Entretiens aux Filles de la Charité (page 41)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Jamais il ne faut parler d’autrui, même en confession, si vous ne pouviez cacher le mal d’autrui, il vaudrait mieux taire votre propre péché. Mais est-ce ôter l’honneur à une fille que de dire ses fautes à sa supérieure pour que celle-ci y remédie ? Ah ! nenni, il le faut dire ; mais à d’autres jamais ; car ôter du bien, cela n’est rien ; mais ôter l’honneur, c’est tout perdre. Ah ! mes sœurs, si cela vous est arrivé, je vous en prie, ne recommencez plus.

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Et vous, ma sœur, dites-nous, je vous prie, vos pensées.

— Mon Père, la première raison d’apprendre à nous bien confesser est que, sans cela, nous serions souvent en danger de faire des sacrilèges. La seconde raison est que nous ne pourrions pas l’enseigner aux pauvres, ni même aux écolières dans les écoles, si nous ne le savions bien faire nous-mêmes.

— Voilà, mes sœurs, une bonne raison : parce que vous avez des pauvres céans, et principalement des écolières, à qui vous devez apprendre à faire de bonnes confessions.

C’est pourquoi Monsieur (Vincent) (1), s’adressant au prêtre qui l’accompagnait, lui dit :

Je vous prie de dresser un mémoire de tout ce qu’il faut apprendre sur ce sujet aux écolières ; la sœur qui a soin des nouvelles venues le leur apprendra, car c’est de très grande importance ; et je vous en prie, tous les ans, tant que nous vivrons, nous ferons un entretien sur ce sujet ; je vous prie, Monsieur, Mademoiselle, et vous, ma sœur de me le rappeler.

Poursuivez, ma sœur.

— Mon Père, parmi les nombreuses fautes que l’on peut faire en se confessant, j’en ai remarqué trois principales. Premièrement parler trop. Cela arrive quand an dit des fautes que l’on n’a pas faites quand on parle des affaires domestiques, quand on découvre les fautes de son prochain, et enfin quand on s’entretient de choses qui ne sont point de la confession.

Secondement, parler trop peu ; par exemple, quand

1). Le manuscrit porte Portail. La distraction du copiste est manifeste. C’est sans aucun doute saint Vincent qui parle. Le prêtre qui l’accompagnait devait être Mr. Portail.

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on ne dit pas le nombre, ni les circonstances de ses péchés plus notables, quand on retient quelques péchés, de peur que le confesseur ne les redise ce qu’on ne devrait jamais craindre, ou pour tout autre motif.

Troisièmement, ne pas bien parler, c’est-à-dire déguiser ses péchés pour qu’ils ne paraissent pas ce qu’ils sont, ou s’exprimer comme si on doutait : "Si j’ai fait cela ou cela, j’en demande pardon à Dieu", alors qu’on ne doute pas, ou s’excuser, ou retenir un péché pour le dire à un autre confesseur. Il me semble que toutes ces choses sont grandes fautes.

Pour les moyens de faire une bonne confession, il suffit, ce me semble, d’observer les cinq points, avec la grâce de Dieu.

— Voila qui est bien, ma sœur, Dieu vous bénisse ! Mademoiselle, vous plaît-il nous dire vos pensées ?

— Mon Père, vous plaît-il que je vous pose une question sur ce qui a déjà été dit ?

— Oui, bien volontiers.

— Si le confesseur n’a intention de donner l’absolution qu’en cas que l’on fera la pénitence qu’il enjoint, celui qui ne fait pas la pénitence a-t-il reçu l’absolution ?

— Non, mes sœurs ; le confesseur ne vous donne l’absolution qu’à condition que vous ferez la pénitence qu’il vous enjoint, et vous ne la recevez point si vous ne faites la pénitence.

Mademoiselle reprit :

J’ai pensé, pour première raison, que le sacrement de pénitence bien reçu aide beaucoup les âmes à glorifier Dieu, les mettant en cet état par la réconciliation qui se fait avec sa bonté, qui lui pardonne tous ses péchés.

