Entretiens aux Filles de la Charité (page 5)
Pour ce qui est de votre travail, ô mes filles, vous avez suffisamment pour vous nourrir. Une de vos sœurs n’a pas plus que vous, et pourtant, depuis un an environ, elle m’a envoyé cinquante francs de son épargne. Ce n’est pas que je vous conseille de ne rien faire, mais
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il faut surtout songer au service de vos pauvres et à l’exercice de votre règlement.
Or sus, mes très chères sœurs, je supplie notre bon Dieu, qui a inspiré à notre Saint-Père la pensée de nous élargir les trésors de sa miséricorde, qu’il lui plaise disposer vos âmes à les recevoir. Que son amour, qui vous a appelées à un si saint exercice, vous fasse la grâce de gagner ce saint jubilé et vous donne de nouvelles forces pour entrer dans la pratique de votre règlement ! Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
8. — CONFéRENCE DU 6 JANVIER 1642
SUR LES FAUTES DE L’ANNéE éCOULéE
Mes très chères sœurs, nous nous assemblons aujourd’hui pour voir, au commencement de l’année, comme vous avez passé la précédente, et tâcher de mieux employer celle-ci. Il faut que vous fassiez grand cas du nom que vous portez. Ce ne sont pas les hommes qui vous l’ont donné ; et c’est là un très assuré témoignage, qu’il vous vient de Dieu lui-même. Les Pères de l’église tenaient pour certain, au commencement du christianisme, que les écrits dont on ne pouvait découvrir l’auteur après de sérieuses recherches étaient faits par les apôtres. C’est pour vous un sujet de grande consolation, mes filles, car jamais l’on n’a songé à vous donner un nom. Mais, par la suite des temps, le monde, vous voyant toutes appliquées au service des pauvres et autres bonnes œuvres, vous a communément appelées Filles de la Charité. Estimez de beaucoup ce saint nom
Entretien 8. — MS. SV 3, p. 17 et suiv. Les mots mis, dans le manuscrit, en tête de cette conférence : "Instruction donnée… en la maison devant Saint-Lazare", montrent que les sœurs occupaient déjà leur nouvelle demeure.
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et faites en sorte, mes sœurs, de vous montrer toujours dignes de le porter. Que pensez-vous, mes sœurs, que veut dire ce beau nom : Filles de la Charité ? Rien autre chose que filles du bon Dieu, puisque qui est charité est en Dieu, et Dieu est en lui. Il faut donc que vous soyez toutes douces et cordiales, et une école de toutes vertus.
Premièrement, entre vous autres vous devez avoir une grande union, et, s’il se pouvait, pareille à celle des trois personnes de la très Sainte Trinité ; car comment, mes chères sœurs, pourriez-vous exercer la charité et la douceur envers vos pauvres, si vous ne l’aviez en vous-mêmes ?
Nous commencerons donc par une sorte de reddition de compte des défauts de l’année passée. Je vous en dirai sept que j’ai remarqués, ou dont j’ai été averti. Ce vous sera un bon moyen pour vous perfectionner. Je suis fâché, mes sœurs, de n’avoir pu faire cet entretien plus tôt. Il faudra le faire à la fin de chaque année. C’est ce que l’on pratique en beaucoup de communautés en particulier chez nous. Un grand prophète n’a-t-il pas dit qu’il repassait en l’amertume de son cœur ses fautes passées ?
Le premier défaut est de ne se point supporter les unes les autres. Mes chères sœurs, rien de plus nécessaire que ce support parce que d’ordinaire il se rencontre dans les caractères de petites contradictions. Ne voyez-vous pas, que nous-mêmes, en notre particulier changeons si souvent d’état, que nous devenons insupportables à nous-mêmes ? C’est ce qui portait Job à dire : "Mon Dieu, comment m’avez-vous fait aussi discordant à moi-même que je me sens ! Et ne voyez-vous pas que nos boyaux ne s’accordent pas, eux qui sont si unis en apparence ? C’est pourquoi, mes sœurs, il faut nous attacher fortement à la pratique du support.
