Entretiens aux Filles de la Charité (page 100)
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indifférente en toute chose, je me retire de Dieu, je ne suis plus à lui, car je veux être à moi-même.
Avez-vous encore quelque raison, ma sœur ?
— Mon Père, j’ai encore vu que nous devions nous laisser plier comme l’osier, dont on fait ce que l’on veut.
— Voilà ce que dit notre sœur. Les sœurs de la Charité doivent avoir la souplesse de l’osier entre les mains de celui qui l’emploie. L’osier se laisse plier comme on veut, mettre en haut ou en bas ; il ne résiste pas. Ainsi donc une Fille de la Charité qui n’est point dans cette indifférence de se laisser mettre où l’on veut, en ce lieu ou en cet autre, tantôt servante, tantôt compagne, n’est pas si bonne que l’osier et n’est pas si agréable à Dieu, parce qu’elle n’a point la souplesse d’une chose irraisonnable. Ah ! mes sœurs, quelle confusion de voir une fille pleine de raisons !
Voilà donc deux grandes raisons. Je prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse cette grâce et à vous et à moi d’être indifférents en toutes choses, en la maladie, en la santé et en tout ce qu’il plaira faire de nous.
Puis s’adressant à une autre sœur :
Ma sœur, quelle raison vous semble-t-il qu’ont les Filles de la Charité d’être indifférentes à tout ?
— Mon Père, il me semble que, si nous voulons être agréables à Dieu, il faut être indifférentes aux volontés des supérieurs.
— Elles ne sont pas d’eux, mes sœurs, ces volontés, mais de Dieu. C’est pourquoi, parlant aux personnes désobéissantes, il dit : "C’est à moi que vous désobéissez."
Et s’adressant à ure autre :
Et vous, ma sœur ?
— Mon Père, je pense qu’il faut être prêtes à faire tout ce qu’on veut de nous.
— Dieu vous bénisse, ma fille !
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A une autre sœur :
Dites-moi, ma fille ; pour quelles raisons devez-vous toutes avoir nos supérieurs cette indifférence d’être envoyées aux écoles, aux Enfants, au Nom-de-Jésus, aux Forçats et partout, en tel emploi qu’on voudra vous employer, avec cette réticence qu’il faut toujours s’éloigner des emplois hauts, comme d’être servante ? S’il s’en trouvait qui eussent cette ambition, ce serait un grand défaut.
— Mon Père, la première raison, c’est qu’étant indifférentes, en faisant la volonté des supérieurs l’on fait la volonté de Dieu ; et quand l’on répugne, c’est qu’on veut faire sa propre volonté.
— Oui, ma sœur, c’est la volonté de la chair, c’est une volonté de péché, comme, quand Adam eut péché, ce fut par la volonté de la chair, il perdit la grâce. Dieu lui avait donné une grande pente à son amour ; mais par une volonté de la chair il se laissa aller au mal. Comme en Adam la grâce fut perdue, ainsi ce que demande notre nature, c’est péché ; les inclinations de la chair ne sont que péché ; c’est pourquoi il les faut fuir.
La sœur, recommençant à parler, dit une seconde raison : c’est que, si l’on n’a pas cette indifférence, il est impossible d’avoir du repos en son intérieur.
— Vous avez raison, ma fille ; car comment est-ce que l’on aura repos pendant que l’on sera toujours dans la crainte ? Par exemple, une sœur désire être sœur servante ; l’autre, compagne. Ces deux filles-là, ont-elles du repos, ma sœur ?
— Nenni, mon Père.
— Oh ! point du tout, elles n’en ont point toutes deux ; car celle qui désire être compagne est toujours dans l’appréhension qu’on la laisse, et celle qui désire être servante a peur qu’on ne la retire ; au moindre billet qu’elle reçoit de ses supérieurs, elle s’imagine que c’est pour la retirer. Ainsi celle qui désire l’être et celle qui
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désire ne l’être pas ont toutes deux de la peine. Apprenez de là que le seul moyen d’être en repos, c’est de ne rien désirer. Or sus, Dieu vous bénisse, ma sœur ! Vous avez dit une bonne raison.
Et à une autre sœur :
Et vous, ma sœur ?
— Mon Père, j’ai pensé qu’il ne faut rien désirer sinon que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous. J’ai pensé aussi qu’il faut être indifférentes en toutes choses.
— Dieu vous bénisse, ma sœur !
A une autre :
Et vous, ma sœur quelle pensée vous est-il venue ?
— J’ai pensé qu’il se faut conformer à la volonté de Dieu.
