Correspondance (page 66)
18. — A LOUISE DE MARILLAC
(1638, vers décembre) (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous ne vous lassez jamais de nous bien faire et faites, à ce que je crains, au delà de ce que vous pouvez. Je vous en remercie très humblement, Mademoiselle, et vous prie de ne plus en user de la sorte. Il nous suffit et vous serons toujours redevables, quoi que nous fassions pour le service de M. votre fils (2). Souffrez donc qu’on] le serve sans autre considération que celle de ce que nous vous devons et de l’affection que nous avons à vous servir et lui aussi.
Votre lettre me paraît bien et ferez bien de lui envoyer. Je prie Notre-Seigneur qu’elle lui soit efficace pour le déterminer pour une bonne fois. Je vous renvoie la sienne avec celle que vous lui écrivez, et tâcherai à lui faire faire une petite cheminée à l’une des petites chambres au plus tôt, pour ce que nous aurons les ordinands désormais aux Bons-Enfants et que la chambre où il loge leur est nécessaire.
S’il fait beau et que vous le puissiez sans aucune incommodité, vous pourrez entendre la sainte messe tous les jours de votre retraite ; sinon, honorez la solitude de Notre-Seigneur, comme sainte Madeleine, tout à fait.
Vous lirez, s’il vous plaît, le petit [livre] de l’Imitation de Notre-Seigneur, le livre de l’Amour de Dieu de M. de Genève (3), vers le six, sept ou huitième livre, à votre choix, et quelque vie des saints à votre dévotion.
Bonjour, Mademoiselle, Je suis V.S.V.D.
[Votre serviteur VINCENT DEPAUL]
(au dos S. Louise de Marillac a écrit : De Monsieur Vincent qui parle d’une retraite et de mon fils.)
Lettre 18. — Lettre autographe.
Original chez les Filles de la Charité de la paroisse Saint-Projet, à Bordeaux. Photographie de l’original dans les Archives de la Mission, Texte publié dans les Annales de la C. M, 1928, p. 253-254.
1). Cette date est imposée par le contenu de la lettre (retraite des ordinands aux Bons-Enfants, situation du fils de Sainte Louise de Marillac, Michel Le Gras.
2). Le fils de Sainte Louise était alors logé aux Bons-Enfants et étudiait en vue du sacerdoce sans être bien fixé sur sa vocation.
3). Le Traité de l’amour de Dieu de Saint François de Sales.
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19. — A LOUISE DE MARILLAC
(1638) (1)
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous avez eu sujet de murmurer et de vous plaindre intérieurement de moi, de ce que je ne vous ai fait réponse, ni ne vous ai vue ; votre charité me le pardonnera, s’il lui plaît, et en attribuera la faute à l’embarras et non à l’affection, Dieu sait que je n’en manque pas. J’ai parlé à M. Pavillon (2) de Monsieur votre fils, j’estime qu’il est à propos qu’il achève sa théologie, qu’il se fasse prêtre, qu’il s’exerce quelque temps dans les exercices de piété convenables aux ecclésiastiques, et, cela fait, je ne fais aucune difficulté que ledit Sr Pavillon ne le reçoive. Hors cela le jeune homme serait inutile audit Sr Pavillon et aurait une peine insupportable à soi-même de se voir dans des montagnes à l’extrémité du royaume (3), sans rien faire et inhabile à tout emploi. Au nom de Dieu, Mademoiselle, croyez-moi en cela, je sais ce que c’est. J’espère que si Monsieur votre fils fait ce que je viens de dire, il ne manquera pas de bons emplois ; s’il plaît à Dieu que je vive, je vous promets d’en avoir soin comme s’il était de mon sang. Soyez donc en repos de ce côté-là. S’il était en état d’emploi, je le pourrais mettre dès demain au service de Monsieur, frère du Roi (4), pour lequel on m’en demande un, ou lui faire bâiller une chanoinie auprès de Lyon, en une fondation nouvelle d’un chapitre que fonde M. de Saint-Chamond (5) qui m’a chargé de lui fournir les personnes que j’estimerai propres, jusqu’au nombre de huit. Enfin, il ne demeurera pas, soyez assurée de cela, pourvu qu’il fasse ce que je vous dis.
Lettre 19. — Lettre autographe.
Original chez les Filles de la Charité de la Maison Eugène-Napoléon, à Paris. Texte publié avec disposition et orthographe de l’original, enrichi d’un commentaire historique, dans les Annales C. M.,1958, p. 218-221.
1). Date imposée par le contenu de la lettre : situation de Michel Le Gras, encore hésitant sur sa vocation, présence à Paris ou dans les parages, de Pavillon, état de "disponibilité" de M. Du Coudray, nommé, cette même année 1638, Supérieur de la maison de Toul.
2). Nicolas Pavillon (1597-1677), évêque nommé d’Alet ; sacré en 1639, il gagna peu après son diocèse où il résida jusqu’à sa mort.
3). Alet, situé dans la vallée de l’Aude, à 30 km au sud de Carcassonne, au pied des Pyrénées.
4). Gaston d’Orléans (1608-1660).
5). Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chamond (1586-1649), fondateur en 1634 d’un chapitre collégial pour lequel il fit construire une chapelle à Saint-Chamond (diocèse de Lyon).
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Nous tâcherons donc d’envoyer M. Du Coudray (6) samedi à Liancourt (7), s’il vous plaît de lui moyenner un cheval qui soit céans demain soir. Je suis en peine de l’indisposition de cette bonne dame et m’en vais célébrer la sainte messe à son intention, et prier Dieu pour vous à qui je suis en l’amour de Notre-Seigneur
V.T.H.S. [Votre très humble serviteur].
20. — A LA COMMUNAUTé DE SAlNT-NICOLAS-DU-CHARDONNET
(29 avril 1639).
Cette lettre portant le n° 374 dans l’édition Coste (t. I, p. 545-546), a été publiée d’après l’édition Pémartin (1880) : lettre n° 239, t. I, p. 247-248. Or, Pémartin, sans indiquer sa source, l’avait tirée du manuscrit 2453 de la Bibliothèque Mazarine : La Vie du vénérable serviteur de Dieu, Messire Adrien Bourdoise… Peu de variantes entre ces trois textes. Le manuscrit porte, en plus du texte publié : Fait à Saint-Lazare ce pénultième d’avril mil six cent trente-neuf. Vincent de Paul.
Cette lettre a été publiée, avec le contexte du manuscrit, dans les Annales C.M. 1952, p. 230-231.
6). François Du Coudray, Prêtre de la Mission, né en 1586, dans le diocèse d’Amiens. Entré en 1626 dans la Congrégation de la Mission, il fut nommé en 1538 supérieur de la maison de Toul.
7). Localité située dans l’Oise. Sainte Louise de Marillac y fit plusieurs séjours.
8). La Chapelle, village alors près de Paris, actuellement englobé dans la ville même de Paris. La Maison-Mère des Filles de la Charité y fut établie de 1636 à 1642.
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21. — GUILLAUME COMPAING A SAINT VINCENT
(5 mai 1639) (1).
Les prêtres de la Communauté de S. Nicolas, ayant sérieusement examiné la proposition (3) et octroi ci-dessus et le tout mûrement considéré, ont loué M. Bourdoise (4) de sa ferveur et grand désir d’avancer dans la vertu, même de se rendre plus propre à l’établissement du séminaire et de la Communauté ; comme aussi ont reconnu la continuation des bénéfices, faveurs et bienveillances que Messieurs de la Mission leur ont de tout temps départies ; de quoi ils sont très obligés envers eux. En revanche de ce, ils acceptent celui ou ceux qu’il plaira à Messieurs de la Mission d’envoyer à Saint-Nicolas et à qui la Communauté pourra servir, en quelque sorte que ce soit. Et de plus ils leur offrent tout ce qu’ils verront que la Communauté pourra faire, en leur considération. Quant à l’effet de la susdite proposition les Prêtres de la Communauté ont humblement prié M. Bourdoise, leur cher confrère et honoré économe, de se contenter en faisant quelque visite à Saint-Lazare, soit d’un ou de plusieurs jours, sans que cela paraisse, ni tire à conséquence vers M. N…, ni autres, et de là communiquer avec ledit Séminaire, selon qu’il plaira à Messieurs de la Mission de lui permettre. Fait en la Chambre des Délibérations de la Communauté, le etc…
Guillaume COMPAING (5).
Prêtre et secrétaire d’icelle.
Lettre 21. — Donnée d’après le Manuscrit 2453 de la Bibliothèque Mazarine : La Vie du vénérable serviteur de Dieu, Messire Adrien Bourdoise… Ce texte, avec le contexte, a été publié dans les Annales C. M.,1952, p. 231. Cette lettre est la réponse à la lettre précédente, datée du 29 avril 1639 ; elle est censée émaner de la Communauté de Saint-Nicolas et s’adresser à la Congrégation de la Mission, en fait, elle est signée Guillaume Compaing et elle répond à une lettre signée Vincent de Paul.
1). Date donnée par l’auteur du Manuscrit 2453 (Courtin, un contemporain de M. Bourdoise).
2). Communauté sacerdotale établie, en 1618, sur la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet, par Adrien Bourdoise et quelques confrères.
3). M. Bourdoise voulait se démettre de ses fonctions dans la Communauté de Saint-Nicolas, il désirait se retirer à Saint-Lazare pour un temps assez long. Saint Vincent l’admit à faire une retraite et fit en sorte de le renvoyer à sa Communauté.
4). Adrien Bourdoise (1584-1655), un des réformateurs du clergé en France dans la première moitié du XVIIe siècle, instituteur et organisateur de la Communauté de Saint-Nicolas, Ami de Saint Vincent.
5). Un des premiers membres de la Communauté de Saint-Nicolas, mort en 1656.
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22. — A N ***
[29 août 1639]
… Un grain de charité suffit pour calmer bien des inquiétudes et assoupir bien des différends…
15 décembre 1639.
Mon très cher frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ne pouvant avoir le bien de vous aller voir comme je le vous avais mandé, je vous prie par ces lignes de ne point céder à la tentation qui vous veut détourner de prendre le saint ordre de prêtrise, pour auquel parvenir vous avez fait quasi tout ce que vous avez fait depuis que vous êtes au monde. Disposez-vous y donc, je vous en prie, pour le recevoir à cette ordination. Si vous différez davantage, vous priverez Dieu de la gloire qu’il en recevrait, les bienheureux de la consolation qu’ils en auraient, les âmes du Purgatoire du soulagement qu’elles en recevraient, et toute l’église militante des grâces que vous lui obtiendriez par votre adorable sacrifice et qui pis est, vous réjouirez le diable d’avoir eu le pouvoir de vous détourner de faire tous ces biens. De penser que vous en seriez, une autre fois, plus capable, ô Jésus, il ne le faut pas espérer. De ne le faire jamais, Dieu vous garde d’avoir à répondre de cela devant Dieu. Ce serait enfouir le talent que Notre-Seigneur vous a mis en main, auquel cas les Saintes écritures vous menacent d’un horrible châtiment. De dire que vous n’êtes pas capable et ne le serez jamais, je le vous avoue, Monsieur, eu égard à l’infinie sainteté de l’œuvre, mais eu
Lettre 22. — Tirée de Collet : La Vie de Saint Vincent de Paul, Nancy 1748, t. II, p. 161, Date donnée par Collet.
Lettre 23. — Lettre autographe. Original à la Bibliothèque de Châlons-sur-Marne, dans le Manuscrit 742 (fonds Garinet 405). Publié dans tome XXXII (1935) des Mémoires de la Société des Sciences et des Arts de Vitry-le-François. Reproduit dans les Annales C. M. 1936, p. 696-697. L’édition Coste donne ce texte (lettre N° 413, t. I, p. 608-609) d’après le Registre 2 des Archives de la Mission, texte incomplet et fautif. Sur l’origine et la valeur de cette source voir ce qu’en dit Coste dans la Préface de son édition : t. I p. XXI-XXIV.
1). Jean Duhamel était membre de la Congrégation de la Mission. Ordonné prêtre peu après cette lettre, il sera placé à Annecy et quittera la Congrégation dès 1640.
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égard à notre misère, espérez, Monsieur, que Notre-Seigneur sera votre capacité comme il sera lui-même le sacrificateur avec vous. Pour le reste de vos peines, nous en parlerons après cela. Je suis cependant, dans l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,
VINCENS DEPAUL.
