Entretiens aux Filles de la Charité (page 59)
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Une sixième marque de cette vertu, c’est de faire ses actions pour plaire à Dieu, sans y chercher la louange et l’applaudissement des supérieurs, ni d’aucune autre personne, mais seulement pour suivre la volonté de Dieu, qui se trouve dans l’obéissance.
La septième marque, c’est quand on soumet non seulement sa volonté, mais encore le jugement, croyant que ce qu’on nous dit est bien ordonné. Il y en a qui soumettent bien leur volonté et ne veulent point soumettre le jugement. Qu’est-ce à dire soumettre son jugement ? C’est dire, mes sœurs, que, quand on vous commande de faire un acte qui vous répugne, ou ne vous semble pas bien, il faut aussitôt renoncer à votre jugement particulier et trouver des raisons pour vous convaincre que la chose est bien en la manière qu’on vous l’ordonne.
Enfin, mes chères sœurs, une vraie marque de la sainte obéissance est de persévérer jusqu’à la fin. Il y en a qui se montrent fort obéissantes au commencement et se relâchent à la fin. Il semble, quand elles entrent, qu’elles feront merveilles ; elles trouvent tout bon ; rien ne leur semble difficile ou impossible. Ont-elles demeuré quelque temps avec les autres, elles commencent à se négliger, marquent qu’elles n’ont pas la parfaite obéissance.
Voilà, mes sœurs, les huit conditions nécessaires pour être parfaitement obéissantes. Celles qui les ont se peuvent assurer qu’elles font tout au gré de Dieu et que tout ce qu’elles feront sera agréable à Notre-Seigneur et qu’elles mériteront une double récompense. Oui ce sont de beaux lustres qui rendent leurs actions agréables aux yeux de leur époux. Oui, mes chères sœurs, car Dieu se plaît à regarder les âmes désireuses de lui plaire en toutes leurs actions, les Filles de la Charité qui sont ponctuelles en l’obéissance et qui n’ont autre motif que de plaire à sa bonté. Sans doute que
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Notre-Seigneur se plaît dans ces âmes-là et qu’il leur fait de grandes grâces
Vous me direz : "Monsieur, voilà qui est beau, mais le moyen d’acquérir cette parfaite observance ?" Le moyen, mes chères sœurs d’acquérir cette vertu pour celles qui ne l’ont pas et pour la persévérance de celles qui l’ont déjà ?
Premièrement, comme c’est un don de Dieu, il faut le lui demander et souvent le presser, l’importuner, afin qu’il nous fasse cette grâce. O mon Dieu, faites-moi la grâce que je ne fasse jamais rien selon le vieil Adam, qui ne veut que suivre sa volonté et ses inclinations. Mais faites, par votre bonté, que toutes mes actions, mes paroles et mes intentions soient conformes à l’exemple que votre Fils nous a laissé. Or, Jésus-Christ a été obéissant à son Père en toutes choses et les saints disent que c’est l’obéissance du Fils de Dieu qui a été cause qu’il est entré en sa gloire, puisque, s’il n’avait accompli les ordres de Dieu son Père, il n’aurait pas reçu la récompense qu’il a reçue après sa mort.
