui se trouveront en Alger, et qu’il ne touchera rien, que cela ne soit fait.
J’avais déjà fait ici à quelques personnes intelligentes, qui approuvent fort cette entreprise, l’objection qui vous a été faite de delà, à savoir que le Grand Seigneur s’en pourra ressentir et faire arrêter tous les
Lettre 2627. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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marchands de France qui se trouveront en Levant ; mais on m’a répondu qu’il ne faut pas craindre cela, ni que le Grand Seigneur trouve mauvais que le roi tire raison des griefs qu’il a reçus de ladite ville d’Alger et des vexations que ses sujets en reçoivent, quand il saura les mauvais traitements qu’elle a faits au consul de Sa Majesté, et les prises injustes et continuelles qu’elle fait sur les Français. Il en a déjà fait une dépêche à M. de La Haye, ambassadeur à Constantinople, afin qu’il en porte ses plaintes au Grand Seigneur et à la Porte.
Vous me mandez que M. Monstier vous veut donner passage en sa terre pour conduire l’eau des aqueducs de la ville également en son jardin et au vôtre, moyennant que vous ferez seul la dépense de cette conduite, qui pourra aller à 300 écus, et que c’est ce que vos amis vous conseillent, comme avantageux pour votre maison. A quoi je vous dirai, Monsieur, que je suis aussi de leur avis, et que je consens que, si vous trouvez cette somme à emprunter, que vous l’employiez à cela ; mais de l’attendre de nous, nous sommes trop incommodés pour vous la fournir et pour nous endetter davantage.
Je reviens aux affaires d’Alger. Quand il serait vrai que le consul (1) aurait une déclaration du pacha et de la douane pour n’être plus responsable des dettes d’autrui où il ne sera pas obligé par écrit, il ne faut pas laisser d’y envoyer M. Huguier, comme je vous ai dit, car nous ne l’envoyons pas seulement pour négocier cet accommodement, mais pour voir à l’œil et toucher au doigt l’état des affaires dudit consul et la vérité de ses engagements ; car, quelque chose qu’il nous en écrive et qu’on m’en dise ici, j’ai sujet d’en douter et de me méfier du procédé de l’un et de l’autre. Je suis même
1) Jean Barreau.
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obligé par les règles d’une bonne conduite de prendre connaissance de tout par un visiteur, pour juger s’ils ont pu éviter, ou non, tant d’avanies et de dépense, et si le frère s’est comporté de telle sorte que lui seul ait fait tous les excès, et que l’autre n’y ait pu apporter aucune modération. Il est difficile de croire que, si tous deux n’avaient voulu paraître splendides, le prêtre n’eût tâché de contenir l’autre et de l’exhorter à tenir ferme pour ne donner et pour ne promettre ce qu’il n’avait pas.
Quoi qu’il en soit, il faut savoir si l’on se pourra rédimer à l’avenir de pareils inconvénients, soit que les mêmes personnes y demeurent, ou que nous y en envoyions d’autres ; et pour cela il est nécessaire qu’un troisième y aille avant le retour de M. Le Vacher (2), lequel pourra partir mardi, comme j’espère, par le coche de Lyon, afin de s’en aller à Marseille, où vous pourrez l’employer à la place de M. Parisy, lorsque vous l’aurez envoyé prendre celle de M. Huguier à Toulon, lequel je vous prie de faire embarquer dans le premier vaisseau qui partira pour Alger, où il pourra voir les choses d’une autre sorte que nous ne les voyons, ou du moins nous assurer qu’elles sont telles qu’on nous les fait entendre. Il pourra observer les ordres qu’il y faut établir pour l’avenir et nous marquer ce qu’il faut précisément pour remédier au passé. Il pourra disposer le consul au retour, en cas qu’on le change, et nous donner plusieurs avis, qui nous pourront faire connaître si Dieu se veut davantage servir de la compagnie de delà.
Je vous ai envoyé une lettre de change de 3.300 livres pour les prendre de MM. Napollon et les donner à M. Huguier, lorsqu’il s’en ira. Si d’aventure vous n’avez pas reçu la première, voici la seconde. Voici encore deux
2) Philippe Le Vacher.
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lettres de change tirées par M. Simonnet sur lesdit sieurs Napollon : l’une de 350 livres, à 8 jours de vue, payable à M. Le Vacher, ou à son ordre, lequel ordre il vous a donné au dos de ladite lettre. Cette somme doit être employée par lui au rachat de Jean Senson, dit la Bruslotte, du Havre, qui est esclave en Alger ; et il vous prie de ne l’envoyer pas qu’il ne soit auprès de vous. Et l’autre lettre est de 420 livres, pour être envoyées, s’il vous plaît, au plus tôt à Roch-Sébastien Hardy, qui est de Nancy, aussi esclave en Alger, avec les 180 livres que vous avez reçues pour le même esclave dès le mois d’août dernier. Je vous prie, Monsieur, de faire accepter ces lettres et d’en retirer le payement.
Je suis en N.-S. votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2628. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 19 juillet 1658,
Monsieur,
Il y a sujet de louer Dieu de ce que le Pape a bien voulu être informé de notre Institut et des fruits de nos emplois par un saint cardinal qui en a une pleine connaissance et qui en a rendu compte à Sa Sainteté avec tant de simplicité, de netteté, d’exactitude, de jugement et de bonté pour notre compagnie, et de ce qu’enfin notre Saint-Père a ordonné à la Congrégation de la Visite Apostolique de s’appliquer aux moyens de nous faire exercer nos fonctions à Rome, comme nous faisons à Gênes et ailleurs. Mais ce qui me console davantage est que tout cela s’est fait sans nous, par
Lettre 2628 — Reg 2, p 241
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la seule conduite de Dieu, duquel la volonté nous sera d’autant plus connue dans les événements que moins nous y aurons contribué. Certes, le témoignage avantageux que Monseigneur le cardinal Durazzo a rendu de nous, nous doit animer à devenir tels qu’il nous dépeint et à faire les biens qu’il nous attribue. Je vous prie de nous aider à demander cette grâce à Dieu.
2629. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 19 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre chère lettre du 6 juillet nous a tirés de peine et comblés de joie. Je rends grâces à Dieu et de vous avoir ramenés à Turin en bonne disposition après tant de travaux, et des fruits qui ont résulté de votre mission, qui était grande et qui a été aussi beaucoup bénite de Dieu, à ce que je vois.
Je ferai copier le règlement de notre conférence des mardis pour le vous envoyer.
Puisque la ville de Fossano vous a fait les mêmes offres que celle de Savigliano (1) et sous les mêmes conditions, je pense que vous lui aurez fait aussi la même réponse, qui est de lui témoigner, premièrement, grande reconnaissance de la grâce qu’elle nous présente, et, en second lieu, notre déplaisir de ne pouvoir lui donner la satisfaction qu’elle désire, parce qu’il nous est défendu de prêcher et de confesser aux villes où nous sommes établis.
Vous avez eu raison de douter que M. votre frère fût
Lettre 2629. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Ville du Piémont.
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ferme dans le désir d’entrer en notre compagnie, car M. Jolly me mande qu’il y avait trois semaines qu’il ne l’avait vu, et cela donne sujet de penser qu’il a changé ; je lui mande néanmoins qu’il le reçoive, en cas qu’il se présente disposé à cela.
Si vous n’avez pas envoyé à Gênes Messieurs Stelle et Beaure, je vous prie de retenir ce dernier et d’y envoyer M. de Martinis avec M. Stelle. Ce que vous me mandez de M. Beaure nous obligera de le rappeler ici, et alors nous vous enverrons quelqu’autre prêtre à sa place. Nous n’avons pas encore fait partir M. Cruoly et les autres destinés pour l’Italie ; on m’a mandé que ce sera assez qu’ils y arrivent en septembre.
Je m’imagine que la grâce que Dieu a mise en vous pour la prédication, au lieu d’animer vos gens à se hasarder à prêcher, leur en ôte le courage, par l’appréhension d’un trop grand éloignement de leur manière commune à la vôtre trop élevée. J’espère pourtant que vous les aiderez à s’y résoudre et à débiter simplement les matières en la façon que Notre-Seigneur et les apôtres ont d’autres fois instruit les peuples et inculqué en eux l’amour des vertus et la haine des vices.
Je loue Dieu des bontés incomparables de Mgr le marquis votre fondateur (2) et de la nouvelle habitation qu’il vous a procurée ; si elle n’est pas suffisante, souvenez-vous que les bons établissements ne se font pas tout à coup, mais peu à peu. Peut-être que Dieu vous réserve quelque chose de meilleur que tout cela ; il faut attendre son heure, et le servir cependant fidèlement en peu, afin qu’il vous constitue sur beaucoup. Si vous faites bien les missions dans l’esprit de N.-S., il vous pourra faire avoir un séminaire et les ordinands.
2) Le marquis de Pianezze.
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J’approuve fort que vous envoyiez à Gênes les postulants qui voudront entrer en la compagnie et que vous jugerez propres, sains et bien intentionnés, pour faire là leur séminaire. Le frère Pronetti, n’ayant pas achevé le sien, ne prendra pas les ordres sacrés auparavant.
Je suis, en l’amour de N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
2630. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 26 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous envoie une lettre de change de 1.200 livres, tirée par M. Jamen sur Messieurs Giraudon et Rimbaud, marchands à Marseille. Cette somme est pour Amable Coquery, esclave à Tunis, qui m’a été adressée par le père supérieur de l’Oratoire de Dijon, et qui m’a envoyé la lettre que l’esclave lui a écrite, laquelle je vous envoie aussi, afin que vous l’adressiez, s’il vous plaît, avec la somme, à M. Le Vacher (1), afin qu’il connaisse mieux la personne qu’il doit racheter.
M. Le Vacher (2) partit mardi par le coche et par eau, pour aller attendre à Marseille le retour de M. Huguier du voyage d’Alger, où je vous prie de l’envoyer par la
Lettre 2630. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille
1) Jean Le Vacher.
2) Philippe Le Vacher.
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première barque, pour les raisons que je vous ai écrites, et de ne rien changer des ordres que j’ai donnés ou que je donnerai ci-après, quelque proposition que vous en puisse faire M. Le Vacher, sans me l’avoir écrit auparavant et en avoir reçu ma réponse.
Nous avons toujours quelque espérance que M. Paul fera l’entreprise tant désirée. Il me semble que vous avez répondu comme il fallait à son secrétaire. S’il faut l’attache de Mgr de Vendôme, il faudra renvoyer l’ordre du roi.
Nous vous enverrons au premier jour les 200 livres que nous devions à M. Delaforcade et que vous avez envoyées pour lui à Dominique de Lajus, et y joindrons encore deux ou 300 livres pour aider à votre subsistance.
Il me semble que, si vous avez donné 50 écus à M. de la Fosse pour son voyage, il n’a pas eu raison de prendre encore 3 pistoles de M. Delaforcade, auquel il faut que nous les rendions ; car M. Dupuich, supérieur de la maison de Troyes, m’en prie.
Je loue Dieu de ce que vous voilà déchargé des 3.000 et tant de livres que vous aviez en dépôt pour trois esclaves basques, et de ce que vous en avez tiré décharge de M. Roman.
Le 19 de ce mois, M. Billain est allé à Dieu. C’était un prêtre de la compagnie, qui dirigeait le séminaire de Troyes et qui l’enseignait avec une assiduité et une affection incomparables. Son âme avait un souverain empire sur son corps, qu’elle mortifiait en tous ses sens pour l’assujettir au service de sa divine Majesté, pour laquelle il a eu tant de piété que, si on pouvait en avoir trop, la sienne serait allée à l’excès. Il avait une grâce particulière pour parler de Dieu et des choses saintes, et il exprimait ses pensées si nettement, qu’on ne pouvait l’entendre sans en être touché Comme les hommes
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de cette trempe sont rares, nous avons beaucoup perdu en le perdant. Il était notre bienfaiteur, et pour cela nous avons double obligation de prier Dieu pour lui. Je vous prie que votre famille lui rende au moins les devoirs accoutumés.
J’avais fait espérer à M. Huguier un passeport du roi, mais on m’a dit qu’on nous ferait difficulté de le donner, à cause que Sa Majesté n’a pas encore témoigne son ressentiment à la ville d’Alger du mauvais traitement qu’elle a fait au consul ; et d’ailleurs, il semble que ce passeport lui serait inutile, puisque les Turcs n’y déféreraient pas. Il suffira qu’il en prenne un de Messieurs les échevins de Marseille, qui déclare qu’il va en Alger pour y racheter quelques esclaves, afin qu’on ne s’imagine pas qu’il y va pour autre chose.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2631. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 26 juillet 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Encore que la lettre que je vous ai écrite la semaine passée puisse servir de réponse à celle que j’ai reçue depuis de votre part, du 12, j’ai pourtant cru vous devoir avertir de cette réception et vous prier derechef d’envoyer à Gênes Messieurs Stelle et de Martinis, en
Lettre 2631. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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cas que déjà vous n’y ayez envoyé M. Beaure avec M. Stelle, selon le premier ordre.
Je consens que vous envoyiez au séminaire de Gênes les personnes que vous trouverez bien propres pour la compagnie, après que vous aurez éprouvé quelque temps leur désir et leur vocation. Le frère Pronetti, que nous avons ici ne la fera pas longue, selon les apparences.
Voici enfin un dimissoire pour notre frère Demortier. Si vous avez besoin de prêtres, vous n’avez qu’à écrire à M. Jolly qu’il vous envoie un extra tempora pour faire bientôt un bon prêtre (1) de ce bon frère.
Puisque le progrès de votre établissement va lentement, il faut avoir patience. En ce monde, les choses qui naturellement doivent durer davantage, ce sont celles-là qui tardent le plus à se perfectionner. Si votre famille est bien fidèle à Dieu, à ses règles et à ses emplois, rien ne lui manquera, Dieu aidant.
Je me donnerai l’honneur d’écrire une autre fois à Mgr le marquis de Pianezze pour le remercier de tous les soins qu’il daigne prendre de ses missionnaires, et de l’affection qu’il vous témoigne en effet.
M. Billain est allé à Dieu le 19 de ce mois ; c’était un prêtre de la compagnie, qui dirigeait le séminaire de Troyes et l’enseignait avec une assiduité et une affection incomparables ; son âme avait un souverain empire sur son corps, qu’elle mortifiait en tous ses sens pour l’assujettir au service de Dieu, pour lequel il a eu tant de piété que, si on pouvait en avoir trop, la sienne serait à l’excès. Il avait une grâce particulière pour parler de Dieu et des choses saintes, et il exprimait ses pensées ni nettement, qu’on ne pouvait l’entendre sans en être touché. Comme les hommes de grande oraison et d’action
1) Ces deux derniers mots sont de la main du saint.
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comme lui sont fort rares, nous avons beaucoup perdu en le perdant. Il était notre bienfaiteur, et pour cela nous avons double obligation de prier Dieu pour lui. Je vous prie que votre famille lui rende au moins les devoirs accoutumés. Je l’embrasse de toute la tendresse de mon cœur, particulièrement le vôtre, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Si ces deux Messieurs Stelle et Beaure ne sont partis, je vous prie que ce soit la présente reçue.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
2632. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
28 juillet 1658.
Il est vrai, Monsieur, qu’il n’est pas à propos que nous parlions de nos vœux aux externes ; et quand il y a nécessité de leur faire connaître que nous sommes obligés de pratiquer les vertus vouées, on le peut faire sous le terme de vertus et non sous celui de vœux, à cause que les gens du monde les pourraient prendre comme vœux de religion, bien qu’ils soient simples et dispensables, et nous tenir pour religieux, quoique nous ne le soyons pas.
Lettre 2632. — Reg. 2, p. 21
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2633. — A FIRMIN CET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 2 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous avez bien fait d’envoyer M. Parisy à Toulon ; il s’exercera, et, pendant que M. Huguier sera à Marseille, il pourra lui proposer ses difficultés, s’il en trouve.
Je ne suis point d’avis que M. Huguier aille à Livourne chercher l’occasion de passer en Alger, mais qu’il l’attende à Marseille, et qu’il l’attende en patience, et nous avec lui, si elle est longtemps à venir. Il semble que rien ne presse à l’égard du consul 1, qui paraît être en paix.
Et pour le regard des esclaves, que fera-t-on ? Vous ne pouvez pas leur envoyer leur argent, s’il n’y a point de barque qui parte de votre port ; mais par la première qui s’en ira vous pourrez le leur faire venir, j’entends celui que vous avez reçu, ou pourrez recevoir, pour des esclaves particuliers et nommés ; mais je crains que, si vous en chargez M. Huguier, il ne passe pour rédempteur de delà, et que cela lui fasse préjudice. Si le patron de la barque était fidèle pour le rendre auxdits esclaves, ou l’employer à leur rachat, il vaudrait mieux le lui donner, avec l’ordre et le mémoire pour l’application, donnant néanmoins charge à M. Huguier d’y tenir la main. Vous ferez selon que Dieu vous inspirera.
J’écrirai au Havre pour savoir si les 100 livres que vous avez reçues pour Nicolas Renouard le père, qui est
Lettre 2633. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Jean Barreau
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retourné en son pays, seront données au fils, qui est encore esclave ; il y a apparence que les parents l’entendent ainsi. Je serai bien aise de savoir si la lettre de 3.300 livres aura été ponctuellement acquittée. Je trouve fort bon que vous fassiez arrêter entre les mains de M. Fabre 3 les 1.800 livres qu’il doit aux juifs pour l’assurance des 950 piastres payées par le consul d’Alger pour l’avanie qu’ils lui ont suscitée. Et pour prouver que ce sont eux, il faudra que le frère Barreau vous en envoie une attestation bien témoignée et les autres pièces qui pourront servir à lui faire adjuger à Marseille son remboursement sur cette somme, que vous arrêterez.
Très volontiers nous prierons Dieu qu’il pacifie les troubles survenus de delà ; j’eusse été bien aise d’en savoir la cause et quel nombre d’hommes il y a eu de tués (3).
Nous avons reçu 8 livres pour un forçat de Toulon qui est sur la Reine, nommé Alexis Deleau ; je vous prie de les y faire donner.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) La fuite de ce marchand marseillais, venu en France pour éviter de payer une dette de 12 000 écus, avait valu au consul d’Alger une nouvelle incarcération
3) Très monté contre ses consuls depuis que le rois était réservé le droit de les choisir lui-même, le peuple de Marseille s’était soulevé, le 13 juillet 1658, en apprenant que l’un d’eux avait dit n’avoir à rendre compte de ses actions qu’au roi et au gouverneur de la province, et être en mesure de soutenir son autorité par la force. s’il en était besoin. Il y eut ce jour-là quinze morts et beaucoup de blessés. La sédition reprit le 19, plus violente encore, et fit un plus grand nombre de victimes. (Cf. Histoire de Marseille, par Augustin Fabre, Marseille, 1829, in-8°, p. 269 et suiv)
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2634. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 2 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas reçu de vos lettres à cette fois. On dit que le courrier d’Italie a été arrêté par les Espagnols et mené à Milan. Je crains que votre paquet soit perdu. Il contenait, comme je crois, les bulles de Bussière (1). Si nous en recevons d’autres nouvelles, je vous en donnerai avis.
Nous avons céans M. Le Blanc (2), qui a laissé Messieurs de Fontaines et Arnoul malades à l’hôpital de Saint-Jacques (3) en Galice, mais qui commençaient à se porter mieux. M. Daveroult est resté en Portugal, et le frère Christophe à Saintes, où il est tombé malade. Voilà comme il a plu à Dieu disperser nos missionnaires de Madagascar.
Je vous recommande derechef la dispense de M. Geoffroy, prêtre de notre séminaire (4).
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
L’on a sujet de craindre quelque inconvénient si nous déclarons le détail du prix du bien qui se trouve à
Lettre 2633. — L. s. — Dossier de Turin, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1) Claude de Blampignon avait résigné en 1656 le prieuré de Bussière-Badil en faveur de Gilbert Cuissot, qui le résignait à son tour en faveur de Denis Laudin. Les bulles substituant Denis Laudin à Gilbert Cuissot furent signées à Rome le 4 juin 1658. Saint Vincent les attendait. (Arch. Nat. S 6703.
2) Charles Le Blanc
3) Saint-Jacques-de-Compostelle.
4) Yves Geoffroy, né à Quimper au mois de juillet de l’année 1624, reçu à Saint-Lazare le 1er août 1657.
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Saint-Lazare, ainsi qu’il semble que la bulle d’union de Saint-Pourçain 5 l’ordonne. Nous distinguons deux sortes de biens : ce qui appartient au prieuré du même Saint-Lazare ; le second est des fondations qui se sont faites depuis notre établissement audit Saint-Lazare. Ces fondations portent qu’on donne à la Mission de Saint-Lazare. Si nous exprimons tout, cela va assez haut, à cause des donations qu’on a faites sur la maison de ville de Paris et sur les aides, qu’un coup de plume nous peut ôter ; et cela n’arrive que trop souvent. Et si nous ne déclarons que celui du prieuré de Saint-Lazare, nous craignons que l’union soit nulle. Voici les termes de la bulle : Quique dudum inter alia voluimus et ordinavimus quod petentes beneficia ecclesiastica aliis uniri tenerentur ex primere verum annuum valorem secundum communem aestimationem, etiam beneficii cui aliud unire petetur, alioquin unio non valeret. Je vous prie, Monsieur, de prendre avis et de me mander au plus tôt s’il suffit que nous exprimions le revenu du prieuré seulement ; vous poiserez (6), s’il vous plaît, le sens du nom de bénéfices.
La prière que je vous fais n’est pas de travailler à cela, mais d’y faire travailler, et de vous en aller, vous, à Frascati ou à Tivoli, et de vous y très bien reposer jusques après les pluies (7).
Au bas de la première page : M. Jolly.
5) La bulle d’union du prieuré de Saint-Pourçain à Saint-Lazare.
6) Poiserez pèserez.
7) Ce post-scriptum est tout entier de l’écriture de saint Vincent.
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2635. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 4 août 1658.
Je vous prie de me marquer les espèces d’usures dont vous désirez la résolution. Je vous répondrai à chacune, et, en attendant, suivez les maximes de Sorbonne, sans jamais parler au désavantage de ceux qui ont des opinions contraires ; ains vous les honorerez et chérirez comme nos Pères. Ne dites point à personne ce que je vous écris, si ce n’est aux nôtres, sous le secret, et jamais à d’autres.
2636. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
7 août 1658.
Je suis consolé que vous ayez dessein de supporter encore le frère que je vous avais conseillé de renvoyer, plutôt que de le retenir comme domestique. Supportez-le donc, Monsieur, mais faites-lui garder le règlement autant que vous le pourrez, selon l’esprit de Notre-Seigneur, qui est également suave et ferme. Si un homme ne se gagne par douceur et patience, il sera difficile de l’avoir autrement ; mais il n’est pas aussi à propos de le laisser faire et dire ce qu’il voudra, qui ne convient pas à sa condition.
Notre frère… a un frère au Mans qui étudie et qui a quelque désir d’entrer dans la compagnie ; vous le savez ; je vous prie de me mander quel âge et quelles études il a, quelles qualités d’esprit, quelles dispositions de corps, bref tout ce qui pourra nous en donner
Lettre 2635 — Reg 2, p 114
Lettre 2636 — Reg 2, p 169
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une suffisante connaissance pour juger si nous le devons admettre présentement, ou le remettre à un autre temps, et si nous le ferons venir ici, ou l’enverrons à Richelieu. Je crains que la considération de son frère ne l’attire, ou bien la curiosité de voir Paris, ou tous les deux ensemble, plutôt que le désir de renoncer tout à fait au monde. Votre avis sur tout cela, s’il vous plaît ?
2637. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 9 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 20e juillet, qui m’a consolé pour m’avoir appris de vos chères nouvelles et le départ des trois prêtres que vous avez envoyés à Gênes. Mais elle m’a donné une affliction des plus poignantes que j’ai reçues il y a longtemps, par les choses que vous me mandez de M. B[eaure]. Il est tout à fait nécessaire de le tirer de là où il est. Il ne faut à un missionnaire qu’une liberté semblable à la sienne pour ruiner la compagnie de réputation et empêcher le fruit qu’elle peut faire de delà. Tâchez, je vous prie, Monsieur, d’envoyer à Gênes M. Martinis, afin que nous rappelions l’autre. M. Berthe y doit aller bientôt, et, en passant, il vous ira voir à Turin.
Ce qui augmente ma peine est le déchet que vous avez aperçu en notre frère Dum… en une chose si dangereuse. Je vous prie de me mander les actes particuliers qu’il a faits, qui vous ont donné sujet de me mander cela, et de faire cependant votre possible par avertissements, par pénitences, par douces et amiables
Lettre 2637. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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admonitions et par les autres manières que Dieu vous inspirera, et surtout par veiller sur lui, qu’il se corrige de ces défauts et qu’il rompe absolument pour maintenant et pour toujours la conversation inutile avec les personnes de l’autre sexe ; autrement, il ne faudrait pas lui permettre d’entrer dans les ordres.
Je loue Dieu de l’oblation que M. Laurence lui faite, de son progrès en la langue et de la satisfaction que vous en espérez.
M. Delaforcade est satisfait de ses ports de lettres. Jusqu’à présent nous lui en avons payé près de soixante francs pour vous ; mais pour l’avenir il est à désirer que vous ayez soin de les y payer, ou de six en six mois, ou tous les ans, comme il lui plaira. Il en tient compte exactement. Le pauvre Saint-Lazare est trop surchargé pour soulager de cela les autres maisons, quand elles peuvent y fournir.
Nous n’avons rien de nouveau.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je doute que M. Berthe puisse passer à Turin. N’envoyez pas à Gênes M. Martinis, que je ne vous le mande. Je désire qu’il s’y trouve à même temps que le visiteur, et non plus tôt. Disposez-le cependant à y aller, sans lui en dire la cause. S’il ne le pouvait, je vous demanderais M. Mugnier, ou quelqu’autre. Nous enverrons, au lieu de lui, M. Chardon, qui est un bon prêtre savoyard. Je me donne l’honneur d’écrire un mot de reconnaissance à Mgr votre fondateur, selon votre désir ; non fait, ce sera au premier jour.
Au bas de la première page : M. Martin
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2638. — AU MARQUIS DE PIANEZZE
9 août 1658.
Monseigneur,
Je ne puis plus me défendre de vous interrompre ; la continuation de vos bienfaits exige de moi ce petit mot de reconnaissance. A ce que j’apprends, Monseigneur, votre charité n’a pas sa pareille, et je ne sais comment vous remercier des grâces qu’elle répand sur vos pauvres missionnaires. Je prie N.-S. que celles qu’il verse sur vous, Monseigneur, croissent à l’infini et qu’elles vous servent d’un éternel remerciement pour tous les services que vous lui rendez et que vous lui faites rendre, particulièrement par ces pauvres prêtres, que vous avez logés, de nouveau, que vous entretenez de vos biens, que vous supportez en leurs défauts et que vous protégez comme vos enfants.
Mon Dieu, Monseigneur, que d’obligations nous vous avons ! Le sentiment que j’en ai me fait souhaiter ou que sa divine Majesté nous anéantisse, ou qu’elle nous rende dignes de l’honorer selon vos saintes intentions. Comme les siennes sont que nous vous obéissions parfaitement, je vous assure, Monseigneur, que, pour mon particulier, je tâcherai de le faire toute ma vie, et j’ose me promettre le même soin de tant que nous sommes. Nous prierons Dieu surtout pour votre chère conservation et à ce qu’il ait agréable de sanctifier de plus en plus votre belle âme et de bénir votre illustre famille.
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d’agréer ces tendres affections de mon cœur, plein de
Lettre 2638 — Reg I, f° 36
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respect et de révérence pour le vôtre, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre…
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2639. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 9 août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis en grande peine de M. Le Vacher, de Tunis, n’en ayant reçu aucune nouvelle depuis sa maladie. Si vous en avez appris quelque chose, faites-m’en part. Pour M. son frère, je pense que vous l’avez à présent à Marseille.
Nous ne vous avons pas encore adressé ce qui nous reste pour les pauvres esclaves, tant à cause des banqueroutes arrivées, qui nous font tout craindre, que des troubles survenus à la ville de Marseille, qui nous ont fait résoudre d’attendre encore. J’espère que, pour votre subsistance, nous vous enverrons quelque argent la semaine prochaine sans remise ; mais nous ne pouvons vous en donner aucun pour la conduite de vos eaux.
Madame la duchesse d’Aiguillon n’étant pas ici pour lui parler de la vente du consulat de Tunis, je ne puis vous résoudre cela, qu’elle ne soit de retour du Havre. Je vous dirai néanmoins par avance que, si on le vend, il est à craindre que le consul ne veuille souffrir un prêtre auprès de lui et qu’il trouve moyen de s’en défaire, pour être plus libre de faire ce qu’il voudra ; et,
Lettre 2639. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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si on le donne à ferme, que le fermier ne suscite des avanies à ce prêtre, ou ne le fasse chasser, pour se garantir de payer le prix du bail, et qu’ainsi on ne puisse plus assister les pauvres esclaves ; or, la privation de ce bien serait un grand mal pour eux.
J’embrasse très cordialement Messieurs Le Vacher et Huguier, s’ils sont avec vous.
Je suis bien affligé du blocus de Marseille, et je prie N.-S. qu’il ne permette pas que ce trouble naissant aille plus avant, car il ne peut apporter que désolation.
J’écris à M. Huguier, à Toulon, et, en son absence, à M. Parisy, qu’il donne à Vincent Traverse cinq sols par jour pendant trois mois, à commencer du 1er de septembre prochain. Nous avons reçu à cet effet 7 écus de sa mère, et les deniers que M. Huguier a reçus doivent durer jusqu’à la fin de ce mois. Envoyez-nous, s’il vous plaît, le compte de ce que vous et lui avez fourni pour les pauvres forçats, afin que je vous en envoie le remboursement.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2640. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 9 d’août 1658.
Je loue Dieu, Monsieur, du décret que la Congrégation de la Visite Apostolique a donné, que nous serons pourvus d’une maison dans Rome. C’est un effet de vos soins, et nous devons cette grâce à vos bonnes con-
Lettre 2640. — Reg. 2, p. 241.
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duites, aussi bien que beaucoup d’autres que nous avons reçues. Si l’occasion n’est pas présente pour exécuter ce décret, elle pourra se présenter quelque jour ; il la faut attendre avec patience, et de Dieu plutôt que des hommes.
2641. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
De Paris, ce 10e août 1658.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu plusieurs de vos lettres, et beaucoup de peine de celle que vous souffrez. Oui, je vous porte compassion de voir que votre pauvre cœur gémit, oppressé de ce grand dégoût que vous avez de delà. Dieu veuille, par les miséricordes de sa douceur, adoucir votre mal, et vous faire voir que vous êtes plus heureuse que vous ne pensez ! Oui, ma Sœur, notre bonheur est en la croix, et Notre-Seigneur n’a pas voulu entrer en sa gloire que par les amertumes. Il vous conduit par la voie des saints ; ne vous en étonnez pas, je vous en prie ; mais ayez patience, laissez-le faire, dites-lui que sa volonté soit faite, et non pas la vôtre. Je sais bien que vous êtes dans cette pratique et que vous vous offrez à lui pour faire et pour souffrir ce qu’il lui plaira ; mais il faut continuer avec confiance, et non pas vous laisser abattre par le découragement. Si vous tenez ferme pour demeurer au lieu où vous êtes et pour vous surmonter au service des pauvres, vous mériterez que sa divine bonté change votre tristesse en joie et vos aversions en plaisirs ; et c’est ce qu’il fera, comme j’espère ; et vous
Lettre 2641 — Dossier de la Mission, original
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édifierez votre sœur et l’encouragerez à la pratique des vertus.
Vous avez pensé que Mademoiselle Le Gras vous a envoyée en ce pays-là pour se défaire de vous. O Dieu ! ma Sœur, que ce sentiment est éloigné de la vérité ! Car je sais qu’elle vous estime et affectionne et qu’elle a voulu procurer votre bien en vous envoyant avec une dame de grande piété, pour le service de N.-S. et le soulagement de ses pauvres membres. Certes, vous devez remercier Dieu du choix que sa providence a fait de vous pour aller à Ussel (1), car, si vous aviez été ici, on vous aurait envoyée à Calais, où la reine nous ayant commandé d’envoyer quatre sœurs pour l’assistance des blessés de l’armée, elles y sont tombées toutes malades, et les deux y sont mortes (2), et je ne sais si les autres en relèveront ; ce qui nous a obligés d’en envoyer encore quatre, qui sont parties avec beaucoup de résolution, nonobstant le danger ; et la plus ancienne de la compagnie, qui est la sœur Henriette (3), ayant su la maladie et le décès de ses sœurs, a demandé d’aller prendre leur place, par un mouvement que Dieu lui a donné d’aller exposer sa vie pour le prochain, qui est un acte d’amour de Dieu des plus agréables à Sa Majesté. Et bienheureuses sont ces âmes qui sont mortes dans l’exercice de la charité, dont elles ont porté le nom ! Et vous, ma Sœur, qui le portez aussi, vous êtes encore heureuse d’être en lieu et en état de donner vos soins, vos travaux et votre vie même pour la charité, pour emporter
1) A la demande de la duchesse de Ventadour, Louise de Marillac avait envoyé dans cette ville en mai 1658, pour y fonder un hôpital, les sœurs Anne Hardemont et Avoie Vigneron, qui, débordées par les difficultés du début, se laissèrent envahir par le découragement.
2) Voir lettre 2610, note 2.
3) Henriette Gesseaume.
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la même couronne et peut-être une plus grande. Je vous prie donc, ma Sœur, de vous bien résoudre à demeurer en paix là où vous êtes, sans admettre aucune pensée pour le retour ici, ni pour être envoyée à Cahors. Le premier n’est pas expédient, et l’autre n’est pas chose prête. Je prie derechef N.-S. qu’il vous fortifie et vous bénisse.
Je suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Hardemont, Fille de la Charité, servante des pauvres malades à Ussel.
2642. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 16 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous dites par votre lettre du 6 que vous me renvoyez celle de change de 1.200 livres tirée par M. Jamen sur Messieurs Giraudon et Rimbaud, parce que ceux-ci ont refusé de l’accepter, et néanmoins je ne l’ai point trouvée en votre paquet. Vous l’aurez oubliée sans doute sur votre table ; dont je suis bien marri, parce que le retardement peut faire préjudice à celui à qui nous la devons rendre pour se pourvoir pour son remboursement vers ledit sieur Jamen. Vous dites aussi que, ladite lettre étant protestée, on le pourra contraindre à la res-
Lettre 2642. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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titution ; mais vous ne dites pas si c’est vous qui l’avez fait protester, comme cela se devait faire, ou si vous supposez que l’on fera ici le protêt audit sieur Jamen. Je veux croire que, vous étant aperçu d’avoir omis de mettre ladite lettre en votre paquet dernier reçu, vous l’aurez mise en celui que j’espère recevoir la semaine prochaine ; et ainsi je ne vous prie point de la faire protester de delà, si cela n’avait pas été fait, ni de me l’envoyer en diligence, puisque vous savez que cela est nécessaire.
Je viens d’envoyer 400 livres à M. Simonnet, afin de vous les faire toucher à Marseille pour vos besoins, attendant de vous envoyer quelqu’autre chose par quelques-uns de notre compagnie que nous devons envoyer en bref en Italie.
Nous n’osons plus fier de grosses sommes aux marchands, pour des inconvénients arrivés nouvellement.
Je ne suis point d’avis que M. Huguier aille à Alger par le Bastion (1), ni par Livourne, mais bien qu’il attende à Marseille la première barque qui partira pour Alger. M. Le Vacher, de Tunis, me mande que son sentiment est que personne n’y doit aller, que le roi n’ait témoigné son ressentiment, non pas même M. Le Vacher son frère, ni ledit sieur Huguier ; néanmoins je pense que, pour ce dernier, il n’y aura pas d’inconvénient, allant pour racheter trois esclaves. Je vous prie de m’en mander votre avis.
1) Dès 1650, des négociants marseillais établirent sur la côte d’Afrique, près de la Calle, pour protéger leurs pêcheries de corail, un fort qui prit le nom de Bastion de France et devint le centre d’un important commerce. Les Turcs le renversèrent maintes fois dans le cours du XVIIè siècle. Le sultan Achmet le reconnut officiellement en 1692 comme possession française, ainsi que les autres concessions d’Afrique, moyennant une redevance annuelle de 17.000 francs. Les exigences du dey, qui voulait élever cet impôt, furent une des causes de l’expédition de 1830. Le Bastion fut abandonné en 1827. On en voit les ruines à Mers-el-Kerraz.
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Je loue Dieu de l’accommodement de Marseille avec M. le gouverneur (2).
Nous avons reçu 10 livres 10 sols pour Renaud le Page, 3 livres pour Jacques Mauge et 30 sols pour M. Esbran, prêtre, tous trois forçats. Je prie M. Parisy de leur donner à chacun son fait, et je vous prie de lui en tenir compte.
Envoyez-nous le compte de M. Huguier, de ce qu’il a avancé aux forçats par notre ordre, depuis le dernier compte que nous avons payé ; je vous ferai tenir ce que nous aurons pour cela.
Madame de Romilly nous vient d’envoyer 50 livres pour M. son fils, esclave à Tunis ; je vous prie de les envoyer à M. Le Vacher, pour les y mettre en main. Nous vous en tiendrons compte. Voici un paquet de cette bonne dame.
On nous vient de dire que Messieurs Giraudon et Rimbaud vous remettront les 1.200 livres destinées pour le rachat d’Amable Coquery, esclave à Tunis, non en vertu de la lettre de change de M. Jamen, qu’ils ont refusée, mais d’un autre ordre qu’on leur doit envoyer aujourd’hui. Je vous prie, la présente reçue, de savoir s’ils auront agréable de vous faire délivrer cette somme.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) A la suite des troubles du 13 et du 19 juillet, le duc de Mercœur, gouverneur de Provence, avait consenti à négocier avec les séditieux. l’entente se fit sur ces bases : amnistie pleine et entière était accordée aux coupables et promesse était faite de retirer les troupes royales et d’éloigner les vaisseaux, à condition que les consuls et l’assesseur seraient rétablis dans leurs charges et que les citoyens mettraient bas les armes. (Cf. Augustin Fabre, op cit p. 279 et suiv.)
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2643. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
23e d’août 1658.
Vous faites fort bien de prendre garde aux dispositions de corps et aux qualités d’esprit des postulants, pour ne vous charger d’aucun, s’il est possible, qui ne soit pour réussir. Il suffit néanmoins qu’ils aient une bonne santé, un esprit raisonnable et une bonne intention, encore qu’ils n’aient rien d’extraordinaire, ni même aucun talent pour la prédication. Nous avons tant d’autres choses à faire que, Dieu merci, personne ne demeure oisif qui veut travailler parmi nous ; au contraire, les simples ouvriers et les plus communs sont, pour l’ordinaire, les plus propres pour nous et les plus utiles pour le pauvre peuple. Dieu sait faire des pierres des enfants d’Abraham ; et Notre-Seigneur, ayant choisi des gens grossiers pour ses disciples, en fit des hommes apostoliques, qui, sans avoir des sciences acquises ni des esprits élevés, ni de belles prestances, ont néanmoins servi d’instrument à leur divin Maître pour convertir tout le monde. Pourvu que les missionnaires soient bien humbles, bien obéissants, bien mortifiés, bien zélés et pleins de confiance en Dieu, sa divine bonté s’en servira utilement partout et suppléera aux autres qualités qui leur pourraient manquer.
2644. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 23 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 22 de juillet. Nous avons
Lettre 2643. — Reg 2, p. 40.
Lettre 2644. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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envoyé M. Gicquel à Clermont pour la fulmination de Saint-Pourçain et allons envoyer à Dol (1) les bulles et les mémoires qui regardent Saint-Méen. Nous avons obtenu le nouveau consentement par écrit de Mgr l’abbé ; à quoi il y a eu de la façon. Nous allons travailler maintenant tout de bon à ces deux affaires importantes.
Nous n’avons pas parlé de celle de Saint-Lazare à M. l’official de Paris, tant parce qu’il n’est que vice-gérant, comme je crois, que parce qu’il n’a garde de s’engager à la fulmination, ni de dire ce qu’il fera, ou ce qu’il pourra faire, avant qu’on lui ait mis les pièces en main. Notre recours sera, en cas qu’il se rende trop difficile, à l’autorité majeure, qui nous donnera des lettres pour faire enregistrer les bulles en parlement, où nous n’avons rien à craindre.
Je me suis proposé dès hier de vous écrire aujourd’hui de ma main la note des assemblées réglées qui se font à Paris pour diverses bonnes œuvres, et des biens qu’elles font. Je ne sais si j’en aurai le temps ; si je ne l’ai pas, je le prendrai entre ci et l’ordinaire prochain. Voilà pour réponse à votre chère lettre.
Voici un mémoire signé de M. Portail. Je vous prie de nous envoyer les livres et les réponses qu’il demande.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
1) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).
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2645. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 23 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la lettre de change de M. Jamen, avec l’acte de protêt fait à ces Messieurs Giraudon et Rimbaud, qui l’ont refusée.
Je suis aussi d’avis que M. Huguier parte par la première barque qui fera voile en Alger, et non au Bastion. Ce qui m’a fait un peu hésiter sur cela est la lettre de M. Le Vacher, de Tunis, qui nous persuade de ne faire passer audit Alger M. son frère, ni autre, que premièrement le roi n’ait témoigné quelque ressentiment aux Turcs de ce qui s’est passé. Il a raison de dire cela à l’égard de M. Le Vacher (1) et de tout autre que nous y pourrions envoyer pour y prendre sa place, ou celle du consul ; mais je pense que, s’il avait su que M. Huguier n’y va que pour racheter trois esclaves, et, par occasion, voir l’état des choses, sans dessein d’y résider, il aurait été de même sentiment que nous ; et partant, je vous prie que ledit sieur Huguier ne perde pas la première occasion. Je n’ai autre chose à répondre a votre lettre du 13.
Nous venons de recevoir deux écus, l’un pour Martin de Lancre, sur la galère de Mercœur, et l’autre pour Jean Meglat, sur la galère de la Manse. Je vous prie de leur donner, ou faire donner, cette petite assistance. Voici une lettre pour le premier, et j’en envoie une autre à M. Parisy pour le second.
Lettre 2645. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
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Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2646. — A LA SŒUR AVOIE VIGNERON, A USSEL
De Paris, ce 24 d’août 1658.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai écrit deux lettres à notre bonne sœur Anne (1), et j’avais pour lors envie de vous écrire aussi ; mais je ne l’ai pu, à cause de mes embarras. A présent, je réponds à vos lettres, et même à celle que vous avez écrite à M. Portail.
Vous dites que Dieu vous exerce pour éprouver votre patience. Voilà qui est bien, ma Sœur ; car c’est signe que sa divine bonté veut que vous fassiez progrès en cette vertu, afin que par la pratique d’icelle toutes les peines et les fâcheries de ce misérable monde vous tournent à honneur et à profit. On ne parvient au ciel que par les souffrances ; c’est une règle générale ; et néanmoins tous ceux qui souffrent ne seront pas sauvés ; il n’y aura que ceux qui souffriront volontiers pour l’amour de Jésus-Christ, qui a le premier souffert pour nous. Voyez de là si, au lieu de vous décourager, vous ne devez pas vous réjouir, et, au lieu de vous abattre, vous confier à Dieu, qui ne permettra jamais que vous soyez tentées au delà de vos forces. Vous ajoutez que vous avez déjà bien répandu des larmes et fait des prières et des neuvaines. Tout cela est bon : Notre-Sei-
Lettre 2646. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Anne Hardemont.
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gneur a dit que "bienheureux sont ceux qui pleurent (2)", et que "ceux qui demandent recevront (3)". Il n’a pas dit pourtant qu’aussitôt qu’on aura prié on sera exaucé ; et cela, afin qu’on ne se lasse pas de prier. C’est pourquoi, ma Sœur, vous ne deviez pas dire cette parole, qui vous a échappé, que plus vous priez, moins vous obtenez ; car elle marque que vous n’êtes pas bien résignées à la volonté de Dieu et ne vous confiez pas assez en ses promesses. Souvent il nous fait plus de grâce de nous refuser ce que nous lui demandons, que de nous l’accorder ; et nous devons estimer que, connaissant mieux que nous ce qui nous est bon, ce qu’il nous envoie nous est le meilleur, encore qu’il soit désagréable à la nature et contraire à nos souhaits. Mon Dieu ! ma Sœur, que je vous plains en vos peines et que je compatis à notre pauvre sœur Anne, accablée de ses dégoûts ! Mais quoi ! c’est un exercice que Dieu permet, comme vous dites, pour vous éprouver ; recevez-le donc comme un bienfait de sa main paternelle, et tâchez d’en bien user. Aidez votre sœur à porter sa croix, puisque la vôtre n’est pas si pesante que la sienne ; faites-la ressouvenir qu’elle est Fille de la Charité et qu’elle doit être crucifiée avec Notre-Seigneur et se soumettre à son bon plaisir pour n’être pas tout à fait indigne d’un si digne père. Hélas ! si elle ne surmonte ces petites répugnances de son esprit, comment pourrait-elle supporter de plus grandes afflictions ? Je crains que nous soyons trop sensibles aux petits maux et que nous n’ayons pas assez de résolution pour vaincre les difficultés qui se trouvent au service de Dieu et des pauvres. Nous voudrions y trouver des consolations et que tout allât selon notre gré ; nous ne voulons point servir Dieu à nos dépens, mais
2) évangile de saint Mathieu V, 5.
3) évangile de saint Luc XI, 10
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recevoir, dès ce monde, le repos de l’esprit pour récompense du travail du corps. Mais ce n’est pas ainsi, ma Sœur, que vous vous rendrez agréables à Dieu, mais en souffrant patiemment les peines intérieures comme les extérieures.
Vous ne faites pas bien d’imputer à Mademoiselle (4) la cause de ces peines, ni de vous résoudre à ne lui plus écrire, parce que ses lettres ne vous contentent pas, ni d’attribuer, comme vous faites, le choix qui a été fait de vos personnes à d’autres qu’à la providence divine, qui seule vous a appelées au lieu où vous êtes. C’est ce que vous reconnaîtrez lorsque vous obéirez à vos supérieurs pour l’amour de Dieu, et que vous ne regarderez que lui dans les ordres que vous recevez.
J’ai fait réponse à notre sœur Anne sur le désir qu’elle a d’aller à Cahors. Si ce désir venait de Dieu, comme vous le pensez, elle n’en serait pas inquiétée, comme elle est, et s’en remettrait à ceux qui la conduisent. Si elle s’efforce de faire la volonté de Dieu à Ussel, il y a sujet d’espérer qu’elle la fera aussi ailleurs ; et si enfin elle n’y trouve pas son repos et que l’établissement de Cahors se fasse, ou celui de Montpellier, nous pourrons l’envoyer à l’un ou à l’autre ; mais ce ne sont pas affaires faites, et il faut qu’elle ait patience au lieu où elle est, puisque c’est le plaisir de Dieu.
Elle ne doit pas, ni vous non plus, vous mettre tant en peine si l’hôpital n’est pas bien établi, ni bien composé, ni assez fondé. Vous servirez les pauvres le mieux que vous pourrez, et commettrez le reste à la bonté de Dieu. Toutes ses œuvres ont leurs commencements et leurs progrès, et si Madame la duchesse (5) ne
4) Louise de Marillac
5) La duchesse de Ventadour
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peut pas mettre toutes choses pour le présent en l’état qu’il est à désirer, cela se pourra faire avec le temps. Faites de votre côté ce que Dieu demande de vous, et demeurez en paix ; surtout entr’aimez-vous et vous supportez l’une l’autre en Notre-Seigneur.
Je vous salue de toute mon affection et je prie Dieu qu’il vous donne sa sainte force et sa grande bénédiction. Mademoiselle se porte assez bien. Voilà quatre de vos sœurs qui se vont établir à Metz.
Je suis en N.-S., ma Sœur, votre frère et serviteur.
Au bas de le première page : Sœur Avoie Vigneron.
2847. — A MARAND-IGNACE ARNOUL
ET PASQUIER DE FONTAINES (1)
Du 25 d’août 1658.
Dieu seul vous peut faire connaître la peine où nous sommes à votre sujet, qui est plus grande que je ne vous puis exprimer, pour ne savoir le lieu ni l’état où vous êtes, depuis un mois que M. Le Blanc est arrivé ici et notre frère Christophe à Saintes, qui nous ont fait savoir que vous étiez demeurés malades à Compostelle, mais hors de danger. Je hasarde cette lettre, que j’adresse à Monseigneur l’évêque de Ferns (2), à Saint-Sébastien, pour vous prier, si vous y passez, de nous consoler au plus tôt d’une des vôtres, en attendant votre présence, que nous souhaitons ici ardemment. Et
Lettre 2647. — Reg. 2, p. 121.
