Entretiens aux Filles de la Charité (page 28)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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liés ensemble, toutes les puissances du monde ne pourront rien contre vous ; mais, dès lors que vous commencerez à être divisés, vous serez aisément défaits."

Je vous dis de même, mes sœurs, si vous êtes toujours toutes d’une même volonté, toutes d’un même accord, oh ! votre Compagnie que la bonté de Dieu a eu soin de former, se maintiendra avec fruit et exemple, et toutes les puissances du monde et de l’enfer ne pourront rien contre elle. Mais dès qu’il y en aura qui seront attachées à leur sentiment particulier, adieu les pauvres Filles de la Charité, si Dieu n’y met la main. Oh ! plaise à sa bonté qu’à jamais tant que le monde sera, cette pauvre Compagnie demeure dans les bornes qui lui ont été prescrites, et puisse, en humilité, rendre au prochain les secours et les assistances auxquels elle s’est obligée !

Parce qu’il se fait tard, mes filles, et que la plupart d’entre vous êtes de loin, nous achèverons la présente conférence un autre jour. Cependant nous prierons Dieu de bénir la résolution que vous avez maintenant prise de vouloir toutes, tant que vous êtes, être averties de vos fautes par qui et en la manière qu’il le permettra, sans conserver aucun sentiment contre la personne qui les aura dévoilées. Plaise à sa divine Majesté avoir agréable la disposition qu’il paraît que vous avez, et vouloir lui-même en bénir le commencement, tandis que, misérable que je suis, je profère les paroles :

Benedictio Dei Patris…

Pensées de Mademoiselle

La première raison d’agréer qu’on nous avertisse de nos fautes, c’est que, si nous les connaissions bien, nous aurions plus de crainte des jugements de Dieu.

La seconde est que, si nous sommes bien aises que nos fautes paraissent et que cela nous fasse bien connaître

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notre faiblesse, nous supporterons plus aisément et charitablement notre prochain.

La troisième est que nous sommes aveugles en ce sujet, et si, pour en être averties, nous les connaissons bien, nous en tirerons grand profit pour notre avancement en la perfection que Dieu veut et demande de nous, et pour nous faire connaître les obligations que nous avons à l’humanité sainte de Notre-Seigneur ; ce qui nous aidera à augmenter l’amour de reconnaissance que nous devons avoir pour lui.

Un des moyens de faire notre profit des avertissements est de témoigner bien vouloir que, non seulement on nous avertisse de nos fautes, mais aussi que l’on en avertisse nos supérieurs.

Un second moyen est de témoigner bon visage et affection à la sœur qui nous aura fait cette charité.

Un autre moyen, si nous sentons notre cœur s’élever par la superbe et vouloir murmurer contre celle qui nous aura fait du bien, c’est de nous mettre à genoux au pied de la croix, si nous le pouvons, ou de prendre notre crucifix dans nos mains, et penser combien de fois Notre-Seigneur a été accusé à tort, sans qu’il s’en soit plaint, et qu’au contraire il a dit que, si on l’avait vu faillir, on aurait dû l’en avertir

Ma résolution a été, moyennant la grâce de Dieu, de faire meilleur usage que je n’ai fait par le passé, de la moindre parole que l’on me dira pour m’avertir de quelque faute, avouant devant Dieu et vous, mon Père, et toutes mes sœurs y avoir bien manqué par mon orgueil.

35. — CONFéRENCE DU 15 MARS 1648

SUR LE BON USAGE DES AVERTISSEMENTS

Cette conférence, mes sœurs, est une continuation de la dernière qui fut faite sur le sujet des avertissements, c’est-à-dire des raisons que nous avons d’agréer que nos fautes soient connues, cela s’entend de la supérieure et des officières et que nous en soyons averties.

