Correspondance (page 8)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

16 décembre 1634.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Voilà enfin le temps venu auquel nous allons glaner après les grandes moissons que N.-S. a faites par vous en ce pays-là. Je vous supplie, Monsieur, de continuer votre charité à la compagnie et de l’avertir de tout ce qui sera expédient in Domino. Vous verrez du monde

Lettre 190. — Reg. I, f° I V°. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.

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tout nouveau en tous sens ; mais que voulez-vous ? C’est ainsi que la Providence nous soumet à la vicissitude.

Je vous prie de parler à cœur ouvert et sans retenue à M. Grenu et à un chacun touchant les avis que vous jugerez à propos de leur donner dans les rencontres ; autrement et eux et les plus prudents hommes pourraient faire des fautes.

Et si votre charité le peut, aurez-vous point agréable d’aller à Saint-Nom I ou aux Clayes faire le catéchisme et y confesser ? Faites-le, je vous en supplie, et choisissez. Savez-vous pas bien que N.-S. vous a fait missionnaire, ains que c’est vous qui avez une des meilleures parts à la conception, à la grossesse, à la naissance et au progrès de la Mission, et que, n’étaient les témoignages évidents que Dieu a donnés, qu’il vous voulait à Villepreux, que vous seriez à la Mission tout à fait. Pour moi, je vous regarde comme un perpétuel et très parfait missionnaire.

Le bon M. Pillé (2) est aux Bons-Enfants, un peu incommodé de son estomac ; M. Portail a mal aux yeux, et moi aux jambes ; mais nous vous chérissons tous trois de tout notre cœur. Ayez soin, Monsieur, au nom de N.-S., de prier Dieu qu’il nous fasse la grâce de faire sa volonté en toutes choses, et suis, en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Je vous prie de faire trouver un garçon pour apporter et apprêter le manger à Saint-Nom, et l’on le payera.

1). Saint-Nom-la-Bretèche (Seine-et-Oise).

2). Prêtre du diocèse de sens, reçu dans la congrégation de la Mission vers octobre 1631, supérieur du collège des Bons-Enfants de 1635 à 1638, mort à Paris le 7 octobre 1642. Saint Vincent a retracé sa vie et fait l’éloge de ses vertus dans une longue lettre circulaire qui sera insérée plus loin. On trouve aux Arch. Nat. M 211, liasse I, une copie de son testament.

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19. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1640] (1)

… Si vous trouvez bon de lui en faire ouverture, vous le ferez ; sinon, ne lui en dites mot. Je vous renvoie la lettre de Madame de Villegoubelin (2), Nous parlerons après vos exercices (3) de ce qu’elle contient. Or sus, comment faites-vous ? Vous empressez-vous point ? Au nom de Dieu, faites doucement en la manière que vous pouvez vous imaginer que faisait notre bienheureux Père Monseigneur de Genève (4). Bon jour, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre Seigneur, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce mardi matin.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

192. — JEAN DE LA SALLE ET JEAN-JOSEPH BRUNET

A SAINT VINCENT (1)

1634

Les prédications sont très suivies dans le diocèse de Bordeaux. Les fidèles viennent de loin. Si vif est leur désir de

Lettre 191. _ L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. Le commencement de la lettre a été découpé et perdu.

1). Après 1639, les mots "ce mardi matin" figureraient en tête de la lettre

2). Voir lettre 169.

3). Vos exercices, votre retraite.

4). Saint François de Sales.

Lettre 192. — Abelly, op. cit., t. II, chap. I, sect. II, § 8, 1ère éd., p. 50.

1). Cette lettre, dit Abelly, est de missionnaires que saint Vincent envoya en 1694 "travailler dans le diocèse de Bordeaux" ; ces missionnaires, la lettre 189 nous les fait connaître.

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faire une confession générale qu’ils attendent leur tour des semaines entières, sans rentrer chez eux, et préféreraient mourir que perdre cette occasion de se réconcilier avec Dieu. Il en est qui s’accusent tout haut pour mieux s’humilier.

193. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1634 et 16391]

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai parlé à Madame la garde des sceaux (2) de la Charité des filles. Elle a baillé cent écus à Madame la présidente Goussault, qu’elle vous enverra aujourd’hui ; et qui plus est, elle désire aller à la campagne avec vous autres. Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

A CHARLES-CHRETIEN DE GOURNAY, éVEQUE DE TOUL (1)

19 janvier 1635.

Saint Vincent prie Charles-Chrétien de Gournay, qui lui avait demandé une entrevue, de vouloir bien attendre quelques jours, parce qu’il doit commencer le lendemain la visite des Filles de la Madeleine, qu’il continuera pendant une semaine au moins, et qu’il est attendu le dimanche suivant, fête du saint Nom de Jésus, à Montreuil, où il doit prêcher et se rendre compte du bon fonctionnement de la confrérie établie en ce lieu.

Lettre 193. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre a été écrite entre l’institution des Filles de la Charité et la mort de Madame Goussault. 2. Madame Séguier.

Lettre 194. — Collet, Op. cit., t. I, p. 355, en note, d’après l’original, trouvé à Toul.

1) Nommé en 1634, mort à Nancy le 14 septembre 1637.

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195. — A N. ***

[Vers 1635] (1)

Je tombai dangereusement malade il y a deux ou trois jours ; ce qui m’a fait penser à la mort. Par la grâce de Dieu, j’adore sa volonté et j’y acquiesce de tout mon cœur ; et m’examinant sur ce qui me pourrait donner quelque peine, j’ai trouvé qu’il n’y a rien sinon de ce que nous n’avons pas encore fait nos règles (2)

196. — A GUY-FRANçOIS DE MONTHOLON (1)

[1635, après le 28 mars] (2)

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous dirai, avec une extrême douleur, que je suis indigne de l’honneur de votre bienveillance, pour n’avoir su garder M. le chevalier votre frère (3), qui s’est sauvé à

Lettre 195. — Abelly, op. cit., t. I, chap. Il, p. 252.

1). Abelly dit que ce fragment de lettre a été écrit par le saint plus de vingt-cinq ans avant sa mort, qui survint, on le sait, le 27 septembre 1660.

2). Saint Vincent ne commença à les préparer qu’en 1642.

Lettre 196. — Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire, 1872, p. 382. L’original, dont nous n’avons pu avoir communication, est la propriété de la famille de Montholon ; il se trouve à Quevillon, près de, au château de la Rivière-Bourdot.

1). Seigneur du Vivier et d’Aubervilliers, avocat au Parlement et conseiller d’état, mort le 24 janvier 1679, à l’âge de soixante-dix-huit ans.

2). Lambert aux Couteaux informait Guy-François de Montholon, le 28 mars 1635, que son frère était depuis deux jours dans un état semblable à la folie. (Archives du Prince de Montholon de Umbriano. Inventaire des Titres de la maison de Montholon (1200-1300), Paris, 1901, in-4°, n° 490.)