1) Pris sur mer par les Espagnols, pendant leur voyage à Madagascar, ils avaient été conduits à Saint-Jacques-de-Compostelle
2) Nicolas French, évêque de Ferns (Irlande), alors exilé en Espagne, mort à Louvain le 23 août 1678.
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afin que vous ne manquiez point d’argent pour vous habiller et vous en venir, je prie mondit seigneur l’évêque de Ferns de vous en fournir jusqu’à Bayonne, et Monseigneur l’évêque de Bayonne (3) de vous faire donner jusqu’à 400 livres, si vous en avez besoin de tant. J’ai aussi écrit à M. Fonteneil, archidiacre et grand vicaire de Bordeaux, de vous avancer tout ce qu’il vous faudra ; et même le maître des coches a ordre de vous donner place dans le carrosse et de vous faire défrayer jusqu’à Paris, si besoin est. Je vous prie surtout, Messieurs, de vous bien reposer et rétablir après tant de maux que vous avez soufferts, et de ne rien épargner pour cela. Vous vous en reviendrez ensuite doucement. J’aurai une joie indicible de vous revoir et de vous embrasser.
2648. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 25 d’août 1658.
Je vous prie d’habiller notre frère Christophe. Mon Dieu ! Monsieur, que ne l’avez-vous fait dès son arrivée ! Vous avez vu son besoin ; vous saviez qu’il était notre frère et que vous nous feriez plaisir ; et cependant vous l’avez laissé avec ses haillons ! Vous avez, de plus, laissé aller, ou plutôt vous avez renvoyé ces deux nègres qui ont passé chez vous, sans les accueillir, ni faire reposer, qu’une nuit seulement, après tant de fatigues et de mésaises qu’ils ont essuyés. Nous n’en avons reçu aucune nouvelle depuis, et je crains bien que Louis (1), qui est un très bon enfant, ne se soit indigné d’avoir trouvé en une de nos maisons si peu de consolation et
3) Jean Dolce (1643-1681).
Lettre 2648. — Reg. 2, p. 114.
1) Louis Voureq.
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d’assistance, lui qui a été traité céans comme un de nos frères, et où il a travaillé de même, et que, dans ce rebut, il ait pris résolution de s’éloigner de nous. Il est à souhaiter, Monsieur, que vous ayez un peu plus de charité pour les passants de la compagnie, ou qui ont relation à la même compagnie, quand ils sont destitués de toutes choses, comme ceux-là.
2649. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
30 d’août 1658.
Je ne doute pas que la sainte humilité ne vous donne les sentiments que vous me témoignez sur le sujet de votre supériorité ; mais comme c’est Dieu qui gouverne toutes choses par son adorable sagesse, nous devons estimer qu’il conduit aussi la compagnie en général et chaque maison en particulier, et qu’elles seront très bien conduites si, de notre côté, nous sommes fidèles à la pratique des maximes de l’évangile et des observances de notre Institut. Vous êtes sans doute entré dans cette disposition lorsque vous vous êtes proposé de maintenir dans la famille l’union et l’exactitude, qui sont les deux fins principales d’une bonne conduite.
Vous m’en demandez même les moyens ; mais il faudrait trop de temps pour vous les écrire. Je vous dirai seulement que, pour conserver la paix et la charité parmi les vôtres, il les faut accoutumer à s’entre-demander pardon à genoux toutes les fois qu’il leur arrivera de dire ou de faire quelque chose qui altère tant soit peu cette charité. Un jour, une supérieure de filles religieuses me disait que l’union était grande en sa communauté ; et je lui demandai à quoi elle en attri-
Lettre 2649 — Reg 2, p 208
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buait la cause. Elle me répondit qu’après Dieu c’était à la pratique qui était entre les sœurs, de se demander pardon des paroles d’aigreur, ou contraires au respect ; et en effet j’ai remarqué que ce remède est très utile parmi nous, car j’ai tâché d’y en introduire l’usage et d’y recourir moi-même, lorsque je tombe dans ces défauts ; et vous verrez, Monsieur, que cette pratique d’humilité, si vous la mettez en vigueur, sera comme un baume précieux en votre maison, qui adoucira les piqûres des langues et les ressentiments des cœurs.
Par l’exactitude au règlement et aux pratiques, outre le bon moyen que vous vous proposez, qui est d’en donner l’exemple, il vous servira beaucoup de n’en souffrir la transgression dans les autres sans les en avertir, ni sans quelquefois leur en donner des pénitences, surtout pour les récidives.
Vous faites selon l’esprit et la volonté de Dieu de témoigner grande reconnaissance à Monseigneur le cardinal (1) pour ses incomparables bienfaits, et de lui en renouveler souvent nos très humbles remerciements. Il ne faut pas craindre d’excéder en son endroit, bien que son humilité ait peine à le souffrir, puisque sa bonté paternelle semble n’avoir point de bornes pour nous.
Vous ne devez pas tellement laisser les choses comme elles sont, ainsi que vous dites le vouloir faire en attendant le visiteur, que vous ne vous efforciez de redresser les obliques, d’arrêter les mauvaises, s’il y en a, et de rendre les bonnes meilleures. Peut-être entendez-vous parler des façons de faire de la personne qui tend à l’indépendance (2). En ce cas, ayant de la peine d’en venir à bout, vous ferez bien de le supporter jusqu’à ce que le visiteur lui ait parlé.
1) Le cardinal Durazzo.
2) Probablement Jérôme Lejuge
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Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous fasse profiter des sujets d’abjection que vous reconnaîtrez en vous, aussi bien que des actions louables que vous verrez en autrui, qu’il vous éclaire dans les doutes et vous encourage dans les difficultés, qu’il vous anime de son esprit de force, de suavité et d’indulgence.
2650. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 30e d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous me mandez les avances qui se font de delà pour vous faire avoir une maison et pour vous employer au service du clergé. De cela il en faut rendre grâces à Dieu et le prier qu’il dispose de nous et de ce dessein selon son bon plaisir. S’il plaît à sa divine bonté qu’il ait son effet, je l’attribuerai après Dieu à vos bonnes conduites, comme je fais déjà les bonnes dispositions du Pape et de Nosseigneurs les prélats. Plaise à NotreSeigneur, Monsieur, de se glorifier de plus en plus en vous et par vous, de vous éclairer dans les doutes et de vous fortifier en vos grands travaux !
Nous penserons à bonne heure à vous secourir pour les entretiens des ordinations, si Dieu permet qu’elles se fassent à Rome comme à Paris. Je ne vous dirai rien pour le présent sur les autres affaires dont vous m’écrivez, si ce n’est sur celle de Saint-Lazare, pour vous prier, avec toute l’affection que je le puis, d’en lever les bulles à quelque prix que ce soit et en la meilleure forme que faire se pourra. Je vois bien que cette maison aura un jour besoin de toutes pièces pour se maintenir en
Lettre 2650. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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sa possession. Un religieux de Sainte-Geneviève a dit à une personne de la compagnie, qui lui est parent, que leur congrégation a dessein de rechercher la nôtre sur ce sujet, et qu’elle n’attend que ma mort pour commencer, espérant d’en avoir alors meilleur marché qu’à présent, que je suis en état de faire valoir notre droit. Il faut qu’ils fondent le leur sur quelque sujet, vrai ou faux, que nous ne voyons pas. C’est pourquoi nous devons à bonne heure nous prémunir de tout ce qui peut servir à notre défense. J’espère que nous aurons le consentement du prélat, s’il le faut, et celui des trois religieux vivants.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.
2651. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 30 d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Madame la duchesse d’Aiguillon, à qui j’ai autrefois proposé de mettre le consulat de Tunis entre les mains de quelqu’un de ceux qui l’ont demandé, ne trouva pas cela bon, craignant, comme ce sont gens d’intérêt, qu’un tel consul, pour se défaire du prêtre de la Mission et avoir ses coudées franches, ne lui suscitât des avanies. Je lui en parlerai encore pour voir si elle a changé d’avis.
Lettre 2651. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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En l’état que sont les choses, il n’est nullement à propos que M. Le Vacher (1) passe en Alger, ni qu’on y envoie les sommes ; j’en écris les raisons au frère Barreau, afin qu’il ait patience, s’il lui plaît, et je vous dirai à vous, Monsieur, qu’il faut attendre si M. le chevalier Paul se piquera d’honneur pour faire un effort, ou si la charité de Jésus-Christ le pressera pour aller délivrer les esclaves ; car, s’il l’entreprend et qu’il y réussisse, les choses changeront de face ; et si cela n’arrive pas, on verra ce que fera M. Huguier ; et en l’un et en l’autre cas, on prendra d’autres mesures, et plus sûres que celles que nous pouvons prendre à présent.
Je n’ai rien à dire au voyage que vous allez faire à Toulon.
Lorsque j’aurai reçu les comptes arrêtés de l’hôpital, je les ferai voir à Madame la duchesse d’Aiguillon, pour lui faire voir en même temps que l’hôpital ne peut plus subsister.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2652. — A CHARLES OZENNE
De Paris, ce 30° d’août 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il n’y a rien de perdu : j’ai reçu quatre de vos lettres en même temps, des 23 juin, 7 et 21 juillet et 4e de ce mois. Si j’ai souffert de leur retardement, j’ai été bien
1) Philippe Le Vacher.
Lettre 2652. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
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payé de ma peine ; car j’en ai reçu une double et triple consolation. Dieu soit loué de votre heureux retour de Cracovie et des bonnes dispositions qu’il y a à vous y établir !
Monseigneur l’évêque n’a fait que ce qu’il devait faire en prenant du temps pour s’informer des obligations de l’église Saint-Roch. Si la proposition réussit, il en faudra bénir Dieu ; sinon, adorer sa conduite, qui peut-être vous réserve quelque chose de meilleur. Surtout, Monsieur, ne vous engagez en aucun lieu où il n’y aura pas de quoi subsister. Vous ne me dites pas si celui de Saint-Roch a quelque revenu, séparé de celui de l’hôpital, duquel vous m’écrivez, que Messieurs de la ville se veulent réserver l’administration. En quoi vous agissez sagement de vous résoudre à suivre l’avis de la reine ; car, comme je ne vois ces choses que de loin, je ne puis vous en donner d’autre.
J’approuve que vous ayez rejeté la cure qui vous a été offerte, puisqu’elle vous était si peu avantageuse. Et quant à la maison acquise par M. Falibowski, c’est à vous à juger si elle vous accommode et si elle mérite les charges qu’il veut vous imposer. Ne faites rien en cela, ni au reste qui est de quelque importance, que par concert avec Messieurs Desdames et Duperroy et par l’avis de vos amis, particulièrement de M. Fleury.
Dieu soit loué du jardin que M. Falibowski vous a cédé sans aucune charge, et plaise à sa bonté infinie de l’en récompenser éternellement !
Comme vraisemblablement il faudra vous envoyer quelque prêtre d’ici bientôt, nous attendrons jusqu’alors à vous envoyer le frère que vous demandez ; car de vous envoyer celui-ci seul, il n’y a point d’apparence.
Je suis fort en peine du mal de vos jambes. Mon Dieu ! que peut-ce être ? Quoi que ce soit, j’ai expérience qu’un cautère vous sera bon, avec la fréquente
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purgation et quelques saignées. Quand vous vous purgeriez tous les mois, ce ne serait pas trop. Je vous prie d’avoir soin de votre santé.
M. Jolly est encore à Rome, et je vous avoue que sa présence nous est si nécessaire et si utile, que nous ne pouvons nous résoudre de l’en tirer.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Nous sommes en grande peine de Messieurs Arnoul et de Fontaines, restés malades en Galice, pour n’en recevoir aucune nouvelle. Priez pour eux et pour nous, comme nous faisons quasi sans cesse pour vous et nos chers confrères, que j’embrasse tendrement, comme pareillement pour Leurs Majestés et pour leurs armes, afin que sa divine bonté ait agréable de les bénir.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Ozenne, supérieur des prêtres de la Mission de Pologne, à Varsovie.
2653. — A LA COMMUNAUTé DE SAINT-LAZARE
[Septembre 1658] (1)
Tout ce que Dieu fait, il le fait pour le mieux ; et partant nous devons espérer que cette perte (2) nous sera profitable, puisqu’elle vient de Dieu. Toutes choses tournent en bien aux hommes justes ; et nous sommes
Lettre 2653 — Abelly, op cit, 1 III, chap. III, p. 14.
1) Voir note 2.
2) La perte de la ferme d’Orsigny, ainsi qu’il ressort de l’extrait de la lettre 2752, qu’Abelly reproduit à la suite de celle-ci et qu’il donne comme ayant même objet. Vincent de Paul était absent de Saint-Lazare quand il apprit cette pénible nouvelle de la bouche de son second secrétaire, le frère Louis Robineau.
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assurés que, recevant les adversités de la main de Dieu, elles se convertissent en joie et en bénédiction. Je vous prie donc, Messieurs et mes Frères, de remercier Dieu de l’événement de cette affaire, de la privation de ce bien et de la disposition dont il nous a prévenus pour agréer cette perte pour son amour. Elle est grande ; mais sa sagesse adorable saura bien la faire tourner à notre profit par des manières qui nous sont inconnues à présent, mais que vous verrez un jour (3). Oui, vous le verrez, et j’espère que la bonne façon avec laquelle vous vous êtes tous comportés en cet accident si peu attendu servira de fondement à la grâce que Dieu vous fera à l’avenir, de faire un parfait usage de toutes les afflictions qu’il lui plaira vous envoyer.
2854. — A MONSIEUR DESBORDES
[5 septembre 1658.]
Monsieur,
Les bons amis se font part du bien et du mal qui leur arrive ; et comme vous êtes l’un des meilleurs que nous ayons au monde, je ne puis que je ne vous communique la perte que nous avons faite de l’affaire que
C’était le 3 septembre. Il venait de dîner et se rendait à l’église. Il s’écria plusieurs fois : "Dieu soit béni" et resta agenouillé devant le Saint Sacrement plus longtemps que d’habitude. Le saint n’avait perdu son procès que de trois ou quatre voix, et cela, parce que parmi les vingt et un ou vingt-deux juges qui eurent à se prononcer, plusieurs ne lui pardonnaient pas son opposition au jansénisme. (Manuscrit du frère Louis Robineau, p. 97.)
3) Vincent de Paul ne se trompait pas : un conseiller de la Grand’Chambre lui laissa peu après un bien d’aussi grande valeur que la ferme d’Orsigny. (Cf. lettre 2752.)
Lettre 2654. — Abelly, op. cit., t. III, chap. XI, p. 176. La date et le nom du destinataire sont connus par Collet, op. cit, t. II,
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vous savez (1), non toutefois comme un mal qui nous soit advenu, mais comme une grâce que Dieu nous a faite, afin que vous ayez agréable de nous aider à l’en remercier. J’appelle grâce de Dieu les afflictions qu’il envoie, surtout celles qui sont bien reçues. Or, sa bonté infinie nous ayant disposés à ce dépouillement avant qu’il fût ordonné, elle nous a fait aussi acquiescer à cet accident avec une entière résignation, et, j’ose dire, avec tant de joie que s’il nous avait été favorable. Ceci semblerait un paradoxe à qui ne serait pas versé comme vous, Monsieur, aux affaires du ciel, et qui ne saurait pas que la conformité au bon plaisir de Dieu dans les adversités est un plus grand bien que tous les avantages temporels. Je vous supplie très humblement d’agréer que je verse ainsi dans votre cœur les sentiments du mien.
2855. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 6 septembre 1658.
Dieu soit loué de ce que les dernières propositions pour un logement et pour les ordinations semblent s’acheminer au point désiré ! Nos anciens qui ont vu la maison de Saint-Nicolas disent qu’elle est en lieu assez avantageux ; mais je vous dois dire deux ou trois choses sur ce sujet.
La première est que peut-être il vaudra mieux d’y laisser la paroisse que de l’en séparer. Il est vrai que nous avons fait difficulté de nous charger des cures, surtout aux villes épiscopales et où il y a parlement ou présidial ; mais l’expérience nous a fait connaître que là où il y a un séminaire, il est bon que nous
1) Le procès relatif à la ferme d’Orsigny.
Lettre 2655. — Reg. 2, p. 241.
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y ayons une paroisse pour y exercer les séminaristes, qui apprennent mieux les fonctions curiales par la pratique que par la théorie. Nous en avons l’exemple on Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où les ecclésiastiques qui en sortent sont tous prêts à servir une paroisse, pour avoir été exercés en celle-là ; et ceux du séminaire des Bons-Enfants ne le sont pas tant, faute d’un pareil exercice, quoiqu’on ait tâché de les dresser à cela. Ce qui m’a fait penser, Monsieur, que vous ferez bien de représenter ce que je vous dis au R. P. Spada (1) et à Messeigneurs les autres bons prélats qui s’emploient à l’avancement spirituel du clergé, non pour leur demander une paroisse, mais afin qu’ils jugent s’il est expédient que Sa Sainteté en destine une pour cela, au cas qu’elle ait dessein d’établir un séminaire à Rome et de nous en donner la direction. La volonté de Dieu nous sera connue par la résolution qui en sera donnée par Sa Sainteté, et vous saurez par ce moyen que vous ne ferez pas contre notre intention d’accepter une paroisse pour un tel sujet ; mais nous ne devons pas ni la chercher, ni la souhaiter autrement.
La seconde chose est que, supposé qu’on vous logé à Saint-Nicolas, ou ailleurs, nous ne sommes pas en état de rien payer, ni pour dédommager les religieux supprimés, ni pour contenter d’autres personnes intéressées.
La troisième chose regarde la dépense des ordinands ; car, bien qu’à Paris nous les nourrissions gratis, nous ne le pouvons pas faire à Rome, n’ayant que ce qu’il faut pour la subsistance de la famille. Vous ferez bien de représenter de bonne heure notre impuissance pour cela et pour le reste, et de donner cet expédient, pratiqué
1) Commandeur de l’hôpital du Saint-Esprit à Rome, frère du cardinal Bernardin Spada.
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en plusieurs diocèses de France, d’obliger chaque ordinand de payer sa dépense pendant les exercices, en cas que le Pape ne la veuille pas payer lui-même pour tous ; et pareillement chaque séminariste qui entrera au séminaire, de payer sa pension, le tout enfin selon la taxe qui en sera faite.
2656. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 6 septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 24 d’août. Puisque vous espérez trouver de l’argent à Marseille pour le tirer sur nous, prenez, s’il vous plaît, trois mille sept cent nonante-cinq livres dix sols, que nous payerons ici, sur votre lettre de change, à qui vous nous marquerez ; mais touchez l’argent, s’il est possible, avant de donner ladite lettre. Il doit être distribué à 7 ou 8 esclaves, selon le mémoire que je vous en envoie. Outre cela, prenez, s’il vous plaît, 129 livres 2 sols pour les avances que vous avez faites aux pauvres forçats jusqu’au 19e d’août, selon le compte que vous m’en avez envoyé, que nous acquitterons aussi, Dieu aidant.
Je suis bien aise de la charité que vous exercez vers Martin, qui a accompagné M. Le Vacher (1), le retenant en votre maison pour tâcher de le guérir.
J’ai vu la lettre de M. Pastour. Si vous lui faites réponse, remerciez-le de ses avis, et dites-lui que nous envoyons un autre supérieur à Annecy (2), qui partira la
Lettre 2656. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
2) Marc Coglée. Il allait remplacer Achille Le Vazeux
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semaine prochaine, Dieu aidant, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Avec votre lettre, j’ai reçu toutes les autres incluses dans le paquet ; nous ferons tenir celles qui ne sont pas à nous.
2657. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 6 septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai failli à vous écrire par les deux derniers ordinaires pour avoir eu trop de lettres à faire. J’en écris une à notre frère Demortier, non pour lui marquer le temps qu’il prendra les ordres, mais afin qu’il continue à s’y disposer. Cependant je vous prie de me mander si vous le croyez assez préparé, s’il se porte à la vertu et s’il vous donne sujet d’espérer qu’il sera un bon prêtre de la Mission.
Vous nous demandez par vos dernières des 3 et 10e août une copie des livres des prédications et des catéchismes. C’est ce que nous ne pouvons pas vous envoyer, parce que ce livre-là nous a été dérobé. Nous savons bien par qui, mais je ne sais pas qu’il nous ait été rendu. Et quand nous l’aurions recouvert, ce n’est pas chose fort facile de le faire copier, ni tant nécessaire que de l’envoyer si loin pour une ou deux personnes qui pourraient s’en servir et qui peut-être ne s’en serviraient pas. Pour les règles, nous vous les enverrons par
Lettre 2657. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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les premiers missionnaires qui partiront d’ici pour l’Italie, qui sera bientôt, Dieu aidant ; et si nous retirons notre livre des prédications, nous les vous enverrons (1) !
Si vous avez les avis pour l’établissement de la Charité, vous trouverez sur la fin ce qui s’observe en la visite ; nous n’avons point dressé des mémoires particuliers pour cela ; nous le ferons, Dieu aidant (2).
Il est difficile que tant d’emplois différents que la compagnie a entrepris puissent être embrassés tout à coup par une maison naissante comme la vôtre. Elle le pourra faire avec le temps ; mais ce temps-là, il le faut attendre avec patience, et cependant tâcher d’être fidèle en peu, afin qu’il plaise à Dieu de vous constituer sur beaucoup, selon sa parole.
Je salue votre chère petite famille de toute la tendresse de mon cœur. Je m’étais proposé dernièrement de me donner l’honneur d’écrire à Mgr le marquis votre fondateur (3) pour lui renouveler les reconnaissances de mon pauvre cœur et les offres de mon humble et perpétuelle obéissance ; mais je n’ai encore pu m’acquitter de ce devoir. J’espère que, dans les occasions, vous suppléerez à mon défaut. Je prie Notre-Seigneur qu’il soit l’esprit de votre esprit et la force de votre bras pour détruire l’ignorance et le péché, qui sont deux monstres en l’église de Dieu.
Si on vous presse pour la mission de Saluces (4), vous ne devez faire difficulté de la faire, encore que ce soit une ville épiscopale, puisqu’en Piémont ces villes-là sont petites et fréquentes, et que, pour y avoir beaucoup d’ecclésiastiques, les besoins ne laissent pas d’y être
1) Ces mots, depuis "et si nous" sont de la main du saint.
2) Ces cinq derniers mots sont de la main du saint.
3) Le marquis de Pianezze.
4) Saluces ou Saluzzo, ville de la province de Cuneo, dans le Piémont.
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grands. Souvenez-vous néanmoins, Monsieur, de préférer toujours les pauvres de la campagne, autant que vous le pourrez.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.
2658. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Septembre 1658] (1)
Il faut que je me console avec votre charité, Mon Très Honoré Père, de la perte de notre pauvre Sœur Jeanne Baptiste (1) par ma faute, n’ayant osé lui parler ouvertement de la mauvaise conduite, de ce qui s’est passé au nom de Jésus (2) dont elle a beaucoup souffert par sa timidité. Elle s’en est allée dès les 7 heures du matin, et je ne l’ai su qu’à 4 après midi. Qu’y a-t-il à faire, Mon Très Honoré Père, elle me fait grande pitié, la croyant innocente des derniers soupçons ? L’enverrai-je chercher aux Filles de la Madeleine, où elle a une Sœur, ou chez ses parents dont nous avons connaissance ? enverrai-je quérir la femme du nom de Jésus qui sortait toujours avec elle pour, sans dire sa sortie, m’informer de sa conduite étant dehors ? Tirera-t-on le plus de connaissances que l’on pourra des filles du nom de Jésus, pour essayer d’apprendre ce qu’elle sera devenue. Oh ! que ce rencontre * me fait voir la nécessité que les filles de la charité ont d’être bien dépendantes de celles qui leur tiendront lieu de Supérieure ! Sa manière depuis quelque temps plus indépendante l’avait fort attachée ; je crois que la crainte plus vaine que raisonnable l’a mise en l’état auquel elle est. Je ne doute point que votre charité ne prie pour elle, et me pardonne les fautes que j’ai faites en ce sujet, m’en avertissant néanmoins, comme de mes autres fautes pour être aidée de m’en corriger. Je vous en supplie très humblement
Lettre 2658 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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pour l’amour de Dieu par lequel je suis, Mon Très Honoré Père, Votre très humble fille et très obéissante servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2659. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 13 septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis bien aise qu’il se prépare des barques pour Alger. Je prie derechef M. Huguier de s’y en aller, et vous de lui donner les 3.300 livres et les avis que vous jugerez à propos.
Je trouve fort bonne l’occasion que vous nous marquez pour vous faire venir de l’argent. Puisque vous vous assurez de M. Rambert, nous enverrons à M. Colbert celui que nous avons de reste pour Alger, et je vous enverrai sa lettre de change, s’il est jugé à propos à la suite de l’emprisonnement de l’ambassadeur de Constantinople (1) et du mauvais traitement que les Turcs font aux consuls d’Alexandrie (2), d’Alep et de Tripoli (3), pour lequel il y a ici un évêque du mont Liban. Nous devons assembler des personnes capables pour en conférer.
1) L’incarcération de M. de la Haye, ambassadeur de France à Constantinople, eut pour cause une lettre chiffrée à lui adressée par Grémonville, amiral au service des Vénitiens, et tombée aux mains des Turcs. Sur le refus que lui firent le fils de l’ambassadeur et l’ambassadeur lui-même de lui dévoiler le contenu de la lettre, le grand vizir les fit jeter l’un et l’autre en prison, après les avoir maltraités.
2) Christophe de Bermond.
3) François Picquet. Tripoli et Alep avaient un même consul.
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Nous avons reçu un écu pour Nicolas Bonner, forçat à Toulon ; je prie M. Parisy de le lui donner, et à Antoine Auroy 3 livres, et à Toussaint Le Cercieux, forçat sur la galère de Ternes ou de Richelieu, 20 livres, reçues ici de M. Haistrau, marchand de Montfort (4) en Anjou.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i p. d. l. M.
2660. — A GUILLAUME DESDAMES, PRêTRE DE LA MISSION A VARSOVIE
De Paris, ce 13 septembre 1658,
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Béni soit le Père de ce même Seigneur J.-C. de l’affliction qu’il nous a envoyée en nous ôtant son serviteur M. Ozenne (1) ! Vous pouvez penser que notre douleur est grande, et je juge par la mienne, qui m’est très sensible, que la vôtre ne l’est pas moins. Mais comme c’est Dieu qui l’a fait, c’est à nous à bien user de cette visite, en nous conformant à sa sainte volonté. Ce cher défunt est bien heureux d’être délivré de ce corps mortel, qui nous assujettit à tant de misères, et d’être maintenant en la maison de son Seigneur, comme nous avons sujet de le croire. Et nous, nous ne sommes peut-être pas tant à plaindre que nous pensons de l’avoir perdu, puisqu’il nous assiste mieux là où il est, que s’il était encore là où il était.
4) Petite Commune de l’arrondissement de Saumur.
Lettre 2660. — L. s. — Dossier de Cracovie, original. Le post-scriptum est de la main du saint
1) Mort à Varsovie le 14 août 1658.
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Je ne doute pas qu’il n’y ait difficulté en l’établissement de Cracovie ; mais, si le plaisir de Dieu est qu’il se fasse, sa Providence trouvera moyen d’en lever les empêchements ; et, au contraire, si les obstacles prévalent, ce sera un signe qu’elle voudra suspendre ce dessein, voyant que vous ne pourriez pas satisfaire à tout. Et en effet, Monsieur, comment feriez-vous, s’il vous fallait être en deux endroits, n’étant que deux prêtres ? Car quand nous vous en enverrions quelques-uns, ce qui nous serait difficile à présent, ils ne seraient pas en état de travailler de longtemps, faute de savoir la langue. Ce qui fait que, lorsque je pense aux moyens de fournir de bons missionnaires à la Pologne, celui-ci me vient toujours à l’esprit : d’assembler une douzaine de bons jeunes hommes de delà, si on les pouvait trouver, et les bien élever dans un séminaire, où ils puissent se former à la vertu et aux exercices ecclésiastiques. Je vous prie d’y penser et d’en concerter avec M. Fleury.
Nous n’enverrons point d’autre supérieur que vous, ni d’autre recteur. Je vous prie, Monsieur, de faire l’office de l’un et de l’autre. Je rends grâces à Dieu des conduites qu’il a tenues sur vous. J’espère qu’il bénira les vôtres et qu’il sanctifiera votre âme de plus en plus, comme je l’en prie de tout mon cœur. Je fais la même prière pour le bon M. Duperroy, que je regarde comme un sujet de l’infinie bonté de Dieu, qui l’a exercé au dernier point pour avoir des motifs de le bénir aussi au dernier point. Je l’embrasse avec vous, et vous avec lui, avec toute la tendresse de mon cœur, prosterné en esprit à vos pieds, qui suis votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous envoie un acte de présentation à Monseigneur
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de Posnanie (2) de votre personne pour la cure. Et pource que je suis en doute si M. Ozenne était pourvu de la cure de, je vous envoie deux diverses présentations : l’une, comme la cure étant vacante par la mort de M. le curé, qui l’a résignée à la compagnie permodum unionis ; et l’autre, comme vacante par la mort de feu M. Ozenne ; à ce que vous vous serviez de celle qui sera convenable (3). Vous prendrez et suivrez les avis de M. de Fleury en cela, comme en toutes choses, s’il vous plaît.
Il m’est impossible d’écrire à Madame de Villers par ce courrier ; l’on m’ôte la plume de la main pour m’en aller à l’assemblée des dames de la Charité ; je lui écrirai par le prochain courrier.
Au bas de la première page : M. Desdames.
2661. — A BALTHAZAR GRANGIER DE LIVERDI,
éVêQUE DE TRéGUIER
17 septembre 1658.
Monseigneur,
Le sujet pour lequel j’ai rappelé et envoyé à Saint-Méen notre frère Plunket est que M. Dupont m’avait mandé qu’il faisait les leçons que le frère Plunket faisait auparavant, et qu’il n’en faisait plus, pource que Messieurs vos séminaristes ne l’entendaient pas bien, à cause qu’il ne parle pas bien français. Et ayant appris par lui la même chose, j’ai cru, Monseigneur, qu’il
2) Albert Tholibowski.
3) Ces deux pièces nous ont été conservées, elles font partie du dossier de Cracovie.
Lettre 2661 — Reg. 1, f° 69 v°, copie prise sur l’original, qui était de la main du saint.
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n’était pas juste qu’il vous fût à charge dans votre séminaire, et qu’il ne vous en fallait point d’autre pour enseigner, puisque M. Dupont faisait d’un entretien. Que si absolument il vous en faut un autre, je tâcherai de le vous envoyer, si vous me faites l’honneur de croire que je rie vous donnerai jamais sujet raisonnable de mécontentement, et que, s’il y a quelque apparence du contraire en quelques-unes de mes actions, que j’espère que vous suspendrez votre jugement, jusques à ce que vous, Monseigneur, m’ayez ouï. J’aimerais mieux mourir, ou rappeler les pauvres prêtres de la Mission, que de manquer à ce que je vous dois, et qu’eux et moi vous fussions à peine et à dégoût.
Nous avons eu céans l’honneur d’y voir M. l’abbé de Liverdi, votre neveu, qui y a fait ses exercices spirituels, en sorte que nous en sommes restés fort édifiés. J’espère, Monseigneur, qu’il sera un jour un bon prélat de l’église de Dieu, et c’est de quoi je le prie, qui suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Monseigneur, votre…
2662. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 19 septembre [1658] (1)
Mon très honoré Père,
Je ne savais point que mon fils vous eût parlé de Champlan (2) mais Monsieur son beau-frère m’a dit qu’il vous en parlerait, et me fait passer cela comme une affaire de famille assez importante, pour quelque petite altération d’amitié entre ma fille et mesdames ses cousines de la Proutière et
Lettre 2662 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre doit être rapprochée de la lettre 2667.
2) Petite localité du canton de Longjumeau (Seine-et-Oise). C’est là qu’habitaient les parents de Gabrielle Le Clerc, belle-fille de Louise de Marillac.
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Lestang dont la continuation serait fâcheuse, je vous en dirai le sujet, s’il plaît à Dieu.
Une Sœur vient de Saint-Roch (3) me dire qu’elle ne se pouvait accommoder avec notre Sœur, ni à la paroisse, et ne s’en voulait pas retourner. Il y a beaucoup à redire à elle ; je l’ai renvoyée et promis d’en parler à votre charité ; mais je crois qu’il faudrait qu’elle sut tout pour en juger.
Je pense, Mon Très Honoré Père, que le meilleur temps pour la saignée aux personnes de notre âge, est la pleine lune, pour la purgation le décours, crainte d’une trop grande évacuation.
Je me suis oubliée ce matin de prendre l’ordre de votre charité pour les exercices de la bonne religieuse dont vous a parlé Monsieur le Chapelain de Chantilly (4) qui est céans d’aujourd’hui pour ce sujet ; c’est une bien pauvre fille quant à sa condition, mais peut-être son âme a-t-elle besoin d’aide. Pourra-t-elle parler à un de vos messieurs, ou, nos Sœurs et moi, ferons-nous ce que nous pourrons pour lui aider ?
S’il plaît à votre charité me mander ; si le pouvant j’irai faire ce petit voyage, et selon mes besoins faites-moi la charité de m’aider fortement par vos saints avis et prières, à me tirer de mes misères et me détromper si je suis en cet état, et m’honorez toujours de la croyance que je suis, par la volonté de Notre-Seigneur, Mon Très Honoré Père, Votre très humble et très obligée servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2663. — A LOUISE DE MARILLAC
[19 ou 20 septembre 1658
Si Mademoiselle Le Gras peut trouver un carrosse, nous lui donnerons le cocher et des chevaux. Il me semble qu’elle fera bien de faire ce petit voyage pour réunir plus étroitement les cœurs de la famille.
L’embarras auquel je suis m’empêchera de la voir au-
3) Paroisse de Paris.
4) M. Delahodde
Lettre 2663. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Saint Vincent a écrit sa réponse à la suite de la lettre précédente.
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jourd’hui. Je la prie de me mander ce que c’est de l’affaire des filles de Saint-Roch, et cela succinctement, comme aussi les autres choses qu’il faut que je sache.
Je prierai Dieu qu’il la conserve en son voyage et la ramène en parfaite santé, et qu’il lui donne son esprit unissant les cœurs.
Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.
2664. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 20 septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La raison pour laquelle je vous priai, la semaine passée, de retenir M. Huguier à Marseille jusqu’à nouvel ordre, est que l’on infère de l’emprisonnement de M. l’ambassadeur de France en Constantinople et de M. son fils, envoyé de nouveau de delà pour succéder à son père, que, ces personnes étant traitées de la sorte, Il n’y aurait aucune sûreté pour ledit sieur Huguier, ni pour M. Le Vacher (1), en Alger, mais bien un évident danger qu’ils y seraient malmenés ; pour le moins y aurait-il de l’imprudence, de notre côté, de les y exposer auparavant que nous ayons vu les suites de ce mauvais traitement des ambassadeurs, qui redonde sur la personne du roi, et la résolution que Sa Majesté en prendra. Ce retardement donc nous ayant été conseille fort à propos par des personnes éclairées, j’espère que vous le trouverez raisonnable ; que M. Huguier différera son voyage et néanmoins se tiendra prêt pour l’entreprendre, lorsqu’on le jugera expédient ; et que M. Le Vacher
Lettre 2664. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
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aura patience, dans le désir qu’il a de secourir ses frères affligés. Je ne doute pas que ceci ne lui fasse de la peine, mais je dois suivre le sentiment de plusieurs plutôt que le sien, et estimer que, dans la conjoncture présente, c’est assister le consul et les esclaves, que de n’exposer pas leur argent aux atteintes des Turcs, pendant que vraisemblablement ils s’en saisiraient, si nous étions assez précipités de l’envoyer chez eux. Ils ont sujet de penser que tout leur est permis sur les Français, voyant la grande entreprise du Grand Seigneur.
Je ne réponds pas à votre lettre du dernier ordinaire, parce que je ne l’ai pas encore reçue.
Nous avons reçu 6 livres pour Marc Mansart, forçat sur la Capitaine ; j’écris à M. Parisy qu’il les y donne, et une pistole à Antoine Marbais.
Voici une nouvelle qui vous affligera : il a plu à Dieu de disposer de M. Ozenne, supérieur de notre pauvre famille de Pologne. Une violente fièvre l’enleva de la terre au ciel la veille de l’Assomption et le 5e de sa maladie, muni de tous les sacrements et aussi bien disposé à sortir de ce monde pour s’unir à son souverain Seigneur, qu’on pouvait souhaiter. Il s’y était aussi préparé depuis son entrée en la compagnie, où il a toujours fui le mal et fait le bien avec beaucoup d’application et de fruit. Il était fort candide, doux et exemplaire. Dieu en est maintenant sa récompense. Il est fort regretté de tous ceux qui l’ont connu, et nous avons beaucoup perdu en lui, si nous pouvons appeler perte ce que Dieu gagne, duquel la volonté soit à jamais faite en nous et en tout ce qui nous regarde ! Priez, s’il vous plaît, et faites prier pour ce cher défunt, puisque l’église ordonne des prières pour les justes comme pour les pécheurs tels que je suis.
D’un autre côté, Dieu nous a consolés de l’arrivée de Messieurs de Fontaines et Arnoul, qui étaient restés
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malades en Espagne, et dont nous étions en grande peine, pour n’en recevoir aucune nouvelle. Je vous prie de remercier Dieu de nous les avoir ramenés en bonne disposition, quoique M. de Fontaines soit au lit depuis deux jours pour une fièvre double-tierce.
Je viens de recevoir votre lettre du 10. Je suis très affligé de votre mal des yeux ; et comme votre santé nous est plus chère que tout autre chose, je suis d’avis que vous changiez d’air, et je vous en prie. Il serait à désirer que ce fût en la plus proche de nos maisons, qui est Agde ; mais, la ville étant sur le bord de la mer, aussi bien que Marseille, et l’air y étant encore plus mauvais, vous ferez bien de vous en aller à Annecy, ou à Notre-Dame-de-Lorm, au diocèse de Montauban, où l’air est bon et le pays beau, et où la Garonne passe, qui est une belle rivière. Je prie M. Le Vacher de vous représenter en votre absence, et vous de lui donner les avis que vous jugerez à propos et la connaissance des affaires de la maison. Vous mettrez, s’il vous plaît, les 3.300 livres que vous deviez livrer à M. Huguier, dans le coffre à deux serrures, dont ledit sieur Huguier aura une clef et M. Le Vacher l’autre. Vous nous manderez, s’il vous plaît, le lieu que vous aurez choisi pour votre retraite. Vous serez utile et bien venu en tous les deux.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p d. l. M.
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2665. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR A TURIN
De Paris, ce 20e septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il a plu à Dieu de disposer de M. Ozenne, supérieur de notre pauvre famille de Pologne ; une violente fièvre l’enleva de la terre au ciel la veille de l’Assomption et le 5e de sa maladie, muni de tous les sacrements et aussi bien disposé de sortir de ce monde pour s’unir à son souverain bonheur, qu’on pouvait souhaiter. Il s’y était aussi préparé depuis son entrée en la compagnie, où i ! a toujours fui le mal et fait le bien avec beaucoup d’application et de fruit. Il était fort candide, doux et exemplaire, et Dieu est maintenant sa récompense. Nous avons beaucoup perdu en le perdant, si nous devons appeler perte ce que Dieu gagne. Sa volonté soit faite ! Priez et faites prier, s’il vous plaît, pour ce cher défunt, selon la pratique de l’église, qui prie pour les justes comme pour les pécheurs.
D’un autre côté, Dieu nous a consolés de l’arrivée de Messieurs de Fontaines et Arnoul, qui, étant restés malades en Espagne, où ils ont été menés par un vaisseau de guerre, qui les a pris sur mer, allant à Madagascar avec M. Le Blanc, nous ont tenus longtemps en grande peine, faute de nous donner de leurs nouvelles ; mais enfin ils nous les ont portées eux-mêmes en bonne disposition. Il est vrai que depuis deux jours M. de Fontaines est retombé malade.
J’ai reçu votre lettre du 23 d’août, à laquelle je n’ai rien à répondre. En voici une pour M. Cauly, pour lui donner avis du départ de M. son frère, qui, après avoir
Lettre 2665. — L s. — Dossier de Turin, original.
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passé quelque temps au séminaire des Bons-Enfants, s’en retourne en Savoie pour y desservir sa cure, où il ferait du bien s’il avait autant de santé qu’il a de bonnes intentions.
Je salue la petite famille et suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.
2666. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 20e septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 20e août. Je vous remercie de toutes les avances que vous faites pour l’expédition des bulles de Saint-Lazare, en quoi vous nous obligez plus que je ne vous puis dire, et j’en ai une reconnaissance très sensible. Nous attendrons en patience la réponse de Mgr le cardinal dataire (1), ensemble la dispense de M. Geoffroy et celle de ce bon gentilhomme et demoiselle de proche Montmirail. Je vous remercie aussi des soins que vous en avez, particulièrement de celle de M. Geoffroy.
Dieu soit loué, Monsieur, de l’affection que ce bon prêtre piémontais dont vous m’écrivez a témoignée à la compagnie par son testament ! Faites-lui-en bien connaître notre gratitude. Dieu soit encore loué de ce qu’il lui a rendu la santé ! Nous le prierons qu’il la lui continue pour longues années.
Lettre 2666. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Jacques Corradi.
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Dieu bénisse, par sa bonté infinie, le commencement et le progrès du séminaire qui se va établir au collège de la Propagation, et donne l’événement qu’il lui plaira à la proposition agitée en la Congrégation de la Visite Apostolique ! Nous nous tiendrons cependant les plus résignés que nous pourrons à son bon plaisir, de quelque côté que les choses tournent.
Je vous prie de nous envoyer une provision de la cure de Chavagnac (2), du diocèse de Sarlat, comme vacante par la mort du dernier titulaire, ou par la démission de Me Gilbert Cuissot entre les mains de Mgr l’évêque (3), lequel n’a pas pourvu audit bénéfice dans les six mois, ou en quelqu’autre façon qu’il puisse vaquer ; et ce au profit de Me…, prêtre du diocèse de…
Voici une nouvelle qui vous affligera. Il a plu à Dieu de disposer de M. Ozenne, supérieur de notre pauvre famille de Pologne. Une violente fièvre l’enleva de la terre au ciel la veille de l’Assomption et le 5e de sa maladie, muni de tous les sacrements et aussi bien disposé à sortir de ce monde pour s’unir à son souverain Seigneur, qu’on pouvait souhaiter. Il s’y était aussi préparé depuis son entrée en la compagnie, où il a toujours fui le mal et fait le bien avec beaucoup d’application et de fruit. Il était fort candide, doux et exemplaire. Dieu en est maintenant sa récompense. Il est fort regretté de tous ceux qui l’ont connu, et nous avons beaucoup perdu en lui, si nous pouvons appeler perte ce que Dieu gagne, duquel la volonté soit à jamais faite et accomplie en nous et en tout ce qui nous regarde. Priez, s’il vous plaît, et faites prier pour ce cher défunt, puisque l’église ordonne des prières pour les justes comme pour les pécheurs tels que je suis.
2) Petite localité de l’arrondissement de Sarlat (Dordogne).
3) Nicolas Sevin.
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D’un autre côté, Dieu nous a consolés de l’arrivée de Messieurs de Fontaines et Arnoul, qui étaient resté, malades en Espagne et dont nous étions en grande peine pour n’en recevoir aucune nouvelle. Je vous prie de remercier Dieu de nous les avoir ramenés en bonne disposition, quoique M. de Fontaines soit maintenant au lit pour une fièvre double-tierce.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2667. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Septembre 1658] (1)
Ce que j’ai mandé à votre charité être nécessaire qu’elle sût, est des déportements de la Sœur qui ne veut pas être esclave à Saint-Roch (2), ni avec une personne exacte ; elle est retournée et cela ne presse pas jusqu’à mon retour, si je puis aller. J’appréhende un peu que Madame de Marillac et toute leur maison ne s’offense de les approcher sans les voir, comme ils ont fait les autres années les refusant. Si votre charité y trouve inconvénient, je lui demande deux jours, renvoyant à dimanche matin les chevaux et au cas que j’aie assez de force. L’autre chose que j’avais à vous dire, Mon Très Honoré Père, était le sujet du différend des personnes que je dois y aller trouver ; et le service d’avis que je leur puis rendre à l’avenir, cela ne presse pas si bien (que) Ollainville (3). S’il plaît à votre charité m’en donner réponse l’attendant
Lettre 2667. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
2) Paroisse de Paris.
3) Alors à Ollainville (Seine-et-Oise), dont Michel de Marillac était seigneur.
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avec entière soumission, ainsi que Dieu a toujours fait la grâce à votre pauvre fille et servante.
L. D. M.
Je viens d’être assurée d’un carrosse pour demain matin, aidée de vos chevaux et du cocher que votre Charité nous veut bien prêter.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2868. — A JEAN DOLCE, éVêQUE DE BAYONNE
De Paris, ce 22 septembre 1658.
Monseigneur,
Il est bien juste qu’après avoir reçu la grâce que je vous ai demandée, je vous en fasse un très humble remerciement, comme je fais, Monseigneur, avec toute la tendresse de mon cœur. C’est au sujet des deux pauvres missionnaires qui étaient en Espagne (1), qui, par votre ordre, ont reçu à Bayonne toutes les assistances possibles et des offres qui ont surpassé leurs besoins aussi bien que leurs espérances. J’en aurai toute ma vie une reconnaissance sensible et un désir très ardent de la vous témoigner par mon obéissance. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de vous assurer que je recevrai toujours vos commandements avec tout le respect et la soumission que vous doit le moindre prêtre de votre diocèse. Aussi suis-je plus qu’aucun, en l’amour de N.-S., Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la page : Monseigneur de Bayonne.
Lettre 2668. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Pasquier de Fontaines et Marand-Ignace Arnoul.
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2668. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 27 septembre 1658.
La grâce de N-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas envoyé à M. Colbert les trois mille et tant de livres que nous avons pour certains esclaves, dont vous avez les noms, ne sachant pas si vous les tireriez sur nous, comme je vous ai écrit de le faire ; mais, puis
que vous nous renvoyez à lui, je m’en vas envoyer savoir s’il veut recevoir cette somme, et mander à M. Lambert de vous les délivrer. Il sera difficile que cela se puisse faire aujourd’hui ; ce sera, Dieu aidant, pour la semaine prochaine.
Si Messieurs les consuls vous font appeler pour savoir votre sentiment au sujet de Rappiot, vous ferez bien de ne requérir pas son bannissement, mais dire seulement les raisons pour et contre, sans conclure à rien, laissant à leur discrétion d’en ordonner ce qu’ils jugeront à propos. Vous pourrez néanmoins leur proposer la saisie de ses effets, pris par la garde-côte, afin qu’ils soient appliqués au remboursement de M. Barreau, au cas que ledit Rappiot gagne son procès contre M. de Montolieu.
Madame la duchesse d’Aiguillon se chargea la semaine passée de faire savoir à M. le surintendant (1) que l’hôpital royal ne peut plus recevoir les forçats malades, s’il n’est payé de l’aumône du roi. Si madite dame se trouve aujourd’hui à l’assemblée, je saurai ce qu’elle a fait. Pour Monsieur le duc de Richelieu, il est allé aux
Lettre 2669 — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Nicolas Fouquet.
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eaux de Bourbon, et je garde la lettre de M. le prévôt Bausset jusqu’à son retour.
Nous avons reçu quatre écus pour Charles Ballagny, forçat à Toulon ; je vous prie de les y faire donner ; je le mande à M. Parisy.
Je vois par votre lettre de cet ordinaire votre caractère assez bon, et par conséquent vos yeux en meilleur état ; c’est pourquoi, Monsieur, je vous prie, au nom de N.-S., de rester encore à Marseille quelque temps, au moins jusqu’à ce que ces affaires d’Alger soient faites, ou jusqu’à l’arrivée de M. Berthe, qui part aujourd’hui pour Marseille et pour l’Italie avec neuf ou dix autres missionnaires. Néanmoins, si le mal vous presse, allez-vous-en en l’une des maisons que je vous ai marquées, savoir Notre-Dame-de-Lorm et Annecy, ou, si vous croyez que l’air de Paris vous soit le meilleur, venez-vous-y en ; j’aurai grande consolation de vous voir.
