Correspondance (page 57)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. Voir note 2.

2. Un mandement du cardinal-vicaire, de novembre 1659, obligeait tous ceux qui désiraient entrer dans les ordres sacrés, à faire quelques jours de retraite chez les prêtres de la Mission.

4. Epître aux Philippiens I, 6.

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3034. - LOUIS DE CHANDENIER A SAINT VINCENT

De Rome, ce 1er décembre 1659

Monsieur et très honoré Père,

Nous voici enfin arrivés ad limina sanctorum apostolorum heureusement, par la grâce de Notre-Seigneur. Nous y reçûmes, le lendemain de notre arrivée, qui fut samedi, votre lettre du 7 du mois passé, par laquelle nous voyons que, par la grâce de Dieu, votre santé est bonne, dont nous ne recevons pas peu de consolation. Plaise à sa divine bonté vous la conserver longues années pour son service !

Nous avons aussi appris avec joie de Monsieur Berthe que la fièvre l'avait quitté et qu’il espérait se rendre ici dans peu de jours, si elle ne revenait point, mais avec douleur que Monsieur Martin avait la quarte réglée, dont il avait déjà eu quelques ressentiments d’accès, lorsqu’il prit la peine de nous venir trouver à Milan ; mais nous croyions alors, et lui aussi que ce ne serait rien. Plaise à Dieu qu'il en soit délivré bientôt, pour aller travailler pour sa gloire, comme il était en bonne disposition pour cela !

Touchant le prieuré (1) nous n’avons qu'à honorer ce que vous avez fait en cela comme en toutes choses. J'ai prié .Monsieur Jolly, duquel je ne vous saurais expliquer la bonté pour nous, de vous mander la communication que nous avons eue ensemble sur ce sujet, qui le fera bien mieux que moi.

Le courrier me presse de finir en vous saluant avec tout le respect qui m'est possible.

C'est, Monsieur et très honoré Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

L. DE CHANDENIER, indigne prêtre

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général de la Mission, à Paris.

Lettre 3034. - L. a. - Dossier de la Mission, original.

1. Voir lettre 3020. Attribution du bénéfice du prieuré de Jolly, VIII, 167,

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3035. - A JACQUES PESNELLE

De Paris, ce 5 décembre 1659

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais !

Je vous salue avec votre petite troupe au haut des plus hautes montagnes du diocèse de Gênes, où vous travaillez. Oh ! que je prie Dieu de bon cœur qu'il sanctifie ce pauvre peuple par votre mission et qu'il impute le mérite du bien qui se fait, à celui qui vous y a envoyés, Monseigneur le cardinal (1), qui, de sa bonté incomparable, nous a logés à Rome en un bon quartier, et des meilleurs !

Messieurs vos frères m'ont écrit une lettre que je n'entends pas bien ; il leur semble que votre affaire est le nôtre. Je n'ai pu leur faire réponse, ni même lu toute leur lettre. Je le ferai.

Nos malades sont quasi au même état, l'un dans le sujet d'espérance et l'autre celui du danger. M. Alméras et le frère Ducournau sont retombés dans leurs premières incommodités ; et moi, qui suis chargé de péchés et d'années, me voilà encore plein d'affection pour vous et pour votre chère compagnie.

Très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.

Lettre 3035. - L. a. - Dossier de Turin, original.

1. Le cardinal Durazzo.

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3036. - A FIRMIN GET

De Paris, ce 5 décembre 1659

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je me trouve en perplexité au sujet de ce que vous me dites de la demande qu'on vous fait de la personne de M. Parisy. Tout considéré, le besoin d'Agde me presse ; mais, si le retour de Monseigneur de Montpellier (1) est si proche, in nomine Domini, il le faut retenir Mais, s'il y a apparence qu'il demeure auprès du roi, vous pourrez, en ce cas-là, le prêter pour quelque temps à M. Durand. Je vous écris ceci dans l'accablement auquel je suis à cause de la maladie de Monsieur Alméras et de notre frère Ducournau, de sorte qu'il ne me reste que le moment de vous dire que je suis plein de consolation de vos bonnes conduites et que je salue aussi dans le même sentiment M. Parisy, étant à l'un et à ]'autre, Monsieur, très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, étant de présent au séminaire de Montpellier, à Montpellier.

Lettre 3036. - L. a. - L'original a été mis en vente en juillet 1914 par M. Ferroud, libraire à Paris, chez qui nous en avons pris copie.

1. François de Bosquet. Il était allé à Toulouse, où se trouvait la Cour, pour assister à la seconde session des Etats du Languedoc, et n'en revint qu'à la fin de janvier.

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3037. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

Du 5 décembre 1659.

Il n'est point à propos que je me mêle des affaires de M.... pour plusieurs raisons. Je vous prie, Monsieur, de lui dire que je me suis donné à Notre-Seigneur pour ne jamais solliciter aucun procès des externes, moins encore de les faire solliciter. J'ai eu des parents qui avaient de procès en cette ville, pour lesquels je n'ai point sollicité, et que, si j'avais à le faire pour personne, ce serait pour lui, mais que je ne puis le faire pour aucun sans blesser une résolution que j'ai prise devant Dieu.

3038. - A LOUIS DE CHANDENIER

Paris, 5 décembre 1659.

Monsieur,

C'est avec toutes les tendresses de mon chétif cœur que je vous dis que j'ai consolation sensible de celle que vous avez en ces saints lieux de Rome. Je souhaite que M. Jolly soit assez heureux de vous accommoder en sa nouvelle habitation et que de là Notre-Seigneur vous fasse voir la force de la grâce à l'égard de tant et tant de martyrs, qui ont souffert pour lui. Hélas ! qu'ai-je tant à cœur comme la reconnaissance des obligations incomparables que nous vous avons ! C'est une atteinte de mon cœur qui ne se peut adoucir qu'en le disant et en vous souhaitant toute sorte de biens et de consolations partout où vous allez.

Il y a plusieurs maisons de Carmélites qui ne reçoi-

Lettre 3037. - Reg. 2, p. 249.

Lettre 3038. - Pémartin, op. cit., t. 4, p. 503, l. 1977.

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vent point le bref ; il y en a d'autres qui les ont, car on ne s'est point expliqué du tribunal auquel elles appellent (1) ; il faudra voir.

Votre chère famille se porte bien, Dieu merci ; l'on attend avec patience votre retour, et grand désir qu'il arrive bientôt.

M. Berthe me mande que sa fièvre quarte l'a quitté et qu'il s'en va partir au plus tôt pour se rendre auprès de vous. Peut-être aura-t-il ce bonheur avant que la présente vous soit rendue.

Dieu a disposé de M .l'abbé de Bullion (2), et lui de son bien en œuvres pies. Quelqu'un m'a dit qu'il nous a considérés. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit sa récompense. Il a donné trente mille livres à la bourse cléricale, dont j'ai grande joie, et en remercie Notre-Seigneur, en l'amour duquel je salue M. de Saint-Jean avec toutes les tendresses de mon cœur, et suis, en l'amour de Notre-Seigneur...

3039. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 7 décembre 1659

Ma sœur Barbe Bailly, en la compagnie des Filles de la Charité y a quatorze ans, a fait ses premiers vœux y aura demain onze ans, réitérés tous les ans jusques en l'année 1656, qu'elle dit, mon très honoré Père, avoir eu permission de votre charité de les faire pour toujours ; ce qu'elle fit ; et supplie très humblement .votre même charité offrir à Dieu le réitérement qu'elle en désire faire avec votre permission. Vous suppliant aussi pour l'amour de Dieu, mon très honoré Père, pour l'accomplissement de sa sainte volonté sur la compagnie, de demander pardon à Notre-Seigneur, pour l'amour du choix

1. L'obscurité de cette phrase vient sans doute de ce que l'original a été mal lu.

2. Pierre de Bullion, abbé commendataire de Saint-Faron de Meaux, fils de Claude de Bullion. Il était mort le 30 novembre.

Lettre 3039. - L. a. - Dossier des Filles de la Charité, original.

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qu'il a fait de sa très sainte Mère, de toutes les fautes contre la pureté intérieure et extérieure, et la grâce de la vraie pureté que sa miséricorde y veut ; et comme je suis la plus fautive,. aussi ai-je besoin d'une plus forte intercession ,me voyant, s'il vous plaît, votre indigne fille et servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent

3040. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,

A MARSEILLE

12 décembre 1659

Si vous voyez que d'autres travaillent aux missions, il en faut bénir Dieu et se réjouir que Dieu se suscite des ouvriers pour l'instruction et le salut des peuples, pendant que nous demeurons inutiles. Pourvu que l'œuvre de Dieu se fasse, il n'importe par qui

3041. - A JACQUES PESNELLE

De Paris, ce 12 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J'ai reçu votre lettre du 19 Je rends grâces à Dieu des services que vous rendez aux peuples des montagnes et de la bénédiction que Dieu donne à vos travaux. Je crains beaucoup pour votre santé parmi les fatigues et les incommodités que vous y souffrez. Je vous prie de vous ménager, et Notre-Seigneur de vous fortifier de sa grâce et ceux qui sont avec vous, que j'embrasse en esprit avec vous.

Je loue Dieu aussi de ce que vous avez reçu deux nou-

Lettre 3040. - Manuscrit de Marseille.

Lettre 3041. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

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veaux séminaristes internes (1) Je n'ose pas vous dire de n'en recevoir davantage, puisque jusqu'à présent rien n'a manqué à votre maison. Il y a sujet d'espérer que Dieu, qui lui a toujours fourni le nécessaire et qui a fait toutes choses de rien, pourvoira à tout. Je l'en prie de tout mon cœur.

