Entretiens aux Filles de la Charité (page 40)
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peu de bien que nous faisons, nous en perdrions tout le mérite devant Dieu.
Mademoiselle, avez-vous remarqué quelque chose ?
— Mon Père, j’ai remarqué en ma sœur Anne un grand amour pour sa vocation surmontant courageusement toutes les difficultés qui s’y rencontraient et qui furent plus grandes pour elle que pour une autre, ayant une santé fort délicate. Néanmoins elle ne se plaignait point, et je ne lui ai jamais entendu dire qu’elle ne pouvait pas faire ce qu’on lui disait. Son amour pour sa vocation parut encore dans sa dernière maladie ayant prié avec instance qu’on la menât à la maison, parce qu’elle désirait y mourir. Elle a montré une grande patience dans ses souffrances ; et lorsqu’étant au lit de la mort, on lui dit : "Vous endurez bien du mal", elle répondit : "Ce que je souffre n’est rien en comparaison de ce que Notre-Seigneur a souffert pour moi". Elle a été soumise et obéissante jusqu’à la fin, car, un moment avant sa mort, la sœur de l’infirmerie l’ayant pressée de prendre quelque chose, quoiqu’elle sentît beaucoup de répugnance à cause des violentes douleurs d’estomac que lui occasionnait tout ce qu’elle prenait, elle le prit cependant, témoignant que c’était pour obéir ; et peu après elle expira.
— Mes sœurs, dit M. Vincent, il y a tout lieu de croire qu’elle est avec le bon Dieu.
Voyons maintenant ce qu’on a remarqué en ma sœur Marie Lullen, qui était native du Mans. Que celles d’entre vous qui ont demeuré avec elle nous disent tout bonnement ce qu’elles ont vu d’édifiant dans sa conduite.
Une sœur dit : Mon Père, j’ai remarqué que cette chère sœur avait une grande charité pour les petits enfants qu’elle était
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chargée d’instruire. Pendant qu’elle était à Nanterre, où je l’ai connue avant que j’eusse le bonheur d’être dans la Compagnie, je lui ai vu quelquefois baiser leurs pieds, disant qu’elle pensait baiser les pieds du petit Jésus.
— Dieu soit béni ! dit M. Vincent. Cette bonne fille avait bien raison de croire qu’elle baisait les pieds de l’enfant Jésus. Oh ! que cette simplicité lui était agréable !
Une autre sœur dit :
Mon Père, je rencontrai un jour ma sœur Marie quand elle amenait ses enfants à la messe, et j’admirai sa charité à l’égard d’un pauvre homme qu’elle trouva sur son chemin. Elle lui parla du bon Dieu ; et comme il n’avait pas entendu la messe et ne paraissait pas avoir envie d’y aller, elle fit tant par ses remontrances qu’elle le décida à aller l’entendre.
Une autre sœur dit :
J’ai remarqué qu’elle était humble et paraissait contente quand on la reprenait. Et comme un jour on l’avait un peu mortifiée, lui voyant un air satisfait, je lui témoignai ma surprise elle me répondit : "Ma sœur, il faut que je m’anéantisse, afin que Jésus vive en moi..
—Oh ! que voilà une bonne parole ! dit M. Vincent : il faut que je m’anéantisse ! Et elle se réjouissait lorsqu’on la reprenait ; Dieu soit béni et glorifié ! Je ne m’étonne pas que M. le Curé de Nanterre s’en soit beaucoup loué, quoiqu’il ne donne pas facilement des louanges. Mais il paraît que cette chère fille avait une vertu au-dessus du commun.
