Correspondance (page 59)
1. 28 mars.
Lettre 3111. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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cette grâce pour nous tous, afin que nous soupirions et aspirions sans cesse après les choses d'en haut, et que nous y marchions par les œuvres de notre vocation, pour en attirer d'autres avec nous au ciel.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà. Chacun se porte assez bien, et tout va de même, grâces à Dieu, en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission, à Sainte-Croix, à Varsovie.
3112. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 2 avril 1660.
...Quant à ce bon prélat, ambassadeur du roi d'Espagne, il faut bénir Dieu des sentiments qu’il lui donne de cet emploi des ordinands, et du zèle qu'il a pour les missions. Mais, au nom de Dieu, Monsieur, ne faites aucune avance pour nous faire rechercher ; et quelque désir qu'il vous témoigne d'avoir de nos prêtres, ne lui en donnez pas l'espérance. Ne lui ôtez pas aussi cette affection, mais recevez ce qu'il vous en dira avec respect et remerciement, sans vous engager à favoriser son dessein. Ne lui donnez pas même les mémoires qu'il vous a demandés, que le plus tard que vous pourrez, car, s'il venait à se piquer d'avoir des missionnaires, nous serions fort empêchés de lui en fournir de bien propres pour ce royaume-là ; et d'ailleurs nous devons nous don-
Lettre 3112. - Reg. 2, p. 249.
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ner de garde de nous pousser par nous-mêmes aux lieux et aux emplois où nous ne sommes pas.
3113. - A LA SŒUR MATHURINE GUéRIN,
A LA FèRE
Paris, 3 avril 1660.
Ma chère Sœur,
J'ai reçu, ma chère Sœur, ce paquet de lettres de votre pays. J'en ai ouvert quelques-unes pour voir s'il n'y avait point quelque chose pressée.
Tout est en paix de deçà ; nos sœurs y sont à édification ; elles contentent les dames, grâces à Dieu, par l’union qui paraît entr'elles, par leurs soins et leur bonne conduite. Continuez à prier Dieu pour elles et pour moi, qui ne puis les voir, ni leur parler, à cause de mes mauvaises jambes, qui me font garder la chambre, quoique, à cela près, je me porte assez bien.
J'ai été consolé de votre lettre, voyant le bon usage que vous avez fait de notre perte commune, en vous appuyant sur Notre-Seigneur seul, en qui vous trouvez tout ce qu'il vous ôte et tout ce que vous pouvez désirer. Dieu soit loué, ma Sœur, de ce qu'il est l'unique fondement de votre espérance ! Aussi est-ce lui qui vous a appelée pour vivre de sa vie et pour entrer dans ses opérations par l'exercice de la charité. Ayez-le donc toujours en vue, ma Sœur, pour former vos œuvres sur ses intentions et tout votre intérieur sur ses exemples.
Vous me pouvez écrire les difficultés de vos emplois que vous dites m'avoir déjà proposées et n'en avoir pas reçu la résolution. Je tâcherai de vous donner la mienne, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur...
Lettre 3113. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 652. (Arch. des Filles de la Charité).
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3114. - A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR,
A RICHELIEU
Du 4 avril 1660.
]'ai reçu beaucoup de consolation de ce que vos ordinands se sont retirés contents et bien édifiés, et de la satisfaction que Monseigneur de Poitiers (1) vous en a témoignée. S'il désire que les exercices de l'ordination se fassent à Poitiers, et même le séminaire, il pensera, s'il lui plaît, aux moyens.
Vous auriez bien fait de ne vous engager pas à vous entremettre pour avoir le collège de Picariaux, parce qu'il ne convient pas que nous en fassions les avances : cette petite compagnie a pour maxime de ne pas rechercher aucun établissement et de ne pas y contribuer, afin de ne nous pas introduire nous-mêmes et que ce soit sa providence qui nous mette aux lieux où nous sommes ; et en effet nous sommes dans cette pratique.
3115. - MADAME LE VAYER (1) A SAINT VINCENT
Ce 10 avril 1660.
Vive Jésus !
Monsieur,
Comme je sais que vous aimez à exercer votre charité, aussi je prends la liberté de vous donner l'occasion d'en produire un grand effet en mettent en repos le conscience d'une personne de qualité, qui se soumet entièrement à votre sentiment, que je vous supplie de donner sur une difficulté qui lui fait peine, pour laquelle concevoir vous aurez la bonté et la patience
Lettre 3114. - Reg. 2, p. 55.
1. Gilbert de Clerambault de Palluau (1659-1680).
Lettre 3115. - L. s. - Dossier de Turin, original.
1. Renée Le Boindre, veuve de René Le Vayer, lieutenant général du Mans, maître des requêtes d'Anne d'Autriche.
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d'entendre le rapport que je vous en désire faire selon que j'en ai la connaissance et suivant l’instruction que j'en ai reçue. C'est donc une dame considérable pour sa naissance et qui est en estime de vertu et piété, âgée de trente-neuf ans, veuve depuis dix ou onze ans, qui a quitté les compagnies du monde pour s'employer aux exercices de charité et de piété ; en quoi elle est exemplaire à tout le pays. Elle s'est même retirée de la compagnie de Messieurs ses parents, qu'elle ne voit que rarement. .Sa plus grande consolation depuis six à sept ans est d'un confesseur et directeur, âgé de trente et cinq ans, sous lequel elle a profité et duquel elle a conçu une grande estime pour sa vertu et mérites, par ce qu'il est homme fort retiré du monde, beaucoup spirituel, savent et de bon exemple et qui vit conformément à son état ecclésiastique, autant qu'on peut le décrire, qui a un grand soin de sa conscience, qui ne lui souffre aucune imperfection et la conduit toujours par ce qui est le plus parfait, et de plus veille sur la conduite de ses enfants, dont l'aîné demeure chez lui, avec grand profit pour la science et pour les mœurs Tout ce qui est la cause qu'elle aime fort tendrement ce directeur et qu'elle a une grande confiance en lui.
Ce qui lui fait peine est qu'elle craint que cette amitié si tendre et qui est réciproque ne blesse sa conscience et n'empêche sa perfection, par ce qu'elle y remarque quelque chose de trop libre depuis un an... (2) Cela lui fait de la peine d'aimer une personne si tendrement ; et de plus, c'est qu'elle a fait souvent des résolutions de se corriger de ces faiblesses, sur le reproche de sa conscience et cependant elle n'a pas été fidèle à fuir les occasions, ou à se retenir dans le particulier de la conversation, quoique pourtant elle ne sent point la passion violente, mais seulement une simple inclination à le voir et s'entretenir avec lui.
Elle a parlé de cela à un prédicateur à ces Pâques. Il lui a conseillé de quitter son directeur, croyant que Dieu demandait cela d'elle. Elle ne sait ce qu'elle doit faire. Son directeur lui promet de ne jamais la toucher et de la conduire avec plus de fermeté. Elle craint sa propre faiblesse, connaissent qu'elle a manqué à ses résolutions. Son directeur lui dit pour l'assurer, que le prédicateur n'y a pas trouvé de péché et qu'il connaît sa simplicité et sincérité et qu'elle ne craigne point pour l'avenir, par ce qu’il est résolu et lui promet de ne
2. Les détails qui suivent ces mots sur l'original sont d'ordre trop délicat pour que nous les insérions ici.
On peut lire le passage manquant à la fin de ce tome VIII. Ce complément, provenant de l’original de Turin, est dû au Père Roberto LAVERA Prêtre de la Mission à Turin. mai 1999 (Cl. L.)
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lui parler qu’en l'église, ou en présence de personnes ; que s’il arrive autrement, elle le quittera. il lui remontre qu'il lui est utile de demeurer dans la même conduite, parce qu’un autre ne connaîtra que difficilement l'état de sa conscience. Elle voit bien, ou il lui semble qu'il lui est utile en beaucoup de choses de ne changer pas de conduite, ne connaissent aucune personne qui lui fût propre ; et elle craint, et avec raison, d'être à elle-même.
Pour ce qui est de son directeur, elle sait qu’il est homme très pur, qu'il n'a jamais voulu confesser ni diriger une femme en laquelle il avait remarqué une attache mauvaise à sa personne. De plus, elle n'a jamais rien remarqué, soit au confessionnal, soit dehors, qui ne soit saint et d'un conseil qui tend au plus parfait (et de plus, pour ce qui est de la confession, elle n'a jamais ressenti d'émotion des sens ni tendresse, n'ayant vue que de se confesser qu'à Dieu en sa personne).
Néanmoins, ce que le prédicateur lui a dit et conseillé la retient en scrupule ; quoiqu’elle ait quelque peu de défiance du coté du conseil, perce qu'il n'a pas dit la même chose, ni donné le même avis à son directeur, qui le priait instamment de lui dire son sentiment pour le suivre et en profiter de son coté ; car il est, comme elle croit, ,homme simple et droit, et qui désire suivre le bien, et qui a, en ce rencontre de véritables sentiments de douter de sa faiblesse et qui désire avec affection d'y apporter remède, car il aime Dieu et le cherche, et il n'y a point de malice. Il est à remarquer qu'il connaît le naturel de cette dame, lequel est un peu fort et qui tend à la dureté et l'insensibilité, lequel défaut est un obstacle au bien qu'elle peut faire. Il lui a laissé ses tendresses pour amollir cette dureté, et ce d'autant plus librement qu'il en connaît l'innocence et la simplicité.
Voilà, Monsieur, le sujet que j'ai âme donner l'honneur de vous écrire, pour vous supplier très humblement de faire la charité à cette dame de lui mettre la conscience en repos, en mandant votre sentiment, auquel elle désire s'arrêter, et se soumet avec confiance, pour l'estime qu'elle a de votre vertu.
Si votre jugement porte qu'elle doit prendre une autre personne pour la conduire, j'ai, en ce cas, encore une demande à vous faire, et à vous faire remarquer que ce directeur est curé de le paroisse où demeure cette dame et qu'il conduit plusieurs personnes de sa paroisse, où il y a personnes de qualité. Il fait même beaucoup de fruit au confessionnal, de sorte qu’elle craint que, comme elle est des plus considérables, elle fasse tort è se réputation et indispose les autres à
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recevoir le bien de se conduite et n’oblige a faire quelque jugement au préjudice de son innocence.
Elle vous demande donc, Monsieur, si elle peut aller quelquefois à confesse à lui de temps en temps, afin d'ôter toute occasion de parler. Elle attendra donc la résolution que vous lui donnerez, avec patience, vous suppliant, Monsieur, très humblement de ne la négliger pas.
Je vous demande pardon de vous obliger à lire une si longue lettre ; mais je juge que cette personne n'eut pas été en repos si je ne vous eusse dit le particulier de sa peine. Derechef je vous prie de me pardonner, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et croire que je suis avec tout respect, Monsieur votre très humble et très obéissante et obligée servante.
R. LE BOINDRE,
veuve de feu
M . le lieutenant général du Mans.
Si vous me faites l'honneur de m'écrire, comme je vous en supplie derechef, vous me ferez le grâce de me faire tenir votre lettre par les Pères de la Mission et leur recommander que le lettre me soit rendue sûrement.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, supérieur général des Prêtres de le Mission, à St-Lazare, à Paris.
3116. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
16 avril 1660.
Nous devons recevoir les avis de Monseigneur le cardinal Durazzo comme des ordres du ciel, et faire, sans hésiter, tout ce qu'il commande. La bienveillance dont il honore la compagnie est une grande bénédiction pour elle, par laquelle Dieu nous fait souvent ressentir les effets de son adorable bonté. Mais ce que j'admire le plus et dont je ne puis assez remercier Notre-Seigneur, ni ce saint cardinal, est qu'il daigne entrer dans le particulier de nos petites affaires et prendre part aux moindres choses comme aux plus importantes.
