Entretiens aux Filles de la Charité (page 99)
J’ai déjà dit les raisons pour lesquelles vous devez traiter les pauvres avec douceur et respect. En voici une autre : c’est que vous avez de plus cette promesse qu’a faite Notre-Seigneur, qu’il donnera à ceux qui le suivront cent fois autant dans cette vie et enfin la vie éternelle. N’est-il pas vrai, mes sœurs, que toutes, tant que vous êtes, vous avez votre vie assurée ? Dieu a mis un fonds pour pourvoir à vos nécessités et vous a retirées des soins de la vie. Les gens mariés ont mille soucis :
1). évangile de saint Luc XVI, 9.
2) Psaume XC, 15.
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comment ils passeront l’année et pourront subvenir à leur ménage. Les sœurs de la Charité sont guéries de tout cela. Pour un père et une mère et quelque maison que vous avez quittés, vous en avez trouvé plusieurs, et vous avez plus de sœurs que vous n’en auriez jamais eues dans le monde. Et n’est-il pas vrai mes sœurs, que vous avez autant d’affection l’une pour l’autre que si c’étaient vos propres sœurs ? Enfin vous n’êtes point en peine comme les gens du monde : comment passerai-je cette année ? Dieu a pourvu à tout cela. Voilà donc comme vous avez cette récompense cent fois au double. Voyez le grand plaisir qu’il y a à servir Dieu. "Il m’assure, pouvez-vous dire, de ma vie ; je serai vêtue et nourrie. Je n’ai point de souci pour cela. Quant au plaisir que j’ai de servir Dieu en servant les pauvres, il est plus grand que celui que toutes les personnes mariées peuvent avoir." Si c’est une servante, combien d’ennuis dans cette condition ! Et les uns et les autres sont pleins de soucis et mécontentements ; et le plaisir qu’ils peuvent prendre n’est pas comparable au plaisir et à la consolation d’une sœur de la Charité qui sert les pauvres. Pour moi, mes sœurs, je vous avoue que jamais je n’ai eu plus de consolation que quand j’ai eu l’honneur de servir les pauvres. C’est ce qui fait le plaisir et la consolation des Filles de la Charité. Jucundus homo. L’homme est heureux d’exercer la charité. Entre toutes les œuvres de la charité il n’y en a point qui donnent plus de consolation que la visite des pauvres
Il y a trois choses qui donnent de la consolation c’est d’avoir du bien, du plaisir et de l’honneur. Voyons si cela ne se rencontre pas en vous, si vous n’avez pas ces trois choses plus que vous n’eussiez osé espérer dans le monde. Pour moi, hélas ! si je n’eusse été prêtre, je serais peut-être encore à garder les pourceaux, comme j’ai fait. Et vous pour la plupart auriez-vous jamais osé
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espérer dans le monde tant d’honneur que vous en recevez dans votre Compagnie ? Point du tout. Mais, dès qu’une Fille de la Charité est couverte de l’habit elle est honorée dès qu’elle est en une paroisse. Elles vont de pair avec une dame, et elles seraient bien fâchées de passer devant vous sans vous saluer. Que dire de la Compagnie ? Des reines qui vous honorent ! Quand elles parlent de vous, c’est avec grande estime. Hélas ! la reine de Pologne s’estime consolée d’avoir auprès d’elle une de vous pour l’aider à assister les pauvres.
Tout cela, mes sœurs, ce sont des motifs de vous confondre devant Dieu. Pour du bien, les Filles de la Charité sont dans une Compagnie où jamais rien ne leur manquera, avec la grâce de Dieu. De l’honneur, elles en reçoivent trop. Du plaisir, elles en trouvent beaucoup dans le service des pauvres. Cela étant, mes sœurs, combien devez-vous remercier Dieu et dire : "Dieu m’a mise ici dans une Compagnie où j’ai du bien, de l’honneur, du plaisir plus que je n’eusse jamais espéré dans le monde." Cela ne mérite-t-il pas que vous soyez reconnaissantes de la grâce que Dieu vous a faite et ne doit-il pas vous résoudre de plus en plus à porter du respect à vos sœurs, grande estime et respect aux pauvres, à jamais ne se fâcher contre eux ? Il s’en trouve qui vous disent des injures ; d’autres vous louent. Tout cela ne vous doit point toucher : que l’on vous loue, ou que l’on vous dise des injures, ce vous doit être tout un. Et si nous avions à choisir, nous devrions plus chérir et chercher les pauvres qui nous disent des injures, que ceux qui nous louent.
