Entretiens aux Filles de la Charité (page 22)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

7° S’il arrive que les pauvres ne soient pas servis à l’heure, ou n’aient pas quelque médicament, n’en point imputer la faute à notre sœur, mais tâcher de l’excuser ; et si quelque dame en a du mécontentement, faire tout de même.

8° Si nous avons un peu d’amour de Dieu, il nous sera facile de supporter les imperfections de notre prochain ; et si nous avons désir d’avancer dans la vertu, nous serons bien aises que ces petites occasions nous arrivent, afin de travailler à notre perfection.

9° Quand on parlera d’une sœur, nous essayerons de l’excuser en disant que c’est par surprise, et que, si Dieu ne nous arrêtait toutes, nous ferions bien d’autres fautes.

10° Penser qu’en nous justifiant au préjudice de nos sœurs, nous déguisons souvent les choses pour les rendre plus à notre avantage, et par conséquent offensons la vérité.

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11° Si nos sœurs s’échappent à dire quelque parole par promptitude, au lieu de juger qu’elles ont mal fait, nous devons jeter les yeux sur nous-mêmes et voir si ce n’est pas à cause de nous qu’elles ont failli, si nous n’aurions point fait pis qu’elles, si elles nous auraient traitées en la manière et avec la rudesse que nous les traitons, et par ces réflexions tacher de les excuser toujours en nous-mêmes. Si nous ne le pouvons vis-à-vis de ceux qui ont vu leurs fautes, il est bon de justifier leur intention.

12° Penser que, si nous supportons nos sœurs en cachant leurs fautes ou les excusant, Dieu permettra qu’elles nous rendent pareille charité, et il y a lieu de reconnaître que nous en avons chacune très grand besoin.

13° Tâcher d’oublier les fautes des autres, et, pour y réussir, les excuses et croire qu’elles ont agi par mégarde et sans aucune mauvaise volonté.

14° S’il nous arrive de montrer au prochain que nous sommes offensées de ce qu’il a dit ou fait, lui en demander pardon au plus tôt et lui témoigner n’avoir aucun ressentiment.

15° Quand la faute d’une sœur paraîtra au dehors, soit aux dames ou au médecin, la cacher, si nous le pouvons sans mentir, sinon, nous tenir pour obligées de l’excuser et d’essayer de réparer la faute, sans qu’elle paraisse. Puisque nous ne sommes qu’un corps, il faut qu’un des membres satisfasse et répare ce que l’autre a gâté, mais cela sans le faire connaître, si nous le pouvons, pas même à la sœur, à moins que cela doive servir une autre fois.

16° Pour nous engager à taire les fautes de notre sœur, nous devons penser que les dire, c’est lui donner la mort.

Notre vénérable Père insista sur cette remarque :

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O ma fille, que vous dites bien sans le savoir ! car il est très vrai que ceux qui ôtent l’honneur à quelqu’un le tuent. Les jurisconsultes mettent deux sortes de vies en nous ; la vie du corps et la vie civile qui est la bonne renommée. La Fille de la Charité qui déchire sa sœur lui ôte cette bonne renommée ; elle lui ôte cette grâce qu’elle avait chez ceux qui la connaissaient ; elle la fait mourir dans leur estime. Ils n’en font plus de cas, comme on ne fait plus de cas d’un homme que la justice condamne à la mort civile, qui est le bannissement ; il n’a plus d’honneur. De même, une personne de qui on médit n’a plus d’honneur dans l’opinion de ceux à qui on en parle.

On voit une bonne Fille de la Charité qui a grand soin pour les pauvres, fait son affaire à point nommé, contente bien les dames. Tout le monde en est édifié, et vous allez dire : "Elle est de si mauvaise humeur ! On ne peut vivre avec elle, elle n’est pas tout ce qu’elle paraît." Vous la tuez, vous lui ôtez la réputation par laquelle elle vivait dans l’estime de ces gens. C’est pourquoi notre sœur a fort bien dit, et elle ne savait pas pourtant ce qu’elle voulait dire.

Réfléchissez là-dessus, quand vous vous verrez d’humeur à parler en mauvaise part, pensez en vous-mêmes : "Je m’en vais dire cela, qu’ils ne savent point, je satisferai à ma passion, mais aussi je vais tuer ma sœur, je lui vais ôter l’honneur, et désormais elle n’aura plus de réputation." Oh ! je ne pense pas, mes filles, que, si vous faites ces réflexions-là, vous passiez jamais outre. Ma fille, vous avez de grandes raisons de dire que publier les défauts de quelqu’un, c’est tuer, et vous ne pensiez point pourtant ce que cela voulait dire. Oh bien ! in nomine Domini !

