Correspondance (page 53)
5 mars 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. votre fils, qui est à Cahors (1), m’ayant adressé une lettre pour vous faire tenir, me prie en même temps de favoriser le dessein que vous avez de vous retirer en un séminaire. C’est, Monsieur, ce que je ferais volontiers sans les difficultés que j’y trouve.
Premièrement, on paye pension partout, et pension considérable, et je ne sais à qui m’adresser qui puisse et qui veuille contribuer à payer la vôtre, ainsi que je me suis déjà donné l’honneur de vous écrire.
Deuxièmement, votre âge avancé ne vous permet pas de vous réduire à une vie réglée et à vous assujettir aux exercices d’un séminaire
En troisième lieu, je ferais conscience, pour la même raison, de contribuer à vous faire entrer dans les ordres sacrés, particulièrement en celui de la prêtrise, parce qu’il y a malheur pour ceux qui y entrent par la fenêtre de leur propre choix, et non par la porte d’une légitime vocation. Cependant le nombre de ceux-là est grand,
Lettre 2792 — Reg. I, f° 42, copie prise sur l’original "signé et apostillé".
1) François Fournier, prêtre de la Mission
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parce qu’ils regardent l’état ecclésiastique comme une condition douce, en laquelle ils cherchent plutôt le repos que le travail ; et de là sont venus les étranges ravages que nous voyons en l’église, car on attribue aux prêtres l’ignorance, les péchés et les hérésies qui la désolent. C’est pourquoi saint Jean Chrysostome a dit qu’il y aura peu de prêtres sauvés. Et pourquoi ? C’est que Dieu ne donne pas les grâces qu’il faut pour s’acquitter des obligations de cet état sacré, sinon à ceux que sa bonté y appelle, et il n’y appelle jamais aucun en qui il ne voie les qualités propres, ou qu’il n’ait dessein de les lui donner ; pour tous les autres, il les laisse faire et permet, pour châtiment de leur témérité, qu’ils fassent plus de mal que de bien et qu’enfin ils se perdent.
Il faut donc être appelé de Dieu à cette sainte profession ; ce qui se voit en N.-S. même, qui était prêtre éternel et qui néanmoins n’a pas voulu se mettre dans l’exercice de cet état qu’après ce témoignage du Père éternel qui dit : C’est ici mon Fils bien-aimé, écoutez-le (2)." Cet exemple, joint à l’expérience que j’ai des désordres arrivés par les prêtres qui n’ont pas tâché de vivre selon la sainteté de leur caractère, fait que j’avertis ceux qui me demandent mon avis pour le recevoir, de ne s’y engager pas, s’ils n’ont une vraie vocation de Dieu, une intention pure d’y honorer N.-S. par la pratique de ses vertus et les autres marques assurées que sa divine bonté les y appelle. Et je suis si fort dans ce sentiment que, si je n’étais pas prêtre, je ne le serais jamais. C’est ce que je dis souvent à tels prétendants, et ce que j’ai dit plus de cent fois en prêchant aux peuples de la campagne.
Selon cela, Monsieur, je me donne la confiance de vous dire, au nom de N.-S., qu’il me semble que
2) évangile de saint Mathieu XVII, 5.
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vous ferez bien de vous tenir en la condition où Dieu vous a mis et de vous accommoder aux incommodités que vous y avez. C’est votre croix, et peut-être que votre salut y est attaché. Vous avez sujet de le croire ainsi, parce que vous avez toujours vécu en cette condition, en homme d’honneur et en homme de bien, dont Dieu vous réserve les fruits pour l’autre vie, puisqu’il ne vous fait trouver en vos vieux jours que de l’amertume. Bienheureux sont ceux qui souffrent en ce monde, car ils seront consolés en l’autre (3) ; c’est une sentence du Fils de Dieu, après laquelle je n’ai plus rien à vous dire, sinon que je prie sa Majesté infinie qu’il soit votre force pour marcher jusqu’au bout par la voie qu’elle vous a marquée pour parvenir à votre dernière fin, qui est Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre…
2793. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 8 de mars 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre lettre du 16 janvier m’a consolé extraordinairement, apprenant le retour du roi et de la reine à Varsovie et la bonne disposition à la paix. Plaise à Dieu de nous la donner à l’avantage de Leurs Majestés et à la grande consolation du public ! Nous ne cessons de prier Dieu pour cela, car c’est sa gloire. Vous me mandez que vous alliez partir pour Cracovie, pour vous assurer du petit bénéfice de l’hôpital, duquel le possesseur a été chassé ; nous attendrons de savoir le succès de votre
3) évangile de saint Mathieu V, 10.
Lettre 2793. — L. s. _ Dossier de Cracovie, original. Le post-scriptum est de la. main du saint.
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voyage pour vous préparer du secours, en cas qu’il en faille envoyer promptement ; autrement, je serai toujours d’avis d’attendre que la paix soit faite et la santé confirmée, car je pense que vous n’êtes pas tout à fait purgés de la peste, j’entends tout le pays, ainsi que l’est, grâce à Dieu, tout Varsovie, puisque Leurs Majestés y sont.
Dieu soit loué de ce que la petite famille est en bonne disposition et toujours pleine d’ardeur pour le service de notre divin Maître !
Nous avons maintenant les ordinands céans et une troupe d’ouvriers à la campagne. Toutes nos maisons, grâce à Dieu, travaillent partout avec affection et bénédiction tant aux missions qu’aux séminaires, et ceux-ci sont autant peuplés qu’ils ont jamais été. Priez Dieu pour la compagnie et pour ses besoins.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Nous disposons toutes choses pour vous envoyer du monde. Que vous semble de M. Guillot ? J’ai un peu de peine d’envoyer des gens pendant la guerre. Un mot de votre avis en diligence, s’il vous plaît.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.
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2794. — A UN FRèRE COADJUTEUR DE LA MAISON DE ROME (1)
Je ne puis vous dire la consolation que mon cœur a reçue lorsque de temps en temps on m’a mandé que Dieu vous continuait ses bénédictions, et vous à lui votre fidélité, dont je ne puis que je ne remercie présentement sa divine bonté, comme j’ai toujours fait, parce que votre avancement m’est très cher, aussi bien que votre âme. Ce qui fait que, si absolument vous désirez vous en revenir, vous le pouvez faire ; nous vous recevrons à bras ouverts. Mais je ne vois pas que telle soit la volonté de Dieu : 1° parce que sa providence vous a conduit à Rome ; 2° parce qu’il vous a fait la grâce d’y bien réussir en vos emplois ; 3° que ce serait contre l’avis de vos supérieurs, par lesquels Dieu fait connaître ce qu’il veut et ne veut pas ; et enfin parce qu’il est difficile que vous puissiez rendre à Notre-Seigneur plus de services ailleurs que vous faites là.
Vous me direz peut-être, mon cher Frère, que vous n’avez dessein que de vous venir rendre plus capable en votre art, pour faire encore mieux que vous n’avez fait. Je loue votre intention et plus encore l’humilité qui vous fait reconnaître que vous savez peu. Il est pourtant vrai que ceux qui vous ont vu agir disent que vous en savez beaucoup et par théorie et par pratique. Et puis Notre-Seigneur n’est-il pas la suffisance de ceux qui se confient en lui ? Quand il nous consola de votre entrée en la compagnie, vous n’aviez pas dessein de devenir plus habile chirurgien, mais plus prompt et plus soumis à son bon plaisir.
3) évangile de saint Mathieu V, 10.
Lettre 2793. — L. s. _ Dossier de Cracovie, original. Le post-scriptum est de la. main du saint.
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Vous me repartirez peut-être qu’à présent l’expérience vous fait craindre que vous soyez coupable si quelque accident arrive aux malades par votre faute. A cela je réponds que, faisant pour leur soulagement ce que vous croyez bonnement devoir faire, vous n’êtes aucunement responsable du reste. Un médecin qui ordonne des remèdes selon son art et sa conscience, est quitte devant Dieu, quoique ses remèdes fassent des effets contraires à son intention. Vous savez assez tout cela ; demeurez en donc en repos et faites un peu de réflexion, s’il vous plaît, à la réponse que fit Notre-Seigneur à deux jeunes disciples qu’il avait, lesquels lui demandaient congé de retourner en leur pays, l’un pour enterrer son père trépassé et l’autre pour vendre ses biens et les donner aux pauvres (2), Voilà de beaux sujets ; et néanmoins ce divin Maître aime mieux qu’ils demeurent où il les a mis. Il n’a que faire ni de notre savoir, ni de nos bonnes œuvres, s’il n’a notre cœur ; et ce cœur-là, il ne le veut pas, si nous lui donnons hors du lieu où il le demande.
Au nom de Dieu, mon cher Frère, soyons bien à lui ; nous ne pouvons être mieux. Humilions-nous de plus en plus ; et plus nous verrons notre insuffisance, estimons que nous avons encore plus que nous ne méritons. Je prie son infinie miséricorde qu’elle se répande abondamment sur vous et sur vos emplois pour en rapporter enfin la sanctification de votre âme et l’accomplissement de ses desseins éternels. Faites-moi la charité de l’implorer sur moi, qui suis un grand pécheur et toujours, en son amour, votre…
2) évangile de Saint Luc IX, 59-62
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2795. — JEAN MARTIN, SUPéRIEUR A TURIN, A SAINT VINCENT
12 mars 1659
Depuis que les missionnaires ont évangélisé les localités voisines de Mondovi, les homicides, qui s’y commettaient très fréquemment, ont cessé. Dans l’une d’elles, des moins peuplées, se trouvaient quarante bandits. Tous ont fait pénitence ; ils ont manifesté le regret de leurs crimes par leurs larmes et d’autres signes extérieurs de repentir devant le Saint Sacrement, avant de s’approcher de la sainte Table.
2796. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
14 mars 1659.
Monseigneur le nonce (1) m’a fait l’honneur de me venir voir et de me dire que, les Pères de la Doctrine Chrétienne ayant obtenu de faire des vœux simples, comme nous les faisons, ils voulaient aussi faire des missions comme nous, et qu’il venait pour me demander si nous trouverions à redire à cela. Je lui ai répondu que, tant s’en faut que cela nous fasse de la peine, que nous serions bien aises que tant eux que beaucoup d’autres religieux et prêtres s’employassent de la bonne sorte à l’instruction et au salut des peuples. Sur cela, il m’en a demandé une déclaration par écrit et a ajouté que ces bons Pères seraient bien aises que notre compagnie leur communiquât les privilèges qu’elle a. Ce qui m’a donné sujet de dire à mondit seigneur que, si ces bons Pères nous donnent par écrit ce qu’ils prétendent de nous, nous verrons ce que nous aurons à faire. J’ai cru vous
Lettre 2795. — Abelly, op. cit, 1. II, chap. I, sect. VI, 1er éd., p. 89
Lettre 2796. — Reg. 2, p. 244.
1) Cœlio Piccolomini (1656-1653)
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devoir donner connaissance de ceci pour en avoir vus vos avis.
2797. — LOUIS SERRE, SUPéRIEUR A SAINT-MEEN, A SAINT VINCENT
1659
Voilà notre mission de Plessala (1) achevée, par La grâce de Dieu, sur laquelle il lui a plu de verser si abondamment sa bénédiction, que tous ceux qui y ont travaillé tombent d’accord qu’ils n’en ont point encore vu où il ait paru tant de bien.
On y a remarqué un abord de peuple de dix-sept paroisses circonvoisines. Plusieurs hommes m’ont dit, en se présentant à la confession, que c’était le dixième jour qu’ils attendaient dans l’église. et je crois que la même chose est arrivée à plus de cinq cents. Il s’est fait de très grands biens touchant les accords, et particulièrement de la noblesse ; en quoi Monsieur le baron du Rechau nous a grandement aidés. Il a une maison en cette paroisse, où il était venu de Saint-Briant, qui est le lieu ordinaire de sa résidence ; et ayant entendu notre première prédication, il nous vint voir, avec Madame sa femme, au lieu où nous étions logés, et nous dit qu’il ne s’en retournerait point que la mission ne fut achevée. Je le priai en même temps de nous aider à terminer les différends, qui sont ici fort fréquents, et à faire les accords, principalement entre les gentilshommes ; en quoi il a réussi avec une bénédiction tout extraordinaire.
Les jours du carnaval se passèrent en exercices de piété. Il se fit une procession solennelle le lundi, en laquelle Monsieur l’évêque de Saint-Brieuc (2) porta le Saint Sacrement ; et tout le peuple y assista avec tant de dévotion et de modestie, et avec un si bel ordre, marchant quatre à quatre, que, quoique pendant cette procession, qui dura près de deux heures, il plut presque toujours, il n’y eut pourtant personne qui abandonnât son rang. Le même prélat donna la confirmation
Lettre 2797. — Abelly, op. cit., L. II, chap. I, sect. II, § 6, 1er éd., p. 43
1) Commune de l’arrondissement de Loudéac (Côtes du-Nord).
2) Denis de la Barde (1642-22 juin 1675)
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le mardi suivant dans le cimetière, au vent et à la pluie, n’ayant point de place dans l’église, qui était toute remplie de communiants.
2798. — A FIRMIN GET
De Paris, ce 21 mars 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu vos lettres des 4 et 11 mars. Je suis bien aise des messes que vous avez célébrées pour la défunte dame votre bienfaitrice (1), et je vous prie de continuer, attendant que je vous envoie une copie de l’extrait du testament, où vous verrez les messes d’obligation.
Je loue Dieu de la disposition de M. l’abbé Félix touchant le jardin qu’il veut acheter ; il le faut laisser faire, ainsi que vous l’avez pensé, quand même il ne vous en viendrait d’autre avantage que de l’avoir pour voisin.
Je suis de votre avis touchant le dessein du Bastion, et que le moins que nous nous en mêlerons sera le meilleur. Je n’ai pas laissé d’envoyer à Madame la duchesse d’Aiguillon la lettre de M. Le Vacher (2), qui contient de belles propositions, mais sans espérance de succès.
Je vous ai mandé que les 12 000 livres pour l’hôpital ont été mises sur l’état, non pour cette année, comme je pensais, mais pour l’année 1660, le roi ayant disposé pour autre chose de tous les fonds des gabelles jusqu’alors.
Lettre 2798 — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Dame Laurence Veyrac de Paulian, baronne de Castelnau, veuve de Melchior Dagouz de Montauban, marquis de Vins, maréchal des camps et armées du roi, morte à Paris en mars 1659. Par son testament, du 29 mai 1655, elle laissait 18.000 livres à la maison de Marseille pour l’entretien de deux missionnaires. On trouve aux archives nationales (S 6707) un extrait de cet acte.
2) Philippe Le Vacher.
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L’état a été même délivré à M. Amat, qui en est le receveur général, qui assure lui-même que le payement est assuré et qu’il n’y a plus rien à craindre, parce que, l’état étant ainsi entre ses mains, on lui en laisse l’exécution et on ne touche plus aux deniers assignés pour les divertir. Selon cela, il est à souhaiter que Messieurs les administrateurs soutiennent l’hôpital et qu’ils avancent ou empruntent de l’argent sur la somme à recevoir, pour rouler petitement jusqu’à ce temps-là. Je me donne l’honneur de leur en écrire. Les 4.000 livres des appointements des aumôniers sont aussi sur l’état et seront payés comme on est convenu, et c’est à condition (3) qu’ils vivront en communauté. Il sera néanmoins difficile qu’ils le fassent, si les galères de Toulon ne retournent à Marseille. Il faudra voir (4).
A propos de Toulon, Monseigneur le nouvel évêque (5) se dispose à s’y en aller. Il est fort zélé et s’en va plein de saintes intentions. Il s’est porté avec grande ardeur à mettre ici les affaires des galères et de l’hôpital en bon état. Il sera à propos, quand il sera arrivé, que vous l’alliez voir pour lui offrir les petits services de la compagnie et le remercier de sa grande charité pour les pauvres forçats. C’est un prélat bon et tout cordial.
Vous m’envoyez un compte de 320 livres, et vous désirez qu’avec cette somme nous vous envoyions quelque chose pour la subsistance ; c’est ce que nous tâcherons de faire au plus tôt.
Nous avons reçu un écu pour Antoine Auroy ; je prie M. Huguier de le lui donner.
3) Première rédaction : et seront payés sûrement. Il faudra leur dire que c’est à condition. — La correction est de la main du saint.
4) Ces trois mots sont de la main du saint.
5) Pierre Pingré (1659-1662).
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Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission, à Marseille.
2799. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Ce 25 mars [1659] (1)
Je m’étais bien promis l’honneur et la bénédiction de communier à votre messe, mon très honoré Père, mais je ne le mérite pas. C’est beaucoup que la Providence ait fait souvenir votre charité de me vouloir bien donner un demi-quart d’heure de temps après ; sans cela, j’aurais été bien empêchée.
Toutes nos sœurs qui ont eu le bonheur de faire les vœux, tant éloignées que proches, et moi indigne vous supplions, mon très honoré Père, nous offrir à Dieu en ce souverain mystère pour bien faire notre renouvellement, et particulièrement les douze qui auront la grâce d’assister au Saint Sacrifice que vous offrirez, auquel nous espérons participer, pour les besoins que votre charité sait que nous en avons, lui demandant en toute humilité sa bénédiction paternelle.
Permettez-moi aussi vous recommander mes enfants (2) et de me dire, mon très honoré Père, votre très humble servante et très obéissante fille.
L. DE M.
Suscription : A Monsieur. Monsieur Vincent
Lettre 2799 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducourneau.
2) Son fils, sa belle-fille et sa petite-fille.
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2800. — A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 28 mars 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne vous écrirai que fort brièvement pour cette fois. Je loue Dieu de ce que vous avez fait le voyage de Cracovie en bonne disposition et de la réponse que vous a faite Mgr l’évêque (1) Comme nous ne devons rien entreprendre qu’avec résignation au bon plaisir de Dieu, aussi devons-nous recevoir agréablement les refus et les mauvais succès, particulièrement celui-là, où il paraît une providence de Dieu particulière, à cause que, si l’établissement s’était fait, vous auriez été en peine de fournir à tous les deux les hommes et la subsistance requises ; et cela me confirme dans la maxime où nous avons toujours été, de ne nous avancer pas trop pour nous introduire dans les lieux et les emplois, avant d’y être appelés par ceux en qui réside ce pouvoir, mais d’attendre que la volonté de Dieu nous soit connue par eux. Cela vous arrivera avec le temps, lorsque l’on connaîtra la compagnie par le fruit plus que par le récit de ses emplois. Dieu veuille que vous puissiez bientôt faire quelques missions ! Nous tâcherons de vous envoyer pour cet effet les hommes que vous demandez, et le plus tôt que nous le pourrons, Dieu aidant. Cependant prions N.-S. qu’il envoie de bons ouvriers en sa vigne et qu’il perfectionne ceux qui sont déjà en la compagnie. Je le prie surtout qu’il vous conserve et remplisse de son esprit.
Lettre 2800. — L s — Dossier de Cracovie, original.
1) André Trzebicki.
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Je suis, en son amour, Monsieur, Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2801. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 28 mars 1659.
On nous donne céans quelque petit extraordinaire à table trois ou quatre fois l’an : savoir, à Pâques, un œuf ; au jour du patron, une entrée ; au jour des Rois, un petit gâteau ; et au dimanche de la Quinquagésime, deux ou trois beignets. Vous pouvez observer la même chose chez vous et retrancher les autres jours où vous avez coutume d’en donner.
Je ne sais si je vous ai mandé que c’est l’usage dans la compagnie que les supérieurs des maisons signent tous les actes publics qu’elles font, non en qualité de procureurs constitués par la communauté, mais de supérieurs établis par le général ; et ils signent ces actes-là, comme quittances, baux à ferme, etc., sans y appeler personne, si ce n’est quand ce sont affaires importantes, comme sont de vendre ou d’acheter des biens-fonds, ou de constituer des rentes, ou passer obligations de sommes notables, car alors le supérieur prend l’avis, non de toute la communauté, mais de quelques-uns des principaux de la famille, qui signent avec lui. Tous les offices d’une maison résident dans le supérieur ; mais, ne les pouvant pas tous faire, on lui donne des assistants pour lui servir de conseil, un procureur pour négocier le temporel sous lui et par ses ordres, et des
Lettre 2801. — Reg. 2, p. 210.
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régents pour enseigner et diriger sous sa conduite. Ce n’est point à la communauté d’élire le procureur, comme vous avez pensé, non plus que les autres officiers, mais c’est au général ou au visiteur à les nommer. J’ai cru vous devoir donner cet éclaircissement, parce qu’il me semble que vous l’entendez d’une autre façon.
2802. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Mon très honoré Père,
Ce 30 mars [1659] (1)
Madame la baronne de Mirepoix me témoigna qu’elle serait bien aise d’être de la grande assemblée. Treuverez-vous bon que je la fasse avertir du jour et du lieu, quand je le saurai ? Je refusai encore son aumône de dix écus au sujet de la retraite ; mais, par force, elle la laissa à une de nos sœurs, qui la remit dans la robe de sa demoiselle ; et, à la porte de la rue, elle la mit à terre. Je n’y étais pas. Votre charité, mon très honoré Père, treuve-t-elle à propos que je lui renvoie cette somme, en lui envoyant nos règles pour les voir et lui mandant de l’assemblée ~
Nous n’avons point encore fait de réponse à Monsieur l’abbé de Vaux, de qui j’ai envoyé la lettre à votre charité, ni à Monsieur le confesseur de nos sœurs de Nantes pour les propositions de notre sœur Nicole Haran d’augmentation des sœurs et d’une assistante. J’attends pour cela vos ordres vous demandant humblement votre sainte bénédiction, étant, mon très honoré Père, votre très humble fille et très obéissante servante.
L DE MARILLAC.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
Lettre 2802. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1) Date ajoutée au dos de l’original par le frère Ducournau.
* Note 2 supprimée
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2803. — A UN GRAND SEIGNEUR
31 mars 1659
Vincent de Paul explique à son correspondant pourquoi il ne peut autoriser les externes à entrer dans les couvents de la Visitation dont il est supérieur.
2804. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 2 avril [1659] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’écrirai vendredi à Rome, afin que M. d’Eu change les ordres qu’il vous a donnés. Cependant suspendez, s’il vous plaît, toute poursuite pour ses affaires.
Je ne suis pas d’avis que vous receviez pour frère le bon garçon de Lignières (2), je dis pour le présent, mais oui bien en qualité de domestique, s’il le veut, et pour quelque temps, afin que vous puissiez mieux juger de sa vocation. Pour l’ordinaire, les frères qui ont commencé d’étudier ne réussissent pas ; ils sont tentés de reprendre leurs études et de changer d’état.
Je loue Dieu du retour de vos ouvriers en bonne santé et de la gloire que Dieu a tirée de leurs travaux. Je les embrasse tous en esprit avec grande affection et [toute] la famille.
Lettre 2803. — * La lettre ici signalée n’est autre que la lettre 2237 Lettre signalée par le frère Pierre Chollier dans sa déposition au procès de Béatification.
Lettre 2804. — L. s. — Dossier dc la Mission, original. Le document est en très mauvais état.
1) Date suggérée par le contenu, en particulier par les passages relatifs à Louis d’Eu, Thaddée Molony, Jean Descroizilles et aux prêtres d’Irlande.
2) François Fichet, né à Lignières-la-Doucelle (Mayenne), entré dans la congrégation de la Mission au Mans le 8 septembre 1659, reçu aux vœux dans cette même ville en octobre 1663.
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Dites, s’il vous plaît, à M. Herbron que j’ai reçu sa Lettre et que ; je lui ferai réponse un [de ces jours], comme aussi à M. Turpin, [ne le pouvant] aujourd’hui.
M. Molony est-il rentré en son office de procureur ? Mandez-moi si vous lui en avez parlé et ce qu’il vous a dit, afin que, s’il faut vous envoyer un frère pour les affaires, nous tâchions de vous en envoyer un. Nous n’en avons point en qui il n’y ait quelque chose à désirer.
Nous avons parlé d’autres fois ici de réduire votre bail général en baux particuliers, à quoi on trouva pour lors difficulté. Mandez-moi à quoi pourrait aller l’avantage que vous en espérez.
Les études de théologie de Saint-Lazare étant avancées, le frère Descroizilles ne pourrait étudier avec les autres. Il faut attendre qu’on recommence.
Le frère Taillié (3) n’ayant pas un dimissoire de son évêque pour la tonsure, je ne vois pas comme il puisse prendre part à cette ordination, ainsi qu’il propose.
Nous sommes après [pour obtenir de] Rome une permission [en faveur] des Hibernois, afin qu’ils [soient reçus] aux ordres.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
3) Patrice Taillié ou Taylor, né à Dublin, aux environs du 29 septembre 1631, reçu dans la congrégation de la Mission le 9 juillet 1657
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2805. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 4 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 16 mars. Je loue Dieu de ce que vous avez convenu d’arbitres pour le différend de la succession (1), et je prie sa divine bonté qu’elle leur fasse connaître la justice et la rendre à qui elle appartient.
Vous devez tenir pour une prophétie infaillible, prononcée premièrement par Jésus-Christ et puis par son saint Mgr le cardinal de Gênes (2), que, si vous continuez à chercher la gloire de Dieu et à établir son règne dans les âmes par les fonctions de notre vocation, et dans le même esprit qui a paru jusqu’à présent en la compagnie, rien ne vous manquera. Plaise à Dieu de nous remplir tous de cette foi, pour nous abandonner à sa providence et à son service !
J’aurai déplaisir, d’un côté, si Son éminence s’en va, mais, d’un autre, j’adorerai les conduites de Dieu, s’il l’appelle à Rome, où il ne sera pas seulement utile à un diocèse, mais à toute l’église, d’autant plus qu’il y a apparence que Sa Sainteté le veut avoir près de sa personne.
Un navire doit partir de Bretagne après Pâques pour Madagascar, et nous espérons d’y mettre trois de nos prêtres, pour aller au secours du bon M. Bourdaise, en cas qu’il ait plu à Dieu de le conserver.
Je vous ai déjà écrit que la fièvre quarte inquiète
Lettre 2805. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le document est en assez mauvais état vers la fin.
1) La succession du père de Jacques Pesnelle.
2) Le cardinal Durazzo.
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beaucoup un esprit, et qu’il ne faut pas tant vous arrêter aux bizarreries du prêtre savoyard, pourvu qu’il témoigne une bonne volonté de se corriger et de travailler à la vertu lorsqu’il sera guéri. Néanmoins, pource que vous craignez qu’il ait outre cela des qualités peu propres pour notre manière de vie, c’est à vous de faire la guerre à l’œil et de le recevoir ou renvoyer ainsi que vous le jugerez à propos.
Vous me demandez si vous recevrez au séminaire interne ceux qui se présenteront, lorsque vous les trouverez avoir les qualités requises, ainsi que je l’ai permis à M. Lejuge. Je vous dirai que, cette permission lui ayant été donnée en un temps auquel il avait soin de la famille, elle a passé en vous et cessé en lui à même temps que vous êtes entré en charge. Il ne doit plus s’en mêler (3) ; mais vous pouvez en user, établissant ce fondement, en cela et en toute autre occasion, que les offices et les pouvoirs des inférieurs se rapportent tous au supérieur, ainsi que ceux des supérieurs particuliers se rapportent au général.
Vous me proposez derechef de faire étudier quelques uns de vos séminaristes avant qu’ils aient achevé leurs deux années de séminaire, et je persévère à vous dire, Monsieur, que cela pourrait être un empêchement à faire validement leurs vœux, et qu’il faut leur donner leurs deux années de séminaire franc, pour ne vaquer qu’a la vertu, [et ils] étudieront mieux par après ; [et Dieu], comme j’espère, pourvoira dans [sa bonté au] besoin que vous avez d’ouvriers. [Je l’en] prie de tout mon cœur, qui su [is en l’amour] de N.-S., Monsieur, votre très humble [serviteur].
VINCENT DEPAUL
i. p. d. l. M.
3) Première rédaction : prévaloir
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Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.
2806. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 4 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
]’ai reçu votre lettre du 4 de mars. Nous allons envoyer nos règles au commissaire apostolique par une adresse que nous avons pour l’approbation des accommodements.
J’ai fait rendre à Mgr de Sarlat (1) le perquiratur (2) que vous lui avez envoyé, et fait tenir à M. Serre la dispense de mariage qu’il attendait. Nous avons acquitté votre petite lettre de change de 53 livres 10 sols.
Je vous remercie du bref des indulgences que vous nous avez envoyé pour Messieurs les ordinands (3). Ceux que nous avons céans commenceront à jouir de la grâce, selon la permission que nous en avons obtenue de l’Ordinaire de Paris (4).
Dieu fasse miséricorde à ces personnes mortes dont vous me parlez, particulièrement à ce misérable qui s’est fait mourir, s’il a eu quelque moment pour se reconnaître (5).
Dieu soit loué de ce qu’il a plu au Pape accorder
Lettre 2806. — L s. — Dossier de la Mission, original
1) Nicolas Sevin
2) Ordre ou commission que donne le cardinal dataire pour une recherche de dates dans les registres de la Daterie.
3) Ce bref, donné ad septennium, était daté du 1er mars 1659.
4) C’est Bossuet lui-même qui donnait la retraite des ordinands.
5) Probablement Pierre Escart. (Cf. 1. 2813). Les mots "s’il y a en quelque, etc." sont de la main du saint.
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à Mgr de Pamiers (6) la première de ses demandes, sans l’exclure des autres ! J’espère que vous viendrez à bout de toutes.
Je n’ai jamais cru que l’affaire du Saint-Sépulcre réussît, et ce que vous m’en écrivez nous doit faire tenir la résignation du prieur pour non avenue.
Je vous envoie la copie de la lettre de Mgr d’Alet (7), ou plutôt une relation qu’il fait de ce qui s’est passé (8) en la censure de l’Apologie des Casuistes (9), où il justifie son procédé. Je pensais que la mort de l’archevêque de Narbonne (10), arrivée depuis peu, assoupirait les plaintes qu’on faisait de cette censure ; mais, à ce que j’apprends, il y a d’autres prélats qui s’en remuent fort et qui veulent pousser cet affaire à bout contre ladite citation faite à Mgr d’Alet (11)
Je vous ai parlé par ma précédente d’un livre que M. Abelly a fait (12) et duquel je vous ai envoyé trois
6) François-Etienne Caulet.
7) Nicolas Pavillon.
8) Première rédaction : Je vous envoie une lettre de Mgr d’Alet, ou plutôt une relation de ce qui s’est passé.
9) Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes par un théologien et professeur en droit canon [Georges Pirot, S.J}, Paris, 1657, in-4°. Rarement ouvrage souleva pareille tempête. De tous côtés arrivèrent des protestations indignées. Il fut censuré par les vicaires généraux de Paris, les archevêques de Sens, Rouen et Bourges, Alain de Solminihac et de nombreux évêques. Les évêques de Pamiers, Bazas, Comminges et Couserans se donnèrent rendez-vous auprès de Nicolas Pavillon à Alet pour étudier ensemble les termes d’une condamnation, qu’ils signèrent le 24 octobre 1658 et qu’ils publièrent à Toulouse sous ce titre : Censure d’un livre anonyme intitulé : Apologie pour les Casuistes. Les condamnations qui furent les plus sensibles à l’auteur de l’Apologie furent celles de la faculté de théologie de Paris (16 juillet 1658) et d’Alexandre VII (21 août 1659). On trouve dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, nouv. éd. par le P. Carlos Sommervogel, Bruxelles, 1895 9 vol. in-f°, au mot Pirot, t. VI, col. 856 et suiv., la longue liste des écrits provoqués par la publication de l’Apologie.
10) Claude de Rebé, mort le 17 mars 1659.
11) Les mots "contre ladite, etc.", sont de la main du saint.
12) Défense de la hiérarchie de l’église et de l’autorité légitime
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volumes (13) par le messager de Lyon pour en faire présenter l’un au Pape ; et à présent je vous envoie une lettre de l’auteur pour vous donner moyen de répondre à quelque objection qu’on vous pourrait faire.
M. Pesnelle me mande que Mgr le cardinal de Gênes les va quitter pour aller demeurer à Rome. Il y a apparence que le Pape le veut avoir près de Sa Sainteté. Son éminence a même témoigné audit sieur Pesnelle que si notre maison de Gênes perd en son éloignement, celle de Rome y gagnera, parce qu’il fera en sorte que quelques cardinaux de ses amis la fonderont. Mais de cela il en sera ce qu’il plaira à Dieu.
C’est en son amour que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2807. — AU SEIGNEUR DE GUESPREYRE
De Paris, ce 6 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La mémoire de feu Monsieur de Vincy nous est trop précieuse pour ne recevoir pas avec joie les occasions de servir tous ceux de sa famille, particulièrement vous, Monsieur, qui êtes des plus considérables et qui nous témoignez tant de bonté par la lettre que vous m’avez
de N S P. le Pape et de nos seigneurs les évêques contre le doctrine pernicieuse d’un libelle anonyme, Paris, 1659, in-4°.
13). Trois exemplaires.
Lettre 2807. — L. s. Dossier de la Mission, original.
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fait l’honneur de m’écrire, dont je vous remercie très humblement.
Pour réponse, je vous dirai, Monsieur, que nous ne recevons céans que deux sortes de personnes : l’une est de ceux qui veulent faire une confession générale et se disposer à bien servir Dieu, chacun selon sa condition ; a quoi nous tâchons de les aider pendant sept ou huit jours seulement, après lesquels ils se retirent ; et l’autre est de ceux qui se veulent donner à Dieu pour toute leur vie dans notre compagnie, qui n’est pas une religion, mais une communauté de prêtres séculiers, dédiée au service du pauvre peuple des champs. Il se présente quelquefois des ecclésiastiques qui demandent à passer quelque temps parmi nous pour se former aux fonctions de leur état, et ceux-ci, nous les adressons au séminaire des Bons-Enfants, où ils sont reçus à pension et instruits de toutes les choses convenables autant de temps qu’il leur plaît. Si le jeune homme dont vous me faites l’honneur de me parler est de cette qualité et qu’il veuille y entrer aux mêmes conditions que les autres, je le recommanderai au supérieur, afin qu’il en ait un soin particulier. Que s’il veut être missionnaire, il faudrait savoir si c’est pour être frère coadjuteur, d’autant que nous ne le pourrions pas recevoir en cette condition, en ayant plus qu’il ne nous en faut, ou si c’est pour entrer dans les ordres sacrés, parce qu’en ce cas il est nécessaire qu’il ait un titre et qu’il ait étudié tout au moins jusqu’en philosophie, autrement nous ne pourrions pas l’admettre parmi nous. Je me donne la confiance de vous dire l’état des choses, Monsieur, afin que vous ayez agréable de nous excuser si nous ne pouvons aller contre notre usage ordinaire. Vous savez que le bon ordre des communautés dépend de l’observance de leurs règles. S’il se présente quelque autre occasion où je vous puisse obéir, je le ferai avec respect et affection, étant
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de même, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne supérieur de la congrégation de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Guespreyre, seigneur dudit lieu, à Guespreyre.
2808. — A NICOLAS PORCHER, OFFICIAL DE PARIS
[Avril 1659] (1)
Supplie humblement Vincent de Paul, prêtre, supérieur général de la congrégation de la Mission, disant qu’ayant traité par concordat du septième janvier mil six cent trente-deux avec frère Adrien Le Bon, prieur de la maison de Saint-Lazare, et les religieux d’icelle, de ladite maison et domaine en dépendant, pour être unie à ladite congrégation de la Mission et être des prêtres de ladite congrégation établis en icelle, aux, charges et conditions portées par ledit concordat, le roi Louis XIII, d’heureuse mémoire, aurait octroyé ses lettres patentes, en date dudit mois de janvier, confirmatives dudit concordat, pour l’exécution duquel Messieurs les prévôt des marchands et échevins de cette ville de Paris auraient donné leur consentement par acte du vingt-quatrième mars audit an. Mais, les religieux,
Lettre 2808. — Arch. nat. M 212, n° 7, copie prise par les soins de l’officialité de Paris.
1) La requête fut présentée à l’official le 8 avril 1659 c’est ce qu’il dit lui-même dans le Procès verbal de l’estat des bastimens, cloistres, jardins et clos de Saint-Lazare, du 27 juin 1659. (Arch. nat. M 212, n° 7)
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abbé et couvent de Saint-Victor et les curés de cette ville et faubourgs de Paris ayant formé opposition à ladite union, la cour du Parlement, par son arrêt du vingt-unième août audit an mil six cent trente-deux, aurait ordonné, sans avoir égard auxdites oppositions, qu’elle verrait ledit concordat et lesdites lettres patentes, et, par autre arrêt du septième septembre en suivant, ordonné que lesdits concordat et lettres patentes seraient registrés ès registres de ladite cour pour jouir par lesdits prêtres de la congrégation de la Mission de l’effet y contenu, et qu’ils se retireraient par devers Monseigneur l’archevêque de Paris pour obtenir lettres d’union et établissement à perpétuité de leur congrégation en ladite maison de Saint-Lazare, aux conditions dudit concordat, à la charge de recevoir les lépreux et satisfaire aux fondations, lesquelles lettres d’union ont été octroyées par ledit seigneur archevêque en date du dernier décembre audit an, que le feu roi aurait confirmées et approuvées par autres lettres patentes du mois de janvier mil six cent trente-trois, registrées ès registres dudit parlement le vingt et un mars en suivant, et en la chambre des Comptes et cour des Aides, avec les premières lettres patentes, les onze octobre audit an mil six cent trente-trois et neuvième janvier mil six cent trente-quatre.
Lequel concordat le suppliant désirant être homologué en cour de Rome et y obtenir la confirmation desdites lettres d’union dudit sieur archevêque de Paris et l’approbation de l’introduction et établissement desdits prêtres de la congrégation de la Mission dans ladite maison de Saint-Lazare, il en aurait fait faire les diligences nécessaires en ladite cour de Rome, et après que l’affaire aurait été examinée en la congrégation des cardinaux préposés pour les affaires des réguliers, le Pape Urbain huitième, par leur avis, en aurait signé la supplique,
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datée à Rome, à Saint-Pierre, des ides de mars l’an douzième de son pontificat, qui est, selon notre supputation, le quinzième de mars mil six cent trente-cinq, sur laquelle les bulles n’ayant point été expédiées de son temps, ni du temps de son successeur, Innocent dixième, le suppliant les a obtenues de notre Saint-Père le Pape à présent séant, en la forme qu’on appelle Rationi congruit, en date : à Rome, à Saint-Pierre, l’an de l’Incarnation de Notre-Seigneur mil six cent cinquante-cinq, le quatorzième des calendes de mai, l’an premier de son pontificat, qui est, selon notre dite supputation, le dix-huitième d’avril de ladite année mil six cent cinquante-cinq, par lesquelles bulles Sa Sainteté veut que la grâce faite par son prédécesseur Urbain VIII sorte son effet du jour de sa date, quinzième mars mil six cent trente-cinq, tout ainsi que si sur icelles les bulles en eussent été expédiées par sondit prédécesseur.