3). Pour avoir épousé clandestinement, le 29 juillet 1632, Jeanne Jeannesson, dont la position sociale n’était pas en rapport avec la

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ce soir par une petite porte écartée, qui sert à notre lépreux (4), pendant que je parlais à votre clerc qui m’est venu trouver de votre part, sur le sujet d’une lettre que je vous avais écrite. Je venais de le laisser avec un religieux de céans (5) dans le jardin à M. de Saint-Lou… in. M’étant venu trouver, je n’ai fait que le conduire jusqu’à la porte, là où l’on m’a dit que votre clerc me demandait ; et à peine étais-je avec lui quand l’on m’est venu dire : Voilà ce gentilhomme qui se sauve. Ce même temps, je suis allé au jardin et de là à la petite porte par laquelle l’on m’a dit qu’il venait de sortir et qu’il était avec un des religieux de céans, lequel je croirais bien qu’il ne lui ait enseigné cet endroit par lequel il s’est sauvé. Et de faire courir après, nous n’avons point de gens propres pour cela ; et puis, les soldats l’auraient infailliblement secouru (6), De vous dire, Monsieur, en quelle affliction

sienne, Jean de Montholon avait été arrêté le 5 décembre 1634 et enfermé dans la prison de Saint-Lazare, à la requête de son frère et tuteur Guy-François, après sentence de la prévôté de Paris. Il avait vingt et un ans lors de son incarcération. (Archives du Prince de Montholon de Umbriano, n° 480 et 483.)

4). Saint-Lazare était une ancienne léproserie. Dans le concordat passé, le 7 janvier 1632, entre saint Vincent et les anciens religieux de Saint-Lazare, il est noté que la maison n’abritait alors aucun lépreux. Engagement fut pris par le saint de recevoir et d’héberger gratuitement les lépreux qui se présenteraient. Cette lettre est, à notre connaissance, le seul document qui signale la présence d’un lépreux à Saint-Lazare après 1632. Dans sa supplique au Pape Urbain VIII, saint Vincent notait, en 1634 (l. 178), qu’il n’y avait pas eu depuis longtemps de lépreux dans le prieuré.

5). Un religieux de l’ancien Saint-Lazare.

6). La prison de Saint-Lazare recevait des fous et des incorrigibles. Quand saint Vincent prit possession du prieuré, elle ne renfermait que deux ou trois pauvres aliénés. Leur nombre augmenta dans la suite. Le bon saint veilla sur eux avec l’affection d’un père. Un jour que, menacé d’être spolié de Saint-Lazare par d’avides compétiteurs, il se demandait ce qui lui coûterait de plus à son départ, sa pensée se reporta sur les aliénés dont il avait la garde. "Il me semblait, à cette heure-là, dit-il dans un entretien, que ce serait de ne plus voir ces pauvres gens et d’être obligé d’en quitter le soin et le service." (Cf. Abelly, op. cit., t. II, chap. VI, p. 305 et suiv.) Le seul catalogue des détenus qui nous reste va de 1692 à 1734. (Arch. Nat. MM 543.) On y trouve plus d’un nom illustre.

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cela m’a mis, il n’est pas explicable, ce étant le premier service que vous aviez requis de moi. Ce mauvais service m’est si cuisant que Dieu seul le sait ; et n’était que j’espère que votre bonté me pardonnera, et que vous vous servirez de ce sujet de vous mieux assurer de lui, je ne sais qui me pourrait consoler. Je recours donc [derechef] (7) à votre bonté, Monsieur, et vous supplie, [par] (8) l’amour de Notre-Seigneur, de me vouloir pardonner ; [ce qu’] (9) espérant de votre bonté, je [suis] (10), en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Saint-Lazare, ce samedi au soir. (11)

197. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu deux de vos lettres depuis votre départ, voire trois, l’une de Brie-Comte-Robert (1) l’autre de Lion, et la

7). Texte du Bulletin : de reste.

8). Texte du Bulletin : pour.

9). Texte du Bulletin : et.

10). Texte du Bulletin : serai.

11). Jean de Montholon épousa légalement dans la suite Jeanne Jeannesson. Il prit du service dans l’armée, acquit en 1640 la seigneurie des Bordes-Cocherets et épousa en secondes noces en 1647 Demoiselle Louise de Chesneton. (Archives du Prince de Montholon de Umbriano, n° 551, 568, 605.)

Lettre 197. — Recueil du procès de béatification.

1). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Marne. Cette localité avait déjà reçu la visite des missionnaires et de saint Vincent lui-même ; elle possédait sa confrérie de la Charité depuis quatre ans. Grâce à une fondation du commandeur de Sillery, une mission y sera donnée tous les cinq ans.

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dernière, du lendemain de Quasimodo (2), de Luzarches (3), votre première mission ; et ne vous ai point fait réponse à’la première, pource que je ne la reçus que huit jours après ou environ, et que je crus que ma lettre ne vous trouverait point à Lion ; ni à la seconde, à cause que je ne le jugeais pas expédient. Voici la réponse à toutes trois.

Je vous dirai donc, pour la première,- que je ne pense pas que vous ayez besoin d’autre licence que celle que je vous ai baillée ; quant à la seconde, que je loue Dieu de ce que vous me mandez par le petit billet.

Parlons de la troisième. Certes, Monsieur, elle m’a consolé plus que je ne puis vous dire, pour la bénédiction qu’il a plu à Dieu de donner à vos chétifs catéchismes et aux prédications de Monsieur Lucas, que vous me dites bonnes, et à tout ce qui s’en est ensuivi. O Monsieur, qu’il a été bon que vous ayez été humilié, d’abord pource que, pour l’ordinaire, il n’en arrive autrement dans le progrès, et que c’est de la sorte que Notre-Seigneur prépare ceux desquels il désire se servir utilement ! Et lui-même combien a-t-il été humilié dès le premier abord de sa mission ! Comme extrema gaudii luctus occupat (4), aussi est-il dit à ceux qui travaillent dans l’angoisse et la pressure que tristitia eorum vertetur in gaudium. Aimons ce dernier et craignons le premier. Et, au nom de Dieu, Monsieur, je vous prie d’entrer dans ces sentiments, et Monsieur Lucas aussi, de ne rien prétendre de vos travaux que honte, qu’ignominie et enfin la mort, s’il plaît à Dieu. Un prêtre doit-il pas mourir de honte de prétendre de la réputation dans le service qu’il rend à Dieu et de mourir dans son lit, qui voit Jésus-Christ

2). 16 avril.

3). Aujourd’hui chef-lieu de canton en Seine-et-Oise.

4). Livre des Proverbes XIV, 13.