Une seconde raison est que, si nous ne faisons notre

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possible pour bien recevoir ce sacrement, nous méprisons en quelque façon la grâce que Dieu nous offre en ce sacrement, par lequel nous est appliqué le mérite de la mort du Fils de Dieu.

Et pour troisième raison, nous nous mettons en danger de mourir impénitentes et hors la grâce de Dieu ; ce que nous méritons bien, l’ayant refusée.

Au second point, les fautes que l’on peut faire contre la préparation à se bien confesser sont en grand nombre ; mais il y en a trois ou quatre principales. L’une est de n’avoir pas le désir de se corriger, étant dans une disposition qui nous empêche de connaître nos fautes, ou de ne les pas avouer ; ce qui empêche que l’on les puisse déclarer.

Une autre faute est de ne se pas exciter à avoir douleur sensible, ou simplement douleur, en la volonté, d’avoir offensé Dieu ; ce que nous pourrions faire facilement, nous appliquant à considérer la bonté de Dieu et l’amour qu’il nous porte et notre malice de l’avoir offensé.

Une troisième faute est la crainte de faire connaître nos péchés, en la manière qu’ils sont, à notre confesseur. Et une très grande et griève, de ne pas faire attention, sur chacun ou sur tous en général, de travailler à nous corriger et de demander à Dieu la grâce pour ce sujet.

Au troisième point, des moyens de nous disposer à faire bien nos confessions, la première chose que nous devons faire est d’avoir une grande estime et un grand désir de recevoir ce sacrement, et, pour cela, être bien instruites de ce qui nous sert.

Secondement, aller au confessionnal dans la vue que nous sommes criminelles ; penser que c’est à Dieu que nous allons parler, sans considérer la personne du prêtre qui nous écoute ; nous accuser le plus criminellement et

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intelligiblement que nous pouvons, sans faire connaître que d’autres sont en cause que nous avons offensé Dieu, et surtout nous gardant bien de dévoiler la personne complice de notre mal sans très grande nécessité ; ne rien retenir. En dernier lieu, après avoir fini notre accusation, il faut demeurer dans la confusion que nos péchés nous doivent avoir donnée, écouter avec grande révérence et humilité l’avertissement de notre confesseur, recevoir la pénitence avec étonnement que Dieu permette qu’il nous soit si peu donné, renouveler notre attention à un grand regret d’avoir offensé Dieu, et, dans l’attente de sa miséricorde, écouter la sainte absolution, nous représentant qu’alors le mérite du sang du Fils de Dieu répandu sur nos âmes efface nos péchés. Ainsi on est tout nouvellement remis en grâce et rendu agréable à la Sainte Trinité.

— Dieu soit loué, mes sœurs ! Je suis grandement édifié de tout ce qui a été dit. Je crois que vous vous confessez bien, et je puis vous dire, pour la consolation de plusieurs, que, tant que je vous ai confessées, j’y ai eu grande consolation ; la plupart faisaient fort bien, et je veux croire que vous faites encore mieux et que l’on n’est pas tombé, au contraire, que vous faites toujours de mieux en mieux. Courage donc, mes chères sœurs ! Que vous serez heureuses si vous faites vos confessions avec les circonstances que l’on a dites d’un bon examen, de contrition, d’un ferme propos de s’amender, d’une confession entière et d’une satisfaction parfaite ! Béni soit Dieu, mes sœurs ! Car c’est la base de la perfection, et je veux croire que, si vous faites ainsi, Dieu vous comblera de ses grâces. C’est de quoi je le prie de tout mon cœur, quoique très indigne ; et, de sa part, je prononcerai sur vous les paroles de bénédiction.

Benedictio Dei Patris…

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48. — CONFéRENCE DU 14 JUILLET * (1650) (1)

SUR L’INDIFFéRENCE

Mes filles, voilà donc le sujet de ce présent entretien, qui contient la disposition dans laquelle une Fille de la Charité doit être pour aller en quelque lieu que ce soit, qu’elle soit envoyée ou appelée, et avec quelque sœur que ce puisse être, et les moyens de s’empêcher de donner entrée aux faiblesses qui leur pourraient donner envie d’en sortir.

Ma fille, vous plaît-il me dire vos pensées là-dessus ?