Vous étant mandé par lesdites bulles d’approuver et confirmer à perpétuité ladite union et concession, assigner de nouveau auxdits prêtres de la Mission ledit prieuré ou maison hospitalière de Saint-Lazare, en la possession et jouissance paisible de laquelle le suppliant et les prêtres de ladite congrégation de la Mission sont depuis l’année mil six cent trente-deux, auquel temps ils y furent introduits et établis par mondit seigneur l’archevêque de Paris, à la vue et du consentement des intéressés et avec toutes les solennités susdites.
Ce considéré, Monsieur, et que, par les pièces ci-attachées, il vous appert de la vérité de l’exposé en la supplique présentée au feu Pape Urbain huitième, il vous plaise d’autorité apostolique fulminer et entériner lesdites bulles, et, en ce faisant, approuver et confirmer de nouveau et à perpétuité ladite union et concession ci-devant faites dudit prieuré et maison de Saint-Lazare,
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appartenances et dépendances à ladite congrégation des prêtres de la Mission ; et vous ferez bien (2).
VINCENT DEPAUL
Suscription : A Monsieur l’official de Paris, commissaire délégué par notre Saint-Père le Pape.
2809. — A EDME BARRY, SUPéRIEUR, A NOTRE-DAME-DE-LORM
De Paris, ce 9 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 29 mars. Je loue Dieu de ce qu’il vous a préservés de l’incendie dont on a voulu vous affliger. Vous avez raison de vous confier en la protection de Dieu et de la sainte Vierge. J’espère aussi qu’ils vous délivreront des mauvais desseins qu’on peut avoir sur votre maison.
Je suis d’avis que vous fassiez revenir le fonds de… (1) vendu par M. Bajoue, en rendant à celui qui
2) Nicolas Porcher se rendit au désir de saint Vincent. Le 30 avril, il fit apposer les affiches réglementaires à l’officialité et à Saint-Lazare, afin d’aviser les ayants droit. Personne ne s’étant présenté pour faire opposition, il vint à Saint-Lazare le 27 juin, dressa un "procès-verbal de l’état des bâtiments, cloîtres, jardins et clos", entendit les dépositions d’André Guignard, principal du collège de Navarre, Charles de Baignolz, docteur en théologie, prêtre de la communauté de Saint-Nicolas, Louis de Chandenier abbé de Tournus, Claude de Chandenier, abbé de Moutiers-Saint-Jean, Claude de Blampignon, abbé de l’Aumône, convoqués pour donner leur avis. Nicolas Porcher fulmina les bulles d’union le 21 juillet, et, le 7 août, Vincent de Paul prit possession devant témoins de la maison de Saint-Lazare. Le roi donna son consentement en mars 1660 par lettres patentes, que le Parlement enregistra le 15 mai 1662. (Arch. nat. M. 212.)
Lettre 2809. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Mot illisible à cause du mauvais état de l’original.
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l’a acheté les 55 livres qu’il en a payées ; mais prenez conseil pour faire cela sûrement.
Vous dites que M. Agan (2) a en main 2.000 livres pour employer au séminaire que Monseigneur veut transférer à Montauban, mais que, cette somme ayant été empruntée, mondit seigneur désire que vous vous obligiez au paiement des intérêts et du principal, tant avec lui que le syndic du clergé. Sur quoi je vous dirai, Monsieur, ma pensée à la huitaine, Dieu aidant.
Cependant je me recommande à vos prières et à celles de votre petite famille, que Dieu comble de ses bénédictions. Je suis pressé et, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
2810 — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, le vendredi saint (1) 1659.
Monsieur,
La sainte Passion du Sauveur nous fasse tout faire et tout souffrir pour son amour !
J’ai reçu votre lettre du 6 de mars. Vous m’avez fait plaisir de me parler ouvertement sur le secours que vous nous aviez demandé. Nous disposions tout à bon quelques-uns à vous aller joindre, mais nous attendrons, selon votre avis, que vous ayez de quoi les entretenir et l’occasion de les occuper. J’avoue que l’oisiveté est souvent une pierre d’achoppement et que les missionnaires
2) Grand vicaire.
Lettre 2810. — L. s. — Dossier de Cracovie, original
1) 11 avril.
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la doivent éviter plus que toutes les personnes du monde, puisqu’ils sont faits pour le travail ; mais aussi leur bonheur n’est pas d’être toujours employés, mais de faire incessamment la volonté de Dieu, ainsi que Notre-Seigneur l’a faite. Or, il l’a faite diversement, activement et passivement, par faire et par non-faire Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne souffriez de la peine d’être si longtemps privé des principales fonctions de la compagnie ; mais, outre que vous les exercez en partie, en tant que vous servez les âmes pour l’éternité et faites voir aux ecclésiastiques comment ils doivent être faits, par les vertus que vous pratiquez, vous avez aussi moyen d’honorer le non-faire de Notre-Seigneur en ce que vous ne voguez pas à pleine voile, je veux dire de tout votre zèle, dans les vastes occupations des ouvriers apostoliques.
Ayez patience, Monsieur, vous serez quelque jour établi sur beaucoup, parce que vous êtes fidèle en peu. Je dis la même chose à M. Duperroy, que j’embrasse très affectionnément aux pieds de la croix de N.-S. ; je dis, vous et lui, à qui je suis, en son amour crucifié, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.
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2811. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce vendredi saint (1) 1659
Monsieur,
La sainte Passion du Sauveur nous fasse tout faire et tout souffrir pour son amour !
J’ai reçu votre lettre du 11e de mars et ai fait tenir celles que vous avez écrites à Messeigneurs du Puy (2) et de Pamiers (3). J’ai aussi rendu à M. Gicquel la provision que vous avez obtenue, à sa prière et à la nôtre. Je vois bien que nous vous surchargeons trop, vous adressant d’autres affaires que les nôtres ; mais c’est aussi le moins que nous pouvons. Il y a des personnes et des occasions à qui nous ne pouvons refuser de vous en écrire.
J’enverrai à Troyes l’extrait [de votre lettre] (4) qui parle de la dispense demandée par Mgr l’évêque (5). M. Dupuich me manda, ces jours passés, qu’on est pressé de l’avoir, pour éviter quelques inconvénients.
J’espère que, Dieu aidant, la fulmination de toutes nos bulles (6) sera faite avant qu’il arrive ce que vous craignez (7). Nous y travaillons.
Je loue Dieu du retour en bonne santé de vos ouvriers, des fruits qu’ils ont faits et de la nouvelle mission que vous allez faire. Plaise à sa divine bonté de tirer sa gloire de tout cela !
Je conjecture de votre lettre que M. Le Gouz est à présent
Lettre 2811. — L. s. — Dossier de la Mission original.
1) 11 avril.
2) Henri de Maupas du Tour.
3) François-Etienne Caulet.
4) Ces mots ont disparu de l’original.
5) François Malier du Houssaye.
6) En particulier la bulle pour l’union de Saint-Lazare.
7) Première rédaction : avant qu’il arrive un changement de pontificat.
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prêtre, et j’espère de la bonté de Dieu qu’il sera bon prêtre. Il ne faut pas vous étonner de ne voir pas en lui tant de dévotion extérieure qu’il est à souhaiter, car cela n’empêche pas qu’il n’ait l’âme bonne. Il nous a toujours paru ici un garçon fort sage, quoique moins recueilli ; et je pense que vous ferez bien de l’encourager par témoignages d’estime et de cordialité.
Je loue Dieu de toutes les choses que vous me mandez au [sujet de l’] abbaye demandée pour la mission de Turin (8). C’est un affaire entre les mains de Dieu, qui en ordonnera selon son bon plaisir, et par conséquent selon notre volonté, qui n’en voulons avoir d’autre que la sienne.
Je dis la même chose à l’égard de votre logement. Il y a apparence, comme vous le dites, que le temps n’en est pas encore venu.
Je suis tout à fait d’avis que vous acceptiez la remise qui vous est offerte, en la ville de Palestrine, d’une petite église et d’un peu de logement, et ce afin de vous y retirer l’été, étant absolument nécessaire que vous sortiez de Rome pendant les grandes chaleurs ; et je vous en prie d’autant plus que la plus importante affaire que nous ayons, ou qui nous puisse arriver, est celle de votre conservation. N’ayez donc point d’égard à ce qui pourra survenir pendant votre absence. Pour moi, j’espère que votre conduite n’aura pas moins de bénédiction au lieu où vous serez, que votre présence en aurait à Rome, puisque c’est Notre-Seigneur qui gouverne en vous et par vous. C’est aussi en lui et par lui que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Voici une lettre et un mémoire de M. l’abbé Ribier,
8) L’abbaye de Saint-Antoine.
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qui sort de faire une retraite à notre maison de Richelieu. Comme il nous témoigne quelque charité, je n’ai plu lui refuser de vous en faire l’adresse ; mais, quant à ce qu’il vous demande, vous en userez tout ainsi que vous le jugerez à propos.
Je vous prie de remercier M. Legendre, de notre part, de 300 livres que M. son frère nous a portées aujourd’hui.
Au bas de la première page : M. Jolly.
2812. — A ANTOINE CAIGNET (1)
De Paris, ce 13 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
C’est avec beaucoup de confusion que je réponds si tard à celle que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire du 4 de février. Votre bonté me le pardonnera, s’il lui plaît, quoique je ne vous marque point aucune raison que celle de ma misère ordinaire, qui ne m’acquitte point de mes obligations à point nommé, par ma paresse ordinaire et celle de ma vieillesse, qui m’appesantit le corps et l’esprit.
Je commence la présente, Monsieur, par le remerciement que je vous fais de la part que vous avez prise à ma maladie et les prières que vous avez faites pour un misérable pécheur, à l’instant même de l’élévation du
Lettre 2812. — Minute aut. non s., Bibl. de Besançon, ms. 1442.
1) Le nom du destinataire de la lettre n’est pas indiqué sur la minute ; mais tout semble désigner Antoine Caignet, vicaire général de Meaux, auteur d’un recueil de prônes qui parut en 1659, au mois d’août. (L’année pastorale contenant des prédications familières ou prosnes sur les épistres et sur les évangiles de la Messe, pour servir aux curés et aux prédicateurs apostoliques d’entretiens aux peuples les cinquante-deux dimanches de l’année, Paris, 1659, in-4°.)
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Saint Sacrifice, et prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même votre récompense.
Je suis honteux, Monsieur, de ce que vous me dites à l’égard de votre prône ; vous savez assez combien mon ignorance me rend indigne de contribuer quelque chose à cet ouvrage de vos mains. Mon Dieu ! Monsieur, que le diocèse vous est redevable et que vous aurez de bénédiction de cet ouvrage, en suite de tant de biens que vous y faites et par vos conduites et par cette vie si exemplaire que vous y pratiquez !
Que vous dirai-je du mémoire inclus dans votre lettre, sinon que Notre-Seigneur jette les fondements de votre voie intérieure sur le sens des paroles du psalmiste : quoniam ego sum pauper et mendicus (2) ; et cet esprit est celui d’humilité, qui est comme un antidote aux élévations (3).
2813. — A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR, A RICHELIEU
De Paris, ce 16 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à deux de vos lettres. Je vous remercie
2) Livre des Psaumes XXXIX 18.
3) Première rédaction : "J’ai vu le mémoire inclus dans votre lettre et en suis infiniment touché. Il y a apparence, Monsieur, que cette vue dont vous me parlez vient du Dieu de lumières et que les paroles du psalmiste : quoniam ego mendicus sum et pauper, en sont la base. Les circonstances de votre retraite, du temps et du lieu et les sentiments que vous eûtes pour lors, leur durée jusques à présent et les suites bienheureuses font voir que Dieu…" Nous avons éliminé de la seconde rédaction quatre mots inutiles, que le saint rejetait évidemment, bien qu’il ne les ait pas raturés ; ce sont les mots ou pour mieux avant des paroles et celui avant comme un antidote
Lettre 2813. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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du mémoire de Loudun. Je l’ai délivré à la personne qui l’attendait.
L’écolier qui demande d’entrer en la compagnie, étant bossu et difforme comme il est, ne pourrait pas aller et venir à pied pour aller aux missions, ainsi que les missionnaires doivent faire ; et ainsi, Monsieur, vous pourrez le remercier de sa bonne volonté et en faire mes excuses à Monsieur le grand archidiacre de P [oitiers, qui] vous l’a adressé.
Il faut se soumettre à Dieu et s’humilier, en vue de notre indignité, sur le refroidissement qui a paru en Mgr de Poitiers (1) S’il ne vous permet de travailler en son diocèse qu’à demi, il faut se contenter de cela ; et si point du tout, prendre patience et passer en d’autres diocèses où la porte vous sera ouverte. Ce bon prélat a l’esprit doux et bienfaisant ; d’où vient donc qu’il a sitôt changé, après vous avoir paru si affectionné à vos fonctions ? Ce changement ne vient pas de lui, mais plutôt de ses officiers, qui sont indisposés contre la compagnie. Je n’en sais pas le sujet, si ce n’est l’appel que nous fîmes signifier ci-devant à Monsieur l’official de ce qu’il voulait prendre connaissance de ce qui arriva à feu M. Escart (2), dont vous aurez oui parler. Je pense que cela lui a demeuré sur le cœur toujours depuis, et qu’il a communiqué à d’autres ses ressentiments. Mais que faire ? Si d’aventure vous vous trouviez en occasion de leur parler, vous pourriez leur dire qu’il n’y avait aucune raison à écouter un homme qui n’en avait point. Nous l’avions enfermé comme un fol, et en effet il avait perdu l’esprit ; ce qu’il ne fit que trop voir après s’être échappé, car, s’en étant allé en son pays, il y tua de sang-froid un autre prêtre, qui était son ami,
1) Gilbert de Clairembault de Palluau.
2) Alors de la maison de Richelieu.
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et, étant allé à Rome pour avoir l’absolution de ce crime, il y est mort.
J’ai envoyé à M. Jolly la lettre et le mémoire de M. l’abbé Ribier.
Nous vous enverrons un visiteur le plus tôt que nous le pourrons. Ce ne pourra pas être sitôt après Pâques, comme vous le désirez, parce que M. Berthe, que nous destinons pour cela, est encore à Annecy, s’il n’en est parti depuis trois ou quatre jours, et doit visiter en revenant quelques autres maisons, en sorte que je ne vois pas qu’il puisse vous aller voir que dans deux ou trois mois d’ici. écrivez-moi cependant ce qui vous presse le plus pour cette visite. Je pense bien que c’est M. F. (3.)
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Beaumont.
2814 — PIERRE LOISEL, CURE DE SAINT JEAN EN GRèVE,
A SAINT VINCENT
Monsieur,
Comme mon absence ne me dispense pas des soins de la paroisse de Saint-Jean, et que de temps en temps je la dois pourvoir d’ouvriers qui puissent y travailler utilement, j’ai jeté volontiers les yeux sur un honnête ecclésiastique du diocèse de Reims nommé monsieur Daisne (1) et l’ai d’autant plus agréé de prime abord que j’ai appris qu’il avait passé quelque temps dans deux de vos maisons et qu’il s’y était disposé pour le bon exercice de ses ordres. C’est pourquoi, Monsieur, je me
3) Claude Férot. (Cf. 1. 2993)
Lettre 2814. — L. s. — Dossier de Turin, original
1) Ce nom se lit à peine sous les ratures qui le recouvrent.
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donne l’honneur de vous écrire du lieu de ma relégation (2) et vous supplie de me faire la grâce de me faire savoir ce que je peux espérer de sa conduite, comme il. s’est gouverné parmi les vôtres et comment il est sorti d’une congrégation qui ne le devait obliger qu’à enseigner et à pratiquer l’évangile Votre jugement, Monsieur, aura tout le poids qu’il mérite par votre zèle et par votre exemple dans cette occasion pour notre église, qui d’ailleurs vous est obligée et n’estimera pas peu la bonté que vous avez de coopérer à la consolation de mon exil, pour le bien des âmes que Dieu m’a confiées et dont je me vois encore séparé.
J’aime pouvoir prendre la qualité, Monsieur, de votre très humble et très obéissant serviteur.
LOISEL,
curé de Saint-Jean.
De Compiègne, ce 17 avril 1659.
2815. — A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN
De Paris, ce 18 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai un très grand regret d’avoir perdu l’occasion de voir M. le curé de Saint-Caprais (1) On m’a dit qu’il est venu céans deux fois, et je vous assure que, pendant qu’il y a été, je n’en ai rien su. J’aurais tout quitté pour avoir la bénédiction de parler à un si bon serviteur de Dieu, plein de zèle et de vertu comme il est, et pour avoir l’honneur de lui donner quelque témoignage de ma parfaite reconnaissance pour la charité qu’il a pour nous, et en particulier pour votre maison. Je vous prie Monsieur, de l’assurer de ce mien sentiment et tout
2) Pierre Loisel était relégué à Compiègne depuis 1654 pour s’être réjoui trop ouvertement de l’évasion du cardinal de Retz.
Lettre 2815. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Saint-Caprais-de-Lerm, commune de l’arrondissement d’Agen (Lot-et-Garonne).
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ens[emble du respect] et de l’obéissance que j’aurai toute ma vie pour sa personne.
Puisque ce n’est que des livres doubles que vous voulez vendre, et que c’est pour en acheter d’autres que vous n’avez pas, à la bonne heure, je consens que M. Chrétien les achète.
Nous avons pour maxime de ne point recevoir de nouveaux frères, et encore moins des domestiques, tandis que nous avons assez d’autres frères. Selon cela, Monsieur, puisque vous avez assez de deux frères et d’un domestique, et que la maison de Cahors en a suffisamment, et celle de La Rose aussi, je ne suis pas d’avis que vous reteniez ce garçon que M. Cuissot vous a renvoyé, si ce n’est que vous aimiez mieux le garder comme domestique, que l’autre que vous avez. En ce cas, vous le pouvez faire en renvoyant l’ancien, et ainsi vous aurez moyen d’éprouver encore davantage s’il aura grâce et vocation pour être frère, et avec le temps on arrivera à le recevoir. Mais vous décharger du frère Robin pour faire place à un serviteur, ou d’un ancien frère pour en prendre un nouveau, c’est à quoi je ne puis consentir. De dire que ce bon frère Robin n’est pas si propre pour votre maison, je le veux croire ; mais le sera-t-il plus pour celle de Cahors, qui n’en a pas besoin ? Le faut-il rejeter pour cela ? Non, mais il faut le supporter tel qu’il est, et tâcher avec douceur et patience d’en tirer les services que vous pourrez.
Oh ! mais M. Cuissot a un merveilleux talent pour attirer de son côté ce qui l’accommode, et se défaire du reste. Cela peut être, quoique je ne m’en sois encore aperçu. Mais, puisque vous reconnaissez qu’il ne fait pas bien, pourquoi le voulez-vous imiter ? Que ne lui donnez-vous cet exemple de charité et de support pour les faibles ? Je vous prie, Monsieur, de le donner à toute la compagnie ; car il est vrai que naturellement chacun
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veut le meilleur pour soi, au lieu que N.-S. veut que nous préférions le pire.
M. Admirault (2) vous écrit ; il ne vous exprime pas bien le régime de vie de Messieurs Alméras, Bourdet, Bécu, Gorlidot et de lui-même ; car il dit qu’ils ne prennent d’autre nourriture que du lait et néanmoins ils mangent du pain raisonnablement et tant qu’ils veulent ; mais ils ne mangent autre chose et ne boivent rien que du lait. Ils s’en trouvent tous bien, et M. Gorlidot, qui a commencé le premier, est revenu. d’un état dont on n’attendait que la mort, et se porte à présent très bien ; et si M. Admirault a discontinué, c’est à cause de l’aversion naturelle qu’il a pour le lait.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant morte à Paris au mois de mars dernier, a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres qui seront employés aux missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célèbrent après son décès une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre (vous et M. Admirault (3), que j’embrasse de toutes les tendresses de mon cœur) ce juste devoir en esprit de reconnaissance.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Edme.
2) Charles Admirault.
3) Claude Admirault, né à Chinon (Indre-et-Loire), entré dans la congrégation de la Mission le 20 septembre 1648, à l’âge de seize ans, reçu aux vœux en 1651, ordonné prêtre au mois de décembre de l’année 1656.
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2816. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 18 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 18 mars. Je loue Dieu de la bonne volonté qu’il donne au jeune homme que vous avez reçu en votre séminaire, et je le prie qu’il lui donne l’esprit et la persévérance requis. J’ai mis sa lettre entre les mains de M. Eveillard pour l’envoyer à M. son père.
Il y a apparence que la personne qui vous a fait plainte de la réconciliation faite par M. d’Eu a l’esprit tel que vous me marquez ; et ainsi il faudra se garder à l’avenir de rien faire hors de la confession [sans notre] (1) avis.
Quant à l’autre plainte dont vous parlez, c’est une calomnie manifeste, suscitée par quelque mauvais esprit pour nous mettre davantage en l’aversion de Mgr de Genève (2) Il nous suffit que Dieu voit nos cœurs et qu’il sait le désir que nous avons de voir bientôt la canonisation du serviteur de Dieu Mgr de Sales. Néanmoins, il est à propos que, dans les occasions que vous aurez d’en parler, vous témoigniez par vos paroles que vous avez cette affection, afin d’effacer l’impression contraire que ce faux bruit pourrait avoir faite. Il faut de plus vous abstenir de voir Mgr le promoteur de la foi sur le sujet dont Mgr l’évêque du Puy (3) vous a écrit, et, de ma part, si d’aventure il voulait vous en écrire de nouveau, je tâcherai de l’en divertir.
Vous me mandez que l’on estime de delà que Mgr de
Lettre 2816. — L. s. — Dossier de la Mission original.
1) Cet endroit de l’original a été rongé par les mites.
2) Charles-Auguste de Sales.
3) Henri de Maupas du Tour.
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Clermont (4) a pu fulminer notre bulle en la place de l’official ; je voudrais bien savoir qui sont ceux à qui vous en avez parlé, qui sont de ce sentiment.
Je vous envoie la réponse que je fais à M. Le Mercier ouverte afin que vous sachiez de quoi il s’agit, et que vous agissiez selon cela. J’entends que vous le receviez, s’il vous plaît, s’il le désire, aux conditions que je lui marque.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2817. — A MONSIEUR LE MERCIER
De Paris, ce 18 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite, qui m’a été envoyée par Madame votre mère. Je suis tout attendri des sentiments que Dieu vous donne, et je remercie sa divine bonté de la disposition où vous êtes de rentrer en la liberté des enfants de Dieu, c’est-à-dire de n’avoir point de volonté, ainsi qu’il est nécessaire en notre vocation. Je vous prie de me mander si vous êtes bien établi dans le renoncement de vos propres sentiments pour vous soumettre en tout et toujours à vos supérieurs, et si vous êtes prêt à rentrer au séminaire, parce que cela est nécessaire pour vous lier solidement à la compagnie,
4) Louis d’Estaing
Lettre 2817. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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a cause que vous en êtes sorti. En ce cas-là, vous pourrez en assurer M. Jolly, qui vous recevra en sa maison, ou bien vous pourrez vous en venir à Richelieu, selon la première lettre que je vous ai écrite, qui est encore à Lyon entre les mains de M. Delaforcade. Je laisse ces deux maisons à votre choix, afin que vous trouviez moins de difficulté à suivre l’attrait de Dieu. Mais cela suppose que vous soyez bien déterminé à vous laisser conduire à l’égard de vos études (1) et à recommencer les exercices du séminaire. Moyennant cela, Monsieur, vous jouirez d’une grande paix et recevrez mille bénédictions de Dieu pour le service de son église, vous ayant déjà prévenu de beaucoup de grâces qui vous disposent à cela. Je prie Notre-Seigneur qu’il accomplisse en vous sa sainte volonté.
Je suis de toute mon affection, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Le Mercier, ecclésiastique, à Rome.
2818. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 18 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’espère que la présente vous trouvera de retour de
1) C’est le saint lui-même qui a ajouté de sa main les mots "à l’égard de vos études".
Lettre 2818. — L. s. — l’original de cette lettre appartient aux Filles de la Charité de la rue Bourgelat, 16, à Lyon.
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votre mission, ou plutôt de vos missions, car, à ce que j’apprends, vous en avez fait deux. N’eût-il pas mieux valu travailler dans le diocèse de Marseille ? N’y a-t-il pas des paroisses où la mission n’a pas encore été faite ? Je vous dis ceci pour l’avenir, afin que vous préfériez toujours le diocèse où vous êtes établi et où vous avez la plus grande obligation.
Nous avons failli à vous envoyer aujourd’hui cent écus pour M. Le Vacher, de Tunis, que nous avons reçus pour lui de Madame la comtesse de Tonnerre (1), et, Dieu aidant, sans remise. Je vous les enverrai au premier jour, avec les 320 livres que vous avez fournies pour nous selon votre petit mémoire. Nous y joindrons encore trois cent-vingt ou trente livres qui nous restent de l’argent envoyé par M. le curé de Saint-Malo (2) pour Etienne Le Huby, qui n’est plus en Alger, mais en son pays, afin que M. Le Vacher les emploie selon les nouvelles intentions dudit sieur curé. L’égarement d’une clef est cause que cela n’a pu être fait aujourd’hui. Cependant, Monsieur, si d’aventure il part quelque barque pour Tunis avant que vous ayez reçu cet argent, je vous prie d’envoyer à M. Le Vacher lesdits cent écus.
Avez-vous réponse de lui sur les 1 200 livres que vous lui avez envoyées au mois de septembre dernier pour le rachat d’Amable Coquery, qui nous a été recommandé par le supérieur de l’Oratoire de Dijon (3) ? Il ne m’en a encore fait aucune mention par ses lettres.
Je vous ai prié, le 14 février dernier, d’envoyer audit sieur Le Vacher 50 livres pour les donner à M. de Romilly de la part de Madame sa mère, ce que vous n’avez
1) Marie Vignier, épouse de François, comte de Clermont et de Tonnerre.
2) Guillaume Le Gouverneur (1640-1667).
3) Le Père Chaduc
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pas fait, comme je crois, parce que ledit sieur Le Vacher me mande que, pour donner cette somme audit sieur de Romilly, il a été obligé de prendre seize piastres sur les cinq cents que nous lui avons envoyées pour sa subsistance. Je vous prie de les y envoyer avec les susdites 300 livres ; car vous nous les comptez par votre mémoire.
J’attends une lettre de change qu’on me doit envoyer, de 2.000 livres, que M. le procureur général (4) donne d’aumône à l’hôpital des forçats, pour empêcher que Messieurs les administrateurs abandonnent les malades. Vous verrez la lettre que je me donne l’honneur de leur écrire à ce sujet.
Reposez-vous bien, Monsieur, après avoir tant travaillé, et ayez soin de votre santé.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Voici ladite lettre de change à vous payable.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2819. — A JEAN LE VACHER, CONSUL, A TUNIS
De Paris, ce 18 d’avril 1659
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu aujourd’hui votre chère lettre du 20 de mars,
4) Nicolas Fouquet.
Lettre 2819. — Dossier de ! a Mission, copie écrite en partie de la main du secrétaire, qui a ajouté au dos : "Copies des lettres écrites par M. Vincent à M. Le Vacber les 17 et 18 avril 1659.",
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et en répondant à celle-là, je répondrai aussi à celles des 14 janvier, 3 et 9 février, que je reçus dernièrement.
J’enverrai dès demain à M. de Lafargue la quittance de l’argent qu’il vous a envoyé pour le rachat de Martissans de Celhay, afin qu’il voie qu’il est racheté et que vous avez usé de diligence pour le renvoyer en son pays.
Mon Dieu ! Monsieur, quand sera-ce que vous nous enverrez une pareille quittance de Dominique de Lajus ? Et quand le rendrez-vous à sa pauvre femme et à cinq ou six enfants qu’il a ? N’y a-t-il pas moyen de réduire son patron à le relâcher à moins de six cents piastres ? C’est une rançon bien excessive pour une personne qui n’a rien et à qui on a donné de pure aumône l’argent que vous en avez reçu pour lui. Rachetez-le, je vous en prie, le plus tôt que vous pourrez, et renvoyez-le en France à la première occasion ; avancez tout ce qu’il faudra, et, si besoin est, empruntez-le ; je vous le ferai rendre incontinent que vous m’aurez mandé ce que vous aurez fourni. M. Delaforcade nous en a donné sa parole, quand même il faudrait les 180 piastres dont vous parlez, avec les 460 que vous dites avoir de reste. Souvenez-vous de tirer quittance de tout.
N’avez-vous pas reçu 1.200 livres que M. Get dit vous avoir envoyées dès le mois de septembre dernier pour le rachat d’Amable Coquery, qui nous a été recommandé par le P. Chaduc, supérieur de l’Oratoire de Dijon ? Vous ne m’en dites rien. Il ne faut plus parler d’Alexandre de Guerre : ses mauvais discours se sont dissipés comme la fumée ; on a connu son esprit, et on n’en parle plus. Je n’ai pas laissé d’envoyer à Madame la duchesse d’Aiguillon votre lettre et votre attestation.
Nous ferons attention à l’avis que vous me donnez de ne faire passer personne en Barbarie jusques à ce qu’on ait remédié aux désordres passés. Monsieur
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votre frère pourtant voudrait retourner en Alger, mais j’appréhende comme vous qu’on lui prenne ce qu’il a et qu’on le traite mal.
Je loue Dieu que vous ayez reçu les mille écus que nous vous avons envoyés et que vous en ayez fait tenir la moitié à notre frère Barreau. Monsieur Get vous doit rendre les seize piastres que vous avez prises sur votre moitié pour M. le chevalier de Romilly, parce qu’il a reçu ou recevra bientôt 50 livres pour cela.
Vous dites que ledit frère Barreau vous a tiré une lettre de change de 450 piastres, que le gouverneur de Tabarque (1) lui doit, dans l’espérance que ledit gouverneur lui avait [donnée de lui rendre] la somme ; ce qu’il n’a pas fait, et je crains bien qu’il ne le fera pas.
Je ne sais pas pourquoi ce pauvre garçon se laisse abuser de la sorte, que de prêter non seulement son argent, mais l’argent d’autrui. Si vous n’avez pas acquitté cette lettre, je suis d’avis que vous ne la payiez pas jusques à ce que vous ayez reçu de quoi.
Vous me mandez que vous commencez à vous engager aussi bien que lui, et que vous devez douze cents écus. C’est ce qui me met en grande peine. Vous en attribuez la cause au peu de profit que vous a donné le consulat l’année passée. Je vois bien que cela y a contribué ; mais vous deviez diminuer votre dépense à même proportion. Néanmoins vous l’avez fait monter à plus de deux mille écus, quoique la recette ne soit que de 720. Et la table seule, pour deux personnes que vous êtes, monte à près de douze cents écus. C’est ce qui m’effraye. Je sais bien que vous avez des serviteurs ; mais pourquoi plusieurs ? Un ne vous peut-il pas suffire ? Je sais aussi que vous avez des survenants à qui vous ne pouvez pas refuser
1) Jean Marie Canalle.
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quelque repas ; mais de tenir table ouverte à tout le monde, et nourrir des personnes chez vous et les loger, sans qu’ils vous payent pension, c’est ce que vous ne devez pas faire, soit qu’ils soient français ou étrangers, pauvres ou riches, recommandés ou non recommandés, surtout quand vous ne pouvez pas soutenir cette dépense par vos propres forces. Car, en conscience, vous ne pouvez pas emprunter pour paraître splendide et libéral, non pas même pour faire la charité, depuis que je vous ai prié de ne le pas faire. Vous me direz qu’il est difficile, ayant les emplois que vous avez, de vous en empêcher ; et moi je réponds qu’il nous sera encore plus difficile de vous envoyer de l’argent pour payer, et que, si vous saviez notre pauvreté, vous n’auriez pas peine de faire connaître la vôtre à ceux qui vous demandent, ainsi qu’il est nécessaire pour régler et égaler votre mise à votre recette. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez à l’avenir cette mesure. Dieu ne demande pas de vous que vous alliez au delà des moyens qu’il vous donne. Je le remercie de ce que, par sa bonté infinie, il vous a préservé de l’avanie dont vous avez été menacé.
Madame la comtesse de Tonnerre nous a rendu les cent écus que vous avez fournis à M. le chevalier son fils. Je m’en vas les faire tenir à Monsieur Get pour vous les envoyer. J’ai envoyé votre lettre à madite dame ; si elle m’en adresse la réponse avant la nuit, vous la trouverez en ce paquet. Elle nous dit, ces jours passés, que M. Guerraut, banquier à Malte, avait ordre de fournir à mondit sieur le chevalier les quatre mille piastres dont il a besoin pour son rachat ; mais le plus sûr serait de lui envoyer cet argent d’ici, selon votre avis.
Je ne puis que m’affliger beaucoup des souffrances extrêmes des pauvres esclaves et de mon impuissance
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à leur procurer quelque soulagement ; plaise à Dieu d’en avoir pitié !
Je doute fort qu’on puisse obtenir la sauvegarde pour Isaac et Jacob Alcalay pour le temps que vous désirez, après que Monsieur de Brienne l’a refusée à Madame d’Aiguillon pour davantage que pour un an.
J’ai fait rendre les lettres que Monsieur le chevalier de Ravelon m’a adressées. Je pense que M. Poussay lui a fait réponse et que tous les autres lui en feront. Un de notre compagnie a vu à Reims M. le président Coquebert, qui lui a dit qu’il viendrait bientôt à Paris et qu’il me verrait au sujet de mondit sieur le chevalier. C’est une question s’il le fera.
Notre-Seigneur vous traite comme il a traité les saints, les ayant conduits à la sainteté et à la gloire par diverses tribulations. Il ne se contente pas des travaux extraordinaires que vous supportez pour son service, mais encore il vous exerce, à ce que je vois, par des peines intérieures, qui sont plus fâcheuses que les corporelles. Plaise à sa divine bonté qu’à proportion qu’il multiplie vos croix, il vous augmente ses grâces pour les porter courageusement ! Je ne manquerai pas, Monsieur, de vous offrir souvent à Dieu à cette intention.
Je vous écrivis hier une petite lettre que M. Langlois m’a demandée pour vous prier derechef d’assister, en ce que vous pourrez, le sieur de Beaulieu, son facteur à Tunis, et de plus de répondre pour lui en cas de besoin jusqu’à la somme de 6.000 livres. Il me dit qu’il m’enverrait aujourd’hui sa promesse pour nous garantir de tout ce dont vous pourriez cautionner son homme ; ce qu’il n’a pas fait. Peut-être me l’enverra-t-il avant le départ de cette lettre ; en ce cas, je vous le dirai ; autrement, je ne suis pas d’avis que vous vous engagiez pour rien pour ledit sieur de Beaulieu ; car, ne tenant pas sa parole, je ne suis pas obligé de tenir la mienne.
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2820. — A LUC PLUNKET, PRêTRE DE LA MISSION, A SAINT-MEEN
De Paris, ce 19 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai su que vous aviez quelque peine de montrer le chant et les cérémonies, de quoi je ne m’étonne pas, puisque tout le monde trouve quelque difficulté à faire les bonnes actions, même les meilleurs ; mais ce qui m’afflige est que vous vous laissez gagner à la nature et assujettir à ses suggestions. Ne savez-vous pas, Monsieur, que la vertu chrétienne gît à les surmonter, et que, si vous refusez de rendre ce petit service à Dieu, vous vous rendez indigne de lui en rendre de plus grands, selon cette parole du Sauveur : "Si vous n’êtes fidèle en peu, vous ne le serez pas en beaucoup (1)" Vous dites cependant que vous n’êtes pas venu à la Mission pour cela. Pourquoi donc ? N’y êtes-vous pas venu pour obéir ? Ne l’avez-vous pas promis à Dieu ? N’y êtes-vous pas venu pour faire ce que les autres missionnaires font ? Ne l’avez-vous pas promis à la compagnie ? Or, vous savez bien qu’ils ne sont pas seulement pour faire des missions, mais encore pour enseigner aux ecclésiastiques les choses qu’ils doivent savoir et pratiquer en leur condition ; en sorte que, si vous ne vous acquittez pas de l’office que vous avez dans le séminaire, il faut qu’un autre le fasse, parce qu’il est d’obligation. Est-il possible, Monsieur, que, maintenant que vous êtes prêtre, plus obligé que jamais de vous rendre utile à l’église,
Lettre 2820. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle
1) évangile de saint Luc XVI, 10.
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vous refusiez les fonctions de contribuer à former de bons prêtres ? Que direz-vous à cela ? Que si vous travaillez aux lieux et en la manière qui reviennent le plus à votre esprit, vous ferez plus de fruit que vous n’en faites. Mais c’est ce que vous ne pouvez vous promettre ; au contraire, vous devez craindre que, si vous secouez le joug de la sainte obéissance, Dieu retire de vous son esprit et vous abandonne à votre propre sens. Et puis où irez-vous ? Que ferez-vous ? Si vous demeurez en France, vous serez en danger de rester sur le pavé, comme font tant d’autres prêtres d’Hibernie. De retourner en votre pays, qu’est-ce que vous y ferez ? Il y a d’autres ouvriers qui s’y trouvent bien empêchés, non seulement pour vivre, mais pour s’y occuper, à cause de la persécution des hérétiques. De quelque côté donc que vous vous tourniez, vous serez en péril de mener une triste vie et d’avoir de fâcheux remords de conscience à votre mort.
