Correspondance (page 58)
1. François Bosquet.
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séminaire. je vous prie, Monsieur, de m'en mander ce que vous en savez, et de demander miséricorde à Dieu pour le plus grand pécheur de la terre, qui est pourtant, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
C'est avec toutes les tendresses de mon cœur que je vous salue et M. Parisy, prosterné en esprit à vos pieds.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur de la Mission de Marseille, étant au séminaire de Montpellier, à Montpellier.
3072. - A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, Ce 30 janvier 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre chère lettre du 19 décembre, où je vois que vous êtes exercé souvent de diverses indispositions, qui pourtant ne durent pas. J'en suis en peine, et je le serais encore plus si je ne savais que Dieu fait tout pour le mieux et que vous souffrez avec fruit, parce que vous souffrez avec amour en Jésus-Christ. Je vous prie néanmoins de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter, car en santé, si vous avez à souffrir, ce sera par le travail, et alors votre souffrance sera utile à plusieurs et aura du rapport à celle de N.-S., qui s'est consommé pour tout le monde. Nous prions Dieu de deçà qu’il vous conserve et fortifie de plus en plus, pour pouvoir exprimer longuement en votre personne les
Lettre 3072. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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effets de sa charité et de ses travaux ; et comme il a aimé les siens jusqu'au bout et ne les a point abandonnés, je vous prie aussi d'avoir patience en votre conduite jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de vous en décharger. Je suis édifié de l'instance que vous faites pour cela et de la vue que Dieu vous donne de votre insuffisance ; et il est à souhaiter que tous les supérieurs aient les mêmes sentiments ; mais aussi ne doit-on pas gouverner les autres par soi-même, mais par N.-S., qui a assez de capacité pour vous et pour lui. Je le prie qu'il vous anime à cet effet de son esprit, qui dit humilité, douceur, support, patience, vigilance, prudence et charité. Vous trouverez en lui toutes ces vertus, et, si vous le laissez faire, il les exercera en vous et par vous. Vivez en cette confiance, Monsieur, et demeurez en paix ; je ferai pourtant attention à votre désir, afin de vous envoyer quelqu'un propre pour vous soulager, si nous ne pouvons vous décharger. Nous avons envoyé au séminaire des Bons-Enfants trois de nos jeunes prêtres, qui ont bien étudié en philosophie et en théologie, pour se former de plus en plus, à dessein de vous les envoyer après Pâques, Dieu aidant.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà ; chacun s'y porte assez bien, à la réserve de nos infirmes ordinaires, dont je suis du nombre ; les jambes me manquent et je ne puis plus descendre en bas, ni dire la sainte messe. Priez N.-S. qu'il ait agréable de me faire miséricorde et de me souffrir pour le temps et pour l'éternité, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission, à Varsovie.
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3073. - A LA SŒUR MARIE-CéCILE THOMASSIN (1)
De Saint-Lazare, ce 4 février 1660
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre lettre, et je ressens en mon cœur les souffrances dont il plaît à Dieu de vous exercer ; j'en suis tout attendri, et, à présent que je vous écris, j'en ai un grand sentiment. Je prie Notre-Seigneur que, par sa bonté infinie, il ait agréable de vous redonner une parfaite santé, ou une si puissante grâce, que vous fassiez un parfait usage des états où vous vous trouvez. Pour vous aider à cela, je prie le Révérend Père Lallemant (2) de vous continuer la charité qu'il vous a faite jusqu'à présent. Vous ne pouviez choisir une personne en qui les vertus religieuses se trouvent plus évidemment et abondamment. C'est pourquoi, ma chère Sœur, comme vous ne pouvez pas toujours aller au parloir pour recevoir son assistance, je donne permission de le faire entrer toutes les fois et quantes que besoin sera, de l'avis de notre chère Mère, que je salue affectionnément derechef.
Je prie Notre-Seigneur qu'il soit lui-même votre force
Lettre 3073. - L. s. - L'original nous a été communiqué par la sœur supérieure des Filles de la Charité établies à Saint-Malo, rue Saint-Sauveur, 13.
1. Elle fit profession au premier monastère de la Visitation le 21 novembre 1639, resta au monastère du Mans de 1647 à 1653 et revint à Paris, où elle mourut le 1er avril 1694, à l'âge de soixante et onze ans.
2. Charles Lallemant, né à Paris le 17 novembre 1587, entra dans la Société de Jésus le 29 juillet 1607. Après avoir enseigné la grammaire et la physique, il fut envoyé au Canada comme supérieur de la Mission. De retour en France, il professa la philosophie, puis fut mis à la tête du collège de Rouen, qu'il quitta pour prendre la direction du collège de Clermont à Paris. Ses écrits sont nombreux. Il mourut à Paris, dans la maison professe, le 18 novembre 1674.
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et votre consolation, et qu'il vous fasse connaître combien je suis, en son amour, ma chère Sœur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma chère sœur la sœur Marie-Cécile Thomassin, de la Visitation Sainte-Marie de la ville.
3074. - A JEAN DEHORGNY, PRêTRE DE LA MISSION,
A CAHORS
4 février 1660.
M. Cuissot ne pouvant pas toujours vaquer à la direction des Filles de la Charité qui sont à Cahors, à cause des fréquents voyages qu'il est obligé de faire et des autres embarras de la supériorité, a prié M. Fournier, il y a quelque temps, de leur rendre, à son défaut, les petits services qu'il pourrait. Sur quoi, M. Fournier m'ayant représenté qu'il était beaucoup occupé auprès de ces Messieurs du séminaire, et qu'il se voyait peu propre pour l'assistance de ces filles, je lui ai écrit une lettre pour l'encourager à ce nouveau petit emploi, afin de soulager M. Cuissot. Je dis soulager et non pas décharger, estimant qu'il doit toujours, comme supérieur des missionnaires, avoir la même vue sur ces filles qu'il a sur les séminaristes, et que ceux qui les instruisent, confessent et dirigent le fassent par ses avis, et non pas indépendamment de lui. Cependant M. Cuissot, à ce que j'apprends, ne s'en veut plus mêler du tout depuis qu'il a su que j'en avais écrit à M. Fournier, pensant que je lui en donnais l’entière direction ; ce qui n'est
Lettre 3074. - Reg. 2, p. 101.
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pas ; j'ai seulement prétendu joindre ma prière à celle que M. Cuissot lui a faite de rendre à ces filles les petites assistances que lui-même ne pourra pas leur donner. Je vous prie, Monsieur, de faire entendre à l'un et à l'autre mon intention, et, si M. Fournier est trop occupé à d'autres choses, comme il me le mande, de voir avec M. Cuissot si M. Bonichon sera propre pour entendre et pour aider ces pauvres filles lorsque le même M. Cuissot ne pourra pas y vaquer.
3075. - A JEAN MARTIN, SUPéRIEUR, A TURIN
De Paris. ce 5 février 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre lettre du 14 [janvier] (l), et j'ai appris avec douleur que la fièvre quarte vous a repris pour là troisième fois. Dieu veut se réserver à lui seul la gloire de votre santé, laquelle j'espère qu'il vous donnera à ce printemps, et je l'en prie de tout mon cœur. Faites, de votre côté, ce que vous pourrez pour cela.
Un parfait abandon à la Providence, tel que le vôtre, vaut plus que tout autre établissement. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous y confirme, pour honorer, par votre pauvreté, l'état où il se trouvait sur la terre, quand il disait que les oiseaux avaient des nids, et les renards des trous, mais que, pour lui, il n'avait pas un lieu pour s'y retirer (2),
Je rends grâces à sa divine bonté de ce que vos ouvriers travaillent avec fruit et avec affection, et je la supplie qu'elle leur continue ses bénédictions, et à vous
Lettre 3075. - L. s. - Dossier de Turin, original.
2. Evangile de saint Matthieu VIII, 20.
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la plénitude de son esprit pour conduire toutes choses à sa plus grande gloire.
Je vous prie d'assurer de mon entière obéissance et de ma parfaite reconnaissance le bon Monsieur le prieur de Luzerne, et de me recommander à ses prières, comme je fais aux vôtres et à celles de votre petite communauté, que je salue très cordialement.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà, où je suis à la vie et à la mort, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin.
3076. - A FIRMIN GET
De Paris, ce 6 février 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Monseigneur l'archevêque de Narbonne (1) nous a écrit une lettre par laquelle il dit que Monseigneur de Montpellier (2) ne voulant plus entretenir son séminaire, est résolu d'envoyer ses ecclésiastiques aux séminaires circonvoisins ; et sur cela il a formé le désir de vous avoir à Narbonne pour divers desseins qu'il a ; sur quoi, je me donne l'honneur de lui répondre que, la maison de Marseille étant des plus importantes de la compagnie, après celles de Rome et de Paris, elle requiert aussi un supérieur des plus capables, surtout à présent, à cause de
Lettre 3076. - L. s. - Original à Marseille, dans la salle où se réunissent les membres de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul. Le post-scriptum est de la main du saint.
2. François Bosquet.
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l'état des choses et de l'expérience que nous avons que tout n'y va pas bien, ni ne pourra bien aller, si vous n'y êtes ; que la présence du roi et de Monseigneur le cardinal (3) fera que peut-être on fera revenir les galères à Marseille, et qu'en ce cas nous sommes obligés de recevoir les aumôniers et de commencer un séminaire, que pour cela et pour les affaires de Barbarie, comme pour les autres emplois d'ancienne et nouvelle fondation, tous fort considérables, il faut un homme exercé, intelligent, vigilant et propre à tout, comme, par la grâce de Dieu, vous l'êtes. C'est pourquoi, Monsieur, je vous prie de ne vous engager à rien, mais de regarder la maison de Marseille comme votre maison pour y retourner le plus tôt que vous le pourrez. Il se peut faire que le long temps que vous y avez demeuré, les peines que vous y aurez eues et les incommodités des yeux que vous y avez souffertes vous en aient donné quelque dégoût ; mais ce dégoût ne doit pas prévaloir sur la grâce que Dieu a mise en vous pour cette famille-là, où il y a apparence que vous aurez de plus belles occasions que jamais d'y avancer la gloire de Dieu ; et ainsi votre présence y est nécessaire, quand ce ne serait que pour dresser quelqu'un aux affaires et à la conduite d'icelle, qui puisse les soutenir, en cas que la Providence vous appelle ailleurs. Que si Monseigneur de Montpellier ne s'est pas encore déclaré à vous, je pense, Monsieur, que, puisque son séminaire trame comme il fait, vous ferez bien de le disposer doucement et adroitement d'agréer votre retour à Marseille ; mais ne lui témoignez pas que je vous en ai écrit.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3. Le cardinal Mazarin.
