Entretiens aux Filles de la Charité (page 46)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ma sœur, combien y a-t-il de maux dans le péché ?

— Il y en a deux, mon Père, la coulpe et la peine.

— Qu’est-ce que la coulpe, ma fille ?

— Monsieur, c’est ce qui nous fait tourner le dos à Dieu ; et la peine, c’est ce qui nous attache aux créatures.

— Et vous, ma sœur, y a-t-il deux défauts dans le péché ?

— Oui, mon Père, il y a la coulpe et la peine. Par la coulpe nous tournons le dos à Dieu, et la peine nous fait tourner le visage aux créatures. La coulpe s’efface par la confession, et la peine par le jubilé et les indulgences.

— Ma sœur, sur quoi est fondé le jubilé ?

— Mon Père, sur les trésors de l’église.

— Que veut dire cela, les trésors de l’église ?

— Ce sont les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la Vierge et des saints. — Or sus, c’est bien dit, ce sont là les trésors de l’église. Qui peut dispenser ces trésors ?

— Le Pape seul peut accorder le jubilé et l’indulgence

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plénière ; les évêques peuvent donner une indulgence de cent jours seulement.

—- Qu’est-ce donc que le jubilé ?

— C’est une application des mérites de Jésus-Christ que le Pape donne pour la rémission des peines, dues à nos péchés en ce monde et en l’autre.

— Et vous, ma sœur, qui êtes encore bien jeune, voyons ce que vous savez. Combien y a-t-il de maux dans le péché mortel ?

— Il y a le mal de coulpe et le mal de peine. La coulpe, c’est tourner le dos à Dieu, et la peine, c’est s’attacher aux créatures.

— Comment la coulpe s’efface-t-elle ?

— Mon Père, par la confession, et la peine s’efface par le jubilé.

— Dites-moi, ma fille d’où tire-t-on le jubilé ?

— Des trésors de l’église.

— C’est bien dit. Qui les peut appliquer ?

— Le Pape et les conciles généraux.

— Oui, le Pape et les conciles généraux nous peuvent donner le jubilé et les indulgences plénières. Ma sœur, que veut dire jubilé ?

— Cela veut dire joie.

— Ma fille, ce jubilé, qui était anciennement temporel, a-t-il été changé en spirituel ? — Oui, mon Père.

— Que fait en nous le jubilé, ma fille ?

— Mon Père, il efface la peine du purgatoire.

— Voyez donc, mes sœurs, si ce n’est pas là un grand sujet de joie d’être fait quitte de ses dettes. Autrefois on ne travaillait point pendant cette année de jubilation, tout le monde était en repos, jouissait d’une grande tranquillité, et cela s’appelait le grand sabbat.

Or sus, ma sœur une personne, après avoir gagné

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le jubilé, est-elle rétablie dans les biens qu’elle avait perdus par le péché ?

— Oui, elle rentre en possession des vertus qu’elle avait perdues.

Ma sœur, quand une personne se confesse, la coulpe et la peine lui sont-elles remises ?

— Non, mon Père, il n’y a que la coulpe ; la peine se remet par le jubilé.

— D’où tire-t-on ces grâces-là ?

— Des trésors de l’église.

— Qu’entend-on par trésors de l’église ?

— Ce sont les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

— Qui les peut appliquer ?

— C’est notre Saint-Père le Pape, qui, comme vicaire de Jésus-Christ, offre à Dieu le Père ces mêmes mérites pour les péchés que tant de chrétiens commettent tous les jours.

Or sus, Dieu vous bénisse ! Je suis bien consolé, mes chères sœurs. Je crois qu’il sera bon de vous entretenir de tout ce que nous venons de dire, en vous en retournant. Vous qui demeurez ici, vous vous l’enseignerez les unes aux autres et principalement à celles qui sont absentes, Retenez bien que la confession efface la coulpe, et que par jubilé la peine est remise. Reste maintenant à dire ce qu’il faut faire pour que le jubilé nous soit utile et nous exempte du feu du purgatoire, dans lequel peut-être nous serons obligés de souffrir des vingt et trente ans, quoique nous nous soyons bien confessés. Ah ! mes chères sœurs, quel sujet de joie nous aurons si nous venons à le gagner !

