Entretiens aux Filles de la Charité (page 102)
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sœurs, demandez bien à Dieu cette vertu ; souhaitez-la souvent.
Ah ! mon Dieu ! quoi ! faut-il qu’une sœur de la Charité dise, s’il y a du mal : "C’est pour moi." Ah ! mes sœurs, c’est le langage de Judas : "Numquid go sum ? N’est-ce pas moi qui suis ce méchant ?" Ainsi vous pouvez dire avec Judas : "N’est-ce pas moi qui empêche que la Compagnie n’avance ?" Mes sœurs, il ne faut qu’une personne pour empêcher toute une Compagnie d’avancer à la vertu. Savez-vous ce qui empêche un vaisseau d’avancer ? Il ne faut qu’un petit vent, il arrête tout.
Mes sœurs, n’est-ce pas une chose odieuse que tant de saintes âmes, la plupart du temps, auront bien travaillé à leur avancement, et néanmoins, Une petite chose les arrête, et une seule en perd plusieurs !
Courage donc, mes filles ! Courage ! Dieu maintiendra votre Compagnie, lui qui l’a déjà bénie en tant d’endroits. Nos messieurs de Pologne me mandent que la reine a été faire un grand voyage, pendant lequel nos pauvres sœurs ont eu tant de soin du bon gouvernement de leurs œuvres qu’elles ont attiré quantité de bonnes filles et se sont conduites avec tant de prudence que cette bonne reine a été si satisfaite, à son retour, qu’elle a demeuré ure journée chez elles en leur maison avec ces filles avec une joie et des témoignages d’affection admirables.
Voyez en quelle odeur est votre Compagnie. ôtez ce lustre, vous ôtez tout. Ah ! quel mal ne fait pas une fille qui ôte le lustre d’une Compagnie ! Elle donnera à parler à toute une ville, que dis-je ? à toute une province et plus. Les prêtres, les princes mêmes le sauront. Oui, mes sœurs, le mal qui se fait par une personne est capable de perdre toute une Compagnie. Cela, mes filles, vous doit donner un grand zèle que toute la Compagnie se sanctifie,
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et chaque personne en particulier, et vous verrez que la Compagnie se multipliera.
Et vous, ma sœur, qu’avez-vous remarqué ?
— Mon Père, je ne saurais dire autre chose sinon que la vie de Mademoiselle Le Gras est un miroir sur lequel nous n’avons qu’à nous mirer. J’ai toujours reconnu qu’elle avait une grande charité et support pour nous, en sorte qu’elle s’est toute consommée.
Une autre sœur :
Mon Père, elle avait une si grande charité pour moi que quelquefois, voyant que j’avais de la peine en l’esprit, elle me prévenait avec grande douceur.
Une sœur qui avait été interrogée dès le commencement et n’avait pu répondre parce que les larmes l’empêchaient de parler, se leva et dit :
Mon Père, si vous trouvez bon que je parle, je tâcherai de le faire.
Notre très honoré Père répondit :
— Vous me ferez plaisir, ma fille.
Et il ne put retenir ses larmes en entendant la sœur parler, tant il était touché.
La sœur, commençant, dit :
Mon Père, la première raison que nous avons de nous entretenir de notre chère Mère est afin que Dieu en soit glorifié ; la seconde, afin que nous nous souvenions toute notre vie de suivre les exemples qu’elle nous a donnés, y étant obligées, puisque c’est d’elle que Dieu s’est voulu servir pour apprendre à la Compagnie la manière en laquelle il veut qu’elle le serve pour lui être agréable. Pour les vertus qu’elle a pratiquées, il faudrait un livre entier pour les pouvoir écrire, et des esprits bien plus relevés que les nôtres pour les rapporter. Néanmoins, puisque l’obéissance m’y oblige, il le faut faire. Mais, quand j’aurai dit tout ce que la mémoire me peut fournir, il en restera encore bien plus à dire.
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Premièrement, elle avait une humilité admirable, qui paraissait en tant de rencontres que cela ne se peut dire ; ce qui lui faisait porter un grand respect à toutes les sœurs, leur parlant toujours par prières et supplications, les remerciant si affectueusement du service qu’on lui rendait, ou des autres peines extraordinaires des emplois de quelques-unes, que quelquefois j’en ai été toute confuse.
Je l’ai vue s’humilier à ce point de me prier de l’avertir de ses fautes avec grande humilité, dont je me suis trouvée bien empêchée, n’en pouvant remarquer, quoique j’y fisse attention pour lui obéir.