24. — A LOUISE DE MARILLAC
De Paris, ce 17 décembre 1639.
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus, hier au soir, la vôtre, du jour de saint Nicolas, laquelle m’a porté une fort sensible consolation en suite de la peine que j’avais du lieu où vous pouviez être et de l’état de votre santé. Béni soit Dieu de ce que vous voilà donc à Angers (1) et logée avec le bon M. l’abbé de Vaux (2). Je ne vous répondrai point par la présente à tout ce que vous me mandez, pource que je n’ai encore pu voir vos filles de La Chapelle et que le messager s’en va partir bientôt.
Je vous ai écrit cette semaine pour répondre à la vôtre de Saumur, et adressé ma lettre à M. l’abbé de Vaux, auquel je me suis donné l’honneur d’écrire.
Il est aujourd’hui le samedi des Quatre-Temps, qui m’oblige à aller dire la messe à Notre-Dame pour la Charité. Après dîner, Dieu aidant, j’irai à La Chapelle, parlerai à Mme Turgis (3) et commencerai à donner l’ordre pour les filles que vous demandez ; mais je pense
Lettre 24. — Lettre autographe. Original chez les Filles de la Charité de la paroisse Saint-Projet à Bordeaux. L’édition Coste donne cette lettre (N° 414, t. I, p. 609-611) d’après l’édition Pémartin de 1880 (N° 261, t. I, p. 272-274) et le Manuscrit Saint-Paul, qui reproduit plusieurs extraits. Le texte de l’original a été publié dans les Annales C. M. 1928, p. 254-256 ; vous le redonnons ici à cause des erreurs que contiennent les éditions antérieures.
1). S. Louise de Marillac est à Angers pour y installer les Filles de la Charité établies à l’hôpital.
2). Guy Lasnier, abbé de Vaux, vicaire général d’Angers (1602-1681), en relations avec S. Vincent depuis 1635, il favorisa l’établissement des Filles de la Charité à l’hôpital d’Angers.
3). Elisabeth Le Goutteux, veuve Turgis, Fille de la Charité ; elle exerça diverses charges dans sa Communauté, en particulier c’est elle qui, à l’époque remplaçait S. Louise de Marillac lorsque celle-ci devait s’absenter de la Maison-Mère de La Chapelle.
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qu’il ne faut pas penser à Marie de Saint-Germain (4), ni à celle de Saint-Paul (5). Je tâcherai de vous envoyer les autres au plus tôt et penserai un peu à Mme Turgis. Il y a des choses beaucoup à dire pour et contre.
Hélas ! mon Dieu ! que ferons-nous pour Nancy, où il est nécessaire que nous en envoyions au plus tôt. Je fis hier espérer cela à Mme la duchesse d’Aiguillon". Pour Henriette (7), je ne sais encore rien de rien.
Pour les articles, je pense que vous avez bien répondu et qu’il n’est pas besoin d’en faire encore ; nous verrons dans quelque temps, pendant lequel l’on fera un essai du bon plaisir de Dieu. Vous ferez bien d’en parler de la sorte, si me semble, et même de montrer leur petit règlement de vie à M. de Vaux et à tel autre qu’il jugera convenable, et notamment de bien affermir les filles dans la résolution de le bien garder, de suivre la direction en la manière qu’elle est couchée dans ledit règlement ; et vous leur inculquerez, tant à ces Messieurs qu’à elles, l’importance de les changer. Mme la duchesse d’Aiguillon me le disait encore ces jours passés.
Je fus hier samedi (8) à La Chapelle, où je vis toutes vos filles. Elles font fort bien, par la grâce de Dieu. Mme Turgis en est fort contente.
Henriette est encore chez elle. Son frère est venu dire qu’avant que d’aller à Saint-Germain (9) elle viendrait à La Chapelle. Il n’est pas expédient qu’elle y aille. Il faut envoyer quelque autre à Saint-Germain et la retenir ici pour lui faire connaître sa faute.
Je trouve de la difficulté à vous envoyer Mme Turgis. Je pense qu’il sera bien de vous envoyer Geneviève (10), qui était auprès de vous lorsque vous étiez auprès d’ici, ou bien Marie, qui était aux Enfants-trouvés. Que si nous vous envoyons celle-ci, l’on enverra celle-là à Saint-Germain, ou au contraire. Je tâcherai de les faire partir dans trois jours.
4. Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise). Les Filles de la Charité y étaient établies depuis 1638.
5). Paroisse de Paris sur laquelle les Filles de la Charité eurent un établissement à partir de 1634.
6). Marie de Wignerod, duchesse d’Aiguillon (1604-1675), nièce du Cardinal de Richelieu, Dame de la Charité, protectrice de S. Vincent et bienfaitrice de ses œuvres.
7). Henriette Gesseaume, Fille de la Charité.
8). Commencée le samedi 17 décembre, la lettre fut reprise le dimanche 18. Entre-temps, Saint Vincent était allé à La Chapelle.
9). Saint-Germain-en-Laye.
10). Geneviève Caillou, Fille de la Charité. Elle fut du nombre des premières Sœurs envoyées à Angers ; elle y resta jusqu’en 1644.
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M. votre fils se porte bien ; je ne l’ai pas encore entretenu à cause de l’embarras auquel je suis. Je m’en vas envoyer quérir vos filles cette après-dîner pour les faire partir après-demain, Dieu aidant, en l’amour duquel je suis, pourvu que vous ayez bien soin de votre santé, Mademoiselle, votre très humble serviteur
VINCENS DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, au logis de M. l’abbé de Vaux, à Angers.
25. — LETTRE DE G. PLUYETTE A SAINT VINCENT
Monsieur,
Je vous prie de continuer de bailler au présent Etienne Pluyette l’argent qui est du ce premier jour de l’an, pour la bourse des Pluyette, lequel fut satisfait l’ayant reçu il y a six mois du en ce temps ; il nous fait plaisir en cela, et vous de ne faire défaut de lui bailler, et en demeurerai, Monsieur, votre très humble serviteur.
G. PLUYETTE.
De Fontenay, ce 26 décembre 1639.
26. — A LOUISE DE MARILLAC
De Saint-Lazare, ce lundi à midi [11 février 1641] (1).
Mademoiselle,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie très humblement du soin que vous avez de moi. Je me porte bien, Dieu merci. M. Delorme me vit hier et m’ordonna une médecine, que j’ai prise aujourd’hui. Je n’ai plus de fièvre, ni
Lettre 25. — Lettre autographe. Original aux Arch. Nat. (Paris) M 105 (Collège des Bons-Enfants).
Lettre 26. — Lettre autographe. Original chez les Filles de la Charité de la paroisse Saint-Projet à Bordeaux. Publié dans les Annales C. M. 1928, p. 256-257.
1). Date imposée par celle de l’établissement des Filles de la Charité à Sedan
(février 1641) et la comparaison du contenu de la lettre avec celui des lettres N° 512, 513, 514, 517, 518, 519 de l’édition Coste (t. II, p. 159-161 ; 163-167).
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quasi d’enflure à la joue, de sorte que, par la grâce de Dieu, il ne tiendra qu’à moi que je ne fasse pénitence de mes fautes. Il y a apparence que Notre-Seigneur m’en veut donner le temps.
J’ai fait retenir et payer deux places au coche de Sedan qui part demain à dix heures. Vous tiendrez nos sœurs prêtes à partir à neuf heures, s’il vous plaît. Je suis bien mortifié de ne les pas voir ; assurez-les que je les verrai des yeux de l’esprit et que demain, Dieu aidant, j’espère dire la messe à leur intention.
J’écris à Madame la duchesse (2) et au Père capucin qui y est, selon ce que vous me mandez. Il reste une difficulté : l’on m’a rapporté qu’on craint qu’il n’y ait quelque défense pour le commerce avec cette ville-là ; c’est ce qui m’a donné sujet d’écrire à Madame la duchesse d’Aiguillon et de la prier de me mander s’il y a danger d’envoyer ces filles. J’en attends la réponse ; et pour ce que peut-être elle n’aura eu le temps de voir ma lettre, j’ai prié un domestique de M. le chancelier (3) de le savoir de lui et de me le mander.
Vous ne laisserez pas de les tenir en état de partir à l’heure que j’ai dit, s’il vous plaît.
J’envoie un prêtre de céans pour entendre cette bonne fille et suis en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
2). La duchesse de Bouillon (1615-1657), convertie depuis peu au catholicisme elle contribua financièrement à l’établissement des Filles de la Charité à Sedan
3). Pierre Séguier (1588-1672), serviteur docile de la politique intérieure de Richelieu puis de Mazarin. Charitable, il favorisa les œuvres de Saint Vincent.
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27. — A SAINTE JEANNE DE CHANTAL (1)
De Paris, ce 9 juin 1641.
Ma très chère et très digne Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu aujourd’hui celle que votre bonté m’a écrite par l’adresse de notre Mère du faubourg (2) ; pour réponse à laquelle je vous dirai, ma chère Mère, que je rends grâces à Dieu de toutes celles qu’il fait à vos pauvres Missionnaires par la communication (3) que votre Charité souffre qu’ils lui fassent, et le prie qu’il les rende dignes de] a continuation de la même grâce par le bon usage que je souhaite bien fort qu’ils en fassent. Au nom de Notre-Seigneur, ma digne [Mère], continuez-leur la même charité.
Je tâcherai de vous obéir à l’égard du Faubourg pour la visite, et suivrai l’ordre que votre bonté me marque, si vous impétrez — de Notre Seigneur qu’il me fasse part à la fermeté qu’il vous a donnée dans la douceur. Oh ! que votre bon ange nous aiderait bien pour cela, si vous, ma chère [Mère], l’en priez bien.
Voici comme va l’affaire duquel un Prélat s’est plaint à celle, laquelle votre charité me mandez qui vous en a écrit. Il n’est pas besoin que je vous dise ici l’exercice de vos chères Filles qui sont à la
Lettre 27. — Lettre autographe. Original chez les Visitandines d’Orthez (Basses-Pyrénées).
Lettre publiée en partie dans l’édition Coste N° 539 (t. II, p. 185-186), d’après une copie incomplète insérée au Procès de Béatification de Jeanne de Chantal. Photogr. Arch. Mission, Paris. Texte original, avec une introduction historique, publié (dans la disposition et avec l’orthographe de l’original) dans Les Annales C.M. 1954-1955, p. 6211-628.
1). Sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal (1572-1641). Après la mort de son mari elle se mit sous la direction de S. François de Sales, qui l’orienta vers la vie religieuse, ensemble ils instituèrent l’ordre de la Visitation. Après la mort de S. François de Sales elle consulta S. Vincent pour sa direction spirituelle et pour les affaires de son Ordre. Dans les lettres qu’il lui adresse S. Vincent s’efforce d’adopter le style et la manière de S. François de Sales. Dès 1622, S. Vincent fut le supérieur ecclésiastique de la Visitation dans le diocèse de Paris : Premier monastère (1619) installé au faubourg Saint-Antoine en 1621 ; deuxième monastère établi en 1626 (faubourg Saint-Jacques) ; troisième monastère établi en 1639, à Saint-Denis.
2). Il s’agit d’Anne-Marguerite Guérin, Supérieure du deuxième monastère de la Visitation, au faubourg Saint-Jacques.
3). S. Vincent conseillait à ses confrères d’Annecy de faire leur communication intérieure à S. Jeanne de Chantal ; ceux-ci recouraient à la Supérieure de la Visitation dans leurs peines spirituelles et lui confiaient pratiquement la direction de leur âme.
