Entretiens aux Filles de la Charité (page 33)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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suite de mes sensualités, que je n’ai pas combattues avec le courage que j’eusse dû avoir.

— Or, quels moyens maintenant, vous semble-t-il, ma fille, qu’il faut prendre pour fuir l’esprit du monde ?

— Il me semble qu’il le faut tous les jours demander à Dieu.

Une autre sœur :

Il faut, en toutes nos actions, regarder quel a été l’esprit avec lequel le Fils de Dieu faisait les siennes, pour tâcher de faire les nôtres avec le même.

Une autre sœur

Il me semble qu’un bon moyen est de ne jamais parler de ce qui se passe parmi les personnes du monde, de peur que notre esprit ne s’y attache d’affection ; ce qui pourrait causer notre perte.

Une autre sœur :

Il est bon, ce me semble, de se tenir bien recolligée et de ne s’arrêter chez les séculiers que le temps nécessaire pour ce que nous avons à traiter avec eux.

Une autre sœur :

Un moyen de fuir l’esprit du monde est de demander humblement et instamment à Dieu d’en bien connaître l’iniquité, afin d’en concevoir une grande haine.

Une autre sœur :

Remercier tous les jours Notre-Seigneur de nous avoir mises sur le chemin qui nous en éloigne, et lui demander force et aide pour travailler à nous en défaire tout à fait.

Une autre sœur :

S’attacher fortement à l’esprit de Jésus-Christ et tâcher de faire en sorte de ne rien faire qui ne lui soit conforme.

Plusieurs autres sœurs parlèrent sur tous les points, et dirent des choses approchantes de celles qui sont insérées ici.

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Après quoi, notre très honoré Père commença en ces termes :

Or sus, béni soit Dieu, béni soit Dieu et loué à jamais de ce que, par sa bonté et miséricorde infinie, il a daigné nous faire connaître que ceux qui le doivent servir en esprit et vérité doivent tous être éloignés de l’esprit du monde !

Mais, mes chères sœurs, quand on dit l’esprit du monde, il faut savoir ce que c’est que le monde et quel est son esprit. Le monde, à proprement parler, se peut entendre de cette grande machine qui compose l’univers ; et son esprit, de l’esprit qui la meut et la guide. Le monde peut encore être pris pour tous les hommes ensemble ; et son esprit serait celui de tous les hommes en général. Le monde, ce sont encore les hommes mondains, les hommes adonnés au plaisir, à la vanité et à l’avarice ; et l’esprit qui anime ces gens-là, un esprit de perdition et de damnation, qui se bande contre Dieu et conduit l’âme à sa totale ruine. Et pour cela le Fils de Dieu n’a point prié pour ces gens-là. Lui qui n’est venu sur terre que pour sauver les hommes, qui a donné son sang et sa vie pour les racheter, il y a trouvé des hommes poussés d’un si malheureux esprit qu’ils l’ont obligé à ne point prier pour eux.

Voilà une grande raison, mes filles. Quoi ! moi, Fille de la Charité, qui ai eu intention de me donner à Dieu pour le servir et faire mon salut, je me trouverai dans un état où le Fils de Dieu m’abandonnera et ne priera point pour moi ! Et à qui m’adresserai-je, qui me protégera, si je suis délaissée de mon Seigneur Jésus-Christ ! Et comment oserai-je m’adresser au Père éternel, si son Fils m’abandonne ! Et cependant, mes filles, cela se trouvera trop vrai, si vous avez quelque part à l’esprit du monde, dont vous ne fassiez pas effort pour vous défaire.