Le second moyen, c’est de considérer à part nous, je me le dis à moi-même, car j’ai mes supérieurs aussi bien que vous, c’est de considérer comme Notre-Seigneur faisait, et lui demander : "Quoi ! Seigneur, ne faisiez-vous rien sans obéissance ? Quand vous vouliez faire quelque chose, en demandiez-vous permission à votre mère et à saint Joseph ?" Il vous répondra que oui ; et par ces considérations vous encourager à l’obéissance
Un autre moyen, c’est de considérer les bons serviteurs, qui sont si prompts à faire ce que leurs maîtres leur disent, l’obéissance des gens d’armes à leur capitaine, parce que ce nous doit être un puissant motif. Quoi ! l’on sera plus prompt à obéir aux hommes qu’à Dieu ! Les serviteurs qui n’ont autre but que de plaire à leur maître seront plus ponctuels que je ne suis, encore
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que je sache que, si je fais mes actions par obéissance, j’acquiers double mérite ! Oh ! il n’en sera pas ainsi. Il y a vingt ans que nous avons la guerre ; je n’ai jamais ouï dire qu’un soldat ait désobéi à son capitaine ; bien plus, je ne l’ai jamais vu dans l’histoire de France
Mes sœurs, un autre moyen est de penser souvent à ce qui est dit. Imaginez-vous tant de beauté, tant de bonté et tant de perfection qu’il vous plaira ; tout cela se trouve dans l’obéissance ; d’autant que l’obéissance est une des actions qui plaît davantage à Dieu. Bien plus, si vous désobéissez, vous faites l’œuvre du diable. Oui, les Filles de la Charité qui suivent leur propre volonté font l’œuvre du diable, qui ne fait et ne peut faire autre chose que désobéir. Au contraire, celles qui ne cherchent qu’à faire la volonté de Dieu par leur soumission â leur supérieurs sont assurées de plaire à Notre-Seigneur. Choisissez ce que vous aimez mieux : ou faire comme Notre-Seigneur, ou bien faire l’œuvre du démon. Je ne doute point que vous n’aimiez mieux avoir l’esprit de Dieu que celui du diable, qui est l’esprit de désobéissance.
Or sus, avec tout ce que nous venons de dire, une des raisons qui vous doit bien toucher est ce que me disait un bon serviteur de Dieu : "Je pense souvent à la charité de ces bonnes dames, au soulagement qu’elles donnent aux pauvres, aux Filles de la Charité qui sont employées pour cela. Savez-vous, Monsieur, que c’est un autre hôpital que tous les pauvres que les filles assistent, et que c’est un grand soulagement à l’Hôtel-Dieu, qui est déchargé, par ce moyen, des deux tiers des pauvres qui seraient obligés d’y aller faute de cette charité ?" Voyez, mes sœurs, ce que cette personne me disait. Il faut qu’elle ait fait la supputation des pauvres que vous servez. C’est Dieu qui a fait cela par vous.
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C’est pourquoi humiliez-vous profondément, vous estimant indignes de tant de grâces.
Ah ! mon Dieu, qu’avez-vous fait quand vous avez fait la Compagnie de la Charité ? Vous n’en disiez rien ; personne n’y pensait, et vous aviez résolu de faire cette œuvre. Il vous a plu, mon Dieu, faire comme un autre Hôtel-Dieu, mais plus grand, contenant les deux tiers de celui de Paris. Soyez-en béni à jamais !
Les anciennes qui sont depuis le commencement savent comme cela a été, que cela ne vient pas des hommes. Et pource qu’elles ont été dès le commencement, elles sont obligées à une plus grande perfection. O anciennes, ô anciennes, que faites-vous quand vos actions démentent votre ancienneté ? Que direz-vous à Dieu quand il vous demandera compte de toutes vos pensées, paroles et actions, et principalement de celles qui auront malédifié les nouvelles venues ?
Mais, moi misérable, que dirai-je d’avoir tant donné de scandale à de plus jeunes ? Il faut que vous sachiez que l’ancienneté ne se connaît qu’à la vertu et non à la quantité des années.
Ce bon Monsieur me disait encore : "Nous voyons des Filles de la Charité chez nous quelquefois, mais des filles qui ne sont dans la Compagnie que depuis trois ou quatre mois. Nous sommes tous étonnés de les voir si détachées de toutes choses, si indifférentes, si soumises. Enfin cela est admirable que Dieu façonne ces âmes en si peu de temps." C’est pour vous faire voir, mes chères sœurs, combien cette Compagnie est chérie de Dieu, puisqu’il y répand ses grâces si abondamment, et pour vous faire connaître l’obligation que vous avez d’être fidèles à Notre-Seigneur.
Mademoiselle, vous plaît-il nous dire ce que vous avez pensé sur ce sujet ?
