Entretiens aux Filles de la Charité (page 17)
O mes filles, il importe que toutes les sœurs soient exactes en cette pratique de l’oraison, comme aussi en tous les autres actes de vos règles, pour être uniformes, et que, dans le temps où les sœurs prient à la maison, celles de Saint-Paul, Saint-Jacques, Saint-Jean, Sedan,
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Angers et de tous les autres lieux prient aussi. Il en découlera beaucoup de grâces et de bénédictions sur votre petite Compagnie. Si une sœur était nécessairement empêchée près d’un malade ou ailleurs, par charité ou obéissance, elle pourrait néanmoins en esprit et volonté s’unir à ses sœurs. Tant que vous agirez ainsi, mes filles, vous serez assurées que Dieu sera content de vous. Cette uniformité lui est si agréable, qu’il l’a inspirée pour le bien et la conduite de l’église universelle. Allez par toute la chrétienté, vous trouverez toujours la messe célébrée d’une même sorte avec les mêmes paroles, le même Pater. Allez au Levant, aux lieux éloignés, aux antipodes, ce sont toujours les mêmes prières ; et c’est en cela particulièrement que l’on reconnaît les véritables chrétiens. S’il en est ainsi de la sainte église, il n’est pas étonnant que toutes les Compagnies en usent de même. Allez en toutes les maisons des Capucins, vous verrez que partout ils disent l’office de la même manière. Même remarque pour les autres Ordres. Si vous ne les imitiez, il serait à craindre que les dérèglements ne dissipassent bientôt votre Compagnie. Prenez-y bien garde, mes filles ; ce vous serait un grand malheur et à vous et à celles que Dieu appellerait à son service par votre bon exemple, si vous le donniez. Dieu vous préserve, par sa bonté, de causer une si grande perte à nos pauvres chers maîtres ! Ce n’est pas, mes sœurs, que Dieu ne leur suscitât, à votre place, de meilleures servantes. Oh ! n’en doutez pas ; mais que ne perdriez-vous pas pour l’éternité ! Oh ! Dieu soit béni de ce que vous paraissez toutes dans la volonté d’être fidèles à Dieu et reconnaissantes des grâces qu’il vous a faites de vous appeler à son saint service !
Je fus grandement consolé d’entendre une de nos sœurs dire, en la dernière conférence, que, quand elle s’endort
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sur une bonne pensée, cette bonne pensée garde le cœur des mauvaises. C’est une bonne coutume, mes sœurs, de s’endormir de cette sorte. Je parlai ces jours-ci avec Mme de Liancourt. Elle me raconta qu’un gentilhomme, M. de Chaudebonne, avait pris l’habitude, par dévotion, de s’endormir toujours les mains jointes. Dieu l’en récompensa par la grâce de mourir en priant. Oh ! il importe beaucoup, mes filles, de prendre de bonnes habitudes.
Votre pratique ordinaire du grand silence, depuis les prières du soir jusques après les prières du lendemain matin, vous doit être aussi en grande vénération. Ne parlez sans nécessité à aucune sœur, de peur d’interrompre le pourparler que son âme a peut-être avec Dieu. O mes filles, ce temps de silence lui est tout consacré ; N.-S. l’a dit : "Je mènerai mon épouse au silence, et là je lui parlerai au cœur" (2). Voyez donc le tort que vous vous feriez les unes aux autres, si vous interrompiez ce sacré entretien. Je vous ai dit en quelqu’autre rencontre que Mme Goussault avait un soin très exact de garder le silence. Si une dame de condition, avec quantité d’affaires et sans aucune obligation, était si exacte, combien, à plus forte raison devez-vous, mes filles, être soigneuses de bien observer vos pratiques, puisque vous vous êtes données à Dieu pour cela et que même Dieu vous a soumises à des règles qui vous y obligent !
Votre règle vous ordonne mes filles, d’apprendre à lire et écrire aux heures destinées pour cela. Je souhaiterais, mes sœurs, que vous eussiez toutes cette connaissance non pas pour être savantes, car cela bien souvent ne fait qu’enfler le cœur et remplir l’esprit d’orgueil mais afin qu’elle vous aidât à mieux servir Dieu.