Une autre sœur dit :
Mon Père, j’ai vu qu’il nous faut écouter la voix de Dieu en celle de nos supérieurs.
Puis Mademoiselle donna un billet qu’une sœur empêchée de venir avait envoyé, après y avoir marqué les pensées que Dieu lui avait données sur ce sujet ; ce que notre très honoré Père trouva fort bien ; et il dit :
Voilà qui est bien, mes sœurs, il en faut faire ainsi quand on ne peut venir : envoyer un billet ; car il est raisonnable de faire part à la Compagnie des pensées que Dieu vous a données. Et voici ce que le billet porte :
Les raisons que nous avons de bien recevoir les emplois qui nous sont donnés par nos supérieurs, c’est que je crois que c’est une chose tout assurée que c’est la volonté de Dieu qu’il nous donne cet emploi pour y faire notre salut et pour procurer celui de notre prochain et son service comme le nôtre propre.
Au second point, j’ai vu que, refusant les emplois qui nous sont donnés, l’on pèche contre la volonté de Dieu, qui nous veut en ce lieu et non pas en un autre. C’est une grande faiblesse de souhaiter d’être dans un autre
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lieu, où le plus souvent la croix est plus pesante qu’aux lieux qui nous sont donnés par nos supérieurs.
Au troisième point, pour bien pratiquer l’indifférence, j’ai pensé qu’il fallait s’abandonner fortement à la volonté de Dieu, agréer toutes ses volontés et penser que c’est peut-être la dernière fois de notre vie. Oh ! si j’avais la force, que je souhaiterais servir les pauvres jusqu’à la fin de ma vie et à la fin du monde pour rendre service à Dieu !
— Voilà qui est beau ! La bonne fille ! Dieu la bénisse ! Mes sœurs, il se fait tard. Nous ne pouvons pas parler des autres points. Je me tiendrai prêt, s’il plaît à Dieu, pour dimanche prochain, si cela ne vous incommode point, à trois heures précises. La chose est de grande importance. Je vous prie que celles qui n’ont point fait l’oraison sur ce sujet la fassent, et que toutes réfléchissent bien là-dessus et disent : "Je veux vivre et mourir dans l’indifférence." Et pource que la chose est de grande importance, nous ferons ce que nous faisons à Saint-Lazare et comme nous faisons les mardis à l’assemblée des prêtres : on recommence un sujet plusieurs fois afin de se l’insinuer dans l’esprit, et l’on en a recommencé, ces jours passés, jusqu’à quatorze fois.
Ainsi, comme la chose est grande et qu’il s’agit de vous bien donner à Dieu pour vous disposer à être dans cette sainte indifférence et pour nous dire les pensées que vous aurez eues sur ce sujet, nous attendrons à dimanche pour parler des fautes qu’on peut faire là-dessus et des moyens de s’en corriger. Et pource que cela répugne à la nature, qui veut toujours faire sa propre volonté, vous demanderez cette vertu à Notre-Seigneur et lui direz : "Seigneur, faites-moi la grâce d’être comme vous avez été." Et comment a-t-il été ce Seigneur ? Il le dit lui-même : il a été comme une jument, comme un mulet ou comme un cheval de
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carrosse (1). Oh ! voyez comme les chevaux de carrosse se fassent conduire et mener où l’on veut ; car on n’a jamais ouï dire qu’ils aient résisté aux volontés de leurs maîtres. Et Notre-Seigneur, pour montrer qu’il était indifférent, dit : "J’ai été comme le cheval et comme le mulet, qui se laissent mener où l’on veut." N’est-ce pas une grande pitié que les bêtes sans raison nous apprennent cette leçon de l’indifférence et que nous ayons tant de peine à la pratiquer ! Eh ! mes sœurs, retenons bien cette leçon de Notre-Seigneur, qui a été soumis à toutes les volontés de son Père ; ressouvenez-vous bien de cela et demandez-lui bien dans vos oraisons la grâce d’être toujours indifféremment en toutes sortes d’emplois, en un lieu ou en un autre, en haut ou en bas, prêtes à tout ce qu’il lui plaira. C’est ce que je lui demande pour vous et pour moi de tout mon cœur, et supplie sa bonté nous faire cette grâce.
Sub tuum praesidium confugimus…
Benedictio Domini Nostri…
117. — CONFéRENCE DU 14 DéCEMBRE 1659
SUR L’INDIFFéRENCE
Monsieur Vincent, notre très honoré Père, étant arrivé, après avoir dit le Veni Sancte Spiritus pour implorer l’assistance du Saint-Esprit à son ordinaire, commença en cette sorte.
Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est celui de la dernière fois, la vertu de l’indifférence : n’affectionner rien, ne refuser rien, mais être dans une disposition intérieure de ne rien refuser ni désirer, d’être en
1) Psaume LXXII, 23.
Entretien 117. — Ms. SV 9, f° 360 et suiv.
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un lieu ou en un autre, en cet emploi ou en cet autre, aux Enfants, aux paroisses, aux champs et partout. Or, mes chères sœurs, plusieurs d’entre vous ont parlé la dernière fois, dont j’ai été fort consolé ; mais je demande encore : ma sœur, vous semble-t-il que ce soit une chose fort importante d’avoir cette indifférence ?
— Oui, mon Père, parce que cela nous rend agréables à Dieu et à nos supérieurs.
— Voilà qui est bien dit, ma fille. Une sœur qui n’est pas dans cette indifférence ne fait rien de bien. Vous avez dit une grande parole et un mot bien véritable : une personne qui n’est point indifférente ne fait rien de bien. Et pourquoi ? Parce que son cœur est toujours déchiré de mille inquiétudes, parce que la volonté de Dieu est que vous soyez dans cette indifférence, de sorte qu’une fille qui ne désire en toute chose que la volonté de Dieu est heureuse et, au contraire, une personne qui ne veut pas ceci ou cela, qui désire ce lieu et appréhende cet autre n’est pas heureuse, ou même peut-être est malheureuse.
Notre-Seigneur nous a donné un exemple en cela, comme je vous disais l’autre jour ; il s’est rendu comme un cheval, ainsi qu’il le dit par le prophète : Factus sum sicut jumentum (1) Comme une jument, comme un cheval n’a point de volonté que celle de son maître, ainsi je mets mon bonheur à faire la volonté de Dieu mon Père.
Et vous, ma sœur ?
— Mon Père, dit Mademoiselle, c’est la sœur qui envoya son billet l’autre jour.
— Et vous, ma fille, Dieu vous bénisse ! Vous fîtes bien. Mes filles, je vous prie quand vous ne pourrez pas venir, écrivez et envoyez le billet à Mademoiselle.
1) Psaume LXXII, 23.
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Cela est bon, mes sœurs : on trouve toujours à profiter. Nous faisons de même en la Compagnie de nos Messieurs les mardis.
Et à une autre sœur :
Vous semble-t-il, ma fille, que ce soit une grande chose que l’indifférence ?
— Oui, mon Père.
— Et qu’est-ce que l’indifférence ?
— C’est être prêtes à tout ce que l’on veut.
— Voici, mes sœurs, ce que c’est que l’indifférence : c’est une vertu qui fait que l’on ne refuse rien et ne désire rien. Ne souhaiter rien, ne rejeter rien, mais agréer ce que Dieu nous envoie par nos supérieurs, en un mot c’est mes filles, qui ne veut que la volonté de Dieu. Voilà ce que c’est qu’être indifférentes.
Et vous, ma sœur, qu’est-ce qu’une personne indifférente ?
— Mon Père, c’est une personne qui soumet sa volonté à celle de ses supérieurs.
— Et vous, ma sœur, cette personne-là veut-elle et refuse-t-elle quelque chose ?
— Non, mon Père, mais elle a une grande paix intérieure.
— C’est bien dit, ma fille ; Dieu vous bénisse !
A une autre sœur :
Ma sœur, expliquez-moi je vous prie, ce que c’est que l’indifférence.
— Mon Père, c’est vouloir ce que Dieu et nos supérieurs veulent, ne désirant rien, ne refusant rien.
— Vous semble-t-il, ma sœur, que ce soit un état heureux ?
— Oui, mon Père, et il semble que nous n’aimons pas Dieu si nous ne sommes en cet état, car nous voyons qu’un valet qui aime son maître se plaît d’aller partout.
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— Mais, ma sœur, une fille vit-elle dans une grande paix quand elle a cette indifférence ?
— Oui, mon Père.
— O mes sœurs, être indifférentes en toutes choses, aux emplois, à être sœur servante ou compagne, à l’hôpital, aux Enfants, aux paroisses, aux champs, à la ville, partout où l’on voudra, c’est le moyen d’être dans une grande paix intérieure.
Une autre sœur dit :
La première raison, c’est que nous sommes assurées que toutes sortes d’emplois viennent de Dieu, nous étant donnés par nos supérieurs et non par notre propre choix. Une seconde raison, c’est qu’il est assuré que nous pouvons nous sauver en tous les emplois, car Dieu ne nous met point en un état, que ce ne soit pour notre plus grande perfection.