M. votre frère m'a écrit que, puisque la pension que vous lui demandez est pour notre communauté, je considère qu'il est surchargé de 2.000 livres de pension vers son puîné, et que le bien donné à Mademoiselle votre sœur va à huit ou neuf cents livres de rente, et que, s'il nous paye 500 livres pour vous, il ne lui restera pas 2.000 livres de revenu pour lui, à ce que je réduise votre pension à 400 livres et que je le décharge des trois années échues depuis la mort de feu M. votre père. Je ne lui ai pas encore fait réponse ; mais je m'en vas lui mander que cette pension est pour vous et non pas pour cette maison, et que, si vous l'avez prié de nous la remettre, vous m’avez écrit aussi de vous la faire tenir ; et qu'ainsi ce n'est point à moi à lui accorder la diminution qu'il demande. Peut-être vous en écrira-t-il vous en userez comme il vous plaira.

Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Pesnelle, supérieur des prêtres de la Mission, à Gênes.

1. De ces deux séminaristes un seul figure sur le catalogue du personnel, c'est Jean-Antoine Rolando, né à Aprico, diocèse d'Albenga, le 26 juillet 1643, admis dans la congrégation de la Mission le 11 novembre 1659, reçu aux vœux à Gênes le 13 novembre 1661.

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3042. — A LA SŒUR NICOLE HARAN, SUPéRIEURE

A NANTES

De Paris, ce 13 décembre 1659

Je ne vous écris jamais qu'à la hâte, ma Sœur, tant je suis pressé ; je le fais à présent pour vous saluer avec toutes vos sœurs et pour vous prier de mettre entre les mains de M. Dehorgny la lettre que je lui écris. C'est un de nos anciens prêtres, que nous avons prié de vous aller voir. J'espère qu'il vous consolera et que la présente le trouvera à Nantes. Si d'aventure il en était déjà parti, il faudrait me renvoyer sa lettre. Je vous prie aussi, ma Sœur, d'envoyer l'incluse à M. Eudo par le messager de Vannes. Excusez-moi et m’offrez à Notre-Seigneur, en qui je suis, ma Sœur, votre très affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

3043. - A JEAN MONVOISIN, PRêTRE DE LA MISSION,

A MONTMIRAIL

De Paris, ce 16 décembre 1659

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J'ai reçu votre dernière lettre au sujet de M. le prieur de Saint-Marc ; à quoi je n'ai rien a dire qu'à vous en remercier, comme je fais.

Je ne vous dirai rien non plus de M. de Mesnin, sinon qu'il est venu parler à M. Maillard.

Prenez avis, s'il vous plaît, sur la proposition de M. de Saluce, et, si on vous conseille de faire le change qu'il désire, faites-le. Donnez-lui les 20 perches de pré de la

Lettre 3042. - L. s. - Dossier des Filles de la Charité, original.

Lettre 3043. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

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ferme de Viémoulin qui sont au milieu de ses prés, pourvu qu'il vous en donne pareille quantité, aussi bon que le vôtre et en lieu qui vous soit commode.

Le dimanche 7° de ce mois, on vous a adressé par le coche de Châlons, qui passe à Montmirail, le sac et les écrits de M. Dumas (1), enveloppés d'une toile. On en fit payer ici 20 sols de port par avance, et on n'a pu vous en donner avis jusqu'à présent. Si vous ne l'avez pas reçu, vous le ferez retirer, s'il vous plaît.

Je vous prie aussi, Monsieur, de prendre de M. Husson quelques livres arabes, qu'il veut envoyer à M. Le Vacher, à Tunis, et de lui rendre 27 livres qu'ils lui ont coûtées. Je vous envoie ouverte la lettre que je lui écris sur ce sujet. Nous enverrons bientôt un prêtre à Marseille, qui portera ces livres-là, si vous nous les faites tenir.

Nous n'avons rien de nouveau de deçà. M. Perraud est toujours en danger. M. Le Soudier se porte mieux et le reste de la compagnie assez bien. M. Cornuel est en exercice au séminaire de Troyes, et M. de Brière en celui des Bons-Enfants. Je pense que vous l'êtes aussi en mission et que vous le serez pendant les fêtes. Dieu bénisse vos travaux et conserve votre santé et celle de M. Dumas, que je salue et embrasse en esprit avec vous très cordialement ! Nous avons 4 prêtres à La Rochelle sur le point de s'embarquer pour Madagascar, savoir Messieurs Etienne, Feydin, Daveroult et de Fontaines, avec le frère Patte, chirurgien. Priez Dieu pour eux et pour moi, qui suis, en N.-S., Monsieur votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Monvoisin.

1. Jean-Amé Dumas, né à Annecy le 23 mars 1632, entré dans la congrégation de la Mission le 22 octobre 1656, reçu aux vœux à Montmirail en 1659.

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3044. - A MADEMOISELLE D'HAUTERIVE (1)

De Paris, ce 17 décembre 1659.

Mademoiselle,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire, avec le respect que je vous dois et avec le désir de vous servir et toute votre famille, qui a toujours eu de la bonté pour nous. Je vous remercie très humblement, Mademoiselle, des témoignages que vous en donnez incessamment à nos prêtres de La Rose et que vous m'en donnez par votre lettre. Plaise à Dieu de nous en faire mériter la continuation par notre obéissance ! Je vous rendrai toujours la mienne, Mademoiselle, et à Messieurs vos enfants, avec joie et reconnaissance, et nous délivrerons volontiers à celui qui doit venir des Flandres (2) les cinq cents livres que vous nous commandez de lui donner. J’écris à M. Chrétien qu'il les reçoive de vous, et je prie la bonté de Dieu qu'il continue ses bénédictions sur votre chère âme et sur votre maison, vous assurant que je suis de l'une et de l'autre, en son amour, Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL,

indigne prêtre de la Mission.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle d'Hauterive, à Hauterive.

Lettre 3044. - L'original appartient à la famille d'Hauterive, qui habite le château de Saint-Sulpice à Villeneuve-sur-Lot.

1. Antoinette de Ranse, épouse de Philippe de Raffin, seigneur d'Hauterive et Ayguesvives.

2. Un des fils de Mademoiselle d'Hauterive venait de prendre part à la guerre de Flandre.

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3045. - A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER

De Paris, ce 17 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je vous fais la présente pour rendre grâces à Dieu de la consolation que vous avez reçue de la visite, et des fruits que M. Dehorgny m'en a fait espérer par la bonne volonté de toute la famille et par votre douce et amiable conduite. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous anime tous de son esprit pour faire incessamment des œuvres agréables à son Père et utiles à son Eglise.

Voici une lettre de M. Laurence, prêtre de la compagnie, qui est à Turin, où il travaille à la vertu et aux missions avec édification. Je vous prie de la rendre à son adresse et de m'en envoyer la réponse.

Nous n'avons rien de nouveau de deçà qui mérite de vous être écrit. Nous avons les ordinands céans et plusieurs ouvriers à la campagne. Nous avons M. Perraud en danger d'une hydropisie, qui lui est arrivée en suite d'une grande maladie. M. Le Soudier n'est pas encore guéri, mais il se porte mieux, et le reste de la communauté assez bien. Il est vrai que mes jambes ne me veulent plus porter. Priez pour moi, s'il vous plaît, priez pour tous les besoins de la compagnie et pour quatre de nos prêtres et un frère, qui sont sur le point de s'embarquer pour Madagascar. M. Dehorgny ne les trouvera pas à Nantes, ni au port Louis, parce que, le vaisseau étant allé à La Rochelle prendre ses victuailles, ils y sont allés aussi.

J'embrasse votre cœur et votre famille avec toutes les

Lettre 3045. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

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tendresses de mon cœur, et je suis avec consolation, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Il faut recevoir avec action de grâces et grande reconnaissance le bienfait que Monsieur le trésorier offre au séminaire, puisque c'est le sentiment de Monseigneur de Tréguier.

Au bas de la première page : M. Dupont.

3046. - A EDME MENESTRIER, SUPéRIEUR, A AGEN

De Paris, ce 17 décembre 1659.

Monsieur

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

La dernière que j'ai reçue de votre part est du 22 novembre. Je compatis à votre peine, et j'espère que Dieu vous en délivrera bientôt par la présence de M. Dehorgny, qui s'approche de vous. Il est sur son retour de Bretagne ; et, après qu'il aura passé quelques jours à Luçon et à Saintes, il passera en Guyenne.

Je loue Dieu de ce que vous avez sept ecclésiastiques dans les exercices du séminaire, outre votre jeunesse qui étudie. Plaise à Dieu de multiplier vos forces et vos emplois pour l'avancement de la gloire de Dieu !

Vous ferez bien de faire entendre vos besoins temporels à Monseigneur, afin qu'il ait agréable d'y remédier. C'est son œuvre, et vous ne devez pas craindre de l'importuner, pourvu que vous y procédiez opportunément et humblement, et que, après vous être bien ex-

Lettre 3046. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

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pliqué, vous n'alliez pas souvent rebattre les mêmes choses. Dieu vous anime de son esprit et soit votre unique joie et votre éternelle gloire !

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Edme.

3047. - A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN

De Paris, ce 17 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J'ai reçu trois ou quatre de vos lettres et j'ai accepté celle de change.

J'ai fait donner quelque petite douceur à Régnier ; mais de le mettre en condition, c'est ce que je ne puis pas faire, tant pour la qualité de son esprit, dont je ne veux pas répondre, que pour ne savoir à qui m'adresser. Je ne sors plus, et on fait grande difficulté de se charger de telles jeunes gens (1) qui ne savent rien faire, s'ils ne paient pension ; et de nous en charger nous-mêmes, nous ne le pouvons pas ; nous ne sommes que trop surchargés d'ailleurs.

