Entretiens aux Filles de la Charité (page 30)
Il y a des âmes qui entendent la parole de Dieu et la reçoivent mais les oiseaux du ciel qui sont les distractions, l’emportent incontinent comme la semence qui tombe sur le chemin, et il n’en demeure rien pource qu’elle n’a pas eu le loisir d’y germer. Aussitôt entendue aussitôt perdue, parce que la première pensée qui s’est présentée à leur esprit les en a diverties.
D’autres la reçoivent jusque dans leurs cœurs et en parlent en quelque rencontre ; mais, parce que la mortification n’avait pas préparé leurs cœurs c’était une terre dure et non labourée. La semence a bien voirement germé et produit quelques herbes, mais cela meurt incontinent sans porter aucun fruit.
D’autres âmes figurent la semence qui tombe dans les épines. Elles reçoivent, à la vérité, cette divine parole, mais les chagrins, les soucis et l’empressement dont elles sont pleines suffoquent la parole qu’elles ont reçue ; car, pour avoir un esprit trop chagrin, elles ne s’alimentent pas de cette sainte nourriture.
Il est vrai, mes chères sœurs, qu’il faut aller aux malades pour leur porter les remèdes, que le quartier est étendu et le nombre des malades très grand ; mais il est vrai aussi que cela ne doit pas préjudicier à la pratique de vos règles et spécialement de l’oraison, qui vous dispose à recevoir la parole de Dieu avec fruit et profit. Il y a parmi vous de bonnes âmes, toutes pleines de l’estime de la parole de Dieu, et convaincues du besoin
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qu’elles en ont, humbles, soumises, mortifiées, tranquilles et sans empressement ni chagrin, dans une sainte joie fondée sur Dieu et tendant à Dieu.
Ah ! mes sœurs, ces âmes sont comme une bonne terre bien labourée et cultivée, qui reçoit la semence, lui donne le suc nécessaire et la fait foisonner en son temps. Oh ! il y en a parmi vous, par la grâce de Dieu. je ne dirai pas combien, mais par la miséricorde de Dieu, c’est beaucoup. Prenez garde, mes sœurs, que chacune de vous soit du nombre ; faites en sorte que cette divine parole trouve un bon fonds pour s’enraciner.
Ces fondements posés, pourquoi, mes sœurs, devons-nous profiter des conférences et instructions qui nous sont données ? Vous avez dit : parce que Dieu parle par la bouche de celles qui sont interrogées. Dieu a promis de se communiquer aux petits et aux humbles et de leur manifester ses secrets.
Pourquoi donc ne croirions-nous pas que ce qui est dit est de Dieu, puisque c’est dit et par des petits et à des petits ? Oui, mes sœurs, Dieu prend un tel plaisir que, on peut le dire, c’est son grand plaisir de se faire connaître aux humbles. Belles paroles de Jésus-Christ qui montrent bien que ce n’est pas dans les Louvres ni chez les princes que Dieu prend ses délices ! Il le dit en un endroit de l’écriture : "O mon Père, je vous loue et vous remercie de ce que vous avez caché vos mystères aux grands du monde et les avez manifestés aux humbles." (6). Il n’a que faire de la pompe et de l’ornement extérieur ; mais il se plaît dans une âme humble, dans une âme qui est instruite de lui seul et ne fait point de cas de la science du monde. Quel motif, mes sœurs, de vous affectionner aux conférences, puisque c’est là que Dieu
6) St Matthieu XI, 25.
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vous fait voir ses secrets, c’est là qu’il vous découvre les moyens de votre avancement !
Si l’on traite d’une vertu, celle-ci en dira une raison, celle-là une autre ; celle-ci un moyen, celle-là un autre ; et Dieu veut que chacune soit excitée par toutes les raisons qui sont dites, et instruite par tous les moyens qui sont découverts.
Mais c’est une fille qui a trouvé cette raison et ce moyen. — N’importe ! C’est Dieu par elle ; c’est Dieu qui les lui a communiqués c’est de lui qu’ils viennent, et, parce que c’est Dieu, ils vous doivent être précieux et vous devez les recueillir soigneusement.