— Mon Père, il y a plusieurs raisons qui nous doivent
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exciter à pratiquer une exacte obéissance, même dans la nature, puisque nous voyons que, si les créatures, même insensibles, n’étaient obéissantes aux ordres de Dieu, tout périrait ; comme aussi, dans la conduite des affaires civiles, tout s’y ruinerait sans l’exactitude de l’obéissance des inférieurs aux supérieurs. Les corps humains ne subsistent que par cette obéissance imperceptible de leurs parties.
Mais les communautés chrétiennes, et particulièrement les Filles de la Charité, ont des raisons très justes et très nécessaires de s’étudier à une exacte et ordinaire obéissance.
La première est l’obéissance que Dieu a demandée des premiers hommes en la création, et la perte de leur bonheur en y manquant.
Une autre raison est l’exemple du Fils de Dieu en toutes les actions de sa vie, et qu’il est dit de lui qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort ignominieuse, et l’honneur que son humanité en a reçu, qui nous montre que ç’a été par sa volontaire obéissance et non par aucune contrainte.
Une autre raison est l’utilité de l’obéissance, puisqu’elle nous exempte de faute, nous fait toujours bien agir, quoique nous soyons imbéciles et incapables.
Au second point, les signes que nous désirons cette grande vertu d’obéissance et que nous nous étudions à la pratique, c’est quitter librement notre volonté pour faire celle d’autrui, ne rien faire que notre esprit ne soit entièrement assuré que nos supérieurs l’agréeraient si nous avions occasion d’en demander permission.
Au troisième point, un moyen qui me semble très propre pour acquérir la pratique de cette vertu, c’est d’en avoir grande estime la considérer comme un très fort aide pour être toujours agréable à Dieu par l’union de notre volonté à la sienne.
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Un autre moyen est de n’être point entière à ses opinions en choses indifférentes et de s’accoutumer à suivre plutôt les sentiments et la volonté d’autrui quand rien d’important pour la gloire de Dieu ne nous en empêche.
Un moyen un peu éloigné est de nous accoutumer aux humiliations, puisque l’obéissance est fille de l’humilité.
Un bon moyen d’acquérir l’habitude de l’obéissance est d’obéir promptement, sans écouter les raisonnements de nos esprits.
Un autre moyen est de ne point aimer sa propre gloire, ni ses satisfactions, se souvenant que Notre-Seigneur n’a cherché que la gloire de son Père.
Mais, comme notre amour-propre nous met souvent dans l’ignorance et aveuglement, le plus assuré moyen est de demander à Dieu cette vertu en la manière qu’il veut que nous la pratiquions.
Notre très honoré Père ayant demandé ses pensées à une sœur, celle-ci dit :
Les raisons qui m’obligent à l’obéissance sont premièrement l’exemple de Notre-Seigneur, qui a été obéissant jusqu’à la mort de la croix. Et comme nous n’avons point d’autre patron que lui, nous sommes plus obligées que personne à l’imiter.
Une deuxième raison, c’est qu’une personne désobéissante est de fort mauvais exemple, particulièrement une Fille de la Charité, à toutes les autres, et ainsi elle attire la malédiction portée contre ceux qui donnent le scandale.
La troisième est que nous sommes assurées de faire la volonté de Dieu, en faisant celle de nos supérieurs.
Au second point, j’ai pensé que nous avons cette parfaite obéissance quand nous faisons promptement ce que l’on nous ordonne sans vouloir parachever l’ouvrage que nous faisons, avant d’aller où on nous envoie.
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Une autre marque est quand nous obéissons aussi volontiers à une sœur qu’à une autre, sans regarder si elle nous revient ou non.
Une troisième marque est la persévérance, qui fait qu’on ne se lasse point de changer plusieurs fois d’ouvrage et de quitter les choses que nous faisons volontiers, pour embrasser celles qui nous sont moins agréables.