Lettre 3116. - Reg. 2, p. 253.
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3117. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINCENT
[Avril ou mai 1660] (1)
Pour M. l'évêque de Placentia, ambassadeur d'Espagne (2), Dieu nous a fait la grâce, selon votre désir, Monsieur, de ne point retourner chez lui depuis qu'il nous fit prier d'y aller pour avoir les mémoires de l'ordination. Et selon votre ordre, nous ne ferons rien en cela, ni en aucune autre chose, Dieu aidant, pour chercher de l’emploi, ou pour nous pousser de nous-mêmes, et même, si on nous en pressait, nous remettrions toujours le tout à votre réponse et résolution, comme nous ne pouvons point faire autrement.
3118. - A GABRIEL DELESPINEY, PRêTRE DE LA MISSION,
A MARSEILLE
30 avril 1660.
Peu à peu on vient à bout de tout, et rien ne doit rebuter un ouvrier évangélique de l'exercice des vertus propres à son état et de la prétention d'avancer en tout et partout la gloire de son maître.
3119. - A LA SŒUR MATHURINE GUéRIN,
FILLE DE LA CHARITé, A LA FèRE
1er mai 1660.
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous prie, la présente reçue, de vous disposer à
Lettre 3117. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 241.
2. Louis Crespi de Borja.
Lettre 3118. - Manuscrit de Marseille.
Lettre 3119. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 499. (Arch. des Filles de la Charité).
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vous en venir par le premier coche ; il se présente un établissement considérable à faire en Bretagne (1), pour lequel nous avons besoin de vous. Donnez les avis que vous jugerez à propos à notre sœur qui est avec vous, afin qu'elle soutienne les choses, en attendant que nous lui ayons envoyé une compagne ; ce qui se fera bientôt après votre arrivée, Dieu aidant. Recommandez-moi bien à ses prières, comme je me recommande aux vôtres. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous continue sa protection et ses grâces.
Je suis...
3120. - A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR,
A RICHELIEU
De Paris, ce 2 mai 1660
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu trois ou quatre de vos lettres, dont la dernière est du 21 avril. Je suis bien aise que vous ayez reçu le frère Labeille (1) et qu'il soit disposé à bien faire Dieu lui en fasse la grâce !
Pour notre frère Servin, si vous avez occasion de l'envoyer à Saint-Méen, à la bonne heure, faites-le ; mais avertissez-le auparavant qu'il se corrige de tels et tels défauts que vous avez remarqués en lui, qu'il en demande la grâce à Dieu et qu'il y fasse attention.
Dieu soit loué de ce que vous avez reçu au séminaire M. Lorfebvre (2) et le clerc hibernois adressé par M. Barry
1. L'hôpital de Belle-isle.
Lettre 3120. - L. s. - Dossier de Turin, original.
1. Philippe Labeille, frère coadjuteur, né à Luçon, entré dans la congrégation de la Mission le 30 mars 1644 à l'âge de vingt-cinq ans, reçu aux vœux le 27 mai 1647.
2. Ce nom ne se trouve pas dans le catalogue du personnel.
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et de ce que tous deux se prennent de la bonne façon aux exercices du séminaire !
Nous avons plus de frères qu'il ne nous en faut, et ne pouvons recevoir pour le présent ce jeune apothicaire dont vous me parlez ; c'est pourquoi je vous prie de le remettre à un autre temps.
J'ai fait tenir votre lettre à M. Le Bret. Je ferai attention, Dieu aidant, à ce que M. Tholard m'a dit de votre part, et j'espère que vous en verrez les effets en peu de temps.
Nous suivrons votre avis au sujet des Filles de la Charité ; pour le moins nous en ferons venir deux et vous en enverrons une bientôt, Dieu aidant.
Nous sommes en la même peine que vous, d'avoir des prêtres au séminaire pour les dresser à la prédication. Nous n'en avons qu'un, qui n'est pas propre à cela.
J'ai fait tenir à M. Serre la lettre que vous lui avez écrite, et non pas à M. Duporzo celle que M. de Lestang (3) lui a adressée. Je l'ai retenue, parce qu'elle le persuade d'entrer en la compagnie et que nous avons une maxime contraire, qui est de ne solliciter jamais personne d'embrasser notre état. Il n'appartient qu'à Dieu de choisir ceux qu'il y veut appeler, et nous sommes assurés qu'un missionnaire donné de sa main paternelle fera lui seul plus de bien que beaucoup d'autres qui n'auraient pas une pure vocation. C'est à nous à le prier qu'il envoie de bons ouvriers en sa moisson et à vivre si bien que nous leur donnions par nos exemples plutôt de l'attrait que du dégoût pour travailler avec nous.
3. Jean de Lestang, né au diocèse de Poitiers le 28 octobre 1632, entré prêtre dans la congrégation de la Mission à Richelieu le 24 juin 1658, reçu aux vœux le 10 juillet 1660.
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Je suis, en l'amour de N.-S. ., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. de Beaumont.
3121. - THOMAS BERTHE,PRêTRE DE LA MISSION,
A SAINT VINCENT
[ Chambéry, 4 mai 1660]
Je vous ai mandé la maladie et le danger où était M. de Chandenier, abbé de Tournus ; maintenant je vous dirai, Monsieur, qu'il a plu à Dieu de l’appeler à soi hier troisième de mai, sur les cinq heures du soir (1) Il a fait une fin semblable à sa vie, je veux dire toute sainte. Je vous en manderai une autre fois les particularités, étant trop occupé à présent. Je vous dirai seulement, Monsieur, qu'il, m'a tant pressé, et plusieurs fois en différents jours, de le recevoir au nombre des missionnaires et de lui donner la consolation de mourir comme membre du corps de la congrégation de la Mission, en laquelle il avait dessein d'entrer, que je n'ai pu lui refuser cela, ni de lui donner la soutane de missionnaire laquelle il reçut en présence de M l'abbé de .Moutiers-Saint-Jean, son frère
3122. - A LOUIS RIVET, SUPéRIEUR, A SAINTES
Du 9 de mai 1660.
Vous êtes en peine de ce que vous avez à faire et à dire en cas que le roi aille chez vous. Je ne pense pas que cet honneur vous arrive (1) ; néanmoins vous pourrez
Lettre 3121. - Abelly, op. cit., l. 1, chap. XLIX, 1re éd., p. 241.
1. Louis de Chandenier avait commis l'imprudence de quitter Rome malgré les frissons de la fièvre. Les fatigues du voyage l'achevèrent.
Lettre 3122. - Reg. 2, p. 115.
1. Saintes reçut la visite, non du roi, mais de sa jeune épouse.
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savoir de M. de Saint-Jean, chapelain ordinaire de la reine-mère, qui est de nos bons amis, ou de quelqu'un des aumôniers du roi qui vont devant Sa Majesté et qui arriveront à Saintes avant elle, la manière dont on a coutume de la recevoir en une maison particulière comme la vôtre, où l'on ne fait point de harangue, ce me semble. Toutefois, si on vous conseille de lui en faire, je vous envoie une copie du projet de celle que j'envoie à Richelieu, où la cour pourra passer et aller à la paroisse, laquelle étant desservie par nos prêtres, ils seront par conséquent obligés d'accueillir Leurs Majestés avec cérémonie et de leur parler. Vous pourrez prendre sur ce modèle ce qui vous pourra convenir et tâcher de dire courtement et posément ce que vous direz.
Nous avons céans plusieurs prélats et beaucoup de monde à l'occasion de Monseigneur de Chalon-sur-Saône (2) qui a été sacré ce matin dans notre église, où Monseigneur d'Oléron (3) le fut aussi dernièrement.
3123. - A CLAUDE LE PELLETIER (1)
[En 1655 ou après] (2)
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
3. Arnaud-François de Maytie (1659-1682).
Lettre 3123. - Reg. 1, f° 7, copie prise sur l'original autographe.
1. Claude Le Pelletier, né à Paris en 1630, prévôt des marchands en 1668, conseiller d'Etat, puis successeur de Colbert au ministère des finances, surintendant des postes en 1691, mort à Paris le 10 août 1711. (cf. Claudii Peleteri... vita, par Jean Boivin, Paris, 1716, in-4°) Il vit souvent saint Vincent au Louvre, admira sa prudence, constata l'estime dont il jouissait à la Cour et en rendit un témoignage flatteur devant le tribunal chargé de faire l'enquête canonique pour le procès de béatification.
2. Voir note 3.
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Je rougis de honte de ce qu'il y a deux ans que vous avez commandé qu'on reçût une pauvre vieille femme dans le petit hôpital du Nom-de-Jésus (3). Je suis si misérable que je l'ai oublié. Je vous en demande pardon, et cela très humblement et avec toute l'affection que je le puis. La place qui vaque à présent est par la mort d'un homme que M. l'abbé Brisacier y avait mis au sujet d'une fondation qu'un de Messieurs ses frères avait faite de l'entretien de six personnes pauvres et que mondit sieur abbé avait eu pensée de faire dans ce petit hôpital ; mais le fondateur d'icelui ne l'a pas trouvé bon et m'a commandé de nous défaire de ces personnes-là ; et j'ai charge de lui en donner avis et de lui dire qu'il retire les trois autres pauvres qui restent. Selon cela, il ne reste point de place ; mais je vous prie, avec toutes les affections de mon cœur, de ne laisser pas de nous envoyer cette bonne femme. Et n'importe de dire qu'elle sera surnuméraire ; il vaquera bientôt une place ; nous lui donnerons, et cela de bon cœur. Je vous supplie donc, Monsieur, de l'envoyer au plus tôt et de croire que je suis, en l'amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble serviteur et très obéissant.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3124. - EDME JOLLY SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINCENT
Mai 1960
Je crois devoir vous donner avis, Monsieur de quelque
3. Fondé au mois de mars de l'année 1653.
Lettre 3124. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 242.
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opposition qui s’est faite depuis peu de temps à la continuation des exercices de l'ordination. Premièrement il y a quelque temps que monsieur le cardinal vicaire me fit l'honneur de me dire qu'une autre communauté avait demandé de faire ces exercices et qu'on lui envoyât les ordinands, et non point è nous ce que Son Eminence leur avait absolument refusé J'avais déjà été averti par quelqu'autre personne de cette sollicitation, qui m'avait aussi déclaré quelle était cette communauté. En second lieu on m'a encore donné avis que dans le dernier examen qui se fit pour les ordres sacrés, le Révérend Père... avait dit que puisqu'il se présentait quantité de personnes de condition pour recevoir les ordres à Rome, l'on ne pouvait pas continuer à les obliger d'aller aux exercices de la .Mission et qu'on en parlerait au Pape. Or j'ai su qu'on lui en a parlé et qu’on a fait ce qu'on a pu pour lui persuader de ne plus obliger les ordinands à venir céans, et que Sa Sainteté, qui était fort bien informée de ce qui se faisait dans les exercices des ordinands, n’avait point voulu avoir égard à toutes ces remontrances et était demeurée ferme dans ses premières résolutions. Voilà, .Monsieur, comme nous avons la grâce de dépendre visiblement de la protection de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère
3125. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 14 mai 1660.
C'est bien fait de n'aller pas au devant des emplois. Il est plus séant à notre chétiveté de les attendre que de les prévenir, et le zèle discret n'est pas contraire à cette retenue.
3126. - AUX SUPéRIEURS
1660.
Je vous prie de faire faire un recueil en votre maison, si on ne l'a déjà fait, de toutes les missions qui s'y
Lettre 3125. - Reg. 2, p. 60.
Lettre 3126. - Arch. de la Mission, recueil des circulaires.