Une autre sœur dit :
J’ai connu ma sœur Marie Lullen lorsqu’elle était encore au Mans avant qu’elle vînt ici, et je me rappelle qu’elle et une autre fille quittèrent leurs habits du monde et prirent un habit gris ; ce qui leur occasionna beaucoup de moqueries et railleries de la part de ceux qui
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désapprouvaient ce changement. Elles commencèrent à servir les pauvres à l’hôpital du Mans. Elles mirent un grand ordre dans cette maison, où jusqu’alors il n’y en avait pas eu beaucoup. Bien des personnes trouvèrent à redire, et elles furent fort persécutées à ce sujet, mais elles souffrirent cela courageusement. Enfin notre bonne sœur, voulant se donner entièrement à Dieu, se détermina à quitter sa famille, qui était fort aisée et où elle pouvait bien avoir toutes ses satisfactions ; mais son amour pour Dieu lui fit tout quitter courageusement pour venir à Paris dans notre Communauté.
— Mes sœurs, dit M. Vincent, Dieu avait sans doute de grands desseins sur cette fille. M. Portail ne vous semble-t-il pas qu’il y a quelque chose en cela ? Pour moi, je suis ravi de ce que l’on vient de dire. Je n’ai jamais de plus grande consolation que d’entendre le récit des vertus de nos sœurs, parce que c’est visiblement l’œuvre de Dieu. Qu’il en soit à jamais béni !
Si quelqu’une a encore remarqué quelque chose, qu’elle le dise ; car, voyez-vous, mes sœurs, on manifeste la gloire de Dieu en parlant des vertus de vos sœurs. Il les avait mises en elles pour les sanctifier, et il veut aussi que nous en fassions notre profit en les imitant. Mademoiselle, dites-nous ce que vous savez ?
— Mon Père, cette bonne fille était toute à Notre-Seigneur, qui l’avait choisie. C’était une âme privilégiée. Elle s’affectionnait particulièrement à la pratique des vertus cachées ; elle était fort humble. J’ai remarqué aussi sa pratique et sa soumission dans le temps qu’elle était malade, prenant les petites choses qu’on lui présentait, sans montrer de dégoût ; elle ne témoignait pas de peine quand on ne lui accordait pas ce qu’elle demandait.
— Oh ! mes sœurs, dit M. Vincent, c’est ainsi qu’il faut agir quand on est malade, et ne point dire : "Cette
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médecine n’est pas bien faite, je ne pourrai la prendre." Parler ainsi et témoigner ses goûts, c’est une marque de grande imperfection. Si quelqu’une se satisfait au boire et au manger, recherche le goût des viandes, oh ! mon Dieu ! qu’elle prenne garde à elle, car ces personnes-là ne sont jamais guère vertueuses. Oh ! que vous seriez coupables, mes filles, si vous ne profitiez pas des bons exemples de nos sœurs, dont on vient de nous dire de si belles choses !
Voyons la troisième dont nous avons à parler. Qu’est-ce qui a demeuré avec ma sœur Marguerite Bossu ?
Une sœur dit :
J’ai demeuré avec elle un peu de temps. J’ai remarqué qu’elle avait un grand amour pour les pauvres et aussi que, quand je la reprenais de quelque chose, elle acceptait bien l’avertissement et ne disait rien pour s’excuser.
— Elle était, ajouta M. Vincent, fort douce et bien silencieuse. Mademoiselle voulez-vous nous en dire quelque chose ?
— Mon Père, j’ai connu en elle une grande affection pour sa vocation, ayant surmonté les difficultés que lui firent ses parents, qui se décidèrent avec beaucoup de peine à la laisser venir ; mais elle les quitta courageusement ; et quand elle fut reçue, elle était si remplie de joie qu’elle n’eût pas voulu pour tous les biens du monde quitter la communauté. Elle n’y a été qu’un an, mais sa ferveur l’a rendue digne de recevoir le salaire, comme les ouvriers qui vinrent à la dernière heure et qui reçurent autant que ceux qui avaient travaillé toute la journée. Aussi je pense que Notre-Seigneur a été aussi content du service que lui a rendu cette bonne fille, que si elle l’avait servi bien des années, parce qu’elle avait effectivement le désir de le servir et honorer toute sa vie, si longue qu’elle eût été. Ma sœur Marguerite était fort
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douce et faisait tout ce qu’on lui disait, ne trouvant jamais à redire. Elle était fort obéissante, aimait beaucoup la communauté ; ce qu’elle a bien montré lorsque, étant malade, la sœur qui demeurait avec elle lui dit qu’il fallait aller à la maison ; et quoiqu’elle fût bien incommodée, elle se leva de suite et témoigna grand plaisir d’y venir.