— Sur les raisons que nous avons d’aller en quelque lieu que ce soit, il m’a semblé que c’est pour obéir à la volonté de Dieu, pour satisfaire à ce que nous avons promis en entrant en la Compagnie lorsqu’on nous a dit qu’il nous faudrait aller partout où l’on nous enverrait, et pour imiter les apôtres, qui allaient partout sans aucune répugnance. Pour les sœurs, je crois qu’il ne faut point avoir de préférence, mais nous soumettre à toutes de bon cœur, nous attribuant toujours la faute des difficultés qui se rencontrent.

Une autre sœur dit sur le même point :

La première raison que nous avons d’aller où l’on nous envoie et d’accepter la sœur que nous trouvons, c’est que nous sommes obligées de vivre sous l’obéissance et que nous sommes assurées qu’ainsi nous faisons la volonté de Dieu et travaillons à notre salut. De plus c’est par le

Entretien 48. — Cahier de sœur Hellot. (Arch. des Filles de la Charité.)

1). Cette conférence a été prise par sœur Hellot, morte entre le 7 août 1650 et le 13 avril 1651 ; il y est fait allusion à un passage de la lettre écrite par M. Nacquart le 9 février 1650 et arrivée à Paris la même année,* elle ne peut donc être que de 1650,

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changement de lieu que nous imitons la vie des apôtres car, comme ils allaient pour prêcher Jésus crucifié, ainsi nous devons aller en plusieurs lieux et par notre bon exemple faire connaître qu’il y a un Dieu pour lequel nous travaillons. Pour les sœurs, nous devons avoir toutes un même esprit, et, par ce moyen, nous n’aurons pas de peine d’être avec l’une ou l’autre.

Remarques d’une autre sœur :

Sur les raisons que nous avons d’aller partout où nos supérieurs le trouvent bon, il m’a semblé que c’est nous y disposer que faire provision d’une grande charité et de soumission pour supporter celles qui ne seraient selon notre esprit.

Une autre sœur dit, sur le même point, qu’à cela nous obligent la vertu d’obéissance, le bon exemple que nous devons donner et la participation au mérite de la communauté.

Remarques d’une autre sœur :

Une autre raison d’être toujours disposées à aller n’importe où et avec quelque sœur que ce soit, est de penser que nous nous sommes données à Dieu pour cela et que là où nous allons, nous trouverons Dieu et le glorifierons, si nous sommes fidèles à ce qu’il demande de nous. Une autre raison est que, quoique nous soyons éloignées de la maison et de nos sœurs, nous leur sommes toujours unies et participons à tout le bien qui s’y fait. Une troisième raison est que, quelle que soit la sœur que nous trouvons, c’est Dieu qui nous a liée à elle, et partant c’est pour notre avancement. Si elle est d’une humeur qui nous semble incompatible, nous pouvons penser que Dieu l’a permis pour nous donner occasion de pratiquer quelque vertu et spécialement la douceur et la patience, et que les saints eussent été bien aises de trouver de semblables sujets pour s’exercer, puisque nous en savons qui

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volontairement s’étaient obligés à vivre avec des personnes de fâcheuse humeur, afin de glorifier Dieu par la soumission qu’ils leur rendaient.

Mademoiselle, priée par notre très honoré Père de dire ce que Dieu lui avait donné de lumières sur ce sujet, dit :

Pour première raison que nous avons d’être toujours et en tout temps disposées à aller partout et avec quelle que ce soit de nos sœurs, j’ai pensé que cette disposition était entièrement nécessaire, d’être attachée au dessein de Dieu, en cet établissement de la Compagnie, qui ne pourrait, sans cela, lui rendre la gloire que sa bonté en veut tirer, ni le service que nous devons aux pauvres.

La deuxième raison est qu’en cette disposition nous donnons créance à la vérité de l’attribut que Dieu se donne, d’être un Dieu jaloux, et qu’il veut entièrement notre cœur, étant disposées sans aucune réserve à faire sa sainte volonté, dont nous sommes averties infailliblement par celle de nos supérieurs.