Libauchamp est à Paris, au même collège où il était ; il a fait une retraite céans en habit long (2),

Dieu soit loué, Monsieur, d'avoir préservé Mgr le maréchal (2) et toute sa famille de l'éclat du feu causé par la poudre ! La protection de Dieu paraît manifestement sur cette illustre maison en cet accident, qui n'a

Lettre 3047. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

2. En soutane.

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pas eu les mauvais effets qui en arrivent pour l'ordinaire.

Votre conduite me paraît bonne à l'égard du seigneur dont vous me parlez (3), et faites savoir que je l'approuve à ceux qui disent qu'il faudrait le presser au bien. Il n'est pas de ceux qui se laissent persuader. Il se conduit plus par ses propres lumières que par celles d'autrui, quoiqu'il fasse usage des bons avis qu'on lui donne, quand ils sont bons et quand on les y donne par simple proposition. Continuez-lui les vôtres de cette façon. C'est ainsi que les anges agissent envers nous : ils nous inspirent le bien et ne nous pressent pas de le faire. C'est une pensée que j'ai tirée de feu Mgr le cardinal de Bérulle, et l'expérience m'a fait voir qu'on gagne plus sur les esprits de procéder de cette sorte que de les solliciter d'entrer en nos sentiments et de vouloir l'emporter sur eux. C'est l'ordinaire de l'esprit malin d'user d'empressement, et c'est son propre d'inquiéter les âmes.

Je ne sais que c'est que temporaux (4) romains ; nommez-les autrement, si vous voulez qu'on vous les envoie.

Je rends grâces à Dieu des forces qu'il donne à M. Florent et du bon usage qu'il en fait. Plaise à sa bonté infinie de le fortifier toujours davantage pour votre soulagement et l'édification du dedans et du dehors !

Nous avons quatre prêtres à La Rochelle sur le point de s'embarquer pour Madagascar sur un vaisseau de M. le maréchal de La Meilleraye, savoir Messieurs ; Etienne, Feydin, Daveroult et de Fontaines, avec le frère Patte, qui est bon chirurgien. Priez pour eux. s'il vous plaît, et pour le bon M. Perraud, qui tend à sa

4. Temporaux, propres du temps.

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fin. M. Le Soudier se porte mieux, et le reste de la communauté assez bien. Pour moi, j'ai de si mauvaises jambes qu'elles ne me veulent plus porter.

Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Cabel.

3048. - A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS

De Paris, ce 17 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Vous ferez bien de différer la mission de Silli (1) jusqu'à ce que vous ayez achevé celles que Mgr du Mans (2) vous a marquées ; et alors vous lui demanderez permission de faire celle-là.

Je pense que M. Wattebled s'emploie pour faire venir le dimissoire de notre frère Descroizilles.

Je prendrai avis sur la difficulté que vous me proposez, savoir s'il est loisible de faire dire des messes de fondation hors du lieu où elles sont fondées, sans permission de l'évêque ; cela fait, je vous en manderai la résolution.

Si le frère Jean Proust veut vendre la maison qui lui appartient, pour en assister ses parents, il le peut faire, en envoyant à cet effet une procuration sur le lieu. Il faut laisser cela à sa discrétion, sans le lui conseiller, ni dissuader. J'approuve par avance ce qu'il jugera à propos d'en faire.

Lettre 3048. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

2. Philibert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin.

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Pour le voyage de Poitiers, s'il vous demande à le faire, vous pouvez lui répondre que les supérieurs particuliers n'ont pas le pouvoir de donner cette permission.

Il est bon que vous et nous fassions parfois de. présents aux personnes de la qualité que sont celles dont vous m'avez écrit, et je vous prie de vous en souvenir ; mais pour le présent il est à propos de ne leur rien envoyer ; nous verrons dans quelque temps.

Ce n'est pas de nous que M. Brochard doit attendre la résolution qu'il demande, mais bien de M. d'Eu.

Je souhaite grandement l'accommodement avec Messieurs les administrateurs, et je prie N.-S. qu'il nous rende dignes de cette grâce comme plus revenante à notre profession et à notre inclination que la passion des procès, si nuisible aux ecclésiastiques ; mais aussi, Monsieur, faut-il prendre son temps et ses mesures pour cela. Nous n'avons personne d'autorité qui nous y puisse aider. M. le gouverneur n'est pas de delà, et il est trop vieil pour espérer qu'il y aille ; s'il y allait, nous pourrions l'en prier. De nous commettre aussi à la merci de ces Messieurs sans quelque appui, il n'y a point d'apparence. Vous me parlez de M. de La Bataillère comme d'un ami affectionné ; dont je loue Dieu ; mais on m'a dit qu'il n'a aucun crédit dans la ville ; et ainsi, Monsieur, je pense qu'il ne se faut pas hâter. Nous examinerons à loisir les articles que vous nous avez envoyés.

Je ne puis vous conseiller de retenir le bail général, quoi qu'il y ait à profiter, ni aussi de faire le contraire. Il y a beaucoup de raisons pour et contre. Celles qui m'empêchent de consentir que vous fassiez valoir votre bien est que vous avez déjà de la peine à fournir aux affaires de la maison, et que je ne vois pas que, les redoublant par cette surcharge, vous y puissiez suffire. Je considère d'ailleurs qu’un fermier général tirera bien plutôt raison des sous-fermiers que vous ne sauriez

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faire ; et si lesdits sous-fermiers témoignent désir d'avoir à faire à vous plutôt qu'à lui, c’est qu'ils espèrent que vous les traiterez plus doucement, que vous leur ferez rabais, que vous ne les presserez pas et ne leur ferez point des frais. Cependant vous ne pourrez en tirer raison qu'à force de menaces et de saisies, et tant plus vous leur serez indulgent, tant moins ils vous payeront ; que si vous usez de quelque rigueur, pour petite qu'elle soit, ils diront que vous les traitez plus cruellement qu'un fermier général, et publieront que vous êtes des gens avares et des tyrans sans pitié et sans miséricorde. Voilà comme l'esprit du monde traite les prêtres, surtout les pauvres gens, qui s'imaginent que les ecclésiastiques ne doivent pas regarder à leurs intérêts. Mandez-moi quand finira le bail.

Vous me mandez qu'il vaudrait mieux contenter M. le lieutenant-criminel pour son rachat, que de l'aigrir davantage ; parlez-en à M. Duval, et s'il est d'avis que vous lui payiez ledit rachat, et que cela se puisse faire sans tirer à conséquence, faites-le.

Vous me parlez d'un homme de 45 ans qui se veut donner à la compagnie ; mandez si c'est pour être frère, ou pour y être entretenu comme bienfaiteur, de quelle condition il est et ce qu'il sait faire. S'il a dessein d'être frère et de donner son bien, il faut qu'il le vende avant d'être reçu, pour en donner l'argent ; autrement, il ne pourrait vous rien donner après être reçu.

Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très, humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. Mission.

Au bas de la première page : M. Laudin.

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3049. - A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR,

A VARSOVIE

De Paris, ce 19 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

J'ai reçu votre lettre du 25 octobre depuis deux jours, que je devais avoir reçue il y a trois semaines. Il y a environ un mois que je n'ai reçu que celle-là de votre part, et environ autant que je ne vous en ai donné des miennes. C'est que je n'avais rien à vous dire, vous ayant déjà mandé diverses fois que nous attendions le printemps à vous envoyer du secours ; et en effet, quand il sera venu, nous ferons partir, Dieu aidant, quelques prêtres, un frère et les filles que la reine demande, et je ferai attention qu'entre les missionnaires il y en ait un de mise, pour les raisons que vous me marquez.

Dieu veuille que la cour revienne à Varsovie avec la paix ou la victoire, et surtout avec une parfaite disposition de Leurs Majestés ! Ce sont les grâces que nous demandons souvent à Dieu par esprit de reconnaissance pour les obligations immortelles que nous leur avons. Vous me consolez infiniment de me dire l'exercice continuel de la charité inépuisable de la reine, qui fait ressentir à tout le monde combien Dieu, de qui tout bien procède, est bon et secourable. Oh ! qu'elle s'amasse de grands trésors au ciel et qu'elle fait une belle leçon à tous les grands de la terre par les grandes aumônes qu'elle fait et les soulagements qu'elle procure à tous les affligés !

Pour nouvelles, je vous dirai que nous avons quatre prêtres et un frère, que vous ne connaissez pas, comme

Lettre 3049. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.

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je crois, à La Rochelle, sur le point de s'embarquer pour Madagascar. Ce sont Messieurs Etienne, qui est de Paris, Feydin, qui est d'Auvergne, Daveroult et de Fontaines, qui sont d'Artois, et le frère Patte, qui est de Normandie, bon chirurgien. Nous avons un seul malade céans : c'est M. Perraud, atteint d'hydropisie, dont il est en danger. Mes jambes se rendent tous les jours plus mauvaises et ne me veulent plus porter. Nous avons les ordinands céans, qui nous édifient fort, et une troupe de missionnaires à la campagne, qui travaillent avec fruit. Quand sera-ce, Monsieur, que vous rendrez quelque service à Dieu et au public en ces emplois ? Ce ne sera pas sitôt que vous le souhaitez, mais ce sera lorsqu'il plaira à Dieu vous en donner le moyen.

Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Desdames.

3050. - A JEAN MARTIN

De Paris, ce 19 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Dieu seul vous peut faire connaître la joie que j'ai reçue de vous savoir quitte de votre fièvre. Il me suffit de vous dire qu'elle est proportionnée à la peine que j'avais de votre indisposition, qui m'était très sensible. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, mais avec tous les sentiments de tendresse et de reconnaissance qui me sont possibles, de vous avoir mis en état de lui continuer vos services, et je le prie qu'il vous augmente les

Lettre 3050. - L. s. - Dossier de Turin, original.