Cette matière a été trouvée si importante au bien de la Compagnie en général et à l’avancement de chacune en particulier que l’on a jugé à propos d’en faire un second entretien, où chacune, ou la plupart, rapportera l’usage qu’elle aura fait, dans les occasions qui se sont présentées, de ce qui fut dit en la dernière ; si nonobstant la résolution prise en la vue de Dieu et la promesse faite d’un commun consentement, l’on ne s’est point échappé à dire des paroles d’aigreur ou de dédain contre les sœurs soupçonnées d’avoir rapporté des fautes ; si, au lieu de profiter de l’avertissement, l’on ne s’est point amusé à rechercher de quelle part il venait ; et si l’on n’a point fait quelque murmure.

Dites-nous, ma sœur, s’il vous plaît pourquoi une Fille de la Charité doit-elle être bien aise que sa supérieure soit avertie de ses fautes et lui en fasse la correction ?

A quoi la sœur répondit que c’était un moyen pour nous empêcher d’y retomber, et que néanmoins elle avait été si faible qu’ayant été avertie de quelque chose, elle ne pouvait demeurer d’accord qu’il y eût faute ; elle s’était opiniâtrée à la soutenir, avait en cela manqué de soumission et ensuite était tombée dans une mauvaise

Entretien 35. — Cahier écrit par la sœur Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)

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humeur qui avait pu, en bien des occasions, donner mauvaise édification à la Compagnie ce dont elle demandait pardon à Dieu à notre très honoré Père, à Mademoiselle et à toutes nos sœurs.

— Vous reconnaissez donc, ma fille, que ce sont là des fautes ?

— Oui, mon Père, dit la sœur, fautes qui venaient de ma malice et de mon orgueil.

— Oh ! Dieu soit béni ! Vous avez bien raison, ma fille, de le croire ainsi ; et je remercie la bonté de Dieu, qui vous l’a si bien fait connaître, que, voyant que c’est une infidélité contre Dieu d’avoir manqué à agréer volontiers, comme vous lui aviez promis, les avertissements qui vous seraient donnés, et que cela vous a fait tomber dans la fâcherie, le chagrin, le murmure, le mauvais exemple, vous voulez bien désormais être avertie. Car, dites-moi, mes filles, celle qui aurait une souillure apparente au visage et, sans en être avertie sortirait de cette sorte, n’aurait-elle pas raison de se plaindre et dé dire : "Vous avez fait qu’on s’est moqué de moi." Et cependant il en est de même de nous. Nous ne connaissons pas nos fautes ; nous sommes aveugles en ce point. Ceux à qui Dieu a donné charge de nous, et beaucoup d’autres encore, le voient bien s’ils ne nous le disaient pas, n’aurions-nous point raison de nous en plaindre, ou de penser qu’ils ne nous jugent pas assez avancés pour profiter des avertissements ? Oui, certainement. Si vous considérez les avantages qui reviennent à l’âme qui est avertie de ses fautes, et le désavantage de celle qui ne reçoit pas cette charité, vous direz. "Oh ! je veux être avertie ; c’est le plus grand bien et la plus grande charité que l’on me puisse faire. Quoi ! toutes les autres connaîtraient leurs fautes et moi je serais comme une punaise dans la maison ! Chacun se retirera de moi à cause de

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mes imperfections, et je serai comme une punaise, qui infecterai tout et ne le sentirai pas !"

Je vous ai dit ce mot de punaise, mes sœurs, parce que c’est une maladie ignorée de ceux qui la portent. Ils ont un estomac gâté, une haleine puante, qui infecte tous les autres, et ils ne le sentent pas eux-mêmes. Un empereur en était atteint si fortement que personne ne pouvait s’arrêter auprès de lui. Le cœur bondissait aussitôt à ceux qui en approchaient, et il n’en savait rien. Un de ses amis lui dit un jour : "Sire, vous devriez consulter sur votre punaisie quelques habiles médecins ; ils vous donneraient peut-être quelque remède." — "Eh quoi ! dit-il, suis-je punais ?" — "Vous l’êtes à un point, lui dit l’autre, que personne ne peut durer auprès de vous." — "Eh ! comment me l’a-t-on si longtemps celé ! Comment mes amis ne me l’ont-ils point dit ! Comment ma femme ne m’a-t-elle point averti !" Il s’en alla trouver l’impératrice : "Comment, ma mie ne m’avez-vous jamais dit que je suis punais ?" — "Hélas ! sire, dit-elle, je n’avais garde, car je pensais que l’haleine de tous les autres hommes sentait comme la vôtre." Grande innocence de cette princesse ! Mais voyez, je vous prie, quelle est la nature de ce mal !

