Entretiens aux Filles de la Charité (page 9)
— Ne faudrait-il point, mes sœurs, faire quelque pénitence pour elles, comme la discipline, ou autre austérité ? Ce serait un bon moyen. Mais que faudrait-il faire encore, ma sœur ?
— Je pense, Monsieur, qu’il se faut informer en particulier avant de donner tort à l’une ou l’autre, puis les exciter à la réconciliation, c’est-à-dire à se demander pardon.
— O mes filles, l’excellent moyen d’union que de se demander pardon l’une à l’autre !
Une sœur dit alors :
Monsieur, voudriez-vous me permettre de demander pardon présentement à mes sœurs de ce que j’ai murmuré, pensant que quelques-unes dédaignaient de me saluer par les rues, et à celles à qui je m’en suis plainte aussi
— Très volontiers, ma sœur.
Cette sœur se mit à genoux, et toutes les autres avec elle, et elle demanda pardon avec grande humilité, nommant les sœurs l’une après l’autre.
— Dieu soit béni, mes sœurs ! C’est ainsi qu’il faut faire pour conserver une parfaite union. Un jour je
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parlai avec une supérieure des Ursulines de Gisors ; et elle me dit l’union et accord qui était parmi ses religieuses. Je lui demandai avec étonnement : "Eh ! ma Mère, que faites-vous pour avoir une telle tranquillité en votre communauté, qu’il n’y ait jamais de différend ?" Elle me répondit : "Monsieur, sitôt qu’il en paraît quelque sujet, nos sœurs ont l’habitude de se jeter à genoux et de se demander pardon l’une à l’autre, en sorte que la désunion n’y peut entrer." Oh ! l’excellent moyen, mes filles ! Aimez bien cette pratique, le plus tôt est le meilleur, quand vous vous apercevrez que quelque sœur est fâchée, ou se doit fâcher contre vous.
Une sœur dit :
Mais, Monsieur, quelquefois, si l’on veut demander pardon à une sœur, celle-ci s’en moque, ou s’irrite davantage ; alors que faut-il faire ?
— Mes sœurs, si vous voyez que la sœur, soit parce qu’elle a été fortement fâchée, soit parce qu’elle n’est pas en bonne humeur, ou a en l’esprit un autre sujet de mécontentement, n’est pas capable de bien recevoir votre humiliation, oh ! il ne faut pas pour lors lui demander pardon ; car ce serait lui jeter des charbons ; vous la mettriez en danger de s’aigrir davantage. Attendez qu’elle soit un peu mieux, puis demandez pardon avec le plus d’humilité que vous pourrez vous reconnaissant devant Dieu cause du mal qu’elle a fait.
Et vous, ma sœur, que feriez-vous si plusieurs de la Compagnie étaient en désunion ensemble, pour remettre l’union si nécessaire en votre Compagnie ?
— Monsieur, j’en donnerais avis aux supérieurs et leur dirais ce que je saurais du sujet du différend.
— C’est bien cela, ma fille, car il faut croire que Dieu donnera grande bénédiction à ce que les supérieurs feront pour ce sujet. Il faut, mes filles, vous
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représenter toujours la nécessité de cette union par les grands biens qui s’ensuivent et que vous avez dits, et par les grands maux que la désunion apporte, particulièrement ceux que Dieu vous a inspirés. C’est Dieu, mes filles, qui vous a fait ainsi parler. Qu’il en soit béni à jamais !
Et comment faudrait-il procéder pour s’entremettre ? Faudrait-il parler à toutes ? Voyez-vous, mes filles, si deux étaient en désunion ensemble, il faudrait leur parler séparément et leur représenter après qu’elles ont dit leur mécontentement, le support que l’on se doit les unes aux autres. Car, voyez-vous, mes sœurs, si peu de chose suffit quelquefois à nous fâcher ! Parfois l’on a des aversions les uns à l’égard des autres sans savoir pourquoi. Un peu de jalousie et d’envie souvent. L’aversion contre une sœur vient en l’entendant manger, en lui voyant faire quelqu’autre action. Cette aversion Si on y demeurait, causerait infailliblement de la désunion. Oh ! mes filles, faites tout votre possible pour la surmonter, et, s’il y a de la désunion, parlez aux sœurs en particulier.
Après en avoir obtenu la permission de M. Vincent, une sœur demanda s’il était expédient que toutes les sœurs indifféremment se mêlassent de moyenner une accommodation, en cas de désunion. Notre très honoré Père nous fit entendre que toutes devaient, tant qu’elles pouvaient, contribuer à l’union entre les sœurs encourageant les unes, adoucissant les autres et excusant toujours l’absente mais que, s’il s’agissait de chose d’importance et d’une désunion formée, il faudrait avertir le supérieur ou la supérieure.