M. Berthe vous porte nos règles imprimées et quelques Busée (3) que vous avez ci-devant demandés.
J’embrasse Messieurs Le Vacher et Huguier avec toutes les tendresses de mon cœur. Je n’ai aucun loisir de leur écrire.
Je vous prie de voir avec M. Le Vacher s’il est expédient de montrer à Martin Jolly la lettre de M. son oncle.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
2) Auteur du Manuel de méditations dévotes sur tous les évangiles des dimanches et fêtes de l’année.
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2670. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 27 septembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Dieu soit loué de ce que vous voilà logés plus au large et en meilleur air ! Mais c’est toujours en maison de louage. Ne parle-t-on plus de l’affaire de Saint-Antoine ?
Il ne faut pas vous étonner, Monsieur, de l’indisposition qui vous a paru en la petite famille ; il en arrive partout de pareilles, pour les mêmes fins pour lesquelles Dieu permit qu’en la compagnie de N.-S. il arrivât des dégoûts et des changements, à savoir, pour exercer ceux qui les souffrent et pour humilier les supérieurs. Le remède à cela, c’est la patience, le support et la prière à Dieu, à ce qu’il redonne aux esprits leur première sérénité et l’ouverture de cœur qu’il convient. Vous y pouvez aussi contribuer en les prévenant de témoignages d’estime, d’affection et de cordialité. Il arrive à une communauté ce qui arrive à une personne particulière, qui est de se trouver abattue, sèche et resserrée ; et comme vous voyez les autres en cet état, vous devenez, ce semble, semblable à eux ; et voilà l’ennui qui vous prend, et puis le découragement. Mais, au lieu de vous y laisser aller, il faut premièrement, tant que cela durera, tâcher d’honorer les actes de patience et de résignation pratiqués par Notre-Seigneur en pareilles occasions, particulièrement lorsque plusieurs de ses disciples, rebutés de sa sainte conduite et de sa doctrine admirable, s’étant départis de lui, il dit à ses apôtres : "Et vous, me voulez-vous aussi quitter (1) ?" Il sera bon
Lettre 2670. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) évangile de saint Jean VI, 68.
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de savoir confidemment de quelqu’un d’où cela vient, et tâcher d’y remédier (2). Secondement, vous devez redoubler votre confiance en Notre-Seigneur, le constituant et le regardant le supérieur de votre maison, le priant sans cesse qu’il ait agréable de la conduire selon ses voies, ne vous considérant que comme un pauvre instrument, qui, s’il n’était en la main d’un si excellent ouvrier, gâterait tout.
Enfin, Monsieur, voilà M. Berthe qui part pour l’Italie avec quantité d’autres. Il vous ira voir, Dieu aidant, au retour de Gênes. Traitez avec lui cœur à cœur et de toutes choses. J’espère que vous trouverez par tous ces moyens la paix et la joie pour vous et pour les vôtres, et l’avancement à la vertu pour tous en général et pour chacun en particulier, mais souvenez-vous que la patience nous est autant nécessaire pour nous supporter nous-mêmes, que la charité pour supporter le prochain. Plaise à Dieu de nous donner l’une et l’autre !
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
M. Berthe vous porte les règles imprimées de la compagnie pour être distribuées à chacun. Peut-être qu’en passant à Lyon il les laissera à M. Delaforcade pour vous les faire tenir, car il s’en va droit à Marseille.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.
2) Cette phrase est de la main du saint.
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2671. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 27 septembre 1658.
Je crois bien qu’il n’y a rien à espérer de la proposition de Tolède, avant que la paix soit faite entre les deux couronnes ; et c’est, à mon avis, ce que M. du Loeus (1) vous veut faire entendre, sans le dire, avec ses réponses générales et indéterminées. Comme, par la grâce de Dieu, nous ne voulons que ce qu’il veut, nous attendrons avec grande patience le temps que sa Providence a ordonné pour l’exécution de ses desseins. Ce que je dis aussi au sujet d’un logement pour votre famille, puisque vraisemblablement celui que vous avez vu ne vous sera pas donné, pour les difficultés qui s’y rencontrent, et qu’il ne s’en pourra présenter de longtemps un autre qui vous convienne, ou qui n’ait aussi ses difficultés. Plaise à Dieu de nous faire recevoir tous les événements d’un même cœur ! Je veux dire, les bons et les mauvais, avec indifférence. Ce qu’il fera sans doute si nous anéantissons nos désirs et nos conduites en sa présence, nous laissant gouverner par sa sagesse et croyant que tout ce qui arrive est le meilleur pour nous, bien qu’il soit contraire à nos sentiments. Si Dieu châtie ceux qu’il aime, nous devons estimer qu’il nous est favorable lorsque les affaires ne nous succèdent pas.
Je me réjouis de ce que vous pressez l’expédition des bulles de Saint-Lazare. C’est là le sceau qui doit affermir cette communauté et même toute la compagnie, qui, après Dieu, a son centre et son fondement en ce lieu. Et de là vous voyez combien est important le service que vous lui rendez en lui donnant moyen de se défendre des attaques dont on la menace ; car on a dessein
Lettre 2671 — Reg. 2, p. 247.
1) Nom latinisé de Jacques Duley, futur évêque de Limerick.
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de nous ébranler d’ici, si on peut, ainsi que je vous ai mandé. Nous devons tout craindre, après un procès que nous venons de perdre, contre toutes les apparences divines et humaines, touchant la ferme d’Orsigny, que nous avons aussi perdue. Mais Dieu soit loué ! Il nous a fait la grâce de recevoir ce coup comme un coup de sa main paternelle, qui nous ôte un peu de bien temporel pour nous augmenter la confiance en sa bonté et la patience dans les adversités, tant nécessaires aux chrétiens et aux missionnaires.
2672. — A UN SUPéRIEUR
Du 28 septembre 1658.
Une autre fois, quand vous aurez les ordinands chez vous, ne les quittez pas, s’il vous plaît, comme vous avez fait cette dernière fois, allant à la campagne reconnaître un lieu pour y faire la mission. C’est entasser trop de choses à la fois ; et c’est inutilement, ce semble, que vous êtes sorti, puisque de toutes parts on vous demande. N’avez-vous pu vous déterminer au choix d’une paroisse sans l’avoir vue auparavant ?
Je m’étonne, Monsieur, que vous me pressiez encore de vous envoyer vos livres, vous ayant écrit plusieurs fois que c’est contre l’ordre de la compagnie d’en avoir aucun en propre, et encore plus d’en emporter quantité de maison et maison. Je vous ai même dit que je suis obligé de tenir la main à l’observance de cette règle. C’était assez de cela pour vous faire considérer la volonté de Dieu et pour vous y tenir, sans me faire de nouvelles instances pour passer par-dessus. Mais ce qui est de plus fâcheux est que vos lettres sont toujours
Lettre 2672 — Reg 2, p 120
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pleines d’aigreur et de plaintes, ou pour ce qui vous touche, ou à l’encontre des autres qui ne vous reviennent pas ; et sans vous contenter de vous adresser à moi, vous faites connaître vos peines au tiers et au quart ; comme, au sujet de ces livres, vous avez témoigné votre ressentiment à ceux qui sont avec vous et l’avez écrit de deçà à Messieurs… publiant ainsi vos mécontentements, comme font les esprits tendres qui ne peuvent porter une petite mortification. J’espère que cela ne vous arrivera plus.
Je suis en peine de l’incommodité du frère… et je prie Notre-Seigneur qu’il lui redonne la santé. Si je croyais que ce bon frère la trouvât plutôt à Paris que là où il est, je serais content qu’il y vînt ; mais le changement de lieu, pour l’ordinaire, sert de peu à rendre la vue meilleure et à réparer les forces perdues ; et je ne vois pas que les bourgeois des villes sortent de leurs maisons quand ils y sont indisposés, et s’en aillent demeurer ailleurs bien loin pour y être mieux ; chacun souffre son mal chez soi et se sert des remèdes qu’il a. Or, ce frère ayant servi votre maison 10 ou 12 ans, n’est-il pas juste qu’elle le souffre et le soulage maintenant qu’il est infirme, sans vouloir s’en décharger sur une autre qui n’a déjà que trop d’autres infirmes ? Je vous prie, Monsieur, de le retenir et d’en avoir soin.
2673. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 28 septembre 1658.
La résistance du frère clerc à s’humilier de sa faute nous donne sujet de ne rien espérer de lui, quelque mine qu’il fasse ; et son esprit est tel qu’à moins d’une
Lettre 2673. — Reg. 2, p 169
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grâce extraordinaire, ou d’une grande fidélité de sa part à répondre aux grâces ordinaires, il est en grand danger, je ne dis pas de quitter la compagnie, car il en est déjà dehors, ou peu s’en faut, mais de se perdre dans le monde ; ce que Dieu ne permette pas ! Je n’ai plus d’avis à vous donner à son égard, sinon que vous teniez ferme, s’il vous plaît, pour rompre ses pratiques déréglées et ses petites humeurs, et pour le rendre souple à l’obéissance et au règlement. Si pour cela s’en va, ce sera sans sujet ; mais, s’il change et demeure, nous verrons ce qu’on en fera.
Puisque votre conseil juge que M…. ancien confrère de votre maison, n’a pas droit de demander le logis de feu M. votre curé, entre les autres raisons que vous lui donnerez pour l’en éloigner, dites-lui que les femmes ne doivent pas loger parmi les ecclésiastiques, ni les missionnaires souffrir qu’elles entrent dans leur enclos.
2674. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 2 d’octobre 1658.
Je vous écris de la ville, où je suis déjà bien tard, seulement pour vous prier de nous envoyer une procuration en qualité de prieur de Bussière-Badil, dont le nom du procureur sera en blanc, par laquelle vous lui donnerez pouvoir d’affermer les fruits dudit prieuré, pour le prix et les années qu’il jugera à propos, d’en recevoir les revenus et les arrérages, de contraindre au payement, de plaider, transiger, donner quittance, de substituer un ou plusieurs procureurs, tant en justice
Lettre 2674. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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que pour l’effet de la présente procuration, et généralement faire et négocier, pour le spirituel et temporel dudit prieuré, tout ainsi que vous feriez si vous étiez présent, etc. Les notaires savent les formalités de pareils actes. Il est à propos que vous alliez faire celui-ci en lieu où vous ne soyez pas connu. Je suis, en l’attendant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il faut que la procuration soit la plus étendue en pouvoir que faire se pourra, et qu’elle soit ici au plus tôt.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2675. — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 2 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N. S. soit avec vous pour jamais !
Je vous ai fait envoyer nos règles imprimées par le dernier coche qui est parti d’ici pour Sedan, dans un petit paquet couvert de toile à vous adressant ; vous le ferez retirer, s’il vous plaît. Il y a sept exemplaires en latin et trois en français (1). Vous y trouverez une petite lettre circulaire, qui doit être signée de M. Alméras, qui contient quelques avis sur ce sujet. Il me semble qu’il y a aussi un bref d’une indulgence pour ceux qui feront les exercices spirituels en la compagnie, tant du dedans que du dehors.
Lettre 2675. — L. s — Dossier de la Mission, original.
1) Ces derniers pour les frères coadjuteurs de la maison.
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Je loue Dieu de ce qu’il a béni vos retraites et rendu la santé aux infirmes. Je vois bien que ces retraites faites de huit jours de suite incommodent le service de la paroisse ; mais il faut faire le mieux que vous pourrez, ainsi qu’on a fait par le passé ; car de faire les exercices spirituels en deux temps, ou deux fois l’année, de cinq jours chaque fois, ce serait faire ce qui ne se fait en pas un lieu que je sache, non seulement de la compagnie, mais des autres communautés, à la réserve des novices et des séminaristes. Je vous prie de ne rien innover pour ce regard.
M. Maillard vous écrit touchant la donation faite par la petite Jeanne Payon.
Nous tâcherons d’acquitter votre lettre de change pour ce quartier ici.
M. Coglée (2) n’a emporté aucuns livres, ni je ne comprends pas de quels livres vous parlez quand vous dites n’en avoir trouvé aucun de ceux que doivent avoir les supérieurs, car il n’y en a point qui soient particulièrement destinés pour eux. Si vous parlez d’un registre sur lequel on écrit nos résolutions aux difficultés qu’on nous propose, M. Coglée n’a pas observé cela et n’a pas fait, à ce qu’il dit, aucun projet de prône que pour son usage, et non pour servir à d’autres.
Il a plu à Dieu de disposer de M. Ozenne, supérieur de notre pauvre famille de Pologne. Une violente fièvre l’enleva de la terre au ciel la veille de l’Assomption et le 5e de sa maladie, muni de tous les sacrements et très bien disposé à la mort. Aussi s’était-il préparé toute sa vie à ce passage par fuir le mal et faire le bien ; ce qu’il a fait avec beaucoup d’application et de fruit. Il était fort candide, doux et exemplaire, et Dieu
2) Prédécesseur de Pierre Cabel à la cure de Sedan.
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est maintenant sa récompense. Il est fort regretté, et nous avons beaucoup perdu en le perdant, si nous pouvons appeler perte ce que Dieu gagne, duquel la volonté soit à jamais faite en nous et en tout ce qui nous touche ! Priez, s’il vous plaît, et faites prier pour ce cher défunt, car l’église prie pour les justes comme pour les pécheurs.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel.
2676. — A MADEMOISELLE DE LAMOIGNON
[Octobre 1658] (1)
Vincent de Paul félicite Mademoiselle de Lamoignon de l’honneur fait à son frère Guillaume, qui vient d’être nommé premier président par le roi (2).
2677. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[3 octobre 1658] (1)
Mon Très Honoré Père,
Notre Sœur Françoise Fanchon (1) a pris aujourd’hui l’avis de Monsieur Portail sur son désir de faire demain, jour de Saint-François son renouvellement annuel, et il n’y a point trouvé de difficulté. Elle supplie votre charité, si elle l’agrée, de l’offrir à Dieu en la manière qu’elle doit faire et moi toujours
Lettre 2676 — Collet, op cit, t. II, p. 57, en note.
1) Voir note 2.
2) Guillaume de Lamoignon fut nommé premier président le 2 octobre 1658.
Lettre 2677. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Le frère Ducournau a ajouté au dos de l’original : "Octobre 1658." Le contenu permet de préciser le jour.
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dans mes misères, je demande votre bénédiction et prières.
J’ai un peu de peine d’une si longue privation de vous parler, Dieu le veut puisqu’il le permet ainsi. Madame de Marillac la Carmélite (2) a grand désir que je lui aille dire des nouvelles d’Ollainville (3) et Madame la fille m’a mandé * y retourner samedi. Si votre charité me le permet je prendrai l’occasion de son carrosse demain pour ne point mécontenter la mère.
J’ai peine de ne point savoir de nouvelles de nos Sœurs de Calais (4) ni de celles de Metz (5) depuis qu’elles sont parties, quoique je leur aie écrit, permettez-moi de vous en demander. Et voulez-vous bien que je croie qu’il est vrai que je suis toujours, Mon Très Honoré Père, Votre très petite et très indigne fille et servante.
LOUISE DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2678. — A JEAN MONVOISIN
De Paris, ce 8 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai pas le temps de vous écrire amplement ; je le fais seulement pour vous dire que j’approuve fort que vous fassiez la mission de Beuvardes avec ces Messieurs qui sont avec vous, que j’embrasse aussi avec vous avec toute la tendresse de mon cœur. Je prie N.-S. qu’il ait agréable ce service que vous rendrez aux âmes, et qu’il y bénisse vos travaux.
Je n’ai encore pu assez considérer votre dernière lettre pour vous en rendre réponse à présent, au sujet de cette bonne demoiselle qui offre son bien à rente viagère. Je serais bien aise de savoir ce qu’elle en retire, tous frais faits, par communes années.
Lettre 2678. — L. s. - Dossier de la Mission, original.
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Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Vous irez, s’il vous plaît, M. Cornuel et vous, voir Mgr de Soissons (1) avant d’aller à Beuvardes. Vous verrez avec lui, ou avec M. Dutour, son grand vicaire, s’il y aurait moyen de trouver un bon prêtre pour dire tous les jours la messe à Beuvardes et y faire l’école, et le faire agréer au seigneur, qui le doit payer, selon la fondation. Vous tâcherez aussi, la mission faite, de vous faire payer la rente et les arrérages qu’il vous doit.
Suscription : A Monsieur Monsieur Monvoisin, prêtre de la Mission de Fontaine-Essart, à Montmirail.
2679. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 11e octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 1er de ce mois et une sensible consolation d’apprendre que votre œil malade se guérit. J’en remercie Dieu, comme aussi de l’attache que vous avez pour la seule volonté de Dieu, qui fait qu’au lieu d’en avoir quelqu’une pour les lieux et les emplois, vous avez pour toutes choses une sainte indifférence. C’est le moyen d’être toujours en paix et béni partout. Plaise à Dieu de nous établir, tant que nous
1) Charles de Bourbon.
Lettre 2679. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
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sommes, en ce bienheureux état ! Je suis donc très aise que vous restiez à Marseille, puisque votre santé vous le permet. Je vous prie de la ménager, et Notre-Seigneur de travailler avec vous au rétablissement de la conférence et à l’avancement à la vertu de ces Messieurs de la ville qui doivent y assister.
Je suis consolé de ce que vous parlez de [faire] bientôt une mission. Le changement…
Madame la duchesse d’Aiguillon fait ce qu’elle peut pour faire continuer à l’hôpital ses appointements ; pour moi, je ne puis rien après elle. Je saurai si elle y a avancé quelque chose, la première fois que j’aurai l’honneur de la voir.
Je vous renvoie la lettre de M. Rambert, n’étant pas à propos de la présenter à M. Colbert, après le refus qu’il a fait de recevoir notre argent, et la raison qu’il nous en a dite, comme je vous l’ai mandé. Je suis d’avis de donner cet argent à M. Simonnet, et c’est ce que nous ferons cette semaine. Je pense qu’il n’y a rien à craindre.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2680. — A JEAN BARREAU
De Paris, ce 11e octobre 1658.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à votre chère lettre du 3 septembre, comme j’ai déjà fait à vos précédentes. J’ai fait rendre
Lettre 2680. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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à M. votre frère toutes celles que vous m’avez adressées, et lui ai envoyé votre procuration, estimant qu’il vous sera toujours comptable de votre bien, dont vous lui donnez une pleine disposition.
Je souhaiterais fort que les esclaves fussent payés et que M. Le Vacher (1) fût avec vous ; mais plusieurs choses nous obligent d’arrêter encore à Marseille sa personne et son argent. Premièrement, le danger qu’il y a que les créanciers de Rappiot ne se saisissent des deniers, et qu’ainsi, au lieu de secourir ces pauvres gens, on les réduise à n’être jamais secourus, pour nous être trop hâtés. Vous reconnaissez vous-même ce danger par votre dernière, et, pour l’éviter, vous voudriez qu’on se servît de la voie de Tunis ; mais, tout considéré, il y a danger de tous côtés. Secondement, M. Le Vacher, de Tunis, nous écrit qu’il n’est nullement expédient d’envoyer personne non plus en Alger qu’à Tunis, et qu’au contraire il faudrait, si on pouvait, en retirer ceux qui y sont, jusqu’à ce que le roi ait témoigné quelque ressentiment aux Turcs de ce qui s’est passé, et mis quelque ordre pour l’avenir, parce qu’autrement ils continueront leurs entreprises. Et en troisième lieu, ce qui nous a davantage obligés à prendre résolution d’attendre encore, est l’emprisonnement que le G [rand] S [eigneur] a fait faire de l’ambassadeur de France et de M. de La Haye, son fils, substitué à l’emploi du père (2), qui est une entreprise étrange, qui nous donne sujet de tout craindre, ou du moins de ne rien hasarder de nouveau, jusqu’à ce que nous voyions quel événement aura cet affaire, dont le roi a grande raison de se ressentir. C’est pourquoi, mon cher Frère, je vous prie, au nom de N.-S., d’avoir patience. Notre-Seigneur
1) Philippe Le Vacher.
2) Voir lettre 2659, note
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ne permet pas toutes ces choses sans raison ; elle nous est inconnue à présent, mais nous la verrons quelque jour. Le retardement n’a rien gâté jusqu’à cette heure, et j’espère qu’il ne gâtera rien à l’avenir ; et tandis que Notre-Seigneur vous fera la grâce de vous abandonner à sa conduite, assurez-vous que vous vous en trouverez bien. Je prie sa divine bonté qu’elle vous continue sa protection et vous remplisse de confiance en sa vertu et en son amour, qui est plus grand pour vous que vous ne pouvez penser.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Notre monde fait à présent ses exercices spirituels pour aller ensuite rendre quelque petit service à Dieu, qui d’un côté, qui d’autre. Il en est parti depuis peu dix ou douze pour l’Italie. On nous demande des hommes de tous côtés. La moisson est grande ; priez Dieu qu’il envoie de bons ouvriers en sa vigne.
Il a plu à Dieu de nous en ôter un des meilleurs ; je ne sais si je ne vous l’ai pas déjà mandé : c’est le bon M. Ozenne, supérieur de notre pauvre famille de Pologne, qui mourut la veille de l’Assomption. La perte est grande pour nous, si nous pouvons appeler perte ce que Dieu gagne. Il a toujours fui le mal et fait le bien avec beaucoup d’application et de fruit. Je recommande son âme à vos prières, puisque l’église veut qu’on prie pour les justes comme pour les pécheurs.
Je suis, en l’amour de N.-S., mon cher Frère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul en Alger.
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2681. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 15 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu en même temps vos lettres des 1er et 9 de ce mois. Je ne puis que rendre grâces à Dieu de toutes celles qu’il vous a faites. Vous devez vous humilier beaucoup en vue des effets de sa divine bonté en vous et par vous, et des empêchements que vous mettez peut-être aux opérations de sa grâce, qui sans cela ferait encore de plus grands biens. Gardez-vous bien, Monsieur, de vous en attribuer aucun ; vous commettriez un larcin et feriez injure à Dieu, qui seul est l’auteur de toute bonne chose. Tendez toujours en bas, à l’amour de votre abjection et au désir du mépris et de la confusion, contre l’inclination naturelle, qui porte à l’affection de paraître et de réussir. C’est le moyen des moyens pour honorer Dieu, pour bien édifier et conduire saintement la famille, et enfin pour attirer des singulières bénédictions du ciel sur tous vos travaux. Je prie sa divine bonté qu’elle tire sa gloire de vos retraites et des nôtres ; ce qu’elle fera sans doute, si elles nous portent de plus en plus au zèle et à l’humilité.
Quoi que le médecin vous dise de la nature du mal du frère Emmanuel, défiez-vous-en. Les défaillances qu’il a eues donnent sujet de craindre qu’il a l’épilepsie, ou du moins une disposition à l’avoir ; et, quelque remède qu’on y apporte, il est difficile d’en ôter la racine, quoiqu’on vous promette de le guérir. Tant y a que le soupçon seulement d’un tel [mal] est capable
Lettre 2681. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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de faire rejeter un homme d’une communauté. Il y a une religieuse au monastère de Sainte-Marie dont j’ai le soin, qui est atteinte du haut mal. Comme elle faisait peine à toute la famille, on l’a séparée et mise dans un lieu à part. Il est arrivé que la religieuse qu’on lui avait donnée pour veiller sur elle et pour l’assister, la voyant écumer et se débattre, en a reçu de si fortes impressions, qu’elle-même tombe à présent en pareilles syncopes. Vous savez que pour cela un homme est irrégulier. Si donc l’église le rejette, combien plus le doit faire une compagnie où les frères habitent ensemble !
Notre maxime est de ne recevoir personne en nos maisons pour y demeurer libre. Et comme feu M. de Fargis, qui était un seigneur de ce royaume d’un grand esprit, qui avait été ambassadeur en Espagne st qui était beau-frère de notre fondateur, voulut se retirer céans, je lui dis que nous n’y recevions plus personne que pour faire seulement les exercices spirituels, ou pour être du corps. Et comme il vit qu’il n’y pouvait vivre en son particulier avec des serviteurs, il se résolut de prendre l’habit de la compagnie et de s’accommoder à la communauté. Il y a même vécu un an en cette sorte, mais avec grande consolation de sa part et de la nôtre, qui n’avons jamais remarqué en lui aucun défaut (1). Quelque temps après, M. d’Alméras, maître des comptes, nous ayant demandé la même chose que lui, nous lui fîmes la même réponse, et il prit ensuite la même résolution, le même habit et la même manière de vie, quoiqu’il eût 82 ans. Nous en avons reçu une grande édification et il est mort en saint. De cette manière, ces Messieurs assistent aux répétitions d’oraisons, aux conférences, chapitres et autres exercices,
1) Collet cite cette phrase, qu’il dit extraite d’une lettre du 25 octobre 1658. (op. cit., t. II, p. 28.) Il se trompe de date.
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autant que leur âge et leur santé le permettent ; et nous évitons les inconvénients qui arriveraient s’ils étaient séparés. Je vous dis cela au sujet de M. Spinola et de l’intention qu’il a, pour lui faire connaître doucement ce que vous pouvez et l’expédient qu’il peut prendre. Le respect que nous devons à son nom et encore plus à sa personne, étant tel que vous me mandez, nous fera faire pour son service et sa consolation tout ce qu’il peut désirer.
M. Berthe est arrivé à Marseille, et il n’attend plus que l’occasion pour aller à Gênes.
Nous avons fait tenir la lettre du religieux que vous m’avez adressée.
Si ces Messieurs piémontais qui doivent entrer en votre séminaire interne se voulaient contenter de l’ordre des autres, cela remédierait à plusieurs inconvénients qui arrivent de la singularité.
Vous me mandez que M. Simon ajoute quelques additions à l’auteur qu’il explique ; c’est ce que nous ne permettons pas volontiers de deçà ; et s’il se contentait de la simple explication, je pense que cela irait mieux.
Je suis, en N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2682. — A JACQUES DE LA FOSSE, PRêTRE DE LA MISSION, A TROYES
De Paris, ce 16 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il est vrai que votre demande m’a surpris de prime
Lettre 2682. — Dossier de la Mission, minute et copie du siècle. Les deux textes concordent.
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abord, comme vous l’avez jugé vous-même ; et en effet, Monsieur, comment ne m’aurait-elle pas surpris, voyant le doute que vous avez de votre vocation depuis dix-huit ou vingt ans qu’il y a que vous êtes dans la compagnie, après l’avoir examinée dans la retraite que vous fîtes en y entrant, après deux ans de séminaire, après avoir fait vœu à Dieu d’y demeurer, ainsi que vous fîtes il y a plusieurs années ? Car, encore que vous ne les ayez pas renouvelés depuis le bref, ces premiers vœux ne laissent pas d’être des promesses à Dieu, que l’on est obligé de garder en conscience. Après avoir tant travaillé en la compagnie, en divers emplois et avec bénédiction, après tout cela, dis-je, me mander si vous êtes appelé ! Ne dois-je pas être surpris de cette demande ? Je vous y réponds néanmoins, puisque vous le désirez, et vous dis, Monsieur, qu’après tout cela Dieu demande de vous que vous persévériez jusques à la fin. Toutes les pensées qui vous viennent à l’encontre sont des tentations du malin esprit, envieux du bonheur que vous avez de servir à Dieu.
Mais j’y ressens des répugnances ; les vœux et les pratiques aussi bien que l’esprit de la Mission ne reviennent pas à mon humeur, quoique j’en fasse estime. — Et où est-ce, Monsieur, que vous n’aurez point de répugnances ? Toutes les conditions de la vie ne sont-elles pas environnées de difficultés ? Et où voyez-vous des personnes qui soient de tous points contentes dans leur état ? Croyez-moi, Monsieur, qu’outre les dangers du salut où l’on est dans le monde, vous y trouveriez bien des croix et des déplaisirs. Et quand même vous sortiriez pour entrer dans une autre communauté, ne pensez pas, Monsieur, qu’elle n’ait aussi ses peines, qu’il n’y faille de l’obéissance, qu’elle n’ait ses pratiques, aussi bien que nous les nôtres, lesquelles ne reviendraient pas peut-être plus à votre humeur.
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Quand nous considérons un autre état, nous envisageons ce qu’il a d’agréable ; mais, quand nous y sommes, nous expérimentons ce qu’il a de fâcheux et de contraire à la nature. Demeurez donc en paix, Monsieur, et continuez votre voyage au ciel dans le même vaisseau où Dieu vous a mis. C’est ce que j’espère de sa bonté et du désir que vous avez de faire sa volonté (1).
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2683. — A JACQUES THOLARD
De Paris, ce 16 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre chère lettre du 4 de ce mois m’a autant ou plus consolé qu’aucune que j’aie reçue de vous depuis que vous êtes en la compagnie, tant pour la grande ouverture de votre cœur que j’y vois, que pour les grâces et consolations que j’apprends que vous avez reçues depuis peu de Notre-Seigneur, dont je le remercie de tout mon cœur.
Que puis-je vous répondre, Monsieur, à la demande que vous me faites, sinon ce que Dieu lui-même vous inspire, ce que des personnes de science et de vertu
1) Première rédaction : où Dieu vous a mis. Ce n’est pas que, si vous vous résolviez à renouveler les vœux, vous ne fissiez encore mieux. Sans cela néanmoins vous ne laisserez pas d’être du corps de la Compagnie, et y travaillerez, comme j’espère, à vous sanctifier et y sanctifier plusieurs autres. Je prie N.-S. qu’il vous fasse cette grâce, et suis…
Lettre 2683. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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vous ont conseillé et ce que votre propre conscience vous dicte ? Oui, Monsieur, courage ! Si vous vous donnez à Dieu de la bonne façon, il se donnera aussi à vous et vous comblera de ses grâces et de ses plus chères bénédictions. Faites, à la bonne heure, ce que vous pouviez, et, je dirai même, ce que vous deviez en quelque façon faire il y a longtemps ; faites, Monsieur, ce que tant d’autres anciens et nouveaux ont fait, et croyez que vous en aurez consolation. Si vous avez bien demeuré en la compagnie vingt ans, vous y en demeurerez bien encore vingt et trente autres, puisque les choses n’y seront pas plus difficiles à l’avenir que par le passé ; et vous liant à Dieu tout à fait comme les autres, outre que vous les édifierez, c’est que Notre-Seigneur se liera à vous plus étroitement que jamais et sera votre force contre vos faiblesses, votre joie contre vos tristesses et votre fermeté contre vos irrésolutions.
Pour ce qui est des sujets de doutes que vous dites avoir, ce ne sont que des tentations de l’ennemi de votre bien et de la gloire de Jésus-Christ ; car, pource vœu de vaquer toute sa vie au salut des pauvres gens des champs, il ne s’entend que selon les règles de l’obéissance, en sorte que, si le supérieur n’y envoie pas, on n’y est pas obligé. Combien y en a-t-il qui ne peuvent pas y vaquer, qui ne laissent pas d’être vrais missionnaires ? Les procureurs des maisons, les régents et le supérieur général même, qui n’y peut guère souvent aller, sont-ils moins du corps de la compagnie et n’accomplissent-ils pas leur vœu ? Vous avez bien fait des missions vingt ans ; n’en ferez-vous pas bien encore vingt autres ? Et si Dieu vous a assisté pendant ce temps-là, ne vous étant pas encore si bien donné à lui, ne vous assistera-t-il pas bien à l’avenir quand vous serez tout sien ? Mais, à le prendre à l’extrémité,
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si le supérieur juge qu’il y a du danger trop manifeste, ne pourra-t-il pas vous dispenser d’y aller ?
2° Quant à ce que vous dites, que les péchés contre les vœux seront plus grands ; il est vrai ; mais cela empêche-t-il tous les religieux et même tous les séculiers qui font des vœux de toutes façons, cela les empêche-t-il de promettre à Dieu ? Et tout ainsi que le même Dieu, qui a ces promesses si agréables, comme des témoignages de l’amour qu’on lui porte, donne son aide pour les accomplir, il ne vous déniera pas la sienne pour l’accomplissement des vôtres, et de plus vous fera participant de beaucoup d’autres faveurs. Mais, Monsieur, vous craignez trop Dieu pour y manquer en chose de conséquence.
3° Pour l’assistance de vos parents pauvres, c’est l’intention de la compagnie que le revenu du bien soit particulièrement employé à cela ; et c’est ainsi qu’on en a toujours usé l. De qui avez-vous vu que l’on ait exigé le revenu du titre (2) ? Et je vous assure, Monsieur, qu’on ne le fera point à votre égard, ni aucun supérieur qui vienne après moi ; et pour votre assurance, gardez la présente, qui pourra faire voir à l’avenir que je vous l’ai promis ainsi et qu’on ne pourra vous obliger à rien de contraire.
Courage donc, Monsieur, donnez gloire à Dieu, donnez ce bon exemple à la compagnie, qui verra que vous, ancien comme vous êtes, ne demeurez point en arrière, et donnez à vous-même et à votre propre conscience cette consolation, qui sera très grande sans doute, et plus grande que toutes les joies et satisfactions mondaines. Je prie Notre-Seigneur qu’il fortifie votre esprit
1) Ces derniers mots sont de la main du saint. Le secrétaire avait écrit : "et je vous en donne à présent toute permission"
2) Le titre patrimonial requis pour l’admission aux ordres,
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pour cette bonne résolution et vous comble de ses grâces, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Tholard, prêtre de la Mission, à Troyes.
2684. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 18 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La dernière lettre que je vous ai écrite sert quasi de réponse à celle que j’ai reçue depuis de votre part. Vous me mandez que trois ou quatre des vôtres ont été malades et qu’ils n’étaient pas encore bien guéris. Dieu veuille qu’ils le soient à présent et que M. Berthe vous trouve tous bien disposés et bien unis ! Je ne doute pas que vous n’ayez fait toutes les avances de bonté vers ceux qui ont le cœur serré en votre endroit, afin qu’en leur ouvrant votre poitrine fraternelle et charitable, ils aient pour vous le respect et la confiance qu’ils vous doivent. Il ne faut pas vous étonner de leur froideur ; tous les supérieurs en essuient souvent de pareilles, particulièrement ceux qui sont fermes au règlement et à faire la guerre à la chair. Ils ne laissent pas pour cela d’aller leur train, et Dieu permet qu’à la fin leur patience et leur exactitude les font honorer et estimer d’un chacun ; et s’il reste quelque chose à faire, la visite remettra tout. Je vous prie, Monsieur, prenez courage
Lettre 2684. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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et confiez-vous à Dieu ; désirez qu’il soit seul honoré, et prenez toujours pour vous et pour la compagnie le parti de l’humilité et l’amour de la confusion et du mépris.
M. Berthe est à présent à Marseille avec 9 ou 10 autres, qu’il mène en Italie. Je vous ai fait envoyer par lui nos règles imprimées, et je pense qu’il en aura laissé le paquet à M. Delaforcade, à Lyon, pour vous le faire tenir.
Ce que vous me mandez du frère clerc me semble assez considérable. J’ai envie de lui écrire un de ces jours de ma propre main. De quelque façon qu’il reçoive les avertissements, continuez de l’avertir tant qu’il continuera de s’égarer de la voie de la perfection. Il ne se peut qu’il n’en profite tôt ou tard, à cause que vous y procéderez selon votre prudence et charité ordinaires.
Vous avez bien fait de vous excuser vers les filles de Sainte-Marie, qui vous ont prié de leur servir de confesseur ordinaire, et, si même Mgr le marquis (1) vous pressait sur ce point, il faudrait lui faire entendre qu’il est tout à fait contraire à notre Institut et à notre usage, et le prier de vous en dispenser.
J’ai fait tenir la lettre que vous m’avez adressée.
Si on vous met quelque argent en main pour faire tenir ici à Madame Bachelet, qui demeure en cette ville chez Madame de Lamare, rue Saint-Jacques, vous me le manderez, s’il vous plaît. Un jeune homme qui est allé de delà, lui a fait espérer de lui envoyer quelque chose par votre moyen.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Le marquis de Pianezze
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Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
2685. — A LOUIS D’ESTAING, éVêQUE DE CLERMONT
De Paris, ce 18 octobre 1658.
Monseigneur,
La grâce que Votre Grandeur nous a faite de fulminer la bulle de notre Saint-Père touchant Saint-Pourçain est si grande, et le témoignage de la bienveillance dont vous nous honorez, de daigner vous vouloir servir de nous pour faire la mission dans votre diocèse et d’y enseigner la théologie, si considérable, que je n’ai pas de paroles pour vous en exprimer la reconnaissance et pour vous en remercier. C’est pourquoi je prie Notre-Seigneur qu’il soit vôtre, le remerciement et la récompense de Votre Grandeur, et c’est, Monseigneur, ce que je fais et ce que fera la compagnie toujours.
Le dessein qu’a eu M. l’abbé de Chandenier (1) dans la résignation qu’il nous a faite de Saint-Pourçain, et qui a été confirmé par Sa Sainteté, a été d’unir ce bénéfice à cette maison de Saint-Lazare pour lui donner moyen de soutenir les grandes dépenses qu’elle fait pour l’ordination qui se fait pour tous les ecclésiastiques du royaume, qui sont au nombre de quatre-vingts ou cent à chaque ordination, qui se fait cinq fois l’an, à chacune desquelles les ordinands sont nourris onze jours durant gratis, comme aussi celle des exercitants, qui sont pour l’ordinaire au nombre de huit ou dix ecclésiastiques et autant de laïques, qui viennent de toutes parts, lesquels succèdent les uns aux autres,
Lettre 2685. — Minute aut. non s. — Le document nous a été communiqué par M. La Caille, boulevard Malesherbes, 50, Paris.
1) Louis de Chandenier.
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en sorte qu’il y a continuellement céans vingt personnes externes qui y font leurs exercices spirituels, et cela aussi gratis.
Selon cela, Monseigneur, Votre Grandeur voit que le revenu de Saint-Pourçain ne peut pas suffire au dessein de Monsieur de Chandenier et à l’entretien d’une mission continuelle et perpétuelle dans votre diocèse, ainsi que vous, Monseigneur, me faites l’honneur de m’écrire que Votre Grandeur souhaite. Notre dessein est bien, Monseigneur, d’aller faire la mission à Saint-Pourçain et d’y convoquer les villages qui en dépendent, de cinq en cinq ans, et de commencer au plus tôt, avec la permission de Votre Grandeur (2).
Je suis bien affligé, Monseigneur, de ce que Votre Grandeur n’a pas la satisfaction qu’elle s’était promise de M. Chomel, et de ce que je suis inutile à votre service de ce côté-là. Il ne m’a pas fait l’honneur de me demander mon avis ; il m’a seulement mandé le déplaisir qu’il a de n’avoir pu recevoir l’honneur que vous, Monseigneur, lui avez offert.
M. l’abbé Gedoyn (3) est très vertueux ecclésiastique, que Monseigneur le prince de Conti, du temps duquel il étudiait, dit que c’est le premier qui lui a parlé de dévotion, et qu’il était déjà, de ce temps-là, fort vertueux. Il prêche bien et utilement ; il a l’esprit doux et néanmoins ferme. Il est fils du premier commis
2) Le saint avait ajouté à la suite ces mots, que, réflexion faite, il ratura : "Et l’on verra de delà si l’on y pourra laisser deux ou trois prêtres pour aller faire la mission là où Votre Grandeur les enverra, au moyen du rabais des décimes dont l’on a surchargé le prieuré depuis peu, au delà de ce qu’il peut porter, si vous, Monseigneur, l’avez agréable."
3) Nicolas Gedoyn, abbé de Saint-Mesmin. Il devint aumônier du duc d’Orléans, supérieur des Ursulines de Saint-Cloud, donna à Paris et en province des missions qui eurent un grand retentissement. Sur la fin de sa vie, il se retira à l’hôpital général de Paris, où il mourut le 10 juin 1692, à l’âge de soixante-quatre ans.
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de l’épargne qui est mort il y a quelques années, de sorte que celui-ci est jouissant de son bien, qu’il emploie en bonnes et saintes œuvres. Je ne lui ai point encore fait la proposition [de] l’honneur que vous, Monseigneur, lui faites. Je le ferai dans trois ou quatre jours, qu’il se doit trouver à l’assemblée des ecclésiastiques qui se fait céans tout les mardis, dont il est préfet. Vous pouvez croire, Monseigneur, que je ferai tout ce que je pourrai pour votre service en cela et en toutes choses, et me donnerai l’honneur de vous faire savoir ensuite sa résolution, que je souhaite qui soit conforme à votre volonté, Monseigneur. La mienne le sera entièrement toute ma vie ; et pour cela je fais à Votre Grandeur un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, qui suis…
2686. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 18 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je rends grâce a Dieu derechef de ce que votre œil malade se guérit et fortifie de plus en plus.
Je veux croire que M. Berthe et sa troupe sont maintenant avec vous. Ils sont arrivés heureusement à Lyon le 18 de ce mois. Je loue Dieu de ce qu’ils trouveront deux belles occasions pour passer en Italie. Tous n’y passeront pas, à ce que ledit sieur Berthe m’a mandé, parce qu’il avait dessein de laisser à Marseille M. Brisjonc (1), pour être employé encore quelque temps en
Lettre 2686. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) La copie porte bien le 18 ; mais la date de la lettre montre que le copiste a mal lu. Peut-être sur l’original y avait-il 8.
*2) François Brisjonc, né le 13 avril… à Tréfumel (Côtes-du-Nord), reçu le 7 août 1654 dans la congrégation de la Mission à Richelieu, où il fit les vœux. Il sortit de lui-même en 1659 et fut réadmis le 17 mai 1664.
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France avant de l’envoyer en Italie. C’est pourquoi je vous prie de l’envoyer à Agde, où M. Durand me mande qu’ils ont grand besoin d’un prêtre pour chanter. Je mande la même chose à M. Berthe, en cas qu’il soit encore chez vous lorsque la présente y arrivera ; si d’aventure il en est parti, vous lui enverrez, s’il vous plaît, ma lettre à Gênes, parce qu’elle parle d’autres choses.
Vous ferez fort bien, Monsieur, d’envoyer pour quelques jours un prêtre à Toulon…
Les banqueroutes arrivées à Paris depuis quelque temps, même depuis peu, nous ont empêchés de donner l’argent des esclaves à M. Simonnet, ainsi que j’avais résolu de le faire. On m’a néanmoins assuré que, pour eux, ils se soutiennent ; mais j’ai pensé qu’il était bon d’attendre encore jusqu’à la semaine prochaine pour nous en assurer davantage. J’espère donc de vous en envoyer à la huitaine une lettre de change. D’ailleurs, ce retardement nous a semblé nécessaire pour donner au neveu de M. le prévôt Bausset l’argent dont il aura besoin, selon sa prière et la vôtre, savoir : 500 livres seulement, en cas qu’il soit payé d’une lettre de change de pareille somme que M. son oncle lui a adressée, ou bien 1 000 livres, en cas qu’il ne soit pas payé de ladite lettre. J’ai donné charge à M. Maillard de lui donner, quand il viendra, l’une de ces sommes qu’il lui demandera, et d’en retirer son reçu pour le vous envoyer. Ce qu’attendant, je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’oubliais de vous dire que nous vous enverrons quelque chose pour vos avances et votre entretien.
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2687. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 18 d’octobre 1658.
Je prie M. Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, de s’employer en faveur de M. Jacques Gaultier, marchand de la même ville, vers M. le lieutenant de l’amirauté dudit Marseille (1) en ce qu’il demandera de lui et généralement en tout ce qu’il désirera, en considération de la recommandation que m’en a faite un de mes amis. Il prendra la peine aussi d’écrire, s’il lui plaît, à M. Le Vacher, de Tunis, de servir en ce qu’il pourra le sieur de Beaulieu, marchand, résidant audit Tunis.
Je suis cependant, en l’amour de N.-S., son très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2688. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monsieur,
Nous avons reçu les bulles de Saint-Lazare et vos avis pour la fulmination, dont je vous remercie très humblement, ensemble de la copie de l’érection de la congrégation de Sainte-Geneviève ; et je rends grâces à Dieu, Monsieur, de celle qu’il vous fait de vous
Lettre 2687. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Antoine de Valbelle, seigneur de Montfuron
Lettre 2688. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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rendre attentif dans les affaires, jusqu’aux moindres circonstances, en sorte que vous nous avez donné sujet de dire que rien ne manque à ce que vous faites. Je prie N.-S. qu’il vous conserve à la compagnie, et je vous prie aussi, Monsieur, d’y contribuer tout ce que vous pourrez. Vous nous avez bien épargné de l’argent en cette expédition, eu égard à ce qu’on nous a demandé d’autres fois. Nous acquitterons votre lettre de change de 770 livres, Dieu aidant.
J’enverrai à M. l’abbé de Chancelade (1) une copie de ladite érection de Sainte-Geneviève.
J’ai été fort consolé de la note que vous m’avez envoyée des emplois de votre maison depuis un an. Dieu soit loué, Monsieur, des petits services qu’elle lui rend par votre bonne conduite, et vous fasse à tous la grâce d’aller croissant en humilité, en zèle et en bonnes œuvres pour le salut des âmes !
Je suis bien en peine de l’indisposition de M. François (2) ; je prie N.-S. qu’il l’en délivre et qu’il le fortifie. Je me recommande à ses prières et aux vôtres et à celles de toute la petite famille, et je la prie de demander souvent et instamment à Dieu qu’il ait agréable d’envoyer de bons ouvriers à son église, et qu’il perfectionne ceux qu’elle a déjà, je veux dire, tout l’état ecclésiastique et religieux, afin que, par leur moyen, toutes les nations connaissent et servent à Jésus-Christ, et que toutes les âmes qu’il a rachetées se prévalent des fruits de sa passion et des exemples de sa sainte vie, pour pouvoir glorifier Dieu avec lui par tous les siècles des siècles. Amen.
1) Le R. P. Garat. Les religieux de Sainte-Geneviève continuaient d’agir en cour de Rome pour obtenir l’union à leur ordre des maisons qui dépendaient de l’abbaye de Chancelade.
2) Pierre François, né aux Riceys (Aube) le 11 novembre 1627, entré à Saint-Lazare le 20 octobre 1654, reçu aux vœux à Rome le 26 novembre 1656.
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Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Monseigneur l’évêque du Puy (3) vous écrit. Je vous prie de le servir secrètement, en sorte que ceux qui le contrarient n’en sachent rien.
J’appréhende que la fulmination de Saint-Pourçain ne soit pas comme il faut. La bulle s’adresse à M. l’official de Clermont. Le siège de l’official vacant, en qualité d’Ordinaire, député de Sa Sainteté à cause de la mort de l’official, l’évêque (4) a fait cela sans appeler les chanoines de Tournus, ni les religieux, et sans faire l’information du bien de Saint-Lazare et de Saint-Pourçain. Un mot d’avis, s’il vous plaît, pour cela (5)
Je vous prie de faire ce que dit ce billet. M. Bardin, dont il parle, est celui qui a fait faire la fulmination comme elle est, et qui a dit qu’elle était bonne.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2689. — A LOUIS DE CHANDENIER (1)
De Paris, ce 19 d’octobre 1658.
Monsieur,
Monsieur l’abbé votre frère est en bonne santé. Il a été obligé de suspendre sa philosophie à cause d’un
3) Henri de Maupas du Tour.
4) Louis d’Estaing (1651-1664).
5) Tout ce qui précède, depuis "Monseigneur l’évêque du Puy", est de la main du saint.
Lettre 2689. — L. s. — Dossier de la Mission, minute
1) Le frère Ducournau a écrit au dos de l’original le nom du destinataire de la lettre.
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mal de tête qui le prend aussitôt qu’il s’applique. Nous avons fait deux ou trois récréations ensemble depuis votre départ, qui se sont joliment passées. Pour le reste du temps, il y a quelques-uns des nôtres qui le vont entretenir.
J’ai cru vous devoir dire, Monsieur, que le bruit est grand ici que le roi part jeudi pour Lyon (2). Néanmoins je pense que cela n’est pas bien assuré, parce qu’on me dit hier qu’on attendait encore un courrier qui devait résoudre la chose. Vous verrez, Monsieur, s’il est expédient que vous vous trouviez à Tournus au passage de la cour.
Mgr l’évêque nommé de Chalon (3) me fit hier l’honneur de me venir voir et de me dire que son économe lui a mandé qu’il a parlé à M. le doyen de Tournus de l’affaire que vous savez, et qu’il lui a avoué la chose (4), à quelque différence près.
M. Gicquel est de retour de Clermont, qui nous a porté la fulmination de la bulle d’union (5), qui a été faite par Mgr l’évêque même, à cause qu’il n’a pas encore nommé un official. Je suis en doute s’il l’a pu, la bulle étant adressée à l’official, et en peine de ce qu’il n’a observé aucune formalité.
Plaise à Dieu de vous conserver ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. prêtre de la Mission.