Voici le quatorzième article : "Pour éviter de grands inconvénients qui pourraient arriver, elles n’entreprendront point de veiller les malades, ni les femmes qui sont en travail d’enfant, non plus d’assister les créatures de mauvaise vie. Et si elles en sont requises par les pauvres
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ou par les voisins ou autres, elles leur diront bien humblement que cela leur est défendu par leurs supérieurs. Si néanmoins certains cas de nécessité semblent les obliger à servir quelqu’une de ces trois personnes elles ne l’entreprendront point qu’avec ordre très exprès de la supérieure de la Charité, et même, si besoin est, elles en prendront auparavant avis de la supérieure de la maison, sans pourtant témoigner à personne qu’on l’a fait."
Mes sœurs, voilà donc trois choses que vous devez observer : ne point veiller les malades, parce qu’il en est arrivé tant d’inconvénients que l’on a été contraint de le défendre ; même les religieuses de l’Hôtel-Dieu, qui y allaient autrefois, n’y vont plus à présent, à cause des inconvénients ; ni aller aux femmes qui sont en travail d’enfant cela n’est pas à propos pour vous ; cela peut donner mille mauvaises pensées ; non plus qu’assister des créatures de mauvaise vie, parce que, d’ordinaire, elles sont en de mauvais lieux. Que sait-on s’il ne viendra point quelqu’homme ? Car ordinairement le mal ne les empêche pas. Enfin cela n’est pas bien. Ces trois sortes d’actions vous sont défendues, et vous le pouvez dire, si on vous prie de les faire, si ce n’est, en cas de grande nécessité, en demander permission à la supérieure, et auparavant à Mademoiselle Le Gras, sans que cela paraisse pourtant.
Le quinzième article : "S’il se trouve des malades si abandonnés qu’il n’y ait personne pour faire leur lit, ou leur rendre quelqu’autre service encore plus abject, elles pourront le faire, selon leur loisir, si tant est que la sœur servante le trouve à propos. Elles tâcheront néanmoins de moyenner que quelqu’autre personne leur continue, s’il se peut, la même charité, craignant que cela ne retarde l’assistance des autres pauvres." Cela, mes sœurs, ne se peut pas faire aux grandes paroisses, mais
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l’on pourra prier quelque personne de la maison de leur faire cette charité.
Seizième article : "Quand quelque sœur sera malade et alitée elles en donneront avis à la supérieure au plus tard le troisième jour de leur maladie, afin qu’elle l’envoie visiter et puisse faire ce qu’il sera nécessaire là-dessus."
Cet article, mes sœurs, recommande que vous donniez avis de la maladie de vos sœurs au plus tard le troisième jour. Ce qui fait que l’on contrevient quelquefois à cet ordre, c’est que, quand deux sœurs s’aiment et s’accommodent bien ensemble, elles ont peine à se séparer et appréhendent que l’on les retire de cette paroisse où elles se plaisent. L’expérience a fait voir que si, de deux filles qui s’aiment en une paroisse, l’une est tombée malade, l’autre n’avertit pas de sa maladie, de peur qu’on ne la retire. C’est pourquoi l’on a trouvé que le troisième jour qu’elles seront alitées au plus tard, il faut qu’elles en donnent avis. Et celles qui y manqueront feront mal, et il faut qu’elles s’en confessent, car c’est manquer à une de vos règles.
Dix et septième article : "Elles seront soigneuses de bien ménager et conserver l’argent qu’elles ont en maniement. A cet effet, la sœur servante gardera sous la clef celui qui est destiné pour les pauvres et son assistante, celui qui est pour elles sous une autre clef, qu’elle gardera, mais n’achètera rien sans le consentement de la sœur servante, si ce n’est qu’en nécessité pressante et en chose ordinaire et de peu de conséquence."