Le troisième point est des biens qui nous arriveront à

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chacune en particulier et à la Compagnie en général, si nous sommes fidèles à la pratique de la vertu de support, c’est-à-dire si nous cachons et excusons les fautes de nos sœurs pour nous accuser plutôt nous-mêmes.

Sur quoi il a été dit que :

1° C’est un moyen d’acquérir l’humilité, par laquelle nous attirerons les grâces de Dieu sur notre Communauté, serons de bon exemple au prochain et ferons que nos sœurs estimeront leur vocation, voyant que l’on se supporte les unes les autres et que l’on se donne plutôt tort à soi-même qu’à sa sœur.

2° Par le support que nous aurons l’une de l’autre, Dieu sera glorifié, parce que cela empêchera l’envie de naître entre nous, par laquelle il est souvent offensé.

3° Nous sommes tenues dans le mépris de nous-mêmes, parce que, quand nous verrons quelque faute en nos sœurs, nous nous humilierons, reconnaissant que, sans la grâce de Dieu, nous serions bien pires.

4° Notre prochain en sera édifié ; nous ferons nos exercices avec plus de sentiment de la présence de Dieu, plus de gaieté, une intention plus pure et nous nous aimerons davantage les unes les autres.

5° Il s’ensuivra en général une grande union, concorde, paix et amitié, et en particulier une grande tranquillité d’esprit, nécessaire pour acquérir la persévérance.

6° La paix naîtra dans notre Compagnie de ce réciproque support de nos sœurs envers nous. Nous mortifierons les passions de notre cœur qui voudraient s’élever contre cette vertu ; nous deviendrons plus modérées en nos paroles ; nous insinuerons cette pratique par nos exemples en l’esprit des nouvelles venues, qui ne la savent peut-être pas ; et quand nous y serons fidèles, notre Compagnie sera alors vraiment de la Charité.

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7° Par la pratique de cette vertu en tout le corps Dieu sera glorifié, parce que nous honorerons par ce moyen les enseignements et les pratiques de son Fils sur terre.

8° Le mérite de pareilles vertus pratiquées par Notre-Seigneur se répandra sur les nôtres, si nous les faisons pour son amour.

9° Si nous entrons dans cette pratique de support et excuse de nos sœurs, nous ne ferons qu’un corps et un même esprit, et par là nous aurons bien plus de pouvoir d’attirer les grâces de Dieu dont nous avons besoin pour l’affermissement et durée de notre emploi au service de Dieu et des pauvres.

10° La pratique de cette vertu tiendra toujours notre esprit paisible et humble, nous rendra aimables à notre prochain et nous aidera beaucoup à le servir ; et dès ce monde nous pourrons en quelque façon avoir part à la récompense que Notre-Seigneur promet aux pacifiques, car nous pourrons plus facilement nous mettre et tenir en la présence de Dieu.

La plupart de nos sœurs parlèrent en cette conférence et dirent en substance une partie des choses que nous avons mises ici sur les mémoires que plusieurs avaient faits de leur oraison.

Quand elles eurent fini, notre très honoré Père commença à parler à peu près comme il s’ensuit :

Il se fait tard, mes filles, et vous avez si bien conçu l’importance du sujet de cet entretien, qu’il n’est pas nécessaire que je m’arrête beaucoup à vous en parler. Vous avez reconnu vous-mêmes les maux que ces défauts causent, le scandale qu’ils donnent au prochain, l’offense qu’ils font à Dieu, le désordre qu’ils mettent entre vous, combien ils divisent l’union, combien ils troublent la paix et combien ils vous rendent ennuyeuses à vous-mêmes. Sans eux combien seriez-vous heureuses ! Ah ! ce

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serait le paradis, si vous le saviez bien prendre. Où est la charité, là Dieu habite. Le cloître de Dieu, dit un grand personnage, c’est la charité, c’est là que Dieu se plaît, là qu’il loge, là que se trouve son palais de délices, là le séjour ou il prend son plaisir. Soyez charitables, soyez bénignes, ayez l’esprit de support, et Dieu habitera avec vous, vous serez ses cloîtres, vous l’aurez chez vous, vous l’aurez dans vos cœurs.