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récompensé de ses travaux par l’opprobre et le gibet. Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ, et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus-Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ, et que, pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ. Or, ces fondements posés, donnons-nous au mépris, à la honte, à l’ignominie et désavouons les honneurs qu’on nous rend, la bonne réputation et les applaudissements qu’on nous donne et ne faisons rien qui ne soit à cette fin. *

Travaillons humblement et respectueusement. Qu’on ne défie point les ministres en chaire ; qu’on ne dise point qu’ils ne sauraient montrer aucun passage de leurs articles de foi dans la Sainte écriture, si ce n’est rarement et dans l’esprit d’humilité et de compassion ; car autrement Dieu ne bénira point notre travail. L’on éloignera les pauvres gens de nous. Ils jugeront qu’il y a eu de la vanité en notre fait, et ne nous croiront pas. L’on ne croit point un homme pour être bien savant, mais pource que nous l’estimons bon et l’aimons. Le diable est très savant et nous ne croyons pourtant rien de ce qu’il dit, pource que nous ne l’aimons pas. Il a fallu que Notre-Seigneur ait prévenu de son amour ceux qu’il a voulu faire croire en lui. Faisons ce que nous voudrons ; l’on ne croira jamais en nous, si nous ne témoignons de l’amour et de la compassion à ceux que nous voulons qu’ils croient en nous. Monsieur Lambert et Monsieur Soufliers, pour en avoir usé de la sorte, ont passé pour des saints en l’un et l’autre partis, et Notre-Seigneur a fait de grandes choses par eux. Si vous en usez de la sorte, Dieu bénira vos travaux ; sinon, vous ne ferez que du bruit et des fanfares et peu de fruit. Je ne vous dis pas ceci, Monsieur, pource que j’ai su que

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BLaise PASCAL

* Jésus-Christ

728. [374] Il est non seulement impossible, mais inutile de connaître Dieu sans Jésus-Christ. Ils ne s’en sont pas éloignés, mais approchés ; ils ne se sont pas abaissés, mais :

Quo quique optimus, eo pessimus, si hoc ipsum, quod sit est adscribat sibi *. (549.)

729. [*491.] Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus-Christ. Nous ne connaissons la vie, la mort, que par Jésus-Christ. Hors de Jésus-Christ nous ne savons ce que c’est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes.

Ainsi, sans l’écriture, qui n’a que Jésus-Christ pour objet, nous ne connaissons rien, et ne voyons qu’obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature. (548.)

* "Meilleur on est, pire on devient, si l’on s’attribue à soi-même son excellence." St Bernard : In Cantica sermones, 84.

Pascal : Œuvre, "La Pléiade" pp. 1309-1310.

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vous ayez fait le mal que je dis, mais a fait que vous vous en gardiez et travailliez constamment et humblement dans l’esprit d’humilité (5). Que Monsieur Lucas continue donc les prédications, et vous le catéchisme.

Je doute fort que Monsieur Olier (6) et Perrochel (7) vous aillent voir. Le premier était déjà parti et l’autre le devait suivre quelques jours après. Mais Monsieur Olier a été arrêté par la proposition avec instance que Monsieur de Langres (8) lui a fait faire de prendre son évêché. Ils sont dans les pourparlers. La chose est encore douteuse à cause des conditions. Il y a plus d’apparence que la

5). Saint Vincent savait qu’Antoine Lucas, compagnon d’Antoine Portail, était d’un tempérament ardent et porté à la controverse, pour laquelle il avait d’ailleurs de grandes aptitudes.

6). M. Olier se repentit de n’être pas allé au secours des deux prêtres de la Mission. La peine qu’il en éprouva fut si vive que sa santé faillit en être ébranlée. Ce furent pendant deux ans des remords cuisants, des scrupules continuels, accompagnés de "sécheresses et de grandes obscurités", de larmes et de soupirs. (Faillon, op. cit., t. I, pp. 158, 180, 181.)

7). François Perrochel, né à Paris le 18 octobre 1602, était cousin de M. Olier. Il fut du nombre des ecclésiastiques pieux et zélés qui se. groupèrent autour de saint Vincent pour s’animer de son esprit et travailler sous sa direction. Il donna des missions en divers lieux, en particulier en Auvergne, à Joigny et au faubourg Saint-Germain, fit partie de la conférence des mardis et assista aux réunions dans lesquelles fut organisée l’œuvre des retraites des ordinands. évêque nommé de Boulogne, il fut invité à faire les entretiens des ordinands réunis aux Bons-Enfants et s’en acquitta si bien que la reine voulut l’entendre. Touchée de ses paroles, elle laissa d’abondantes aumônes au saint pour l’aider à couvrir une partie des dépenses faites par les retraitants. François Perrochel fut sacré dans l’église de Saint-Lazare le 11 juin 1645. L’épiscopat de ce saint prélat est l’un des plus féconds et des plus glorieux qu’ait connu le diocèse de Boulogne. Quand, accablé par l’âge et les infirmités, l’évêque de Boulogne se vit dans l’impossibilité de gouverner convenablement son diocèse, il donna sa démission. C’était en 1675. Il couronna sa carrière le 8 avril 1682 par une mort digne de sa vie. (Cf. Van Drival, Histoire des évêques de Boulogne, Boulogne-sur-Mer, 1852, in-8°.)

8). Sébastien Zamet, né en 1588, sacré en 1615, mort en son château de Mussy le 2 février 1655. M. l’abbé Prunel a publié sa vie (Sébastien Zamet, évêque-duc de Langres, pair de France, Paris, in-8°, 1912) et ses lettres spirituelles (Lettres spirituelles de Sébastien Zamet précédées des Avis spirituels, Paris, 1911, in-8°.)

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chose se fera que du contraire (9). Ledit sieur Olier ne laissera pas pourtant peut-être de faire un petit voyage jusqu’à Pébrac pour affermer son bail. Si Monsieur Perrochel avait quelque compagnon, il ne laisserait pas peut-être de vous aller trouver. L’on verra. Je vous supplie cependant de m’écrire souvent et de donner mandat à qui j’adresserai ma lettre à Mende.

J’ai envoyé ce soir la lettre de Monsieur Lucas à Monsieur Tinien, et à Monsieur Olier la sienne ; car c’est ce matin que j’ai reçu la vôtre.

Que vous dirai-je de nos nouvelles ? Tout le monde se porte bien, Dieu merci. Nous avons reçu depuis votre départ un gentilhomme limousin qui a été de la religion, parent de Monsieur de Saint-Angel, et un écolier d’Auvergne (10) ; mais, en récompense (11), nous avons fait reconnaître à Monsieur Flahan qu’il fera mieux ailleurs que céans. Il vient de s’en aller, il y a environ une heure. Je pense que nous recevrons aussi un cousin de Monsieur Meyster (12) ; c’était frère Etienne aupara-

9). Cette lettre est le seul document qui fasse mention de l’offre de l’évêque de Langres à Jean-Jacques Olier. Sa découverte a mis fin aux conjectures des biographes du fondateur de Saint-Sulpice. (Cf. Frédéric Monier, op. cit., t. I, p. 128, note 3.)

10). Annet Savinier, né à Clermont-Ferrand, ordonné prêtre en mars 637.

11). En récompense, par compensation.