Mes sœurs, cela a été bien prudemment examiné. Cela est fort bien que la sœur servante ait la clef de l’argent des pauvres ; et l’assistante, de celui qui est pour elles. Il faut faire cela, mes sœurs ; mais, s’il arrivait que, comme vous avez une mutuelle confiance l’une pour l’autre, vous laissiez les clefs aux coffres, ne vous mettant
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point en peine de les serrer, cela ne serait pas bien ; il en pourrait arriver de l’inconvénient. Il peut entrer quelque personne dans votre chambre et aussi arriver quelqu’accident. Il ne faut pas faire cela ; il les faut serrer. Il n’est pas que vous n’ayez deux différents lieux qui se ferment.
Dix et huitième article : "Elles feront encore une attention toute particulière à quelques autres articles de leurs règlements communs qui les regardent plus particulièrement."
Voilà donc les règles qui regardent les sœurs des paroisses. Il y a encore ici l’abrégé des règles communes qu’elles doivent garder, savoir :
"1° Préférer le service des pauvres malades à tous exercices soit corporels, soit spirituels, et ne faire point de scrupule de quitter tout pour cela, pourvu que ce soit la nécessité pressante, non la paresse, qui les porte à en user de la sorte.
"2° Porter un grand respect aux dames de la Charité, aux médecins et surtout à messieurs les curés, aux confesseurs des pauvres et autres ecclésiastiques, agissant avec toutes ces personnes-là dans une grande retenue, bien loin de se familiariser avec elles, ou de s’y attacher." Le respect donc, mes sœurs, et l’amour aux dames mais il ne faut pas s’y attacher, ni que ce soit un amour d’inclination. Cela est charnel. Le saint évêque de Genève dit que c’est un amour de bête. Ne pas s’amuser à parler avec les externes allant et venant par les rues et dans les maisons où elles sont d’obligation d’aller, s’il n’y en a grande nécessité, et alors elles trancheront court, particulièrement avec les personnes de l’autre sexe.
Mes sœurs, je reviens toujours à cette chambre : je vous en prie soyez soigneuses de n’y laisser entrer personne, particulièrement les prêtres, ni les confesseurs.
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Je ne vous puis dire le mal qui est arrivé aux lieux où l’on n’a pas voulu observer cela, de ne laisser entrer les prêtres. Je ne vous le saurais trop recommander.
"4° N’entreprendre de traiter aucun malade, ni donner rien à aucun pauvre contre l’ordre prescrit, ni contre l’intention des dames officières." Ceci, vous l’entendez bien : vous ne devez pas vous amuser à vouloir entreprendre de traiter, ni rien donner contre l’intention des dames officières.
Oh ! c’est ici que j’aurais à m’écrier contre une sœur (je ne sais si elle est ici ; je ne la nommerai pas), à qui on avait donné ordre de ne recevoir aucun malade sans l’ordre du médecin ; et, les dames assemblées, on lui avait donné l’ordre de ce qu’elle devait faire. Cette pauvre créature (Dieu lui pardonne !) a heurté son jugement, a fait tout le contraire de ce qu’on lui avait dit, si ce n’a été dès le même jour, du moins dès le lendemain, et ne s’est pas contentée de sa désobéissance, mais a fait une menterie, car elle a dit qu’elle ne l’avait pas fait. Quoi ! mes sœurs, une fille désobéissante et, outre cela, menteuse ! Oh ! voilà qui a fait un désordre qui n’est pas petit et n’est pas encore guéri ! Voilà qui courra ; l’on saura qu’une sœur aura menti ; toutes auront à souffrir pour celle-là ; l’on dira qu’elles ne sont point véritables. O mes sœurs, obéir et ne jamais mentir.
"5° N’user d’aucun médicament ni de saignée pour leurs personnes, ni consulter de médecin pour le même effet, sans la permission de la supérieure de la maison.
"6° étant malades, se contenter d’être traitées comme les pauvres qu’elles assistent, n’étant pas raisonnable que les servantes soient mieux traitées que leurs maîtres. Si pourtant elles ont grand besoin de quelque petite douceur et que les dames ou la supérieure de la maison leur ordonnent, elles pourront s’en servir." Mes sœurs, c’est là imiter Notre-Seigneur, qui a été si amateur de
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la pauvreté qu’en sa naissance il n’a eu qu’une pierre pour reposer son chef. Ah ! mes sœurs, il faut aimer à être traitées comme les pauvres. Combien pensez-vous qu’il y ait de pauvres gens au monde qui vivent si pauvrement ! Je connais des évêques qui vivent l’un de pain et d’eau, l’autre de pain et de quelques herbes. Ah ! contentons-nous d’être nourris en la manière que Notre-Seigneur l’a été en sa vie et à sa mort, qui a été toujours fort pauvrement.