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Mais Monsieur, me direz-vous, en quoi une Fille de la Charité peut-elle avoir part à l’esprit du monde ? Oh ! je vous le vais dire. Premièrement, le monde, ou esprit du monde, n’est autre chose que la convoitise des yeux, par laquelle s’entend l’amour des richesses et le désir d’avoir ce que l’on voit aux autres ; la concupiscence de la chair, qui est l’affection au plaisir, soit de l’ouïe, soit de la vue, soit du goût, de l’oreille, du toucher et enfin de tout ce qui satisfait les sens ; et la superbe de la vie, qui est une affection à l’honneur, à l’estime, à ce que l’on pense du bien de nous, que l’on en die, que l’on croie que nous faisons bien à cette paroisse, bien à cet hôpital, bien à la campagne et bien enfin en quelque part que nous soyons employées.

Mais, Monsieur, se peut-il faire qu’une fille vêtue pauvrement qui a son travail si réglé qu’elle n’a pas souvent tout le temps qu’il lui faut, puisse s’appliquer l’esprit à ce que vous dites ? — Oh ! je vous réponds, mes filles, que le monde, si l’on n’y prend bien garde, veut avoir sa part de tout. C’est ce qui a fait dire à saint Paul : "Faisons bien, de peur que le monde ne nous séduise. (2)

Une Fille de la Charité, qui doit imiter la sainte pauvreté de Jésus-Christ, aura une affection déréglée et pressante que rien ne manque à son accommodement, voudra être bien logée, bien meublée, avoir un beau lit ; voilà une affection au bien qui procède de l’esprit du monde et vient de la convoitise des yeux.

Après cela, suit l’affection à l’honneur. Telle ne se souciera pas d’être si bien accommodée ; mais elle aimera la réputation, elle sera bien aise d’être en bon prédicament vers les dames, chez ses sœurs auprès de sa supérieure, de passer pour vigilante à son affaire, charitable

2) épître de saint Paul aux Galates VI, 9.

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aux malades, ponctuelle à ses règles. Voilà la superbe de la vie.

Une fille qui aura peine d’avoir de méchants habits, de n’avoir pas son collet bien dressé, ou assez bon, s’en inquiétera, n’en ira pas si librement où elle aura à faire, voudra avoir des souliers bien faits, aura peine d’en avoir de plats, de maussadement raccommodés. Esprit du monde que tout cela, mes filles ! Prenez garde, je vous prie.

Une Fille de la Charité qui se plaît à dire de beaux mots, à être montrée comme parlant bien, qui, s’il y a un mot nouveau et en usage, le sait et prend son temps pour le dire bien à propos ; esprit du monde !

Ne pensez pas, mes chères filles, que mon but, en vous représentant toutes ces affections qui procèdent de l’esprit du monde, est de vous faire tomber dans le contraire et que à l’honnête accommodement d’une chambre doit faire place le désordre ; à l’affection à l’honneur, une conduite telle que le prochain en serait malédifié ; à ce collet bien dressé, un collet sale et maussade ; à Ces mots recherchés que la langue française trouve de temps en temps et dont vous n’avez pas besoin pour vous faire comprendre, car bien souvent ils ne signifient rien, des paroles triviales et grossières ; oh ! non, il faut toujours éviter les extrémités. Vous pouvez avoir votre chambre propre, cela est toujours bien ; mais, si elle n’est pas si belle, si les meubles sont pauvres, ne vous mettez point en peine. Vous devez faire votre possible pour que vos pauvres ne manquent de rien, mais que ce ne soit pas par le désir que Monsieur le curé et les dames le sachent et vous en louent. Vous devez être exactes à vos règles, mais dans la pensée que vous plaisez à Dieu en les suivant, et non pour être plus estimées de votre supérieure et de vos sœurs. Vous devez être propres en vos pauvres habits et en votre linge ; mais, si ce collet est gâté, ou si

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la Providence ne permet pas qu’il ait été bien dressé, n’y faites point de réflexion, et allez tout ainsi que s’il était bien.