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feront à l'avenir, et même de celles qui se sont faites, remarquant les circonstances suivantes le mieux qu'il sera possible : 1° combien on a fait de missions en votre maison depuis son établissement ; 2° le mois et l'année qu'elle s'est faite ; 3° le lieu et diocèse de chaque mission et si vous en avez d'obligation et de fondation ; 4° combien ledit lieu est distant de la ville où est établie votre maison ; 5° combien il y avait de communiants ; 6° combien d'ouvriers et qui en avait la direction ; 7° combien elle a duré de temps à faire ; 8° si elle a bien ou mal réussi, et pourquoi ; 9° en quel temps il vaut mieux la faire ; 10° si la Charité y est établie ; 11° s'il y a des hérétiques ; 12° quels sont les lieux les plus abandonnés et qui ont plus besoin de mission en votre diocèse et aux environs ; et autres circonstances considérables.
Ceci se doit entendre principalement pour l'avenir, marquant exactement tout ce que dessus au retour de chaque mission. Et pour le passé, si, après une diligence morale de quelque temps, on ne peut pas ramasser tout, on ne laissera pas de l'écrire comme on pourra. Pour mieux apprendre les missions qui se sont faites par le passé, on n'a qu'à voir le registre de la dépense de la maison et autres, et consulter, tant dedans que dehors la compagnie, ceux qui en pourraient avoir connaissance. Avec un peu de soin on pourra facilement venir à bout de cette entreprise, quand bien elle aurait été entièrement négligée. Devant que de réduire celles du passé en un livre à ce destiné, il est à propos de les ramasser en un papier brouillon pour quelque temps, jusqu'à ce qu'on l'ait mis en meilleur ordre qu'an aura pu ; et même il sera à propos de laisser une grande marge au grand registre, pour y pouvoir écrire quelque chose, selon le besoin.
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3127. - A PIERRE DE BEAUMONT, SUPéRIEUR,
A RICHELIEU
Du 19 mai 1660.
Je ne vous envoie point la copie collationnée des privilèges pour l'exemption des tailles, parce que je doute si vous pourriez vous en servir, outre que je ne suis nullement d'avis que vous fassiez valoir les terres par vos mains, parce que cela n'est pas notre fait ; au lieu d'y gagner, vous y perdriez, faute d'avoir des frères bien entendus, vigilants et ménagers et qui mettent la main à l'œuvre. Nous le savons par expérience, nous perdons à faire valoir les terres de céans et quelque autre ferme, quoique nous y ayons des frères assez propres ; et si nous n'y étions pas engagés, nous ne l'entreprendrions pas. C'est pourquoi vous ferez bien de chercher des fermiers et de ne vous embarrasser pas de l'attirail et des soins du labour.
3128. - A GABRIEL DELESPINEY,
PRêTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE
21 mai 1660.
Je vous prie de vous souvenir que le dégoût et le découragement sont des produits de la pauvre nature, que l'on porte partout où l'on va, qu'il faut s'abandonner à l'esprit de N.-S. pour se supporter soi-même et pour vaincre sa timidité, sa paresse et les autres infirmités. Je prie cet esprit saint et sanctifiant de vous animer de sa force et de vous combler de ses bénédictions.
Lettre 3127. - Reg. 2, p. 189.
Lettre 3128. - Manuscrit de Marseille.
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3129. - A N ***
Parlant de la douleur de Claude de Chandenier, auquel la mort venait d'enlever son frère Louis, Vincent de Paul dit :
...Il est inconsolable de la perte qu'il a faite, et nous en sommes tous abattus. La volonté de Dieu est néanmoins au-dessus des sentiments de sa douleur et de notre affliction.
3130. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINCENT
[1660] (1)
Quelques-uns de Messieurs les cardinaux et autres prélats sont venus entendre les entretiens, et entre les ordinands il y a diverses personnes de qualité et de mérite, et entre autres un chanoine de Saint-Jean-de-Latran, neveu de M. le cardinal Mancini (2), et un autre de Saint-Pierre, nommé le comte Marescotti, et autres personnes de marque, le Pape tenant ferme et ne voulant exempter aucun d'assister à ces exercices.
Lettre 3129. - Collet, op. cit., t. II, p. 79.
Lettre 3130. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 240.
1. Voir note 2.
2. François-Marie Mancini, nommé cardinal le 5 avril 1660, mort à Rome le 18 juin 1672. Son frère aîné avait épousé une sœur de Mazarin.
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3131. - A LA SŒUR MATHURINE GUéRIN,
SUPéRIEURE A LA FèRE
Paris, du 22 mai 1660.
Ma chère Sœur,
Je n'ai pas fait réponse à vos lettres, parce que j'espérais que vous viendriez, et je ne vous ai pas pressé de partir, parce que je ne savais pas si vous étiez en état de faire le voyage. Dieu soit loué de ce que par votre dernière vous me mandez que oui ! Je suis consolé de votre disposition présente ; venez-vous-en donc, ma Sœur, par la première commodité. Dites, s'il vous plaît, à ma sœur qui est avec vous que je la prie de soutenir les choses le mieux qu'elle pourra, en attendant une autre sœur, que nous lui enverrons bientôt, Dieu aidant. Nous tâcherons de la choisir telle que vous marquez qu'il la faut. Il n'est pas besoin que vous passiez par Saint-Quentin ; venez droit ici. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous y conduise heureusement et qu'il soit l'objet de vos pensées et la règle de vos actions.
Je me recommande...
3132. - A LA SŒUR MARGUERITE CHéTIF, SUPéRIEURE
A ARRAS
24 mai 1660
Ma chère Sœur,
Mes incommodités et mes embarras ordinaires vous demandent excuse pour moi de ce que je ne vous ai pas fait réponse plus tôt. Celle que vous ferez à cette bonne
Lettre 3131. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 499. (Arch. des Filles de la Charité).
Lettre 3132. - Conférences spirituelles tenues pour les Filles de la Charité par saint Vincent de Paul, t. 1, p. 639, letttre 10.
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fille (1) qui, pour entrer en votre compagnie, veut être assurée pour sa vie, est de lui dire que cela ne se peut, qu'on n'a pas encore donné cette assurance à pas une et qu'on ne la donnera à aucune de celles qui y entreront, de crainte que, se relâchant aux exercices, elles deviennent scandaleuses et se rendent indignes de la grâce de leur vocation ; car, quand ce malheur arrive à quelque esprit mal fait, n'est-il pas raisonnable de retrancher ce membre gangrené, afin qu'il ne vienne à gâter les autres? Vous savez néanmoins, ma Sœur, que l'on ne met personne dehors que fort rarement, et seulement pour de grièves fautes, et jamais pour des manquements communs, ni même extraordinaires, s'ils ne sont fréquents et notables ; encore ne le fait-on que le plus tard qu'on peut et après avoir longtemps supporté les chutes d'une telle personne et employé vainement les remèdes propres à sa correction. On use surtout de cette charité envers celles qui ne sont pas tout à fait nouvelles, et encore plus envers les anciennes, de sorte que, s'il en sort plusieurs, c'est que ce sont elles-mêmes qui s'en vont, ou par légèreté d'esprit, ou parce qu'ayant été lâches et tièdes au service de Dieu, Dieu même les vomit et les rejette avant que les supérieurs pensent à les renvoyer.
De dire que celles qui sont fidèles à Dieu et soumises à la sainte obéissance sortent de la compagnie, c'est ce qui n'arrive pas, grâce à Dieu, ni à l'égard de celles qui se portent bien, ni envers celles qui sont infirmes ; on fait ce qu'on peut pour les conserver toutes, et on prend tous les soins possibles des unes et des autres
1. Jeanne de Buire, née à Arras en février 1636, reçue chez les Filles de la Charité le 16 juin 1660, morte le 8 août 1686, après avoir donné l'exemple des plus belles vertus. (cf. Circulaires des supérieurs généraux et des sœurs supérieures aux Filles de la Charité et Remarques ou Notices sur les sœurs défuntes, t. II, p. 388.)
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jusqu'à la mort. Si donc cette bonne fille d'Arras veut se résoudre à entrer chez vous et y mourir, elle sera traitée de même avec grande bonté ; mais dites-lui, s'il vous plaît, que c'est à elle d'assurer sa vocation par des bonnes œuvres, selon le conseil de l'apôtre saint Pierre (2) ; et pour cela, elle se doit appuyer en Dieu seul et espérer de lui la grâce de la persévérance. Que si elle en veut être assurée de la part des hommes, il y a apparence qu'elle cherche autre chose que Dieu, il la faut laisser là et ne s'en plus mettre en peine.
Je ne doute pas, ma chère Sœur, que vous n’ayez été vivement touchée de la privation de votre chère mère. Mais Dieu soit béni ! Vous lui avez dit qu'il a bien fait de vous l'ôter et que vous ne voudriez pas qu'il en fût autrement. Vous n'avez pas encore une autre supérieure.
Nous avons nommé M. Dehorgny pour directeur en la place de feu M. Portail ; c'est le plus ancien de nos prêtres, des plus doux, des plus sages et des plus affectionnés à votre petit Institut.
La sœur Jeanne Gressier, qui assistait la chère défunte, continue son office d'assistante en la maison, et elle répond à celles du dehors. Il me semble que toutes sont contentes et que tout va bien, grâces à Dieu, à la ville et aux champs. Cependant vous avez pensé que tout était perdu ; mais, sa divine bonté ayant donné commencement et croissance à la Charité, il faut espérer qu'elle la maintiendra et perfectionnera ; à quoi vos prières et vos exemples contribueront, Dieu aidant. Oui, ma Sœur, j'espère qu'en vous comportant en vraies Filles de la Charité, comme vous avez fait jusqu'à présent, vous inviterez efficacement Notre-Seigneur à bénir et multiplier l'œuvre de ses mains pour le soulagement et le salut de ses pauvres membres, qui sont nos maîtres.
2. Seconde épître de saint Pierre I, 10.
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Je dis la même chose à ma sœur Radegonde, que je salue, et j'espère le même de toutes les sœurs qui ont bonne volonté.
3133. - A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR,
A VARSOVIE
De Paris, ce 28 mai 1660.
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre lettre du 31 avril, qui m'a d'autant plus consolé qu'elle est un peu ample. J'ai été bien aise de voir l'état de votre temporel et les remèdes que vous avez apportés aux besoins de votre village pour l'âme et pour le corps. Vous avez bien fait d'en changer l'économe et de faire réparer les vieux bâtiments de votre cure, puisqu'il y avait nécessité de le faire et que vous y prévoyiez du profit. Continuez de temps en temps à nous mander ce qui se passera en vos affaires, qui ne pourront aller que de bien en mieux, s'il plaît à Dieu d'affermir la paix que vous dites être conclue de delà. Dieu en soit loué, Monsieur ! J'en ai une joie que je ne vous puis exprimer, comme aussi de la santé et du retour du roi et de la reine. Plaise à sa bonté de leur donner, et à tous leurs Etats, un plein et durable repos !
Il est à désirer, Monsieur, que l'union du bénéfice de Vitkiski se fasse au plus tôt, pendant qu'il plaît à Dieu de nous conserver Leurs Majestés. Mais, quant à la manière, voici l'ordre qui s'observe en France pour les unions : le titulaire du bénéfice le résigne entre les mains
Lettre 3133. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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de l'évêque ou du Pape, pour être uni à la compagnie ; sur cette résignation, l'on obtient le consentement du patron et des autres parties intéressées, s'il y en a, particulièrement de l'évêque, lorsque l'union se fait à Rome ; et quand elle se fait par l'évêque même, on la fait confirmer par le Saint-Siège, et ensuite on obtient des lettres patentes du roi, qui agrée et autorise cette union, et ensuite on fait enregistrer ces lettres en parlement. Le motif de l'union peut être l'érection d'un séminaire dont la direction perpétuelle est attribuée à la compagnie ; mais l'union se fait à la compagnie même. Mandez-moi si l'usage de delà est semblable ou différent à celui de France, et en quoi il diffère.