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forces et qu'il vous donne de plus en plus participation à son esprit. Mais je vous prie aussi, Monsieur, de ménager votre santé et de vous souvenir que, s'il est vrai que plusieurs sont guéris de la drogue que vous avez prise, il y en a aussi quelques-uns qui sont retombés. Je crains fort que cela vous arrive.

Je n'ai pas reçu des nouvelles de M. Berthe depuis son départ de Turin. Je suis bien aise que vous lui ayez donné avis à bonne heure du pèlerinage de Mgr le marquis (1), pour faire trouver quelqu'un de la maison de Gênes à Notre-Dame de Savone, à même temps qu'il y sera, selon son commandement. Il eût été à souhaiter que ce fût M. Pesnelle, ou du moins M. Simon.

J'ai été grandement édifié et consolé des particularités que vous m'avez mandées de la piété de ce bon seigneur et des bontés qu'il vous témoigne. Dieu nous rende dignes de jouir longtemps de ces grâces-là !

Vous avez sagement répondu à Mgr le marquis de Saint-Thomas, étant vrai que, si je ne contribue pas au succès de l'affaire de Saint-Antoine, auquel il se porte avec tant d'ardeur, je n'empêcherai pas aussi qu'il réussisse selon le désir du prince. Je pense que ce bon seigneur aura bien agréable que je me contente de prier Dieu, comme je fais, qu'il accomplisse en cela sa sainte volonté, et que je n'y agisse que passivement. Je ne laisse pas d'admirer le zèle qu'il a pour la gloire de Dieu et le bien de notre chétive compagnie, qui lui aura une éternelle obligation du bien qu'il lui procure.

Nous avons quatre de nos prêtres à La Rochelle, sur le point de s'embarquer pour Madagascar, savoir Messieurs Etienne, Feydin, Daveroult et de Fontaines, avec le frère Patte. Je les recommande à vos prières. Nous n'avons rien de nouveau ici, où je suis toujours,

1. Le marquis de Pianezze.

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en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Je ferai réponse au premier jour à M. Demortier ; on a fait tenir ses lettres et celle de M. Laurence. Je les embrasse tous deux très cordialement.

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.

3051. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,

A MARSEILLE

De Paris, ce 19 décembre 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

L'ordinaire dernier ne m'a point porté de vos lettres. Je vous envoie la copie de l'exploit de sommation fait à M. Chrétien sur l'affaire dont je vous écrivis la semaine passée. Mandez-moi si en l'année 1646 il y avait des administrateurs à l'hôpital des forçats en charge et en exercice, et s'il est fait mention en leurs comptes de la somme de 2.5000 livres qu'on prétend avoir été donnée audit hôpital en ce temps-là, pour la raison que vous verrez, et qu'on veut répéter aujourd'hui sur M. Chrétien, le prenant pour l'un desdits administrateurs.

J’embrasse votre cher cœur et votre petite famille, et je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Lettre 3051. - L. s. - L'original de cette lettre appartient aux Filles de la Charité de Gand, rue de Limbourg, 12.

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3052. - A LA SŒUR MATHURINE GUéRIN, SUPéRIEURE

A LA FèRE

20 décembre 1659.

J'ai été fort consolé d’apprendre, par les lettres que vous avez écrites à Mademoiselle Le Gras et par notre frère Jean Parre, le bien que Dieu fait par vous et par notre sœur, et la bénédiction qu'il donne à votre petite famille et à vos emplois. Je l’en remercie de tout mon cœur, et je prie sa divine bonté qu'elle continue à sanctifier vos âmes et à bénir vos exercices pour la sanctification du prochain. Je n'ai pu m'empêcher de vous donner ce témoignage de ma joie et de ma reconnaissance

J'ai su le bruit qui a couru de notre sœur Marthe (1) J'ai peine à croire ce qu'on m'en a dit, et j'ai sujet de me persuader le contraire. C'est une calomnie pour elle et une humiliation pour vous. Dieu permet qu'il en arrive à ceux qui le servent ; et même il est dit que ceux qui croiront en Jésus-Christ et qui le suivront seront persécutés. Il faut s'attendre à cela, et, au lieu de s’en étonner, il faut s'estimer bien heureuse de souffrir quelque chose. C'est un bien, selon Dieu, d’être traité comme Notre-Seigneur, quoique cela paraisse un mal, selon le monde ; or, le Sauveur a été injurié, accusé et méprisé injustement ; pourquoi nous plaindrons-nous s'il nous honore de ses livrées ? Vous ferez donc bien, ma Sœur, de ne point vous arrêter aux paroles qu'on dit et de n'entrer jamais en justification. Les discours qui n'ont pas la vérité pour fondement s'évanouissent comme de la fumée, et les âmes qui s'abandonnent à Notre-Seigneur pour tout faire et pour tout souffrir seront justi-

Lettre 3052. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 652. (Arch. des Filles de la Charité).

1. Marie-Marthe Trumeau.

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fiées par lui, et elles auront l'honneur et le mérite de lui ressembler. Confiez-vous en sa bonté infinie et ne doutez pas qu'il ne vous fortifie dans les épreuves qu'il voudra faire de votre patience, si véritablement vous méprisez tous les sujets d'opprobre qui vous peuvent venir des hommes. Je le prie qu'il vous fasse cette grâce, et à notre bonne sœur, que je salue avec toutes les tendresses de mon cœur, et vous avec elle, étant de toutes les deux, en l'amour de Notre-Seigneur, après m'être recommandé à ses prières et aux vôtres, ma Sœur, votre très affectionné frère...

3053. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 23 au soir, [Décembre] 1659 (1)

Prévoyant les inconvénients à renvoyer la sœur venue de .Saint-Cosme avant avoir fait entendre à votre charité toute cette affaire, mon très honoré Père, j'ai envoyé, dès le matin, une autre sœur, avec prière de dire qu'elle allait aider à notre sœur à servir les pauvres jusques à ce que je susse ce que j'aurais à répondre à la lettre qui m’avait été envoyée, et que, pour cela, je devais prendre vos ordres, mon très honoré Père. De crainte d'une seconde lettre, si votre charité le juge à propos, il serait, je crois, besoin de prendre une résolution pour le présent et pour l’avenir, et, si vous le voulez, que ce soit demain, en une petite conférence, à l'heure que votre charité nous l'ordonnera

Il y a longtemps que vous pensez aussi, mon très honoré Père, aux moyens de servir plus utilement les petits enfants. je supplie Notre-Seigneur faire connaître sa sainte volonté, comme en toute autre chose, et nous faire la grâce de l'exécuter fidèlement, étant vos pauvres filles et servantes très humbles

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent

Lettre 3053. - L. a. - Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.

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3054. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 4 décembre 1659

Mon très honoré Père,

La venue de Notre-Seigneur produit le désir de la sortie ,de trois de nos sœurs d'elles-mêmes pour se donner entièrement à lui par les vœux, qu’elles désirent faire, si votre charité leur permet, demain, à l'heure que vous leur donnerez, soit assistant à la sainte messe que vous direz ! soit à une autre. Les noms de nos chères sœurs : ma sœur Jeanne Gressier, de .Senlis ; ma sœur Gabrielle, de Gionges (1) ; et ma sœur Marie Petit, de Paris. Cette dernière est sur la cinquième année qu'elle est à la compagnie. Il y a encore notre sœur Marie Prévost, [qui] supplie aussi votre charité lui permettre de les réitérer, en suite de plusieurs fois qu'elle les a faits. Toutes les 4 ont l'approbation de Monsieur Portail. Toutes les anciennes supplient aussi très humblement votre charité offrir à l'enfant Jésus le renouvellement de la donation qu'elles lui ont faite pour toute leur vie. Ma sœur Julienne (2) a désiré que je vous la nommasse.

C'est aussi demain, mon très honoré Père, le vingt-cinquième du mois, auquel jour se doit dire la sainte messe pour toute la compagnie, pour les besoins et intentions que votre charité sait. Permettez-moi, mon très honoré Père, vous dire que mon impuissance à faire aucun bien m'empêche d'avoir aucune chose agréable pour offrir à Notre-Seigneur, outre mon chétif renouvellement, sinon la privation de la seule consolation que sa bonté m'a donnée depuis 35 ans (3), que j’accepte pour son amour, en la manière que sa Providence l'ordonne, espérant de sa bonté et de votre charité un même secours par voie intérieure ; et je vous le demande pour l'amour de l'union du Fils de Dieu à la nature humaine sans néanmoins perdre l'espérance de vous voir, quand cela se pourra sans danger de l'intérêt du peu de santé que Dieu vous donne, le suppliant vous la conserver jusqu'à l'entier accomplissement

Lettre 3054. - L. s. - Dossier des Filles de la Charité, original.

2. Julienne Loret.

3. Il y avait trente-cinq ans, en effet, que Louise de Marillac avait saint Vincent pour directeur. Par les infirmités qu'il envoyait au saint, Dieu la privait de ce que qu'elle appelle sa "seule consolation".

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de ses desseins sur votre âme, pour sa gloire et l'intérêt de plusieurs autres, dont j'ai l’honneur de faire partie, étant, Monsieur mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante.

L. DE M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

3055. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,

A MARSEILLE

26 décembre 1659

Vous me mandez qu'il faut un bon prédicateur, ou qu'il ne faut pas se mêler de prêcher après tant d'autres ouvriers qui font mission, qui prêchent excellemment. Nous n'en avons pas de tels. Néanmoins M. Boussordec parle fort utilement. Et si nous affectons d'instruire le pauvre peuple pour le sauver, et non pas de nous faire valoir et de nous recommander, nous aurons assez de talent pour cela. Et plus nous y apportons de simplicité et de charité, plus nous recevons de grâces de Dieu pour y réussir. Il faut prêcher J.-C. et les vertus comme les apôtres ont fait...