C’est encore mes chères filles, l’esprit du monde d’avoir quelque chose en particulier, de mettre quelque chose en réserve, de faire quelque épargne pour le besoin, ou pour avoir quelques commodités que l’on n’a point dans la maison ou qui ne seraient pas permises si on les demandait. Oh ! esprit du monde abominable et diabolique ! Par la grâce de Dieu, je n’en sache point qui le voulussent faire. Mais, si on en trouvait, mon Dieu ! que cela serait contraire à l’esprit et aux saintes maximes du Fils de Dieu !

C’est esprit du monde encore d’avoir peine à se trouver avec ses parents pauvres, de vouloir que l’on nous pense de meilleur lieu et plus accommodé que nous ne sommes, d’avoir honte de dire de qui l’on est issu. Esprit du monde encore de vouloir être bien logé, d’avoir sa chambre bien aérée dans une belle maison et bien accommodée.

C’est encore esprit du monde de ne vouloir point pour compagnes celles-ci ou celles-là, de ne se pouvoir accommoder à leurs humeurs, de les trouver trop grossières. Hélas ! mes filles, nous ne savons ce que nous voulons, nous avons souvent des trésors et nous ne le savons pas. Mais tout cela se découvre après, quand elles sont mortes et que chacune vient à rapporter ce qu’il en a connu. Mon Dieu ! ne vous souvient-il point, mes sœurs, de cette belle conférence qui fut faite de notre sœur Louise, où il fut rapporté des choses si admirables et que nous n’eussions jamais pensées ? J’en connais parmi vous, par la grâce de Dieu, qui sont éloignées de toutes les marques que nous avons données de l’esprit du monde, et je veux espérer de la miséricorde de Dieu que, si ce

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n’est le tout, c’est la meilleure partie. Je ne le sais pas bien, car je ne vous vois pas beaucoup, à cause de mes affaires ; ce serait bien une de mes plus grandes et plus sensibles consolations. Mais enfin je sais qu’il y en a, par la grâce de Dieu, qui n’ont rien de plus cher que de rencontrer quelques occasions de se mortifier ; je sais qu’il y en a qui travaillent fortement et courageusement à se défaire des aversions naturelles qu’elles pourraient avoir contre d’autres naturels qui leur sont opposés ; je sais qu’il y en a qui ne se plaignent jamais de leurs compagnes, quelles qu’elles soient.

Mais je sais aussi que plusieurs aiment leur aise, désirent être bien logées, bien accommodées, avoir pour compagne quelque fille bien faite. Je veux espérer qu’elles s’en corrigeront avec l’aide de Dieu.

C’est encore esprit du monde de s’arrêter au goût, de vouloir que le manger soit bon, qu’il ne manque rien à l’assaisonnement et que ce ne soit pas toujours de la viande la plus grossière. Se plaindre que le manger n’est pas préparé comme l’on désire est encore esprit du monde. "Ce pain n’est pas bon ; impossible d’en manger. C’est de pauvre viande ; on mourrait de faim auprès." Oh ! esprit du monde, mes filles ! Esprit de sensualité !

Se plaindre pour la santé est encore esprit du monde. "On n’a pas de soin des malades on les laisse sans consolation, ils n’ont point de douceurs ; les remèdes leur manquent." Ah ! mes filles, si ces choses se passent, c’est l’esprit du monde qui les suggère ; car, par la grâce de Dieu, je sais qu’aucune communauté n’en est au point où est la vôtre pour son accommodement, et que, par la sage conduite de celle qui vous gouverne la maison peut fournir au besoin et des saines et des malades. s’il n’y a point de superflu, vous en devez louer Dieu, parce

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que c’est abuser du bien qu’il nous donne, que de l’employer hors la nécessité et l’utilité.