2. Osée II, 14
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Pensez-vous, mes sœurs, que ceux qui enseignent la philosophie, ou ceux qui l’apprennent, soient pour cela meilleurs chrétiens ? Oh ! ce n’est pas pour cela, c’est pour que vous puissiez écrire vos recettes et dépenses donner de vos nouvelles aux lieux éloignés, montrer aux pauvres petites filles de village. Je suis persuadé que la science ne sert pas, et qu’un théologien, quelque savant qu’il soit, ne trouve aucune aide dans sa science pour faire l’oraison. Dieu se communique plus ordinairement aux simples et aux ignorants de bonne volonté qu’aux plus savants, nous en avons quantité d’exemples. La dévotion et les lumières et tendresses spirituelles sont plus souvent communiquées aux filles et aux femmes vraiment dévotes qu’aux hommes si ce n’est à ceux qui sont simples et humbles. Chez nous les frères rendent quelquefois mieux compte de leur oraison et ont de plus belles conceptions que nous autres prêtres. Et pourquoi cela, mes filles ? Oh ! c’est que Dieu l’a promis et que c’est son bon plaisir de s’entretenir avec les petits. Consolez-vous donc vous qui ne savez pas lire, et pensez que cela ne vous peut empêcher d’aimer Dieu, ni même de bien faire l’oraison. Si quelqu’une avait si grande difficulté à faire l’oraison, qu’elle fût complètement impuissante, elle pourrait demander permission de dire le chapelet. Et selon le conseil qui lui sera donné, elle usera de cette belle dévotion. Notre bienheureux Père disait que, s’il n’avait eu obligation à son office, il n’aurait dit d’autre prière que le chapelet. Il l’a recommandé fort, et lui-même l’a dit trente ans durant, sans y manquer pour obtenir de Dieu la pureté, par celle qu’il a donnée à sa sainte Mère, et aussi pour bien mourir. Donc, mes filles, c’est une très belle dévotion de dire le chapelet, particulièrement aux Filles de la Charité, qui ont tant besoin de l’assistance de Dieu pour avoir cette pureté qui leur
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est si nécessaire. Oh ! bienheureuses les âmes qui se donnent au service de Dieu pour la pureté ! O mes sœurs, vous avez sujet de glorifier Dieu pour la grâce qu’il a mise jusques à présent en votre petite Compagnie en faveur de cette vertu. Celles qui sont déjà trépassées nous la font assez connaître. La pureté de leur vie nous a beaucoup édifiés. Nous parlerons de la dernière défunte en son temps Dieu en soit éternellement béni ! C’est pourquoi, mes filles, je vous exhorte d’avoir toujours une grande dévotion à la Vierge.
Une autre de vos maximes est de ne point perdre de temps. O le salutaire et nécessaire conseil ! On demandait à saint Antoine en son temps le moyen de se sauver, et sa réponse était toujours : "Occupe-toi". Et il le montrait par ses exemples, puisque, hors le temps de ses prières, il travaillait manuellement. Je vous recommande cela mes sœurs. êtes-vous revenues de la visite de vos malades et sans occupation, prenez votre quenouille ou autre ouvrage, et travaillez ; ainsi, mes filles, vous édifierez vos jeunes sœurs, qui, après vous feront le semblable. Et vous devez travailler tant que vous pourrez à vous rendre en tout uniformes, car, mes filles, si quelqu’une aimait la singularité, ce ne serait plus une Fille de la Charité, mais une fille d’orgueil. O mes sœurs, Dieu vous en garde !