Or, par sa miséricorde, mes chères filles, il y a sujet d’espérer que vous le voulez et que vous travaillerez de bon cœur pour acquérir cette charité. C’est pourquoi, vu la disposition qui paraît en vous, je ne chercherai pas davantage à vous montrer combien il est utile d’excuser et de cacher les fautes de notre prochain, puisque Dieu lui-même vous a fait connaître suffisamment les avantages qui vous en reviendront à chacune en particulier et à la Compagnie en général. Nous parcourrons seulement en peu de mots les moyens que Dieu nous donne pour travailler à l’aimer ; car, mes filles, il y faut travailler à bon escient.

Le premier moyen, c’est de le demander à Dieu. Oui, mes filles, il le faut demander à Dieu ; mais que ce soit de tout notre cœur ; et maintenant que je vous parle, élevez votre cœur pour le lui demander, et prenez la résolution de ne point laisser passer d’occasion d’excuser votre sœur, de la supporter et de l’aider de tout votre pouvoir, sans vous en servir.

Le second moyen a été dit ; mais, pour que vous le reteniez mieux, j’en reparlerai : c’est de se mette à genoux quand quelque sœur parlera mal d’une autre. Ah ! c’est un grand moyen. Vous ne direz mot ; mais elle verra fort bien ce que vous voulez dire. Elle rentrera en elle-même, concevra à l’heure même le déplaisir de sa faute, et peut-être que, par la grâce de Dieu, elle se

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résoudra à n’y retomber jamais. Vous ferez encore que celles qui l’écoutaient avec plaisir seront touchées par votre exemple et se donneront bien de garde de l’imiter. Vous-même, en vous mettant à genoux, vous humilierez et excuserez en votre cœur celle dont on parlait et celle qui a failli. Vous pourrez dire : "Hélas ! qu’est-ce que de nous ! Cette sœur a tant de bonnes parties, et le démon ne cesse de l’attaquer. Eh ! si Dieu ne me défendait de lui, que serais-je ?" Tenez-vous assurées, mes filles, que ce démon a mainlevée de Dieu pour vous exercer en cela et qu’il ne laissera passer aucune occasion de vous tenter. C’est pourquoi tenez-vous toujours sur vos gardes.

Si c’est vous qui êtes tombée dans la médisance, dans le murmure, ou dans la détraction, oh ! rentrez en vous-même et dites : "Qu’as-tu fait misérable ? Tu t’es laissée aller à l’ennemi, tu as tué ta sœur, tu lui as ôté la réputation, tu as scandalisé les sœurs auxquelles tu l’as dit. Quelle estime auront-elles d’elle à présent !" Et à l’instant, mes filles, pour que l’impression mauvaise donnée par vos paroles n’aille plus loin, et aussi à cause de la charité, qui veut que vous contribuiez à la bonne estime du prochain, à l’instant, dis-je, et sans différer davantage, allez trouver votre sœur, mettez-vous à genou à ses pieds et dites-lui : "Ma sœur, me voici ~ vos pieds pour vous demander pardon. Il m’est arrivé, tant je suis misérable, de dire telle et telle chose de vous ; je vous prie de me le pardonner et de prier Dieu qu’il me soit miséricordieux." Après cela, allez trouver les autres et dites-leur : "Hélas ! priez pour moi ; je suis si misérable que je me suis laissée aller à dire telle chose de ma sœur ! Au nom de Dieu, ne vous en malédifiez pas, mais priez Dieu qu’il me fasse miséricorde."

Le troisième moyen est, quand nous sommes dans une compagnie où l’on parle en mauvaise part d’une sœur,

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de demander à Dieu qu’il touche le cœur de la pauvre sœur qui nous parle, d’aller par esprit dans le ciel et, s’il faut ainsi dire, de contraindre Dieu à lui donner quelque bon mouvement d’aller prendre quelque bonne pensée dans le sein de Jésus-Christ, de prier le Saint-Esprit de lui donner une inspiration convenable à l’état où elle est, et, j’y reviens encore, de se mettre à genoux Si c’est en lieu propre et où personne ne la voit, pourquoi pas ? Mais, si le lieu n’est pas convenable, ou qu’elle n’en ait pas le mouvement, alors qu’elle ne die mot, mais qu’elle élève son esprit et qu’elle demande à Dieu de tout son cœur qu’il touche le cœur de sa sœur. Je ne pense pas qu’il soit à propos de lui rien dire, car peut-être qu’elle n’est pas en humeur d’écouter. Elle vient présentement d’être mécontentée, et peut-être qu’elle s’animerait encore si on lui parlait. Il vaut bien mieux recourir à Dieu, à ce qu’il plaise à sa bonté lui donner les dispositions nécessaires, et par votre silence et votre exemple la bien édifier, car aucune parole n’a tant de pouvoir non, mes sœurs, rien, je vous l’ai déjà dit et je vous le dis encore, de tout ce que nous pouvons dire pour exhorter notre prochain à faire son devoir, n’est si fort que l’exemple ; et tôt ou tard vous en verrez les fruits.