Le moyen d’acquérir l’obéissance est, ce me semble, de s’accoutumer à être prompte, même aux petites choses, parce que, ce faisant, on viendra à acquérir l’habitude de la vertu d’obéissance, et après il sera fort facile d’obéir en toutes choses.
Un autre moyen est d’envisager Dieu en la personne de ceux qui nous ordonnent de faire quelque chose.
Un troisième est de rejeter promptement les petites répugnances qui viennent quelquefois à l’esprit, faisant la chose d’autant plus promptement que nous y avons répugnance.
Notre très honoré Père, étant près de finir dit à une sœur qui par timidité, n’avait osé lui répondre étant interrogée :
Ma sœur telle, demandez pardon de la désobéissance que vous venez de faire lorsqu’étant interrogée vous n’avez rien répondu et du mauvais exemple que vous avez donné à la Compagnie. Ce que la sœur fit. Après quoi, il donna succinctement sa bénédiction.
Benedictio Dei Patris…
68. — CONFéRENCE DU 1er AOûT 1655
SUR L’OBSERVANCE DES RèGLES
Premier point. Les raisons que nous avons de bien observer nos règles.
Entretien 68. — Ms. SV 3, p. 59 et suiv. La date est connue par d’autres manuscrits.
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Deuxième point. Les fautes qu’on a remarquées contre l’observance des règles.
Troisième point. Les moyens de bien observer nos règles.
Mes très chères sœurs, le sujet de cette conférence est sur vos règles et les nôtres. Voyons les raisons que nous avons de les observer.
Une sœur dit :
Mon Père, il m’a semblé qu’une raison que nous avons d’observer nos règles, c’est qu’il y va de la gloire de Dieu et de l’édification de notre prochain.
— Ma sœur, vous croyez donc qu’il y va de la gloire de Dieu de bien observer vos règles ?
— Oui, mon Père.
— O mes sœurs, qu’il importe au salut de nos âmes de bien observer nos règles ! Et vous, ma fille, que vous semble-t-il des raisons que nous avons d’observer nos règles ?
— Mon Père, il m’a semblé que c’était un moyen de nous rendre semblables à Notre-Seigneur, qui n’est venu au monde que pour observer les règles que son Père lui a données. Secondement, je pense que nos règles ne sont qu’amour et par conséquent qu’il faut être fidèle par amour.
— Vous devez bien rendre grâces à Dieu, ma fille, de ce qu’il vous a donné de si bonnes pensées. Dieu en soit béni ! Il fait un grand don à une fille à qui il fait cette grâce de voir qu’elle garde ses règles au lever, au coucher, au silence et à toutes les autres observances. Mon Dieu ! quelle consolation a une fille qui se rend fidèle à ses règles ! Oh ! que Notre-Seigneur l’aime ! Jamais époux n’a regardé épouse de meilleur œil que Notre-Seigneur regarde une Fille de la Charité qui observe bien ses règles. Par exemple, si le bon plaisir de Dieu était de vous faire assister un malade le
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dimanche, au lieu de vous faire aller à la messe, quoique d’obligation, oh ! il le faudrait faire. On appelle cela : quitter Dieu pour Dieu. Ah ! mes sœurs, y a-t-il des filles au monde qui aient de meilleurs moyens pour faire progrès en la perfection, que vous, qui avez des règles si faciles ! C’est donc une grande consolation quand on peut dire : "Je garde bien mes règles." Mais aussi, au contraire, quels remords de conscience n’a-t-on pas et combien se rend-on coupable si l’on ne les observe pas ! En voilà assez pour le premier point.
Voyons le second, qui est sur les fautes qu’on a remarquées contre les règles. Ma sœur, quelles fautes avez-vous remarquées en général que l’on fait en la Compagnie contre les règles ?
— Mon Père, j’ai remarqué qu’on manque, aux paroisses, de se lever à quatre heures ; j’ai moi-même beaucoup manqué à cela. On ne se couche pas à l’heure.