Votre manière de vie requiert que vous fassiez tous les ans une petite retraite, c’est-à-dire les exercices spirituels, et cela, mes filles pour reconnaître vos chutes de l’année passée et pour vous relever plus courageusement. C’est un temps de moisson que ces huit jours de silence. Quel bonheur si vous employez bien ce temps que Dieu vous donne pour s’entretenir cœur à cœur avec vous ! C’est alors que s’accomplit la promesse que Notre-Seigneur vous a faite de mener l’âme en solitude. C’est
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pourquoi, mes filles n’y manquez pas, je vous supplie. Là vous apprendrez à être vraies Filles de la Charité vous y apprendrez aussi la manière de bien servir les malades. Vous repasserez dans votre esprit les actions de Notre-Seigneur sur terre verrez qu’il a employé une bonne partie de son temps à servir le prochain et prendrez résolution de l’imiter. Que pensez-vous que faisait Notre-Seigneur ? Il ne se contentait pas de donner la santé aux malades ; il leur enseignait encore la manière de se comporter en santé. Imitez-le.
Une sœur représenta alors :
Mais nous, Monsieur, qui sommes si ignorantes, devons-nous dire quelque chose ?
— O mes filles, en doutez-vous ? Ne craignez pas de demander à Dieu ce qu’il est bon de leur dire, il ne manquera pas de vous l’inspirer. Y a-t-il rien de plus beau ? Comme il est touchant de voir que, non contentes de la peine que vous prenez, vous avez en bouche des paroles qui témoignent que votre cœur est rempli de l’amour de Dieu et que vous voulez le communiquer à ses chers pauvres, nos maîtres ! Oh ! oui, mes filles, faites pour cela tout ce que vous pourrez donnez-vous à Dieu pour le servir en cette manière et ne soyez plus jamais avec un pauvre sans lui donner quelqu’instruction.
Il faut encore, mes filles, porter un grand respect aux ordres que Messieurs les médecins vous donnent pour le traitement de vos malades, et prendre garde de manquer à pas une de leurs ordonnances, tant pour les heures, que pour les doses des drogues, car quelquefois il y va de la vie. Soyez encore soigneuses de retenir la manière dont les médecins traitent les malades ès villes où il y en a, afin que, quand vous serez aux villages, vous vous en serviez, savoir en quel cas vous devez saigner, quand vous devez souvent réitérer la saignée, quelle quantité
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de sang vous devez tirer chaque fois, quand la saignée du pied, quand les ventouses, quand les médecines, et celles qui sont propres à la diversité des malades que vous pouvez rencontrer. Tout cela est bien nécessaire et vous ferez beaucoup de bien quand vous serez bien instruites dé tout. Il est bon que vous fassiez de petites conférences sur ce sujet.
Une sœur dit que cela se faisait parfois en manière de catéchisme
Vous devez vous présenter au moins tous les mois à la directrice pour lui rendre compte de votre conduite. O mes filles, que c’est une sainte coutume en votre Compagnie ! N’y manquez pas. Mais que votre communication soit sincère et cordiale. Parlez-y non seulement de vos manquements, mais encore du bien que vous faites, par la grâce de Dieu, et cela pour l’épurer. Si vous omettez de vous communiquer à elle, vous vous mettez en danger de donner lieu à la tentation ; car, voyez-vous, mes filles, Dieu dit au juste de bien faire le bien qu’il fait. Ce n’est pas assez de porter les médecines, la nourriture et même d’instruire les malades, si vous ne joignez à cela la vertu que Dieu demande de vous, et l’intention qu’il veut que vous ayez en ces bonnes œuvres. La communication avec votre directrice vous aidera beaucoup à l’un et à l’autre, car Dieu donne bénédiction à la soumission et humilité qui vous fait parler pour l’amour de lui. Allez-vous visiter un malade, que ce soit en union avec Notre-Seigneur et pour l’imiter. Par là, mes filles, vous mériterez plus que par de grandes pénitences. C’est tout que l’intention. Une action de petite valeur est relevée par l’intention droite et bonne, et devient grande devant Dieu. Si vous ne le pouvez pour chacune de vos actions, au moins de temps en temps renouvelez vos intentions.
Vous avez encore la coutume de ne sortir jamais sans
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permission. Quand vous êtes dehors, gardez-vous bien d’aller autre part qu’au lieu où il vous est permis d’aller. Dès que vous êtes de retour, ne manquez pas de vous présenter à la directrice, ou à celle qui la représente, pour lui rendre compte de ce que vous avez fait dehors.