Or, il y a la punaisie du péché qui infecte les âmes, comme l’autre infecte le corps, et vous en seriez toutes pleines que vous ne penseriez pas en être le moins du monde entachées si ceux qui n’ont autre intérêt que la gloire de Dieu et votre salut ne vous en avertissaient.

Mademoiselle, vous plairait-il nous dire si vous avez remarqué quelque progrès dans la Compagnie depuis qu’il a été arrêté que l’on s’avertirait des fautes ?

— Mon Père, l’on n’est pas encore bien entré dans cette pratique, et cela peut-être parce que je n’ai pas encore prié la sœur que votre charité a désignée pour me

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faire celle de m’avertir. Elle ne l’a pas entrepris pource que peut-être mon orgueil ne l’eût pas si facilement supporté. Je vous demande très humblement pardon, mon Père, et à toutes nos sœurs de cette négligence et de toutes les fautes que j’ai commises. En esprit d’humilité et de charité, je vous dirai que depuis le dernier entretien, encore que nos sœurs aient donné leur consentement pour être averties de leurs fautes, il est souvent arrivé que quelques-unes ne l’ont pas bien pris, ont murmuré et dit entre elles : "Qui donc a déjà été dire cela ?" ou quelque chose semblable, qui montrait leur mécontentement de ce que l’on connaissait leurs fautes.

Quelques-unes aussi se permettent de ne pas communier les jours qui sont ordonnés, et cela sans demander d’en être exemptes. Il s’est aussi glissé, mon Père, une certaine liberté de ne se point lever à l’heure le matin. On demeure au lit jusques à cinq heures, cinq et demie et six, sans demander permission, ni avertir de ses besoins. Il y a d’autres manquements encore, que je n’ai pas présents à cette heure. Je demande pardon à toute la Compagnie de n’en avoir pas averti quand je m’en souvenais.

— Voilà donc principalement trois choses, mes filles, dans lesquelles, remarque Mademoiselle, la Compagnie se relâche ; il y faut bien prendre garde, car elles sont d’une grande importance.

La première est le lever du matin. Je voudrais que, pour vous le faciliter, vous vous proposiez, dès le soir, d’être fidèles à répondre à la voix de Dieu, qui vous appellera le lendemain. La voix de Dieu, mes filles, c’est la cloche qui vous appelle pour aller adorer Dieu. Pensez qu’elle vous dit : "Dieu vous attend ; venez toutes l’adorer." C’est la coutume de l’église, quand elle commence matines, de dire : "Venez adorer Dieu, venez tous."

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Elle semble appeler toutes les nations, les princes et les peuples pour venir adorer Dieu ; et, mes filles, c’est la pensée que vous devez avoir en vous levant : "Je m’en vais adorer Dieu, et il m’attend pour recevoir l’oblation de mon cœur."

Pour la communion, ô mes filles, sachez qu’il faut aussi demander dispense pour ne la pas faire aux jours commandés, et permission pour la faire aux autres jours (1). Du jour où vous êtes entrées dans une communauté sous l’obéissance d’une supérieure, vous ne pouvez plus disposer de vous comme vous le jugez et entendez. Elle vous connaît bien mieux que vous-mêmes ; c’est à elle à vous prescrire ce qu’il faut faire.

L’autre manquement est le sujet que nous traitons ; nous en avons déjà dit quelque chose. Je vous dirai bien encore, mes filles, que, quoique vous sentirez répugnance à être averties de vos fautes, il ne vous en faut pas étonner, car il se voit peu de personnes qui entendent dire leurs fautes et n’en sont pas émues. La nature, amoureuse d’elle-même, ne peut entendre parler de ses imperfections sans peine ; mais il la faut accoutumer ; et pour cela, mes filles, il la faut punir quand on s’aperçoit qu’on est tombé en quelque faute. Ma sœur m’aura avertie, et, au lieu de m’en humilier, j’essayerai de me justifier et de lui montrer qu’elle a tort ; ou bien, si je ne puis, je me contenterai de dire aux unes ou aux autres : "On m’a dit cela tantôt, mais il n’en est rien ; c’est que l’on a mal entendu, ou mal rapporté. Qui sont ceux qui font ces contes ? Si je le savais, je le leur dirais bien." O mes filles, dès que l’on s’aperçoit qu’on en est venu là,