— Ah ! la bonne fille ! dit M. Vincent, voilà qui est bien d’aimer de venir à la communauté ! Elle a bien montré qu’elle n’aimait que Dieu, puisqu’elle avait un si grand détachement de tout. Elle a quitté sans peine la maison, où elle était bien, pour faire la volonté de Dieu. C’est ainsi qu’il faut faire, mes sœurs, et ne jamais chercher de prétextes pour vous dispenser de faire ce qui vous est commandé.
Une autre sœur dit :
Mon Père, j’ai remarqué que ma sœur Marguerite avait beaucoup de zèle pour apprendre ce que nous sommes obligées de savoir, et aussi une grande retenue dans ses paroles ; elle n’aurait pas voulu particulièrement dans le temps du silence, en dire une sans nécessité, ce qui me donnait de la confusion en moi-même de voir sa vertu et d’en être si éloignée. Elle s’entretenait toujours de quelque chose d’édifiant, particulièrement du bonheur de sa vocation.
— Dieu soit béni à jamais ! Que voilà de bonnes pratiques ! M. Portail cela ne vous touche-t-il pas d’entendre le récit de si belles vertus ?
Nous avons encore à parler de ce qu’on a remarqué en notre sœur Delaître. Qui a demeuré avec elle ?
— Mon Père, répartit Mademoiselle, cette chère sœur n’est pas sortie de la maison. Elle n’était ici que depuis quatre mois. On l’exerçait au service des pauvres de Saint-Laurent.
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— Eh bien ! Mademoiselle, qu’avez-vous remarqué en elle ?
— J’ai remarqué une grande douceur, beaucoup de soin des malades, néanmoins sans empressement, ni inquiétude. Elle était active et laborieuse et ne se faisait pas valoir pour le travail qu’elle faisait. Elle avait grande disposition au bien et le désir de se perfectionner grand support pour les sœurs, très obéissante à ses supérieurs ; et durant sa maladie, elle a souffert avec beaucoup de patience. Tout son regret était de n’avoir pas longtemps servi les pauvres.
— Oh ! la bonne fille ! Quoique jeune dans la Compagnie, elle était ancienne dans la vertu. En ce peu de temps qu’elle y a duré, elle a accompli ce qu’on pourrait faire en six et même dix et douze ans. O mes sœurs, quel bonheur d’être parmi ces plantes qui portent de tels fruits ! Mais aussi quelle confusion de se voir dans la vanité d’esprit, dans le désir de se satisfaire ! S’il y en avait quelqu’une d’entre vous qui désirât être vue, être connue et qui cherchât à être remarquée ; s’il s’en trouvait, dis-je, quelqu’une, il faudrait s’humilier devant Dieu et dire : O mon Dieu ! Que dirai-je, que ferai-je, que répondrai-je au jour du jugement, quand il me sera reproché d’avoir vécu avec les épouses de Jésus-Christ, avec des filles remplies de vertu, et de n’avoir pas suivi leurs exemples ! Oh ! s’il y en avait qui recherchassent l’estime des créatures, qui voulussent être applaudies, oh ! quel malheur ! il n’en faudrait pas davantage pour attirer la malédiction de Dieu sur toute la Compagnie. Oh ! je veux croire que vous êtes toutes dans la disposition d’être à Dieu tout de bon. Ne me promettez-vous pas, mes filles, de vous résoudre à travailler à votre perfection, à n’avoir plus aucune bonne opinion de vous-mêmes ? Car sitôt qu’une personne a bonne opinion
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d’elle-même, elle s’éloigne de Dieu. Résolvez-vous donc, mes filles, à renoncer à votre volonté pour ne plus vouloir que l’accomplissement de la sainte volonté de Dieu. Toutes les sœurs répondirent :
Oui, mon Père ; c’est tout notre désir.