La troisième raison, comme on a bien dit, c’est l’utilité qu’on tire des instructions pour sa conduite. Une Fille de la Charité se trouvera chez une dame, chez un malade, chez quelqu’autre, et là se présentera l’occasion de pratiquer la vertu de modestie, de souffrir quelque chose qui répugne à la nature, qu’elle se souvienne de quelque bon mot entendu dans une conférence, ah ! elle sera tout animée et n’aura plus de difficulté. Elle aura eu quelque petit différend avec sa sœur, et le diable essayera de la détourner de s’humilier, qu’elle se souvienne d’avoir entendu dans une conférence combien un acte d’humiliation est chose agréable à Dieu, oh ! elle s’ira jeter aux pieds de sa sœur, et toutes deux tireront fruit de la conférence qu’elles auront ouïe il y a longtemps ; tant il est vrai que les conférences sont extrêmement nécessaires et d’un grand fruit.
Si vous me demandez ce qui vous peut maintenir, mes chères sœurs, chacune en particulier, je vous dirai que c’est l’oraison, car c’est la manne journalière qui descend du ciel. Mais, voyez-vous, si vous me demandez ce qui maintiendra toute la Compagnie, oh ! c’est la conférence. Rien ne donnera plus de lumière à la communauté ;
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rien ne lui donnera plus d’instruction ; rien ne redressera si bien ses chutes et n’empêchera qu’elle ne tombe en faute comme les conférences. C’est par là que Dieu vous parle, c’est par là que ses conduites vous sont découvertes et ses voies enseignées. Vous devez louer Dieu, mes sœurs, d’être entrées dans l’usage des conférences, d’avoir été choisies pour cela, car, comme je vous ai dit, on n’en usait plus et vous avez été élevées pour les mettre en usage. Oh ! gardez-vous bien, mes sœurs, d’en abuser.
Avant de passer plus avant, je vous dirai (car il est nécessaire que vous sachiez cela) que, si vous ne profitez point dans l’oraison, vous ne ferez pas grand fruit des conférences ; car, voyez-vous, mes chères sœurs, comme les jardiniers prennent leur temps deux fois le jour pour arroser les plantes de leur jardin, qui, sans ce secours, mourraient durant les grandes chaleurs, et qui, au contraire, grâce à cette humidité, tirent leur nourriture de la terre, car une certaine humeur, née de cet arrosement, monte par la racine, s’écoule le long de la tige, donne la vie aux branches et aux feuilles, et la saveur aux fruits ; ainsi, mes chères sœurs, nous sommes comme ces pauvres jardins dans lesquels la sécheresse fait mourir toutes les plantes, si le soin et l’industrie des jardiniers n’y pourvoient ; et pour cela vous avez le saint usage de l’oraison, qui, comme une douce rosée, va tous les matins humectant votre âme par la grâce qu’elle attire de Dieu sur vous. êtes-vous fatiguées des rencontres et des peines, vous avez encore le soir, ce salutaire rafraîchissement, qui va donnant vigueur à toutes vos actions. Oh ! que la Fille de la Charité fera de fruit en peu de temps, si elle est soigneuse de se rafraîchir par cet arrosement sacré ! Vous la verrez croître tous les jours de vertu en vertu, comme ce jardinier qui tous les jours voit ses plantes
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grandir, et en peu de temps elle avancera comme la belle aurore qui se lève le matin et va toujours croissant jusqu’au midi. Ainsi, mes filles, ira-t-elle jusqu’à ce qu’elle ait atteint le soleil de justice, qui est la lumière du monde et se soit abîmée en lui, comme l’aurore se va perdre dans le soleil.
Pour toutes ces raisons, que vous-mêmes avez dites et que Dieu vous a suggérées, mes chères sœurs, vous avez peut-être été pleinement persuadées de l’importance de ces entretiens.
Passons au second point. On a eu grande raison de dire que, pour en profiter, il fallait les estimer. Ce que nous avons dit au premier point nous a pu faire comprendre l’estime que nous devons faire de cette action.