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Je vous prie, Monsieur, d'honorer le silence de N.-S. en ce rencontre à l'égard de la présente et de qui que ce soit.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, étant de présent au séminaire de Montpellier, à Montpellier.
3077. - A JACQUES DE LA FOSSE, PRêTRE DE LA MISSION,
A TROYES
7 février 1660.
Je rends grâces à Dieu des sentiments qu'il vous a donnés touchant ce que je vous ai écrit des religieuses ; j'en suis fort consolé, voyant que vous avez connu l'importance des raisons que la compagnie a eues de s'éloigner de leur service pour ne mettre d'empêchement à celui que nous devons au pauvre peuple. Et pource que vous désirez être éclairci du sujet qui nous a fait prendre soin des Filles de la Charité, en demandant pourquoi la compagnie, qui a pour maxime de ne s'occuper des religieuses, se mêle de ces filles-là, je vous dirai, Monsieur :
1° Que nous ne blâmons pas l'assistance des religieuses ; au contraire, nous louons ceux qui les servent, comme les épouses de Notre-Seigneur qui ont renoncé au monde et à ses vanités pour s’unir à leur souverain bien ; mais tout ce qui est loisible aux autres n'est pas expédient pour nous.
2° Que les Filles de la Charité ne sont pas religieuses, mais des filles qui vont et viennent comme des séculiers ; ce sont personnes de paroisses sous la conduite
Lettre 3077. - Reg. 2, p. 80.
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des curés où elles sont établies ; et si nous avons la direction de la maison où elles sont élevées, c'est parce que la conduite de Dieu, pour donner naissance à leur petite compagnie, s'est servie de la nôtre ; et vous savez que des mêmes choses que Dieu emploie pour donner l'être aux choses, il s'en sert pour les conserver.
3° Notre petite compagnie s'est donnée à Dieu pour servir le pauvre peuple corporellement et spirituellement, et cela dès son commencement, en sorte qu'à même temps qu'elle a travaillé au salut des âmes pour les missions, elle a établi un moyen de soulager les malades par les confréries de la Charité ; ce que le Saint-Siège a approuvé par les bulles de notre institution. Or, la vertu de miséricorde ayant diverses opérations, elle a porté la compagnie à différentes manières d'assister les pauvres ; témoin le service qu'elle rend aux forçats des galères et aux esclaves de Barbarie ; témoin ce qu'elle a fait pour la Lorraine en sa grande désolation, et depuis pour les frontières ruinées de Champagne et de Picardie, où nous avons encore un frère (1) incessamment appliqué à la distribution des aumônes. Vous êtes vous-même témoin, Monsieur, du secours qu'elle a porté aux peuples des environs de Paris, accablés de famine et de maladie en suite du séjour des armées. Vous avez eu votre part à ce grand travail et vous en avez pensé mourir (2) ainsi que beaucoup d'autres, qui ont donné leur vie pour la conserver aux membres souffrants de Jésus-Christ, lequel en est maintenant leur récompense, et un jour il sera la vôtre. Les dames de la Charité de Paris sont encore autant de témoins de la grâce de notre vocation pour contribuer avec elles à quantité de bonnes œuvres qu'elles font et dedans et dehors la ville.
2. Voir lettres 1542, 1544.
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Cela posé, les Filles de la Charité étant entrées dans l'ordre de la Providence comme un moyen que Dieu nous donne de faire par leurs mains ce que nous ne pouvons pas faire par les nôtres, en l'assistance corporelle des pauvres malades, et de leur dire par leurs bouches quelque mot d'instruction et d'encouragement pour le salut, nous avons aussi obligation de les aider à leur propre avancement en la vertu pour se bien acquitter de leurs exercices charitables.
Il y a donc cette différence entre elles et les religieuses, que les religieuses n'ont pour fin que leur propre perfection, au lieu que ces filles sont appliquées comme nous au salut et soulagement du prochain ; et si je dis avec nous, je ne dirai rien de contraire à l'Evangile, mais fort conforme à l'usage de la primitive Eglise, car Notre-Seigneur prenait soin de quelques femmes qui le suivaient, et nous voyons dans le Canon des Apôtres qu'elles administraient les vivres aux fidèles et qu'elles avaient relation aux fonctions apostoliques.
Si l'on dit qu'il y a danger pour nous de converser avec ces filles, je réponds que nous avons pourvu à cela autant qu'il se pouvait faire, en établissant cet ordre en la compagnie, de ne les visiter jamais chez elles dans les paroisses, et elles-mêmes ont pour règle de faire leur clôture de leur chambre et de n'y laisser jamais entrer les hommes, singulièrement les missionnaires ; en sorte que, si moi-même je me présente pour y entrer, qu'elles me ferment la porte ; ce qui s'observe exactement de part et d'autre, grâces à Dieu.
Que si elles viennent ici, dans leur maison, tous les mois rendre compte de leur intérieur et se confesser à un de nos prêtres, vous savez qu'il y en a deux ou trois destinés pour les entendre, de qui l'âge et la vertu sont au-dessus de toute crainte ; et si nous en envoyons
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d'autres aux deux hôpitaux proches d'ici (3), ce n'est pas tant à cause de ces filles qui y sont employées, que des autres personnes qui les habitent, lesquelles Dieu a confiées au soin de la compagnie pour l'âme et pour le corps.
J’espère, Monsieur, que ce que je viens de répondre à votre difficulté ne vous déplaira pas, etc.
3078. - A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR,
A VARSOVIE
De Paris, ce 13 février 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je n'ai pas plus tôt reçu et lu votre chère lettre du 10 janvier, que j'y réponds, pour vous dire que, d'un côté, elle m'a apporté une grande joie, à cause de la santé que Dieu vous continue et du soin que sa divine Majesté prend de votre petite famille. Je l'en remercie de tout mon cœur. Mais, d'une autre part, je suis en peine de ce que vous ne recevez pas mes lettres. Il faut pourtant agréer toutes les dispositions de la Providence, qui gouverne sagement toutes choses.
C'est un nouveau sujet d'affliction que la nouvelle invasion des Moscovites, qui ont repris Grodno (1) et donné l'épouvante au peuple de Varsovie, quoiqu'ils n'en aient pas approché ; comme, au contraire, l'espérance qu'on a de la paix avec la Suède, dont on traite effectivement, nous console fort. Plaise à Dieu de bénir ce traité, au contentement de la Pologne, afin qu'elle ait plus de moyen de repousser cet autre ennemi qui la trouble ! Nous attendrons assurance de cette paix avant de faire partir le secours que nous vous préparons, et
1. Chef-lieu de gouvernement en Pologne.
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nous nous réglerons, pour le temps et la manière de leur voyage, aux nouvelles que vous nous écrirez.
Je rends grâces à Dieu de ce que les Filles de la Charité se portent bien et font bien. Pour la sœur Françoise (2), il faut qu'elle ait patience à la suite de la reine, puisque Sa Majesté ne l'emploie qu'au service des pauvres, qui sont ses maîtres, et qu'il est difficile de la faire revenir de deçà pour le présent. Encouragez-la tant que vous pourrez. Voici une lettre que Mademoiselle Le Gras lui écrivit la semaine passée.
Elle est tombée malade depuis, au point que nous n'osons espérer qu'elle en relève ; ce qui nous afflige fort. Et ce qui comble notre douleur est que M. Portail est aussi grièvement malade. Ils ont reçu tous deux le saint viatique en même jour. Je les recommande à vos prières et à celles du bon M. Duperroy, que j'embrasse avec vous de toutes les tendresses de mon âme.
Je suis bien aise qu'il travaille à réparer l’église de Vitkiski, et marri de ce que cela vous sépare et vous incommode. Dieu, par sa bonté infinie, veuille vous réunir et vous soulager !
Vous avez bien fait de vous excuser vers Mgr l'évêque pour ne pas divertir l'argent destiné à cette réparation à autre usage ; vous ne pouviez pas faire autrement, vu la nécessité de l'église. J'ai oublié de le dire à M. Duperroy par ma dernière, qui répond à la sienne, où il me parle de cet affaire.
Ayez soin de vous conserver, et lui aussi.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Desdames.
2. Françoisse Douelle.
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3079 - A LA PROPAGANDE
[février 1660] (1)
Eminentissimi e Reverendissimi Signori,
Essendo passato a miglior vita nlle funziolli dell. sua missione Carlo Nacquart, sacerdote della congregazione della Missione, dichiarato da questa Sacra Congregazione prefetto della Missione dell'isola di San-Lorenzo, vulgo Madagascar, Vincenzo di Paul, superiore generale di detta congregazione della Missione, devotissimo oratore dell' EE. VV., umilmente le supplica di voler costituire, in luogo di esso defunto, per prefetto della detta Missione, Tussano Bourdaise, sacerdote della medesima congregazione, e già da più anni dichiarato missionario apostolico e applicato dalle EE. VV all'aiuto spirituale di quei popoli di Madagascar, dove il Signore ha benedette le di lui fatiche. E il tutto riceverà per grazia singolare dalle EE. VV.
Quas Deus, etc.
E perchè potrebbe esser che il sopraddetto Tussano Bourdaise per qualche accidente fosse defunto, piaccia alle EE. VV. che, proponendo il suddetto Vincenzo di Paul un altro de missionarii di detta isola a Monsignor nunzio di Francia, lo nomini per prefetto della detta Missione, se gli parerà soggetto abile.