Nous tâcherons de tenir les personnes prêtes que vous attendez, pour les faire partir le plus près que nous le pourrons du temps qui nous sera marqué de la part de la reine, de qui vous désirez prendre l'ordre.
Je salue fort cordialement le bon M. Duperroy et je recommande à ses prières et aux vôtres l'âme de feu M. l'abbé de Chandenier, qui est mort en Savoie en revenant de Rome. C'était une personne de condition, neveu de feu Mgr le cardinal de La Rochefoucauld, qui, par une singulière piété, s'était retiré céans depuis cinq ou six ans, avec M. l'abbé de Moutiers-Saint-Jean, son frère, qui a fait le voyage de Rome avec lui et qui est de retour depuis quelques jours avec M. Berthe et un autre prêtre de la compagnie, qui les ont accompagnés. Ce cher défunt était fort détaché des créatures, fort humble et mortifié, fort récolligé et intérieur, fort gai, sage, judicieux et exemplaire, tout à Dieu et fort zélé pour l'avancement de l'état ecclésiastique et le salut des peuples ; enfin nous ne voyons point son pareil. La perte en est grande pour l'Eglise et très grande pour cette maison, qu'il édifiait merveilleusement. Nous devons
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nous entretenir ce soir de ses vertus admirables (1) qui sont plutôt les vertus de Notre-Seigneur, exercées par lui en ce sien serviteur. Ceci vous fera demander s'il était missionnaire. A quoi je vous dirai qu'il l'était d'affection il y a longtemps, mais, étant très indignes d'avoir pour confrère un tel prélat, nous ne l'avons reçu en la compagnie qu'un jour ou deux avant sa mort ; et alors il en a fait de si grandes instances qu'il a fallu lui donner cette consolation. Son corps a été porté en notre petite chapelle d’Annecy. Tout ce que Dieu fait est bien fait ; sans cette foi nous serions inconsolables d'une telle privation.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Desdames.
3134. - A JEAN MARTIN
De Paris, ce 28 mai 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Votre lettre du 7 nous a trouvés dans les douleurs de la mort de M. l'abbé de Chandenier, qui arriva à Chambéry, comme vous aurez pu savoir. La perte en est grande pour l'Eglise et très grande pour nous. Il a vécu en saint et est mort missionnaire, ayant fait de grandes
1. La conférence du 28 mai ne suffit pas ; elle fut suivie de trois autres. On nous a conservé le résumé de ce qui fut dit sur les vertus du saint abbé. (cf. Notices, t. II, p. 515-539).
Lettre 3134. - L. s. - Dossier de Turin, original.
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instances pour être reçu en la compagnie, selon l'affection qu’il en avait conçue depuis longtemps. C'est pourquoi cette maison ici ayant reçu une merveilleuse édification de lui, elle doit s'entretenir à ce soir de ses vertus, pour s'en rafraîchir la mémoire et l'exemple. M. son frère est arrivé ici, affligé au point que vous pensez, avec Messieurs Berthe et Théroude (1)
Je suis fort consolé de vous savoir derechef sans fièvre et en la compagnie de nos chers confrères, à Bene (2). J'en rends grâces à Dieu, Monsieur, de toutes les tendresses de mon cœur, ensemble des bénédictions qu'il donne à leurs travaux, et je le prie qu'il vous donne à tous les forces de corps et les grâces de l'esprit, pour procurer sa gloire en toutes les manières qu'il le demande de la compagnie. Ménagez-vous pour cela, je vous en prie, Monsieur, et faites, de ma part, la même recommandation à ces Messieurs qui travaillent avec tant d'affection.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà. Chacun s'y porte assez bien. Il est vrai que je souffre un peu de mes mauvaises jambes, qui ne me permettent plus de bouger d'une place qu'avec grand'peine.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
1. Toussaint Théroude, né à Guilmécourt (Seine-Inférieure) le 9 janvier 1633, entré dans la congrégation de la Mission le 27 octobre 1657, reçu aux vœux à Rome le 10 décembre 1659, supérieur à Amiens de 1670 à 1675.
2. Bene Vagienna, ville du Piémont.
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3135. - EDME JOLLY, SUPéRIEUR A ROME,
A SAINT VINVENT
[1660]
Pour ce qui est du fruit des ordinations passées, il y en paraît, par la miséricorde de Dieu. Plusieurs de ces Messieurs qui ont fait céans les exercices nous viennent voir de fois à autres, pour nous témoigner qu’ils persistent toujours dans les bons sentiments qu'ils en ont remportés ; et l’un d'entre eux, qui est une personne de condition, lequel a assisté aux exercices de trois ordinations, vint hier céans célébrer sa première messe, ayant encore fait auparavant quelques jours de retraite pour s'y mieux disposer.
3136. - A UN PRêTRE DE LA MISSION EN BARBARIE
[Mai ou juin 1660.]
Il y a six ou sept ans que Messieurs les abbés de Chandenier se sont retirés à Saint-Lazare. ç'a été une grande bénédiction pour la compagnie, qu'ils ont édifiée merveilleusement. Or, depuis un mois, il a plu à Dieu d'appeler à lui l'aîné, M. l'abbé de Tournus (2) qui était aussi plein de l'esprit de Dieu qu'homme que j'aie jamais connu. Il a vécu en saint et est mort missionnaire. Il était allé faire un voyage à Rome avec M. son frère et deux de nos prêtres ; et, s'en revenant, il est décédé à Chambéry et a fait de très grandes instances l'un de nos prêtres qui était avec lui, de le recevoir en
Lettre 3135. - Abelly, op. cit., l. 2, chap. II, sect. VI, 1re éd., p. 240.
1. Cette lettre est manifestement postérieure à la lettre 3081, qui est du 16 février 1660.
Lettre 3136. - Abelly, op. cit., l. 1, chap. XLIX, p. 241.
2. Louis de Chandenier.
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la compagnie, comme il a fait. Il me les avait faites à moi-même diverses fois ; mais, sa naissance et sa vertu étant trop au-dessus de nous, je ne le voulais pas écouter. Nous étions indignes d'un tel honneur. Et en effet, il n'y a eu que notre maison du ciel qui ait mérité la grâce de le posséder en qualité de missionnaire ; celles de la terre ont seulement hérité les exemples de sa sainte vie, autant pour les admirer que pour les imiter. Je ne sais ce qu'il a vu en notre chétive compagnie qui ait pu lui donner cette dévotion de se vouloir présenter devant Dieu couvert de nos haillons, sous le nom et l'habit de prêtre de la congrégation de la Mission. C'est en cette qualité que je le recommande à vos saints sacrifices.
3137. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 4 juin 1660.
Je ne sais par quelle digne reconnaissance répondre à l'immense bonté de Monseigneur le cardinal Durazzo, qui daigne abaisser le cœur et les yeux de Son Eminence jusqu'à notre petite compagnie et les étendre sur tous ses besoins présents et futurs. Plaise à Notre-Seigneur, qui a versé en sa belle âme ses divines inclinations pour l'exercice de sa miséricorde, qu'il la glorifie éternellement pour les grâces qu'elle nous fait !
3138. - A UNE NIèCE D'ANTOINE PORTAIL (1)
4 juin 1060.
Vincent de Paul parle d'Antoine Portail, mort le 14 février.
Lettre 3137. - Reg. 2, p. 253.
Lettre 3138. - Collet, op. cit., t. II, p. 75, en note.
5 juin 1660.
Ma Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il se présente une affaire pour laquelle nous avons ici besoin de vous ; je vous prie, ma Sœur, de vous en venir à la première occasion et de nous .amener avec vous la sœur Claude, qui est à Varize (1). Je lui écris aussi qu'elle s'en vienne. Vous tâcherez, ma Sœur, de mettre les choses en si bon ordre que les sœurs qui demeurent les puissent soutenir en votre absence, en sorte que les pauvres n'en souffrent point. Dites à vos bonnes sœurs que ce n'est que pour peu de temps qu'elles seront seules ; dites-le aussi à Messieurs les administrateurs, afin qu'ils ne soient pas en peine de votre retour.
Je prie Notre-Seigneur de bénir votre personne et votre voyage. Je vous prie de me recommander aux prières de nos sœurs. Je les offre souvent à Dieu, et vous aussi, ma Sœur, à qui je suis, dans son amour, ma Sœur, votre très affectionné frère.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Lettre 3139. - Recueil de pièces relatives aux Filles de la Charité, p. 409. (Arch. des Filles de la Charité).
1. Les Filles de la Charité s'occupaient à Varize (Eure-et-Loir) depuis 1652 ou 1653 du soin des malades et de l'instruction des enfants.
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3140. - A DOMINIQUE LHUILLIER
De Paris, ce 8 juin 1660.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, quoique j'aie reçu deux de vos lettres. Il est bien juste que nous vous envoyions des hommes pour travailler, puisque nous avons reçu de l'argent il y a un mois ou six semaines ; mais nous y trouvons quelque difficulté de la part de Monsieur de Lorthon, qui m'a fait dire qu'il ne pouvait consentir à cela si Madame de Laval ne nous rend le logement que le roi nous a donné. Je lui enverrai un prêtre au plus tôt pour savoir sa dernière disposition et faire en sorte que cela ne nous arrête pas, mais que nous puissions recommencer les missions au plus tard à la Toussaint, car nous voici tantôt dans les intervalles de la moisson et des grandes chaleurs de l'été ; et puis nous avons déjà quatre prêtres qui travaillent dans le diocèse, accompagnant Mgr de Meaux (1) en ses visites (2)
Vous avez pu savoir la grande et incomparable perte que nous avons faite de M. l'abbé de Chandenier ; c'est pourquoi je ne vous en dirai autre chose sinon qu'après avoir vécu en saint, il a voulu mourir en missionnaire et paraître devant Dieu sous le nom et l'habit d'un pauvre prêtre de la Mission. C'est en cette qualité que je le recommande à vos prières et saints sacrifices.
J'ai eu l'honneur de voir M. le doyen de Saint-Far-
Lettre 3140. - L. s. - L'original de cette lettre appartient à M. l'abbé Ney, du diocèse de Marseille.
1. Dominique de Ligny.
2. Le secrétaire avait ajoputé ici les mots suivants, qui furent ensuite raturés : "Je salue M. Asseline et je me recommande à ses prières et aux vôtres."
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geau (3), mais nous n'avons rien conclu, et je lui ai dit que nous aviserions à prendre notre résolution sur le legs dont il s'agit.
Je vous prie de me mander comment se comporte M. Asseline.
Je suis, en l'amour de N.-S., votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Lhuillier, prêtre de la Mission, à Crécy.
3141. - AU PèRE EUSèBE CHASTELLAIN
De Paris, ce 8 juin 1660
Mon Révérend Père,
Je vous demande pardon de ne vous avoir fait réponse plus tôt. Peut-être êtes-vous en peine de ce bon enfant que vous nous avez envoyé. Nous l'avons reçu et je l'ai bien recommandé aux Filles de la Charité qui en ont le soin. Il se porte bien, et il y a sujet d'espérer que la bonne semence que vous avez jetée en cette âme innocente portera des fruits en son temps, étant bien cultivée.
Je rends grâces à Dieu, mon Révérend Père, des biens qui se font en votre hôpital par le bon ordre que vous y avez mis et la conduite que vous en avez. Je prie sa divine bonté qu'elle continue à bénir l'un et l'autre, et qu'elle vous conserve longuement pour le soulage-
3. Aujourd'hui chef-lieu de canton en Seine-et-Marne.
Lettre 3141. - L. s. - L'original de cette lettre se trouve au trésor des reliques de la cathédrale de Sens. Il a été donné par Jean-Claude Chastellain, député du département de l'Yonne à la Convention nationale.