— Vous avez raison, ma sœur ; voilà ce que je vous ai déjà dit. On eût bien de la peine à pouvoir remarquer une faute en Mademoiselle Le Gras, ce n’était pas qu’elle n’en fît, oh ! non, mais si légères que l’on ne les pouvait remarquer. Continuez, ma fille.
— Mon Père, quelquefois quelques sœurs n’ayant pas bien pris les avertissements qu’elle leur avait donnés et ayant fait paraître de la fâcherie devant moi, elle me demandait après si elle n’en était pas cause, si elle n’avait pas parlé trop rudement, ou autrement qu’il ne fallait. Je lui disais qu’il me semblait que l’on ne pouvait pas agir autrement. Elle excusait toujours celle qui s’était fâchée, et aussi, quand on lui rapportait les fautes de quelques-unes, toujours elle les excusait et disait : "Il nous faut souffrir ; Dieu nous a choisies pour cela ; il faut montrer l’exemple aux autres ; il faut être bien courageuses à supporter nos sœurs."
Elle m’a quelquefois envoyé quérir exprès pour me demander pardon, quand elle croyait m’avoir donné quelque peine, quoique ce fût moi qui eus failli, et m’a prévenue bien des fois, alors que j’aurais dû le lui demander la première.
Elle s’accusait toujours avec grande humilité dans les conférences, les vendredis, et se rendait tout à fait criminelle
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et coupable de toutes les fautes de la Compagnie.
Elle a fait aussi souvent des actes d’humilité en plein réfectoire, y demandant pardon, y étant les bras étendus, ou couchée contre terre et y servant à table. Elle a aussi aidé à laver les écuelles et eût bien désiré faire tous les autres emplois de la maison.
Elle avait aussi une très grande charité pour les pauvres, était bien aise quand elle les pouvait servir. Elle avait grand amour et charité pour toutes les sœurs, les supportant et excusant toujours quoiqu’elle les avertît avec sévérité quand il était nécessaire. Mais c’était par un principe de charité, portant compassion à celles qui étaient dans quelque peine de corps ou d’esprit, supportant, bien des années, des filles qui eussent dû, pour leurs imperfections, être renvoyées. Elle attendait toujours pour voir si elles se corrigeraient.
Elle avait un si grand amour pour la sainte pauvreté que l’on ne pouvait la faire consentir à avoir quelque chose de neuf pour son usage, quoiqu’elle donnât aux autres ce qui leur était nécessaire bien volontiers. Elle a gardé cinq ou six ans de la serge que l’on lui avait donnée pour lui faire un manteau, sans vouloir consentir qu’on le lui fît. Cette serge n’a point été employée, bien que son manteau fût plein de pièces, tout usé et de différentes couleurs, en sorte qu’on a tâché bien des fois de le lui faire quitter.
Il lui fallait faire croire que l’on achetait ses coiffes à la friperie. On réussissait parfois à lui faire mettre quelque chose de neuf sans qu’elle s’en aperçût. Sitôt qu’elle en avait connaissance, elle l’ôtait vitement et témoignait être fâchée de ce qu’on lui avait donné et il fallait bien la prier de le remettre longtemps après.
Elle avait aussi un grand désir que toute la Compagnie se conservât dans cet esprit de pauvreté et frugalité en toutes choses, et elle a toujours bien recommandé
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qu’on l’observât après sa mort comme un moyen pour conserver la Compagnie.
C’était avec grande peine qu’elle se nourrissait autrement que la communauté à cause de ses infirmités. Cela lui donnait bien de la confusion, ainsi que de ne pouvoir pas observer toutes les règles ce dont elle demandait souvent pardon.
Elle avait une confiance admirable en la Providence de Dieu pour toutes choses et principalement pour ce qui regarde la Compagnie nous recommandant de nous y confier, à toutes les conférences qu’elle faisait.
Grande était sa soumission aux volontés de Dieu, comme il a paru en sa dernière maladie. En toutes elle a souffert avec toute la soumission possible ses peines et maux, qui étaient bien violents. De plus, elle a supporté la privation des personnes qui lui étaient les plus chères au monde, sans en témoigner aucune peine, quoique cela lui fût bien sensible
Elle avait une très grande douceur et était d’abord facile.