2) Le roi, qu’accompagnaient la reine et le cardinal Mazarin arriva à Lyon le 24 novembre. Il y avait donné rendez-vous à la famille royale de Savoie, qui devait lui amener Marguerite de savoie, sa cousine germaine, dont il était question de faire son épouse.
3) Jean de Maupeou.
4) Première rédaction : la vérité
5) La bulle d’union du prieuré de Saint-Pourçain à la congrégation de la Mission.
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2690. — A NICOLAS DEMONCHY, PRêTRE DE LA MISSION, A TOUL
De Paris, ce 19 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne fais point réponse à vos lettres, parce que nous avons besoin ici de votre présence. Je vous prie de vous y en venir et de laisser à M. Caset le soin de la famille et la connaissance des affaires, telle que vous l’avez, en attendant. Si Monsieur l’abbé de Chandenier (1) revient à Paris, il aura la bonté, comme j’espère, de vous donner place en son carrosse ; et moi, je serai consolé de vous revoir, étant comme je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Au bas de la page : M. Demonchy.
2691. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
De Paris, ce 20 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai rien à répondre de particulier à votre lettre du 2 d’octobre. Vous ferez bien de veiller sur M. Fleury, à ce qu’il ne s’applique pas à l’oraison, ni à l’étude, avec trop de contention, parce qu’ayant le foie chaud, cela
Lettre 2690. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Louis de Chandenier.
Lettre 2691. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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lui échaufferait facilement la tête. Recommandez-lui de s’y comporter doucement et sans effort ; encouragez-le dans ses peines ; tout le monde en a, qui d’une façon, qui d’une autre, au moins ceux qui veulent suivre Jésus-Christ. C’est là le chemin étroit et raboteux qui mène à la vie, où il ne faut pas que les difficultés nous empêchent d’aller. Il faut prendre garde surtout que personne de ceux qui le doivent bien édifier ne fassent le contraire ; car ce qui dégoûte davantage les nouveaux qui ont désir de travailler à la vertu est de voir les plus anciens qui ne leur en donnent pas assez l’exemple.
Je vous ferai envoyer par le premier messager nos règles Imprimées, afin que chacun s’anime à l’observance, en laquelle nous trouverons toute notre sanctification, d’autant qu’elles contiennent ce que N.-S. a fait et ce qu’il veut que nous fassions.
Si notre frère Christophe n’est pas parti pour venir à Richelieu, retenez-le et lui dites que je le prie de passer cet hiver avec vous, à cause du besoin que vous avez d’un frère pour les missions. Nous en avons envoyé un autre à Richelieu, avec ordre à Monsieur de Beaumont d’envoyer Christophe au Mans, en cas qu’il arrive chez lui, selon notre premier ordre.
Je souhaite que le fruit principal de nos retraites soit de tendre à la pratique de l’humiliation, parce que, s’il plaît à N.-S. de nous donner la vertu qui les produit, il produira aussi en nous des œuvres agréables à Dieu et utiles à son église.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je vous prie de faire tenir l’incluse, qui vient de Barbarie.
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2692. — PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
De Paris, ce 20 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous envoie la copie que vous avez demandée d’un des mandements de Messieurs les grands vicaires de Paris pour les missions de ce diocèse, faits à l’instar de ceux de feu Mgr de Paris (1).
Si M. Lièbe (2) se présente chez vous pour dire la sainte messe, il le faut accueillir et lui faire donner des ornements et ce qu’il faut ; mais vous le prierez aussi de s’adresser toujours à vous seul et de ne jamais parler à d’autres, et de vous excuser si vous ne l’invitez à manger, parce que vous craignez que, si les autres de la maison le voyaient, ils ne fussent tentés de faire ce qu’il a fait. Au reste, je ne puis croire qu’il ait si peu de discrétion, pour ne dire de honte, que de revenir à Richelieu, au moins pour y demeurer. J’ai bien envie de lui écrire, et je me propose de le faire. Voilà ce qui me restait répondre à votre dernière lettre.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Après avoir signé cette lettre, on m’en apporte une de votre part.
Au bas de la première page : M. de Beaumont.
Lettre 2692. — L. s — Dossier de la Mission, original.
1) Jean-François de Gondi.
2) Prêtre récemment sorti de la Congrégation de ! a Mission.
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2693. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 25 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis bien marri que la galère de Gênes se soit trouvée partie lors de l’arrivée de M. Berthe et de sa compagnie ; il faut attendre en patience une autre occasion.
Il ne faut pas toucher à l’argent des quêtes. Si vous n’en avez pas d’autre pour les habits, le linge, etc., que le frère Barreau demande, prenez-en de delà, si vous en trouvez, et nous le rendrons ici, ou vous de delà, sur le premier payement que nous recevrons du fermier des coches.
Je prie M. Le Vacher (1) de m’excuser de ce que je ne réponds à sa dernière lettre : je me trouve en ville dans la nuit, hors d’état de lui écrire ; aussi n’y a-t-il rien dans sa lettre qui presse.
Je salue toute la famille et je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2693. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
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2694. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 25 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu, avec votre lettre du 24 septembre, le mémoire que vous m’avez envoyé contre la prétention des Pères de Sainte-Geneviève (1). Vous êtes l’un des hommes du monde qui honorent davantage la providence de Dieu par la préparation des remèdes contre les maux prévus. Je vous en remercie très humblement, et je prie Notre-Seigneur qu’il vous continue et augmente ses lumières pour les répandre sur la compagnie.
J’avoue qu’il serait bon d’avoir le consentement de Mgr le cardinal de Retz pour la fulmination ; mais la difficulté de l’avoir, en l’état où il est (2), nous empêche de le demander, d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire, à ce qu’on nous assure de deçà. Premièrement, parce que feu Mgr de Paris, son prédécesseur (3), s’est démis, pour lui et ses successeurs, du droit qu’ils pouvaient avoir sur cette maison, par l’union qu’il en fit à la compagnie, en suite de notre concordat avec les anciens religieux, laquelle il confirma depuis, après l’opposition de Saint-Victor, sur ce que l’arrêt du parlement, nous ayant maintenus en la possession, ordonna néanmoins que nous nous pourvoirions de nouveau par devers mondit seigneur de Paris pour ladite union, et par devers le roi pour l’autoriser ; ce qui fut fait. Et cela donna lieu à un second arrêt, qui ordonna l’enregistrement
Lettre 2694. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Sur le prieuré de Saint-Lazare
2) Le cardinal de Retz se cachait à l’étranger pour échapper aux recherches des agents de Mazarin.
3) Jean-François de Gondi.
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des lettres patentes pour l’effet de ladite union. Et en second lieu, d’autant que le Saint-Siège a accordé ses bulles de confirmation pendant que mondit seigneur de Paris vivait encore, ainsi que le portent celles que vous nous avez envoyées ; car, bien qu’elles n’aient été fulminées qu’après sa mort, elles ne laisseront pas d’avoir la même force que si elles l’avaient été en son vivant, à cause que la fulmination se fera à présent par l’official de mondit seigneur le cardinal de Retz, qui représente en quelque façon sa personne, en sorte que sa sentence tiendra lieu de consentement pour lui, qui l’a établi son officier.
J’ai fait rendre à Madame de Chastelain la lettre de Mgr le cardinal Sacchetti (4).
Vous ne pouviez mieux faire que de divertir M. du Loeus (5) d’écrire au chapelain de Mgr le cardinal de Tolède (6) de se rendre à Rome pour entrer en notre compagnie, puisque nous ne devons recevoir personne qu’après l’avoir vu, examiné et trouvé des marques d’une vraie vocation, qui peut-être ne sont pas en cet homme-là ; et en ce cas, son voyage aurait été préjudiciable et à lui et au dessein projeté. Nous verrons ce que vous aurez résolu ensemble de plus convenable au sujet.
J’écrirai à Saint-Flour la remarque faite par mondit sieur du Loeus touchant l’article du Credo dont vous me parlez.
Je suis étonné comme vous, Monsieur, des bontés admirables que Mgr le cardinal de Gênes a pour la compagnie ; et, quand j’y pense, je ne sais que dire, ni que faire, sinon de me cacher dans l’abîme de mon
4) Jules Sachetti, né à Florence, nonce en Espagne, créé cardinal en 1626, mort à Rome le 28 juin 1663.
5) Jacques Duley
6) Balthazar Moscoso y Sandoval (1646-1665).
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néant et de ma pauvreté, et de souhaiter que la compagnie s’humilie grandement en la vue de tant d’honneur que Son éminence lui fait.
Je suis consolé de ce que la difficulté que nous avons trouvée en l’achat de la maison de Mattei ait rapport au sentiment de ce saint prélat, qui n’approuve pas cette acquisition. Il en faut donc demeurer là, si Dieu par quelque rencontre d’affaires n’en dispose autrement. Nous aurons grand tort si nous ne faisons valoir le bonheur que nous avons de delà d’être semblables à Notre-Seigneur, quand il disait n’avoir pas un lieu pour se reposer. Ce n’est pas une petite humiliation d’être logés pauvrement et chez autrui, dans une grande ville qui ne fait état que des communautés bien établies ; mais aussi devons-nous aimer d’être inconnus et délaissés, tant qu’il plaira à Dieu de nous tenir dans cet état ; et peut-être que Dieu se servira de cet amour de notre abjection, si nous l’avons, pour nous loger avec avantage. Oh ! s’il plaisait à Dieu d’établir en nous ce fondement, nous aurions bien sujet d’espérer que notre maison serait ensuite une maison de paix et de bénédiction.
Vous avez su que M. Duiguin mourut ; il y a deux ans (7), aux îles Hébrides. Du depuis, M. Le Blanc a demeuré dans les montagnes, où il est incommodé, à ce qu’on m’a dit. Nous sommes sur le point de le faire revenir. Ce n’est pas d’eux, comme je crois, qu’entend parler M. le chapelain de Mgr le cardinal Charles Barbarin (8), quand il dit qu’il y a des Hibernois en Ecosse qui n’ont pas les facultés de la Congrégation de Propaganda Fide, puisque nous les avons obtenues pour
7) Le 17 mai 1657.
8) Petit-neveu d’Urbain VIII, né le 1er juin 1630, créé cardinal le 23 juin 1653, mort le 11 octobre 1704.
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ces deux missionnaires au temps qu’ils furent envoyés ; mais peut-être qu’il y est allé d’autres prêtres qui ne les ont pas. Il en est arrivé deux depuis peu, qui doivent venir demain dîner céans, qui ont travaillé quelque temps en ce pays-là. Je m’informerai d’eux par quel pouvoir ils l’ont fait.
Je serais bien aise, si l’on imprime quelque abrégé du procès-verbal de la canonisation du Bienheureux Thomas de Villeneuve, que vous nous en envoyiez une copie, pour nous mettre sous la protection de ce saint (9).
Je suis bien affligé et en grande peine de l’indisposition de M. François. Plaise à Dieu de l’en délivrer ! Je ne vous le recommande pas, sachant que votre charité n’épargne rien pour sa santé. Je le prie seulement de contribuer, de son côté, tout ce qu’il pourra pour se conserver, non tant pour lui, qui serait bien heureux d’aller à Dieu, que pour le salut des âmes, qui ont tant besoin d’assistance.
Nous trouvons difficulté au dimissoire que vous nous avez envoyé pour notre frère Pierre Butler (10), clerc du diocèse de Cashel, en Hibernie : 1° à cause qu’il n’est pas qualifié être de la compagnie ; 2° que ledit dimissoire porte qu’il faudra faire promesse, insérée dans les actes du chancelier ou secrétaire du diocèse où il recevra les ordres, de se transporter en Hibernie au plus tôt qu’il le pourra, après avoir achevé ses études ; 3° que ce sera pour y exercer ses fonctions de missionnaire, sous la direction de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide, à laquelle il rendra compte par lettres tous les ans de ce qu’il fera. Surtout il semble qu’il y a inconvénient à ce dernier, vu que ce serait passer de l’obéissance
9) Saint Thomas de Villeneuve fut canonisé le 1er novembre 1658.
10) Pierre Butler, né en avril 1632 à Dromore (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission à Richelieu le 22 août 1654, reçu aux vœux dans la même maison le 15 août 1656.
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à son supérieur sous celle de la Congrégation de Propaganda Fide. Ne pourrait-on point l’obtenir au moins sans ce dernier article ?
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Jolly.
2695. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 26 d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il est parti aujourd’hui d’ici un jeune homme, frère de notre frère Hennebert (1), qui s’en va pour étudier chez vous. Je vous prie de le recevoir et d’en avoir soin.
Il y a bien un mois que je vous ai fait envoyer nos règles par le messager, et notre frère a oublié de vous en donner avis par lettre. Vous pourrez les envoyer quérir, si déjà vous ne les avez reçues.
J’ai reçu plusieurs de vos lettres, auxquelles je ne puis répondre par le menu. Seulement je rends grâces à Dieu de la bonne disposition où se trouve à présent le frère Carpentier (2), Il n’est pas expédient qu’il aille à Richelieu. éprouvez vous-même sa résolution et employez-le.
Lettre 2595 — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) François Hennebert, né à Hesdin (Pas-de-Calais), le 18 novembre 1634, entré dans la congrégation de la Mission le 25 janvier 1656, reçu aux vœux le 27 février 1658.
2) Augustin Carpentier, né à Bapaume (Pas-de-Calais), le 18 octobre 1637, entré dans la congrégation de la Mission le 19 octobre 1655, reçu aux vœux le 23 octobre 1637.
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J’écris à M. Bienvenu conformément à son besoin ; voyez la lettre ; elle est ouverte.
Je viens de recevoir un paquet de votre part, que je ne puis ouvrir. Il est trop tard pour y répondre.
Nous tâcherons de vous envoyer un prêtre ou deux ; je doute fort que nous le puissions. Nous vous rendrons le frère Christophe 3. Je lui ai mandé à Luçon de s’en venir à Richelieu, et à M. de Beaumont de le vous envoyer.
Si le sous-diacre dont M. Herbron m’a écrit veut venir faire une retraite pour mieux établir sa résolution, il sera le bien venu ; il nous verra et nous le verrons.
Je suis en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2696. — A éTIENNE BIENVENU, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
De Paris, ce 26 d’octobre 1658.
Monsieur,
Je reste fort surpris de votre lettre, parce que, venant de la part d’une personne que j’affectionne, elle me fait voir une proposition fort éloignée de l’estime que j’en ai, et du traitement qu’elle a reçu de la compagnie. Quel sujet vous a-t-elle donné de vous en retirer ?
Lettre 2696. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
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Ne vous a-t-elle pas supporté, subvenu et élevé comme une mère son enfant ? Et le bon Dieu, à qui vous vous êtes donné, ne mérite-t-il pas que vous le serviez à présent aussi bien que pour lors ? Vous me direz à cela que vous avez dessein de le servir partout. Mais pour prévenir une telle réponse, je vous dirai, Monsieur, qu’il est très clair que vous cherchez autre chose que Dieu lorsque vous demandez dispense de vos vœux, et que c’est le malin esprit qui vous suggère cela pour vous détourner du bien commencé. Ne savez-vous pas, Monsieur, que les promesses qui se font à Dieu ne se peuvent pas rompre par les hommes ? Si les vôtres étaient nulles, il faudrait avoir d’autres causes de nullité que celles que vous me mandez. Vous ne me dites rien des premiers vœux que vous fîtes au sortir de votre séminaire, et néanmoins vous êtes obligé de les garder tout aussi bien que si vous ne les aviez pas renouvelés. Vous me parlez seulement des derniers vœux, que vous avez faits, en suite du bref de Sa Sainteté. Vous dites que vous n’aviez pas intention de les faire. Si cela est, vous avez fait un péché mortel, et ne laissez pas d’être engagé de tenir à ce que vous avez promis, parce que l’action extérieure engage l’intérieur. On ne dispenserait pas un prêtre des saints ordres qu’il a reçus, qui dirait qu’il n’a pas eu intention de les prendre, ni on ne casserait pas un mariage quand le mari ou la femme diraient qu’ils ont consenti seulement de la bouche et non pas du cœur, parce qu’on juge des choses cachées par celles qui paraissent.
Vous dites de plus que deux choses vous ont fait faire les vœux. La première est la détermination de M. votre père, qui veut que vous demeuriez en la Mission ; et la seconde, la crainte que la compagnie vous mît dehors si vous n’aviez fait comme les autres, et que vous ne saviez où aller, et n’aviez de quoi subsister.
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Ne voyez-vous pas que ce sont là des respects humains qui vous obligent de faire pénitence, et non pas des sujets raisonnables pour vous dispenser de vos promesses ? Si votre raisonnement était recevable, on pourrait impunément commettre des blasphèmes et des sacrilèges, abuser des choses saintes et tromper les hommes par des paroles feintes et de beaux semblants.
Croyez-moi, Monsieur, n’écoutez pas la nature ; car elle vous fournira assez de motifs pour vous mettre au large et dans le chemin qui mène à perdition. Mais pensez à la mort, qui est proche, et peut-être plus que vous ne pensez, et au terrible jugement de Dieu, où vos paroles et vos actions seront pesées au poids du sanctuaire. Si vous êtes gêné de ces vœux, c’est que vous ne soumettez pas votre volonté au joug de Jésus-Christ. Vous voudriez avoir les commodités de notre vie commune et rejeter les peines et les difficultés qui s’y rencontrent. Cela ne se peut : toutes les conditions qui sont au monde ont leurs douceurs et leurs amertumes ; il les faut boire toutes deux. Le ciel souffre violence, et, pour suivre Notre-Seigneur, il faut se renoncer soi-même. C’est à quoi je vous prie de travailler et de vous donner à Dieu de nouveau et d’une bonne sorte pour l’observance des règles et des pratiques de la communauté. Et ainsi vous serez content, vous serez à bon exemple et vous éprouverez combien il vous est bon et glorieux de servir à Dieu Notre-Seigneur, qui est notre maître, et je suis, en son amour…
Au bas de la première page : M. Bienvenu.
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2697. — A JEAN MONVOISIN, PRêTRE DE LA MISSION, A MONTMIRAIL
De Paris, ce 26 octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous envoie la dispense que j’ai reçue de Rome pour ce bon gentilhomme et la demoiselle sa femme, qui, étant huguenots, se sont convertis à notre sainte religion, et qui, étant parents, ont eu besoin de cette dispense de mariage pour assurer leur salut. Dieu veuille que leur bonne vie réponde au désir qu’ils ont de se sauver !
Je ne puis répondre pour cette fois à votre dernière lettre, ni à celle que m’a écrite Mademoiselle Serisé, ce sera un autre jour, lorsque je serai hors de mes exercices, que je commençai hier.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
M. Dupuich m’a mandé que vous faites la mission à Beuvardes et que vous vous êtes offert à lui d’assister à celle de Vendeuvre (1), dont je suis fort consolé ; et je vous prie de rendre cette assistance à la maison de Troyes. Messieurs Cornuel et de Brière pourront cependant aider M. le prieur de Montmirail (2) et prêcher dans son église, s’il le désire et que leur santé leur permette. Je les embrasse cordialement.
Au bas de la première page : M. Monvoisin.
Lettre 2697. — L. s. - Dossier de la Mission, original.
1) Vendeuvre-sur-Barse, dans l’arrondissement de Bar-sur-Aube (Aube).
2) Philippe Coquebert.
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2698. — AU CHANOINE PIERRE DULYS (1)
[Entre octobre 1657 et juillet 1659] (2)
Je vous remercie derechef, Monsieur, avec toute l’humilité et la reconnaissance qui me sont possibles, de la bonté que vous avez pour nous et de la patience avec laquelle vous supportez nos longueurs et notre impuissance. La difficulté qui nous a tenus dans l’irrésolution subsiste encore, n’ayant pas des hommes propres pour le dessein proposé. Néanmoins, Monsieur, en ayant un qui pourra entendre les confessions des Allemands, et qu’on nous en fait espérer un autre pour leur prêcher en leur langue, lequel est allemand ou lorrain, qui ne sera pas de notre corps, mais qui nous aidera pour un temps, très volontiers nous acceptons la grâce que vous nous offrez de nous vouloir établir en votre prieuré pour y rendre nos services à Dieu, sous la protection de la glorieuse Mère de son Fils Notre-Seigneur, sous le bon
Lettre 2698. — Reg. 2, p. 61
1) Chanoine de Saint-Dié et directeur du pèlerinage des Trois-Epis, ecclésiastique plein de zèle, mais d’un esprit "inquiet, agité, tracassier, inconstant" (Notre-Dame des Trois-Epis dans la Haute-Alsace par L. Beuchot, Rixheim, 1891, in-8, p. 48.) Le pèlerinage des Trois-Epis à Ammerschwihr, près de Colmar, qu’on dit remonter au xve siècle, doit son nom à une gracieuse légende : une hostie consacrée, jetée par un indigne profanateur, tomba sur trois épis nés d’une même tige ; des abeilles accoururent aussitôt et façonnèrent autour d’elle un élégant ostensoir en cire. Depuis la destruction de la chapelle par les Suédois, en 1636, les pèlerins ne venaient plus. Le chanoine Dulys restaura le pèlerinage, qu’il confia en 1652 aux chanoines réguliers de saint Pierre Fourier. Il les renvoya en 1655 et mit en leur place des religieux de l’abbaye bénédictine de Paris, qui cessèrent de lui plaire en 1657. Ce fut alors qu’on eut recours à saint Vincent de Paul. Les propositions de ce dernier ne satisfirent pas le chanoine, qui, le 31 juillet 1659, entama des négociations avec les Pères Antonistes. Ce même jour, deux Antonistes d’Isenheim venaient s’installer au prieuré.
2) Cette lettre est certainement postérieure à la lettre 2406 La note 1 dit pourquoi elle ne saurait être reculée au delà du 31 juillet 1659. La lettre 2894 nous permet de conjecturer qu’elle a été écrite quelques mois avant cette dernière date.
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plaisir de Monseigneur et par vos assistances paternelles.
C’est donc avec un prêtre externe que nous entreprendrons cet établissement, s’il plaît à Dieu qu’il se fasse, d’autant plus que celui de notre Mission a commencé de même. Nous étions deux prêtres associés, qui en prîmes un troisième à gages pour aller travailler avec nous au salut des pauvres gens de la campagne, et un autre homme pour garder la maison. Et comme il a plu à Dieu de donner quelque bénédiction à cela, nous en espérons une pareille en Alsace, s’il nous y appelle.
Et pour le connaître, Monsieur, il reste à savoir quand il plaira à Monseigneur de Bâle (3) et à vous de faire cet établissement, et comment, quelles sont les conditions auxquelles vous et lui nous voulez obliger, si vous avez agréable de nous remettre d’abord votredit prieuré pour être uni à notre congrégation et si mondit seigneur en fera l’union, quel est son revenu, quelles sont ses charges et quelles sont vos réserves. Il est à désirer, Monsieur, que vous ayez la bonté de nous informer pleinement de vos intentions avant de passer outre, afin que, de votre côté, vous soyez assuré de ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire, puisqu’il s’agit d’un établissement à perpétuité. C’est ainsi que nous avons accoutumé d’en user partout. Comme il a plu à Dieu de vous inspirer cette bonne œuvre et de vous faire jeter les yeux sur nous, sa divine bonté veut aussi que nous y procédions simplement et à cœur ouvert. Et pour cet effet, Monsieur, je prends la liberté de vous demander ces éclaircissements, pour tâcher de répondre aux desseins de Dieu et de vous donner toute la satisfaction qu’il nous sera possible, comme à notre père et fondateur, en cas que nous convenions de tout.
3) Jean-Conrad Roggenbach.
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2699. — A GILBERT CUISSOT, SUPéRIEUR, A CAHORS
De Paris, ce 30e d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Lorsque nous étions hors d’espérance de venir à bout de l’affaire de Gignac, à cause du grand pouvoir de votre parti adverse et du rapporteur qu’il a obtenu, qui est tout pour lui, Dieu a suscité une âme de grande piété, qui a fait voir à M. de La Marguerie le préjudice qu’il faisait au clergé du diocèse de Cahors de lui vouloir ôter un bénéfice destiné pour son avancement spirituel, et a tant fait qu’elle l’a résolu de le relâcher au séminaire et de vous en laisser jouir paisiblement, moyennant quinze cents livres de pension au profit de M. Le Camus, qui vous résignera son droit.
Je vous avoue que cette disposition me paraît non seulement avantageuse pour vous, mais encore miraculeuse dans la conjoncture présente, où nous tenions l’affaire pour perdue, après avoir tant de fois éprouvé le grand crédit de cet homme, qui a empêché le jugement du procès pendant le semestre passé, à cause que nous avions un bon rapporteur, et qui en a fait commettre un autre à son gré, nonobstant la puissante recommandation de Madame Fouquet, qui en demandait un qui nous fût moins suspect. Il faut donc remercier Dieu du moyen qu’il nous présente de conserver ledit bénéfice et la moitié des fruits des années échues, ayant convenu qu’ils seront ainsi partagés. Mais il n’y a encore rien de fait. Vous nous enverrez néanmoins une procuration (1) en blanc, par laquelle vous donnerez
Lettre 2699. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Première rédaction : mais il n’y a rien de fait si vous ne nous envoyez votre procuration. Le saint a corrigé de sa main.
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pouvoir à votre procureur de traiter du titre et du possessoire dudit archiprêtré avec ledit sieur Le Camus et tous autres qui peuvent y avoir ou prétendre intérêt, à telles clauses et conditions qu’il jugera à propos. Je vous prie donc, Monsieur, de me l’envoyer au plus tôt. J’espère que Monseigneur de Cahors l’agréera de la sorte, et je crains que le retardement nous fasse perdre l’occasion ; car, l’accommodement n’étant pas conclu, mais seulement ébauché M. de La Marguerie peut changer de volonté. Faites beaucoup prier Dieu pour le succès de cet affaire.
Nous ferons partir les Filles de la Charité dans cinq jours ; leur place est retenue au coche (2).
J’ai reçu votre lettre du 14 octobre, et un écrit qui parle de Saint-Barthélemy, que je n’ai pu encore considérer ; mais je n’ai rien trouvé en votre paquet touchant ce que M. le curé de Caussade (3) a dit de votre séminaire, sur quoi vous désirez de vous justifier.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cuissot.
2) Ces mots, depuis "Faites beaucoup prier Dieu", sont de la main du saint.
3) Aujourd’hui chef-lieu de canton du Tarn-et-Garonne.
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2700. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 30e d’octobre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour Jamais !
J’approuve l’échange des terres que vous avez proche d’Alençon, avec d’autres qui soient plus à votre bienséance, pourvu que vous ne fassiez rien sans bon conseil et que vous preniez sur tout l’avis de M. Duval.
Vous trouverez en nos règles qu’il n’est pas loisible aux particuliers de la compagnie de rien donner, ni changer, sans permission du supérieur ; et ainsi vous ferez bien d’empêcher l’usage contraire.
Nous ferons faire un cachet pour cette maison, différent de celui du supérieur général, pour distinguer les lettres qui ne viennent pas de lui, afin que les supérieurs particuliers les puissent ouvrir avant de les rendre à ceux qui sont sous leur conduite.
Si le gentilhomme que vous avez disposé à faire retraite chez vous pour se déterminer au mouvement qu’il a eu de quitter le monde, persévère à vouloir être missionnaire, et que vous soyez d’avis que nous le recevions, nous l’enverrons. volontiers au séminaire de Gênes (1).
Vous avez bien fait de dire au bon homme qui veut se donner à votre maison et y porter son bien, que, pour demeurer en notre compagnie, il faut que les sujets soient uniformes d’habits et d’exercices, et disposés de se soumettre à tout ; mais vous ne deviez pas ajouter qu’on a égard à ceux qui ont donné du bien, parce que
Lettre 2700. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint
1) Le secrétaire avait écrit à la suite : pourvu qu’il en fasse la dépense. Le saint effaça ou fit effacer ces mots.
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nous ne les traitons pas autrement que les autres ; témoins M. Alméras, notre frère Mathieu, etc. Ils ont apporté ce qu’ils avaient et n’ont pas pour cela aucun privilège, ni singularité. Il n’est pas aussi expédient qu’il s’en trouve ni peu ni prou entre les personnes de communauté, où chacun pense avoir assez donné que de se donner soi-même sans exception. Le conseil que vous lui avez donné, de ne traiter avec nous qu’après avoir passé deux ans en la compagnie, n’est pas le meilleur, parce que, s’il ne donne son bien à votre maison avant d’y entrer, il ne le pourra faire après qu’il y sera reçu, si ce n’est en le vendant et vous donnant le prix, sans que cela paraisse, parce qu’au moment qu’un homme entre en communauté, il perd la liberté de donner son bien-fonds à la même communauté, et les parents sont reçus à dire qu’il a été séduit et suborné, ce qui n’arrive pas quand la donation se fait auparavant.
Dans la difficulté où nous sommes de vous envoyer un prêtre à la place de M. Gorlidot (2), vous ferez bien de prendre quelques bons prêtres externes, bien choisis et bien propres pour vous aider en vos missions de cette année. Je prie Dieu qu’il les bénisse et qu’il sanctifie de plus en plus votre conduite et vos personnes.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Nous tâcherons de vous envoyer le prêtre que vous demandez, dans la fin de l’année, Dieu aidant.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2) François Gorlidot, né à Charly (Aisne) le 10 janvier 1623, entré dans la congrégation de la Mission le 13 mars 1647, reçu aux vœux le 30 septembre 1649.
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2701. — AU PèRE SYLVESTRE, CAPUCIN
De Paris, ce dernier d’octobre 1658.
Mon Révérend Père,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie derechef de l’honneur que vous m’avez fait de me communiquer votre mémoire. J’en ai ouï la lecture ; je le trouve fort bien fait, judicieux et affectif ; et il me semble qu’il est animé de l’esprit de Dieu et très propre pour donner des sentiments d’affliction et de compassion. J’en ai fait l’expérience en moi, et j’espère qu’il en produira de plus effectifs en d’autres, qui pourront servir plus utilement que moi au sujet pour lequel Votre Révérence l’a fait.
Et parce que vous me commandez de vous dire mes pensées, je vous en dirai deux choses, mon Révérend Père, selon ma simplicité ordinaire, et seulement pour vous obéir. La première est qu’il serait à souhaiter que cet écrit fût plus court, afin d’être lu plus volontiers par les personnes puissantes qui, pour avoir de grandes affaires, se rebutent des relations qui les arrêtent longtemps. Je sais bien, mon Révérend Père, qu’il est difficile d’exprimer tant de choses en peu de mots et qu’il est nécessaire de bien faire connaître le mal pour y remédier ; mais voilà ce qui m’est venu en esprit. Il paraît bien que Votre Révérence a fait la même réflexion, puisque ce narré est fort concis ; et sans doute que vous l’auriez abrégé encore davantage, si vous l’aviez pu sans énerver la force du discours.
La seconde chose regarde la matière. Votre Révérence
Lettre 2701. — L. s. — Dossier de la Mission, minute, de la main du secrétaire.
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expose le besoin de tous les chrétiens de divers royaumes et de toute la Grèce, opprimés par les pachas des villes ; que peut-on faire pour les soulager, étant en si grand nombre ? Il faudrait des sommes immenses, que l’on n’a pas ; et quand on les aurait, ce ne serait que jeter quelques gouttes d’huile dans le feu de la persécution ; car, ces tyrans étant insatiables, plus on leur donne et plus ils demandent ; de sorte que, si ces pauvres gens payent bien une année, ils en sont plus maltraités l’année suivante ; d’autant que les Turcs s’imaginent qu’ils ont de quoi, et pensent faire sacrifice à Dieu de les persécuter.
Si Votre Révérence dit qu’elle ne demande pas assistance pour toutes les nations chrétiennes dont elle a fait mention, mais seulement douze mille écus pour acheter le gouvernement du Mont-Liban, afin de l’ôter à un tyran qui en abuse, pour le donner à un homme considérable du pays, qui protégera les chrétiens de ce lieu, ainsi que Votre Révérence le proposa dernièrement, il y aurait lieu (1) de craindre que ce nouveau gouverneur ne serait pas maintenu longtemps, ou parce qu’il ne serait pas au gré des Turcs, ou à cause du changement fréquent du grand vizir, qui fait qu’il n’y a rien de stable dans les charges et les emplois qu’il donne, arrivant bien souvent que ce que l’un fait, son successeur le détruit ; et, selon cela, on ferait une dépense considérable sans beaucoup de fruit.
Je n’entreprendrais pas, mon Révérend Père, de vous dire ainsi mes sentiments, sans la confiance que Votre Révérence m’a témoignée en le désirant, et je le fais pour les soumettre entièrement aux vôtres, et non pas pour me dispenser de servir à votre dessein,
1) Première rédaction : il y a lieu. Le saint a corrigé de sa main.
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car je souhaite que Dieu me fasse la grâce de contribuer par quelque petite drachme au gazophilace (2) de votre charitable proposition pour votre consolation (3), le salut de nos frères et la gloire de notre Maître, en qui je suis, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2702. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 1er de novembre 1658.
Je prie le Saint des saints, desquels nous faisons la fête aujourd’hui, qu’il vous fasse du nombre. Vous en suivez les traces, par sa miséricorde. Continuez à vous élever de la terre au ciel par les œuvres et les pratiques qui conduisent à Dieu et qui sont les plus propres pour lui en attirer d’autres, telles que sont les règles et les fonctions de la compagnie. C’est par où notre Seigneur et notre Maître appelle après lui tous les missionnaires, et par eux les peuples dont le salut est commis à leurs soins. Plaise à sa bonté de vous animer de son esprit et des vertus qui l’accompagnent !
2) Gazophilace, trésor.
3) Première rédaction : car je suis résolu, moyennant la grâce de Dieu, d’y contribuer tout ce que je pourrai pour votre consolation.
Lettre 2702. — Reg. 2, p. 217.
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2703. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce premier de novembre 1658.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monsieur,
J’ai envoyé l’extrait de votre lettre du 1er d’octobre, qui parle de l’oncle et de la nièce incestueux, au vicaire de leur paroisse, qui m’en avait donné le mémoire, afin qu’il voie si on pourra avoir l’argent et les attestations qu’on demande.
Je serai consolé de voir la copie de la lettre que M. du Loeus devait écrire en Espagne pour le dessein dont vous avez parlé ensemble.
Puisque le R. Père Virgilio Spada ne voit point d’apparence que nous ayons de maison à Rome si nous ne l’achetons, et que nous sommes hors d’état de le faire, il en faut demeurer là et estimer que Dieu nous veut de la sorte. Pouvons-nous être mieux, Monsieur, ni plus agréablement pour lui, que de nous tenir en la posture qu’il nous demande, pourvu qu’en effet, nous nous y tenions volontiers par soumission à sa conduite, reconnaissant que nous sommes indignes d’un poste plus avantageux, et même que celui que nous avons surpasse notre mérite et est plus convenable aux desseins que Dieu a sur nous, qui ne devons avoir de demeure stable, si nous sommes faits pour aller, ni de maison propre, si nous voulons suivre N.-S., qui n’en a pas eu ? Si nous n’aimons l’humiliation tandis que Dieu nous donne occasion de la pratiquer, comment la rechercherons-nous étant placés honorablement ? Tenons-nous bas, Monsieur, et soyons bien aises d’êtres pauvres, parce
Lettre 2703 — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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que le monde, nous voyant ainsi avilis, nous en méprisera. Ce sera alors que nous commencerons d’être vrais disciples de N.-S. "Bienheureux sont les pauvres d’esprit, dit l’évangile de ce jour, parce que le royaume des cieux est à eux (1)". C’est donc là qu’ils seront logés. Ne voilà-t-il pas un beau logement pour nous ? O mon Dieu ! faites-nous la grâce de préférer les moyens qui nous y conduisent à toutes les prétentions et les commodités de la terre ! Laissons-le faire, Monsieur, et ne doutez pas que tout n’aille bien pour tous vos emplois, aussi bien que pour vos personnes.
Je vous mandai, ce me semble, du temps que le R. P. provincial de la Merci nous obligea de vous recommander son affaire, qu’il nous avait fourni vingt écus pour les frais de l’expédition qu’il poursuivait, lesquels nous avons encore. C’est pourquoi, Monsieur, vous pouvez payer là-dessus son expéditionnaire. Et bien que les ports de ses lettres et de ses paquets, qui sont allés et venus, en aient consommé une bonne partie, nous ne laisserons pas d’acquitter la lettre de change que vous nous tirerez pour cela, n’étant que de 45 livres, ainsi que vous me le mandez.
Dieu soit béni et glorifié à jamais de la grâce qu’il a fait trouver à la compagnie dans le cœur de Mgr le cardinal dataire (2), et nous fasse, s’il lui plaît, celle d’en mériter la continuation ! Nous aurons des traverses sans doute pour les unions de Coudres (3) et de Bussière, plus grandes que pour celles qui ont été faites. Nous aurons grande difficulté d’obtenir les consentements de M. le commandeur de Souvré (4) et des religieux de son abbaye,
1) évangile de saint Mathieu V, 3.
2) Jacques Corradi.
3) Le principal obstacle à l’union du prieuré de Coudres vint de l’opposition des religieux de Bourgueil.
4) Jacques de Souvré, reçu, dès l’âge de cinq ans, dans l’ordre de
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d’où dépend le prieuré de Coudres. Et avant de nous y engager, je serais bien aise de savoir : 1° s’il y a lieu d’espérer d’obtenir à Rome ladite union sur le consentement du titulaire seulement, que nous aurons quand nous voudrons ; 2° s’il y a un temps préfix dans lequel on soit obligé de faire fulminer les bulles, et quel est ce temps ; 3° en cas qu’il n’y ait point de temps limité, si le bénéfice nous sera assuré, ou au titulaire, d’ici à quatre ou cinq ans, en cas que nous ne puissions obtenir plus tôt le consentement des autres intéressés, car il me semble que les Pères de l’Oratoire ont bien passé cet espace-là depuis l’obtention des bulles d’union de Notre-Dame-des-Vertus (5), jusqu’à ce que les religieux y ont consenti ; et enfin si, par faute de faire fulminer les bulles dans certain temps, ces bulles-là nous seraient inutiles, en sorte qu’obtenant ensuite les consentements nécessaires pour ladite union, il nous fallût lever de nouvelles bulles et faire une nouvelle dépense. Car, si cela était, il vaudrait bien mieux attendre encore que de nous exposer à présent à ces inconvénients. Je vous prie, Monsieur, de vous informer de tout cela et de m’en écrire la réponse. Mandez-moi aussi ce que pourront coûter les bulles d’union de ce prieuré-là, qui n’est pas conventuel et se peut tenir à simple tonsure, et celles de l’union de Bussière, qui est conventuel et à la nomination du roi. Il n’y a pas d’apparence d’obtenir le consentement du roi pour celui-ci ; il n’y faut pas penser (6).
Je vous prie aussi de me mander de quel diocèse d’Hibernie on dit que M. du Loeus sera évêque, parce que, s’il l’était de celui de Cashel, il pourrait donner
Saint-Jean de Jérusalem, nommé grand prieur de France en 1667, mort le 22 mai 1670 dans sa soixante-dixième année.
5) A Aubervilliers.
6) Cette dernière phrase est de la main du saint.
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le dimissoire de notre frère Butler, dont je vous ai parlé par ma dernière. Et j’ajoute aux questions que je vous ai faites sur ce sujet :
1° Si la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide, en donnant dimissoire sub titulo missionis in Hibernia, entend qu’on y aille dès qu’on est fait prêtre (7) ?
2° Si c’est son intention qu’on demeure en Hibernie toute sa vie, ou bien si c’est pour quelques années seulement, et pour combien d’années, en sorte qu’après on soit quitte de cette obligation ?
3° Si c’est pour y aller en quelque temps désastreux que ce soit, comme celui-ci, où il y a beaucoup de danger ? Car, si cela était, ou que ce fût pour toute la vie, notre frère Butler ne veut point de titre à cette condition ; et la compagnie aussi aurait bien du désavantage à cela, car il y a huit ou dix ans qu’elle l’entretient et l’élève.
Selon cela, Monsieur, je ne sais si vous devez vous mettre en peine pour lui obtenir un autre dimissoire de ladite Sacrée Congrégation, si ce n’est que, pour l’acquit de l’obligation qu’elle lui impose, elle ait agréable de s’en rapporter à ses supérieurs pour l’envoyer en son pays ou ailleurs, lors et pour tel temps qu’ils jugeront à propos. Il serait bien fâcheux si la compagnie ne pouvait pas disposer pour toute sorte de lieux des Hibernois qu’elle reçoit et qu’elle élève avec grande dépense, quand ils n’ont point de titre, que sous condition d’aller en leur pays, sous la dépendance seule de ladite Sacrée Congrégation ; et nous ferions mal, en ce cas, d’en recevoir aucun ; et néanmoins il plaît à Dieu de faire du bien par eux partout où nous les employons.
7) Saint Vincent avait ajouté de sa main : "et qu’on y demeure toujours" ; il effaça ces mots après s’être aperçu qu’ils faisaient double emploi avec ce qui suit.
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S’il y avait lieu d’en espérer autant en Hibernie, nous les y enverrions volontiers ; mais pour le présent, il y a peu de fruit à faire et beaucoup de périls à essuyer. Qu’importe-t-il où Dieu soit servi, pourvu qu’il le soit, et qu’il le soit en faveur des âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort, et dans les manières les plus avantageuses pour elles, telles que sont les fonctions de la compagnie !
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Le 16 d’octobre, nos frères Le Gouz et Le Mercier (8) sont partis de Marseille pour Rome dans un vaisseau de Livourne, avec un frère coadjuteur nommé Dufestel (9). J’espère que, s’ils ne sont à présent auprès de vous, ils y seront bientôt.
Au bas de le première page : M. Jolly.
2704. — A PHILIPPE DALTON, PRêTRE DE LA MISSION, A TROYES (1)
De Paris, ce 2 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je m’étais proposé, après votre lettre reçue, de vous
8) Ce nom manque dans le catalogue du personnel de la Mission.
9) Claude Dufestel, né à Moyenneville (Somme), en juin 1637 entré dans la congrégation de la Mission le 4 septembre 1657, reçu aux vœux à Rome le 8 septembre 1659
Lettre 2704. — L. s. — Dossier de la Mission, minute
1) Philippe Dalton, né à Cullen (Irlande), entré dans la congrégation de la Mission le 16 mai 1656, reçu aux vœux à Troyes le 11 novembre 1658
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faire réponse au plus tôt ; mais je ne l’ai pu. Je ne puis vous exprimer la joie que j’ai de la disposition que Dieu vous donne pour lui faire votre oblation dans la compagnie sans aucune réserve, avec indifférence pour tous les pays du monde et avec toute sorte de soumission à la sainte obéissance et à la volonté de Dieu, qui vous sera signifiée par vos supérieurs. C’est ainsi que parlent et que font les âmes vraiment apostoliques qui, s’étant consacrées pleinement à Dieu, souhaitent que Notre-Seigneur, son Fils, soit connu et servi également par toutes les nations de la terre pour lesquelles il est venu lui-même au monde, et voudraient comme lui travailler et mourir pour elles. Voilà jusqu’où le zèle des missionnaires se doit étendre, car, bien qu’ils ne puissent pas aller partout, ni faire le bien qu’ils désirent, toutefois ils font bien de le désirer et de s’offrir à Dieu pour lui servir d’instrument en la conversion des âmes, au temps, aux lieux et en la manière qu’il lui plaira. Peut-être qu’il se contentera de leur bonne volonté et peut-être aussi que, si cette volonté est bien grande et bien réglée, il se servira d’eux, quoique chétifs ouvriers, pour faire de grandes choses. Je ne vois rien qui les rende plus semblables à lui que cela, ni plus dignes de ses bénédictions.
Faites donc, Monsieur, à la bonne heure, faites vos vœux quand il vous plaira, en la présence de M. Dupuich. Je prie N.-S. qu’il ait agréable de les recevoir et de se donner plus intimement à vous, à même temps que vous vous donnerez plus parfaitement à lui.
Je voudrais bien procurer quelque assistance à ces braves gens de votre pays qui sont à Troyes dans la disette et la souffrance, mais je ne sais à qui m’adresser (2).
2) Il est question de ces Irlandais dans le Recueil des Relations contenant ce qui s’est fait pour l’assistance des pauvres, première
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Les dames de la Charité de Paris, qui les ont d’autrefois secourues, n’envoient quasi plus rien sur les frontières, ni ailleurs, parce qu’elles ne trouvent plus d’argent ; et ainsi je n’ose leur proposer de nouvelles charités à faire, sachant que ce serait sans effet.
Nous avons fait ce que vous avez désiré à l’égard de ce bon prêtre venu d’Hibernie que vous nous recommandez.
Je me recommande à vos prières et je suis, en N.-S,
V. D.
2705. — A EDME MéNéTRIER
De Paris, ce 3 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Pour réponse à la vôtre du II octobre, je prie N.-S. que les eaux que vous avez prises vous profitent pour la santé du corps et pour la consolation de l’âme, qui souffre de ne pouvoir agir selon l’étendue de sa dévotion.
J’ai envoyé à Madame la duchesse d’Aiguillon pour la seconde fois la permutation de M. Grimard et lui
relation de 1654 : "Cinq régiments d’Irlandais catholiques ayant été défaits en la guerre de Bordeaux, ce débris, composé de trois cents bouches, tant femmes qu’enfants, vieillards et estropiés, s’est jeté dans la ville de Troyes comme dans un asile… Un bon prêtre de leur nation y a été envoyé. Paris et Troyes se sont unis à ce saint emploi… L’on a revêtu les plus nus ; l’on a mis les filles et les veuves dans l’hôpital Saint-Nicolas, où l’on leur apprendra à filer et à coudre ; l’on prend soin des petits orphelins ; on les instruit tous et on les confirme en la foi catholique pour laquelle ils avaient quitté leur patrie." (Voir encore la seconde relation de 1654 et celle de 1655.)
Lettre 2705. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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en ai parlé moi-même depuis peu de jours. Elle m’a dit qu’elle la fera voir par son conseil et qu’elle fera savoir sa réponse à mondit sieur Grimard. Peut-être en a-t-elle déjà écrit à son receveur de delà.
Ce n’est point par humilité que je m’excuse de voir Mgr d’Agen (1) sur le sujet de votre maison, mais pour observer l’ordre, qui veut que le supérieur de chaque maison informe Monseigneur l’évêque au diocèse duquel elle est, des besoins temporels où elle se trouve, lorsque c’est à lui à y remédier, sans s’en décharger sur le général, qui a d’autres choses à faire et qui ne doit pas entrer dans le détail de ces choses.
Il y a place arrêtée au carrosse de Bordeaux qui partira mardi d’ici, pour le frère clerc tant attendu. Nous envoyons avec lui deux Filles de la Charité pour Cahors, et qui passeront par Agen. Je vous écrirai par elles, et je suis cependant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il sera bon de faire loger les Filles de la Charité chez quelque femme dévote, ou quelqu’autre maison honnête, et leur trouver des chevaux de louage et un homme pour les conduire à Cahors, où Monseigneur les demande.
Suscription : A Monsieur Monsieur Edme, supérieur des prêtres de la Mission au séminaire d’Agen, à Agen.
1) Barthélemy d’Elbène.
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2706. — EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME, A SAINT VINCENT
[Rome, 5 novembre 1658] (1)
Des trois frères que M. Berthe nous a envoyés ici de votre ordre, Monsieur, et qui arrivèrent, comme je vous mandai par ma dernière, le même jour que je l’écrivis, l’un (2), qui n’a pas encore achevé les deux ans de son séminaire, est fort affligé de ce qu’il n’a pas trouvé, comme il pensait, une classe de théologie céans, ainsi qu’il dit qu’on lui a promis de votre part, Monsieur, qu’il y étudierait. J’ai fait mon possible tant pour lui remontrer que nous lui aiderions en ce que nous pourrions dans ses études, que pour le porter à être bien indifférent en toutes choses, comme il est nécessaire que le soit un missionnaire. Mais c’est chose pitoyable de voir la grandeur de sa tentation, ne se rendant capable d’aucune raison, ni divine, ni humaine, bien que d’ailleurs il se montre ferme dans sa vocation ; et croit être parfaitement détaché de toutes les choses du monde, disant qu’il s’est bien rendu indifférent en tout, mais non pas en ce point des études, lui ayant été promis le contraire. Vous me fîtes, ce me semble, Monsieur, entre autres choses, proposer une chose semblable à celle-ci dans une retraite aux séminaristes, à savoir de les bien établir dans l’indifférence aux études ; et je vois cela présentement plus nécessaire que je ne le voyais alors, car ce pauvre frère est perdu dans cette tentation ; et, s’il ne s’ôte cela de l’esprit, ou plutôt si Notre-Seigneur ne lui ôte, c’est une porte ouverte à mille inquiétudes et à se rendre peu propre au service de sa vocation. Il m’a témoigné désirer de vous demander et faire demander de l’envoyer à Gênes, pour y étudier, selon son très grand désir ; je lui ai dit qu’il vous pouvait écrire ; mais de vous faire prier par d’autres, je ne lui conseillais pas, ni même de vous demander cela lui-même, parce qu’il ne se trouverait pas satisfait d’avoir condescendu à la tentation, valant beaucoup mieux nous accommoder aux desseins de Dieu sur nous, que de faire notre volonté, contre son bon plaisir.