Pensez-y bien, Monsieur, et faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait pour lors. Rien ne vous manque pour votre entretien, en l’état où vous êtes, et vous y trouvez tous les moyens convenables pour assurer votre salut et procurer celui du prochain. Ne vous rendez pas indigne de ces avantages, mais donnez-vous à Dieu pour observer le règlement et pratiquer les vertus dont nous devons faire une plus particulière profession, comme de l’humilité, de la soumission et de l’indifférence aux emplois. Si vous le faites, Monsieur, comme je l’espère, vous attirerez de nouvelles grâces sur votre personne. Je vous prie donc de vous laisser conduire, et Notre-Seigneur de vous donner son esprit.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
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2821 — A FRANçOIS HERBRON, PRêTRE DE LA MISSION, AU MANS
De Paris, ce 19 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai différé à faire réponse à votre lettre, parce que j’en attendais d’une personne à qui j’avais écrit au sujet du voyage de Madagascar. Enfin j’ai appris qu’il ne se fera pas à ce printemps. M. le maréchal de la Meilleraye, qui n’a point de vaisseaux, avait envoyé en Hollande pour en avoir un ; mais on l’en a refusé ; ce qui l’a obligé de remettre la partie à l’automne. Je ne sais si alors il n’y arrivera pas encore du retardement. Les hommes proposent et Dieu dispose ; et la Providence a déjà tant de fois rompu leurs mesures et empêché ce dessein qu’il ne s’en faut rien promettre. Nous devons néanmoins toujours tendre, pour notre regard, à l’exécution de l’entreprise, en tant qu’elle regarde la gloire du Maître que nous servons, qui donne souvent à la persévérance les succès qu’il a refusés aux premiers efforts, et qui se plaît de beaucoup éprouver ses ouvriers, avant de leur abandonner les œuvres difficiles, afin de leur faire mériter, par l’exercice de leur foi, de leur espérance et de leur amour, la grâce d’aller répandre ces vertus dans les âmes qui ne les ont point. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce que ces trois lampes ne sont pas seulement toujours allumées en vous, mais de ce qu’elles s’enflamment de plus en plus du désir d’aller éclairer ces peuples éloignés, qui vivent
Lettre 2821. — L. non s. - Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
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et meurent dans les ténèbres de l’infidélité. Je prie sa divine bonté qu’elle accomplisse. en vous son bon plaisir pour cela. Je ne sais pas encore quelle sera sa disposition sur le choix de votre personne, mais j’espère que vous vous tiendrez toujours prêt de répondre à sa voix, en cas qu’il vous appelle aux pays étrangers ; car, quand il ne vous y appellerait pas, vous ne laisseriez d’avoir la récompense d’un apôtre, et avec cela vous aurez la gloire de mourir pour le salut de votre patrie. Je voudrais dire les mêmes choses à M. Turpin ; mais, ne pouvant faire deux lettres, je vous prie que celle-ci serve pour vous et pour lui. Je suis de tous les deux, en N.-S., Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.
Au bas de la première page : M. Herbron.
2822. — A PIERRE LOISEL, CURE DE SAINT-JEAN-EN-GRèVE
Du 21 avril 1659.
Monsieur,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, avec un singulier respect et une sensible consolation, tant parce que c’est votre lettre, que par la grande bonté que vous me témoignez, quoique je sois le plus pauvre et le plus inutile de vos serviteurs.
Lettre 2822. — Dossier de Turin, copie. Cette copie a été écrite par le secrétaire lui-même à la suite de la lettre de Pierre Loisel déjà publiée sous le n° 2814. Le secrétaire ajoute à sa copie les mots suivants "Comme M. Vincent dictait un jour cette lettre à un frère en présence de Messieurs Portail, Dehorgny et Alméras, qu’il avait appelés selon sa coutume pour leur Communiquer les affaires plus particulières de la compagnie, M. Dehorgny l’interrompit pour lui dire que M. de Saint-Jean, à qui il écrivait, aurait sujet de s’étonner
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Je ne connais pas assez, Monsieur, l’ecclésiastique dont vous me parlez pour vous en rendre aucun témoignage, bien qu’il soit entré et sorti deux fois de notre compagnie.
Voici venir l’heure à laquelle il me semble, Monsieur, que Dieu veut vous rétablir en votre siège, selon les souhaits et les prières d’une infinité de personnes, particulièrement de la plus chétive d’entre elles, qui est pourtant la plus disposée à vous obéir. C’est, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
s’il lui mandait ne connaître pas assez un prêtre qui a été sous sa conduite. A quoi M. Vincent a reparti : Je vois bien cela, Monsieur mais Notre-Seigneur, quoiqu’il eut une parfaite connaissance de toute sorte de personnes, a néanmoins dit à quelques-unes : je ne vous connais point ; et le dira au jour du jugement parce que non cognoscit scientia approbationis. En effet M Vincent, disant cela disait assez pour se faire entendre de ce curé, sans manifester les défauts du prêtre. Outre une infinité d’actes de charité et de prudence que j’ai vu pratiquer à ce grand homme, j’ai voulu remarquer celle-ci, qui est charitable, en ce qu’il conserve la réputation d’un ecclésiastique qui n’avait pas été à édification à la compagnie ; et prudent, en ce qu’il faisait seulement connaître sa légèreté, sans le dire. Il donne sujet à ce pasteur de penser qu’il n’était pas propre pour son troupeau, ou, S’il voulait l’employer, qu’il n’eût pas de quoi se plaindre de sa réponse, si, en fait, il restait mal satisfait du personnage. Il est encore à remarquer que ces actes de charité et de prudence ne témoignent pas seulement la sagesse de M. Vincent, mais encore la pratique où il est de puiser tout ce qu’il dit et ce qu’il fait dans la vive source des paroles et des actions de N-S., et de se gouverner en toutes choses selon l’esprit de l’évangile ; à quoi toutefois peu de personnes prennent garde."
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2823. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 25 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 25 mars. J’ai envoyé à Troyes l’extrait de votre précédente lettre, qui parle de l’attestation de pauvreté, ou de l’argent nécessaire pour la dispense de mariage.
Vous ferez une grande charité à ce pauvre prêtre, curé dans l’évêché de Sens, de le faire réhabiliter.
La lettre que je vous ai envoyée pour M. Le Mercier (1) répond à ce que vous m’en écrivez.
Je vous remercie de la part que vous me donnez aux fruits de toutes vos missions, et je prie N.-S. qu’il continue ses bénédictions à vos conduites et à vos ouvriers.
Il bénit partout par sa miséricorde les emplois de la compagnie, laquelle va toujours son petit train. On la demande en beaucoup de lieux, mais les hommes nous manquent. Nous avons beaucoup de jeunesse aux études, tant en théologie qu’en philosophie, et encore plus au séminaire. J’ai recommandé le vôtre aux prières de cette communauté.
M. Desdames, qui jusqu’à maintenant nous a pressés d’envoyer quelques prêtres en Pologne, m’a mandé par sa dernière de ne le pas faire, tant à cause qu’ils n’auraient pas de quoi les nourrir pendant que la guerre durera, que parce que Mgr l’évêque de Cracovie a fait difficulté de nous établir en sa ville et dans un hôpital que quelques personnes offraient.
L’embarquement qui se devait faire à ce printemps pour Madagascar a été différé jusqu’à l’automne.
Lettre 2823. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) La lettre 2817.
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Nous avons quelques infirmes (2) qui ont pris un régime de vie tout nouveau. Les uns s’en trouvent bien, particulièrement un, qui est presque guéri ; et les autres ne s’en trouvent pas mal. C’est qu’ils ne mangent que du pain et ne boivent que du lait. C’est un remède qui est en usage à Paris depuis quelque temps, qui fait de fort bons effets et n’en fait jamais de mauvais. On prend beaucoup de lait, qui est de vache, pour suppléer à la nourriture du pain, dont on ne mange guère, et l’on ne mange point d’autre chose, ni boit que du lait (3).
Mgr le nonce nous a fait la grâce de nous venir voir ; mais il ne s’est rien passé en cette visite qui mérite de vous être écrit.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2824. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 25 avril 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a trois ou quatre semaines que je n’ai reçu de vos lettres. La dernière est celle par laquelle vous m’avez informé de ce qui s’est passé en votre voyage
2) Voir lettre 2815.
3) Les mots "et l’on ne mange point, etc." sont de la main du saint.
Lettre 2824. — L. s. — Dossier de Cracovie original.
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de Cracovie, et je ne vous ai pas écrit depuis la réponse que je vous y ai faite, où vous avez vu que nous sommes résolus à différer de vous envoyer des hommes jusqu’à ce que la Providence fasse naître l’occasion de les employer et de les entretenir de delà ; ce qui pourra arriver lorsque nous y penserons le moins. Le bon Dieu ne se gouverne pas dans ses œuvres selon nos vues et nos souhaits. Nous devons nous contenter de faire valoir le peu de talents qu’il nous a mis en main sans nous mettre en peine d’en avoir de plus grands ou de plus étendus. Si nous sommes fidèles en peu, il nous constituera sur beaucoup ; mais cela est de son ressort et non pas de nos soins. Laissons-le faire et resserrons-nous dans notre coquille. La compagnie a commencé sans aucun dessein de notre part ; elle s’est multipliée par la seule conduite de Dieu, et elle a été appelée en Pologne par des ordres supérieurs, sans que nous y ayons contribué que de la seule obéissance. Continuons, Monsieur, d’en user de même ; Dieu aura fort agréable cet abandon, et nous serons en paix. L’esprit du monde est remuant et veut tout faire. Laissons-le là. Nous ne voulons pas choisir nos voies, mais marcher par celles qu’il plaira à Dieu de nous prescrire. Estimons-nous indignes qu’il nous emploie et que les hommes pensent à nous, et nous voilà bien. Offrons-nous à lui pour tout faire et pour tout souffrir à sa gloire et à l’édification de son église. Il n’en veut pas davantage. S’il en désire les effets, ils sont en lui et non pas en nous. élargissons fort notre cœur et notre volonté en sa présence, sans nous déterminer à ceci ou à cela jusqu’à ce que Dieu aura parlé. Prions-le qu’il nous fasse la grâce de travailler cependant à la pratique des vertus que N.-S. pratiquait en sa vie cachée. Je le prie qu’il vous anime de son esprit et le bon M. Duperroy, afin que vous les possédiez toutes au plus haut degré.
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Je suis de tous les deux, en l’unique bon plaisir de Dieu, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.
2825. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 26 avril 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu trois de vos lettres. J’ai fort désiré de répondre plus tôt à vos deux premières, mais je ne l’ai pu.
Je loue Dieu, Monsieur, de la disposition qu’il y a à l’accommodement entre Messieurs les administrateurs et nous. Oh ! de grand cœur nous en passerons par le jugement de trois avocats de Paris, dont ils en nommeront l’un et nous l’autre, et ces deux choisiront le troisième. Je rends mille actions de grâces à M. de La Bataillère de l’ouverture qu’il en a faite et de l’affection avec laquelle il s’y porte. Je prie Notre-Seigneur qu’il le béatifie de la béatitude qu’il a promise aux pacifiques. Vous pouvez donc agir selon cette disposition.
Puisque l’on vous rend de bons témoignages du sieur Faussard, je consens que vous le receviez comme domestique à gages, pour vaquer à vos affaires temporelles, à condition que vous stipulerez avec lui qu’il ne gardera aucun papier par devers soi, mais qu’ayant
Lettre 2825. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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reçu de vous ou du procureur, ou levé du notaire, ou retiré de votre avocat, procureur ou sergent ou autres, ceux dont il aura besoin, il vous les remettra en main aussitôt qu’il n’en aura plus à faire ; et c’est à quoi il faudra veiller. Il n’est pas à propos de le recevoir pour frère quant à présent ; nous verrons avec le temps. Si vous le receviez d’abord pour frère, il ne faudrait pas l’employer sitôt aux affaires.
Quant au garçon que vous avez déjà reçu pour domestique, puisqu’il vous paraît laborieux et bien intentionné, vous le pouvez recevoir pour frère, pour en essayer ; et peut-être ferez-vous bien de le remettre encore, pour le mieux éprouver, ce que je laisse à votre discrétion.
Je n’ai rien à dire à l’acceptation du notaire que M. Le Vayer vous a présenté, puisque cela est fait.
Je ne suis pas d’avis, non plus que d’autres, que vous réduisiez votre bail général en baux particuliers. Vous avez assez d’embarras sans les augmenter, et le profit n’en vaudrait peut-être pas la peine. Voyez à trouver un fermier, homme de bien et solvable, qui vous en donne autant que feu M. Aubert. Si les vignes sont gelées, comme elles le sont ici, cela vous fera tort.
Je suis consolé que vous ayez envoyé faire une mission et de ce que vous êtes resté à la maison, où votre présence est toujours nécessaire ; et votre santé ne vous permet pas le travail de la prédication. Je suis bien aise aussi que vous ayez envoyé M. Le Blanc à cette mission, puisqu’il se comportait au séminaire de la sorte que vous me mandez, et de ce que vous avez donné le soin de vos pensionnaires à M. Molony. Dites-lui que, le sachant dans cet emploi, je consens qu’il y demeure, et que je l’en prie ; et si d’aventure il demande d’en sortir pour faire autre chose, vous n’aurez qu’à me donner avis de son désir de changer, lorsqu’il vous le
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témoignera, et je lui écrirai une lettre pour lui en dire mon sentiment (1)
Quand vous voyez quelqu’un qui ne s’acquitte pas de son devoir touchant son office, ou à l’égard du règlement, vous le devez avertir, quoiqu’il vous semble qu’il ne recevra pas bien votre avertissement, et même quand vous en seriez assuré par l’expérience, pourvu que cela se fasse à propos et toujours en esprit de douceur, parce qu’autrement il penserait bien faire, ou présumerait que vous approuvez son dérèglement. Vous ne devez donc point souffrir qu’aucun ne fasse qu’à demi les choses qu’il a à faire, et encore moins devez-vous vous charger, pour suppléer à sa négligence, de celles qu’il omet, car cela vous accablerait. Votre principal est la conduite générale de la famille et des affaires ; vous devez veiller sur tous et faire que tout se fasse dans l’ordre. Si, après cela, il vous reste du temps pour étudier, à la bonne heure, vous ferez bien de vous y appliquer. Mais je n’ai aucun loisir pour cela, me direz-vous. Si cela est, Monsieur, assurez-vous que Notre-Seigneur, vous voyant occupé à autre chose pour son amour, sera lui-même votre suffisance, et qu’il vous fera parler utilement quand vous prêcherez. Certes, ce ne sont pas les plus savants qui font le plus de fruit, mais ceux qui ont plus de grâce de Dieu. Or, qui est-ce qui en a davantage que ceux qui se détachent de toutes choses pour s’unir à sa divine bonté, comme vous faites, en portant amoureusement la charge qu’elle vous a imposée ?
Puisque ce bon curé qui demande d’être employé en vos missions a demeuré chez vous et que vous estimez
1) Première rédaction : pour faire autre chose, faites-lui sentir que dans la compagnie il faut obéir, que nous aimons mieux voir dehors que dedans un homme qui ne veut faire que ce qu’il lui plaît de faire.
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qu’il y fera bien, vous pouvez lui donner cette consolation, et à vos ouvriers ce soulagement. Mais, quant à la proposition de l’archidiaconé de Tréguier, il n’y faut pas penser, pour l’union, parce que les dignités d’une cathédrale ne s’unissent pas à d’autres corps. Remerciez-le pourtant de sa bonne volonté. Quand vous aurez vu M. le curé de Mamers (2), vous me manderez ce que c’est que le dessein qu’il a.
Je ne vous dis rien du frère Descroizilles ; nous verrons si la mission le changera.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2826. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 26 avril 1659
Mon cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre de Reims, et je vous écris à Laon pour vous dire que notre dernière assemblée n’a rien ordonné de nouveau, et je pense qu’elle ne se fera pas de quinze jours, ou trois semaines, à cause d’une mission que l’on va faire à l’Hôtel-Dieu, où les dames doivent assister. Après cela, nous verrons si elles vous pourront envoyer quelque chose. Cependant je prie Dieu
2) Pierre de Grougnault.
Lettre 2826. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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qu’il vous donne de plus en plus participation à son esprit.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà.
Je suis, en N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A notre frère le frère Jean Parre, de la Mission, chez M. le chantre, à Laon.
2827. — A PIERRE CABEL
De Paris, ce 30 avril 1659
Monsieur
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à votre lettre du 17. Je veux croire que vous êtes à présent de retour du voyage de Reims. Dieu veuille que ce soit en bonne disposition !
Vous ferez bien d’écrire à Mgr le suffragant de Trèves pour savoir si vous devez recevoir ou renvoyer les pénitents de son diocèse, afin de ne rien faire en cela qui ne soit dans l’ordre et selon la volonté de Dieu.
Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, mourut à Paris le mois passé. Elle a laissé à la maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de quelques prêtres qui s’emploient aux missions, et a désiré que tous les prêtres de la compagnie célébrassent chacun une messe après sa mort à son intention. Je vous prie, Monsieur, que vous et les vôtres lui rendiez ce devoir en esprit de reconnaissance.
Lettre 2827 —- L. s. — Dossier de la Mission, original. Cette lettre est probablement celle que signale Collet, op. cit., t. II, p. 539 en note ; il a lu Caset pour Cabel
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Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel, prêtre de la Mission, à Sedan.
2828. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 2 de mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre petite lettre du 22 avril ne contient rien à quoi je n’aie déjà fait réponse, et je pense que vous avez à présent reçu le secours que vous demandez pour l’hôpital. Il est bien à douter que Messieurs les administrateurs en reçoivent d’autre (M. le procureur général (1) s’en est expliqué) jusqu’au payement (2) de l’aumône du roi, qui est sur l’état de l’année prochaine ; et ainsi ils feront bien de ménager ces 2.000 livres, et d’emprunter, si elles ne suffisent, ce qui leur pourra manquer ; car, hélas ! laisseraient-ils périr les malades, faute de faire ce petit effort pour les secourir ?
Il y a huit jours que je vous ai envoyé deux lettres de change, l’une de mille et l’autre de cinq cent cinquante livres. Je ne vous dirai rien de l’emploi pour le présent, parce que ma précédente vous en informera amplement.
Lettre 2828. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Nicolas Fouquet.
2) Rédaction primitive : il ne faut point que Messieurs les administrateurs en attendent d’autre jusqu’au payement — Le saint a corrigé de sa main.
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Lorsque nous aurons reçu quelque chose de votre petit revenu, qui sera bientôt, Dieu aidant, nous vous l’enverrons ; il est sur les coches, comme vous savez, et va diminuant.
Je vous envoie de simples copies des fondations de Madame la duchesse d’Aiguillon et de feu Madame la marquise de Vins, où vous verrez à quoi elles obligent votre maison.
Nous avons reçu deux écus pour Pierre Le Gros, dit Lapointe, forçat sur la Capitaine ; j’écris à M. Huguier qu’il les lui donne. Nous avons reçu aussi 50 livres de Madame de Romilly pour M. le chevalier son fils, que je vous enverrai à la première occasion. Je vous prie cependant, si quelque barque part pour Tunis, d’avancer cette somme et de l’adresser à M. Le Vacher, à Tunis, pour la donner à cet esclave. Je prie aussi M. Huguier de donner 3 livres à Antoine Auroy, forçat sur la Grimaldi.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2829. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris. ce 2 de mai 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 7 avril, qui m’a beaucoup consolé. Vous m’avez fait grand plaisir de tenir ferme
Lettre 2829. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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pour ne confesser point les Français en votre chapelle, et je vous prie de continuer ; car la permission que j’ai donnée n’a été qu’en cas de nécessité ; encore je supposais qu’il n’y eût point d’église à un quart de lieue ou demi-lieue hors de la ville, parce que, s’il y en avait, j’étais d’avis qu’on allât confesser là ces pauvres gens, qui ne peuvent aller ailleurs ; et on m’avait proposé la chose d’un certain biais, qu’elle était bien différente de la face que vous lui donnez.
Je ne trouve pas que la petite façon et le peu de savoir du prêtre italien qui se présente pour être reçu vous doivent empêcher de le recevoir, si au reste il a quelque capacité, le sens bon et la volonté meilleure, ainsi que vous me faites entendre qu’il en a.
Je loue Dieu de ce que votre petite pépinière va croissant en nombre et en vertu. Il vaut mieux que Monsieur Antoine Bruno et tous ceux qui feront les vœux à la fin de leur séminaire les fassent en votre présence, pendant que vous direz la sainte messe, que non pas en la présence d’un autre qui n’est pas le supérieur, quand vous le pouvez faire.
Je ne suis pas en peine que vous connaissiez le besoin que vous avez de la grâce de Dieu, parce que cela vous tient en un état de crainte et d’humilité duquel nous ne devrions jamais sortir. Je prie Notre-Seigneur qu’il nous y établisse bien et qu’ensuite il nous remplisse de confiance vers sa bonté paternelle pour lui demander et pour obtenir tous les secours nécessaires au dessein que nous avons de procurer purement sa gloire en nous et en autrui Je le prie particulièrement qu’il vous donne la plénitude de son esprit, pour le répandre en Messieurs les curés de la campagne, qui sont ou qui doivent venir chez vous pour y faire les exercices, selon l’ordre de Monseigneur le cardinal.
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Je n’ai aucune nouvelle de Messieurs vos frères, et je ne sais si celui qui était allé à Rome en est de retour, sans lequel il n’y a pas moyen de rien résoudre en votre affaire. Mandez-moi s’il est encore en Italie, et, en cas qu’il soit à Rouen, écrivez à tous les deux pour leur proposer vos intentions, et nous agirons selon cela. Envoyez-moi vos lettres ouvertes.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant morte à Paris il y a un ou deux mois, a laissé à la maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de quelques prêtres qui feront des missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célébrassent après son décès chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, que tous ceux de votre famille lui rendent ce devoir en esprit de reconnaissance.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2830. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 2 de mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu en même temps deux de vos lettres, des 1er et 7 avril. Nous attendons la provision de Chavagnac et le dimissoire du frère Butler, que vous me faites espérer.
Je pense vous avoir mandé que le voyage de Madagascar est différé jusques au mois de septembre.
Lettre 2830. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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La réponse que vous me faites touchant les Pères de la Doctrine est bonne, qui est que nous ne pouvons pas leur communiquer nos privilèges. La mort du R. P. Hercules, ci-devant leur général, fera que peut-être ils n’y penseront plus, et Mgr le nonce, étant venu céans depuis peu, ne m’en a plus parlé, ou bien qu’ils pourront faire leur affaire sans nous.
Nous tâcherons d’acquitter votre lettre de change, et de vous aider un peu (1) ci-après à soutenir la dépense de votre petit séminaire, où vous me mandez devoir recevoir en bref un jeune prêtre italien (2) ; dont je loue Dieu. Et à ce sujet, je vous dirai, Monsieur, qu’il est bien à craindre que les Français que vous avez reçus ne réussissent pas, tant parce que c’est contre l’usage commun des autres communautés, même des Jésuites, ce me semble, qui, pour l’ordinaire, renvoient les postulants en leurs provinces, trouvant inconvénient de les recevoir hors de là, qu’à cause de la difficulté que les Français ont de s’accommoder avec les Italiens, et aussi parce que ceux qui vont à Rome peuvent entrer chez vous pour ne savoir que devenir et n’avoir de quoi rouler, pour se mettre à couvert en attendant ; ou bien ce sont des coureurs, sujets à quelque légèreté, qui veulent tantôt une condition et tantôt une autre. On m’a dit que le dernier que vous avez reçu a l’esprit ainsi fait, et il me semble en avoir aperçu quelque chose dans ses lettres. C’est pourquoi, Monsieur, je vous prie de nous adresser désormais les Français qui vous témoigneront désir d’entrer en la compagnie, à moins que ce
1) Dans ce qui précède, le saint a fait quelques additions de sa main. C’est lui qui a écrit les mots : jusqu’au mois de septembre, ci-devant, ou bien qu’ils pourront faire leur affaire sans nous, un peu.
2) Thomas Robiolis, né à Nice le 23 août 1634, entré dans la congrégation de la Mission à Rome le 30 juillet 1659, reçu aux vœux le 30 juillet 1661.
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soit quelqu’un de qui la vertu soit hors de soupçon et la vocation vous soit connue.
J’ai envoyé la dernière lettre, comme la précédente, de ce jeune homme de La Ferté-Bernard, à ses parents, et je prierai M. Eveillard de s’informer de l’accident arrivé à son père, pour lui en écrire la vérité.
Je vous ai déjà mandé que vous pouviez faire un effort pour obtenir le pouvoir au général de la compagnie de faire recevoir aux ordres sacrés quelques sujets de la compagnie qui n’auront et ne pourront avoir de titre patrimonial, sous celui de mensae communis, lorsqu’il le jugera à propos, puisque le Père Hilarion a été de cet avis.
Je loue Dieu de l’adoucissement du prédicateur qui voulait empêcher Messieurs d’Eu et Baliano de travailler au lieu où il prêchait, et de la modération que, par vos bons avis, ces Messieurs ont apporté dans ce fâcheux rencontre, et surtout je rends grâces à Dieu de ce que, les besoins y étant extraordinaires, les fruits de leurs exercices y sont considérables. Je suis consolé de ce que vous avez envoyé d’un autre côté Messieurs Legendre et Morando ; et s’il vous était possible d’en envoyer encore d’autres ailleurs, selon le désir de Mgr le cardinal Ginetti, je ne doute pas que vous ne le fissiez, tant à cause de son autorité, que du besoin que ces pauvres gens ont de ce secours.
Je loue Dieu de ce que M. Le Gouz est prêtre et qu’il se porte mieux.
Je sens beaucoup de soulagement (depuis que vous m’avez mandé que Mgr le cardinal Bagni revenait de son indisposition) de la peine où j’étais de sa maladie, qu’on nous a faite plus grande de deçà que vous ne me la faites. Plaise à Dieu de le conserver encore à son église !
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Je vous envoie l’attestation de Mgr de Troyes (3) de la pauvreté des parties pour lesquelles il demande une dispense de mariage, avec un petit mémoire instructif, en réponse des questions que vous avez faites.
M. Dupuich vous voulant écrire pour une autre dispense, je lui ai mandé que vous êtes trop surchargé, et qu’on s’adresse aux banquiers ; et j’écrirai la même chose à M. Serre, qui vous écrit pour une pareille expédition à celle que vous lui avez adressée, afin qu’il ne se charge plus de telles affaires. Baste pour cette fois !
Je suis toujours, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2831. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 3 mai 1659
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre de Laon, où je vois que vous retourniez sur vos pas à Rethel, pour achever ici ce que vous n’avez pu commencer là. Si Dieu le veut, tout se fera avec le temps. Je n’ai pas encore envoyé vos lettres à Madame Talon (1) et à Mademoiselle Viole, parce que je n’ai ouvert votre paquet qu’aujourd’hui.
Comme nos dames assistent à la mission qui se fait
3) François Malier du Houssaye.
Lettre 2831. — L. s. — Dossier de la Mission, original,
1) Françoise Doujat, veuve d’Omer Talon, avocat général au Parlement, morte le 17 avril 1667.
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à l’Hôtel-Dieu, nous n’avons point eu d’assemblée la semaine passée, et ainsi je n’ai rien à vous dire. Nous verrons si elles s’assembleront mercredi.
Les blés sont gelés en plusieurs endroits, aussi bien que les vignes, qui le sont partout. Plaise à Dieu d’avoir pitié du pauvre peuple ! Si la Providence nous afflige de ce côté-là, sa bonté nous console d’un autre : c’est qu’on parle de la paix comme d’une chose faite ; ce sera un grand bien pour les pauvres frontières.
Je suis, en l’amour de N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il y a huit jours, ou environ, qu’un de vos parents a passé ici, qui s’en allait à Liesse (2) avec quelques autres de votre pays. Je pense qu’il disait être votre beau-frère. Ducournau lui dit qu’il vous trouverait à Laon, parce que nous avions nouvelles pour lors que vous y deviez aller ; mais vraisemblablement ces pauvres gens ne vous y auront pas trouvé, puisque vous y avez été si peu.
Suscription : A notre frère le frère Jean Parre, de la congrégation de la Mission, à Rethel.
2832. — ALAIN DE SOLMINIHAC, A SAINT VINCENT
De Mercuès, ce 3 mai 1659
Monsieur,
Je fais un grand effort, vous écrivant celle-ci de ma main, à
2) Notre-Dame-de-Liesse (Aisne).
Lettre 2832. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
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cause de ma faiblesse dans laquelle je suis ; mais je m’y sens obligé pour vous dire qu’il est nécessaire que vous repreniez les armes que vous avez tenues si longtemps en main pour combattre le jansénisme, non pas pour le combattre derechef, mais bien la plus pernicieuse doctrine qui ait possible jamais paru dans l’église, qu’on tâche d’introduire, sous prétexte de combattre le jansénisme ; qui est un artifice ; je parle de ce monstre d’abomination, l’Apologie des casuistes. Vous savez, comme j’estime, que le général des auteurs de ce livre, ayant appris que la Sorbonne et quantité de prélats l’avaient condamné, leur a fait commandement de le désavouer ; ce qu’ils ont fait de bouche ; mais, en effet, ils le défendent si fortement qu’il n’y a rien qu’ils ne fassent pour le faire recevoir comme contenant une vraie doctrine. Je ne vous parle point pour avoir ouï dire, mais bien de ce qui s’est passé avec moi et les miens.
Il y peut avoir quelques six semaines que, le provincial de cette province m’étant venu voir, bien préparé, et son compagnon aussi, pour disputer avec moi de cette doctrine, il. commença à la proposer ; et lui en ayant dit en peu de mots mes sentiments, il voulut en même temps entrer en dispute ; mais je l’arrêtai court, lui disant que les évêques sont les maîtres et eux les disciples, avec lesquels ils ne disputent pas. Son compagnon dit que des plus savants prélats du royaume écrivaient pour la défense de ce livre. Auquel je répondis que cela n’était point et qu’il n’y avait pas homme de bien qui l’approuve. Et m’adressant au provincial je lui dis que, si lui ou les siens voulaient le soutenir, je ne les verrais jamais. Et s’étant retiré là-dessus, peu de jours après il me revint voir et me porta une lettre de son général, par laquelle il mande aux provinciaux de ce royaume de n’avoir point cet ouvrage, avec expresse défense à tous ceux de la compagnie d’écrire pour le soutenir. Néanmoins ils ne laissent pas d’em- ployer toutes [sortes] de moyens pour l’autoriser. Ils ont fait écrire depuis par un des leurs, appelé le Père Ferrier (1), un traité de la probabilité des opinions (2) pour montrer qu’on peut suivre l’opinion d’un docteur ou homme savant ; ce que personne ne nie, en certains cas ; et s’attache à le prouver par une multitude d’autorités, et établit, comme en passant, la
1) Jean Ferrier, né à Valadi (Aveyron) le 20 janvier 1614, reçu dans la Société de Jésus le 22 avril 1632, nommé confesseur du roi en 1670, auteur de plusieurs ouvrages contre le jansénisme, mort à Paris le 29 octobre 1674.
2) Les sentimens des plus considérables casuistes sur la probabilité des opinions dans la morale, par le P. Jean Ferrier, Toulouse, 1659 in-4. L’ouvrage est dédié à Pierre de Marca, archevêque de Toulouse.
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probabilité dans quelque raison considérable, et apporte pour preuve de cette proposition leurs auteurs ; ce qui est le but où il tend ; et a fait approuver cet ouvrage à deux docteurs de Sorbonne résidant dans Toulouse. Ils publient que, si la probabilité comme ils l’établissent est reçue, que toute l’Apologie le sera, étant toute fondée sur elle. C’est ce qu’il dit à un des miens.
J’ai envoyé par deux fois le prieur du couvent des chanoines réguliers de Cahors au recteur du collège de cette ville pour lui demander quels casuistes enseignaient cette doctrine qu’il met dans ce livre pour appuyer celle de l’Apologie ; mais il ne lui en a pu faire voir aucun, si bien qu’il n’y a que ceux de cette compagnie qui l’ont inventée et l’enseignent. Voyez, je vous prie où nous en serions s’il était reçu qu’on peut suivre, même où il s’agit de notre salut, une opinion qui serait appuyée de quelque raison considérable. Ils ont persuadé à Messeigneurs l’archevêque de Toulouse 3 (,) évêques de Vabres (4) et de Montpellier (5) d’écrire pour la probabilité, comme si ceux qui ont censuré l’Apologie la niaient ; ce qui n’est pas, mais seulement comme elle y est expliquée et couchée. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher que les prélats ne censurent ce méchant livre. Ils écrivent à Rome que, depuis que ces censures sont faites le jansénisme prend cœur contre l’autorité du Pape et afin par ce moyen, d’obliger Sa Sainteté de s’en réserver la connaissance. Enfin ils agissent avec tant de soin et de passion pour la défense de ce pernicieux livre, comme s’il s’agissait de la perte de la compagnie. Ils nous veulent diviser selon le jugement des plus clairvoyants et des intercesseurs (?), et, qui est bien plus, de notre cher notre Saint-Père. C’est pourquoi je vous prie d’assembler chez vous Messieurs les curé de Saint-Nicolas du Chardonneret (6) et marquis de Magnac (7) (il serait bien à désirer qu’il y eût quelque évêque) et voir les moyens qu’il faudra prendre pour empêcher les desseins de ces personnes. Je serai, s’il vous plaît, de ce conseil, qui doit être fort secret, et agréez que je vous die mon avis par avance, qui est que vous alliez voir Mgr le nonce et l’informiez bien que cette Apologie est un livre très pernicieux, que tous les gens de bien détestent, et qu’il n’est pas véritable que des évêques écrivent pour la défense de ce
3) Pierre de Marca (1654-1662).
4) Isaac Habert (1645-1668).
5) François Bosquet.
6) Hippolyte Féret.
7) Antoine de Salignac, marquis de Magnac, oncle de Fénelon, lieutenant général au gouvernement de la haute et basse Marche.
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livre, ni que les jansénistes reprennent cœur pour combattre l’autorité de notre Saint-Père : et j’estime qu’il le faut faire censurer par tout autant d’évêques qu’on pourra, et au plus tôt aux moines en général. Et je pense que ce sera le mieux, car il n’y a pas de difficulté qu’il ne mérite une griève censure. Il me semble qu’il serait expédient d’écrire à Mgr d’Alet d’expliquer la censure par une déclaration ; ce qu’il peut faire sur ce qu’il publie, comme s’il avait censuré les auteurs qui ont écrit qu’on pourrait suivre une opinion probable. Enfin il ne se faut pas endormir pour empêcher les maux que ce méchant livre causera. si on ne le prévient Décriez-le sans cesse comme un ouvrage très pernicieux, qui tend à détruire l’esprit du christianisme.
Ma faiblesse me contraint de finir en vous assurant que je suis, Monsieur…
ALAIN,
év. de Cahors.
Extrait de deux lettres d’un religieux au secrétaire de. Mgr l’évêque de Cahors. "Je vous envoie un petit traité de la probabilité des opinions, composé par un prélat de grande réputation et de grand savoir, qui ne met pas son nom. Il promet d’autres grands volumes sur ces matières, comme vous verrez par les lignes qui sont à la fin dudit traité en caractères différents. On nous écrit que Monseigneur l’archevêque de Toulouse travaille encore sur cette même matière et qu’il produira bientôt son ouvrage. L’on nous mande aussi que l’on a appelé des censures contre l’Apologie à Rome, où est le Père commun des fidèles et le juge souverain des décisions de la foi, de la morale et de la police de l’église. Les différends pourtant donnent cœur aux jansénistes. Le Pape a vu la lettre de cet ecclésiastique du Languedoc et l’a fort approuvée. Il attend avec désir les ouvrages des prélats qui travaillent en ces questions."
" Je vous fais part des nouvelles que l’on m’envoie sur les matières qui font aujourd’hui la plupart des querelles des curieux, des doctes et des zélés. 1° On écrit de Rome que le Pape a vu, lu et fort loué la lettre de Mgr l’évêque de Mirepoix (8), traduite en latin, comme vous l’avez lue, aussi bien qu’en français. Il y a trois prélats de grand nom et de grande érudition qui travaillent fortement sur cette matière et dont le Pape recevra avec autant d’approbation que de plaisir les ouvrages, que la lettre de Mgr de Mirepoix. 2° Le Pape regarde
8) Louis de Lévy de Ventadour (1655-1679).
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cette affaire de la Pologne contre les jansénistes et ses suites comme une affaire de conséquence pour l’intérêt de l’église et du Saint-Siège. C’est ce qu’il a témoigné par son assesseur dans Rome à des personnes d’une grande érudition et d’une éminente vertu. Une des raisons qui donnent ces pensées et ces soucis au Pape, c’est que les jansénistes en deviennent si insolents qu’ils commencent à ne parler plus avec respect de l’autorité du Pape et de sa souveraineté sur toute l’église universelle. 3° Le Pape a nommé huit cardinaux et autant de docteurs en théologie pour examiner cette Apologie des casuistes contre les jansénistes. 4° Le vicaire général de Mgr de Bourges (9) est le moteur de la censure qui vient de ce pays C’est un très honnête homme, mais, par un malheur dont je suis bien fâché, il a tiré des écrits de quelque professeur de l’université de Bourges quarante propositions, ou environ, et, après les avoir altérées, il les a insérées dans son ouvrage. Cela lui donnera bien de la peine, comme une chose qui sera sans doute portée à Rome, où est l’oracle souverain des fidèles. Je le plains, car c’est un excellent homme. J’ai entre mes mains un beau traité de la probabilité des opinions, composé par un de nos professeurs de théologie de Toulouse ; si vous le voulez voir, je vous l’enverrai."
Monsieur, faites voir à Mgr de Sarlat, coadjuteur de Cahors, et à M. le marquis de Magnac ma lettre et les copies de celles que le recteur du collège des Jésuites de Cahors a écrites à mon secrétaire, que je vous envoie. J’estime qu’il est très important que vous écriviez à M. Jolly de s’informer si on publie à Rome qu’il y a en France des évêques qui écrivent pour la défense de l’Apologie des casuistes et que les jansénistes reprennent cœur pour combattre l’autorité du Pape, depuis que quelques prélats l’ont censurée ; et, si cela est, d’assurer que cela n’est point quelqu’un qui approche la personne de notre Saint-Père, afin de. l’informer de la vérité, et qu’il vous mande ce qu’il en apprendra. Je n’ai pas jugé à propos de prier mondit seigneur de Sarlat d’assister au conseil duquel je vous écris, ne sachant s’il y aurait de la répugnance.