"7° Ne rien acheter pour leur vêtement ni autres meubles pour elles, mais se contenter de ce que la supérieure leur fournira pour leur besoin ; et s’il faut qu’elles achètent quelque petite chose, lui en demander la permission." Vous ne devez donc jamais rien acheter sans permission.
"8° Ne manquer pas d’apporter à la supérieure, au plus tard au bout de l’an, le surplus de l’argent destiné pour leurs personnes, leur nourriture prise, pour être employé à payer leurs vêtements, qu’elle leur fournit. ö Mes chères sœurs, vous devez avoir dévotion et affection toutes particulières à cette règle, parce que la Providence l’a établie de la sorte. En second lieu, les sœurs de la Charité doivent être comme des enfants qui sont grands, qui gagnent leur vie et s’épargnent pour donner à leur père et mère en leurs besoins. Vous avez votre mère qui est la Compagnie ; elle a des enfants à élever ; vous devez la secourir ; et en cela vous ferez une action très agréable à Dieu, et si vous en usez de la sorte, vous imitez Notre-Seigneur, qui, avec la sainte Vierge, a gagné sa vie jusques à l’âge de trente ans. Mais lorsqu’il commença à prêcher, à prendre des disciples, les bonnes femmes qui le suivaient commencèrent à dire : "Notre maître n’a point d’argent ; il n’en peut pas gagner ; il faut lui en fournir." Il faut donner cette louange à votre sexe : les dames fournissaient ce qui était nécessaire
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pour subvenir à Notre-Seigneur et à ses apôtres. Et comment aurait fait Notre-Seigneur si ceux qui le suivaient n’avaient eu soin de lui subvenir ? Oserai-je le dire, mes sœurs ? Si vous discontinuez à en user de la sorte, je ne sais si la Compagnie pourrait subsister.
Je ne sais comme vous avez pu arriver en l’état où vous êtes, si ce n’est par la grâce toute particulière de Dieu et la bonne conduite de Mademoiselle Le Gras. Vous devez bien prier Dieu qu’il la conserve. Elle a si bien conduit la Compagnie que, par la grâce de Dieu, je crois qu’il n’y a point de communauté qui ne soit endettée, et la vôtre ne l’est point par sa bonne conduite. Car vous avez quelque petite chose sur les coches, encore quelque peu d’ailleurs, mais c’est peu. Dieu bénit plus un écu d’aumône donné d’un bon cœur que beaucoup de grandes richesses qui ne sont pas données de bonne volonté. Un jour, Notre-Seigneur vit une bonne vieille femme avec son bâton approcher du gazophylace, qui était ce que nous appelons à présent tronc, et mit dedans un pauvre denier d’aumône, n’ayant que cela. Il prit plus de plaisir à voir la bonne volonté de cette bonne femme qu’il ne fit de ceux qui mettaient de grosses aumônes ; tant il est vrai que Dieu n’a en garde que la bonne volonté. Et ainsi, mes sœurs, l’on ne vous demande d’apporter que ce que vous avez de reste, votre nourriture prise. Si vous avez besoin pour votre nécessaire, oh ! l’on n’entend pas que vous manquiez ; celles de près, si vous avez besoin de quelque chose, vous avez votre maison ; celles de loin, il faut que vous gardiez ce qui vous est nécessaire raisonnablement. Mais, si quelqu’une voulait épargner pour son particulier ou pour ses parents, ô mes sœurs, ce serait un grand mal. Une fille qui s’est donnée à Dieu doit avoir renoncé à tous ses parents et ne doit être qu’à la Compagnie. C’est votre mère, mes sœurs, que la Compagnie, à laquelle vous donnez,
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et c’est pour aider à élever ses enfants, qui sont vos sœurs.
"9° Se bien donner de garde de s’attacher par affection déréglée à la paroisse où elles sont, à raison de la grande satisfaction qu’elles pourraient prendre d’être avec ure sœur, ou de parler aux dames, ou de s’entretenir avec leur confesseur. Cela étant, tâcher de rompre cette attache en représentant de bonne heure à la supérieure leur faiblesse en cela et le besoin qu’elles ont d’un prompt secours."