Mais que faut-il pour cela ? Je vais vous faire lire la bulle, et vous apprendrez l’intention de notre Saint-Père le Pape et de Monseigneur l’Archevêque.

Notre très honoré Père dit au frère qui l’accompagnait :

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"Mon frère, je vous prie de lire la bulle."

Après cette lecture, Monsieur Vincent reprit :

Voilà donc, mes sœurs, quatre choses : il faut être pénitent, confessé, communié, visiter quatre églises et dire cinq Pater et cinq Ave en chacune.

Une sœur demanda :

Mon Père, est-il nécessaire de faire une confession générale ?

— Ma fille, il est bon d’en faire une ; mais, pour vous autres, ce n’est pas nécessaire ; je vous la conseille seulement. Il sera bon que vous commenciez et finissiez par la communion, sans toutefois en ajouter de spéciales à celles que la règle vous permet. Il faut encore, mes sœurs, prier Dieu pour notre Saint-Père le Pape, pour la paix, pour l’extirpation des hérésies et pour l’exaltation de la sainte église, à ce qu’il plaise à Dieu donner de bons prêtres, de bonnes religieuses et de bonnes Filles de la Charité, c’est-à-dire, mes sœurs, remédier à toutes les nécessités présentes de son église.

Voilà la bulle de notre Saint-Père le Pape, voici l’ordre de Monseigneur l’archevêque.

La lecture faite, notre très honoré Père dit :

Voilà, mes chères sœurs, les règles ordonnées par la bulle. Vous venez d’entendre en quoi elles consistent et même ce qu’il convient de faire, qui est d’être pénitent, d’avoir grand regret d’avoir offensé Dieu, de se confesser et de communier, de visiter les églises, et de dire en chacune, cinq Pater et cinq Ave Maria.

Pour les stations, celles qui se porteront bien les feront, et celles qui sont âgées ou incommodées, comme ma sœur Jeanne, de Saint-Martin, pourront en être dispensées par leur confesseur, auquel elles demanderont ce qu’elles doivent faire à la place.

Vous autres mes sœurs, vous les pouvez faire en servant

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vos pauvres, chemin faisant. Notre-Seigneur le veut ainsi, d’autant que le service que vous rendez aux pauvres est aussi pour lui.

Vous direz cinq Pater et cinq Ave aux intentions de notre Saint-Père le Pape, qui ordonne de prier Dieu pour l’extirpation des hérésies, l’exaltation de la sainte église, la paix, toutes les nécessités de l’heure présente et celles qui ne se peuvent pas spécifier. Mes chères sœurs, il faut aller avec grande dévotion, la vue basse, l’esprit occupé de bonnes pensées. Le roi même fait ses stations à pied. La reine fait ce qu’elle peut ; elle dit : "Je suis vieille ; je ne puis pas faire tout le chemin à pied." Enfin, mes chères sœurs, je n’ai jamais tant vu de dévotion qu’à présent. Je désire, ô mon Dieu, qu’elle soit efficace devant vous et que vous nous donniez, comme je l’espère de votre bonté, la paix intérieure.

J’oubliais de vous dire, mes chères sœurs, que le jubilé anciennement était de cent ans ; et puis, comme l’on vit qu’il fallait attendre trop longtemps, le jubilé fut renouvelé tous les cinquante ans, puis tous les trente-trois ans en l’honneur des trente-trois années de la vie de Notre-Seigneur sur terre. Ce temps fut ensuite réduit à vingt-cinq ans, parce que les hommes ne vivent plus tant. Cela ne manque jamais. De plus, dans les grandes nécessités, l’on a recours à Dieu par ce moyen.