Pour réponse à ma lettre, il suffit que vous fassiez écrire à votre secrétaire ce que vous arrêtez, dans un feuillet de papier, sans être signé. Je vous entendrai bien, encore que vous parliez en termes couverts. Je ne dis pas cela pour ce qui me regarde, mais bien vous ; car je dirais publiquement, s’il en était besoin, ce que je vous écris.
9) Le diocèse de Bourges avait à sa tête Anne de Lévy de Ventadour (1651-1662).
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Il faudra, s’il. vous plaît, écrire des billets à. Mgr de Sarlat notre coadjuteur, et à M. de Magnac, pour se rendre chez vous, afin de leur communiquer ma lettre et les deux copies de celles du recteur du collège de Cahors, qui tendent à me dissuader de publier la censure que j’ai faite de ce méchant livre. L’appel duquel il parle est une invention ridicule.
2833. — A JEAN MONVOISIN
De Paris, ce 5 de mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 20 avril. Il faut donc que vous ayez encore patience pour la petite rente de Madame de Melun. Il ne faut pas pourtant laisser de lui en écrire de fois à d’autre.
Quant à ce que M. le procureur du roi de Neuilly-Saint-Front (1) a reçu, ou doit recevoir, du fermier des terres de feu M. François Vincent, il n’y a pas danger de vous informer pourquoi et de lui faire représenter que cela a été donné par le défunt à la compagnie ; et, selon sa réponse, nous verrons ce qu’il y aura à faire.
Je ne suis pas d’avis que vous donniez procuration à personne pour agir pour vous au sujet de ces terres ; et vous devez même défendre au fermier de payer à d’autres qu’à vous. J’aurais été bien aise de savoir quand écherra son bail.
Lorsque vous pourrez retourner en ce lieu-là, il faudra vous enquérir adroitement, par d’autres ou par lui-même, qui était fermier avant lui de ce bien-là, pour savoir au vrai combien d’arpents il y en doit avoir, et, s’il y en a 26, ce que sont devenus les cinq qu’on
Lettre 2833. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1) Aujourd’hui chef-lieu de canton dans l’Aisne.
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trouve à dire, et qui sont ceux qui s’en sont emparés. S’il y avait de la faute du fermier qui jouit, il faudrait lui faire payer à raison de 26 arpents, puisqu’il s’y est obligé ; mais aussi n’est-il pas raisonnable qu’il paie pour plus de 21, s’il ne s’y en trouve pas davantage. Enquérez-vous aussi si ces terres sont bonnes et ce qu’elles peuvent valoir par communes années, par exemple, ce que donne un arpent. Je ne doute pas que vous n’en trouviez davantage de 3 livres 8 sols de ferme au premier bail. L’on avait cinquante écus par an de cette petite ferme (2).
Renvoyez-nous le frère Pinson (3), puisque vous n’en avez pas besoin.
Mandez-moi si vos vignes sont gelées, comme elles le sont partout ailleurs ; et si vous avez du vin, gardez-le.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence et qui mourut à Paris au mois de mars dernier, a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres qui s’emploieront à faire des missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célèbrent chacun une messe après sa mort à son intention. Je vous prie, Monsieur, que vous et les vôtres lui rendiez ce devoir en esprit de reconnaissance.
Je vous embrasse tous de toutes les tendresses de mon cœur et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Faudra savoir quand le fermier sera à terme de son bail.
2) ce membre de phrase est de la main du saint.
3) Denis Pinson, né en 1630, à Villers-sous-Saint-Leu (Oise), reçu dans la congrégation de la Mission le 17 juillet 1654, à l’âge de vingt-quatre ans.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Monvoisin, prêtre de la Mission, à Montmirail.
2834. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 9 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je commence à m’affliger de ne recevoir de vos lettres. Il y a cinq ou six semaines que je n’en ai reçu, ce me semble, et si je ne puis croire que vous ne m’en ayez écrit ; oh bien ! patience ! Peut-être que j’en recevrai trois ou quatre à la fois. Je ne suis en peine que de votre santé et de celle de M. Duperroy, lequel apprendra nouvelle de celle de M. son frère dans la lettre incluse.
Nous n’avons rien de particulier à vous mander, qui mérite de vous être écrit, sinon qu’il plaît à Dieu de continuer ses bénédictions sur la pauvre et petite compagnie.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, mourut dernièrement en cette ville, laquelle a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres, qui feront des missions, et a désiré qu’après son décès tous ceux de la compagnie célèbrent chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre, vous et M. Duperroy, ce devoir-là en esprit de reconnaissance.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p d. l. M.
Depuis la présente écrite, j’ai reçu la vôtre du 9 avril.
Lettre 2834. — L. s — Dossier de Cracovie, original Le post-scriptum est de la main du saint.
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Qu’elle m’a donné de consolation ! Il est trop tard pour y répondre à cette heure.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.
2835 — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
Paris, ce 9 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous verrez, par la lettre de M. Durand ci-incluse, la proposition que lui a faite Monseigneur de Montpellier (1) et la pensée dudit sieur Durand sur votre sujet, laquelle nous avons examinée ici, et avons jugé que vous, Monsieur, et M. Parisy êtes des plus propres que nous voyions en la compagnie pour jeter les fondements d’un œuvre d’une telle importance. La vocation de la compagnie en ce lieu-là, qui fait voir, par celui qui la demande, qu’elle est de Dieu, la considération de l’état ecclésiastique, comme il est fait en ce lieu-là, où l’hérésie a établi son trône depuis tant d’années, c’est ce qui semble nous obliger à nous donner à Dieu pour cela Il n’y a que Marseille et le besoin que cette maison a de votre présence qui m’embarrasse et me met en peine. M. Le Vacher (2), qui vous a représenté en votre absence, pourra continuer, s’il lui plaît, jusques à ce que nous envoyions quelqu’autre à votre place. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de faire ce sacrifice de votre
Lettre 2835. — L. a. — L’original appartient aux Carmes de l’ancien monastère de Rennes.
1) François Bosquet (1655-1676).
2) Philippe Le Vacher.
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personne au bon Dieu, de mettre les affaires au meilleur état que vous pourrez et d’en donner la connaissance audit sieur Le Vacher, de partir le plus tôt que vous pourrez, de passer à Agde, d’y conférer avec Monsieur Durand de toutes choses. Je ne vous donne point des avis particuliers sur cela ; j’attendrai le plan et l’état de toutes choses pour vous dire ensuite mes petites pensées. Il n’est pas expédient que vous preniez congé tout à fait de Monseigneur de Marseille, ni des autres personnes que vous le devez ; il suffira de dire que vous avez ordre d’aller jusques à Montpellier. Aussi bien peut-être trouverez-vous les choses changées. Vous ferez donner une clef du coffre à Monsieur Le Vacher et retiendrez l’autre ; vous ne serez pas si éloigné que, s’il est besoin, vous ne puissiez vous trouver à l’ouverture du coffre, quand il sera temps. Allez donc, Monsieur, in nomine Domini. Je prie sa divine bonté qu’elle vous remplisse de son esprit, pour le communiquer aux âmes. Que la divine Providence veille à votre conduite !
Je suis, en son amour, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Il se [rait à] dés [irer] que vous ayez un frère, si faire se peut, pour beaucoup de raisons, et que vous le fassiez rendre à Montpellier, quand vous le jugerez à propos.
Je suis derechef… (3)
Je ne sais ce que vous m’avez écrit des conduites de M. Bidre (4) ; mandez-le moi ; selon cela, je lui écrirai.
3) Ces quatre dernières lignes ont été ajoutées, une fois la lettre signée, dans l’espace blanc qui séparait les mots "Je suis en son amour" de "Votre très humble serviteur".
4) Première rédaction : de M. Beaure. Le nom de M. Beaure se trouve dans le catalogue du personnel, non celui de M. Bidre.
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J’ai eu un accablement d’affaires à traiter avec le monde et n’ai pas eu le temps d’écrire à M. Le Vacher ; vous lui communiquerez la présente, par laquelle je le prie de vous représenter en votre absence et de suivre toutes vos conduites. Vous lui donnerez un bref état des sommes que vous avez reçues depuis un an et de celles que vous avez envoyées à Tunis et à Alger, de ce que vous devez, si vous devez, et de ce qui vous est dû et de ce que vous lui laisserez entre les mains, et m’enverrez une copie de tout cela, s’il vous plaît.
Notre frère Get est le meilleur de dix-huit écoliers que nous avons en philosophie, et l’on estime qu’il sera capable d’enseigner la même philosophie à la fin de la classe présente.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2836. — A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 9 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu une lettre du 29 avril. J’ai fait tenir à Madame la duchesse d’Aiguillon celle de M. Le Vacher (1), et à M. le procureur général (2) celle de Messieurs les administrateurs.
Le frère oublia, la semaine passée, de mettre dans un paquet les extraits des fondations de Mesdames d’Aiguillon et de Vins, pour y voir vos obligations ; voici que nous vous les envoyons à présent.
Je n’ai rien à dire à ce que vous me mandez des missions, sinon qu’il est à souhaiter que l’on préfère à
Lettre 2836. — Dossier de la Mission, copie prise sur l’original chez. M. Hains à Marseille.
1) Philippe Le Vacher.
2) Nicolas Fouquet.
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l’avenir, tant que l’on pourra, le diocèse de Marseille à tout autre.
Je crains fort, comme vous, que M. Constans joue de son reste contre le consul (3), quand il le verra substitué à sa place ; et Dieu veuille que cet agent ne nuise à l’œuvre de Dieu, étant difficile de servir à deux maîtres !
Vous verrez comme la fondation de Madame de Vins doit être employée en fonds, et qu’elle n’est payable que dans trois ans ; et ainsi je doute que vous puissiez prendre sur ce fonds les 300 écus dont vous avez besoin pour conduire l’eau que la ville vous a donnée, en votre jardin ; mais, si vous pouviez attendre encore un an, vous pourriez prendre cet argent sur les mille livres que les héritiers ou les exécuteurs testamentaires de cette dame vous donneront pour lors, pour la rente de la première année de cette fondation ; l’on y pensera, ou, si l’on trouve de l’argent à prendre, l’on le prendra.
Nous avons reçu un écu pour Nicolas Bonner, et huit pour le sieur Gardon, forçat sur la Saint-Philippe. Je prie M. Huguier de leur donner à chacun leur fait, et vous de lui tenir compte de ces 27 livres, comme nous ferons à vous.
Je prie M. Le Vacher de m’excuser de ce que je ne lui écris pour cette fois ; il est huit heures du soir. S’il y a quelques nouvelles du pauvre Bernusset, il fera plaisir à M. l’abbé de Chandon de lui en faire part, et à moi de me mander si l’argent qu’on lui a envoyé suffira pour son rachat.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3) Jean Barreau.
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2837. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 9 mai 1659
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre lettre du 22 avril étant pleine de sujets de consolation, je ne sais par où commencer pour en remercier Dieu. Je l’ai déjà fait en général et en particulier pour les grâces spéciales que Dieu vous a faites dans les missions, et par vous aux pécheurs, et aux plus obstinés, pour le don considérable et extraordinaire que vous a fait le seigneur Brignole (1), et pour le dessein que nos seigneurs du Sénat ont d’envoyer des missionnaires en Corse et d’assigner une somme tous les ans à cet effet ; et ne pouvant à mon gré faire seul ce remerciement à Dieu, j’ai eu recours à la compagnie pour m’aider à ce juste devoir, à laquelle j’ai donné pour entremets toutes ces bénédictions du ciel.
Je n’ai point de paroles, Monsieur, et n’en attends pas, qui puissent exprimer à ce vertueux et charitable gentilhomme ma reconnaissance de l’incomparable charité qu’il vous a faite. Je prie N.-S. qu’il la lui fasse connaître. Je me donnerai l’honneur de lui en témoigner quelque chose par une lettre sitôt que Dieu me donnera le loisir de la lui faire ; pour aujourd’hui, je ne le puis. Je tâcherai d’en écrire une autre à Mgr le cardinal en même temps. Après Dieu, nous avons l’obligation à Son éminence de ce bienfait et de tous les autres. Nous ne
Lettre 2837. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
1) Maria-Emmanuel Brignole, marquis de Grappoli en Toscane fils d’Antoine-Jules Brignole, qui était entré chez les Jésuites le 11 mars 1652
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pouvons pas nous offrir audit seigneur Brignole d’aller faire mission en son marquisat, que sous le bon plaisir de mondit seigneur le cardinal, ni vous ne devez vous engager sans son agrément d’aller travailler en Corse. Nous ne sommes pas obligés seulement de suivre ses ordres, mais encore de nous accommoder à ses intentions. Au reste, la bonté de Dieu est bien grande sur la compagnie, de penser à elle pour son service en tant de lieux et de manières, et de faire qu’à cause des petits services que nous rendons aux pauvres gens, les grands et les riches nous assistent et nous excitent même à continuer et à nous étendre. Si Notre-Seigneur permet que le dessein qu’on a formé pour l’instruction et le salut de ces insulaires réussisse, à la bonne heure, il faudra répondre à la vocation. Mais nous devons nous tenir à la maxime, que Dieu nous a fait la grâce de garder jusqu’à présent, de n’aller jamais au devant des emplois pour nous les procurer directement ou indirectement. Nous devons gémir devant Dieu de voir tant de besoins dans l’église, et prier la divine bonté qu’elle ait agréable d’y remédier et d’envoyer de bons ouvriers à sa vigne ; mais de nous offrir aux hommes pour aucun lieu avant qu’on nous y appelle, il s’en faut bien donner de garde. Ce que nous avons à faire, Monsieur, est de nous fort humilier et de nous abandonner parfaitement à Dieu.
Vous me donnez sujet de revenir à Monsieur Emmanuel Brignole sur la grande affection que vous dites qu’il a pour notre chétive congrégation, pour vous répondre qu’un de mes étonnements est qu’un seigneur de sa condition et de sa piété mette son cœur en si bas lieu, pour élever notre indignité à l’honneur de sa bienveillance et aux effets de sa bonté. Nous prierons Dieu qu’il en soit sa récompense. Notre maison de Rome
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recevra une grande bénédiction, s’il a agréable de se servir d’elle pour les saintes intentions qu’il a.
Je loue Dieu des nouveaux séminaristes que vous avez reçus. Tant s’en faut que vous ayez mal fait, qu’il me semble que c’est le contraire, de vous être employé vers Mgr le cardinal (2) pour faire recevoir en son séminaire, moyennant pension, les deux jeunes hommes clercs qui vous ont demandé d’entrer en la compagnie et qui n’ont pas assez d’étude pour cela. Ce sera un moyen à eux de parvenir à ce qu’ils prétendent, et à vous de les mieux connaître pour juger si Dieu le veut.
Pour les garçons qui veulent être frères coadjuteurs, puisque vous en avez reçu un à l’épreuve (3), c’est assez pour le présent, puisque vous n’en avez besoin davantage ; vous pourrez donc, non pas refuser les autres, mais les remettre.
Il ne faut pas douter, Monsieur, que je ne vous offre souvent et tendrement à Dieu, avec vos conduites, votre famille et vos exercices ; et je ne me contente pas de cela, mais je recommande à la compagnie d’en faire de même, à ce que Dieu soit votre esprit, votre force, votre prétention, votre vertu, votre succès et votre gloire. Pour moi, je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) Le cardinal Durazzo.
3) Jean Lavanino, né le 27 décembre 1641 dans le diocèse de Gênes, entré dans la congrégation de la Mission à Gênes le 9 octobre 1659, reçu aux vœux le 20 octobre 1667.
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2838. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 9 mai 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 14 avril. Il ne faut s’étonner si on ne vous parle plus de vous donner une maison, parce que c’est une affaire de Dieu, qui fera cela par des manières imprévues et des moyens extraordinaires, et peut-être quand nous n’y penserons point. Ce que nous avons à faire est de nous abandonner à sa conduite et de nous estimer heureux de pouvoir honorer en quelque sorte la pauvreté de N.-S., qui n’avait aucun couvert à lui. Si on n’avait jamais ouï ou vu personne servir à Dieu et se confier à sa bonté, manquer des choses convenables à son état, nous aurions quelque sujet de nous empresser pour nos besoins ; mais nous n’avons qu’à les commettre à sa providence, nous rendre fidèles à nos obligations et tenir pour assuré que tôt ou tard Dieu pourvoira à ce qu’il sait nous être nécessaire pour les desseins qu’il a sur nous. Qu’avons-nous à faire d’autre chose ?
Je vous prie, Monsieur, de nous aider à remercier Dieu de la charité qu’un gentilhomme de Gênes (1) a faite à notre famille du même lieu, qui est de lui promettre deux mille livres par an pendant sa vie pour sa subsistance. Qui peut lui avoir donné ce mouvement que Dieu ? Mgr le cardinal (2) y a contribué ; mais la grâce de cette résolution ne peut venir que du ciel.
Vous m’avez grandement réjoui par l’assurance que
Lettre 2838. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Emmanuel Brignole.
2) Le cardinal Durazzo.
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vous me donnez que Mgr le cardinal Bagni est guéri. Je vous prie de l’assurer que je ne pouvais recevoir une plus sensible consolation, et que nous prierons Dieu qu’il le conserve à son église pour la fin que tous les gens de bien souhaitent de deçà.
Je loue Dieu des missions que vos ouvriers font et des grâces que Dieu leur fait, et par eux au pauvre peuple. Vous pouvez faire état, et eux aussi, des prières de cette communauté ici, qui les offre souvent à N.-S. pour la santé de vos personnes et la bénédiction de vos emplois.
Je vous envoie un mémoire de la part de Mgr de Chartres (3). C’est assez de vous dire que c’est de lui, pour vous porter à faire ce qu’il désire. Je vous en prie néanmoins en mon particulier.
Nous n’avons que de bonnes nouvelles de deçà, grâces à Dieu, sinon que les gelées ont ruiné les vignes quasi par tout ce royaume, et la plupart des seigles. Dieu a voulu modérer par ces pertes la joie qu’on avait de la paix générale, qu’on tient pour certaine.
Je suis encore plus assurément, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
3) Ferdinand de Neufville de Villeroy.
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2839. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 10 mai 1659
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il s’est trouvé peu de dames à notre dernière assemblée, qui ne vous ont rien ordonné, faute de fonds. Elles vous prient seulement, et moi avec elles, de vous reposer et de prendre les remèdes que le médecin jugera à propos pour vous guérir, comme aussi de prendre un cheval pour aller d’une ville à une autre, quand vous en aurez besoin.
Je suis du cœur que Dieu sait, en son amour… (1)
Nous avons reçu céans votre neveu et l’avons fait reposer deux ou trois jours. Je lui ai fait donner deux écus pour s’en aller. Je n’ai pas voulu toucher à la jouissance qu’il demande de votre bien, puisque c’est son père qui le tient.
J’ai vu M. Carlier ; il a dîné céans un jour.
Je suis, en N.-S., mon cher Frère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A mon frère le frère Jean Parre, de la congrégation de la Mission, à Rethel.
Lettre 2839. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Primitivement, ces mots se continuaient par les mots de la fin "mon cher frère, etc.", dont ils étaient séparés par un grand espace blanc. La lettre finie, le secrétaire écrivit dans l’intervalle ce que nous y lisons. De là vient que la phrase "Je suis du cœur, etc." semble inachevée.
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2840. — A UNE FILLE DE LA CHARITé
14 mai 1659
Ma très chère Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous demande pardon d’avoir tant tardé à répondre à votre lettre du 15 février. Mes petites indispositions et quelquefois mes occupations pressantes en ont été en partie la cause. Mais il faut que je vous avoue franchement que je l’ai fait en partie à dessein, à raison des choses que vous m’écriviez, qui ne requéraient pas sitôt réponse. Vous me déclariez vos peines et douleurs de l’esprit, afin que je vous donnasse quelque prompt remède pour les alléger ; et cependant j’ai appris, même par longue expérience, qu’il n’est pas expédient de panser sitôt les plaies qui sont si fraîches, parce que cela leur nuirait plus qu’il ne servirait ; comme, au contraire, quand on laisse un peu la nature agir seule, le mal se guérit plus tôt, particulièrement quand la plaie a bien saigné et qu’elle a jeté tout son pus. C’est ce que vous avez fait quand vous m’avez écrit ce que vous aviez sur le cœur, qui vous affligeait. C’est aussi ce que j’ai fait quand je vous ai laissée sans réponse jusqu’à l’heure présente, et ce que je fais maintenant par les petits avis que je vous donne pour contribuer à l’allégement de vos peines, si tant est que vous en ayez encore ; d’autant que je me persuade que le même Dieu qui vous a autrefois délivrée de semblables afflictions, lorsque vous pensiez que votre mal était irrémédiable, le même Dieu vous aura pareillement garantie de cette
Lettre 2840. — Conférences spirituelles tenues pour les Filles de la Charité, p. 648.
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autre peine intérieure, puisque vous avez fait, de votre part, ce que vous deviez et pouviez pour coopérer avec sa grâce, ainsi que vous fîtes étant à Liancourt, et avec heureux succès.
Et qu’est-ce que vous fîtes alors ? Vous fûtes diligente à communiquer votre intérieur par lettre à votre directeur ; vous eûtes recours à Dieu, à la sainte Vierge et aux saints, en attendant de mes nouvelles ; vous tâchâtes de vous humilier et confier en Dieu et de pratiquer les résolutions que vous aviez prises en votre retraite et les avis que je vous y avais donnés. Et quand après cela, vous reçûtes ma lettre, il se trouva que vous étiez déjà guérie de votre mal, avant même de la lire
Et comment se fait cela ? C’est, comme je viens de dire, que Dieu ne manque jamais de nous secourir au temps qu’il faut, quand nous avons fait, de notre côté, ce que nous avons pu, ainsi que vous avez fait. Et quand bien vos peines continueraient à présent, je ne voudrais pas me mettre en souci de vous en délivrer puisqu’elles procèdent d’une si bonne racine, qui est la défiance de vous-même, et produisent un si bon fruit qui est la mauvaise opinion que vous avez de vous-même, tout cela étant un grand moyen pour vous avancer en la sainte humilité et par conséquent en la perfection que votre vocation demande de vous ; si bien que vous avez plutôt sujet de vous réjouir de votre peine que de vous en affliger. Si vous aviez recherché par curiosité d’aller là où vous êtes, ou que vous eussiez brigué par ambition la charge que vous avez, ou que, par pure paresse ou par malice, vous manquassiez à faire votre office, vous pourriez craindre que Dieu ne vous en fît un jour rendre compte. Mais, sachant que vous êtes bien éloignée de cela, et qu’au contraire vous n’alléguez que votre incapacité et le trop d’estime que vos supérieurs ont de vous, et que d’ailleurs c’est Dieu
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qui vous a établie là, puisque c’est par obéissance que vous y êtes, et par conséquent que vous êtes assurée que vous faites en cela la divine volonté, pour ces raisons, dis-je, vous devez demeurer en repos, adorant sa providence et vous résignant, en cela comme en toute autre chose, à sa sainte volonté. Que si, nonobstant tout cela, votre peine continue encore, ne vous en mettez pas en peine, et contentez-vous de faire bonnement ce que vous pourrez. Et si la pensée vous vient que vous n’êtes bonne à rien et que vous ne faites que gâter tout, dites : Eh bien ! tant mieux, puisque Dieu a accoutumé de se servir des plus chétifs instruments pour faire de grandes choses, il y a sujet d’espérer que les choses iront mieux que si j’étais bien intelligente et bien vertueuse, parce que j’aurai, par ce moyen, plus de sujet de m’humilier et d’attribuer à Dieu seul la gloire de tout le bien qui en réussira, et je ne serai point si tentée de vaine gloire et de présomption.
Voilà, ma Sœur, ma très chère Fille en Jésus-Christ, voilà tout ce que je voudrais me dire à moi-même, si j’étais en pareille peine. Je me suis étendu plus que je n’avais résolu et plus qu’il ne fallait, puisque je suis assuré qu’un mot d’encouragement eût pu suffire pour vous consoler et mettre en repos votre esprit. Je n’ai laissé de vous faire cette lettre, parce que, si elle ne vous est pas nécessaire pour le présent, elle pourra vous servir pour l’avenir, lorsque de pareilles et plus grandes afflictions vous attaqueront ; à quoi nous devons nous attendre, si nous prétendons au paradis. Ne croyez pourtant pas que les avis qui sont sur ce papier puissent donner allégement à vos peines ; il faut que Dieu y donne son esprit, et attendre tout de sa bonté infinie, laquelle il faut prier souvent pour cela, comme je la prie dès à présent d’être elle-même votre force
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votre courage et votre conduite en tout et partout. Je fais le même souhait pour votre chère compagne, laquelle je salue avec vénération, et me recommande à ses prières et aux vôtres, étant de toutes deux, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, etc.
2841. — LOUIS DUPONT
De Paris, ce 14 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai reçu de vos chères lettres depuis celle du 30 mars. Il y a aussi longtemps que je ne vous ai écrit, par ma misère, qui voudrais me consoler plus souvent avec vous des grâces que Dieu vous fait, et par vous à votre (1) diocèse. Je ne laisse pas, quand j’y pense, de m’en réjouir devant Dieu et de l’en remercier, particulièrement du bonheur que vous avez de travailler sous un si bon prélat, qui contribue en tant de manières, par ses exemples et par ses soins, à la sanctification de son clergé et au salut de son peuple. Plaise à Dieu de le conserver et de vous remplir de son esprit pour répondre à ses saintes intentions !
Je suis bien aise que notre frère Butler vous soulage et vous satisfait. Je m’attendais bien à cela. Nous sommes après pour trouver moyen de lui faire prendre les ordres sacrés.
Je loue Dieu pareillement de ce que ces autres Messieurs, employés avec vous à l’œuvre de Dieu, s’y comportent avec la piété et l’application que Dieu le demande,
Lettre 2841. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) Première rédaction : à tout le diocèse. La correction est de la main du saint.
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et avec l’édification qu’ils doivent au dedans et au dehors. C’est le moyen, Monsieur, d’attirer de nouvelles bénédictions sur vos personnes et vos emplois Ayez bien soin, je vous en prie, de leur santé et de la vôtre.
Il plaît à Dieu de continuer sa protection et ses grâces à la petite compagnie et de tirer partout quelque fruit de ses petits services. Il nous présente bien des occasions de lui en rendre de nouveaux, et en des lieux où nous n’avons pas encore travaillé ; mais les forces nous manquent, et Dieu nous fait connaître par là notre besoin pour nous obliger à le prier qu’il envoie de bons ouvriers à sa vigne. Ceux que vous nous avez adressés font assez bien, grâces à Dieu.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant décédée à Paris au mois de mars dernier, a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres, qui seront employés aux missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célèbrent après son décès chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre, vous et les vôtres, ce juste devoir en esprit de reconnaissance.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je viens de recevoir votre lettre du 26 avril, qui me donne de nouveaux sujets de louer Dieu de l’avancement de votre séminaire matériel et spirituel.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dupont, supérieur des prêtres de la Mission de Tréguier, à Tréguier.
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2842. — A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
De Paris, ce 16 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 29 avril. Je ne doute pas que les croix de votre charge ne vous paraissent telles que vous me mandez ; mais, à mon avis, elles ne sont grandes que parce que vous les regardez comme telles ; pour le moins, ne sont-elles pas extraordinaires, car tous ceux qui conduisent en ont de pareilles. Ils ont des esprits difficiles à gouverner et des naturels différents qui se portent à choses diverses et souvent peu convenables, qu’il faut supporter et néanmoins tâcher de réduire avec douceur, patience et dextérité à l’amour de la règle et de l’obéissance. Continuez d’agir ainsi, comme vous avez fait jusqu’à présent. Avec cela, Monsieur, anéantissez-vous devant Dieu, reconnaissant que vous n’êtes rien qu’un instrument inutile et capable de tout gâter. Mais, tel que vous êtes, abandonnez-vous à sa divine conduite, plein de confiance qu’elle sera elle-même la conduite de vos conduites, la force de votre esprit et de votre corps et l’âme de votre famille. Je vous prie donc de prendre courage et d’espérer que tout ira bien, alors même qu’il vous semblera le contraire.
Je suis grandement consolé de l’honneur que la république nous fait de jeter les yeux sur la petite compagnie pour l’employer en son royaume de Corse. Nous avons également désir et obligation de lui obéir ; et plaise à Dieu de nous en rendre dignes ! Mais il se rencontre deux difficultés en l’établissement proposé,
Lettre 2842. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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outre celles que vous marquez, dont la première est que nous n’avons pas pour le présent des hommes formés pour y envoyer. Vous savez qu’il faut qu’ils parlent italien. Où les prendre ? Vous avez besoin des vôtres, et la maison de Rome des siens, aussi bien que celle de Turin. Et la seconde est que nous ne pouvons travailler utilement dans les diocèses, si nous ne sommes employés et soutenus par Nosseigneurs les évêques. Or il arriverait un contraire effet en cette île-là, si la subsistance des ouvriers se prend sur ceux de qui ils doivent dépendre, parce que cela fera qu’ils le regarderont de mauvais œil. Pour ces raisons, il est à souhaiter que ce dessein se diffère et qu’on se contente d’une mission semblable à celle que feu M. Blatiron y a faite, laquelle vous pourriez entreprendre au temps le plus commode, pourvu que Mgr le cardinal l’ait agréable ; et peut-être que la maison de Rome vous pourrait aider.
Je loue Dieu des v [œux] que M. Antoine Bruno a faits (1), et je prie sa divine Majesté qu’elle lui fasse la grâce de vivre conformément à ces promesses.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je me donne l’honneur d’écrire à Mgr le cardinal (2)
Monsieur l’agent de Gênes (3) nous a fait l’honneur de venir céans ; et moi, étant hors d’état d’aller chez lui, je lui ai envoyé aujourd’hui M. Alméras, qui est revenu plein d’admiration de sa bonne façon, de sa grande civilité, de son bel esprit et de son bon naturel.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle.
1) Le 28 avril.
2) Le cardinal Durazzo.
3) Le marquis Durazzo. Il était arrivé à Paris le 6 avril.
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2843. — A EDME JOLLY
De Paris, ce 16 mai 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai qu’à louer Dieu de toutes les choses que vous me mandez par votre lettre du 21 avril, et à vous remercier en particulier de ce que vous allez travailler pour Madame la duchesse d’Aiguillon à son affaire de Lorette, que vous avez fait prendre la date, que Mgr de Sarlat (1) a désirée, de la provision de Chavagnac, et de l’absolution d’irrégularité pour ce curé. du diocèse de Sens, que nous avons reçue, et pour l’expédition de l’affaire de Mgr de Pamiers (2), que vous nous faites espérer.
Quant à ce que Mgr le cardinal de Sainte-Croix vous a dit, nous n’avons qu’à nous bien humilier devant Dieu, adorant toujours les ordres de sa conduite sur nous, sans nous mettre en peine de ce qui nous regarde, mais seulement de nous bien acquitter du devoir que nous avons vers N.-S. et vers les âmes qu’il a rachetées.
Nous vous avons envoyé ci-devant le portrait de la main gauche de notre frère Etienne, qui est si difforme qu’elle ne semble pas une main ; elle est comme une masse de chair ronde, où il ne paraît que le bout du pouce et d’un autre doigt, dont néanmoins il se peut servir en certaines choses. Quand nous le reçûmes en la compagnie, ce fut à condition que nous ne le ferions pas prêtre, et lui-même ne s’attend pas encore de l’être, quoiqu’il témoigne affection pour cela, à cause du zèle
Lettre 2843. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Nicolas Sevin.
2) François-Etienne Caulet.
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que Dieu lui donne pour aller évangéliser les infidèles. Mais parce que le long temps qu’il y a qu’il sent ce mouvement de quitter son pays et d’employer ses biens et sa vie pour la propagation de la foi, qu’il a toujours travaillé solidement à la vertu, qu’il a même étudié en théologie, qu’il a les marques d’une vraie vocation pour les pays éloignés, et que nous avons résolu de l’envoyer à Madagascar au premier embarquement, nous avons pensé qu’il y servirait Dieu plus utilement, s’il était prêtre, et que peut-être, en cette considération, on le dispensera de son irrégularité. Je vous prie de faire un effort pour lui obtenir cette dispense, de laquelle je ne doute pas qu’on ne fasse l’adresse à Messieurs les grands vicaires de Paris ; et en ce cas, ce sera à eux à juger s’il y a danger de lui faire prendre les ordres sacrés, et la volonté de Dieu nous sera connue par ce moyen-là. Peut-être vous enverrons-nous au premier jour un crayon de cette main irrégulière.
Que si on lui refuse cette dispense, vous tâcherez, s’il vous plaît, Monsieur, de lui obtenir au moins : 1° une permission pour baptiser dans l’église avec cérémonie, en l’absence des prêtres ; 2° de toucher les vases et choses sacrées ; 3° de lire tous livres défendus ; 4° d’exorciser les possédés ; 5° de recevoir les quatre mineurs ; 6° de prêcher dans l’église ; 7° de pouvoir porter sur soi la sainte hostie, comme on la portait en la primitive église, afin de s’en communier en l’absence des prêtres. Il vous prie de plus de demander pour lui la bénédiction de notre Saint-Père le Pape et une indulgence plénière pour l’heure de sa mort, et de lui envoyer, s’il vous plaît, une grammaire, un dictionnaire et un catéchisme arabes. Et si on vous accorde la première grâce, qui comprend quasi toutes les autres, à savoir d’être élevé au saint sacerdoce, je vous prie de nous envoyer à même
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temps un extra tempora pour lui faire prendre tous les ordres entre ci et le mois de septembre, que l’embarquement se doit faire.
Je vous envoie un petit mémoire à part, de quelques autres extra tempora, dont nous avons besoin, et d’une dispense d’âge pour notre frère de Marthe (3), que nous pourrons envoyer en cette mission étrangère, pour laquelle il sent aussi de l’attrait ; ce sera un très bon sujet. Je ne vous parle pas des facultés pour personne, n’ayant pas encore bien déterminé ceux que nous y enverrons. Je vous les nommerai quelque temps avant leur départ.
On dit que deux vaisseaux feront ce voyage : l’un envoyé par M. le maréchal de La Meilleraye, et l’autre par la Compagnie des Indes, qui depuis longtemps a commencé de négocier en ladite île, mais qui a discontinué depuis quelques années d’y envoyer des navires par quelque mésintelligence, et peut-être aussi parce que ledit sieur maréchal a entrepris sur eux. On pense qu’ils y veulent envoyer à présent pour ramener les hommes qu’ils y ont envoyés, ou pour essayer d’y maintenir leurs gens et leur pouvoir. Mgr l’évêque d’Héliopolis (4) s’est associé avec eux pour son passage et celui de ses gens en l’Inde, où ils s’en vont travailler. Nous sommes fort en peine de savoir par quel de ces vaisseaux nous devons envoyer les nôtres. Il semble qu’ils seraient sûrement en ce dernier ; mais aussi, si ces Messieurs ne continuent pas leur navigation, et M. le maréchal ne nous voulant plus recevoir dans la sienne, pour nous être séparés
3) Ignace-Joseph de Marthe, né à Arras le 19 mars 1637, entré dans la congrégation de la Mission le 7 juillet 1654, reçu aux vœux le 14 octobre 1656, supérieur à Noyon (1668-1674) et à Toul (1678-1683).
4) François Pallu.
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de lui en cette occasion, nous ne pourrions plus envoyer personne en ce pays-là. Nous verrons.
J’espérais de vous envoyer aujourd’hui une lettre pour le Pape, mais ce ne pourra être qu’à la huitaine, pour joindre ma très humble prière à celles qui lui sont faites de tous côtés en faveur de la canonisation du grand serviteur de Dieu François de Sales. Ceux qui en font faire la poursuite ont désiré mon suffrage, à cause, comme je pense, de ce que vous avez fait pour Mgr l’évêque du Puy (5). Il est à propos qu’en attendant ma lettre et après que vous l’aurez reçue, vous agissiez conformément à cela, je veux dire avec zèle, pour contribuer à ce qu’il plaise au Saint-Siège de déclarer saint ce digne prélat, qui a vécu en saint, témoignant au moins par vos paroles, si vous n’y pouvez faire autre chose, le désir que vous et moi et toute la petite congrégation avons pour ce grand bien, qui consolera grandement toute l’église.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2844. — AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 17 mai 1659.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne sais à quoi il a tenu que vous n’ayez reçu ma
5) Henri de Maupas du Tour.
Lettre 2844. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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lettre de samedi dernier. Je vous écrivis pour lors, comme je fais encore aujourd’hui, que les dames ne se sont pas assemblées il y a longtemps, si ce n’est deux ou trois, à cause de la mission de l’Hôtel-Dieu, où elles assistent ; et par conséquent on n’a rien destiné pour les pauvres des frontières, faute de fonds.
J’apprends, par la vôtre du 11, ce que vous avez fait à Rethel pour donner commencement à la Charité des dames et les mettre en train pour la visite et le soulagement des malades. Dieu en soit loué et veuille bénir ce bon œuvre !
Vous m’écrivez que M. Marteau, curé de Sorbon (1), vous a dit qu’on lui a promis cent livres pour rebâtir son église. Il faudrait savoir qui c’est qui les lui a promises, car, pour moi, je ne m’en ressouviens pas ; et vous savez que tout ce qu’on a pu faire pour les églises, on vous l’a toujours mandé.
Je vous écris à Reims, et je continue à vous offrir à Dieu et à me recommander à vos prières.
Le frère Alexandre a reçu le panier que vous lui avez adressé, et M. Carlier s’est chargé de vous porter les images de la présence de Dieu.
Je suis, en l’amour de N.-S. et de sa glorieuse Mère, mon cher Frère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A mon frère le frère Jean Parre, de la Mission, chez Monsieur de Séraucourt, lieutenant criminel à Reims.
1) Près de Rethel (Ardennes)
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2845. — A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
De Paris, ce 18 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai un peu tardé à faire réponse à vos dernières lettres des 13 et 20 avril. Je suis bien en peine des agitations des personnes dont vous me parlez ; et à présent que je vous écris, je n’y vois point d’autre remède, de votre côté, que la prière et la patience, qui seront plus agréables à Dieu pour leur bien et conservation à la compagnie, que les moyens qu’ils proposent, ou que nous pourrions penser.