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Les anciennes honoreront l’âge parfait de Notre-Seigneur et le support qu’il a eu pour les hommes si imparfaits de son entourage si elles supportent les jeunes en leurs défauts, voient en elles la vocation de Dieu pour son service, les encouragent et par exemple et par parole. Le Fils de Dieu enseignait les siens encore plus d’exemple que de parole. Imitez-le, mes chères sœurs. Les anciennes doivent être extrêmement exactes en toutes les observances, faire ce qu’elles ordonnent aux autres, choisir le pire, supporter les petits défauts des nouvelles venues, les encourager de paroles, quelquefois les consoler en leurs petits ennuis, leur disant qu’elles ont elles-mêmes éprouvé ces peines ; car, mes filles, toutes en ont eu, et il est bon d’en avoir pourvu qu’on les découvre sincèrement à ses supérieurs, et à eux seuls. Les anciennes doivent encourager les nouvelles, leur témoigner du respect, approuver leurs petits ouvrages, agréer ce qu’elles disent et ce qu’elles font, et surtout se garder de leur parler et de les regarder comme étrangères, de les railler sur leur langage et la forme de leur habit. Quand elles les rencontrent, elles leur doivent toujours dire quelque mot, comme, par exemple : "Eh bien ! ma sœur, êtes-vous bien fervente ? Aimez-vous bien l’oraison et toutes les pratiques de nos petits règlements ? Ayez bon courage. Où en êtes-vous ? Commencez-vous à vous accoutumer à notre vie ?"
Il fut représenté à M. Vincent que plusieurs sœurs se scandalisaient de la sortie des filles qui quittaient la Compagnie, surtout de celles qui y étaient restées huit ou dix ans ; elles murmuraient et se décourageaient. D’autres ont peine de ce que le monde leur demande souvent ce qu’elles gagnent, leur dit qu’elles perdent le temps, ou les traite de fainéantes, et prétend qu’elles restent là pour gagner leur vie bien à leur aise.
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Monsieur Vincent répondit :
Mes filles, pour ce qui est de celles qui sont sorties, personne ne s’en devrait étonner. Vous savez bien la patience que l’on a eue à leur égard : tantôt on les a changées de lieu, tantôt on a changé leurs sœurs, dans la pensée qu’elles s’accommoderaient mieux avec celles-ci qu’avec celles-là ; on les a même envoyées aux champs, pour essayer, par toutes sortes de moyens, d’obtenir leur persévérance dans la vocation. Si, après cela, elles n’ont su se surmonter voudriez-vous qu’on les retînt, au risque de faire tort à toute la communauté ? O mes chères sœurs, cela ne serait point raisonnable. Soyez assurées que l’on ne fait rien sans l’avoir bien considéré. Depuis peu, j’ai eu des plaintes d’un homme de condition en la maison duquel sert une de ces filles ; il m’a dit : "Monsieur, si ma femme n’ôte bientôt cette fille de notre maison, je pense que je serai contraint de la quitter, tant c’est une personne dangereuse."
Rendant compte un jour à Monseigneur de Paris d’une visite que j’avais faite à un monastère par son ordre, je lui dis que je n’avais rien trouvé de mal en cette maison, sinon que la plupart des filles se plaignaient de ce que la Mère recevait toutes celles qui se présentaient, et qu’il n’en sortait pas une. "Oh ! me répondit-il, la mauvaise conduite ! Quelle avarice est-ce là !" Tant il est important que les religieuses se purgent des personnes qui peuvent nuire aux autres.
C’est pourquoi, mes bonnes sœurs, vous ne devez pas vous étonner quand quelques-unes se retireront ; car, voyez-vous, vous vous mettez en danger de murmurer contre vos supérieurs ; ce qui serait une grande faute, une faute pire que celle que fait un meurtrier. Voyez-vous, s’il y avait dans votre maison le corps d’un homme tué, le meurtrier aurait moins fait de mal que
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le murmurateur ; car il n’a tué qu’un corps, et celle qui murmure se met en danger de tuer plusieurs âmes. O mes chères sœurs, prenez-y bien garde ; car, quand vous murmurez entre vous, ou vous parlez mal de la pauvre fille qui est sortie, ou vous critiquez la conduite de vos supérieurs, fautes que Dieu saura bien punir.