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Madeleine (4). Quelques-unes d’entre les Professes craignant que nos Sœurs se retirassent et que les dyscoles ne prévalussent, trouvèrent moyen d’écrire à Madame la Duchesse d’Aiguillon par elles-mêmes, et la prièrent à l’insu de la Supérieure de les venir voir. Ce qu’elle fit, pour ce qu’elle a charité et est bienfaitrice de la Maison. Elles lui firent leurs plaintes en sorte que la Dame en parla à ce bon Seigneur, et le pria de terminer cette affaire et comme elle vit que l’affaire tirait en longueur, que la combustion continuait et s’enflait de plus en plus, et que cela était fomenté par l’audace qu’elles se donnaient d’être maintenues par ledit Seigneur, cette bonne Dame lui manda qu’elle le priait de terminer cette affaire ou qu’elle s’en plaindrait, ce qui le fâcha extrêmement et l’anima beaucoup contre vos chères Filles disant que cela vint d’elles : ce qui n’est pas. J’en assure votre charité et qu’elles n’y ont aucune part à… (déchirure)… que je fusse en lieu pour vous dire les circonstances de cette affaire, ma digne Mère, et vous verriez qu’elles sont innocentes, et lui-même m’avoua, il y a quelque temps, qu’il ne le croyait pas, mais qu’elles étaient pour le moins le sujet pour lequel il avait été maltraité. La Maison va bien pour le présent. C’est une petite tempête qui a passé et qui a produit un calme plus grand que jamais dans ces esprits, de sorte qu’il y sujet de louer Dieu, et vous, ma chère Mère, de vous assurer que la conduite de cette affaire a été par le conseil du frère et de la sœur de ce bon Seigneur, et dans l’esprit de respect et de soumission, et rien contre cela.
Il s’est passé quelque autre petit rencontre sur ce même sujet depuis peu, qui a fait faire de nouvelles plaintes, mais je puis vous assurer, ma chère Mère, qu’il n’y a point de leur faute. Mais quoi, Notre-Seigneur permet que vos bonnes Filles soient exercées de la sorte. Béni soit Dieu de ce qu’elles le sont sans sujet ! La charité est patiente, dit saint Paul (5), ce grand œuvre de charité qu’elles font ne mérite-t-il point qu’elles y souffrent pour exercer leur patience. Jamais il ne s’est fait œuvre de Dieu pour Dieu, où l’on ne soit payé de cette monnaie. Notre chère Mère de la Ville (6) paraît avoir l’esprit de Dieu dans sa conduite. Notre chère Sœur Angélique (7) vit dans ses infirmités avec
4). Le monastère de Sainte-Madeleine (maisons de filles repenties) était dirigé depuis 1629 par les religieuses de la Visitation. La supérieure était alors la Mère Anne-Marie Bollain.
5). 1èr Ep. de Saint Paul aux Corinthiens, chap. XIII, verset 4.
6). Louise-Eugénie de Fonteines, qui venait d’être élue, le 16 mai 1641, supérieure de la Visitation rue Saint-Antoine.
7). Marie-Angélique Le Masson ou Hélène-Angélique Lhuillier ou encore quelque autre religieuse de la Visitation.
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une humilité et cordialité avec elles qui m’édifie. Oh ! que je souhaite cette même bénédiction dans tous les Ordres, et que c’est une harmonie admirable aux yeux de Dieu, et d’édification à ceux qui les voient. Bonsoir, ma chère Mère ! Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Si je ne puis écrire, par cette occasion, à M. Codoing (8), ce sera par la première. J’espère que cette lettre trouvera M. De Horgny (9), de notre Compagnie, à Annecy (10), où il est allé voir vos Missionnaires. Votre bonté dira cependant à M. Codoing, s’il lui plaît, ma digne Mère, que j’ai baillé quatre cents livres à Monsieur de Menthon pour le quartier de juillet.
Suscription : A ma Très Digne Mère Ma Mère de Chantal, Supérieure du Premier Monastère de la Visitation d’Annecy, à Annecy.
28. — A SYLVESTRE DE CRUSY DE MARCILLAC évêque de Mende
Paris, ce 6 décembre 1641.
Monseigneur,
Je vous remercie très humblement de la grâce que vous avez faite à vos missionnaires de les recevoir avec tant de bonté, et prie Notre-Seigneur qu’il vous en fasse le remerciement lui-même et qu’il soit votre récompense et qu’il nous fasse dignes, eux et moi, de vous servir selon l’étendue de votre désir.
8). Bernard Codoing, prêtre de la Mission (1610-1678 environ), né et mort à Agen, entré dans la Congrégation de la Mission en 1636, supérieur de la maison d’Annecy depuis 1640, il quitta la Compagnie après 1650.
9). Jean De Horgny, prêtre de la Mission, entré dans la Congrégation de la Mission en 1627. Il était à cette époque supérieur du Collège des Bons-Enfants, il se trouvait, en juin 1641, à Annecy pour la visite canonique.
10). Les prêtres de la Mission furent établis à Annecy en 1640, pour missionner dans le diocèse et recevoir les ordinands. Le premier supérieur ouvrit peu après un Séminaire dans sa maison.
11). Membre de la noblesse savoyarde habitant Annecy.
Lettre 28. — Lettre autographe. Original communiqué par M. Saffroy, libraire à Paris (1927). Texte publié dans Les Annales C. M.1927, p. 235-236.
1). Né en 1571, évêque de Mende de 1628 à 1659, date de sa mort.
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Monsieur votre official vous aura pu écrire comme Monsieur le chancelier (2) m’a témoigné qu’il était fort aise de ce que vous travaillez avec tant d’ardeur dans votre diocèse ; qu’il ne sera pas besoin que vous, Monseigneur, reveniez ici ; qu’il n’accordera rien à ceux qui vous exercent, qui vous donne sujet de le venir empêcher, qu’à la vérité l’offre qu’ils font de rembourser le droit dont est question et de le rendre quitte à la province dans dix ans lui semble raisonnable, étant si avantageux au pays ; à quoi n’ayant pas prévu la réponse, je me réservai à lui faire, lorsque je serai mieux instruit, comme je le ferai, et en parlerai à celui que vous m’aviez fait l’honneur de me mander de le dire, pour y servir en temps et lieu.
J’ai aussi vu exprès M. de Vertamont (3) pour l’affaire de Monsieur votre official, lequel je n’ai point vu depuis, pour lui dire comme ledit sieur de Vertamont me promit de bonne façon qu’il ferait bonne justice à mondit sieur votre official et qu’il en voulait conférer avec M. de Morangis (4), qui a donné l’indult à sa partie.
J’ajoute à cela, Monseigneur, la très humble prière que je vous fais de faire bailler cinq écus de là à M. Savinier (6), pour s’habiller, lui et M. Le Sages, et les rendrai ici à M. votre official ne les lui ayant pu délivrer, pour ce qu’il y a longtemps que je ne j’ai vu et que je ne sais par quelle autre adresse vous les envoyer, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monseigneur Monseigneur l’évêque et comte de Mende et de Gévaudan à Mende.
2). Pierre Séguier.
3). Probablement François de Verthamon, conseiller d’état.
4). Probablement Antoine Barillon, sieur de Morangis, maître des requêtes.
5). Annet Savinier, prêtre de la Mission, né près de Clermont-Ferrand, entré dans la Congrégation de la Mission en 1635.
6). Jacques Le Sage, prêtre de la Mission, né à Auffray (diocèse de Rouen) vers 1614, entré dans la Congrégation de la Mission en 1639, mort en 1648 à Alger.
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29. — A BERNARD CODOING (1)
Saint-Lazare, ce 9 février 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Voici une lettre de Monseigneur le Cardinal Mazarini (2), à notre recommandation, au cardinal Antonio (3), neveu de Sa Sainteté. Je reçus hier la vôtre du lieu de la mission où vous avez amené vos séminaristes. Oh ! que mon âme est consolée de tout ce que vous m’en dites, comme aussi de la proposition de l’achat de cette maison, si elle est dans la ville d’Annecy, ou si proche qu’elle vous puisse servir de logement, comme si l’on était dans la ville. Mais il nous est impossible de vous aider de ces 7.000 florins. M. Du Festel (4) tâchera donc de s’accommoder des mille ducats, qui est partie de la somme mise en constitution de rentes.
Vous avez bien fait de m’avertir de ne pas employer S. E. (5) pour le dessein de Monseigneur de Genève (6) ; sans cela j’en aurais écrit demain à M. de Chavigny (7), à Lyon, pour lui en parler. Votre présence à Rome pourra beaucoup vers M. l’ambassadeur (8) pour cela. Je lui en ferai écrire par M. de Liancourt (9), qui est son bon ami, de la meilleure encre qu’il pourra.
Lettre 29. — Lettre autographe.
Original à la Bibliothèque de l’Université d’Amsterdam (Schenkings Diederichs 59 Ap.). Lettre publiée dans l’édition Coste (N° 570 t. II, p. 223-226) d’après une copie fautive ; éditée avec la disposition et l’orthographe de l’original dans les Annales C. M. (1953, p. 253-254).
1). Supérieur de la maison d’Annecy, B. Codoing venait d’être nommé supérieur de la maison de Rome.
2). Le cardinal Mazarin (1602-1661), présent pour lors à la cour de France sans fonction définie ; conseiller de Richelieu, il sera son successeur le 17 décembre 1642.
3). Antonio Barberini (1608-1671), neveu du Pape Urbain VIII, assez influent alors à cause des charges nombreuses qu’il avait successivement exercées en Curie.
4). François du Festel venait d’être nommé supérieur de la maison d’Annecy en remplacement de B. Codoing.
5). Son éminence le cardinal de Richelieu.
6). Juste Guérin, évêque de Genève depuis 1639, il mourra en 1645.
7). Léon Bouthillier, comte de Chavigny (1608-1652), exerça diverses charges administratives et diplomatiques importantes.
8). François Du Val, marquis de Fontenay-Mareuil, ambassadeur à Rome, de 1640 à 1650, il mourra en 1665.
9). Roger Du Plessis, duc de Liancourt (1598-1674), homme de piété et de bonnes œuvres, lié au groupe janséniste.
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Le bon M. Thévenin, curé de Saint-Etienne, en Dauphiné (10), m’a écrit plusieurs lettres, toutes tendantes à travailler à faire un Séminaire de prêtres pour les cures et autres bénéfices, et me pousse par quantité de raisons et même par les jugements de Dieu. Il vous a vu en Dauphiné et à Annecy, et nous ici. Je souhaiterais bien que vous prissiez la peine de le voir en passant et de lui rendre mes lettres dans lesquelles il y en a une de change pour prendre à Lyon, de Messieurs Mascarini et Lumague (11), 250 livres qu’il me mande qu’il a dépensées pour nous venir voir. Il me presse d’abandonner notre dessein [des missions] pour suivre celui qu’il propose, ce que je n’aurais pas difficulté à faire si Notre-Seigneur l’avait agréable. Mais la Compagnie ayant été approuvée du Saint-Siège, qui a infaillibilité pour l’approbation des Ordres que Notre-Seigneur institue, à ce que j’ai ouï dire à feu M. Du Val (12) ; 2° et la maxime des Saints étant qu’une chose qui a été résolue devant Dieu en suite de plusieurs prières et conseils qu’on a pris, il faut rejeter et tenir pour tentation tout ce qui se propose contre ; 3° et enfin ayant plu à Dieu de donner une approbation universelle d’un chacun à ce bon œuvre [des missions], en sorte que partout chacun commence à y prendre goût et à y travailler, et la miséricorde de Dieu accompagnant cet œuvre de ses bénédictions, il me semble qu’il faudrait quasi un ange du ciel pour nous persuader que c’est la volonté de Dieu qu’on abandonne cet œuvre pour en prendre un autre qu’on a déjà entrepris en plusieurs endroits et qui n’a pas réussi. Et pour ce que néanmoins le Saint Concile de Trente (13) recommande cet œuvre, nous nous sommes donnés à Dieu pour le servir en cela partout où nous le pourrons. Vous avez commencé (14), Monseigneur d’Alet (15) fait de même, Monseigneur de Saintes (16) a ce même dessein ; et nous allons commencer en cette ville pour en faire un essai de douze, à quoi S. E. (17) nous aide de mille écus (18). Ce bon serviteur de Dieu voudrait que la chose allât un peu plus vite, mais
10). Sans doute Saint-Etienne de Saint-Geoirs (Isère).
11). Banquiers de Lyon.
12). André Du Val (1564-1638), professeur en Sorbonne, un des conseillers les plus écoutés de M. Vincent.
13). Décret "Cum, in adolescentium aetas", publié dans la XXIIIe session (15 juillet 1563).
14). C’est à Annecy, l’année précédente, que B. Codoing avait commencé les exercices d’un Séminaire de clercs.
15). Nicolas Pavillon, évêque d’Alet depuis 1638, il mourra en 1677.
16). Jacques Raoul de La Guibourgère, évêque de Saintes depuis 1642, il sera transféré à Maillezais-La Rochelle en 1646.
17). Le cardinal de Richelieu.
18). L’écu valait 3 livres.
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il me semble que les choses de Dieu se font peu à peu et quasi imperceptiblement, et que son esprit n’est pas violent, ni tempestatif.