Je prie N.-S. qu’il tire sa gloire de la mission que vous faites à présent, comme il fait de celle d’Arces (1) et qu’il vous conserve et augmente la santé pour le salut des peuples. Mon Dieu ! Monsieur, que vous avez bien sujet de remercier sa divine bonté de la grâce et des occasions qu’il vous donne de contribuer avec J.-C. à la rédemption des âmes, leur appliquant les mérites infinis de sa douloureuse mort et de son sang précieux, dont la plupart des hommes ne savent se prévaloir. Dieu veuille, par sa miséricorde, nous remplir tous de foi, de charité et de zèle pour rendre quelque petit service à son église ! Bienheureux sont ceux qui sur ces fondements espèrent en Dieu et se consomment pour la charité !
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant morte à Paris au mois de mars dernier,
Lettre 2845. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
1) Petite localité située près de Saintes (Charente-Inférieure).
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a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de 2 prêtres, qui seront employés aux missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célèbrent après son décès chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre, vous et les vôtres, ce juste devoir en esprit de reconnaissance.
Il est vrai que le frère Robineau a reçu quelque argent pour vous. Je l’ai prié de faire un mémoire des frais qu’il a faits pour vous et de vous l’envoyer avec le reste de l’argent, s’il y en a ; ce qu’il fera au premier jour.
Je suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je n’écris point à ces deux personnes ; je m’adresse à Notre-Seigneur et le prie qu’il leur redonne l’esprit par lequel il les appelées en la compagnie ; faites-leur mes recommandations, s’il vous plaît. Priez et faites prier Dieu pour eux
2846. — A LA PROPAGANDE
[Mai 1659] (1)
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Vincenzo di Paul, superior generale della congregazione della Missione, rappresenta umilmente all’EE. VV. ch’essendo stata presa in mare l’ultima nave
Lettre 2846. — Arch. de la Prop., Africa 9-10 Madagascar-Marocco, n° 252, original.
1) La demande exprimée dans cette supplique fut exaucée le 27 mai 1659.
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che parti per l’isola di Madagascar, nclla quale nave erano quattro sacerdoti della detta. congregazione della Missione, dichiarati da questa Sacra Congregazione missionarii apostolici in quella isola, e uno di essi sacerdoti non essendo al presente in stato di poter far quel viaggio, offerisce umilmente il sopradetto oratore all’ EE. VV. Pietro Turpin, sacerdote della medeslma congregazione, accio, degnandosi di dichiararlo missionario apostolico nella detta isola, possa colà impiegarsi a gloria di Dio e in aiuto delle anime. E lo riceverà il detto oratore per grazia singolare dall’EE. VV
Quas Deus, etc.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione.
TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission, représente humblement à Vos éminences que le navire par lequel étaient partis dernièrement, à destination de Madagascar, quatre prêtres de ladite congrégation, nommés par la Sacrée Congrégation missionnaires apostoliques en cette île, a été pris sur mer, et qu’un d’eux n’est pas en ce moment en état de faire le voyage. Aussi ledit suppliant propose humblement à Vos éminences de vouloir bien nommer missionnaire apostolique en cette île Pierre Turpin, prêtre de la même congrégation, afin qu’il puisse y travailler a la gloire de Dieu et au salut du prochain. Et il recevra cette grâce comme une faveur insigne de Vos éminences.
Que Dieu ait, etc.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
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2847. — A LUC PLUNKET, PRêTRE DE LA MISSION A SAINT-MEEN
De Paris, ce 21 mai 1659
Monsieur,
La grâce de N - S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai point reçu réponse de vous à la lettre que je vous ai écrite, ni aucune relation que vous ayez fait ce que je vous ai prié, qui est de vous laisser conduire ; au contraire, j’apprends que vous ne voulez ni montrer le chant, ni assister à l’office, quelque besoin qu’on en ait, ni quelque instance qu’on vous en fasse, et cela parce que vous avez affection d’aller en mission. Mais, Monsieur, que ferons-nous pour remédier à ce désordre ? Pour moi, je crains que Dieu y remédie lui-même par quelque châtiment sur votre personne ; j’en serais bien marri, parce qu’en vérité mon cœur vous estime et vous aime. C’est pourquoi je prie sa divine bonté qu’elle vous ouvre les yeux pour voir le mal que vous faites et le danger où il vous met, afin de vous en relever, et, par ce moyen, mériter que Dieu vous conserve en votre vocation et vous continue les grâces nécessaires pour le service de son église. Ne savez-vous pas, Monsieur, que nous sommes également obligés à former de bons ecclésiastiques comme d’instruire les peuples de la campagne, et qu’un prêtre de la Mission qui veut faire l’un et non pas l’autre, n’est missionnaire qu’à demi, puisqu’il est envoyé pour tous les deux ? Je dis plus : il ne l’est point du tout quand il refuse d’obéir en une chose pour s’ingérer dans un emploi où on ne trouve pas expédient de l’appliquer. C’est un fait bien étrange de
Lettre 2847 — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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ce que vous n’avez pas été sitôt prêtre par la faveur de la compagnie, que vous commencez à lui résister, et que, quand vous avez plus d’obligation de pratiquer l’humilité, l’obéissance et la gratitude, c’est lors que vous faites de plus grandes fautes contre ces vertus, au grand scandale de la maison et à mon regret.
Mon Dieu ! Monsieur, que prétendez-vous faire ? D’aller en mission, vous n’y êtes pas propre pour le présent, n’ayant pas assez l’usage de notre langue pour parler en public. Nous avions de la peine à vous entendre ici ; comment donc les pauvres gens vous entendraient-ils ? Et puis pensez-vous que, n’étant pas soumis en un office, on ose vous faire passer dans un autre où il ne faut pas moins de soumission ? Pensez-vous que ce ne soit pas du devoir des supérieurs de contenir un particulier qui se débande et de lui refuser les emplois apparents qu’il recherche, quand il rejette ceux qu’on lui a commis.
Au nom de N.-S., Monsieur, humiliez-vous, demandez-lui pardon du mauvais exemple que vous donnez au séminaire et à vos confrères, et assurez-vous que la compagnie est assez indulgente pour oublier le passé et pour vous donner la satisfaction que vous désirez, quand elle vous verra indifférent aux emplois et bien exact aux choses que l’on vous recommande. Il est question maintenant que vous chantiez au chœur quand il faut, et montriez le chant et les cérémonies aux ecclésiastiques qui sont à Saint-Méen pour les apprendre. C’est de quoi je vous prie, Monsieur, avec toutes les tendresses de mon cœur. On vous a déjà tiré de Tréguier, pensant que vous feriez mieux au lieu où vous êtes. Si vous ne le faites pas, quelle espérance nous donnerez-vous qu’en vous envoyant dans une autre maison vous en serez meilleur ! Car le changement de lieu ne change pas l’homme. Et si vous êtes résolu d’être toujours vous-même,
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attaché à vos sentiments et inflexible aux ordres de ceux par qui Dieu veut que vous soyez conduit, à quoi serez-vous bon ? Et que fera une communauté qui ne se maintient que par la correction et la dépendance d’un esprit qui n’en veut point ? Je vous prie, Monsieur, d’y penser et de me mander votre disposition. La mienne est d’être toute ma vie, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2848. — A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR, A VARSOVIE
De Paris, ce 23 mai 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a 15 jours que je reçus votre lettre du 9 avril, après vous avoir écrit le même jour. J’en fus fort consolé, et je rends grâces à Dieu, à présent comme pour lors, de la bonne disposition des affaires générales et des vôtres particulières. Plaise à Dieu de donner la paix à tout le royaume et mille bénédictions à Leurs Majestés ! On la tient assurée de deçà entre la France et l’Espagne (1)
Vous me mandez les raisons que vous avez pour désirer un ou deux prêtres et un frère de surcroît. Je demeure d’accord qu’il sera bon de vous les envoyer, et nous allons penser au choix des personnes et aux choses nécessaires à leur voyage.
Lettre 2848. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Le saint était bien renseigné, car les préliminaires du traité de paix furent signés le 4 juin. Les pourparlers, commencés en 1658, durèrent encore plusieurs mois.
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Sur ce que vous me mandez, que M. Duperroy croit qu’il pourrait guérir en France, je vous prie de me mander l’état de sa plaie. Je m’imagine qu’elle coule toujours, et, en ce cas, elle servira plus pour sa santé qu’elle ne lui nuira ; et sans doute que Dieu lui a envoyé ce mal pour un bien ; et depuis que l’humeur a pris son cours par là, si on venait à l’arrêter, elle se jetterait sur d’autres parties, et il en arriverait inconvénient. C’est pourquoi il y a en France quantité de noblesse et d’autres gens qui, ayant été blessés à la guerre en ces endroits-là, sans en avoir pu guérir aussitôt, aiment mieux entretenir la plaie ouverte, n’en souffrant pas grande incommodité, que la fermer avec danger de la vie ou de quelqu’autre accident fâcheux (2). Je prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même l’opérateur qui le guérisse et le préservateur qui vous conserve tous deux.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Tout y va assez bien, grâces à Dieu.
J’embrasse M. Duperroy avec toute l’affection de mon cœur, et vous aussi, Monsieur, à qui je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Desdames.
2) A la suite, le secrétaire écrivit tout d’abord : "Et puis a-t-on jamais vu un Polonais s’en venir en France exprès pour se faire panser ? Cela paraît une tentation.". Puis il barra ces mots et ajouta : "Si néanmoins nous étions assurés qu’un si long voyage n’incommodât pas ce bon missionnaire et qu’il pût guérir parfaitement étant ici, nous serions ravis de le voir et de lui donner cette satisfaction Ce serait le bien de la compagnie et la gloire de Dieu. Mais, dans le doute et l’apparence contraire, je pense qu’il se doit commettre à la sainte conduite de Dieu et demeurer en paix. Je l’embrasse avec toute l’affection de mon cœur, et vous aussi, Monsieur à qui je suis, en l’amour de N.-S., très humble serviteur." Cette fin ne plut pas à saint Vincent, qui fit recommencer la lettre et lui donna une autre conclusion
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2849. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 23 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vois par votre lettre du 6 que la proposition de Corse se presse ; mais, si elle n’est pas encore résolue et qu’elle se puisse différer, je vous prie de la remettre, pour deux raisons. La première est parce que vous n’avez pas les hommes qu’il faut pour cet établissement. Je doute que la maison de Rome vous en puisse fournir aucun, et c’est une question si M. Lejuge y serait propre, quoiqu’il témoigne affection pour y aller. Vous avez su la grande bénédiction que Dieu donna à la mission qui fut faite en cette île il y a quelques années. Elle me parut à moi des plus sensibles et abondantes que j’aie jamais vues ; mais vous remarquerez, s’il vous plaît, la qualité des ouvriers, qui étaient des meilleurs, savoir Messieurs Blatiron et Martin et encore d’autres. Voyez, je vous prie, quelle proportion il y a entre ceux que vous proposez d’y envoyer et ces hommes-là, pour espérer qu’ils y réussissent de même ; et néanmoins, Monsieur, cela serait à souhaiter dans ce commencement, ou du moins qu’il y eût un ou deux hommes un peu forts, que vous n’avez pas et que nous ne pouvons vous envoyer.
La seconde raison est la maxime où nous sommes (peut-être ne la savez-vous pas) de ne solliciter jamais aucun nouvel établissement, ni le rechercher. Nous attendons qu’on nous appelle, ou qu’on nous envoie, et laissons faire ceux qui s’en mêlent, si ce n’est,
Lettre 2849. — L s — Dossier de Turin, original.
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quand les choses sont avancées et qu’on nous en demande l’exécution, nous regardons si elle est en notre pouvoir et si les conditions sont raisonnables, et alors nous nous aidons à ce dessein autant que nous voyons que Dieu le veut ; mais jamais, grâces à Dieu, nous ne prévenons ni hâtons telles propositions.
Votre arbitrage est assez considérable pour intermettre vos missions, afin de bien informer vos juges, et je pense que Mgr le cardinal (1) aura trouvé bon que vous soyez resté à Gênes pour les solliciter jusqu’au jugement.
Je suis consolé de la dévotion que vous faites à l’honneur de saint Joseph pour obtenir de Dieu de bons missionnaires. Si le prêtre de Chiavari ne s’accommode pas aux exercices de votre séminaire, après quelque temps de patience et de semonces, vous pourrez le prier de faire place à un autre.
Je prie N.-S. qu’il soit votre force et votre esprit pour faire et pour souffrir tout ce qui est de son bon plaisir. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.
1) Le cardinal Durazzo
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2850. — A JEAN MARTIN
De Paris, ce 23 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai été grandement consolé de recevoir votre lettre du 1er de ce mois, y ayant longtemps que je n’en ai reçu d’autre, et voyant par celle-là que Dieu vous continue la santé et ses bénédictions. Je l’en remercie de tout mon cœur, et vous, Monsieur, de m’avoir recommandé aux prières de Mgr le marquis, votre fondateur (1) J’ai grande confiance en sa charité et grand besoin de tels secours. Je me porte assez bien à présent ; il n’y a que mes jambes qui ne me peuvent quasi plus soutenir. Dieu me fait encore la grâce de dire la sainte messe, mais je ne sors plus en ville.
La conservation de ce bon seigneur étant nécessaire au point qu’elle est, je la demande souvent à Dieu, et tout ensemble la plus grande sanctification de son âme. Notre petite compagnie est obligée de s’intéresser toute devant Dieu pour cela, pour la grande bonté qu’il exerce vers elle et en particulier vers vous et votre famille. Quand la poursuite de l’abbaye (2) ne réussirait pas, nous lui en aurons pourtant une éternelle obligation, à cause qu’il n’y épargne rien. Mais Dieu soit loué de ce que la chose est en bon état ! M. Jolly m’a mandé la même chose que vous touchant cela.
La conversion des hérétiques aussi bien que des pécheurs est un effet de la pure miséricorde de Dieu et de sa toute-puissance, qui arrive plutôt quand on n’y
Lettre 2850 — L s — Dossier de Turin, original.
1) Le marquis de Pianezze.
2) L’abbaye de Saint-Antoine.
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pense pas que quand on le cherche. Il ne faut pas pourtant laisser d’y travailler quand les occasions s’en présentent, parce que Dieu le veut et qu’il arrive de deux choses l’une : ou que ces âmes égarées profitent de la bonne semence qu’on jette en leurs cœurs, ou que Dieu s’en sert pour justifier au jugement l’arrêt de mort qu’il prononcera contre elles, leur disant : qu’est-ce que j’ai pu faire que je n’aie fait pour vous ramener au droit chemin ?
Nous continuerons de prier Dieu qu’il tire gloire de vos travaux et qu’il bénisse particulièrement la mission que vous faites à Cherasco (3), qui est de l’apanage de Madame R [oyale].
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant morte à Paris au mois de mars dernier, a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres, qui seront employés aux missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célèbrent après sa mort chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre, vous et les vôtres, ce juste devoir en esprit de reconnaissance.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà ; tout y va assez bien, grâces à Dieu. Nous n’avons point de malades, ni d’autres infirmes, que les ordinaires, savoir Messieurs Alméras, Bécu, Bourdet, Admirault et Gorlidot, lesquels ont pris un régime de vivre tout nouveau, dont ils se trouvent fort bien ; et le dernier nommé, qui a commencé le premier, de qui nous attendions plutôt la mort que la santé, est tout à fait guéri ; et il nous prêcha hier de la bonne sorte. C’est qu’ils ne mangent que du pain et ne boivent que du lait, et ne prennent d’autre remède.
Vous me mandez qu’un jeune prêtre se présente pour
3) Ville du Piémont. Au sujet de cette mission, voir Abelly, op. cit., 1.II, chap. I, sect. VI, p. 90.
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la compagnie, qui est de la congrégation de Saint Philippe de Néri, et qu’après l’avoir exhorté de demeurer comme il est, et représenté la difficulté que nous faisons de recevoir ceux des autres communautés, il persévère à demander d’entrer parmi nous, voulant s’éloigner de ses parents pour se donner tout à Dieu, et qu’à cet effet il a déjà demandé son congé, qu’il n’a pas obtenu. Ces raisons, à la vérité, semblent plausibles ; mais, quand. il en aurait encore de plus fortes, il ne faut pas penser à le recevoir, parce que l’expérience nous a fait voir que celui qui sort d’une communauté pour entrer dans une autre ne réussit en aucune ; ce qui est tellement connu que nos Messieurs de la Conférence des mardis ne veulent pas recevoir parmi eux ceux qui ont été de quelque autre assemblée.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
2851. — AU MARQUIS DE FABERT, A SEDAN
24 mai 1659
Voici une lettre, Monseigneur, que M. [Coglée] (1) vous a écrite de Lyon, laquelle il a suivie de bien près, parce qu’il arriva hier céans. Il m’en a écrit une en même temps pour me dire qu’il a dessein de se retirer d’avec
Lettre 2851. — Reg. 2, p. 53.
1) Le copiste du registre 2 a omis le nom de Marc Coglée, que tout désigne dans la lettre
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nous, et qu’il espère que, si je ne le pourvois d’une condition pour subsister hors de notre compagnie, vous aurez la bonté de lui en donner une. Or, Monseigneur, il n’a aucune raison de nous quitter. Vous savez que lui-même voulut s’en revenir de Sedan ici pour le mal de ses yeux. On a fait tout ce qu’on a pu pour le guérir. Après cela, nous l’avons envoyé en Savoie pour supérieur d’une de nos maisons (2), où il a témoigné au visiteur (3) qu’il voulait sortir, qu’on se défiait de lui, que la plupart des personnes qui étaient là avaient charge de moi de l’épier, que c’en était de même à Saint-Lazare, quand il y était. Et il alla si avant que de dire que je lui avais écrit des lettres où il y avait des caractères entrelacés, par lesquels je lui faisais connaître qu’il serait un jour évêque. En quoi et en quelques autres choses il fit voir quelque petite altération en son esprit ; ce qui a fait appréhender au visiteur que ceux du dehors s’en aperçussent. Et pour cela il m’écrivit en diligence pour le rappeler à Paris ; ce que j’ai fait. Et j’ai cru, Monseigneur, vous devoir dire ceci, afin que vous ne soyez pas surpris de sa résolution, mais que vous ayez agréable, si vous lui faites l’honneur de lui écrire, de l’encourager à demeurer ; autrement, son imagination étant blessée, nous aurons de la peine à le retenir. Il est déjà sorti une autre fois, il y a dix ou douze ans (4), bien qu’alors il ne parût en lui aucune faiblesse. Je pense qu’il voudrait bien retourner à Sedan ; mais il n’est nullement expédient, de crainte que son infirmité augmente et qu’il en arrive scandale. Nous tâcherons de le contenter en toute autre chose. Il n’abusera pas de la liberté que nous lui donnerons ; car, au
2) La maison d’Annecy.
3) Thomas Berthe.
4) Voir t. III, p. 89.
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milieu de ses imaginations, il est beaucoup retenu et se conserve dans une grande crainte de Dieu.
Pardonnez-moi, Monseigneur, la trop grande confiance que je me donne de vous informer de ceci. Je le fais, sachant que, s’il y a personne au monde capable d’ôter à ce bon prêtre les impressions qu’il a, c’est vous Monseigneur, à cause de l’estime et du respect qu’il a pour votre personne, et de la bonté que vous lui avez témoignée, comme vous faites à tous ceux de notre pauvre et chétive compagnie, qui vous en est extrêmement obligée, et moi en particulier.
2852. — A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION
De Paris, ce 24 mai 1659
Mon cher Frère,
Dieu soit loué de ce que vous vous portez mieux ! Les dames en ont été consolées, et moi plus que personne. Je prie Dieu qu’il vous conserve.
En allant et venant, voyez les églises les plus ruinées, et en faites un petit mémoire, et aussi des pauvres les plus nécessiteux ; mais il faut faire cela sans bruit, afin que personne ne le sache. C’est tout ce qu’on a désiré que je vous mande pour cette fois.
Je suis, en N.-S., mon cher Frère, votre affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2852. — L s. — Dossier de la Mission, original.
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2853. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
[1659] (1)
Son supérieur (2) me mande qu’il (3) a mené une vie exemplaire, innocente, douce et agréable, qu’il était aimé d’un chacun, qu’il faisait beaucoup d’ouvrage sans empressement, qu’il faisait bien toutes les affaires du dehors, que Monseigneur l’évêque même l’employait dans ses affaires domestiques, lui confiait des choses qu’il ne voulait confier à d’autres et en recevait grande satisfaction, et que, depuis 12 ou 14 ans, allant toujours en ville, et souvent plusieurs fois le jour, car leur maison est au faubourg, jamais personne des externes n’a pu gagner sur lui de lui faire prendre un doigt de vin, quoique les occasions en fussent fort pressantes, tant il était sobre et régulier. Vous ne laisserez pas, s’il vous plaît, d’offrir vos prières et vos saints sacrifices pour le repos de son âme, selon la coutume.
2854. — A UN FRèRE DE LA MISSION
De Paris, ce 28 mai 1659
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre, qui m’a appris la peine où vous étiez. Je crois bien que Dieu vous fait sentir les fâcheuses
Lettre 2853 — Manuscrit de Lyon.
1) Voir note 3.
2) François Dupuich, supérieur de la maison de Troyes.
3) Le frère Nicolas Perrin, né à Troussey (Meuse), entré dans la congrégation de la Mission le 11 janvier 1642, à l’âge de vingt-cinq ans, reçu aux vœux le 20 novembre 1646, mort à Troyes en 1659.
Lettre 2854. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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suites d’un changement recherché ; car c’est sa coutume de faire connaître à ceux qui ont entrepris de le servir, que leur repos est dans l’obéissance, et jamais dans l’accomplissement de leur propre volonté. Souvenez-vous que vous ne trouverez jamais le calme de votre esprit à la suite de Notre-Seigneur, si vous ne renoncez à vous, parce que lui-même a dit qu’il faut faire ce renoncement pour aller après lui et porter sa croix tous les jours.
Vous avez ouï cela cent fois, et cependant vous ne vous appliquez point cette leçon ; pour le moins vous avez témoigné le contraire par les fréquentes instances que vous avez faites pour sortir de…, quelque prière qu’on vous ait faite d’y avoir patience. Vous y trouviez quelques difficultés, et je vous disais qu’il y en avait partout. Il a fallu enfin vous contenter ; mais ce contentement n’a guère duré ; vous me le mandez vous-même. Notre-Seigneur appelle joug l’observance de ses maximes pour nous dire que c’est un état de soumission et un état rude pour ceux qui s’en veulent tirer, mais doux et suave pour ceux qui l’aiment et s’y captivent.
Mon cher Frère, voulez-vous trouver la paix de votre cœur et mille bénédictions de Dieu, n’écoutez plus ni votre jugement, ni votre volonté. Vous en avez déjà fait un sacrifice à Dieu ; gardez-vous bien d’en reprendre l’usage. Laissez-vous conduire, et assurez-vous que ce sera Dieu qui vous conduira ; mais où ? A la liberté de ses enfants, à un comble de consolations, à un grand progrès à la vertu et à votre bonheur éternel. Je vous dis tout ceci, parce que vous me proposez encore de vous changer ; autrement, j’aurais imité la bonté de Dieu, qui ne nous reproche jamais les fautes qu’il nous a pardonnées. Je n’aurais plus pensé à la vôtre si je ne vous voyais en danger d’en faire encore une pareille ; et pour cela je vous représente la peine qui vous en arrivera,
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si l’expérience de celle que vous souffrez ne vous rend plus soumis. Tenez pour constant que, si on vous renvoie à…, parce que vous le demandez, vous n’y seriez pas sitôt arrivé que vous diriez ce que vous dites où vous êtes, que vous êtes là par votre choix plutôt que par la volonté de Dieu, ayant obligé vos supérieurs de vous y envoyer contre leur sentiment ; et cette pensée vous inquiéterait incessamment. Et afin de vous ôter ce ver de la conscience à présent au lieu où vous êtes, demeurez-y, parce que la sainte obéissance vous l’ordonne, et ne vous y considérez plus par votre volonté, mais par celle de Dieu. Demandez-lui pardon du passé et n’y pensez pas davantage. Faites résolution de ne plus écouter votre propre esprit, si vous ne voulez être séduit, car sa qualité est telle qu’elle vous troublera partout, si vous ne me croyez. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous anime du sien, lui qui a été si soumis qu’il s’est comparé à une bête de charge, qui est tellement indifférente qu’on en fait tout ce qu’on veut, en quelque lieu et en quelque temps que ce soit. Si nous étions dans cette disposition, Dieu nous mènerait bientôt à notre perfection.
Je suis, en son amour, mon cher Frère, votre très affectionné serviteur et frère.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2855. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 28 mai 11659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à votre lettre du 21 Vous avez agi sagement
Lettre 2855. — L. s. — Dossier de la Mission, original
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au sujet de la hutte, laissant faire Messieurs les administrateurs, sans leur rien dire, dans la disposition où ils sont de s’accorder. Mais, quant à cet accommodement, si d’aventure ils n’en parlent plus, vous ferez bien de leur en parler vous-même, ou de leur en faire parler de temps en temps.
Dieu bénisse par sa miséricorde les travaux de vos ouvriers !
Nous travaillons à vous envoyer quelqu’un pour vos affaires de la procure. Puisque M. Molony ne veut plus s’en mêler, vous pouvez lui laisser le soin et l’instruction du séminaire.
Vous m’avez fait plaisir d’ôter au frère Pintart l’habit qu’il se voulait faire. La plupart de nos frères de céans sont habillés de toile noire durant l’été. C’est une grande hardiesse à lui de choisir l’étoffe et de vouloir être autrement que les autres. Il m’a toujours paru un peu vain, et en voilà une marque ; c’est pourquoi vous ferez bien de l’humilier.
J’espère de vous envoyer dans un mois ou deux le visiteur que vous demandez ; mais ce ne sera pas pour prendre connaissance de votre conduite au sujet de vos séminaristes mécontents ; je vous crois assez sur ce que vous m’en dites. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous en envoie d’autres, plus capables de profiter de vos bons avis.
Feu Madame la marquise de Vins, qui était de Provence, étant morte à Paris au mois de mars dernier, a laissé à notre maison de Marseille 18 000 livres pour l’entretien de deux prêtres, qui seront employés aux missions, et a désiré que tous ceux de la compagnie célébrassent après son décès chacun une messe à son intention. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre, vous et les vôtres, ce juste devoir en esprit de reconnaissance.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Je vous écris
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à la hâte. Je vous prie de faire tenir l’incluse à M. Herbron.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Laudin.
2856. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 30 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
En réponse de votre lettre du 13, je vous dirai qu’il faut obéir à Monseigneur le cardinal (1) pour les exercices spirituels des deux maisons de filles, à quoi il désire que vous travailliez, quoique nous soyons dans la maxime et dans l’usage d’éloigner la compagnie de tout emploi vers les filles, à cause du peu de bien qu’on y peut faire et des liens qu’on y contracte, pour le moins en France. Vous me demandez si, en cas que Son éminence vous commande de faire la même chose en d’autres monastères, ce que vous lui direz. Je réponds que vous devez tâcher de la prévenir en l’informant de notre règle et de notre pratique, lorsque vous en trouverez l’occasion favorable. Et si, après cela, elle désire que vous passiez par-dessus cela, il le faudra faire (2).
Puisque vous trouvez plus d’inconvénient que vos séminaristes externes aillent en ville pour leurs affaires
Lettre 2856. — Dossier de la Mission, original.
1) Le cardinal Durazzo.
2) A la suite étaient les mots suivants, qui ont été raturés : "car nous devons plutôt suivre son commandement que notre résolution"
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aux jours de récréation que les autres jours, je suis d’avis que vous suiviez l’ancien usage, établi par feu M. Blatiron.
Il est vrai que ceux qui viennent des champs en cette maison vont souper au réfectoire le soir qu’ils arrivent. L’abus qui est arrivé de manger à l’infirmerie et qui est allé fort avant, nous a obligés d’y remédier en retranchant cette coutume. Mais, puisque vous dites qu’il est difficile que vous fassiez de même, à cause que vous allez tous à pied, et qu’ayant à grimper des montagnes, vous arrivez fort fatigués, vous pourrez continuer à faire comme par le passé encore quelque temps jusqu’à nouvel ordre.
Quant à l’établissement de Corse, je vous ai déjà dit mes petites pensées sur cela. Que si la providence de Dieu vous a déjà engagés à cet affaire, voyez, Monsieur, comme vous y pourrez satisfaire. Nous avons pensé que, soit que cela se fasse, ou non (3), il est à propos que M. Lej[uge] soit séparé d’avec vous, puisque la qualité de son esprit et son indisposition présente nous font voir beaucoup de difficultés à vous maintenir ensemble en bonne intelligence, et estimons que le meilleur est de l’envoyer à Rome pour quelque temps. Je vous prie d’en parler à Mgr le cardinal pour savoir s’il trouvera bon ce changement ; je dis changement, parce que je mande à M. Jolly qu’il vous envoie à sa place un autre prêtre, et un prêtre français, s’il peut. Si donc Son éminence approuve cela, après que vous lui en aurez dit les raisons, vous ferez partir, s’il vous plaît, en diligence ledit sieur Lej[uge], afin qu’il arrive à Rome avant les grandes chaleurs, et vous lui donnerez la lettre que je lui écris pour cet effet-là.
1) Le premier établissement que les prêtres de la Mission eurent en Corse fut celui de Bastia, en 1678.
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Si l’affaire de Corse est arrêté, c’est ce qui fait la difficulté de ce changement ; mais, supposé la pensée de Son éminence, qu’il soit à propos que le supérieur soit français, il semble qu’il est à propos que M. Jolly envoie quelque Français de Rome, la place duquel M. Lej[uge] pourra remplir. Reste la difficulté des trois Italiens, ou pour le moins des deux, car vous donnerez quelqu’un de votre séminaire, à ce que vous me mandez. Je ne sais si M. Jolly et M. Martin les vous pourront fournir ; j’en écris à M. Jolly. M. Pinon est-il assez fait pour faire le deuxième de votre maison ? Mais qui vous secondera dans vos missions ? Il importe que vous agissiez en ceci, comme en toutes les autres choses, avec le plus d’humilité, de douceur qu’il vous sera possible, et avec l’avis de vos consulteurs (Dieu est pour l’ordinaire dans les résolutions qu’on y prend), ou, pour le moins, avec celui de l’admoniteur (4)
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur de la Mission, à Gênes.
2857. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 30 mai 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai fait rendre à M. l’abbé Ribier votre lettre et son
4) Tout ce qui suit les mots " Si l’affaire de Corse" est de la main du saint.
Lettre 2857. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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expédition. Il ne nous a pas envoyé les 11 livres qu’elle coûte. Vous ferez bien de compter aux externes les ports de leurs brefs, bulles et paquets, puisqu’il nous les faut payer.
Je vous remercie de l’extra tempora pour le frère Butler, que j’ai aussi reçu avec votre lettre du 5.
Toutes celles que je reçois de vous me donnent de nouveaux sujets de louer Dieu de vos soins et de vos conduites, et de la grâce qui les accompagne. Je ne puis vous exprimer la joie que j’en ai, ni la reconnaissance que j’en sens vers sa divine bonté, à qui je vous recommande souvent, à ce qu’elle ait agréable de vous bénir de plus en plus et de vous conserver. Et à propos de conservation, voici les grandes chaleurs, qui vous sont si contraires. Je vous ai prié, et je vous prie encore qu’elles ne vous trouvent pas à Rome, mais que vous les alliez passer à Palestrine ou à Frascati, laissant le soin de la famille et des affaires à quelqu’un que vous jugerez le plus propre et qui ne fasse rien que selon vos ordres.
Puisque Mgr le cardinal Brancaccio était à Rome lorsque vous m’avez écrit, je veux croire que les affaires pour lesquelles vous l’avez tant attendu, seront faites ou avancées, lorsque vous recevrez la présente. Plaise à Dieu d’en ordonner pour le mieux !
Je ne suis pas certain si Madame la duchesse d’Aiguillon désire la commutation de son vœu de Lorette. Je ne lui ai pas encore donné connaissance de ce que vous m’en avez écrit, et j’attendrai à le faire jusqu’à ce que je sache ce que le Pape aura répondu à la proposition dont Mgr le cardinal dataire (1) lui devait parler. Quoi que Sa Sainteté en ordonne, je vous prie de ne
1) Jacques Corradi.
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rien exécuter sans savoir l’intention de madite dame dans l’accomplissement de sa fondation, soit pour le passé, soit pour l’avenir.
Je vous envoie une lettre que m’a écrite M. l’abbé de Vaux, grand vicaire d’Angers, qui a charité pour nous. Si vous connaissez l’ecclésiastique dont il parle, vous pourrez savoir sa disposition sur le sujet de cette lettre, dont vous me donnerez avis, s’il vous plaît.
Il est absolument nécessaire de séparer M. Lejuge d’avec M. Pesnelle ; c’est pourquoi je prie ce dernier de vous envoyer l’autre au plus tôt. Je vous prie aussi de deux choses, Monsieur. La première est de le recevoir en votre maison le plus cordialement que vous le pourrez. Il est capable de beaucoup de choses, particulièrement des emplois de la mission ; et, étant bien conduit, il est pour rendre service à Dieu et à la compagnie. Et comme il a de l’estime pour vous, j’espère que vous en ferez tout ce que vous voudrez. Et la deuxième chose que je vous demande est d’envoyer M. d’Eu ou quelqu’autre prêtre français à Gênes (2) pour quelque temps.
Nos seigneurs du Sénat de Gênes désirent faire un établissement de 4 missionnaires en Corse. J’ai dit les difficultés que j’y trouve pour le présent, tant du côté d’un supérieur, que Monseigneur le cardinal (3) juge à propos qu’il soit français, que du côté des autres missionnaires, qui doivent être italiens. Je vous prie de penser à cela devant Dieu et de me dire votre avis sur cela. J’ai peur que M. Pesnelle soit allé trop vite en cette affaire.
L’on se plaint de lui, qu’il est un peu trop rigide et épargnant dans la nourriture de la mission. Si vous jugez à propos de lui en dire un mot, comme de vous-même, vous le ferez, s’il vous plaît, et aurez soin de
2) La lettre écrite par le secrétaire s’arrêtait ici ; le saint a ajouté la suite de sa main.
3) Le cardinal Durazzo.
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votre santé sur tout. Je prie Notre-Seigneur qu’il la vous conserve.
Votre très humble serviteur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2858. — A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION
De Paris, ce dernier de mai 1659.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici la seconde fois que je vous écris à Laon, sans savoir si vous y êtes arrivé, n’ayant reçu de vos lettres cette semaine. Vous me mandiez y devoir aller un ou deux jours après votre dernière de Reims. Dieu veuille qu’il ne vous soit arrivé d’accident ! Je suis en peine de votre santé depuis que vous m’avez écrit être guéri de votre rhume ; je vous prie derechef de vous conserver. Je ne vous demande pas de vos nouvelles, sachant que vous n’aurez pas manqué de m’en envoyer ; mais les facteurs des postes tardent quelquefois longtemps à nous porter vos lettres.
Les dames, qui étaient en petit nombre à la dernière assemblée, vous ont ordonné deux cents livres pour Laon ; vous les pourrez tirer sur Mademoiselle Viole.
Dieu vous bénisse ! Je suis, en son amour, mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : Le frère Jean Parre.
Lettre 2858. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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2859. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
2 juin 1659
Madame de Glou vous supplie très humblement mon très honoré Père, de lui donner demain matin, à l’heure de votre commodité, quelque temps pour vous parler.
Permettez-moi de vous demander si ce ne doit pas être tous les ans que l’on doit, en ces fêtes de Pentecôte, faire élection d’officières, soit pour en élire de nouvelles, ou continuer les élues. Si cela est, quoique peut-être il en faudrait élire quelques-unes qui ne soient pas à Paris, s’il plaît à votre charité nous donner le jour et se souvenir que mon orgueil ou bêtise m’empêche toujours de vous parler de mes besoins, quoiqu’importants pour mon salut et pour faire la volonté de Dieu, à ce que vous ayez la bonté de m’aider à surmonter mes difficultés et que je puisse mieux user des jours qui me restent, pour n’être, au dernier, remplie de confusion C’est ce que j’espère de la bonté de Dieu, que je supplie de tout mon cœur, et de votre charité, dans le temps que je la supplie me donner pour ce sujet, puisque c’est par elle que, depuis longues années, je suis assurée de la volonté de Dieu en ce qui m’a été ordonné, et souhaite cette grâce jusques à la fin, quoiqu’indigne, et de me dire, en l’amour très saint, mon très honoré Père, votre très humble, très obéissante fille et très obligée servante.
L. DE M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
2860 — A EDME JOLLY
De Paris, ce 6 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 12 mai. Le frère Le Mercier a passé à Lyon, et il est à présent à Richelieu, comme je crois.
Lettre 2859. — L.a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
Lettre 2860. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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Il n’est pas nécessaire que vous cherchiez davantage les occasions de parler en faveur de la canonisation de Mgr de Sales, si ce n’est que l’on vous donne lieu de servir à cela.
Je suis bien aise que vous soyez allé à Palestrine pour y voir le petit logement qu’on vous y offre. Je souhaite fort que la présente vous y trouve retiré, pour y passer les grandes chaleurs.
Nous avons reçu la bulle de Mgr de Pamiers (1) et le bref pour M. l’abbé Ribier, et je les ai fait tenir à l’un et à l’autre.
J’ai accepté vos deux petites lettres de change, et nous tâcherons de les acquitter, Dieu aidant.
Nous sommes dans les embarras de l’ordination, laquelle Dieu bénit. Il plaît aussi à sa divine bonté de bénir ailleurs les emplois de la compagnie, tant pour les missions que les séminaires.
Je vous ai mandé, ce me semble (2), que nous vous enverrions un crayon de la main de notre frère Etienne, mais c’est ce que nous ne ferons pas, pour quelque raison particulière. Ne laissez pas de faire ce que vous pourrez sur le portrait que vous en avez.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission, à Rome.
1) François-Etienne Caulet.
2) Par la lettre 2843.
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2861 — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Saint-Lazare, ce 6 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Les Mères de la Visitation ayant désiré de moi que j’écrivisse une lettre à notre Saint-Père le Pape, par laquelle je joignisse mes très humbles et indignes prières à celles de tant. de personnes grandement considérables, pour la canonisation du bienheureux François de Sales, évêque de Genève, je l’ai fait, tant pour leur obéir que pour satisfaire à l’estime et à la vénération particulière que j’ai pour un si grand saint, des grandes vertus duquel j’ai été moi-même témoin en plusieurs occasions. Si elles vous adressent le paquet pour le rendre, je vous prie, Monsieur, de le faire, et de vous employer pour ce bon œuvre en toutes les autres manières qu’elles vous prescriront ; en quoi vous ferez une chose qui me sera grandement agréable. Et je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse les soins que vous en prendrez, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
Au bas de la page : A M. Jolly, supérieur, à Rome.