Que faut-il faire ensuite ? Ah ! on l’a dit aussi, on l’a dit, par la grâce de Dieu ; on a trouvé et les raisons et les moyens accessoires pour faire usage des instructions. On a dit qu’il fallait prier Dieu au commencement. Oh ! l’excellent moyen, mes sœurs ! Vous ne sauriez croire combien il est efficace. Offrir à Dieu ce qui sera dit s’offrir soi-même pour l’entendre et pour en profiter, offrir toutes celles qui y sont présentes et demander le secours du Saint-Esprit, de nos bons anges et de ceux qui y sont, afin que ce qui sera dit s’imprime dans les cœurs par le ministère du Saint-Esprit et que nous y soyons fidèles par le ministère de nos anges gardiens ; faire un profond acte d’humilité devant Dieu, se reconnaître indigne de participer à ce bienfait par l’abus que nous avons fait des grâces de Dieu, et prendre la résolution d’en faire un tout autre usage.
Le second moyen est de bien écouter, avec une fidèle attention les sacrées paroles de Dieu qui sortent de la bouche de ceux en qui ii les a mises, et, en écoutant, élever souvent son esprit à Dieu pour lui demander la grâce
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d’en profiter. Mon Dieu, j’entends ce qui se dit mais, si vous ne donnez cette grâce à mon cœur, cette divine semence ne germera point en lui.
De plus, mes chères sœurs il se faut édifier de tout car il se faut bien garder de juger et de dire : "Celle-ci ou celle-là a dit cela et ne le fait pas", ou bien : "Celle-ci a mieux dit que celle-là", "Celle-là n’a pas bien dit". O mon Dieu ! mes chères sœurs, fuyons cela comme un poison que le serpent infernal jetterait dans la Compagnie, gardons-nous de cela comme de la mort et de l’enfer. Il faut tout écouter avec humilité et simplicité prendre chacune pour soi les instructions qui nous y sont données, et ne pas faire comme ceux qui vont à la prédication sans dévotion. Ils écoutent si le prédicateur dit bien. S’il reprend les vices, au lieu de s’en corriger, ils disent : "Oh ! qu’il a bien parlé à un tel !" "Oh ! qu’il a bien dit son fait à tel autre !" et jamais ne prennent rien pour leur particulier. Et ainsi ils iront toute leur vie au sermon sans s’amender. Et à la fin du temps, si Dieu ne fait miracle, ils mourront misérablement dans leurs péchés.
Un troisième moyen est de s’efforcer de bien retenir ce qu’on a entendu. Il est dit de la sainte Vierge qu’elle recueillait dans son cœur les paroles de son Fils ; elle s’en remplissait et les méditait après, de sorte qu’elle ne perdait rien de tous ses entretiens. Or, voyez-vous, mes chères sœurs, si la sainte Vierge, qui avait tant d’entretien et de communication avec Dieu, à qui les sacrés mystères étaient découverts et qui ne perdait point la présence de Dieu, si, dis-je, avec toutes ses lumières naturelles et surnaturelles, dont elle était souverainement avantagée au-dessus de toutes les créatures, elle ne laissait pas de recueillir précieusement les sacrées paroles de son Fils, que ne devons-nous pas faire pour essayer de conserver
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en nos cœurs l’onction de cette sainte parole ! Le baume, qui est une liqueur extrêmement suave et odoriférante, garde toujours son odeur, pourvu qu’il soit conservé dans un vaisseau bien clos ; car, s’il n’est ainsi bien bouché, l’odeur s’emportera, et vous n’y trouverez plus rien.
Le quatrième moyen de profiter des conférences, on l’a encore dit, c’est de s’en entretenir ; et ce moyen est très profitable, car, vous en entretenant les unes avec les autres, vous insinuerez doucement en vos cœurs ce que vous direz, vous vous enflammerez à la pratique, et celles avec qui vous parlerez s’en édifieront, s’en instruiront et en instruiront d’autres, et comme cela vous profiterez et ferez profiter votre prochain. Dans les occasions qui se présenteront, rappelez ce que vous avez entendu. "Mon Dieu ! ma sœur, vous souvient-il qu’en telle conférence telle sœur a dit telle chose là-dessus ?" Quand vous vous visitez les unes les autres, remémorez-vous chacune de ce que vous aurez retenu.
O mes chères sœurs, quel fruit vous en recueillerez ! Ce n’est pas croyable ; il le faut éprouver. Quand nous allons en mission à la campagne, il se trouve parfois des pères qui ne savent rien du tout, d’autres qui savent plus ; et quand nous demandons à ceux-ci : "D’où vient que vous avez plus d’instruction que d’autres ?" ils nous répondent : "C’est, Monsieur que mon fils va à l’école ; il apprend le catéchisme, et, quand il revient, il nous le répète ; et comme cela nous savons quelque chose."