Le bienheureux Jean de Montmirail, qui était un des grands seigneurs de la cour, connétable de France, qui avait défait les Anglais devant Compiègne, dont le fils aîné épousa la fille du roi d’Angleterre l’un des plus grands terriens et des plus puissants du royaume, après avoir longtemps travaillé pour la couronne de France, eut envie de se faire religieux. Il dit au prieur du couvent qu’il avait choisi : "Mon Père, je ferai bien tout ce que vous faites céans, je me lèverai à pareille heure que vous, je mangerai au réfectoire comme vous, et ainsi

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pour le reste. Mais une chose me peine, c’est que je ne saurais nettoyer mes souliers. J’espère bien venir à bout de tout le reste mais, pour cela, je vous avoue ma faiblesse. Donnez ordre qu’on me les nettoie et qu’on me les apporte tous les matins."

Le prieur, qui avait l’esprit de Dieu et prévoyait bien qu’il n’en demeurerait pas là, lui dit : "Oui-da, Monsieur, c’est peu de chose que cela ; j’en donnerai le soin à un frère, qui n’y manquera pas." Ainsi fut fait, et tous les jours on lui portait les souliers dans sa chambre. Comme cela continuait plus longtemps qu’il n’avait pensé, le prieur prit lui-même les souliers du bienheureux, les nettoya et les reporta tous les matins. Le religieux l’entrevit un jour, et, comme il n’en était pas bien assuré, il regarda de plus près et en acquit la certitude. Il commence à rentrer en lui-même. "Comment, misérable ! ton prieur te nettoie tes souliers ; tu veux être religieux, et où en est ta disposition ? Il te faut un valet. Tu ne saurais nettoyer tes souliers, et ton supérieur les nettoie ! " Dans ce sentiment, il se jeta à genoux devant son prieur, le pria de cesser demanda pardon publiquement, fit pénitence particulière pour cela et depuis les nettoya toujours. Vous voyez par cet exemple, mes filles, combien l’exemple a de force.

Mais cette sœur est paresseuse ; elle ne se lève point avec vous ! Eh ! ne lui dites rien. Oh ! mais elle ne fait rien, elle ne balaye point la chambre ! Balayez-la. Si elle ne fait point son lit, faites-le. Toute la besogne qu’elle devrait faire et qu’elle ne fera point faites-la et vous verrez qu’elle ne vous laissera pas faire longtemps. Mais surtout, quand on parlera de quelqu’une, adressez-vous à Dieu sans rien dire et vous verrez qu’elle se taira bientôt, car, s’il n’y avait jamais dés sœurs pour écouter, il n’y en aurait jamais pour se plaindre.

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Un quatrième moyen, j’y reviens encore pour vous le recommander, c’est de n’en point entretenir vos confesseurs. Au nom de Dieu mes filles, ne les entretenez jamais de vos discordes ; portez-leur du respect. En confession, comme je vous ai dit cela ne se peut, et hors la confession c’est médisance. Cachez tant que vous pourrez vos petits différends, sauf à ceux qui en doivent avoir connaissance. Surtout portez en paix le fardeau les unes des autres.

Le cinquième moyen pour empêcher les plaintes et faire que chacun se corrige, c’est, je pense, de ne se point avertir. J’ai déjà dit de ne point avertir celle qui parle mal de quelqu’un je vais plus loin maintenant : n’avertissez jamais. Les Pères jésuites, qui sont des gens sages, s’il y en a au monde, s’entr’avertissaient au commencement de leur Institut, comme ils ne laissaient pas de faire des fautes ils voulurent essayer d’un autre moyen à savoir de ne se point avertir mais seulement, en cas de faute notable, en avertir le supérieur. Ils s’aperçurent qu’il en arrivait de meilleurs effets qu’au temps où ils s’avertissaient et résolurent de ne se plus avertir et ils ne le font point, de sorte que, je pense, si nous prenons cette pratique, infailliblement nous en verrons du profit.