1. Actuellement le droit canon recommande au Supérieurs de promouvoir parmi leurs inférieurs la communion fréquente et même quotidienne. La discipline sur ce point s’est donc nettement modifiée depuis le temps de St. Vincent. Il serait le premier à recommander l’obéissance à l’église. (Note de Combalusier)

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il se faut punir pour vaincre cette maudite nature, gâtée par le péché, qui nous suggère toutes ces raisons. Il faut l’aller dire à la supérieure, ou, si c’est une sœur : "Ma sœur, je vous demande pardon, j’ai mal pris l’avertissement que vous m’avez fait la charité de me donner. Mais j’essayerai néanmoins d’en faire usage, et je vous supplie encore, si vous voyez que mon amour-propre s’élève, de ne pas cesser de continuer."

Je vous dirai à ce propos, mes filles, qu’un saint religieux, grand personnage, avait grande répugnance à être averti ; et néanmoins, quand ses premiers mouvements étaient passés, car il se mettait toujours en colère, il revenait à lui, demandait pardon et suppliait que lion continuât. Il fut trois ou quatre ans en ce combat, puis il réussit à se surmonter si bien lui-même que l’on ne lui pouvait faire plus grand plaisir que de le reprendre. Il en sentait alors plus de joie qu’il n’avait eu de répugnance, et en était venu à ce point par la violence qu’il s’était faite à souffrir les avertissements et à s’en humilier.

Dites-nous, ma sœur, pourquoi est-il à propos que l’on nous avertisse de nos fautes ?

— Parce que c’est un moyen de nous en corriger et que cela nous fait conserver notre vocation

— Voilà qui est bien ; voilà deux grands moyens que notre sœur nous a rapportés : un moyen de se corriger, car qui est-ce qui ne se corrigerait pas à la suite d’un avertissement ? et un moyen de conserver sa vocation ; rien ne la peut mieux conserver que de se relever, par le moyen des avertissements, des fautes qui nous la pourraient faire perdre, si nous n’en étions avertis.

Les filles de Sainte-Marie ont une belle pratique, que je trouve extrêmement utile, quand l’une d’elles avertit une autre d’une faute, celle qui reçoit l’avertissement se

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met à genoux et dit : "Il est vrai ma sœur, que j’ai fait cette faute par malice, ou par orgueil, ou par quelqu’autre motif ; en tel temps j’en fis encore une autre par telle ou telle intention." Voyez-vous, mes filles, au lieu de s’excuser elles avouent leurs fautes, les montrent encore plus grandes qu’elles ne paraissent, et, de plus, en ajoutent une autre. Oh ! s’il plaît à Dieu que cela s’introduise dans la maison et se fasse en esprit d’humilité, je défie tous les démons de l’enfer, quand ils seraient encore dix fois plus nombreux qu’ils ne sont, je les défie, dis-je, de la pouvoir renverser.

Ma sœur qui êtes là-bas, vous semble-t-il qu’il soit à propos de s’avertir de ses fautes ?

— Mon Père, il me semble que c’est le meilleur moyen que nous puissions avoir pour nous en corriger. Je fus si orgueilleuse dernièrement qu’avertie d’une faute par une de mes sœurs, à qui j’avais moi-même demandé la charité, je témoignai que je ne le trouvais pas bon. Je vous en demande très humblement pardon, et à vous, ma sœur, qui m’avez fait cette charité.

L’autre sœur se mit à genoux et dit : Ma sœur, c’est moi qui vous le demande. Je ne vous fis pas l’avertissement à propos, parce qu’il y avait du monde présent.