Voyez mes sœurs, les pères apprennent de leurs enfants ; ils sont bien aisés que leurs enfants leur montrent. Et pourquoi nous autres ne serions-nous pas contents d’apprendre ce que nous ne savons pas ?
A tous ces moyens, mes chères sœurs, j’en ajoute un, qui est d’exécuter fidèlement ce que l’on a entendu, et
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cela sans retard, car, en différant, on oublie, et puis on se ralentit, et tout se perd. Tout aussitôt que nous avons formé une résolution forte et vigoureuse de faire bon usage des instructions que nous avons entendues, montrons par nos œuvres le profit que nous avons fait, et nous attirerons les bénédictions du ciel pour un nouveau progrès.
Notre-Seigneur dit sur ce sujet : Habenti dabitur, Dieu donnera à celui qui fait bon usage de ce qu’il a donné. Rien mes chères sœurs n’attire davantage les grâces de Dieu pour faire lé bien, que d’y être fidèle et de le mettre en pratique quand il nous est connu, comme au contraire, rien n’apporte plus de retardement à l’âme que l’infidélité. Mes sœurs, savez-vous comment Dieu se gouverne à l’endroit d’une âme qui méprise ses grâces ? Il les retire, et alors elle tombe dans l’endurcissement, puis dans le dégoût, et enfin dans l’impossibilité de ne plus rien faire ; de sorte qu’elle perd non seulement la grâce qui lui est offerte, ce qui est beaucoup, mais les vertus qu’elle avait et demeure dénuée de tout ornement, sans savoir à quoi se résoudre ni de quel côté se tourner. Plaise à la bonté de Dieu préserver la Compagnie de ce misérable état et la rendre fidèle à la pratique du bien ! Mes chères sœurs, je vous exhorte de tout mon cœur, par les entrailles sacrées du Fils de Dieu, qui prend ses délices parmi vous, qui n’est venu au monde, n’a travaillé, prié, sué, veillé et n’est mort que pour nous donner exemple de ce que nous devons faire, je vous exhorte dis-je, mes sœurs, par cet amour inconcevable qu’il a pour vous, à travailler sans délai à mettre en pratique ce que vous avez entendu ; et croyez que c’est un des moyens les plus efficaces que vous puissiez trouver pour tirer fruit du bien que Dieu vous présente. Croyez-moi, mes sœurs, notre bonheur dépend absolument de notre
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fidélité à cela, car, en profitant de ce que déjà nous avons fait, nous attirons bénédiction sur ce que nous faisons, et, en ne perdant point d’occasions nous croîtrons de vertu en vertu, comme cette belle aurore qui va toujours croissant du matin jusqu’au midi.
Je supplie Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a usé des conférences pour l’établissement, le progrès et la perfection de son église, que les grâces dont il vous comblera servent à l’augmentation et perfection de la vertu qu’il veut mettre en vous, et que la fidélité que chacune de vous apportera à ces grâces en attire toujours de nouvelles pour travailler de plus en plus au soulagement du prochain en la manière qu’il demande de vous pour sa plus grande gloire.
Benediclio Dei Patris
37. — CONFéRENCE DU 31 MAI 1648
SUR L’ORAISON
Mes sœurs, le sujet de cette conférence est de l’oraison. Le premier point est des raisons de ne point manquer à faire tous les jours l’oraison le second, des pensées que Dieu vous aura données sur le sujet de la venue du Saint-Esprit. Sur le premier point, mes filles, vous avez à regarder pour quelles raisons il est bon et même nécessaire qu’une Fille de la Charité ne manque point à faire tous les jours son oraison, les avantages qui lui en reviendront, si elle la fait ; et les dommages qu’elle recevra, si elle y manque.
Ma sœur, vous plaît-il nous dire vos pensées là-dessus ?
Entretien 37. — Cahier écrit par la sœur Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)
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— Sur le premier point, il m’a semblé qu’après la sainte communion l’oraison est la nourriture de l’âme et comme nous avons besoin tous les jours de nourriture corporelle, de même nous avons besoin tous les jours de nourriture spirituelle pour la conservation de notre âme.
