Entretiens aux Filles de la Charité (page 25)
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œuvre. Priez Dieu, je vous supplie, qu’il me fasse miséricorde. De mon côté, je prierai Notre-Seigneur Jésus-Christ de vous donner lui-même sa sainte bénédiction et n’en prononcerai point les paroles aujourd’hui, parce que les fautes que j’ai faites à votre égard m’en rendent indigne. Je prie donc Notre-Seigneur que ce soit lui.
Et sur ce, il baisa la terre. Ce que voyant, Mademoiselle et toutes nos sœurs, affligées de ce qu’il ne voulait point donner sa bénédiction, le supplièrent plusieurs fois avec tant d’instance et d’importunité, qu’à la fin, il céda.
Priez donc Dieu qu’il ne regarde point à mon indignité, ni aux péchés dont je suis coupable, mais que, me faisant miséricorde, il verse ses bénédictions sur vous à même temps que j’en prononcerai les paroles. Benedictio Dei Patris…
31. — CONFéRENCE DU 18 AOûT 1647
SUR LA SAINTE COMMUNION
Mes filles, le sujet de cette conférence est de la sainte communion. Le premier point est des raisons que les Filles de la Charité ont, comme tous les autres chrétiens, de se donner à Dieu pour bien communier, c’est-à-dire, mes filles, de l’importance qu’il y a de bien communier, pour les biens qui en reviennent, ou pour les maux qui s’ensuivent. Le second point est de ce que l’on pensera devoir faire pour cela, c’est-à-dire des moyens que chacune aura reconnus nécessaires et propres pour faire une bonne communion. Nous n’avons qu’une heure, mes filles,
Entretien 31. — Cahier écrit par la sœur Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)
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et il faut essayer de la bien employer, avec l’aide de Dieu.
Pour quelles raisons, ma sœur, les Filles de la Charité se doivent-elles donner à Dieu pour bien communier ? Quel bien s’ensuit-il d’une bonne communion et quel mal d’une mauvaise ?
La sœur répondit qu’il lui semblait qu’une personne qui avait bien communié faisait tout bien.
— Oh ! la bonne parole, la bonne parole ! La personne qui a bien communié fait tout bien ! Et il est vrai, car comment pourrait faire quelque chose de mal celle qui a été si heureuse que de faire une bonne communion ! Elle porte Dieu dans son cœur, elle porte une bonne odeur partout, elle ne fait rien qu’en la vue et pour l’amour de Dieu. Donc, mes filles, vous êtes assurées qu’une Fille de la Charité qui a bien communié fait tout le reste bien. Son cœur est le tabernacle de Dieu, oui, le tabernacle de Dieu. La Fille de la Charité le doit toujours être, elle doit toujours être en Dieu, et Dieu en elle, et de cette sorte elle ne fera jamais rien que de bien. Et quel mal, ma sœur, revient-il à la personne qui communie mal ?
La sœur répondit que cette personne perdait le mérite de toutes ses autres communions et pouvait même perdre sa vocation.
— Arrêtez un peu là, ma fille. Voilà deux ou trois grands maux que notre sœur a remarqués, qui doivent être bien attentivement pesés et considérés. La personne qui fait une mauvaise communion perdra, dit-elle, le fruit et le mérite de toutes ses communions passées ; elle perdra le mérite de toutes celles qu’elle fera après, si elle ne fait pénitence ; elle perdra tout le bien qu’elle avait jamais fait et qu’elle pouvait faire. Tout cela lui sera compté pour rien, et, pour comble de mal, elle perdra sa vocation. N’est-ce pas ce que fit Judas ? Judas avait reçu
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grâce de Notre-Seigneur, tout ainsi que les autres : il avait été appelé à l’apostolat, il avait prêché, il avait fait des miracles il avait l’honneur de suivre le Fils de Dieu, il assista à l’institution du très auguste sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. Il communia indignement, et que lui arriva-t-il ? Il perdit sur l’heure sa vocation, se retira de la sainte compagnie des apôtres, dont il était, alla vendre son Maître et finalement se damner éternellement. Notre sœur a donc eu grande raison de dire que l’on pouvait perdre sa vocation.
On la perdra même infailliblement, car comment serait fidèle à sa vocation celle qui n’est pas fidèle à Dieu ! Il ne s’y faut point attendre. Celle qui ne fait rien pour se rendre digne des grâces et des fruits de la sainte communion ne se rendra point exacte dans la pratique de ses règles ; elle tombera dans la négligence, puis dans le dégoût, et enfin dans la perte totale des grâces qu’elle a reçues de Dieu. Prenez-y garde, mes filles, car il ne se faut point assurer sur les premières ferveurs que l’on a fait paraître, on oublie tout cela, et celle-là ne se souciera pas du tout des promesses qu’elle aura faites aux hommes qui ne garde pas celles qu’elle a faites à Dieu.
Eh ! quel bien, ma fille, peut-il revenir à une Fille de la Charité qui aura fait une bonne communion ?
La sœur répondit que, quand une personne avait bien communié elle faisait tout bien, qu’elle en était plus douce, plus charitable à l’égard des malades et de plus grande édification à tout le monde.
— Oh ! la grande remarque, que la personne qui a bien communié fait tout bien ! Si Elie, avec son double esprit, faisait tant de merveilles, que ne fera point la personne qui a Dieu en soi, qui est remplie de Dieu ! Elle ne fera pas ses actions, elle fera les actions de Jésus-Christ, elle servira les malades avec la charité de Jésus-Christ elle aura dans sa conversation la douceur de Jésus-Christ elle aura dans ses contradictions la patience de Jésus-Christ ;
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elle aura l’obéissance de Jésus-Christ. Bref, mes filles, toutes ses actions ne seront point les actions d’une pure créature, ce seront les actions de Jésus-Christ.
De cette sorte, mes filles, la Fille de la Charité qui a bien communié ne fait rien qui ne soit agréable à Dieu, car elle fait les actions de Dieu même. Le Père éternel regarde son Fils en cette personne ; il regarde toutes les actions de cette personne comme les actions de son Fils. Quelle grâce, mes filles ! être assuré d’être regardé de Dieu, considéré de Dieu, aimé de Dieu ! Donc quand vous verrez une sœur de la Charité servir les malades avec amour, douceur, grand soin, vous pourrez dire hardiment : "Cette sœur a bien communié." Quand vous verrez une sœur patiente dans ses incommodités, qui souffrira gaiement ce qui se peut rencontrer de pénible à supporter, oh ! soyez assurées que cette sœur a fait une bonne communion et que ces vertus-là ne sont point vertus communes, mais vertus de Jésus-Christ. Affectionnez-vous, mes filles, à imiter la très sacrée et auguste personne de Jésus-Christ, et pour lui-même, et parce qu’il vous rendra agréables à Dieu son Père.
Je pense, mes filles, que, comme il nous reste peu de temps, ce qui a été dit sur l’importance de se donner à Dieu pour bien communier suffira pour vous faire connaître l’avantage et le désavantage qu’il y a à bien communier, ou à mal communier, car, si la personne qui a bien communié fait tout bien, comme il a été dit, et il est vrai, celle qui a mal communié fait tout mal.
Que reçoit celui qui communie dignement ? Il reçoit Jésus-Christ et, avec lui, mille grâces et mille bénédictions efficaces pour opérer son salut et contribuer avec
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Jésus-Christ à celui des autres ; enfin il reçoit la vie éternelle.
Et que reçoit celui qui communie indignement ? Hélas ! mes filles, il reçoit sa condamnation. C’est saint Paul qui le dit, et il est vrai ; car le monde périrait plutôt que la vérité des paroles prononcées par les serviteurs de Dieu, qui étaient les organes du Saint-Esprit. Or, c’est la Sainte écriture, il n’en faut point douter. "Celui qui reçoit dignement le corps et le sang de Jésus-Christ au Saint Sacrement de l’autel aura la vie éternelle, dit ce grand apôtre (1) ; et celui qui le reçoit indignement reçoit sa condamnation et sera éternellement damné, s’il ne fait pénitence."
Puis donc que celui qui communie bien fait des actions qui ne sont pas des actions ordinaires, mais des actions de Jésus-Christ, celui sans doute qui communie mal fait des actions, non pas d’homme, mais de démon, et pires même que de démon, s’il se pouvait. Car le démon pouvait-il rien concevoir de plus sacrilège et de plus abominable que ce que fit Judas après avoir communié indignement ? Se bander contre Dieu après en avoir reçu des grâces si signalées ! Il semble qu’il n’y ait que le démon capable de cela. Et Judas le fait après avoir communié ! Abomination des abominations ! Quitter le parti de Dieu, se bander contre lui, le vendre et le livrer ! Oh ! que celles qui quittent leur vocation ont bien à craindre et à prendre garde que ce ne soit la punition de leurs communions mal faites et sans correction ni amendement ! Je ne parle de personne en particulier, mais j’avertis seulement qu’on prenne garde à ne pas abuser de la bonté dont Dieu use envers nous en ce saint et très auguste Sacrement. Il ne nous châtie pas des premières
1. 1ère épître aux Corinthiens XI, 29-30.
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fautes que nous faisons contre lui ; mais craignons que, pour ne nous pas corriger de ces fautes, nous ne venions à communier mal, et que cette communion mal faite n’attire sur nous la punition de tous nos autres crimes ; car Judas (je reviens à cet exemple) avait commis d’autres crimes contre le Fils de Dieu ; il avait conçu en son cœur contre lui une envie qui n’avait point eu son effet ; et sitôt qu’il eut communié, le diable s’empara de son cœur et l’engagea dans ses abominables entreprises.
Mais, Monsieur, direz-vous, qu’est-ce qu’une communion mal faite ? O mes chères filles, Dieu nous en garde ! J’espère de sa bonté que pas une d’entre vous n’est en état de péché mortel. Mais il y a tant à regarder pour faire les communions avec fruit et profit, qu’il est bon, encore que, par la miséricorde de Dieu, nous n’ayons pas la conscience en cet état, de regarder ce qui peut empêcher notre avancement, et si ce n’est point quelque indisposition à la communion, et de voir aussi ce qu’il est besoin de faire pour bien communier.
Que pensez-vous, ma sœur, qu’il soit nécessaire de faire pour bien communier ?
La sœur répondit qu’il lui semblait nécessaire d’en bien demander la grâce à Dieu.
— C’est assez, ma fille, et c’est par où il faut commencer. Car qui peut espérer faire une bonne action, si Dieu ne nous en fait la grâce ? Et qui peut de soi-même former une bonne pensée ? Nul homme vivant, mes filles, ne le peut de lui-même ; c’est saint Paul qui le dit. Oh ! qui pourra donc se disposer à faire une bonne communion, si Dieu ne lui en donne la grâce ! Ma sœur a eu grande raison de trouver ce moyen-là. C’est la base et le fondement de tous les autres ; et Dieu ne le déniera jamais à qui le lui demandera comme il faut. Dieu vous bénisse, ma fille !
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Et vous, ma sœur, quel autre moyen pensez-vous être nécessaire pour bien communier ?
La sœur répondit qu’il lui semblait nécessaire de le désirer ardemment.
— O ma fille, vous avez bien raison. Remarquez, mes sœurs, ce qu’elle dit : il le faut désirer ardemment ; ardemment, car Dieu ne veut pas être désiré froidement, ni tièdement, mais de toute la force et de toute l’ardeur de la volonté, tout ainsi que lui-même désire se communiquer à vous, Quand il institua le saint Sacrement,- il dit à ses apôtres : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum (2) ; ce qui veut dire : j’ai désiré ardemment manger cette pâque avec vous. Or, puisque le Fils de Dieu, qui, en la sainte Eucharistie, se donne lui-même, l’a désiré d’un si ardent désir, desiderio desideravi n’est-il pas juste que l’âme qui le désire recevoir et de qui il est le souverain bien, le désire de tout son cœur ?
Ce qu’il a dit à ses apôtres, soyez assurées, mes filles, qu’il le dit encore à chacune de vous. C’est pourquoi il faut essayer d’exciter votre désir par quelque bonne pensée. Vous désirez venir à moi, mon Seigneur ; et qui suis-je ? Mais moi, mon Dieu, je désire de tout mon cœur aller à vous, car vous êtes mon souverain bien et ma fin dernière. Feu Monsieur l’évêque de Genève disait qu’il célébrait toujours comme si c’était la dernière fois, et communiait comme si c’était en viatique. La pratique est excellente, et tant que je puis, mes chères filles, je vous la conseille.
Les jours de vos communions sont assez réglés ; vous les pouvez savoir et, dès la veille, disposer votre cœur. Je vous recevrai demain, mon Dieu. Hélas ! que je voudrais bien que Ce fut avec la préparation que la très sainte
2. saint Luc XXII, 15.
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Vierge et tous les saints ont eue ! Je voudrais bien, mon Dieu, avoir tout l’amour des Séraphins pour vous le donner. Que ferai-je, mon Dieu ? Que dira mon entendement ? Que fera ma mémoire ? Que vous donnera ma volonté ? Seigneur mon Dieu, mettez vous-même en moi tout ce que vous y voulez. Que cette communion répare les défauts de toutes les autres, dont j’ai été si malheureuse que de ne pas profiter, et que je puisse, mon Dieu, être comme je voudrais être, si c’était la dernière de ma vie et que je dusse mourir incontinent après l’avoir faite !
Vous pouvez, mes filles, faire sur cela un acte de contrition de tous les péchés de votre vie passée, une nouvelle détestation et résolution de les éviter ; et de cette manière, Dieu bénira votre disposition et ne manquera pas de se communiquer à vous et de vous donner son esprit pour opérer ce qu’il veut de vous pour la vie ou pour la mort.
Et vous, ma sœur, que pensez-vous qu’il faille faire pour bien communier ?
— Je pense, Monsieur, qu’il est très nécessaire pour profiter de la sainte communion d’avoir grand soin de rendre grâces à Dieu.
— Vous avez raison, ma fille. Ce que nous avons dit ci-devant touchait la préparation ; et après la sainte communion il est tout à fait nécessaire de remercier Dieu. Si l’épouse venait à faire mauvais accueil à l’époux le jour des noces, que celui-ci a longtemps désiré et où il attend plus de témoignages d’affection, combien demeurerait-il blessé et outré de douleur ! Combien aurait-il sujet de se plaindre du mauvais traitement de son épouse ! Et s’il était de condition à l’avoir fort honorée en l’épousant, combien demeurerait-il indigné et offensé !
Si un ami, depuis longtemps absent de son ami, désirait avec passion le revoir, s’entretenait en lui-même
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de cette espérance, se réjouissait à la pensée de cette consolation, si, le jour où il le revoit, au lieu de l’ami qu’il se promettait, il trouvait un ennemi, prêt à lui mettre le poignard dans le sein et à lui ravir la vie, que deviendrait-il ? Cet époux, au lieu d’une épouse, trouverait une effrontée ; et cet ami, au lieu d’un ami, trouverait un ennemi. Or, mes filles, tel est Jésus-Christ aux âmes qui se sont données à lui. Il est époux plus que tous les époux de la terre, et d’une manière tout autre, car elle est toute céleste et toute divine. Il est ami plus que tous les amis du monde, puisqu’il a donné son sang et sa vie pour le salut de chaque âme. Que dira-t-il donc si, ayant désiré d’un grand désir (desiderio desideravi) s’unir à vous, vous faire participantes de ses grâces, de ses mérites et de sa gloire, que dira-t-il si, demeurant dans le silence et dans l’ingratitude, vous le méprisez et lui tournez le dos ? N’aura-t-il pas sujet d’entrer dans une juste colère et de retirer toutes les grâces qu’il vous avait si abondamment départies ? C’est de là, mes filles, que s’ensuivent les pertes de la vocation, et ç’a été le motif pour lequel le malheureux Judas a été abandonné au démon, qui le sollicitait. Il aurait reçu le remède contre la tentation, s’il avait voulu s’en servir ; mais il le méprisa, et vous voyez ce qui lui est arrivé.
Il me souvient qu’il y a six ou sept ans le feu roi Louis XIII fut sept ou huit jours fâché de ce que, au retour d’un voyage, comme il s’était donné la peine de mander Monsieur le dauphin pour le voir, celui-ci ne le voulut pas regarder (c’était un enfant) et lui tourna le dos. Le roi, fâché, s’en prit à ceux qui étaient près du dauphin. "Si vous aviez, dit-il, disposé mon fils, si vous lui aviez montré combien il lui importe de me voir, il serait venu au devant de moi, comme il y était obligé, et aurait témoigné de la joie de mon retour."