12). Etienne Meyster fut l’un des plus grands missionnaires du XVII° siècle. M. du Ferrier disait de lui qu’il était "le premier homme du monde pour les missions" et le P. de Condren, que "c’était un homme à opposer à l’antechrist". Il était né en la ville d’Ath (Belgique), de l’ancien diocèse de Cambrai. La réputation de saint Vincent de Paul l’attira. Il entra dans la congrégation de la Mission à la fin de 1634, après avoir reçu le sous-diaconat, fut ordonné prêtre en 1635 et quitta saint Vincent en 1636 pour s’associer à Jean-jacques Olier et se mettre sous la direction du P. de Condren. Il prêcha en divers lieux avec grand succès. La mission d’Amiens fut particulièrement célèbre Il avait conquis un tel ascendant sur le peuple, a-t-on dit, qu’il aurait pu livrer la ville aux Espagnols. Le P. de Condren écrivait un jour à M. Olier : "Nous avons à le vénérer et à nous humilier de ce que nous ne sommes pas dignes de la grâce

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vant (13). Monsieur de la Salle reçoit beaucoup d’assistance de Dieu en sa mission (14) : ceux qui sont en Normandie aussi. L’on s’en va partir pour deux ou trois endroits du diocèse de Chartres et pour deux de ce diocèse. J’ai mandé à M. du Coudray de s’en revenir avec Monsieur Gilioli (15). Et voilà toutes nos nouvelles. Je n’ai point encore lu votre lettre à la compagnie ; je le ferai demain, Dieu aidant, en l’amour duquel je salue et embrasse chèrement le bon Monsieur Lucas et vous aussi, Monsieur, sans oublier le bon frère Philippe et ni la simplicité dans laquelle je vous ai parlé et suis à vous, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Paris, ce 1er de mai 1635.

Suscription. A Monsieur Monsieur Portai !.

que Dieu lui fait… Je reconnais, ce me semble, et honore en lui quelque chose de la grâce apostolique à laquelle je supplie Notre-Seigneur de nous donner quelque part." Et il ajoutait plus loin : "ne faut pas qu’il serve de règle aux autres." M. Meyster ne marchait pas en effet par les voies communes. Son jugement n’était pas à la hauteur de son grand talent. "Il était de petit sens et fort visionnaire", a écrit le P. Rapin (Mémoires du P. René Rapin, éd. Aubineau, Lyon, 3 vol. in-8°, t. I, p. 50.) Subitement frappé d’aliénation mentale au milieu d’un sermon qu’il donnait en plein air à Metz, sous un soleil brûlant, il termina misérablement ses jours peu après. On trouve d’assez nombreux renseignements sur Meyster dans la Vie de M. Olier, par Faillon. Saint Vincent dit dans sa lettre qu’un cousin de M. Meyster demandait son admission dans la congrégation de la Mission ; c’était Charles Aulent, né le 1er février 1614 à Ath, reçu parmi les missionnaires à la fin de 1636, ordonné prêtre en 1640 et admis aux vœux le 11 décembre 1644. * (Cf. Récit véritable de la mort de M. Meyster, Bibl. nat. fr. 22.445, f. 161)

13). Il était et il est encore d’usage dans la congrégation de la Mission de donner aux clercs le nom de frères et de réserver aux prêtres celui de Messieurs. Quand M. Portail quitta Saint-Lazare pour aller en mission, Etienne Meyster n’était pas encore prêtre ; on l’appelait communément Frère Etienne. Depuis son ordination, qui remontait à peu de jours, il était devenu M. Meyster.

14). Jean de la Salle et Jean Brunet donnaient des missions du côté de Bordeaux.

15). Tous deux étaient à Rome ou peut-être en route pour Paris.

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28 juin 1635.

Le saint blâme avec douceur Antoine Lucas de ses procédés envers les hérétiques, qu’il traite avec mépris et provoque à la dispute.

199. — A LOUISE DE MARILLAC

[* Octobre 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je parlai hier à la compagnie des ecclésiastiques de ce que Madame la présidente Goussault m’avait mandé touchant l’état de l’Hôtel-Dieu ; mais enfin il a été résolu de différer encore pour quelques jours. Il vaut mieux laisser dire le monde que d’exposer tant de personnes, dont l’inconvénient d’une seule peut anéantir l’œuvre tout à fait. Et puis, l’on dit que ces bonnes filles ne sont pas tant à croire en cette matière-là. Mon Dieu ! que je suis en peine de votre pauvre fille Barbe (2) et de l’autre qui est malade à l’Hôtel-Dieu,

Lettre 198. — Collet, op. cit., t. I, p. 247.

Lettre 199. — L. a. — Bibl. Nat. n. a. f. 22.741, f° 285, original.

1). Cette lettre précède de peu la lettre 201, qui est d’Octobre 1635.

2). Barbe Angiboust occupe dans l’histoire des Filles de la Charité des vingt-cinq premières années une place importante, la plus importante assurément après Louise de Marillac. Entrée en communauté le 1er juillet 1634, à l’âge de vingt-neuf ans, elle fut reçue aux vœux le 25 mars 1642. Le saint fondateur la mit à la tête des maisons fondées à Saint-Germain-en-Laye (1638), Richelieu (1638), Saint-Denis (1645), Fontainebleau (1646), Brienne (1652), Bernay (1655) et Châteaudun (1657), où elle mourut le 27 décembre 1658. Elle avait en 1641 la conduite des sœurs employées au service des galériens. Rien de plus édifiant que la conférence que l’on fit sur ses vertus à la maison-mère le 27 avril 1659.

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comme aussi de la bonne Madame Mussot ! Je ne les vous recommande point ; vous en avez assez de soins. Mais surtout je suis en peine de ce que vous me dites, que vous pouvez si peu de chose que c’est une pitié. Mais je crains que vous-même ne soyez malade. Mandez-le-moi, je vous en prie ; et si cela est, ne retournez pas à l’Hôtel-Dieu. Marie (3) suppléera à votre défaut ; sinon, je pense que vous ferez bien d’y faire un tour demain, et peut-être que vous couchiez, et vous en retourner, le lendemain, à Saint-Nicolas pour apprivoiser peu à peu Marie à ces filles, et elles à Marie.

Mais que vous dirai-je de Mademoiselle Laurent ? Elle paraît de bon esprit ; mais son âge me fait peur ; néanmoins, si vous jugez à propos de la faire venir à l’Hôtel-Dieu en passant (8) deux ou trois jours avec elle, et, après cela, aller et venir de l’une maison à l’autre, en attendant le temps opportun pour aller aux champs, faites-le Elle verra et vous la verrez, mais faites bien entendre que ce n’est qu’un essai, et à votre cœur que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

200. — A LOUISE DE MARILLAC

[* Octobre 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

3). Marie Joly.

Lettre 200. — L. a. — Original chez les Pères de Picpus de Braine-le-Comte (Belgique).

1). Le passage relatif à Marie nous porte à placer cette lettre après la lettre 199.

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Monsieur Holden (2) n’est point venu dîner céans ; faites-m’en raison ; je m’y attendais.

Je parlerai à Monsieur votre fils. Il ne faut pas qu’il quitte légèrement la soutane. S’il le fait, il y aurait lieu de peine. Dieu pourtant, qui fait tout pour le mieux, y trouverait sa gloire. Il faut être résigné à sa divine volonté à, l’égard de toutes choses. Il est plus l’enfant de Dieu que le vôtre. Il fera ce qui sera pour le mieux. Soyez donc disposée à tout événement et ne vous relâchez pas facilement à cette condescendance. S’il quitte sa soutane, l’on se moquera de cela, même en ce collège-là ; et d’aller ailleurs, il s’y perdra, ou pour le moins il y courra grand risque.