La deuxième raison, c’est qu’en l’oraison nous apprenons les volontés de Dieu, nous nous perfectionnons, nous prenons des forces pour résister aux tentations et nous nous affermissons en notre vocation ; enfin c’est là que notre âme a le bonheur de parler cœur à cœur avec Dieu. Au contraire, quand nous n’avons point fait oraison, nous sommes languissants et nous ne sentons point la présence de Dieu le long de la journée.
Sur le deuxième point, qui est de la venue du Saint-Esprit, j’ai pensé que, pour être dignes que le Saint-Esprit vienne en nous, il faut avoir grande union et n’être qu’un cœur, principalement entre nous, pour mieux représenter l’union que le Saint-Esprit a avec le Père et le Fils, et vider toutes les puissances de notre âme des affections déréglées, afin que le Saint-Esprit y trouve place et les remplisse de ses dons et grâces. De plus, il faut que nous ayons une grande humilité et paix intérieure, parce que le Dieu de paix n’habite qu’en un lieu de paix. Nous saurons que nous l’avons reçu quand nous sentirons en nous plus d’amour et de promptitude à l’acquisition des vertus. Je me suis reconnue bien éloignée de ces préparations et ai pris la résolution d’y travailler, avec la grâce du Saint-Esprit.
— Ma sœur, dites-nous, je vous prie, les pensées que vous avez eues sur ce sujet.
— Mon Père, une raison de ne point manquer à faire notre oraison tous les jours est le besoin que nous avons de forces pour combattre notre inclination naturelle au mal, et l’obligation où nous sommes de correspondre au
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dessein que Dieu a de nous sanctifier, dont il nous donne les moyens en l’oraison.
— Et vous, ma fille, nous direz-vous ce que vous avez fait ?
— J’ai pensé, sur le premier point, que Notre-Seigneur s’est servi de l’oraison en tout le cours de sa sainte vie et l’a pratiquée dès son enfance, car il se dérobait bien souvent à ses parents pour faire oraison dans le temple de Jérusalem. Une autre fois, quand il voulut faire élection de ses apôtres, il eut recours à l’oraison, et il a continué cette pratique jusques à la mort de la croix. Puisque le Fils de Dieu nous a montré l’exemple, nous le devons imiter. Une autre raison est que l’oraison nous approche de Dieu plus particulièrement et nous unit à lui par la pratique des résolutions que nous y prenons. Une troisième raison est qu’une Fille de la Charité qui ne ferait point tous les jours l’oraison ne saurait être agréable à Dieu, ni subsister longtemps dans sa vocation ; et elle ne peut être vraie Fille de la Charité, puisque c’est dans l’oraison que l’on prend force pour s’animer au service de Dieu et du prochain.
Sur la venue du Saint-Esprit j’ai pensé que, si nous voulons recevoir la grâce du Saint-Esprit dans l’oraison, nous devons beaucoup aimer cet exercice et y être fidèles tous les jours jusques à la mort comme à la nourriture de notre âme et à son pain journalier.
Sur ce que les apôtres, après avoir reçu le Saint-Esprit, furent tout changés et parlaient des langages nouveaux, j’ai pensé que, moi aussi, je reconnaîtrais avoir reçu le Saint-Esprit si, dans mes paroles ou par mes actions, je parlais un tout autre langage, si je m’abstenais de dire tant de paroles inutiles que je dis bien souvent par légèreté d’esprit, et cessais de donner mauvais exemple à mes sœurs.
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— Ma sœur, vous plaît-il nous dire ce que Dieu vous a donné sur ce sujet ?
— J’ai pensé, sur le premier point, que Notre-Seigneur a dit que sa maison était la maison d’oraison et que, puisqu’il nous a fait la grâce de nous appeler à son service, nous devons vaquer à l’oraison pour ne pas déroger à ce qui se doit faire dans la maison de Dieu.
2° Comme l’oraison est la nourriture de l’âme, si nous manquons à la faire, notre âme est en danger de tomber en défaillance, tout comme notre corps, quand il manque de prendre sa réfection.