O mes filles, tant que vous resterez dans l’obéissance, qui est votre cloître, vous serez en sûreté ; si vous en sortez, craignez dès lors et croyez que vous êtes en danger.
Une sœur demanda si elle faisait bien de prier sa sœur de la reprendre de ses fautes.
Après y avoir pensé à son ordinaire, Monsieur Vincent répondit :
Mes filles, quand vous verrez qu’une sœur trouve bon que vous la repreniez, faites-lui la charité de l’avertir avec douceur et cordialité mais, si vous vous apercevez qu’elle s’en lasse et qu’elle le trouvé mauvais, oh ! ne la reprenez pas. La bonne volonté que vous avez eue pour la servir en son besoin, ayez-la encore pour ne la pas contrister. Celle qui ne serait pas docile et ne trouverait pas bon qu’on l’avertît de ses défauts, doit avoir grand sujet de craindre et se défier beaucoup d’elle-même. C’est pourquoi, mes filles, je vous prie de vous donner à Dieu pour agréer les avertissements que l’on vous donnera de quelque part qu’ils viennent ; autrement, il est à présupposer qu’il y a en notre esprit quelque orgueil caché, quelque aversion et répugnance de la nature. Et, mes filles, pourquoi seriez-vous fâchées que l’on vous reprît ? Saint Pierre a trouvé bon que saint Paul le reprît, encore qu’il sût bien que Notre-Seigneur l’avait établi chef de son église. Usez-en de la sorte, mes filles ; quand une sœur accepte que vous l’avertissiez faites-lui la charité. M. de Genève recommandait tant cela à ses chères filles de la Visitation, non seulement de trouver bon qu’on les reprît, mais encore de témoigner joie
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d’être reprises ! Il va même plus loin, car il conseille, après avoir remercié celle qui avertit, de s’accuser à elle d’une faute dont elle ne s’est pas aperçue par exemple, une sœur est reprise de s’être tenue de côté à l’église et avec irrévérence ; qu’elle réponde : u O ma sœur, je vous remercie ; Dieu a permis que vous ayez eu connaissance de cette faute, mais si vous aviez vu mon intérieur, oh ! c’était bien pis, par les divagations de mon esprit." Je vous assure, mes sœurs, que, si vous en usiez de la sorte, vous avanceriez beaucoup.
Mes sœurs, je prie Notre-Seigneur, auteur de toute règle, de vous faire la grâce d’observer bien exactement ces règles qu’il a plu à sa bonté vous donner pour votre manière de vie, à ce qu’étant dans cette pratique comme dans un navire, vous puissiez arriver sûrement au ciel, où vous recevrez le salaire de votre travail. Et pour cela je prie Dieu vous donner sa sainte bénédiction, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
22. — CONFéRENCE DONNéE ENTRE 1634 ET 1646 (1)
SUR LA RéCONCILIATION
Essayez de vous excuser les unes les autres. Dites : "Cette bonne sœur m’a dit cela ; assurément elle n’y pensait pas, on sait qu’elle a été surprise", et non : "C’est une fille de mauvaise humeur, on ne saurait être bien avec elle ; je me garderai bien de lui jamais faire aucune soumission ; c’est une glorieuse." Oh ! non, mes bonnes sœurs, si vous ne pouvez recevoir un rebut, il y a sujet de croire que votre action n’est pas pour l’amour de
Entretien 22 — Arch. des Filles de la Charité ; l’original est de l’écriture de Louise de Marillac. Le début manque.
1. Dates extrêmes des conférences écrites par Louise de Marillac.
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Dieu. Pensez plutôt que cette personne, qui vous semble de difficile accord, sera peut-être un jour bien au-dessus de vous au Ciel, qu’elle est l’image de Dieu ; et de plus, mes chères sœurs, honorez le support que le Fils de Dieu a eu des créatures, qui sont si au-dessous de lui. N’est-il pas vrai, mes filles, que vous avez bien manqué à ce support les unes des autres et que souvent, faute de ce support, vous vous êtes fâchées ?