Il faut donc le faire avec grande dévotion, après s’être bien donné à Dieu, avec tous les désirs possibles d’obtenir de lui ce dont on a besoin. C’est en ce temps que les Filles de la Charité doivent lui demander les trois belles vertus qui composent leur esprit : la charité, l’humilité et la simplicité.

La charité que vous devez avoir est la charité vers Dieu, vers le prochain et vers vous-mêmes. Vous devez commencer par vous-mêmes, vous entr’aimant l’une l’autre

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tendrement. Une fille qui porte l’habit de la Charité devant le monde et devant Dieu, si elle n’a point de charité, cela n’est rien. L’humilité consiste à prendre le moindre, et à s’estimer toujours la dernière de toutes. La simplicité qu’il vous faut est celle que vous avez vue en nos bonnes sœurs défuntes. Cet esprit de vraie charité, vous l’obtiendrez de Dieu par le jubilé.

Mademoiselle Le Gras, dites-nous, s’il vous plaît, votre sentiment.

— Il me semble, mon Père, que votre charité a dit tout ce qui s’en peut dire. Ce qui m’en est resté seulement est que, commençant les dernières, nous devons nous efforcer de faire bon usage de ce moyen dont Dieu se sert pour nous donner ses grâces. Une autre raison que nous avons de nous bien donner à Dieu, c’est que, la peine de nos péchés étant remise en général, sa bonté peut nous donner la grâce de ne plus tomber dans ces mêmes péchés pour le reste de nos jours. Il m’a semblé que, pour être remis en grâce, il faut s’adresser à Dieu, puisqu’il n’y a rien sur terre qui nous puisse donner cette grâce, si la divine bonté ne nous la fait.

Pour moyens, il m’a semblé qu’il faut avoir un grand désir de le gagner, considérant le besoin que nous en avons. Un autre, c’est la défiance de nous-mêmes. Pour moi, je me vois dans l’impuissance de me pouvoir rendre capable de cette grâce, n’était que la bonté de Dieu supplée à mes défauts.

— Or sus, je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’il nous fasse la grâce de ne le point offenser et de demeurer ferme après cela dans son amour. Et pour moi, le plus misérable pécheur de tous, qui ai plus grand besoin de cette grâce que personne, je ne laisserai pas de prononcer les paroles de bénédiction sur vous, le priant de

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vous donner a même temps les dispositions nécessaires pour bien gagner

Benedictio Dei Patris…

54. — CONFéRENCE DU 3 JUIN 1653

SUR LA FIDéLITé A DIEU

Mes chères sœurs, le sujet de cet entretien est de la fidélité que nous devons à Dieu toute notre vie. Ce sujet se divise en trois points : les raisons que nous avons d’être fidèles à Dieu ; ce que c’est que d’être fidèle à Dieu toute sa vie ; les moyens d’acquérir et conserver toujours cette fidélité à Dieu. Sans la fidélité, nous ne sommes rien que de pauvres misérables, des méchants et ingrats envers Dieu.

Le premier point est donc des raisons que nous avons d’être fidèles à Dieu. Ma sœur Geneviève (1) est-elle ici ? Ma sœur, quelles raisons avons-nous d’être fidèles à Dieu ?

— Mon Père, j’en ai trouvé plusieurs, dont la première est que Dieu, qui nous a fait la grâce d’être chrétiennes, de nous appeler à son service et de nous y conserver, nous réserverait un grand châtiment, si nous lui étions infidèles. Une autre raison, c’est que, par cette fidélité à Dieu, nous lui faisons honneur.

— Dieu vous bénisse, ma fille ! Dieu vous bénisse ! Ma sœur Jeanne, quelles raisons avons-nous d’être fidèles à Dieu ?