Elle a eu une conduite admirable pour le bon gouvernement de la Compagnie, comme il paraît, l’ayant laissée en si bon état, tant pour le spirituel que pour le temporel, par sa prudence. Elle rapportait le tout à Dieu, sans la grâce duquel, disait-elle, rien ne se serait fait.
J’ai pris résolution, avec la grâce de Dieu, dès l’instant de sa mort, de travailler à l’imiter en tout ce qui me sera possible, mais principalement en son humilité, sa charité et l’amour de la pauvreté.
Mon Père, j’ai encore écrit quelque chose de sa dernière maladie, mais je crains que cela ne soit trop long.
Notre très honoré Père, recommençant à parler, dit :
Mes chères sœurs, voilà des paroles qui vous font
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bien voir comme elle était faite. Reste maintenant à avoir une mère : mais où la trouvera-t-on ? Car il serait à souhaiter qu’elle fût semblable à celle-là.
La question a été faite, savoir si l’on en chercherait une au dehors, ou si on en prendrait une du corps de votre Compagnie. Dieu a permis, après beaucoup de prières pour cela, que la résolution a été d’en prendre une parmi vous. Voyez laquelle parmi vous est la plus rapportante à celle que vous aviez. Mais, afin qu’il plaise à Dieu vous en donner une bonne, qu’il ait formée lui-même au ciel, comme il avait formé la vôtre, et qu’il lui donne ce qui sera nécessaire pour cela, mes sœurs, vous ferez deux choses.
En premier lieu, il faut beaucoup prier Dieu, mes sœurs. Que toutes les prières que vous ferez soient pour demander cela à Dieu. Les apôtres, voulant élire un autre à la place de Judas, priaient et disaient : "Seigneur, montrez-nous celui que vous avez élu." Or sus, mes chères sœurs, priez donc bien Dieu qu’il vous donne une bonne supérieure.
En second lieu la Compagnie doit travailler en général et en particulier à ce qu’il plaise à Dieu la former de sa main au ciel, oui, former de sa main la Compagnie. Selon cela, chacune doit retrancher de soi, car c’est comme un coup de rasoir, et s’étudier à bien reconnaître les grâces qu’elle a reçues de Dieu et à bien connaître ses défauts. Oui, mes sœurs, il faut que vous retranchiez de vous ce qui déplaît à Dieu. Il résultera de là que vous obtiendrez de Dieu les grâces nécessaires pour celle qu’il vous veut donner.
Une autre chose, mes sœurs, que je vous recommande est de ne point parler de vos affaires au dehors. Le secret, mes sœurs. Notre-Seigneur recommandait toujours à ses apôtres de ne point faire savoir au dehors ce qu’il faisait. "Gardez-vous, disait-il, du levain des pharisiens."
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Vous savez combien l’on vous a toujours recommandé le secret en toutes choses.
Vous direz : "Mais y a-t-il du mal à parler de cela ? Ce n’est pas du mal que nous disons, c’est du bien." Oui, mes sœurs, en soi ce n’est pas du mal que vous dites. Mais, parce que c’est un mystère et qu’il s’agit des affaires de Dieu, il faut garder le secret. Tant que les choses demeurent dans le secret en la Compagnie, le diable ne s’en mêle pas, mais, dès que le monde le sait, le prince du monde le renverse. Donc, mes chères sœurs, tenez vos affaires dans le secret et dites comme l’épouse du Cantique : "Mon secret est à moi" ! O mes sœurs, que c’est une grande chose que le secret !
L’on vous pourra dire : "Eh bien ! ma sœur, vous avez été à Saint-Lazare ; qu’avez-vous fait ?" Vous pourrez répondre simplement : "L’on s’est entretenu des vertus de défunte Mademoiselle Le Gras, comme l’on a accoutumé à faire de nos sœurs." Mais l’on passera plus outre : "Ne parle-t-on point de faire une supérieure ?" Dites : "Nous ne nous mettons point en peine de cela."
O mes sœurs, si vous vous occupez bien dans le secret, tout ira bien. Vous vous entretiendrez demain de cela dans l’oraison. Et pource que l’on a fait pour quelques sœurs plusieurs conférences, une ne suffisant pas, ainsi, mes sœurs, nous en ferons encore une sur le même sujet, et l’on vous fera avertir.
Cependant je vous prie de bien prier Dieu et faire prier, sans dire pourquoi, mais pour une affaire d’importance.
Voilà, mes sœurs, ce que j’avais à vous dire de votre chère Mère et cependant priez Dieu qu’il vous en donne une bonne, qui soit semblable à elle.