— C’est ce que j’espère, répliqua M. Vincent, moyennant la grâce de Dieu, et, de sa part, je prononcerai les paroles de la bénédiction, le priant qu’en même temps que je les dirai, il remplisse nos cœurs, et à vous et à moi, du désir d’acquérir les vertus dont nous avons entendu le récit.
Benedictio Dei Patris…
47. — CONFéRENCE DU 5 MARS 1651
SUR LA CONFESSION
Mes chères sœurs, le sujet de cette conférence est de la confession. Il se divise en trois points. Le premier est des raisons qui obligent les Filles de la Charité à savoir bien se confesser ; le second, des fautes qu’elles peuvent faire en leurs confessions ; le troisième, des moyens de faire de bonnes confessions. C’est un grand sujet, mes sœurs, bien important ; et faute de nous bien confesser, nous sommes en danger de faire souvent des sacrilèges.
Ma sœur, dites-nous, s’il vous plaît, vos pensées.
— Monsieur, sur le premier point, j’ai pensé qu’une des raisons qui nous obligent à nous savoir bien confesser, c’est que nous ne pouvons pas bien enseigner les malades
Entretien 47. — Cahier écrit par sœur Julienne Loret. (Arch. des Filles de la Charité.)
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à se bien confesser si premièrement nous ne le savons faire.
Une autre raison est que ce sacrement est comme un second baptême, en tant qu’il nous remet en grâce ; c’est ce qui nous oblige à nous en approcher avec grande préparation.
Les fautes qui s’y peuvent commettre sont : n’avoir pas une pureté d’intention d’y aller purement pour nous mettre en état de plaire à Dieu ; rechercher trop notre propre satisfaction.
Les moyens de se bien confesser sont une grande humilité et la pensée de l’énormité du péché, etc.
— Voilà qui est bien, ma fille. Dieu vous bénisse ! Et vous, ma fille, dites-nous vos pensées.
— Mon Père, il me semble que, si nous ne faisons une bonne confession, nous sommes en danger de faire un sacrilège.
— Ma sœur met pour première raison que, si la confession n’est bien faite, nous faisons un sacrilège, et nous augmentons le nombre de nos péchés, et, a, u lieu de dix que nous avions, nous en remportons onze et si l’on meurt là dedans, mes chères sœurs, l’on est damné. Et quelles fautes peut-on faire en se confessant ?
— Mon Père, il me semble que c’est de ne se pas bien examiner, de déguiser son péché et de ne le pas faire connaître tel qu’il est.
— Hélas ! oui mes sœurs, amoindrir sa faute et faire qu’on ne la connaisse pas telle qu’elle est, c’est une grande faute. Qu’il y aura de monde damné pour cela !
— Mon Père, c’est, me semble-t-il, la vanité qui fait que l’on s’excuse, et nous voudrions bien que l’on ne vît pas nos fautes si grandes qu’elles sont.
— Oui-da, c’est un esprit de vanité, un esprit de démon, quand au lieu de s’accuser, l’on s’excuse. Ah ! mes
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sœurs, cela ne discrédite pas une fille de faire connaître ses fautes. Oh ! non au contraire quand elle se déchire et dit : "J’ai fait cela et cela, je suis si misérable que d’avoir fait cela !" alors on voit que c’est l’esprit de Dieu qui la fait parler.
— Et vous, ma sœur, pour quelles raisons vous semble-t-il que les Filles de la Charité doivent bien savoir se confesser ?
— Mon Père, il m’a semblé que notre prédestination dépend d’une bonne confession et que nous devons penser que c’est peut-être la dernière fois que Dieu nous fera la grâce de nous confesser.