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ment et le salut des pauvres. La consolation que Monseigneur le Révérend Père de Gondi en reçoit me console grandement, et j'admire son application continuelle aux œuvres de miséricorde, par lesquelles il sanctifie son âme de plus en plus et mérite que Dieu répande de nouvelles bénédictions sur sa famille affligée, à quoi vos prières peuvent beaucoup contribuer.
Je vous remercie très humblement, mon Révérend Père, de celles que vous faites pour notre petite compagnie et pour moi. Nous en ressentirions sans doute les effets, si je n'y mettais empêchement par mes très grandes misères. Ne laissez pas, s'il vous plaît, de nous continuer cette charité. Je vous offre en reconnaissance mon très humble service ; et s'il plaît à Dieu me donner occasion de vous le rendre, ce me sera une joie bien sensible, étant comme je suis, en son amour, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A mon Révérend Père le Révérend Père Chastellain, religieux et directeur de l'hôpital de Joigny, à Joigny.
3142. - A GABRIEL DES JARDINS, SUPéRIEUR,
A NARBONNE
11 juin 1660.
Nous devons toujours représenter à Nosseigneurs le, prélats et à Messieurs les grands vicaires que notre règle nous défend de confesser les religieuses, de les visiter et de les prêcher; et nous ne devons jamais passer par-
Lettre 3142. - Reg. 2, p. 78.
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dessus cette défense, s'ils ne nous le commandent absolument.
3143. - A EDME JOLLY, SUPéRIEUR, A ROME
Du 18 juin 1660.
Le Père Eudes, avec quelques autres prêtres qu'il a amenés de Normandie, est venu faire une mission dans Paris, qui a fait grand bruit et grand fruit (1) Le concours était si grand que la cour des Quinze-Vingts était trop petite pour contenir l'auditoire (2). Et en même temps plusieurs bons ecclésiastiques sont partis de Paris, dont la plupart sont de notre assemblée des mardis, pour aller en d'autres villes faire aussi des missions, les uns à Châteaudun et les autres à Dreux, où il a plu à Dieu de répandre pareillement de grandes bénédictions. Nous n'avons point de part à ces biens-là, parce que notre partage est le pauvre peuple des champs. Nous avons seulement la consolation de voir que nos petits emploi, ont donné de l'émulation à quantité de bons ouvriers, qui se mettent à les exercer, non seulement quant aux missions, mais encore quant aux séminaires, qui se multiplient beaucoup en France. On fait même les exercices des ordinands en plusieurs diocèses. Prions Dieu qu'il sanctifie son Eglise de plus en plus.
Lettre 3143. - Reg. 2, p. 254.
1. Cette maison, commencée le 1er mai, se clôtura le 20 juin. Le nombre des auditeurs était si grand que le P. Eudes dut prêcher en pein air. (cf. lettre de Claude Auvry au Pape Alexandre VII, dans la Vie du Vénérable Jean Eudes par le P. D. Boulay, t. III, p. 361.)
2. L'hôpital des Quinze-Vingts était près du Louvre, entre la place du Carrousel et celle du Palais-Royal.
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3144. - A GUILLAUME DESDAMES, SUPéRIEUR,
A VARSOVIE
De Paris, ce 18 juin 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Il y a trois semaines, ce me semble, que je n'ai reçu de vos lettres ; il me tarde qu'il ne m'en arrive. Plaise à Dieu que les nouvelles soient meilleures que le bruit n'en a couru de deçà ! Pour moi, je n'ai rien de nouveau à vous dire. Toutes choses vont leur petit train en la compagnie, et il me semble qu'elle travaille partout à la vertu et à la vigne du Seigneur, dans les manières qu'il le demande d'elle, et, par sa miséricorde, avec le succès que nous pouvons désirer. On nous demande des hommes de tous côtés, mais nous en manquons. O Dieu ! Monsieur, qu'un bon missionnaire est un grand trésor, et qu'il y a peu de gens au monde qui veuillent servir Dieu et son Eglise dans la pureté de la foi, dans le détachement des créatures et l'abnégation de soi-même Cependant c'est ainsi que notre sainte religion a été établie et répandue, c'est ainsi qu'elle se maintiendra et c'est ainsi qu'il faut tâcher de relever les brèches arrivées par le relâchement des ouvriers évangéliques. Demandons sans cesse à Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il en envoie de bons et qu'il anime de son esprit l'état ecclésiastique.
Quelques prêtres de Normandie, conduits par le père Eudes, de qui je pense que vous avez ouï parler, sont venus faire une mission dans Paris avec une bénédiction admirable. La cour des Quinze-Vingts est bien grande, mais elle était trop petite pour contenir le monde qui
Lettre 3144. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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venait aux prédications. En même temps un grand nombre d'ecclésiastiques sont sortis de Paris pour aller travailler en d'autres villes ; les uns sont allés à Châteaudun et les autres à Dreux, et tous ont fait des fruits qui ne se peuvent exprimer ; et à tout cela nous n'avons point de part, parce que notre partage est le pauvre peuple des champs. Nous avons seulement la consolation de voir que nos petites fonctions ont paru si belles et si utiles, qu'elles ont donné de l'émulation à d'autres pour s'y appliquer comme nous et avec plus de grâce que nous, non seulement au fait des missions, mais encore des séminaires, qui se multiplient beaucoup en France. Il s'est même trouvé une compagnie à Rome, qui, voyant que le Pape envoyait les ordinands aux pauvres prêtres de la Mission, comme on fait à Paris, a demandé qu'on les lui envoyât à elle, s'offrant de leur faire faire les exercices ; ce qu'elle aurait fait sans doute avec succès si Sa Sainteté l'avait jugé à propos. Il y a sujet de louer Dieu du zèle qu'il excite en plusieurs pour l'avancement de sa gloire et le salut des âmes.
Voici des lettres de Marseille ; je vous prie de faire tenir celle qui s'adresse à Patto, si vous pouvez.
Je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Au bas de la première page : M. Desdames.
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3145. - A MONSIEUR TRISTAN
Paris, 22 juin 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
La bonne fille que vous nous aviez fait la grâce de nous adresser s'en étant retournée, il y a 3 ou 4 jours, avec quelques-uns de Messieurs ses parents, qui étaient venus pour la voir, je ne pus me donner l'honneur de vous écrire pour lors, comme je fais à présent, pour vous dire, Monsieur, que, selon vos bons et sages conseils, nous l'avons mise en occasion de s'éprouver dans quelqu'un des emplois auxquels elle avait difficulté ; mais, comme elle a reconnu que sa répugnance augmentait, au lieu de diminuer, elle s'est résolue de se retirer, comme elle a fait, après en avoir obtenu notre consentement, lequel nous lui avons accordé, en supposant le vôtre, Monsieur, que vous n'auriez pu lui refuser, la voyant hors d'espérance de se vaincre dans ses aversions. Elle est trop sincère pour manquer à vous les exprimer, et elle est assez à Dieu pour le bien servir, en quelque condition qu'elle soit, moyennant sa grâce ; car il lui en a donné une bonne volonté, et il lui a fait celle de se comporter si bien de deçà, qu'elle nous a laissé cette espérance, quoiqu'elle n'y ait pas reçu tout le bon exemple, ni la satisfaction qu'il était à désirer.
Je prie N.-S., Monsieur, qu'il vous conserve et qu'il me donne quelque bonne occasion de vous obéir, comme étant, en son amour, Monsieur, votre...
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M
Lettre 3145. - Reg. 1, f° 30.
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3146. - A DENIS LAUDIN, SUPéRIEUR, AU MANS
De Paris, ce 23 juin 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Ayant prié M. de Beaumont de s'en venir à Paris, il m'a mandé qu'il partirait de Richelieu le 22 et qu'il passerait au Mans pour y arriver le 25 ou 26 du présent mois. Je vous prie de le recevoir avec la cordialité que mérite un bon serviteur de Dieu, tel qu'il est.
Je vous ai déjà recommandé l'âme de feu M. l'abbé de Chandenier ; mais je ne vous ai pas dit qu'il est mort membre de la compagnie et qu'en cette qualité il est à propos de lui rendre les assistances que nous avons coutume de donner à nos défunts. Je ne sais, Monsieur, ce que ce saint homme a vu dans la pauvre Mission qui ait pu lui donner la grande affection qu'il avait de se couvrir de son nom et de ses haillons pour se présenter devant Dieu. Il nous avait parlé plusieurs fois de son dessein, mais je ne le voulais pas écouter, le voyant trop au-dessus de nous par sa naissance et par sa vertu. Et en effet, Monsieur, il n'y a eu que notre maison du ciel qui ait mérité la grâce de le posséder comme missionnaire. Celles de la terre ont seulement hérité des exemples de sa sainte vie. Nous en ferons vendredi, Dieu aidant, la quatrième conférence.
Messieurs Alméras et Cruoly partirent hier d'ici pour Richelieu dans le coche de Tours.
Je salue très affectionnément votre petite compagnie, et je suis de même, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. Mission.
Au bas de la première page : M. Laudin.
Lettre 3146. - L. s. - Dossier de Turin, original.
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3147. - A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
27 juin 1660
Ma chère Sœur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je vous demande pardon d'avoir tant tardé à vous faire réponse ; c'est à cause de mes embarras et de me. incommodités, qui me font échapper beaucoup de choses que je voudrais bien faire, si je n'en était empêché.
Maintenant, ma chère Sœur, je vous dirai que je compatis sensiblement à vos peines, qui sont longues et diverses ; c'est une croix étendue, qui embrasse votre esprit et votre corps ; mais elle vous élève au-dessus de la terre, et c'est ce qui me console. Vous devez aussi vous consoler beaucoup de vous voir traitée comme N.-S. a été traité, et honorée des mêmes marques d'amour par lesquelles il nous a aimés. Ses souffrances étaient intérieures et extérieures, et les intérieures ont été continuelles et sans comparaison plus grandes que les autres. Pourquoi pensez-vous, ma chère Sœur, qu'il vous exerce de la sorte ? C'est pour la même fin qu'il a souffert, à savoir pour vous purger des péchés et pour vous orner de ses vertus, afin que le nom de son Père soit sanctifié en vous et que son royaume vous advienne. Au nom de Dieu, ma chère Sœur, demeurez en paix et ayez une parfaite confiance en sa bonté. Je ne connais pas une âme au monde qui en ait plus de sujet que vous. Ne vous arrêtez point aux pensées contraires, défiez-vous de vos propres sentiments et croyez plutôt à ce que je vous dis et à la connaissance que j'ai de vous, qu'à tout ce que vous pourriez penser ou dire. Vous avez mille raisons de vous réjouir en Dieu et de tout espérer de lui
Lettre 3147. - Reg. 1, f° 37 V°.
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par N.-S., qui habite en vous ; et après la recommandation qu'il vous fait de renoncer à vous-même, je ne vois autre chose que vous ayez sujet d'appréhender, non pas même le péché, qui est le seul mal que nous devons plus craindre, parce que vous faites pénitence du passé et que vous le haïssez trop pour l'avenir. Dites donc à Dieu, comme David : "Rendez-moi, Seigneur, la joie de votre salutaire et me confirmez de l'esprit principal" (1) Excitez-vous vous-même à cette joie, tant par la considération des malheurs que vous avez évités en quittant le monde, et des grâces qu'il vous fait en religion, que par la bénédiction que vous avez d'être du nombre des enfants de Dieu et des épouses de. son Fils, qui est la grâce des grâces, qui comprend tous les biens et qui vous met dès ce monde en possession de la gloire éternelle. Soyez-en fort reconnaissante, remerciez-en Dieu souvent et demandez-lui miséricorde pour moi, qui crains mon ingratitude et qui suis, en l'amour de Jésus-Christ, notre libérateur, ma chère Sœur, votre...