Toutes ont reconnu cette faute et l’ont avouée
Eh bien ! mes bonnes sœurs, ne promettez-vous pas à l’avenir moyennant la grâce de Dieu, de vous corriger ? Toutes ont témoigné le désirer.
Pour la réconciliation que vous vous êtes proposé de faire après avoir eu le malheur de vous fâcher les unes les autres ô mes filles que c’est un grand moyen de vous perfectionner ! C’est une chose bien nécessaire, et Notre-Seigneur l’ordonne, disant : "Que le soleil ne se couche pas sur votre courroux" (2) et : "Si votre présent est sur l’autel et que vous vous souveniez d’avoir quelque différend avec votre prochain, allez premièrement vous réconcilier avec votre prochain avant que de l’offrir. (3). Vous voyez donc, mes filles, que Dieu ne peut agréer du tout ce que vous ferez, si vous êtes mal avec le prochain. C’est pourquoi, sitôt que vous vous apercevez avoir mécontenté l’une de vos sœurs, jetez-vous à ses pieds et lui en demandez pardon disant : "Ma chère sœur, je vous prie de me pardonner, je me suis laissée emporter à la passion, et suis si misérable que de vous avoir fâchée." J’en use de la sorte, mes chères sœurs. Je ne pourrais pas vivre si je pensais avoir mécontenté quelqu’un sans m’être réconcilié.
2. Saint Paul aux Ephésiens IV 26 ;
3. Saint Matthieu, V, 23-24
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Une sœur représenta à M. Vincent que la réconciliation se faisait deux ou trois fois la semaine. Il répondit :
C’est fort bien, mais ce serait mieux à l’heure où la faute est faite. Ne vous semble-t-il pas, mes chères sœurs, que l’union est nécessaire entre celles qui la procurent aux personnes éloignées, et que celles qui ont l’honneur de porter ce beau nom de Filles de Charité, qui veut dire filles de Dieu, Dieu en elles et elles en Dieu, ne se doivent pas souffrir un moment dans un état de discorde qui les ôte de leur centre, qui est Dieu ?
Il fut demandé à M. Vincent ce qu’il fallait faire quand une sœur ne voulait pas recevoir l’humiliation de sa sœur, lui répondait quelque parole de mépris, ou ne la voulait pas écouter. Il répondit :
O mes filles, si cela arrivait, ce que Dieu ne veuille permettre ! alors, mes sœurs que celle qui est repoussée ait compassion de sa sœur, prie pour elle, ne se rebute pas et l’embrasse encore une fois, car voyez-vous, mes chères sœurs, elle ne vous aura peut-être pas quittée qu’elle regrettera son acte. Sa faute est grande, plus grande que la faute qui l’a fâchée, car elle s’éloigne de Dieu et afflige le cœur de sa sœur. Cela est-il arrivé, mes chères sœurs ?
Plusieurs sœurs avouèrent cette faute et promirent, moyennant la grâce de Dieu, de n’y plus retomber.
Et pour l’avertissement des fautes, mes chères sœurs, comment vous y comportez-vous ? N’est-ce point quelquefois par passion, par promptitude et rudement ? O mes sœurs, c’est à quoi il faut bien prendre garde, puisque notre intention, en avertissant notre prochain, est que cela lui serve. Avertissons pour l’amour de Dieu, ce qui ne serait pas si nous nous conduisions par la passion. La correction mes chères sœurs, ne se doit pas
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faire pour de petites choses ; car ce serait à toute heure à recommencer ; et le support que nous nous devons les uns aux autres doit nous empêcher d’y arrêter notre esprit. Avertissez, non en présence d’une autre, mais bien en particulier, et dites par exemple : "Ma sœur, je vous prie de ne pas trouver mauvais que je vous avertisse de telle et telle chose. Je suis assez misérable pour faire encore pis ; aussi je vous supplie d’avoir la charité de m’avertir lorsque je manquerai." Ces avertissements se doivent faire des fautes contre la règle, quand ces fautes sont suivies de mauvais exemple, et vous y serez fidèles, car nous sommes chargés des âmes les uns des autres, en sorte que Dieu nous en demandera compte. C’est cette pratique qui a porté l’église à donner, au saint baptême, un parrain et une marraine.