Je vous ai dit ci-dessus que je vous priais de le voir, mais j’ai pensé depuis qu’il n’est pas besoin et qu’il suffira que vous lui envoyiez mes lettres.
Je suis bien aise, Monsieur, de ce que votre nature est revenue de ces mouvements pressants que vous sentiez pour Rome au commencement, et que vous les craignez à présent, parce que ce sera le pur amour de Dieu qui vous y amènera, et que par conséquent vous avez sujet d’espérer que l’esprit même de Dieu vous animera et ferai son œuvre par vous. Allez donc, Monsieur, in nomine Domini, en cette confiance. écrivez-moi souvent et de toutes choses. Choisissez un lieu sain pour votre habitation. La lettre de M. le cardinal Mazarini est écrite de bonne encre, et moi je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
M. de Montereil, secrétaire de l’ambassadeur de Rome, prendra une barque pour aller terre à terre. Je vous prie de vous rendre à Marseille vers le 25 ou 27.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, prêtre de la Mission à Lyon.
30. — A JACQUES CHIROYE
La lettre 613 de l’édition Coste (t. II, p. 292-293), adressée à Jacques Chiroye, prêtre de la Mission, supérieur de la maison de Luçon, le 6 septembre 1642, a été publiée par Coste d’après l’édition Pémartin de 1880 (N° 364, t. I, p. 420-421). L’original de cette lettre a été retrouvé depuis ; en 1935 il était en la possession de Mgr Garnier, évêque de Luçon, qui l’a communiqué à l’archiviste de la Congrégation de la Mission ; celui-ci a publié cette lettre dans les Annales C. M. (1938, p. 606-607) avec l’orthographe de Saint Vincent car la lettre est entièrement autographe.
Les différences entre l’original et le texte Pémartin-Coste sont minimes sans portée ; c’est pourquoi nous ne jugeons pas utile de redonner ici cette lettre.
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31. — A FRANçOIS DU FESTEL
De Paris, ce 20 septembre 1642.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai été plus consolé qu’autre que le bon Dieu ne vous peut exprimer du bon état auquel M. Lambert (1) a trouvé votre communauté en général et chacun en particulier, et pour la bénédiction qu’il plaît à Notre-Seigneur de donner à vos missions et à votre séminaire, dont je rends grâces à Dieu, et le prie qu’il bénisse son œuvre de plus en plus et qu’il sanctifie votre chère âme et toutes celles de la petite Compagnie et, par vous, toutes celles qu’il a résolu de sauver par votre moyen.
Et pource que vous me faites instance d’introduire dans la Compagnie la déposition et le changement des supérieurs plus fréquemment que nous n’avons fait jusqu’à présent, et me priez de commencer par vous, et de vous laisser obéir en la même maison où vous avez dirigé je remercie Dieu, Monsieur, de la lumière qu’il vous a donnée pour cela et me donne à sa divine Majesté pour en user de la sorte, moyennant sa grâce. Et, comme vous le désirez, nous commencerons par vous. Vous vous déposerez donc, s’il vous plaît, Monsieur, au premier chapitre que vous tiendrez, et remettrez votre office en la personne de M. Guérin (2), lequel je prie de l’accepter, et la Compagnie de le regarder en Dieu, et Dieu en lui, et de lui obéir de même.
Et pource qu’il sera nouveau en cet emploi et qu’il est nécessaire qu’il soit assisté de vos bons conseils, je vous prie de lui faire cette charité, et lui de prendre votre avis en toutes choses. Il sera bon, avant d’en venir là, que vous lui disiez les petites maximes de la Compagnie, l’esprit et la manière de diriger d’icelle, et lui direz notamment cette maxime : qu’il faut être ferme et invariable à la fin, mais doux et humble pour les moyens, quoique je la pratique Si mal.
Lettre 31. — Lettre autographe. Original dans la collection privée de la reine de Hollande (en 1931). Une partie de cette lettre a été éditée d’après une copie défectueuse du Registre 2 (Archives de la Mission) par Coste (N° 618, t. II, p. 297-299). Les Annales C. M. ont publié le texte intégral d’après l’original (1931, p. 693-696).
1). Lambert aux Couteaux, prêtre de la Mission (1606-1653), entré dans la Congrégation en 1629 ; il était alors supérieur de la maison de Richelieu. Il avait dû être envoyé eu visite extraordinaire à Annecy pour éclairer M. Vincent sur la situation de la maison.
2). Guérin (Jean), prêtre de la Mission (1594-1653), entré dans la Congrégation en 1639 ; nommé supérieur de la maison d’Annecy en remplacement de Fr. Du Festel (septembre 1642), il le demeura jusqu’à sa mort.
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Et pource que l’esprit malin en fait quelquefois des siennes au changement des officiers d’une Compagnie, indisposant les uns à cause de la déposition de l’ancien, auquel ils ont confiance ; d’autres, de ce qu’on ne les a pas choisis, eux ; et d’autres pour le choix de la personne ; je vous prie, Monsieur, de faire une conférence (3) sur ce sujet, dont le premier point sera de l’indifférence que doivent avoir les missionnaires pour passer de la direction d’un officier à un autre ; 2° comme se doivent comporter les missionnaires entre eux lorsqu’on change quelque officier ; 3° comment se doit comporter le déposé avec celui qui sera élu et l’élu avec le déposé. Je ne puisque je ne vous die qu’un des meilleurs moyens du second point, c’est de n’en point parler pour tout entre eux, comme je pense. Mon Dieu, Monsieur ! que je serai consolé si vous m’envoyez ce qui aura été dit sur chaque point ! Je vous supplie de le recueillir.
J’espère que celui qui vous a suggéré la pensée du changement vous en donnera d’utiles à la Compagnie, de la façon qu’on se doit comporter dans ce changement.
Je vous prie me mander si ce que vous me dites, par la vôtre du 29 août, qu’on vous devra au premier d’octobre 12 pistoles (4), s’entend outre ce qu’on a payé et votre paie à cette honnête femme de cette ville à laquelle vous nous avez mandé de payer ce que vous avez pris d’elle.
Le bruit est ici que Monseigneur prend pour son successeur M. l’archevêque de Maurienne (5).
J’oubliai hier de prier M. Codoing qu’il ne se mêle point de l’affaire du Visiteur de Sainte-Marie (6). Je n’en savais chose quelconque. O mon Dieu, Monsieur ! qu’il est bon de ne se mêler que de ce que nous avons ordre. Dieu est toujours là dedans et jamais ou rarement au reste.
Je ne comprends pas bien la mesure de la maison que les bonnes Filles de la Visitation vous offrent. Vous dites qu’elle a 53 pieds (7) de long, 43 de large et cent cinquante pas (3) de face sur le pavé. La face du bâtiment, n’est-ce pas sa largeur ou sa longueur ? Un mot de cela, s’il vous plaît.
3). La conférence était un exercice de communauté au cours duquel chacun des participants disait ses pensées et ses sentiments sur le sujet proposé.
4). La pistole valait 10 livres.
5). Paul Millet de Châles (1599-1656), évêque de Maurienne. Il avait pris possession de son siège le 17 septembre 1642. C’est par erreur que M. Vincent lui donne le titre d’archevêque.
6). Le Visiteur canonique des couvents de l’ordre de la Visitation.
7). Le pied valait 0 m. 33.
8). Le pas valait 2 pieds 1/2
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Il y a difficulté d’acheter un fonds dans un état dans lequel l’on n’a pas permission du prince de s’établir. Si, sans avoir égard à cela le conseil que vous pourriez prendre d’habiles gens à Chambéry (9) est de cet avis, vous ferez bien d’acheter cette maison, pourvu qu’elle soit au bon air. Je vous supplie, Monsieur, au nom de Dieu, de regarder sur toutes choses le bon air dans l’achat que vous ferez.
Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai pour le présent, sinon que je salue votre communauté avec tout le respect qui m’est possible, prosterné en esprit à ses pieds, et que je suis à elle et à vous, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL
i. p. de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Du Festel, supérieur des prêtres de la Mission d’Annecy, à Annecy.
32. — FRERE MATHIEU REGNARD A M. VINCENT
Janvier 1643.
Il y a quelques jours, notre frère Mathieu m’écrivait de Lorraine ; et sa lettre toute baignée de larmes, me mandait les misères de ce pays et particulièrement de plus de six cents religieuses :
"Monsieur, la douleur de mon cœur est si grande que je ne la vous puis dire sans pleurer, pour la grandissime pauvreté de ces bonnes religieuses que votre charité fait secourir, dont je ne vous saurais représenter la moindre partie. Leur habit ne peut presque être reconnu… Elles sont rapetassées de tous côtés de vert, de gris, de rouge, enfin de tout ce qu’elles peuvent avoir. Il leur a fallu prendre des sabots."
9). Chambéry, ancienne capitale de la Savoie ; depuis le transfert de la cour et du gouvernement à Turin, Chambéry était demeuré le centre administratif des pays d’au-delà des monts.
Lettre 32. — Conférence du 25 janvier 1643, aux Filles de la Charité. Archives des Filles de la Charité. Original de l’écriture de Louise de Marillac. S.V. IX, 84-85.
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33. — A BERNARD CODOING
De Paris, ce 5 février 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous écrivis la semaine passée et n’ai rien, si me semble, à vous dire de nouveau, sinon que quelque petite altération qui est arrivée dans les affaires rend l’affaire de Saint-Yves (1) plus difficile, et qu’elle n’est pas à presser.
L’autre (2) est touchant la demande que vous m’avez faite si nous ferions la mission dans les villes épiscopales ; sur quoi je vous dirai que je n’ai jamais eu la pensée de cette exclusion, oui bien de n’y point travailler hors de là, et, de fait, vous l’avez faite à Annecy (3) et M. Chiroye (4) la fait à Luçon ; mais pour prêcher, catéchiser et confesser dans ces lieux-là, hors le temps de la mission, c’est ce qui m’a semblé n’être pas expédient. Je fais prier la Compagnie pour résoudre la chose, si faire se peut, selon le dessein de Dieu, et nous mettrons cette résolution dans les règles, Dieu aidant.
Je vous prie de vous ressouvenir de la dispense du vœu de religion, que je vous ai demandée pour une veuve, et celle d’un prêtre capucin qui est devenu hérétique, dont M. Portail (9) vous a écrit.
En voici une autre : un curé a eu sa cure par une simonie assez légère. Il se nomme Taufin (3), du diocèse de Troyes ; il demande la dispense de tenir le bénéfice et condonation des fruits qui ne sont que de cent écus par an ; il est très homme de bien, la simonie ne touche qu’à six muids de vin que son résignant voulait qu’il lui
Lettre 33. — Lettre autographe. Original aux Archives ducales de Sagan (Silésie), en 1936. Coste dans son édition n’avait pu que signaler la lettre (N° 640, t. II, p. 363), l’existence n’en étant connue alors que par un catalogue de Charavay. Texte publié dans les Annales C. M. (1936, p. 405-408) avec l’orthographe de l’original.
1). Il était question d’unir la paroisse Saint-Yves (à Rome) à la Congrégation de la Mission et d’y installer les prêtres de la Mission. Le projet n’aboutit pas.
2). En marge M. Vincent écrit : J’ai oublié de vous envoyer la lettre de M. Codoing (sic), il y a longtemps.
3). B. Codoing avait séjourné à Annecy comme supérieur de la maison de la Congrégation de la Mission de 1640 à 1642.
4). Jacques Chiroye, prête de la Mission (1614-1689), entré dans la Congrégation en 1638, supérieur de Luçon, depuis 1640.
5). Antoine Portail, prêtre de la Mission (1590-1660), le premier compagnon de M. Vincent, choisi par l’assemblée générale de la Congrégation réunie en 1642, comme premier assistant du supérieur général (M. Vincent).
6). Ce nom difficilement lisible a été barré postérieurement, sans doute pour couvrir du voile de l’anonymat cette histoire de simonie.
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donnât absolument, après avoir convenu de la pension qui était de douze écus ; au nom de Dieu, Monsieur, faites-la expédier au plus tôt ; s’il est besoin d’exprimer le bénéfice, il se nomme Nogetum (7).
J’attends la lettre de change des mille livres que je vous ai proposé de prendre. Nous n’avons point encore les contrats de votre fondation, quelque diligence que j’y fisse, pour quantité de circonstances qui se rencontrent en l’affaire.