Enfin, je l’ai exhorté à avoir une grande patience, n’étant
Lettre 2706. — Notice manuscrite d’Edme Jolly, p. 142. (Cf. Notices, t. III, p. 462.
1) Voir lettre 2741.
2) Le Mercier.
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pas probable qu’une tentation si véhémente et un si grand trouble durent longtemps à une personne qui veut être entièrement à Dieu ; mais le malheur est qu’on ne lui peut faire entendre que cette attache soit désordonnée. Notre-Seigneur le fera, s’il lui plaît, par vos prières, Monsieur. Il est dans les exercices spirituels, avec les deux qui sont venus avec lui. Après les exercices, nous verrons si l’étude qu’il fera, avec l’assistance que quelqu’un de la maison lui donnera, le calmera en quelque façon. Il se remet toujours sur la promesse qu’il dit qu’on lui a faite de le faire étudier sous un maître avec d’autres écoliers.
2707. — A EDME MéNéTRIER
De Paris, ce 6e novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici enfin notre frère (1), que nous tirons de notre séminaire pour vous le donner. Vous n’avez rien perdu en l’attente, car, encore qu’il soit bien jeune, il ne laisse pas d’avoir de l’esprit et de la sagesse, même assez de capacité pour le sujet que vous l’avez demandé. C’est un enfant de bonne espérance, digne de vos soins. Je vous le recommande de tout mon cœur.
Nous envoyons avec lui deux Filles de la Charité à Monseigneur de Cahors, à cause de la commodité du carrosse de Bordeaux et de la rivière, qu’elles pourront prendre là jusqu’à Agen, où étant arrivées, je vous prie de les loger chez quelque bonne veuve, ou en quelque maison de connaissance, et de les faire conduire à Cahors sur des chevaux de louage, ou par un de nos frères, ou par quelqu’autre personne de confiance.
Lettre 2707. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Christophe Didolet, né à Aiguebelle (Savoie), le 3 février 1639 entré dans la congrégation de la Mission le 27 juillet 1657, reçu aux vœux le 27 décembre 1661.
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Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Edme, supérieur des prêtres de la Mission, au séminaire d’Agen, à Agen.
2708. — A GéRARD BRIN, SUPéRIEUR, A MEAUX (1)
De Paris, ce 6 novembre 16 (8.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres du 31 octobre. Je n’ai qu’à respecter tout ce que Nosseigneurs ordonnent pour le bien de leur séminaire, et n’ai rien à dire au soin du temporel dont ils vous ont chargé (2), sinon que nous ne pouvons vous envoyer personne qui vous y soulage ou qui vous y dresse. Je veux croire que vous leur avez représenté le peu d’aptitude que vous avez pour les affaires, et ainsi, vous y ayant engagé nonobstant cet aveu, vous devez demeurer en paix et espérer que vous ne gâterez rien, surtout si, aux choses principales, vous prenez les avis de Monsieur le grand vicaire (3). Si dans deux mois l’état du séminaire change de face, comme vous l’espérez, il ne faut pas, pour si peu de temps, faire les changements que vous proposez. Selon cela, je vous
Lettre 2708. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute.
1) Les prêtres de la Mission venaient d’être appelés à la direction du séminaire de Meaux, qu’ils quittèrent trois ans après. (Cf. l’hôpital Jean Rose et le grand séminaire de Meaux, par l’abbé 0. Estournet, Lagny, 1905, in-8°.)
2) Le supérieur du séminaire était en même temps principal du collège et maître de l’hôpital.
3) Antoine Caignet.
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prie de vous contenter du frère Pierron (4) et de laisser le frère Claude à Crécy.
Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre conduite et votre force. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
Au bas de la page : M. Brin.
2709. — A JEAN DE FONTENEIL
De Pans, ce 6 de novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec nous pour jamais !
Je vous fais un renouvellement des offres de mon obéissance avec toute l’humilité et l’affection que je le puis. Je vous supplie de l’avoir agréable, comme aussi, Monsieur, la très humble recommandation que je vous fais de deux filles, servantes des pauvres malades de la Charité, que nous envoyons à Monseigneur de Cahors par la voie de Bordeaux et d’Agen, à cause de la commodité du carrosse et de la rivière. Elles prendront la
4) Nicolas Pierron, né à Monceaux-lès-Provins (Seine-et-Marne) le 9 mai 1635, entré dans la congrégation de la Mission le 14 mai 1657. Il ne resta pas longtemps à Meaux, car nous le trouvons le 15 mai 1659, jour de ses vœux, à Saint-Lazare, où il fut professeur après son ordination sacerdotale. Il dirigea successivement les établissements de Saint-Flour (1673-1679), des Bons-Enfants (1679-1681), de Châlons-sur-Marne (1681-1684), Bayeux (1684-1686), Tours (1686-1694), Chartres (1694-1697). Il avait, le 21 avril 1692, le titre de visiteur du Poitou et, le 1er août 1697, celui de visiteur de France. L’assemblée générale de 1697 l’élut supérieur général de la congrégation de la Mission. Pendant son court généralat il s’efforça de maintenir dans la compagnie une discipline ferme et de la prémunir contre les idées jansénistes. Il mourut le 17 août 1703, vingt jours après avoir remis à l’assemblée générale sa démission de supérieur général, motivée par l’état d’impuissance auquel l’avait réduit une attaque d’apoplexie. (Cf. Notices, t. IV, p. 11-15)
Lettre 2709. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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confiance de s’adresser à vous, Monsieur, comme je fais, pour vous supplier très humblement de leur faire trouver l’occasion d’un bateau qui les porte à Agen (on dit qu’il en part régulièrement deux par semaine, qu’on appelle de poste) et d’ajouter à cette grâce celle de les recommander aux personnes plus honnêtes qui s’embarqueront avec elles.
J’ai honte de vous importuner de ces choses, mais j’y suis contraint, pour n’avoir d’autre connaissance en votre ville que de vous, Monsieur, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Si ces bonnes filles, par quelque accident, avaient besoin d’argent, je vous supplie de leur en donner pour achever leur voyage. Je le vous rendrai par le maître du coche, dès que vous m’en donnerez avis (1). Nous envoyons avec elles un de nos séminaristes pour demeurer au séminaire d’Agen.
Suscription : A Monsieur Monsieur Fonteneil, archidiacre et grand vicaire de Bordeaux, à Bordeaux.
2710. — A ANTOINE FLEURY, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINTES
De Paris, ce 6 de novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis en peine de n’avoir reçu aucune de vos lettres
1) Cette phrase est de la main du saint.
Lettre 2710. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute, de la main du secrétaire.
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depuis que vous êtes à Saintes. Je vous en donne des miennes pour savoir de vous l’état de votre santé, comment réussissent les missions de delà, si le peuple profite de vos exercices et s’il se rend assidu à vos instructions. Je le veux espérer de la bonté de Dieu et de la bonne façon dont vous y procédez. Mais, d’un autre côté, je crains que, comme c’est un pays mêlé d’hérétiques et où l’hérésie a d’autrefois établi son trône, il n’en reste encore des impressions malignes dans les pauvres catholiques, que les pères ont données aux enfants et les enfants à leurs enfants. Il faut avoir patience et espérer que peu à peu la lumière de la foi dissipera toutes ces ombres et que Jésus-Christ sera le maître sur la croyance et sur les mœurs de ces pauvres gens, que l’esprit malin a toujours tâché de pervertir. Il faut espérer aussi, Monsieur, que sa grande miséricorde se servira de vous pour cela ; car, selon la voie ordinaire, elle veut sauver les hommes par les hommes ; et Notre-Seigneur s’est lui-même fait homme pour les sauver tous.
Oh ! quel bonheur pour vous d’être employé à faire ce qu’il a fait ! Il est venu évangéliser les pauvres, et voilà votre sort et votre occupation. Si notre perfection se trouve en la charité, comme il est constant, il n’y en a point une plus grande que de se donner soi-même pour sauver les âmes et de se consommer comme Jésus-Christ pour elles. Voilà à quoi vous êtes appelé, Monsieur, et à quoi vous êtes prêt de répondre, grâces à Dieu. C’est pour ce dessein que vous êtes entré en la compagnie, toute consacrée à l’imitation de Notre-Seigneur, et voilà la résolution que vous prendriez encore si vous ne l’aviez déjà prise. Oh ! quel exemple vous donnez à tant et tant d’ecclésiastiques qui sont autant d’ouvriers envoyés en la vigne du Seigneur, mais qui n’en font pas les œuvres ! Béni soit Dieu, Monsieur, de
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la grâce qu’il vous a faite de vous choisir entre mille pour contribuer à détruire l’ignorance et le péché qui désolent l’église ! Et béni soit à jamais son saint nom de celle qu’il vous fait de bien réussir en ce divin emploi, ainsi que M. Rivet me l’a mandé ! Je ne puis assez en remercier Notre-Seigneur, ni le prier qu’il continue à vous bénir en votre personne et en vos travaux, quoique je le fasse bien souvent.
Je ne doute pas, Monsieur, que le diable ne fasse ses efforts pour vous tirer de là, prévoyant les conquêtes que vous ferez sur lui. Il vous montrera de plus grands biens à faire ; mais il n’y en a point ; ne l’écoutez pas. Non, donnez-lui la confusion tout entière en vous affectionnant aux occasions présentes que Dieu vous donne d’avancer sa gloire contre les desseins de cet ennemi, qui tâchera de vous la faire quitter pour des sujets apparents, éloignés et incertains.
Le monde, d’un autre côté, vous pourra présenter ses plaisirs et ses vanités, mais trop tard, puisque vous voulez être crucifié avec J.-C. et constituer en lui seul vos délices et vos honneurs.
Les parents aussi pourront donner quelque atteinte à votre résolution ; mais vous savez ce que dit N.-S. : "Qui aime son père ou sa mère plus que moi, il n’est pas digne de moi (1)" et "Quiconque les quitte à cause de moi, ou frères, ou sœurs, ou maisons, etc., il en aura cent fois autant et héritera la vie éternelle (2)." Bienheureux sont les vôtres, Monsieur, d’avoir donné au divin Maître un tel serviteur que vous, qui leur pouvez procurer plus de biens et de consolations en le servant en la vocation où vous êtes, qu’en quelqu’autre état qu’ils
1) évangile de saint Mathieu X, 37.
2) évangile de saint Mathieu XIX, 29.
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vous puissent souhaiter, puisque vous attirerez sur vous et sur eux les bénédictions du ciel et de la terre.
Il vous pourra encore arriver une autre tentation de votre part : c’est quelqu’ennui de vous voir toujours faire les mêmes choses, ou quelque découragement pour n’en voir que peu ou point de fruit. Mais le remède au premier est de penser qu’il n’y a que la persévérance qui couronne, et que sans elle tout est perdu ; et pour le second, de vous persuader que Dieu demande seulement de vous que vous jetiez les rets dans la mer, et non pas que vous preniez les poissons, parce que c’est à lui de les faire entrer dedans. Ne doutez pas qu’il ne le fasse, si, pêchant toute la nuit, nonobstant les difficultés de l’entreprise et l’endurcissement des cœurs, presque tous endormis pour les choses de Dieu, vous attendez en patience que le jour soit venu, que le soleil de justice les réveille et que sa lumière les éclaire et les échauffe. A ce travail et à cette patience il faut joindre l’humilité, les prières et le bon exemple ; et puis vous verrez la gloire du Sauveur, et dans ces avis la véritable affection, Monsieur, de votre très humble serviteur.
2711. — A MICHEL CASET, PRêTRE DE LA MISSION, A TOUL
De Paris, ce 6 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu des fruits de la mission de
Lettre 2711. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute, de la main du secrétaire. Le secrétaire note au dos de la minute que la lettre n’a pas été envoyée.
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Charmes (1), et je le prie qu’il fasse la grâce au peuple de s’en prévaloir pour l’éternité, et à vous d’en procurer de semblables toute votre vie, selon votre grande affection, qui est un don de Dieu. Ménagez-le bien ; car, pourvu que votre zèle soit accompagné d’indifférence pour les emplois et de soumission pour l’obéissance, il sera béni de Dieu en ses effets.
Je loue Dieu aussi, Monsieur, de l’éloignement que vous avez pour les charges, ne doutant pas que ce ne soit par un sentiment d’humilité, plutôt que pour éviter le soin des affaires, ou la peine de servir vos confrères. Quand je vous ai prié de prendre la place de M. Demonchy, ce n’a pas été mon dessein de vous établir supérieur, mais seulement pour représenter celui qui est destiné pour l’être, en l’attendant (2). Ce n’est pas que je ne sache bien que, si vous aviez l’expérience qu’il faut pour la conduite, vous n’ayez d’autres bonnes qualités pour y réussir, sans que cela vous empêchât d’aller en mission, non plus que les supérieurs des autres maisons n’en sont pas empêchés, dont la plupart sont les premiers à se trouver à ce travail. Nous ferons donc partir quelqu’un, après que M. Demonchy sera ici, qui vous ira donner moyen de vous donner tout entier à l’instruction et au salut du pauvre peuple. Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il ait agréable les services que vous lui rendez et à la petite famille, que je salue, et qui suis, en l’amour de ce même Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
Au bas de la première page : M. Caset.
1) Charmes-la-Côte, près de Toul.
2) Le choix du saint se porta sur Michel Caset lui-même.
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2712. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 8 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 8 octobre. Vous avez raison de dire que nos religieux (1) trouveront leur sûreté en notre bulle (2) pour leurs pensions. Elle a été fort bien dressée et pour eux et pour nous. Nous allons travailler à la fulmination et n’y perdrons plus de temps, Dieu aidant.
On nous a dit ici que celle de Saint-Pourçain, faite par Mgr l’évêque, n’est pas valable. J’attendrai votre réponse sur la prière que je vous ai faite de vous en informer, avant de nous en mettre en peine.
Je me sens très obligé à Monseigneur l’assesseur du Saint-Office de l’honneur de son ressouvenir et de la bonté qu’il conserve pour moi. C’est une grâce que je chéris grandement, à cause de l’estime et de la révérence que Dieu m’a données pour sa digne personne. Je vous prie de l’assurer, aux rencontres, et de ma parfaite reconnaissance pour sa charité, et de mon obéissance perpétuelle en tout ce qu’il aura agréable de me commander.
J’ai averti M. le vicaire de Saint-Jean-en-Grève (3) des choses que vous me mandez touchant la dispense de ces misérables incestueux. Il estime qu’il faut prendre la voie de la daterie, et, pour cet effet, il travaille pour avoir l’attestation de leur pauvreté (4) et la lettre qui la
Lettre 2712. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Les religieux de l’ancien Saint-Lazare.
2) La bulle d’union du prieuré de Saint-Lazare.
3) En l’absence du curé, relégué à Compiègne par ordre de Mazarin.
4) Cette attestation était nécessaire pour éviter les frais accoutumés.
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doit accompagner. Il espère de vous les envoyer par le premier ordinaire. Et quant aux huit pistoles qu’il faut, vous les pouvez prendre de delà ; il les rendra ici avec le change.
Je veux espérer de la bonté de Dieu qu’il vous aura donné à tous une plus grande et plus intime communication de son esprit en vos retraites, pour en répandre les dons dans les âmes que sa Providence vous adressera en votre maison et dans les missions. Et afin que sa miséricorde infinie n’en demeure pas là, il est a souhaiter que chacun en devienne plus humble et plus zèle.
Si c’est le bon plaisir de Dieu que la semence jetée par Mgr le cardinal Brancaccio (5) dans le cœur de ces bons prêtres de Naples, pour l’union qu’il leur a proposée, pousse et fructifie, in nomine Domini, il faudra pour lors regarder cet affaire de plus près ; mais il ne faut pas, ni maintenant, ni jamais, que nous fassions aucune avance pour cela, ni de parole, ni d’action. Nous sommes à Dieu, laissons-le faire ; et pour eux, ils sont en bonnes mains, étant en celles d’un si pieux et si sage cardinal.
Vous avez bien fait de recevoir chez vous le prêtre qui doit être employé au séminaire de la Congrégation de Prop [aganda] Fide. J’eusse été bien aise de savoir d’où il est, s’il est français et de quelle province.
Il y a quelque temps que j’ai commencé de faire une note des assemblées de Paris ; mais elle demeura imparfaite, et je l’avais déjà oubliée. Je l’achèverai, Dieu aidant, à mon premier loisir.
Je vous prie de vous employer pour obtenir l’indulgence demandée par M. Simon, duquel je vous envoie la lettre, et de me faire ressouvenir, en cas que vous
5) évêque de Viterbe (1638-1670).
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l’obteniez, que c’est pour un curé d’auprès de Notre-Dame-de-la-Rose, afin que j’en fasse l’adresse à M. Chrétien, supérieur en cette chapelle (6).
Voici l’attestation de la pauvreté de ces pauvres infortunés de la paroisse de Saint-Jean de cette ville. Je vous enverrai l’autre qu’il faut par le prochain courrier.
Je viens de recevoir des lettres de Varsovie de Messieurs Desdames et Perroy. O Monsieur, quels hommes Dieu a donnés à la compagnie en leurs personnes !
Nous avons sujet de craindre que notre frère Barreau ne soit maltraité à l’extrémité, au sujet d’un attentat horrible qu’a commis un marchand français de Marseille, nommé Picquet, qui a amené quatre chaoux (7) d’Alger à Livourne, avec soixante Arabes, et a brûlé ensuite le Bastion de France, qui était, à 50 lieues d’Alger, comme un lieu de sûreté pour trafiquer en Barbarie ; et c’est pource que ces chaoux lui étaient allés demander l’argent de contribution et qu’il n’avait pas moyen de payer. Nous ne savons pas le traitement qu’on a fait aux chrétiens d’Alger, notamment au consul (8), Je recommande cet affaire à vos prières.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
6) Tout ce qui suit est de la main du saint.
7) On dit aujourd’hui chiaoux, espèce d’huissier ou d’envoyé turc.
8) Ayant appris que le gouverneur d’Alger avait formé le dessein de lui envoyer une troupe de mille hommes pour l’obliger à payer sa redevance annuelle, sous peine d’emprisonnement en cas de refus, Thomas Piquet, gouverneur du Bastion de France, arma les pêcheurs occupés à la pêche du corail, et, après avoir embarqué tout ce à quoi il tenait, y compris soixante Arabes et. quatre chaoux, il fit voile vers Livourne. Sa conduite ameuta la population d’Alger, qui maltraita les résidents français. Leurs marchandises furent saisies en garantie et le consul mis en prison.
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2713. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, le 8 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 5° octobre. Je rends grâces à Dieu de ce qu’il a béni vos retraites. Elles ne se font jamais sans fruit pour les âmes qui cherchent Dieu et qui veulent renoncer à elles. Je prie N.-S. qu’il vous unisse à lui, afin que vous en soyez plus forts pour aller à la conquête des âmes qui lui appartiennent et que le prince du monde a soustraites de son obéissance et de son amour. C’est un combat où il y a plus à perdre qu’à gagner pour les soldats qui n’ont ni zèle ni humilité ; et, au contraire, ceux qui s’armeront de ces vertus et de la confiance en leur divin capitaine, reviendront chargés des dépouilles de l’ennemi.
Je loue Dieu de ce que Monsieur votre frère est arrivé auprès de vous et de la consolation réciproque de votre entrevue. Je remercie aussi N.-S. de ce qu’il reconnaît que le testament de M. votre père ne peut avoir son effet à votre égard, en sorte qu’il est résolu de vous donner satisfaction. Ne vaut-il pas mieux qu’elle vous vienne ainsi doucement, que si vous l’aviez recherchée avec rigueur ? Le bon Dieu fait toujours nos affaires, lorsque nous faisons les siennes. Il est vrai, Monsieur, que la dernière fois que mondit sieur votre frère a passé ici, je ne lui ai pas parlé de vos intérêts, par pure oubliance ; mais je l’ai fait d’autres fois que j’ai eu l’honneur de le voir, et lui aurais encore touché quelque chose à son départ pour l’Italie, si cela ne m’avait
Lettre 2713. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe ou du XVIIIe siècle.
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échappé de l’esprit. Ma pensée est que vous devez tenir ferme pour venir au partage de la succession, afin de disposer des fruits de votre part et même du fonds, ainsi que vous le jugerez un jour plus expédient, bien que vous puissiez leur faire espérer que vous ne l’ôterez jamais de la famille. Ils devraient cependant vous envoyer quelque chose du revenu pour les trois années qu’il y a qu’ils jouissent de tout.
J’estime que Monsieur Berthe est à présent avec vous, avec le secours qu’il vous a mené. Dieu, par sa miséricorde, sanctifie sa visite et vos travaux ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2714. — A LA SŒUR MARGUERITE CHéTIF
De Paris, ce 9 novembre 1658.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux ou trois de vos lettres. La lettre de la rente des Brigittines peut demeurer encore entre vos mains, ou celles de Mademoiselle Deslions, en attendant que nous voyions si les héritiers du défunt y prétendront quelque chose.
M. Caron nous peut envoyer, quand il lui plaira, le jeune homme qui a tant d’affection d’entrer en notre compagnie, pourvu qu’il apporte quand et soi son titre patrimonial, avec son dimissoire, pour entrer dans les ordres sacrés, comme aussi cent livres, ou environ, pour son premier habit. Moyennant cela, nous le recevrons
Lettre 2714. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original
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premièrement à la retraite de huit jours, pour examiner sa vocation ; et ensuite au séminaire, qui dure deux ans, pour faire un fonds de vertu, avant d’étudier, pourvu qu’il persévère.
M. Rose est arrivé en bonne santé ; il nous a porté la montre, dont je vous remercie.
Nous avons reçu la lettre et l’argent pour notre frère Roquet (1) ; je vous en remercie aussi.
Je voudrais bien que le bon homme Dupuich eût touché les cinquante livres que j’ai à lui envoyer. Je les enverrai, Dieu aidant, à Madame Tintillier par le premier ordinaire, ne le pouvant aujourd’hui, parce que j’ai reçu trop tard votre dernière..
Je remercie très humblement Mademoiselle Deslions des soins qu’elle prend pour le titre de notre frère Cuveron (2), et je la prie de continuer jusqu’à ce qu’on nous l’ait envoyé. C’est un jeune homme de bon âge et de bonne espérance.
Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, grâces à Dieu. Deux de vos sœurs, sœur Adrienne et sœur Louise (3), sont allées à Cahors, c’est-à-dire à plus de cent cinquante lieues loin.
Je salue notre sœur Radegonde et suis, en N.-S., ma Sœur, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. de la Mission.
Suscription : A ma sœur la sœur Marguerite Chétif,
1) Charles Roquet, clerc de la Mission, né à Arras le 12 septembre 1639, entré dans la congrégation de la Mission le 5 janvier 1657, reçu aux vœux le 17 janvier 1659.
2) Maximilien-François Cuveron, né à Arras le 6 janvier 1634 entré dans la congrégation de la Mission le 1er décembre 1656, reçu aux vœux le 3 décembre 1658, placé à Fontainebleau, où il passa quelques années, mort à Madagascar en 1666, quelques mois après son arrivée.
3) Sœurs Adrienne Plouvier et Louise Boucher
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Fille de la Charité, servante des pauvres malades, à Arras.
2715 — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 9 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit. J’ai fait ma retraite, j’ai été incommodé et j’ai eu plusieurs embarras ; c’est ce qui a retardé la réponse que je fais a vos lettres.
Je vous envoie une lettre pour M. Daisne ouverte. Cachetez-la après que vous l’aurez vue, et rendez-lui lorsque vous le jugerez à propos. Nous sommes après pour vous envoyer un prêtre à sa place, et nous le ferons partir le plus tôt que nous le pourrons ; mais je ne sais pas précisément le jour ni la semaine, parce que cela dépend d’une affaire qu’il a, qui ne peut pas durer longtemps.
Pour M. Sevant, je suis d’avis que vous le supportiez encore jusqu’à la prochaine visite. M. Berthe la fait présentement à Gênes, et de là il s’en reviendra par Turin, Annecy et Troyes, et ensuite il ira à Sedan, où j’espère que vous l’aurez dans deux mois ou trois.
Si, dans les grands froids, vous voulez porter des chapeaux, au lieu de bonnets, par la maison, et des pantoufles fourrées, c’est une commodité qui n’est pas contre l’ordre, ni la bienséance ; vous la pouvez prendre. Mais de porter par la ville des manchons ou des gants, c’est ce qui ne se pratique pas en aucune de nos maisons ; et ainsi il y aurait inconvénient d’introduire cet
Lettre 2715. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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usage, d’autant plus que, s’accoutumant aux gants dans l’hiver, on ne les quitterait pas volontiers au printemps, ni peut-être à l’été, parce qu’on en porte en tout temps.
Les sœurs ne doivent pas s’excuser de faire la retraite de delà, pour avoir sujet de la venir faire à Paris, parce qu’il n’y a que celles de Paris même et celles des environs les plus proches qui la viennent faire chez Mademoiselle Le Gras ; car, pour celles qui en sont éloignées, comme celles de Sedan, elles les font aux lieux où elles demeurent, particulièrement s’il y a des prêtres de la compagnie pour les régler en leurs exercices.
Vous ferez bien de ne distribuer pas nos règles communes, tandis que M. Daisne ira flottant en sa vocation. Attendez, s’il vous plaît, qu’il en soit dehors, s’il ne prend une bonne résolution de demeurer et de renoncer aux bénéfices. Dans quelque temps, nous pourrons envoyer les règles du supérieur.
Si le neveu de feu M. Prévost vous contente comme domestique, recevez-le au nombre des frères ; j’en serai consolé, à cause de feu M. son oncle, de qui la mémoire nous est à très bonne odeur.
Notre frère Pintart (1) se met à bien faire depuis une maladie qu’il a eue. Il vous demande ses exemplaires de peinture, et son supérieur est d’avis qu’on les y envoie. Je vous prie de le faire.
Si M. Daisne se retire, il faut lui laisser emporter les habits qu’il porte sur lui, quand il sort en ville, et non pas davantage, et lui faire trouver bon amiablement
1) Guillaume Pintart, né à Vandy (Ardennes) le 5 mai 1627, entré dans la congrégation de la Mission le 4 août 1649, reçu aux vœux à Sedan le 9 septembre 1654. Il était au Mans quand saint Vincent écrivait cette lettre.
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de ne plus hanter chez vous pour s’y aller entretenir, à cause qu’il arrive des inconvénients de faire autrement, et que, pour cela, nous n’avons que peu ou point de communication avec ceux qui nous ont quittés.
Voilà une lettre de M. Berthe pour son frère.
Je prie la sœur Christine de retarder son voyage ici jusqu’au printemps, la saison étant déjà mauvaise pour voyager.
Notre avocat a les mémoires que vous avez envoyés.
On n’a pas coutume d’insérer parmi les règles d’une compagnie les bulles qui les autorisent. La nôtre ne nous permet pas d’absoudre de l’hérésie. Il en faut une permission expresse pour votre maison. Je la ferai venir de Rome, Dieu aidant.
Les dames de votre Charité ne doivent pas refuser d’assister les nouveaux convertis, quand ils seront pauvres et malades ; car le dépôt que vous avez n’est que pour les besoins extraordinaires de ceux qui se portent bien.
Il est tout à fait nécessaire de changer les officières ; mais, à cause de la difficulté que vous y prévoyez, je suis d’avis que vous attendiez à faire cela jusqu’à la visite, auquel temps le visiteur pourra disposer les esprits avec vous pour souffrir une nouvelle élection et leur en faire connaître l’importance.
Ne sonnez votre examen général qu’à huit heures un quart, et ne changez rien à l’ordre de la journée, ni aux pratiques de la compagnie, sans nécessité ; car ceux qui partent d’ici seraient fort choqués de les trouver dissemblables ailleurs.
Vous pouvez continuer de donner des certificats, en qualité de supérieur et de curé, jusqu’à la visite.
Je pense que voilà la réponse à tous les chefs de vos lettres reçues jusqu’à cette heure. En voici quelques-unes de M. Coglée, supérieur à Annecy. Il a laissé céans un
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vieux bréviaire pour vous être envoyé ; le prêtre qui s’en ira vous aider le portera.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel.
2716. — A CHRéTIEN DAISNE, PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN
De Paris, ce 9 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous m’avez demandé de sortir de la compagnie pour assister M. votre père, qui est dans le besoin, et d’accepter un bénéfice qu’on vous présente. Oui, Monsieur, j’y consens très volontiers, car vos conduites passées ont fait voir assez que vous tendiez à cela ; mais je ne puis consentir que vous poursuiviez un dévolu sur une cure, tandis que vous serez parmi nous, ainsi que le curé même m’a mandé que vous voulez faire. Il est inouï qu’un missionnaire ait jamais pris de dévolu sur personne. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie ou de renoncer à cette prétention, ou de vous retirer.
Je prie N.-S. qu’en quelque état que vous soyez, il vous fasse la grâce de vivre en bon ecclésiastique. Je suis, en son amour…
Lettre 2716. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
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2717. — A DOMINIQUE LHUILLIER, PRêTRE DE LA MISSION, A CRéCY
De Paris, ce 13 novembre 1658.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monsieur,
Monseigneur le coadjuteur de Meaux (1) désirant savoir quels arrérages M. de Lorthon doit à votre maison, je vous prie de faire un extrait de votre livre des sommes qu’elle a reçues de lui, article par article, y marquant le jour, le mois et l’année. Vous l’enverrez, s’il vous plaît, à M. Brin et n’en direz rien à personne.
Je loue Dieu de la patience qu’il vous donne en l’état où vous êtes, qui est bien ennuyeux. Il est pourtant propre pour honorer la vie cachée de Notre-Seigneur et pour vous disposer à ses fonctions publiques, lorsqu’il aura agréable de vous y employer. Ce sera avec d’autant plus de fruit que plus intimement vous vous unissez à présent à lui par la pratique de l’oraison et des autres vertus propres aux solitaires.
Je vous prie d’avoir soin de votre santé. Nous n’avons rien de nouveau de deçà, à la réserve de quelques infirmes, entre lesquels est notre bon frère Soudin (2), qui se recommande à vos prières. Il y a déjà trois mois qu’il s’est fait un ulcère sur sa poitrine, qui s’est beaucoup étendu. Il en souffre de grandes douleurs, mais avec patience et résignation. On fait ce qu’on peut pour le guérir, et il y a espérance d’en venir à bout avec le temps et les remèdes.
Lettre 2717. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Dominique de Ligny.
2) Claude Soudin, né à Crécy (Seine-et-Marne), le 29 mai 1627, entré dans la congrégation de la Mission le 2 octobre 1657, reçu aux vœux le 4 décembre 1659.
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Je salue notre frère Claude (3), et je vous embrasse en esprit de toutes les tendresses de mon cœur. C’est, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Ce que nous demandons, Monsieur, c’est ce que doit M. Lorthon, soit pour les aumônes, soit pour l’entretien de la maison ; vous m’en enverrez une copie, une autre à M. Brin.
2718. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 13 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu trois de vos lettres, dont la dernière est du 6 de ce mois. Vous avez bien fait de n’aller pas en mission, mais de demeurer à la maison dans les conjonctures présentes. J’écris à M. Molony pour l’encourager au service de sa procure. Je vous envoie ma lettre ouverte, que vous cachetterez, s’il vous plaît, avant de la lui rendre, et tâcherez de l’aider à surmonter sa répugnance et à venir à bout des affaires.
J’ai écrit à M. Bienvenu et à vous aussi en même temps, le 26 d’octobre, et vous ne me dites rien de ces lettres, quoique vous me parliez toujours de ses résistances. Si, après ce que je lui ai écrit, il persiste en son relâchement, témoignez-lui qu’il faut qu’il vive, comme les autres, selon ses vœux et selon nos règles, ou qu’il se pourvoie ; car, de demeurer en la compagnie pour y vivre sans dépendance et sans affection pour elle, cela ne se peut.
3) Claude Gesseaume
Lettre 2718 — L s — Dossier de la Mission
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Qu’il ne prenne pas toutefois ceci pour un congé volontaire, mais extorqué
Nous penserons à faire étudier le frère Descroizilles, lorsque lui-même n’y pensera pas tant que d’en perdre l’indifférence, comme il a fait. Qu’il nous laisse ce soin et qu’il se soumette à tout. L’affection désordonnée qu’il a eue pour les études nous obligera à rompre sa propre volonté, tandis qu’il continuera d’en témoigner pour cela.
J’ai donné charge à M. Alméras de vous choisir un frère tel que vous le demandez et de le vous envoyer au plus tôt. Le frère Christophe (1) pourra pour lors s’en venir ici, et même auparavant, si vous pouvez vous passer de lui. Donnez-lui ce qu’il faudra pour son voyage.
Si le jeune gentilhomme qui a pensée pour la compagnie persévère, après sa retraite, d’y vouloir entrer, je vous enverrai une lettre pour le supérieur de Gênes, afin qu’il y soit reçu.
Je ne suis pas d’avis que vous receviez pour frère cet homme qui offre son bien, après les conditions qu’il vous a proposées, quoiqu’il ne les propose plus.
Oh ! que très volontiers, Monsieur, je consens à l’accommodement avec Messieurs les administrateurs, et j’aurais grande consolation de terminer tout par cette voie. Il n’est pas pourtant à propos de les rechercher ; mais témoignez à M. de La Bataillère que nous ne demandons pas mieux que d’en sortir de la sorte et de vivre en paix avec eux.
Je rends grâces à Dieu de l’occasion que Monsieur et Madame de Liancourt vous donnent de leur témoigner notre obéissance. Je serais fort consolé qu’il s’en présentât d’autres sujets plus importants à leur service.
1) Christophe Delaunay.
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Dieu bénisse les travaux de vos ouvriers ! Nous tâcherons de vous en envoyer un ou deux pour en augmenter le nombre.
Voici une lettre pour le frère Guillaume (2). J’ai écrit à Sedan, afin qu’on lui envoie ses exemplaires de peinture.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2719. — A EDME BARRY, SUPéRIEUR, A N.-D.-DE-LORM
De Paris, ce 13 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La dernière lettre que j’ai reçue de vous est du 13 octobre. Il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit. Je loue Dieu de la consolation que vous a portée M. Cuissot par sa visite et par nos règles (1) Je ne doute pas que votre petite famille ne s’en prévale pour s’unir davantage à Dieu et en elle-même.
Je suis fort consolé de ce que le séminaire multiplie. S’il était transféré à Montauban, cela serait bien. Mon Dieu, Monsieur ! n’y a-t-il pas moyen que cela se fasse et que nous soyons déchargés des cures ? J’écris à M. Cuissot qu’il aille trouver Mgr de Montauban pour
2) Guillaume Pintart.
Lettre 2719. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1) Le livre des règle communes, dont Gilbert Guissot distribua des exemplaires pendant la visite.
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savoir sa dernière résolution, n’étant pas expédient pour nous que les choses demeurent davantage comme elles sont. Selon la réponse, nous penserons au secours que vous demandez. Je vous prie cependant d’encourager Messieurs Lucas (2) et Treffort. Je pense à eux, et Dieu sans doute aura bien agréable leur patience et leur travail. Je les embrasse avec vous et le reste de la petite famille avec toute la tendresse de mon cœur.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Les choses y vont leur petit train. Plusieurs de nos prêtres sont en mission, particulièrement M. Bajoue (3), à qui je ferai faire, à son retour, une procuration pour vous donner pouvoir de vendre sa rente et d’en retirer les arrérages, parce que le transport qu’il a déjà fait ne suffit pas.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il n’est pas expédient que j’écrive à Monseigneur, ni que ce soit moi qui presse l’union. M. Dehorgny et les autres titulaires ont grand’peine de porter le nom de curés si longtemps et font instance pour en être décharges.
Il faudra veiller pour savoir à quoi il nous obligera par l’acte d’union. Vous lui pourrez dire que, s’il l’a agréable, nous nous obligerons [ainsi] que nous a obligés Monseigneur de Cahors (4), ou Monseigneur l’évêque de Saintes (5), dont je vous enverrai une copie.
Au bas de la première page : M. Barry.
2) Jacques Lucas.
3) Titulaire des bénéfices de Notre-Dame-de-Lorm et de Saint-Aignan.
4) Alain de Solminihac.
5) Louis de Bassompierre.
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2720. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 15 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. Turmeau a grand tort de ne vous envoyer pas mes lettres, si tant est que ce soit sa faute que vous ne les recevez pas. Il me semble vous avoir écrit par tous les ordinaires, à la réserve d’un seul, depuis que vous avez le soin de la famille. C’est un homme que je ne connais pas ; il nous a été indiqué par feu M. Blatiron, et à lui par d’autres marchands de Gênes, qui ont correspondance avec celui-ci. Vous pouvez donc lui faire écrire par eux qu’il ait agréable de prendre plus de soin de nos lettres, ou bien pensez à quelqu’autre.
Dieu bénisse les exercices des séminaristes du séminaire de Mgr le cardinal (1) et leur fasse la grâce de profiter des assistances que vous leur avez rendues et des avis que vous leur avez donnés ! Qu’il bénisse aussi vos travaux dans les missions ! N’y a-t-il plus personne de ces Messieurs les externes qui vous aille aider ?
M. Berthe avec sa petite troupe étaient partis de Marseille, le jour de tous les saints, pour aller à Gênes ; mais le mauvais temps les a obligés de prendre port à quatre lieues de là. J’en serai en peine jusqu’à ce que je sois assuré qu’ils sont auprès de vous.
Je consens volontiers que M. Stelle fasse les vœux. Je n’ai pas de peine à croire le bien que vous m’en dites, ni à bien espérer de lui ; j’ai toujours estimé qu’il serait un bon missionnaire.
Vous avez eu raison d’assurer Mgr le cardinal que
Lettre 2720. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Le cardinal Durazzo.
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nous recevrions à Saint-Lazare M. son neveu (2), eu égard à l’honneur qu’il a d’appartenir à Son éminence, d’être un des premiers sénateurs de la République, de sa qualité de résident en France, du privilège qu’il vous a fait donner et des infinies obligations que nous avons à mondit seigneur, qui lui ont acquis un pouvoir souverain sur nous et sur tout ce que nous avons. Mais nous nous trouvons en grandissime peine pour l’exécution de ce que vous avez promis. Premièrement, à cause d’une règle que nous avons céans de n’y recevoir personne laïque (3) du dehors, que pour y faire les exercices seulement. C’est pour cela que nous nous en sommes excusés vers un prince anglais, marié à une parente de Mgr le cardinal de Retz, notre fondateur et notre prélat, et que je n’ai pas voulu souffrir que quelques seigneurs de France aient fait bâtir céans, comme ils l’ont voulu faire, parce qu’ils voulaient s’y réserver chacun une chambre pour s’y retirer. Je serais trop long à vous dire les raisons de cette règle ; vous en pouvez penser quelques-unes. Et en second lieu, parce que nous n’avons que deux chambres qui puissent convenir à mondit sieur le résident, dont l’une est occupée par Messieurs les abbés de Chandenier, et l’autre est promise à Mgr l’évêque de Sarlat (4), qui s’est demis de son évêché à cause de la coadjutorerie de Cahors, et qui se veut retirer céans, attendant que la porte lui soit ouverte pour aller travailler. Or, nous ne pouvons le mettre dehors à moins de l’offenser et, en sa personne sacrée, tous Nosseigneurs (5) les prélats du royaume, qui se ressentiraient de cet affront ; outre que nous avons une maison
2) Le marquis Durazzo, nommé récemment chargé d’affaires de la République de Gênes auprès du roi de France.
3) Mot ajouté de la main du saint.
4) Nicolas Sevin.
5) Mot ajouté de la main du saint.
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à Cahors, d’où il est coadjuteur, et que cette maison-là a la direction du séminaire, qui est des plus peuplés et des mieux réglés du royaume. Pour Messieurs les abbés, nous ne pouvons pas non plus les congédier. Ils sont neveux de feu Mgr le cardinal de la et nos bienfaiteurs notables, nous ayant donné deux bénéfices de 4 000 livres chacun (6). Si nous avions commis cette ingratitude vers eux, le ciel et la terre s’armeraient contre nous.
C’est pourquoi, Monsieur, il est à propos que vous fassiez connaître au plus tôt notre bonne volonté et notre impuissance à Son éminence, et cela doucement et adroitement, en sorte que ce changement de parole ne le surprenne pas. Si mondit sieur le résident n’avait qu’un homme pour le servir, et qu’une petite chambre à cheminée lui pût suffire, nous serions ravis de l’honneur de sa présence et de l’occasion que nous aurions de témoigner à mondit seigneur le cardinal, en la personne de mondit sieur son neveu, le respect et l’obéissance que nous lui devons. Enfin, Monsieur, témoignez à Son éminence qu’elle est au-dessus de toute règle, et que nous ferons tout ce qu’elle nous commandera à présent et toujours.
Vous pouvez recevoir en votre séminaire le jeune homme de bon esprit duquel vous me parlez, qui veut entrer en la compagnie et qui ne peut avoir de titre. S’il se prend bien à la vertu et qu’il soit pour persévérer, après les vœux on lui en pourra faire un. Vous proposez de faire servir à cela la chapelle de feu M. de Monchia ; mais, avant de résoudre cela, je voudrais savoir ce qu’elle vaut et qui en a maintenant le titre. Si elle pouvait porter une pension telle qu’il la faudrait à ce jeune
6) Les bénéfices de Saint-Pourçain et de Saint-Martin de Coudres.
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homme pour entrer dans les saints ordres, on pourrait la faire créer, ce qui semble plus à propos que de le rendre titulaire du bénéfice, parce qu’il pourrait et le garder, en étant pourvu.
Je vous ai mandé qu’il vaut mieux renvoyer que retenir le petit frère guéri du mal caduc, à cause que les mêmes accidents lui peuvent arriver, qui feraient de très mauvais effets en la compagnie. Vous en parlerez à M. Berthe, que je salue et embrasse, s’il est encore chez vous, n’ayant aucun loisir de lui écrire.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de le première page : M. Pesnelle.
2721. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 15 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres depuis que je ne vous en ai pas donné des miennes. La retraite que j’ai faite, quelques incommodités que j’ai eues et mes embarras ordinaires m’ont empêché de vous écrire.
Vous me mandez que vous avez fait vos exercices, renouvelé vos oblations et arrêté un lieu pour une mission. Tout cela m’a fort consolé comme disposition à beaucoup de biens, qui seront d’autant plus grands que vous serez fidèles aux résolutions et aux règles. Je prie N.-S. qu’il vous en fasse à tous la grâce. On nous lisait aujourd’hui au réfectoire que les vertus méditées et non
Lettre 2721. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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pratiquées nous sont plus nuisibles que profitables. Une autre chose qui me console est que vous ne me dites rien de la petite aliénation qui vous avait paru en quelques-uns ; car c’est signe que les membres sont à présent bien unis au chef et entre eux-mêmes. C’est un effet de la retraite et de votre douce et sage conduite, par laquelle vous leur aurez gagné le cœur.
J’ai une grande reconnaissance de la manière dont il a plu à Mgr votre fondateur et à M. le marquis de Saint-Thomas (1) de recommander l’affaire de Saint-Antoine à M. l’ambassadeur qui est allé à Rome (2). Après cela, il faut en attendre l’événement en patience et estimer que, s’il n’est pas tel qu’on le désire, il sera néanmoins selon la volonté de Dieu, qui est tout ce que nous devons prétendre, [en laquelle nous désirons] (3) vous voir bien et solidement établis. C’est une chose que la Providence doit faire avec le temps, et souvent nos soins et nos souhaits servent de peu à tels desseins. Voilà notre pauvre famille de Rome qui n’a pas encore une maison depuis quinze ou vingt ans qu’elle y est.
Si la cour de Savoie vient à Lyon, je me donnerai l’honneur, quand je le saurai, d’écrire à Monseigneur le marquis de Pianezze pour lui offrir tout ce qui dépend de nous, et lui renouveler nos obéissances.
Je suis bien en peine de la longue indisposition de notre frère Demortier. Comment se porte-t-il à présent et comment va le reste de la famille ? J’espère que M. Berthe m’en donnera bientôt des nouvelles. Il doit être à cette heure à Gênes, si accident ne lui est arrivé et de là il doit s’en revenir par Turin.
Le frère Pronetti est sorti de la compagnie, premièrement,
1) Conseiller et premier secrétaire d’état.
2) Jeure-Millet, sous-gouverneur de Monsieur.
3) Ici un ou deux mots que l’usure du haut de la page rend illisibles.
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parce qu’il ne semblait pas en vouloir prendre l’esprit, quoiqu’il soit un garçon de bon sens et craignant Dieu et qu’il ait assez bien étudié. Mais le sujet plus apparent est que le médecin et le chirurgien le lui ont conseillé, à cause d’une dilatation de nerf provenant d’un sang impur, qui lui est tombé sur la partie basse, dont il est incommodé, et il a de la peine de se tenir à genoux ; et de là venait qu’il était souvent en l’infirmerie. Il s’en est allé satisfait de nous, à ce qu’il a témoigné ; et en effet, nous l’avons traité avec plus de support et d’affection que nous n’aurions pas fait s’il eût été de ce pays, ou qu’il ne nous eût pas été adressé par vous, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur de la Mission de Turin, à Turin.
2722. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 16 novembre 1658.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Comme nous avions perdu la coutume de vous écrire toutes les semaines, il nous échappa de le faire samedi dernier ; aussi n’avais-je rien à vous mander de particulier, et puis Mademoiselle Viole vous fit une lettre, qu’elle adressa à M. de Séraucourt, pour vous la faire tenir, par laquelle elle vous a ordonné de prendre quelque chose ;
Lettre 2722. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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je ne sais combien. Elle me manda hier qu’on tâcherait de vous envoyer des ornements, car je ne fus pas en état d’aller à l’assemblée. J’y envoyai vos lettres, mais on ne résolut rien, sinon qu’on verrait au premier jour si on pourra faire quelque petit fonds pour acheter du blé. On a vu les échantillons seulement à la chandelle, parce qu’il était nuit, et pour cela elles ont remis d’en parler à la huitaine. Voilà tout.
Je rends grâces à Dieu, mon cher Frère, de ce que vous êtes arrivé heureusement au lieu où son service vous attendait. Si vous ne donnez que peu aux pauvres par impuissance, vous donnez beaucoup à Dieu par affection, puisque vous lui donnez vos propres commodités, vos grands travaux et votre vie ; et non seulement cela, mais vous voudriez que tous les hommes lui fissent un sacrifice de leurs biens et de leurs personnes, en sorte que tous les pauvres qui sont sur la terre fussent soulagés, et toutes les âmes sauvées par Jésus-Christ, qui a donné son précieux sang pour elles. Que pouvez-vous faire davantage, mon cher Frère ? Ne voilà pas de quoi vous consoler et tout ensemble de quoi vous humilier devant Dieu, qui vous a fait la grâce de vous animer de sa charité, qui consiste à vouloir ce que son Fils, notre divin Maître, a voulu, et à faire ce qu’il a fait ? Vous me direz que vous ne le voulez et ne le faites qu’imparfaitement. A la bonne heure ! Vivez dans cette opinion, et tâchez de vous unir de plus en plus d’action et d’intention à ce même Seigneur, en qui je suis, mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A mon frère le frère Jean Parre, de la Congrégation de la Mission, à Rethel.
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2723. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce samedi [16 novembre 1658] (1)
Je crois, mon très honoré Père, qu’il est bien nécessaire que votre charité parle à notre sœur Etiennette, qui doit aller à Angers pour lui faire connaître les dispositions qu’elle doit avoir pour l’emploi qu’elle y aura, à ce qu’elle donne accès facile aux sœurs qui désireront lui parler, qu’elle sont secrète pour tout ce qui lui sera communiqué, qu’elle détourne tant qu’elle pourra les tendresses d’esprit et de corps qui ne vont qu’à la recherche des satisfactions, qu’elle tienne la main à l’exactitude des règles, sans faire tort au service des pauvres, et qu’elle soit gaie en l’extérieur, qu’elle donne créance à ces Messieurs, et tout le reste, que vous savez tout autrement que moi, qui ne fais rien qui vaille.