Et la troisième est qu’une Fille de la Charité, sans cette disposition, ne peut être dite véritablement de la Compagnie, puisque son exemple seul, s’il était écouté, serait capable d’apporter de grands empêchements et désordres à toutes les autres ; et même il serait à craindre que ce fût le commencement de la ruine totale de la Compagnie.

Le deuxième point était de ce que les Filles de la Charité doivent faire pour s’empêcher de donner entrée en leur esprit aux faiblesses et légèretés qui les pourraient porter à vouloir se séparer de leur sœur.

Sur quoi une sœur dit :

J’ai pensé que ce que nous pouvons faire pour remédier à ces faiblesses et légèretés qui nous viennent en l’esprit est de nous mettre au pied de la croix et de penser

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aux souffrances du Fils de Dieu dans les difficultés qui se présentent.

Remarques d’une autre sœur :

Il m’a semblé que le moyen de remédier à ces faiblesses et légèretés est de les regretter aussitôt que l’on s’en aperçoit, sans faire aucune réflexion dessus.

Remarques d’une autre sœur :

Il m’a semblé qu’un bon moyen pour empêcher l’effet de ces faiblesses et légèretés est de ne point découvrir nos petites difficultés aux personnes séculières, parce qu’elles pourraient nous donner des remèdes contraires à notre mal, mais bien de les dire à nos supérieurs.

Une autre sœur dit qu’elle ne voyait pas de plus souverain remède contre le mal que pouvaient causer ces faiblesses et légèretés, qu’un grand désir de souffrir. Ce désir étoufferait toutes nos répugnances et nous empêcherait de les communiquer à tout autre qu’à nos supérieurs.

Une autre sœur dit que, quand ces pensées nous arrivent, il est bon de penser que c’est la volonté de Dieu, d’adorer cette même volonté, de prendre pour tentation les raisons qui nous pourraient persuader le contraire et de demander secours à Dieu pour n’y point succomber.

Mademoiselle dit là-dessus :

Un des moyens pour empêcher que nous n’ayons des dispositions contraires à celle-là est de nous donner souvent à Dieu en nos oraisons et saintes communions sans aucune réserve. Un autre moyen est, sitôt que nous nous apercevons de quelque sorte d’aversion ou de peine pour le lieu ou les personnes avec qui nous sommes, ou même notre sœur, ou quelques-unes de nos sœurs, si nous sommes plusieurs de ne point laisser prendre racine à cette passion, mais, dans le commencement, avoir soin de faire des actes contraires, faire nos communions à cette

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intention, et, si nous ne sentons pas que cela nous donne force, examiner avec soin d’où cela peut venir, en demander pardon à Dieu, se renouveler avec la pensée des premières ferveurs qui nous ont fait donner à Dieu ; que si cela continuait quelque temps, nous plaindre à nos supérieurs de notre tentation et de nous-mêmes et suivre exactement les conseils que Dieu permettra qu’ils nous donnent, lui en demandant humblement la grâce, priant pour cela la sainte Vierge et notre bon ange.

Après que toutes les sœurs interrogées eurent parlé (nous ne les avons pas mentionnées toutes, parce que plusieurs se rencontrèrent dan, les mêmes pensées), notre très honoré Père commença en ces termes :

Avant toute autre chose, mes filles, je vas vous dire la manière dont vous devez rendre compte de votre oraison. Il faut que celles qui écrivent mettent sur leur billet : la conférence est d’un tel sujet ; le premier point est de telle chose ; sur quoi, la première raison m’a semblé être telle chose ; la seconde, telle autre ; ainsi de suite. Après, ce sera le second point, qui est des moyens ; dire un premier, un second, un troisième et un quatrième moyens, distinguant le second du premier et le troisième du second, afin de se faire entendre. Je pense, mes filles, qu’il sera bon de faire une conférence exprès, laquelle vous ne préparerez point, afin d’avoir à trouver des raisons sur l’heure même. Ce n’est pas, mes chères sœurs, que, par la miséricorde de Dieu, vous n’ayez pris les points du présent entretien et que vous n’ayez fait choix de raisons et de moyens, tous propres au sujet. Oh ! cela se voit, par la grâce de Dieu, et je l’en remercie de tout mon cœur, et je prie sa divine bonté de vous graver dans le cœur à chacune ce qui a été dit et se dira en cette présente conférence.