Un jour Noé, qui avait l’esprit affaibli, pour avoir pris un peu trop de vin, était couché tout découvert. Quelques-uns de ses enfants s’en moquèrent ; mais l’un d’eux, sachant le respect qu’il devait à son père, se tourna pour ne le point voir, et le couvrit de son manteau. Savez-vous ce qui en arriva ? Ceux qui avaient murmuré furent maudits de Dieu, eux et toute leur lignée, et le fils respectueux fut béni avec toute sa postérité.
Quand le monde vous demande ce que vous gagnez et prétend que vous perdez votre temps, oh ! mes chères sœurs, il faut fortifier votre esprit contre toutes ces rencontres et répondre que vous vous estimez assez heureuses que Dieu se veuille servir de vous en cette condition. N’ayez crainte, s’ils vous voient ainsi résolues, ils ne vous en diront pas davantage.
Et à ceux qui vous appellent servantes et vous reprochent de gagner votre vie bien à votre aise, répondez-leur : "Nous voudrions bien servir Dieu et les pauvres à nos propres dépens ; et si j’en avais le moyen, ce serait de très bon cœur ; pour témoigner l’amour et l’honneur que nous devons aux pauvres, je me rendrais très volontiers pauvre pour les servir." Dites ces paroles, mes chères sœurs mais à condition de sentir votre cœur dans cette disposition.
Le monde vous oppose encore que, de votre vivant votre Compagnie marchera, mais qu’après vous il faudra tout quitter. Je vous dirai à cela, mes chères sœurs, qu’il n’en arrive jamais ainsi des œuvres de Dieu. Vous
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auriez un pauvre appui si vous n’aviez que celui d’une chétive créature. Votre fermeté est la sainte Providence ; c’est elle qui a mis votre Compagnie sur pied ; car qui vous a choisies, je vous le demande, qui vous a faites ce que vous êtes, sinon Dieu ? Je ne saurais assez vous le redire. Nous, nous n’en eûmes jamais le dessein.
Sur quel fondement pensez-vous que Notre-Seigneur ait établi son église ? Ils étaient nombreux ceux qui le suivaient, et, sur la fin de ses jours, il n’en demeurait que douze, qui ont été tous suppliciés. Oh ! que les œuvres de Dieu ressemblent peu à celles des hommes ! N’en disait-on pas de même des Pères de l’Oratoire, à la mort du Père de Bérulle, et de saint François ? Mais où vais-je, misérable pécheur ! Il n’y a pas de comparaison. Non, mes sœurs, ne craignez point, Dieu ne vous manquera jamais, si vous lui êtes fidèles. Travaillez donc à vous perfectionner en servant les pauvres.
Nous nous assemblerons de nouveau dans un mois et nous parlerons de ce qu’il convient de faire en ce commencement d’année. Je supplie la bonté divine de vous bénir en vous donnant la douce cordialité des vraies Filles de la Charité, le support mutuel de vos infirmités, la grâce de vous réconcilier les unes avec les autres, s’il arrive quelques petites difficultés entre vous. Enfin, mes filles, je supplie la bonté divine de vous bénir en vous remplissant d’une entière confiance en sa sainte Providence, pour accomplir éternellement la très sainte volonté de Dieu qui vous bénisse à jamais par le don de toutes les qualités des vraies Filles de la Charité, selon son dessein.