Suscription : Alla Sacra Congregazione de Propaganda Fide, per Vincenzo di Paul, superiore generale della congregazione della Missione.
Lettre 3079. - L. non s. - Arch. de la Propag., Africa, 9-10, Madagascar-Marocco, n° 252, fol. 8 et 9, original.
1. Au bas du résumé qui se trouve au dos de la supplique se lisent les mots : die 23 februarii 1660, S. C. annuit.
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TRADUCTION
Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs,
Charles Nacquart, prêtre de la congrégation de la Mission que la Sacrée Congrégation a établi préfet de la Mission de l'île de Saint-Laurent, vulgairement Madagascar, étant passé à une vie meilleure dans l'exercice de ses fonctions, Vincent de Paul, supérieur général de la même congrégation, supplie humblement Vos Eminences de vouloir bien nommer à la place du défunt, comme préfet de ladite Mission, Toussaint Bourdaise, prêtre de la même congrégation de la Mission, missionnaire apostolique depuis plusieurs années et appliqué, par l'ordre de Vos Eminences, au soin spirituel de ces peuples de Madagascar, où le Seigneur a béni ses travaux. Et il recevra cette grâce comme une faveur insigne de Vos Eminences.
Que Dieu ait, etc.
Comme Toussaint Bourdaise lui-même pourrait n'être plus vivant, plaise à Vos Eminences accorder à Mgr le nonce le pouvoir de nommer comme préfet de la Mission, après avoir jugé de son aptitude, celui que Vincent de Paul lui proposera.
Suscription : A la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation de la Mission.
3080.- PIERRE ANGER A SAINT VINCENT
D'Alet ce 15 février 1660
Monsieur mon très honoré Père,
Je vous supplie très humblement d'agréer que, Monseigneur l'évêque (1), qui vous salue très cordialement et respectueusement, faisant réponse à la lettre de Monsieur Gavelin qu'il vous a plu de lui envoyer, je me prévale de cette occasion pour vous renouveler les offres de mes obéissances et vous demander la continuation de votre souvenir au saint autel et dans vos saintes prières.
Je pense, Monsieur que votre charité aura consolation
Lettre 3080. - L. a. - Dossier de Turin, original.
1. Nicolas Pavillon.
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d’apprendre les bénédictions qu’il plaît à Notre-Seigneur de donner à ce petit séminaire, qui est composé de 18 ou 20 ecclésiastiques, qui paraissent bien intentionnés et zélés d'acquérir la perfection de la vie chrétienne et ecclésiastique et la connaissance des fonctions de leur profession. Les régents aussi et régentes font un nouveau progrès dans le soin et l'éducation chrétienne de la jeunesse. Ce sont, Monsieur des fruits de la culture que vous avez commencé de donner à ce diocèse par vos prières et les travaux de ces .Messieurs de votre compagnie qui ont coopéré si utilement à ceux de Monseigneur l'évêque dans les premières années de son administration.
Je vous salue et suis avec un très profond respect, monsieur mon très honoré Père, votre très humble très obéissant ; et très obligé serviteur et fils.
PIERRE ANGER,
prêtre.
Suscription : A Monsieur monsieur Vincent, prêtre, supérieur général de la Mission, à Paris.
3081. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINCENT
16 février 1660.
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous mander comment l'ordination dernière s'est passée et si on a reconnu du profit dans les ordinations depuis les exercices. Pour ce qui est des exercices et de toutes les parties du règlement qu'on y observe en France nous avons tâché et tâchons de les faire observer en la même manière qu'à Paris, nous réglant jour pour jour et heure pour heure sur les mémoires que nous en avons reçus de Saint-Lazare. Messieurs les ordinands ont témoigné en être fort contents ; et non seulement nous, mais aussi diverses personnes du dehors ont reconnu le fruit que plusieurs d'entre eux par la miséricorde de Dieu, ont remporté de ces exercices. .Nous en avons de ceux-là mêmes en cette seconde ordination en laquelle nous travaillons maintenant, qui est la première de ce carême lesquels y donnent grand exemple
Lettre 3081. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. 2, sect. VI, 1re éd., p. 239.
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aux autres ; et il semble que Dieu par son infinie bonté, veuille donner bénédiction à ces exercices et communiquer ces grâces par cette voie aux ecclésiastiques de ce pays, comme il a fait ailleurs.
3082. - AU CHANOINE DE RUMELIN
De Paris, ce 18 février 1660.
Monsieur,
La vive impression que votre charité a faite en mon esprit de la ressouvenance de ses effets ordinaires et extraordinaires en notre endroit me sollicite souvent à vous en faire de nouveaux remerciements ; et c’est, Monsieur, ce qui m'a fait résoudre de vous rendre par cette lettre ce juste devoir de la part de notre petite compagnie et de la mienne, pour le joindre aux sentiments de reconnaissance que nos pauvres missionnaires de Tréguier nous témoignent de temps en temps des grâces que vous leur faites, qui leur sont d'autant plus sensibles que vous accompagnez d'une cordiale affection les biens temporels qu'ils reçoivent de vous. M. Dehorgny même m'en a écrit plusieurs fois avec grande tendresse. Je vous en remercie donc, Monsieur, avec toute l'humilité que je le puis ; mais, ne pouvant le faire à l'égal des obligations que nous vous avons, je prie Notre-Seigneur qu'il ait agréable de suppléer à mon impuissance et d'en être lui-même votre digne récompense. C'est, Monsieur, la grâce que nous lui demanderons au ciel et en la terre ; et c'est dans ce désir que je vous renouvelle les offres des services de notre chétive congrégation et de mon obéissance particulière. Je vous supplie de l'avoir agréable et de voir en quoi nous
Lettre 3082. - L. s. - Dossier de la Mission, fac-similé.
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pouvons vous les rendre de deçà, vous assurant que ce sera de grand cœur, même en ce que vous avez confié à M. Dehorgny, quand il vous plaira de nous en marquer le temps et la manière ; car, à proportion que vous userez du pouvoir que vous avez sur nous, nous aurons occasion de reconnaître vos bienfaits, et moi de mériter le bonheur que j'ai d'être, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur de Rumelin, chanoine de l'Eglise de Tréguier, à Tréguier.
3083. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 20 février 1660.
J'ai considéré ce que vous me mandez de l'ordination, et j'entrevois que tout de bon on se défie de nous touchant la nationalité ; c'est pourquoi il est important que vous ne demandiez rien et ne fassiez demander que seulement les choses ordinaires, et que même vous n'en proposiez aucune qui soit extraordinaire, ni au Pape ni à pas un de Nosseigneurs les cardinaux, car il semble que Dieu veut que la compagnie se tienne à Rome dans la réserve qu'elle a eue ailleurs, de n'aller pas au devant des emplois, ni des moyens de les soutenir, mais de s'humilier devant Sa Majesté comme indigne de lui rendre aucun service, avec cette disposition néanmoins de nous commettre à sa conduite et de nous laisser aller aux ordres de sa providence, comme des instruments
Lettre 3083. - Reg. 2, p. 249.
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grossiers entre les mains d'un bon ouvrier. De ce qu'on vous a dit qu'avec le temps les missionnaires obtiendront ce qu'ils voudront, on peut inférer qu'on rapporte cela au temps que la famille sera toute composée d'Italiens ; qui est ce qu'on désire. Pour cela, Monsieur, il est expédient de n'en recevoir que de bien choisis, tâchant de les bien connaître avant de leur accorder l'entrée au séminaire.
Je vous prie derechef de ne faire aucune proposition nouvelle pour chose qui nous regarde, sans m'en donner avis auparavant.
3084. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
Voir la publication de la lettre in extenso en XV, 139-140.
27 février 1660.
Puisque le bail de votre jardinier est expiré, il ne faut plus souffrir que les femmes entrent en votre enclos. Je n'ai su jusqu'à présent qu'elles aient eu cette liberté par le passé ; pour le moins je n'y ai pas fait réflexion. Il faut tâcher de trouver un autre jardinier, qui n'en ait point.
Vous me proposez de réduire le jardin en pré ; mais c'est un changement trop considérable pour le faire sans y avoir pensé (1)
Lettre 3084. - Manuscrit de Marseille.
1. Le jardin fut conservé, et le jardinier put habiter, dans le courant de l'année, une maison toute neuve, bâtie exprès pour lui. (Arch. nat. S 6707, cahier).
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3085. - A FIRMIN GET
De Paris, ce 27 février 1660.
Monsieur,
Il a plu à Dieu de nous priver du bon Monsieur Portail (1). Il décéda le samedi 14 de ce mois, qui était le 9e de sa maladie, laquelle commença par une espèce de léthargie, qui s'est changée en fièvre continue et en d'autres accidents. Il eut, depuis, l'esprit et la parole assez libres. Il avait toujours appréhendé la mort, mais, la voyant approcher, il l'a envisagée avec paix et résignation, et il m'a dit, plusieurs fois que je l'ai visité, qu'il ne lui restait aucune impression de sa crainte passée. Il a fini comme il a vécu, dans le bon usage des souffrances, la pratique des vertus, le désir d'honorer Dieu et de consommer ses jours, comme N.-S., en l'accomplissement de sa volonté. Il a été l'un des deux premiers qui ont travaillé aux missions, et il a toujours contribué aux autres emplois de la compagnie, à laquelle il a rendu de notables services ; en sorte qu'elle aurait beaucoup perdu en sa personne, si Dieu ne disposait de toutes choses pour le mieux et ne nous faisait trouver notre bien ou nous pensons recevoir du dommage. Il y a sujet d'espérer que ce sien serviteur nous sera plus utile au ciel qu'il n'eût été sur la terre. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre les devoirs accoutumés.
Lors de son trépas, Mademoiselle Le Gras était aussi à l'extrémité, et nous pensions qu'elle s'en irait devant lui ; mais elle vit encore et se porte mieux, grâces
Lettre 3085. - L. s. - Dossier de la sœur Hains, original.