M. Du Coudray (8) et M. Boucher (9) partiront dans deux jours pour la Barbarie (10), pour les raisons que je vous ai écrites, et feront la mission en attendant sur les galères de Marseille. S’il n’y allait que de la rédemption des captifs, l’on n’irait pas, mais s’agissant de voir les raisons qu’il y aura d’assister spirituellement les pauvres esclaves dans l’avenir, chacun nous y porte ; vous en direz un mot, s’il vous plaît, à Monseigneur Ingoli (11).
J’attends avec impatience le succès de votre séminaire, le nôtre est béni de Dieu ici ; nous en avons vingt-deux dont il y en a sept ou huit en mission.
Et moi je salue et embrasse votre chère Compagnie, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et obéissant serviteur,
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
M. de Saint-Aignan (12) nous a résigné le prieuré de Dyé (13), diocèse de Langres ; M. Gallot (14) doit envoyer la procuration à un sien ré-
7). Ce mot a été barré lui aussi, sans doute pour la raison donnée à la note 6, Nogetum (ou Nogetus) correspond à Nogent, or il y a trois Nogent dans le diocèse de Troyes.
8). François Du Coudray, prêtre de la Mission (1586-1649), entré dans la Congrégation en 1626. Il n’alla pas en Barbarie, restant quelque temps à Marseille pour évangéliser les galériens en compagnie de plusieurs autres confrères.
9). Léonard Boucher, prêtre de la Mission, entré dans la Congrégation en 1632. Pas plus que Fr. Du Coudray il n’ira en Barbarie.
10). Par ce terme de Barbarie on désignait alors l’Afrique du Nord. Les missionnaires de M. Vincent commencèrent à travailler au bien spirituel des esclaves chrétiens à Tunis, en 1645, à Alger, en 1646.
11). Secrétaire de la Congrégation de la Propagande à Rome, de 1622 à 1649.
12). Chanoine du chapitre cathédral de Notre-Dame de Paris depuis 1638, plus tard Grand Vicaire du Cardinal de Retz, archevêque de Paris. Son nom de famille était Paul Chevalier. Il mourra en 1674.
13). Prieuré bénédictin, aujourd’hui dans le diocèse de Sens et le département de l’Yonne. Le projet en question n’aboutit pas.
14). Notaire ecclésiastique du diocèse de Paris.
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pondant […] banquier à Rome. Il y enverra de plus le consentement de M. l’abbé et des religieux ; vous le verrez, s’il vous plaît, pour lui recommander et y tenir la main pour la componende (15).
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, Supérieur des prêtres de la Mission de Rome à Rome.
34. — A FRANçOIS DU FESTEL
Détails intéressants sur les affaires générales de la Congrégation dans différentes villes et sur les galères et sur le succès des études dans les séminaires. Il lui envoie la ratification de la fondation du Commandeur de Genève avec toutes les recommandations possibles :
"O Monsieur, que j’ai une grande consolation de ce que Notre-Seigneur a choisi deux Commandeurs de Malte pour le bien du diocèse de Genève. Je prie Notre-Seigneur qu’il sanctifie de plus en plus cet ordre-là et l’âme de mondit Seigneur, et qu’il glorifie de plus en plus celle de Monsieur le Commandeur de Sillery (1). Je vous prie, Monsieur, de demander permission à mondit Seigneur de lui baiser la main de la part de notre petite Compagnie et particulièrement de la mienne."
15. La componende était une offrande versée au Saint-Siège à l’occasion de l’obtention d’un bénéfice, d’une grâce ou d’une faveur.
Lettre 34. — Le résumé qui en est donné est tiré d’un catalogue de Charavay qui la signale comme autographe. Coste la signale à son tour dans son édition (N° 652, t. II, p. 374). La partie ci-dessus reproduite, à la suite du résumé de Charavay, a été retrouvée à la Bibliothèque Nationale de Paris (Département des Manuscrits : Nouv. Acq. fr. 3099).
1). Voir note 3 de la lettre N° 16 de la présente édition.
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35. — A BERNARD CODOING,
Prêtre de la Mission, Supérieur à Rome
De Paris, ce 20 mars 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu deux de vos lettres à la fois, l’une du 1er et l’autre du 12 février. Voici la réponse à la première. Je rends grâces à Dieu de tout ce que vous me dites par toutes deux et notamment de ce [que] vous avez eu le bonheur de faire révérence à Mgr le cardinal Lante (1) et de tout ce que S. Em. vous a dit, comme aussi de ce que vous avez commencé le séminaire par les diacres et les sous-diacres que Mgr le cardinal Lante vous a envoyés, et vous dirai que j’entrevois les fruits que vous me dites qui en pourront réussir, s’il plaît à Dieu d’y donner sa bénédiction, comme je l’en prie de tout mon cœur, et lui offre toutes les palpitations de mon cœur comme autant d’oraisons jaculatoires qui lui demandent incessamment cette grâce.
Pour l’affaire de Saint-Yves (2), je n’y vois point beaucoup de choses à espérer pour le présent, à cause de l’instance que font les Pères de l’Oratoire à l’égard de Saint-Louis (3) par leur Père général (4), confesseur de Monsieur, frère du Roi (5), auquel la personne à laquelle j’en ai parlé (6) ne veut pas déplaire. Vous ne direz point ceci à qui que ce soit au monde ; nous verrons avec le temps.
J’ai fait voir vos lettres, comme je le fais pour l’ordinaire, à Madame votre fondatrice (7) ; quand il y aura quelque chose de particulier, vous me le direz par un billet à part.
Lettre 35. — Lettre autographe. Original au Musée de Mariemont (Belgique) en 1960’il s’y trouve depuis 1910. Lettre publiée dans l’édition Coste (n° 654, t. II, pp. 375-382) d’après une copie pleine de fautes de lectures et d’interprétations erronées. L’original. retrouvé récemment, n’est pas en très bon état : en plusieurs endroits, l’encre a mangé le papier ; on trouve beaucoup de ratures ; quelques noms propres et même des lignes entières ont été rendues illisibles par une main postérieure. Quelques lectures données ici restent conjecturales. Photographie de l’original aux Archives de la Mission (Paris).
1). évêque suburbicaire d’Ostie.
2). Cf. note 1 de la lettre n° 33 de la présente série.
3). Confrérie et paroisse de Saint-Louis-des-Français à Rome (à laquelle étaient rattachées la confrérie et la paroisse de Saint-Yves). Elle dépendait des Oratoriens français.
4). François Bourgoing (1585-1662). Supérieur général depuis 1641.
5). Gaston, duc d’Orléans.
6). Le comte de Brienne.
7). La duchesse d’Aiguillon.
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Voici la réponse à la seconde. Elle me parle amplement de Saint-Yves et de quelques missions en Bretagne. Je ne vous puis dire que ce que je vous ai dit sur ce sujet, sinon que la personne à qui j’en ai parlé s’éloigne de moi à cause de cela, et que nous avons quelques Bretons à notre séminaire, si la chose était pressée ; à cela près, omnia tempus habent (8).
Je suis tout à fait de votre sentiment, Monsieur, qu’il faut s’attacher aux séminaires, et que les missions s’en feront mieux. Nous sommes obligés d’aller commencer celui de Cahors après Pâques, et Nos seigneurs de Mende (9) et d’Angoulême (10) nous pressent pour faire le même chez eux au même temps, ce qui nous est impossible, si Dieu ne nous aide. Nous faisons payer pension à tous ceux qui en ont le moyen ; ils donnent 200 livres et d’aucuns quatre-vingts écus (11). Je pense comme vous qu’il en faut user partout de la sorte.
J’écrirai au premier jour à M. Soufliers (12) ce que vous me dites pour Agen (13). J’attendrai ce que Mme la Duchesse (14) me dira touchant celui de Richelieu (15) et les ordinands à Poitiers (16).
Je suis bien aise de ce que vous me dites, que le Pape (17) admettra l’union des cures au séminaire, en payant la componende (18). M. de Saintes (19) me demande cela par celle que je reçus hier de lui. Expliquez-moi cependant, s’il vous plaît, la condition que vous me dites, de payer la componende, à combien cela monte, et celle-ci que ces cures sont desservies par des prêtres du séminaire.
Je n’ai point l’honneur de connaître M. de Vanci, je ferai néanmoins attention à l’ouverture que vous me faites à son égard. Quant à la cure du diocèse (20) de Mgr le cardinal Lante, si nous avons des hommes et supposé qu’elle soit en quelque petite ville,
8). Livre de l’écclésiaste III, 1 "y a un temps fixé pour tout."
9). Sylvestre de Crusy dé Marcillac, évêque de Mende de 1628 à 1659, date de sa mort.
10). Jacques Du Perron, évêque d’Angoulême de 1637 à 1646.
11). C’est-à-dire 240 livres.
12). François Soufliers, né à Montmirail, diocèse de Soissons, en 1606, reçu dans la Congrégation en 1629, ordonné prêtre eu 1631.
13). Plus exactement La Rose, diocèse d’Agen, où Fr. Soufliers était Supérieur depuis l’année précédente.
14). La duchesse d’Aiguillon.
15). Le séminaire de Richelieu commença en 1646 et n’eut qu’une existence éphémère.
16). Il s’agit soit d’un séminaire d’ordinands projeté (projet abandonné), soit d’une retraite d’ordinands prêchée à Poitiers.
17). Urbain VIII, pape de 1623 à 1644.
18). Cf. la note 15 de la lettre n° 33 de la présente série.
19). Jacques Raoul de la Guibourgère, évêque de Saintes de 1642 à 1646.
20). Cf. note 1.
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in nomine Domini, il y faudrait penser. Mais si vous pouvez suspendre la chose, en attendant vous verrez et me manderez l’état du lieu, le nombre des communiants et combien de personnes cela pourrait entretenir [?], après que vous y aurez fait la mission.
Pour la dispense du vœu, je vous ai renvoyé celle que vous m’aviez envoyée, et mandé que cette bonne âme n’a qu’environ 36 ans. Et pour la maladie qui la contraint à manger de la viande, c’est un affaiblissement de la nature par une continuelle agitation de son esprit et des sollicitudes que des affaires lui ont données. Je vous supplie, monsieur, de travailler à cela.
L’absolution ou la dispense qu’on demandait pour cet hérétique converti, qui a été Capucin, se demandera à Rome par lui-même, qui est parti pour y aller.
Je ferai refaire et signer par M. Callon (21) la lettre qu’il a déjà écrite à M. l’abbé d’Aumale (22), et si l’affaire de Saint-Yves s’avançait nous lui ferions écrire par des personnes de considération ; si cette affaire se faisait, vous ôtez l’âme de la chose en supprimant la considération du séminaire. Que dira-t-on pour raison du changement de cette direction ?
Puisque le frère du Frère Martin (23) vous est utile et [que] vous pensez en faire un bon enfant, in nomine Domini, gardez-le.
Nous tâcherons d’obtenir la lettre de Mgr le cardinal Mazarin en la manière que vous la demandez, et vous enverrai le livre latin des ordinands par M. de Horgny, lequel j’espère faire partir à Pâques pour aller visiter les pauvres petites familles de Notre-Seigneur (24).
Nous penserons à ce que vous me dites, qu’il est expédient que le général ait la faculté d’appliquer les biens d’une maison à une autre. Prenez avis de cela, si cela est à souhaiter et s’il y a exemple.
Je ferai dresser désormais les mémoriaux en latin, avant de vous prier d’obtenir ce qu’ils contiendront.
Voici les paroles de la dame du vœu touchant son indisposition ; cette infirmité est plutôt une faiblesse et délicatesse de tempérament qui empêche cette femme de pouvoir faire six jours maigres de suite, sans être malade quant à une maladie particulière.
21). Louis Callon, né à Aumale, diocèse de Rouen, entre dès 1626 dans la Congrégation de la Mission ; peu après il rejoignait sa cure d’Aumale, sans cesser de faire partie de la Congrégation. Mort à Vernon en 1647.
22). Edmond ou Aimé du Broc du Nozet.
23). Non identifié avec certitude, peut-être Jean Martin, né à Paris en 1620, entre dans la Congrégation de la Mission en 1638, ordonné prêtre à Rome en 1645, mort à Rome en 1694.
24). Autrement dit : pour aller faire la visite canonique de plusieurs maisons de la Compagnie.