2862. — AU PAPE ALEXANDRE VII
[6 juin 1659] (1)
Beatissime Pater,
Satis novi totam Galliam compluresque nationes a Sanctitate Vestra enixe petere ut Illustrissimum ac
Lettre 2861. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
Lettre 2862. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute.
1) Voir lettres 2861 et 2863.
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Reverendissimum Franciscum Salesium, Gebennensem episcopum, in sanctorum numerum adscribere dignetur ; nec etiam me fugit Sanctitatem Vestram ejus memoriam, tum ob singulares virtutes quibus claruit, tum ob eximiae pietatis quos edidit libros, maxima veneratione colere ; quae quidem efficiunt ut in id opus satis ex se videatur propendere, neque aliis precibus opus sit ad hanc rem consequendam, praesertim ex parte hominis tam abjecti et nullius nominis qualis ego sum. Cum tamen alias, Beatissime Pater, hic optimus Dei servus me satis familiariter usus sit, et ad sua, tum de Instituto monialium Visitationis Beatae Mariae, quarum institutor ac fundator fuit, tum de aliis rebus ad pietatem pertinentibus colloquia, me frequenter admittere dignatus sit, tot tantasque virtutes in illo perspexi, ut mihi silentium in hac re difiicillimum sit, nec possim solus non loqui. Fides, spes, caritas, caeteraeque virtutes tum cardinales, tum morales christianae, ipsi quodam modo innatae videbantur ; omnesque simul talem in illo bonitatem, meo quidem judicio, componebant, ut, cum aliquando, post aliqua cum illo colloquia in morbum incidissem et saepius ejus morum suavitatem ac eximiam mansuetudinem animo meo revolverem, saepissime in [me repeterem has} voces : O quam bonus Deus, cum tam bonus s [it Gebennensis episcopus !]
Si ego solus inter omnes, Beatissime Pater, erga illum ita affectus essem, me falli posse existimarem ; sed cum ita omnes mecum sentiant, quid aliud, Beatissime Pater, ad tam sancti operis consummationem desideratur, quam ut rata Vestrae Beatitudinis voluntas accedat, et Franciscum Salesium in Sanctorum album relatum sacro illo honore toti orbi colendum proponat. Id ego et omnes nostrae congregationis sacerdotes, ad Sanctitatis Vestrae pedes provoluti, humillimis ab ea precibus contendimus.
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Deus autem optimus Maximus eamdem suae Ecclesiae quamdiutissime servet incolumem !
Beatissime Pater, Sanctitatis Vestrae…
TRADUCTION.
Très Saint-Père,
Je sais que toute la France et plusieurs nations demandent avec instance à Votre Sainteté de daigner inscrire au nombre des saints l’Illustrissime et Révérendissime François de Sales, évêque de Genève. Je sais aussi que Votre Sainteté, pleine d’admiration pour les rares vertus qui ont brillé en lui et les livres de si haute piété qu’il a composés, a sa mémoire en grande vénération, et par suite semble portée d’elle-même à l’accomplissement de ce dessein, sans qu’il soit besoin de prières venues du dehors et particulièrement d’un homme aussi misérable et aussi inconnu que je suis. Toutefois, très Saint-Père, ayant eu des rapports assez familiers avec cet excellent serviteur de Dieu, qui a daigné converser souvent avec moi, soit à propos de l’Institut des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, qu’il a établi et fondé, soit sur d’autres sujets de piété, j’ai admiré en lui tant et de si grandes vertus, qu’il m’est difficile de garder le silence en cette occasion et d’être seul à me taire.
La foi, l’espérance, la charité et les autres vertus chrétiennes cardinales et morales paraissaient comme innées en sa personne, et leur ensemble formait en lui, au moins à mon sens, un tel fonds de bonté, que durant une maladie qui me prit peu après m’être entretenu avec lui, je me plaisais à me rappeler sa douceur et son exquise mansuétude, et redisais souvent ces mots : "Oh ! que Dieu est bon, puisque si bon est l’évêque de Genève !"
Si seul entre tous, très Saint-Père, je pensais ainsi à son sujet, je croirais pouvoir me tromper ; mais, comme tout le monde partage avec moi ces sentiments, que manque-t-il, très Saint-Père, pour parachever un si saint ouvrage, qu’un mot de Votre Sainteté, décidant de porter François de Sales au catalogue des saints et de le proposer au culte de tout l’univers ? C’est ce que tous les prêtres de notre congrégation et moi, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, lui demandons par nos très humbles prières. Daigne le Dieu très bon et très grand Vous conserver de longues années pour le bien de son église !
Très Saint-Père, de Votre Sainteté, etc.
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2863. — A LA MèRE LOUISE-EUGéNIE DE FONTEINES
De Saint-Lazare, ce 6 juin 1659.
Ma chère Mère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Puisque vous avez désiré de moi que j’écrivisse à notre Saint-Père pour la canonisation du bienheureux évêque de Genève, je le fais, quoique avec confusion, étant si indigne d’obtenir une telle grâce. C’est néanmoins avec grande joie, tant parce que j’honore extrêmement la mémoire de ce bienheureux, que j’estime comme un des plus grands saints du ciel, qu’à cause que je suis bien aise de seconder vos bons desseins et tâcher de vous servir en cette occasion. Je vous envoie donc la lettre pour la faire tenir par la voie qu’il vous plaira, et aussi celle qui s’adresse à Monsieur Jolly, si vous voulez que ce soit lui qui la présente, afin qu’en tous cas il fasse de sa part tout ce qu’il pourra pour contribuer à ce bon œuvre.
Je vous renvoie aussi les copies des lettres que d’autres personnes ont écrites, plus considérables que moi, qui ne suis qu’un pauvre misérable, mais qui suis tout rempli néanmoins de désir de vous servir en toutes rencontres, et vous témoigner que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma chère Mère, votre très humble…
Au bas de la première page : A la Mère de Sainte-Marie de Paris.
Lettre 2863 — Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
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2864. — A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 6 juin 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 20 mai. Il ne faut pas vous étonner si, entre ceux que vous recevez au séminaire interne, vous êtes obligé d’en renvoyer quelques-uns, car il est expédient de le faire, tous n’étant pas propres pour la compagnie ; ni vous ne devez trouver étrange non plus de trouver de l’inconstance dans les plus résolus et les plus sages, puisque l’esprit de l’homme n’est jamais en même état. Et quoique le frère Caron vous ait dit qu’il n’est entré chez vous avec intention d’y demeurer, il ne faudra pas laisser de l’admettre aux vœux à la fin de son séminaire, pourvu qu’il soit pour lors disposé de les faire de la bonne sorte (1).
Quant à l’argent que vous donnerez à ceux qui s’en iront par eux-mêmes, on leur rend pour l’ordinaire ce qu’ils ont apporté ; et s’ils n’ont pas de quoi se retirer chez eux, supposé qu’ils soient un peu éloignés, vous leur pouvez donner un demi-écu ou un écu.
Les missionnaires n’ont point d’autre curé que leur supérieur, et ainsi vous pouvez communier pour viatique vos malades, sans appeler le pasteur de la paroisse, si ce n’est que Mgr le cardinal (2) le voulût expressément.
Votre lettre ne requiert autre réponse, ni je ne puis vous dire autre chose pour cette heure, me trouvant pressé.
Lettre 2864 — L. s — Dossier de la Mission, original. Ces quatre derniers mots sont de la main du saint.
1) Le cardinal Durazzo.
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C’est en N.-S. que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.
2865 — A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN
De Paris, ce 8 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n’ai rien à vous dire sinon que j’ai reçu votre lettre du 16 mai et que je tâcherai de faire visiter Mgr d’Agen (1) avant qu’il parte pour son diocèse ; car, pour moi, Je ne suis pas en état de l’aller voir, y ayant cinq ou six mois que je ne suis sorti.
Je prie N.-S. qu’il vous conserve et bénisse avec toute la petite famille, que je salue, et qui suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Je viens de recevoir la vôtre du 30 mai. Je m’en vas envoyer à votre oncle celle que vous lui adressez. Voyez celle que je vous envoie pour le frère Didolet.
Lettre 2865. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Barthélemy Delbène.
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2806. — A PIERRE CABEL
De Paris, ce 11 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres avec celles de Mgr le maréchal (1), à qui je me suis donné l’honneur de mander que M. Coglée est revenu et que nous l’avons reçu avec grande joie.
Gardez-vous bien de porter le personnage dont vous me parlez (2) d’être plus assidu aux actions de la paroisse ; il est plus sage que nous ne sommes.
Dieu soit loué du secours que Mgr le maréchal procure aux Vénitiens (3) et des services qu’il rend à l’église en tant de manières ! Plaise à sa divine bonté de le conserver et de bénir de plus en plus ses intentions et ses conduites !
Le murmure des particuliers ne vous doit pas empêcher d’agir cordialement avec eux, et encore moins de tenir ferme pour le bon ordre et pour les détourner des visites inutiles.
Lettre 2866. — L. s. - — Dossier de la Mission, original.
1) Le maréchal de Fabert.
2) Le maréchal de Fabert.
3) Saint Vincent semble croire à la réalisation de ce qui n’était encore qu’à l’état de projet. Le marquis de Fabert s’était offert à Mazarin pour aller lui-même au secours des Vénitiens, alors en guerre contre les Turcs, à la tête des soldats et des officiers que la pacification générale rendait disponibles. Il écrivait, le 11 mai, à son ami d’Andilly. ; "Avant de mourir, j’ai fort dans la tête de faire un voyage contre le Turc. La paix que voilà établie entre la France et l’Espagne me doit persuader que ceux de mon métier sont dès à présent inutiles au roi. Je suis tout à fait résolu, si Sa Majesté veut envoyer une armée à Venise, de demander d’y aller." Mazarin se contenta de la bonne volonté du gouverneur de Sedan. L’expédition eut lieu en juin 1660 avec de faibles contingents et sans le marquis de Fabert. (Jules Bourelly, op. cit., t. II, pp. 226-233)
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La fin de la famille est de glorifier Dieu, de se perfectionner elle-même et d’édifier le prochain. Or, vous devez toujours tendre à cela, mais par des moyens suaves. C’est à ceux qui gouvernent d’essuyer la mauvaise humeur de ceux qu’ils conduisent et à les redresser quand ils s’écartent, sans se lasser de les avertir, pourvu que ce soit en temps et lieu, avec respect et douceur, et que la chose le mérite. Voilà M. Berthe qui s’en va vous visiter, qui réglera tout.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel, [prêtre] de la Mission, à Sedan.
2867. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 12 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Comme je suis l’un de ceux qui ont plus d’estime pour le bienheureux évêque de Genève et d’ardeur pour sa canonisation, je prends la confiance de manifester l’une et l’autre à notre Saint-Père le Pape par la lettre que je me donne l’honneur de lui écrire, ainsi que font quantité de prélats et autres personnes insignes en piété et en mérite ; et bien que je ne sois qu’un pauvre et très indigne prêtre, je dois néanmoins ce témoignage à la
Lettre 2867. — Gossin, op cit,. p. 467, d’après l’original communiqué par Alexandre Martin. Cette lettre ressemble beaucoup à la lettre 2861, du 6 juin, qui, peut-être, n’a pas été envoyée.
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vérité et au souhait de nos Mères de Sainte-Marie, d’autant plus que j’ai eu le bonheur de voir et d’admirer la haute vertu de leur saint patriarche, non seulement en ses œuvres admirables, mais en sa personne sacrée, l’ayant vu agir et ouï parler en plusieurs occasions, tant publiques que privées. Je vous prie, Monsieur, si ces bonnes Mères vous adressent mon paquet, de le rendre vous-même et de vous employer pour ce saint œuvre en toutes les manières qu’elles le désireront ; en quoi vous ferez une chose très agréable à notre petite compagnie, et à moi très sensible, qui suis plein de vénération pour la mémoire de ce grand prélat et d’affection pour le service de son saint Ordre de la Visitation.
Je suis aussi, en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2868. — A FIRMIN GET
De Paris. ce 13 juin 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 3. Je rends grâces à Dieu de ce qui s’est passé à votre arrivée et de la manière dont vous vous y êtes conduit. Je vois bien que je me suis trop hâté ; mais c’est la presse que l’on m’a faite d’y envoyer quelqu’un, qui m’a obligé de vous en prier, croyant que tout y était disposé.
C’est contre le bon ordre et notre usage de nous engager en un lieu pour un temps, et non à perpétuité ;
Lettre 2868. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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mais, si le bon Dieu nous veut à Montpellier, il trouvera bien le moyen de nous y affermir ; et s’il ne le v, eut pas, nous ne devons pas le désirer. Quoiqu’il en soit, le serviteur qui sera trouvé fidèle en peu sera constitué sur beaucoup. Vous êtes heureux de vous trouver sous un prélat de si haut mérite (1), plein de bonnes intentions et en un diocèse où l’hérésie, ayant établi son trône, vous donne un beau champ pour contribuer à y jeter de bons fondements de piété. Vous devez avoir pour but principal, en l’éducation des ecclésiastiques, de les dresser à la vie intérieure, à l’oraison, au recueillement et à l’union avec Dieu ; d’autant plus que les esprits de ce pays-là (2) sont naturellement ouverts à la dissipation. Vous y aurez de la peine ; mais la grâce de Dieu et vos exemples vous y aideront beaucoup. Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour, mais de plusieurs années ; ce n’est pas non plus une entreprise qui réussisse vers toute sorte de personnes ; mais tous en pourront profiter peu ou prou, et quelques-uns se rendront spirituels et maîtres en la vertu, pour en enseigner ensuite la pratique aux lieux où ils se trouveront. Vous aurez encore à souffrir pour le temporel, mais patience ; les commencements sont toujours difficiles aux œuvres d’importance. Vous voilà en état d’honorer l’incertitude des moyens pour subsister, où Notre-Seigneur s’est trouvé lui-même et où il a voulu que les apôtres se soient trouvés en l’établissement de l’église.
Nous n’avons encore destiné personne pour Marseille ; mais, puisque vous voilà arrêté à Montpellier, nous, allons penser sérieusement à y envoyer quelques-uns, et avec eux un frère, qui les pourra quitter en Avignon
1) François de Bosquet.
2) Les mots "ce pays-là" sont raturés sur l’original. La suppression n’a été faite, semble-t-il, ni par le saint ni par son secrétaire.
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pour vous aller trouver à Montpellier. Plaise à Dieu de vous donner les forces de corps et d’esprit pour la conduite et le succès de son œuvre ! Vous aurez besoin particulièrement de support et d’une grande douceur vers ceux que la providence de Dieu commettra à vos soins, afin qu’ils aient confiance en vous, pour les gagner à Dieu. Si ceux qui composent à présent le séminaire se retirent, ce sera peut-être le mieux ; ne vous en mettez pas en peine, il vous en viendra d’autres.
J’envoie par [une occasion à M. Le Va] cher 500 livres pour la subsistance [de la maison de Marseil] le, avec les 50 livres que vous avez [demandées pour M….] milly et 80 livres pour les ava [nces qui ont été faites] jusqu’à présent.
Je suis, en l’ [amour de N.-S.], Monsieur, votre [très humble] serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Monseigneur de Montpellier m’a fait l’honneur de m’écrire ; mais, comme c’est en réponse de celle que je me suis donné l’honneur de lui écrire, je ne l’importunerai point d’une seconde lettre sitôt.
Suscription : [A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission] de [Marseille], à présent au séminaire de Montpellier.
2839. — A ANTOINE DURAND, SUPéRIEUR, A AGDE
[1659] (1)
Je participe à la peine que vous a donné sujet d’avoir
Lettre 2869. — Reg. 2, p. 139. L’original, nous dit Abelly (op cit., t. III, chap. XXIV, sect. I, p. 346), était de la main du saint
1) Les lettres 2908 et 2957 nous donnent lieu de supposer que
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celui duquel vous m’écrivez (2). Je veux croire qu’il a fait cela bonnement, mais j’estime que, quand il aura fait réflexion sur toutes les circonstances qui se passèrent en ce rencontre, qu’il verra bien qu’il n’y faut pas retourner souvent, et que vous aussi, Monsieur, reconnaîtrez que c’est un petit exercice que Notre-Seigneur vous a envoyé, pour vous façonner à la bonne conduite des personnes qui vous seront commises. Cela vous fera comme entrevoir combien grande a été la bonté de Notre-Seigneur à supporter ses apôtres et ses disciples, lorsqu’il était sur la terre, et combien il a eu à souffrir des bons et des mauvais. Cela même vous fera voir que les supériorités ont leurs épines, comme les autres conditions, et que les supérieurs qui veulent bien faire leur devoir de parole et d’exemple, ont beaucoup à souffrir de leurs inférieurs, non seulement des dyscoles, mais encore des meilleurs. Selon cela, Monsieur, donnons-nous à Dieu pour le servir en cette qualité, sans prétention d’aucune satisfaction du côté des hommes. Notre-Seigneur nous en donnera assez, si nous travaillons comme il faut à nous rendre les plus exacts à l’observance des règles, à l’acquisition des vertus propres aux vrais missionnaires, notamment à celles de l’humilité et de la mortification. Et il me semble, Monsieur, que vous ferez bien de dire à ce bon Monsieur, lorsqu’il fera sa communication, ou en quelque autre rencontre, que vous le priez qu’il vous avertisse de vos manquements, puisque, dans l’emploi où vous êtes, il ne se peut que vous ne fassiez bien des fautes, non seulement en qualité de supérieur, mais aussi en celle de missionnaire et de chrétien ; qu’il
celle-ci est très probablement de 1659. Elle est certainement postérieure au placement d’Antoine Durand à Agde (1656).
2) Peut-être François Brisjonc ou le frère Jean Thierry. (Cf. lettre 2908).
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ne se rebute pas, encore que la nature d’abord semble. pâlir ou rougir, ou qu’il vous échappe quelque parole d’impatience. C’est ce qui arrive pour l’ordinaire dans le premier mouvement aux plus grands saints, l’animalité, toujours vivante en l’homme, prévenant ainsi la raison, laquelle, aidée de la grâce, tire des avantages indicibles des avertissements qu’on nous fait par charité. Il me semble, Monsieur, que vous ferez bien aussi de déclarer de temps en temps à votre famille que non seulement vous trouverez bon d’être averti par votre admoniteur, mais que vous auriez peine s’il ne vous avertissait pas et s’il s’abstenait de m’écrire à moi, selon que la règle ordonne, et l’usage de toutes les compagnies bien réglées, et que vous les assurez que vous ne verrez point les lettres qu’ils m’écriront, ni celles que je leur écrirai. O Monsieur, que la misère humaine est grande et la patience nécessaire aux supérieurs !
Je finis en me recommandant à vos prières, que je vous prie d’offrir à Dieu, à ce qu’il me pardonne les fautes incomparables que je commets tous les jours dans la qualité que j’ai, qui en suis le plus indigne de tous les hommes et pire que Judas envers Notre-Seigneur.
2870. — A JACQUES PESNELLE
[De Paris, ce 13 juin 1659] (1)
Monsieur,
La grâce de N.-S. [soit avec vous pour jamais !]
Je reçus, sur la fin de la semaine [dernière], votre lettre du 27 mai, qui [ne demande] quasi point de réponse.
Lettre 2870. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le document est en mauvais état.
1) Date écrite au dos de la lettre par le secrétaire.
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Je [loue Dieu] des fruits qu’il a tirés de votre mis [sion aux] Repenties, et je le prie qu’il tire [sa gloire] de l’ordination, en cas qu’elle se soit faite à ces quatre-temps, et qu’il conserve Monseigneur le cardinal, soit qu’il aille à Rome ou qu’il demeure à Gênes. C’est ce que nous demandons à Dieu, et avec cette grâce toutes celles qu’il souhaite, et cela pour la reconnaissance que nous lui devons, comme au bienfaiteur de la compagnie, et au plus considérable qu’elle ait.
Puisque vous avez jugé à propos de faire prendre la prêtrise au frère Caron, à la bonne heure. Pour le frère de Lagrange (2), il sera bon de lui donner le temps d’étudier, quoique ce soit un bon enfant et de qui vous pouvez vous assurer, comme je pense, pour le faire entrer dans les ordres sacrés, lorsqu’il aura l’âge requis. On pourra [aussi demander pour lui un extra tem] pora {Je suis consolé de la] disposition où [vous êtes de] vous abandonner [entièrement à la] conduite de Dieu ; [je le prie] de vous bien établir dans cet [état], sur l’assurance que rien [n’arrive] que par sa volonté, [excepté le] péché, et qu’il tire sa gloire [de tout], et notre bien, quand nous lui sommes [tout à fait] résignés ; voire même il convertit le [plus grand] mal en bien. Faites de votre côté tout simplement et bonnement ce qui est en vous, afin que les choses aillent bien. Mais pour ce que les autres font ou disent, ou pour les mauvais événements, ne vous en troublez pas ; commettez le tout à Dieu et vous confiez en lui. C’est ici le fondement de toute bonne conduite et la paix et le progrès de votre âme. Je prie N.-S. qu’il nous y établisse tous.
2) Robert de Lagrange, né à Lille le 1er novembre 1636, entré dans la congrégation de la Mission le 19 octobre 1655, reçu aux vœux le 19 octobre 1657.
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Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.
2871. — A JEAN MONVOISIN, PRêTRE DE LA MISSION, MONTMIRAIL
[Juin 1659] (1)
M [onsieur,]
La grâce [de N.-S. soit avec vous pour] jamais !
Vous [me dites dans votre lettre] du 5 que [Monsieur] Berthe vous a fait espérer [sa visite] ; mais comme il est allé [en la ville] de Toul, et qu’ensuite il a [dessein d’aller à] Sedan, vous aurez fait cette mission avant qu’il repasse ; et ainsi, si vous êtes en état de l’entreprendre, vous avez du temps.
Je loue Dieu de ce que M. Cornuel (2) se porte mieux de son indisposition et de ce que le frère Pinson est revenu de l’état fâcheux où il était. Plaise à Dieu de vous conserver tous en parfaite santé !
J’aimerais bien mieux que le fils de Monsieur de Noirmoutiers (3) fût à Fontaine-Essart…
Nous n’avons rien de nouveau de deçà. Chacun s’y
Lettre 2871. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Date de la visite de Thomas Berthe à la maison de Toul.
2) Supérieur de la maison de Montmirail.
3) Le duc de Noirmoutiers avait eu trois enfants de son épouse Renée. Julie Aubery : une fille, Yolande-Julie, et deux garçons. — Les six ou sept lignes qui suivent dans l’original sont trop incomplètes pour que nous puissions reconstituer le texte. Il y est question de bail.
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porte assez bien, grâces à Dieu. Je le prie qu’il vous continue et augmente ses bénédictions. Je suis fort consolé des services que vous lui rendez et des fruits que le pauvre peuple retire de vos travaux. Dieu en soit loué !
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Monvoisin.
2872. — AU FRèRE JEAN PARRE
[14 juin 1659] (1)
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous [pour jamais !
J’ai] reçu votre lettre écr [ite de Saint-Quentin.] Je loue Dieu de ce que v [ous êtes] arrivé heureusement et de ce que [vous avez] redressé la Charité de la Fère.
Nos dames vous ont ordonné livres, que vous prendrez, s’il vous [plaît], et les tirerez à l’ordinaire sur Mademoiselle [Viole] ; mais elles vous prient de les ménager, car on n’a plus d’argent. Elles vous mandent aussi que l’on porte à Paris plus de tamis que jamais, et qu’il est bon que les ouvriers sachent qu’il les faut fort bruns pour avoir du débit.
Quant à la dévotion et au concours du peuple vers l’image trouvée (2), il faudrait que Mgr l’évêque en fût
Lettre 2872. L. s. — Dossier de la Mission, original. Le coin supérieur de droite a été rongé par l’humidité.
1) Date donnée par Collet, op. cit., t. II, p 145. L’année est signalée au dos de l’original.
2) En abattant un tilleul deux fois séculaire à Fieulaine, près de Saint-Quentin, le 20 avril 1659, des ouvriers mirent à nu une petite statue de la sainte Vierge, à laquelle le bruit public attribua des
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averti, ou Messieurs les grands vicaires, pour prendre connaissance des miracles prétendus et arrêter l’abus, s’il y en a.
Je suis, en l’amour de N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A notre frère le frère Jean Parre, de la congrégation de la Mission, à Saint-Quentin.
2873. — A PIERRE DAVEROULT, PRêTRE DE LA MISSION,
A LISBONNE
[De] Paris, ce 16 juin 1659.
[Monsieur],
[La grâce] de N.-S. soit avec vous pour jamais !
[Nous n’avons re] çu qu’hier seulement votre lettre du 29 décembre [dernier], mais ç’a été avec une consolation très sensible, [pour] la bonne disposition où je vous vois pour le corps et pour l’esprit. J’en rends grâces à Dieu, Monsieur, [et] en particulier de ce que vous continuez à vous vouloir donner à sa divine bonté de la meilleure manière que cela se peut, pour le salut des pauvres âmes des Indiens, pour lesquelles Notre-Seigneur est mort (1).
miracles. Telle fut l’origine du pèlerinage de Notre-Dame-de-Paix. Près du lieu de la découverte s’éleva bientôt une chapelle, où les fidèles affluèrent. (Histoire de ce qui s’est passé de plus remarquable à l’occasion d’une image de la sainte Vierge dite Notre-Dame-de-Paix, nouvellement, trouvée au village de Fieulaine, Saint-Quentin 1662, in-12)
Lettre 2873. — L. s. — Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint. Le mauvais état de l’original nous oblige à compléter plusieurs phrases.
1) Ces derniers mots, depuis "pour le salut des, etc.", sont de la main du saint.
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Je dois recevoir aujourd’hui ou demain l’argent que vous m’adressez, savoir quatre pistoles et trente-cinq patagons (2) et demi, que je ferai tenir au premier jour à Madame votre bonne sœur, avec la lettre que vous écrivez à M. Cochet. J’en ai donné trois divers récépissés, qui ne serviront que d’un seul, à M. Emmanuel Seissez, intendant de la maison de Monseigneur l’ambassadeur de Portugal en cette cour.
Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que Mgr le comte d’Obidos vous a reçu en sa maison et du bon traitement qu’il vous fait ! Lui-même m’a fait l’honneur de me le mander par une lettre du mois d’avril, et je me donne la confiance de l’en remercier très humblement par un mot de réponse que je lui fais. Je vous prie [de lui présenter l’offre] des respects et des services [que lui fait] notre petite compagnie, et [les miens en particulier.]
Je ne puis finir que par où j’ai [commencé], à savoir par les actions de grâces que [nous devons] à Dieu pour toutes les faveurs qu’il [vous] fait et pour la résolution qu’il vous [inspire] d’accomplir le voyage de Madagascar, [si tel] est son bon plaisir. On prépare un vaisseau en France pour y aller à ce mois de septembre, et on espère que les embarquements seront plus fréquents qu’ils n’ont été. Venez donc, Monsieur, quand il vous plaira ; venez-vous-en à Paris. Nous serons grandement consolés de vous voir et de vous embrasser, et alors nous verrons s’il sera à propos que vous fassiez ce voyage avec d’autres prêtres de la compagnie, ou si vous servirez Dieu de deçà ; car nous avons de quoi vous employer convenablement partout. Messieurs Le Blanc, Arnoul et de Fontaines sont revenus [en France]. Ils furent menés par un [bâtiment de] guerre, qui prit leur vaisseau
2) Monnaie espagnole. Le patagon valait trois livres tournois.
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[quelques] jours après qu’ils vous [eurent] quitté à Lisbonne.
Tâchez de vous [bien po]rter, Monsieur, et écrivez-nous [aussi] souvent que vous le pourrez, en [atte] ndant votre retour. Je prie Notre-Seigneur qu’il vous conduise heureusement en votre maison de Saint-Lazare et qu’il vous honore partout de ses bénédictions. Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. prêtre de la Mission.
Je souhaite que votre retour soit le plus prompt que faire se pourra. Si vous n’avez de l’argent pour faire le voyage, j’espère de l’incomparable [bonté (3)] de M. d’Obidos qu’il vous prêtera ce qu’il vous faudra, et je le rendrai ici à M. l’agent de Portugal pour lui faire tenir. Si vous arrivez par terre à Bayonne, Monseigneur l’évêque (4) vous fera donner ce que vous aurez besoin, ainsi qu’il a fait, par monsieur son grand vicaire, à Messieurs de Fontaines et Arnoul ; si par mer, à La Rochelle, Monseigneur l’évêque (5) fera le même ; si à Nantes, ce sera M. Couplier ; et si au Havre de Grâce, ce sera M. le gouverneur, en faisant voir la présente à mesdits seigneurs et à ces deux messieurs (6). Venez donc, Monsieur, venez, et au plus tôt ; je serai dans
3) Mot oublié dans l’original.
4) Jean Dolce.
5) Jacques-Raoul de la Guibourgère.
6) Par une note qui remplit la dernière page de la lettre du saint laissée en blanc, Pierre Daveroult lui-même nous apprend qu’un Français nommé Lasserre lui prêta, à Lisbonne, l’argent dont il avait besoin pour le voyage (cent quarante-trois livres quinze sols), à charge de restituer cette somme au supérieur des Franciscains de Toulouse, qui devait la dépenser au "service de Notre-Dame" dans la chapelle de leur couvent.
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l’impatience jusques à ce que je vous embrasse en effet, comme je fais à présent en esprit.
Au bas de la première page : M. Daveroult.
2874. — AU COMTE D’OBIDOS
[E domo Sanct]i Lazari, XV kalendas julii (1) 1659.
[Illustrissime Domi]ne,
[Tuam epi] stolam qua singulari me honore atque humanitate [prosequeri] s, omni animi submissione atque reverentia recepi ; ita [ment] e mihi subripuit ut non vulgari pudore sim perfusus, cum [longe a] bsint a me praeclarae illae animi dotes quas tua mihi [beni] gnitas, sine ullis meis meritis, tribuendas putat ? Quid enim obsecro laudandum in eo cui omnia desunt, quique patrem suum agnoscit pauperem agricolam ? Quod sane non obstabit, Illustrissime Domine, quin obsequia exiguae nostrae societatis meaeque tenuitatis officia Illustrissimae Dominationi Vestrae quam humillime consecremus. Quod quidem (mihi crede) eo libentius facimus, ne magnitudinis tuorum erga nos beneficiorum et praecipue caritatis in sodalem nostrum exercitae, sive hospitio ipsum excipiendo, sive innumeris aliis donis cumulando, immemores atque ingrati videamur. Et quoniam, Illustrissime Domine, non alia ratione tot piis virtutum officiis respondere me valere intelligo, quam profitendo me tuis meritis satisfacere nullo modo posse, precor Omnipotentem Deum [ut] Illustrissimae Dominationi Vestrae pro merito gratias referat atque animam majoribus
Lettre 2874. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
1) 17 juin.
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in dies divinae gratiae charismatis ditet ; eumdemque supplex rogo [ut] pro sua providentia vota tua secundet, virtutes augeat et nobilissimam atque illustrissimam familiam excellentioribus suis donis cumulet.
Haec sunt quotidiana nostra vota assiduaeque preces quas pro sua animi exiguitate fundet, Illustrissime Domine, tui humillimus atque obsequentissimus in Christo servus.
TRADUCTION
De Saint-Lazare, le 15e des calendes de juillet 1659.
Monseigneur,
J’ai reçu avec la soumission et le respect dont je suis capable, votre lettre, pleine des sentiments de déférence et de bienveillance singulières que vous professez à mon endroit. J’en ai été grandement confus, voyant combien je suis éloigné des éminentes qualités que la bonté de votre cœur m’attribue, sans que j’aie rien fait pour le mériter. Qu’y a-t-il à louer, en effet, je vous le demande, dans un homme dénué de tout, né d’un pauvre laboureur ?
Cela ne m’empêchera pas toutefois, Illustrissime Seigneur d’offrir très humblement à Votre Excellence les hommages de notre petite compagnie et les services de mon humble personne. Nous sommes d’autant plus portés à cela, croyez-le bien, que nous ne voudrions pas passer pour des ingrats et paraître avoir oublié les grands bienfaits dont vous nous avez comblés, particulièrement la bonté avec laquelle vous avez donné l’hospitalité et fait mille autres charités à notre confrère. Et puisque je me sens incapable, très Illustre Seigneur, de répondre à tant de pieux services autrement que par l’aveu de ma faiblesse et de mon impuissance absolue à les reconnaître, je supplie le Dieu tout-puissant de récompenser Votre Seigneurie Illustrissime selon votre mérite, et d’enrichir chaque jour votre âme des plus riches trésors de sa divine grâce. Je le prie aussi instamment d’exaucer vos désirs, dans l’ordre de sa providence, d’augmenter vos vertus et de combler votre très noble et très illustre famille de ses dons les meilleurs.
Tels sont nos vœux de chaque jour, telles sont les prières assidues qu’adressera au Seigneur, dans sa chétiveté celui qui est de Votre Seigneurie Illustrissime le très humble et très respectueux serviteur en Jésus-Christ.
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2876. — A MONSIEUR DEMURARD (1)
De Paris, ce 17 juin 1659.
[Monsieur,]
Voici la seconde lettre que je [me donne] l’honneur de vous écrire. Le première [était au] sujet d’un de vos plus jeunes enfants [qui é] tudiait en notre séminaire de Saint-Charles ; et celle-ci regarde M. votre second, qui se. trouve dans votre disgrâce. La connaissance que j’ai de sa conduite me donne la confiance de vous en entretenir. Je vous supplie, Monsieur, de l’avoir agréable.
Il y a environ 2 mois qu’il vint céans me dire l’état où il se trouvait. Il me fit entendre qu’il était bénéficier, et que néanmoins il ne se sentait pas porté de vivre ecclésiastiquement, ayant plus d’inclination pour le mariage que pour le célibat, et me demanda mon avis pour savoir ce qu’il avait à faire pour le mieux. Je ne voulus pas porter jugement sur cette question et me contentai de lui dire que c’était un affaire à décider entre Dieu et lui, et que, s’il faisait une retraite spirituelle pour consulter Dieu, il y avait sujet d’espérer que sa divine bonté lui ferait connaître son bon plaisir. Quelque temps après, Monsieur votre aîné, que je ne connaissais pas, vint aussi me parler pour savoir si nous pourrions recevoir céans un jeune homme rebelle aux volontés de son père. Je lui dis que, pourvu que cela fût ordonné par le magistrat, que nous le recevrions. Et en effet, l’ayant mené céans, avec permission de l’enfermer, nous le reçûmes. Ce jeune homme [se laissa enfermer et] me fit dire ensuite qu’il était celui [qui était venu] naguère prendre
Lettre 2875. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire. Le document est en mauvais état.
1) Seigneur de Saint-Julien et trésorier de France à Lyon.
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conseil de moi et qu’il était [ainsi mal] traité pour avoir [résigné son] bénéfice. Et me l’ayant [fait] mener, je le reconnus ; et il me [raconta] comme il avait fait ses exercices [spirituels] à Saint-Sulpice, où il avait résolu, [par] l’avis de son directeur, de se marier plutôt que de brûler, selon le conseil de saint Paul, et que, ne croyant pas pouvoir remettre son bénéfice à un de ses frères, selon votre souhait, Monsieur, parce qu’il ne l’en jugeait pas assez capable, il l’avait résigné à une personne qui l’était, pour mettre sa conscience à couvert, et que c’était là le sujet pour lequel vous l’aviez fait arrêter. Là-dessus j’envoyai prier M. votre aîné de me venir voir, et je lui dis que, s’il me croyait, il remettrait son frère en liberté, parce que j’étais assuré que le parlement, entendant ses raisons, le mettrait dehors, et qu’il valait mieux qu’il vous eût, à vous et à lui, l’obligation de sa sortie, que non pas à la justice. A quoi il se rendit, après s’en être conseillé avec d’autres ; et les ayant fait embrasser en ma présence, ils s’en allèrent ensemble à la ville.
[Je me] sens maintenant obligé de vous supplier, [Monsieur, de] pardonner à ce second fils, s’il y a eu en lui [faute en quelque] façon, d’agréer la résignation qu’il a faite [et le maria] ge qu’il veut contracter, de le rétablir [dans les droits] que la nature lui a donnés et de l’honorer [de votre af] fection paternelle, pour les raisons suivantes.
Premièrement, parce que vous imiterez la clémence de Dieu vers nous, qui sommes ses enfants, et des enfants ingrats et pécheurs, reçus à miséricorde toutes les fois que nous recourons à lui.
2° Votre qualité de père vous invite d’avouer pour votre enfant celui-ci, qui semble n’avoir rien fait qui le rende indigne de cette grâce.
3° Les circonstances de son procédé, qui le rendent
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plutôt louable que répréhensible. Il se voyait périr comme un homme qui se noie, et il a cherché les moyens de se sauver ; car, s’il vous a désobéi en se démettant du bénéfice entre les mains d’un autre que de celui que vous lui avez commandé, il a cru devoir plutôt suivre l’intention de Dieu et de l’église, qui l’ont obligé de choisir le plus capable ; et s’il se marie contre votre volonté, il le fait par un bon principe, qui est pour éviter d’offenser Dieu ; il le fait parce qu’il est en âge pour le faire, et il le fait parce que des personnes sages et de piété le lui ont conseillé.
4° Enfin, Monsieur, vous auriez un jour du regret d’avoir mis au monde un homme et de l’avoir abandonné, et surtout si vous le voyiez en nécessité, pour avoir avantagé à son préjudice d’autres enfants qui ne sont pas plus vôtres que lui.
Peut-être, me direz-vous, Monsieur, que [ce serait vraiment] justice de ne lui rien donner par [rapport à] votre succession. M [onsieur, je prie] Notre-Seigneur qu’il vous ôte [cette pensée,] si par quelque ressentiment de la natu [re elle vient]. en votre esprit ; car [l’attribution] d’un bien patrimonial et temporel ayant été exigée…. en récompense d’un bénéfice qui est… ce serait vous rendre coupable, Monsieur, d’une [injustice] manifeste si vous vouliez vous en prévaloir ; ce qu’à Dieu ne plaise ! Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, prenez avis de quelques personnes sages et désintéressées pour ne rien faire en tout ceci que ce que vous voudriez avoir fait à l’heure de votre mort. C’est la très humble prière que je vous fais, vous suppliant très humblement de me pardonner si je prends la liberté de vous écrire sur se sujet, qui vous touche de si près. L’affection que j’ai pour votre service et pour le repos de votre famille m’y oblige, parce que Notre-Seigneur m’a rendu, en son amour…
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2876. — A DENIS LAUDIN
[De Paris, ce 18 juin 1659] (1)
Monsieur,
La grâce [de N.-S. soit avec vous pour jamais !]