Mais, Monsieur, le moyen ? Cette sœur parle toujours et ne garde point de silence — Gardez-le aux heures et la laissez parler.

Mais elle ne fait rien du tout, j’ai toute la peine et toute la charge ; si je continue, je serai malade. — Continuez, faites tout ce qu’elle devrait faire, et vous verrez qu’elle ne vous le laissera pas faire longtemps.

Elle n’a point fait le lit de la semaine. — Faites-le un mois tout entier, deux mois, s’il est nécessaire, avant la fin du mois, vous verrez de l’amendement. Si pourtant il n’y en avait pas, ne laissez pas de continuer.

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Nous essayerons de ce moyen pendant trois mois je vous en prie, que de trois mois on ne s’avertisse de rien que par exemple, à moins que je vous le die autrement. Dans trois mois nous ferons un autre entretien sur ce sujet, et vous nous direz le fruit obtenu. Que durant ces bois mois on ait soin de faire ses examens là-dessus avant de dîner et de souper, que l’on voie si l’on n’a rien dit contre sa sœur si l’on ne s’est pas plaint, si l’on n’a pas murmuré. Faites cela, mes filles donnez-vous bon exemple et ne dites mot.

Ne dites mot, mais que ce ne soit pas par dédain, oh ! nenni-da. Que vous grondiez. encore moins ; car en cela il y aurait bien de l’imperfection. Les instructions que l’on vous donne ne sont que pour empêcher les imperfections, de sorte que je ne vous dirais pas de faire la besogne de votre sœur pour lui donner bon exemple, si, en la faisant, je pensais que vous lui dussiez faire mauvais visage, ou manquer de cordialité. Oh ! non, j’entends que vous la conviiez à manger aux heures, que vous parliez ensemble des pratiques de vos règles quand il en est temps, que vous fassiez la lecture, que vous l’entreteniez durant les repas, que vous l’excitiez à faire la récréation, que vous ayez toute sorte de cordialité et de respect, que vous lui demandiez son avis quand il conviendra. Croyez-moi, mes filles, il faudrait avoir bien peu de disposition à la vertu si, par cet exemple-là, on ne se corrigeait. Soyez fidèles à cette pratique ; soyez toujours modestes, paraissez joyeuses et de bonne humeur, quand même la peine qu’elle vous donne vous en empêcherait ; car, mes filles, elle ne vous verra pas faire longtemps comme cela, qu’elle ne fasse après plus que vous ne voudriez.

Le sixième et dernier moyens, c’est la confession et la sainte communion. O mes filles, ce sont de grands

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moyens ; ils attireront infailliblement sur vous des grâces suffisantes pour vous aider à supporter et excuser les défauts des autres et à vous amender. Approchez-vous-en, mes filles, au nom de Dieu. Avez-vous remarqué que vous êtes tombées, oh ! ayez recours à la sainte confession, allez à la sainte communion chaque fois que la bonté de Dieu vous le permet. — Mais je n’y ai point de goût. — Oh ! n’importe, ne laissez pas d’aller. C’est Dieu qui vous appelle. Il n’y a remède plus efficace contre les maladies de nos âmes. C’est là qu’il se faut aller fortifier, c’est là qu’il faut aller dire ses peines car là est le vrai médecin qui sait les remèdes convenables ; c’est là qu’il faut aller étudier l’amour, le support, la cordialité, l’exemple du prochain et toutes les autres vertus qui nous sont nécessaires. Allez donc là, mes chères filles, quand Jésus-Christ vous y appelle et ne regardez pas si vous y êtes portées par un goût sensible, car votre ennemi essayera de tout son pouvoir de vous empêcher d’en approcher, afin de vous frustrer des grâces que Dieu vous y veut départir pour vous faire entrer dans la pratique des divines vertus de son Fils. Oh ! demandons-lui tous ensemble ces vertus de charité et de support qu’il a exercées tout le cours de sa vie et que je lui vas demander pour vous.