— Mon Père, il me semble que, puisque Dieu nous est si bon, il faut lui être fidèle, en reconnaissance des

Entretien 54. — Cahier écrit par la sœur Mathurine Guérin. (Arch. des Filles de la Charité.)

1). Probablement sœur Geneviève Poisson.

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grâces qu’il nous a faites, nous appelant à son service. Nous pouvons lui témoigner cette fidélité en gardant exactement nos règles.

— Entendez-vous ce que dit notre sœur, mes sœurs ? Je crois que ce sera une bonne pratique de commencer aujourd’hui à parler haut. Je vous avertis d’une chose en laquelle je manque moi-même bien souvent. N’est-il pas vrai, mes sœurs, que vous n’entendez pas bien souvent ce que je dis ?

Une sœur répondit :

Pardonnez-moi, mon Père, vous nous entendons bien. — Si nous sommes bien aises que nos sœurs entendent ce que nous disons, nous parlerons haut ; si nous avons de la charité pour nos sœurs, nous serons bien aises qu’elles entendent nos pensées ; parlant bas, nous priverions nos sœurs des biens que Dieu nous a donnés. Et vous, ma sœur, dites-nous quelles raisons nous obligent d’être fidèles à Dieu.

— Mon Père, c’est parce que Dieu est bon et qu’il est notre père et continue toujours à nous faire du bien, comme un bon père fait à l’endroit d’un enfant qu’il aime tendrement. De son côté, cet enfant est obligé d’aimer un père qui lui est si bon, et il serait bien malheureux s’il ne le faisait pas.

— Dieu vous bénisse, ma fille ! Notre sœur dit qu’il faut être fidèle à Dieu, un Dieu qui est si bon et qui continue toujours à nous bien faire. Ah ! mes sœurs, nous serions bien malheureux, en effet, si nous ne lui étions pas fidèles.

Une autre raison est que Dieu est notre père, mais d’une manière toute particulière ; oui, Dieu est le père des Filles de la Charité d’une manière particulière, de sorte qu’elles ne doivent aspirer ni respirer que pour lui plaire. Une Fille de la Charité, c’est un arbre qu’il

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a planté et qui ne doit porter ses fruits que pour Dieu.

Oh ! que c’est beau, mes sœurs ! Une femme prend beaucoup de soin de plaire à son mari. Tout ce qu’elle fait tend à cela. Si elle travaille pour tâcher de gagner quelque chose, c’est pour son mari. Ainsi, mes filles, tout ce que vous devez prétendre en tout ce que vous faites, c’est de plaire à votre époux. Voyez une pauvre fille qui sert dans un village, tout le travail et la peine qu’elle prend à servir son maître. Elle ne prétend autre récompense que ses gages ; et pour cela elle tâche de gagner les bonnes grâces de son maître ou de sa maîtresse. Une Fille de la Charité n’est pas comme cela ; elle ne doit désirer d’autre récompense pour tous ces travaux, tant intérieurs qu’extérieurs, que de plaire à Dieu seul, qui est comme la fin pour laquelle elle souffre toutes ses peines.

Or sus, ma fille, asseyez-vous ; Dieu vous bénisse ! Et vous, ma fille, levez-vous ; qu’est-ce que la fidélité ?

— Mon Père, c’est la persévérance.

— C’est bien dit, ma fille. Ma sœur dit une chose qui est bien véritable : être fidèle, c’est persévérer au service de Dieu jusqu’à la fin ; car, sans la persévérance, tout est perdu. Vous le pouvez voir, mes sœurs, en une personne qui a servi Dieu un an ou deux ; si elle ne persévère, à quoi lui sert cela ? A rien du tout, non plus qu’il ne servirait de rien à une Fille de la Charité d’avoir passé dix ans, quinze ans, vingt ans, si vous voulez, si elle se dégoûte après cela et ne persévère. A quoi lui profite ce qu’elle a fait sinon à une plus grande damnation ? Ce n’est pas moi qui le dis, c’est saint Jérôme : "Nous autres chrétiens, dit-il, faisons peu de cas d’une personne qui se donne à Dieu au commencement, si elle ne continue." La raison de cela, c’est que l’on en trouve beaucoup qui ont bien commencé et ont mal fini, comme vous voyez en Judas, lequel fit si bien au