— Tâchez donc, mes sœurs, d’être bien exactes à cela. Il n’y a rien de plus important que de se lever le matin à l’heure marquée, parce que de là dépend tout le reste de la journée. Je ne sais si nos sœurs des autres paroisses y sont bien exactes.
Vous levez-vous à quatre heures, ma sœur ? dit-il à une autre.
— Mon Père, j’y suis bien négligente ; je vous en demande pardon et a toutes mes sœurs.
— Dieu vous bénisse, ma sœur ! Je le prierai pour vous à la sainte messe.
Il demanda à une autre : Dites-moi, ma sœur, est-on bien exact aux règles chez vous pour se lever à quatre heures ?
— Je n’y manque pas, mon Père, mais j’ai beaucoup manqué au silence.
— O ma fille, le silence est de grande conséquence.
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J’estime beaucoup les religieux qui gardent le silence. Que dis-je, mes sœurs ! Vous comparer aux religieuses ! Je vous estime bien moins qu’elles. Le silence donc, mes sœurs, sert pour parler à Dieu ; c’est dans le silence qu’il communique ses grâces ; il ne nous parle point hors du silence ; car les paroles de Dieu ne se mêlent point avec les paroles et le tumulte des hommes. Ne voulez-vous pas, mes filles, pour une bonne fois, être bien exactes à cela ?
Toutes ayant répondu qu’elles le voulaient, Dieu soit béni, mes sœurs ! leur dit-il. Dieu vous donne la grâce de le faire !
Ma sœur, avez-vous remarqué quelqu’autre faute en la Compagnie contre les règles ?
— Mon Père, pour moi, je manque beaucoup au lever.
— C’est à cause de votre infirmité, ma fille. Ne faites-vous pas l’oraison ?
— Oui, mon Père.
— Dieu soit béni !
Et vous, ma fille s’adressant à une autre, qu’avez-vous remarqué ?
— J’ai remarqué, mon Père, que je manque au silence et que je n’ai pas assez d’ouverture de cœur pour mes supérieurs, et aussi que je manque de me lever à quatre heures.
— Je ne saurais assez vous dire, mes filles, que les Filles de la Charité doivent se garder de l’esprit de duplicité. Il faut tout simplement dire tout à ses supérieurs ; il n’y a rien qu’on ne doive dire, non pas à tous, non, cela n’est pas nécessaire. Savez-vous, mes sœurs, où loge Notre-Seigneur ? C’est chez les simples. Il ne faut donc rien cacher. Dire une chose et non pas l’autre, jamais une Fille de la Charité ne doit agir de la sorte avec ceux qui lui tiennent la place de Dieu. Mais, au contraire, il faut dire le bien et le mal tels qu’ils sont.
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Le monde commence à connaître que cet esprit de simplicité est dans la Compagnie. S’il n’est pas en toutes, au moins il est dans la plupart. Dieu en soit béni, mes sœurs ! Je loue sa bonté de ce qu’en ces derniers temps il se réserve de pauvres filles simples pour la dernière des Compagnies de son église.
— Mon Père, dit une sœur, je vous prie de me dire si c’est mal fait que la sœur servante sorte sans le dire à sa sœur.
— Vous faites bien, ma sœur de me demander cela, la chose est importante. Oui, mes sœurs, il faut dire où l’on va. Si la sœur n’y est pas, il faut le dire aux voisins.
69. — CONFéRENCE DU 8 AOûT 1655
SUR LA FIDéLITé AUX RèGLES
Mes sœurs, nous continuerons sur le sujet que nous avions il y a huit jours. Je ne vous interrogerai pas ; mais je vous dirai seulement mes petites pensées sur ce même sujet, qui est : 1° Les raisons que vous avez de bien observer vos règles ; 2° les fautes que vous avez remarquées contre icelles ; 3° les moyens de les bien observer à l’avenir.
Le premier motif, c’est qu’elles sont de Dieu, et il en est l’auteur, puisque, selon le dire de saint Augustin, tout ce qui nous porte au bien vient de Dieu ; et comme nos règles nous y portent, il est assuré qu’elles viennent de Dieu et qu’elles sont inspirées de Dieu seul.