Je m’assure, mes filles, que présentement, quand je vous dis ceci, aucune d’entre vous ne dit en elle-même : "Me voilà prise ; j’en tiens ; je suis toute remplie de l’esprit du monde." Sur quoi il faut remarquer qu’il y a grande différence entre sentir la tentation et consentir à la tentation. Or, il n’y a personne qui ne sente les répugnances naturelles que nous avons aux incommodités. Mais, si la sœur qui les sent se gouverne elle-même et ne laisse pas de passer par-dessus, tant s’en faut que cela lui soit imputé à péché, qu’au contraire elle en prend occasion de mérite. Ces sentiments-là, mes filles, vous peuvent bien venir ; mais, si vous y résistez et ne vous arrêtez point là-dessus, et n’en murmurez avec les autres, cela n’est rien qu’une épreuve de votre fidélité envers Dieu.

C’est encore esprit du monde de vouloir être la servante et avoir la direction des autres, de s’estimer plus capable de cette charge et de croire que l’on y fera mieux qu’une autre. Esprit du monde, dont Dieu, par son infinie miséricorde, nous veuille bien préserver !

Voilà donc en quoi consiste le second point. Il nous faut maintenant venir aux remèdes. Vous me direz : "Mais, Monsieur, le moyen d’être sur ses gardes à toute heure, à toute rencontre, pour combattre cet esprit dont je suis toute remplie ! Pour moi, j’aime autant tout quitter ; aillent les choses comme elles pourront ! Aussi bien je n’en viendrai jamais à bout. C’est une racine qui a trop de rejetons."

Oh ! il n’en faut pas user ainsi, ma fille. Il y a remède à tout. Les médecins guérissent les contraires par leurs contraires. Ils s’efforcent de connaître la cause d’une maladie, et, si elle procède de chaleur, ils la guérissent

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par des médicaments rafraîchissants ; si de froidure par des remèdes plus chauds.

Par exemple, une fille aime le bien est bien aise d’avoir toujours quelque chose à couvert par devers elle, pour, dira-t-elle s’en servir dans le besoin ; il faut guérir cela par quelque pratique le pauvreté, être bien aise que quelque chose nous manque, ne se pas sitôt empresser d’avoir ce qui nous est nécessaire, pour nos accommodements. Il est bon de les demander. Mais, si nous nous sentons trop enclins à demander ce dont nous pouvons nous passer, il nous faut mortifier en cela ; et petit à petit, aujourd’hui en une chose, demain en une autre, nous acquerrons, avec l’aide de Dieu et la peine que nous y prendrons, l’habitude de la vertu contraire à ce vice.

Nous avons dit que l’on a quelque pente à l’honneur. Ce n’est pas peut-être que l’on s’en soucie, ni qu’on le recherche, mais l’on est bien aise d’être considéré, parce que quelquefois cela donne lieu de faire plus de bien et de procurer au prochain quelque soulagement, qu’il n’aurait pas autrement.

Le remède à cela, mes filles, est d’aimer les petites humiliations que la Providence vous envoie, ou celles qui se rencontrent aux endroits où vous êtes employées. Aimez cela, mes chères filles, et tenez pour certain qu’il n’y a de vraie gloire que dans la pratique de la vraie vertu, laquelle nous vient de Dieu. C’est à lui par conséquent que nous devons attribuer toute la gloire qui nous en revient. Soyons toujours dans la défiance de nos forces et croyons que, si Dieu ne nous tenait continuellement, nous ferions des chutes irrémédiables.

Quant à l’autre marque de l’esprit du monde, qui est le plaisir, il le faut combattre par la mortification des sens. — Oh ! mais, Monsieur, je sens en moi une continuelle

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pente à regarder ce qui me satisfait, à ouïr ce qui me contente. Le moyen de pouvoir vaincre cette inclination qui m’est naturelle et qui encore est enracinée par une longue habitude ? — Oh ! mes chères filles, prenez bien garde à vous défaire de cet ennemi-là. Ne laissez passer aucune occasion de le combattre. Je me sens encline à regarder telle chose qui me satisfait ; je ne la regarderai pas. Je suis bien aise de parler à cette personne, qui me contente, qui parle si bien, qui apporte de si belles raisons et qui dit de si belles choses ; mais ce n’est point nécessaire à mon avancement, car ce n’est pas ce qui m’y mène, et je n’y vas que pour chercher ma satisfaction ; je dois et je veux me mortifier en cela. Je prends plaisir au goût, au toucher. O mes filles, détruisez ces monstres-là en vous abstenant des attouchements, même honnêtes. Mortifiez le tact aussi bien que le goût ; et contre ce sens prenez de gros linge, un habillement rude, et ne lui donnez aucune satisfaction.