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commencement de son apostolat et a fait une très malheureuse fin. Il mérita d’être choisi entre tous les apôtres pour dépensier de la famille de son Maître ; il persévéra quelque temps, et même l’on tient qu’il avait fait des miracles ; et après tout cela, quelques jours avant que Notre-Seigneur mourût, il fut si malheureux que de vendre son bon Maître à beaux deniers comptant. C’est pourquoi, en punition de son infidélité, Dieu permit qu’il se pendît et crevât par le milieu. Cependant il avait bien commencé. Saint Paul, au contraire, avait mal commencé, car il n’était pas seulement méchant en soi, mais il allait comme un lion rugissant, persécutant les serviteurs de Dieu, et leur portait une telle haine qu’il les eût voulu exterminer tous, s’il eût pu, comme il est rapporté dans les Actes des Apôtres. Il pensait rendre service à Dieu en faisant tous ces maux. Nonobstant tout cela il a été un grand serviteur de Dieu. Quoiqu’il eût mal commencé, il a bien fini. Notre sœur a donc eu raison de dire qu’il faut persévérer et que, sans cela, il ne nous profiterait de rien d’avoir bien commencé.

Or, mes sœurs, je pense qu’il vaut mieux ne point interroger davantage, de crainte d’incommoder Mademoiselle Le Gras, parce qu’elle se trouve mal. Je vous dirai mes petites pensées sur ce sujet, et puis s’il y a du temps de reste, j’en interrogerai d’autres.

Mademoiselle, vous plaît-il nous dire vos pensées ?

— Mon Père, entre plusieurs raisons que nous avons d’être fidèles à Dieu toute notre vie, la première est l’exemple que sa bonté nous en a donné en beaucoup de sujets. Le plus important a été l’exécution de la promesse qu’il a faite à l’homme, après le péché, de donner son Fils pour le racheter. Il n’y a pas manqué, quoique, depuis, la multiplication des péchés des hommes eût dû provoquer son courroux pour ne lui pas faire

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cette miséricorde. Nous devons donc, par reconnaissance de cette grâce, être, toute notre vie fidèles à Dieu.

Une seconde raison est l’avertissement que Dieu nous a donné de sa propre bouche sur terre, promettant de récompenser beaucoup ceux qui lui seront fidèles en peu.

Une troisième raison est que, si nous ne sommes fidèles à Dieu toute notre vie, nous aurons éternellement la marque d’ingratitude que nous devons grandement craindre, cette ingratitude étant le comble de toutes les infidélités à Dieu, et les hommes étant extrêmement blâmables quand entr’eux il s’en trouve quelque marque.

Une quatrième raison que nous avons d’être, toute notre vie, fidèles à Dieu est l’amour que sa bonté nous témoigne continuellement dans les conduites de sa divine Providence.

Nous pouvons être fidèles à Dieu en plusieurs rencontres. Premièrement, étant attentifs à reconnaître les grâces que sa bonté nous fait presque à tout moment, et à les estimer, les recevant avec reconnaissance de sa grandeur, et sentiment ou pensée de notre bassesse et indignité. Secondement, regarder pourquoi Dieu nous donne ses grâces. Ce ne peut être que pour manifester sa gloire et nous unir à lui, qui est notre dernière fin ; ce qui nous doit élever le cœur à son amour au-dessus de toute chose. Et la parfaite fidélité à Dieu est de faire bon usage des grâces qu’il nous donne, et aimer sa très sainte volonté, quoique souvent la nôtre sente répugnance au sujet qui se rencontre de l’exécuter.