— Oh ! que voilà qui va bien ! L’une s’accuse de n’avoir pas bien pris l’avertissement l’autre de ne l’avoir pas bien donné, et ainsi chacune veut mettre la faute sur soi. Je demandais dernièrement à un de nos frères, qui n’est pas de la maison d’ici : "Comment va votre famille, mon frère ? Vivez-vous bien au pays ?" — "Hélas ! Monsieur, dit-il, il n’en peut être autrement, car c’est à qui s’humiliera davantage ; s’il y a quelque faute, chacun s’en dit coupable et la prend sur soi, de sorte que nous n’avons garde de bien vivre en paix. Nous

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sommes comme des enfants, et c’est une bénédiction de Dieu admirable."

Ce bon frère me consola extrêmement par là et me fit voir que leur grande paix et union venait de ce que chacun trouvait bon que l’on l’avertît, et même s’estimait coupable des fautes ; et, par une sainte émulation, c’était à qui s’humilierait le plus.

Oh ! c’est une clef de la vie spirituelle, mes filles, que de vouloir bien être averti, de le bien prendre et d’estimer que, si l’on nous connaissait, on nous ferait bien voir d’autres fautes. Cela nous humilie en nous-mêmes, car, si nous nous regardons bien, nous trouverons qu’il n’y a pas plus méchante personne que nous ; et parce que nous négligeons de nous regarder, à raison des laideurs que nous apercevons en nous, les avertissements nous montrent ce que l’amour-propre nous cachait ; et si nous le prenons bien, nous trouverons que cela nous mènera petit à petit à une plus grande perfection.

Levez-vous, mes filles, dit-il aux sœurs qui étaient demeurées à genoux. Mais la sainte coutume est de baiser la terre quand on a dit sa coulpe…

Oh ! voilà qui va bien ! Tant que les Filles de la Charité en useront de la sorte, c’est-à-dire qu’elles s’entr’avertiront en esprit de charité, qu’elles s’humilieront et demeureront dans la connaissance et dans l’aveu de leurs fautes ah ! tout l’enfer ne prévaudra pas contre elles et ne leur saura nuire. Mais aussi, si quelqu’une d’entre vous avait cette mauvaise disposition qu’elle ne voulût point être avertie, et qu’au lieu de s’humilier elle se cabrât et communiquât sa mauvaise humeur aux autres oh ! le plus petit démon de l’enfer vous renverserait aisément. Prenez-y bien garde, je vous prie.

Ma sœur vous plaît-il nous dire pourquoi on doit souhaiter d’être averti de ses fautes ?

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— Mon Père, il me semble que cela nous perfectionne de plus en plus et donne occasion à la sœur qui avertit de faire un acte de charité, et à celle qui est avertie d’en faire un d’humilité et de soumission.

— Voilà qui est bien. Vous avez raison, ma fille, de dire et que cela nous perfectionne et que la sœur qui avertit fait un acte de charité et que celle qui reçoit l’avertissement en fait un de soumission ; car quelle plus grande facilité peut-on avoir pour se perfectionner, que de savoir ses imperfections, et quelle plus grande charité peut-on faire à une personne qui ne les connaît pas, que de les lui montrer !

Hélas ! dès que l’on voit un peu de boue sur le linge ou sur les habits de quelqu’une, on dira aussitôt : "Ma sœur, prenez garde, voilà qui s’est gâté." Et nous lui verrions des taches de l’âme sans le lui dire ! Oh ! ce serait manquer de charité. Retenez donc, mes filles, que ce serait manquer de charité de ne pas avertir sa sœur, si on la voyait tomber dans une faute notable et qu’elle ne s’en aperçût pas. Ce n’est pas que tout le monde doive avertir, ni à toute rencontre, mais il faut prendre son temps pour que l’avertissement profite.

Ma sœur, vous plaît-il nous dire vos pensées sur le sujet dont nous traitons ?