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Vous me manderez, s’il vous plaît, le nom de la cure de Vannes (25) dont vous me parlez, afin de tâcher à y établir un séminaire.
Reste maintenant à vous répondre à ce que vous me dites de M… [?] et, à son sujet, du support des dyscoles (26). Que feriez-vous, monsieur, d’une personne qui aurait fait son possible depuis quelques années pour faire retirer de la maison tous ceux qu’elle a pu et qui, effectivement, en a débauché quatre ou cinq des plus capables de servir et a fait faire un merveilleux échec dans une âme, des meilleures de la Compagnie, et dont l’esprit, s’il n’est entièrement perverti, est beaucoup altéré, qui fait ce qu’il peut pour cela, non seulement de paroles, mais aussi par écrit aux absents ? Voici ce qu’il dit à un monsieur… [?] " Est-il toujours en son béguin (27) ? Ne pense-t-il plus à ce que je lui ai dit que, s’il lève l’enseigne, je battrai le tambour partout ? Et tels et tels ne prendront-ils point parti ? Et vous, voulez-vous pas que je vous envoie de l’étoffe de ce pays pour vous en faire un froc à vos vœux (qu’il a faits il y a six ou sept ans) ?" Et ensuite, il lui mande les défauts corporels de ceux du pays, que la plupart des hommes entrent à l’église par le cloître et que les femmes sont si laides qu’il n’a pas été en peine de faire un signe de croix pour en chasser la tentation ; et mande cela du lieu où il fait la mission à un qui est à 150 lieues de lui.
Que feriez-vous… [?] parce qu’il l’a toujours… [?] depuis qu’il en est dehors, et a mis une telle division dans la famille de… [?] qu’il a fallu faire maison neuve ? Et tout cela au fort qu’il me donnait les plus grandes espérances. O Monsieur, Dieu nous garde de le vous envoyer et à vous de le prendre ! Il renverserait votre établissement bientôt ou l’altérerait bien fort.
Vous me dites qu’il faut supporter de ces gens-là en ce commencement que la compagnie a tant besoin d’hommes, et que dans quelque temps l’on pourrait purger la compagnie. Il est vrai, Monsieur, que la compagnie a besoin d’hommes ; mais il vaut bien mieux en avoir moins que d’en avoir plusieurs de dyscoles et faits de la sorte. Dix bons feront plus pour Dieu que cent de ces gens-là. Purgeons, Monsieur, purgeons la compagnie des personnes profanes et qui ne sont pas agréables aux yeux de Dieu, et il l’augmentera et la bénira. Dieu voulant faire mettre à mort environ trois mille hommes qui avaient adoré le veau d’or, et Moyse l’en voulant empêcher par ses prières, il lui répondit : "Dimitte me ut irascatur furor meus contra
25). Ce projet de séminaire à Vannes n’eut pas de suite.
26). Personnes avec lesquelles il est difficile de vivre.
27). "être dans son béguin", c’est-à-dire : être inexpérimenté comme un enfant.
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eos faciantque te in gentem magnam (28)." Selon cela, Monsieur, diminuer le nombre de ceux qui offensent Dieu dans une compagnie est augmenter la même compagnie en vertus et en nombre, parce que l’on accourt aux compagnies bien réglées et vertueuses. O que Notre-Seigneur savait bien ce qu’il disait quand il disait que malum pecus inficit omne pecus (29). Il ne faut qu’un homme comme celui-là, Monsieur, pour troubler une compagnie. Celle des Mathurins réformés (30) est en une désolation extrême et menacée d’être anéantie ou en tout ou en partie par un esprit profane, dyscole et incorrigible et plein d’artifices.
Je prie Dieu, Monsieur, qu’il éclaire et élève votre entendement, pour connaître l’importance qu’il y a pour la gloire de Dieu et pour la sanctification de la compagnie et pour le bien de l’église que nous ne souffrions point en icelle les personnes qui n’y font pas bien et que le temps viendra que l’on ne le pourra pas faire, quand, l’on le voudrait entreprendre.
Oui, mais il s’en va écrire et faire rage contre la compagnie. Il ne nous fera pas plus de mal que Dieu ne voudra qu’il nous en fasse, et le mal qu’il nous fera nous tournera à bien. Et puis [ne] serions-nous pas indignes de servir à Dieu en la condition que nous sommes, si, pour empêcher qu’une personne nous fasse du mal, nous souffrons qu’elle altère le service et la gloire de Dieu parmi nous ? Souvenez-vous, Monsieur, que le déchet de la plupart des communautés vient de la lâcheté des supérieurs à ne tenir ferme et pour ne les purger des dyscoles et incorrigibles.
Je finis en me recommandant à vos saintes prières et à celles de la compagnie, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la mission.
28). Livre de l’Exode, XXXII, 10 : "Laisse-moi, que ma colère s’embrase contre eux et je ferai de toi une grande nation."
29). Proverbe qu’on ne trouve pas dans la Sainte écriture, le sens est celui-ci : une brebis vicieuse corrompt n’importe quel troupeau.
30). Il s’agit de l’ordre des Trinitaires (appelés en France : Mathurins) réformés en France à la fin du XVI° siècle. L’ordre était alors en pleine crise par suite de l’opposition à l’autorité du Supérieur général de certains membres de l’ordre, à la tête desquels était un certain Alexis Berger.
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36. — LETTRE DE SAINT VINCENT
AUX PRêTRES DE LA MISSION DE MARSEILLE
En date du 18 avril 1643, signalée dans Allier (Raoul). La Compagnie du Très-Saint-Sacrement de l’Autel à Marseille. Paris, 1909. L’auteur publie (pp. 153-155) la lettre de la Compagnie du Saint-Sacrement de Paris à la Compagnie de Marseille, datée du 18 avril 1643. On y lit le passage suivant (p. 153) :
"Nous avons fait prier Monsieur Vincent, Supérieur des Prêtres de la Mission, qui a envoyé des missionnaires en Barbarie, qui sont encore en votre ville de leur écrire promptement en faveur dudit Vatel [esclave français détenu à Alger] à ce qu’il soit compris dans le nombre de ceux qui doivent être délivrés. Ce qu’il nous a promis de faire si le fonds qu’ils ont peut suffire à la délivrance de ceux pour lesquels ils sont envoyés et à la sienne, et leur a écrit aujourd’huy à cet effet…"
37. — A BERNARD CODOING,
Prêtre de la Mission, Supérieur à Rome
De Paris ce 7 mai 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Madame la Duchesse d’Aiguillon (1) est enfin déterminée à donner cinq mille livres tous les ans, sur le prix de la ferme des coches de Rouen, outre celles de Soissons qu’elle a déjà données ; cela est pour faire sept mille cinq cents livres par an, pour la maison de Rome, qui est ce que vous avez demandé.
Cette nature de revenu, comme il est sur le domaine du roi aliéné, il court risque d’être remboursé, et quelquefois pis ; l’on a pourtant sujet d’espérer que la chose étant employée à un si important usage, à la gloire de Dieu et au bien de son église, et étant appuyée ici par Messieurs les Nonces, que la chose sera réservée dans les aliénations qui se font parfois de ce bien là, ou quand le roi, par l’extrême nécessité de ses affaires met la main dessus. Le contrat n’est point encore passé quoiqu’il soit minuté. Je verrai aujourd’hui Madame la Duchesse. C’est ce que je vous puis dire pour aujourd’hui, pour être pressé de m’en aller commencer une neuvaine pour le roi (2) que je recommande
Lettre 37. — Lettre autographe.
Original en possession (1965) de M. R. Schuermans. avocat, à Turnhout (Belgique).
1). Nièce du Cardinal de Richelieu, bienfaitrice des œuvres de Saint Vincent, en particulier des maisons de Rome, de La Rose, d’Alger et de Tunis.
2. Le roi Louis XIII devait mourir le 14 mai suivant.
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à vos prières et la mission de Sedan que Sa Majesté m’a commandé d’y envoyer, comme aussi je vous mande de nous envoyer la dispense du vœu d’entrer aux Carmélites. Et je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing supérieur des prêtres de la Mission à Rome. Au-dessous : Monsieur Marchand, de Rome.
38. — LETTRE DU PèRE FéLICIEN A SAINT VINCENT
Signalée dans Collet (Pierre), La Vie de Saint Vincent de Paul. Nancy, 1748, 2 tomes, t. I, p. 306 :
"… nous avons encore une lettre du Père Félicien, vicaire provincial des Capucins de Lorraine, où il remercie Saint Vincent au nom de ses frères, à peu près comme Saint Paul remerciait Philemon, de ce qu’il a soulagé dans leur extrême besoin les serviteurs de Dieu : Quia viscera Sanctorum requieverunt per te… (1)" Collet ajoute en note : "Cette lettre, qui est datée de Saint-Mihiel, le 20 mai 1643, se conserve au séminaire de Toul."
39. — LETTRE ADRESSéE A SAINT VINCENT
Signalée dans Allier (Raoul), La Compagnie du Très Saint-Sacrement de l’Autel, à Marseille… Paris, 1909. (Extraits des délibérations, p. 55) [1643] : "Du 1er août. Fut écrit à Paris à Monsieur Vincent, Supérieur général des prêtres missionnaires de France, d’envoyer de ses prières à Salé (1) en Barbarie pour la consolation des esclaves chrétiens (2)".
1). épître de Saint Paul à Philémon, verset 7 : "Le cœur des Saints est en repos grâce à toi."
Lettre 39. — Cette lettre, écrite en fin juillet 1643, est perdue.
1). Port sur la côte atlantique du Maroc.
2). Le projet n’eut pas de suite, cependant on en parla assez longtemps. Le 25 juillet 1646, Saint Vincent écrivait à A. Portail : "On nous en demande encore à Salé, qui est une autre ville de l’Afrique, où l’on a permission de prêcher Jésus-Christ. Nous ne savons encore qui choisir pour y aller." (Saint Vincent, Œuvres, édit. Coste, t. II, p. 623). Saint Vincent désigna un de ses confrères, Jacques Le Soudier, et l’envoya à Marseille pour s’embarquer, mais, apprenant qu’un religieux Récollet avait "gagné le devant", il arrêta l’affaire pour ne pas entrer en concurrence avec d’autres religieux missionnaires.
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40. — A BERNARD CODOING,
Prêtre de la Mission, Supérieur à Rome
De Paris, ce 13 novembre 1643.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je serais plus en peine de votre maladie si l’on ne me mandait en même temps que vous vous en portez mieux. Je prie Notre-Seigneur et le ferai prier qu’il vous redonne une parfaite santé. Je vous prie, Monsieur, de la ménager quand sa bonté la vous aura redonnée, et de modérer, à cet effet, l’austérité de la vie, à l’égard du manger et du dormir, que vous avez augmentée depuis vos exercices, et de suivre, à cet effet, le conseil de M. Blatiron (1). Rationabile enim debet esse obsequium vestrum (2) ; et l’excès dans la pratique des vertus n’est pas moins vicieux que le défaut.
Je pense que vous aurez déjà arrêté le marché de la maison de 2 000 livres. Votre affaire des coches, qu’on vous voulait ôter, est terminée à votre avantage en Conseil du roi ; et la fondation des 2 000 livres est faite, par la grâce de Dieu. Il ne reste plus à rien que vous ne fassiez les ordinands et le séminaire des prêtres.
Les Pères de l’Oratoire font ici instance pour avoir Saint-Louis (3) tout à fait et, à cet effet, il a été ordonné au Conseil qu’ils en parleront avec M. l’Ambassadeur à Rome (4). Je vous prie de n’en pas parler à qui que ce soit.
M. de Brienne m’a fait la même réponse à l’égard de Saint-Yves (5).
M. de Saint-Chamond part dans deux jours pour l’ambassade de Rome. Il m’a fait l’honneur de me venir voir et de me faire espérer protection.
Lettre 40. — Lettre autographe.
Original mis en vente en 1925 ou 1926 par M. Lemasle, marchand d’autographes. Cette lettre a été publiée dans les Annales C. M.,1926, pp. 231-232.
1). Etienne Blatiron, né à Saint-Julien-Chapteuil, diocèse de Clermont, en 1614 ; reçu dans la Congrégation de la Mission en 1638 ; ordonné prêtre en 1639. Il était arrivé à Rome depuis quelques mois. C’était un confrère prudent et avisé, fort estimé par Saint Vincent. Il mourra à Gênes en 1657, victime de son dévouement auprès des pestiférés.