Nous espérons, sous votre bon plaisir, mon très honoré Père faire partir lundi nos sœurs. Si votre charité pouvait nous donner la conférence sur la continuation des règles, cela servirait aussi à 3 ou quatre qui s’en retournent aux champs à pareil jour
Je supplie Notre-Seigneur vous donner force pour cela, et vous demande, pour son saint amour, un peu de part à vos saintes prières, qui suis, mon très honoré Père, votre très pauvre et indigne fille et servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2723. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Le frère Ducournau a ajouté au dos de l’original : "Novembre 1658." La réponse de saint Vincent laisse supposer que la conférence demandée se fit le lendemain ; or, ce mois-là, le saint ne donna que deux conférences sur l’explication des règles : une, le dimanche 17 novembre ; l’autre, le lundi 25.
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2724. — A LOUISE DE MARILLAC
[16 novembre 1658] (1)
Je viens d’envoyer une lettre de M. le grand vicaire de Beauvais (2) à Mademoiselle Le Gras.
J’ai pensé que je pourrai faire l’entretien céans demain, Dieu aidant, s’il y a apparence que toutes les filles puissent demeurer dans notre parloir. Je la prie de me mander son avis.
Madame de Mirepoix (3) viendra à ce soir chez Mademoiselle Le Gras.
Demain, Dieu aidant, je parlerai à notre chère sœur Etiennette.
2725. — A FRANçOIS-IGNACE LIèBE
De Paris, ce 17 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu trois de vos lettres depuis votre sortie de Richelieu, tendantes à deux fins : l’une, à ce que je vous dispense des vœux que vous avez faits en la compagnie depuis peu, selon le bref de Sa Sainteté, ou bien que je consente que vous entriez dans notre maison de Luçon, où vous espérez de travailler à la Mission. Or, je vous dirai, Monsieur, ce que vous savez aussi bien que moi, que nul peut dispenser des vœux sans cause
Lettre 2724 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Cette lettre répond à la précédente.
2) Claude Tristan.
3) La baronne de Mirepoix.
Lettre 2725. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle, prise sur l’original, qui était de la main du saint.
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raisonnable, que vous n’en avez point eu pour sortir de la compagnie, puisque vous me mandez que vous n’en avez point reçu aucun mauvais traitement, ains au contraire. Et selon cela, Monsieur, vous voyez bien que je ne puis pas vous dispenser de ces promesses que vous avez faites à Dieu.
Quant à la seconde chose que vous demandez, vous ne vous expliquez pas assez nettement si vous entendez rentrer en la compagnie en entrant en la maison de Luçon et y travaillant à nos fonctions, ou seulement comme un externe. Que si c’est en la seconde manière, il ne faut pas y penser. Et si c’est en la première, il s’en faut expliquer davantage, témoigner beaucoup de regret de votre sortie et un grand désir de rentrer, accompagné de l’humilité et des prières convenables pour cela ; et alors nous demanderons à Dieu qu’il nous inspire ce que nous aurons à faire, en quel lieu et comment il sera expédient de faire cette rentrée en la compagnie. C’est une chose, Monsieur, qui mérite bien que vous y pensiez. On doit faire grand état des promesses que l’on fait à Dieu, et encore plus de les accomplir. Il y va de votre salut, qui vous doit être bien cher, qui vous doit faire penser avec Dieu et en votre conscience ce que vous avez à faire en ce rencontre.
J’ai cru, Monsieur, être obligé de vous représenter cela, puisque vous vous êtes donné à Dieu dans la compagnie, de laquelle il m’a confié le soin, et par conséquent des âmes de ceux qui y sont entrés, et que de plus je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
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2726. — AU PèRE GUESPIER (1), A TOURS
De Paris, ce 20 novembre 1658.
Mon Révérend Père,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il est vrai que j’ai eu l’honneur de recevoir plusieurs de vos lettres sans vous avoir fait réponse. Je vous en demande pardon. J’attendais M. l’abbé de Chandenier (2), qui était allé à Metz, pour savoir de lui l’état de la chose dont vous m’avez écrit (3). Mais, au lieu de revenir à Paris, il est allé plus loin ; ce qui m’oblige, sans attendre davantage, à dire à Votre Révérence ce que j’en sais : c’est que nous n’avons jamais eu intention de vous payer deux fois une même chose. J’ai toujours cru qu’il était raisonnable qu’ayant eu la bonté de céder la chaire aux missionnaires, ils vous donnassent la même rétribution que vous auriez eue si, en effet, vous aviez prêché. C’est ce qu’ils ont fait des deniers de la reine. Et sur ce que Votre Révérence me témoigna, lorsqu’elle m’honora de sa visite, qu’ils ne lui avaient pas bien fait son compte, je lui fis donner six pistoles de notre argent, dont elle resta satisfaite. Il me ressouvient néanmoins, mon Révérend Père, que vous aviez dès lors quelque prétention de toucher encore la somme que le receveur de l’évêché a coutume de donner aux prédicateurs du carême ; mais je vous représentai que cela n’était pas en notre disposition ; et néanmoins Votre Révérence désira que je me donnasse l’honneur
Lettre 2726. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute, de la main du secrétaire
1) Dominicain de la maison de Tours, maître en théologie.
2) Louis de Chandenier.
3). Voir la lettre 2520.
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de témoigner à Monseigneur l’évêque d’Auguste (4) que, bien que lesdits missionnaires vous eussent donné cent écus, vous espériez toujours d’en toucher autant dudit receveur, afin que, si mondit seigneur jugeait à propos de vous faire donner cette double rétribution, il sût que, pour mon regard, je ne le voulais pas empêcher. Je vous donnai donc une lettre qui contenait ces choses-là en substance.
Et maintenant Votre Révérence m’en écrit une où elle donne une autre face à cette affaire. Mais voilà comme elle s’est passée. Je ne m’en suis aucunement mêlé, ayant accompli, de notre côté, l’intention de la reine, qui a été de vous donner trente pistoles pour ne prêcher pas, au lieu de pareille somme que ledit receveur vous aurait donnée, si vous aviez prêché ; vous en avez touché 24 à Metz de M. l’abbé de Chandenier et six à Paris du procureur de Saint-Lazare. Je n’aurais pas été marri que vous eussiez reçu aussi ce qui était entre les mains dudit receveur ; mais, comme j’ai dit à Votre Révérence, cela ne dépendait pas de moi, et je viens d’apprendre que cet argent, par ordre de Sa Majesté et par l’avis de Mgr le suffragant, a été appliqué pour les besoins de la Charité de Metz, établie pour le soulagement des pauvres malades ; mais je ne me suis aucunement mêlé de cette application.
Je suis bien marri, mon Révérend Père, que vous n’ayez pas obtenu ce que vous avez désiré, ni pour cet argent, ni pour une chaire à Paris. Je vous y aurais servi volontiers, si je l’avais pu, et le ferai en toute autre occasion, lorsque vous aurez agréable de m’honorer de vos commandements, vous assurant que je suis de tout mon cœur, en celui de N.-S., mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
4) Pierre Bédacier, suffragant de l’évêque de Metz.
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2727. — A LA SŒUR BARBE ANGIBOUST
Ce 21 novembre 1658.
Ma chère Sœur,
Je vous demande très humblement pardon de ce que je n’ai point fait réponse aux lettres que vous m’avez écrites depuis votre arrivée à Châteaudun (1). L’embarras auquel j’ai été m’en a empêché. Mais je serai désormais plus exact, Dieu aidant, et vous ne laisserez pas de m’écrire à l’ordinaire. Monsieur… m’a fait l’honneur de me mander la réception qui vous a été faite, la confiance que la ville et le pays vous témoignent, la bénédiction que Dieu a donnée à vos travaux, dont j’ai été fort consolé et en rends grâces à Dieu, et le prie qu’il vous continue les mêmes bénédictions. Ce qu’il fera sans doute, si vous continuez à le servir avec le zèle, la charité et l’humilité que vous avez fait jusqu’à présent, et comme j’espère que vous ferez, avec la grâce de N.-S., en qui je suis…
2728. — A éTIENNE BIENVENU, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
[Novembre ou décembre 1658] (1)
Monsieur,
J’ai vu votre lettre avec douleur, voyant que vous
Lettre 2727. — Manuscrit de la Chambre des députés, p 138.
1) Saint Vincent oublie sa lettre du 22 août 1657 à sœur Barbe. La lettre 2727 semblerait mieux placée au 21 novembre 1657. Le copiste ne se serait-il pas trompé ?
Lettre 2728. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute, de la main du secrétaire.
1) Cette lettre doit certainement être placée entre novembre 1658 et octobre 1659. Tout porte à croire qu’elle a été envoyée peu après la lettre du 26 octobre. Le secrétaire a écrit les deux minutes à la suite l’une de l’autre
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me demandez congé pour vous retirer. Que vous avons-nous fait pour nous quitter ? Quel mécontentement avez-vous reçu de la compagnie pour faire une telle séparation ? La seule raison que vous me donnez est que vous êtes infirme ; et moi je vous prie de considérer qu’il n’y a personne qui ne soit parfois indisposé, et qu’en quelque lieu qu’on aille, on y porte son corps, qui est sujet à cela. A quoi j’ajoute qu’il vous sera difficile de trouver ailleurs le même traitement en vos infirmités que la compagnie fait à ses enfants. Elle a des médecins à gages, elle a des remèdes et des personnes pour les panser et pourvoit avec grande charité au reste de ce qui convient pour leur consolation et soulagement. Et ainsi son intention est que la maison où vous êtes ait soin de vous, quand vous êtes incommodé ; et j’estime qu’elle n’y omet rien. Si néanmoins il y avait quelque chose à dire, il faudrait me le mander, pour y remédier. Je veux croire que vous êtes d’une complexion délicate ; mais je vous al toujours vu en état de faire comme les autres, et je n’ai pas encore su que vous ayez eu de maladie considérable, ni que rien vous empêche à présent d’aller votre train ordinaire.
Mais, quand il serait vrai que vous seriez atteint de quelque infirmité notable, ce n’est pas un sujet suffisant pour rompre une promesse que vous avez faite à Dieu, de vivre et de mourir en la compagnie. Mon Dieu, Monsieur, que voulez-vous faire ? Quoi ! être infidèle a Dieu, qui vous a appelé, tourner le dos à votre vocation, qui vous fournit tant de moyens de vous sauver, et perdre en un moment une éternité de bonheur, qui ne se donne qu’à la persévérance ! O Monsieur, que vous auriez un grand regret à votre mort si vous aviez fait une telle faute ! Car elle est de la nature des irréparables, puisque, en abandonnant l’état où Dieu vous a mis, vous seriez en grand danger qu’il vous abandonnât à celui que votre
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propre volonté vous aurait fait prendre. Gardez-vous bien de la suivre. Faites quelques jours de retraite pour considérer l’importance de faire la volonté de Dieu et d’accomplir vos vœux réitérés. Vous y êtes obligé, ainsi que je vous ai fait voir par la lettre que je vous écrivis au mois d’octobre dernier, vous déclarant que je ne puis et ne veux, de parole ni par écrit, vous permettre de sortir de la compagnie, ni par conséquent vous accorder le reste que vous demandez, parce que je suis de la bonne manière, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
2729. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 22 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres, des 29 octobre et 4 novembre. Il me tarde que vous ne m’assuriez de l’arrivée de M. Berthe et des autres. Ils doivent être à Gênes depuis dix ou douze jours. Je crains que vous vous soyez trop hâté d’aller en mission ; mais, en ce cas, le visiteur attendra votre retour, ou il ira vous trouver au lieu où vous serez.
Je suis consolé que M. Bruno (1) soit venu à votre secours et que vous ayez occasion de le bien connaître, pour juger s’il sera à propos de lui accorder la consolation qu’il demande, qui est d’être de nouveau reçu en la compagnie. Il est fort pieux, mais infirme et beaucoup mélancolique.
Lettre 2729. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Jean-Antoine Bruno, né à Aprico, près d’Albenga (Ligurie), le 26 août 1630, entré prêtre dans la congrégation de la Mission à Gênes le 29 janvier 1656, reçu aux vœux le 28 avril 1659.
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Je vous ai fait réponse, il y a longtemps, touchant la façon de recevoir la bénédiction de Messieurs les curés. Il me semble que vous ferez mieux de continuer celle que feu M. Blatiron pratiquait, que d’en introduire une nouvelle, à cause qu’on pourrait trouver à redire à ce changement.
Si Mgr le cardinal (2) approuve que la chapelle de feu M. de Monchia soit donnée au jeune postulant qui n’a point de titre, après ses deux années de séminaire, pour pouvoir entrer dans les ordres sacrés, je l’approuve aussi, nonobstant ce que je vous en ai dit par ma dernière.
Très volontiers nous prierons Dieu pour ce bon sénateur, à ce qu’il lui fasse connaître son bon plaisir sur la retraite qu’il propose de faire, et lui fasse la grâce, en quelque état qu’il soit, de se bien détacher de toutes les choses périssables, et de lui donner un grand désir de s’unir à son souverain bien.
Je vous dirai deux choses sur l’inquiétude et la mélancolie que vous dites avoir lorsque les choses ne vont pas bien : la première, que ce ne sont pas les hommes qui font bien aller les choses, mais que c’est Dieu, lequel permet qu’elles aillent quelquefois autrement que nous ne voulons, pour nous faire connaître que nous n’y pouvons rien, ou pour exercer notre patience ; et la seconde, que vous vous fiez trop à votre conduite, vous étant avis que, comme vous aimez le bon ordre, il dépend de vous de le faire garder. Et de là vient que, n’en pouvant pas venir à bout, vous vous en contristez excessivement, au lieu que, si vous étiez bien persuadé que vous n’êtes capable que de tout gâter, vous vous étonneriez de ce que les choses ne vont pas encore plus mal et demeureriez en paix dans tous les succès ou événements
2) Le cardinal Durazzo
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qui vous paraissent désagréables ou contraires, parce que Dieu les ordonne ainsi. Je vous prie, Monsieur, de regarder toutes choses dans l’ordre de sa Providence, et, en faisant ce qui est de votre côté humblement et soigneusement pour contribuer que tout aille de bon pied, vous soumettre, pour le reste, au bon plaisir de Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle.
2730. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 22 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la vôtre du 22 octobre, qui ne requiert pas autrement réponse. Je rends grâces à Dieu des services que vous rendez à la chrétienté en la personne des écoliers de la Propagation, en qui vous insinuez l’esprit d’oraison et l’amour des vertus chrétiennes pour aller en diverses contrées de la terre produire les fruits de ces vertus, en y exerçant les fonctions ecclésiastiques. Plaise à Dieu de les animer de son esprit et d’envoyer de bons ouvriers à son église, qui en a tant dé besoin ! J’ai consolation de celui qui est allé à la Moldavie, que vous dites être presque toute catholique, et n’avoir néanmoins que trois ou quatre prêtres. J’ai recommandé à notre communauté de prier pour ce pauvre pays et pour ce bon ecclésiastique qui le va secourir.
Lettre 2730. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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Oh ! que de bon cœur j’irais aussi, si j’étais en âge et en état de cela !
Je suis consolé aussi de ce que vous avez toujours bon nombre d’exercitants. Vous devez prendre garde que plusieurs, sous prétexte de retraite, ne cherchent la table. Il y en a qui sont bien aises de passer doucement sept ou huit jours, sans qu’il leur en coûte.
J’aurai plaisir de voir la lettre que M. du Loeus aura écrite en Espagne.
C’est chose fort nouvelle qu’un Turc soit reçu à l’état ecclésiastique, et encore plus qu’il soit admis dans une communauté. Néanmoins il peut y avoir quelque exception dans la règle générale qui exclut telles sortes de gens de nos saints ministères ; et celui qui vous demande d’entrer en notre compagnie pour y être fait prêtre peut être en telles dispositions que ce serait bien fait de le recevoir. C’est à vous, Monsieur, à bien examiner le fond de son âme, le motif de son dessein, la fermeté et les qualités de son esprit, et, selon cela, l’admettre ou le remercier. Mais il faut qu’il ait un titre à la main avant de le recevoir, si tant est que vous en veniez à cela.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL.
Je vous prie faire rendre l’incluse à Monseigneur le cardinal Sacchetti.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
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2731. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 22 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je veux croire que vous avez à présent touché le secours que nous vous avons envoyé, et par conséquent le moyen de payer vos dettes et de faire la mission de Sisteron.
Je vous ai mandé, ce me semble, qu’il y a quelque espérance de faire subsister l’hôpital. Diverses personnes puissantes y travaillent. Je viens d’envoyer votre lettre à Madame la duchesse d’Aiguillon, afin qu’elle voie combien la chose presse, et qu’elle renouvelle ses sollicitations pour maintenir cet œuvre, qui est aux abois et qui est l’ouvrage de ses mains. Je l’ai suppliée derechef de faire écrire en cour pour la liberté des Turcs de Tunis. Elle en a déjà donné un mémoire à Madame de Vendôme pour en parler ou écrire à Mgr l’amiral, qui pour lors était parti, ou sur le point d’aller trouver le roi. Il faut se donner patience pour la réponse.
Je ne doute pas que vous ne fassiez vos diligences pour montrer à l’avocat qui vous trouble comme créancier de M. Despennes, que le prix de votre acquit a été employé au payement d’autres créanciers premiers en hypothèques. Je crains fort les procès et les gens du métier. Dieu veuille que M. Despennes ne vous ait pas surpris en vous cachant la dette de celui-ci comme la plus ancienne !
Nous avons reçu deux écus d’or, qui valent 11 livres, 8 sols,
Lettre 2731. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M Hains à Marseille.
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pour un forçat nommé Nicolas Chocart, sur la galère de la Princesse ; et pour Charles Ballagny, forçat sur la Princesse de Morgue, 6 livres. J’écris à M. Huguier à Toulon, ou à celui qui le représente, de leur donner à chacun son fait, et à chacun sa lettre que je lui envoie. Si d’aventure il n’y avait là plus personne des vôtres, vous donnerez ordre, s’il vous plaît, que cela soit exécuté.
Vous ne me dites point si M. Brisjonc est allé à Agde, ou s’il est encore chez vous.
J’ai fait mettre dans le paquet que nous adressons à Toulon les deux écus d’or pour Nicolas Chocart, qui sont les mêmes que nous avons reçus pour lui, à cause qu’ils sont un peu légers et qu’il y aurait à perdre, si nous les retenions ici ; il ne faudra donc pas les mettre sur notre compte.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2732. — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 23 novembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Dieu soit loué et glorifié éternellement de nous avoir conservé notre cher frère Sirven ! J’en ferai remercier son infinie bonté et la prier qu’elle ait agréable de le rétablir en sa parfaite santé, comme je fais en nom particulier.
Nous avons reçu et envoyé à notre frère Pintart ses modèles de peinture.
Lettre 2732. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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Je vous ferai réponse une autre fois sur la difficulté qu’on fait d’aller à M. Lucas (1).
Je n’improuve pas que vous fassiez prêcher M. Warin (2) en votre église et qu’il entre quelquefois en votre maison, puisqu’il en use bien et qu’il y a longtemps qu’il est sorti de la compagnie. Mais je ne puis consentir que vous alliez souper chez le nouveau marguillier, le jour qu’il est élu. Laissez penser à ceux qui ont coutume de s’y trouver ce qu’il leur plaira, et assurez-vous que le dedans et le dehors de votre maison seront plus édifiés, si vous vous excusez de manger en ville, que si vous aviez fait le contraire.
Je persévère à vous dire ce que j’ai mandé à M. Daisne, que, pour quelque raison ou prétexte qu’il ait de jeter un dévolu sur une cure, je ne le puis souffrir en un missionnaire, et que, s’il veut demeurer en la compagnie, il se doit résoudre au plus tôt de renoncer à celui qu’il a pris. Voilà la réponse que je puis faire à sa dernière lettre. Que s’il se détermine à quitter votre maison plutôt que son dévolu, je consens que vous lui donniez ce que vous pourrez pour son lit et son petit meuble (3).
J’ai envoyé votre paquet à M. Coglée, et je prie N.-S. qu’il sanctifie de plus en plus votre chère âme pour] a sanctification de plusieurs autres.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Cabel.
1) Antoine Lucas.
2) Simon Warin, né à Bazeilles (Ardennes), entré dans la congrégation de la Mission le 6 octobre 1645, à l’âge de dix-sept ans, reçu aux vœux le 7 octobre 1647.
3) Le secrétaire avait ajouté : "afin qu’il ne s’en aille pas nécessiteux", mots qui ont été ensuite raturés.
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2733. — AU FRèRE JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION, A REIMS
De Paris, ce 23 novembre 1658.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Mon cher Frère,
J’envoyai hier votre lettre à l’assemblée, moi n’y pouvant aller. On n’y a rien résolu, sinon que vous prendrez trente écus pour les employer aux besoins plus pressants de Champagne ou de Picardie, soit d’habits, de blé, ou de nourriture. On n’a pu faire davantage pour cette fois, et on n’a pas parlé des étoffes dont vous avez envoyé les échantillons. On manque de fonds.
Pour moi, je ne manquerai jamais d’affection, Dieu aidant, pour votre personne, puisque sa divine bonté m’en a rempli, qui suis, en son amour, mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Vous tirerez lettre sur Mademoiselle Viole de ces trente écus.
Au bas de la page : Le fr [ère] Jean Parre.
Lettre 2733. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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2734. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
De Paris, ce 24 novembre [1658] (1)
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai sujet de rendre grâces à Dieu de celles qu’il vous fait, et par vous aux pauvres ; car, à ce que je vois, Madame la duchesse (2), qui a vu la bonne manière dont vous vous êtes comportée, en est bien satisfaite, et je ne doute pas que la bonté de Dieu le soit aussi. Vous avez eu de la peine à vous accoutumer au pays ; mais aussi vous aurez un grand mérite devant Dieu d’avoir surmonté vos répugnances et d’avoir plutôt fait sa volonté que la vôtre. Continuez, ma Sœur, et vous verrez la gloire de Dieu, vous posséderez votre âme par votre patience, et si une fois vous la possédez bien, Notre-Seigneur en sera le maître, puisque vous êtes â lui par sa miséricorde et que vous le voulez être dans le temps et dans l’éternité. O ma Sœur, combien serez-vous consolée à l’heure de la mort d’avoir consommé votre vie pour le même sujet pour lequel Jésus-Christ a donné la sienne ! C’est pour la charité, c’est pour Dieu, c’est pour les pauvres. Si vous connaissiez votre bonheur, en vérité, ma Sœur, vous seriez ravie de joie ; car, en faisant ce que vous faites, vous accomplissez la loi et les prophètes, qui nous commandent d’aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Et quel plus grand acte d’amour peut-on faire que de se donner soi-même tout entier, d’état et d’office, pour le salut et le soulagement des affligés ! Voilà toute notre perfection. Reste à joindre l’affection à l’action et
Lettre 2734 — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Année de l’arrivée des sœurs à Ussel Le post-scriptum ne permet pas de reculer cette lettre jusqu’au 24 novembre 1659.
2) La duchesse de Ventadour.
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de vous conformer au bon plaisir de Dieu, faisant et souffrant toutes choses pour les mêmes intentions que NotreSeigneur en a fait et souffert de semblables. Je le prie qu’il nous fasse à tous cette grâce.
Je vous prie, ma Sœur, d’avoir le soin de votre santé et de donner souvent de vos nouvelles à Mademoiselle Le Gras, laquelle, en vérité, vous estime et chérit tendrement. Croyez-moi, honorez-la comme votre mère et priez Notre-Seigneur pour moi, qui suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Voici la troisième lettre que je vous ai écrite depuis que vous êtes à Ussel, sans parler d’une que j’ai aussi écrite à la sœur Avoie. Et voici la seconde pour elle.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Hardemont, Fille de la Charité, à Ussel.
2735. — A JEAN D’ARANTHON D’ALEX
Monsieur,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, avec le respect que je vous dois et avec un sentiment de reconnaissance tout particulier pour le bon souvenir et la bienveillance dont vous nous honorez. Je vous en remercie très humblement, Monsieur, et je prie Notre-Seigneur qu’il nous en rende dignes.
Nous ferons ce que vous nous commandez pour le service de Monsieur… (1) et lui donnerons mille livres en
Lettre 2735. — Dom Le Masson, op. cit, t. I, p. 54.
1) Le nom manque dans le texte. Ne s’agirait-il pas du prieur de la Pérouse, neveu de Jean d’Aranthon, qui faisait son séminaire à Saint-Sulpice ?
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trois payements au temps que vous me marquez. Plût à Dieu, Monsieur, qu’il se présentât occasion de vous obéir en quelque chose de plus grande importance ! Sa divine bonté sait de quel cœur je le ferais.
Les bénédictions que Dieu donne à votre personne et à votre conduite, à ce que j’apprends de tous ceux de delà, me remplissent d’admiration, et j’en reste sensiblement consolé toutes les fois que j’y pense, dans l’espérance que Notre-Seigneur n’en demeurera pas là, mais que, pour le bien de son église, il vous conduira à d’autres états plus conformes à votre condition et dignes des grâces singulières qu’il a mises en vous. Je l’en prie de tout mon cœur, et, dans ce désir, je vous renouvelle, Monsieur, les offres de mon obéissance perpétuelle avec toute l’humilité et l’affection que le peut, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre…
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2736. — A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER
De Paris, ce 27 novembre 1658.
Monsieur
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 9 de ce mois, qui tend à nous représenter le besoin que vous avez d’être secouru ; à quoi j’ai assez pensé et devant et depuis. La difficulté est à vous envoyer un prêtre qui vous soit propre ; nous travaillons au choix, et j’espère le faire partir au premier jour. Je vous renvoie la lettre de Monseigneur que vous me demandez. A ce que je vois, les applications
Lettre 2736 — L s — Dossier de la Mission, original
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de ce bon prélat vont croissant pour le bien et la sanctification de son diocèse, particulièrement de son clergé, et par conséquent vos travaux et votre moisson. Dieu en soit loué et veuille vous fortifier et bénir de plus en plus !
Nous avons reçu au séminaire le prêtre que vous nous avez adressé l. Toutes choses vont leur petit train de deçà
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Notre cher frère Plunket a laissé son dimissoire chez vous. Je vous prie de le lui envoyer, ou, s’il s’est égaré, de savoir de Monseigneur s’il aura agréable, lui qui a déjà vu ledit dimissoire lorsqu’il lui conféra le sous-diaconat, de lui conférer les autres ordres sacres.
Au bas de la première page : M. Dupont.
2737. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Paris, 29 novembre 1658.
Monsieur,
Vous me mandez par la vôtre du 29 octobre qu’il ne faut plus penser à l’établissement de Lombardie. Il faut louer Dieu de tout et demeurer en paix.
1) Gilles Lemerer, né au diocèse de Tréguier le 22 septembre 1633 entré dans la congrégation de la Mission le 23 octobre 1658, reçu aux vœux à Agde le 14 novembre…
Lettre 2737. — Pémartin, op. cit, t. IV, p. 234, 1 1761, d’après l’original communiqué par M. Charavay, qui prévient que les six dernières lignes sont de la main du saint. Une partie de la lettre a été reproduite dans le reg. 2, p. 243.
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Sa providence seule est celle qui doit faire cette sorte d’affaires, et nous n’en devons désirer ni rechercher aucune par nous-mêmes ni par autrui ; et l’usage de la compagnie a toujours été d’attendre et non de prévenir l’ordre supérieur.
Je dis ceci, puisque nous sommes sur le sujet des établissements, pour réponse à ce que vous me mandez de celui de Tolède, où je ne vois point de vocation pour nous. Il est vrai qu’autrefois M. du Loeus nous en a fait quelqu’ouverture de la part de Monseigneur le cardinal archevêque (1), en qui réside le pouvoir de nous y appeler de la part de Dieu ; mais il ne nous a pas appelés en effet, et nous ne devons pas faire d’autre avance afin qu’il le fasse, que de témoigner à M. du Loeus notre disposition pour répondre à l’appel de Dieu, en cas qu’il arrive. Je n’avais que cette intention lorsque je vous ai prié de lui en parler. Si mondit seigneur le cardinal commandait de lui envoyer quelques prêtres et qu’il ne tînt qu’à la dépense du voyage que cela s’exécutât, nous la donnerions volontiers, et quelque chose au delà ; mais d’en faire l’offre auparavant ; je ne voudrais pas me tant avancer. Je vous prie de dire à M. du Loeus notre maxime et d’en demeurer là.
Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez déjà fait la distribution de vos gens pour les missions, et de la manière que vous l’avez faite. Tout cela me semble bien. Nous prierons Dieu qu’il bénisse leurs personnes et leurs travaux.
Vous dites que vous avez reçu des livrets de nos. règles, et non la lettre circulaire qui contient les choses à observer en la distribution d’icelles. Cette lettre-là est de M. Alméras, et non de moi ; et si vous ne l’avez pas reçue, la voici que je vous envoie.
1) Balthazar Moscoso y Sandoval.
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Je vous prie, Monsieur, de faire expédier l’interprétation de notre vœu (2), s’il y a moyen, au plus tôt ; l’on ne sait l’heure ni le jour que Dieu disposera de ce misérable pécheur. Je serai consolé de voir cela fait avant que je meure, si la chose est faisable et dans l’ordre.
Votre très humble serviteur.
2738. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 30 novembre 1658.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai rien à vous dire, parce que les dames (1) n’ont rien ordonné. Je leur envoyai pourtant hier votre lettre, mol ne pouvant me trouver à leur assemblée, dont je n’ai eu aucune réponse. Nous nous portons assez bien, et je prie Dieu qu’il vous conserve la santé et vous augmente ses grâces pour lui continuer vos services. Je suis, dans ce souhait, en son amour, mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’ai appris que notre bon frère de Hauteville (2) est malade à Reims. Mon Dieu, que j’en suis en peine ! Je vous prie de le voir, de lui offrir votre service et tout ce qu’il aura besoin, en sorte qu’il soit bien pansé et sollicité (3), sans que rien lui soit épargné. Assurez-le de
2) Le vœu de pauvreté.
Lettre 2738. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Les dames de la Charité.
2) François de Hauteville, clerc de la Mission.
3). Sollicité, soigné.
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nos prières et embrassez-le de ma part. Mandez-moi de ses nouvelles.
Suscription : A mon frère le frère Jean Parre, de la congrégation de la Mission, chez Monsieur de Séraucourt, lieutenant criminel, à Reims.
2739. — A PHILIPPE LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
De Paris, ce 6 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai reçu aucune lettre de Marseille depuis la dernière que je vous ai écrite. Je ne laisse pas de vous adresser celle-ci, en l’absence de M. Get (1), pour vous prier de nous donner quelque nouvelle d’Alger et de Tunis, si vous en avez. J’en suis tous les jours plus en peine (2), et je prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse la grâce, attendant le remède à l’état présent des choses, de regarder ces choses-là comme elles sont en Dieu et non comme elles paraissent hors de lui, parce que, autrement, nous pourrions nous tromper et agir autrement qu’il ne veut.
Lorsque M. Get sera de retour, dites-lui, s’il vous plaît, que M. le procureur général (3) a fait dire à Madame la duchesse d’Aiguillon qu’on n’abandonne pas l’hôpital des forçats, parce qu’il fera mettre sur l’état l’aumône de sa fondation, afin qu’il en soit payé à l’avenir, et même qu’il fera donner quelque chose pour le passé, et cela bientôt ; de quoi Madame sa mère s’est
Lettre 2739. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Alors en mission.
2) Le saint craignait les conséquences de l’affaire Picquet.
3) Nicolas Fouquet.
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chargée de lui faire ressouvenir, ainsi que lui-même l’a désiré.
J’écris à M. Parisy qu’il donne quatre écus à M. de Vassi, forçat sur la Bailliebault, que nous avons reçus ici, plus trente sols à Nicolas Bonner. Je prie M. Get de lui tenir compte de tout, comme nous ferons à lui.
Dieu vous bénisse, Monsieur, et vous conserve en parfaite santé ! Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2740. — A LOUIS DE CHANDENIER
De Paris, ce 6 décembre 1658.
Monsieur,
Je vous remercie très humblement de la lettre dont vous m’avez honoré, du 23 novembre, et des bonnes nouvelles qu’elle contient. Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que je me donne de vous y répondre d’une autre main que de la mienne.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de vous avoir heureusement conduit à Tournus (1), et si fort à propos, comme aussi de la satisfaction que vous y avez donnée à tout le monde par vos bonnes conduites, et à la reine par le récit des choses que vous avez faites à Metz (2). Je prie sa divine bonté, qui donne le mouvement et la vie à toutes vos actions, qu’elle les anime de plus en plus de son esprit.
Monsieur l’abbé votre frère (3) se porte assez bien,
Lettre 2740. — L. s. — L’original appartient aux Filles de la Charité de Troyes, rue du Cloître-Saint-Etienne, 20. Le post-scriptum est de la main du saint.
1) Aujourd’hui chef-lieu de canton en Saône-et-Loire.
2) Pendant la mission donnée au printemps.
3) L’abbé de Moutiers-Saint-Jean.
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grâces à Dieu, à cela près qu’il souffre de votre absence. Je suis beaucoup en demeure vers lui, pour ne lui rendre pas tout ce que je dois.
Mademoiselle de Chandenier a été un peu incommodée, mais elle se porte mieux ; elle montre toujours grand soin et grande tendresse pour les siens, particulièrement pour vous, Monsieur, qui tenez la première place dans son cœur. Elle est tout occupée à présent aux intérêts de Monsieur le premier président (4), qui a ravi tout le monde par une harangue qu’il fit lundi au parlement, ainsi que je l’ai appris de plusieurs qui l’ont ouï, particulièrement de Monsieur de Moutiers-Saint-Jean. Ce grand magistrat fait toutes choses de si bonne grâce et avec tant de jugement, qu’il donne tous les jours nouveaux sujets d’espérer que Dieu sera glorifié de sa bonne conduite, et le public plus que satisfait. Je vous dis ceci, Monsieur, sachant que vous l’aimez pour sa vertu.
Mon mal de jambes, qui augmente, est cause qu’on ne me permet plus de me trouver à l’assemblée (5) depuis qu’elle se fait aux Bons-Enfants. Les cinq conférences depuis la Toussaint ont été sur les cinq premières béatitudes, et on doit continuer sur les trois autres selon la méthode ordinaire : savoir, au premier point, le sens de la béatitude et ses actes ; au second, les motifs de l’acquérir ; et au troisième, les moyens.
A propos de moyens, je demande tous les jours à Dieu ceux de pouvoir reconnaître en quelque façon les infinies obligations que nous vous avons, et pour moi la grâce de porter moins inutilement que je fais la qualité qu’il m’a donnée et que vous me souffrez, en son
4) Guillaume de Lamoignon.
5) L’assemblée des ecclésiastiques de la Conférence des mardis.
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amour, Monsieur, de votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Voici Monseigneur l’évêque nommé de Chalon (6) qui fait sa retraite pour mieux reconnaître la volonté de Dieu sur le sujet de sa vocation ; il fait son capital de vos assistances dans ces conduites, et moi je prie Dieu qu’il vous fasse la grâce de répondre aux desseins éternels qu’il a sur vous.
Suscription : A Monsieur Monsieur l’abbé de Chandenier à Tournus.
2741. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 6 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 5 novembre trop tard pour vous y répondre exactement. Lorsque nous aurons reçu la description de l’hôtel des seigneurs Mattei, que vous me faites espérer, nous prendrons notre dernière résolution pour l’achat, et considérerons les raisons que vous me mandez. Cependant tâchons de nous établir de plus en plus dans la confiance qu’en quelque état que nous soyons, pourvu que Dieu nous y mette, nous serons bien, quoiqu’il nous semble que nous serions mieux autrement. Et si nous avions à choisir, nous devrions toujours prendre, pour n’y être pas trompés, celui qui
6) Jean de Maupeou.
Lettre 2741. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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a plus de rapport à l’état de N.-S. sur la terre, où il n’eu aucune maison.
Je suis de votre avis, qu’il ne faut faire aucune poursuite touchant le Saint-Sépulcre d’Annecy, et je vous prie qu’il ne s’en fasse aucune, quelque instance que M. Le Vazeux fasse pour cela. Dites-le, s’il vous plaît, au correspondant du banquier, lequel il a chargé de cet affaire.
Quand nous avons envoyé le frère Le Mercier en Italie, ç’a été pour Gênes et non pour Rome, à cause des leçons de théologie qui s’y font, et que nous désirions qu’il y étudiât ; mais M. Berthe a eu quelque raison depuis d’en user autrement. Je vous prie de l’envoyer à Gênes, afin qu’il y étudie, selon le premier dessein, et de Gênes je vous ferai envoyer quelqu’un au lieu de lui.
Je ferai tenir la lettre de M. Doublard, et si on nous porte de l’argent pour lui, je vous en donnerai avis, après que nous l’aurons reçu, afin que vous ou lui le tiriez sur nous.
Voici une lettre de M. l’abbé de Chancelade (1), qui a désiré que je vous recommande de nouveau son affaire (2), comme je fais, quoique je sache que vous l’avez assez pour recommandée.
Je vous ai dit mon sentiment touchant la proposition d’Espagne ; ce fut par ma dernière.
Il me semble qu’en tout cela que je viens de vous dire, j’ai touché tous les points de votre lettre.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Le Père Jean Garat
2) Voir lettre 2688, note 1
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Si vous nous adressez la réponse à la lettre que je vous envoie pour un médecin ou chirurgien, vous me ferez ressouvenir, s’il vous plaît, de l’envoyer à notre frère Jean Parre, qui assiste toujours les pauvres frontières de Champagne et de Picardie.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2742. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce dimanche [8 décembre 1658.
Mon très honoré Père,
Je n’ai osé témoigner à votre charité, au nom de toute la compagnie de nos sœurs, que nous nous estimions bien heureuses que vous nous missiez demain au saint autel sous ta protection de la sainte Vierge, ni supplier votre charité de nous obtenir la grâce que nous puissions à toujours la reconnaître pour notre unique Mère, puisque son Fils n’avait pas permis jusques à présent que pas une n’usurpât ce nom en acte public. Je vous demande cette approbation pour l’amour de Dieu et la grâce de faire pour nous ce qu’il faudrait que nous fissions et ferons, si votre charité l’agrée et nous l’enseigne.
Il y a 2 ans que notre petite sœur Barbe (2) a fait pour toujours les vœux en pareil jour, après les avoir faits 5 années durant. Elle supplie votre charité, mon très honoré Père
offrir à Dieu son renouvellement.
Il y a une autre de nos sœurs qui en a parlé à Monsieur Portail pour les faire la première fois, mais je ne la connais pas assez pour vous assurer que ce bon Monsieur lui ait accorde. Elle s’appelle Jacquette.
Permettez-moi vous supplier très humblement d’offrir le renouvellement de toutes les autres, quoique ce n’ait été en pareil jour, et de me pardonner toutes les fautes que je suis si hardie de commettre contre le respect que je vous dois,
Lettre 2742. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Le frère Ducournau a indiqué au dos de l’original le mois et l’année Le contenu montre que Louise de Marillac écrivait la veille d’une fête de la sainte Vierge ; et ce ne peut être que le dimanche 8 décembre, veille de l’Immaculée Conception, fête renvoyée au lundi à cause de l’Avent.
2) Barbe Bailly. (Voir la lettre 3039.)
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me faisant l’honneur de me croire, mon très honoré Père votre très humble et très obéissante fille et servante.
L. DE M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2743. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 11 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. Molony nous a écrit, ainsi que vous me l’avez mandé ci-devant, qu’il est fort indisposé à l’égard de son office, et à tel point qu’il dit que, si on ne le décharge du soin du temporel, il s’en ira faire chartreux, y ayant déjà une place arrêtée. Selon cela, Monsieur, je vous prie de l’envoyer en mission pour secourir vos ouvriers qui travaillent. Il ne faut pas lui en donner la direction, mais la laisser à M. Cornaire. Il ne s’ensuit pas que, pour être assistant à la maison, il doive conduire ailleurs. S’il refuse d’y aller, il ne faut pas que vous y alliez non plus ; vous ne pouvez pas quitter le soin de la famille et des affaires, où il arrive tous les jours de nouvelles difficultés qui requièrent votre présence. Vous pourrez écrire à ces Messieurs qu’ils modèrent leur travail et qu’ils n’en prennent pas plus qu’ils en peuvent porter, et que vous ne pouvez pour le présent leur envoyer personne. De notre côté, nous tâcherons de vous envoyer quelqu’un au plus tôt.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2743. — L’original de cette lettre, donné par Léon XIII à l’archiprêtre de Bruges, est aujourd’hui exposé dans la salle où se réunissent les membres de la Conférence de Saint Vincent de Paul établie dans cette ville. Le post-scriptum est de la main du saint.
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Il importe que vous ne disiez rien à M. Molony de ce que je vous écris de lui.
Il faut attendre ce que deviendra l’affaire du grand hôpital avant de prier M. de La Bataillère de l’accommodement avec Messieurs les administrateurs.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2744. — A PHILIPPE LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
De Paris, ce 13 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 26 novembre et 3 du courant. Je suis bien aise que Messieurs Napollon aient acquitté en vos mains la lettre de M. Simonnet et de ce que vous avez envoyé à Bernusset la somme qui était pour lui. J’ai fait envoyer vos lettres à Mesdemoiselles de Chandenier et de Lamoignon, et nous retiendrons ici celle de M. l’abbé (1) jusqu’à son retour de Bourgogne, où il est et d’où il reviendra bientôt.
J’ai reçu la lettre de M. Beaure. Témoignez-lui que je suis consolé qu’il soit heureusement arrivé à Marseille, où je l’embrasse en esprit. Je ne puis. lui faire réponse pour aujourd’hui, ayant beaucoup d’autres lettres a faire ; ce sera pour le premier jour, Dieu aidant. Je prie M…
On travaille à faire rétablir les aumônes de l’hôpital (2), avec espérance de succès, comme je vous ai mandé. Madame Fouquet s’est chargée d’achever cet affaire.
Lettre 2744. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Louis de Chandenier.
2) L’hôpital des forçats à Marseille.
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J’ai su que M. Brisjonc est arrivé à Agde.
Vous ne me dites rien d’Alger ni de Tunis ; n’en dit-on rien à Marseille ? O mon Dieu, protégez nos pauvres confrères. Je vous prie, Monsieur, de m’en mander quelque nouvelle, si vous en avez. Je les recommande souvent à la compagnie comme un besoin des plus grands qu’elle ait et duquel je suis le plus en peine.
Tout va son petit train de deçà. Priez, s’il vous plaît, pour nos ordinands et pour moi, qui suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Voici un mémoire pour un esclave d’Alger, en cas que vous ayez occasion d’écrire à notre cher frère Barreau.
2745. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 13 décembre 1658,
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à votre lettre du 12 novembre. J’attends par le prochain ordinaire la réponse que vous me faites espérer pour Mgr du Puy (1) et le sentiment du prélat que vous devez consulter touchant la fulmination de Saint-Méen. Je vous remercie cependant des avis que vous me donnez sur ce sujet, dont nous ferons usage, et commencerons à travailler bientôt à la vérification en parlement pour cela et pour le reste.
Je vous ai déjà prié de ne faire aucune poursuite
Lettre 2745. —- L. s. — Dossier de la Mission, original.
1). Henri de Maupas du Tour.
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pour l’union du Saint-Sépulcre, car, outre que la maison d’Annecy n’a pas de l’argent pour payer les bulles, la fulmination souffrirait des difficultés insurmontables, ayant les religieux et Mgr de Genève (2) contraires. Je dis Mgr de Genève, parce que les prêtres de cette pauvre maison-là mandent tous unanimement qu’il n’y a aucune assurance pour elle en l’accommodement qui a été fait, mais qu’au lieu d’assoupir un procès, il sera la source de plusieurs, qui sont inévitables, et la cause qu’elle perdra environ douze mille livres. C’est pourquoi Messieurs Coglée, Charles et Deheaume insistent fort pour ne ratifier pas la transaction, sans quoi elle ne peut avoir aucun effet, et disent que, quand ils perdraient ce procès-là, ils gagneront beaucoup plus que si la transaction était exécutée, et n’auront plus rien à craindre. Je leur ai mandé qu’ils fassent voir ces choses à Mgr l’évêque, et qu’ils le prient d’en être lui-même le juge, afin que, s’il ne le veut pas être, il ne trouve pas mauvais qu’ils fassent donner un arrêt définitif. Je ne sais pas ce qu’il fera, mais je prévois bien qu’il ne nous sera pas favorable, ni en cela, ni au sujet de la susdite union, et c’est pour cela qu’il me semble que vous ferez bien d’en suspendre la poursuite.
J’ai reçu la lettre de Mgr le cardinal Brancaccio et beaucoup de consolation de voir la tentation du frère Le Mercier modérée. Je ne rétracte pas la prière que je vous ai faite de l’envoyer à Gênes, mais je vous prie, s’il n’est pas parti, de retarder son départ jusqu’à ce que ceux de Gênes vous auront mandé s’ils pourront vous envoyer quelqu’un à sa place.
J’attends le plan de la maison des seigneurs Mattei, avec les conditions de la vente pour le prix et pour la garantie. Nous prendrons sur cela une résolution.
2) Charles-Auguste de Sales.
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La mienne cependant est d’être toute ma vie, comme je suis, et bien au delà, en l’amour de N.-S., Monsieur votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.
2746. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 13 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir présentement votre lettre du 23 novembre. Je rends grâces à Dieu des sentiments qu’il vous donne touchant la vertu d’humilité ; il faut qu’ils soient bien agréables à N.-S., puisque ce sont des fruits de son précieux sang. Je vous prie de lui demander pour moi l’esprit de pénitence pour pleurer ma misérable vie passée, et je lui demanderai pour vous qu’il vous continue et augmente ces sentiments-là qu’il vous donne.
Puisque Dieu vous a inspiré de proposer à Mgr le cardinal (1) d’établir la conférence entre les ecclésiastiques de sa ville, à la bonne heure. Vous ferez bien néanmoins de ne l’en presser pas ; car, si elle se faisait, il y faudrait une personne de la compagnie qui eût grâce, suffisance et gravité, telles que vous les pouvez avoir, qui fût toujours à la maison pour présider à ces assemblées, et cela serait embarrassant si cela vous empêchait d’aller en mission ;
Lettre 2746. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe ou du XVIIIe
1) Le cardinal Durazzo.
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et si vous y alliez, qui est-ce des vôtres capable de remplir cette première place parmi ces Messieurs ? Et si vous vous y trouviez toujours, que deviendraient vos missions ? Si Son éminence vous en parle à dessein de les commencer, vous lui pourrez dire, s’il vous plaît, que vous m’en écrirez pour avoir mon avis.
Je prie N.-S., Monsieur, qu’il fasse la grâce à votre petite famille de profiter de la visite et d’en pratiquer les avis. J’écris à M. Berthe, à Gênes et à Turin en même temps. C’est en cas qu’il ne fût plus chez vous. S’il y est, vous lui donnerez l’incluse ; et s’il en est parti, vous la pourrez ouvrir pour exécuter ce que je lui mande.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2747. — A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris, ce 13 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Comme il y a déjà du temps que M. Berthe est arrivé à Gênes, il arrivera meshui (1) à Turin ; c’est pourquoi je vous adresse cette lettre pour lui. J’en ai reçu une de vous écrite au temps de votre départ pour la mission. Je pense que vous en serez revenu assez tôt pour la visite, et j’espère que Dieu aura béni l’une et qu’il bénira l’autre.
Nous avons les ordinands céans et toute la famille en bonne disposition.
Lettre 2747. — L. s. — Dossier de Turin, original.
1) Meshui, sans retard.
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Voilà toutes nos nouvelles. J’en attends des vôtres et suis cependant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.
2748. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 13 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux ou trois de vos lettres, dont la dernière est du 7 novembre. J’ai une affliction que je ne vous puis exprimer de la perte de M. Fleury (1) et pour l’intérêt de la reine, qui sans doute a été fort touchée, et pour celui de la compagnie, qui a perdu un bon protecteur et bienfaiteur. Pour lui, je l’estime bienheureux d’être hors des misères de ce monde, après la bonne vie qu’il y a menée. Nous ne laissons pas de prier et de faire prier Dieu pour lui, et nous continuerons, Dieu aidant, de lui rendre ces derniers devoirs, en reconnaissance des grandes bontés que N.-S. lui avait données pour nous et de tant de biens qu’il vous a faits et procurés.
Outre la jeunesse que je vous ai mandé que nous vous envoyons, vous estimez nécessaire d’envoyer avec eux pour le moins un ancien, capable de conduite et de tous nos emplois. C’est ce que nous ferons. Mais, après tout, ce n’est pas ici la saison : elle est trop fâcheuse pour un
Lettre 2748 — L. s — Dossier de Cracovie, original.