Je loue Dieu de ce que vous avez eu quatre ordinands ; c'est assez pour un commencement. Les œuvres de Dieu se font petit à petit. Il faut espérer que votre maison sera un jour employée aux ordinations et au séminaire ; mais il faut être fidèle en peu pour être constitué sur beaucoup.

Lettre 3055. - Manuscrit de Marseille.

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3055. - A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN

De Paris, ce 26 décembre 1659

Monsieur

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je viens de recevoir présentement la vôtre du 11 de ce mois. Elle m'a d'abord sensiblement consolé, vous voyant en mission ; mais dans la suite j'ai trouvé un rabat-joie, qui est le retour de votre fièvre quarte, que j'appréhendais fort. Peut-être vous êtes-vous trop hâté de sortir ; mais peut-être aussi que Dieu en a ordonné de la sorte pour le mieux. Il faut adorer sa conduite et s'y soumettre. Je vous prie de ne rien épargner pour vous guérir, et N.-S. d'accomplir en vous sa sainte volonté. Je rends grâces à Dieu de ce que vos prêtres travaillent et que Dieu leur donne la force de [se] (1) soutenir.

Il faut respecter la dévotion de ce bon gentilhomme qui fait bâtir une petite église hors de la ville de Turin, et quelques chambres, à dessein d'y loger la compagnie. Il faut louer Dieu de sa bonne volonté et admirer l'application continuelle que Mgr le marquis (2) a pour votre établissement, que Dieu donnera enfin à ses soins et à son mérite. Il faudra faire ce qu'il commandera touchant la proposition de ce bon gentilhomme. Il semble que la volonté de Dieu nous sera connue par lui. Néanmoins, Monsieur, il semble aussi qu'en vous logeant ainsi à l'écart de la ville, vous vous mettez hors d'état d'avoir un séminaire et de servir aux ordinations, à quoi pourtant vous devez viser, parce que tôt ou tard, Dieu aidant, sa Providence vous y emploiera, si vous êtes en

Lettre 3056. - L. s. - Dossier de Turin, original.

2. Le marquis de Pianezze.

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lieu propre. Je vous dirai sur cela que le Pape a ordonné que les exercices des ordinands se feront désormais à Rome par les prêtres de la compagnie ; et si Dieu bénit cela, on pourra les faire ailleurs. Je vous dis ceci, Monsieur, afin que vous regardiez à tout pour ne rien exclure de nos fonctions, s'il est possible, dans les occasions qui se présentent. Il vaut mieux attendre un peu que de s'engager en un lieu trop incommode. Mgr le marquis est pourtant le maître, et moi je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

VINCENT DEPAUL

i. p .d. l M

Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.

3057. - A LA DUCHESSE D'AIGUILLON

Paris, 30 décembre 1659.

Je remercie très humblement Madame la duchesse d'Aiguillon de la peine qu'elle veut bien prendre de venir demain à Saint-Lazare au sujet de l'assemblée. et je la supplie de nous réserver cet honneur pour une autre fois, à cause d'une nouvelle petite incommodité qui m'est survenue à la jambe, pour laquelle je suis dans quelques petits remèdes qui m'empêcheront d'avoir la consolation et le bonheur de la voir. Pour le reste, je me porte assez bien, comme à l'ordinaire, par la grâce de Dieu.

Par la dernière lettre que j'ai reçue de Rome, on me mande que Mgr le cardinal Antoine (1) a donné sa dernière résolution, disant qu'il ne peut permettre que la

Lettre 3057. - Pémartin, op. cit., t. 4, p. 519, l. 1991.

1. Antoine Barberini.

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fondation de madite dame soit à charge à la Sainte Chapelle, ce qui a fait déterminer M. Jolly de s'adresser au Pape et de lui présenter une supplique pour faire entendre à Sa Sainteté que, ladite fondation ayant été déjà acceptée, il y a justice de la faire exécuter.

3056. - NICOLAS éTIENNE, PRêTRE DE LA MISSION,

A SAINT VINCENT

De la Rochelle, ce 1er janvier 1659

Monsieur mon très cher et honoré Père

Votre bénédiction !

Craignant que vous n'ayez pas reçu ma lettre de Saint-Jean-de-Luz (1) par laquelle je vous mandais la cause de notre retardement à La Rochelle, je m'en vais vous en faire encore un petit narré.

Vous saurez donc, Monsieur qu'étant partis de Nantes le jour de saint Nicolas nous allâmes jusques à Saint-Nazaire où nous séjournâmes six jours n'ayant point de vent favorable Enfin, Dieu nous l'ayant donné pour La Rochelle nous levâmes. l’ancre ; et voulant entrer dans la rivière de Bordeaux (2) Dieu permit que notre mât rompît en deux pièces qui tombèrent dans la mer, avec le grand voile ; et ce qui était de plus fâcheux, c'est que le vent nous portait sur un banc de sable ; ce qui faisait désespérer de nos vies. Le capitaine et les matelots me vinrent trouver et me supplièrent de leur vouloir donner au plus tôt l'absolution, disant qu'il n'y avait plus aucune espérance de vie. Tous criaient miséricorde et étaient plongés en larmes. Je me fis donc lever de dessus mon matelas, tout malade que j'étais ayant été quatre jours sans manger, ne faisant que vomir nuit et jour et leur donnai une absolution générale. Après quoi je les assurai, de la part de Dieu qu'ils ne périraient point et qu'ils eussent seulement confiance en Dieu. Et je n'eus pas plus tôt achevé que le Maître des vents changea celui du nord en nord-est ; ce qui nous fit éviter le banc de sable et ensemble

Lettre 3058. - Dossier de la Mission, copie du XVII° siècle.

2. La Gironde.

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nous donna l'espérance de la vie. Mais comme nous étions démâtés, le vent nous portait où il voulait, de telle sorte que nous fûmes jetés aux côtes d'Espagne ; et une tempête s'étant élevée si furieuse, nous fîmes vœu, le jour de l'octave de l'immaculée Conception, de nous confesser tous et communier, de dire douze messes et de faire habiller douze pauvres en l’honneur de l'immaculée Vierge Marie, qui nous préserva de cet orage, aussi bien que des autres accidents ; car le vent, nous ayant des côtes d'Espagne rejetés vers Bordeaux nous fit encore retourner vers les côtes d'Espagne, sans pouvoir jamais aborder aucun havre, pour n'avoir point ni mâts ni voiles. Et ce qui nous fâchait davantage, c'est que nous n'avions point de vivres ; tellement que nous étions à la veille de mourir de faim trente-quatre que nous étions, ou d'être tirés à la courte paille pour servir de nourriture les uns aux autres. Enfin Dieu nous envoya en cet état un ange, le jour de saint Thomas. l'apôtre des Indes avec dix-huit de ses compagnons qui nous tirèrent et amenèrent à Saint-Jean-de-Luz, moyennant vingt écus que je leur donnai. A près quoi nous fîmes remâter la barque ; et moi le frère Patte et M. Boutonné prîmes la poste jour et nuit et arrivâmes la veille que nos Messieurs devaient s'embarquer.

Je ne vous saurais dire la joie qu'ils eurent et toute la ville tant les catholiques que les huguenots. Monseigneur l'évêque (3) me donna le lendemain à dîner et me fit des civilités tout à fait grandes, m'offrant sa bourse et tout ce qui était en son pouvoir. Toutes les communautés me firent la même chose et me rendaient tout confus de leurs bonne volonté et courtoisie.

Ces Messieurs ayant acheté quelques hardes et dépensé les deux cents livres de M. Boutonné, qu'ils ont reçues pour lui, et moi étant sans argent pour les grands frais qu'il m'a fallu faire tant pour la barque que pour la poste, j'ai été obligé de prendre cinq cents livres pour payer ce qu'ils avaient acheté et quelques autres rafraîchissements et rendre les deux cents livres à M. Boutonné. Monsieur le maréchal (4) avait donné ordre à M. Coulon, son écuyer de donner mille livres à ces Messieurs, en cas qu'ils voulussent aller dans son vaisseau ; mais dès qu'il me vit arriver il les retira ; et comme il sut que j'en voulais prendre sur un banquier, il m'en offrit sur mon billet ; ce que je ne voulais pas accepter ; mais enfin m'en ayant fort pressé je les acceptai et lui donnai un billet

4. Le maréchal de La Meilleraye.

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à prendre sur vous à lettre vue ; ce que j'ai mandé à Monseigneur le maréchal qui pourra peut-être empêcher M. Coulon de tirer sur vous cette lettre de change. Néanmoins si tant est qu'il ne le fasse pas je vous supplie de les vouloir donner à M. Coulon, ou à son ordre, vous assurant que ce sera le dernier argent de cet embarquement.

M. Daveroult a dit aujourd'hui la messe dans le vaisseau ; et moi demain matin avec tous les autres m'y rendrai, espérant faire voile samedi ou dimanche prochain. Messieurs Dehorgny et Rivet ont été deux jours avec nous et sont partis ce jourd'hui pour Luçon.

Je ne crois pas souffrir dans le vaisseau la moitié des incommodités que j'ai souffertes dans la barque ; ce qui toute fois ne m'a point découragé ; qu'au contraire je m'y sens de plus en plus affectionné ; et il faut que je vous avoue ingénument que dans tous ces périls, je n'envisageais pas la mort comme amère, mais comme très douce. m'estimant heureux de mourir pour celui qui avait donné la sienne pour moi

Adieu donc, mon très cher Père, priez et faites prier Dieu pour votre fils et obtenez-lui la grâce du martyre. Je m'en vais dans cette attente joyeux et demeure cependant, en l'amour de N.-S. J-C. et de sa très sainte et immaculée Mère Monsieur mon très cher Père ,votre très humble et très obéissant serviteur et fils.

NICOLAS ETIENNE,

indigne prêtre de la Mission.

3059 . - A UN SUPéRIEUR

[Décembre 1659 ou janvier 1660.]

Je recommande à vos prières l'âme de notre bon Monsieur Perraud qui nous quitta le 26 de décembre, après 14 ou 15 mois de maladie, laquelle, lui ayant servi de purgatoire, nous donne sujet d'espérer qu'il jouit maintenant de la récompense de ses travaux, ayant travaille longtemps et avec fruit à la vigne du Seigneur et à la pratique des vertus. Faites néanmoins que votre petite communauté lui rende les devoirs accoutumés.

Lettre 3059. - Manuscrit de Lyon.

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3060. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 4 janvier 1660

Mon très honoré Père,

Permettez-moi, en cette nouvelle année, saluer très humblement votre charité et vous demander par ce moyen votre sainte bénédiction pour aider à être fidèle à Dieu, tant qu'il plaira à sa bonté me laisser sur la terre.

Je vous supplie aussi très humblement, mon très honoré Père, prendre la peine me mander la personne sur qui vous avez jeté les yeux pour exécuteur du testament que désire faire la dame que je vous ai mandée (1). Je crains qu'elle vienne sans que j'aie moyen de lui donner cette satisfaction. Je vous demande très humblement pardon, mon très honoré Père de la liberté que j'ai prise de vous envoyer ce Jésus entouré d'épines. La seule pensée que je croyais votre chère personne dans des douleurs universelles me donna celle que rien ne les pouvait adoucir que cet exemple et une médaille que la bonne demoiselle qui a été céans malade m'a envoyée avec les chapelets, à son retour de Notre-Dame-de-Liesse.

Permettez-moi, pour l'amour de Dieu, de vous demander des nouvelles de votre santé si l'enflure de vos jambes ne monte point si les douleurs ne diminuent point et si vous n'avez point du tout de fièvre. Je ne me puis empêcher, dans la confiance de fille vers son très honoré Père, de lui dire que je crois absolument nécessaire de vous beaucoup purger mais doucement, pour suppléer au défaut de la nature qui empêche les sueurs étant aussi très dangereux les provoquer par artifice, et nécessaire de vous nourrir en malade pour le soir, excepté le pain et le vin ; mais les herbes sont de mauvais suc pour faire de bon sang. La poudre de Cornachin 18 ou 21 grains seulement de fois à autre est bien bonne aux enfants et personnes âgées et n'émeut nullement les humeurs et tire les eaux, sans trop dessécher. Il me semble que l'expérience que j'ai de ce remède me donne hardiesse à le proposer avec la croyance que vous n'en userez pas sans avis.

Je voudrais bien savoir de vos nouvelles telles qu'elles sont. Il me semble que .Notre-Seigneur m'a mise en état de porter tout avec assez de paix et je le dois, puisque j'ai l'honneur

Lettre 3060. - L. a. - Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Madame de Glou. (cf. lettre 3066).

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d'être mon très honoré Père, votre très humble, très obéissante et très obligée fille et servante.

Suscription : Monsieur Monsieur Vincent.

3061. - A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN

De Paris, ce 9 janvier 1660.

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur qu'en cette nouvelle année il renouvelle nos cœurs en son esprit et qu’il nous unisse en lui pour l'éternité.

J'ai reçu votre lettre du 19 décembre, qui m'a renouvelé la douleur où j'étais pour votre fièvre quarte, voyant qu'elle vous a repris. Nous le supplions par sa bonté que pour son service il vous en délivre (1) Je vous prie d'y faire, de votre côté, tout ce que vous pourrez.

Je remercie Notre-Seigneur de ce que le reste de la famille travaille aux missions, et qu'elle y travaille fructueusement. Plaise à sa miséricorde de bénir de plus en plus l'œuvre et les ouvriers ! Je recommande à leurs prières et aux vôtres, Monsieur, l'âme de notre bon M. Perraud, qui décéda céans le 26 décembre, après quatre ou cinq mois de maladie, laquelle, lui ayant servi de purgatoire, nous donne sujet d'espérer qu'il jouit maintenant de la récompense de ses travaux, car il a travaillé longtemps avec fruit à la vigne du Seigneur et à la pratique des vertus.

Je pensais vous recommander, ces jours passés

Lettre 3061. - L. s. - Dossier de Turin, original.

1. Première rédaction : pour ne point vous quitter de cet hiver, si Dieu ne vous en délivre, contre les apparences, ainsi que nous l'en supplions par sa bonté et pour son service. - La correction est de la main du saint.

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M. Etienne et notre frère Patte comme défunts, mais ils sont ressuscités. Nous les avons tenus pour morts, et Dieu leur a conservé la vie comme par miracle. On nous écrivait de Nantes et de La Rochelle qu'ils avaient péri en mer, en allant de l'une de ces villes en l'autre ; et un jeune homme de Paris, qui était en la même barque, et qui, se voyant la mort entre les dents, se jeta sur un petit esquif, sur lequel il s'est sauvé, a écrit ici à Madame sa mère qu'après que ce bon prêtre eût donné l'absolution générale à trente personnes qui étaient en ladite barque, il l'avait vue abîmer avec tout ce monde-là, de sorte que nous ne pouvions plus douter de la vérité de cet accident. Mais, le lendemain que la lettre de ce jeune homme nous fut communiquée, nous en reçûmes deux de M. Etienne, qui nous ont assuré du contraire, disant qu'après avoir prononcé ladite absolution, Dieu leur envoya un souffle de vent si favorable qu'il leur fit éviter un banc de sable, où ils allaient échouer, et qu'encore qu'ils aient été quinze jours entiers en un péril éminent pour n’avoir ni mât, ni voiles, la tempête ayant brisé ceux qu'ils avaient, ni même des vivres, n’en ayant pris que pour trois ou quatre jours, d'autant qu'il ne fallait que 24 heures pour faire ce trajet, la bonté de Dieu toutefois les a conduits à Saint-Jean-de-Luz en bonne santé et avec bon appétit, et enfin à La Rochelle, où ils sont sur le point de s'embarquer sur un grand vaisseau qui va à Madagascar, avec Messieurs Daveroult, Feydin et de Fontaines, tous prêtres de notre compagnie, qui étaient grandement désolés, pensant avoir perdu leur supérieur, et nous en étions aussi dans une consternation inconcevable. Mais le bon Dieu, qui mortifie et qui vivifie, nous a également consolés en nous rendant ces deux siens serviteurs, que nous croyions noyés. Je vous prie, Monsieur, de nous aider à l'en remercier et de lui bien recommander le voyage et la Mission de ces cinq

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missionnaires (2) sans oublier, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur

VINCENT DEPAUL

i. p. d. l. M.

Au bas de le première page : M. Martin.

3062. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,

A MARSEILLE

9 janvier 1660.

Faites savoir à Monsieur le prévôt (1) qu'en tout ce que nous pourrons lui obéir nous le ferons toujours de grand cœur, mais qu'ayant pour règle de ne point travailler dans les villes épiscopales hors de nos maisons, si ce n'est à l'égard des pauvres esclaves, vous ne pouvez aussi faire des conférences et des exhortations aux filles du Refuge(3), de quoi je vous prie de vous excuser le plus honnêtement que vous pourrez.

3063. - A GUILLAUME DESDAMES

De Paris, ce 9 janvier 1660.

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur qu'en cette nouvelle année il renouvelle nos cœurs en son esprit et qu'il nous unisse en lui pour toute l'éternité.

2. Les missionnaires quittèrent La Rochelle le 18 janvier sur la Maréchale, qu'une tempête jeta, après quatre mois de navigation, sur les côtes du cap de Bonne-Espérance. Ils rentrèrent en france en 1661.

Lettre 3062. - Manuscrit de Marseille.

1. Pierre de Bausset.

2. L'histoire du Refuge de Marseille a été écrite par M. l'abbé Payan d'Augery. (Le Refuge des Filles repenties ; notice historique sur la maison de Marseille depuis le XIV° siècle jusqu'à nos jours, Nîmes, 1884, in-8°.)

Lettre 3063. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.

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Celle-ci est pour vous donner de nos nouvelles et vous en demander des vôtres. Elles me consolent fort quand j'en reçois, et le temps m'est bien long quand j'en sui., privé. Je pense avoir fait réponse à votre dernière, et il ne me reste qu'à prier Notre-Seigneur, comme je fais, qu'il vous conserve en bonne disposition, ensemble le bon M. Duperroy, et qu'il nous fasse la grâce de faire voir de plus en plus en vos personnes. comment doivent être faits les vrais ecclésiastiques et quelles doivent être leurs opérations intérieures et extérieures par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Dieu nous en a ôté un de cette trempe : c'est notre bon M. Perraud, qui décéda en cette maison le 26 décembre, après quatre ou cinq mois de maladie, laquelle, lui ayant servi de purgatoire, nous donne sujet d'espérer qu'il jouit maintenant de la récompense de ses travaux ; car il a travaillé longtemps avec fruit à la vigne du Seigneur et à la pratique des vertus.