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Or, mes filles, si un roi de la terre se fâche avec raison de ce que son fils, à son arrivée, lui tourne le dos, que fera Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre, en comparaison duquel tous les rois ne sont rien ? Que fera-t-il, dis-je, s’il se rencontre quelqu’une d’entre vous qui, pour ne s’être pas préparée par la considération de ce qu’est Dieu et du bien qu’il apporte à l’âme, au lieu de s’appliquer tout entière à le remercier, à lui donner son cœur, à lui offrir son âme, à se quitter toute pour être à lui demeure froide et inutile ! Oh ! que sa divine bonté aurait sujet dêtre offensée ! Mes filles, prenons-y bien garde, je vous prie, et pour l’amour de ce que nous devons à Dieu, et pour le bien qui en reviendra à nos âmes, et pour la gloire que nous rendrons à Dieu, si nous ne nous rendons point indignes des grâces qu’il nous veut faire.
Et vous, ma fille, qu’est-il nécessaire de faire pour bien communier ?
— Je pense, Monsieur, que, si nous communions bien une fois, cette communion servira de préparation à bien communier une autre fois, et comme cela nous attirerons les grâces de Dieu sur nous, pour n’en point faire de mauvaises.
— Voilà qui est fort bien, ma sœur. Vous voulez dire que, quand nous serons une fois bien préparés, que nous communierons dans la résolution d’être fidèles à Dieu, que nous y travaillerons tous les jours ; car, mes chères filles, c’est où il en faut venir, et que, pour bien communier, nous aurons soin de rendre actions de grâces à Dieu, cette communion nous sera une préparation pour en faire une suivante, et l’autre une autre ; et ainsi nous attirerons toujours nouvelles grâces de Dieu pour monter à un plus haut degré d’amour et de perfection.
Et vous, ma sœur, avez-vous quelqu’autre bon moyen ?
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— Monsieur, il me semble qu’une des choses nécessaires pour se disposer à bien communier, c’est de se tenir retiré, comme faisait la sainte Vierge, de ne point faire de visite et de parler peu.
— De sorte donc, ma sœur, que vous pensez que pour bien communier il faut parler peu et ne point faire de visite en ville.
— Monsieur, c’est ma pensée.
— Oh ! Dieu vous bénisse, ma fille, vous avez bien raison ! Hélas ! y a-t-il rien qui dissipe plus le cœur que les paroles et rien qui nuise plus à la récollection et à l’avancement spirituel que les visites inutiles ? Oh ! si quelqu’une d’entre vous, mes filles, sous quelque spécieux et pieux prétexte, car vous ne le voudriez pas autrement, se laissait aller à en faire dont elle ne vît point de profit devant Dieu, qu’elle s’en défasse. La très sainte Vierge sortait pour les nécessités de sa famille et pour le soulagement et la consolation de son prochain ; mais c’était toujours en la présence de Dieu ; et hors cela, elle demeurait paisible au logis conversant de l’esprit avec Dieu et les anges. -Demandez-lui, mes filles, qu’elle vous obtienne de Dieu cette récollection intérieure pour vous disposer à la très sainte communion du corps et du sang de son divin Fils, afin que vous puissiez dire : "Mon cœur est préparé ; mon Dieu, mon cœur est préparé !"
Et vous, ma sœur, que croyez-vous nécessaire ? Donnez-nous quelque bon moyen pour bien communier.
La sœur répondit qu’il lui semblait nécessaire non seulement de n’avoir point d’affection au péché mortel, mais même de se défaire de tout ce que nous pouvions avoir de vicieux, soit dans l’habitude, soit dans la volonté, etc.
— Voyez-vous, mes filles, il ne suffit pas, pour communier souvent, de n’avoir point d’affection au péché mortel, mais il se faut encore défaire de toute affection déréglée, car toute affection
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déréglée est vicieuse. Or, aimer cette sœur ardemment et s’y attacher, c’est une affection déréglée ; aimer être en ce lieu plutôt qu’en cet autre, ou dans cet emploi plutôt que dans un autre, c’est une affection déréglée, et il s’en faut faire quitte pour se rendre digne de communier souvent.
Vous, ma sœur, avez-vous quelque autre moyen ? Dites-nous un peu ce que vous faites quand vous voulez vous préparer à la sainte communion ?
La sœur répondit qu’elle se donnait toute à Dieu, disant avec sainte Thérèse : "Mon Dieu, donnez-vous tout à moi, je me donne toute à vous" ; et qu’il était nécessaire, pour profiter de la sainte communion, de mortifier ses sens et particulièrement la curiosité de voir et d’entendre les choses inutiles, qui nous occupent l’esprit et empêchent de nous unir à Dieu.
— Vous plaît-il, Mademoiselle, nous dire vos pensées sur l’un et l’autre points ?
Sur quoi Mademoiselle fit lecture de son oraison, qu’elle avait rédigée par écrit en ces termes :
Sur le premier point, il m’a paru deux raisons principales, dans lesquelles sont comprises toutes les autres dont l’une est la crainte et l’autre l’amour. Le commandement de l’église de communier tous les ans sous peine de péché mortel fait connaître que Dieu veut absolument que nous communiions ; et il y a apparence que cette menace nous avertit de communier plus souvent, sous peine de perdre beaucoup de grâces qui nous seraient données par la sainte communion.
Il nous importe encore beaucoup de nous donner à Dieu pour bien communier, puisque, sans cela, nous serions en danger que les menaces, tant de ceux qui ne communient pas, que de ceux qui communient mal, ne s’adressassent à nous pour nous punir.
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L’autre raison que nous avons de nous donner à Dieu pour bien communier est la reconnaissance que nous devons avoir du grand amour qu’il nous fait paraître, se donnant à nous en la sainte communion ; ce que nous ne pouvons faire qu’en témoignant à Notre-Seigneur un amour en quelque manière réciproque, en désirant de tout notre cœur le recevoir, puisque de tout son cœur il se veut donner à nous. Son amour m’a paru encore plus grand en ce que, son Incarnation ayant suffi pour notre Rédemption, il semble qu’il se donne à nous en la sainte hostie seulement pour notre sanctification, non seulement par l’application des mérites de son incarnation et de sa mort, mais encore par la communication que sa bonté désire nous faire de toutes les actions de sa vie, et pour nous mettre dans la pratique de ses vertus nous désirant semblables à lui par son amour.
Au second point, qui est de ce qu’il nous convient de faire pour nous donner à Dieu pour bien communier, il m’a semblé qu’il faut que nous ayons une si grande estime de la communion, que cela nous donne crainte de n’avoir pas en nous les dispositions pour bien communier et que, comme un des effets de la sainte communion, et le principal est de nous unir à Dieu, nous devons, tant que nous pouvons, ôter les empêchements à cette union. Et voyant que le plus dangereux est d’être trop à nous-mêmes, par l’amour de notre propre volonté, il faut nécessairement que nous nous donnions à Dieu pour n’avoir plus qu’une même volonté avec lui, pour participer aux fruits de la sainte communion ce que j’ai désiré faire après que tant de fois Dieu m’a fait connaître que j’étais incapable de toute sorte de bien et tout indigne de la sainte communion.
Ce qu’il m’a semblé devoir faire, c’est une attention plus forte sur les actions du Fils de Dieu pour essayer
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d’y unir les miennes aidée de sa grâce. Et parce que je sais que Dieu voit tout, je pensé qu’il faut que nous ayons toujours une droite intention pour communier, sans mélange d’aucun respect humain, mais par l’amour que nous devons porter à l’humanité sainte et divine de Jésus-Christ, pour être fidèles à correspondre à l’amour qu’il a pour nous en ce très saint Sacrement.
La connaissance que Dieu m’a donnée de l’abus que j’ai fait souvent en ma vie de la sainte communion, menant une vie qui m’en rendait indigne, par la violence de mes passions, m’a inspiré le désir de travailler à les mortifier, à ce que je n’aie pas la haine de Dieu au lieu de son amour, si je continuais à faire mauvais usage de cette divine nourriture