— Ne le voulez-vous pas toutes ? Ne vous donnez-vous pas dès maintenant à Dieu pour accepter que vos fautes soient charitablement dites à celle qui vous tient lieu de supérieure ?
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Toutes les sœurs répondirent oui très volontiers avec accord et d’un consentement tout cordial.
Le très cher Père dit à son accoutumée :
Dieu soit béni, mes sœurs ! C’est là un fort moyen pour maintenir la Compagnie en grande paix et union, et le sujet de cet entretien est des plus importants que je sache pour l’existence de la Compagnie.
Je parlais aujourd’hui à un bon Père grandement dévot ; c’est le Père Saint-Jure, qui a fait de si belles méditations, dont nous faisons lecture. Je lui demandais d’où il venait que, dans les communautés, quoique toutes les personnes eussent même désir de servir Dieu et même volonté de se perfectionner, il arrive de petites discordes. Il me dit : "Voyez, Monsieur, les personnes grossières se piquent bien plus facilement que de bons esprits et des personnes civilisées. Le moyen le plus facile de les tenir en paix est de les accoutumer à la réconciliation." Or, voyez-vous, mes filles, la plupart de vous êtes de cette sorte, nourries dans la rusticité, aussi bien que moi, pauvre porcher.
Je note ces mots, que le très honoré Père prenait souvent plaisir à dire en de plus honorables assemblées, comme celles des évêques, abbés, princesses et autres grandes dames qui se trouvent aux assemblées de Charité.
Vous vous en devez souvenir, continua-t-il, et prendre garde que, quand vous vous fâchez contre vos sœurs, ce n’est pas le plus souvent pour le sujet que vous croyez, mais à cause de la disposition de votre esprit.
Une autre sœur dit qu’il lui semblait que le mieux était de faire connaître au plus tôt le différend qui serait ès sœurs désunies, puis de demander pardon à Dieu pour elles et de beaucoup s’humilier, à la pensée que chacune est capable de pareilles fautes. Elle ajouta que,
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si, par malheur, nos infidélités, le peu de fidélité aux règles, le manque d’obéissance, les murmures et le peu de soin de notre amendement et avancement en la perfection de l’amour de Dieu attiraient sur toute la Compagnie son indignation, il serait à souhaiter que chacune se mît en état de pénitence pour implorer la miséricorde de Dieu, que l’on fît quelque conférence et visite exacte pour découvrir d’où viendrait le mal et que l’on expulsât de la Compagnie celles qui l’auraient causé au cas qu’il n’y eût point d’espérance d’amendement. Et si le mal était sans remède, je crois qu’il faudrait entièrement abolir la Compagnie par des moyens doux et charitables, car, de même que Dieu sera beaucoup honoré par icelle tant qu’elle se conservera dans l’union et l’obéissance aux supérieurs, ainsi la Compagnie serait cause de grands maux, si elle s’en retirait. Je me soumets dès maintenant à subir la confusion qui arriverait à ce désordre, reconnaissant que j’ai en moi assez d’imperfections pour en être seule cause.
Puis M. Vincent interrogea une autre sœur.
— Si ce malheur m’arrivait, Monsieur, répondit-elle, je serais davantage sur mes gardes pour ne plus donner sujet de mécontentement à mes sœurs, et leur souhaiterais de profiter de la peine que je leur aurais causée, pour s’avancer à la perfection que Dieu demande.
Une autre sœur dit que, s’il lui arrivait d’être en discorde avec une sœur, elle lui demanderait pardon en son particulier avant de se coucher, et ensuite à toute la communauté.
Pensées d’une autre sœur :
J’ai pensé en mon oraison que, si je voyais quelque désunion en la Compagnie, en autrui ou en moi-même,
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j’en avertirais au plus tôt le supérieur ou la supérieure, disant tout simplement la faute, sans m’excuser, ni m’en plaindre, même à celles en qui j’aurais plus de confiance.
Une autre sœur a dit qu’elle se jetterait à deux genoux devant le crucifix pour demander pardon de sa faute et prier la sainte Vierge d’intercéder en sa faveur puis irait à ses supérieurs tout simplement leur demander quelque pénitence, avec la conviction qu’il n’en était pas d’assez grande pour cette faute, demanderait pardon à la sœur qu’elle a offensée, et lui promettrait, et à ses supérieurs, de mieux se comporter à l’avenir envers ses sœurs, de les aimer plus tendrement et de leur témoigner plus de cordialité et de déférence.
Une autre dit que, si elle avait eu quelque différend avec une sœur elle lui en demanderait pardon, lui témoignerait son regret et essaierait de se comporter vers elle avec plus d’amitié qu’auparavant.