J’ai été grandement édifié un de ces jours. Un homme vint chez nous demander la mission en un village où il avait un filleul et me dit : "Monsieur, je ne vous la demande que pour le salut dé l’âme de mon filleul, espérant que, par ce moyen, Dieu le touchera et le changera." N’est-il pas vrai, mes bonnes sœurs, que vous avez négligé cette pratique si importante pour l’avancement de vos âmes ?
Toutes reconnurent cette vérité et avouèrent que souvent elles avaient repris plus par promptitude et habitude de vouloir corriger, que par pur amour de Dieu ; elles ont résolu, moyennant sa grâce, d’y prendre garde dorénavant.
— Je vous en supplie, mes très chères sœurs, pour l’amour de Dieu, quand vous voudrez avertir une compagne de quelque faute, recommandez à Dieu ce que vous avez à dire et, si la chose le mérite, faites oraison sur ce sujet. Dieu bénira l’avertissement que vous donnerez de cette manière, et votre sœur en profitera.
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Une autre chose de grande importance, mes bonnes sœurs, c’est la manière dont les nouvelles venues doivent se comporter vers les anciennes, et les anciennes vers les nouvelles Il faut que les nouvelles venues honorent l’enfance de Notre-Seigneur, qu’elles soient respectueuses des anciennes, les honorent, comme appelées de Dieu avant elles à son service et au service du prochain, leur aient une grande déférence et reçoivent bien humblement leurs avertissements Le Fils de Dieu, quoique plus savant en toute chose que saint Joseph et la Vierge, et bien que tout honneur lui fût dû, ne laissait pas néanmoins de leur être sujet et de servir dans la maison aux offices les plus abjects, et il est dit de lui qu’il croissait en âge et en science. O mes filles, que cet exemple vous doit être un puissant motif pour vous rendre douces, humbles et soumises, et pour ne pas murmurer quand quelque sœur vous avertira de quelque défaut !
23. — CONFéRENCE DU 22 JANVIER 1646
SUR LA SAINTE COMMUNION
Le premier point est des raisons que nous avons de nous disposer à bien faire nos communions ; le deuxième, des moyens de s’y bien préparer ; et le troisième, des marques que nous pouvons avoir pour connaître Si nous les faisons bien.
étaient assemblées, non seulement les sœurs demeurant à la ville mais aussi sept ou huit des villages, auxquelles la divine Providence semblait avoir inspiré la pensée de venir, sans avoir été prévenues pour entendre
Entretien 23. - Manuscrit SV 9 p. 75 v° et suiv. Nous savons par le manuscrit SV 8 que Louise de Marillac a écrit cette conférence de sa main.
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les charitables avertissements de notre cher et bon Père sur un sujet si important.
Après avoir fait la lecture des susdits points, sa charité, s’adressant à une sœur, lui dit :
Ma sœur, dites-nous, qu’avez-vous pensé sur le premier point ? Pour quelles raisons devez-vous vous préparer à bien faire vos communions ?
La bonne sœur, qui n’était pas des plus intelligentes, répondit que c’était un grand bien de bien communier et que nous pouvions connaître avoir bien communié quand nous nous sentions satisfaites.
Et notre très cher Père, selon sa charité ordinaire, qui ne voulait pas donner de la confusion à qui que ce soit, ajouta :
Voyez-vous, mes sœurs, notre sœur veut dire que, quand nous avons communié et que notre conscience ne nous reproche aucune attache au péché et aucun désir de le cacher en confession, ce nous est une marque que notre communion a été bien faite. O mes sœurs, ce peut bien être une marque ; mais elle n’est pas toujours assurée, car il y a des âmes endurcies au péché qui jamais n’en sentent de remords. Dieu vous garde de ce malheur ! Si cela arrivait, mes chères sœurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait en avoir grand regret, faire résolution de réparer cette faute et se bien préparer pour la communion qui suivra.