J’ai parlé à Madame Goussault. Elle ne s’étonne pas de la proposition. Elle dit que Marie (3) ne fera point l’oraison comme l’on l’a fait, ni ne la fera répéter. Mais à cela ne tient. Vous la pourrez voir parfois.

Je me recommande cependant à vos prières et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

2). Henri Holden, né dans le comté de Lancaster (Angleterre) en 1586, vint en France à l’âge de vingt-deux ans. Il passa cinq ans an collège anglais de Douai et alla de là au collège de Navarre, où il termina sa théologie. Michel de Marillac, garde des sceaux et oncle de Louise, le reçut dans sa maison comme aumônier en 1626 et lui confia la direction de sa conscience. Henri Holden prit le doctorat en 1636. Il mourut le 14 mars 1662 dans la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. On a de lui une édition annotée du Novum Testamentum (1660, 2 vol. in-12), un compendium raisonné de la religion catholique, sous le titre de Divinae fidei analysis (Paris, 1652 in-12), un discours sur la grâce (Francfort, 1656) et deux lettres à Antoine Arnauld, dont il combat la doctrine.

3). Madame Goussault l’avait envoyée à Louise de Marillac.

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201. — A LOUISE DE MARILLAC

[* Octobre 1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous réfléchissez trop sur vous-même. Il faut aller bonnement et simplement. Vous ne me dites rien dernièrement contre la charité ; ains vous eussiez mal fait de faire autrement, eu égard à la personne et à ce dont il est question. Allons un peu plus bonnement et simplement, je vous en supplie, et ne craignez rien de ce côté

J’ai reçu votre paquet en la personne de la dame dont vous parlez ; mais je ne lui ai pas rendu et l’ai jugé ainsi à propos.

Je ne sais que vous dire de la Charité, si elle a commencé la même année. Je saurai de Madame de Chantal, qui sera ici dans douze jours (2), en quelle année elles ont cessé l’exercice. Celle-ci a commencé, si me semble, l’année 1617 (3). Nous concerterons cela et en parlerons à la première occasion, si cela fait à l’édification (4).

Lettre 201. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 2.

2). Sainte Chantal a fait quatre voyages à Paris : le 6 avril 1613 pour fonder le premier monastère de la Visitation de cette ville, en janvier 1628, le 25 juillet 1635 et le 4 octobre 1641. Il ne peut s’agir ici que du troisième voyage. En 1641, Madame Goussault était morte. En 1628, Louise de Marillac n’avait pas "la bonne Barbe" avec elle La date de 1619 est évidemment trop éloignée ; saint Vincent ne connaissait pas encore Louise de Marillac * Le troisième voyage lui-même présente quelque difficulté, car, le 21 juillet 1635, Louise de Marillac était à Beauvais depuis un temps assez long (voir lettre 169-170, t. XIII, p.833), et son absence se prolongea à cause de la visite des Charités de l’Oise. Or, c’est à Paris que la lettre ci-dessus lui est adressée. Voici la solution qui semble s’imposer. Sainte Chantal quitta Paris dans les premiers jours de septembre pour visiter plusieurs monastères de la Visitation et y revint vers la Toussaint. C’est à ce retour de la sainte que s’appliquent les mots de la lettre "Je saurai de Madame de Chantal, qui sera ici dans douze jours…."

3). Ce fut, en effet, en 1617, que saint Vincent, alors curé de Châtillon-les-Dombes, établit la première confrérie de la Charité.

4). Il serait difficile de dire à quoi le saint fait ici allusion. On sait que la visite des malades fut, au début, une des fins de l’Institut de la Visitation. (Cf. Conférence de saint Vincent aux Filles de la Charité, du 3 août 1655.) Mgr Baunard suppose (op. cit., p. 276) que Louise de Marillac avait demandé au saint quand les Filles de

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Madame Goussault s’en va faire faire le billet pour la bon, ne Madame Lagault. Oh ! que je suis mortifié de ne l’avoir vue, non plus que Madame Mussot, qui se porte mieux ! Mais sur quoi fonder votre abjection en cet œuvre ? Or sus, Notre-Seigneur souffre les sentiments qu’il lui plaît en ses serviteurs.

Que vous dirai-je de cette bonne demoiselle Laurent ? Je ne sais. J’appréhende quelque rencontre. Madame Mussot s’est ouverte à M. Messier, de Beauvais, et lui dit avant-hier qu’elle penche de ce côté-là. Or sus, pensez, s’il vous plaît, à ce qu’il faut faire, et me mandez votre pensée sur cela.

Je salue la bonne Barbe (5) et me réjouis de sa meilleure disposition. Notre assemblée va commencer ; c’est ce qui me presse. Adieu, donc, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

10 août 1635

Je vous prie de dire à notre frère Philippe que je suis bien aise de ce que vous me mandez qu’il est ainsi zélé a l’instruction des pauvres gens selon sa petite capacité. Et certes, Monsieur, il est vrai que ce que vous m’en mandez m’a fort consolé, notamment ce que vous me dites, que, l’envoyant en quelque petit village, il vit un berger au haut d’une montagne, là où il l’alla trouver et

la Visitation abandonnèrent cette œuvre et que le saint répond à sa question.

6). Barbe Angiboust.

Lettre 202. — Reg. 2, p. 196. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.

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le catéchiser. Or sus, béni soit Dieu de ce qu’il se peut dire que Idiotae rapiunt caelum !

Que vous dirai-je de nos nouvelles ? La compagnie est maintenant presque toute ramassée céans. Nous allons faire nos retraites et puis recommencer l’exercice des controverses et de nos prédications. Et pour les jeunes, peut-être qu’on leur fera lire le Maître des Sentences

203. — A LOUISE DE MARILLAC

[1635] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je pense voirement qu’il est à propos de commencer à parler à cette fille de l’Hôtel-Dieu de sa propreté et gentillesse. Mais comment ferez-vous ? De lui faire quitter sa manière de s’habiller, il semble n’être pas faisable ni expédient. Il semble qu’il serait à propos de lui ôter l’affection à paraître bien vêtue et à se négliger un peu de ce côté-là. Vous verrez.

Pour l’Hôtel-Dieu, d’y être toujours, il n’est pas expédient ; mais d’y aller et venir, il est à propos de le faire. Ne craignez pas de trop entreprendre de ce que vous pourrez faire sans aller et venir ; mais craignez seulement la pensée de faire plus que vous ne faites et que Dieu ne vous donne le moyen de faire, et donnez-vous à sa divine Majesté pour ne faire jamais que ce que vous faites. La pensée contraire me fait trembler de peur, pource qu’elle me semble un crime aux enfants de

1). Sententiarum libri IV, ouvrage du célèbre Pierre Lombard, évêque de Paris.

Lettre 203. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir note 3.