Mes filles, c’est ce que je vous recommande, de ne vous point attacher à une paroisse, à certaines personnes, aux confesseurs, mais d’en avertir promptement. Si je vous avais dit le mal qu’a causé cette attache en certains lieux ! Il vaut mieux que je me taise. Ne s’attacher au confesseur, ni à aucune chose. Ah ! mes filles, il y a certaines choses qui sont capables de détruire la Compagnie. En voilà une. Mais un bon moyen pour empêcher cette attache, c’est, dès que vous la sentez, de venir dire à M. Portail ou à moi ou à Mademoiselle : "Je sens mon cœur engagé en ce lieu pour telle et telle chose ; je vous prie, retirez-moi de là". Mes sœurs, j’espère que, si vous en usez de la sorte, vous ne saurez croire le bien et avantage qui en reviendra.
"10° Ne manger ni boire chez autrui, non pas même chez les dames de la Charité, mais toujours dans leurs chambres.
"11° Ne laisser entrer les externes dans leurs chambres si ce n’est pour saigner ou panser quelque pauvre, bien loin de les y faire manger ou coucher, quand ce seraient même de leurs parents, particulièrement de l’autre sexe.
"12° Ne point aller chez les prêtres, s’ils ne sont pauvres et malades ; auquel cas les deux sœurs iront ensemble et non jamais seules ; et s’il n’y en a qu’une qui
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puisse y aller, elle s’accompagnera de quelque femme ou fille du logis." N’allez jamais, mes sœurs, seules chez les prêtres ; il en est arrivé de trop grands accidents. Craignez, car le diable ne dort jamais. Et comme il voit le progrès de la Compagnie, ne doutez pas qu’il ne cherche tous les moyens qu’il pourra pour la perdre ; et en voilà un dont il se servira, s’il peut. Prenez-y garde, je vous prie.
"13° Ne point sortir de leurs paroisses sans nécessité, non pas même pour aller ouïr le sermon, ou gagner les pardons, si ce n’est avec la permission de leur supérieure ou du supérieur, auquel elles le demanderont, et non à d’autres, et prendront leur temps pour cela.
"14° Se diligenter en tout ce qu’elles ont à faire, et, quand elles ont du temps de reste, se mettre à travailler à la couture, ou à filer ; et, si elles n’ont point d’ouvrage, en demander à la supérieure.
"15° être bien soumises à la sœur servante et lui porter un grand respect, quoiqu’elle soit plus nouvelle ou plus jeune, n’entreprenant rien sans son ordre ou sa permission, non pas même de donner un œuf ou une plus grosse portion, ni aucun remède, ni d’aller chez les dames, ni leur parler d’aucune chose si elles n’en sont interrogées.
"16° Ne point manquer d’aller, au moins une fois le mois, faire sa revue au confesseur de la maison et rendre compte de leurs emplois à la supérieure." Il faut bien estimer cette règle.
"17° Pour ce qui est de l’ordre de l’emploi de la journée, elles s’ajusteront, autant qu’il se pourra raisonnablement, à celui qui est pour toute la communauté, préférant néanmoins le service des malades et voici à peu près l’ordre qu’elles pourront garder pour l’ordinaire :
"1° Aussitôt après l’oraison du matin, ou, si c’est en été, après la lecture du sujet, elles seront soigneuses de
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porter les médecines aux malades ; et, au retour, elles iront à la messe, pendant laquelle elles pourront aussi faire leur oraison, quand elle n’auront pu la faire le matin à quatre heures.
"2° Après la messe, elles déjeuneront dans leur chambre d’un morceau de pain.
"3° Puis après, elles se rendront en la maison de la dame où est le pot des malades, à l’heure ordinaire, ou plus tôt, si besoin est, afin que leur dîner puisse être prêt précisément à l’heure marquée.
"4° Après le dîner, elles auront soin de retirer les ordonnances du médecin et d’apprêter les remèdes, pour les porter aux malades à l’heure qu’il faut, et placer le pot pour le lendemain chez la dame qui est en jour.
"5° Après souper, elles apprêteront les médecines pour le lendemain matin ; et s’il y a autre chose qui presse à faire, elles la feront en diligence, sans s’amuser, afin de pouvoir se coucher à neuf heures.