Il y a environ […. que le lieutenant] criminel du M[ans me fit l’honneur de me] venir voir et de [m’entretenir de] quelque différend [que vous avez ensemble sur] les droits d’un rachat ; [et il m’a] fait voir un titre fort a[ncien. Je vous] prie de me mander ce que [c’est], si ce n’est pas un affaire qui puisse être mis en arbitrage de deçà.
Vous ferez bien de prier M. Le Blanc, au retour de la mission, de reprendre le soin du séminaire et d’assister à l’office divin, comme aussi de donner connaissance au visiteur qui vous ira voir dans un ou deux mois des manquements qu’il y fera et de la délicatesse excessive de son corps, pour l’en avertir… (2).
Engagez- [le, autant que] vous pourrez, aux affaires de la procure, et mandez-moi si, en lui donnant un frère pour y être employé sous lui, afin de le soulager, il voudra en avoir le soin principal.
Dieu vous continue par sa bonté infinie les forces du corps et les opérations de son esprit pour l’accomplissement de ses desseins !
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’oubliais de vous prier d’aller ou d’envoyer, quand
Lettre 2876. — L. s. — Dossier de la Mission, original
1) La date a été répétée au dos de l’original.
2) Suivent, dans l’original, cinq lignes dont il ne reste que peu de mots, qu’il nous a été impossible de relier ensemble.
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vous le pourrez commodément, visiter la Charité de Domfront (3), qui ne va pas tant bien, à ce que j’ai appris.
Suscription : A Monsieur Monsieur Laudin, supérieur des prêtres de la Mission, au Mans.
2877. — A GUILLAUME CORNUEL, * PRêTRE DE LA MISSION, A MONTMIRAIL
De Paris, ce 19 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous écris pour savoir l’état de votre santé et quel mouvement Dieu vous donnera sur la proposition que je m’en vas vous faire. Il est question d’un établissement de la compagnie en un lieu de grande dévotion ; et si ce n’est le second, c’est au moins le troisième le plus fréquenté du royaume. C’est Notre-Dame-de-Bétharram, où il se fait souvent des miracles. Nous y sommes appelés par Monseigneur l’évêque de Lescar (1) et le parlement de Navarre. Il y a un gentilhomme en cette ville, député du Béarn (2), qui a été chargé de nous en faire la proposition. Il y a huit prêtres qui ont consenti à nous céder leurs places. C’est feu M. Charpentier qui les y a mis et qui a relevé cette dévotion. Il y a plus de 20 ans que ce bon serviteur de Dieu nous y voulut établir, et de temps en temps il m’en a parlé ; mais Dieu n’a jamais
3) Domfront-en-Champagne (Sarthe), dans l’arrondissement du Mans.
Lettre 2877. — L. non s. — Dossier de la Mission, minute. Le texte est mutilé ; les quelques mots qui manquent nous sont donnés par le reg. 2, p. 122.
1) Jean du Haut de Sallies.
2) Laneplan.
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conduit ce dessein au point qu’il est. Toutefois ces propositions éloignées ont beaucoup servi à nous persuader que la résolution prise vient de Dieu et que nous devions nous offrir à sa divine Majesté pour le servir en ce pays.
Il s’agit donc de l’exécution. Nous faisons état d’y envoyer 4 prêtres et un frère et avons jeté les yeux sur vous pour la conduite, d’autant plus que quelques ecclésiastiques de ces quartiers-là vous y souhaitent, vous ayant connu au séminaire des Bons-Enfants. Le lieu est au pied des monts Pyrénées, et la situation en est fort belle, et qui d’elle-même porte à la dévotion. L’air y est un peu subtil, et je l’appréhenderais pour vous si je ne savais que celui de Montmirail l’est pour le moins autant. Reste à vous élever à Dieu, Monsieur, pour écouter ce qu’il vous dira sur ce sujet. On m’a dit qu’il y a 4.000 livres de revenu. Entre ceux qui desservent la chapelle, il y en a quatre qui demeureront ; les autres se retireront.
Les emplois des nôtres seront de confesser et de prêcher dans la maison, d’avoir soin d’un séminaire et de faire des missions dans le diocèse. Je vous prie, Monsieur, de me mander au plus tôt votre disposition de corps et d’esprit pour cette sainte entreprise. Il y a sujet d’espérer que la sainteté du lieu et les mérites de la glorieuse Vierge, et les grands biens que vous y pourrez faire attireront sur votre personne et votre gouvernement des grâces particulières. Je prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse à tous celle de répondre partout et toujours à son adorable volonté. Pour moi, je suis de tout mon cœur, en son amour…
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2878. — A JACQUES PESNELLE
[De Paris, ce 20 juin 1659] (1)
Monsieur,
La grâce de [N.-S. soit avec vous] pour jamais !
J’ [ai reçu votre lettre du…] Je suis bien aise que [vous ayez eu l’exercice des] ordinands.
Oui, Monsieur, il y a tout sujet [de penser] que, Dieu vous ayant chargé du [soin de] la famille, il vous donnera les qualités requises pour vous en bien acquitter. Laissez-le faire et ne vous troublez jamais quand les choses iront autrement que vous ne désirez. Faites une attention particulière à n’être à peine à personne, mais a consolation à tout le monde.
Puisque Mgr le cardinal (2) juge que les 400 écus de Corse se peuvent lever et appliquer à la compagnie sans la rendre odieuse à Nosseigneurs les évêques, à la bonne heure, vous ne pouvez faillir de suivre les avis de Son éminence. C’est donc à trouver des hommes propres que va toute la difficulté. J’ai écrit à M. Jolly qu’il tâche de vous en fournir un, et je lui en écris encore aujourd’hui.
Si M. Jolly n’a pas besoin de ce bon enfant de Marseille que vous lui avez offert… (3).
[Je s]uis, en son [amour], Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur de la Mission, à Gênes.
Lettre 2878. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Date écrite au dos de la main du secrétaire.
2) Le cardinal Durazzo.
3) Suivaient, sur l’original, quatre lignes dont il ne reste que trois mots
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2879. — A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 20 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 30 avril. J’en été fort consolé, y voyant les assurances de votre santé et de celle de M. Duperroy, dont je rends grâces à Dieu, ensemble des présents que le roi et la reine ont faits à votre église. J’admire leur piété et l’attention que Leurs Majestés font à vos besoins. Il n’y a que Dieu qui puisse leur faire connaître les sentiments d’estime et de révérence que j’ai pour elles, et ma reconnaissance pour leurs bienfaits. Tout ce que je puis est d’assurer la reine par vous, Monsieur, que nous prions Dieu très souvent qu’il ait agréable de conserver leurs personnes sacrées, de bénir leurs desseins et de donner la paix à leurs états.
Mgr de Posnanie (1) a bien raison de souhaiter de voir la compagnie dans l’exercice de ses fonctions en son diocèse, après un si long temps qu’il y a qu’elle y est établie ; mais aussi n’auriez-vous pas tant tardé de les entreprendre sans les accidents qui sont arrivés, qui vous ont ôté les hommes et les moyens que vous aviez pour cela, Dieu l’ayant ainsi ordonné pour des raisons que nous devons adorer en lui sans les connaître. Il y a sujet d’espérer qu’il en sera de vous comme des arbres fruitiers, car d’autant plus qu’un rude et long hiver les resserre et les empêche de pousser, tant plus prennent-ils de profondes racines et portent plus de fruits. Vous me mandez que ce bon prélat vous destine une église en sa
Lettre 2879. — L. s. — Dossier de Cracovie, original.
1) Albert Tholibowski
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ville épiscopale pour vous y établir avec le temps. Dieu en soit loué ! Je ne doute pas qu’il n’arrive un jour de delà ce qui nous arrive ici, savoir plus d’établissements ; à faire que nous n’en pouvons prendre, faute d’ouvriers. Il se présente peu de personnes disposées comme il faut à se donner à Dieu de la bonne manière, et entre celles qui commencent il y en a encore peu qui réussissent.
Monsieur, qu’un bon missionnaire est de grand prix ! Il faut que Dieu le suscite et le façonne ; c’est l’ouvrage de sa toute-puissance et de sa grande bonté. C’est pourquoi Notre-Seigneur nous a expressément recommandé de prier Dieu qu’il envoie de bons ouvriers à sa vigne ; car, en effet, il ne s’en trouve point de bons, si Dieu ne les envoie, et de ceux-là il n’en faut que peu pour faire beaucoup : douze ont suffi pour établir l’église universelle, malgré la sagesse humaine, la puissance du monde et la rage des démons. Prions Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il communique l’esprit apostolique à la compagnie, puisqu’il l’a envoyée pour en faire l’office.
J’ai une grande affliction de la peine que se font les Filles de la Charité. Vous ferez bien de renvoyer la sœur Françoise (2) en France, quand il s’en présentera l’occasion, le faisant agréer auparavant à la reine.
Tout va assez bien de deçà, et Dieu, par sa miséricorde, continue de bénir la compagnie en toutes les manières. Priez sa divine bonté pour tous nos besoins et pour les miens en particulier.
Je vous embrasse, avec le bon M. Duperroy, de toutes les tendresses de mon cœur, et je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2) Françoise Douelle.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
2880. — ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT
Du mois de juin 1659,
Monsieur,
J’ai été aise d’apprendre que ces Messieurs auxquels vous avez communiqué ma lettre soient résolus de s’employer à l’affaire duquel je vous parlai (1) ; en quoi vous et eux rendrez un grand service à Dieu et à l’église, car il faut que ces personnes la ruinent dans la disposition, je le crois, ou bien leur compagnie.
Je suis très aise que vous ayez des habitudes avec le seigneur auquel j’ai cru que vous deviez parler. Il est important que ce soit vous-même qui parliez, et je pense que, si vous lui envoyez quelqu’un des vôtres pour lui faire entendre que vous avez des choses importantes à l’église à lui dire, qu’il vous ira voir. Je ne trouve aucun danger à cela ; car ce n’est pas pour vous ou les vôtres, et vous ferez beaucoup mieux cela que par l’entremise d’un autre. Je sais que ces personnes travaillent pour faire approuver à Rome cet infâme ouvrage (2) et n’épargneront rien pour cela. C’est pourquoi c’est de la dernière importance de bien informer notre Saint-Père et surtout de faire en sorte que Sa Sainteté ne commette point pour l’examiner que des personnes desquelles elle soit bien assurée, et qu’après il le fasse examiner en sa présence. Ainsi il est tout à fait nécessaire que ledit seigneur soit parfaitement informé de tout, pour le lui écrire et y donner les avis nécessaires là-dessus. Les plus oculés appréhendent, non sans raison, les suites de cet affaire, à cause de l’extrémité où ces personnes se portent, faisant tous les efforts pour soutenir une doctrine si pernicieuse et si contraire à celle de Jésus-Christ ; ce qui doit obliger tous les vrais enfants de l’église de n’épargner rien pour s’y opposer et empêcher leur dessein. Cela m’oblige à vous dire que j’estime qu’il est important pour cela que M. le marquis (3) informe bien la reine de l’im-
Lettre 2880. — Arch. de l’évêché de Cahors, cahier, copie prise sur l’original.
1) Par la lettre 2832.
2). L’Apologie des casuistes.
3) Le marquis de Magnac-Laval
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portance de cet affaire et la supplie de vouloir servir l’église dans cette rencontre ; ce qu’elle peut faire en recommandant cet affaire à Mgr le nonce et le priant de faire bien entendre à Sa Sainteté le mal que fait ce méchant livre, et le désordre et scandale qu’il causerait dans l’église et dans l’état, s’il était approuvé, etc. Ces personnes ont fait grand bruit à Toulouse ; mais les fruits qu’elles en ont reçus est la haine publique, tant cet ouvrage est odieux. Il y en a plusieurs d’eux qui écrivent pour cette défense. Il serait très important de leur faire faire défenses de plus écrire de ces matières ; et je pense qu’on y sera contraint.
Je suis toujours, Monsieur…
ALAIN,
év. de Cahors.
2881. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
[Entre le 13 et le 30 juin 1659] (1)
Monsieur,
La grâce [de N.-S. soit avec vous pour] jamais !
Je vous [remercie des renseignements] que vous me donnez [sur l’affaire de Saint-]Pourçain. Il y a… auquel nous nous [adresserons.]
Vous ferez bien de conclure [l’affaire] avec le chap [itre] de Saint-Pierre et [de voir le] chapelain pour Lorette.
C’est donc à ceux qui gouvernent en France et en Savoie à lever la difficulté qui arrête le Pape en l’affaire de Saint-Antoine, et c’est à nous à vouloir ce que Dieu veut, et rien davantage.
J’ai parlé à nos anciens qui connaissent la maison offerte par Mgr le cardinal Maldachini (2) ; mais ils trouvent deux difficultés pour la prendre : l’une, qu’elle
Lettre 2881. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) Le passage relatif au cardinal de Gênes montre que cette lettre a été écrite après la lettre 2870 et avant la lettre 2885.
2) François Maldachini, né à Viterbe le 12 avril 1621, créé cardinal le 7 octobre 1647, mort à Nettuno en 1700.
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est destinée pour recevoir les pestiférés ; et l’autre, qu’elle est trop éloignée de la ville pour y recevoir les ordinands. Et pour ceux de la compagnie qui seraient obligés d’aller et venir en été, il nous faut un lieu de facile abord ; et ainsi il n’y a guère d’apparence de traiter de cette maison éloignée, pour être obligés d’en avoir encore une à la ville, à moins que celle-là nous soit purement donnée, et donnée par la Providence, sans aucune avance de notre côté…
[Si Mgr le cardinal] de Gênes arrive [à Rome avant] que vous en soyez parti (3), d [ites-lui que] je vous ai prié de vous aller [reposer] pendant les grandes chaleurs, selon l’avis des médecins, qui ont jugé qu’il y a danger de votre vie de vous laisser à Rome ; et si vous en êtes déjà dehors, vous lui ferez dire la même chose, parce qu’autrement il pourrait trouver étrange de ne vous y voir pas.
Je suis en N.-S. votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2882. — A DOMINIQUE LHUILLIER
De Paris, ce 26 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Voici la personne que je vous ai prié de recevoir en votre maison, qui s’en va pour y demeurer. Je vous le
3) Le cardinal Durazzo était à Rome depuis le 14 juin.
Lettre 2882. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
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recommande. Il vous dira les raisons pour lesquelles il fait cette retraite ; et entre autres celle-ci : que dans Paris il est sujet d’aller au cabaret. Or, afin que cela ne lui arrive pas à Crécy, vous prendrez garde à lui, s’il vous plaît. Il veut bien qu’on l’en empêche. Il parle de vous donner cinq cents livres. Vous prendrez ce qu’il vous donnera, et vous verrez cependant si vous pouvez vous accommoder avec lui, et lui avec vous. Il nous est recommandé par un abbé de singulière piété, à qui nous avons de grandes obligations.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lhuillier, prêtre de la Mission, à Crécy.
2883. — A FIRMIN GET
De Paris, ce 27 juin 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’avoue derechef que nous nous sommes trop hâtés ; mais aussi nous a-t-on fait entendre les choses autrement disposées qu’elles ne sont ; et il semblait que tout était perdu si nous avions tant soit peu retardé. Oh bien ! il n’en faut plus parler ; la faute est faite ; elle sera cause qu’une autre fois nous regarderons de plus près et avec plus de loisir à ce que nous avons à faire. Dieu, qui sait tirer le bien du mal, fera tourner cela à sa gloire. Il ne faut pas réparer un défaut par un
Lettre 2883. — L. s. — Dossier de la Mission original.
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autre, ni quitter le lieu où vous êtes, après avoir entrepris d’y rendre service à Dieu et au diocèse. Il faut donc continuer, et je vous en prie. Si l’œuvre commencé ne réussit pas, il ne doit pourtant pas tenir à nous que Dieu (1) ne le conduise à sa perfection, puisque sa Providence nous y a engagés.
Je suis bien en peine de l’indisposition de Mgr l’évêque, et je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse les bains qu’il est allé prendre.
Je remercie très humblement le R. P. Baurème de l’honneur qu’il m’a fait par votre lettre. Je vous prie de me recommander à ses prières et de l’assurer de mon obéissance.
Vous pouvez faire venir à Montpellier les manteaux longs que vous avez laissés à Marseille, ou les prendre vous-même quand vous y irez. Il ne faut pas douter qu’il ne faille prendre tout l’entretien de vos personnes sur les quatre cents écus que l’on vous a offerts, aussi bien pour le linge et les habits que pour la nourriture. Que si cette somme ne suffit pas, il faudra représenter à mondit seigneur que vous n’avez pas de quoi y suppléer d’ailleurs. Quant aux ornements et aux livres qui vous manquent, il faut avoir patience et vous représenter comme faisaient Notre-Seigneur et les apôtres, qui n’en avaient point, afin d’entrer dans leur esprit et, autant que vous pourrez, dans la pratique de leur simplicité et pauvreté, vous confiant en la science de Dieu, qui ne manquera de vous inspirer les choses que vous avez a dire et à montrer ; je dis, par lui-même, tandis qu’il ne vous les enseignera pas par les livres. Vous ne laisserez pas pourtant de demander à mondit seigneur les nécessaires,
Lettre 2884 — L. s. — Dossier de la Mission, original Une déchirure a fait disparaître une partie du texte
1) Philippe Le Vacher.
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comme je fais à Dieu l’abondance de ses grâces pour vous et pour M. Parisy, que j’embrasse cordialement ; et je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, étant de présent au séminaire de Montpellier, à Montpellier.
2884. — A JEAN BARREAU
De Paris, ce 27 juin 1659.
Mon cher Frère,
[La grâce de N.]-S. soit avec vous pour jamais !
[J’ai reçu votre lett]re du 3 de mai, qui m’a [fort consolé, voya]nt l’adoucissement des Turcs et la [bonne issue] des affaires. Dieu en soit loué ! [Mais je crains] qu’ils ne soient tels qu’ils paraissent [être]. Il y a toujours sujet de craindre [pour l’ar]gent, et qu’ayant toujours quelque [souvenir] du passé, ils ne se payent un jour [sur les Fran]çais de ce qui leur est dû, lorsqu’ils [le pour] ront faire avantageusement. J’écris à M. Le [vach]er (1) qu’il s’informe des barques qui viendront d’Alger, si l’on peut s’y assurer, et que je prendrai cependant conseil de deça de personnes publiques et clairvoyantes pour savoir si nous vous renverrons bientôt
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M. Le Vacher avec l’argent, ou une partie. Croyez-moi, mon cher Frère, je souhaite autant que vous que cela se fasse. J’ai une grande peine, et plus grande que je ne vous puis dire, de vous savoir seul, embarrassé comme vous êtes. Mais jusqu’à présent Dieu a fait voir que les retardements passés étaient de l’ordre de sa providence ; et nous ne voyons pas encore clairement quel est son bon plaisir sur le secours que vous attendez ; je dis : pour le temps et la manière de vous le donner. Je sais seulement que, comme nous ne cherchons que sa volonté toute pure, il nous fera la grâce de trouver en elle votre délivrance et notre repos. Je le prie cependant qu’il vous donne patience pour attendre [encore].
Je remercie sa divine bonté de [ce que, par sa grâce], vous avez maintenu votre cr [édit tout entier] aux esclaves, pour qui vous a [vez tant de charité]. Il est de grande importance de [vous surveiller] pour faire toujours de même. V [ous éviterez] de divertir les sommes à autre des [sein que celui] pour lequel on vous les a envoyées. [Ne prenez pas] de l’un pour donner à l’autre, [mais laissez] à chacun ce qui lui appartient, pour [être en état de le] lui rendre quand il voudra. Les de [voirs de la] justice sont préférables à ceux de la c [harité. Et pour] ce que vous dites qu’il y a des esclaves réc [lamés] des marchands, auxquels vous ne pouvez refuser les 30 piastres qui leur manquent pour sien revenir, je [vous] dirai que, si vous avez de l’argent de reste, j’entends du vôtre, vous pouvez faire ces avances ; mais de l’emprunter, ou de le prendre sur autrui, jamais vous ne le devez faire, non plus que de répondre, ni vous engager pour qui que ce soit ; autrement, nous serions toujours à recommencer, et le pis est, c’est qu’il nous serait impossible de vous dégager une seconde fois. Il ne faut jamais plus parler de quêter à Paris pour votre sujet.
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C’est à vous à vous maintenir ou à vous retirer. De vous maintenir, il vous sera facile, si vous me croyez : ne vous mêlez d’autre chose que de faire votre charge ; n’ayez point de commerce, ni d’affaires avec personne du monde, qu’autant que votre office vous y oblige, et n’entreprenez jamais rien au delà de vos propres forces.
[Pour la comm]ission que Messieurs de Gastines et Campou [veulent vous do]nner, elle se peut faire en deux [manières : ou bien en] persuadant aux Turcs et les pressant [de faire ce que ces] Messieurs désirent, ou bien le… simplement. Je ne suis point [d’avis que vo] us vous chargiez de leurs affaires. [Il vaut mieux sug] gérer en la première manière, [à savoir par] persuasion. Ils feront bien d’envoyer [quelqu’autre] pour cela en Alger. Mais je trouve [fort sage] que vous agissiez pour eux par forme [de propo] sition, vous contentant d’exposer aux [autorités] les raisons et les intentions de vos commettants [et de] les presser de les suivre, parce qu’alors ils ne pourront pas vous reprocher de les avoir engagés à faire quelque chose contre leur gré, ou leur profit. Les anges ont soin de nous en cette dernière façon : ils nous inspirent le bien doucement et quasi imperceptiblement, et nous laissent ensuite en pleine liberté de le faire ou de le laisser.
Ce n’est pas sans sujet que je vous prie de ne vous mêler plus que des affaires du consulat, car, outre le commerce où vous êtes ci-devant entré pour des diamants et autres choses, j’ai vu que depuis peu vous vous êtes chargé de faire venir des perles de France, et en avez écrit à M. votre frère. Tout cela, mon cher Frère, est hors de propos et contre la volonté de Dieu, qui ne vous a appelé de delà que pour l’office, et non pour le trafic.
Je prie sa divine bonté qu’elle vous protège et vous
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bénisse. Je suis, en son amour, mon cher Frère, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul de la nation française, en Alger.
2885. — A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
[Fin juin 1659] (1)
[Monsieur,]
[La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !]
[Dieu soit loué de toutes] les [démarches que vous avez faites au sujet de l’affaire de Saint]-Méen, [ainsi que de votre] diligence pour [l’appel aux] ordres du jeune homme ; [dont je] vous remercie de tout c[œur.]
Nous rendrons a M…. les dix pistoles qu’il vous a laissées.
J’attends que vous ayez achevé l’affaire de Lorette, pour en donner avis à Madame la duchesse d’Aiguillon.
J’ai appris que Mgr le cardinal de Gênes est parti pour Rome le 9 de ce mois. Il sera arrivé assez tôt, comme je crois, pour vous aider en l’affaire de l’approbation des conditions de notre vœu de pauvreté, à quoi j’espère qu’il s’emploiera volontiers et utilement. Et Dieu veuille que ce soit en sorte que l’accident des Minimes (2)
Lettre 2885. — L. s. — Dossier de la Mission, original.
1) La phrase : "J’ai appris que Mgr le cardinal de Gênes est parti pour Rome le 9 de ce mois" montre bien que la lettre est de juin
et comme il fallait une quinzaine de jours au moins pour l’arrivée du courrier de Gênes, nous ne saurions choisir d’autre date que la fin du même mois
2) Les Minimes français avaient à la Trinité-du-Mont, à Rome un couvent placé sous la protection des rois de France Ayant appris
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n’en puisse…. (3) des personnes de toute condition et de tout pays.
J’ai grande joie d’apprendre les bénédictions que Dieu donne à votre famille et à vos conduites, et je prie sa divine bonté qu’elle vous les continue et vous fortifie.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly.
2886. — A UN CLERC DE LA MISSION
De Paris, Ce 28 juin 1659.
Monsieur,
[La grâce de] N.-S. soit avec vous pour jamais !
[C’est avec] joie que j’ai reçu votre lettre, et avec [recon] naissance vers la bonté de Dieu que j’ai [vu] votre disposition pour aller administrer l’évangile et les sacrements aux peuples éloignés. Cette sainte semence que
que le nouveau vicaire général de l’Ordre, Jean Guillard, se proposait de venir faire la visite chez eux, bien que la précédente remontât à moins de six ans, quelques religieux protestèrent hautement et déclarèrent qu’ils ne s’y soumettraient pas. La visite eut lieu, et le visiteur jugea bon de prendre des mesures de rigueur contre les mécontents. Elle n’était pas achevée que Gueffier entrait au monastère en qualité d’agent du roi, et signifiait à deux des Minimes de la maison d’aller rendre compte de leurs actes à la cour du roi de France. On était au 24 mai 1659. Telle fut l’origine de cette triste affaire qui mit en conflit pendant deux ans le pouvoir pontifical et le pouvoir royal. (Cf. Arch. des Aff. étrang., Rome 137, pièces diverses, surtout celles qui commencent au f° 546 et au f° 576.)
3) Des six lignes qui suivent, dans l’original, il ne reste plus que des mots détachés, dont il est difficile de saisir le lien.
Lettre 2886. — Dossier de la Mission, copie du XVIIe siècle.
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N.-S. a jetée dans votre cœur, pourra porter des fruits en son temps, et des fruits de vie éternelle ; cultivez-la bien, sans néanmoins vous départir de la sainte indifférence que nous devons avoir pour les lieux et les emplois. Et comme vous êtes à présent appliqué à l’étude, faites-en votre principal soin, après celui de plaire à Dieu et de vous rendre de plus en plus agréable à ses yeux par la pratique des vertus. Tâchez de vous rendre bien capable de toutes les fonctions de la compagnie et puis nous penserons à vous, à qui je suis, en N.-S., Monsieur, très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2887. — A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 28 juin 1659.
[Monsieur,]
[La grâce de] N.-S. soit avec vous [pour jamais !]
Voici notre frère [Jean Proust que] nous vous envoyons. [Je lui] ai dit que c’est pour faire [tout ce] à quoi on trouvera à propos [de l’] employer, et que, si vous le mettez aux affaires, il vous rende compte tous les soirs de ce qu’il aura fait chaque jour, et prenne les ordres de vous de ce qu’il aura à faire le lendemain. Et en effet, Monsieur, il est à propos que cela se fasse ainsi, au moins dans le commencement ; et je vous prie de vous y accommoder, afin qu’il s’y accoutume et ne fasse rien à sa tête, ainsi que je lui ai recommandé, mais tout de concert avec vous et selon votre ordre. Et
Lettre 2887 — Dossier de la Mission, original. L’original est détérioré. Nous avons emprunté au registre 2, p 17, les mots placés entre crochets
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quand il n’ [aura rien à faire] pour le dehors, [il] pourra s’occuper [au dedans de la maison, ainsi] que les autres frèr[es. Il entend les] affaires, ayant été procureur au siège de Fon[tenay ; je crois] que vous en serez sou[lagé et] satisfait.
Je prie No [tre-Seigneur] qu’il vous anime de plus en plus de son humilité, de sa douceur, patience, vigilance, zèle et bonté, et qu’il me pardonne les fautes que je fais contre ces vertus. C’est en son amour que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
Une petite incommodité où je suis (1) m’empêche de répondre à votre dernière lettre, et même de la voir. Je ne l ai pas encore ouverte.
1) Une fluxion aux yeux
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APPENDICES
1. — LETTRE DE RENé ALMéRAS A NICOLAS DUPERROY
PRêTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE
De Paris, ce 18 janvier 1658.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monsieur Vincent étant un peu incommodé aujourd’hui, m’a donné charge de faire réponse à la lettre que vous lui avez écrite, et à moi aussi, sur le sujet de Monsieur votre frère 1, et de vous dire qu’il fut grandement consolé de son entrée en la Compagnie, aussi bien que du séjour qu’il y a fait, ayant été à édification, qu’il a été bien marri de l’indisposition qui lui survint, et ensuite de sa sortie, qu’il est fort consolé d’apprendre comme il se comporte dans le monde et de l’affection qu’il conserve toujours pour la Mission, qu’il souhaite grandement qu’il puisse recouvrer une parfaite santé, et qu’alors, s’il persévère et s’il demande à rentrer, il le recevra avec grande joie, mais qu’il ne juge pas à propos de l’y convier, ni s’avancer pour cela.
Après vous avoir dit ceci de la part de Monsieur Vincent, il est bien juste que je vous remercie, de mon côté, de la peine que vous avez prise de m’écrire et de l’affection que vous conservez toujours pour moi. C’est ce que je fais donc,
Appendice 1. — L. a. — Dossier de Cracovie, original. Cette lettre et les deux suivantes ont été écrites au nom et par l’ordre de saint Vincent ; c’est pour ce motif qu’elles trouvent place en appendice.
1) Victor Duperroy.
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Monsieur, de tout mon cœur, et prie Notre-Seigneur, que vous a préservé parmi tant d’accidents de guerre et de peste, et qui vous a donné la patience et la constance pour souffrir tout cela si généreusement, qu’il vous fortifie de plus en plus pour sa gloire et pour le bien de ceux auprès desquels vous travaillez de delà.
Ce sont les souhaits de celui qui est, en l’amour de NotreSeigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
ALMERAS,
indigne prêtre de la Mission.
2. — LETTRE DU FRèRE BERTRAND DUCOURNAU
A LOUISE DE MARILLAC
[Après mars 1657] (1)
Je souhaite à Mademoiselle Le Gras la plénitude de l’Esprit pour ses étrennes, et à sa compagnie la conservation d’une si bonne mère, afin qu’elle lui communique de plus en plus les dons de cet Esprit.
Monsieur Vincent n’est pas d’avis qu’elle envoie personne vers Mademoiselle (2), selon la pensée de Madame de Brienne, à moins qu’elle n’ait quelque chose de particulier à lui faire savoir. Il est vrai, dit-il, qu’il y a des communautés qui visitent les grands ; mais il ajoute que cela ne leur est guère avantageux.
Si Mademoiselle Le Gras a une troisième fille à lui donner (3), elle fera bien, en ce cas, d’envoyer deux sœurs pour l’en avertir et pour apprendre plus particulièrement ses intentions ; mais, si pour le présent elle n’a pas une troisième fille, il suffira qu’elle prie Madame de Brienne de lui faire ses excuses.
Appendice 2. — Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p, 682.
1) Voir note 3.
2) Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier
3) Pour l’hôpital de Saint-Fargeau, où la duchesse de Montpensier avait appelé deux sœurs au mois de mars de l’année 1657.
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9 ou 10 janvier 1659] (1)
Monsieur Vincent trouve bon que Mademoiselle Le Gras reçoive à la retraite la personne dont parle M. de Saint-Nicolas (2), et qu’elle donne permission par écrit aux sœurs de l’Hôtel-Dieu d’aller ensevelir la demoiselle qui le désire, après qu’elle sera morte.
4. — LETTRE DE LOUISE DE MARILLAC
A LA SŒUR NICOLE GEORGETTE
Ce 28 mars 1659.
Ma très chère Sœur,
J’ai bien ressenti votre peine en tous les sujets que vous m’avez mandés, quoiqu’il ne faille pas que nous trouvions étranges toutes les médisances que l’on voudra dire de nous en mentant, puisque nous sommes chrétiennes et de plus Filles de la Charité ; ce qui nous oblige à supporter tout, ainsi qu’il nous est enseigné par ce grand amoureux des souffrances de Jésus-Christ.
Ce qui me contriste un peu est qu’il paraît que vous avez eu prise avec M. le curé, qui est de si sainte vie, si docte, et auquel nous avons de grandes obligations, pour la charité
Appendice 3. — L. a. non signée. Dossier des Filles de la Charité original.
1) Voir note 2.
2) Hippolyte Féret. Il avait écrit à Louise de Marillac le mot que voici :
"A Paris, le 9 janvier 1659. Mademoiselle Le Gras est très humblement suppliée de vouloir admettre en sa maison, pour retraite spirituelle, durant 8 jours, la personne qui lui rendra ce billet. Elle s’y présente à dessein d’être associée aux sœurs de la Charité des paroisses, si sa vocation est reconnue telle Votre très humble serviteur H FéRET." Les deux billets sont écrits sur la même feuille de papier.
Appendice 4. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.
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et bonne volonté que sa charité a toujours eue pour nos sœurs. J’ai communiqué votre lettre à Monsieur Vincent, qui sait sa vertu. Il m’a chargée de vous prier de vous tenir toujours dans le respect que nous lui devons. Et, pour ce qui est du reste, vous savez que sa charité ne répond pas si promptement. Seulement je vous puis assurer que, par la grâce de Dieu, nos sœurs ont toujours gardé la fidélité qu’elles sont obligées, bien loin de rien emporter, des livres, ni autre chose.
Je suis fâchée que vous vous soyez défendue en raillant. Mais quoi ! notre faiblesse a besoin de ne se pas laisser abattre. Je ne crois pas que vous deviez apprendre à notre sœur (1), ni souffrir qu’elle apprenne d’autre ; elle n’est pas capable de cela, et je ne voudrais pas exposer personne à son épreuve.
Je vous envoie la croix que vous désirez, en laquelle vous apprendrez à recevoir de bon cœur celles qu’il plaît à NotreSeigneur vous envoyer.
Je me recommande à vos prières, à celles de ma sœur Marie, et suis, en son très saint amour, ma très chère Sœur, votre très humble sœur et très affectionnée servante.
L. de MARILLAC
Suscription : A ma chère sœur la sœur Nicole Georgette, Fille de la Charité, servante des pauvres malades, à Nanteuil.
1) A faire des saignées
CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,
88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.
SAINT VINCENT DE PAUL
SAINT VINCENT DE PAUL
CORRESPONDANCE
Tome VIII.
2888. - A FRANCOIS FOURNIER
[2 juillet 1659 ] (1)
[Monsieur,]
La g[râce de N.-S. soit avec vous pour] jamais !
[Je suis bien contrarié] en vous disant [que je ne saurais] aujourd'hui répon[dre à votre lettre], car, le voulant faire de [suite], j'en suis empêché par une fl[uxion] que j'ai sur les yeux, qui m'oblige d'en tenir un bandé.
Je vous remercie de l'encouragement que vous donnez au frère Guillaume (2) et du bon ordre que vous désirez et procurez à tout.
Vous savez qu'il est très difficile d'envoyer une fille seule d'ici à Cahors ; et quand ce serait une chose aisée, nous ne pourrions pas le faire si Mgr ne la demande. Nous verrons s'il est expédient que les sœurs reçoivent avec elles des filles du pays qui voudraient se retirer. Cependant je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2888. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
1. Le mal d'yeux dont saint Vincent se dit atteint sert à fixer l'année.
2. Guillaume Vagré, né à Annay (Pas-de-Calais), entré dans la congrégation de la Mission le 7 mars 1656, reçu aux vœux à Cahors le 30 novembre 1658.
- 2 -
Nous sommes au 2 de juillet. J'ai reçu une autre lettre de vous, que je n'ai encore ouverte, à cause du mal que j'ai aux yeux. Je commence à m'en porter mieux.
Suscription : A Monsieur Monsieur Fournier, prêtre de la Mission, à Cahors.
2889. - AU PROCUREUR DU ROI A PARIS
[1659 ] (1)
Vincent de Paul appuie la demande des Filles de la Charité, qui sollicitent :
...la permission de puiser quelques lignes d'eau du regard qui est vis-à-vis Saint-Lazare, pour leur maison, qui en est proche (2).
2890. - A FIRMIN GET
De Paris, ce 4 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais!
Quoique votre lettre ne requière pas réponse, je ne puis pourtant discontinuer à vous écrire, et je vous écris aujourd'hui pour rendre grâces à Dieu de ce que vous entrevoyez quelque suite favorable dans l'œuvre commencée. Il faut espérer que Dieu y donnera sa bénédiction.
Lettre 2889. - Catalogue de M. Charavay.
1. Voir note 2.
2. Ces quelques mots sont extraits du catalogue de M. Charavay, qui semble reproduire les termes mêmes de la requête du saint. On trouve aux Archi. Nat. Q 1200 le texte de la requête des sœurs et celui de la concession, qui fut accordée le 19 août 1659.
Lettre 2890. - L. s. - Dossier de la sœur Hains, original.
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Je le prie qu'il vous donne son esprit en abondance pour l'insinuer dans l'état ecclésiastique ; car, hélas ! si les prêtres sont bons, les peuples le seront et les hérétiques reviendront. Ce que je vous recommande, au nom de N.-S., est de porter vos pensionnaires à la vie intérieure. Ils ne manqueront pas de science s'ils ont de la vertu, ni de vertu s'ils s'adonnent à l'oraison, laquelle étant bien et exactement faite, elle les introduira infailliblement en la pratique de la mortification, le détachement des biens, l'amour de l'obéissance, le zèle des âmes et le reste de leurs obligations.
Je vous ai prié de faire un tour à Marseille lorsque M. Le Vacher vous mandera qu'il sera temps pour envoyer en Alger, non pas l'argent des quêtes, mais celui que nous avons reçu pour certains esclaves nommés ; car, pour l'autre, on n'est pas d'avis que nous le risquions sitôt ; on veut que le Bastion soit premièrement rétabli et que M. Constans soit hors d'Alger, même avant que M. Le Vacher y retourne ; ou pour le moins, s'il y retourne, il ne portera que peu d'argent. Si, en votre absence, il est besoin que M. Durand vienne à votre place à Montpellier, je lui écris qu'il vous rende ce bon office. M. Durand me mande que Mgr l'archevêque lui a donné charge de se rendre à Narbonne, à son retour de Toulouse. Je crains que ce soit un contretemps pour votre voyage de Marseille et pour venir à votre place à Montpellier. Dieu vous continue et augmente ses grâces par sa bonté infinie ! C'est en son amour que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d l M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur
- 4 -
des prêtres de la Mission de Marseille, au séminaire de Montpellier, à Montpellier.