Oh ! mes chères filles, je me suis insensiblement plus étendu que je ne pensais. Voilà, ce me semble, une partie des désordres que l’esprit du monde peut causer parmi vous. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est venu en ce monde pour le détruire, que lui-même vous fasse connaître tous les rencontres où vous aurez besoin de le combattre, que lui-même vous remplisse de son esprit divin, qui est un grand esprit de charité, de pauvreté et d’humilité, opposé à l’esprit de superbe, de convoitise et d’avarice, qu’il le donne en général à toute la Compagnie et en particulier à chacune de vous. Et en cette confiance, je prononcerai les paroles de bénédiction, qui avec elles portent l’esprit de Dieu. Benedictio Dei Patris…

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40. — CONFéRENCE DU 25 DéCEMBRE 1648

SUR L’AMOUR DE LA VOCATION

Notre très honoré Père lut le billet, puis commença à peu près en ces termes :

Mes sœurs, le sujet de cet entretien est de l’amour que nous devons avoir pour notre vocation. Ce sujet se divise en trois points. Le premier est des raisons que nous avons de nous affectionner de plus en plus à notre vocation ; le deuxième, de ce qui nous refroidit ou empêche de nous y affectionner ; et le troisième, des moyens qui nous peuvent servir à nous y affectionner toujours de plus en plus. Sujet de très grande importance, mes filles, puisque de l’amour que nous avons pour notre vocation dépend tout le progrès que nous faisons en la vertu.

Vous plaît-il, ma sœur, nous dire ce que vous avez pensé sur le premier point et les raisons que vous avez remarquées ?

— Il m’a semblé pour première raison, qu’il est impossible que nous demeurions toujours en un état. Et partant, si nous ne nous avançons en l’amour de notre vocation, nous nous refroidissons et reculons. Une autre raison est que nous ne pouvons persévérer longtemps en notre vocation si nous ne nous affermissons en cet amour, en raison des difficultés qui se rencontrent journellement en icelle, si l’amour n’excède la peine. Une troisième raison est que nous ne pouvons résister aux tentations que le monde, la chair et le diable nous livrent continuellement, sans ce même amour.

Une autre raison, apportée par une autre sœur, est

Entretien 40. — Cahier écrit par la sœur Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)

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que notre vocation attire bénédictions de Dieu sur tout le reste de nos actions et le cours de notre vie.

Une autre raison se tire des grâces que Dieu nous a faites à chacune en particulier, grâces qu’on ne saurait trop apprécier quand on pense de quels dangers il a tiré les unes, de quelle incommodité les autres, et où il nous a été prendre pour nous amener en ce lieu faire notre salut.

Une autre sœur a allégué que notre vocation est conforme à la vie que le Fils de Dieu a menée sur la terre et aux saints conseils qu’il nous a laisses.

Autre raison. — Encore que notre vocation soit basse et méprisable aux yeux des hommes, elle est néanmoins très relevée devant Dieu, parce qu’elle n’a que le seul soin de lui plaire en tout ce qu’elle entreprend.

Autre raison. — Dieu lui-même nous a attachées à notre vocation et nous devons plutôt souffrir toute sorte de pertes, que consentir à quoi que ce soit qui diminue l’amour que nous devons avoir pour elle.

Autre raison. — Le soin que Dieu prend de notre Compagnie nous doit donner confiance que, tant que nous aurons le bonheur d’y être, il ne permettra pas que nous périssions.