Une sœur dit :
Mon Père, nous n’avions pas pensé que l’on dût parler de feu Monsieur Portail ; mais, comme vous avez dit
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que l’on en pourrait dire quelque chose, j’ai remarqué une grande charité en lui pour toutes nos sœurs. Il ne craignait pas d’aller jusqu’à La Chapelle, pour confesser une sœur, en plein hiver et dans la boue et il dis lit que Notre-Seigneur avait bien pris de la peine pour la Samaritaine seule.
Il avait aussi une grande humilité et un grand zèle pour le salut des âmes, jusques à pleurer en voyant quelqu’une perdre sa vocation.
— Dieu vous bénisse, ma sœur, et soit à jamais béni ! Or sus, il se faut retirer.
Je prie Notre-Seigneur, quoiqu’indigne et misérable pécheur, qu’il vous donne sa sainte bénédiction, par les mérites de la bénédiction qu’il donna à ses apôtres, se séparant d’eux, qu’il vous détache de toutes les choses de la terre et vous attache à celles du ciel.
Benedictio Domini Nostri…
Sub tuum praesidium…
119. — CONFéRENCE DU 24 JUILLET 1660
SUR LES VERTUS DE LOUISE DE MARILLAC
Monsieur notre très honore Père, après avoir récité le Veni Sancte dit :
Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est de feu Mademoiselle Le Gras, votre chère Mère, comme vous l’avez vue et eue parmi vous. Vous êtes obligées de suivre ses exemples ; si vous désirez être bonnes Filles de la Charité, vous êtes obligées de jeter les yeux sur ses vertus. Ah ! mon Dieu ! à quoi sommes-nous obligés ! Nous avons vu ce beau tableau devant nous ; il est maintenant là-haut. Il reste maintenant à faire un modèle ; et pour le faire, il en faut prendre
Entretien 119. — Recueil écrit de la main de sœur Marguerite Chétif, p. 635 et suiv. (Arch. des Filles de la Charité.)
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connaissance. Et pource que Dieu a inspiré à la Compagnie de s’entretenir des vertus des sœurs défuntes, comme l’on a fait jusques à présent avec si grande bénédiction qu’après les entretiens vous êtes restées tout édifiées de voir des filles à qui Dieu a fait tant de grâces, leur donnant une si grande humilité, charité, don d’oraison et tant d’autres vertus, et que vous avez eu sujet de louer des exemples qu’elles vous ont laissés et que vous devez imiter ; cela étant, à combien plus forte raison devons-nous jeter les yeux sur celle qui est votre mère, parce qu’elle vous a engendrées ! Vous ne vous êtes pas faites, mes sœurs, c’est elle qui vous a faites et engendrées en Notre-Seigneur.
Le premier point de cet entretien, mes sœurs, est des raisons que nous avons de nous entretenir des vertus de nos sœurs qui sont ailées à Dieu et particulièrement de Mademoiselle Le Gras, votre chère Mère ; le deuxième point, des vertus que vous avez remarquées en elles ; le troisième point, de la vertu que vous vous êtes proposé d’imiter.
Nous ne parlerons pas aujourd’hui du premier point ; cela serait trop long. Dieu nous fasse la grâce de bien faire cet entretien !
Puis Monsieur notre très honoré Père, commençant à interroger une sœur, dit :
Ma sœur, dites-nous, je vous prie, quelles vertus avez-vous remarquées ?
— Mon Père, Mademoiselle Le Gras avait une grande présence de Dieu en toutes ses actions et elle élevait toujours son esprit à Dieu avant que de donner un avertissement à une sœur. Elle voulait bien savoir les choses au vrai avant que d’avertir quelqu’une. Et au lieu d’exagérer les choses, elle excusait toujours celle de qui l’on parlait.
— Vous dites vrai, ma fille, elle faisait cela excellemment bien.
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Elle excusait toujours ; ce qui est une grande leçon et à vous et à moi de ne point exagérer jamais, mais d’excuser toujours notre prochain.
— Mon Père, elle faisait voir que c’était par charité qu’elle nous reprenait de nos fautes, se jugeant elle-même coupable du mal que la Compagnie faisait. Elle disait souvent que c’étaient ses péchés qui en étaient la cause.
— Dieu vous bénisse ma fille ! Et vous, ma sœur ?