1) Mort en France dans les premiers jours de novembre.
Lettre 2748 — L. s — Dossier de Cracovie, original.
1) Mort en France dans les premiers jours de novembre.
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si long voyage ; nous en attendrons une plus douce. Cependant les affaires se pourront éclaircir davantage de delà ; ce qui est fort à désirer, avant de rien entreprendre. Je suis fort consolé des bonnes dispositions que Dieu donne à cela. Nous continuons à prier Dieu pour le repos du royaume et la conservation de Leurs Majestés.
L’avantage que vous dites vous devoir revenir de votre terre, en y faisant une dépense de mille écus, est trop considérable pour n’y employer pas cette somme. Vous estimez qu’elle vous profitera de quinze cents livres de rente au delà de ce que vous en tirez présentement. Je suis donc d’avis que, si Dieu vous donne la paix, vous preniez cet argent à rente et que, pour le rendre peu à peu, vous tâchiez d’épargner les deux tiers de ce revenu.
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne une plénitude de grâces pour la conduite des Filles de la Charité, qui vous donnent tant de peine par leur petite division. Ne renvoyez pas, s’il vous plaît, la sœur Françoise (2), ainsi que vous vous proposez de le faire. Vous épargnerez le mauvais bruit que ce retour pourrait causer, les dangers de la personne, la conséquence pour les autres, la dépense du voyage, la peine d’y en renvoyer quelqu’une, et enfin plusieurs difficultés. Faites ce que je vous ai prié : séparez-les ; employez sœur Françoise en quelque hôpital, ou en quelque autre exercice qui empêche une fréquente communication avec la sœur Madeleine (3).
Je suis bien en peine de ce que vous me mandez, qu’il est mort deux servantes aux filles de Sainte-Marie de la peste, car je crains que le mal entre parmi elles ;
2) Françoise Douelle.
3) Madeleine Drugeon.
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ce qu’à Dieu ne plaise ! Nous prions Dieu pour elles. Je vous prie de les en assurer et de mon petit service. J’enverrai aujourd’hui leur lettre à Lyon. Je rends grâces à Dieu de ce que M. leur confesseur se porte mieux, comme aussi, Monsieur, de ce que Dieu vous conserve en santé, vous et M. Duperroy. Je prie N.-S. qu’il vous y confirme.
Tout va son petit train de deçà, et je suis plus que jamais, si cela se peut, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
2749. — A MONSIEUR DE GAUMONT
De Saint-Lazare, ce 15 décembre 1658
Monsieur,
L’un de nos frères qui eut hier l’honneur de vous supplier très humblement, de notre part, de nous faire la charité de venir aujourd’hui jusqu’ici pour nous donner votre avis sur un affaire qui nous est de quelque considération, m’a dit que vous ne pouvez prendre cette peine que sur le tard, à cause de quelques arbitrages qui vous occuperont presque tout le jour. Ce qui fait, Monsieur, que je vous supplie très humblement de nous réserver cet honneur pour un autre jour de cette semaine auquel vous aurez plus de commodité, parce que nous y ferons trouver quelques autres personnes qui sont informées de la chose. Faites-moi, s’il vous plaît,
Lettre 2749. — L. s. — Bibliothèque de la ville d’Orléans, original.
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la grâce, Monsieur, de me mander si vous nous pourrez faire celle-là d’y venir, et le jour et l’heure que vous aurez agréable de choisir. Sans une petite incommodité, qui m’empêche de sortir, j’aurais l’honneur d’aller chez vous, Monsieur, pour prendre votre conseil.
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous conserve pour tant de biens que vous faites au monde, et qu’il me rende digne de vous servir selon l’obligation que j’en ai et le désir qu’il m’en donne, qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Gaumont, avocat au parlement, en l’île Notre-Dame.
2750 — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Paris, 20 décembre 1658
Nous aimerions presque autant de n’avoir point des prêtres hibernois, que d’en avoir sans en pouvoir disposer. Or, c’est nous en ôter la disposition que de les obliger d’aller travailler en leur pays ; car, encore que la Sacrée Congrégation ne les envoie pas, ensuite ce leur est à eux un sujet de tentation pour se faire envoyer, ou un prétexte pour se rendre indépendants de la compagnie, après qu’elle les a bien élevés. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie de faire un effort pour obtenir un autre dimissoire à notre frère [Butler] sans l’obligation de la Mission d’Hibernie, ou du moins avec cette clause, qu’il n’y pourra aller qu’en y étant envoyé par nous.
Lettre 2750. — Reg. 2, p. 243.
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2751. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 20 décembre 1658
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai fait rendre votre lettre à Mademoiselle Viole, et celle que vous m’avez écrite a été lue à l’assemblée, où une dame dit qu’elle vous enverrait par le coche, ou le messager de Laon, trois pièces d’étoffes pour habiller des pauvres gens des villages de Picardie et de Champagne. On vous a encore ordonné cent livres, que vous tirerez sur Mademoiselle Viole, et les emploierez aux plus pressants besoins. C’est tout pour cette fois.
Vous pouvez aller à Saint-Quentin, lorsque vous le jugerez à propos. Dieu veuille vous délivrer des gens de guerre et vous conserver en santé et en sa grâce !
Je suis, en son amour, mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A mon frère le frère Jean Parre, de la Mission, chez Monsieur le chantre à Laon.
2752. — A MONSIEUR DESBORDES, CONSEILLER AU PARLEMENT
De Saint-Lazare, ce 21 décembre 1658
Monsieur,
Nous avons envoyé à M. Cousturier nos pièces contre M. Norais. Il me mande qu’il les a vues exactement et
Lettre 2751. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
Lettre 2752 — L. s. — Dossier de la Mission, minute.
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trouve que nous serons bien fondés à nous pourvoir par requête civile. Il veut plaider lui-même notre cause et se promet de l’emporter (1) Il passe plus avant, Monsieur, et dit que, si nous la perdons, il nous dédommagera d’ailleurs pour cette perte.
Mais nos anciens ne peuvent se résoudre à cette poursuite
1° Parce que les avocats que nous avons consulté, avant l’arrêt qui nous a évincés d’Orsigny, nous ont toujours assuré, aussi bien que M. Cousturier, que notre droit était infaillible, particulièrement Messieurs Deffita et Lhoste, qui l’ont examiné à fond (2) ; le premier, parce qu’il devait plaider pour nous, si le procès n’eût été appointé ; et le second, pour avoir travaillé à nos écritures ; et tous deux nous ont dit qu’il n’y avait rien à craindre pour nous ; et cependant la cour nous a dépouillés de cette ferme, comme si nous l’avions dérobée. Tant il est vrai que les opinions sont diverses et qu’il ne se faut jamais assurer sur le jugement des hommes.
2° Nous n’avons pas été jugés selon le droit, ni selon la coutume, mais sur une maxime du parlement, qui ôte à l’église tout le bien qu’il peut et empêche que celui des familles y entre. C’est pourquoi, voyant cette grosse pension que nous donnions à feu Monsieur et Mademoiselle Norais, il s’est arrêté à une calomnie de notre partie adverse, qui leur a persuadé (3) que par cet appât nous voulions finement en attraper d’autres ; et c’est ce qui nous a fait perdre notre procès, ainsi que
1) Suivaient ici quelques mots, qui ont été raturés : "et quoiqu’il aime l’argent, il n’en veut point pour cette affaire."
2) Saint Vincent avait encore consulté MM. Ozannet, de Gaumont, Martinet, Pucelle, Billain et Mussot, avocats au Parlement, qui avaient opiné dans le même sens. M. de Saveuses, son rapporteur, ne doutait pas de la justice de sa cause. (Manuscrit du frère Robineau, p 96-97)
3) Première rédaction : laquelle a insinué dans le procès.
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plusieurs des juges l’ont avoué. Or, comme, au jugement de la requête civile, nous aurions à faire aux mêmes juges, ils nous jugeront aussi par la même maxime.
3° Nous ferions un grand scandale, après un arrêt si solennel, de plaider pour le détruire. On nous blâmerait de trop d’attache au bien, qui est le reproche qu’on fait aux ecclésiastiques, et, nous faisant tympaniser (4) dans le palais, nous ferions tort aux autres communautés, et serions cause que nos amis seraient scandalisés en nous.
4° Messieurs Marsollier, frères et héritiers de feu Mademoiselle Norais, ayant vendu le droit qu’ils pouvaient avoir sur ladite ferme à M. Norais, notre partie, un de leurs cousins est venu au retrait de ce droit-là, et en a commencé l’instance. C’est un homme reçu depuis peu conseiller au parlement de Rouen, fort raffiné aux procès, de sorte que nous aurions deux forts adversaires (5) à combattre.
5° Nous avons sujet d’espérer, Monsieur, que, si nous cherchons le royaume de Dieu, comme dit l’évangile, rien ne nous manquera, et que, si le monde nous ôte d’un côté, Dieu nous donnera de l’autre, ainsi que nous l’avons même éprouvé depuis que la grande chambre nous a ôté cette terre ; car Dieu a permis qu’un conseiller de la même chambre étant venu à mourir, nous a laissé quasi autant que ce bien-là vaut.
6° Enfin, Monsieur, pour vous dire tout, j’ai grande peine, pour les raisons que vous pouvez penser, d’aller contre le conseil de N.-S., qui ne veut pas que ceux qui ont entrepris de le suivre plaident. Et si nous l’avons déjà fait, c’est que je ne pouvais pas, en conscience,
4) Tympaniser, décrier hautement
5) Première rédaction : ennemis.
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abandonner un bien si légitimement acquis, et un bien de communauté dont j’avais l’administration, sans faire mon possible pour le conserver. Mais, a présent que Dieu m’a déchargé de cette obligation par un arrêt souverain, qui a rendu mes soins inutiles, je pense, Monsieur, que nous en devons demeurer là ; d’autant plus que, si nous venions à succomber une seconde fois, ce nous serait une note d’infamie, qui pourrait préjudicier au service et a l’édification que nous devons au public.
Je vous supplie très humblement, Monsieur, vous qui avez l’esprit tout rempli des maximes chrétiennes, de considérer toutes ces raisons et d’avoir agréable de m’en écrire votre sentiment. Ce sera une nouvelle obligation que nous ajouterons à tant d’autres que nous vous avons.
Je suis cependant, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Une de nos pratiques dans les missions étant d’accorder les différends, il est à craindre que, si la compagnie s’opiniâtrait à une nouvelle contestation par cette requête civile, qui est le refuge des plus grands chicaneurs, Dieu nous ôtât la grâce de travailler aux accommodements.
2753. — A UN PRêTRE DE LA MISSION DE SAINTES (1)
De Paris, ce 22 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai appris par deux de vos lettres la maladie de M. Rivet, dont j’ai reçu beaucoup d’affliction, qui aurait été bien plus grande, si vous ne m’aviez assuré
Lettre 2753. — L. s. — Dossier de la Mission original
1) Probablement Louis Bréant. (Cf. 1. 2565.)
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en même temps qu’il était hors de danger, au dire du médecin ; dont je rends grâces à Dieu. Je vous remercie aussi, Monsieur, du grand soin que vous en avez. Je ne vous prie pas de continuer, sachant que la même charité qui vous a fait commencer vous fera employer tous les remèdes possibles pour son soulagement ; je vous prie seulement de n’y rien épargner et de ne souffrir pas qu’il retourne au travail avant qu’il soit parfaitement rétabli ; et alors dites-lui, s’il lui plaît, que je le prie de modérer son application dans la maison et dehors, en sorte que l’excès ne donne jamais d’atteinte à sa santé. Nous prierons Dieu pour sa conservation.
Je remercie encore sa divine bonté d’avoir conservé le frère Marin (1), et de la bonne disposition qu’il vous donne pour le corps et pour l’esprit. Vous vous plaignez de votre suffisance, pensant n’en avoir pas assez ; mais le bon Dieu en a pour vous et pour lui. Ne doutez pas, Monsieur, qu’ayant une bonne volonté, comme vous l’avez, par sa grâce, il ne vous donne ce qui vous manque pour servir utilement l’état ecclésiastique, auquel il vous a donné. Confiez-vous en sa bonté.
Dites, s’il vous plaît, à M. Fleury que j’ai été fort consolé de sa lettre et que je rends grâces à N.-S. des bonnes dispositions qu’il lui donne.
Je n’écris qu’à vous seul, pour n’en avoir le temps. Je suis incommodé plus qu’à l’ordinaire de ma jambe, qui m’empêche de descendre en bas et m’oblige de demeurer toujours assis.
Le reste de cette famille va assez bien, et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
1) Martin Baucher
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2754. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 22 décembre [1658] (1)
Mon très honoré Père,
La crainte que j’ai que la gelée revienne, je prends la liberté de vous dire que je crois que votre douleur de jambe passera quand vous aurez été purgé ; permettez-moi de vous en dire une manière qui m’a été enseignée, qui n’émeut aucunement ; c’est le poids d’un écu de séné, infusé environ une heure dans le quart d’un demi setier du premier bouillon du pot de l’ordinaire, pris tout bouillant. Le faire passer se mettant à table, ou manger un potage après avoir pris cette petite quantité toute seule, bien chaud ; cela réitère deux ou trois jours fait un effet de forte médecine sans en être affaibli ; et la continuation une fois ou deux la semaine, si vous vous en trouvez bien, aidera ces pauvres jambes à être soulagées. J’oubliais que cela ne peut empêcher de prendre le bouillon du matin, ni de dîner à la première table. Il me semble que c’est Monsieur de Lorme, ou quelque autre habile médecin qui a enseigné ce secret dont il se sert il y a plus de trente ans. Nous serions bien joyeuses de l’apprêter pour en essayer, et encore plus de continuer si Dieu donnait bénédiction à l’usage dont l’épreuve ne peut nuire, ce me semble, par l’expérience
Pardonnez-moi cette liberté, comme votre charité me fait tant d’autres, me croyant, Mon Très Honoré Père, Votre très humble fille et très obéissante servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2755. — A LOUISE DE MARILLAC
[Entre 1645 et 1660] (1)
Je remercie très humblement Mademoiselle Le Gras
Lettre 2754 — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
Lettre 2755. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Voir note 2.
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de tant et tant de sortes de charités qu’elle me fait, et prie Notre-Seigneur qu’il soit sa récompense.
J’ai pris les deux remèdes qu’elle m’a envoyés. Celui d’avant le dîner m’a mené quatre fois à chaque prise ; mais, comme cela se prend avec le repas, il me semble que c’était la consistance de ce qu’on a mangé, excepté les deux dernières fois, qu’il y parut quelque sorte d’humeurs, en petite quantité néanmoins.
Votre charité jugera de là ce qu’elle jugera à propos que je prenne demain, et à quelle heure. Je le ferai, Dieu aidant.
Je me suis trouvé échauffé cette nuit et la matinée. Je viens de prendre le thé.
Je suis aussi mécontent de moi-même que j’ai été il y a longtemps, de ce que je n’ai pu donner à Madame de Ventadour (2) la satisfaction qu’elle désirait de nous. Nous sommes contraints d’en user de la sorte ; toutes nos bulles nous y obligent ; et c’est offenser Dieu que de faire ce qu’elles nous défendent. Si je l’ai fait quelqu’autre fois à son égard, Dieu me le pardonne !
Je prie Notre-Seigneur qu’il sanctifie sa chère personne et bénisse sa retraite (3). Je la supplie de donner à la naissance de Notre-Seigneur le sujet de peine que je lui ai donné, et lui renouvelle les offres de mon obéissance perpétuelle, comme à mon unique dame, de laquelle la divine Providence m’a rendu sujet de naissance (4) et plus encore d’affection.
Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.
2) Marie de la Guiche de Saint-Gérand, devenue duchesse de Ventadour, le 8 février 1645, par son mariage avec Charles de Lévis, duc de Ventadour.
3) Madame de Ventadour faisait sa retraite chez Louise de Marillac.
4) Ce membre de phrase suffirait, s’il en était besoin, à dissiper tout doute touchant le lieu de naissance de saint Vincent. * La baronnie de Pouy,
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2756. — A LOUIS DUPONT
De Paris, ce jour de Noël 1658
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu une très grande affliction de la maladie de Monseigneur de Tréguier (1), et j’en serai en une peine extrême jusqu’à ce que vous m’ayez mandé sa meilleure disposition, pour laquelle j’ai prié et fait prier Dieu, et nous continuerons de demander à Dieu sa conservation et son parfait rétablissement. Je vous prie de me mander de ses nouvelles au plus tôt.
Il est vrai que nous avons un peu tardé à vous envoyer le prêtre dont vous avez besoin ; mais ce retardement a été contre mon gré, qui ai fort souhaité de vous soulager et de donner cette satisfaction à mondit seigneur. Les divers emplois qui nous sont survenus et les hommes que nous avons été obligés d’envoyer d’un côté et d’autre, je dis d’une obligation indispensable, particulièrement en Italie, où M. Berthe en a mené huit ou neuf, nous ont empêchés de satisfaire à tout. A présent que l’ordination est faite, nous vous allons disposer quelqu’un pour partir bientôt après ces fêtes. J’espère que vous ne perdrez rien pour avoir tant attendu. Dieu veuille cependant vous fortifier ! J’ai grande consolation de ce qu’il bénit votre conduite et qu’il a béni les exercices spirituels de ces Messieurs du séminaire et les vôtres.
village natal du saint, était passé aux ducs de Ventadour par suite du mariage contracté avec Charles de Lévis par Catherine-Suzanne de Lauzières, fille d’Antoine, marquis de Thémines, et de Suzanne de Monluc.
1) Balthazar Grangier de Liverdi.
Lettre 2756. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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Je ne sais si je vous ai prié d’envoyer à notre frère Plunket son dimissoire à Saint-Méen, et, en cas qu’il soit perdu, de savoir de Monseigneur s’il aura agréable de lui conférer les ordres qui lui manquent, à cause qu’il a déjà vu ledit dimissoire. Si cela m’avait échappé, je vous en prie par la présente.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dupont, supérieur des prêtres de la Mission, à Tréguier.
2757. — A EDME BARRY
De Paris, ce jour de Noël 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu une très sensible consolation de votre lettre du 7 décembre, et encore plus grande en voyant les divers effets de vos bonnes conduites, qui me paraissent bien sages et bien reçues. J’en rends grâces à Dieu, qui se sert de vous pour les divers biens qu’il opère et dedans et dehors votre maison. Je prie sa divine bonté qu’elle continue et qu’elle vous augmente le courage pour porter la charge que sa providence vous a imposée.
Je loue Dieu du compromis qui se devait passer avec Messieurs de Castelferrus, et je le prie que l’accommodement s’en ensuive (1)
Lettre 2757. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Les prêtres de la Mission, directeurs du sanctuaire de Lorm,
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On m’a mandé que Mgr de Montauban (2) voudrait être assuré des 2 000 livres qu’on a ci-devant proposé de donner pour aider à loger le séminaire à Montauban. Sur quoi je vous dirai, Monsieur, que la personne qui a parlé de faire cette charité est toujours disposée à donner cette somme ; mais elle veut voir auparavant le séminaire transféré et les conditions arrêtées. Vous vous servirez de cet avis selon votre prudence ordinaire. Il est à désirer que mondit seigneur vous établisse en sa ville au plus tôt, ou qu’il vous affermisse à Lorm.
M. Bajoue est encore en mission ; je lui ferai passer, à son retour, la procuration pour vous donner pouvoir de recevoir le capital et les arrérages de sa rente.
Je vous dis derechef, Monsieur, que je ne puis penser à vous qu’avec grand sentiment de joie et de tendresse, surtout à l’égard du bon état de votre famille en général, et en particulier de la disposition présente de M. Lucas (3), qui console et édifie les autres. Je ne doute pas que vous n’ayez contribué à son heureux changement, quoique vous l’attribuiez à sa retraite. Il est vrai que cette pratique de la retraite, que Dieu a mise en la compagnie, est un des plus efficaces remèdes que nous ayons pour nous relever et nous avancer, et j’apprends d’ailleurs, particulièrement de La Rose, que beaucoup d’autres personnes de la compagnie en ont profité cette année plus que les autres. J’espère que, si nous sommes bien fidèles à Dieu, ses bénédictions se multiplieront sur tous en général et sur chacun en particulier.
Continuez, Monsieur, à conduire sagement,
qui s’élevait sur la commune de Castelferrus, étaient en compétition d’intérêts avec le seigneur et le clergé de l’endroit.
2) Pierre de Bertier.
3) Jacques Lucas.
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suavement et humblement, et vous verrez la gloire de Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Barry, supérieur des prêtres de la Mission, à Lorm.
2758. — A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN
De Paris, ce jour de Noël 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit et que je n’ai reçu de vos lettres. J’ai appris l’arrivée des Filles de la Charité à Cahors, et non pas encore celle de notre frère Didolet à Agen, bien que celle-là me donne sujet de croire celle-ci. Comment vous portez-vous, Monsieur, et comment va votre petite famille ?
Vous m’avez mandé que vous ne voyez quasi point de femmes, ni de religieuses. Voilà qui est bien. Le plus que nous éviterons telles communications sera le meilleur pour nous.
Vous faites bien de vous adresser à M. Le Cat pour vos affaires, pourvu qu’il ne s’en trouve pas importuné, et, si vous n’en recevez pas satisfaction, en écrire de loin en loin à Monseigneur.
Je n’improuve pas que, pour ce qui vous est dû, vous en donniez une partie pour avoir l’autre ; c’est aujourd’hui la bonne manière pour sortir d’affaire.
Je prie Notre-Seigneur qu’il soit votre esprit et votre
Lettre 2758. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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conduite. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M..
Au bas de le première page : M Edme.
2759 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[décembre 1658] (1)
Je vous demande très humblement pardon, Mon Très Honoré Père, notre remède était prêt à dix heures, et j’en avais entièrement perdu la mémoire à la demie ; je me suis consolée sur ce que si votre charité me le pardonne, nous recommencerons demain, si vous ne jugez à propos. Si les précédents remèdes ont bien fait, ayant tiré les grosses humeurs, que demain le remède fût plus ample et pris dès le matin pour achever et tirer les sérosités, soit avec 24 grains de poudre de cornachine ou de deux écus de séné, un peu de cristal et de rhubarbe, et dans cette infusion de notre bon sirop de fleur de pêcher. Il me semble, Mon Très Honoré Père, que cela vous ferait du bien et nous aiderait à recouvrer bientôt l’honneur de vous voir ; j’espère de votre bonté un mot de réponse sur ce sujet, et pour en être aidée à ce que mon indifférence pour mon état intérieur et tout ce qui est du service de Dieu et mon salut ne soit à ma condamnation, me flattant en me trompant de la croyance que Notre-Seigneur me veut tout souffrir, même jusque à ma vie libertine, en ce qui regarde ma conduite particulière, ce qui me fait craindre de n’avoir que le nom Mon Très Honoré Père, de votre très humble fille et très obéissante servante.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2759 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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2760. — A EDME JOLLY
De Paris, le 27 décembre 1658
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 26 novembre et celle de M. du Loeus, avec la copie de ce qu’il a écrit à Mgr le cardinal archevêque de Tolède (1) ; à quoi il me semble qu’il n’y a rien à désirer, mais que la substance de sa lettre et la manière dont elle est conçue montrent beaucoup de sagesse et de discrétion. Dieu soit loué Monsieur, de la bienveillance dont ce bon docteur nous honore et du témoignage qu’il nous en donne en cette occasion ! Je me donnerai l’honneur de lui écrire au premier jour pour l’en remercier, si je ne le puis faire dès aujourd’hui, comme je m’en crains. Vous pouvez cependant lui rendre mille actions de grâces, de notre part, de toutes ses bontés et l’assurer de notre parfaite reconnaissance.
Ce que vous me mandez du frère Le Mercier me fait pitié. C’est un bon jeune homme qui a le fond de l’âme bon. Il est fils d’un père qui était fort homme de bien et avait beaucoup d’esprit, et lui qui n’en manque pas. Mais, depuis qu’il a été céans, j’ai entrevu qu’il s’attachait de temps en temps, tantôt à quelque petite choses, et puis à une autre ; mais, Dieu merci, cela n’a point fait de mauvais effet. Il a l’âme très bonne (3). Quoi qu’il en soit, le voilà maintenant dans un étrange aheurtement d’étude, jusqu’à vouloir tout rompre et tout
Lettre 2760. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Balthazar Moscoso y Sandoval.
2) Première rédaction : à une chose. Le saint a corrigé de sa main.
3) Ce membre de phrase est de la main du saint.
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quitter, si on ne lui accorde ce qu’il demande Que ferons-nous à cela ? Pour moi, je m’y trouve fort empêché. Je pensais qu’il se contenterait d’étudier la morale et la scholastique, et, pour cela, je vous ai prié de l’envoyer à Gênes ; mais, depuis, il s’est avisé de vouloir étudier derechef en philosophie, qui est ce qui me met en peine ; car à Gênes on ne la montre pas cette année, et ici la classe est commencée. Dans ces difficultés, il me semble que, si vous ne l’avez pas déjà fait partir pour Gênes, vous ferez bien de le retenir à Rome jusqu’à l’année prochaine, que nous le ferons venir à Gênes ou ici pour commencer la philosophie à même temps que les autres. Cependant il ne vous sera pas inutile, quand il ne ferait autre chose que les exercices du séminaire avec le nouveau séminariste que vous avez reçu, qui pourrait s’ennuyer d’être seul.
S’il ne veut pas attendre, nous n’y saurions que faire. Nous ferions mal d’adhérer à son emportement, qui a toutes les marques d’une tentation diabolique, et je m’étonne comme il ne s’en aperçoit pas ; car les désirs qui viennent de Dieu sont doux et laissent l’âme paisible, et, au contraire, les mouvements de l’esprit malin sont aigres et troublent la personne qui les a. Or, la volonté qu’il a d’étudier étant turbulente et accompagnée d’inquiétude par l’appréhension du refus, il peut juger que ce dérèglement ne peut venir que du diable, qui est l’auteur du désordre. De plus, s’il a envie d’être missionnaire, il doit se regarder comme membre de la compagnie, et comme tel se laisser conduire. C’est à elle d’appliquer les particuliers, soit à l’étude, soit aux emplois, au temps et en la manière qu’elle le juge convenable ; car, autrement, s’il était loisible a chacun de choisir ce qu’il voudrait, ce ne serait plus un corps composé de parties qui font cette belle harmonie des communautés bien réglées, mais une division de personnes
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qui suivent leurs inclinations. Il vaut mieux demeurer au monde pour faire cela, que d’introduire par cette liberté les maximes mondaines dans une compagnie retirée où la subordination est établie. Le défaut de soumission de cet ecclésiastique ne peut donc venir que de l’esprit d’enfer, qui est un esprit révolté et qui, le voyant dans un bon chemin pour rendre service à Dieu et à son église, fait ses efforts pour l’en tirer. Mon Dieu, ne permettez pas qu’il triomphe de ce pauvre frère. Je vous prie, Monsieur, s’il est encore auprès de vous, de lui découvrir les ruses de l’ennemi et la malignité de sa tentation, afin que, se laissant gouverner selon l’esprit et l’exemple de N.-S., il accomplisse les desseins que Dieu a sur lui. J’en prie sa divine bonté.
Je trouve fort bon votre procédé au sujet du nouvel emploi que Dieu vous présente (4), et qu’en assurant Mgr le secrétaire de la Congrégation de la Propagation (5) de votre entière et parfaite affection pour suivre les ordres et les intentions du Pape quant au lieu et quant à la manière de servir ces Messieurs, vous lui ayez néanmoins représenté les choses à faire, pour les diriger et les instruire plus utilement. Après cela, vous en devez demeurer en paix et estimer que, de quelque façon que la chose tourne, l’œuvre en ira bien, et que Dieu bénira ceux que vous y emploierez. J’ai écrit à M. Berthe de se rendre à Rome pour cela. Cependant le choix de M. d’Eu et du frère Le Gouz me semble bien bon.
S’il ne plaît pas à Dieu que la proposition du séminaire réussisse, in nomine Domini, c’est signe que Notre-Seigneur ne l’a pas voulu. Que si Sa Sainteté le
4) Probablement les retraites des ordinands.
5) Marius Alberici.
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désire absolument, il faut obéir ; et si cela est, écrivez-en à Monsieur Berthe, à Turin, où je lui écris, encore qu’il parte pour Rome, si vous ne lui mandez le contraire (6).
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2761. — A LOUISE DE MARILLAC
[Décembre 1658] (1)
Je me porte mieux des remèdes de Mademoiselle Le Gras ; je l’en remercie très humblement. Il n’y a que le thé qui m’échauffe et m’empêche de dormir.
Je suis affligé de l’état auquel l’on écrit qu’elle (2) est, qui est tel qu’il ne semble point expédient d’y envoyer une sœur, ni un prêtre non plus (j’en userais de la sorte à l’égard d’un prêtre de céans), pource que, ou Notre-Seigneur en a disposé, ou, si elle vit, il y a apparence d’un meilleur état. Il sera bon d’écrire demain au matin par le coche de Châteaudun à la sœur qui est auprès d’elle (3), pour en apprendre des nouvelles. L’on verra ensuite ce qui sera bon de faire. Honorons cependant l’acquiescement de la sainte Vierge au bon plaisir de Dieu pour la mort de son Fils (4).
6) Cet alinéa est de la main du saint
Lettre 2761. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Voir note 4.
2) La sœur Barbe Angiboust, supérieure à Châteaudun.
3) Sœur Anne Bocheron. (Cf. Lettres de Louise de Marillac lettre 550)
4) Sœur Barbe Angiboust mourut le 27 décembre 1658. "Ceux qui
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2762. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 27 décembre 1658
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Dieu soit glorifié des suites de votre mission et de votre heureux retour ! Vous ferez bien, si les troubles durent, de ne vous éloigner pas.
Je suis bien aise que les Turcs de Tunis soient en votre hôpital, attendant l’ordre et l’occasion de les renvoyer ; vous aurez pour lors moyen d’écrire à nos chers confrères de Barbarie et peut-être de les assister. Voyez si cela se pourra faire sûrement. Je pense que vous avez raison de dire que la voie des Pères de la Rédemption d’Espagne est fort douteuse.
J’ai adressé à M. Le Vacher (1) par ma dernière un billet de Madame Fouquet, à ce que Messieurs les administrateurs de l’hôpital des forçats prennent 2.000 livres pour continuer d’assister les malades, et qu’ils en tirent lettre de change sur M. Bruand, qui est à M. le procureur général (2), J’enverrai la lettre de ces Messieurs à M. le duc de Richelieu pour la nouvelle élection.
Nous n’avons pas encore la consulte de Sorbonne sur le cas que vous avez envoyé. Je la ferai solliciter pour le premier jour.
l’avaient vue pendant sa vie, raconte Louise de Marillac (Lettres, 1. 624), avouèrent qu’ils ne croyaient pas que ce fût elle après sa mort ; et le commun du peuple, qui y vint deux jours en telle abondance qu’il fut nécessaire de fermer les portes, disait qu’on l’avait fardée, tant elle était belle."
Lettre 2762. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher
2) Nicolas Fouquet.
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Je n’ai rien à dire à M. Le Vacher, sinon que j’ai reçu sa lettre.
Je suis bien aise que M. Huguier soit retourné à Toulon et M. Parisy à Marseille.
Je vous écris à la hâte, parce que je n’ai reçu votre paquet que lorsqu’il faut envoyer mes lettres à la poste.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2763. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 27 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 9 ; elle est écrite de Ceranesi, où je prie N.-S. qu’il bénisse vos travaux, et par eux le pauvre peuple. La nécessité que vous reconnaissez avoir de l’assistance divine vous servant de motif pour vous humilier, vous servira aussi de prière pour obtenir de Dieu la grâce dont vous avez besoin, surtout si vous l’accompagnez d’une grande confiance en sa bonté.
C’est la coutume céans que tous les actes publics qui se font pour la communauté se font au nom du supérieur et non pas du procureur. Selon cela, les actes que vous passerez devant notaire se doivent passer par vous et non par votre procureur, ou bien par toute la famille assemblée, touchant les contrats auxquels la communauté intervient, qui sont les choses importantes ;
Lettre 2763. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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mais, pour des quittances et baux à ferme, c’est le s [upérieur] qui fait cela (1)
Nous devons désirer que tous nos différends se terminent par accommodement plutôt que par procès ; c’est pourquoi je suis bien aise que vous passiez compromis avec le parent de feu M. de Monchia, pour sortir par arbitrage de l’affaire de la succession, d’autant plus que Mgr le cardinal (2) est de cet avis.
Je veux croire que M. Berthe est à présent à Turin, ou sur le point d’y aller. Il trouvera là une lettre par laquelle je l’ai prié de s’en aller à Rome. Je vous en ai adressé une autre semblable, où vous verrez le sujet de cet ordre.
Je suis pressé de la nuit et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.
2764. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 28 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 8 et 11e de ce mois. Je pense que, lorsque vous avez écrit la dernière, vous aviez reçu la mienne, par laquelle je vous ai prié d’envoyer M.
1) Ces derniers mots, depuis "touchant les contrats", sont de la main du saint.
2) Le cardinal Durazzo.
Lettre 2764. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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Molony en mission (1) ; et cependant vous ne faites pas mention de l’avoir reçue et ne m’avez pas mandé depuis si ledit sieur Molony est allé en mission. Il est vrai que vous en dites quelque chose au frère Robineau. Je vous prie d’accuser toujours la réception de mes lettres, afin que je n’en sois pas en peine.
Si, lorsque ledit sieur Molony sera de retour, il vous paraît changé, plus content, plus soumis et plus régulier, vous me le manderez, s’il vous plaît, ensemble la satisfaction qu’il aura donnée à ses confrères, et nous verrons. Mais si, au contraire, vous le trouvez dans l’indisposition où il a été, je pense que vous ferez bien de lui parler de la valise qu’il a envoyée dehors ; mais il faut que ce soit avec respect et douceur ; par exemple, lui dire : Monsieur, avez-vous agréable que je vous dise un mot ? et lui dire ce que vous savez de cet affaire, et puis le prier de vous dire ce qu’il y avait dedans, et d’où sont venus les livres et autres choses qu’il y a mis, pour voir ce qu’il répondra, et enfin l’induire cordialement à faire revenir le tout.
Nous tâcherons de vous envoyer du secours le plus tôt que nous le pourrons.
Je consens que vous fassiez abattre l’appentis qui menace de ruine, pourvu que cela n’importe pas et qu’on vous le conseille.
Nous verrons donc le jeune gentilhomme qui veut aller à Gênes.
Dieu nous fasse la grâce de bien finir cette année et de commencer et continuer saintement la prochaine.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l M.
1) Lettre 2743
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Je suis d’avis qu’en quelque état que soit M. Molony à son retour de la mission, vous ferez bien de lui parler en la manière que je vous ai dite.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2765. — A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 28 décembre 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Le débit qui se fait de quelques imprimés touchant les opinions du temps (1) et la connaissance que j’ai eue qu’on en a porté en une de nos maisons, m’obligent à vous avertir que, si on en porte chez vous, vous ne les receviez pas, ni personne des vôtres, parce que la lecture de ces écrits sert de peu et peut nuire beaucoup, surtout aux personnes de communauté qui, venant à s’en entretenir, en disent leurs sentiments ; et comme chacun a son sens, il arrive diversité d’opinions, et de là les disputes et les divisions. Nous devons savoir et nous bien établir aux choses de foi ; mais, pour ces questions d’école, laissons-les là. N.-S. ne voulait pas que les apôtres disputassent avec les scribes et les pharisiens, à cause du levain de leur doctrine, qui eût pu leur donner quelque impression maligne ; et saint Pierre défendit aux premiers chrétiens de disputer sur l’écriture, parce que, disait-il (2), il y a des choses obscures et difficiles, même dans les épîtres de saint Paul. Cela étant, nous avons bien plus de raison d’éviter à nous entretenir de
Lettre 2765. — Dossier de la Mission, copie du temps.
1) La suite de la lettre montre qu’il ne s’agit pas ici des propositions jansénistes déjà condamnées par Rome, mais d’opinions libres.
2) Seconde épître de saint Pierre III, 16
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ces matières inutiles. Par la grâce de Dieu, on n’en parle point céans. Aussi avons-nous mille beaux sujets de conversation plus édifiants et plus convenables. Nous devons pourtant respecter les diverses lumières de ceux qui agitent ces questions, mais non pas nous déclarer ni d’un côté ni d’autre. Chacun a ses raisons, et Dieu permet qu’ils en aient de différentes, comme il l’a permis entre saint Pierre et saint Paul et entre le même saint Paul et saint Barnabé, comme aussi entre les anges, faisant voir aux uns les choses autrement qu’aux autres. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie derechef de ne pas souffrir qu’il entre chez vous de ces papiers volants, ni qu’on y avance de ces propositions qui ne servent qu’à mettre la discorde entre les frères et à mésédifier les externes, qui trouveraient à redire à notre curiosité et à notre babil, s’ils nous voyaient lire et parler de ces libelles et de ces nouveautés, et encore plus s’ils nous voyaient prendre parti.
Je vous ai déjà dit (3) que, si M. Daisne prend possession de son dévolu (4), il se détache à même temps de la compagnie, parce que nous ne pouvons souffrir personne parmi nous qui prétende aux bénéfices, et encore moins ceux qui y veulent entrer par cette voie, qui est odieuse. C’est pourquoi, Monsieur, priez-le de se retirer, et donnez-lui plutôt quelque chose que de le recevoir pour dormir et manger chez vous, après cette action qui le doit mettre en débat avec ses compétiteurs et qui y mettrait votre famille, s’il était du nombre. Nous vous enverrons un autre prêtre en sa place au premier jour.
Nous n’avons pu retirer la consulte touchant vos
3) Lettre 2732.
4) On entend par dévolu le droit qu’a le supérieur de conférer un bénéfice quand l’inférieur et collateur ordinaire a négligé de le conférer dans les délais prescrits, ou l’a conféré à une personne incapable,
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dîmes, quoique nous ayons donné trois écus pour cela. Je la ferai encore solliciter.
Il n’y a pas moyen de mettre aux Incurables (5) la convertie dont vous m’avez écrit, parce que toutes les places de cet hôpital sont prises, et qu’un grand nombre de malades attendent la première qui vaquera
Il n’y aurait pas grand inconvénient que les administrateurs de votre église s’assemblassent en votre presbytère seulement les dimanches et les fêtes, que les écoliers n’y sont pas. Néanmoins, à cause de la conséquence qu’ils en pourraient tirer pour s’y assembler en tout temps, vous ferez bien de les en détourner tout à fait le plus adroitement que vous pourrez.
C’est le propre des prêtres de procurer et faire miséricorde aux criminels, et ainsi vous ne devez pas refuser toujours votre assistance à ceux qui réclament votre entremise, surtout quand il y a plus de malheur que de malice en leur crime. Il y a une épître en saint Augustin sur cette matière (je ne me ressouviens pas quelle elle est) qui fait voir que ce n’est point fomenter le vice, ni l’autoriser, que de délivrer les pécheurs et les prisonniers par voie d’intercession et d’indulgence, et montre qu’il est de la bienséance et de la charité des ecclésiastiques de solliciter pour eux. Vous pourrez donc le faire quand vous verrez que le cas le mérite, et vous pourrez prévenir l’esprit des juges en leur disant que ce n’est point votre dessein de protéger le crime, mais d’exercer miséricorde, en la demandant pour les coupables et la requérant pour les innocents, selon l’obligation de votre état.
C’est le fait du visiteur de remettre en vigueur l’usage des communications intérieures. Nous vous en enverrons bientôt un, Dieu aidant. Vous lui pourrez dire que votre
5) L’hôpital des Incurables à Paris.
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famille s’est relâchée en cette pratique, afin qu’il y remédie.
Vous ne devez pas laisser de visiter l’école, pour la répugnance du régent, ni pour la crainte que les écoliers l’en estiment moins. Les supérieurs des Jésuites n’ont pas égard à ces raisons, parce qu’ils en ont de plus fortes pour prendre connaissance de ce qui se passe dans les classes.
En achevant cette lettre, j’ai ouvert la vôtre du 23 décembre. Nous tâcherons d’acquitter votre lettre de change.
J’enverrai votre paquet à Annecy et ferai prier Dieu pour le rétablissement de votre santé et de celle de ces Messieurs que vous me nommez, qui se trouvent indisposés.
Vous me mandez que vous avez donné un certificat à M. Daisne de ses mœurs et de sa capacité, pour obtenir son visa à Reims touchant le dévolu dont il s’agit, en quoi vous vous êtes trop hâté ; il fallait m’en écrire auparavant. Et cela me donne sujet de vous prier de ne rien faire désormais aux choses extraordinaires qui se présentent, sans en avoir mon avis, surtout quand elles sont de quelque considération, comme celle-là, qui est de plus grande conséquence que je ne vous puis dire ; car, si la compagnie, pour avoir eu quelques personnes qui ont pris des cures de la main de Nosseigneurs les prélats, a été décriée en quelques diocèses, jusqu’à lui reprocher dans les missions qu’elle n’allait que pour épier et écumer les bons bénéfices, que ne dira-t-on pas si on voit qu’il y en a d’autres qui non seulement prennent les cures que les évêques leur donnent, mais qui en outre prennent des dévolus, autorisés de leurs supérieurs ? Je vous avoue que cela m’afflige fort.
Quand je vous dis de donner quelque chose à M. Daisne, cela s’entend pour une fois seulement.
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2766. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Mon Très Honoré Père,
Je loue Dieu de tout mon cœur que votre charité prévient le témoignage de nos besoins et vous en remercie très humblement, mon cœur en est si assuré que sans cela j’aurais grande peine de souffrir une si longue privation. Pensez un peu, Mon Très Honoré Père, au moyen que je pourrais prendre pour ne pas errer ni me perdre, vivant ainsi sans vous faire connaître mon état et sans aucun avis ni communication.
Permettez-moi de vous demander s’il y a amendement à votre jambe et si nous pouvons espérer bientôt sa guérison.
Voici les dernières heures de l’année, je me jette à vos pieds pour supplier votre charité m’obtenir miséricorde, n’attendant que celle en laquelle Dieu m’appellera pour lui rendre compte ; c’est pour ce seul moment que j’implore votre charité à cause de mes infidélités et immortifications continuelles qui me font si souvent offenser Notre-Seigneur.
Il me semble qu’il y a encore quelque chose à faire pour l’affermissement spirituel de la Compagnie ; si votre Charité me veut permettre de lui en envoyer un mémoire je le ferai, en dussé-je rougir de honte. Toutes nos Sœurs attendent avec grand désir l’honneur de vous voir. Donnez-nous à Dieu en la manière qu’il le veut, et me faites l’honneur de me croire, Mon Très Honoré Père, Votre très humble et très obéissante fille et servante.
L. DE MARILLAC
P.S. — Mon infirmité m’empêcha hier d’achever cette lettre, et je commence l’année bien faiblement et douloureusement d’esprit et de corps ; pour cela et tous mes besoins, je demande à votre charité sa sainte bénédiction, et aussi pour toute la Compagnie.
J’avais prié Monsieur Portail de demander à votre charité, pour l’amour de Dieu qu’il fût dit à votre église la messe haute pour défunte notre Sœur Barbe (1), comme très ancienne en la Compagnie et très fidèle à sa vocation ; toutes les Sœurs y seraient appelées, et je crois que ce leur serait grande consolation et encouragement à bien faire.
Lettre 2766. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Barbe Angiboust.
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Voilà nos images et sentences de l’année que j’envoie à votre charité pour qu’il lui plaise que nous en fassions la distribution à l’ordinaire de votre part, après y avoir donné bénédiction pour nous obtenir grâce d’en faire bon usage.
Ce premier jour de l’année 1659
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2767. — A LA SŒUR AVOIE VIGNERON, FILLE DE LA CHARITé, A USSEL
4 janvier 1659
Ma chère Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
La lettre que j’écris à la sœur Anne servira de réponse à celle que vous avez écrite à Mademoiselle (1). Vous allez un peu trop avant dans les avis que vous nous donnez, et vous avez quelquefois perdu le respect que vous devez à Mademoiselle. Je sais bien que votre cœur n’en manque pas, mais vos paroles ont été trop libres pour vous justifier sur quelque petit avertissement qu’elle vous avait fait. Mon Dieu ! ma Sœur, si vous n’avez de la révérence et de la soumission pour votre supérieure, pour qui en aurez-vous ? Elle ne s’en plaint pas, mais je vous dois dire ceci, afin que vous traitiez avec elle comme avec votre bonne mère, qui vous estime et chérit. écrivez-lui quand vous aurez occasion de le faire, mais humblement et cordialement, ainsi qu’il appartient à une Fille de la Charité. Tenez secret à tout autre qu’à elle ou à moi ce que vous avez à dire ou de votre sœur, ou de vos emplois, ou de vos peines.
Lettre 2767 — Registre intitulé : Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 30. (Arch. des Filles de la Charité)
1) Louise de Marillac.
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Vous êtes assurée qu’au lieu de trouver ailleurs le remède ou la consolation que vous cherchez, vous ferez empirer le mal, parce que vous agirez contre l’ordre que Dieu a établi, qui veut que, dans les difficultés qui surviennent, vous ayez recours à vos supérieurs. Il est à souhaiter aussi, ma Sœur, que vous viviez en bonne intelligence avec la sœur Anne, que vous fassiez tout par son avis et rien contre son sentiment.
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous fasse part de son humilité et de sa dilection.
2768. — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT, SUPéRIEURE, A USSEL
4 janvier 1659.
Ma Sœur,
La grâce de N-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres qui m’ont très fort affligé, et avec sujet, voyant la manière dont vous vous comportez de delà ; et en effet, qui ne s’affligerait de voir une Fille de la Charité, des plus anciennes de la compagnie, que la Providence a conduite en Limousin pour y exercer les œuvres de miséricorde, qui n’est pas sitôt arrivée sur le lieu qu’elle s’en veut revenir par pure fantaisie et se plaint sans cesse de ce qu’on la laisse là, quoiqu’elle n’y souffre d’autres peines que celles qu’elle se fait ? A la vérité, si ces plaintes ne sortaient pas hors de la compagnie, il n’y aurait pas grand mal ; mais elles sont connues d’un chacun ; on les a écrites à Madame la duchesse (1), et vous-même vous me parlez d’une autre personne qui les sait ; après cela, il ne faut
Lettre 2768 — Reg I, f° 22 v°
1) La duchesse de Ventadour
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pas douter que toute la province ne les sache. Or, voyez, je vous prie, le scandale que vous donnez et l’injure qu’en reçoit N.-S., qui vous a appelée à son service, et le tort que vous faites à Madame la duchesse, qui vous a amenée en ses terres pour le soulagement des pauvres et l’édification de ses sujets. Ne doit-elle pas trouver étrange votre procédé, si contraire à ses intentions ? Ne doit-on pas s’étonner de voir votre inquiétude, d’entendre vos murmures et de savoir que vous n’agissez pas conformément à votre vocation ? En quoi vous faites plus de mal à votre compagnie que vous ne lui avez jamais fait de bien. Et vous vous faites un grand préjudice à vous-même de vous laisser aller à la nature, parce que, prenant le dessus, vous aurez plus de peine à la surmonter pour vivre selon l’esprit et accomplir la volonté de Dieu, qui est pourtant ce que nous devons faire pour nous sauver ; autrement, "si vous vivez selon la chair, dit saint Paul (2), vous mourrez"
Mais, Monsieur, me direz-vous, je vous ai mandé dès le commencement que je ne pouvais pas durer en ce pays ; je m’y déplais trop. Je vous réponds à cela, ma Sœur, que personne ne se plaît dans les pays étrangers : et pourtant on y va et on y demeure. Combien y a-t-il de filles qu’on a mariées bien loin, qui sont mécontentes et de leur demeure et de leurs maris ! Mais pour cela elles ne retournent pas en la maison de leurs pères. Il faut bien qu’elles mortifient leur inclination. Pensez-vous que les religieuses et tant d’autres filles et femmes qui sont allées en Canada (3) aient beaucoup de plaisir d’y être ? Au contraire, elles y ont de grandes répugnances,
2) épître aux Romains VIII, 13.
3) Quand saint Vincent écrivait cette lettre, Mademoiselle Mance et la sœur Marguerite Bourgeois, toutes deux revenues du Canada cherchaient en France des personnes de bonne volonté pour aller
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et avec raison ; mais pourtant elles y demeurent, parce que Dieu les y a appelées.