Au second point, il y a faute contre cette indifférence, ce me semble, si nous procurons nos emplois directement ou indirectement. Une autre faute, c’est de s’attacher tellement aux emplois que l’on a, que, quand on vient à nous les ôter, on s’en fâche et on se relâche, ne se souciant pas de bien faire dans ceux où on nous met, les exerçant à regret, murmurant et se plaignant facilement. Cela est quelquefois capable de nous faire perdre notre vocation.
Au troisième point, un moyen d’être dans cette indifférence, c’est de ne s’attacher à Dieu et de ne vouloir plaire qu’à lui seul, ne cherchant point à nous satisfaire nous-mêmes, étant assurées que nous trouverons Dieu en toutes sortes d’emplois. Un autre, c’est de n’être point attachée à sa propre volonté, mais entièrement soumise à celle de ses supérieurs, et ç’a été ma résolution, par la grâce de Dieu.
— Voilà qui est bien, ma fille ; Dieu vous bénisse ! Mademoiselle, vous plaît-il nous dire vos pensées ?
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— Mon Père, une raison m’est venue en l’esprit, outre celles que nos sœurs ont dites, c’est que Dieu veut être glorifié en nous en toutes les manières, ce qu’il fait en usant de nous comme lui appartenant à beaucoup de titres, et ainsi il nous peut faire faire tout ce qu’il lui plaît, mais il veut que nous coopérions avec sa volonté, et il est bien raisonnable que nous lui fassions un sacrifice de ce libre arbitre qu’il nous a donné, et que, par ce moyen, nous nous mettions dans cette sainte indifférence à tous les emplois où il plaira à sa bonté nous placer par l’ordre de nos supérieurs.
Une autre raison est que, nous étant données à Dieu pour former un corps en son église, il est raisonnable que chacun des membres fasse ses fonctions ; ce qui ne se pourrait s’ils n’étaient disposés aux ordres des supérieurs qui en sont les chefs.
Les inconvénients qui en pourraient arriver seraient : premièrement, le dommage que la sœur se ferait à elle-même, se mettant dans l’état de ne pouvoir accomplir la volonté de Dieu et de ne rien faire qui lui soit agréable.
Un autre, que sans l’indifférence il y aurait le désordre en la Compagnie, le service des pauvres souffrirait, ce serait de mauvais exemple aux autres sœurs, et peut-être plusieurs se laisseraient-elles gagner.
Un des moyens les plus puissants que nous ayons pour nous aider à acquérir cette indifférence, c’est l’exemple de Notre-Seigneur, qui a témoigné en tant d’endroits, durant sa vie, qu’il n’était sur terre que pour pratiquer cette vertu, en faisant la volonté de Dieu son Père, et s’est rendu obéissant jusqu’à l’âge de trente ans.
— Dieu vous bénisse, Mademoiselle ! Voilà qui est beau ! Mes chères filles, je vous dirai mes petits sentiments. L’état d’indifférence, c’est l’état des anges, car ils sont tellement indifférents qu’ils sont toujours prêts
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à faire la volonté de Dieu ou au ciel ou en la terre, dans le paradis ou dehors. Dieu n’a qu’à leur signifier sa volonté ; ils sont tout prêts à l’exécuter sans regarder en quoi, de sorte qu’ils ne désirent autre chose que ce à quoi ils sont employés de la part de Dieu. Ainsi, mes sœurs, qui dit une Fille de la Charité indifférente dit un ange. Et en quoi lui ressemble-t-elle ? C’est qu’elle est toute prête à faire tout ce que l’on veut d’elle. Qu’on la mette aux Enfants aux paroisses ou ailleurs, elle est toute prête. En cet état, elle a l’esprit d’un ange, je le dis encore, en ce que les anges sont toujours prêts à vouloir tout ce que Dieu veut. Ainsi est une fille qui dit : "Voulez-vous que je sois aux Enfants, je le veux ; à cent lieues, me voilà prête."
Les anges, en quelque emploi qu’ils soient, ne perdent jamais la présence de Dieu, ni sa vue ; ils le contemplent partout. Ainsi la sœur de la Charité indifférente, qui regarde l’emploi qu’elle reçoit comme venant de la main paternelle de Dieu, se réjouit de pouvoir accomplir sa divine volonté en ce monde. Qu’on la mette où l’on voudra, elle est contente. Les anges auxquels Dieu confie la garde des méchants sont contents, eux aussi, d’accomplir la volonté de Dieu.
Ainsi une sœur indifférente ressemble aux anges en trois manières : elle est aussi contente aux emplois bas qu’aux grands ; elle est toujours prête à faire la volonté de Dieu en quelque manière que ce soit elle accepte aussi volontiers d’aller auprès d’un méchant que d’un homme de bien, ne faisant pas de différence entre les emplois où Dieu la met.