— Mon Père, j’ai remarqué en feu Mademoiselle Le Gras une grande humilité et l’ai vue, un jour du vendredi saint, baiser les pieds de toutes les sœurs avec de grands sentiments d’humilité et laver la vaisselle.
S’il lui arrivait de reprendre une sœur aigrement, elle lui faisait voir que c’était pour son bien qu’elle en usait de la sorte.
Elle nous enseignait aussi de nous beaucoup supporter l’une l’autre et nous montrait elle-même l’exemple en nous supportant avec grande charité.
— Et vous, ma sœur ?
— Mon Père, j’ai remarqué en ses lettres un style de grande humilité. Alors que bien des fois j’aurais mérité d’être reprise, elle prenait la faute sur elle et parlait avec grande douceur. Elle avait aussi beaucoup de compassion pour les infirmes.
Elle avait toujours l’esprit occupé de Dieu, comme il a été déjà
Elle avait grande charité pour les sœurs et avait peur de les fâcher. Elle faisait son possible pour ne mécontenter personne et excusait toujours les absentes. Cela n’empêchait pas qu’elle ne reprît des fautes, mais c’était toujours avec grande adresse et douceur.
Elle recommandait toujours que l’on eût bien soin des pauvres et tenait pour fait à elle-même le service qu’on leur rendait. Elle conseillait souvent par ses lettres d’observer
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les règles et de vivre en grande union l’une avec l’autre.
— Et vous, ma fille ?
— J’ai remarqué, mon Père, que tout ce que nos sœurs ont dit est très vrai. De plus, elle avait une patience de sainte, une grande charité, une humilité admirable. Un jour que j’allais avec elle et que, sans m’en apercevoir, je marchais devant, sitôt que je le remarquai, je lui témoignai en être fâchée. Elle me dit : "Hélas ! ma sœur, je suis bien plus méchante que vous."
— Et vous, ma sœur ?
— J’ai remarqué une grande humilité en toutes ses paroles. Elle disait souvent que c’était elle qui était cause de toutes les fautes de la Compagnie. Un jour, elle se trouva obligée de parler à un ecclésiastique un peu rudement. Néanmoins, elle en eut tant de peine qu’elle lui en demanda pardon à genoux, les larmes aux yeux, avant que de sortir.
Elle disait que ses infirmités étaient causées par ses péchés.
Sitôt qu’elle était seule, elle était toujours en oraison. Aussitôt qu’on l’abordait, elle avait un visage gai et ne témoignait jamais qu’elle se trouvât importunée, quoiqu’il fallût quitter ses prières. Quelquefois un grand nombre de sœurs lui parlait en même temps de différentes affaires. Elle répondait à toutes avec une grande tranquillité d’esprit, sans les presser de la laisser en repos.
Quoique quelquefois elle fût bien mal, elle n’en tenait aucun compte. Souvent elle était fatiguée de trop parler ; mais elle ne voulait pas que les sœurs s’en retournassent avec quelque peine, faute de l’avoir entretenue, encore bien qu’elle fût malade. Si elle ne leur pouvait parler, elle leur montrait un visage plein de bon accueil et d’affection. toujours, dans ses maladies, elle faisait paraître un visage gai et content.
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Elle avait une grande tendresse et dévotion à la sainte communion ; elle y versait tant de larmes que quelquefois la nappe en était toute mouillée.
Je lui ai ouï dire qu’elle aimait beaucoup toutes nos sœurs et qu’elle désirait que nous fussions toutes parfaites comme notre patron Jésus-Christ.
Elle a fait quelquefois pénitence pour les fautes de nos sœurs.
Elle avait une grande charité pour les pauvres. Un jour, elle nous vint voir, comme nous étions malades, deux ou trois sœurs, à Bicêtre. Quand nous l’eûmes vue, il nous semblait que nous étions guéries. Nous lui dîmes qu’elle nous avait guéries ; elle dit que c’était Dieu.
Un jour, dans sa dernière maladie, je lui demandai ce qu’elle demanderait à Dieu pour moi et pour toutes nos sœurs. Elle me dit qu’elle le priait de nous faire la grâce de vivre en vraies Filles de la Charité dans une grande union et charité, ainsi qu’il désire de nous, et que celles qui feraient cela auraient grande récompense, et celles qui ne le feraient pas… Elle n’acheva point. Elle me dit bien d’autres choses ; mais, comme je ne suis pas dans la pratique, je ne le puis dire. J’en demande, mon Père, très humblement pardon à Dieu.