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la Providence. Je loue sa divine bonté de ce que vous m’ôtâtes hier de cette peine-là.

Je verrai vos filles en particulier et puis en général ; et vous me direz tout ce qu’il vous plaira le plus tôt qu’il me sera possible.

Ne craignez pas ce grand voyage ; il me semble que l’occasion diminue. Peut-être en pourrai-je faire un, de

trois ou quatre jours seulement, pour aller voir deux fermes que la bonne Madame la présidente de Herse (2) nous a laissées, à douze lieues d’ici (3). Priez Dieu pour moi cependant.

Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur très humble.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

2). Madame de Herse, de son premier nom Charlotte de Ligny était fille de Jean de Ligny, seigneur de Ranticey, maître des requêtes, mère de Félix Vialart, évêque de Châlons, parente de Jacques Olier, veuve de Michel Vialart, seigneur de la Forest de Herse conseiller du roi en sa cour de parlement, président aux requêtes du palais, puis ambassadeur en Suisse, mort à Soleure le 26 octobre 1634. Elle était chère à saint François de Sales, qui avait voulu être le parrain de son fils. Elle s’enrôla dans la compagnie des dames de la Charité et devint une des principales auxiliaires de saint Vincent. Elle donna beaucoup aux pauvres de Paris, de la Picardie, de la Champagne, soutint de ses libéralités l’œuvre des ordinands et celle des Enfants trouvés, établit les Filles de la Charité à Chars (Seine-et-Oise). Pendant les guerres qui désolaient la capitale, la reine-mère la chargea, avec d’autres dames, de distribuer ses propres aumônes. La présidente de Herse mourut en 1662.

3). Le contrat est du 23 juillet 1635. La présidente de Herse donnait à la maison de Saint-Lazare deux fermes situées l’une à Mespuits, l’autre à Fréneville, petit hameau de la commune de Valpuiseaux (Seine-et-Oise). Elle demandait en échange qu’il fût fait une mission à perpétuité sur ses terres de cinq en cinq ans et que deux missionnaires fussent mis à sa disposition ou à la disposition de son second fils, Félix Vialart, prieur du Bu, pour être employés pendant trois mois, tous les quatre ans, dans les localités qui leur seraient marquées.

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29 août 1635.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, les sentiments que N.-S. me donne du nombre infini d’obligations que je vous ai de tant d’affection que vous avez témoignée à Messieurs de la Salle et Brunet et de tant d’assistance que vous leur avez donnée dans tous les affaires que nous avons eus de delà.

Je suis encore confus de la charité que vous avez exercée et que vous exercez continuellement vers mon pauvre frère (1). Et pource que vous avez fait tout cela pour l’amour de Dieu et que la reconnaissance de tant de bienfaits est au-dessus de notre pouvoir, je prie N.-S., Monsieur, qu’il soit lui-même et votre remerciement et votre récompense, vous protestant qu’il ne sera jour de ma vie et que je n’en conserve le sentiment et que je ne recherche les occasions de vous honorer et de vous servir. Regardez-nous donc désormais, Monsieur, comme des personnes sur qui vous avez acquis un absolu et souverain pouvoir, et disposez de nous de la sorte et faites-nous la charité, au nom de Notre-Seigneur, de prendre notre maison lorsque vous viendrez, cet automne, en cette ville. Que si cependant vous désirez que nous vous renvoyions l’argent que vous avez fourni de delà pour nous, ou que nous le baillions de deçà, commandez, Monsieur, et nous vous obéirons en cela et en toutes choses. Et si tant est qu’il vous plaise aussi avancer ce que mon

Lettre 204. — Reg. I, f° 5. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.

1). Bernard ou Gayon de Paul.

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pauvre frère aura besoin de delà, pour l’amende à laquelle il est condamné, et aux dépens pour sa part, et pour s’en retourner, je le vous rendrai avec le surplus. Et pource qu’on m’a dit qu’il a quelque pensée de venir en cette ville me voir, je vous supplie, Monsieur, de l’en détourner, tant à cause de son vieil âge, que pource que, quand il y serait, je ne pourrais lui rien donner, n’ayant la disposition de quoi que ce soit pour lui pouvoir donner.

Je parle au bon M. de Fonteneil comme au cœur de mon cœur et comme à celui que je chéris plus que je ne puis exprimer, qui suis, en l’amour de N.-S. et de sa sainte Mère, son très humble et très obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

205. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

Mon Dieu, que vous êtes une brave femme d’avoir fait tout ce que vous me mandez ! Or sus, il ne faut point demeurer en si beau chemin. Si les difficultés qu’on vous oppose arrivent et empêchent le succès, quitte pour le quitter. Il n’y a point obligation à péché mortel, ni véniel. Les pauvres auront eu cependant ce soulagement, et les personnes qui les auront assistés, le mérite. Bien volontiers, je désire que nous soyons de ce bienheureux corps et vous remercie de ce que vous nous fournissez de personnes pour cela.

Lettre 205. — Manuscrit Saint-Paul, p. 41.

- 308 -

206. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1632 et 1650] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Jésus-Christ souffrant de ce qu’il vous redonne la santé ! Oui certes, Mademoiselle, je vous aiderai à en faire la volonté de Dieu, moyennant sa grâce et le bon usage qu’il faudra que vous en fassiez ; et je pense, en effet, qu’il sera bon que vous alliez à la campagne, quand vous serez un peu plus forte, pour achever de vous fortifier en faisant du bien.

Nous avons ici (2) trente-cinq ou 36 externes ordinands et exercitants. J’espère qu’il nous restera quelque petit taudis pour mettre M. votre fils, et le ferons purger et saigner lundi ; car, pour les Bons-Enfants, il y a trois jeunes hommes qui y font leur retraite et qui occupent tous nos lits.

Nous avons ici une jeune fille luthérienne d’Allemagne, habillée en laquais, qu’on nous a envoyée de la mission de Gonesse (3), du consentement d’un gentilhomme, qui l’entretenait. Elle désire se convertir de mœurs et de religion (4)…

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 206. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Dates de l’entrée des prêtres de la Mission à Saint-Lazare et du mariage (le Michel Le Gras.

2). A Saint-Lazare.

3). En Seine-et-Oise.

4). La suite de la lettre a été découpée et perdue

- 309 -

207. — A CLéMENT DE BONZI, éVêQUE DE BEZIERS

[Septembre ou octobre 1635] (1)

Monseigneur,

Ayant appris par le frère d’un ecclésiastique de votre ville de Béziers nommé M. Cassan, que vous désiriez savoir trois choses de nous ; or, n’ayant pu avoir l’honneur de vous faire réponse pour lors, à cause que je m’en allais aux champs, je me suis proposé de le faire à présent ; et vous dirai, Monseigneur : premièrement, nous sommes entièrement sous l’obéissance de nos seigneurs les prélats pour aller par tous les endroits de leur diocèse où il leur plaira nous envoyer prêcher, catéchiser et faire faire confession générale au pauvre peuple ; pour enseigner toute l’oraison mentale, la théologie pratique et nécessaire, les cérémonies de l’église à ceux qui doivent prendre les ordres, dix ou quinze jours avant qu’ils les prennent, et pour les recevoir chez nous après qu’ils sont prêtres, pour renouveler la dévotion que Notre-Seigneur leur avait donnée en prenant les ordres ; bref, nous sommes comme les valets du centenier de l’évangile (2) à l’égard de Messeigneurs les prélats, en ce que eux nous disant : allez, nous sommes obligés d’aller ; s’ils nous disent : venez, nous sommes obligés de venir ; faites cela, et nous sommes obligés de le faire. Nous sommes, de plus, soumis à leur visite et correction, comme les curés et vicaires des champs, encore que. pour la conservation de l’uniformité de l’esprit, il y ait un supérieur général, auquel les missionnaires obéissent quant à la discipline domestique.