Pour moyens d’acquérir la fidélité que nous devons à Dieu, j’ai eu pensée de songer souvent au besoin que j’en ai, et à l’impuissance de l’acquérir par moi-même et de la demander souvent à Dieu, de prier mon bon ange de m’aider à reconnaître toutes les occasions que Dieu

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me donnera de lui être fidèle, grandes et petites, les estimant également, puisqu’elles regardent le désir que Dieu a de me sauver pour le glorifier.

Un autre moyen est de faire bon usage de tout ce qui se rencontre, agréable ou désagréable pensant que les bons ménagers du siècle ne négligent rien de ce qui peut augmenter leurs richesses temporelles, et que le chrétien doit avoir un pareil soin de toutes les occasions qui lui peuvent donner augmentation des grâces d’amour de Dieu pour l’éternité. Ces pensées me donnent beaucoup de confusion, ayant, toute ma vie, résisté à la pratique de ces véritables devoirs et fait, par mon mauvais exemple, que d’autres ont agi peut-être de même.

— Voilà qui est bien. Dieu vous bénisse, Mademoiselle ! Voici ce que contient le billet d’une sœur, qui a écrit ses pensées :

Mon Père, la première raison que j’ai vue, c’est que l’infidélité est un très grand péché devant Dieu. Une seconde, c’est que, par notre infidélité, nous nous rendons indignes des autres grâces que Dieu nous voudrait faire après l’abus des premières. Une troisième raison, c’est que la fidélité couronne l’œuvre de nos actions, aussi bien que la persévérance.

La fidélité consiste à être exactes à garder ce que l’on a promis à Dieu et à s’acquitter de tout ce qu’il désire de nous dans notre vocation, en particulier pour notre emploi.

Les moyens d’acquérir cette fidélité sont : faire grand état des grâces de Dieu, l’en remercier souvent, lui demander instamment tous les jours la grâce de lui être fidèle jusqu’à la mort, estimer important de l’être dans les plus petites choses, afin de se disposer par là à le devenir dans les plus grandes. C’est ce que j’ai demandé à Dieu, reconnaissant en avoir grand besoin.

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Mon Père, dit une autre sœur, la première raison qui nous oblige à être fidèles à Dieu, c’est sa très grande bonté vers nous. La seconde est notre propre intérêt, puisque, si nous prétendons participer aux mérites de Jésus-Christ, il faut, de nécessité absolue, être fidèles à Dieu jusqu’à la mort.

J’ai pensé qu’être fidèle à Dieu, c’est tenir les promesses que nous lui avons faites. Sa bonté nous excite doucement à cette fidélité tant dans la pratique de nos règles que dans les occasions qui se présentent nonobstant les dégoûts et sécheresses qui arrivent bien souvent à son service.

Il m’a semblé que le moyen d’acquérir et conserver toujours la fidélité à Dieu est de l’espérer de lui seul et de la demander souvent. Un autre moyen est de ne point chercher ses propres satisfactions dans les choses que la divine Providence ordonne que l’on fasse, parce que, si les consolations venaient à manquer, nous changerions aussi de courage et de fidélité.

— Dieu vous bénisse, mes chères sœurs ! J’ajouterai à toutes ces pensées celles que Dieu m’a données, quoique chétif et misérable.

La première raison que nous avons de nous donner à Dieu, mais de la bonne sorte, pour lui être fidèles, c’est que vous vous êtes vous-mêmes données à lui dans la Compagnie avec l’intention d’y vivre et d’y mourir ; et lorsque vous y êtes entrées, vous l’avez promis ; quelques-unes même d’entre vous l’ont promis solennellement.

Une seconde raison, c’est que les personnes qui sont fidèles en peu reçoivent de Dieu la récompense due à leur fidélité. Je ne parle pas des grandes et héroïques actions ; non, je n’entends pas parler de celles-là, mes sœurs ; je ne dis pas d’être fidèles en ces grandes choses,

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