Mon Seigneur et mon Dieu, Jésus-Christ mon sauveur, le plus aimable et le plus aimant de tous les hommes, qui incomparablement plus que tous ensemble avez pratiqué le plus de charité et le support, qui avez reçu le plus de torts et d’affronts et qui en avez moins eu de ressentiment, écoutez, s’il vous plaît, la très humble prière que nous vous faisons, à ce qu’il vous plaise départir à la Compagnie l’esprit de charité dont vous avez été embrase, et l’esprit de douceur et de support que vous avez eu envers vos ennemis, afin que, par la pratique de

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ces vertus, les desseins éternels de l’adorable volonté de Dieu soient accomplis sur elle, afin qu’elle puisse glorifier Dieu en vous imitant, et gagner, par son exemple, les âmes à votre service, et surtout, mon Dieu, afin que, par le mutuel support, cette Compagnie vous soit agréable. Ne regardez pas, mon Dieu, la voix du pécheur qui vous parle, mais regardez les cœurs de nos pauvres sœurs présentes et absentes, qui le désirent et qui vous le demandent par ma bouche. Accordez-les, mon Dieu, accordez-les à la Compagnie, je vous en prie par votre très sainte Mère, je vous en prie par tous les saints qui vous glorifient dans le ciel et par tous ceux qui vivent sur la terre ; je vous en prie par les anges gardiens de nos pauvres sœurs et par l’envie qu’elles ont d’être fidèles à vos grâces. J’espère, mon Dieu, que vous m’accorderez cette grâce, et, en cette confiance, bien que, misérable pécheur j’aie beaucoup contrevenu aux préceptes que vous m’avez donnés et aux inspirations que vous m’avez envoyées pour la pratique de ces vertus, je ne laisserai pas, plein de confiance en votre miséricorde infinie, de prononcer les paroles de bénédiction sur cette Compagnie et j’espère qu’à même temps que je les proférerai, vous remplirez leur cœur de votre esprit de charité.

Benedictio Dei Patris…

29. — CONFéRENCE DU 2 FéVRIER (1647) (1)

RAPPORTS DES SŒURS AVEC LE DEDANS ET LE DEHORS

Conférence du 2 février sur les raisons que les sœurs

Entretien 29. — Cahier écrit par la sœur Elisabeth Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)

1. C’est probablement à cette conférence que faisait allusion Louise de Marillac le 21 avril 1647 dans une lettre à saint Vincent. (Cf. t. III de la Correspondance page 171, lettre 937.)

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servantes ont de se bien acquitter de leurs devoirs tant vers Messieurs les ecclésiastiques que vers les dames de leur paroisse et leurs sœurs associées ; comme aussi les sœurs associées vers leurs sœurs servantes et entr’elles ; et ce qu’il convient que les unes et les autres fassent pour se bien acquitter de leurs devoirs en toute leur conduite.

Notre très honoré Père, après avoir lu le sujet de la conférence commença son discours à peu près comme il suit :

Mes filles, ce sujet est de très grande importance, plus grande encore que je ne le vous puis dire. Nous faisons aujourd’hui ce qu’a fait saint Paul de son temps, quand, écrivant aux chrétiens de la primitive église, il enseigne comme le mari doit vivre avec sa femme le père avec son enfant, le maître avec ses serviteurs, et les serviteurs et servantes avec leurs maîtres et maîtresses. Ainsi, mes filles cette conférence est pour vous enseigner comme vous devez vivré avec Messieurs les ecclésiastiques vos confesseurs dans les paroisses où vous êtes, et avec ceux qui sont députés pour visiter les malades que vous servez, avec les dames officières de la Charité, et finalement comme vous devez vivre les unes avec les autres, c’est-à-dire la sœur servante avec son associée et l’associée avec sa sœur servante. Et s’il plaît à la divine bonté donner la bénédiction que j’espère sur ce qui s’y dira, vous en retirerez un grand profit.

Je crois qu’il serait bon d’y ajouter encore le médecin mais comme ce sujet est fort ample et ne demanderait pas seulement une conférence, mais que chaque point n’en aurait pas trop d’une, je suis d’avis, joint à ce qu’il se fait tard et que vous êtes de loin, de ne nous arrêter aujourd’hui que sur un, savoir comme vous devez vivre a l’égard de Messieurs les ecclésiastiques qui

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visitent les malades. Et à la prochaine conférence, nous continuerons le sujet.

Ma sœur, vous plaît-il nous dire vos pensées là-dessus ? Sur quoi la sœur dit qu’il était nécessaire de traiter avec Messieurs les ecclésiastiques en tout respect, avec les dames en toute soumission et avec sa sœur fort cordialement, mais qu’il arrivait quelquefois qu’une sœur associée était d’un avis et sa sœur servante de l’autre, et que du manque d’accord résultait parfois quelque petite altération ; et elle supplia notre très honoré Père de lui faire la charité de lui dire ce qu’il fallait faire en pareil rencontre. A quoi il répondit :

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