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3148. - AUX SUPéRIEURS
[28] (1) juin 1660.
Vincent de Paul fait l'éloge de Louis de Chandenier, qui a droit, comme bienfaiteur et missionnaire, aux prières des membres de la congrégation. Il ajoute que quatre conférences ont été faites à Saint-Lazare sur ses vertus (1) et que son corps y sera porté.
1. Psaume IV, 14.
Lettre 3148. - Collet, op. cit., t. II, p. 79.
1. Collet écrit : 18 ; mais cette date a contre elle la lettre 3146 ; ce fut vraisemblablement le 28 que saint Vincent écrivit sa circulaire.
2. La première le 28 mai, la quatrième le 25 juin.
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3149. - CHARLES DE LATRE A SAINT VINCENT
Monsieur et Révérend Père,
Monsieur Lepruvost de notre chapitre, allant à Paris rendre à Sa Majesté les hommages et respects qui lui sont dûs, en qualité de député du clergé d'Artois, je l'ai supplié de vous saluer de ma part, pour vous assurer de mon petit service et qu'il n'y a jour que je ne pense à Votre Révérence, comme étant, Monsieur, votre très humble et très obligé serviteur
CHARLES DE LATRE,
prêtre indigne.
De notre maison, à Béthune, ce 7 juillet 1660.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, prêtre et général de la communauté de la Mission, à Saint-Lazare, au faubourg de St-Denis, à Paris.
3150. - A LA SŒUR F'RANçOISE CARCIREUX, SUPéRIEURE,
A NARBONNE
De Paris, ce 9 juillet 1660.
Ma Sœur,
La grâce de N-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai plus tardé que je ne voulais à répondre à votre lettre, à cause de mes embarras. Je rends grâces à Dieu de toutes les choses que vous m'avez mandées, qui m'ont fort consolé. Il paraît que Dieu est avec vous et qu'il vous a conduite, pendant que vous avez travaillé au diocèse d'Alet, puisque, d'un côté, il vous a préservée des dangers qui vous ont menacée, et que, d'un autre, il a tiré gloire de vos emplois (1) Tout cela requiert beau-
Lettre 3149. - L. s. - Dossier de Turin, original.
Lettre 3150. - Reg. 1, f° 22.
1. François Fouquet, archevêque de Narbonne, avait envoyé la sœur Carcireux dans une institution du diocèse d'Alet, pour qu'elle s'y formât à l'instruction de la jeunesse.
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coup d'humilité et de reconnaissance de votre part. Avouez devant Dieu que vous n'avez fait que le mal, car il arrive toujours des imperfections dans les bonnes œuvres, quand ce ne serait que d'empêcher que le bien que Dieu fait ne soit plus grand et plus pur, par le peu de foi et de fidélité des instruments dont il se sert. Ce serait encore pire de s'attribuer de l'honneur, qui n'est dû qu'à sa divine bonté. Je sais, ma Sœur, que, grâces à Dieu, vous ne faites pas cette faute-là. Continuez de préférer la confusion à la louange, de vous défier toujours de vous-même et de vous abandonner à Dieu, afin qu'il dispose de vous selon son bon plaisir et non selon vos sentiments. Soyez ferme aux petites pratiques de la compagnie, autant que vos emplois le permettront. Traitez vos sœurs avec amour et cordialité ; compatissez à leurs petites infirmités. Je loue Dieu de la satisfaction que vous en avez et de l'édification que le prochain en reçoit.
Si Monseigneur vient à Paris, nous tâcherons de régler toutes choses avec lui, afin que vous ayez liberté de vivre et d'agir selon l'esprit et la coutume de votre compagnie, laquelle va assez bien partout, grâces à Dieu ; et il n'y a rien de nouveau de deçà, sinon que nous sommes après pour élire une sœur pour supérieure (2) ; priez Dieu pour cela et pour tous les autres besoins. Je me recommande moi-même à vos prières et à celles de nos sœurs, que je salue...
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
2. Pour se conformer au désir de Louise de Marillac, saint Vincent nomma lui-même la nouvelle supérieure des Filles de la Charité. Son choix se porta sur Marguerite Chétif, et il l'annonça, le 27 août, aux sœurs réunies autour de lui pour élire les officières.
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3151. - A LA SŒUR ANNE DENOUAL
De Paris. ce 9 juillet 1660
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai été bien aise de recevoir de vos nouvelles, et encore plus d'apprendre les grâces que Dieu vous fait. Je l'en remercie de tout mon cœur, et je le prie qu'il vous fasse celle de lui être bien fidèle. Il a permis que vous soyez tombée en l'aversion qui vous a fait tant de peine, pour vous faire connaître que de vous-même vous n'êtes capable d'autre chose ; et enfin il a changé cette antipathie en affection, pour établir en vous l'union et la charité, qui sont si nécessaires, que vous les devez demander instamment à sa bonté pour vous et pour votre compagnie, et faire tout ce que vous pourrez pour les acquérir et les conserver. Humiliez-vous toujours ; estimez-vous la plus imparfaite ; considérez en vos sœurs le bien et en vous les défauts ; et, quelque sentiment contraire qui vous arrive, tâchez d'en détourner votre pensée et de vous élever en Dieu, pour vous incliner ensuite à aimer tout ce qu'il aime, et en la manière qu'il veut que vous l'aimiez. Supportez en patience la séparation, puisqu'elle procède de la Providence et non de votre choix. Vous avez fait votre possible, et vos sœurs aussi, pour être rejointes ensemble, sans avoir pu obtenir de Monseigneur cette consolation ; après cela, il faut se soumettre à la volonté de Dieu et demeurer en paix, dans l'espérance que tout ira bien ; car, pour l'ordinaire, le bon Dieu trouve son compte là où nous ne trouvons pas notre satisfaction. Laissez-le faire, ma Sœur ; con-
Lettre 3151. - L. s. - Dossier des Filles de la Charité, original.
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fiez-vous fort en son assistance ; soyez exacte à vos oraisons du matin et à vous recommander souvent à lui le reste de la journée ; ayez dessein en toutes vos œuvres de l'honorer et de lui plaire ; ayez le moins de communication que vous pourrez avec les personnes du dehors ; suivez les avis de M. des Jardins et de la sœur Françoise (1) ; et vous verrez que Notre-Seigneur bénira votre âme et vos exercices. Mais, quand vous ne le verriez pas, Notre-Seigneur ne laissera pas de les avoir agréables et de vous sanctifier insensiblement, tandis que vous lui serez fidèle. Je prie Notre-Seigneur que ce soit toujours et en toutes choses.
Je suis, en son amour, ma Sœur, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A ma sœur la sœur Anne Denoual, Fille de la Charité, à Narbonne.
3152. - A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION,
A REIMS
De Paris, ce 10 juillet 1660.
Mon cher Frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'étais fort en peine de vous lorsque j'ai reçu votre lettre du 29 juin ; il y avait quinze jours que je n'en avais reçu.
Dieu soit loué de ce que vous allez et venez pour
1. Sœur françoise Carcireux.
Lettre 3152. - Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez une dame de Florence.
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faire l’œuvre de Dieu ! C'est signe que votre santé est un peu rétablie et que la charité de Jésus-Christ vous presse toujours.
Il y a huit jours que je vous écrivais à Saint-Quentin, n’ayant pas pour lors reçu votre lettre, qui m'apprend que vous étiez allé à Reims. Je vous mandais que nous avons quelque linge d'église et quelques ornements pour les pauvres églises de Champagne et de Picardie et que nous vous les enverrions par le premier coche ou messager qui partirait pour Saint-Quentin ; ce que néanmoins nous n'avons pas fait, pour nous être avisés que peut-être vous aimeriez mieux que l'adresse vous en fût faite ailleurs. Je vous prie donc de me mander où vous devez les distribuer. On vous les enverra à Amiens ou à Saint-Quentin ou à Reims. Le paquet est tout prêt. Je vous ai envoyé le mémoire de ce qu'il contient. Il est vrai que nous en avons ôté un petit chandelier et une tasse d'argent, pour en faire un petit calice, ou les convertir en une chose qui servira à l'autel, selon l'intention de celui qui les a donnés. Les dames ordonneront de cela et de quelque argent monnayé que nous avons pour la même fin ; ce sera dans leur première assemblée.
Je doute si la poste vous trouvera encore à Reims ; c'est pourquoi je vous en envoie un duplicata à Saint-Quentin.
Je prie Notre-Seigneur qu'il vous continue sa protection et sa force.
Je suis, en l'amour de N.-S., votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
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3153. - A FRANçOIS FOUQUET, ARCHEVêQUE
DE NARBONNE (1)
[1660] (2)
Je rougis de honte, Monseigneur, toutes les fois que je lis la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et même toutes les fois que j'y pense, voyant à quel point Votre Grandeur s'abaisse devant un pauvre porcher de naissance et un misérable vieillard rempli de péchés ; et en même temps je ressens une grande peine de vous avoir donné sujet d'en venir là. Quand j'ai pris la confiance de représenter à Votre Grandeur que nous étions hors d'état de lui donner les hommes qu’elle demande, elle peut bien penser que ce n'a pas été par aucun défaut de respect ni de soumission pour toutes ses volontés, mais par une pure impuissance de lui obéir en cette occasion. Je la supplie très humblement de nous donner six mois de terme. Nous serions grandement consolés de vous donner plus tôt cette satisfaction ; mais il ne plaît pas à Dieu que nous le puissions faire. Au nom de Dieu, Monseigneur, ayez la bonté d'excuser notre pauvreté, et réservez, s'il vous plaît, votre voyage de Paris pour une occasion plus importante. Ce me serait une bénédiction de Dieu de re-
Lettre 3153. - Abelly, op. cit., l. 3, chap. XI, sect. VI, p. 143.
1. Abelly se contente de dire que la lettre est adressée à un archevêque. Or, Paris excepté, saint Vincent n'a établi sa congrégation en france que dans deux archevêchés, ceux de Reims et de Narbonne ; et le ton de la lettre montre bien que le saint s'adresse à François Fouquet.
2. Quelque temps après avoir obtenu trois prêtres pour son séminaire, en septembre 1659 (cf. lettre 2979), François Fouquet écrivit au saint pour en avoir davantage (cf. lettre 3281). La réponse ci-dessus ne peut se rapporter qu'à cette seconde demande. (cf. lettre 2952.) Le prélat insista ; ce qui provoqua la lettre 3281, du 17 septembre 1660.
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cevoir encore une fois celle de Votre Grandeur, mais j'aurais un regret inconcevable qu'elle vînt se fatiguer ici pour une affaire qui n'en serait pas plus avancée. Vous savez bien, Monseigneur, qu'il n'y a gens au monde plus disposés à recevoir vos commandements que nous le sommes, et moi particulièrement, sur qui Dieu vous a donné un pouvoir souverain.
3154. - AU CARDINAL DURAZZO
1660
Vincent de Paul supplie le cardinal de ménager sa santé, si nécessaire au bien de l’Eglise.
3155. - A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION,
A REIMS
De Paris, ce 14 juillet 1660.
Mon très cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous ai déjà écrit samedi à Reims et à Saint-Quentin pour savoir en quel lieu vous désirez que nous vous adressions un ballot de toile, des ornements et du linge d'église, dont je vous ai envoyé la note ; nous en attendons la réponse. Maintenant je vous écris pour vous faire savoir que nous avons reçu huit cent quarante-huit livres pour réparer quelques églises ruinées de Champagne et de Picardie. Vous prendrez, quand il vous plaira, cette somme et la mettrez à mon compte, etc.