"6° Quand elles pourront instruire les petites filles de la paroisse, sans que cela empêche d’aller aux malades, l’une des deux s’y appliquera, sauf à se faire soulager par l’autre, quand il en sera besoin ; et tout cela, supposé que la supérieure le trouve bon. Et cela étant, elles observeront, en ce qu’elles pourront, les règles dressées pour la maîtresse d’école, lesquelles on leur donnera à cet effet."
Mes sœurs, voilà les règles que les sœurs des paroisses doivent garder. Il reste encore celles des champs. Ce sera pour quelqu’autre fois. J’ai bien envie que nous recommencions nos entretiens en la manière que nous avions accoutumé. Ce sera, s’il plaît à Dieu, à la première fois.
Il se fait tard. Rendons grâces à Dieu. Il n’ennuie point, mes sœurs quand l’on traite des affaires de Dieu. Adressons-nous au sanctificateur des âmes et que chacune de vous lui dise : "Je vous remercie, mon Dieu, de
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ce qu’il vous a plu me retirer de mon pays pour me mettre en une si sainte Compagnie. Je vous demande pardon des fautes que j’ai faites depuis que vous m’avez appelée à votre service, et vous demande la grâce de ne me point arrêter là, mais d’avancer toujours de plus en plus dans la pratique des vertus que vous désirez de moi." C’est ce que, mes chères sœurs, je demande de tout mon cœur pour vous et lui demanderai demain à la sainte messe, que je dirai, s’il lui plaît, à cette intention, et ce que vous demanderez aussi toutes à celle que vous entendrez.
Cependant je prie Notre-Seigneur qu’il vous bénisse et vous remplisse de son esprit à même temps que je prononcerai les paroles de bénédiction.
116. — CONFéRENCE DU 8 DéCEMBRE 1659
SUR L’INDIFFéRENCE
Notre très honoré Père, après avoir dit le Veni Sancte Spiritus pour invoquer l’assistance du Saint-Esprit, dit :
Oh bien ! mes chères sœurs, il est déjà tard ; ne peut-on pas faire en sorte que vous pourvoyiez de bonne heure à vos affaires, afin que vous puissiez venir plus tôt ?
— Mon Père, dit une sœur, si nous étions assurées que l’on commençât de bonne heure, nous pourrions bien venir
— Oui, ma fille, on le fera. Il est vrai que advienne que pourra, je quitterai tout.
c’est ma faute. Mais advienne que pourrai, je quitterai tout.
Mademoiselle dit :
Entretien 116. — Ms. SV 9, f° 357 v° et suiv.
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Mon Père, nos sœurs sont bien venues de meilleure heure, mais elles vont à vêpres.
— O mes sœurs, comme c’est une assemblée qui regarde Dieu il l’aura aussi agréable que les vêpres. C’est quitter Dieu pour Dieu. Je vous prie que pendant l’hiver vous tâchiez de vous trouver prêtes en sorte que nous commencions à trois heures précises ; et ne vous mettez point en peine d’entendre vêpres ; saint Thomas dit que c’est quitter Dieu pour Dieu.
Donc, mes chères sœurs, le sujet de notre entretien consiste en trois points : le premier est des raisons qu’ont les Filles de la Charité d’avoir l’indifférence à l’égard des emplois ; le second, des fautes qu’elles commettent contre cette vertu ; le troisième, des moyens de l’acquérir et de la bien pratiquer, afin de s’y bien établir et venir en cet état où Dieu les demande.
Ma sœur, pour quelles raisons vous semble-t-il que les Filles de la Charité doivent être dans cette indifférence ?
— Mon Père, il m’a semblé que, comme nous nous sommes données à Dieu, nous devons être indifférentes à tout, car nous ne sommes plus à nous-mêmes, et ce serait vouloir nous retirer de Dieu que de ne pas être dans cette indifférence.
— Dieu vous bénisse, ma sœur ! Voilà une bonne raison. Voilà ce qu’elle dit : une raison, c’est que nous nous sommes données à Dieu et partant nous ne sommes plus à nous-mêmes ; et si, nous étant données à Dieu, nous nous retirons de cette indifférence, nous nous retirons de Dieu. Voilà une bonne raison et prise à fond. Voyez-vous je me suis donnée à Dieu pour faire ce qu’il lui plaira. Si je veux quelque chose, comme d’être avec cette sœur, en ce lieu ou en cet autre avoir soin des enfants ou servir les malades ou si je ne suis