Au nom du Père, etc…
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9. — CONFéRENCE DU 9 MARS (1642)
SUR LE SERVICE DES MALADES
Le neuvième jour de mars, M. Vincent ne put, pour quelque affaire pressée se trouver au commencement de la conférence que sa charité avait résolu de nous faire sur la manière dont nous devons servir les pauvres malades, à savoir comment les aider à faire usage de leurs maladies selon le dessein que Dieu a sur eux, les préparer à la mort, si leur maladie est mortelle, et, si elle ne l’est pas, provoquer en eux de fortes résolutions d’employer le reste de leurs jours au service de Dieu mieux qu’ils n’ont jamais fait, et de penser plus sérieusement à leur salut.
Monsieur Portail commença la conférence et interrogea plusieurs sœurs, dont les pensées seront rapportées, Dieu aidant, au récit de la dernière conférence sur cette matière. Je rappellerai seulement ici qu’une sœur ayant dit qu’elle croyait nécessaire de disposer les malades à faire une confession générale, Monsieur Portail ajouta qu’en effet c’était très important et que Dieu donnait bénédiction à cette pratique, puisqu’il s’en était servi pour porter Madame la générale à fonder les prêtres de la Mission. Ce qui arriva comme il suit.
Dans une de ses visites à un homme âgé de quatre-vingts ans ladite dame lui conseilla de faire une confession
Entretien 9. Arch. des Filles de la Charité ; l’original est de l’écriture de Louise de Marillac.
1. Seuls le jour et le mois de la conférence sont signalés par le manuscrit. L’année se déduit de ce que l’écriture est de Louise de Marillac, la conférence s’est donnée un dimanche et le dimanche suivant était un des quatre dimanches du carême qui précèdent celui de la Passion (voir la conférence suivante). La première remarque limite le choix aux années 1634-1646, la seconde à 1636 ou 1642, la troisième élimine l’année 1636. Le format du papier confirme cette conclusion.
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générale. Après cette confession, entendue par M. Vincent, le vieillard, recevant de nouveau la visite de Madame la générale, lui dit par plusieurs fois : "Madame, j’étais damné sans cette confession, oui, Madame j’étais damné, j’avais des péchés que je n’avais osé confesser, et jamais je ne m’en fusse confessé sans cette confession." Dès lors ladite dame prit la résolution de fonder la Mission.
M. Vincent arriva sur les cinq heures, et sa charité, après avoir entendu les pensées de quelques-unes de nos sœurs, continua :
Mes sœurs, il se fait trop tard ; je ne vous saurais dire la consolation que j’ai de ce peu que j’ai entendu, et je crois que je l’aurais autrement grande si j’avais entendu toutes celles qui ont parlé et celles qui n’ont pas été encore interrogées ; mais il faut remettre à dimanche prochain, Dieu aidant ; car, mes filles, ce sujet est de grande importance, car c’est pour ce sujet que Dieu vous a appelées Vous ferez encore oraison sur les mêmes points, et vous y ajouterez un autre point, que j’ai omis de dire, ou auquel on n’a pas fait attention, à savoir, des motifs ou raisons que nous avons de bien servir les pauvres, non seulement corporellement, mais spirituellement. Ce ne serait pas, en effet, faire assez pour Dieu et pour le prochain, que de donner la nourriture et les remèdes aux pauvres malades si on ne les aidait, selon le dessein de Dieu, par le service spirituel que nous leur devons. Quand vous servirez les pauvres de la sorte, vous serez vraies Filles de la Charité, c’est-à-dire filles de Dieu, et vous imiterez Jésus-Christ. Car, mes sœurs, comment servait-il les pauvres ? Il les servait corporellement et spirituellement, il allait de côté et d’autre, guérissait les malades, leur donnait selon l’argent qu’il avait, et les instruisait de leur salut. Quel bonheur, mes filles, que Dieu
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vous ait choisies pour continuer l’exercice de son Fils sur terre ! Vous ferez, dimanche matin, oraison sur ce sujet, et vous considérerez devant Dieu les motifs ou raisons pour lesquels nous devons servir les pauvres spirituellement et corporellement. Un des principaux motifs est d’honorer la sainte vie humaine de Notre-Seigneur, en imitant ses actions en ce sujet. O quel bonheur, mes sœurs, de faire ce qu’un Dieu a fait sur terre !