Lettre 3154. - Collet, op. cit., t. 2, p. 68.
Lettre 3155. - Cette lettre nous est connue par sa traduction italienne, insérée dans un des écrits du Procès de Béatification, Summarium Responsivum, p. 54.
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3156. - JEAN MARTIN
De Paris, ce 16 juillet 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 3, qui m'a d'autant plus consolé qu'elle est l'unique depuis environ six semaines. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, du retour de la famille à Turin en bonne santé et des bénédictions qu'il a plu à sa bonté de répandre sur elle et sur les peuples qu'elle a évangélisés. Vous ne me pouviez donner de plus agréables nouvelles, ni qui me donnent une reconnaissance plus sensible vers Notre-Seigneur de toutes les grâces qu'il vous fait. Je l'en remercie de tout mon cœur. Reposez-vous donc, Monsieur, et faites reposer ces Messieurs, qui ont tant travaillé. Il est bien juste, dans cet intervalle, de rétablir les forces perdues et de se renouveler en Notre-Seigneur, qui est le principe de la vie et de la vertu des prêtres, par l'exercice de l'oraison et la grâce du recueillement, pour continuer ensuite la conquête des âmes avec de nouvelles armes, qui, étant prises dans l'arsenal des Saintes Ecritures, seront toujours victorieuses, si elles sont maniées dans l'esprit de N.-S.
J'embrasse avec votre cher cœur votre petite communauté de toute l'étendue de mon affection.
La compagnie est toujours en même état de deçà, et Dieu continue, ce me semble, de la bénir partout. Nous n’avons point de malades pour le présent. Il est vrai que je souffre un peu de mes mauvaises jambes, qui ne me laissent reposer la nuit, ni marcher le jour, ni seulement me tenir debout ; hors cela, je me porte assez bien. M. Al-
Lettre 3156. - L. s. - Dossier de Turin, original.
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méras est allé à Richelieu, à cause du passage du roi et de la nouvelle reine (1) Il est maintenant sur son retour.
Je me recommande à vos prières et suis, en l'amour de N-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
3157. - M. DESNOYERS A SAINT VINCENT
La paix de N.-S. !
Monsieur,
J'avais fait offre de notre tout petit pouvoir à cette honnête dame, sœur d'un des anciens de St-Lazare, que vous m'aviez fait l'honneur de me recommander. Je suis fâché qu'elle n'ait rien accepté. J’eusse été bien aise de vous témoigner en ce rencontre l’estime que je fais de tout ce qui viendra de votre part vous suppliant de nous continuer votre protection et l'assistance de vos bonnes prières pour l’accomplissement de notre pauvre hôpital
Je suis avec tout le respect possible Monsieur, votre très humble, obligé et obéissant serviteur.
DESNOYERS .
A l’hôpital de Ste-Reine (1) le 17 juillet 1660.
Cette honnête dame s'est pressée de partir ; je n'en fus pas averti pour vous faire réponse par elle.
1. Louis XIV, sa jeune épouse et les personnages de leur suite étaient à Richelieu le 7 juillet, jour où René Alméras fit devant eux les cérémonies du baptême solennel d'un enfant de six ans, Louis de Gallard de Béarn, dont le roi fut parrrain et la reine marraine.
Lettre 3157. - L. a. - Dossier de Turin, original.
1. Petite commune de l'arrondissement de Gray (Haute-Saône). Elle possèdait un hôpital, qui devait beaucoup à la générosité des dames de la Charité.
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Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent supérieur général de la Mission de St-Lazare, à Paris.
3158. - A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION,
A REIMS
De Paris ce 17 juillet 1660
Mon cher frère,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir votre lettre du 12. Il y a huit jours que je vous ai écrit à Reims, et du depuis je vous ai encore écrit à Laon et à Saint-Quentin, dans le doute si vous étiez encore en Champagne. Mais, à ce que je vois, la présente vous y trouvera encore ; je la vous adresse à Reims et un duplicata à Rethel, afin qu'en quelque lieu que vous soyez, vous receviez promptement de nos nouvelles.
Je vous ai mandé à Laon que l'assemblée vous a ordonné huit cent quarante-huit livres pour réparer quelques églises les plus ruinées et les plus délaissées de Champagne et de Picardie, non pour de grosses réparations, car il n'en faudrait qu'une pour consommer tout cet argent, mais pour faire en plusieurs églises les choses plus nécessaires, afin qu'on y puisse célébrer la sainte messe avec quelque décence et que les autels soient à couvert des vents et des pluies ; encore faut-il excepter celles où les seigneurs dîmiers et les habitants peuvent faire cette dépense, car, s'ils le peuvent, ils le doivent, et faut les y exhorter. Nous avons céans lesdites 848 livres que vous pouvez prendre et les tirer sur moi, quand il vous plaira, ensemble les 500 livres destinées pour en acheter des grains et les donner à semer aux pauvres
Lettre 3158. - L. s. - Original chez les Filles de la Charité de Grosseto (Italie).
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gens l'hiver prochain, ainsi que je vous ai écrit ci-devant. Ce n'est pas une nouvelle aumône ; je vous en parle seulement pour vous en faire souvenir.
J’attends que vous me mandiez où nous vous adresserons un petit ballot d'ornements et de linge d'église. Je vous avais écrit que nous vous les enverrions à Saint-Quentin ; mais cela n'a pas été fait, ayant pensé qu'il valait mieux attendre votre réponse.
Je ne puis pas vous dire encore quand vous prendrez congé de la Champagne.
Je ferai savoir aux dames ce que vous me mandez, et saurai si elles pourront faire quelque chose pour ces deux filles qui auraient volonté de se retirer en quelque communauté. Je doute fort qu'elles s'en veuillent mêler. Pour la troisième, qui veut être de la Charité, elle y pourra être reçue dans quelque temps, si elle persévère, ayant les bonnes qualités qu'elle a ; mais il est à propos de la remettre pour l'éprouver. Vous la pourrez cependant observer.
Je vous dis derechef que vous pouvez prendre, quand il vous plaira, les 900 et tant de livres que nous avons ici, dont je vous ai parlé il y a environ deux mois, destinées pour les pauvres de Champagne et de Picardie.
Je suis, en l'amour de N.-S., mon cher Frère, votre très affectionné frère et serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
3159. - A PIERRE PINGRé, éVêQUE DE TOULON
1660.
Vincent de Paul prie le prélat de se ménager pour le bien de l'Eglise.
Lettre 3159. - Collet, op. cit., t. II, p. 68.
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3160. - A UN PRêTRE DE LA MISSION
[Juillet 1660] (1)
Il a plu à Dieu de nous ôter un de nos meilleurs frères (2) ; c'est le frère Sirven, qui était à Sedan la règle vivante de la compagnie, homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde, qui s'adonnait volontiers au soin des malades et à la consolation des affligés. Toute la ville le regardait et aimait comme un saint et a. témoigné un grand regret de sa privation, même les hérétiques, qui étaient édifiés de sa modestie. Nous avons grand sujet de croire que Dieu a couronné son âme dans le ciel, lui donnant la couronne qu'il a préparée à ses bien-aimés qui exercent sur la terre les œuvres de miséricorde, ainsi que ce sien serviteur (3). Il ne faut pas laisser néanmoins de prier pour lui dans l'incertitude des jugements de Dieu. Je recommande à vos prières le pécheur qui vous écrit.
3161. - A GUILLAUME DESDAMES
De Paris, ce 23 juillet 1660.
Monsieur,
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! .
J'ai reçu votre chère lettre du 12, où je vois qu'il est
Lettre 3160. - Manuscrit de Lyon.
2. Mort le 12 juillet.
3. Le secrétaire a ajouté ces quelques mots au bas de la minute du saint : "Un ancien prêtre qui a demeuré longtemps à Sedan avec ce cher défunt m'a dit qu'il avait entre autres talents une grande expérience dans la pharmacie et qu'il faisait des cures merveilleuses, qu'il avait étudié et que M. Vincent l'avait reçu pour être prêtre, mais qu'il avait mieux aimé la condition d'un pauvre frère."
Lettre 3161. - L. s. - Dossier de Cracovie, original.
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temps de vous envoyer le secours promis. Je souhaite fort, Monsieur, que vous le receviez pour votre soulagement ; car Dieu sait combien votre satisfaction et votre santé me sont à cœur. Nous vous allons donc disposer trois prêtres, ou au moins deux, et un frère clerc, qui enseigne céans la philosophie. Ce qui nous met en peine sont les Filles de la Charité qu'il faut envoyer en même temps ; car, Mademoiselle Le Gras nous ayant quittés, et les autres ne connaissant pas les filles, nous avons été obligés de disposer de celles que la défunte avait destinées pour la Pologne et de les envoyer ailleurs ; et nous nous trouvons maintenant un peu embarrassés dans le choix qu'il en faut faire. Nous ferons néanmoins le mieux que nous pourrons. Et le bon Dieu, qui voit la grande obligation et le désir très sensible que nous avons de contenter la reine, nous assistera, s'il lui plaît.
Nous prierons Dieu très volontiers, comme nous avons déjà fait, pour la confirmation de la paix et l'heureux succès des desseins de Leurs Majestés et des affaires du royaume.
Il a plu à Dieu de nous ôter un de nos bons et meilleurs frères ; c'est Sirven, qui était à Sedan la règle vivante de la compagnie, homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde, qui s'adonnait volontiers au soin et soulagement des pauvres malades et à la consolation des affligés. Toute la ville l'aimait fort et les habitants ont assisté à son enterrement, depuis les premiers jusqu'aux moindres, témoignant beaucoup de regret de sa privation, même les hérétiques, qui étaient édifiés de sa modestie et de sa charité. Nous avons grand sujet de croire que Dieu a couronné son âme dans le ciel, lui donnant le royaume qu'il a préparé à ses bien-aimés qui exercent sur la terre les œuvres de miséricorde, ainsi qu'a fait ce sien serviteur. Néanmoins, Monsieur, il ne faut pas laisser de prier pour lui, dans
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l'incertitude des jugements de Dieu, qui mettent toute l'Eglise en prières pour les justes trépassés.
Nous avons céans trois ou quatre malades qui le sont dangereusement ; c'est de fièvre continue. Il semble que le bon Dieu nous veuille visiter. Son saint nom soit béni et sa volonté toujours accomplie ! Je suis, en son amour, de M. Duperroy, que j'embrasse de toute mon affection, et de vous particulièrement, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Desdames, supérieur des prêtres de la Mission de Sainte-Croix, à Varsovie.
3162. - MADAME DU BOULET-BRULAR A SAINT VINCENT
Monsieur Vincent est prié par Madame du Boulet-Brular de ne rien signer pour les aides de Melun, parce que le bail dont on lui a parlé et pour lequel il est prêt, est fait par surprise, au préjudice de beaucoup d'offres plus avantageuses aux propriétaires.
Ce vingt-trois juillet mil six cent soixante.
Suscription : Pour Monsieur Vincent, à la Mission.
3163. - A JEAN PARRE, FRèRE DE LA MISSION,
A REIMS
De Paris. ce 24 juillet 1660.
Mon très cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Lettre 3162. - L. a. - Dossier de Turin, original.
Lettre 3163. - Cette lettre nous est connue par sa traduction italienne, insérée dans un des écrits du Procès de Béatification, Summarium Responsivum, p. 54.
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J'ai reçu la vôtre du 19 et communiqué vos précédentes lettres à l'assemblée, qui n'estime pas à propos que vous quittiez à cette heure, parce qu'il faut que vous vous appliquiez à restaurer et réparer quelques églises ruinées.
Quand vous aurez dépensé les huit cent quarante-huit livres que je vous ai envoyées, vous nous le ferez savoir, et on fera en sorte de vous envoyer quelque autre chose, etc.