2). épître de Saint Paul aux Romains, XII,1. La citation est approximative ; elle peut se traduire ainsi : "Que votre obéissance soit raisonnable" ; dans le contexte de l’épître, le sens est légèrement différent.
3). Cf. note 3 de la lettre n° 35 de la présente série.
4). M. de Saint-Chamond. Cf. infra.
5). Cf. note 1 de la lettre n° 33 de la présente série.
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Et Mgr le cardinal Grimaldi (6) partira dans le mois prochain. C’est un prélat de grande vertu, conduite et fermeté. Je reçus hier sa bénédiction. Il me fit espérer aussi sa protection pour vous, quoique je l’aie un peu choqué, sans y penser, à l’égard du grand vicaire de Pignerol (7), pour quelque difficulté que je lui ai faite en quelque chose qu’il demandait. Mais, cela n’est rien. Il me parlait hier avec notable application de notre bonheur de nous donner à l’assistance du pauvre peuple des champs.
Voilà tout ce que l’embarras auquel je suis me permet de vous dire pour le présent, sinon que j’embrasse votre petite compagnie, prosterné à genoux à ses pieds et aux vôtres, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
Indigne Prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Codoing, Supérieur des Prêtres de la Mission de Rome, à Rome.
41. — LETTRE DU MARQUIS DE FABERT (1) écrite de Sedan à Saint Vincent. Signalée dans Barre (Joseph), Vie de Monsieur le Marquis de Fabert, Paris, 1752, 2 tomes. T. I, p. 459. L’auteur fait l’éloge de Guillaume Gallais (2), Supérieur des missionnaires de Sedan (3), en ces termes :
"Le chef de la mission était M, Gallais, savant lazariste, homme d’une probité reconnue, désintéressé, religieux sans superstition, extrêmement attentif à ne rien faire qui put lui attirer quelque distinction extérieure toujours modèle et jamais spectacle dans les missions ; faisant usage de ses talents pour l’utilité des autres et non pour sa propre élévation. Il commença le grand ouvrage de la conversion des Sedanais par étudier leur caractère afin de s’accommoder à leur porte et de prendre en quelque façon le point et le degré de leur génie. "
En marge, le Père Barre donne comme source : "Lettre de M. Fabert à Monsieur Vincent (4)".
6). Girolamo Grimaldi, nonce à Paris depuis 1641 ; il venait d’être nommé cardinal (13 juillet 1643) et allait quitter son poste pour rejoindre la Curie romaine ; en 1655, il deviendra archevêque d’Aix-en-Provence ; c’est là qu’il mourra en 1685.
7). Pignerol, ville du Piémont, dépendait alors de la France.
1). Abraham de Fabert, né à Metz en 1599, valeureux militaire, gouverneur de Sedan en 1642, maréchal de France en 1658, il mourra à Sedan en 1662.
2). Guillaume Gallais, né à Plouguenast, diocèse de Saint-Brieuc, reçu dans la Congrégation de la Mission en 1639, ordonné prêtre en 1641, Supérieur de Sedan de 1643 à 1644.
3). Les Prêtres de la Mission commencèrent leur ministère à Sedan en mai 1643 (fondation royale).
4). Lettre à dater de 1643-1644 (pendant le séjour à Sedan de G. Gallais, de mai 1643 à septembre 1644, ou peu après son départ).
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42. — LETTRE DU CHEVALIER SIMIANE DE LA COSTE (1)
A SAINT VINCENT
Monsieur,
J’ai cru être de mon devoir de vous assurer de mon très humble service et de mes obéissances, et vous témoigner de la joie que j’ai reçue de l’entrée de vos MM. dans l’hôpital des pauvres forçats (2). Notre-Seigneur soit votre récompense, Monsieur, de la charité que vous avez rendue à cette maison, et des bons onces que vous lui avez rendus auprès de Madame la Duchesse d’Aiguillon. Je ne vous écris rien de son état ni de ses besoins, car je ne doute pas que M. de Montmort (3), lequel nous avons prié avant son départ de ce pays de vous en informer pleinement, ne l’ait fait, ainsi qu’il m’a fait l’honneur de me l’écrire, m’ayant assuré de la continuation de vos bonnes volontés pour procurer l’accomplissement de l’œuvre de Notre-Seigneur.
D’ailleurs, je sais que M. Du Festel vous en donne souvent des nouvelles. Pourtant je me contenterai seulement de vous supplier très humblement de croire que je ne vous suis pas moins acquis que les moindres sujets que vous avez dans votre Compagnie, à laquelle j’ai dédié tous mes services ; mais étant incapable de lui en faire ressentir tous les effets, du moins je demanderai à Dieu dans mes faibles prières, de communiquer à vous et à elle l’abondance de ses grâces et de la remplir
Lettre 42. — Tirée de : Allier (Raoul), La Compagnie du Très Saint-Sacrement de l’Autel, Paris, 1909, pp. 181-182, d’après la Vie de M. le chevalier de la Coste, par Antoine de Ruffi, Aix, 1659.
1). Gaspard Simiane de la Coste, né à Aix, en 1607. Venu à Paris, il se lia d’amitié avec Monsieur Vincent. De retour à Marseille, il se dévoua à toutes sortes de bonnes œuvres. Il fut l’auxiliaire majeur des œuvres de Saint Vincent à Marseille, en particulier il donna son temps et ses soins à l’Hôpital des Galériens. Il mourut de la peste, victime de son dévouement auprès des galériens pestiférés, le 24 juillet 1649.
2). En vertu d’un contrat signé le 25 juillet 1643, la duchesse d’Aiguillon avait fondé la maison de la Mission de Marseille : elle donnait 14 000 livres parmi les clauses du contrat nous trouvons celle-ci : les missionnaires assureraient le service spirituel dé l’Hôpital des Galériens. Cet hôpital, dont l’institution, vers 1618 semble due à Saint Vincent et à son protecteur, Ph. E. de Gondi, général des galères, avait été réorganisé depuis peu, grâce à Mgr Gault, évêque de Marseille, et au chevalier de la Coste.
3). Henri-Louis Habert, seigneur de Montmort (ou de Montmaur), maître des requêtes et conseiller du roi.
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de son Saint-Esprit avec la même sagesse qu’il le versa sur ses apôtres dont elle suit les traces et desquels vous souhaite les couronnes, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Chevalier DE LA COSTE.
A Marseille, ce 27 juin 1644.
Suscription : A Monsieur Vincent, fondateur des Missionnaires.
43. — LETTRE A ANTOINE PORTAIL (1),
Prêtre de la Mission à Saint-Lazare
Richelieu, ce 5 octobre 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai été affligé, au point que vous pouvez penser, de la mort de M. Perdu (2) et également consolé, voyant de la façon que Notre-Seigneur a disposé de lui. L’on lui a fait un service fort dévot ici, qui a été accompagné de larmes, et la conférence de beaucoup de consolation.
Voici le bail que je vous renvoie signé. Si M. Trubois donnait six cents livres, je l’aimerais mieux, supposé qu’on soit en ces termes-là. Je ne fais rien faire que de l’agrément de M. Sorus.
Vous ferez bien d’envoyer les 400 livres à Fréneville (3), si déjà vous ne l’avez fait. Nous les devons au fermier, à cause de sa grange de blé.
Embrassez M. Gallais de ma part. Il me tarde que je ne l’embrasse. Nous aviserons à la mission de Villevaudé (4) ; pour l’autre, il n’y faut pas penser.
Lettre 43. — Lettre autographe. Original mis en vente par M. Charavay, marchand d’autographes à Paris, en 1927 ou 1928. Lettre déjà publiée dans l’édition Coste (n° 725, t. II, p. 480), d’après un fac-similé incomplet et incorrect, publiée de nouveau, d’après l’original, dans les Annales C. M.,1928, pp. 8-10.
1). Antoine Portail (cf. note 5 de la lettre n° 33 de la présente série) était depuis 1642 le premier assistant de Saint Vincent ; c’est lui qui tenait la place du Supérieur général quand celui-ci était absent de Saint-Lazare. Saint Vincent est, pour lors à Richelieu, où il fait la visite canonique.
2). Jacques Perdu, né à Grandvillers, diocèse d’Amiens, en 1607 ; entré dans la Congrégation de la Mission en 1630 ; ordonné prêtre en 1632.
3). Cf. note 8 de la lettre n° 16 de la présente série.
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Je suis bien consolé de ce que vous me dites de M. Bourdet (5) ; embrassez-le aussi.
Je ne pourrai point partir d’ici que dans trois ou quatre jours. Oh ! que d’affaires j’y ai trouvées !
Vous aurez pour hôtes nouveaux MM. Colée (6), Buissot (7), Durot (8), malade ; Le Noir (9), Chastel (10) et peut-être Lefebvre et notre Frère Bastien. Je vous prie, Monsieur, de donner ordre à leur logement.
O bon Dieu, Monsieur, que j’ai trouvé des choses éloignées de notre attente !
Vous ne ferez point partir ceux que je vous ai mandés, que je ne vous le mande ; mais vous les tiendrez en état de cela et direz à M. Alméras (11) que je trouve bon ce qu’il me propose à l’égard de Cantelin et des deux autres desquels il me parle ; et à Mademoiselle Le Gras, que je trouve bon tout ce qu’elle me mande (12), et que je tâcherai de m’acquitter de tout ce qu’elle a promis pour moi, mais qu’il est difficile que je m’y rencontre quand et elle, et que, par la grâce de Dieu, je me porte bien, quoique je travaille du matin jusques au soir.
4). Petite localité du diocèse de Meaux.
5). A cette époque, deux Prêtres de la Mission portaient ce nom, il n’est pas possible de déterminer avec certitude lequel des deux vise Saint Vincent dans ce passage ; il s’agit probablement de Jean Bourdet, né à Saint-Babel, diocèse de Clermont, en 1614, entré dans la Congrégation de la Mission en 1636, ordonné prêtre en 1640, placé pendant quelques mois à Saint-Lazare, entre son supériorat à Troyes (1642-1644) et son placement à Saint-Méen (1645).
6). Antoine Colée, né à Amiens en 1610, entré dans la Congrégation de la Mission en 1630, ordonné prêtre en 1635, sorti de la Congrégation en 1646.
7). Nicolas Buissot, entré dans la Congrégation de la Mission en 1630, ordonné prêtre en 1632.
8). Nicolas Durot, né à Oisemont, diocèse d’Amiens, entré dans la Congrégation de la Mission en 1633, ordonné prêtre en 1636, sorti de la Congrégation en 1645.
9). Jacques Le Noir, né à Arras en 1615, entré dans la Congrégation de la Mission en 1641, probablement renvoyé de la Congrégation peu après.
10). Pierre Du Chastel, né à Courcelles-le-Comte, diocèse d’Arras, en 1606 entré dans la Congrégation de la Mission en 1641, déjà prêtre, mort en 1648 à Saint-Lazare.
11). René Alméras, né à Paris en 1613, entré dans la Congrégation de la Mission en 1637. Saint Vincent, qui l’estimait, lui confia des charges importantes et délicates (direction du noviciat, supériorité de la maison de Rome visite canonique des maisons de la Congrégation). En 1661, il succéda à Saint Vincent à la tête de la Congrégation de la Mission ; il mourut en 1672.
12). Allusion au pèlerinage que Sainte Louise de Marillac projetait de faire à Chartres, où elle espérait pouvoir retrouver Saint Vincent.
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Si quelque chose presse à me faire savoir, vous l’adresserez à M. le Curé de Tours pour me rendre, ou, par homme exprès, à Fréneville, où je ne pourrai me rendre que le jeudi 15 (13) de ce mois, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur,
Votre très humble et obéissant serviteur,
VINCENS DEPAUL.
Si je ne puis écrire à M. Lambert (14), vous lui direz que nous sommes au fort de ce grand remue-ménage, que nous avons besoin de prier et que je le prie d’écrire mon absence à Mgr l’Archevêque de Reims (15) et qu’au retour nous travaillerons à son affaire.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, Prêtre de la Mission à Saint-Lazare-lès-Paris, Paris.
44. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION A ST LAZARE
A Fréneville, ce 15 octobre 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
1. Voici la réponse à la Mère du faubourg (1). Je vous prie de luy envoyer au plus tôt et à Mme la duchesse d’Aiguillon la sienne dès que vous l’aurez reçue.