Il voulait donner un autre motif, ce très cher Père ; il s’en retint et ajouta :
Oh ! non, mes filles, il faut vous laisser libres pour le surplus et se contenter de faire comme les mères, qui, contraintes de sevrer leurs enfants avant qu’ils puissent bonnement manger, leur mâchent un peu le pain au commencement, pas beaucoup ; car elles en tireraient la substance. Ainsi faut-il que je fasse et que devant Dieu vous voyiez et appreniez de lui les autres raisons.
Or sus, mes filles, je supplie Dieu, source de charité, de vous faire la grâce d’apprendre le moyen de servir les pauvres malades corporellement et spirituellement en son esprit et à l’imitation parfaite de l’esprit de son Fils, et de vous bénir. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
10. — CONFéRENCE DU 16 MARS (1642)
SUR LE SERVICE DES MALADES
Suite de la conférence sur les motifs que nous avons de servir les pauvres malades corporellement et spirituellement et de leur enseigner à faire usage de leurs maladies, à disposer à la mort et à prendre de fortes
Entretien 10. — Arch. des Filles de la Charité ; l’original est de l’écriture de Louise de Marillac.
1. Le sujet de cette conférence correspond à celui qui fut traité le 16 mars 1642, second dimanche du carême.
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résolutions de mieux vivre quand ils seront guéris. Cette conférence fut le (second) dimanche de carême, et M. Vincent nous fit l’honneur d’être présent dès le commencement. Sa charité après avoir posé le sujet, commanda aux sœurs de rapporter leurs pensées.
Premièrement des motifs.
Le premier motif, dit une sœur, est que les pauvres ont l’honneur de représenter les membres de Jésus-Christ, qui tient les services qu’on leur fait comme faits à lui-même. Le deuxième, que les âmes des pauvres ont en elles l’image de Dieu, et partant que nous devons en eux honorer la Sainte Trinité. Le troisième est la recommandation que le Fils de Dieu nous en a faite de paroles et d’exemples. Pour démontrer aux disciples de saint Jean qu’il était le Messie, il leur dit que les pauvres étaient évangélisés et les malades guéris. Le quatrième est que aider une âme à se sauver, c’est coopérer à l’accomplissement parfait du dessein de Dieu en la mort de Jésus-Christ.
Motifs d’une autre sœur.
Un puissant motif est que, par le service des pauvres, nous honorons ce que le Fils de Dieu a fait sur terre et sa sainte humanité. (Plusieurs des sœurs ont pensé à ce motif.) Un autre est l’obligation que nous avons d’aider notre prochain comme nous voudrions être aidés si nous en avions besoin. Puisque Dieu n’a pas permis que nous eussions du bien pour faire de grandes aumônes, au moins devons-nous employer au service des pauvres la force et le peu de capacité qu’il nous donne.
Une autre sœur a remarqué que les pauvres sont délaissés de tout le monde, ont beaucoup de nécessités et besoin de consolation dans leurs afflictions, ne savent pas toujours ce que c’est que Dieu et parfois n’ont point encore pensé à leur salut. Et cette sœur, comme la plupart des autres, s’est fort humiliée, en pensant à la grâce
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que Dieu lui avait faite de l’appeler à une si sainte vocation et a pris la résolution de l’estimer davantage et de s’y rendre plus fidèle à Dieu.
Motifs d’une autre sœur.
Heureuse d’appartenir à une Compagnie qui porte le nom de Filles de la Charité, elle y doit honorer les pauvres, regarder les petits enfants trouvés comme tels, et les servir, tant qu’elle y sera employée, comme si c’était le Fils de Dieu même, ainsi qu’il le demande. Comme le principal dessein des Filles de la Charité est d’imiter la vie de Jésus-Christ sur terre, elle veut employer la sienne au service des pauvres, puisque le Fils de Dieu est mort en croix pour eux, comme pour nous. Et ainsi nous serons vraies Filles de la Charité en effet et non seulement de nom. Le dernier motif est de rendre tout le service qu’elle pourra aux pauvres pour l’amour de Dieu et pour le désir qu’elle a de le voir un jour dans sa gloire.