3164. - M. DUFRESNER A SAINT VINCENT
Monsieur,
Nous vous enverrons cette bonne fille. Nous espérons que vous trouverez en elle une partie de ce qui est nécessaire pour l'accomplissement de ses désirs, et que votre bonté y mettra le surplus, laquelle je supplie de me faire part à vos prières, comme à celui qui vous est parfaitement acquis en qualité de, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
DUFRESNER .
A Nantes ,ce 25 juillet 1660.
Suscription : Au Révérend Révérend Père Vincent, général des Pères de la Mission, à St-Lazare, à Paris.
3165. - SŒUR NICOLE HARAN, SUPéRIEURE A NANTES,
A SAINT VINCENT
De Nantes, ce 25 juillet ~1660.
Mon très cher et honoré Père.
Votre bénédiction, s'il vous plaît,
Je prends la hardiesse de vous importuner de ce mot de lettre pour vous supplier de nous faire la charité de nous en-
Lettre 3164. - L. a. - Dossier de Turin, original.
Lettre 3165. - L. a. - Dossier de Turin, original.
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voyer un petit mot de vos chères nouvelles desquelles nous sommes bien en peine, affligées de vous voir privées de cette consolation que nous souhaitons avec si grand désir, que nos chères sœurs et moi vous demandons pour l'amour de Dieu.
Cette bonne fille dont les pères des pauvres vous ont récrit et que vous avez reçue doit partir demain matin pour venir pour entrer en notre compagnie. Je crois qu'elle sera bonne fille et, comme nous l'avons eue pour nous aider à présent que nous serons seules, nous nous prions de pourvoir à nous envoyer le plus tôt que vous pourrez notre sœur pour nous secourir ; car nous avons grand nombre de malades et sommes toutes bien indisposées et fatiguées. Nos Messieurs les pères témoignent être bien mécontents ; c'est [de] ce qu'elle tarde tant à venir.
Nous saluons avec tous respects tous nos bons Pères qui sont à la maison et nous recommandons à vos saintes prières et aux leurs, et moi particulièrement, qui suis et serai à jamais, mon très cher Père votre très obéissante fille.
SŒUR NICOLE HARAN,
indigne fille de la Charité.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent supérieur général des prêtres de la Mission., à Saint-Lazare à Paris.
3166. - A MADEMOISELLE D'AUBRAI (1)
26 juillet 1660.
Vincent de Paul donne de sages conseils à Mademoiselle d’Aubrai, qui l'avait interrogé sur sa vocation (2) ; il ajoute "qu'il a demandé à Dieu des grâces importantes par l'entremise de M Olier."
Lettre 3166. - Collet, op. cit., t. II, p. 144.
1. Nièce de M. Olier.
2. Elle entra, au mois d'août, dans la communauté des Filles de la Sainte Vierge, fondée par son oncle.
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3167. - A JACQUES PESNELLE, SUPéRIEUR, A GêNES
Du 30 juillet 1660.
Il ne faut pas vous attendre de voir jamais votre maison sans défauts ; mais, pourvu qu'il n'y en arrive de griefs ou de scandaleux, il faut se résoudre à supporter les autres, et néanmoins faire ce qui se peut pour les diminuer, tant en la qualité qu'en la quantité. Après la conversion des pécheurs, pour entière qu'elle soit, il leur reste toujours quelques imperfections pour leur exercice, comme il paraît dans les apôtres qui suivaient Jésus-Christ et qui pourtant s'entretenaient entre eux de plusieurs choses répréhensibles. Je ne vois pas d'autre remède aux manquements généraux, qui, par la grâce de Dieu, ne sont pas grands, que les avertissements en public et en particulier, avec la prière et la patience.
3168. - A FIRMIN GET, SUPéRIEUR, A MARSEILLE
De Paris, ce 30 juillet 1660.
Monsieur.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je n'ai point reçu de vos lettres par cet ordinaire. Je vous envoie la copie du testament de feu Madame la marquise de Vins et de son dernier codicille, pour demeurer en votre maison. J'attends les mémoires que je vous ai demandés sur les missions que vous avez faites, afin de solliciter le payement de votre rente.
Lettre 3167. - Reg. 2, p. 214.
Lettre 3168. - Dossier de la Mission, copie prise sur l'original chez M. Hains à Marseille.
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Je vous envoie la lettre de change que je vous ai fait espérer ; elle est de 984 livres, savoir : six cents livres pour les avances faites et à faire pour les pauvres forçats ; et trois cent quatre-vingt-quatre livres pour les envoyer à M. le comte d'Insiguin en Alger ; ce que je vous prie de faire par la première commodité. Si la Providence le met en liberté avec M. son fils avant que cette aumône arrive, elle servira pour d'autres esclaves.
Madame la marquise de Nantouillet (1) est en peine de savoir si vous avez fait tenir à M. son fils la somme qu'elle vous a adressée, si le commerce est libre de Marseille en Alger et ce qu'il faut qu'elle fasse pour la liberté de ce jeune gentilhomme. Je vous prie de lui en écrire un mot par une autre main que la vôtre et de me mander l'état de votre santé. J'en suis fort en peine et je prie et fais prier pour son rétablissement.
J'écris à M. Huguier qu'il donne 6 livres à Denis Beauvais, forçat sur la Capitaine, que nous avons reçues ici, et trente sols à Jacques Fournier, dit Larivière, sur la Saint-Dominique.
Depuis la présente écrite, j'ai reçu la lettre de M. Delespiney, du 20, où je vois que, par la grâce de Dieu, vous vous portez mieux ; je l'en remercie infiniment et je le prie qu'il achève de vous guérir. C'est en son amour que je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p d. l. M.
1. Louise d'Aguesseau, seconde femme de Henri du Prat, marquis de Nantouillet, qui commandait le régiment de cavalerie de la reine Anne d'Autriche.
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3169. - A JEAN MARTIN
De Paris, ce 30 juillet 1660
Monsieur
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
J'ai reçu votre chère lettre du 17. ]e loue Dieu du repos que la famille prend et de la santé dont elle jouit après tant de travaux. Il me semble que vous vous mettez du nombre, puisque vous ne me dites rien de votre fièvre quarte ; ce qui augmente notablement ma joie. Je prie N.-S qu’il ait agréable de vous renouveler tous en son esprit, afin que toute :, vos opérations soient les siennes et que les fruits qui en réussiront soient de, fruits de la vie éternelle.
Il a plu a Dieu de nous ôter un de nos meilleurs frères ; c'est Sirven, qui était à Sedan la règle vivante de la compagnie, homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde, qui s'adonnait volontiers au soulagement des pauvres malades et à la consolation les affligés. Toute la ville, qui l'aimait fort, a témoigné un grand regret de sa privation, même les hérétiques, qui étaient édifiés de sa modestie et de sa charité. Nous avons grand sujet de croire que Dieu a couronné son âme dans le ciel, lui donnant le royaume qu'il a préparé à ses bien-aimés qui exercent sur la terre les œuvres de miséricorde, ainsi qu'a fait ce sien serviteur. Néanmoins, Monsieur, il ne faut pas laisser de prier pour lui, dans l'incertitude des jugements de Dieu, qui met toute l'Eglise en prières même pour les justes trépassés.
Il ne faut pas penser à recevoir Vaugin (1), qui est sorti
Lettre 3169. - L. s. - Dossier de Turin, original.
1. Jean Vaugin, né à Puzieux (Vosges), reçu dans la Congrégation de la Mission en novembre 1644, à l'âge de dix-neuf ans.
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de la compagnie, mais donnez-lui jusqu'à cinquante écus, si vous les avez et qu'il désire les toucher de delà. Nous les rendrons ici, sur votre lettre de change, à qui vous me marquerez. Cependant je suis, en l'amour de N.-S., Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, supérieur des prêtres de la Mission, à Turin.
3170. - J. DE BREVEDENT A SAINT VINCENT
A Rouen, ce 30 juillet 1660.
Monsieur
Très humble salut en N.-S . J.- C. !
La bonté infinie de Dieu, nonobstant mes infidélités, peu de confiance et autres empêchements, m'a fait miséricorde et apaise la plupart des misères de mon esprit. Vous l'en avez prié, et je vous remercie autant que je peux, et vous supplie derechef de lui rendre grâces de tout votre cœur pour ce bienfait inestimable conféré à mon indigne et misérable personne et de le faire faire aussi par vos amis et de continuer à le prier qu'il me fasse la grâce d'accomplir sa très sainte volonté selon qu'il le désire.
Tel que je suis, on a jugé à propos que j'écrive quelques sentiments et lumières qu'il plaît à Dieu me donner sur le sujet de l'hérésie des jansénistes. Cela va à faire connaître leur état présent, le moyen de les reconnaître, les ruses dont ils se servent pour pervertir les fidèles et enfin ce que les catholiques doivent faire pour être tels et défendre leur Mère l'Eglise en cette occasion. Là dedans doit entrer une particularité touchant St-Cyran, dont l'on a eu connaissance par votre moyen. Je vous l'entendis dire un jour dans l'église de St-Lazare, en la répétition de l'oraison, et vous l'avez dite aussi au Père François Sevin, capucin, pour lors gardien (à ce que je crois) du couvent St-Jacques à Paris, qui me l'a racontée
Lettre 3170. - L. a. - Dossier de Turin, original.
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depuis 12 ou 15 jours en cette ville, qui est qu'étant ami et familier dudit St-Cyran et faisant oraison par ensemble, il vous dut dire, à la fin d icelle, qu'il avait fait une belle méditation, de laquelle il faisait grande difficulté de vous faire part, et que, après en avoir été fort pressé de vous (qui était ce qu'il désirait), il vous dit qu’il l’avait faite sur ces paroles : Tempus destruendi, tempus aedificandi ; tempus evellendi, tempus (1) aedificandi ; tempus evellendi, tempus dissipandi (1) ; que là-dessus Dieu lui avait fait voir clairement que jusqu'alors Dieu s'était voulu servir de l'Eglise Romaine, mais que le temps était venu qu'il la voulait détruire, et quelques autres circonstances ; que, en une autre occasion, frappant du pied, il disait : "Oh ! le lâche de Calvin de n'avoir pas su se défendre !" A quoi vous répondîtes qu'il défendait des hérétiques ; ce qu'il n'écouta point et à quoi il ne se rendit point
Or, je vous demande maintenant, Monsieur, si vous trouvez pas bon que j'y emploie cela et fasse connaître ces vérités à ceux qui ne les savent pas encore et que je pense pouvoir être utiles aux catholiques. Cela vient au sujet de l'estime que ceux de ce parti-là tâchent de donner de leurs auteurs.
Je sais encore d'autres particularités considérables de Jansénius ; et, à ce sujet, on dit que l'abbé de St-Germain (2) qui était à la feue reine mère (3), l'a connu fort particulièrement l'espace de 12 ou 15 ans et qu’il était vrai et franc calviniste, et qu'il en sait quantité de choses fort considérables et qu'il a écrites même et est tout prêt de faire imprimer, mais qu'il attend là-dessus le commandement de la reine. Je crois que c'est parce que, ayant autrefois donné au jour ses sentiments avec beaucoup de liberté sur le sujet de M. le cardinal de Richelieu, on lui a fait défense de plus parler. Et je pense que vous rendrez service à Dieu et à l’Eglise, et considérable, de l'obliger à le faire et de lui en faire obtenir la permission.
Les personnes bien catholiques et zélées pour la défense de l'Eglise en cette présente occasion estiment qu'une des affaires des plus importantes qui soit dans l'Eglise de Dieu présentement est celle des Carmélites, d'autant que c'est un de ces Ordres plus saints et plus parfaits et qui a mieux conservé l'esprit de son Institut, et croient que ceux du grand couvent ont tort