2. Il est nécessaire que je parle à M. l’abbé de Vaux (2) moi-même au retour. Dieu aidant.
13). C’est par distraction que Saint Vincent annonce son arrivée à Freneville pour le jeudi 15 (le 15 était un samedi) ; il y arriva effectivement le jeudi 13.
14). Lambert Aux Couteaux, né à Fossemanant, diocèse d’Amiens en 1606 entré dans la Congrégation de la Mission en 1629. C’était un des hommes de confiance de Saint Vincent. Il mourut en Pologne, en 1653, de la peste contractée au chevet des pestiférés. Il était alors (octobre 1644) chargé de négocier avec l’archevêque de Reims à propos de la situation juridique et financière de l’établissement des missionnaires de Sedan (en fonctions depuis mai 1643)
15). Léonor d’Estampes de Valençay, archevêque de Reims de 1642 à 1651 date de sa mort. Sedan était dans son diocèse.
Lettre 44. — Lettre autographe. L’original appartenait en 1942 à la cure de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. Lettre publiée avec l’orthographe de l’original et un commentaire succinct dans les Annales C. M. 1941-1942, pp. 272-273. Photogr. Archive Mission, Paris.
1). La Mère Anne-Marguerite Guérin, Supérieure du second monastère de la Visitation de Paris (au faubourg Saint-Jacques), de 1640 à 1646.
2). Guy Lasnier, abbé de Vaux (1602-1681). Cf. édit. Coste, t. I, p. 601.
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3. 0 que j’ai de la douleur de la perte que fait l’église en la personne de M. Caignet. Je ne vous recommande point nos Frères Get (3) et Jamain (4) ; j’espère que notre Frère Alexandre (5) y excellera. Je les salue tous deux. Béni soit Dieu de ce qu’enfin M. Trubois s’est rendu aux 700 livres. Il est juste de le préférer, si les choses sont en état de cela : vous avez bien fait d’y employer M. Sorus. Je m’en suis toujours douté : Dieu y voit n’être pas ferme.
Vous apprendrez par la lettre que je vous ai écrite de Saint-Dyé (6) que ceux qui doivent venir de Richelieu ne partiront que la veille de Saint-Simon (7) faute de place en carrosse.
Je suis en peine de l’indisposition de Sœur Geneviève. Je vous supplie, Monsieur, de la saluer de ma part et sa compagne malade.
Béni soit Dieu de ce que tout va assez bien à Saint-Lazare. J’espère partir lundi pour Fontainebleau, si ma petite infirmité me le permet.
Je vous renvoie la lettre de M. Grimal (8) et vous prie de l’accomplir Si vous pouvez.
Je prie Alexandre d’accomplir ce que demande M. Grimal à l’égard des couvertures.
Monsieur, votre très humble serviteur,
VINCENS DEPAUL,
Indigne Prêtre de la Mission.
Suscription [d’une autre main] : A Monsieur Portail, Prêtre de la Mission à Saint-Lazare.
3). Firmin Get, né à Chepy, diocèse d’Amiens, en 1621 ; entré dans la Congrégation de la Mission en 1641. Il ne sera ordonné prêtre qu’en 1647 ; il fait alors ses études ecclésiastiques à Saint-Lazare. Sa santé restera fragile ; il mourra en 1682.
4). Martin Jamain, né en 1619, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640 ; il mourra à Saint-Lazare en 1645.
5). Alexandre Véronne, né à Avignon en 1610, entré en qualité de Frère coadjuteur dans la Congrégation de la Mission en 1630. A Saint-Lazare, il exerça pendant de longues années avec intelligence et dévouement, les fonctions d’infirmier. Il mourra en 1686.
6). Saint-Dyé-sur-Loire (département actuel du Loir-et-Cher).
7). 27 octobre.
8). François Grimal, né à Paris en 1605, ordonné prêtre en 1629, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640. Il ne fera les vœux qu’en 1646 ; il sera de ceux qui n’hésiteront pas à les renouveler en 1656.
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45. — A ANTOINE PORTAIL, Prêtre de la Mission, a Saint-Lazare
Fontainebleau, ce 19 octobre 1644.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’arrivai hier mardi seulement ici et espère partir aujourd’hui pour retourner à Fréneville pour tâcher de terminer l’affaire avec le fermier de Mespuits (2), qui est à la débandade, déterminé à mettre la fin à la ferme, et ne sais ce qu’il aura fait cette nuit, quoique ce qu’il demande ne soit pas juste. De Fréneville, j’espère aller à Chartres, un jour ou deux après, accomplir le vœu qu’on y a fait pour moi.
Vous baillerez à M. Chaumel ces deux missives, s’il vous plaît.
La reine m’a fait l’honneur de me commander d’envoyer ici faire la mission au plus tôt. Voyez qui vous y pourrez destiner avec M. Gallais (3). L’on n’aurait rien fait pendant que la cour y est.
Je loue Dieu de la meilleure disposition du Frère Get (4) et prie Dieu qu’il redonne sa parfaite santé à jamais.
Je vous ai envoyé deux lettres pour Rome. Vous n’avez point vu celles que je vous ai envoyées pour distribuer. M. Codoing demande d’être déposé. J’écris à M. De Horgny (5) de prendre sa place. Vous n’en parlerez point encore, s’il vous plaît.
Je me recommande aux prières de M. Lambert et à ses cosolitaires (6).
Lettre 45. — Lettre autographe. Original chez les Sœurs de Mount-Saint-Vincent, à Halifax (Canada). Lettre publiée dans les Annales C. M., 1937, pp. 14-15.
1). Au retour de Richelieu, Saint Vincent s’est arrêté à Fontainebleau où se trouve la Cour.
2). Village au sud de Paris (département actuel de Seine-et-Oise). La Présidente de Herse, propriétaire d’une ferme située dans ce village, en avait fait don à la Congrégation de la Mission.
3). Guillaume Gallais venait de quitter Sedan, il était "disponible" à Saint-Lazare.
4). Cf. la lettre précédente, note 3.
5). Effectivement, Jean De Horgny, qui se trouvait déjà à Rome pour la visite canonique de la maison, remplaça peu après Bernard Codoing dans sa charge (jusqu’en 1647).
6). Par cette expression, Saint Vincent veut désigner ceux qui font les exercices de la retraite spirituelle en même temps que Lambert Aux Couteaux.
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Je pense que, toutes choses considérées, Jourdain (7) a raison pour la provision du vin.
Mme la Duchesse (8), touchant l’expédient de M. Lambert, me parle… (9)
Je ne vois rien qui requière la présence de M. Du Chesne (10) à Paris.
Je le salue, ensemble toute la maison, et principalement M. le Prieur (11), et suis votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Suscription : A Monsieur Portail, Prêtre de la Mission, à Saint-Lazare.
46. — A LOUISE DE MARILLAC
Ce jour des Rameaux (1) 1646.
Je vous remercie très humblement de toutes les charités que vous m’avez faites pendant mes petites indispositions, comme vous avez fait il y a plus de vingt ans, Mademoiselle, et prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même votre remerciement, comme il sera votre récompense.
Je me porte mieux, Dieu merci, mais je ne sors point encore, pour ce que ce n’ai pas été purgé, parce qu’il me reste un peu de rhume.
7). Jean Jourdain, né à Galluis, diocèse de Chartres, en 1587, entré dans la Congrégation de la Mission en qualité de Frère coadjuteur, en 1627. Il avait été maître d’hôtel chez la marquise de Maignelay, où il avait fait la connaissance de Saint Vincent. Il fut le premier Frère coadjuteur de la Congrégation et rendit de précieux services à Saint-Lazare ; il était alors (1644) chargé de la dépense.
8). La duchesse d’Aiguillon.
9). Saint Vincent a oublié de terminer sa phrase.
10). Pierre Du Chesne, entré dans la Congrégation de la Mission en 1637. Ce fut un des missionnaires les plus estimés de Saint Vincent ; il était alors supérieur de la maison de missions de Crécy qu’il allait quitter sous peu pour prendre la direction de la maison des Bons-Enfants, à Paris. Il mourra à Adge en 1654.
11). Adrien Le Bon, chanoine régulier de Saint-Augustin, prieur de Saint-Lazare ; il résigna son prieuré en faveur de la Congrégation de la Mission, en 1632. Demeuré à Saint-Lazare. devenu Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, il y mourut en 1651, dans sa soixante-quatorzième année.
Lettre 46. — Lettre autographe. Original chez les Filles de la Charité de la paroisse Saint-Projet à Bordeaux. Texte publié dans les Annales de la C. M., 1928, p. 257-259.
1). 25 mars.
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Votre cœur s’est un peu consterné en la vue de mes petites incommodités et de ce que vous regardez quelquefois les choses d’un œil qui regarde les suites et les événements.
Vous faites le même à l’égard de M. votre fils et c’est ce qui vous trouble. Il est bon, Mademoiselle, de ne pas donner ces libertés à notre imagination et de l’arrêter par la considération de ce que c’est un effet de nos affections mélancoliques, que, pour l’ordinaire, la plupart des choses n’arrivent pas, et de ce qu’il n’en sera que selon que la Providence adorable en ordonnera.
Eh bien ! vous désiriez faire votre revue et une plus intime communication (2) avec celui auquel Notre-Seigneur vous a donné quelque confiance, et il n’a point plu à Dieu que la chose se soit pu faire, afin que vous la fassiez intérieurement et intimement avec lui-même, qui, vous honorant de son amour avec excès, comme dit l’Apôtre, il veut, par une divine jalousie, que ce soit à lui que vous fassiez cette chère revue et cette intime communication. Avez-vous sujet de vous plaindre, cela étant ainsi ?
Et que savez-vous si ce n’est pas exprès que Dieu vous prive des nouvelles de M. votre fils, afin que vous honoriez d’une manière particulière la privation qu’il a voulu souffrir du sien et de la sainte Vierge aussi. Offrez-lui vos tendresses pour cela Mademoiselle, bénissez-le donnez-lui la conduite de M. votre fils et il l’adressera si bien que du mal même, s’il y en avait, ce que je ne crois pas, il en tirera du bien et son salut. Celui qui tire de l’eau des rochers et de l’huile des pierres dures ne fera-t-il pas l’effet que je dis ?
J’ai vu ce beau tableau (3). Ce sera demain que l’église fera la fête de l’Incarnation. J’espère dire la sainte messe en sa vue demain me semblant plus convenable qu’aujourd’hui. Est-ce pour votre oratoire ou pour celui des enfants ?
écrivez-vous point, dans mardi, à M. Portail touchant vos filles qu’il demande (5) ? Pourrait-il pas bien ajuster les choses selon votre sens, dont vous lui donnerez l’intelligence ? Il est bien à souhaiter
2). "Revue", "communication", ces mots font allusion à la direction de conscience pour laquelle Sainte Louise de Marillac s’adressait à Monsieur Vincent.
3). Pour le fait de ce tableau ainsi que pour la plupart des points traités dans cette lettre, voir dans l’édition Coste (t. II, p. 574-576) les lettres 793 (du 24 mars 1646) et 794 (du 25 mars) ; cette dernière étant une réponse la présente.
4). La fête de l’Annonciation était transférée au lendemain (26 mars) à cause de la solennité des Rameaux.
5). M. Portail était pour lors au Mans où il procédait à la visite canonique de l’établissement des Missionnaires. M. Portail sollicitait l’envoi de Filles de la Charité pour le service de l’hôpital.
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que vous y alliez ; mais, comme la chose n’est pas prête et que vous ne pouvez pas être à tous les établissements, faites des mémoires qui servent pour le présent et pour l’avenir à cet effet.
Il faut qu’elles aient la direction, ou qu’elles soient soumises aux autres sœurs (6). Celui-ci n’est pas expédient et l’autre est difficile peut-être. Il faut pourtant tendre là, ou que l’on leur donne quelque partie des malades à traiter à leur façon. Dites-moi vos pensées sur cela. L’on écrit le mardi et le samedi, et nous verrons.
Je m’en vas cependant vous offrir à Notre-Seigneur, à l’adorable sacrifice de la sainte messe, que je m’en vas célébrer, et vos chères filles aussi. Je vous demande la même grâce à votre sainte communion.
Je serai bien aise de savoir ce que c’est que ce petit chapelet de douze grains qui est attaché à l’image de la sainte Vierge.
Bon jour, Mademoiselle.
Je suis votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras.