Correspondance (page 67)
47. — A GUILLAUME DELATTRE (1),
Prêtre de la Mission, Supérieur à Cahors
De Paris, ce 19 mai 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je viens de recevoir présentement la vôtre. Pour y répondre ainsi qu’à votre précédente, je vous dirai, Monsieur, que j’ai été fort sensiblement contristé, lorsque j’ai vu par la vôtre que vous avez été si malade. Je loue Dieu de ce que ce n’a pas été avec danger, et le prie qu’il vous conserve de longues années pour son service et celui de son épouse. Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez-vous.
6). Il s’agit des sœurs d’une autre communauté desservant pour le présent l’hôpital du Mans.
Lettre 47. — Lettre autographe.
Original chez les Prêtres de la Mission de Florence (Italie).
Texte publié avec l’orthographe et la disposition de l’original dans les Annales de la C. M.,1947-1948, p. 300,-310.
Photographie aux Archives de la C. M. à Paris.
1). Guillaume Detattre, Prêtre de la Mission, né à Amiens en 1610, entré dans la Congrégation de la Mission eu 1642, mort à Bordeaux en 1650.
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Non, Monsieur, ce n’est pas celui que vous soupçonnez qui m’a dit ce qui m’a donné sujet de vous écrire la dernière fois (2), mais au contraire c’est lui qui me l’a donné de vous… les paroles de gratification (3)… et de cela je vous en assure devant Dieu qui est la vérité même, mais c’est quelque autre qui m’en a parlé. Je vous dirai tout simplement, Monsieur, que ce que j’ai trouvé à souhaiter, sont deux choses : la première, que vous pouviez ne pas vous raidir contre la chaleur de ce peuple, d’autant que vous n’étiez pas encore curé (4) et que M. le curé était de sentiment contraire au vôtre, la seconde, qu’il eût été expédient, étant dans la ville, de mener ce peuple vers le grand vicaire, dès qu’il commença à se raidir ou de le lui renvoyer. Je vois bien que c’est le pur zèle de faire observer les ordonnances de Monseigneur de Cahors (6), mais quoi, honor regis judicium diligit (6), et puis l’on ne s’avise pas toujours de toutes choses sur-le-champ.
C’est pour cette fermeté que vous avez, que Monseigneur vous estime et vous aime, et même témoigne qu’il vous désire plus qu’aucun autre qu’il connaît dans l’emploi que vous avez. Obsequium tuum ejus judicium diligit (7).
Ce rencontre-ci, Monsieur, et les actes de patience que vous y pratiquez vous mériteront quelque nouvelle grâce pour des rencontres semblables.
Au reste je suis ravi de voir les oblations si souvent réitérées que vous avez faites et faites si souvent à Dieu. O Dieu, Monsieur que je le prie de bon cœur qu’il s’honore lui-même de la gloire qu’il en retire et qu’il soit son remerciement à soi-même et un aide de votre chère âme.
2). Sans doute, la lettre 799 de l’édition Coste (t. II, p. 582-585).
3). Les mots qui suivent, ainsi que quelques-uns de la ligne précédente sont illisibles par suite d’une mouillure du papier.
4). L’union de la paroisse Saint-Barthélémy de Cahors au séminaire, dont le Supérieur serait le curé, décrétée par l’évêque depuis 1644, n’aura son effet que quelques semaines après cette lettre.
5). Alain de Solminihac, né en 1593, prêtre en 1618, réformateur de l’abbaye de Chancelade, en Périgord, dont il était le titulaire depuis 1614. Nommé évêque de Cahors en 1637, il gouverna son diocèse avec zèle, le dotant d’institutions efficaces et durables. Ami de Saint Vincent de Paul, il fut un modèle d’évêque réformateur. Mort en 1659. Sa cause de béatification a été introduite.
6). Verset 4 du psaume XCVIII. D’après la version de la Vulgate le sens est celui-ci : "C’est la force du roi de s’attacher à la justice."
7). Cette citation, appelée par la précédente, n’est pas tirée de la Sainte écriture. Le sens semble celui-ci : "Ton obéissance s’attache à ses justes décisions".
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Je ne puis vous exprimer la tendresse que Notre-Seigneur me donne pour vous et pour votre petite mais bien bonne famille, que j’embrasse avec toute la tendresse de mon cœur qui chérit le vôtre mille fois plus que soi-même, en celui de Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
Indigne prêtre de la Mission.
J’embrasse votre chère famille prosterné en esprit à ses pieds.
Suscription : A Monsieur Monsieur Delattre, Supérieur des Prêtres de la Mission de Cahors, à Cahors.
48. — à BONIFACE NOUELLY (1),
Prêtre de la Mission, Supérieur à Alger
De Paris, ce 7 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je prie Notre-Seigneur, qu’il vous fasse connaître la consolation incomparable que vos lettres m’ont apportée. Je prie sa divine bonté, qui vous a choisi de toute éternité pour une œuvre de cette importance, qu’il vous donne l’esprit qu’il a eu en sa dévotion intérieure dans la soumission externe qu’il rendait à saint Joseph.
O Monsieur, que de démons que le prince des démons a députés, pour vous tenter dans cet état. L’emploi de notre cher frère (2), la diversité des sentiments, le désapprouvement mutuel et réciproque et la naturelle inclination que nous avons que toutes choses nous cèdent, que toutes ces choses ont chacune un esprit malin, qui travaille incessamment pour rompre le lien de la charité dont Dieu a uni vos cœurs ! Mais tenez bon, Monsieur ; humiliez-vous très bien pour tous deux ;
Lettre 48. — Lettre autographe.
Original mis en vente par M. Lemasle, marchand d’autographes à Paris, en 1925 ou 1926. Texte publié dans les Annales de la C. M.,1926, p. 233-235.
1). Boniface Nouelly (ou Nouel, ou Noel), né en 1618 à Collonges, diocèse de Genève, entré déjà prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1643. Il venait alors d’arriver à Alger, il y mourra en 1647, victime de la peste contractée au chevet d’un malade qu’il assistait.
2). Le frère Jean Barreau, encore clerc de la mission, né en 1612 à Paris, entré dans la Congrégation de la Mission en 1645 ; il était, en 1646, consul de France à Alger ; il mourra à Paris en 1679, ou peu après.
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produisez quantité d’actes intérieurs vers cette chère moitié de vous-même, et vous renverserez ces spectres malins, et les précipiterez au fin fond des enfers, en sorte qu’ils ne vous tenteront jamais plus. Imaginez-vous, Monsieur, que la sainteté de votre emploi et l’état de votre manière fait enrager les démons.
Travaillez cependant à votre ouvrage capital, Monsieur, visitez, consolez, fortifiez et animez de l’esprit de Dieu vos pauvres esclaves (3). C’est là le principal et l’unique sujet de vos emplois ; le reste est subalterne à celui-là.
O Monsieur, que M. Chrétien (4) en fait bien au gré d’un chacun ! Chacun reconnaît que l’esprit de Dieu anime et conduit le sien. Pouvez-vous pas vous entr’écrire l’un à l’autre ? S’il y a moyen, j’en serai consolé, afin que la mutuelle communication vous entr’anime l’un l’autre et vous entr’aide. Si vous le faites, il faut que cela se fasse avec tant de discrétion que personne ne trouve à redire à vos lettres quand elles seront interceptées.
J’écris à M. le consul nos petits avis sur deux sujets. La communication de sa lettre, que vous préviendrez par la vôtre, vous informera de ce que je vous dis. Aussi bien suis-je extrêmement pressé.
Voici une nouvelle que je m’en vas vous dire, qui vous fera part de la grande affliction en laquelle nous sommes de l’emprisonnement, au Parlement de Rennes, de M. de Beaumont (6), où il court risque de sa vie. Voici le sujet. Monsieur de Saint-Malo nous a établis à Saint-Méen dans son diocèse, où il a fait un séminaire d’ecclésiastiques, auquel il a uni, du consentement du roi, la mense des religieux de l’abbaye, de leur consentement aussi, conformément au concile de Trente et aux ordonnances de nos rois. Les religieux réformés de Saint-Benoît se sont plaints au Parlement et l’ont animé, de sorte qu’ils nous ont chassés de ce lieu-là ; et y ayant été rétablis par l’autorité du roi, ils ont pris prisonnier ledit sieur de Beaumont et ordonné que nous serons chassés de la province, contre les arrêts du roi, qui nous y maintiennent.
3). B. Nouelly avait été envoyé à Alger pour le service spirituel des esclaves chrétiens retenus captifs à Alger.
4). Jean Chrétien, né en 1606 à Oncourt, diocèse de Toul, ordonné prêtre en 1631, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640 ; il était, en 1646, Supérieur de la maison de Marseille ; mort après 1667.
5). Pierre de Beaumont, né en 1617 à Puiseaux, diocèse de Sens, entré dans la Congrégation de la Mission en 1641, ordonné prêtre en 1644, placé à Saint-Méen, il fut emprisonné quelque temps à la suite des affaires soulevées par l’établissement des Missionnaires en 1645. Sur cette pénible affaire, voir Coste : Le grand saint du grand siècle, Monsieur Vincent, t. II, p. 133-144.
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Voilà, Monsieur, comme nous avons sujet d’honorer le déchassement de Notre-Seigneur de quelques provinces et celui des apôtres, et comme notre petite Compagnie a commencé à souffrir en prison sans avoir mal fait, ainsi Dieu ayant béni ses travaux d’une manière particulière et notamment ceux de M. de Beaumont, qui est des plus hommes de bien que j’aie jamais connus, et des meilleurs ouvriers de la Compagnie. Nous souffrons en cela, selon ce qui paraît par la haine qu’ils ont contre mondit sieur l’évêque de Saint-Malo (6), à cause qu’il s’est adressé au grand Conseil, au lieu de s’adresser à eux pour l’enregistrement de nos lettres d’établissement au Parlement.
Je vous fais part de ma douleur, afin que vous voyiez que vous trouvez votre sûreté et travaillant parmi les infidèles, tandis que nous souffrons toutes ces choses parmi les fidèles.
Je suis pressé de finir en me recommandant à vos prières. qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
Indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Nouel, prêtre de la Mission, à Alger.
6). Achille de Harlay de Sancy, né à Paris en 1581, entré à l’Oratoire en 1620, nommé évêque de Saint-Malo en 1631 ; il mourut à Saint-Malo le 20 septembre 1646.
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49. — A JEAN DE HORGNY,
Prêtre de la Mission, Supérieur à Rome
D’Orsigny (1), ce 27 septembre 1646.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Vous avez bien fait de ne pas tenter la ch… 2 les affaires étant en l’état qu’elles sont le P. Co…… jacobin estime que nous devons nous contenter… de M. de Paris, et il croit que cela suffit et qu’… et que, supposé notre dessein de nous tenir dans le… est mieux parce que celles du Pape seraient une dispo… pour entrer en l’état dé religion.
Messieurs Portail et Alméras sont encore à La Rose (3), et de là ils tireront à Marseille (4) ; ils tachent d’établir l’observance de tout le petit règlement (5) comme il est écrit, par tous vous verrez étant de delà. Je suis bien consolé de ce que vous me dites que Mgr Ingoli a pensé de créer vicaires forains MM. Guérin et Nouelly (6).
Lettre 49. — Lettre autographe. Original mis en vente, en 1951, par M. Degrange, marchand d’autographes à Paris ; signalé en janvier 1854 dans le catalogue de M. Laverdet, marchand d’autographes, sous le n° 1060. Deux courts extraits ont été publiés dans l’édition Coste : N° 862 (t. III p. 58). Le texte de l’autographe a été publié, avec l’orthographe et la disposition de l’original, dans les Annales de la C. M., 1951, p. 373-374.
1). Orsigny, ferme importante que possédait la Congrégation de la Mission depuis 1644 (sur le territoire actuel de la commune de Saclay, en Seine-et-Oise). Saint Vincent y fit quelques séjours.
2). Un fragment de l’original (en haut, à droite) a été arraché, d’où les lacunes marquées par les points de suspension.
3). Notre-Dame de La Rose, près de Sainte-Livrade, diocèse d’Agen. Les missionnaires y étaient établis depuis 1639, pour le service du pèlerinage et les missions dans les campagnes. M. Portail faisait alors la visite canonique de la maison. M. Alméras se trouvait à La Rose : Monsieur Vincent songeait à lui confier la visite canonique des maisons d’Annecy, puis de Rome, enfin la direction de la maison de Rome.
4). MM. Portail et Alméras devaient passer par Marseille ; il y passèrent effectivement. M. Portail alla faire la visite canonique de la maison de Rome, dont M. Alméras fut nommé supérieur.
5). Il s’agit du premier projet des Règles communes, mis au point en 1642 dont on poursuivait l’approbation à Paris puis à Rome. Le premier paragraphe de cette lettre, eu dépit des lacunes, traite vraisemblablement de cette question de l’approbation.
6). Mgr Ingoli, secrétaire de la Congrégation de la Propagande, pour Accroître les pouvoirs des missionnaires de Barbarie (Julien Guérin à Tunis, Boniface Nouelly à Alger), les fit nommer vicaires généraux de l’archevêque de Carthage.
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Je le suis encore de ce que vous avez envoyé M. Richard (7), à Gênes, cette petite communauté est en notable considération, à ce que m’a rapporté l’intendant de la justice de l’armée du roi en Italie.
Je suis de votre avis touchant l’établissement de la Compagnie en cette République-là (8).
Comme aussi de la manière que vous avez tenue avec Monseigneur le cardinal Ludovisi (9).
Et estime que vous faites bien de vous réduire en le plus petit volume à l’égard de votre logement.
Vous en userez comme Dieu vous inspirera à l’égard de Saint-Sauveur (10), l’occasion de s’en retirer est bien opportune, puisque vous jugez que l’établissement en ce lieu-là trouve quelques inconvénients.
…Il serait bien à souhaiter que l’on trouvât quelque… dient touchant le Saint-Esprit de Toul (12) ; l’on commence… la mission à la campagne ensuite de l’odeur… la Compagnie dans l’administration de la cure de Saint-Amand (13).
La petite persécution de Bretagne (14) n’est point encore apaisée quoique Messeigneurs l’évêque et le coadjuteur de Saint-Malo soient allés sur les lieux exprès pour cela. Notre prisonnier a été délivré cinq jours après. La compagnie est dispersée par ci par là ; Notre-Seigneur les rassemblera quand il lui plaira, et moi je finis en me recommandant à vos prières, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Suscription : Monsieur de Horgny.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
7). François Richard, né en 1622 à Metz, entré dans la Congrégation de la Mission en 1643, placé à Rome, puis à Gênes.
8). République de Gênes. 9
9). Niccolo Albergati-Ludovisi, archevêque de Bologne et cardinal en 1645, mort en 1687.
10). Peut-être l’abbaye de Saint-Sauveur, à quinze lieues de Rome, où les missionnaires allèrent se reposer une fois ou l’autre.
11). Les lacunes dans les lignes qui suivent ont pour origine la déchirure mentionnée à la note 2 de la présente lettre.
12). Il est fait ici allusion aux difficultés rencontrées par les missionnaires établis à Toul, en 1637, pour les missions et les exercices des Ordinands. Les Frères du Saint-Esprit, desservant l’hôpital, se considéraient comme lésés par la fondation.
13). Sans doute la paroisse de la ville de Toul, dont furent provisoirement chargés les missionnaires.
14). Allusion aux difficultés de Saint-Méen. Voir la note 5 de la lettre précédente.
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50. — A GUILLAUME DELVILLE (1),
Prêtre de la Mission, à Montmirail (2)
Saint-Lazare, ce 4 octobre 1646.
M. Delville sera assuré par ce billet, que j’écris en hâte, le messager [étant] par ici, que nous avons reçu les lettres qu’il écrit à M. Codoing et à moi ; que je ferai tenir les siennes à Rouy (3) en Bretagne, où il est je dis, à M. Codoing ; comme je prie, de sa part, M. Delville de me renvoyer au plus tôt les prédications qu’il lui a laissées ; il en a grand besoin où il est.
M. de Soissons (4) veut-il bien notre établissement à Montmirail aux conditions d’ailleurs connues. Nous lui avons écrit. Il me semble que M. le prieur (5) m’a dit que vous l’êtes allé voir et qu’il vous a donné son consentement. Si cela est, il sera bon que vous alliez trouver M. Nacquart (6) et que vous acceptiez le don qu’il vous désire faire de la maison, voire même quand bien mondit seigneur ne vous aurait pas encore donné la parole. Ce que l’on ne peut faire en un temps, l’on le pourra faire en un autre. N’y perdez donc point temps, s’il vous plaît (7) […] Mais je ne vois pas d’apparence qu’il fasse ce qu’il avait projeté et n’y faut pas seulement penser.
Si nous pouvions faire les missions et le séminaire dont vous parlez, Monsieur, il le faudrait faire, pourvu que ce fussent des jeunes hommes qui aspirassent à l’état ecclésiastique. Mais quoi ! nous ne pouvons faire le premier, qui est notre capital ; et quel moyen de faire le second !
Lettre 50. — Lettre autographe. Original mis en vente à Paris en 1932. Texte publié dans les Annales de la C. M., 1933, pp. 217-219.
1). Guillaume Delville, né à Tilloy-les-Bapaume (diocèse d’Arras) en 1608 entré prêtre dans la Congrégation de la Mission, mort à Arras en 1658.
2). Les Prêtres de la Mission étaient établis à Montmirail (diocèse de Soissons, actuellement département de la Marne) depuis 1644.
3). B. Codoing était alors Supérieur de la maison de Saint-Méen (diocèse de Saint-Malo). Rouy est une localité qu’il n’a pas été possible d’identifier.
4). Simon Le Gras, né à Paris en 1589, nommé évêque de Soissons en 1623, mort au château de Sept-Mons, près de Soissons. en 1656.
5). Le prieur de l’Hôtel-Dieu de la Chaussée (faubourg de Montmirail) qui dépendait du diocèse de Troyes.
6). Charles Nacquart, né à Treslon (diocèse de Soissons) en 1617, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640 ; après son ordination, il "missionna" à Richelieu ; désigné pour Madagascar, il fit partie de la première équipe lazariste ; arrivé à la fin de 1648, il mourut à la tâche en 1650. Ch. Nacquart étant originaire du diocèse de Soissons, on s’explique qu’il ait songé à donner une maison lui appartenant, à la maison de Montmirail.
7). Ici une déchirure de deux lignes. La première ligne commence par : M. le Pri…, la deuxième par : Delville…
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De ne pas faire les missions, ô Jésus ! Monsieur, Dieu nous en garde ! Nous verrons avec le temps si nous pourrons vous donner deux de nos écoliers pour faire les classes, tandis que vous ferez la mission avec M. Royer (8) et celui qu’on vous enverra.
Je vous remercie très humblement du bon traitement que vous avez fait à M. le prieur et à ses gens. Nous le reconnaîtrons.
Je vous écris de ma retraite. Nous sommes environ quarante qui la faisons [en plusieurs bandes ; outre] sept prêtres [un mot illisible], il y a deux ou trois clercs parmi nous ; et une partie du séminaire en l’autre ; et les frères coadjuteurs à part. Quand ferez-vous les vôtres ? Je vous prie de recommander les nôtres à Dieu et Dieu sait de quel cœur nous lui recommanderons les vôtres et de quel cœur je vous chéris. Certes, il n’y a que lui qui vous le puisse faire connaître.
Je salue aussi très humblement M. Le Royer et vous promets à tous deux de vous envoyer quelque prêtre au premier jour, qui suis, en l’amour du même Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
Vincens DEPAUL.
i. p. d. la M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Delville, supérieur de la Mission de Fontaine-Essart (9) à Montmirail.
51. — A ANTOINE PORTAIL
Prêtre de la Mission, à La Rose
De Paris, ce 6 octobre [1646] (1).
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je reçus hier deux de vos lettres, l’une du 21 et [l’autre du] 22 de septembre. Je m’en vas écrire à M. de [… Je] vous envoie la présente par homme exprès.
8). Il s’agit ou de Nicolas Royer, né à Chenières (diocèse de Trèves) en 1613, entré dans la Congrégation de la Mission en 1639, ordonné prêtre en 1642 ; ou de Ponce Royer, né au Thor (diocèse de Cavaillon) en 1615, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1645.
9). Hameau proche de Montmirail où s’étaient établis les missionnaires en quittant La Chaussée devenue inhabitable.
Lettre 51. — Lettre autographe. Original à la Bibliothèque de l’état prussien, à Berlin (en 1931). Texte publié, d’après une copie à la fois fautive et lacuneuse, dans l’édition Pémartin (n° 3040, supplément pp. 61-64), reproduit tel quel (à part quelques corrections conjecturales) dans l’édition Coste (n° 870, t. III, pp. 70-73) ; publie d’après l’original dans les Annales de la C. M., 1931, pp. 696-699).
1). Date certaine, établie d’après le contexte.
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Mon Dieu, Monsieur ! que ferons-nous [à ce que] vous nous dites ? De faire revenir cette personne (2) de ses opinions, il n’y a pas d’apparence, à cause de la qualité de son esprit et que déjà il en est venu là d’estimer que les conciles ont moins bien entendu les Saintes écritures. De le mettre en retraite, il n’est pas de la trempe de son esprit. L’autre (3) est pituiteux et changeant ; celui-ci (4) un petit [peu] atrabilaire et arrêté. De le tenir, cela est fâcheux, et fâcheux encore de le renvoyer ; et néanmoins, toutes choses considérées, l’on sera contraint d’en venir là.
Vous verrez, par celle que je lui écris et que je vous envoie ouverte, que vous cachetterez ensuite de notre cachet, comme je le prie de se rendre a Richelieu, où je me propose de tâcher de l’aller voir et d’aviser à ce qu’il faudra faire. Vous lui donnerez quand vous le jugerez à propos et en la manière. Et quoi qu’il die ou fasse, demeurez toujours dans l’esprit de douceur et d’humilité.
Pour M. Boucher, s’il le veut suivre, vous lui direz qu’il faut ordre de moi pour cela. Il n’est pas expédient qu’il l’accompagne ; que s’il le fait par lui-même, nous verrons.
Quant à celui que vous laisserez à sa place, ce que vous me dites de M. Dufour (5) à Cahors et de M. Delattre à La Rose n’est pas faisable du côté dudit sieur Dufour ; cela mortifierait trop Monseigneur de Saintes (6). Mais voici ce qui m’est tombé en la pensée : c’est de mettre M. Testacy (7) à Cahors, si Monseigneur l’agrée et vous n’y voyez pas de l’inconvénient, eu égard à sa conduite et à la proximité de sa bonne mère (8). Il paraît homme de bon sens, fidèle assez en ses pratiques, forme et entendu aux affaires. [Il est] fâcheux qu’il vient d’être fait
2). François du Coudray ; c’était un érudit mais, depuis quelque temps, il professait des idées hétérodoxes. M. Vincent dut l’éloigner de La Rose ; il le plaça à Richelieu où il mourut en 1649.
3). Léonard Boucher ; il faisait partie du personnel de La Rose et montrait de l’attachement pour la personne et les idées de son supérieur, Fr. du Coudray.
4). Jusqu’à la fin du paragraphe et dans tout le paragraphe suivant les pronoms se rapportent à Fr. Du Coudray.
5). Claude Dufour, né à Allanche (diocèse de Clermont) en 1618, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission eu 1644 ; il était, en 1646, supérieur du Séminaire de Saintes ; il le demeura jusqu’au 1648 ; mort à Madagascar en 1656. G. Delattre devant être changé de Cahors, M. Portail avait proposé de mettre à sa place Cl. Dufour.
6). Jacques-Raoul de la Guibourgère, transféré cette même année à Maillezais-La Rochelle ; son successeur sur le siège de Saintes sera nommé à la fin de l’année 1646 ; ce sera Louis de Bassompierre.
7). Charles Testacy, né à Condom en 1613, entré dans la Congrégation de la Mission en 1643 ; nomme Supérieur de la Maison de Cahors, à la fin de 1646, en dépit de ce que dit ici le Supérieur de la Mission.
8). Il n’y avait guère plus de 50 lieues de route entre Cahors et Condom.
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prêtre et que [la famil] le (9) aura peine de le voir d’un plein saut [arriver] au premier emploi ; mais, comme Messieurs Water (10) et Treffort (11) sont bons et sans ambition, vous leur pourriez faire trouver bon par la considération de l’intelligence qu’il a aux affaires. Quant à Monseigneur de Cahors (12), peut-être l’y trouverez-vous disposé ; sinon, nous tâcherons de vous envoyer M. Grimal ou M. Berthe (13). J’avais pensé à M. Bourdet ; mais je pense que nous l’enverrons en Hibernie, où nous sommes pressés d’envoyer des missionnaires du pays sous la direction d’un supérieur français. Ils pourront partir dans quinze jours, si M. Bourdet en est prêt.
Il vous restera là Messieurs Riou (14), un bon petit prêtre de Normandie (15), M. des Noyelles (16). M. Le Soudier (17), car l’autre (18) est parti pour la Barbarie et est encore à Marseille, dans le doute s’il passera à cause d’une rencontre d’un Récollet, qui l’a supplanté ; et puis nous étions en doute lequel, de lui ou de M. Lesage, partirait.
Que si M. Le Soudier ne va à La Rose, M. Cuissot le jeune (19), qui va à sa place et fait fort bien à présent, ira à La Rose et M. Perraud (20) à Saintes. Nous tâcherons d’envoyer au plus tôt les autres deux.
Nous voilà rétablis pour la seconde fois à Saint-Méen, par arrêt du Conseil ; mais le Parlement, dont le commissaire qui a chassé les nôtres (21) et le procureur général (22) ont ajournement personnel, les
9). Les confrères de la maison.
10). James Water, né à Cork (Irlande), en 1616 entré dans la Congrégation de la Mission en 1638, ordonné prêtre en 1642 ; en 1646 il était à Cahors.
11). Simon Treffort, né à Villiers-Herbisse (diocèse de Troyes) en 1611 entré dans la Congrégation de la Mission en 1642 ; il était en 1646 au Séminaire de Cahors ; mort à Cahors en 1682.
12). Alain de Solminihac.
13). Thomas Berthe, né à Donchery (diocèse de Reims) en 1622, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640, ordonné prêtre en 1646 et placé à Sedan ; il excerça de hautes charges dans la Compagnie et mourut en 1697.
14). Non identifié ; ne figure pas sur les listes du personnel.
15). Guillaume Michel, né à Esteville (diocèse de Rouen) en 1607, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1646.
16). Philippe des Noyelles, né à Arras en 1609, entre dans la Congrégation de la Mission en 1642.
17). Samson Le Soudier, né à Courson (diocèse de Coutances) en 1609, entré dans la Congrégation de la Mission en 1638.
18). Il s’agit de Jacques Le Soudier, que Monsieur Vincent appelle parfois Le Soudier le jeune.
19). Jean Cuissot, prêtre, né à Moulins en 1619, entré dans la Congrégation de la Mission en 1642, frère cadet de Gilbert Cuissot, Prêtre de la Mission.
20). Hugues Perraud, né à Arguel (diocèse de Besançon) en 1615, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640, ordonne prêtre en 1646, mort à Pans en 1659.
21). M. de la Touche-Frelon, conseiller au Parlement.
22). M. Huchet de la Bédoyère.
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ont mis en telle furie qu’on juge que nous n’aurons jamais repos en cette province-là si l’on ne s’accommode. C’est à quoi M. Codoing que nous y avons envoyé, travaille.
Quand ce bon Monsieur (23) sera parti, il faudra cesser le commerce de ces femmes et renvoyer ces garçons, s’ils ne payent pension raisonnable.
M. de Cahors m’a mandé qu’il désirait [que vous] fassiez la visite chez lui. Il vous déchargera [son cœur]. Il a un peu de peine contre [moi], je pense, de ce que je ne l’ai pas assez [servi] au gré de ces bons Pères (24), au procès qu’il avait ici.
Vous n’avez jamais rien fait plus à propos que de rester à La Rose jusques à ce que toutes soient au meilleur état que vous les pourrez mettre.
Je pense que nous n’aurons pas difficulté à faire changer ce que vous et M. Dehorgny trouverez à propos de changer aux offices (25) que vous me marquez, ni aux autres. Je ne laisserai pas de presser M. le coadjuteur (26), qui est bien long.
Nous sommes environ 40 en retraite. J’assiste à la bande des prêtres. Dieu m’a donné des forces pour cela. Voici le huitième jour. Il n’y aura que notre visite, que j’ai pensée de différer à votre retour, que je prie Dieu qu’il soit au plus tôt que pour faire se pourra.
Je vous écrirai à Marseille et vous y enverrai les règles communes en latin (27).
J’embrasse cependant cette petite communauté avec toute l’humilité et l’affection que je le puis, qui suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
Vincens DEPAUL
indigne prêtre de la Mission.
23). Fr. Du Coudray.
24). Les Religieux de la Réforme de Chancelade, dont le Supérieur était Alain de Solminihac, évêque de Cahors ; ces Religieux étaient alors en procès avec les Augustins de Sainte-Geneviève.
25). Il s’agit ici d’une partie des Règles et Constitutions de la Congrégation de la Mission, dont Sa ut Vincent poursuivait d’abord l’approbation auprès de l’archevêque de Paris. Le Supérieur de la Mission sollicitait l’avis de M. Portail sur ces Règles.
26). Jean-François-Paul de Gondi, coadjuteur depuis 1643 de son oncle Jean-François de Gondi, archevêque de Paris ; il sera cardinal en 1652 et succédera à son oncle en 1654.
27). Monsieur Vincent veut parler du texte des Règles de la Compagnie dont le texte ne sera définitivement établi qu’en 1658.
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Monsieur Bourdet m’a fait de grandes excuses de ce qu’il vous a contredit, et promettait de faire observer vos ordonnances. S’il ne va en Hibernie, nous le pourrons envoyer à La Rose, si vous n’arrêtez l’un ou l’autre de ceux que je vous ai marqués.
J’ai écrit à M. de Cahors, en suite de ce qu’il avait mandé de rappeler M. Delattre, que j’avais pensé lui représenter que nous n’en avions point d’autre qui entende les affaires que lui et que nous ferions néanmoins ce qu’il commanderait.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à La Rose.
52. — A ANTOINE PORTAIL
Prêtre de la Mission, à La Rose
De Paris, ce 18 (octobre 1646] (1)
Monsieur,
La grâce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai été bien consolé de vos […] suis en attente du succès, je […] deux fois contre […] pense que vous deviez faire à La Rose, et notamment de faire en sorte que le personnage dont il est question (2) vienne à Richelieu (3), et nous aviserons s’il le faudra faire venir ici. Je vois bien, de la façon que vous me parlez de M. Testacy, qu’il ne faut pas tenter ce que je vous ai écrit par ma dernière de lui confier la direction de La Rose, ni celle de Cahors. Il faut espérer que Notre-Seigneur fera ce qui sera pour le mieux. J’étais en pensée d’y envoyer
Lettre 52. — Lettre autographe.
Original mis en vente à l’Hôtel des Ventes à Paris, eu 1937. Texte publié dans l’édition Coste (n° 877, t. III, p. 81-84) d’après l’édition Pémartin (n° 505, t. I, pp. 591-592). Une copie avec disposition et orthographe de l’original (retrouvé eu 1937) a été publiée dans les Annales de la C.M., 1937, pp. 730-731. Cette copie dénonce les prétéritions, les "arrangements" et les mauvaises lectures du texte publié par Pémartin.
Une grave déchirure du coin de la feuille, eu haut et à droite, a fait disparaître, au recto et au verso, des mots assez nombreux pour empêcher de donner un sens aux fragments de lignes subsistants.
1). La date est certaine, établie par le solide raisonnement du P. Coste dans son édition.
2). François Du Coudray, Prêtre de la Mission.
3). Les Missionnaires étaient titulaires de la cure de Richelieu, fondée par le Cardinal depuis 1638.
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M. Lucas (4) ou M. Grimal, ou bien M. Le Soudier le jeune (5), lequel je doute qu’il aille en Barbarie, y ayant un Récollet (6) qui l’a supplanté, a pris le devant et la condition qui lui était destinée à Salé (7). Un mot de votre avis sur tout cela, s’il vous plaît, le plus promptement que vous le pourrez.
M. Brin (8), M. Barry (9), le frère O’Brien (10), le frère Leclerc (11) et notre frère Patriarche (12) sont partis pour l’Hibernie (13) et doivent prendre MM. Le Blanc (14) et Duiguin (16) et le frère Le Vacher (17) au Mans, et peut) être M. Bourdet en Bretagne. Nous avons été pressés et du côté de Rome et des Prélats du pays pour cela ; c’est pourquoi nous ne ferons aucune fondation de longtemps.
[…] aviez raison de faire partir […] Annecy sa santé lui permet […] que vous me marquez et vous […] que s’il sent quelque tendance à […] l’année passée il vaut mieux […]que pour peu de temps à La
4). Antoine Lucas, né à Paris en 1600, entré dans la Congrégation de la Mission en 1626 ; en 1646, il faisait partie du personnel de la maison de La Rose ; il mourut en 1656.
5). Jacques Le Soudier, né à Vire (diocèse de Bayeux) en 1619, entré dans la Congrégation de la Mission en 1638, ordonné prêtre en 1642, mort à Montauban, en 1663.
6). Les Récollets formaient, depuis le début du XVII" siècle, une branche de l’ordre franciscain.
7). Voir les notes 1 et 2 de la lettre n° 39 de la présente édition.
8). Gérard Brin, ne près de Cashel (Irlande) en 1618, entré dans la Congrégation de la Mission en 1639, ordonné prêtre eu 1644. Très estimé de Saint Vincent, il "missionna" en Irlande (à deux reprises) et en France.
9). Edme Barry, ne au diocèse de Cloyne (Irlande) en 1613, ordonné prêtre en 1639, entré dans la Congrégation de la Mission en 1641 ; parti pour l’Irlande eu 1646, il en revint en 1652 ; mort à Montauban en 1680.
10). Dermot O’Brien, né à Emly (Irlande) en 1621, entré dans la Congrégation de la Mission en 1645, mort prêtre en 1649.
11). Pierre Leclerc, frère coadjuteur, né à Meaux : en 1624, entré dans la Congrégation de la Mission eu 1644.
12). Salomon Patriarche, frère coadjuteur, ne dans l’île de Jersey en 1620, entré dans la Congrégation de la Mission en 1642.
13). Autre nom de l’Irlande. Les Missionnaires envoyés par Monsieur Vincent se dévouèrent dans le pays eu dépit des persécutions, de 1646 à 1652.
14). François Le Blanc (ou White), né à Limerick (Irlande) en 1620, entré dans la Congrégation de la Mission en 1645, ordonné prêtre en 1651 ; il "missionna" en France et en Ecosse où il mourut en 1679.
15). Dermot Duiguin, né en Irlande en 1620, entré dans la Congrégation de la Mission en 1645, missionnaire en Irlande, puis en Ecosse où il mourut en 1657.
16). Philippe Le Vacher, né à écouen (diocèse de Paris) en 1622. entré dans la Congrégation de la Mission en 1653 ; après trois années passées en Irlande, il fut rappelé en France ; ordonné prêtre en 1650, il travailla à Alger (vicaire apostolique et, plus tard, consul de France) ; rentré en France en 1662, il mourut à Fontainebleau en 1679.
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Rose d’où […] à revenir, et envoyer quelque autre à Annecy et aux autres maisons, où l’on demande incessamment qu’on les visite (17). Le capital que je vous prie de regarder ici c’est la santé ; Notre-Seigneur pourvoira au reste.
Vous apprendrez à Marseille la faute qu’a faite le frère Barreau, consul d’Alger, de s’être obligé au paiement de 40 000 livres, pour la rédemption de quelque captif, contre l’expresse défense qu’on lui en avait faite. Cette affaire nous met en peine ; ce qui est plus fâcheux, c’est que le bon M. Nouelly (18) l’avait conjuré de ne le pas faire une heure auparavant. Je vous prie de faire célébrer une messe par chacun de la famille de La Rose, comme aussi pour la mission d’Irlande.
L’on est rétabli dans Saint-Méen par l’ordre du Roi, mais je ne sais si cela durera (19).
Nous venons de faire nos retraites avec fruit, par la grâce de Dieu, en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
Vincens DEPAUL.
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prêtre de la Mission, à La Rose.
53. — LETTRE DEDICATOIRE
DE CHARLES AUBERT (1) A SAINT VINCENT
A Monsieur Vincent, supérieur général des Prêtres de la Mission, Monsieur, l’on trouvera par aventure étrange qu’encore que je sois privé du bonheur de votre connaissance personnelle, si librement je vous présente ce petit Discours (2) en la simplicité de notre esprit et langage, mais le grand progrès qui se fait tous les jours par dignes et pieux personnages que notre Dieu, par votre ministère, a suscité en cette région,
17). Il s’agit ici de visite canonique.
18). Voir les notes 1, 2, 3 de la lettre n° 48 de la présente édition.
19). Voir la note 5 de la lettre n° 48 de la présente édition.
Lettre 53. — Lettre imprimée en tête du volume Bief Discours… Texte publié dans les Annales de la C. M. 1941-42, p. 274.
1). Charles Aubert (1567 env. 1653 env.), avocat et prêtre du Mans, auteur d’ouvrages de caractère religieux, cf. Dict. de Biogr. Française, t. IV (1948), col. 14-15 : art. Aubert (Charles) par J. Balteau.
2). "Brief Discours de Charles Aubert, prêtre, du respect et honneur des enfants envers leurs pères et mères, à M. Vincent supérieur général des Prêtres de la Mission." Le Mans, 1646, 152 p. (Bibliothèque Nationale : D 21298).
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lesquels si heureusement travaillent pour le bien et salut des âmes (3) fait évidemment reconnaître l’ardeur de votre zèle, pour son service son honneur et sa gloire. Cette connaissance nous a donné le courage de le vous présenter simplement, estimant chose indigne et indécente de notre âge, d’apporter artifice pour obscurcir ou bien dissimuler la vérité en toutes choses, qui sert plutôt d’une amorce au péché, qu’une guide assurée pour marcher droitement au chemin de vertu, qui de soi a des moyens très efficaces pour attirer l’esprit d’une bonne naissance, sans mendier des ornements externes. Je vous présente donc, Monsieur, ce petit labeur, avec soumission très humble d’y recevoir telle correction qu’il vous plaira y apporter, pour demeurer le reste de mes jours, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur. C.
AUBERT,
prêtre indigne.
8 septembre 1647 (1).
a… En général, le saint prêtre était en garde contre les nouvelles communautés. Cela paraît par une grande lettre qu’il écrivit cette même année 1647 à M. l’Archevêque de Paris, et dans laquelle il joint à un profond respect une fermeté vraiment sacerdotale. Un homme (2), qui avait un prieuré (3) dépendant de l’abbaye de Saint-Florent-les-Saumur (4), voulait depuis plusieurs années le réunir au Séminaire des Bons-Enfants (5), que la nourriture de quarante prêtres
3). Allusion aux travaux apostoliques des Prêtres de la Mission, établis au Mans depuis 1645 (Grand Séminaire et Missions).
Lettre 54. — Texte tiré de Collet (Pierre), C.M. Vie de Saint Vincent de Paul… (Nancy, 1748, 2 tomes), t. I, P. 430-431. L’auteur donne la substance de la lettre avec quelques citations textuelles. I. Date donnée par Collet.
2). M. Ribier.
3). Le Prieuré de Bruyères-le-Châtel, prieuré bénédictin situé près d’étampes alors diocèse de Paris.
4). L’abbaye bénédictine de Saint-Florent-les-Saumur, située dans le diocèse d’Angers, commune de Saumur, était rattachée depuis 1637 à la Congrégation de Saint-Maur.
5). Ancien Collège des Bons-Enfants, berceau de la Congrégation de la Mission, qui s’y était établie en 1625 ; en 1632, Saint Vincent et les Missionnaires s’étant
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externes, qui ne payaient que sept sols par jour, surchargeaient extraordinairement (6). M. de Gondi, à qui on en fit la proposition, ne l’agréa pas. Il fit entendre à ceux qui la lui faisaient, qu’il était mécontent de Vincent de Paul, qu’il savait de bonne part que c’était lui qui, dans le Conseil du Roi (7), avait empêché qu’une certaine religieuse ne s’établit à Lagny (8) ; que s’il voulait être, comme auparavant, de ses amis, il fallait qu’il changeât de style et qu’il portât la Reine à changer de sentiments.
Ce fut à cette occasion que le saint prêtre écrivit au prélat la lettre dont je viens de parler ; elle porte en substance : qu’il est vrai que la Reine (9), à son retour d’Amiens, lui a parlé de l’établissement en question ; qu’il est encore vrai qu’il ne l’a pas favorisé, mais qu’il a eu de fortes raisons pour en agir ainsi ; que depuis longtemps il avait été arrêté, dans le Conseil ecclésiastique (10), qu’on ne permettrait plus de nouveaux établissements de religieuses ; qu’on reconnaissait qu’il y en avait déjà de trop ; que Sa Majesté en recevait souvent des plaintes ; que plusieurs s’anéantissaient d’elles-mêmes ; que depuis peu on en avait vu se former et disparaître six ou sept de ces sortes de Congrégations (11) ; que quelques-unes avaient donné du scandale et excité des murmures ; enfin, qu’on ne connaissait pas assez l’esprit de la Reine, quand on la croyait capable de changer du blanc au noir ; et que pour lui, il ne pouvait ni se repentir, ni se dédire d’un avis qu’il n’avait donné qu’en la seule vue de Dieu.
La fermeté de ces paroles était tempérée par des témoignages de reconnaissance, de soumission et de respect, que je supprime en ce lieu, où il ne s’agit pas de constater les justes ménagements que le saint prêtre eut toujours pour les Pontifes de l’église de Dieu ;
transportés à St-Lazare, le Collège connut diverses affectations ; en 1645 on y avait institué un Séminaire pour les prêtres désireux de se former aux fonctions de leur état.
6). Sur toute cette affaire voir la lettre de Saint Vincent à J.-F. de Gondi en date du 3 Septembre 1647 (publiée dans l’édition Coste, t. III, p. 232-233).
7). Le Conseil de Conscience, institué par la reine Régente Anne d’Autriche eu 1643 pour les nominations aux bénéfices (évêchés, abbayes) et pour ce qui regardait les questions ecclésiastiques et religieuses. Saint Vincent fit partie de ce Conseil dont il fut, un temps, rapporteur.
8). Localité située à l’Est de Paris (ancien diocèse de Paris, département actuel de Seine-et-Marne).
9). Anne d’Autriche.
10. Il s’agit encore ici du Conseil de Conscience que Collet appelle plus haut Conseil du roi.
11. Collet ajoute en note : "Elles sont nommées dans la lettre du saint."
74 - mais de faire connaître que l’apparence du bien ne le séduisait pas et qu’il ne donnait son approbation aux nouveaux établissements de Filles que lorsque l’Esprit de Dieu, la nature et les principes de leur Institut, et plus encore l’expérience, le mettaient à portée de juger qu’il n’y avait rien à craindre et beaucoup à espérer (19).
55. — LETTRE (de Pluyette) A JEAN DEHORGNY, Prêtre de la Mission
Monsieur,
Je vous supplie vouloir délivrer à mon frère présent porteur les vingt-six livres pour le quartier de bourse échu le premier jour d’avril dernier, durant lequel il a demeuré au collège et n’est sorti qu’à la fin du mois de mars, et me faire obliger de ne payer aucune somme au neveu de M. le curé de Fontenay, prétendu boursier, jusqu’à ce que nous soyons vidé de notre différend, ce qu’espérant de la faveur de M. Vincent et la vôtre, je suis. Monsieur votre obéissant et affectionné serviteur.
PLUYETTE.
Paris, le 28 avril 1648.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, Prêtre de la Mission à St-Lazare, à Paris.
12). On s’explique pourquoi Saint Vincent faisait tout son possible pour empêcher que les Filles de la Charité, instituées par lui et Sainte Louise de Marillac en 1633, fussent considérées comme des religieuses.
Lettre 55. — Arch. Nat., Paris. M. 105.
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56. — LETTRE DéDICATAIRE
DE J.-B. DE LA PLACE (1) A SAINT VINCENT
[1648]
A Monsieur,
Monsieur Vincent da Paul,
Instituteur et Supérieur général de la Congrégation de la Mission.
Monsieur,
Je me séparerais de mon devoir, si je ne vous offrais cette Union (2) ; j’approche de l’original pour juger de la fidélité de ma copie, j’ai médité cet ouvrage en vous voyant faire, le public ne me doit qu’un peu de toile et de couleurs, et beaucoup d’ombrages qui lui cachent plus de beautés qu’il n’en découvre. Depuis que votre zèle a uni la piété pour la dispenser à tout un monde chrétien, l’ignorance a quitté l’autel, les cabanes ont leurs docteurs aussi bien que les palais, et les bouches d’or se font entendre où l’on ne sacrifie que dans le plomb. Devant que la plus juste de nos monarques eut mis son église entre vos mains, on naissait avec la mitre et l’anneau ; vous gouvernez les biens de cette illustre mineure avec un équitable aveuglement, votre choix s’étend plutôt sur une science roturière que sur une noble ignorance, et la vertu qui se pouvait plaindre d’un pauvre berceau vous est redevable du trône où elle est élevée au mépris de la faveur (3). Votre humilité, Monsieur, égale votre zèle, elle est couverte d’éclat et se tient dans l’obscurité, chargée de grandeur, et ne sort point de sa bassesse. La France vous regarde comme l’Antiquité ses héros qui ne se réservaient de leurs conquêtes que la gloire de les donner. Tant de vertus que vous assemblez justifient la protection de mon ouvrage, qui ne s’éloigne point de mon dessein s’il m’attache à votre personne en qualité, Monsieur, de votre très humble et très obéissant serviteur.
DE LA PLACE.
Lettre 66. — Lettre imprimée en tête du volume Union mystique. Texte publié dans les Annales de la C. M., 1947-48, p. 323., Jean-Baptiste de la Place (1612-1678). Docteur de Sorbonne, abbé commendataire de l’abbaye de Val-Richer (abbaye cistercienne su diocèse de Bayeux, département actuel du Calvados), qu’il ramena à l’Observance régulière eu 1645 ; il se démit en 1651, mais revint à Val-Richer où il séjourna quelques années avant de mourir, en 1678, sous l’habit cistercien.
2). "Union mystique ou Exercices spirituels pour s’unir à Jésus-Christ Notre-Seigneur, dans tous les temps de l’année selon l’ordre ecclésiastique…". Paris, 1648, 194 pp.
3). Allusion au zèle déployé par Saint Vincent au Conseil de Conscience pour pourvoir les sièges épiscopaux de prélats dignes de leur fonction pastorale.
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57. — A LAMBERT AUX COUTEAUX (1),
Prêtre de la Mission, à Saint-Lazare
[février ou mars 1649].
"… J’ai été bien consolé d’apprendre par votre lettre que vous et toute la Compagnie recevez avec joie l’enlèvement de vos biens (2). Je vous assure, Monsieur, qu’il ne me reste d’autre peine de ces grandes pertes, que celle de vous voir dans le travail extraordinaire dont vous êtes chargé…"
58. — LETTRE DE M. MARTIN LEVASSEUR A SAINT VINCENT
[Rome, 29 septembre 1649].
Monsieur,
Celle-ci sera pour faire savoir en peu de lignes ce que j’ai remarqué de plus considérable en la vie et en la mort de M. Dunotz et ce qu’on a dit dans la conférence qui fut faite sur ce sujet. Il y aurait trop à dire si je voulais vous déduire en particulier les actions vertueuses de ce bon serviteur de Dieu. Je dirai seulement ce qui me semble de plus considérable et édifiant.
On peut considérer ce bon serviteur de Dieu en tant que prêtre et comme missionnaire. Comme prêtre on peut dire qu’il était un vrai extrait de l’idée que saint Paul nous donne aux épîtres de Timothée et de Tite et je crois qu’il serait bien difficile de trouver un prêtre dans la vie active et commune comme la nôtre et de son âge qui eut plus exactement en pratique ce que cet apôtre nous ordonne.
Premièrement sa dévotion était sincère, sans fard, sans indiscrétion substantielle et solide, non pas superficielle et changeante comme celle de beaucoup qui est plus de flamme que de chaleur. Sa méditation était
Lettre 57. — Extrait tiré d’Abelly (L) Vie du Vénérable Serviteur de Dieu Vincent de Paul… Seconde édition. (Paris. 1668, 2 tomes) t. I, p. 293.
1). Lambert Aux Couteaux était pour lors (depuis 1642) assistant du Supérieur général pour le gouvernement de la Maison-Mère. Il avait écrit à M. Vincent pour l’informer de la situation de Saint-Lazare. Le saint, après sa démarche auprès de Mazarin (14 janvier 1649), pour amener le ministre à quitter la Cour avait jugé prudent de s’éloigner de Paris ; il était alors dans l’ouest de la France où il faisait la visite des maisons de sa Compagnie.
2). Saint-Lazare avait été pillé par les soldats en janvier 1649, pendant les troubles de la Fronde ; il eu avait été de même peu après de la ferme d’Orsigny qui alimentait Saint-Lazare.
Lettre 58. — Bibliothèque municipale de Lyon. Manuscrit 1285.
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presque continuelle excepté le temps qu’il employait à la sainte messe et à réciter certaines prières et oraisons vocales qu’il récitait tous les jours, car son étude était plutôt d’oraison que de spéculation. Vous savez, Monsieur, avec quelle attention et ferveur il récitait son office et tous avant sa mort ont dit qu’il semblait un ange au chœur avec les autres.
Pour la sainte messe, il ne la célébrait jamais qu’après une longue préparation et quand il pouvait après avoir entendu une ; son action de grâce durait toujours une demi-heure ou trois quarts d’heure et s’il n’avait pas entendu la messe avant que d’aller à l’autel, il l’entendait après l’avoir dite ; les dimanches et fêtes, il en entendait d’ordinaire trois.
La piété et la religion paraissait en ce qu’il avait un grand soin de la netteté de l’église et des ornements sacerdotaux ; il balayait souvent l’église et la sacristie et ne voulant pas permettre qu’un autre le fit ou lui, aidât, remerciant ceux qui le voulaient soulager en cela ce qu’il continua jusqu’à sa maladie quoiqu’il ne fut plus sacristain. C’était aussi lui qui blanchissait les corporaux et les purificatoires. Il avait grand soin qu’on observât les cérémonies aussi qu’on tint les mains nettes à cause disait-il, qu’elles étaient les instruments du sacrifice de la messe.
En ses études, il ne prétendait pas autre chose que de s’exciter à l’amour de Dieu et aux autres vertus, comme il appert manifestement par les écrits qu’on lui a trouvés après sa mort, car excepté un compendium de théologie scolastique et un de philosophie qu’il avait transcrit et quelques petites additions qu’il y a faites, il n’a rien recueilli depuis qu’il est à Rome, sinon un abrégé des Commentaires de Ménochius sur l’écriture qu’il fit les premiers mois qu’il fut en Italie, et quelques petites additions qu’il a faites à un abrégé latin des prédications de la Mission et des Instructions de Murcantius, qui est tout ce qu’on lui a trouvé avec les rimes sur l’A Kempis, et quelques litanies, et toutefois il m’a dit avant sa mort qu’il avait lu tous les livres qui sont ici à la réserve d’Ara qu’il n’a lu qu’en partie, selon les difficultés qui lui venaient, et en tout ce qu’il remarque de soi il n’y a rien de subtil ou curieux, mais tout y est affectif et de dévotion et choses communes.
En tant que Missionnaire
1° Une affection très grande et extraordinaire à sa vocation. J’ai trouvé ceci de sa main : "Garde-toi de t’imaginer de pouvoir faire mieux ailleurs." Il en parlait toujours avantageusement.
2° Son exactitude est connue, et, à dire simplement mon sentiment c’était l’âme du bon ordre de la maison par son bon exemple et par le soin qu’il avait de sonner les exercices du jour très exactement.
3° Sa ferveur, il n’était jamais oisif, mais, ou il priait ou lisait, ou balayait, ou travaillait au jardin. Il a éveillé un an entier si ponctuellement, que, quelque froid qu’il ait eu, et quoique pendant la nuit l’horloge s’arrêtât, il se levait ponctuellement. Il me dit une fois tout hors de lui-même : Homo Dei apprehendo vitam aeternam. Son langage ordinaire était de Dieu ou de la vertu.
4° Sa miséricorde envers les pauvres ; il m’a dit souvent qu’il était bien difficile de demeurer en ce lieu à cause de la pauvreté des bonnes gens, et que cela l’affligeait et le rendait mélancolique, voyant qu’on ne les pouvait pas secourir selon leurs besoins. Il était toujours après moi pour voir comment on pourrait les aider.
5° Sa charité vers Dieu ; il disait souvent : "Il faut mourir, que faisons-nous en ce monde ? et qu’il désirait être au ciel. Il me dit un jour, à l’occasion du manquement de quelque personne qu’il ne pouvait voir offenser Dieu, et que cela lui causait une douleur semblable à ceux qu’il souffrirait si on lui déchirait le cœur. Il me priait souvent d’avertir les autres de leurs manquements, et lui disant une fois que c’était temps perdu, il me répliqua que je le fisse au moins pour n’être point responsable devant Dieu ; qu’il approuvait fort la maxime des Pères Jésuites : ou l’ordre ou la porte.
De là vient qu’aux confessions il était fort circonspect de ne donner l’absolution qu’à ceux qu’il en jugeait capables, et étant un jour interrogé de quelques prêtres de la Compagnie touchant l’opinion de quelques auteurs sur le point des occasions prochaines nécessaires et présumées non volontaires et des rechutes, il répondit froidement que pour lui il ne serait jamais de cette opinion. Et me parlant un jour de la facilité de quelqu’un à donner l’absolution et des pénitences légères, il me dit : "O Monsieur, qu’il est difficile d’avoir une vraie foi de ce qui se passe au sacrement de pénitence et d’eucharistie et de n’être pas plus soigneux qu’ils ne soient profanés." Et lui communiquant un jour qu’on murmurait à cause des pénitences et du délai de l’absolution, il me dit qu’il fallait laisser dire et ne regarder que Dieu. Il était entièrement persuadé que la facilité des confesseurs est une des plus grandes occasions du dérèglement des peuples. Il ne pouvait entendre parler du contraire sans témoigner son sentiment : je sais par expérience ce que cela a opéré en quelques âmes, qui étaient en de grands désordres, lesquelles par la grâce de Dieu s’en sont retirées.
Le cavalier Santi étant malade m’envoya prier de le lui envoyer, mais il était déjà mort, et un autre y étant allé, il ne voulut pas se confesser, et l’étant allé voir, il rite dit qu il avait un grand regret de ce bon prêtre, qu’il eut consolation de se confesser à lui ; qu’il avait eu plusieurs confesseurs à Rome et autre part, mais qu’il n’en avait jamais trouvé aucun qui lui eut donne plus d’éclaircissement et de consolation.
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Pour son particulier, il se confessait avec tant d’humiliation, de componction et de sainte terreur, que souvent, l’entendant, il me venait ce passage de l’écriture Sainte : "Ad quem respiciam nisi ad pauperculum et trementem sermones meos (1)", et jamais je n’ai donné absolution avec tant de joie et d’amplitude de cœur, car il me semblait voir en lui la grâce, tant elle se faisait paraître extérieurement en ce bon serviteur de Dieu.
Quoiqu’il fut absolument nécessaire, et cela presque toujours, qu’il mit en pratique la coutume de la Compagnie de répéter quelque péché de la vie passée, pour assurer le sacrement, tant son âme était pure toutefois, outre la pénitence que je lui enjoignais, il me priait souvent d’y ajouter une rude discipline : ce sont ses mots.
Son obéissance était "quasi modo geniti infantis", sans jamais répliquer, et il m’a souvent dit qu’il s’étonnait comme il y en avait qui avaient de la peine à obéir, et que pour lui il avait expérimenté qu’en suivant son sentiment, il s’était toujours trompé, qu’en suivant celui des supérieurs il avait toujours reconnu la vérité de ces mots : "Ut vos audit, me audit". Il disait souvent ces mots de saint Bernard : "qui suit son sentiment, suit un faux maître".
Quand il allait en quelque lieu, même pour une demi-heure, il se mettait à genoux, me demandant la bénédiction, le plus souvent à la porte, devant les externes, et cela avec tant d’humilité et de dévotion que ceux qui le voyaient en étaient attendris. Une personne qui s’y trouva me dit : "O Monsieur, vous savez chez vous ce que c’est que vertu ; pour nous, nous vivons en bêtes."
Quand il avait quelque scrupule, il me venait trouver et me demandait si en cela il y avait du péché, et s’il s’en confesserait, et lui ayant dit que non, il s’en allait à la sacristie se vêtir pour célébrer.
Pour ce qui est de sa mansuétude, il n’a jamais contristé personne et quoique, en de certaines rencontres, il ait été repris aigrement jamais il n’a donné aucun signe de mortification ou tristesse mais toujours s’humiliait.
Sa mortification est plus à admirer qu’à imiter. Ce serait un grand narré si je voulais vous écrire ce qu’il a souffert pour la chasteté. Outre les disciplines ordinaires dont il avait permission, il me venait souvent demander permission d’en prendre. Il usa longtemps de certaines ceintures de rejetons de groseillier qu’il pliait et ajustait à cet effet et se les appliquait à la chair vive. C’est chose qui fait horreur de voir les épines de ces sortes d’arbrisseaux, car il prenait des branches d’un an, jugez, Monsieur, on met pour chose grande, comme elle est en effet, que sainte
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Thérèse se soit disciplinée avec des orties. Il a couché un grand temps sur la dure. Il est vrai qu’il ne s’est servi de ces dernières mortifications les deux dernières années de sa vie, car on les lui défendit. Il m’a dit que ce n’était pas sans raison qu’on honorait les saints, car la vertu était difficile à acquérir et qu’il fallait bien souffrir avant que d’en avoir un peu.
Dieu lui donna en récompense une grande pureté de corps et d’esprit ; il me dit en ses dernières communications qu’il ne ressentait plus rien des tentations passées, et qu’il y avait plus d’un an que la miséricorde de Dieu l’avait aidé en ce point. Il était toutefois très circonspect pour les conversations avec les femmes et ne les envisageait jamais. Enfin la constance avec laquelle il a toujours suivi la vertu, la persévérance avec laquelle il a scellé toutes ses bonnes œuvres ; étant tombé malade, il me pria de ne le point laisser, le lendemain il se confessa, demanda la communion pour viatique, après laquelle il me pria de lui donner l’extrême-onction au premier besoin.
Il montra une patience extrême, sans jamais se plaindre, ni lamenter, il dit qu’il n’en relèverait pas, et le matin précédant celui de sa mort, il me dit qu’il avait souffert cette nuit extraordinairement, que Dieu lui avait fait éprouver comme un ramas de tous les maux qu’avaient soufferts les saints ; un peu après il ajouta : "même de ceux des saints martyrs". Je n’osai pas l’interroger plus particulièrement, mais je pensai que c’était quelque vision du diable. Il mourut avec une grande paix et trépassa comme un enfant du berceau. Après sa mort je trouvai dans ses écrits un petit écrit de protestations à Dieu écrites de son sang et cachetées proprement, afin qu’on ne le lut pas. Je vous l’envoie, Monsieur, avec les rimes qu’il a faites sur le Gerson et sur l’évangile, lesquels, je crois, méritent bien qu’on les conserve. Un capucin m’en avait demandé quelque partie, mais je m’excusai sur ce que je désirais vous les renvoyer. Il y aura quelque manquement parce qu’il n’a pu les revoir et qu’il faisait cela pour sa consolation particulière. M. Blosquelet me demande celui de sa scolastique, et un autre de l’écriture Sainte, pour un abrégé des instructions de Menochius et des prédications de la Mission, dont il a écrit brièvement les points en latin. Ils vous prient Monsieur, de me les accorder, si vous le jugez à propos.
Voilà, Monsieur, ce que j’avais à vous mander du défunt le bon M. Dunotz, mais je crois que son humilité nous a privés de la connaissance de beaucoup de ses actions qui nous serviraient d’exemple et nous donneraient beaucoup d’édification, car je puis dire avec vérité et simplicité, que, selon mon pauvre jugement, il est bien difficile qu’un homme puisse arriver en cette vie à une plus grande pureté et innocence que ce bon serviteur de Dieu. C’est pourquoi je crois qu’il est au ciel, selon la sentence de Notre-Seigneur : "Beati mundo corde, quoniam ipsi
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Deum videbunt." Je vous prie, Monsieur, de prier Dieu pour moi afin qu’il me pardonne le mauvais usage que j’ai fait des exemples de ce bon serviteur de Dieu et me fasse la grâce de l’imiter en quelque chose.
J’ajouterai ici encore deux mots : 1°, il se levait toujours vers la minuit pour faire à genoux quelque petite prière, et cela avec permission, car il ne l’aurait jamais fait autrement, quelque grande que fut sa dévotion. 2° il était extrêmement réservé à parler au désavantage du prochain, et il n’en pouvait non plus ouïr parler mal, pas même en général des vices ou désordres de quelques provinces ou villes, ou de quelques professions. 3° il disait d’ordinaire : "Messieurs et mes Frères, faisons le bien, nous le trouverons", et pendant qu’il a enseigné quelques-uns des nôtres, il ne se passait presque point de jour soit en classe, soit à la répétition de l’oraison, qu’il faisait faire quelquefois à l’absence du supérieur, de dire à la fin : "Faisons bien, nous le trouverons". 4° souvent aussi et très souvent il disait : "Je souhaite de mourir, je souhaite de mourir", ce qui fait voir combien il était détaché du monde et pensait à l’éternité. Mais le moyen de dire tout ? Sa vie a été une continuelle application à Dieu ou aux œuvres de charité envers le prochain ; aussi ne saurait-on dire combien il est regretté par les externes aussi bien que par ceux de la maison.
Je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
LE VASSEUR,
Prêtre indigne de la Mission.
De St-Sauveur, le 29e 7bre 1649.
59. — LETTRE DU CHANCELIER SéGUIER (1) A SAINT VINCENT
(De Pontoise, 16 avril 1650 ou peu avant.)
Il lui écrit au sujet des affaires de Louis Machon (2), accusé d’avoir fabriqué de faux sceaux. Cette lettre est signalée dans une lettre du Chancelier Séguier à son bibliothécaire Blaize, datée de Pontoise, 16 avril 1650. Voici le passage :
"… prendre la peine, lorsque vous aurez remis ma lettre à Monsieur le Lieutenant criminel et au Père Vincent, de me venir trouver avec les papiers que je verrai avec vous, pour voir ce que l’on pourra faire…"
Lettre 59. — Extrait de la lettre du Chancelier Séguier publiée dans l’ouvrage de René Kerviler : Le Chancelier Pierre Séguier… (Paris, 1874), p. 627.
1). Pierre Séguier (1588-1672), garde des Sceaux en 1633, Chancelier en 1635 il le resta jusqu’à sa mort. Homme pieux et juste, il fit partie du monde religieux de la capitale, en relations avec tout ce que Paris comptait d’hommes de bien.
2). Louis Machon, chanoine de Toul, archidiacre de Port. En 1645, il avait dédié à Saint Vincent un ouvrage intitulé Dix Méditations… Le texte de cette
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60. — LETTRE DU P. VITET (1), religieux de Chancelade, A SAINT VINCENT
De Rome, 3 septembre 1650.
"… Le P. Guérin (2), procureur de Sainte-Geneviève, a découvert le dessein des agents de Mgr de Cahors (3) au sujet de la révocation des commissaires. Il a su ainsi l’arrivée de ces deux agents, religieux de Chancelade (4), qu’on aurait voulu lui cacher, et qui avaient pris une soutane noire. Il menace de les faire emprisonner. Il a jour arrêté pour une audience du Saint-Père. On conseille aux deux religieux de Chancelade de se retirer en France. L’emprisonnement serait une humiliation pour Monseigneur et la ruine des affaires de Chancelade.
"Est-il vrai qu’un religieux qui change son habit est excommunié et que son supérieur immédiat ne peut le dispenser…"
dédicace a été publié dans les œuvres de Saint Vincent (édition Coste) t. XIII, p. 133-134. Sur L. Machon, voir : Céleste (Raymond) Louis Machon, apologiste de Machiavel et de la politique du Cardinal de Richelieu. Recherches sur sa vie et ses Œuvres. Bordeaux 1882 et du même auteur : Louis Machon… Nouvelles recherches… Bordeaux 1883.
Lettre 60. — Extrait d’une lettre figurant dans les Archives de l’évêché de Cahors. Fonds Solminihac, liasse II, n° 51. Texte publié dans l’ouvrage de l’abbé Eugène Sol : Alain de Solminihac… Lettres et Documents (Cahors. 1930), p. 420. Une lettre du P. Vitet à Saint Vincent, en date du 5 septembre 1650, fait allusion à la présente lettre (publiée dans l’édition Coste, n° 1256, t, IV, p.73) : Je me suis donné l’honneur de vous écrire par le précédent courrier que le R. P. Guérin…".
1). R. P. Vitet, Augustin de la Réforme de Chancelade, alors à Rome, occupé à des démarches en vue de faire approuver la Réforme de Chancelade. Le compte rendu des négociations qu’il fait à Saint Vincent à plusieurs reprises montre l’appui qu’apportait notre saint à l’œuvre réformatrice de son ami Alain de Solminihac.
2). Jacques Guérin, procureur général à Rome de la Congrégation de Sainte Geneviève (branche des Chanoines réguliers de saint Augustin). Mort eu 1681. La Réforme de Chancelade était quelque peu concurrente de cette de Sainte Geneviève, ce qui explique les efforts du P. Guérin pour contrarier les démarches des représentants de Chancelade.
3). Alain de Solminihac.
4). Chancelade, abbaye de l’ordre des Chanoines réguliers de Saint Augustin, réformée, en 1623, par l’abbé Alain de Solminihac : divers monastères s’agrégèrent à cette réforme et Chancelade devint tête de Congrégation.
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61. — LETTRE DE LOUIS EUDO DE KERLIVIO (1), A SAINT VINCENT
A Hennebont (2), ce 22 novembre 1650.
Pax Christi !
Monsieur,
Je prie Dieu qu’il vous récompense des soins que vous avez eu de pourvoir notre hôpital (3) de personnes de qui j’espère son établissement en un bon ordre pour l’assistance des pauvres, comme nous en voyons déjà de grands commencements depuis l’arrivée des sœurs Anne (4) et Geneviève (5), qui fut heureusement, grâce à Dieu, le 6 de ce mois. Monsieur le Grand Vicaire m’a communiqué votre lettre, qui contient une crainte qu’il arrive difficulté à cause d’une personne qui a eu ci-devant le gouvernement des malades audit hôpital. Pour cela, Monsieur, il n’arrivera aucun inconvénient, d’autant que si cette personne ne peut s’accorder avec les deux sœurs, je la mettrai hors dudit lieu, où j’ai un entier pouvoir de disposer toutes choses à ma volonté. La chose se pourra d’autant plus facilement faire que c’est une personne de fort basse condition. Dès à présent, la sœur Anne a l’intendance de tout. Monsieur le Grand Vicaire se donnera l’honneur de vous écrire s’il ne l’a déjà fait. Je vous prie, Monsieur, de croire que je ferai mon possible pour aider nos bonnes sœurs, particulièrement en ce qui est leur salut, espérant de Dieu les grâces nécessaires à ce sujet que je vous prie de lui demander et de me tenir, Monsieur, pour votre très humble et obéissant en N.-S.
Louis EUDO,
prêtre indigne.
Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, général de la Congrégation des Prêtres de la Mission, à Saint-Lazare, à Paris.
Lettre 61. — Texte tiré des Archives Nationales de Paris : S 6168 dossier Hennebont (ms autographe) ; publié dans les Annales de la C. M.1949-50, p. 246-247.
1). Louis Eudo de Kerlivio (1621-1675), vicaire général de Vannes ; il s’était préparé au sacerdoce au Collège des Bons-Enfants A Paris, sous la direction de Saint Vincent dont il resta l’ami.
2). Hennebont, localité du diocèse de Vannes, actuellement chef-lieu de canton du département du Morbihan, à 12 km de Lorient.
3). Eudo de Kerlivio avait demandé à M. Vincent des Filles de la Charité pour le service des pauvres malades de l’hôpital d’Hennebont qu’il avait personnellement fondé.
4). Anne Hardemont, fille de la Charité, qui fut la première supérieure des Sœurs d’Hennebont, qu’elle devait quitter l’année suivante pour Nantes.
5). Geneviève Doinel, Fille de la Charité ; elle vivait encore en 1705 puisqu’elle a déposé, cette année-là, au Procès de Béatification de M. Vincent.
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62. — A CLAUDE DUFOUR (1), PRêTRE DE LA MISSION, A SEDAN (2)
De Paris, ce 29 décembre 1650.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je rends grâces à Dieu et prie Notre-Seigneur Jésus-Christ son fils, qu’il soit lui-même son action de grâces de celle qu’il nous a faite de vous avoir conservé dans le grand danger, dans lequel votre grande maladie vous a mis, et le prie qu’il vous conserve de longues années pour le bien de son église et, s’il l’a agréable, pour celui de ces bonnes gens de Madagascar (3), pour lesquels particulièrement il semble qu’il vous a conservé. Au nom de Dieu, faites tout ce que vous pourrez pour confirmer de plus en plus votre santé, pour l’aller employer pour ces pauvres gens des Indes (4) qu’il semble que Notre-Seigneur veuille sauver en partie par votre ministère.
Je suis en celui de sa Sainte Mère, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
indigne Prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Dufour, Prêtre de la Mission étant de présent à Sedan.
Lettre 62. — Lettre autographe.
Original à l’église Saint-Vincent-de-Paul du Havre. Texte publié avec l’orthographe de l’original dans les Annales de la C.M.1939, p. 194.
1). Claude Dufour (1618-1656).
2). Les Missionnaires étaient établis à Sedan depuis 1643, pour le service de la paroisse et pour des missions à prêcher dans les campagnes environnantes.
3). Cl. Dufour était destiné à la mission de Madagascar dont les débuts remontent à 1648 ; son départ, retardé par diverses circonstances (d’où le séjour provisoire à Sedan), n’aura lieu qu’en 1656 ; Cl. Dufour devait mourir épuisé un peu plus de deux mois après son débarquement.
4). Terme générique utilisé alors, qui, dans la pensée de Saint Vincent, désigne Madagascar.
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15 février 1651 (2)
Texte tiré de Collet (3) où cette lettre est mentionnée et en partie résumée :
"Après la bataille de Rethel (4), dans laquelle l’archiduc Léopold (5) et le Vicomte de Turenne (6) furent défaits (7) par le Maréchal Du Plessis (8), il resta sur la place deux mille Espagnols, à qui personne ne donnait la sépulture. Plus de huit semaines après le combat ils étaient encore sur le champ de bataille, où une partie servait de nourriture aux chiens et aux loups, l’autre exhalait une odeur qui corrompait l’air et qui peu à peu eut porté dans tout le voisinage et l’infection et la mort. Le Missionnaire (9) qui parcourait ce canton fut effrayé de ce spectacle ; il en donna avis à Vincent de Paul, et l’assura qu’avec cent écus il en viendrait à bout. Une petite gelée qui survint favorisa l’exécution de cette pénible entreprise. Dix jours de délai l’auraient rendue si difficile que mille écus n’eussent pas suffi pour la terminer".
Lettre 63.
1). Edme Deschamp, né à Saint-Dié (alors diocèse de Langres) en 1617, entré dans la Congrégation de la Mission en 1643, ordonné prêtre en 1650 ou 1651. Employé par Saint Vincent à diverses fonctions de dévouement et d’assistance dans les pays dévastés par la guerre civile (Champagne et Ile-de-France). épuisé par ses travaux, il mourut à Basville, près d’étampes, en octobre 1652.
2). Date donnée en marge du texte par Collet.
3). Collet (Pierre) C.M. donne ce passage dans sa Vie de St Vincent de Paul (Nancy, 1748, 2 tomes) t. I, p. 487-488. Abelly (Louis) dans la Vie du Vénérable Serviteur de Dieu Vincent de Paul… (Paris, 1664, 3 livres) donne (livre II, p. 402-403) un extrait de lettre d’Edme Deschamps faisant allusion aux mêmes faits ; cet extrait a été publié dans l’édition Coste : lettre N° 1316, t. IV, p. 143-144. Y eut-il deux lettres d’Edme Deschamps ? ou n’y en eut-il qu’une seule qu’Abelly ou Collet ont arrangée, chacun à sa guise ?
4). Localité située dans le département actuel des Ardennes.
5). Archiduc d’Autriche Léopold-Guillaume (1614-1662), deuxième fils de l’empereur Ferdinand II, bien que titulaire de plusieurs évêchés, il fut surtout homme de guerre ; il était pour lors gouverneur des Pays-Bas.
6). Turenne (1611-1675) pendant cette période de la Fronde militait dans le parti hostile à Mazarin ; les Impériaux soutenaient financièrement et militairement ce parti.
7). La bataille se déroula le 15 décembre 1650.
8). Bernard Du Plessis-Besançon (1600-1670).
9). Edme Deschamps.
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64. — AUX ADMINISTRATEURS DU GRAND HOPITAL DU MANS
Cette lettre est donnée dans l’édition Coste (lettre n° 1333, t. IV, p. 164) d’après l’édition Pémartin (lettre n° 780, t. II, p. 319). L’original qu’a vraisemblablement vu Pémartin est perdu. Antérieurement à l’édition Pémartin, cet original a été inséré dans J.L.A.M. Lochet. Saint Vincent de Paul et ses institutions dans le Maine. (Angers, 1859), p. 77-78. Les Annales de la C.M. (1951, p. 377-378) reproduisent ce texte avec son orthographe. Notons en passant que le texte de Pémartin est fidèle, pour une fois on est heureux de le constater.
65. — LETTRE DES éVêQUES D’ALET (1) ET DE PAMIERS (2)
A SAINT VINCENT
Alet, 22 avril 1651 (3).
Texte tiré de Collet (4) où cette lettre est mentionnée et citée en partie :
"La veille du jour où cette lettre (5) partit pour Luçon, les évêques d’Alet et de Pamiers, en écrivirent une en commun à Vincent de Paul, pour répondre à la sienne (6). On y voit la vénération singulière qu’avaient ces deux prélats pour le serviteur de Dieu : mais on y voit pour le moins aussi bien, qu’ils voulaient rétablir la paix par des moyens, qui n’étaient
Lettre 65.
1). Nicolas Pavillon (1597-1677), évêque d’Alet depuis 1637 ; il fut formé à la vie sacerdotale et apostolique sous la direction de Saint Vincent de Paul. Arrivé dans son diocèse en 1639 (peu après son sacre) il se révéla un évêque pieux, zélé et bienfaisant ; ses attaches avec les jansénistes suscitèrent contre lui des oppositions.
2). François-Etienne de Caulet (1610-1680), évêque de Pamiers depuis 1644. Prélat réformateur. Ses sympathies pour les tenants du jansénisme n’ont jamais été excessives, cependant, en 1651, ses relations avec N. Pavillon faisaient de lui un adversaire des opposants au jansénisme.
3). Date et lieu d’origine donnés d’après Collet.
4). Dans sa Vie de St Vincent de Paul (Nancy, 1748, 2 tomes) t. I, p. 538-539, Collet résume la lettre, mais on peut la reconstituer assez facilement, d’autant plus que sont insérées dans le texte de nombreuses citations.
5). Lettre dont Collet parle précédemment (p. 537) ; lettre adressée le 23 avril 1651 à Pierre Nivelle, évêque de Luçon ; publiée dans l’édition Coste : lettre N° 1345, t. IV, p. 175-1816. Depuis le début de l’année 1651, Saint Vincent s’employait activement à obtenir des signatures d’évêques pour une supplique adressée au Saint-Siège en vue de provoquer une condamnation formelle des Cinq Propositions tirées de
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propres qu’à donner des forces à l’erreur, et qui par une suite nécessaire ne pouvaient que perpétuer la guerre. Ils disent en substance, qu’il y a longtemps qu’ils gémissent des divisions qui affligent l’église ; qu’ils eussent répondu plus tôt à la lettre qu’il a plu à Vincent de leur écrire, s’ils n’avaient jugé que l’affaire, sur laquelle on désirait leur résolution, demandait beaucoup de conseil et de prières ; qu’ils vont lui déclarer ce qu’ils pensent, avec la simplicité et le désintéressement dont il leur a donné tant d’exemples ; qu’ils croient donc qu’il n’y a pas d’apparence, que dans une agitation si vive, et que les deux partis croient juste, l’Esprit de Dieu, qui est un Esprit de paix, trouve assez de docilité dans les cœurs, pour y opérer une parfaite réunion ; que, quoiqu’ils respectent la voie qui leur a été proposée, de demander au Saint-Siège la décision des questions principales d’une doctrine qu’on juge suspecte, néanmoins il leur semble important, que les évêques ne se rendent point suspects, ni odieux à aucun parti en se déclarant pour l’un ou pour l’autre, afin de pouvoir en son temps moyenner plus aisément la paix par la confiance que tous auront sujet de prendre en eux ; qu’ayant été conviés par plusieurs autres évêques, de vouloir signer une lettre écrite au Pape, contraire à celle que Vincent leur a envoyée, ils appréhendent, accordant aux uns ce qu’ils ont refusé aux autres, de contribuer à un schisme, qui en fait de doctrine, et entre des personnes d’un si grand poids, peut produire de grands maux ; et donner occasion de risée aux libertins et aux hérétiques, et de scandale aux bons catholiques. La guerre et les divisions, qui affligent l’état et la Chrétienté, sont encore un motif que les deux prélats font valoir, et qui leur fait craindre qu’une Bulle, donnée dans une saison si agitée de troubles, ne puisse avoir toutes les formalités nécessaires, et qu’elles n’aigrisse les maux, au lieu de les adoucir.
Mais les deux évêques voulaient-ils donc qu’on continuât à disputer, et à se déchirer les uns les autres, comme on avait commencé à faire ? Ce n’était pas là leur intention ; voici l’expédient, par lequel ils se flattaient d’arrêter le cours de la division, et de rétablir la concorde ; ils le proposent en ces termes : Il nous semblerait donc, Monsieur, plus à propos de
l’Augustinus de Jansénius. Arguant de ses relations personnelles avec les deux prélats, Saint Vincent leur avait écrit pour solliciter leur adhésion à la supplique des évêques ; la présente lettre est leur réponse. Le saint réfutera leurs assertions dans la lettre à eux adressée en juin 1651 ; le texte en est connu par Abelly (La Vie du Vénérable Serviteur de Dieu, Vincent de Paul. Paris, 1664, 3 livres) livre II, p. 422-426 ; le texte peut être complété et corrigé par celui que donne Collet : t. I, p. 540-544. Coste l’a publié dans son édition : lettre n° 1367, t. IV, p. 204-210. Sur toute cette affaire voir Coste (Le grand Saint du grand Siècle. Monsieur Vincent, Paris, 1932, 3 tomes) t. III, p. 204-210.
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travailler à nous joindre tous pour demander au Saint-Siège, que, puisque pour nos péchés les hommes ne sont pas en état de traiter les choses paisiblement… il lui plaise d’envoyer une Bulle, qui défende, sous de très graves peines, à toute personne, de quelque qualité et condition qu’elle soit, d’agiter les questions du temps dans les chaires et dans les écoles, par écrit et de vive voix, en public et en particulier, jusqu’à ce qu’il juge le temps plus propre pour les décider ; et qu’il ordonne cependant aux évêques d’user de censures et autres voies raisonnables, pour la faire observer inviolablement à tout le monde. C’est le tempérament que nous avons cru le plus convenable à l’état présent des choses. Le reste de la lettre ne renferme que des vœux pour la paix, et des preuves de respect et d’attachement pour celui à qui ils écrivent. Nous vous assurons devant Dieu, disent-ils au St Prêtre, que nous conserverons chèrement le souvenir et la reconnaissance des obligations singulières, que nous avons à la grande charité, que vous avez exercée envers nous depuis tant d’années ; et que nous sommes avec tout le respect et l’affection qui nous est possible, Monsieur, vos très humbles serviteurs,
Nicolas, E. d’Alet, François, E. de Pamiers.
66. — A EUDO DE KERLIVIO (1), A HENNEBONT
[avril 1651]
Saint Vincent, écrit le 16 avril 1651, à la Sœur Anne Hardemont, supérieure de la maison d’Hennebont, fondée par Eudo de Kerlivio (édition Coste : lettre n° 1342, t. IV, p. 172-174), dans cette lettre nous lisons le passage suivant (p. 172-173) :
"J’ai reçu grande consolation de votre lettre, à cause de celle que vous donne le bon M. Eudo, votre père et bienfaiteur. Je lui fais un mot de remerciement de tant de charité qu’il exerce envers vous et notre sœur Geneviève…
Lettre 66.
1. Sur ce personnage et la fondation d’Hennebont voir la lettre n° 61 de la présente édition.
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67. — AU R.P. CHARLES FREMONT (1), DE L’ORDRE DE GRANDMONT
[juin 1651] (2)
Dans l’Histoire [manuscrite] de la Réforme de Grandmont contenant la vie du Très Révérend Père Charles Frémont… composée par f. Pierre Legeay… 1718, (Bibliothèque Nationale. Manuscrits. Fonds français 19682), nous trouvons, à la p. 155 (chap. 3e du livre II du t. I) le texte suivant :
"Il [le P. Frémont] reçut le premier jour de juillet de cette même année 1651, une lettre du B. Vincent de St Paul, instituteur de la Congrégation de St-Lazare, qui le priait de se rendre incessamment à Paris, pour une affaire de conséquence qui concernait la gloire de Dieu, le bien général de l’ordre de Grandmont et le bien particulier de la Réforme, sans lui spécifier autre chose."
Lettre 67.
1. Charles Frémont (1610-1689), religieux de Grandmont ; protégé par le cardinal de Richelieu, il avait pris la tête d’un mouvement de réforme de l’Ordre, en dépit de l’opposition du Supérieur général, le P. Georges Barny ; les monastères gagnés à la Réforme formeront plus tard une branche particulière de l’Ordre de Grandmont. Le P. Frémont s’était lié d’amitié avec Saint Vincent au temps oh il était Supérieur du Collège de Grandmont à Paris. M. Vincent, pendant toute la période où il fut membre du Conseil de Conscience, favorisa efficacement la Réforme de Grandmont, sans pour autant heurter le Supérieur général de l’Ordre. Sur cette affaire voir : Abbé Terre. Saint Vincent de Paul et l’Ordre de Grandmont, article publié dans Mission et Charité. N° 3 (juillet 1961) p. 363-372-
68. — LETTRE DU R.P. CH. FREMONT A SAINT VINCENT
[fin octobre ou début novembre 1651 (1)],
Lettre signalée dans un autre passage du manuscrit cité pour la lettre n°67, p.160-161 :
"Dès que le R.P. Charles eut reçu ces deux novices (2), il écrivit au B. Vincent et à l’évêque de Lodève (3), que la Providence l’avait mis en état de pouvoir envoyer des disciples lorsqu’il en aurait le consentement du Général (4)".
69. — LETTRE DE FRANçOIS BOSQUET, évêque de Lodève,
A SAINT VINCENT
Tours, [décembre 1651] (1)
Lettre signalée dans un autre passage du manuscrit cité pour les lettres 67 et 68, p. 161 :
Lu" Ce me ? me prélat [Fr. Bosquet] lui écrivit [au P. Frémont] de Moulins en Bourbonnais, le 24 décembre de la même année 1651 et lui mandait qu’il avait écrit de Tours à dom Georges Barny et à M. Vincent afin qu’il pressât le général de lui envoyer le vicariat (2) qu’il lui avait demandé."
Lettre 68.
1). Date fixée d’après le contexte. Le P. Frémont avait écrit à l’évêque de Lodève au sujet de la même affaire le 28 octobre 1651,
2). Grâce à l’arrivée de ces deux novices, le P. Frémont envisageait, d’accord avec l’évêque de Lodève, de faire passer à la Réforme le Prieuré de Saint-Michel de Lodève ; l’opposition du Supérieur général fut telle que l’union ne se fera qu’en 1679.
3). François Bosquet (1605-1676). Après une brillante carrière administrative, il entra dans les ordres et, en 1648, devint évêque de Lodève, il mourra évêque de Montpellier en 1676.
4). Georges Barny, Supérieur général de l’Ordre de Grandmont.
Lettre 69.
1). Date déterminée d’après le contexte et la succession vraisemblable des événements.
2). Pouvoir de Vicaire avec autorité sur les monastères gagnés à la Réforme. Le P. Barny fit longtemps la sourde oreille ; nous connaissons une lettre que Saint Vincent lui adressa sur le même sujet, le 24 janvier 1652 (édit. Coste, lettre N° 1449, t. IV, p. 309-311)
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70. — A ANNE-MARGUERITE GUéRIN (1), Religieuse de la Visitation (2)
Ce 13 février 1652
Ma chère Sœur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Nos chères Mères qui sont venues du dehors pour traiter des affaires de votre saint ordre avec nos Mères et déposées (3) de vos monastères de cette ville, selon le désir de votre monastère d’Annecy (4), n’ont point voulu recevoir les raisons pour ne pas venir, que vous m’alléguâtes lundi passé, que je vous vis à cet effet, et sont résolues absolument de ne conclure qu’en votre présence les affaires qui leur ont été proposées, et sont résolues de ne s’en pas retourner que cela ne soit ; et elles m’ont fait une si forte instance pour cela, que je n’ai pu leur refuser l’ordre, que je vous envoie par la présente, de vous en revenir céans avec notre chère sœur de Chandenier (5), dès aujourd’hui dimanche par ce carrosse qu’on vous envoie. Venez donc, ma chère sœur, au moment que je vous marque, quelque difficulté qu’on vous propose du contraire. Que si, après avoir fait ici ce qu’il y a à faire, M. de Saint-Nicolas (6) juge que vous puissiez rendre quelques services à nos chères
Lettre 70. — Lettre autographe.
Original au monastère de la Visitation de Boulogne-sur-Mer. Texte publié dans les Annales de la C.M. (1929, p. 724-725).
1). L’adresse manque sur l’original. D’après le texte de la lettre on voit qu’il s’agit d’une ancienne Supérieure du Second monastère de la Visitation de Paris (au faubourg Saint-Jacques) ; il ne peut s’agir que de la Sœur Anne-Marguerite Guérin (1599-1672) ; d’abord religieuse du Premier monastère de la Visitation de Paris (rue Saint-Antoine), elle fut envoyée, comme Assistante de la Supérieure, au Second monastère, lors de sa fondation en 1626 ; elle en fut la Supérieure de 1640 à 1646 ; en 1659, elle sera la première Supérieure du Troisième monastère de la Visitation de Paris (rue Montorgueil). En 1652, elle était à la Visitation du faubourg Saint-Jacques.
2). Depuis 1622 (dès avant la mort de Saint François de Sales) Saint Vincent était Supérieur ecclésiastique de la Visitation du diocèse de Paris ; à mesure que les monastères se fonderont (ils seront au nombre de quatre en 1660) M. Vincent verra croître ses responsabilités et ses charges.
3). Mères déposées. Il s’agit des Supérieurs en exercice et de celles qui, déposées légitimement, à l’expiration de leur mandat, gardaient une certaine influence dans leur monastère.
4). Annecy : première fondation de la Visitation par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal (1612). Bien que chaque monastère fut autonome, la Visitation d’Annecy gardait une prééminence morale dans tout l’Ordre.
5). Marie-Louise de Rochechouart de Chandenier (1620-1694), religieuse de la Visitation, sœur des deux abbés de Chandenier, très liés à Saint Vincent ; deux de ses sœurs la suivront à la Visitation.
6). Hippolyte Féret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et vicaire général de Paris.
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Mères de la Conception, il en sera le maître et ordonnera ce qu’il lui plaira. Et moi, ma chère [sœur], je vous supplie de faire un renouvellement des offres de mes très humbles services à votre chère Mère votre supérieure (7) et à sa chère communauté. Nous vous attendons donc aujourd’hui et vous prie de n’y pas manquer, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma chère sœur, votre très humble serviteur,
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
71. — AU COMTE D’ARGENSON (1), Ambassadeur de France à Venise
De Paris, ce 10 mai 1652.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre avec tout le respect et la reconnaissance que je dois à l’honneur de votre souvenir. Je suis indigne du remerciement que vous me faites, tant parce que le sujet ne le mérite pas, que pour l’obligation que j’ai de vous servir ; et c’est, Monsieur, ce que je voudrais faire en chose de plus grande importance. Plaise à Dieu m’en donner les occasions !
Cependant je le remercie de ce que vous avez été reçu avec grand honneur par les Vénitiens et de la grâce qu’il vous a faite, à ce que j’ai appris, de vous mettre en grande considération parmi eux.
Je le prie qu’il bénisse de plus en plus vos conduites et votre maison. Et comme je suis trop chétif pour espérer le bonheur de pouvoir
7). Mère Marie-Agnès Le Roy.
Lettre 71. — Lettre signée ; seule la phrase qui suit la signature est de la main de Saint Vincent. Original aux Archives du Ministère des Affaires étrangères. Correspondance de Venise. Vol. 84 f° 200.
Texte publié dans les Annales de la C.M. (1927, p. 236-237).
1). René II de Voyer d’Argenson (1623-1700). Ambassadeur à Venise de 1651 à 1655 succédant à son père. De 1655 à sa mort il vécut dans la retraite occupé à de bonnes œuvres ainsi qu’à la composition d’ouvrages de piété. Membre actif et influent de la Compagnie du Saint-Sacrement il est l’auteur des fameuses Annales de la Compagnie… publiées en 1900 par dom Beauchet-Filleau.
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faire autre chose pour vous, ni pour elle, je continuerai au moins de vous offrir souvent et tendrement à Notre-Seigneur et à souhaiter avec ardeur de vous rendre mon obéissance.
Je vous supplie très humblement, Monsieur, d’agréer les offres que je vous en fais, qui suis, à la vie et la mort, en l’amour de ce même Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL.
i. p. d. l. M.
Si je pouvais mettre mon cœur dans cette lettre, aussi bien que ses effets pour votre service, je le ferais avec joie.
Au bas de la première page : M. d’Argenson.
72. — A LA MèRE MARIE-AGNèS CHEVALIER (1)
Religieuse de la Visitation
Juillet 1652 (2)
…et la peine de quitter votre chère maison. Mais quoi ! la dépense n’est pas à considérer en ces occasions ; et la peine vous sera récompensée par la consolation de voir vos chères sœurs (3), qui s’attendent à vous recevoir avec un accueil, une chère (4) et une tendresse que je ne vous puis exprimer. Je vous envoie la lettre que notre chère
Lettre 72. — Lettre signée avec post-scriptum autographe. Original au monastère de la Visitation de Boulogne-sur-Mer. La partie supérieure de cette lettre écrite recto-verso a été coupée, d’où les lacunes. Texte publié dans les Annales de la C.M. (1929, p. 725-726).
1). La lettre ne porte pas de suscription ; d’après le texte on voit qu’elle est destinée à la supérieure d’une communauté religieuse sur laquelle S. Vincent a autorité, d’une communauté qui dut quitter son monastère et se réfugier ailleurs avec ses élèves. Ces indices permettent de penser qu’il s’agit de la Visitation de Saint-Denis, qui fut contrainte pendant les troubles de la Fronde (en juillet 1652) de chercher asile au premier monastère de la Visitation de Paris (rue Saint-Antoine). La supérieure de la Visitation de Saint-Denis était alors la Mère M.-A. Chevalier.
2). Date à laquelle les Visitandines de Saint-Denis durent se replier sur Paris.
3). Sœurs de la Visitation de la rue Saint-Antoine à Paris.
4). Ce mot signifiait alors bon visage, accueil bienveillant.
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Mères m’a écrite sur ce sujet et peut-être vous a-t-elle déjà fait tenir le mandement que je lui ai envoyé pour vous. Vous ferez donc bien d’envoyer dès aujourd’hui, si vous pouvez, vos petites filles et quelques-unes de la communauté, comme les…… ma chère Mère, votre très humble serviteur,
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Ce qui fait que je vous donne ce conseil, c’est l’appréhension du retour du danger que vous avez couru et la douleur du mal qu’on vous a fait et non point pour aucune connaissance particulière que je sais de l’état des choses. L’on ne saurait mal faire en pratiquant un conseil de Notre-Seigneur. Et puis, la presse que vous font les parents de vos petites filles (6), qui peuvent savoir plus de nouvelles que moi, me presse moi-même.
73. — A CHARLES BAYART (1), Prêtre de la Mission, à Montmirail (2)
7 décembre 1652.
"J’approuve que vous fassiez enfermer le jardin de murailles et y fassiez entrer le petit lopin de terre qui appartient à l’Hôtel-Dieu et qu’en échange vous en achetiez autant près du même Hôtel-Dieu qui servira de jardin aux Sœurs (3) pourvu néanmoins que cela soit trouvé bon par les principaux de la ville, car cet hôpital est au public et nous n’en sommes que les administrateurs qui ne pouvons disposer du fonds.
5). La supérieure de la Visitation de la rue Saint-Antoine, la Mère Louise-Eugénie de Fonteines.
6). Les élèves pensionnaires dont les Sœurs étaient les maîtresses,
Lettre 73. — Copie tirée du Coutumier de Montmirail, conservé aux Archives départementales de la Marne à Châlons. L’original a disparu. Texte publié dans les Annales de la C.M. (1960, p. 314).
1). Charles Bayart, né au diocèse de Soissons en 1617, entré dans la Congrégation de la Mission en 1644 ; depuis 1651, il était supérieur de l’établissement des missionnaires de Montmirail.
2). Localité du département actuel de la Marne, appartenant alors au diocèse de Soissons.
3). Filles de la Charité, établies à Montmirail en 1650, pour le service de l’hôpital.
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"La fondation de Montmirail (4) nous oblige aux Missions, à maintenir l’Hôpital, y recevoir les passants et même les malades, et enfin à faire le bien que nous pouvons sur les terres des fondateurs (5) par la visite des malades, par instruire et consoler aux rencontres qui en ont besoin et par les autres bonnes œuvres que les prêtres peuvent et doivent pratiquer. Vous avez bien fait de recevoir à l’Hôpital les trois soldats blessés. Le refus eût scandalisé le peuple et eût fâché M. de Leuze (6). Il vaut mieux excéder en charité que d’en manquer. Ces occasions n’arrivent pas souvent et il n’y a aucune conséquence à craindre."
13 avril 1653.
Monsieur,
J’ai offert à Notre-Seigneur, en célébrant la sainte messe, vos peines, vos gémissements et vos larmes ; et moi-même, après la consécration, je me suis jeté à ses pieds, le priant de m’éclairer. Cela fait, j’ai considéré attentivement ce que j’aurais voulu à l’heure de ma mort vous avoir conseillé de faire ; et il me semble que si j’avais eu à mourir au même instant, j’eusse été consolé de vous avoir conseillé d’aller à Tunis (2), pour le bien que vous pouvez y faire, et eusse eu, au contraire, un extrême regret de vous en avoir dissuadé ; voilà sincèrement ma pensée. Vous pouvez, toutefois, ou aller ou ne pas aller.
4. L’établissement des missionnaires date de 1644. 5. La famille de Gondi. 6. Bailli de Montmirail.
Lettre 74. — Publiée dans l’édition des Lettres de Saint Vincent de Paul donnée en 1882 par Pémartin (t. I, p. 467-468) ; citée dans l’édition Coste (t. IV, p. 585, en note) comme étant des paroles prononcées par Saint Vincent. Original perdu,
1). Martin Husson, né en 1623, avocat au Parlement de Paris, était, en 1653, attaché au service de la famille de Gondi. Engagé par Saint Vincent à se charger du consulat de Tunis, "acheté" par la duchesse d’Aiguillon, il partit, en juillet 1653 pour Tunis où il trouva le grand missionnaire Jean Le Vacher, dont il fut lé soutien et l’ami. Il resta en charge jusqu’en 1657 ; de retour en France, il devint intendant de la duchesse d’Aiguillon. Homme savant, pieux et vertueux, il mourut en 1695. Voir son éloge fait par Saint Vincent dans la lettre adressée à Jean Le Vacher, le 15 juillet 1653 (édit. Coste, t. IV, p. 625-626).
2). Dans cette lettre Saint Vincent parle de la proposition qu’il a faite à M. Husson de devenir consul de Tunis et des réticences que celui-ci a opposées
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16 juin 1653 (2).
Texte tiré de Collet (3) (t. II, p. 157-158) : "Il [Saint Vincent] écrivit à l’abbesse d’Etival pour l’engager à recevoir une de ses anciennes religieuses, qui prétendait n’être sortie de son prieuré qu’à cause des misères du temps (4), et qui, dans le monde, courait plus de risques que dans son cloître, quelque exposé qu’il fût…"
76. — FRANçOIS HALLIER (1) A SAINT VINCENT
[de Rome], 21 juillet 1653.
Texte tiré de Collet (3) (t. I, p. 558-559). "On reconnut en effet bientôt, et à Paris et à Rome, que les protestations janséniennes n’avaient rien de sincère. Le fameux écrit à trois colonnes, que ces Messieurs (4) répandirent dans tout le royaume, fit juger qu’à l’abri de la condamnation d’un sens purement calviniste, dont il ne s’agissait pas, ils continuaient à soutenir toute l’erreur du sens de Jansénius, dont il s’agissait uniquement, et qui était le seul que le Pape eut voulu condamner. C’est ce que le docteur Hallier explique fort au long dans une lettre, qu’il écrivit à Saint Vincent. Cette lettre, qui est
Lettre 75. — Original perdu. 1. L’abbaye d’Etival (Etival-en-Charnie, diocèse du Mans) était un monastère de religieuses bénédictines. La lettre est sans doute adressée à Claire Nau, abbesse de 1627 à 1660. Saint Vincent avait travaillé à introduire la réforme dans ce monastère, aussi connaissait-il l’abbesse.
2). Date donnée par Collet.
3). Dans sa Vie de St Vincent de Paul (Nancy, 1748, 2 tomes).
4). Probablement les troubles de la Fronde.
Lettre 76. — Original perdu.
1. François Hallier (1595-1659), docteur de Sorbonne, syndic de la faculté de Théologie depuis 1645 ; il deviendra évêque de Cavaillon en 1657. Il avait été dépêché à Rome, en compagnie de Jérôme Lagault et de François Joysel, docteurs de Sorbonne eux aussi, afin de contrecarrer l’influence des docteurs jansénistes qui travaillaient, dans le milieu de la cour romaine, à empêcher le condamnation, puis à en diminuer la portée lorsque celle-ci sera portée par la Bulle Cum occasione du 31 mai 1653, censurant les fameuses "Cinq Propositions", tirées de l’Augusninus de Jansénius.
2). Date donnée par Collet.
3). Dans sa Vie de Saint Vincent de Paul (Nancy, 1748, 2 tomes).
4). Les docteurs jansénistes.
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datée du 21 juillet, porte en substance, que les Jansénistes n’ont ni sens ni raison, quand ils tachent à se couvrir par des tergiversations si ridicules ; qu’ils donnent aux propositions (6) des sens tout autres que les paroles ne portent ; que les propositions étant claires, ils s’efforcent de les rendre équivoques et ambiguës par des explications éloignées du sens naturel des paroles, et du sens de Jansénius qu’Innocent X les a condamnées selon le sens de Jansénius, qui est celui qu’elles ont naturellement, selon la signification des paroles ; qu’après avoir entendu les Députés du Parti, il ne les a pas jugés recevables dans leurs sens chimériques ; qu’il a condamné absolument les propositions, comme ne pouvant recevoir aucune explication catholique ; qu’il a témoigné les condamner en tant qu’elles contiennent les opinions de Jansénius, qui sont les mêmes que celles des Jansénistes, comme il appert par leurs Apologies de Jansénius, et le reste de leurs livres ; que le Pape a donné dans sa Bulle un sens à la cinquième proposition, parce qu’il n’était pas contenu dans les paroles, mais seulement en Jansénius, et qu’il la condamne en ce sens, qui est celui du livre et de ses défenseurs ; que pour les autres propositions, il ne les a point expliquées, parce qu’il les a jugées assez claires, et qu’il a vu qu’elles n’avaient besoin d’aucun éclaircissement.
Après avoir prouvé, qu’en suivant la méthode de ces nouveaux docteurs, il n’est point de proposition, quelque mauvaise qu’elle soit, qu’on ne puisse soustraire à la censure, Hallier démontre par un grand nombre de faits, qu’on ne peut douter de l’intention du Souverain Pontife. S’il est vrai, dit-il, que le sens de Jansénius est à couvert, pourquoi donc le Pape a-t-il refusé des Bulles à un homme, dont tout le crime était d’avoir signé l’Augustin de ce Prélat ? Pourquoi a-t-il fait déposer un Général d’Ordre, qui favorisait les Jansénistes ? Pourquoi, sans autre raison, a-t-il relégué à Malte un autre religieux, et fait une rude réprimande au Général des "N" ? Pourquoi a-t-il donné dans le royaume de Naples un évêché à un Augustin, nommé Célestin Brun qui dans les Congrégations avait défendu la vérité catholique, et contre les Jansénistes, et contre son Supérieur même. Tant y a, continue M. Hallier, qu’Innocent X a témoigné vouloir récompenser tous ceux qui ont parlé contre les Novateurs, et défavoriser tous ceux qui étaient pour eux ; et c’est pour cela, ajoute-t-il, qu’il m’a offert l’évêché de Toul ; que sans que j’y pensasse, il m’a donné en Bretagne un prieuré, qui lui était demandé par plusieurs personnes de qualité ; et qu’il a
5). Les "Cinq Propositions".
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donné ordre à son Dataire de donner les premiers vacants à MM. Joysel et Lagault. Au reste, dit encore ce docteur, les Jansénistes sentent mieux que personne, que c’est à eux qu’on en veut ; et ce n’est que pour cela, qu’ils se sont enfuis honteusement de Rome, sans saluer aucun des Cardinaux de la Congrégation."
77-78. — FRANçOIS HALLIER et JéRôME LAGAULT (1)
A SAINT VINCENT
[de Rome] fin juillet 1653 (2).
Texte tiré de Collet (t. I, p. 560-561).
"Les Députés que le Pape retenait à Rome, et qu’il y comblait de bienfaits, craignirent que Vincent ne se laissât prendre à des marques équivoques de soumission, qu’il n’en crut trop aisément sur leur parole des gens, qui ne devaient être crus qu’à l’épreuve. Hallier et Lagault lui écrivirent donc chacun en particulier : comme leurs lettres sont dictées par le même esprit, nous donnerons tout à la fois un précis de l’une et de l’autre…
Après avoir dit au Serviteur de Dieu, qu’il fait paraître sa charité dans les peines qu’il se donne pour ramener les Jansénistes à la soumission et à l’obéissance, in spiritu lenitatis ; et lui avoir témoigné le plaisir qu’ils ont eu d’apprendre que plusieurs de ceux qui avaient pris un mauvais parti, étaient revenus à l’unité, ils entrent en matière. Ils approuvent extrêmement, qu’on n’insulte pas à ces Messieurs, et qu’on les reçoive avec douceur et respect : mais ils soutiennent en même temps qu’il ne faut ni les employer, ni les conserver dans les places où ils pourraient semer leurs erreurs, à moins qu’ils ne témoignent un véritable repentir du passé ; qu’on se doit défier de ceux qui, après avoir enseigné le Jansénisme, prétendent n’avoir rien enseigné qui soit condamné par la Bulle du Pape ; qu’on doit regarder comme très pernicieux à l’Eglise, ceux qui, pour écarter le vrai, l’unique point de la Censure, ont recours à leur distinction (3) de divers sens
Lettres 77-78. — Originaux perdus. Collet donne des extraits de l’une et l’autre lettres, sans qu’on puisse savoir à qui attribuer les citations textuelles, sauf le dernier passage donné expressément par Collet comme étant de Hallier.
1). Jérôme Lagault. docteur de Sorbonne, mort eu octobre 1653, à son retour de Rome.
2). Date vraisemblable ; la matière de ces deux lettres indique qu’elles suivent de près la lettre du 21 juillet 1653.
3). Allusion à la trop célèbre distinction "du droit et du fait" proposée par Arnauld et Nicole.
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ridicules et chimériques ; que quand il s’agit de conserver la pureté de la religion, il faut être raide, et ne plier jamais ; que la plus grande prudence est de n’avoir aucune condescendance pour les personnes, quand par une conduite contraire, on peut exposer au danger les vérités catholiques et les âmes simples ; qu’on sait à Rome et qu’on sait certainement, qu’il y a en France bien des gens disposés à la révolte qu’il est de craindre que la soumission de quelques autres ne soit qu’extérieure ; et qu’enfin la dissimulation est ordinaire aux hérétiques ainsi que le témoigne S. Jérôme par ces paroles : Haeresis semper simulat poenitentiam, ut docendi in Ecclesiis habeat facultatem ne si aperta luce se prodiderit, foras expulsa moriatur… Je vous conjure donc, Monsieur, disait Hallier, de faire vos efforts, afin qu’on ne souffre point, qu’aucun enseigne, prêche, instruise les autres de bouche ou par écrit, si sa conversion n’est bien assurée, et sa droiture reconnue. C’est l’avis de tous les gens de bien de ce pays ; et cet avis est appuyé sur tous les canons ecclésiastiques, et les Règles des Saints Pères… Que si l’on fait autrement, ou l’erreur continuera, ou il couvera quelque temps sous la cendre, pour éclater après avec plus de ferveur. Considérez, s’il vous plaît, cette vérité, et me croyez, Monsieur, votre etc."
79. — PIERRE SCARRON (1), évêque de Grenoble, A SAINT VINCENT
1er mars 1654 (2).
Extrait de Faillon, Vie de M. Olier…, 4e édit., Paris, 1873, 3 tomes (t. III, p. 448-449) :
Vers le même temps [1654], M. Pierre Scarron, qui occupait le siège épiscopal de Grenoble depuis trente-trois ans, persuadé que M. Olier (3) malgré ses infirmités, n’attirerait pas moins de bénédictions sur son diocèse, et n’y produirait pas moins de fruits que n’en procurerait l’ouvrier le plus zélé et le plus infatigable, songea à le demander pour coadjuteur. Mais ne doutant point qu’il refusât cette dignité, il écrivit
Lettre 79. — Original perdu.
1). Pierre Scarron, évêque de Grenoble depuis 1620, il le demeurera jusqu’à sa mort (février 1668).
2). Date donnée en marge par Faillon.
3). Jean-Jacques Olier, né à Paris en 1608, ordonné prêtre en 1633, ami et disciple de Saint Vincent, ancien membre des Conférences des Mardis, curé de la paroisse de Saint-Sulpice, à Paris, instituteur de la Compagnie dite de Saint-Sulpice, mort à Paris en 1657.
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à la reine (4) de lever elle même tous les obstacles, en faisant à M. Olier un commandement formel d’accepter l’épiscopat ; et pour y mieux réussir, il chargea de sa lettre Saint Vincent de Paul, à qui il écrivit en même temps en ces termes :
"Il y a longtemps, Monsieur, que Sa Majesté, pleine de confiance en votre sagesse et votre prudence, vous a rendu l’arbitre des mérites de tous les ecclésiastiques de son royaume. Ce motif m’a donné le mouvement de vous communiquer un dessein, que Dieu m’a inspiré sur le déclin de mon âge, de partager les soins de mon diocèse avec M. l’abbé Olier. Ses actions sont autant au-dessus de l’envie, que l’estime et la réputation dont il jouit sont au-dessous de la vérité. C’est pourquoi, dans la crainte que j’ai eue qu’il n’opposât sa modestie à ma prière, j’ai recherché le commandement de la reine, pour fortifier la pureté de mon intention, qui a pour objet l’honneur de l’église et le bien de mon diocèse. Je vous conjure de l’appuyer de votre crédit et de remettre les lettres en mains propres (5)."
Les démarches du prélat ne furent pas suivies de succès.
80. — A éTIENNE BLATIRON, Prêtre de la Mission, Supérieur à Gênes