Lettre 207. — Reg. r, f° 13. Le copiste note avoir eu sous les yeux ne minute écrite de la main de saint Vincent.

1). Voir lettre 209.

2). évangile de saint Matthieu VIII, 5-9.

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Voilà, Monseigneur, comment nous vivons avec nos seigneurs les prélats. Savoir maintenant si nous pouvons vous en envoyer deux, c’est, Monseigneur, ce qui souffre difficulté, à cause du peu que nous sommes et du peu de vertu que nous avons. Vous pouvez croire néanmoins, Monseigneur, que, si nous le pouvions faire pour quelque prélat du royaume, que ce serait pour Votre Seigneurie Illustrissime, tant pour la vie exemplaire qu’elle mène en l’église, que pour le besoin que je me représente que le pauvre peuple de vos montagnes en a.

Et pour le troisième, je vous dirai, Monseigneur, que, comme nous allons sans rien prendre du pauvre peuple ? ni des ecclésiastiques pour notre vie, ni pour nos vêtements, qu’il faut, comme je pense, huit cents ou mille livres pour l’entretien de deux prêtres et d’un frère. Et voilà, Monseigneur, ce que je puis répondre à Votre Seigneurie Illustrissime touchant les choses qu’elle désire savoir de moi. Que si j’étais assez heureux de lui pouvoir rendre quelque service, certes, Monseigneur, je le recevrais à bénédiction particulière de Dieu (3).

Votre Seigneurie Illustrissime disposera entièrement de moi, s’il lui plaît, comme de celui qui est, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

208. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avant 1640] (1)

Je vous demande pardon de ce que je ne pus hier

3). Un prêtre congédié des Bons-Enfants ou de Saint-Lazare ayant appris la démarche de l’évêque de Béziers, vint dans cette ville, se dit envoyé par saint Vincent et réussit à tromper le prélat, qui l’employa. La conduite peu édifiante de cet ecclésiastique donna à Clément de Bonzi une idée peu avantageuse des missionnaires. (Voir plus loin la lettre du 21 décembre 1651 à Achille Le Vazeux.)

Lettre 208. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Après 1639 le saint aurait écrit les mots : "Ce dimanche matin" au début de la lettre.

- 311 -

vous aller trouver, à cause de l’embarras auquel je me trouvai ; ce sera un jour de cette semaine, Dieu aidant. Il arrive souvent qu’on me garde les confessions annuelles à Sainte-Marie plus d’un mois. Il y en a encore une qui me la garde pour cela. J’espère que votre cœur me fera la même charité.

Je verrai vos pieds (2) aujourd’hui et les vous enverrai demain. Bon jour, Mademoiselle. Je suis, Mademoiselle, v. s.

209. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION,

AUX CéVENNES

Du 16 octobre 1635.

Je prie, Notre-Seigneur, Monsieur, qu’il vous continue l’esprit de la sainte douceur et aussi de la condescendance à ce qui n’est pas mal, ni contraire à nos petits règlements ; car, pour cela, ce serait cruauté que d’être doux ; mais, pour remédier à cela même, il faut avoir l’esprit de suavité.

Monseigneur de Mende (1) m’a témoigné beaucoup de satisfaction de vos services. Monseigneur de Beziers (2) m’a écrit pour avoir des ouvriers semblables à vous autres, Messieurs ; mais le moyen de lui en donner ? Monseigneur de Viviers (3) nous est venu voir pareillement et pour même fin. Il n’appartient qu’à Dieu d’être partout.

2). C’est bien le mot que porte l’original. Ce mot a tant de sens qu’il n’y a pas lieu de supposer une distraction.

Lettre 209. — Reg. 2, p. 197.

1). Sylvestre de Crusy de Marcillac (628-1659.)

3. Louis-François de la Baume de Suze (1621-1690).

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La compagnie est en fort bonne assiette, Dieu merci. Dieu lui a communiqué beaucoup de grâces dans les exercices spirituels (4), et chacun en est sorti plein de ferveur. Le nombre de ceux qui sont entrés parmi nous depuis votre départ est de six (5). O Monsieur, que je crains la multitude et la propagation et que nous avons sujet de louer Dieu de ce qu’il nous fait honorer le petit nombre des disciples de son Fils, en qui je suis…

210. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1634 et 1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie très humblement de la peine que vous avez prise de me donner de vos nouvelles, et prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie de plus en plus. Votre lettre me trouva encore au lit, dans quelques petits mouvements de sueur, qui m’empêchèrent de vous faire réponse, et une médecine qu’on me fit prendre ensuite ; et les compagnies qui me survinrent m’empêchèrent de vous faire réponse dès hier.

Je vous dirai donc touchant M. votre fils, Mademoiselle, que je pense qu’il n’y a pas d’inconvénient qu’il présente des thèses à vos plus intimes amis et proches parents. Mais je pense que, pour honorer l’humilité de Notre-Seigneur, il faut que ce soit à peu et pour

4). La retraite annuelle.

5). Annat Savinier, Etienne Bourel, Guillaume Perceval, Nicolas Marceille et un gentilhomme limousin, clercs ; Simon Chastel, frère coadjuteur.

Lettre 210 — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Colonges (Haute- Savoie).

1). Durée du séjour de Jean de la Salle dans le midi.

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se libérer de beaucoup de sollicitude. Quand il se mettra sur les bancs de théologie, ce sera autre chose.

Quant à cette bonne fille que vous m’annoncâtes hier, je vous prie de la retenir, si vous la trouvez d’un bon esprit. Cette entrée et sortie de religion marque quelque légèreté ; c’est à quoi vous devez prendre garde. Que s’il y a lieu de la recevoir pour examiner sa vocation encore quelque temps, conférez-en, s’il vous plaît, avec Madame Goussault.

Pour l’Italienne, ce serait un grand point de l’envoyer à la mère de cette bonne fille de Mademoiselle Poulaillon à Villers (2). Mon Dieu ! que je souhaite que vos filles s’exercent à apprendre à lire et qu’elles sachent bien le catéchisme que vous enseignez ! La pauvre Germaine a tort ne de pas se tenir auprès de vous. Elle vous soulagerait beaucoup pour cela. Mais, au nom de Dieu, guérissez-vous avant que de travailler à l’entour d’elles.