Il y en a parmi vous qui ont dit de si fortes raisons,

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si bien prises et si bien déduites, qu’un prédicateur n’en ferait pas davantage et cela se peut dire de toutes. Oui, mes filles, toutes, tant que vous êtes, avez dit et des raisons et des moyens suffisants, tant celles qui ont écrit, que celles qui ont parlé. Nous pouvons dire que Dieu vous a toutes éclairées et que toutes vous avez trouvé les secrets pour combattre contre votre ennemi, si ce n’est celles qui n’ont pas été averties à temps pour faire oraison ; et c’est ma faute, car je le devais faire savoir plus tôt.

Une d’entre vous a dit que c’était la volonté de Dieu que les Filles de la Charité allassent où elles seraient envoyées, et elle a fort bien dit. Que Dieu la bénisse, s’il lui plaît ! C’est la volonté de Dieu que les Filles de la Charité aillent et viennent en cette paroisse, en ce village, en cet hôpital, en cet autre, sans se soucier ni se mettre en peine si c’est avec celle-ci, si avec cette autre, si pour longtemps si pour peu de temps. O mes filles, il ne faut pas douter que ce ne soit la volonté de Dieu ; et ce l’est tellement que, comme on l’a fort bien remarqué, c’est ce qu’il a voulu de la Compagnie dès lors que, par sa bonté infinie, il lui a donné commencement. Et puisque c’est la volonté de Dieu et que nous la connaissons par la bénédiction qu’il donne aux emplois où il permet que vous soyez appelées, pourquoi s’en trouverait-il qui ne la voulussent pas faire, ou qui ne la fissent pas avec plaisir ? Car que faire en ce monde sinon la très sainte volonté de Dieu ? Comme il a été dit, Notre-Seigneur n’est venu en ce monde que pour la faire. O mon Dieu ! la belle remarque ! Que Dieu soit béni d’avoir donné cette pensée à une de nos sœurs et que Dieu la bénisse de nous l’avoir dite ! Je ne me souviens point du tout qui c’est ; mais, qui que ce soit, que Dieu la bénisse, s’il lui plaît !

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Jésus-Christ donc n’est venu au monde que pour faire la volonté de son Père, et toute sa vie il n’a fait autre chose ; et la Fille de la Charité, qui doit se former sur le modèle de Jésus-Christ, voudra-t-elle faire autre chose que la volonté de Dieu ?

— Mais, Monsieur, dira quelqu’une, à quoi sert-il de faire la volonté de Dieu ? — O ma fille, quoi cela sert-il ! Si une âme en ce monde le pouvait voir, elle ne trouverait point assez de difficultés à son gré, elle ne trouverait rien d’assez pénible, elle ne verrait assez de peines, tant elle en voudrait embrasser pour faire la volonté de Dieu.

Cela, mes chères sœurs, donne de la gloire à Dieu en lui rendant la soumission qu’une créature doit à son créateur, et de plus cela lui donne de la joie, du plaisir oui, mes filles, cela donne joie à Dieu, et c’est là qu’il prend son plaisir. C’est une vérité autorisée par la sainte écriture ; tellement, mes filles que, quand, en vue de la volonté de Dieu, vous entendez de la bouche de votre supérieur qu’il faut aller en telle part, et que vous adorez cette même volonté et allez gaiement où l’on vous a dit, sans faire réflexion si vous serez loin de la maison, si vous quitterez vos parents, si vous les reverrez peut-être jamais, si vous allez avec telle sœur pour laquelle vous n’avez pas tant d’inclination quand vous surmontez tout cela par le désir d’accomplir la volonté de Dieu, ô mes filles, vous donnez de la joie à Dieu, il prend son plaisir et ses délices en vous, vous donnez de la joie aux anges, qui se réjouissent de la gloire que Dieu tire de l’obéissance qu’une pauvre créature rend à sa sainte volonté, vous donnez de la joie aux saints, qui participent à la joie de Dieu. Regardez à quel point cela va, mes filles : donner de la joie à Dieu, donner de la joie aux anges, donner de la joie aux saints !