Plusieurs sœurs ont donné comme motif la reconnaissance de la grande grâce que Dieu leur a faite de les appeler en une vocation qui ressemble à celle du Fils de Dieu sur terre ; elles se sont humiliées des négligences qu’elles y ont apportées jusques à maintenant, et ont formé de nouvelles résolutions de plus grande fidélité à Dieu.
La pensée que les pauvres sont membres de Notre-Seigneur a été pour toutes un puissant motif de les servir avec plus de soin et de charité que jamais elles n’ont fait.
Une autre sœur. — Puisqu’elle n’a rien et que néanmoins l’aumône est très agréable à Dieu, elle veut se donner tout entière aux pauvres pour honorer la vie du Fils de Dieu, qui est mort pour eux.
Une autre sœur. — Puisqu’elle est appelée de Dieu en la Compagnie des Filles de la Charité, elle doit servir les pauvres spirituellement, c’est-à-dire les aider à connaître
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Dieu et à prendre les moyens de se sauver ; et corporellement, c’est-à-dire leur administrer les vivres et remèdes avec beaucoup de soin et de cordialité.
Une autre sœur. — Puisque Dieu se veut servir de nous en la personne des pauvres, je les regarderai en Jésus-Christ et les servirai pour l’amour de lui.
Une autre sœur. — Regarder Dieu en la personne des pauvres et se représenter, avec volonté de l’imiter, la douceur, humilité et charité que Jésus-Christ pratiquait en les servant sur terre sans faire acception de personnes, tous également selon leur besoin.
Une autre sœur. — Dieu a très agréable le service que l’on rend aux pauvres pour son amour. Elle se reconnaît indigne de sa vocation et croit que toute autre ferait mieux qu’elle. Elle se soumet néanmoins à l’ordre de la divine Providence, qui l’a appelée en la Compagnie, et s’engage à visiter les pauvres dans la pensée d’honorer la sainte vie de Jésus-Christ.
Moyens d’exciter les pauvres malades à faire bon usage de la maladie que Dieu leur envoie, rapportés par les sœurs de la Charité en la conférence susdite.
Après avoir salué les malades d’une façon modestement gaie, vous être informées de l’état de leur maladie, avoir compati à leur peine et leur avoir dit que Dieu vous envoie vers eux pour les servir et soulager en tout ce que vous pourrez, il faut s’enquérir de l’état de leurs âmes, leur faire expliquer qu’ils doivent recevoir leurs maladies de la main de Dieu pour leur plus grand bien et que, dans son amour éternel, il permet cette maladie pour nous ramener à lui, car souvent dans la santé nous ne pensons qu’à travailler pour la vie du corps et n’avons aucun soin de notre salut. Après cela, suggérez-leur un acte de foi sur tous les articles de notre croyance en général et un acte de conformité à la volonté de Dieu, particulièrement en ce qui concerne l’acceptation de la maladie.
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Apprenez-leur que quelquefois Dieu nous afflige pour nos péchés, d’autres fois pour nous donner l’occasion de lui montrer notre amour. Parlez-leur avec cordialité, par exemple : "Mon cher frère", ou "Ma chère sœur, dans vos grandes douleurs pensez à celles du Fils de Dieu, priez-le d’unir les vôtres aux siennes et de les offrir à son Père pour vos péchés." Quelquefois dites-leur : "Mon cher malade, pensez que, puisque Jésus-Christ a tant souffert pour vous, vous devez bien souffrir pour son amour et qu’il n’est pas raisonnable que le serviteur aille par un autre chemin que son maître. Songez aussi que Dieu a permis que votre corps soit malade pour la guérison de votre âme, dont il faut faire grand état, puisqu’elle est créée pour le paradis, où vous serez éternellement avec Dieu. Pour vous aider à avoir patience demandez-la souvent à Dieu et ayez souvent en votre bouche le saint nom de Jésus."