1. Les froids de l'hiver 1658-1659 avaient fortement éprouvé la santé d'Antoine Portail, qui dut réduire ses travaux. "Pour M. Portail, écrivait Louise de Marillac (lettre 650), est grand seigneur qui le voit. Il a certain ermitage au bout de leur clos (le clos de Saint-Lazare) d'où il ne bouge, et ne vient que très peu pour les confessions."
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à Dieu, qui n'a pas voulu nous accabler d'une double affliction.
Je viens de recevoir votre lettre du 17, qui m'a grandement consolé, non tant pour y voir la parfaite disposition que Dieu vous donne pour suivre en tout et partout les ordres de son bon plaisir, dont je n'ai jamais douté, que pour l'expédient que Dieu vous a inspiré de retourner à Marseille sans bruit et avec l'agrément de Monseigneur de Montpellier. J'approuve donc, Monsieur, que vous lui demandiez permission d'y aller pour les affaires pressantes de la maison ; et non seulement je l'approuve, mais je vous en prie, même d'y mener quand et vous M. Parisy, si vous voyez que ce bon prélat s'en puisse passer. Vous ne le ferez pas néanmoins en cas que cela le dût contrister ; vous le lui laisserez encore pour continuer quelque temps les exercices commencés. Quand vous serez à Marseille, je me donnerai l'honneur de lui écrire pour lui représenter les difficultés de votre retour à Montpellier 2 et pour le supplier de vous en dispenser, sauf à lui offrir de lui envoyer quelque autre prêtre au lieu de vous, si votre retraite le fâche et qu'il soit résolu de maintenir son séminaire, ou, s'il a d'autres sentiments, de rappeler ensuite M. Parisy et le frère Duchesne, que je salue affectionnément. Je fais espérer par cet ordinaire à M. Delespiney qu'il vous verra bientôt, et je prie N.-S. qu'il soit votre conduite partout, et éternellement la vie et ]a gloire de votre âme, que la mienne chérit tendrement.
Je suis, en l'amour de ce même Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2. Un ancien cahier de la maison de Marseille, conservé aux Arch. Nat. (S 6707) attribue le retrait des prêtres de la Mission à ce fait que l'évêque de Montpellier n'avait pas assuré l'existence de l'établissement par une fondation à perpétuité.
- 250 -
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, supérieur des prêtres de la Mission de Marseille, étant de présent au séminaire à Montpellier.
3086. - NICOLAS éTIENNE, PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
Du Cap-Vert, ce 28 février 1660.
Monsieur mon très honoré Père,
Votre bénédiction !
Je vous écrivis des Canaries, par un marchand de Saint-Malo, tout ce qui nous était arrivé depuis notre départ de La Rochelle jusqu'aux Canaries. Je ne doute point que vous n’ayez reçu ma lettre ; c'est pourquoi je ne fais nulle mention de ce que je vous ai mandé, joint que l'occasion ne me le permet pas. Je vous dirai seulement que nous sommes arrivés tous en fort bonne santé au Cap-Vert, où nous avons trouvé 40 ou 50 chrétiens, la plupart portugais, sans prêtre depuis deux ans, que M. Daveroult a tous entendus en confession. Nous y avons baptisé quatre Portugais, avec les cérémonies accoutumées de l'Eglise le jour de saint Mathias, et le lendemain deux mahométans assez bien instruits. Nous y avons tous dit la messe et M. Daveroult y a fait tous les jours une exhortation et le plus souvent deux, en langue portugaise. Je souhaiterais que vous voulussiez obtenir mission pour cette terre ; il y aurait lieu d'espérer une grande moisson. J'allai saluer le gouverneur du lieu où nous étions mouillés, qui a bien cinq ou six mille personnes, tous noirs, nus et mahométans ; et étant venu le lendemain à notre bord dîner je lui parlai de Dieu. Il me dit qu’il l'aimait et le croyait seul. Et petit à petit étant descendu au baptême, il me dit qu’il le recevrait volontiers, pourvu que je voulusse demeurer dans le pays. Le roi du pays n'est éloigné de ce gouverneur qu'à deux lieues, qui a toujours quinze cents chevaux autour de lui. Juger quel bien il y aurait à faire.
Nous partons demain du Cap pour faire voile à celui de Bonne-Espérance, tous, grâce à Dieu, en fort bonne santé.
Lettre 3086. - Dossier de la Mission, copie du XVII° siècle.
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Je n'ai pu écrire à Monseigneur le maréchal (1) cette fois-ci. C'est pourquoi je vous supplie de lui vouloir mander que son vaisseau est en fort bon état
Je me recommande à vos prières et à celles de toute la compagnie, comme font pareillement tous mes chers compagnons, vous assurant d'être toute ma vie en l'amour de N.-S. J-C. et de sa très sainte et immaculée Mère, Monsieur mon très cher Père, votre très humble et très obéissant serviteur et fils.
N. ETIENNE,
indigne prêtre de la Mission.
Messieurs les capitaines vous saluent et se recommandent à vos prières, et M. Véron vous prie d'avoir la bonté de faire tenir cette lettre qu’il écrit Madame sa femme, demeurante en Oléron.
3087. - A LA MèRE ANNE-MARIE BOLLAIN (1)
29 février 1660.
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
C'est avec toute la confusion imaginable que je vous demande pardon du retardement que j'ai apporté à vous faire réponse. Mes embarras et mes infirmités en sont la cause et m'obligent même à présent de vous écrire d'une autre main que de la mienne.
Dans l'indifférence où Dieu vous a mise pour sortir ou pour demeurer au lieu où vous êtes, c'est une chose à vider entre lui et vous que le choix que vous avez à faire de l'un ou de l'autre. Il est juste qu'après avoir tant travaillé, et travaillé avec tant de bénédiction, vous retourniez en votre monastère pour vous y reposer ; et si vous le faites, vous ne ferez rien contre le bon plaisir de Dieu.
1. Le maréchal de La Meilleraye.
Lettre 3087. - Reg. 1, f° 37.
1. Le nom du destinataire nous est connu par Abelly, qui en cite un extrait. (Op. cit., l. 2, chap. VII, p. 330).
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Mais peut-être aussi, ma chère Sœur, que, si vous vous privez de cette consolation, pour l'amour de N.-S., qui nous appelle au plus parfait, il aura plus agréable la continuation de vos services à la Madeleine (2) qu'il ne l'aurait ailleurs. La grâce de la persévérance est la plus importante de toutes ; c'est elle qui couronne toutes les autres grâces, et la mort qui nous trouve les armes à la main est la plus glorieuse et la plus désirable. Naturellement on souhaite d'aller mourir chez soi, au milieu de ses proches et entre les bras des personnes qu'on chérit ; mais tous ne se laissent pas aller à cette délicatesse ; il n'y a que les esprits trop tendres. N.-S. a voulu finir comme il a vécu ; sa vie ayant été rude et pénible, sa mort a été rigoureuse et cruelle, sans mélange d'aucune consolation humaine. C'est pour cela que plusieurs ont eu cette dévotion d'aimer à mourir seuls, abandonnés des hommes, dans la confiance d'avoir Dieu seul pour les secourir. Je suis assuré, ma chère Sœur, que vous ne cherchez que lui, et qu'entre les bonnes œuvres qui se présentent à faire, vous préférez toujours celles où il y a plus de sa gloire et moins de votre intérêt. Si donc il vous fait connaître qu'en préférant ]e séjour de la Madeleine à tout autre, vous ferez une action plus agréable pour lui et de plus grande édification pour le public, je ne doute pas que vous ne suiviez le meilleur. Et ainsi, ma chère Sœur, je vous répète ici ce que je vous ai dit au commencement, que c'est entre Dieu et vous à résoudre la question. M. le théologal m'a fait l'honneur de m'en venir parler en faveur de la maison ; je ne lui ai pas témoigné que vous m'ayez donné aucune part à cet affaire ; je lui ai dit seulement que je saurais votre disposition ; et en effet je vous prie
2. Le couvent de la Madeleine à Paris.
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de me mander le mouvement que Dieu vous donnera après que vous vous serez donnée à lui de nouveau pour que sa volonté s'accomplisse parfaitement en vous.
Je suis, en son amour, ma Sœur, votre...
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3088. - A GILLES BUHOT
3 mars 1660.
Monsieur,
J'ai reçu votre paquet contenant le dimissoire de notre frère Louvetel (1) et des témoignages si vastes et si précis de la charité incomparable que N.-S. vous a donnée pour nous, que je ne puis vous en remercier assez à mon gré. Je vous en remercie néanmoins, Monsieur, de toute l'étendue de mon esprit et de mes affections ; mais cela me semble trop peu ; c'est pourquoi je prie N.-S. qu'il soit lui-même votre remerciement et votre récompense. Aussi est-ce pour l'amour de lui que vous nous faites et que vous nous voulez du bien. Ce nous est un nouveau motif, Monsieur, de nous donner à sa divine bonté pour tâcher de reconnaître les effets de la vôtre par nos très humbles services. Comme vous avez un pouvoir absolu sur les miens, c'est à vous à me donner les occasions de vous les rendre, et je vous en supplie très humblement.
Je suis fort touché de compassion de ce que vous m'avez écrit du pauvre M. Germain (2), Hélas ! Monsieur,
Lettre 3088. - Reg. 1, f° 52 V°, copie prise sur la minute non signée.
1. Guy Louvetel, né à Monci (Orne) en février 1635, entré dans la congrégation de la Mission le 22 juillet 1657, reçu aux vœux le 1er août 1659, ordonné prêtre en 1660.
2. Prêtre sorti de la congrégation de la Mission.
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que l'infirmité de l'homme est grande et que les biens de ce monde ont de force pour le tenter ! Il faut espérer que Dieu lui aura fait miséricorde et que la sainte semence que vous avez jetée en son âme n'aura pas été sans bruit.
]e n’ai aucune nouvelle de M. de Fresné que celles que vous m'en donnez. S'il me fait l'honneur de me venir voir et de me faire quelque proposition, je le prierai de s'adresser à vous, Monsieur, pour prendre vos bons avis.
J'avais déjà ouï parler de l'action indiscrète de ces jeunes gens qui se sont portés à ces excès que vous me mandez (3). Je prie N.-S. qu'il en tire sa gloire, qu'il vous conserve pour tant de biens que vous faites et qu'il me rende digne du bonheur que j'ai d'être, comme je suis, en son amour, Monsieur, votre..
3089. - A SŒUR MATHURINE GUéRIN,
SUPéRIEURE, A LA FèRE
3 mars 1660.
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre lettre et ma bonne part à votre peine. Il est vrai que Dieu nous a ôté le bon M. Portail, qui
3. Le 4 février 1660, cinq jeunes gens, suivis par une foule de curieux, parcoururent les rues de Caen, criant que tous les curés, sauf deux, dont ils donnaient les noms, étaient entachés de jansénisme et excommuniés. La police intervint et arrêta les perturbateurs. L'un d'eux fut rendu à sa famille comme hypocondriaque ; les autres furent jugés et condamnés à l'amende. (cf. Boulay, Vie du Vénérable Jean Eudes, Paris, 1905-1908, 4 vol. in-8°, t. III, p. 136 et suiv. ; R. Allier, op. cit., p. 347 et suiv. ; Souriau Maurice, La Compagnie du Saint-Sacrement de l'autel à Caen : Deux mystiques normands au XVII° siècle, M. de Renty et Jean de Bernières, Paris, 1913, in-16°.)
Lettre 3089. - Registre intitulé : Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 18. (Arch. des Filles de la Charité.)
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décéda le 14 de février, et que Mademoiselle Le Gras était alors en grand danger et l'a été du depuis. Ce sont deux rudes coups pour votre petite compagnie ; mais, venant de la main paternelle de Dieu, il les faut recevoir avec soumission et espérer de sa charité que les Filles de la Charité profiteront de cette visite. C'est lui qui les a appelées, et c’est lui qui les maintiendra. Il ne détruit jamais son œuvre, mais il le perfectionne ; et pourvu qu'elles soient fermes en leur vocation et fidèles en leurs exercices, il les bénira toujours en leurs personnes et en leurs emplois. Je vous prie, ma Sœur, de continuer, de votre côté, à bien faire votre office et à demeurer en paix ; si vous le faites, vous serez plu agréable à Dieu qu'en faisant autrement.
Grâces à Dieu, Mademoiselle se porte mieux. Sa grande maladie a été une grande inflammation sur le bras gauche, auquel il a fallu faire trois incisions. La dernière se fit avant-hier. Elle souffre beaucoup, comme vous pouvez penser ; et quoiqu'elle n’ait plus de fièvre, elle n'est pourtant pas hors de danger, à cause de son âge et de sa faiblesse. On fait ce qu'on peut pour la conserver ; mais c'est l'ouvrage de Dieu, qui, l'ayant conservée depuis vingt ans, contre les apparences humaines, la conservera encore autant qu'il sera expédient pour sa gloire. Nous vous donnerons avis, ma Sœur, de ce qui arrivera de cette fâcheuse maladie, ainsi qu'aux autres sœurs éloignées. Je vous prie derechef d'être en repos pour l'événement, parce que le contraire trouble l'âme et déplaît à Dieu, qui gouverne toutes choses avec sagesse et avec amour, et demande de nous grand secret de la vie spirituelle de lui abandonner tout ce que nous aimons, en nous abandonnant nous-mêmes à tout ce qu'il veut, dans une parfaite confiance que tout en ira mieux ; c'est pour cela qu'il est dit que tout
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tournera à bien à ceux qui servent à Dieu. Servons-le donc, ma Sœur, mais servons-le selon son gré, et laissons-le faire. Il vous tiendra lieu de père et de mère ; il sera votre consolation et votre vertu et enfin la récompense de votre amour. Priez-le pour moi, qui suis, en son amour...
3080. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
De Paris, ce 5 mars 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre lettre du 24 février. Il ne faut pas prendre la dépense des livres sur nos confrères d'Alger ;j'aime mieux que ceci soit sur la maison de Saint-Lazare.
Si M. de Saint-Jean (1) retourne à Marseille, il ne prendra pas, comme je crois, d'autre logis que le vôtre. Recevez-le et le traitez le plus honnêtement que vous pourrez.
Il faut remettre la conservation et les intérêts de l'hôpital à Dieu et espérer que tout ira mieux lorsque les hommes n'y pourront rien. J'ai peine à croire que l'on a supprimé l'administration déjà établie. On verra avec le temps si l'on pourra assembler les aumôniers ; pour ]e présent, ce n'est pas chose à faire ni à proposer, comme je pense.
Quant aux troubles que vous appréhendez vous devoir arriver en la possession de votre jardin, il en sera ce qu'il plaira à Dieu, à qui nos personnes et nos pos-
Lettre 3090. - L. s. - Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez M. Charavay, qui l'a mis en vente. Le post-scriptum est de la main du saint.
1. Chapealin ordinaire de la reine-mère.
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sessions appartiennent. Il faut se commettre absolument à sa providence et demeurer en paix.
Je pense que M. Get est à présent avec vous ; vos incommodités passées m'ont fait souhaiter son retour à Marseille pour vous soulager ; et d'ailleurs, ayant à y envoyer d'autres personnes pour fortifier la famille et satisfaire à vos obligations, nous avons pensé qu'il valait mieux que ce fût lui qu'un autre, à cause de la connaissance qu'il a des affaires. C'est pourquoi vous ferez bien de le prier de faire les choses que doit faire le supérieur, et de lui avoir une entière confiance, comme je l'ai en vous, à qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Nous avons reçu deux louis pour Lin, dit Lamontagne, forçat sur la Capitane, et sept écus pour le nommé Traverse. Je prie M. Huguier d'ordonner à chacun son fait.
Si M. Get fait difficulté d'accepter la mission de la supériorité, je vous prie de le presser, en sorte qu'il en prenne l'exercice. Je lui ai toujours attribué cette qualité, dans le doute que l'affaire de Montpellier réussisse. Si M. Get demeure à Marseille, ou quelqu'autre à sa place, je vous prierai de revenir prendre cet air et de vous délivrer de celui-là, qui vous est si contraire.
3091. - A CUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 5 de mars 1660.
Monsieur,
Il a plu à Dieu de nous priver du bon Monsieur Por-
Lettre 3091. - L. s. - Dossier de Cracovie, original. Le post-scriptum est de la main du saint.
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tail. Il décéda le samedi 14e de ce mois, qui était le 9° de sa maladie, laquelle commença par une espèce de léthargie, qui s'est changée en fièvre continue et en d'autres accidents. Il eut, depuis, l'esprit et la parole assez libres. Il avait toujours appréhendé la mort ; mais, la voyant approcher, il l'a envisagée avec paix et résignation, et il m'a dit, plusieurs fois que je l'ai visité, qu'il ne lui restait aucune impression de sa crainte passée. Il a fini comme il a vécu, dans le bon usage des souffrances, la pratique des vertus, le désir d'honorer Dieu et de consommer ses jours comme N.-S., en l'accomplissement de sa volonté. Il a été l'un des deux premiers qui ont travaillé aux missions, et il a toujours contribué aux autres emplois de la compagnie, à laquelle il a rendu de notables services en toutes les manières, en sorte quelle aurait beaucoup perdu en sa personne si Dieu ne disposait de toutes choses pour le mieux et ne nous faisait trouver notre bien où nous pensons recevoir du dommage. Il y a sujet d’espérer que ce sien serviteur nous sera plus utile au ciel qu'il n'eût été sur la terre. Je vous prie, Monsieur, de lui rendre les devoirs accoutumés.
Lors de son trépas, Mademoiselle Le Gras était aussi à l'extrémité, et nous pensions qu'elle s'en irait devant lui ; mais elle vit encore et se porte mieux, grâces à Dieu, qui n'a pas voulu nous accabler d'une double affliction. Elle est à présent hors de danger.
Je n'ai point reçu de vos lettres depuis la dernière que je vous ai écrite, et ainsi je n'ai autre chose à vous mander.
Nous n'avons rien de nouveau que la publication de la paix générale (1), qui réjouit tout le monde et qui nous
1. Le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659 entre la France et l'Espagne.
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fait espérer celle de la Pologne, à laquelle on travaille (2), Plaise à Dieu d'exaucer les prières qu'on lui fait pour cela et pour la conservation et la santé du roi et de la reine, tant nécessaires au bien et au repos de l'Eglise !
Messieurs Alméras et Bécu, qui ont été indisposés, se portent mieux, par la grâce de Dieu ; mais M. Le Soudier, au lieu de guérir de sa longue dysenterie, en devient plus faible et plus malade. Pour moi, je me porte assez bien, à mes jambes près, qui ne me permettent plus de dire la sainte messe et qui m'obligent de me tenir tout le jour assis. Je me recommande à vos prières et à celles de M. Duperroy. Je sens une particulière consolation de penser à vous et à lui, et je prie souvent N.-S. qu'il soit le lien de vos cœurs et la sanctification de vos âmes, qu'il soit votre force dans les travaux et votre gloire dans l'éternité.
Je suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Nous attendrons avec patience ce que vous nous manderez à l'égard de ceux que nous vous devons encore.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie
3092. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 5 mars 1660.
Vous me proposez de faire étudier ceux qui ont déjà
2. Les négociations entre la Pologne et la Suède aboutirent, le 13 mai 1660, au traité d'Oliva.
Lettre 3092. - Reg. 2, p. 46.
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passé la première année de leur séminaire, afin qu'ils soient plus tôt en état d'être employés. Je pense, Monsieur, qu'il ne faut dispenser personne de leurs deux années de séminaire, pour plusieurs bonnes raisons ; mais, si vous jugez à propos d'envoyer à Gênes tous vos séminaristes français, ou quelques-uns, et qu'eux-mêmes agréent ce changement de maison, je l'approuve volontiers ; ils pourront continuer et achever leur séminaire à Gênes, où ils pourront ensuite passer aux études.
3093. - A LOUIS DE CHANDENIER
De Paris, ce 5 mars 1660
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec nous pour jamais !
Je suis en très grande peine de votre santé, qui va diminuant, à ce qu'on me mande. Mon Dieu ! Monsieur, que ferons-nous à cela? Je pense que le meilleur remède est de vous en revenir, car l'air de Rome et la pauvre nourriture que vous y prenez peuvent contribuer à votre indisposition. Venez-vous-en donc, Monsieur ; nous vous attendons avec grand désir et patience. Nous prions Notre-Seigneur qu'il vous donne assez de force pour ce grand voyage et qu'il vous rétablisse en votre premier état, pour les bons services que vous lui pouvez rendre.
Votre procès de Bresse n'est pas encore jugé. J'ai fait porter des factums à nos dames de la Charité, et je les ai priées de solliciter pour vous ; ce qu'elles nous ont fait espérer. Nous attendons M. Guérin de jour à autre pour veiller à cet affaire. Nous devons envoyer deux prêtre pour voir vos juges de votre part. M. le rapporteur té-
Lettre 3093. - L. s. - Dossier de la Mission, original.
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moigne de vous être bien affectionné. Mais, au bout de tout cela, je crains que vous perdrez votre cause ; en ce cas, vous aurez la voie d'appel.
Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, faites tout ce que vous pourrez pour vous bien porter, et Monsieur l'abbé de Moutiers-Saint-Jean aussi, de qui je suis et de vous incomparablement (1), en l'amour de N.-S., Monsieur, très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur l'abbé de Chandenier, à Rome.
3094. - A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
Paris, 6 mars 1660.
Monsieur,
Votre dernière lettre de Montpellier me fait espérer que la présente vous trouvera à Marseille, où je vous embrasse en esprit de toute l'effusion de mon cœur. Je vous prie de vous y arrêter et de me faire dire ce que je dois faire vis-à-vis de Mgr de Montpellier pour approuver votre départ et celui de M. Parisy. Je prie pareillement M. Delespiney de remettre le gouvernement de la famille, et vous de le prendre, [supposé] toutefois que vous n'y trouveriez point d'inconvénients, si Mgr de Montpellier venait à le savoir et à penser que vous l'avez quitté exprès, et que, le pensant, il ne trouve à redire que vous vous soyez employé pour une autre affaire que
1. Première rédaction : particulièrement. La correction est de la main du saint.
Lettre 3094. - Pémartin, op. cit., t. IV, p. 548, l. 2016.
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le gouvernement du séminaire qu'il vous a confié, et sans lui en parler (1).
Vous ferez bien attention, s'il vous plaît, aux avis que j'ai donnés à M Delespiney, lequel vous montrera mes lettres, pour vous y conformer.
Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne la santé et les grâces nécessaires pour correspondre à ses desseins. Je suis, en son amour...
3095. - A PIERRE CABEL, SUPéRIEUR, A SEDAN
De Paris, ce 6 de mars 1660
Monsieur,
La charité de Dieu demeure en vous pour jamais !
Mademoiselle Viole a acquitté les deux cents livres que vous avez tirées sur elle pour les mois de décembre et de janvier, et désire que vous preniez encore pareille somme de 200 livres pour les mois de février et de mars, et que vous fassiez mention, s'il vous plaît ? par la lettre de change que vous en tirerez sur elle, que c'est pour la charité des dames de ces deux mois ici.
Nous avons ici dix écus pour être délivrés à la mère de feu M. Lambin, banquier en cour de Rome, où il mourut l'année passée, qui était de Donchery. Je vous prie, Monsieur, de vous transporter vous-même sur le lieu et de mettre ces 30 livres entre les mains de cette bonne mère, si elle est encore vivante, ou bien de les distribuer aux plus proches parents du défunt qui se trouveront en vie. La personne qui nous a confié cet
1. Les séminaristes de Montpellier furent envoyés les uns à Agde, les autres à Narbonne. Le séminaire diocèsain se rouvrit en 1665, sous la direction des prêtres de l'Oratoire. Les prêtres de la Mission y revinrent en 1844.
Lettre 3095. - L. s. - Dossier de Turin, original.
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argent a cru le devoir au même défunt, et s'en veut décharger par notre entremise. Vous pourrez, pour votre remboursement, le tirer sur nous et l'ajouter à la lettre de change du premier quartier que vous prendrez. Ce pendant vous me manderez quand, à qui et comment vous aurez fait cette restitution.
Nous ne pourrons pas vous envoyer un prêtre pour vous aider ces fêtes, à mon grand regret. Nous vous avions destiné un clerc, mais il s'est trouvé quelque difficulté en lui. Nous vous l'enverrons, Dieu aidant, soit lui ou un autre.
Je suis, en N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Cabel.
3098. - A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR,
A RICHELIEU
De Paris, ce 7 de mars 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu deux de vos lettres, des 21 et 28 février. J'ai fait tenir à M. Le Bret celle que vous lui avez écrite, et en voici la réponse. Pour celle de M. Dehorgny, nous ne lui enverrons pas, parce qu'elle le trouverait parti de Cahors, ou il est et d'où il doit revenir à Paris, pour être ici, Dieu aidant, vers Pâques.
Je loue Dieu de ce que vous êtes revenus de Vertueil (1), tous en bonne santé, et des grâces qu'il vous
Lettre 3096. - L. s. - British Museum, Egerton 19, f° 21, original.
1. Verteuil-sur-Charente, dans l'arrondissement de Ruffec (Charente).
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a faites en cette mission-là, et par vous aux habitants. Dieu fasse par sa grande miséricorde que la sainte semence que vous avez jetée dans les cœurs de la bonne et de la fausse religion porte du fruit au centuple pour le temps et pour l'éternité !
Nous avons une fois parlé à Madame la duchesse de Richelieu (2) de votre pavé ; de lui aller encore rebattre la même chose, ce serait l'importuner ; et puis que ferait-elle ? Il n'y a pas d'apparence qu'elle vous décharge de cette dépense, ni vous en fasse décharger. Tout ce que vous pouvez espérer est qu'on vous donne du temps pour la faire. Et ce temps-là, vous le pourrez obtenir, Dieu aidant, en vous adressant à M. le sénéchal (3) et aux autres officiers de la police, et vous offrant de faire paver à présent le plus pressé, savoir l'endroit qui est sur la rue, et les priant d'attendre, pour la partie plus éloignée de la rue et plus proche de votre jardin, jusqu'à ce que Dieu vous donne moyen de la faire payer. Si ; vous ne vous aidez vous-même de delà pour vous faire traiter doucement, il ne faut se promettre ni défense du parlement, parce qu'il les a refusées, ni aucune grâce d'ailleurs que de ceux qui vous demandent.
Outre le prêtre qui vous doit venir de Bretagne pour le séminaire, M. Barry vous doit envoyer un autre postulant du côté de Montauban (4), que vous recevrez, s'il vous plaît. Je saurai de M. Chiroye, qui fait sa retraite, si le diacre de Luçon qui postule est à recevoir ; et en ce cas, j'écrirai à M. Hennin qu'il le vous envoie.
Je penserai au frère coadjuteur que vous demandez,
3. Jean Drouin (1654-1668).
4. Gabriel Fugolles, frère coadjuteur, né à Fajolles (Tarn-et-Garonne), entré dans la congrégation de la Mission à Richelieu le 18 juillet 1660, reçu aux vœux au même lieu le 18 octobre 1664.
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et s'il s'en trouve céans un qui vous soit propre, dont nous puissions nous passer, nous vous l'enverrons. Je vous prie cependant de supporter le frère Servin et d'en tirer ce que vous pourrez. Je serais bien aise d'en décharger votre maison, si cela se pouvait sans en incommoder une autre.
Nous ne pouvons pas vous laisser M. Tholard, à cause du besoin que nous en avons ici. Je vous prie de nous le renvoyer incontinent après les fêtes de Pâques. Dites-lui que nous aurons une grande joie de le revoir et que je l'embrasse en esprit avec toutes les tendresses de mon cœur, comme je fais aussi toute la famille, particulièrement votre chère âme, que j'offre souvent à Dieu.
Plaise à sa bonté de bénir votre ordination ! Je suis consolé que vous ayez cette occasion de rendre quelque petit service au clergé et à tout le diocèse.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p d. l. M.
3097. - A JEAN D'ARANTHON D'ALEX,
éVêQUE DE GENèVE
Monseigneur,
Ayant appris la grâce que Dieu a faite à son Eglise d'inspirer à Son Altesse Royale le choix de votre personne pour l'évêché de Genève (1), j'en rends grâces à sa divine Majesté, qui a exaucé les souhaits de tant de
Lettre 3097. - Vie de Messire d'Aranthon d'Alex, p. 60.
1. Jean d'Aranthon d'Alex succédait à Charles-Auguste de Sales, mort le 8 février. Son biographe assure (op. cit., p. 19) que saint Vincent lui avait prédit son élévation.
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gens de bien qui vous ont demandé à Dieu pour remplir ce siège si considérable, et qui vous a prévenu de grâces convenables à ce divin emploi. Tout misérable que je suis, Monseigneur, depuis que j’ai eu le bonheur de vous voir, il m'est resté une idée de votre chère personne rapportante à celle que j'ai du bienheureux François de Sales, votre prédécesseur, de sorte qu'à peine je me suis ressouvenu de vous, Monseigneur, sans penser à ce grand saint. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est l'évêque des évêques et leur parfait exemplaire, qu'il vous donne son double esprit pour la sanctification de votre chère âme et le salut des peuples qu'il a destinés à votre conduite. C'est une bénédiction pour notre petite compagnie de se trouver parmi eux, et à moi, Monseigneur, de vous renouveler les offres de mon obéissance perpétuelle ; ce que je fais avec toutes les tendresses de mon cœur, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre très humble
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
3098. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
De Paris, ce 12 mars 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous vous avons remis, au mois de décembre der-
Lettre 3098. - L. s. - L'original de cette lettre est exposé dans une des salles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Paris, rue de Furstemberg, 6. Le post-scriptum est de la main du saint.
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nier, 189 livres par lettre de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon, et vous m'avez même mandé l'avoir reçue, pour l’envoyer en Alger à Edme Guillaume, qui est de Paris. Or j'ai vu dans la liste des esclaves rachetés par le Révérend Père Héron (1) que celui-là est du nombre et que par conséquent il ne faut pas envoyer cet argent en Alger. Mandez-moi si vous l'avez encore, car Madame Anne Guillaume, qui l'a fourni, prétend de le retirer, et a désiré que je vous prie de le garder jusqu'à nouvel ordre et de n’en rien donner à son frère, sous quelque prétexte que ce soit.
Le R. P. provincial de la Merci étant en volonté de satisfaire entièrement le consul d'Alger (2) de l'avanie de huit cents écus qu'il a soufferte au sujet d'un Père de ce saint Ordre qui, en l'année 1657, se déguisa en Alger pour faire quelque rédemption, a désiré que je vous prie de faire ce qui suit :
1° Stipulant pour moi, de recevoir du R. P. Antoine Audoire, commandeur de leur couvent de Marseille, faisant pour le R. P. Auvry, provincial de la Merci, la somme de ... (3), pour tout ce que le sieur Barreau, ou autres ayants cause pour lui, peuvent prétendre pour ladite avanie, laquelle étant de 2 400 livres, comme j'ai dit, et M. Le Vacher en ayant reçu 878 livres en déduction le 22e de mars 1659, il reste à payer 1 522 livres. Néanmoins ledit Père provincial ne parle que de 1 300 livres, ou pour ne savoir pas précisément ce qui reste, ou pour quelque raison que le Père Audoire vous dira. Vous tâcherez d'en tirer ce que vous pourrez jusqu'à ladite somme de 1 522 livres. Néanmoins il ne faudra pas entrer en débat pour peu de chose.
1. Jean Héron, mathurin, supérieur du couvent de Chateaubriant (Loire-Inférieure).
3. Le saint n'indique pas la somme.
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2° De faire barrer et canceller (4) l’acte dudit jour 22° de mars 1659 passé à Marseille chez Sossin, notaire, entre ledit R. P. Audoire et M. Le Vacher (5), portant quittance desdites 878 livres reçues à compte desdites 2 400 livres, dues et reconnues par ledit R. P. de la Merci.
3° Lorsque vous aurez reçu la somme restante, de faire savoir à notre frère Barreau et à moi comme ces bons Pères de la Merci auront satisfait à tout.
Je n'ai point reçu de vos lettres, ni de M. Get, par le dernier ordinaire, et néanmoins j'en ai reçu de M. Huguier. Je crains qu'il y ait quelque trouble à Marseille ; ce qu'à Dieu ne plaise (6) ! Si M. Get est avec vous, comme je crois, la présente sera, s'il vous plaît, commune entre vous et lui.
Je vous embrasse tous deux et toute la famille avec toute l'affection que je le puis.
Votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p .d .l .M
Si le bruit commun, qu'on aille faire niche à Alger pour retirer les esclaves, est vrai, je vous prie de m'en donner avis, pour, selon cela, disposer de l'argent des aumônes, et si M. Get est à Marseille.
Suscription : A Monsieur Monsieur Delespiney.
5. Philippe Le Vacher.
6. A la suite de violences commises par le peuple de Marseille sur la personne de La Gouvernelle, lieutenant des gardes du duc de Mercœur, celui-ci avait pris des mesures rigoureuses pour prévenir de nouveaux troubles et punir la ville : blocus du port, occupation militaire de la cité, destitution des consuls, désarmement des habitants, constitution d'une Chambre de justice pour informer contre les fauteurs de troubles, construction d'une citadelle. Le roi entra dans Marseille, le 2 mars, comme dans une ville conquise, à la tête de ses troupes et par un pan de mur abattu. Il en repartit le 8, laissant une garnison de 5 500 hommes. (cf. Augustin Fabre, op. cit., t. II, p. 290 et suiv.).
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3099. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINCENT
[mars 1660] (1)
Nous eûmes dans l’ordination dernière un gentilhomme espagnol, qui est du diocèse de Placentia, dont l'évêque (2) est présentement, en cette cour, ambassadeur extraordinaire du roi d’Espagne. Ce bon gentilhomme, ayant eu dessein de recevoir les saints ordres, vint avec une grande affection pour assister aux exercices ; mais, ayant entendu les entretiens et reconnu de quelle importance il était de ne se pas ingérer dans les ordres sacrés si on n'y était bien appelé de Dieu, et d'ailleurs ayant aussi considéré les grandes obligations que l’on contractait en recevant les saints ordres, il fut touché d'une grande crainte et ressentit beaucoup de difficulté à se résoudre de les embrasser, ce qu'il fit néanmoins enfin avec de très bonnes dispositions, dont la marque assurée a été le grand changement qui a paru en lui, aussi bien qu'en beaucoup d'autres, après l’ordination.
Au sortir des exercices, il en fit le récit à M. son évêque, qui a désiré nous parler, et, nous ayant fait avertir, nous avons été ce matin chez lui, où nous avons trouvé un prélat plein de zèle, qui a fait quantité de missions dans son diocèse, presque en la même manière que la compagnie, si ce n'est qu'il les fait un peu plus courtes. Il prêche, il confesse et fait lui-même le catéchisme ; mais cette invention de travailler à faire de bons ecclésiastiques le ravit. Il veut venir céans durant la prochaine ordination et demande si. lorsqu'il s'en retournera en Espagne, nous ne lui pourrons pas donner quelqu'un des nôtres, et toujours en attendant, il veut envoyer en son diocèse une instruction de ce que nous faisons en l'ordination, pour commencer à le faire pratiquer.
Lettre 3099. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 240.
1. Saint Vincent répondit à cette lettre le 2 avril.
2. Louis Crespi de Borja, prêtre de l'Oratoire, mort le 12 avril 1663.
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3100. - A LA SŒUR CHARLOTTE ROYER, SUPéRIEURE,
A RICHELIEU (1)
Paris, ce 16 de mars 1660.
Ma chère Sœur,
Il a plu à Dieu de disposer de Monsieur Portail, il y a environ un mois, et hier de Mademoiselle Le Gras. Ces nouvelles vous surprendront d'abord. J'espère que ; voyant le bon plaisir de Dieu là dedans, vous vous y conformerez et que vous ferez comme nos sœurs de deçà, qui ont édifié un chacun par la paix et l'union qu'elles ont [fait] (2) paraître en ces accidents. Faites-le donc, ma chère Sœur, et priez Dieu pour ces deux défunts ; appliquez, s'il vous plaît, vos premières communions à leur intention et à ce qu'il plaise à Dieu d'être lui-même la conduite de votre petite compagnie. Renouvelez, en cette occasion, le bon propos que vous avez fait en y entrant, d'y vivre et d'y mourir en vraies Filles de la Charité. Continuez pour cela vos bons exercices. L'on n'a rien changé au gouvernement ; les mêmes sœurs que notre défunte avait mises pour lui servir de conseil, sont continuées jusqu'à ce qu'on en élise une à la place de la même défunte, laquelle sera demain enterrée en l'église de Saint-Laurent, auprès de nos chères sœurs défuntes, et avec les mêmes cérémonies qu'on a observées aux enterrements de chacune d'icelles (3) seulement.
Lettre 3100. - L. s. - Dossier des Filles de la Charité, original.
1. Cette même lettre fut envoyée à Jeanne Lacroix, supérieure à Châteaudun, et probablement aux supérieures des autres maisons.
2. Mot omis dans l'original.
3. Le corps de Louise de Marillac fut déposé dans l'église Saint-Laurent, sous la chapelle de la Visitation, d'où il fut retiré en 1755 pour être porté dans la chapelle de la maison-mère. Il passa de là, rue des Maçons-Sorbonne pendant la révolution, rue du Vieux-Colombier sous le consulat, et sous la Restauration rue du Bac, où il est encore.
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Vivez donc en paix, en attendant que vous ayez de nos nouvelles, et donnez avis de ceci aux sœurs qui sont avec vous et aux environs, s'il y en a.
Je suis de toutes et de vous particulièrement, en l'amour de N.-S., ma Sœur, très affectionné frère et serviteur
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
suscription : A ma sœur la sœur Charlotte, Fille de la Charité, servante des pauvres malades de Richelieu, à Richelieu.
3101. - AU CHANOINE JEAN DE SAINT-MARTIN (1), A DAX
18 mars 1660.
Monsieur,
Je vous conjure, par toutes les grâces qu'il a plu à Dieu de vous faire, de me faire celle de m'envoyer cette misérable lettre qui fait mention de la Turquie ; je parle de celle que M. d'Agès (2) a trouvée parmi les papiers de M. son père. Je vous prie derechef, par les entrailles de Jésus-Christ Notre-Seigneur, de me faire au plus tôt la grâce que je vous demande (3)
Lettre 3101. - Collet, op. cit., t.I, p. 22.
1. Jean de Saint-Martin, docteur en théologie, secrétaire éppiscopal en 1640, chanoine en 1643, official de Dax en 1644 ; il vivait encore en 1672. Ce fut sur les mémoires de Jean de Saint-Martin qu'Abelly composa les premiers chapitres de la vie de saint Vincent.
2. M. de saint-Martin d'Agès, neveu du chanoine de Saint-Martin.
3. Collet écrit qu'à la suite de cette lettre, le chanoine de Saint-Martin aurait envoyé le précieux document à Jean Watebled, supérieur des Bons-Enfants. Il se trompe. L'original de la lettre sur la captivité était à Saint-Lazare depuis le mois d'août 1658. (Voir l'appendice 1).
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3102. - AUX SUPéRIEURES DES MAISONS DE LA VISITATION
DE PARIS, DE CHAILLOT ET DE SAINT-DENIS
18 mars 1660
Vincent de Paul prévient les quatre religieuses que ses infirmités l'obligent à donner sa démission de supérieur de leurs monastères. Il souhaite que son successeur répare les nombreuses fautes qu’il a lui-même commises depuis le jour où François de Sales lui a fait obtenir cet emploi (1)
3103. - A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR,
A VARSOVIE
De Paris, ce 19 mars 1660
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La dernière que j'ai reçue de vous est du 30 janvier ; il y a 13 ou 14 jours que je l'ai reçue. Elle est au sujet de nos deux frères polonais (1), lesquels vous n'êtes pas d'avis que nous envoyions de delà, que premièrement ils n'aient fait les vœux et ne soient tout à fait formés à nos fonctions. Je pense que vous avez raison. Nous les observerons pendant leur séminaire, et puis nous verrons ; cependant nous attendons leurs extraits baptistaires, que vous nous faites espérer.
Dieu bénisse, s'il lui plaît, les armes du roi contre les Moscovites et le traité de paix avec les Suédois ! C'est la prière que nous lui faisons tous.
Lettre 3102. - Collet, op. cit., t. II, p. 76.
1. L'archevêché de Paris refusa cette démission.
Lettre 3103. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
1. Nicolas Blotowski, né à Jardowska, diocèse de Posen, le 31 mars 1631, entré dans la congrégation de la Mission le 14 mai 1659, reçu aux vœux le 22 mai 1661 ; et Charles Blotowski, né à Iosdowa, diocèse de Posen, le 23 octobre 1635, entré dans la congrégation de la Mission le 16 novembre 1659, reçu aux vœux le 21 mai 1661. Tous deux étaient clercs.
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Voici une lettre pour M. Duperroy, que j'embrasse très cordialement, et une autre pour la sœur Marguerite qui affligera ces pauvres Filles de la Charité. Il a plu à Dieu de disposer de Mademoiselle Le Gras. Je vous prie de les préparer à cette fâcheuse nouvelle et de les aider à porter la peine de cette perte. Je recommande à vos prières l'âme de cette défunte et la mienne aussi, qui chérit tendrement la vôtre. Nous n'avons autre chose de nouveau.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page :. M Desdames.
3104. - A LA SŒUR NICOLE HARAN
De Paris, ce 20 de mars 1660.
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous ai annoncé par le dernier ordinaire une triste nouvelle, à savoir la perte que nous avons faite de Mademoiselle Le Gras. Il en faut louer Dieu et espérer qu'il vous tiendra lieu de père et de mère.
J'ai vu la dernière lettre que vous avez écrite à la défunte, où vous demandez deux sœurs. Il est bien juste de vous secourir, et nous tâcherons de le faire, Dieu aidant, au plus tôt. Il est vrai que Messieurs les pères ont demandé une fille et se défendent de deux, disant
2. Marguerite Moreau.
Lettre 3104. - L. s. - Original à Amiens, chez M. le curé de sainte-Anne.
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que l'hôpital est trop pauvre. Nous tâcherons de leur faire trouver bon qu'on vous en envoie deux et qu'ils ne vous donnent point des femmes de la ville pour vous aider, puisque cela est contre ce qui a été convenu et qu'elles vous sont plutôt à charge qu'à soulagement. Nous n'avons pas encore eu le temps de nous reconnaître depuis notre affliction pour penser aux besoins de votre petite compagnie. Je vous prie de nous donner un peu de loisir pour remédier aux vôtres, et de faire cependant comme vous pourrez. Si vous travaillez et souffrez avec patience, vos œuvres seront parfaites, à ce que dit un apôtre. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne cette vertu et qu'il vous fortifie en vos accablements.
Je salue toutes nos sœurs et je me recommande à leurs prières et aux vôtres.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, ma chère Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Nicole Haran, Fille de la Charité, servante des pauvres malades de l'hôpital de Nantes, à Nantes.
3105. - A LOUIS DUPONT, SUPéRIEUR, A TRéGUIER
Du 24 mars 1660.
Ce qui m'afflige supra modum est que la charité semble lésée en votre maison ; je veux croire pourtant que cette lésion n'est pas dans les cœurs, mais seulement en l'extérieur. Je vous prie, Monsieur, de me mander ce
Lettre 3105. - Reg. 2, p. 193.
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qui en est, et de faire, de votre côté, tout ce qui se pourra pour la réunion des esprits et d'en être vous-même comme le ciment. Je prie à cet effet le Saint-Esprit, qui n'est qu’amour et qui est le sacré lien du Père et du Fils, qu'il soit l'âme de votre conduite et la suavité de vos paroles et de vos actions.
3106. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR , A ROME ,
A SAINT VINCENT
[Mars 1660] (1) ]
Les ordinands que nous eûmes au commencement du carême et ceux que nous avons présentement sont si exacts à tous les exercices et les font avec tant de dévotion, que nous en sommes étonnés. Je puis dire que, pour ce qui regarde la modestie et le silence. il me semble qu'il n’y a rien ou bien peu à désirer davantage ; et par cela Notre-Seigneur veut nous faire connaître sensiblement que c'est lui seul, qui est l'auteur de tous ces biens-là.
3107. - A MICHEL CASET, SUPéRIEUR, A TOUL
Samedi saint (1) 1660.
Mademoiselle Le Gras décéda le 15 de ce mois. Je recommande son âme à vos prières, quoique peut-être elle n'ait pas besoin de ce secours, car nous avons grand sujet de croire qu'elle jouit maintenant de la gloire promise à ceux qui servent Dieu et les pauvres de la manière qu'elle a fait.
Lettre 3106. - Abelly, op. cit., l. II, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 240.
1. La retraite d'ordination dont parle cette lettre semble être la seconde du carême ; lapremière se donnait le 16 février.
Lettre 3107. - Collet, op. cit., t. II, p. 76, en note.
1. 27 mars.
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3108. - A MADAME MARIE GIRARDIN, A TROYES
Paris, la veille de Pâques, 27 mars 1660
Madame,
M. Dupuich m'ayant fait savoir que vous avez encore donné huit cents livres à rente viagère à notre pauvre maison de Troyes, et que vous vous contentez de quarante livres chaque année pour cette rente, je me trouve obligé, Madame, de vous faire un très humble remerciement de cette grande charité, comme je fais avec toute l'humilité et la reconnaissance qui me sont possibles. Mais, comme je ne suis pas digne de reconnaître un tel bienfait, je prie Notre-Seigneur, pour l'amour duquel vous nous le faites, qu'il en soit votre récompense. C'est une prière que nous serons toujours obligés de lui faire, et tout ensemble nous aurons l'obligation de vous servir quand il plaira à sa divine bonté de nous en donner les occasions. Pour mon particulier, Madame, je le ferai toute ma vie avec grande affection. Nous vous payerons aussi exactement votre rente pendant votre vie, laquelle je prie Dieu qu'il prolonge pour longues années. Je ratifie volontiers la promesse que M. Dupuich vous en a faite, et je consens que cette lettre y soit jointe pour votre sûreté et même, Madame, si vous en désirez une déclaration plus authentique, je la vous enverrai. Une bonté si effective que la vôtre me fait souhaiter de vous complaire et de vous obéir en toutes choses, étant, comme je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre...
Lettre 3108. - Pémartin, op. cit., t. IV, p. 554, l. 2023.
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3109. - A LA SŒUR JEANNE LACROIX, SUPéRIEURE,
A CHATEAUDUN
Paris, la veille de Pâques (1) 1660
Ma chère Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
On nous a envoyé du Mans quatre louis d'or pour vous, provenant d'une rente de quatre années, avec une copie du contrat de constitution ; je le, ai fait mettre entre les mains de notre sœur Jeanne Gressier (2), à qui vous ferez savoir ce que vous voulez qu'elle en fasse ; et à moi vous m'enverrez la quittance, écrite et signée de votre main, conformément au modèle que je vous envoie, pour l'envoyer à notre frère Jean Proust (3) au Mans, lequel a donné une quittance à ceux qui lui ont donné cet argent, afin que, leur donnant la vôtre, il retire la sienne.
Je vous ai écrit, ces jours passés, sur la perte que nous avons faite de Mademoiselle Le Gras. La petite compagnie continue de bien aller, Dieu merci. Les sœurs de deçà sont bien soumises au bon plaisir de Dieu en cette fâcheuse séparation, et elles sont pleines de confiance à Notre-Seigneur, qui leur tiendra lieu de père et de mère, et là-dessus s'affectionnent à leur vocation, à leurs emplois et à la pratique des vertus ; en quoi elles édifient un chacun. Je ne doute pas, ma chère Sœur, que vous et nos chères sœurs qui sont avec vous ne fassiez le même. Il y a sujet d'espérer que la chère
Lettre 3109. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 651. (Arch. des Filles de la Charité).
3. Procureur de la maison du Mans.
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défunte, qui est maintenant devant Dieu, vous obtiendra de sa bonté infinie un surcroît de grâces et de bénédictions, pour vous perfectionner de plus en plus.
Je suis...
3110. - A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du saint jour de Pâques (1)1660
Vous avez bien fait de garder le logis et d'envoyer M. Bréant en mission ; il est expédient que les missionnaires, qui ont divers emplois, passent de temps en temps de l'un à l'autre, pour se former à tous et n'en omettre aucun. Je loue Dieu de ce que, encore que votre inclination particulière soit pour les exercices de la campagne, vous ne laissez pas de contribuer à ceux de la maison et de procurer de tout votre pouvoir l'avancement du séminaire.
3111. - A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 2 d’avril 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je ne vous écris que pour vous dire que j'ai reçu la vôtre du 22 février, qui ne requiert point d'autre réponse, et pour remercier Dieu, comme je fais, de votre bonne disposition et de celle de M. Duperroy. Je prie N.-S. qu'il vous continue ses bénédictions spirituelles et temporelles, et qu'en vous tenant toujours séparés des créatures visibles, vous viviez d'une vie toute nouvelle et toute divine en Jésus-Christ ressuscité. Demandez-lui
Lettre 3110. - Reg. 2, p. 36.