— Oui-da, mes chères sœurs, notre prédestination dépend peut-être de cet acte, et, à ce propos, je vous dirai que, dans une assemblée, des prélats m’avouèrent qu’ils avaient pris pour résolution toutes les fois qu’ils se confesseraient ou célébreraient, de penser que ce serait peut-être la dernière fois. Voyez, mes sœurs, des prélats nous montrent cet exemple !
— Il m’a aussi semblé que, si Dieu me fait la grâce de retourner encore une autre fois à confesse, je pourrai aller mieux disposée à une autre.
— Notre sœur dit que nous pouvons faire une bonne confession pour nous préparer à une autre. Cela se peut, car se bien confesser afin de mieux se confesser une autre fois, c’est tout bon, et en effet le bon usage des grâces que Dieu nous donne n’est pas seulement méritoire pour l’action présente, mais aussi pour la prochaine et pour toutes les autres.
Mais dans quels défauts peut-on tomber en sa confession ?
— On peut négliger ses fautes, pensant que ce n’est pas grand’chose et qu’une autre fois l’on fera mieux, ou bien les diminuer, de peur que l’on nous mésestime.
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— Notre sœur dit que, si on laisse couler des fautes par quelque motif que ce soit, qu’arrivera-t-il ? Ah ! mes sœurs de grands malheurs. L’esprit malin s’en rend le maître. Enfin celle qui manque à se bien confesser tombe dans de grandes fautes toute seule et en compagnie. Mais, quand, au contraire, nous en avons fait une bonne tout aussitôt la grâce de Dieu nous est redonnée, toutes les bonnes œuvres que nous avions faites reviennent, avec augmentation de foi, d’espérance, de charité et d’amour de Dieu, la tempérance, l’humilité, enfin tout le reste.
Et vous, ma sœur, quelles raisons ont les Filles de la Charité de se savoir bien confesser ?
— Mon Père, je crois que c’est pour acquérir la grâce de Dieu.
— Voilà qui est bien : pour acquérir la grâce de Dieu. Nous devrions être heureux que tout le monde connût nos fautes ; un saint a dit qu’il faut être prêt à dire ses péchés en plein marché.
— Les fautes que nous commettons en confession sont le respect humain, qui vient ou de la vanité, ou même par coutume ; et le manque de contrition ; ce qui est d’autant plus à craindre que quelquefois nos fautes paraissent légères Il me semble qu’il est bon de dire quelque grande faute de la vie passée et même plusieurs.
— Oui, c’est un grand moyen, pour s’exciter à contrition, de dire quelques grands péchés de sa vie passée : "Ah ! mon Dieu ! j’ai fait cela et cela en ma jeunesse" ; car il est à craindre que l’on n’ait pas assez de regret des fautes ordinaires.
Mais dites-moi, ma sœur, si une fille va à confesse sans témoigner du regret de ses fautes, sa confession est-elle bonne ?
— Non, c’est le principal que la contrition,
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— Mais, ma sœur, s’accuser toujours des mêmes fautes, est-ce bien ?
— Non, car l’on doit travailler à se corriger, mais, quand il arrive qu’on y est retombé, il faut le dire.
— Voyez-vous, mes sœurs, il faut que je le dise pour quelques âmes scrupuleuses, il est certaines fautes dans lesquelles l’on ne peut pas s’empêcher de tomber. Les saints mêmes, au dire du Saint-Esprit tombaient sept fois le jour ; c’étaient des vagations d’esprit, des pensées légères, même en leurs prières, et d’autres fautes semblables Et cependant cela peut donner de la peine à une pauvre fille. Oh ! que faut-il faire alors ? Quand l’on retombe toujours en ses fautes il faut s’humilier devant Dieu, désirer d’être unis à lui et dire : "Ah ! mon Dieu, que j’ai sujet de m’humilier devant vous et de souhaite de vous voir !" et puis avec patience faire des actes d’espérance d’humilité, se donner à Dieu, s’exciter à la contrition et au propos de s’amender.