O Sauveur ! s’il plaît à Dieu donner cette grâce à la Compagnie de la Charité, que ne feront-elles pas ! Demandez-la bien à Notre-Seigneur, mes sœurs. Vous voyez l’importance de cet entretien.
Au contraire, d’une sœur qui veut cet emploi et non
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l’autre, on peut dire que c’est un démon. Mes sœurs, remarquez que c’est l’esprit du démon de ne vouloir jamais faire la volonté de Dieu, mais toujours la sienne. Dans les enfers, le démon fait, à la vérité la volonté de Dieu en faisant souffrir les damnés, mais malgré lui ; il faut qu’il obéisse. Dieu lui commanda un jour de se mettre dans un pourceau ; il le fit par contrainte.
Ainsi une fille qui accepte les emplois qu’on lui donne, par contrainte, a l’esprit du démon. Pourquoi ? Parce qu’elle ne se veut pas soumettre à faire la volonté de Dieu, mais suit toujours la sienne. L’esprit d’une fille qui est toujours dans le désir de faire sa volonté, c’est l’esprit du diable, qui n’a jamais pu se soumettre à Dieu et jamais ne se soumettra. Et qu’arrive-t-il ? C’est qu’il porte son enfer partout. Qu’il soit où il voudra, même dans le corps d’un possédé, il est toujours dans les flammes continuelles. Ainsi une sœur qui est toujours agitée par une multitude de désirs, qui veut être tantôt en un emploi, tantôt en un autre, est dans l’état du démon parce qu’elle n’a point de paix ; oui, celles qui affectent des emplois n’ont jamais de vraie paix.
Une servante qui n’est point indifférente s’attachera à son office et pensera que les autres ne doivent pas entrer en comparaison avec elle. Ah ! mes sœurs se complaire dans les charges qui donnent de l’honneur, c’est un état diabolique ! Que fait cette pauvre fille ? Elle entre en appréhension qu’on ne la change, ou qu’on ne la mette compagne. Voilà une peine bien cuisante et voilà l’état diabolique. En demeure-t-elle là ? Oh ! non. Elle tâche de gagner la sœur, sa compagne, pour que celle-ci dise à Mademoiselle que tout va bien. Elle laisse sa compagne libre d’agir à sa volonté, d’aller, de venir, d’observer les règles ou non de se lever à n’importe quelle heure. Pourvu qu’elle ait son amitié et reste servante, elle ne s’en soucie pas. Qu’appelez-vous cela, mes
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sœurs ? N’est-ce pas là un enfer ? Si elle vient vous voir, demandez-lui comme tout va en sa paroisse. Oh ! elle dira que tout va fort bien et ne parlera que de ce qui est bien. Mais, s’il y a quelque mal, elle n’en dira rien, parce que ce démon d’être servante la met comme dans un enfer continuel.
Que fait-elle de plus ? Lorsque sa compagne vient à la maison, elle lui dit : "Voici comme vous vous comporterez à l’égard de Mademoiselle ou de M. Portail, veillez sur ce que vous leur direz ; s’ils vous demandent telle ou telle chose, répondez-leur ainsi." Ah ! mes sœurs, je ne dis pas que cela se fasse, mais il est impossible qu’une personne qui affectionne des emplois ne fasse quelque chose d’approchant.
Faire des équivoques, c’est l’esprit du démon. Quoi ! la servante qui doit donner le bon exemple à sa compagne lui conseillera de faire des équivoques à ses supérieurs ! Ah ! mon Sauveur ! cela est diabolique ! Quoi ! voir des filles qui doivent être en tout véritables se servir d’équivoques ! Oh ! mes sœurs, si jamais vous vous étiez portées à cela, demandez-en humblement pardon à Dieu et prenez garde de n’y plus retomber. Les personnes qui ne sont point indifférentes sont sujettes à ces fautes.
La servante qui tient à son office vient-elle à tomber malade, la pauvre fille ! elle est plus malade d’esprit que de corps. Que ne fait-elle pas de peur qu’on ne la retire de la paroisse ! Elle fait intervenir une dame, un médecin pour dire qu’il n’est pas nécessaire ni à propos de la transporter ; et cela de peur qu’on en mette une autre en sa place. Ah ! mes sœurs, quel pauvre état est cela !
Quelquefois une sœur me viendra trouver moi ou Mademoiselle ; elle dira : "Je vous prie, déchargez-moi de mon office, je vous prie d’en mettre une autre à ma place." Et elle fait cela à dessein de passer pour