Je pensais être obligé, ces jours passés, de vous recommander M. Etienne et notre frère Patte comme défunts ; mais ils sont ressuscités. Nous les avons tenus pour morts, et Dieu leur a conservé la vie comme par miracle. Ils partirent de Nantes le 6 décembre pour aller à La Rochelle par mer. Il ne faut que 24 heures pour y arriver, et on n'en a appris aucune nouvelle jusqu'à la fin du mois. On m'écrivait de toutes parts qu'ils avaient péri, et un jeune homme de Paris, qui était en la même barque et qui, se voyant la mort entre les dents, c'est son terme, se jeta sur un petit esquif, sur lequel il s'est heureusement sauvé, a écrit ici à Madame sa mère qu'après que M. Etienne eut donné l'absolution générale à trente personnes qui étaient dans ladite barque, il l'avait vue abîmer avec tout ce monde-là, de sorte que nous ne doutions plus de la vérité de cet accident. Mais le lendemain que cette lettre affligeante nous

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fut communiquée, nous en reçûmes deux de ce bon prêtre, qui nous ont assuré du contraire, disant qu'après avoir prononcé ladite absolution, Dieu leur envoya un souffle de vent si favorable qu'il leur fit éviter un banc de sable où ils allaient échouer ; et qu'encore qu'ils aient été quinze jours entiers en péril éminent, pour n'avoir ni mât, ni voiles, la tempête ayant brisé ceux qu'ils avaient, ni même des vivres, n'en ayant pris que ce qu'il fallait pour aller à La Rochelle, la bonté de Dieu toutefois les a conduits à Saint-Jean-de-Luz, qui est sur la frontière d'Espagne, en bonne santé et avec bon appétit, et enfin à La Rochelle, où ils sont sur le point de s'embarquer pour Madagascar avec Messieurs Daveroult, de Fontaines et Feydin, tous prêtres de la compagnie, qui étaient grandement désolés, pensant avoir perdu leur supérieur ; et nous en étions ici dans une douleur et une consternation inconcevables. Mais, le bon Dieu, qui mortifie et qui vivifie, nous a également consolés, en nous redonnant ces deux siens serviteurs que nous croyions noyés. Ils ont pris la poste à Saint-Jean-de-Luz pour venir joindre leurs confrères. Je vous prie, Monsieur, de nous aider à remercier N.-S. de ces grâces-là et de lui bien recommander le voyage et la Mission de ces cinq missionnaires, sans oublier, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. Mission.

Depuis la présente écrite, j'ai reçu votre lettre du 2 décembre, où je vois que vous avez été malade, dont je serais en grande peine sans que vous m'assurez en même temps que vous êtes guéri, de quoi je rends grâces à Dieu. Je vous prie, par son saint nom, de vous conserver tant que vous pourrez pour son service.

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Vous me faites une nouvelle instance à ce que, entre les prêtres que nous vous enverrons, il y en ait un propre et expérimenté à tout et capable de conduite ; c'est à quoi, Monsieur, nous ferons attention, Dieu aidant ; mais les hommes ainsi faits sont nécessaires là où ils sont ; et, parce qu'il y en a peu, il nous sera difficile de vous satisfaire entièrement d'abord, mais peu à peu ceux que nous vous destinons se rendront tels que vous souhaitez par l'exercice et par votre exemple.

Dieu soit loué, Monsieur, de ce qu'on traite de la paix, et veuille, par sa bonté infinie, faire cet ouvrage, qui n'est pas au pouvoir des hommes et qui est digne de sa puissance et de sa miséricorde !

Je loue Dieu aussi du repos d'esprit des Filles de la Charité, de l'occupation qu'elles ont et de la satisfaction que la reine en reçoit. Contribuez ce que vous pourrez pour les unir et les encourager de plus en plus.

Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.

3064. - A JEAN DEHORGNY, PRêTRE DE LA MISSION,

A RICHELIEU

De Paris, ce 11 janvier 1660.

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur qu'en cette nouvelle année il renouvelle nos cœurs en son esprit et qu'il nous unisse en lui pour toute l'éternité.

J'ai reçu vos lettres des 29 décembre et 1er janvier ; elles m'ont consolé plus que je ne vous puis dire, y apprenant votre bonne disposition et combien il plaît à

Lettre 3064. - L. s. - Dossier de Turin, original.

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Dieu de bénir vos bonnes conduites. J'en rends grâces infinies à sa divine bonté, qui se sert de vous pour mettre le bon ordre partout où vous passez, et je la prie qu'elle ait agréable de continuer.

Vous m'avez fait un très grand plaisir d'aller à La Rochelle consoler et encourager nos pauvres prêtres sur le point de leur embarquement, ne doutant pas qu'ils n'en demeurent plus unis et qu'ils ne profitent de vos bons avis.

Je n'ai rien à vous dire, Monsieur, touchant la maison de Luçon, sinon que j'attends le résultat de ce que vous y avez fait, et nous attendons M. Chiroye, que vous dites devoir partir pour Paris à même temps que vous partirez pour Saintes. Dieu en soit loué !

A Saintes, vous trouverez M. Fleury et notre frère Fricourt en quelque peine pour leurs parents ; mais j'espère que votre présence remédiera à l'affection déréglée qu'ils ont pour eux, et que vous les laisserez en paix au lieu et en la condition où ils sont.

M. Chrétien nous demande un prédicateur pour La Rose ; vous verrez s'ils s'en peuvent passer. Je pense qu'ils le pourraient, si M. Chrétien s'efforçait un peu à prêcher lui-même. On m'a averti qu'il donne l'entrée aux femmes dans leur maison et dans leur jardin ; c'est ce qu'il ne faut pas souffrir.

Je recommande à vos prières et à celles de la petite famille de Saintes l'âme de notre bon M. Perraud, qui décéda céans le 26 décembre, après quatre ou cinq mois de maladie, laquelle lui ayant servi de purgatoire, nous donne sujet d'espérer qu'il jouit maintenant de la récompense de ses travaux, car il a travaillé longtemps avec fruit à la vigne du Seigneur et à la pratique des vertus.

La communauté ici se porte assez bien. Il est vrai que M. Alméras a été un peu indisposé et qu'il l'est encore

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un peu. Pour moi, je ne puis plus descendre en bas, à cause que mes jambes sont plus mauvaises qu’elles n’ont encore été.

Enfin il a plu à Dieu et à notre Saint-Père le Pape d'envoyer les ordinands aux pauvres gueux de la Mission de Rome aux quatre-temps derniers. Messieurs les abbés de Chandenier s'y sont trouvés, par une providence spéciale de Dieu, qui a voulu édifier, par leur modestie, leur piété, leur recueillement et les autres vertus qu'ils pratiquent, cette première ordination. Il y a sujet d'espérer que ce bon œuvre se continuera.

Je viens de recevoir une lettre de l'official de Luçon (1) qui m'écrit de la cure de Chasnais (2) dans le même esprit qu'il a déjà fait et dont je vous ai écrit, c'est-à-dire qu'il voudrait quelque bénéfice au lieu de celui-là, un archidiaconé ou quelque prieuré simple ; je l'ai remercié et lui ai dit qu'il ne faut plus penser à cela (3).

Votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Au bas de la première page : M. Dehorgny.

3065. - A EDME JOLLY

De Paris, ce 14 janvier 1660.

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur qu'en cette nouvelle année il

1. Vraisemblablement le chanoine Para, qui devint en 1663 supérieur du séminaire.

2. Localité située dans le canton de Luçon.

3. Ces derniers mots, depuis "Je viens de recevoir", sont de la main du saint.

Lettre 3065. - L. s. - Dossier de la Mission, original.

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renouvelle nos cœur en son esprit et qu’il les unisse en lui pour toute l’éternité

Avant de répondre à votre lettre, je recommande à vos prières et à celles de votre communauté l'âme de notre bon M. Perraud, qui décéda céans le 26 décembre, après quatre ou 5 mois de maladie, laquelle, lui ayant servi de purgatoire, nous donne sujet d'espérer qu'il jouit maintenant de la récompense de ses travaux, car il a travaillé longtemps avec fruit à la vigne du Seigneur et à la pratique des vertus.

Ces jours passés, je pensais être obligé de vous recommander M. Etienne et notre frère Patte comme défunts ; mais ils sont ressuscités. Nous les avons tenus pour morts, et Dieu leur a conservé la vie comme par miracle. Ils partirent de Nantes le 6 décembre sur une petite barque qui portait leurs hardes, pour aller à La Rochelle, où se fait l'embarquement de M. le maréchal de La Meilleraye pour Madagascar, et où Messieurs Daveroult, Feydin et de Fontaines étaient allés par terre. Il ne fallait que 24 heures pour faire ce trajet de mer, et il s'est passé trois semaines avant qu'on ait appris aucune nouvelle certaine de cette barque. On m'écrivait de tous côtés qu'elle avait péri, et à la fin nous avons été obligés de le croire, voyant la lettre d'un jeune homme de Paris à Madame sa mère, où il dit qu'étant en la même barque, il s'était vu la mort entre les dents, et que, s'étant jeté à corps perdu sur un petit esquif avec un autre, ils virent périr à même temps ladite barque et trente personnes qui étaient dedans, et qu'il n'y avait que lui et son camarade qui se fussent sauvés. Il dit de plus que Monsieur Etienne, à l'instance du capitaine et des matelots, qui se voyaient perdus, leur donna à tous l'absolution générale un moment auparavant le naufrage.

Cette lettre, nous ayant été communiquée, donna le

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comble à notre douleur, mais le lendemain nous reçûmes des lettres de M. Etienne, qui nous ont comblés de joie. Elles nous ont assuré qu'après qu'il eut prononcé cette absolution, un souffle de vent fut envoyé de Dieu si favorablement qu'il leur fit éviter un banc de sable, où ils allaient échouer, et qu'encore qu'ils aient été 15 jours durant dans un extrême péril, l'orage ayant rompu leurs mâts et leurs voiles, et n'ayant point de vivres pour se soutenir, la bonté de Dieu toutefois les avait conduits à Saint-Jean-de-Luz, qui est un port de mer de France sur la frontière d'Espagne, où ils ont rétabli leur barque et leurs forces abattues, et enfin ils sont arrivés à La Rochelle, où ils ont relevé le courage à Messieurs Daveroult, Feydin et de Fontaines, qui étaient tous désolés, pensant avoir perdu leur supérieur. Nous en étions ici dans une consternation inconcevable ; mais le bon Dieu, à qui seul appartient de mortifier et de vivifier, nous a également consolés, en nous redonnant ces deux siens serviteurs, que nous croyions noyés. Je vous prie de nous aider à l'en remercier et de lui bien recommander le voyage et la Mission de ces cinq missionnaires.