2891. - A JEAN MONVOISIN, PRêTRE DE LA MISSION,
A MONTMIRAIL
De Paris, ce 1 juillet 1659..
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je réponds à la hâte à votre lettre du 29 juin. Je loue Dieu de la continuation de vos forces et de vos travaux, et des biens qu'il plaît à Dieu d'en tirer Je le prie qu’il vous anime de plus en plus de sa vertu.
Je consens, pour accommoder la veuve Moreau, que vous preniez le pré qu'elle vous offre pour payement de ce qu'elle doit, sauf à lui rendre la survaleur, s'il vaut davantage. Je ne dis rien du prix ; c'est à vous à voir.
Nous n'avons rien de nouveau ici ; tout y va son train ordinaire.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 2891. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
1. Bien qu'il ne soit pas indiqué sur l'original, le nom du destinataire de la lettre n'est pas douteux ; elle est adressée au supérieur de Montmirail, comme il est facile de s'en convaincre en la rapprochant de la lettre 2258.
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2892 - A EDME JOLLY
De Paris, ce 9 juillet 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Nous attendrons les extra tempora que vous nous faîtes espérer, et le temps auquel notre frère de Marthe sera en âge d'en avoir un pareil et de s'en servir. Je vous remercie des peines que vous prenez pour cela, et pour toutes les choses que je vous recommande. Plaise à Dieu que votre santé vous permette de les continuer pour sa gloire et le bien de la compagnie !
J'ai fait faire un extrait de votre lettre touchant l'argent reçu par M. l'abbé Tinti (1) et le chapelain que vous allez envoyer à Lorette, pour en donner connaissance à Madame la duchesse d'Aiguillon, qui sera surprise de l'un et consolée de l'autre.
Je vous écris brièvement pour cette fois.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Un de nos écoliers nommé Ignace Boucher, clerc du diocèse d'Arras, ayant été à la guerre quelque temps, s'est trouvé en quelque rencontre où il y eut des personnes tuées et blessées, bien que non pas de lui, n'ayant tiré aucun coup ; et en quelque autre occasion, il a tiré par-dessus la muraille d'une ville assiégée contre les as-
Lettre 2892. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
1. Le roi l'avait nommé, par brevet du 15 décembre 1651, "agent et expéditionnaire général de sa Majesté en cour de Rome pour y poursuivre toutes bulles et provisions du Pape."
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siégeants, sans savoir s'il a tué ou blessé. Voyez s'il sera bon à tout hasard de lui obtenir une dispense pour entrer dans les ordres.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly, supérieur des prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
2893. - A JéROME LEJUGE, PRêTRE DE LA MISSION,
A GêNES
De Paris, ce 4 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis bien aise que vous ne soyez pas parti pour Rome, pour les raisons que vous me mandez. Lorsque je vous ai prié d'y aller, je n'ai pas fait attention à la saison trop avancée, et serais bien marri de vous avoir exposé à un air dangereux. Dieu soit loué, Monsieur, de ce que vous êtes prêt de faire partout sa très sainte volonté, et d'aller vivre et mourir en quelque part qu'elle aura agréable de vous appeler ! C'est la disposition de ses bons serviteurs et des hommes apostoliques qui ne tiennent à rien ; c'est la marque des vrais enfants de Dieu, toujours en liberté de répondre aux desseins d'un si digne Père. Je l'en remercie pour vous, Monsieur, avec un grand sentiment de tendresse et de reconnaissance, ne doutant pas que votre cœur, étant ainsi préparé, ne reçoive les grâces du ciel en abondance pour faire beaucoup de biens sur la terre, comme j'en prie sa divine bonté. Vous pourrez donc vous tenir en état, s'il vous plaît, Monsieur, de partir pour Rome après les
Lettre 2893. - L. non s. - Dossier de la MIssion, minute de la main du secrétaire.
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grandes chaleurs. Cependant vous réglerez les affaires de votre maison paternelle, ainsi que vous le désirez, et je vous prie de donner connaissance à M. Sappia (1) du revenu de notre famille et des affaires qui regardent votre procure, afin qu'il puisse en avoir le soin en votre absence, selon l'information que vous lui en donnerez, et conformément aux ordres de son supérieur (2),
Je me recommande à vos prières et je vous assure des miennes et des affections de mon cœur, qui chérit intimement le vôtre en celui de Notre-Seigneur, qui, de sa grâce, m'a rendu, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
2894. - A MONSIEUR FAVIER,
LIEUTENANT GéNéRAL DU BAILLIAGE DE TOUL
5 juillet 1659.
Il faudrait avoir votre esprit et votre plume pour exprimer le respect avec lequel j'ai reçu votre lettre, et la parfaite reconnaissance que Dieu me donne pour votre exubérante charité. Je prie Notre-Seigneur, qui voit mes sentiments, qu'il ait agréable de vous les faire connaître. Je vous remercie cependant, de toutes les affections de mon cœur, de tant de grâces dont vous nous comblez. Il faut bien que Dieu vous ait donné une grande participation à sa bonté pour exercer incessamment la vôtre, ainsi que vous faites, envers une pauvre et chétive compagnie, telle qu'est la nôtre. Lui-même en sera aussi
1. Jacques Sappia, né à San-Remo, au duicèse d'Albenga, le 8 octobre 1633, entré dans la congrégation de la Mission à Gênes le 30 mai 1655, reçu aux vœux le 3 juin 1657, supérieur à Gênes de 1692 à 1695.
2. Première rédaction : de son supérieur, à qui tous les emplois se référent. Ces derniers mots sont raturés.
Lettre 2894. - Reg. 2, p. 60.
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votre récompense, puisqu'il est la fin de toutes vos actions. Et en particulier, Monsieur, je vous rends mille actions de grâces des avances que vous avez faites vers M. Dulys pour l'obliger à nous établir à Notre-Dame-des-Trois-Epis, et de la disposition où vous êtes de venir ici pour la consommation de cette affaire, si besoin est. Mon Dieu ! Monsieur, de quels bienfaits nous prévenez-vous ! Nous ne pensions plus à la proposition qu'on nous en a ci-devant faite, lorsque vous avez pris la peine d'en écrire à M. Demonchy, estimant que M. Dulys avait porté ses pensées ailleurs ; et je ne sais encore ce que c'en est. Tant y a que nous n'avons vu personne de sa part ; et si M. son neveu (1) a été prié d'en traiter avec nous, il ne nous en a pas encore averti ; et nous n'avons garde de l'en solliciter, ayant pour maxime de n'agir jamais que passivement, ni faire agir pour nous établir en un lieu, voulant entièrement dépendre de la volonté de Dieu, à qui appartient d'appeler. Ce sera bien assez s'il nous fait la grâce de répondre à la vocation, sans que nous allions au devant. Si son bon plaisir nous veut en ce saint lieu, il nous le signifiera par ceux qui ont la puissance de nous y appeler ; et nous attendons leur mouvement, comme j'attends de la miséricorde de Dieu les occasions de vous obéir, vous assurant que je serai toute ma vie, selon que j'y suis obligé, en l'amour de Notre-Seigneur... (2),
1. Deux des neveux de Pierre Dulys entrèrent dans l'état ecclésiastique : Charles Dulys, qui devint abbé de Lunéville, doyen de l'église de Brisach et chanoine de Daint-Dié, mort en 1725 ; et François Dulys, plus tard chanoine de Saint-Thiébaud de Thann.
2. Le chanoine Dulys ne renouvela pas ses propositions. (cf. lettre 2698, note 1).
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2895 - A MONSIEUR DE SéRAUCOURT
De Paris, ce 5 juillet 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Nos prêtres de Sedan ont plus reçu d’honneur de votre présence et de votre bonté qu’ils ne vous ont rendu de service, et tant que nous sommes, nous avons plus d’obligation de respecter votre chère personne et de reconnaître les effets de votre grande charité, que nous n’aurons jamais de grâce pour le faire ; mais Notre-Seigneur sera, s’il lui plaît, notre supplément.
J’ai communiqué à nos dames la pensée que vous, Monsieur, avez eue de donner de l’aide à la nièce de feu Mademoiselle de Neufville pour instruire les petites filles de Sedan et en recevoir à pension, en prenant des Filles de Sainte-Marthe propres pour cela, et fournissant d’ici ce qui peut manquer à leur entretien (1) Nous avons parlé de ce bon œuvre, et j’ai beaucoup désiré que la compagnie l’entreprît ; mais elle en a appréhendé la dépense, ne voyant aucun fonds, ni personne qui puisse ou veuille y contribuer. La chose est donc demeurée irrésolue. Je ne veux pas en demeurer là, Monsieur, car, quand je verrai l’occasion favorable, je ferai un nouvel effort, à ce que votre proposition puisse avoir son effet. Je loue Dieu cependant, Monsieur, de l’application qu’il vous donne pour l’avancement de sa gloire et le bien public. Je le prie qu’il vous conserve pour cela même C’est en lui que je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Lettre 2895. - L. non s. - Dossier de la MIssion, minute de la main du secrétaire.
1. Voir lettre 1936, note 1.
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2896 - A THOMAS BERTHE
De Paris, ce 5 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre chère lettre du 21 juin dit que vous serez encore 15 jours à Toul. Si la présente vous y trouve, je vous prie de renouveler derechef à Monseigneur l’évêque (1) nos soumissions et nos reconnaissances très humbles, et en particulier l’offre de mon obéissance perpétuelle. Je pense souvent à sa personne sacrée et à la bonté paternelle dont il nous honore, mais toujours avec les sentiments de respect et de tendresse que Dieu seul lui peut faire connaître.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de vos bonnes conduites de delà ; elles me donnent partout de nouvelles consolations, et j’espère qu’elles m’en donneront toute ma vie.
Vous me faites espérer de passer à Metz, et peut-être que la présente vous y trouvera. Je vous prie de confier à Monsieur le président Frémyn seul la résolution qu’une personne a prise de nous y établir, à ce qu’il ait agréable de jeter les yeux dans la ville et les faubourgs pour nous y trouver une maison à vendre, propre à cet établissement, et de nous en faire savoir le prix. Nous aurons l’argent pour le payer, demain ou après. On veut que la chose soit tenue fort secrète, non seulement à l’égard de la personne fondatrice, mais encore quant au dessein. Si je ne savais que la bonté de mondit sieur le président est incomparable pour nous, je n’oserais
Lettre 2896. - L. s. - Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
1. André du Saussay.
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prendre tant de confiance que de nous adresser à lui. Assurez-le, je vous prie, de mon obéissance.
Vous trouverez à Sedan l’argent que vous avez laissé à Troyes ; nous l’avons déjà payé ici, sur la lettre de M. Cabel, qui vous attend.
On m’a dit que l’armée de M. le maréchal de La Ferté est répandue aux environs de Stenay et de Montmédy. Vous vous en informerez et tâcherez de vous précautionner pour éviter quelque mauvais rencontre. Je prie N.-S. qu’il soit votre protecteur et votre conduite. Pour moi, je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
L’affaire de la maison requiert le dernier secret à l’égard de celui qui désire faire ce bien-là, et au nôtre.
Suscription : A Monsieur Monsieur Berthe, prêtre de la Mission, à Toul.
2897. - A THOMAS BERTHE, PRêTRE DE LA MISSION,
A TOUL
De Paris, ce 9 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Si vous recevez la lettre que je vous écrivis samedi, vous recevrez la présente, parce que, celle-là ayant été portée trop tard à la poste, elle y est demeurée jusqu’à aujourd’hui ; mais je pense que toutes les deux arriveront trop tard. Quoi qu’il en soit, je vous ai prié de confier
Lettre 2897. - L. s. - Dossier de la Mission, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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à M. le président Frémyn le dessein qu’une personne (1) a de nous établir à Metz, afin qu’il eût agréable de voir quelle maison on y pourrait trouver propre pour un séminaire. Mais j’ai pensé depuis qu’il vaut mieux de ne lui en parler pas ; car la chose doit être tellement secrète que je crains qu’elle ne le soit pas assez. Je vous prie donc, Monsieur, de vous contenter de voir vous-même, sans faire semblant de rien, si vous pourrez découvrir un lieu à vendre, tel qu’il le faut, et en savoir le prix, pour me le mander, sans dire à personne au monde pourquoi c’est. Voilà le sujet de la présente. Dieu vous conserve par sa grâce ! Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
On m’a parlé de l’hôtel de Montgommery, bâti à l’antique. Si vous le pouvez voir, ou quelqu’autre, à la bonne heure ; sinon, je pense que la sœur Raportebled aura assez d’adresse et de silence pour faire cela, et pour m’en écrire sans que personne s’aperçoive du sujet (2),
Au bas de la première page : M. Berthe.
1. La reine Anne d’Autriche. Elle fournit les fonds. Aussi, en reconnaissance, son nom fut-il donné au séminaire.
2. Cet hôtel, propriété des Carmélites, qui y tenaient des locataires, était situé rue de Neufbourg, aujourd’hui rue de la Fontaine, presque en face de l’hôpital Saint-Nicolas. Il comprenait cinq pavillons distincts, des cours et des jardins entourés de murs. Les négociations aboutirent en 1661, grâce surtout aux démarches de Bossuet, archidiacre de Metz, et de son père. Le contrat d’achat se trouve aux archives nationales, S. 6707.
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2898. - A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN
De Paris, ce 9 juillet 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier votre lettre du 27 juin. Je n’ai pas ouï dire que Madame la duchesse d’Aiguillon doive aller en son duché ; et si elle y allait, il faudrait bien l’aller voir, mais sans façon ; car elle n’en fait point et ne veut pas qu’on lui en fasse.
Pour la cour, c’est un autre affaire, ou plutôt c’est où vous n’avez rien à faire, ni de visite à rendre. Vous n’avez qu’à demeurer en votre coquille.
Je prends part à la peine que vous avez d’être payé, et je prie N.-S. qu’il inspire ceux qui vous doivent à vous donner moyen de soutenir l’œuvre de Dieu et de l’augmenter.
Je suis, en lui, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2899. - A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MONTPELLIER
De Saint-Lazare-lez-Paris, le 11 juillet 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Vous me mandez, par la vôtre du 1er, que vous allez. partir pour Marseille et que vous attendiez M. Durand
Lettre 2898. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
Lettre 2899. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
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pour tenir votre place à Montpellier ; à quoi je vous dirai que mon intention n’était pas que vous y alliez sitôt, mais que M. Le Vacher (1) attendît de vous y appeler, jusqu’à ce que nous eussions envoyé quelqu’un pour la conduite, à qui vous pussiez remettre la clef du coffre, laquelle il est expédient que vous gardiez cependant. Et en effet, si vous n’êtes pas parti de Montpellier, lorsque la présente y arrivera, je vous prie de n’en pas bouger, que premièrement le supérieur que nous avons destiné pour Marseille n’y soit arrivé ; et alors vous pourrez y aller pour lui délivrer la clef et l’argent du coffre, et l’informer de l’ordre qu’il doit tenir pour les affaires de Barbarie. Et si vous êtes déjà à Marseille, vous délivrerez, s’il vous plaît, à M. Le Vacher l’argent des esclaves que nous avons reçu de leurs parents et qui ne provient pas des quêtes, et de plus quatre ou cinq mille livres, que vous prendrez sur les trente mille, afin que M. Le Vacher les emporte, quand il s’en ira en Alger ; ce qui pourra être lorsque nous aurons envoyé des prêtres à Marseille, et non plus tôt, n’étant pas à propos qu’il laisse la maison seule, ou presque seule, ni que vous y demeuriez plus de deux jours, à cause que M. Durand est nécessaire à Agde. Il n’est pas à propos non plus que M. Le Vacher porte une plus grande somme, de crainte que les Turcs soient tentés de s’en saisir. On lui fera tenir le reste peu à peu, ou en deux ou trois fois, selon qu’on y verra de la sûreté.
J’écris à M. Durand qu’il divertisse, s’il peut, M. Brisjonc du désir qu’il a de retourner à Marseille, parce qu’il ne s’y accorderait pas avec celui que nous y destinons.
Je suis en peine de l’indisposition de M. Parisy, et
1. Philippe Le Vacher.
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je prie N.-S. qu’il lui redonne et conserve la santé, et à vous aussi, pour l’accomplissement des desseins de Dieu.
Je me donne l’honneur d’écrire à Mgr de Montpellier (2) selon votre désir.
Je vous envoie cette lettre à Marseille et à Montpellier en même temps.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get.
2900. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
De Paris, ce 11 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Quand j’ai reçu votre lettre du 16 juin, je vous tenais hors de Rome, et j’étais fort consolé de la pensée que vous étiez à présent un peu à couvert des grandes chaleurs ; mais, à ce que je vois, Monsieur, vous préférez les affaires de notre compagnie au soin de votre propre vie ; ce qui est de grand exemple ; et j’en rends grâces à Dieu, et je prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même votre force et votre vie, comme il l’est de tous ceux qui se nourrissent de son amour. Il ne faut pas laisser, Monsieur, de faire tout ce que vous pourrez au monde pour votre conservation. Ne sortez point pour tout qu’en cas de nécessité. Envoyez quelqu’autre en ville solliciter les affaires et voir les personnes qu’il faudra ; et quand il
2. François de Bosquet.
Lettre 2900. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
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arrivera des choses pressées et importantes qu’autre que vous ne pourrez faire, prenez un carrosse de louage pour vous mener ; et je vous prie, Monsieur, de n’y manquer pas, non plus qu’à continuer de prendre de l’aigre de cèdre (1), ou à user des autres rafraîchissements et prendre les remèdes que le médecin vous ordonnera. Vous feriez contre l’intention de la compagnie d’épargner la dépense en cette occasion où il y va de votre santé, qui nous est tant chère.
Je rends grâces à Dieu des longs et utiles travaux de vos ouvriers. Il faut bien que Dieu donne une force particulière à ceux qui le servent en la manière qu’ils font. Ne laissez pas, Monsieur, de les faire reposer et de les ménager.
Je vous remercie, Monsieur, de la dispense que vous m’avez envoyée pour le frère Etienne. Nous la garderons, sans lui en parler, n’étant pas à propos qu’il le sache, au moins pour le présent. Nous verrons avec le temps.
Il est vrai, Monsieur, que la bonté de Mgr le cardinal de Gênes est très grande pour notre petite congrégation ; que pouvons-nous faire pour la reconnaître, que louer Dieu souvent de la lui avoir donnée, et, en avouant notre indignité pour mériter jamais une telle grâce, nous consoler de ce que Notre-Seigneur l’a méritée lui-même pour nous ? Assurez bien Son Eminence et de nos prières pour sa conservation, tant importante à l’Eglise, et de notre parfaite reconnaissance pour ses grands et innombrables bienfaits.
J’ai fait savoir à Madame la duchesse d’Aiguillon ce que vous avez fait pour sa fondation (2) Elle m’a dit
2. La fondation de Lorette.
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qu’elle vous écrirait aujourd’hui ; je ne sais si elle m enverra sa lettre. Elle a été fort étonnée, voyant que M. l’abbé Tinti a raflé les seize cents écus des arrérages par artifice, étant assurée de ne lui avoir jamais donné procuration pour les recevoir.
J’écrirai en Poitou au plus tôt pour savoir si les ministres baptisent validement. Je n’ai pas ouï dire encore le contraire. Je vous écrirai la réponse qu’on m’en fera.
M. Levasseur, que M. Dehorgny mena à Rome au dernier voyage qu’il y a fait, n’étant pour lors que clerc, fait instance qu’on lui lève et qu’on lui envoie les lettres de ses ordres majeurs qu’il reçut à…. en 1653 et 54, au Carême et à Noël. Si vous pouvez les retirer commodément, je vous prie de le faire.
Je vous ai envoyé, il y a quelque temps, un livre de M. Abelly, intitulé Deffence de la hiérarchie de l’Eglise et de l’authorité légitime de notre Saint-Père le Pape et de Nosseigneurs les évesques contre la doctrine pernicieuse d’un libelle anonyme (3) qui a été brûlé de puis peu (4) de la main d’un bourreau, par arrêt du conseil d’en haut. Je désire vous envoyer encore deux volumes (5) du même livre, avec la réponse que les ennemis de la vérité y ont faite, et la réplique de M. Abelly. J’en ferai faire un paquet pour l’envoyer mardi à M. Delaforcade par le messager de Lyon, afin qu’il vous le fasse tenir le plus promptement qu’il pourra. Je vous envoie par avance dans ce paquet une lettre que M. Abelly m’a écrite, où vous verrez l’importance qu’il y a d’autoriser son livre, qui ne contient qu’une bonne doctrine. Le moyen serait
3. Cet ouvrage anonyme avait pour titre : Lettres de l’Autheur des Règles très importantes au sieur de Marca, archevesque de Thoulouse.
5. Volumes, exemplaires.
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de le faire approuver à Rome et de le faire traduire à cet effet en latin. Les Jésuites (?) ni d’autres n’y trouveront rien à dire. Vous pourrez le mettre entre les mains de Mgr le cardinal dataire (6) afin qu’il ait agréable de commettre quelqu’un pour l’examiner, et en donner un exemplaire à Mgr Créag, pour en faire l’usage qu’il jugera à propos (7)
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Jolly
2901. - A JACQUES PESNELLE
De Paris, ce 11 juillet 1659
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 24 juin. Vous m’avez fait un très grand plaisir de renvoyer au père de M. Rodolphe-Maria Brignole l’obligation que ce bon jeune seigneur vous avait donnée d’une rente viagère, afin qu’il retranche de cette aumône ce qu’il lui plaira, pour le temps et pour la somme. Nous ne devons rien avoir qui ne soit bien donné ou bien acquis, et, si nous sommes bien reconnais-
6. Jacques Corradi.
7. A la suite, dans l’original, se trouvait la phrase suivante, qui a été raturée : "Il y a grand sujet de craindre que l’assemblée générale du clergé qui se fera l’année prochaine ne soit poussée par quelques-uns de Nosseigneurs les prélats qui impugnent l’autorité du Saint-Siège, pour établir la leur à son préjudice, enfin et qu’ils ne la portent à quelque décision sur cette matière, qui serait la source d’un schisme et d’un grand malheur, auquel l’approbation de Rome pourrait remédier."
Lettre 2901. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
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sants des charités que l’on nous fait, nous serons toujours disposés à rendre volontiers à nos bienfaiteurs le bien qu’ils nous ont donné, s’il est en notre pouvoir
Je vous ai déjà écrit que j’estimais M. Pinon propre pour soulager M. Simon en la direction du séminaire interne, et je vois que vous me proposez la même chose Vous ferez donc bien d’en essayer et de le prier de faire attention aux immodesties extérieures qui paraissent en lui, afin qu’il s’en corrige.
Pour résoudre la question que vous me faites, si vous ferez enseigner chez vous la théologie scholastique, il faudrait savoir en quelle estime est de delà cette façon d’enseigner, si elle est parmi les Jésuites et d’autres maisons religieuses et séculières, et si beaucoup d’écoliers y vont. Il me semble aussi que ce serait se précipiter un peu de faire cela l’année prochaine, et qu’il vaudrait mieux différer à l’année suivante.
Vous me parlez du frère Thiébault (1) pour étudier la scholastique ; je ne me ressouviens plus qui c’est, s’il est français ou italien, ni qui est M. Philippe, qui deviendra, à ce que vous dites, un bon maître de théologie morale. Je vous prie de me le mander.
Je ferai réponse au premier jour à M. Stelle, qui m’a écrit.
Je suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
J’ai bien pensé que M. Le j [uge] ferait les difficultés qu’il fait pour changer de maison ; mais il faut attendre
1. François Thiébault, né à Moyencourt (Somme) le 27 septembre 1634, entré dans la congrégation de la Mission le 2 décembre 1657, reçu aux vœux à Gênes le 12 décembre 1659.
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le temps propre pour aller à Rome, afin de faire ce qui se pourra pour l’y faire aller, et, s’il le refuse, pour aviser au remède.
Suscription : A Monsieur Monsieur PESNELLE, supérieur des prêtres de la Mission de Gênes, à Gênes.
2902. - AU FRèRE JEAN PARRE
De Paris, ce 12 juillet 1659
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 7 et les images de Notre-Dame-de-la-Paix, dont je vous remercie. Je prie le Fils et la Mère, que vous servez en ce lieu-là, de vous honorer de leur protection et d’inspirer aux âmes la véritable piété, qui suppose la bonne vie.
J’ai fait savoir à Monseigneur de Noyon (1) que vous vaquerez dix ou douze jours à ce qu’il vous a ordonné.
Madame Fouquet nous a dit que la paix est assurément faite et que le roi d’Espagne en a signé les articles (2), Elle a désiré que je vous le fasse savoir, pour en consoler la pauvre frontière.
On veut faire un effort pour aider les églises plus désolées à être mises en état qu’on y puisse célébrer avec quelque décence. On vous prie donc de voir celles qui ont plus besoin de cela et où il ne faudra que peu de chose ; car on ne prétend pas donner beaucoup.
Vous êtes prié aussi d’aider les pauvres gens à gagner
Lettre 2902. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
1. Henri de Baradat (1626-1660).
2. Les négociations pour la paix, commencées à Lyon et continuées à Paris, avaient abouti, le 4 juin, à la signature de quelques préliminaires. Elles devaient se poursuivre dans un îlot de la Bidassoa.
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leur vie en ce temps ici, en leur donnant quelques outils pour travailler à la moisson.
On dit qu’entre les églises ruinées, celle d’Avançon, proche Rethel, l’est tout à fait, et on vous la recommande particulièrement.
Madame de Labidière a payé les trois quartiers des cent livres qu’elle avait promises pour des messes à dire par des pauvres prêtres de la frontière. Je pense que vous avez ci-devant touché 25 livres pour le premier quartier. Vous pouvez maintenant prendre vingt-cinq écus pour les autres trois quartiers et les tirer sur Mademoiselle Viole. Vous aurez soin, s’il vous plaît, de faire acquitter ces messes-là.
Quoique j’aie mandé à M. Bourdin, grand vicaire de Noyon, que vous aiderez dix ou douze jours à construire la chapelle et à faire tout ce qu’il faut, vous pourrez pourtant y demeurer davantage, si besoin est, et les dames laissent à votre discrétion d’y employer le temps que vous jugerez à propos, et d’en partir, lorsqu’il sera requis, pour aller ailleurs assister les pauvres et visiter les assemblées des dames, et puis retourner à cette chapelle, si votre présence y est utile.
Je suis, en N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A notre frère le frère Jean PARRE, de la Mission, à Saint-Quentin.
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2903. - A CHARLES DE SAVEUSES
De Saint-Lazare, ce 12 juillet 1659
Monsieur,
Voici votre très humble serviteur Vincent qui vous fait un renouvellement des offres de son obéissance et une très humble prière de la part des dames de la Charité, particulièrement de Madame la duchesse d’Aiguillon et de Madame Fouquet, qui ont su que vous, Monsieur, allez à Reims visiter les églises qui dépendent de votre abbaye de Saint-Nicaise, à ce que vous ayez agréable de faire une attention particulière au besoin de celle d’Avançon, qui est toute ruinée, pour porter ensuite Messieurs de la Sainte-Chapelle à contribuer quelque chose pour la mettre en état d’y célébrer la sainte messe et administrer les sacrements avec quelque décence ; ce qu’on ne peut faire en l’état où elle est. Il y a ici un pauvre demoiselle du lieu, qui aura l’honneur de vous voir sur ce sujet, Monsieur. C’est assez de vous montrer un bien à faire pour le voir fait, s’il est faisable, à cause de la grande charité que Dieu vous a donnée, qui vous fait embrasser efficacement toutes les occasions agréables à sa divine bonté et utiles à son service.
2904. - JEAN MARTIN A SAINT VINCENT
Nous voici tous de retour de la campagne. La mission de Cherasco a été un peu plus longue que les autres, pour le con-
Lettre 2903. - L. non s. - Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
Lettre 2904. - Abelly, op. cit., L. 2, chap. 1, sect. VI, p. 89.
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cours extraordinaire que nous y avons eu de tous les lieux circonvoisins ; de sorte que pour donner satisfaction au peuple nous eussions eu besoin d’une vingtaine de bons ouvriers, qui auraient pu y trouver abondamment de l’emploi pour deux. mois et davantage. Il a plu à Dieu de nous donner toute la bénédiction qu’on peut désirer en telle occasion. Grand nombre de différends et de querelles ont été apaisés ; et entre autres il y avait un gros bourg prochain dont les habitants étaient dans une telle division et si fort animés les uns contre les autres qu’il y en avait eu quatre de tués la veille du jour que nous arrivâmes ; et néanmoins, par la miséricorde de Dieu, la paix y a été rétablie ; ce qui ne s’est fait pourtant qu’avec grande difficulté, puisque ce n’a été qu’après quarante jours de prédications et de négociations ; mais aussi à la fin tout s’est terminé avec beaucoup de consolation et même d’édification de tout le peuple, en la présence du très Saint Sacrement, qui avait été exposé exprès pour cet effet. Et ce qui est le principal, est que ces personnes, en suite de leur réconciliation, se sont présentées au sacrement de pénitence avec de très bonnes dispositions.
2905. - LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
De Paris, ce 13 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 29 juin. Je vous remercie du soin que vous avez de ma santé. Je ne suis pas autrement malade, et pourtant il y a 7 ou 8 mois que je ne suis sorti, à cause du mal de mes jambes, qui a augmenté, et, outre cela, j’ai une fluxion sur un œil depuis cinq ou six semaines, dont je ne me porte pas mieux, quoique j’use de plusieurs remèdes. Dieu en soit loué !
Je suis plus en peine de votre débilité d’estomac et de la faiblesse où vous vous trouvez. Ce sont effets de vos grands travaux, par lesquels vous avez multiplié les mé-
Lettre 2905. - L. s. - Dossier de la Mission, copie du VXII° siècle.
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rites de votre âme, à même temps que vous avez consommé les forces de votre corps. Je vous prie, Monsieur, de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter et de vous ménager mieux que vous n’avez fait.
Ce que vous me mandez du synode tenu à Cozes (1) me donne sujet de vous demander comment les huguenots de Poitou administrent le baptême (2). On me mande de Rome qu’un prélat a dit qu’ils ne baptisent pas validement, l’un ne donnant l’eau, etc., l’autre [ne] proférant les paroles, ou manquant en quelqu’autre manière dans l’essentiel de la forme. Je vous prie, Monsieur, de vous en informer et de me mander ce que vous en savez et ce que vous en apprendrez, au plus tôt, sans toutefois faire bruit de cela.
J’embrasse cordialement votre petite famille, de laquelle je suis, et de vous en particulier, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, très humble et affectionné serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Ne dites à personne, s’il vous plaît, que je vous ai écrit, ni pourquoi vous vous en enquérez.
2. Voir lettre 2900.
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2908. - A PHILIPPE LE VACHER, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE (1)
[Entre mai et août 1659] (2)
….Depuis ma lettre écrite, j’ai fait attention à la lettre que m’écrit. Madame la duchesse d’Aiguillon, du Havre-de-Grâce, par laquelle elle me propose de faire espérer à M. le commandeur Paul que, s’il réussit en son entreprise et délivre les esclaves chrétiens français d’Alger, qu’il serait à propos de lui faire espérer les vingt mille francs des quêtes que M. Get a entre les mains. Je viens d’en parler aux dames de la charité, qui ne s’éloignent point de cela. Voyez-vous, Monsieur, qu’il y ait quelque apparence que ce bon Monsieur fasse cette entreprise et en vienne à bout ? En tout cas, et supposé que l’espérance de cette somme, non de trente, mais de vingt mille francs, lui fît entreprendre cet affaire plus volontiers, pensez s’il est à propos de lui en parler, ou bien si l’on commettra la chose à la Providence. Vous en userez comme Notre-Seigneur vous inspirera et me donnerez avis de ce que vous ferez en cela. Si vous êtes d’avis de ce que je vous écris, il faudra dire à M. Huguier qu’il ne bouge.
Lettre 2906. - Post-scriptum autographe d’une lettre du saint - Dossier de la Mission.
1. Le nom du destinataire n’est pas marqué sur l’original. La lettre n’est adressée ni à Firmin GET, ni à Benjamin Huguier ; elle a été envoyée pendant une absence de Firmin Get et avant qu’il eut remis les clefs du coffre qui contenait le montant des quêtes pour la Barbarie, c’est à dire avant l’arrivée de Gabriel Delespiney. Celui qui l’a reçue faisait fonction de supérieur. L’ensemble de ces remarques désigne clairement Philippe Le Vacher, qui dirigea la maison de Marseille entre le départ de Firmin Get à Montpellier (mai 1659) et l’arrivée de Gabriel Delespiney (août 1659).
2. Voir note 1.
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2907 - AU CARDINAL DE RETZ
De Paris, ce 15 juillet 1659.
Monseigneur,
Je me donne l’honneur de vous écrire la présente, et c’est, Monseigneur, pour faire un renouvellement des offres de l’obéissance perpétuelle que je dois à Votre Eminence, et cela avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, comme aussi, Monseigneur, la très humble prière que je vous fais d’avoir agréable d’approuver les règles de votre (1) compagnie de la Mission, lesquelles Votre Eminence a eu agréable d’approuver déjà une fois, et feu Mgr l’archevêque (2) une autre. Nous avons été obligés de toucher à quelques-unes, [tant] à cause de quelques fautes qui se sont glissées dans l’écriture, que pource que nous avions réglé des choses que l’expérience nous a fait voir être difficiles en la pratique. Quoi que ce soit, Monseigneur, nous n’avons point touché à l’essentiel des règles, ni à aucune circonstance considérable ; et de cela, Monseigneur, j’en assure Votre Eminence devant Dieu, devant lequel je dois aller rendre compte des actions de ma pauvre et chétive vie, étant à présent dans la 79e de mon âge. Ce que je demande à Votre Eminence, Monseigneur, n’est pas tant l’affaire de cette petite compagnie que celui de Votre Eminence, qui êtes et le fondateur et l’unique protecteur de la
Lettre 2907. - L. non s. - Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire. Les nombreuses variantes de pure forme qui existent entre la minute et la copie insérée au registre 2, p. 30, viennent de ce que le copiste n’a pas su lire le texte ; elles se rencontrent en effet aux passages de lexture plus difficile.
1. Première rédaction : notre. "Votre" est plus délicat. Plus loin le saint dira dans le même sens "ses missionnaires" au lieu de "mes missionnaires".
2. Jean-François de Gondi.
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même compagnie. Je ne m'adresse point à .Mgr votre père (3) pour avoir sa recommandation, ni à aucune puissance de la terre ; c'est à votre bonté seule que j'ai recours. Si je savais le lieu où est Votre Eminence (4), je me serais donné l'honneur de lui envoyer quelqu'un de ses missionnaires pour lui faire en personne cette très humble supplication ; mais, ne le sachant pas, je me sers de la présente, que je mets entre les mains de la providence de Dieu, laquelle je supplie de mettre entre celles de Votre Eminence (6) à laquelle je demande sa bénédiction, prosterné à ses pieds.
2908. - A ANTOINE DURAND, SUPéRIEUR, A AGDE
De Paris, ce 18 juillet 1659.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je suis affligé avec vous, et avec sujet, du procédé
3. Philippe-Emmanuel de Gondi.
4. Le cardinal de Retz était toujours en exil, et les recherches des agents de Mazarin l'obligeaient à tenir secret le lieu de sa retraite.
5. Le secrétaire avait écrit à la suite ces mots, qui ont été raturés : "Et ce qui me presse de la supplier très humblement de nous envoyer son approbation, c'est le sujet que j'ai de craindre que le bon Dieu ne me supporte plus longtemps sur la terre, et que, si je meurs sans une approbation, cela ne cause de fâcheux rencontres après moi dans la Compagnie. J'ai fait un acte de déclaration, que j'envoie à Votre Eminence, par lequel j'expose ce que je viens de dire à Votre Eminence à peu près, qu'étant obligé de recourir à elle pour l'approbation des mêmes règles et ne sachant pas là où elle est pour avoir cette dernière approbation, j'assure la Compagnie que ces règles sont les mêmes qui ont été approuvées par vous, Monseigneur, et par feu Monseigneur l'archevêque, et l'exhorte à les observer exactement. Et quoi qu'il semble (?), cela dépendra de la bénédiction qu'il plaira à Dieu d'y donner. Et s'il vous plaît, Monseigneur, de nous accorder la grâce que je vous demande, la chose ne recevra point aucune difficulté, qui suis, en son amour..."
Lettre 2908. - Dossier de la Mission, minute de la main du secrétaire.
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de M. Brisjonc et du frère Thierry (1). Dieu leur fasse la grâce de leur ouvrir les yeux pour voir le danger où ils sont de suivre ainsi les mouvements de la nature rebelle, qui ne s'accorde jamais avec l'esprit de Jésus-Christ ! Oh ! qu'il est difficile, dit l'Ecriture, que ceux qui tombent après avoir été éclairés se relèvent (2) ! Certes, ils ont grand sujet de craindre de s'égarer malheureusement s'ils quittent la voie où Dieu les a mis ; car, comment feront-ils leur devoir dans le monde s'ils ne le font pas en la condition où ils sont, étant aidés de tant de grâces de Dieu et de secours spirituels et temporels qu'ils n'auront pas hors de leur vocation ? Il ne se faut pas néanmoins étonner de voir ainsi des esprits qui chancellent et s'échappent ; il s'en rencontre dans les plus saintes compagnies, et Dieu le permet pour montrer aux hommes la misère de l'homme, pour donner sujet de crainte aux plus fermes et résolus, pour exercer les bons et pour faire pratiquer aux uns et aux autres diverses vertus. Il est à souhaiter que ce bon prêtre et ce pauvre frère conçoivent maintenant un regret de leurs fautes passées, qu'ils s'en proposent l'amendement, qu'ils s'en confondent, qu'ils se soumettent et réparent le mauvais exemple qu'ils ont donné. Je prie N.-S. qu'il leur fasse cette grâce, et vous, Monsieur, de les aider à cela. Si donc vous les voyez en cette disposition, bien revenus de leur dérèglement, envoyez M. Brisjonc à La Rose (3) et le frère à Cahors, donnez-leur l'argent qu'il faut pour y aller, et des lettres à Messieurs Chrétien et Cuissot, supérieurs, pour leur dire que vous avez ordre de moi de les
1. Jean Thierry, né à Cahors, reçu dans la congrégation de la Mission à Marseille en 1648, à l'âge de vingt ans.