Mes petites fiévrottes ne s’en vont point encore ; vous savez qu’elles sont un peu longuettes. Mais nous avons le pauvre M. de la Salle dangereusement malade à Bordeaux. Je le recommande à votre charité ; mais je vous supplie surtout d’avoir soin de vous bien porter. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

211. — SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT

Quoique mon cœur, mon très cher Père, soit insensible à toute autre chose qu’à la douleur, si est-ce que jamais il n’oubliera la charité que vous lui faites le jour de votre départ ; car, mon très cher Père, il s’est trouvé soulagé dans son mal et même fortifié dans les occasions qui se trouvent et qui viennent de part et d’autre.

2). Villers-sous-Saint-Leu.

Lettre 211. — Abelly, op. cit., t. Il, chap. VII, 1re éd., p. 316.

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Je me prosterne en esprit à vos pieds, vous demandant pardon de la peine que je vous donnai par mon immortification, de laquelle j’aime et embrasse chèrement l’abjection qui m’en revient. Mais à qui puis-je faire voir et savoir mes infirmités qu’à mon très unique Père, qui les saura bien supporter ? J’espère de votre bonté qu’elle ne s’en lassera point.

212. — A LOUISE DE MARILLAC

Je loue Dieu de ce changement, Mademoiselle, et le supplie de tout mon cœur qu’il soit de durée et qu’il vous perfectionne et sanctifie votre âme de plus en plus dans ces souffrances. Au reste, je vous remercie de l’avis que vous m’en avez donné, qui m’a bien soulagé ; car qui ne sentirait avec douleur celle qui presse cette personne agissante et la pâtissante ! Certes, il ne se peut autrement.

Je vous souhaite le bon soir et suis, en l’amour de Jésus et de sa sainte Mère, votre serviteur très humble.

213. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Me voici de retour en assez bonne santé, Dieu merci, et suis en peine de la vôtre. Je vous irai voir le plus tôt qui me sera possible, dès aujourd’hui, si je le puis. Faites cependant votre possible pour vous bien porter, je vous en supplie Je ne puis vous dire combien le pauvre peuple a besoin que vous viviez longtemps, et ne l’ai jamais mieux vu qu’à présent.

Lettre 212. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

Lettre 213. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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Cette bonne fille (1) me paraît avoir assez bon esprit et bonne volonté. Il n’y a que la difficulté de ce qu’elle a été en religion ; mais elle m’a dit qu’en y entrant par induction elle avait son cœur à la Charité. C’est pourquoi je pense qu’il n’y a point danger d’en essayer. Et pour la bonne veuve qui l’accompagne, elle me paraît rude, fort mélancolique et grossière. Je pense qu’il la faut renvoyer tout doucement et lui dire qu’il y faut penser longtemps. Bonjour, Mademoiselle. Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur très humble.

214. — A LOUISE DE MARILLAC

Ce jour des Rameaux [16 mars 1636] (1)

Mademoiselle,

Quatre ou cinq lignes et non plus. Je pensais chaque jour vous aller voir pour conférer avec vous. Les affaires m’en ont empêché. C’est touchant votre logement. Conférez-en avec Madame la présidente Goussault. Mon cœur s’attendrit de la consolation que je me représente que N.-S. vous donnera à toutes deux en votre voyage et bonne occupation. Je suis cependant et en attendant que j’aie le bien de vous voir, demain ou après, céans ou aux Bons-Enfants, votre serviteur.

VINCENT DEPAUL.

1). Peut-être celle dont parle la lettre 210.

Lettre 214. — Gossin, op. cit., p. 410.

1). Le mot du saint touchant le changement de logis montre que cette lettre est de 1636.

- 316 -

215. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je m’étais proposé de vous aller voir ; mais ne le pouvant faire si tôt à cause de quelques embarras, je vous prie me mander si vous avez arrêté un logis et où c’est que vous l’aurez pris. Peut-être que vous pensez que j’ai quelque raison qui vous regarde, pour laquelle je pense qu’il n’est pas expédient que vous vous logiez en ces quartiers (2). Oh ! non, cela n’est point, je vous en assure. Mais la voici : nous sommes au milieu des gens qui regardent tout et jugent de tout. L’on ne nous verrait pas entrer trois fois chez vous qu’on ne trouvât à parler et à tirer conséquence qu’on ne doit pas trouver à redire où qu’ils aillent. Ce n’est pas que nous les observions, ains celui seulement qui a le pouvoir de le faire. Quand j’aurai le bien de vous voir, je vous en parlerai plus particulièrement. Dites-moi cependant : quand serez-vous en état d’aller aux champs visiter quelques Charités ? Je vous prie de me le mander et, si vous le pouvez commodément, de vous venir promener un de ces matins jusques ici ; mais honorez cependant la sainte gaieté de Notre-Seigneur et celle de sa sainte Mère. Je suis, en leur amour, v. s.

V. D.

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Lettre 215. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Le déménagement dont il est ici question ne laisse le choix qu’entre les années 1636 et 1641. La première date convient mieux que la seconde à l’ensemble de la lettre. 2. Près de Saint-Lazare.

- 317 -

216. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Vous avez bien fait de faire venir cette bonne fille. Il y en a quatre grandes et fortes à Sucy-en-Brie (2) dont Monsieur Renar m’a parlé. Je vous ferai voir la requête qu’elles lui ont présentée pour cela. Il faut tâcher à leur faire apprendre le plus tôt que se pourra, à lire.

Je ne vous dis rien de la lettre de cette bonne demoiselle, sinon que je ne l’ai pu encore lire, et que je suis si pressé que je ne le puis faire à présent pour vous y répondre, pource que je m’en vas entrer à la Madeleine pour y tenir le chapitre aujourd’hui. Offrez à Dieu cette action, je vous supplie, comme de toute mon affection je prie Dieu qu’il soit le cœur de votre cœur et suis, en son amour, v. s.

217. — A LOUISE DE MARILLAC

[1636] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Lettre 216. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre précède de peu de jours la lettre 218.

2). Localité de Seine-et-Oise.

Lettre 217. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre précède de peu de temps le transfert de la maison-mère des sœurs à La Chapelle.

- 318 -

La maison dont Madame Goussault parlait n’est pas celle dont je vous ai parlé. La première est la plus belle, du prix de 40 ou 50 mille livres, et la seconde de sept ou huit. La première serait scandaleuse pour de pauvres filles et la seconde trop éloignée de l’église. Vous verrez. Je ne trouve point d’inconvénient d’honorer également la prudence comme la simplicité de Notre-Seigneur ; mais il y a moins d’inconvénient de faillir à la dernière pratique qu’à la première, notamment à vous.

Je ferai vers M. votre fils comme vous me mandez, et avec cœur.

Voici la fille ; vous en essayerez. Avez-vous de l’argent ? Il nous est survenu un affaire, où nous avons besoin de quinze cents livres. Si vous en avez, nous le vous rendrons dans peu ; si vous n’en avez, point, ne vous en mettez pas en peine, s’il vous plaît.

Bon jour, Mademoiselle. Je suis v. s.

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