3° Faire l’oraison, c’est faire ce que les anges et les saints font dans le ciel ; c’est en l’oraison que l’âme s’entretient en l’amour et familiarité avec Dieu, dont elle déchoira infailliblement si elle néglige ce saint exercice. 4° L’oraison nous retire du péché, car comment se pourrait-il faire que, communiquant tous les jours avec Dieu, nous pussions contracter habitude au péché qu’il hait souverainement ! Si nous y tombons, Dieu nous fait la grâce de le connaître en l’oraison et nous donne force pour nous en relever. Partant, il ne se peut que l’âme fidèle et exacte à la pratique de l’oraison ne fasse progrès en la vertu.
5° Dieu nous donne tous les jours en l’oraison grâce suffisante pour travailler à notre avancement et nous fait voir ce qui nous est convenable pour l’embrasser, ou ce qu’il est nécessaire que nous évitions.
Pour l’oraison d’aujourd’hui (1), j’ai pensé, sur ces paroles "les jours de la Pentecôte étant accomplis", combien Dieu est fidèle en ses promesses, sans néanmoins changer les ordres de sa prescience, comme il parut en ce mystère, qui ne s’accomplit que dans le temps où Dieu
1)- Cette Conférence se donnait le jour de la Pentecôte.
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l’avait ordonné, quoiqu’il eût pu sembler nécessaire que le Saint-Esprit descendit sur les apôtres dès que Notre-Seigneur monta au ciel, pour ne les pas laisser sans consolation. Et néanmoins il parut, après, que le retardement leur avait été très avantageux pour leur faire connaître, par les ennuis de la privation, le bien qu’ils attendaient et pour les y disposer, ce qui m’a fait résoudre d’aimer et d’adorer cette sainte Providence, qui ordonne de toutes choses pour notre mieux, et de me confier à ses nouveaux soins.
2° J’ai regardé la joie qu’éprouvait la sainte Vierge, en se sentant si remplie de l’amour sacré du Père et du Fils, qui avait opéré en elle le mystère de l’Incarnation, les actes d’adoration qu’elle rendit à Dieu, les actions de grâces et l’offrande qu’elle lui fit derechef d’elle-même. J’ai regardé aussi la joie des apôtres, qui se sentaient tout autres qu’ils n’étaient avant, le courage qui les animait, puisque, dès lors, ils exercèrent leur ministère sans aucune crainte. Je me suis adressée à la sainte Vierge, comme épouse du Saint-Esprit, afin qu’elle m’obtînt de lui qu’il prît possession de mon cœur et l’embrasât de l’amour sacré.
3°J’ai considéré ce grand don que Dieu fit à l’église par le Saint-Esprit, qui n’est qu’amour. Il a voulu qu’elle commençât à paraître Publiquement, après l’avoir reçu, pour nous apprendre à toutes que comme vraies enfants de l’église, nous devons d’être liées d’un saint et véritable amour les unes aux autres. J’ai prié ce Saint-Esprit de mettre ses fruits et ses dons en moi, d’y opérer les vrais effets de son amour et de détruire l’amour-propre qui y a été le maître jusques à présent et que je me suis résolue de combattre, aidée de sa grâce et assistance.
Quelques autres sœurs dirent en substance environ les mêmes choses Ce qui fait que nous les omettons.
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Et parce que notre très honoré Père était fort pressé, il abrégea les demandes que sa charité fait ordinairement à la plupart des sœurs, et interrogea Mademoiselle, qui répondit :
Au premier point de notre oraison, j’ai vu qu’une des raisons que nous avons de ne point manquer à faire l’oraison tous les jours est son excellence, puisqu’en la faisant nous parlons à Dieu. Et en cela j’ai reconnu de grands avantages, Dieu y pouvant faire connaître sa bonté de s’abaisser jusques à ce point et de nous élever en telle manière.
Une autre raison est la recommandation que le Fils de Dieu a faite tant de fois de prier Dieu son Père de paroles et d’exemples, tant par la prière vocale qu’il nous a enseignée lui-même, que par la mentale, nous avertissant que Dieu veut être servi en esprit et en vérité.
Une troisième raison est que, l’oraison étant un don de Dieu, nous devons faire notre possible pour l’attirer sur nous, non seulement pour les grandes utilités qui nous en peuvent arriver, mais pour l’estime que nous devons faire du donateur.