— Et vous, ma sœur, que faudrait-il faire pour remédier à ce grand mal de désunion, s’il arrivait ? Nous devrions être bien aises que l’on nous avertît de notre faute et écouter les avertissements qu’on nous donnerait pour les mettre en pratique.
Il y avait en cette assemblée beaucoup plus de sœurs qu’il n’y a de raisons pour nous faire éviter ce défaut de désunion, et de moyens pour y remédier. Comme plusieurs ont eu les mêmes pensées, je ne les redis pas toutes en particulier.
A la fin, une sœur (2) demanda très humblement à M. Vincent, pour l’amour de Dieu, au nom de toute la Compagnie d’offrir tous les bons désirs des sœurs au saint autel pour nous obtenir de Dieu pardon des fautes
2. Louise de Marillac. Dans les conférences rédigées par elle, elle ne se désigne pas autrement.
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contre nos règles et du mauvais usage que nous avons fait des instructions que sa charité nous donnait dès y a longtemps, et de lui demander de nouvelles grâces pour l’accomplissement entier des saints desseins que de toute éternité il a eus sur la Compagnie.
Monsieur Vincent répondit :
Oui, mes filles, très volontiers, je dirai la messe à cette intention, mais non pas ces jours-ci, car je suis obligé de la dire pour notre bon roi. Je vous prie de communier toutes à son intention, à ce qu’il plaise à Dieu lui redonner la santé, ou, si sa bonté juge expédient pour sa gloire, le maintenir en l’état où il était jeudi, qu’il pensait mourir et envisageait la mort chrétiennement et généreusement.
La même sœur demanda à M. Vincent s’il jugeait à propos que les sœurs s’accusent tout haut dans les assemblées, en sa présence et en présence de toutes les sœurs, des fautes qu’elles auront commises particulièrement contre les résolutions qu’elles venaient de prendre présentement.
— O mes sœurs, quel bon moyen de vous perfectionner que celui-là ! Sachez que, si par cette action faite en particulier, vous obtenez de Dieu un degré de grâce, quand vous la ferez en public, vous en obtiendrez autant que vous aurez de témoins de cette action.
Je vous assure encore une fois, mes sœurs, que je suis très consolé de cette conférence. Il nous faut laisser le troisième point pour la prochaine, que nous ferons au plus tôt, s’il plaît à Dieu ; en celle-là nous nous entretiendrons des moyens d’empêcher la désunion en votre Compagnie. Vous ferez encore une fois oraison là-dessus
Que la bonté de Dieu, principe de la vraie union, vous accorde la grâce d’éviter tous les maux que la
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désunion peut causer et vous tienne toujours en parfaite union avec lui, avec le prochain par une vraie charité, et avec vous-mêmes par la mortification de vos sens et de vos mauvaises habitudes, le tout pour sa gloire. Que Dieu vous bénisse ! Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
15. — CONFéRENCE DU 14 JUIN 1643
EXPLICATION DU RèGLEMENT
Le quatorzième juin 1643, M. Vincent, notre très honoré Père nous fit la charité de nous entretenir sur le règlement et la manière de vie des Filles de la Charité, en suite de ce qu’une sœur de paroisse lui avait demandé par écrit la pratique de ce qui se faisait en la maison. Notre très honoré Père n’avait pu encore se résoudre à le rédiger par écrit en quoi nous avons sujet de reconnaître que la divine Providence s’est réservé la conduite de cette œuvre, qu’elle avance et recule comme il lui plaît.
Mes chères sœurs, le sujet de cet entretien sera des règles et de la manière de vie que depuis longtemps vous vous êtes proposées et même que, par la grâce de Dieu, vous pratiquez. C’est vous qui les avez faites, ou plutôt c’est Dieu qui vous les a inspirées, car, mes filles, nous ne saurions dire qu’elles vous aient été données. Qui eût pensé qu’il y aurait des Filles de la Charité quand les premières vinrent en quelques paroisses de Paris ? Oh ! non, mes filles, je n’y pensais pas ; votre sœur servante n’y pensait pas non plus, ni M. Portail. Dieu y pensait pour vous. C’est lui, mes filles, que nous pouvons dire
Entretien 15. — Arch. des Filles de la Charité ; l’original est de l’écriture de Louise de Marillac.
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auteur de votre Compagnie, il l’est plus véritablement que personne autre. Oh ! béni soit Dieu, mes filles, de ce que vous avez été choisies par sa bonté, vous pauvres filles de village la plupart, pour former une Compagnie, qui, moyennant sa grâce, le servira !