Le second motif est que ces règles sont toutes répandues dans la sainte écriture, d’où elles ont été ramassées. Par conséquent, elles sont saintes. Elles produisent
Entretien 69. — SV 3, p. 61 et suiv.
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en vous deux effets, dont le premier est qu’elles vous font parvenir à ce que Dieu demande de vous en qualité de bonnes chrétiennes ; et le second, c’est qu’elles vous feront servir les pauvres en la manière que Dieu demande de vous et converser avec le prochain dans l’esprit de charité et d’humilité spécialement entre vous autres. Toutes ces règles tendent à cela et vous servent comme les ailes aux oiseaux pour voler. Remarquez bien ceci, mes bien chères filles, comme les oiseaux ont des ailes pour voler, n’en étant nullement chargés, de même les Filles de la Charité ont leurs règles, qui leur servent d’ailes pour voler à Dieu et bien loin d’en être plus pesantes, elles volent, quand elles les pratiquent bien. Mais, si une Fille de la Charité n’a point ses ailes, qui sont ses règles pratiquées exactement, on peut bien dire que c’est une fille perdue. Il serait à souhaiter que nous eussions les pensées et sentiments du bienheureux Jean Berckmans, que je tiens pour un saint. Il disait : "Ou mourir, ou garder mes règles", tant il les avait en recommandation.
Le troisième motif, mes sœurs, c’est qu’elles sont faciles. On ne vous ordonne point des choses difficiles, comme dans les autres communautés. Voyez les Carmélites, qui sont si austères ; elles jeûnent huit mois de l’année, ne portent point de linge, se lèvent à minuit, prient presque sans cesse. Les filles de Saint-Thomas font presque la même chose, et ce sont des filles de condition, mes sœurs, accoutumées dans le monde à vivre délicatement. Nonobstant cela, leur dîner ordinaire est d’une couple d’œufs, et les unes et les autres se disciplinent, portent la haire et le cilice fort souvent avec tout cela.
Les filles de Sainte-Marie, quoique d’un Ordre plus doux, sont obligées par leurs règles de prendre la discipline, le vendredi de chaque semaine, en commun.
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On ne vous ordonne point tout cela, mes sœurs, si ce n’est que quelqu’une ait dévotion de la prendre avec permission des supérieurs. Voyez combien vous seriez coupables devant Dieu si, ayant des règles si faciles, vous ne les observiez pas. De plus, elles sont douces et suaves, et les filles qui les aiment n’en sont pas plus chargées que les oiseaux de leurs ailes.
Le quatrième motif pour vous porter à l’observance de vos règles de conseil, c’est qu’elles ne vous obligent point à péché. Mes filles écoutez bien ceci ; il faut faire cette distinction et l’entendre. Vous avez vos règles de commandement, qui sont tirées des commandements de Dieu et de la sainte écriture. Quelques-unes d’entre vous ont fait des vœux, et l’on pèche en contrevenant à ces vœux ; comme quand une fille manque à l’obéissance due à ses supérieurs, en ce cas elle pèche contre les règles de commandement, et la sainte écriture commande cette obéissance. De même, celles qui font quelque faute contre la chasteté, qui ne permet pas de faire un clin d’œil volontaire à mauvaise fin, spécialement sur des personnes de différent sexe ; car, depuis que, par les vœux, vous êtes consacrées à Dieu, vous n’avez rien à vous, non pas même votre esprit, non pas un clin d’œil que vous ne deviez faire pour votre époux. Donc les filles qui manquent à leurs vœux, pèchent sans contredit. C’est pourquoi, prenez garde aux fenêtres par où le mal veut entrer. Une œillade est quelquefois bien dangereuse. Qui rompt la règle contre la pureté, l’obéissance et la pauvreté pèche mortellement. Les filles qui tombent dans ces fautes doivent en faire pénitence et s’en confesser au plus tôt.