Mais, dites-moi, ma sœur, une fille qui ne trouverait pas bons les avertissements qu’on lui donnerait, ferait-elle une bonne confession ?
— Non, mon Père.
— Est-ce un défaut, ma sœur, que le choix des confesseurs ?
— Oui, mon Père.
— Que pensez-vous, ma sœur, d’une fille qui veut un confesseur et n’en veut pas un autre ?
— Mon Père, une fille qui veut un confesseur et n’en veut pas un autre a une attache trop grande et se recherche elle-même.
— Oh ! mais, me direz-vous, c’est qu’il me connaît mieux et ce qu’il me dit me touche davantage. — Ce n’est pas cela, mes sœurs, c’est une attache, pour ne dire pas amour, qui deviendrait mauvaise par la continuation.
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Mes chères sœurs, croyez-moi, c’est une inclination pour cette humeur-là, et pour dire le mot, c’est un engagement de cœur, lequel, si l’on n’y remédie vitement, peut faire que la confession soit nulle. Je prie Dieu qu’il fasse la grâce à nos sœurs de ne s’attacher jamais à aucun confesseur, ni en cette paroisse-là, ni en cette autre, et je fais de tout mon cœur cette prière à Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, pour vous toutes, à ce que le confesseur ne s’attache point, parce que c’est ce qui le perdrait. Dieu aidant, je dirai, non pas demain, mais mercredi, la sainte messe à cette intention, mes sœurs.
Y a-t-il faute à dire que le confesseur est trop rude ou trop doux, ou à vous plaindre qu’il ne dit rien ?
— Oui, mon Père.
— Est-ce un mal de dire : "S’il allait répéter les péchés qu’on lui a dit !" Faire connaître ce qu’il vous a dit, est-ce encore un mal ?
— Oui, mon Père.
— Oui sans doute, mes sœurs, c’est un mal, et bien grand, car le pénitent est aussi obligé au secret que le confesseur ; et une personne qui va dire : "Il m’a dit cela et cela", pèche beaucoup.
S’il la porte au mal, s’il dit quelque belle parole de flatterie, par exemple : "Aucune ne m’a tant plu et ne m’a tant donné de satisfaction dans la conduite, que la vôtre", ou toute autre parole qui témoigne affection, ah ! mes sœurs, gare à cela ! ah ! mon Dieu ! que cela est dangereux ! Qu’elle le dise. Mais à qui ? A ses supérieurs, et non à d’autres.
Et vous, ma sœur, dites-moi, une fille qui dispute pour sa pénitence, ou même refuse celles qui lui sont données, et ne veut pas se confesser à tel, parce qu’il
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donne des pénitences qui ne sont pas selon son humeur, fait-elle mal ?
— Oui, mon Père, et il me semble que c’est une grande faute.
— Grande faute sans doute, mes sœurs ; il me souvient, à ce propos, d’une belle parole de saint Augustin : "Une personne qui refuse sa pénitence refuse le pardon."
Une personne qui va à confesse sans examiner sa conscience, sans contrition, ou sans désir d’accepter la pénitence, ou de restituer le bien d’autrui qu’elle a, commet-elle une faute ?
— Oui, mon Père.
— Jamais, le péché n’est remis sans la restitution.
épargner sur le bien des pauvres en quelque paroisse pour se l’approprier, est-ce un péché ?
— Oui mon Père.
— Ah ! Dieu ! mes sœurs, c’est un sacrilège ; car c’est prendre quelque chose de Dieu à Dieu et se l’appliquer à soi-même, et je ne crois pas qu’une seule parmi vous tombe dans ce péché, non, il n’y en a point, par la grâce de Dieu ; car, mes sœurs, jamais ce péché n’est remis sans restitution, et non seulement pour le bien, mais aussi pour l’honneur.