Vous me direz encore que vous n’avez pas de l’emploi suffisamment. Je réponds que, si vous êtes fidèle en peu, Dieu vous constituera sur beaucoup. Faites bien le peu que vous avez à faire, et croyez que le travail ne vous manquera pas. D’ailleurs, comme vous êtes infirme, l’excès vous pourrait accabler, et vous auriez plus de sujet de vous en plaindre que vous n’en avez du défaut, qui vous donne du temps pour penser à vous. Mais aussi ne devez-vous pas toujours demeurer en votre chambre, mais aller visiter et servir les pauvres tour à tour avec votre sœur, ou conjointement avec elle ; c’est un moyen pour ne vous ennuyer pas.
Si vous me répliquez que vous ne vous accordez pas bien avec votre sœur, je vous dirai que c’est là un grand mal, auquel il faut remédier, non pas en vous éloignant d’elle, puisque ce serait adhérer au diable, qui fait ses efforts pour vous séparer, mais en vous unissant par une affection réciproque, en vous aimant comme sœurs, en vous estimant et respectant comme filles de N.-S., faites à l’image de Dieu, en vous supportant en vos petites infirmités comme vous voulez être supportées, et enfin en usant de condescendance l’une vers l’autre, sans jamais contester ensemble. La sœur Avoie surtout doit suivre vos avis, puisque vous avez la conduite ; mais vous devez aussi, de votre côté, conduire humblement, doucement et sagement. Au nom de Dieu, ma Sœur, ayez patience ; tâchez d’entrer dans les sentiments de cette lettre et dans la résolution de ne faire jamais votre
travailler dans ce pays lointain à l’instruction des enfants, ou s’y consacrer aux œuvres hospitalières. (Histoire de la colonie française en Canada, par Faillon, Villemarie, 1865, 3 vol. in-4°, t. II, pp. 306. 313)
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propre volonté ; car autrement vous tomberiez dans le malheur des âmes qui se perdent pour ne se soumettre pas aux personnes que Dieu a établies pour les diriger dans les voies de leur salut. Et à propos de ceci, vous ne devez pas perdre la confiance que vous devez avoir en Mademoiselle. Elle est votre mère, qui a droit de vous donner les instructions qu’elle juge à propos et qui a reçu grâces de Dieu pour le faire. Cependant vous vous en êtes tellement rebutée que vous ne voulez plus lui écrire, à ce que vous dites. Prenez garde, ma Sœur. C’est une résolution d’un esprit mutin et orgueilleux, capable de vous priver des grâces de Dieu, qui ne les donne qu’aux humbles et débonnaires. Je prie sa divine bonté qu’elle vous fasse du nombre.
Je suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2769. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 5 janvier 1659.
Vous parlez de retourner en mission, mais je vous prie de ne vous hâter pas ; attendez que vous soyez bien rétabli, et alors modérez vos fatigues pour l’amour de Notre-Seigneur. Il vaut mieux avoir des forces de reste que d’en manquer, et Dieu bénira votre travail, quoiqu’il vous semble petit, si, pour le mieux servir, vous en évitez l’excès. Il est vrai que c’est un grand bonheur de mourir dans l’exercice actuel de la charité, ainsi que
Lettre 2769 — Reg. 2, p. 115
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vous le souhaitez ; et sans doute qu’il vous arrivera, puisque vous ne voulez vivre que pour y travailler.
Il est vrai aussi qu’à Saint-Lazare l’on donne des entrées de table quatre fois l’an, savoir à Pâques un œuf, aux Rois un gâteau, à la fête du patron un petit pâté, et le dimanche de la Quinquagésime quelques beignets. Vous en pouvez faire donner de même chez vous.
Jamais nous ne devons prendre rétribution pour nos missions, non plus des personnes absentes que des présentes, ni des riches que des pauvres. Je ne dis pas que, si l’on envoie chez vous quelque argent, vous ne le puissiez recevoir par forme d’aumône, mais non pas pour avoir fait une telle mission, ou sous condition de la faire.
2770. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Du 5 janvier 1659.
Vous me mandez que vous avez résolu en votre retraite de ne plus demander d’être déchargé de l’office de supérieur, mais de vous contenter de représenter à Dieu votre insuffisance. C’est comme il faut faire, Monsieur. Tenez-vous à cette pratique et continuez à conduire de même que vous avez fait par le passé. Tout est bien allé par la bénédiction de Dieu, et tout ira encore mieux par la confiance que vous aurez en sa grâce et par l’expérience que vous avez acquise. Ce n’est pas que nous n’ayons besoin de vous ailleurs, mais nous en attendrons un plus grand avant de vous tirer de Richelieu, où il faut un homme comme vous, sage, vigilant, doux et régulier.
Lettre 2770. — Reg 2, p. 187.
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Je ne sais avec quel front M. [Lièbe] (1) ose paraître à Richelieu, où il a donné sujet de parler contre sa réputation, et je sais encore moins sur quoi il prétend fonder la dispense de ses vœux. Pour moi, je ne l’en puis pas décharger sans cause légitime, et ses infirmités prétendues ne doivent pas être tirées en ligne de compte pour cela, quand même elles seraient véritables, non plus que les indispositions de son esprit, qui ne procèdent que du dessus qu’il a donné a la nature. Lorsque Dieu lui donnera une résolution solide de rentrer dans la compagnie, il lui donnera aussi l’indifférence aux maisons et le désir de s’éloigner des lieux où il se plaît présentement.
2771. — AU PèRE PHILIPPE-EMMANUEL DE GONDI
[9 janvier 1659] (1)
Monseigneur,
L’état caduc où je me trouve, et une petite fièvre qui m’a pris, me fait user, dans le doute de l’événement, de cette précaution en votre endroit, Monseigneur, qui est de me prosterner en esprit à vos pieds pour vous demander pardon des mécontentements que je vous ai donnés par ma rusticité, et pour vous remercier très humblement, comme je fais, du support charitable que vous avez eu pour moi, et des innombrables bienfaits que notre petite congrégation et moi en particulier avons reçus de votre bonté. Assurez-vous, Monseigneur, que, s’il plaît à Dieu de me continuer le pouvoir de le prier, je l’emploierai en ce monde et en l’autre pour votre
1) Voir lettre 2692.
Lettre 2771. — Reg. 2, p. 92.
1) Date donnée par Collet, op. cit., t. II, p. 61
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chère personne et pour celles qui vous appartiennent, désirant être au temps et en l’éternité votre…
2772. — AU CARDINAL DE RETZ
[9 janvier 1659] (1)
Monseigneur,
J’ai sujet de penser que c’est ici la dernière fois que j’aurai l’honneur d’écrire à Votre éminence, à cause de mon âge et d’une incommodité qui m’est survenue, qui peut-être me vont conduire au jugement de Dieu. Dans ce doute, Monseigneur, je supplie très humblement Votre éminence de me pardonner si je lui ai déplu en quelque chose. J’ai été assez misérable pour le faire sans le vouloir, mais je ne l’ai jamais fait avec dessein. Je prends aussi la confiance, Monseigneur, de recommander à Votre éminence sa petite compagnie de la Mission, qu’elle a fondée, maintenue et favorisée, et qui, étant l’ouvrage de ses mains, lui est aussi très soumise et très reconnaissante, comme à son père et à son prélat ; et, tandis qu’elle priera Dieu sur la terre pour Votre éminence et pour la maison de Retz, je lui recommanderai au ciel l’une et l’autre, si sa divine bonté me fait la grâce de m’y recevoir, selon que je l’espère de sa miséricorde et de votre bénédiction, Monseigneur, que je demande à Votre éminence, prosterné en esprit à ses pieds, étant, comme je suis, à la vie et à la mort, en l’amour de Notre-Seigneur…
Lettre 2772. — Reg. 2, p. 92.
1) Date donnée par Collet, op. cit, t. II, p. 61.
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2773. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce mardi au soir.
Je remercie très humblement Mademoiselle Le Gras du soin qu’elle a de moi, comme aussi des petits remèdes que sa charité me propose. M. Dalencé (1) me dit, ces jours passés, que les purgations fréquentes ne m’étaient pas propres pour. le mal que j’ai. Notre frère Alexandre (2) a désiré que je prenne quelque petite chose de sa main demain. Néanmoins je fais mille souhaits pour la sanctification de Mademoiselle Le Gras de plus en plus et pour ses chères filles, et me recommande à ses prières.
2774. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 17 janvier 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je rends mille actions de grâces à Dieu des biens extraordinaires qui se sont faits en votre dernière mission, et de ce que vous en êtes tous revenus en bonne santé et bien à propos pour recevoir le visiteur et la visite, dont j’espère que la maison recevra et du fruit et de la consolation.
Le succès de l’affaire qui se poursuit à Rome (1) dépend plus de la disposition divine que de la recommandation
Lettre 2773. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Fameux chirurgien dont le nom est mêlé à l’histoire des miracles attribués à la Sainte épine de Port-Royal
2) Alexandre Véronne, infirmier à Saint-Lazare.
Lettre 2774. — L. s. —- Dossier de Turin, original.
1) L’affaire de Saint-Antoine.
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des hommes. C’est pourquoi il faut se confier en Dieu seul et le prier qu’il en ordonne selon son bon plaisir. C’est ce que nous ferons. Il faut attendre en patience votre entier établissement. Les œuvres de Dieu ne se font pas tout d’un coup, mais peu à peu.
Nous n’avons rien de nouveau ici. J’ai été malade et je me porte mieux, grâces à Dieu, à qui je vous offre souvent et en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p d. l. M.
suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
2775. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 17 janvier 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
En attendant votre lettre du dernier ordinaire, je vous en envoie une de change de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon, de 1 966 livres, qui proviennent de M. le procureur général (1), qui les donne d’aumône l’hôpital des forçats, et que j’ai reçues en vertu du billet que Messieurs les administrateurs m’ont adressé sur M. Bruand, commis de mondit sieur le procureur général. Lequel billet était de 2 000 livres et néanmoins je ne vous en envoie que 1 966. Cela vient de ce que, d’un côté, Messieurs Simonnet ont pris 20 livres pour le change, à raison de un pour cent, contre leur ordinaire,
Lettre 2775. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Nicolas Fouquet.
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disant que l’argent était rare à Marseille, et, d’un autre, il s’est trouvé 14 livres de manque dans un sac de mille francs. L’homme de Madame Fouquet qui l’apporta céans, voyant ce mécompte, voulut le rapporter audit sieur Bruand pour le faire réparer, ce que je ne voulus pas permettre, estimant qu’il ne fallait pas barguigner pour si peu de chose avec des personnes de cette sorte et pour une chose donnée. Cet homme n’a pas laissé d’en parler à madite dame, contre la prière qu’on lui fit de n’en rien dire, et ensuite s’en alla plaindre audit sieur Bruand, quoi que soit, à son commis, qui lui dit qu’en lui rapportant son sac, il en donnerait un autre complet, et qu’il savait bien de qui il l’avait reçu. Il revint donc céans hier, de la part de madite dame, demander ledit sac pour le faire changer ; mais nous l’avions déjà envoyé à Messieurs Simonnet. Et voilà les raisons de cette diminution.
Nous avons reçu 4 livres 10 sols pour un forçat nommé Lesueur sur la Ducale ; j’en donne avis à M. Huguier, afin qu’il les y donne.
Je viens de recevoir la vôtre du 7. Vous dites que vous n’avez rien appris de Barbarie, et M. Le Vacher me mande que le frère Barreau est prisonnier. Si cela est, Dieu soit loué ! Le mal n’est pas si grand que je le craignais. Je suis bien aise que M. Le Vacher soit appliqué auprès des malades de l’hôpital. Dieu bénisse vos personnes et vos emplois par sa miséricorde !
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
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2776 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
[Janvier 1659] (1)
Un jeune homme est venu tout bonnement nous dire l’obligation qu’il a de faire bien élever un enfant âgé de 21 mois, tiré de la connaissance de sa mère, et lui dans la volonté de se faire religieux. Les conditions qu’il demande pour en être déchargé sont de donner par mois à l’hôpital 7 livres, de laisser en pur don au dit enfant mille livres pour, quand il sera en âge d’apprendre métier, le mettre en rente.
Quelques esprits délicats de la Compagnie ont répugnance à ce mot de Confrérie et ne voudraient que Société ou Communauté. Je pris la liberté de dire que ce mot nous était essentiel et pouvait beaucoup aider à la fermeté pour ne point innover et qu’il nous signifiait sécularité, et que la Providence y ayant fait ajouter Société et Compagnie, cela nous apprenait que nous devions vivre régulièrement en observant les règles que nous avons reçues en l’établissement de notre Confrérie, en la manière qu’elle nous est expliquée. Je crois, Mon Très Honoré Père que Monsieur Portail en doit parler à votre charité, que je supplie faire en sorte qu’il ne paraisse pas que je lui en ai rien mandé, si elle le juge à propos.
L’argent de ma Sœur Louise Ganset est tout prêt à recevoir ; mais comme il a changé de main par la mort de Monsieur Bézé, celui qui l’a veut un mot de Monsieur du Fresne Je vous supplie très humblement, Mon Très Honoré Père, prendre la peine lui mander, si vous le jugez à propos, notre Sœur s’affaiblit tous les jours, et nous craignons qu’elle ne la fasse pas longue, ce qu’elle veut donner à la Compagnie pourrait être perdu. Je pense être obligé à ce petit soin et à vous demander très humblement pardon de toutes les peines que je vous ai données ces jours passés, c’est mon ordinaire dont je me veux corriger et de toutes mes autres fautes, étant aidée de votre secours comme, Mon Très Honoré Père, Votre très humble fille et obligée servante.
L. DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2776. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
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2277 — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 24 janvier 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit toujours avec vous !
Nous avons reçu pour Charles Ballagny, forçat sur la galère la Princesse de Morgue, 10 livres, que je prie M. Huguier de lui passer.
Voici une lettre de change de 3 000 livres de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon, payable à votre nom. Cette somme est pour l’assistance des missionnaires de Tunis et d’Alger, où vous l’enverrez à la première occasion et par moitié. Je crains beaucoup que de longtemps il ne se présente aucune voie sûre ; mais enfin voilà de quoi subvenir à nos pauvres confrères. C’est à vous de penser aux moyens de leur faire parvenir cet argent. Si M. Le Vacher, de Tunis, a fourni l’argent pour Alger, il est juste que vous lui envoyiez cette somme.
Il y a huit jours que je vous envoyai une autre lettre de change de 1 966 livres, que M. le procureur général (1) nous a donnée pour l’hôpital des forçats. Si vous n’avez pas reçu la première, voici la seconde lettre de change, qui est des mêmes Messieurs Simonnet sur les Messieurs Napollon.
Après avoir écrit ce qui précède, j’ai reçu votre lettre du 14. Je n’ai pas encore vu les lettres d’Alger ; mais, d’après la vôtre, il y a motif de louer Dieu pour l’état présent de notre frère (2). J’en ai ressenti une extrême consolation et je remercie la divine bonté d’avoir ainsi
Lettre 2777. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez M. Hains à Marseille.
1) Nicolas Fouquet.
2) Jean Barreau.
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bien disposé les choses. Avant de vous en dire davantage, j’attendrai les traductions que vous me faites espérer, et j’estime qu’avant de résoudre le retour de M. Le Vacher, il conviendra de voir quelle réponse le roi fera au pacha et à la douane d’Alger. Cependant vous pouvez envoyer au frère Barreau, si vous en avez la possibilité, des habits et tout ce qu’il demande, jusqu’au montant de 200 livres, que vous pourrez prendre sur les 1 500 qui lui sont destinées dans cette lettre de change. Je ne sais plus que faire pour l’empêcher de dépenser et de prêter les dépôts qu’il a de la part des esclaves ; car, après que je lui ai écrit plusieurs fois de ne le pas faire, il ne cesse pas néanmoins de contrevenir à cet ordre par le peu de fermeté qu’il a.
Aujourd’hui je ne puis répondre à M. Le Vacher (3).
Je suis…
2778. — AU CHANOINE CRUCHETTE, A TARBES
29 janvier 1659.
J’ai vu, par une de vos lettres, le souvenir et la charité que vous avez pour nous, et en particulier pour moi, qui ne le mérite pas ; je vous en remercie très humblement. Je suis fort édifié, Monsieur, d’apprendre que vous êtes toujours appliqué au bien, éclairant la ville et le pays de parole et d’œuvre, et répandant partout une bonne odeur et une odeur de suavité.
Il est vrai qu’on a pensé à notre petite compagnie pour Bétharram (1) ; et feu M. Charpentier a été le premier
3) Philippe Le Vacher.
Lettre 2778. — Reg. 2, p. 64
1) Bétharram est situé sur la commune de Lestelle, dans les Basses-Pyrénées, à peu de distance de Lourdes. Jean de Salettes, évêque de Lescar, y avait construit en 1614 une chapelle, qui devint rapidement, sous la direction des missionnaires de Garnison (1615-1621),
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qui m’en a fait la proposition, il y a près de vingt ans ; et de temps en temps on nous en a parlé. Mais jusqu’à maintenant Dieu ne nous a pas trouvés dignes de le servir en ce saint lieu ; aussi est-il vrai que nous sommes de pauvres gens, comme vous savez. On ne désiste pas pourtant de nous y désirer, particulièrement quelques Messieurs du parlement de Navarre ; et M. de Laneplan, qui est un gentilhomme député en cour par les états du Béarn, nous a témoigné ces jours ici avoir charge de savoir notre disposition. On m’a dit que Monseigneur de Lescar (2), qui vient d’être sacré, me veut faire l’honneur de m’en venir parler. Or, pour vous dire mes pensées là-dessus :
Premièrement, je crains que * notre chétiveté, qui est grande pour le nombre, la qualité et la vertu des ouvriers, nous empêche encore d’accepter l’honneur qu’on nous présente.
Deuxièmement, la coutume de ces Messieurs de Bétharram est d’y attendre les pénitents, et la nôtre est de les aller chercher chez eux. Il serait difficile à nos prêtres, qui se sont donnés à Dieu pour aller de village en village évangéliser les pauvres, de renoncer aux missions
le centre d’un pèlerinage très fréquenté. Léonard de Trapes, archevêque d’Auch (1600-1629), y vint un jour à la tête de dix mille pèlerins. Il planta trois croix au sommet de la colline et plaça dans le sanctuaire Une statue de la sainte Vierge, qu’il avait lui-même apportée. Hubert de Charpentier, que l’évêque de Lescar eut l’heureuse idée de mettre à la tête des chapelains, était un homme de grande vertu et de haute valeur. Il fonda à Bétharram, en 1621, la congrégation des prêtres de Notre-Dame-du-Calvaire, qui desservaient encore le sanctuaire en 1659. La renommée toujours croissante de Notre-Dame-de-Bétharram attira sur ce lieu de dévotion la faveur des Papes et des grands. Louis XIII, Anne d’Autriche, les familles de Brienne, de Montmorency et les principales maisons du Béarn et de Gascogne s’en firent les bienfaiteurs. L’histoire de Notre-Dame-de-Bétharram a été écrite par M. Ie chanoine Dubarat, à qui l’on doit tant de travaux de première valeur sur les Basses-Pyrénées. (Cf. Dubarat, Bétharram et le Mont-Valérien, Pau, 1897)
2) Jean du Haut de Salies (1658-1681)
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pour s’attacher à une seule église et ne travailler qu’à la dévotion d’un peuple passant, qui ne peut recevoir les instructions nécessaires pour se convertir à Dieu comme il faut. Ils pourraient toutefois se rendre tous au logis aux fêtes principales, que le concours y est grand ; mais il faudrait trouver un moyen, dans les intervalles, que, pendant qu’une partie s’acquitterait des obligations du dedans, l’autre pût vaquer aux emplois du dehors.
Troisièmement, il n’y a que trois prêtres en la chapelle qui nous veulent céder leurs places, et il y en a quatre qui ne veulent pas nous y recevoir ; et cependant c’est une nécessité que pour nous y établir tous y consentent, autrement nous ne pourrions pas nous y résoudre. Que si ceux qui ont de la peine à cela veulent continuer leur demeure et leurs exercices en cette maison, et néanmoins agréer que nous y soyons introduits, nous pourrions en ce cas convenir avec eux de ce qu’il leur faudrait pour leur entretien, et ils pourraient vivre avec nous, ainsi que les religieux qui nous ont reçus à Saint-Lazare y ont vécu.
Quatrièmement, enfin, Monsieur, j’ai grande peine aux veilles qui se font la nuit dans cette église, et fort souvent. Je sais bien qu’elles se font à bonne intention, et je veux croire qu’il n’en est encore arrivé aucun fâcheux inconvénient ; mais je sais aussi qu’il en peut survenir et que ce n’est pas sans sujet que l’église, qui du commencement permettait ces veilles, les a depuis retranchées. Je vous supplie de me mander si elles sont fréquentes à Bétharram et en quels jours elles arrivent.
Je suis bien aise, Monsieur, puisque vous désirez être informé de l’état de cette affaire, de vous en dire les difficultés et de vous assurer aussi que, si elles peuvent être levées, le dessein se pourra aussi exécuter ; et en ce cas, ce nous sera une grande bénédiction de pouvoir
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contribuer quelque chose à l’honneur qui est rendu à Notre-Seigneur et à sa glorieuse Mère en ce saint lieu ; et que nous y recevrons votre protection, votre assistance et vos conseils, ainsi que par avance vous nous le offrez.
2779 — A DOMINIQUE LHUILLIER, * PRêTRE DE LA MISSION, A CRéCY
Saint-Lazare, ce dernier de janvier 1659
J’ai reçu votre lettre et appris votre maladie, dont j’ai grande douleur. J’ai prié Dieu et fait prier pour vous, à ce qu’il lui plaise de vous redonner la santé et cependant de vous faire la grâce de profiter de l’état où vous êtes pour vous et pour autrui, car, Notre-Seigneur ayant paru avoir plus aimé Dieu et racheté les hommes par la souffrance que par d’autres manières, il a montré à ses serviteurs que c’est par là qu’ils les peuvent plus utilement servir. Il faut pourtant faire tout ce qui se pourra pour vous bien porter, et je vous prie d’y contribuer tout ce qui dépend de vous. Et parce que vous n’êtes pas en lieu où vous puissiez être bien assisté, nous avons pensé de vous faire venir ici, et j’envoie ce porteur exprès pour en apprendre le moyen. Voyez, Monsieur, si vous êtes en état d’aller à Meaux prendre une place au coche, ou si vous pourrez porter la fatigue d’un cheval, ou s’il faut vous envoyer un brancard, ce que je ferai aussitôt que j’en serai averti de quelque façon que ce soit. Je vous prie de vous mettre en devoir de l’exécuter sans attendre autre résolution de nous, qui enverrons un prêtre à votre place lundi matin pour arriver
Lettre 2779. — Manuscrit de Marseille.
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le soir. Je vous dis derechef que je suis bien affligé de votre maladie ; mais quoi ! il faut se conformer au bon plaisir de Dieu et espérer de sa bonté que ce ne sera rien. J’aurai grande joie de vous voir et toute la maison.
2780. — A JEAN BARREAU, CONSUL, A ALGER
De Paris, ce 31 janvier 1659
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre de trois dates, dont la dernière est du 2 de ce mois. Nous avons été longtemps à votre sujet entre l’espérance et la crainte ; mais l’espérance a toujours prévalu, parce qu’elle avait son fondement en Dieu, qui protège les siens. Et en effet il vous a délivré non seulement de la mort et des maux violents que nous appréhendions, mais même de la prison où vous avez été mis, au sujet du Bastion ; et bien que vous ne soyez pas encore quittes de la prétention des Turcs pour ce regard, si est-ce qu’ils pourront vous laisser en paix dans l’attente qu’ils ont qu’on leur renverra les hommes que M. Picquet leur a enlevés ; à quoi on travaille.
Je ne vous dirai rien de particulier sur les choses que vous me mandez, sinon que, Dieu aidant, nous vous tirerons de vos anciens engagements et de ceux dont vous faites mention en votre nouvelle liste. Mais il faut vous donner un peu de patience, jusqu’à ce qu’il y ait sûreté à vous envoyer de l’argent. On estime qu’il n’y en a aucune pour le présent, quelque mine que les Turcs fassent, et certes il y a sagesse d’attendre que les choses obscures et présentes soient éclaircies. Vous n’avez pas
Lettre 2780. — L. s. — Dossier de Turin, original.
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seulement sujet de craindre les créanciers de Picquet, mais encore ceux de Rappiot, qui sans doute veillent pour découvrir si on vous enverra quelque chose, pour se jeter dessus. On ne nous conseille pas de rien risquer non plus par la voie de Tunis, qu’on n’ait assurance de M. Le Vacher qu’il n’y a rien à craindre. Il y a longtemps qu’il n’a pas écrit, qui est un mauvais signe.
Il y a huit jours que j’ai envoyé à M. Get 3 000 livres pour la subsistance des missionnaires d’Alger et de Tunis. Si M. Le Vacher (1) a fait des avances pour vous, il est juste que votre part serve à son remboursement ; sinon, M. Get vous en fera tenir la moitié par la première occasion sûre.
Je vous prie, mon cher Frère, de bien ménager ce que le bon Dieu vous envoie et d’être exact à garder les dépôts pour les pouvoir rendre à point nommé. C’est l’argent des esclaves que l’on vous confie, c’est d’où dépend leur liberté et peut-être leur salut ; si vous alliez divertir cet argent pour d’autres fins, ou le prêter pour racheter d’autres esclaves, au préjudice de ceux à qui il appartient, vous vous mettez en grand danger de ne le pouvoir rendre quand ils en auront besoin, et par conséquent de vous rendre coupable devant Dieu et devant les hommes. Il ne faut qu’un peu de fermeté pour vous défaire de ces importuns qui vous empruntent ; dites-leur que vous n’avez rien à vous, ni le moyen de payer vos dettes, qu’il vous est défendu de vous engager pour autrui, et semblables raisons contre lesquelles vous ne pouvez aller en conscience.
J’ai fait tenir vos lettres à M. votre frère. Tout va assez bien de deçà. Nous avons beaucoup prié Dieu pour vous, et nous continuerons, Dieu aidant. Si le Bastion
1) Jean Le Vacher.
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se rétablit, nous ferons recommander les intérêts du consul.
Je vous embrasse avec toute les tendresses de mon cœur, plein de reconnaissance vers la bonté de Dieu de la patience et de la protection qu’il vous donne. Je suis, en son amour, mon cher Frère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2781 — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 1er février 1659
Mon très honoré Père,
Si Dieu ne me rendait insensible au sujet de ma douleur de me voir si délaissée, je souffrirais grande peine. Celle qui me touche est de n’avoir pas assez de lumière pour en faire usage selon le dessein de Dieu et le moyen que je pourrais avoir de me rendre utile la privation que j’ai peut-être méritée. Cette occasion-ci m’est à consolation, vous pouvant demander comme je fais votre bénédiction, et à toutes nos Sœurs, particulièrement à ma Sœur Marie de l’Hôtel-Dieu, ma Sœur Anne d’Angers, qui est en la Compagnie y a 18 ans, et ma Sœur Geneviève, d’auprès Maule, lesquelles après leurs retraites depuis peu et avoir communiqué leur désir à Monsieur Portail de leur permettre demain le renouvellement de leurs vœux, et notre Sœur venue de Brienne (1) avec notre Sœur Catherine, vous demande très humblement le simple habit des Filles de la Charité. Plusieurs personnes recommandent à vos prières une affaire de très grande importance pour la gloire de Dieu et le salut des âmes rachetées du sang de son Fils. Vous savez les besoins que j’en ai, aussi il me suffit puisque je suis, Mon Très Honoré Père, Votre très humble fille et très obéissante servante.
L. DE MARILLAC.
Lettre 2781. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Troyes, 28, rue Louis-Ulbach.
1) Brienne-le-Château (Aube).
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2782. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
Du 5 février 1659
Nous vous envoyons un frère qui est nouveau dans la compagnie ; mais il ne l’est pas en la vertu. Nous ne pouvions vous en donner un mieux appelé de Dieu, ni mieux établi en sa vocation, ni plus propre pour votre besoin. Il est adroit et vigilant ; et j’espère, Monsieur, qu’étant à bonne édification à votre famille, vous aurez soin qu’il n’en reçoive point de mauvaise ; car rien ne dégoûte et n’ébranle tant les commençants, que de voir les anciens qui ne leur donnent pas bon exemple.
2783. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
Du 6 février 1659
Nous avons recommandé de deçà aux Filles de la Charité de ne laisser jamais entrer d’hommes en leurs chambres, non seulement des laïques, mais des ecclésiastiques, non plus de ceux de notre congrégation que du dehors ; et quand moi-même je me présenterais pour y entrer, je les ai priées de me fermer la porte. J’ai oublié de vous mander cela, et je le fais aujourd’hui, afin que vous recommandiez la même chose aux sœurs de Richelieu et que vous en donniez connaissance à tous ceux de votre maison, qui, sans cela, pourraient quelquefois entrer chez elles ; et il n’est pas expédient. J’excepte lorsqu’elles seront malades ; car, en cas de nécessité, votre infirmier y pourra aller, par votre ordre, avec un prêtre, et un prêtre avec un frère, et jamais autrement.
Lettre 2782. — Reg. 2, p. 170.
Lettre 2783. — Reg. 2, p. 188.
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On m’a averti que vos filles savent tout ce qui se fait et ce qui se passe en votre maison ; ce qui peut provenir de ce que quelques-uns d’entre nous ont trop de communication avec elles ; et il n’en faut qu’un qui dise tout à une seule, pour faire que d’autres le sachent ; et c’est ce qu’il faut éviter, ne parlant à elles ni au rencontre, ni autrement, que de choses nécessaires.
Depuis vous avoir écrit de n’envoyer aucun confesseur au monastère que vous savez (1), j’ai parlé à un Père de l’Ordre, qui a connaissance du désordre de cette maison-là ; il m’a dit que nous ne devons pas refuser d’aller au secours de ces âmes, quand elles nous appellent, et que ce serait grande pitié si, lorsque les moyens ordinaires pour se sauver leur manquent, on leur déniait les extraordinaires. Selon cela, Monsieur, j’approuve que vous alliez ou envoyiez vers elles, lorsque vous en serez prié, pour en entendre une à la fois, ou deux au plus, et cela secrètement, en sorte que les autres ne le sachent pas, s’il est possible.
2784. — JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR A GêNES, A SAINT VINCENT
6 février 1659
Nous venons de faire deux petites missions auxquelles Dieu a donné beaucoup de bénédiction, et particulièrement à la dernière.
La paroisse n’était que de deux cent quarante communiants en un lieu fort écarté ; et néanmoins à la communion générale il se trouva plus de sept cents personnes, qui étaient venues des lieux circonvoisins bien éloignés. Entre les réconciliations il s’est fait une paix fort considérable d’un père duquel le
1) Peut-être le monastère des Filles de Notre-Dame à Richelieu.
Lettre 2784. — Abelly, op cit., 1.II, chap. I, sect. IV, 1er éd p. 72
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fils aîné avait été tué eu dormant et sans aucun sujet depuis peu de temps. Plusieurs personnes de condition s’étaient employées sans effet pour le porter à pardonner à celui qui avait commis ce meurtre ; et le jour précédent même, il me l’avait refusé, lorsque je lui voulus faire la même prière, et m’avait prié de ne lui en parler jamais plus. Mais Dieu fit par sa grâce ce que les hommes n’avaient pu faire par leurs remontrances et exhortations ; car, m’étant encore hasardé le jour suivant de le conjurer derechef, avec prières et avec larmes, de donner ce pardon et cette paix pour l’amour de Notre-Seigneur, il fut tout d’un coup changé et m’accorda ce que je lui demandais avec des sentiments vraiment chrétiens, qui tirèrent les larmes de tous ceux qui furent présents.
2785. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 7 février 1659.
Monsieur,
La grâce de N.- S soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 28 janvier. J’enverrai prier Madame la duchesse d’Aiguillon et Madame Fouquet de solliciter Monsieur le procureur général de mettre sur l’état les appointements de l’hôpital et d’en faire toucher bientôt une partie à Messieurs les administrateurs.
S’il part une autre barque pour Tunis, vous avez de quoi consoler M. Le Vacher en lui envoyant les 1.500 livres que vous avez pour lui ; et s’il a fourni quelque chose pour le frère Barreau, vous pourrez lui faire tenir ce qui lui sera dû sur les autres 1.500 livres. Je loue Dieu des bonnes nouvelles qu’il nous mande.
Il ne faut rien espérer des Pères de la Merci pour l’avanie soufferte par le consul d’Alger à leur sujet. Ils nous ont fait dire que, si les quêtes qu’on a faites
Lettre 2785. — L. s. — L’original de cette lettre appartient aux Filles de la Charité de Montpellier, rue de la Monnaie, 1.
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ici pour lui ne suffisent pas pour le dégager, ils payeront les huit cents écus qu’ils doivent, et non autrement.
Je rends grâces à Dieu de la paix et de la joie qu’il a données à la ville de Marseille par la conservation des nouveaux consuls (1)
Vous estimez à propos d’envoyer au frère Barreau, à la première occasion, quelque secours, tout au moins les sommes qu’il a reçues pour racheter quelques esclaves, et qu’il a employées pour ses affaires, afin qu’il puisse délivrer ces pauvres gens et conserver sa réputation. Il semble que cela est juste en un sens. Mais, pource qu’il est à craindre qu’il ne divertisse ces sommes en d’autres choses plus pressantes, comme il a fait d’autres sommes que je lui avais très particulièrement recommandées, je pense qu’il se faut donner patience jusques à ce que l’on voie un peu plus clair dans les moyens de sortir de cet affaire avec sûreté. Que si M. Le Vacher, de Tunis, n’a rien avancé pour lui, vous lui pourrez envoyer sa part des trois mille livres, ou une partie (2),
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il y a quelque temps que j’ai fait demander à M. le curé
1) Malgré un arrêt du conseil, qui ajournait l’élection des conseils, les Marseillais avaient nommé à cette charge, le 28 octobre 1658, Bausset, Vacon et Lagrange. Le roi, mécontent, défendit aux nouveaux magistrats d’exercer les fonctions de leur charge et les somma de venir s’expliquer devant la cour à Lyon, eux et les principaux rebelles. Il les reçut avec froideur, mais eut le bon esprit de ne prendre contre eux aucune mesure de rigueur. L’amnistie fut accordée aux coupables, et il fut décidé que le duc de Mercœur, gouverneur de Provence, irait à Marseille faire procéder en sa présence à de nouvelles élections Désireux avant tout d’éviter de nouveaux troubles, le duc eut le bon esprit de donner la majorité des suffrages aux consuls nommés le 28 octobre précédent. (Augustin Fabre, op cit. t. II, pp. 280-285)
2) Ces mots, depuis "Il semble que cela", sont de la main du saint
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du Havre si vous ferez délivrer les 100 livres destinées pour Nicolas Renouard, du Havre, qui est repassé en France, à son fils, qui est encore esclave ; de quoi je n’ai pas eu de réponse. Je lui en ferai écrire derechef.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2786 — A LA SŒUR ANNE HARDEMONT
De Paris, ce 9e février 1659.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Nous avons vu ici ce bon Monsieur qui nous a porté votre lettre. Il a fait sa retraite céans, à dessein d’entrer ensuite au séminaire des Bons-Enfants.
Vous me demandez mon avis sur la prière qu’une dame vous a fait faire de l’aller solliciter (1) en sa maladie. Je vous dirai à cela, ma Sœur, que je suis bien aise de votre retenue pour ne rien faire d’extraordinaire sans notre ordre. Les Filles de la Charité ne sont que pour les pauvres malades qui n’ont personne pour les assister, et non pour les dames qui ont moyen de se faire servir. Il y en a à Paris de grande et de médiocre position, qui, étant malades, nous ont demandé de vos sœurs ; de quoi nous nous sommes excusés pour beaucoup de raisons ; et je vous prie, ma Sœur, de vous en excuser aussi, lorsqu’on vous fera la même prière, si vous n’en avez une permission expresse de Mademoiselle Le Gras ou de moi. Et ne craignez pas que Madame la duchesse (2) s’en plaigne, car elle veut bien que vous conserviez
Lettre 2786. — IL. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Solliciter, soigner.
2) La duchesse de Ventadour.
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vos règles ; et si elle désire que vous passiez outre en quelque rencontre, elle s’adressera à nous pour vous en écrire.
Je loue Dieu, ma Sœur, de ce que vous tâchez de vous surmonter en votre peine, et je pense que sa divine bonté a bien agréable la résistance que vous faites à la nature dans la pente qu’elle a au changement. Il ne se peut qu’après un si long exercice Dieu ne vous donne la paix et le repos. Je voudrais bien que ce fût en la manière que vous le souhaitez, mais vous voyez bien la difficulté qu’il y a d’envoyer une fille si loin pour prendre votre place. Si néanmoins l’occasion se présente de le faire et que votre ennui continue, nous le ferons volontiers pour vous donner cette satisfaction ; mais, au nom de Dieu, ayez patience cependant et ne faites plus la mutine vers Mademoiselle Le Gras, en refusant de lui écrire. Elle vous estime et vous chérit, et vous devez lui rendre compte de vos personnes et de vos exercices ; faites-le donc, je vous en prie, et priez Notre-Seigneur pour moi, qui suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Hardemont, Fille de la Charité, à Ussel.
2787. — A LA SŒUR FRANçOISE MéNAGE
De Paris, ce 12 février 1659.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu des bonnes dispositions qu’il vous donne
Lettre 2787. — L. s. — Dossier des Filles de la Charité, original.
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pour vous rendre de plus en plus agréable à ses yeux. Vous parviendrez à ce bonheur si vous pratiquez bien l’humilité, la douceur et la charité envers les pauvres et envers vos sœurs. Je prie Notre-Seigneur, qui nous a donné l’exemple de ces vertus, qu’il vous fasse cette grâce.
C’est assez de renouveler vos vœux pour un an, après lequel vous les pourrez renouveler pour une autre année, si vous avez cette dévotion (1) Je vous en donne la permission. Vous me demandez à faire ce renouvellement tous les mois ; mais, si vous le faites pour un an, vous le faites pour douze mois en même temps, sans qu’il soit nécessaire de le faire chaque mois. Vous le pouvez néanmoins faire pendant cette année-là aussi souvent que vous le voudrez faire, non pour contracter une nouvelle obligation de les accomplir, puisque la première vous y engage assez, mais pour témoigner à Dieu que vous êtes bien aise de vous être donnée tout à lui, et pour vous exciter à une nouvelle affection de lui être fidèle.
Il n’est pas besoin que personne me mande vos déportements (2), car je sais qu’ils sont bons et que vous désirez de les rendre meilleurs. Vous faites bien de vous estimer infirme, et, si vous le croyez bien, Notre-Seigneur sera votre force. Continuez à vous défier de vous-même et à vous confier à lui.
Les deux sœurs que vous avez en la compagnie (3) travaillent à la vertu, grâces à Dieu, et sont fort affectionnées à leur vocation, comme vous à la vôtre. Plaise à Dieu de vous y conserver et de vous y bénir !
1) Cette pratique est encore en usage chez les Filles de la Charité.
2) Déportements conduite.
3) Madeleine et Catherine. Marguerite Ménage, morte à Calais en 1658, était également sœur de Françoise.
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Je rends grâces à Dieu de la confiance que vous avez en Monsieur votre directeur et des assistances qu’il vous rend avec tant de soin et de charité.
Je ne vous envoie pas la médaille que vous me demandez, parce que je n’en ai aucune. Lorsqu’on m’en enverra de Rome, je vous en ferai part. Cependant je me recommande à vos prières, qui suis, en l’amour de N.-S., ma Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Françoise Ménage, Fille de la Charité, à Nantes.
2788. — A LA SŒUR NICOLE HARAN, SUPéRIEURE, A NANTES
De Paris, ce 12 février 1659
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du premier de ce mois. La première fois que je parlerai à Mademoiselle Le Gras, nous verrons s’il est temps de vous décharger de la conduite, ou s’il est à propos de vous la laisser pour encore. Je lui proposerai aussi de faire à présent ce qui se fit au commencement, qui est de nommer une assistante. De plus, je lui représenterai le besoin que vous avez de secours, n’étant que six filles pour cent et six-vingts malades. C’est un grand travail pour si peu d’ouvrières. Plaise à Dieu de vous fortifier et de mettre entre vous une grande union ! Car, étant toutes bien unies, vous en serez plus fortes.
Lettre 2788. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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Ne vous mettez pas en peine si vos emplois vous empêchent d’être exactes à l’oraison et aux règles, parce que, la charité étant la reine des vertus, il faut tout quitter pour elle ; mais, lorsqu’elle vous permettra de pratiquer le règlement sans préjudicier au soin des malades, il le faudra faire, pour vous rendre plus agréables à Dieu, et par conséquent plus propres pour procurer le salut et le soulagement des pauvres.
J’ai grande reconnaissance de la consolation et des bons offices que vous recevez de Monsieur le vicaire de Sainte-Croix. Dieu lui rende la charité qu’il vous fait et vous fasse la grâce d’en mériter la continuation et de profiter de ses bons avis !
M. Alméras n’est plus en état de vous aller voir, comme nous l’espérions il y a quelque temps. Il est trop infirme pour voyager. Mais, au lieu de lui, nous y enverrons quelque autre.
Mademoiselle Le Gras se porte assez bien, grâces à Dieu, et moi aussi, quoique j’aie été un peu malade et que je sois obligé de garder la chambre pour mon mal de jambes.
Il est vrai que nous avons promis deux ou trois prêtres pour le prochain embarquement de Madagascar, et non davantage ; mais, pour des filles, je n’en ai pas ouï parler. S’il y en va quelques-unes à ce voyage, comme on vous a dit, elles ne sont pas de votre compagnie, laquelle Dieu continue de bénir, par sa miséricorde. Je le prie qu’il vous remplisse de sa patience, de sa sagesse et de sa bonté.
C’est en son amour que je suis, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. prêtre de la Mission.
Suscription : A ma sœur la sœur Nicole Haran.
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2789 — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 21 février 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous ai déjà témoigné l’appréhension où j’étais que la peste, qui vous a enlevé le sacristain, fît d’autres fâcheux effets en votre famille ; ce qui nous a fait redoubler nos prières pour votre conservation et celle de M. Duperroy. Votre lettre du 9 février nous a fort consolés, tant parce que vous dites qu’il n’y a plus de danger, que pour la force et la grâce que Dieu vous donne à tous deux de prêcher et d’agir pour le service de Dieu et des âmes ; ce qui est d’autant plus à estimer que vous avez failli plusieurs fois à perdre la santé et la vie, et qu’il n’y a que Dieu seul qui ait pu vous les conserver, non plus qu’il n’y a que lui qui sache les fruits qu’il en prétend tirer. L’affection qu’il vous donne pour faire des missions me fait espérer qu’il se servira de vous, comme de deux pierres fermes, pour le fondement de ce bon œuvre en Pologne, par lequel sa Providence pourvoira à l’instruction et à l’amendement du peuple, et suscitera d’autres ouvriers du pays pour se joindre a vous, et enfin pour exercer tous les emplois de la compagnie en divers lieux. Mais ce temps-là, il le faut attendre en paix et avec résignation. Qui est fidèle en peu sera constitué sur beaucoup (1) Continuez à bien employer les occasions présentes et laissez faire Dieu pour les futures. Ne vous mettez pas en peine de l’établissement de Varsovie ; c’est plus l’affaire de N.-S. que la nôtre, puisque, par sa grâce, nous ne voulons que ce
Lettre 2789. — L. s. — Dossier de Cracovie, original
1) évangile de saint Mathieu XXV, 23.
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qu’il veut. S’il permet que le bénéfice de Saint-Roch, qui vous a été promis, soit donné à un prêtre séculier, in nomine Domini, peut-être vous réserve-t-il quelque chose de meilleur. Je suis bien aise que vous n’y ayez pas fait voyage pour empêcher cela, et que vous vous soyez contenté d’en écrire pour faire différer la chose jusqu’au printemps. Mon avis est donc que vous en demeuriez là pour vous tenir à la maxime de la compagnie, qui en pareils rencontres agit plutôt passivement qu’activement.
Je loue Dieu de ce vous avez pris nouvelle possession de Sainte-Croix ; ce qui vous a donné occasion de me dire l’appréhension que vous avez qu’un jour Mgr l’évêque (2) confère ce bénéfice ad vitam à quelque ecclésiastique du dehors, au préjudice de la compagnie. Si cela ne se peut prévenir, il faut s’abandonner à la conduite de Dieu, qui peut-être ne permettra jamais que telle chose arrive ; mais, si vous y voyez quelque remède, il faudrait savoir quel il est et s’il est temps de le tenter.
Vous nous pressez un peu pour vous envoyer des hommes, particulièrement des frères, et mon affection me presse encore plus de vous secourir. Assurez-vous, Monsieur, que nous le ferons, Dieu aidant ; mais j’ai grande peine d’envoyer personne de delà, que la paix et la santé n’y soient bien établies. Dieu veuille y envoyer l’une et l’autre ! Nous verrons à ce printemps. Cependant je vous embrasse avec le bon M. Duperroy, prosterné en esprit à vos pieds.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) Albert Tholibowski.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie
2790. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 27 février 1659.
Je pensais consoler notre chère sœur Jeanne Lepeintre, lui disant que je ne pensais pas que son incommodité parût si fort, mais je ne me faisais pas bien entendre.
Je ne puis connaître en quel lieu est cet hôpital d’Enfermés, mais je supplie votre charité se souvenir qu’elle ne treuve pas à propos de donner une de nos sœurs seule, et aussi vous savez que nous n’en avons pas ; et je crois que l’on en pourra demander pour Saint-Eustache (1), à cause que les servantes de leurs pauvres les ont quittés. Il y a pourtant quelque petite opposition.
Donnez-moi votre sainte bénédiction, s’il vous plaît, mon très honoré Père, comme à votre très obéissante fille et très humble servante.
L. DE M.
Suscription : A monsieur A monsieur Vincent.
2791. — A LOUISE DE MARILLAC
[Mars 1659] (1)
Je suis honteux d’avoir tant mis à remercier Mademoiselle Le Gras de tous les biens qu’elle nous fait ; je le fais à présent avec toute la reconnaissance de mon
Lettre 2790. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original
1) Paroisse de Paris.
Lettre 2791. — L. a. — L’original de cette lettre appartient aux Filles de la Charité de la rue Oudinot, 3 Paris.
1) Cette lettre est de même date, ou à peu près, que la lettre adressée par Louise de Marillac à la sœur Nicole Georgette le 28 mars 1659.
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cœur, et prie Notre-Seigneur qu’il soit sa récompense. Elle a raison de rejeter la proposition de ces sortes de filles séparées et autrement habillées que les autres ; et elle fera bien de témoigner de temps [en temps] (2) à ses officières son sentiment ; j’en ferai de même dans les rencontres, Dieu aidant.
Enverra-t-elle quérir la sœur Georgette pour apprendre le détail de cet affaire (3) et voir si l’on la renverra à Richelieu ou ailleurs ? Si elle ne voit pas inconvénient de le faire, il semble qu’il est à souhaiter que ce soit au plus tôt, avant que Madame la maréchale d’Estrées, qui est dame de Nanteuil (4), la vienne voir ; qui doit être bientôt.
Je me porte mieux, par la grâce de Dieu et votre assistance. J’ai eu un accès de fièvre causée par un accident de froid, qui me causa le frisson et la chaleur ensuite à l’ordinaire ; c’est une espèce de fièvre à laquelle j’ai été fort sujet. L’une de mes jambes, incommodée depuis environ un an, est guérie, et je ne la panse plus ; et l’autre se porte mieux, Dieu merci. Je la fais panser en la manière que madite demoiselle l’a ordonné. Pour le renouvellement de mes cautères, qui purgent beaucoup depuis quelque temps, je m’en rapporte. J’aime mieux croire que ce sont ses prières et la neuvaine que sa charité a fait faire pour moi. Jamais la charité ne m’a paru si estimable et si aimable qu’elle fait. Dieu soit loué de ce qu’il se manifeste si bien par celle de
2) Mots oubliés par le saint
3) La sœur Georgette ne s’accordait pas avec le curé de Nanteuil comme on le verra en appendice par la lettre que Louise de Marillac lui adresse à cette occasion.
4) Anne Habert de Montmaur, veuve de Charles de Thémines, mariée en avril 1634 à François Annibal, duc d’Estrées, comte de Nanteuil-le-Haudouin, pair et maréchal de France, ancien ambassadeur à Rome.
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madite demoiselle, que je remercie avec toutes les reconnaissances de mon cœur encore une fois !
Ce que j’ai dit de ma jambe ulcérée n’est pas que je doive désirer qu’elle guérisse tout à fait.
Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.
2792. — A MONSIEUR DUPONT-FOURNIER, AVOCAT, A LAVAL