Une autre raison est que nous pouvons remarquer, par la grâce de Dieu, de l’amendement en nos vies et du changement en nos mœurs, et que nous n’avons point encore vu mourir de nos sœurs, quoique vertueuses avant d’être en la Compagnie, qui n’eussent fait beaucoup de progrès en la perfection.

Mademoiselle, notre très honorée supérieure, remarqua que nous devons aimer notre vocation, parce que c’est un emploi donné par Dieu.

Autre raison. — Cet emploi est tout dans l’exercice de la charité spirituelle et corporelle ; ce qui nous doit

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toujours tenir en Dieu d’une manière toute pure, qui nous lie à son saint amour.

Autre raison. — Si nous n’affectionnons pas notre vocation, nous aurons à craindre que Dieu nous la laisse perdre entièrement ; et cela étant, nous serons en grand danger de faire notre salut, lequel dépend souvent de notre vocation.

Autre raison. — Si nous ne sommes point affectionnées à notre vocation, nous ne ferons rien qui nous mérite l’amour de Dieu, ni qui lui puisse plaire ; serons souvent à scandale et à mauvais exemple au prochain, et, pour notre particulier, jamais contentes, n’était que Dieu nous eût tout à fait abandonnées et mises dans l’endurcissement.

Sur le deuxième point, savoir ce qui nous peut éloigner de l’affection que nous devons avoir à notre vocation, la sœur qui avait donné les premières raisons du premier point, dit ce qui s’ensuit :

Ce qui nous éloigne de l’amour de notre vocation, c’est d’abord de consentir aux tentations dont je viens de parler. La première, qui regarde le monde, est tout à fait dangereuse et capable de nous faire perdre toute l’affection que nous pourrions avoir ; elle se produit quand nous écoutons parler les sœurs qui n’auraient point d’affection à leur vocation.

La deuxième tentation vient de la chair, qui sans cesse se plaint et désire avoir toutes ses aises ; ce que nous devons fuir en notre vocation.

Par les tentations qu’il nous suscite, le diable nous porte continuellement à des desseins de superbe et vaine gloire ; ce qui, entrant dans l’esprit d’une Fille de la Charité, lui ôte toute affection à sa vocation, qui demande d’aimer l’humilité et la bassesse.

Un autre obstacle à l’amour de notre vocation est

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l’esprit du monde, le désir de savoir ce qui s’y passe et la crainte de n’en être pas estimée.

Il peut encore arriver que l’amour de notre vocation se perde, faute d’avoir l’estime que nous devons de tout ce qui lui est propre ; ce qui nous fait tomber dans la négligence, puis dans le découragement, et enfin en tel état que nous sommes en grand danger de la perdre, si Dieu ne nous assiste d’une grâce toute particulière.

Un autre empêchement est de ne nous pas attacher assez fortement à la pensée que c’est là que Dieu nous veut, là que nous devons vivre et mourir. Ce qui fait que l’on conserve la vue de quelque autre avantage, quoique souvent imaginaire, et nous donne disposition d’écouter les premières propositions qui nous sont faites d’ailleurs ; aussi arrive-t-il que nous tombons dans le trouble à la moindre rencontre contraire à notre sentiment.

Un autre empêchement, allégué par Mademoiselle, est de ne pas estimer notre vocation, ne la regardant pas comme une grâce très particulière de Dieu.

Un autre sujet est de ne pas prendre garde aux premiers dégoûts qui nous arrivent, et ceci s’applique soit aux nouvelles, soit aux plus anciennes qui, après s’être redressées de leur première chute, par la grâce de Dieu, se sont remises dans leur première ferveur.

Un autre est le manquement volontaire à ses règles en tous les moindres exercices.

Le plus grand empêchement est de ne pas dire à nos supérieurs les premiers dégoûts de notre vocation et les sujets qui nous les causent.

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