Pour revenir à votre chère lettre du 17 décembre, je loue Dieu du rétablissement des Pères jésuites en leur collège de Montauban (1) et des autres bonnes nouvelles que vous me donnez. Plaise à sa divine bonté que les bons effets que vous en espérez s'en ensuivent !

Je vous ai déjà mandé d'envoyer au séminaire de Ri-

1. A la suite de troubles graves suscités par les huguenots de Montauban, qui ne se lassaient pas de molester les catholiques et plus particulièrement le collège des Jésuites, le roi avait envoyé dans cette ville M. de Saint-Luc à la tête de cinq ou six mille soldats. La répressin fut sévère. M. de saint-Luc transféra le collège ou académie des calvinistes hors la ville, fit raser les fortifications et au consulat mi-partie substitua un consulat composé exclusivement de catholiques.

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chelieu le jeune homme d'Hibernie, qui demande d'entrer parmi nous, en écrivant à M. de Beaumont que notre intention est qu'il le reçoive. Informez-vous bien des qualités des autres qui le veulent imiter ; et sachant leur âge, leur capacité, leurs mœurs et leurs dispositions de corps et d'esprit, vous me les manderez, et nous verrons.

Nous acquitterons, Dieu aidant, les 300 livres que M. Agan vous a fait espérer, quand il lui plaira et à qui il commandera.

Puisque Mgr ne trouve pas bon que vous preniez de vos séminaristes plus de cent ou six-vingts livres de pension, vous ferez bien de vous en tenir là, si vous pouvez vous échapper ; mais, si vous ne pouvez pas sans vous engager, représentez-lui humblement que ce n'est pas assez, eu égard à la cherté des vivres et au peu de revenu que vous avez.

J'ai été consolé d'apprendre que les Révérends Pères jésuites font des missions aux environs de Lorm. Plaise à Dieu d'envoyer grand nombre de tels ouvriers en son Eglise et de nous faire la grâce d'aimer ce saint emploi et de nous y appliquer de tout notre petit pouvoir, dans l'esprit de Notre-Seigneur, à qui seul appartient de convertir les âmes ! C'est en son amour que je suis, de toute la mienne, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL,

i. p. d. l. M.

Suscription : A Monsieur Monsieur Barry, supérieur des prêtres de la Mission de Notre-Dame de Lorm, à Lorm

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3066. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Ce 16 janvier 1660

Mon très honoré Père,

C'est Madame de Glou qui, de son propre mouvement, ou plutôt inspirée de Dieu, a fait supplier votre charité lui nommer une personne propre pour exécuteur testamentaire ; et la même qui vous a mandé ce soir qu'elle croit que la mission que Monsieur de Blampignon doit faire à Pâques sur l'évêché de Chartres, est à Marchefroy (l), pourvu qu’il ne l'oublie pas.

Ma sœur Nicole Haran (2) m'a mandé, comme d’un esprit tout lassé, qu'elles ne pouvaient plus subsister sans secours, et voulait écrire à votre charité, mon très honoré [Père] (3), pour la supplier leur en donner, mandant à ces Messieurs les rappeler pour ce sujet, croyant qu'ils ne l'accorderont jamais. Que plaît-il à votre charité que je lui mande, au cas que vous ne preniez point la peine de lui faire écrire ?

Je crois que la continuation de ce froid augmente vos douleurs, qui honorent celles de Notre-Seigneur, en l'amour duquel je suis, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissante fille et servante

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

3067. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME

23 janvier 1660.

Ceux des nôtres qui reviennent de mission

...font chaque jour deux conférences et souvent trois : l'une des cas de conscience, la seconde de l'Ecriture Sainte et l'autre des matières de controverse.

Lettre 3066. - L. a. - Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Aujourd'hui Saint-Ouen-Marchefroy, localité de l'arrondissement de Dreux.

3. Mot oublié par Louise de Marillac.

Lettre 3067. - Collet, op. cit., t. 2, p. 336.

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3068. - A UN SUPéRIEUR (1)

Les emplois qui ont quelque apparence, comme celui des ordinands, excitent souvent de l'émulation. Il ne faut pas vous étonner si vous y êtes contredit par quelques-uns, entre plusieurs qui l'approuvent. Les bonnes œuvres, aussi bien que les mauvaises, sont sujettes à la censure, et ceux qui nous sont contraires ne laissent pas d'avoir bonne intention. C'est pourquoi conservons, je vous prie, l'estime et le respect que nous leur devons ; estimons avec eux que nous sommes indignes de cet emploi et que d’autres s'en acquitteraient mieux que nous. Profitons de ce sentiment et nous donnons à Dieu plus que jamais pour tâcher de lui rendre fidèlement ce petit service.

3069. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

[janvier 1660] (1)

Mon très honoré Père,

Je sens de temps en temps fortement la douleur de l’état auquel votre charité vous a mis, et la peine de la privation de l'honneur de vous parler, craignant que ma lâcheté et mon ,amour propre et les autres dangers de mon salut n’en prennent avantage, étant toujours la même.

Faisant réflexion sur l'état présent de la compagnie, je m'inquiète aussi de ne pouvoir plus vous en parler appréhendant vous donner peine de lire. Néanmoins il me semble nécessaire, mon très honoré Père, vous en dire ma pensée, qui est dans la crainte qu'elle ne déchoie en plusieurs manières.

Premièrement, je me suis aperçue que, en plusieurs parois-

Lettre 3068. - Abelly, op. cit., seconde édition, 2e partie, p. 124.

1. Date ajoutée au dos de l'original par le frère Ducournau.

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ses, les dames commencent à avoir de la défiance d’elles, quoique je pense être assurée que je n’en connais pas une qui en donne un véritable sujet, si ce n'est celles qui, par le zèle du soulagement des pauvres, reçoivent des aumônes des dames pour les distribuer et ne s'assujettissent pas à en parler aux officières, qui s'en offensent.

Il paraît que nos sœurs ne soient ni tant estimées, ni tant aimées, étant traitées plus durement, et y ayant des endroits où l’on prend bien plus près garde à elles par défiance ; et en quelques-uns auxquels l'on a défendu en pleine assemblée de leur rien donner, et même au boucher qui fournit la viande des pauvres. Ce n'est pas qu’elles en eussent chose considérable; mais, quelque peu que ce fût, cela leur aidait.

Cela m'a fait penser, non très honoré Père, à la nécessité qu'il y a que les règles obligent toujours à la vie pauvre, simple et humble, crainte que, s’établissant en une manière de vie qui requerrait plus grande dépense, et ayant des pratiques attirantes à l'éclat et clôture en partie, cela obligerait à rechercher les moyens de subsister en cette manière, comme serait fait un corps très intérieur et sans action, faire logement pour se séparer des allantes et mal vêtues, à cause, se disent quelques-unes, que ce tortillon, ce nom de sœur, ne porte point d'autorité mais notre mépris. Et je sais que non seulement les filles, mais d'autres qui seraient obligées pour honorer le dessein de Dieu au sujet du service spirituel et corporel des pauvres malades, qui ont grande disposition à cette manière tant dangereuse pour la continuation de l'œuvre de Dieu, laquelle, mon très honoré Père,. votre charité a soutenue avec tant de fermeté contre toutes les oppositions.

Je suis très fâchée de vous donner ce déplaisir. Si votre charité voit que Dieu veuille autre chose que ce qui s'est fait jusqu'à présent, au nom de Notre-Seigneur, que ce soit elle qui l'ordonne et le déclare : je serai toujours la même, sans réplique, après avoir pris la liberté, comme je le fais, de dire les raisons qui se présentent à mon esprit, n'osant dire que ce soient les pensées que Dieu me donne, à cause de mes infidélités. Si je ne m’explique pas bien et que votre charité me veuille faire entendre par Monsieur Alméras, ou autre que vous jugerez à propos, il me fera peut-être mieux entendre.

Permettez-moi, mon très honoré Père, de vous demander des nouvelles de vos indispositions que je crois que vous pourriez soulager, si vous vous laissiez traiter comme votre charité ordonnerait de traiter un autre

Je pense vous avoir déjà parlé du contenu de cette lettre, à la réserve de quelques circonstances Je vous demande très

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humblement pardon de mes redites, si cela est, et l'espère de votre bonté, puisque je suis, mon très honoré Père, votre très humble, très obéissante et très obligée fille et servante.

L. de MARILLAC.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

3070. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,

A MARSEILLE

30 janvier 1660.

Vous avez bien fait de faire discontinuer de coucher à l'hôpital, puisqu'on peut administrer le jour aux malades que l'on voit en danger les derniers sacrements...

Je remercie Monsieur Cornier de la bonne nouvelle qu'il m'a donnée, qu'il est délivré de ses peines. On ne pouvait attendre autre chose de la bonté de Dieu et de sa patience. Il plaît à N.-S. d'exercer ainsi les meilleures âmes pour quelque temps, afin de les éprouver, et puis tout d'un coup il apaise la tempête et laisse ses serviteurs en paix.

3071. - A FIRMIN GET

De Paris, ce 30 janvier 1660.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Ces trois ou quatre lignes sont pour savoir de vous s'il est vrai ce qu'on m'a dit, que Monseigneur de Montpellier (1) semble n'avoir pas intention de continuer son

Lettre 3070. - Manuscrit de Marseille.

Lettre 3071. - L. s. - Original à Marseille dans la salle où se réunissent les membres de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul. Le post-scriptum est de la main du saint.

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