Et vous, ma sœur, dites-nous, je vous prie, pour quelles raisons devons-nous nous bien préparer à la sainte communion ?
— Monsieur, il me semble que, outre que nous faisons un sacrilège en communiant mal, nous recevons Notre-Seigneur à notre condamnation. Une des marques que nous n’avons pas bien communié, c’est que nous ne nous corrigeons pas de nos imperfections. Un moyen
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de bien communier, c’est d’être bien exactes à nous y bien préparer par une bonne confession.
— Et vous, ma sœur, dites-nous vos pensées sur le sujet de cette conférence.
— Monsieur, il me semble qu’il est de grande importance de bien communier, que l’on peut faire un grand sacrilège et qu’en communiant mal on ajoute un nouveau péché à ceux que l’on aurait déjà.
— Et de quels moyens se faut-il servir, ma sœur, pour faire une bonne communion ?
— Il me semble mon Père, que le principal moyen est de faire une confession entière et d’avoir un grand désir de la sainte communion.
Une autre sœur dit :
Mon Père, nous avons plusieurs raisons de désirer vivement de communier le plus dignement que nous pourrons. L’une est l’excellence de ce mystère, lequel, compris seulement en la manière que nous le pouvons, mériterait que nous employassions toutes nos pensées à le désirer, que nous fissions toutes nos actions en la vue qu’elles nous soient autant de préparations et de dispositions à bien communier. Une autre raison est le bien qui nous revient d’une communion bien faite, qui est autrement grand, puisqu’il nous peut faire une même chose avec Dieu. Une raison toute cordiale est le désir que Notre-Seigneur nous a témoigné avoir que nous le recevions dignement, lorsque, par son grand amour, il a institué ce très saint Sacrement, dont il soit béni à jamais ! et qu’il a voulu que la sainte église nous obligeât sous peine de mort.
Une des marques pour connaître si nos communions sont faites selon le dessein de Dieu, c’est quand l’union de notre âme se fait véritablement avec Notre-Seigneur ;
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ce qui nous rend en quelque façon semblables à lui par la pratique des vertus dont il nous a donné l’exemple sur terre, en nous corrigeant de nos défauts. Comme aussi nous devons craindre que nos communions soient mal faites quand nous demeurons, par une négligence volontaire, dans nos mauvaises habitudes et inclinations. Si nous étions si malheureux qu’elles nous portassent au péché mortel, ce serait une grande marque que nous aurions mal communié et à notre condamnation. Et s’il arrivait à une bonne âme qu’elle s’aperçût ou doutât de n’avoir pas fait une bonne communion, elle aurait la syndérèse et se dirait à elle-même : "Quoi ! misérable ! tu as été si téméraire que de t’approcher de ton Seigneur avec un tel péché !" Et après en avoir eu regret, elle promettrait à Dieu pour l’avenir de se mieux préparer. Mais, si c’était une mauvaise âme, une âme endurcie, elle ne tiendrait aucun de ces avertissements intérieurs, s’endurcirait davantage et viendrait à un tel point qu’elle ferait communion sur communion sans profit. Et cette âme serait en pauvre état. O mes filles, craignons cette disposition dont Dieu nous garde par sa divine miséricorde !
Pour nous préserver tomber dans ce crime, j’ai pensé qu’il serait bon d’exciter en moi un grand désir de la sainte communion, de faire en sorte que ce désir soit toujours comme un désir nouveau, semblable à celui que j’aurais si je n’avais pas communié depuis longtemps, et de n’avoir d’autre but en ce désir que l’union à Notre-Seigneur.
Un autre moyen, c’est de me disposer à faire une bonne confession, humble, entière et pleine de confiance, avec application à la grâce que nous recevons de Jésus crucifié ; c’est encore d’être bien reconnaissante de la grâce amoureuse que Notre-Seigneur nous fait, nous