— Mon Père, il m’a semblé, au peu d’oraison que j’ai fait, qu’il était nécessaire d’être averties pour nous rendre soigneuses de nous corriger, connaissant, par ma propre expérience, que je fais beaucoup de fautes, dont je m’aperçois et ne me corrige pas, parce que l’on ne m’en dit rien. J’en ai fait beaucoup, tant depuis que je suis à la maison, que depuis la dernière conférence, en la pratique de mes règles, où je ne me suis point rendue soigneuse. Au contraire, je me suis souvent servie de quelque léger prétexte pour m’en exempter, et spécialement

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du lever du matin. Et en cela j’ai bien malédifié la sœur avec qui j’étais, qui pouvait bien remarquer qu’il n’y avait pas de sujet légitime.

J’ai aussi beaucoup manqué au sujet des avertissements, car j’ai négligé de me corriger de fautes dont on m’avertissait avec tant de douceur, pour compatir à ma faiblesse, que je ne prenais pas garde que ce fût avertissement.

J’ai aussi, par orgueil, contesté à Mademoiselle, quand elle m’a fait la charité de m’avertir de quelque faute, ne demeurant pas d’accord que ce fût faute, et me voulant justifier avec trop de présomption

De tout cela, mon Père, je demande très humblement pardon à Dieu, à votre charité, à Mademoiselle et à toutes mes sœurs. Je les supplie de tout mon cœur de dire ce qu’elles trouveront de fautes en moi, afin que je m’en corrige.

— Dieu soit béni, ma sœur, de l’aveu que sa bonté permet que vous fassiez de vos fautes ! C’est une grande disposition pour vous en corriger.

Quant au lever du matin, nous en avons déjà parlé. Il serait à craindre, si chacune n’y apportait remède, qu’à la fin il n’y eût plus d’observance. Un moyen d’empêcher ce désordre, c’est de n’écouter pas les petites indispositions qui nous voudraient arrêter au lit ; car si vous demeurez aujourd’hui pour celles-ci il en viendra demain d’autres, et toujours vous en trouverez quelqu’une. J’excepte les infirmes, mais notablement infirmes, et qui souffrent de ne pouvoir être dans l’observance. Hors cela, je n’estime pas que, pour de petites incommodités qui ne sont pas considérables, on doive s’exempter. Si vous vous sentez un peu mal, que vous vous arrêtiez au lit aujourd’hui, et puis encore demain, et que cela ne passe point, ce n’est pas le repos qu’il vous faut, et j’estime

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que vous ferez mieux pour votre santé de prendre le train de la communauté. Nous avions chez nous un prêtre qui était fort tendre sur lui-même. Il avait quelques indispositions et pensait que le lever du matin y contribuait quelque peu. On lui dit : "Bien, Monsieur, il faut voir ; demeurez un mois sans vous lever, et on verra dans ce temps comme vous vous porterez." Il fut donc un mois s’en donnant à cœur joie de dormir ; et au bout de ce temps il me vint trouver. "O Monsieur, dit-il, j’avoue qu’il faut que je suive la règle. Il y a tant de temps que je me repose, et je suis encore pis que je n’étais. Je vous prie de me permettre de me lever." Nous le lui accordâmes ; et il fait fort bien. Tant il est vrai que le lever matinal ne gâte jamais rien ; au contraire, il dissipe les humeurs que le trop dormir amasse ; et vous verrez toujours qu’une personne qui se lèvera régulièrement le matin, se portera mieux que celle qui paressera et se lèvera tantôt tôt et le plus souvent tard. Rien n’amasse plus de mauvaises humeurs que le trop dormir Cela vous donne des catarrhes, des fluxions et mille autres incommodités que l’exercice dissipe.

Outre cela, c’est le premier acte de fidélité que nous rendons à Dieu que celui du lever, quand la cloche nous y convie ; et ordinairement de celui-là s’ensuit tout le reste du jour. Croyez-moi il ne faut point marchander avec son chevet, car l’on n’y trouvé pas son compte.

Oh bien ! mes sœurs, il se fait tard, et il est temps que chacune de vous et moi le premier, qui en ai le plus de besoin, fortifiés de la grâce de Dieu, qu’il ne nous déniera pas, pourvu que nous lui soyons fidèles, nous prenions une bonne résolution de chérir et de caresser avec une tendresse toute particulière ceux qui nous feront tant de bien que de nous avertir de nos manquements estimant

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