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Cette vérité s’appuie sur la sainte écriture, qui dit que les anges se réjouissent dans le ciel de ce qu’un pécheur fait pénitence sur terre. Et quelle plus grande pénitence y a-t-il que d’être à toute heure prête à partir, et à tout quitter pour aller où l’on n’a jamais été, avec des personnes que l’on n’a jamais vues, en laissant d’autres ici avec lesquelles on s’accommodait fort bien ! Oh ! ne doutez point que les anges et les saints n’en soient réjouis.

Si Dieu, les anges et les saints en ont de la joie, les diables et les âmes damnées en ont, au contraire, de la tristesse, comme on peut le prouver par la sainte écriture. Dieu Vous montre au diable : "Regarde, malheureux, qui tu es, tu n’as pas voulu m’obéir, toi que j’avais créé avec tant d’avantages et que j’avais fait participant de ma gloire ; et voilà une simple fille qui a tant de courage que pour m’obéir elle ne fait point de cas de toutes les difficultés qui s’opposent, ni de toutes les répugnances que la nature lui suggère. Regarde, misérable, et que cet exemple serve encore à te confondre et à accroître ta peine éternelle ! "

Ne voyons-nous pas en Job le plaisir que Dieu prend aux âmes qu’il a choisies et comme il les montre à Satan pour augmenter sa honte ? "Ne vois-tu pas, lui dit-il, mon serviteur Job, combien il est obéissant à ma loi et désireux de me plaire ?"

Or, mes filles, si les diables souffrent de cela un surcroît de tourments, les âmes damnées aussi. Quel reproche Dieu adresserait-il à une sœur de la Charité si, pour avoir été infidèle à sa vocation, elle endurait maintenant les peines du purgatoire pour satisfaire à la divine justice, et peut-être celles de l’enfer ! Ce que sa bonté ne permette pas ! Mais, si ce malheur était arrivé à quelques-unes ne doutez point, mes filles, que Dieu ne

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fît connaître à ces âmes le bien que vous faites. Il leur dit intérieurement : "Si tu n’avais bougé de là, que tu eusses été fidèle à ta vocation, tu serais maintenant aussi agréable à Dieu que telle et telle, qui sont venues bien longtemps après toi. Elles seraient tes filles. Les voilà, qui d’un côté, qui de l’autre ; chacune glorifie Dieu en la manière de vie qui lui a été fixée, celle-là aux paroisses, celle-ci aux champs, cette autre à un hôpital, cette autre encore aux Enfants, et toi, malheureuse, tu seras ici éternellement pour n’avoir pas voulu suivre les mouvements que Dieu te donnait pour faire pareilles œuvres ! Ah ! malheureuse âme !" Votre soumission à la volonté de Dieu, mes filles, donne un surcroît de peine à ces âmes-là, qui souffrent en punition de leurs infidélités.

Et ne voyons-nous pas que celles qui sont sorties de votre Compagnie sèchent sur pied ? Elles sèchent, mes filles, elles sèchent, je le sais certainement. Dieu permet qu’elles aient connaissance du bien qui se fait par sa miséricorde et qu’elles le voient d’un œil autre que lorsqu’elles écoutaient la tentation, qui leur suggérait d’en sortir ; ce qui fait qu’elles font des poursuites incroyables pour y rentrer. Elles emploient Monsieur celui-ci, Madame celle-là, un tel Père et tout ce qu’elles peuvent trouver de connaissances. Elles s’informent toujours sous main de ce qui se passe dans la maison et des sœurs qu’elles ont connues ; elles demandent où est une telle et celle-là et cette autre, et apprennent que l’une est à Nantes l’autre à Angers, l’autre à Nanteuil, et disent alors en elles-mêmes. a Hélas ! si j’y étais encore, peut-être serais-je à Angers, peut-être à Nantes, peut-être à Nanteuil" ; et ce que vous faites leur donne ce remords ; cela les tyrannise et les ronge de déplaisir. J’en sais qui n’ont ni bien, ni joie, et la plupart en sont là. Celles qui ne

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