Je crois, mes filles, que vous avez fait oraison sur ce sujet. Le premier point est de la nécessité que chaque Compagnie a d’une règle ou manière de vie convenable au service que Dieu en veut tirer. Et cela est tout clair, car il y a une règle, non seulement chez les religieux, mais partout ; nous autres qui ne sommes pas religieux et qui ne le serons jamais, parce que nous ne le méritons pas, nous en avons une ; les Pères de l’Oratoire, que j’aurais dû nommer les premiers en ont une. Il est difficile et même impossible que les communautés se maintiennent sans règle dans l’uniformité. Quel désordre serait-ce que les unes se voulussent lever à une heure, les autres à une autre ! Ce serait désunion plutôt qu’union.
Je vous dirai donc, mes filles, le peu de réflexions qui me sont venues sur cela, car je n’ai pas eu le temps d’y penser beaucoup.
La première raison est la nécessité que je vous en viens de dire et cela de tout temps. Les règles sont établies dans l’ordre de la nature et même Dieu en a écrit de son doigt pour le peuple israélite, et il voulait que sa loi restât toujours sous ses yeux. Peut-être, mes filles sera-t-il expédient qu’il en soit de même de vos règles. Au moins faudra-t-il que vous en ayez toutes une copie pour vous aider à les pratiquer exactement.
Une autre raison, mes sœurs, c’est que cela plaît à Dieu. O mes filles, quel bonheur de pouvoir plaire à Dieu ! Ne voyez-vous pas mes sœurs, que l’on prend un singulier plaisir à plaire aux personnes que l’on aime ? On tient à grand honneur et contentement de plaire au
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roi, un roi terrien, qui, selon la nature, n’est pas plus que les autres hommes est sujet aux mêmes nécessités et incommodités. Nous en avons eu l’exemple, ces jours passés, en la personne de notre bon roi de très heureuse mémoire, qui a tant souffert et qui, après sa mort, avait des vers dans le mésentère et un dans l’estomac. Si, mes filles, tant de personnes travaillent avec un si grand plaisir et assiduité pour agréer à un roi terrien dont on ne peut espérer que des récompenses vaines et terriennes, à plus forte raison devez-vous avoir soin de plaire à Dieu, qui est Roi de tous les rois et qui récompense ceux qui l’aiment et servent d’un bonheur éternel.
Une autre raison, mes filles, c’est qu’il est facile d’observer vos règles. Elles sont divisées en deux parties. La première vous dit en quinze articles ce que doit être l’emploi de la journée, c’est-à-dire tout ce que vous devez faire chaque heure. En la seconde partie sont contenus quelques avis pour vous aider à les bien pratiquer.
Je sais bien qu’il y aura un peu de diversité dans vos règlements, à cause de la différence des pauvres que vous servez ; mais néanmoins, pour le principal de vos exercices, elles peuvent toutes convenir. Et s’il est nécessaire de changer quelque chose pour le service des forçats, des enfants, des pauvres des paroisses et des sœurs qui sont à la campagne, on le fera. Je crois que facilement vous pourrez être semblables à celles de la maison ; il est à désirer que vos exercices soient comme ceux des sœurs de la maison.
Je vous dis donc, mes sœurs, que la pratique de votre manière de vie est très facile. Rien de plus facile et agréable que de se lever à quatre heures, de donner ses premières pensées à Dieu, de se mettre à genoux pour l’adorer et de s’offrir à lui. Cela n’est-il pas bien aisé ?
Pour faire l’oraison, c’est-à-dire pour parler à Dieu
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une demi-heure, oh ! quelle facilité et quel bonheur ! On est pour l’ordinaire bien heureux de pouvoir parler à un roi ; ils sont sans jugement ceux qui trouvent difficile de parler demi-heure à Dieu.
Porter les médecines aux malades et entendre la sainte messe au retour, cela n’est pas non plus difficile. Se rendre chez la dame qui fait cuire le pot à l’heure qu’il faut le porter aux malades, ou un peu devant, si besoin est ; et il en est quelquefois besoin, crainte que les servantes ne le trouvent prêt quand il faut.
Avant dîner, faire son examen particulier, dire le Benedicite et les grâces. Quelle difficulté y trouvez-vous ? Après dîner, avoir soin de retirer les ordonnances du médecin, et apprêter et porter les remèdes aux malades. Cela est bien facile.
Après cela, prendre son temps pour lire un chapitre de quelque livre de dévotion. O mes filles, il n’y faut pas manquer ; cela est bien facile, et c’est chose bien nécessaire car, le matin, vous parlez à Dieu en l’oraison, et par la lecture Dieu vous parle à vous. Si vous voulez être écoutées de Dieu en vos prières, écoutez Dieu en la lecture. Il n’y a pas moins d’avantage et de bonheur à écouter Dieu qu’à lui parler. C’est pourquoi je vous recommande bien, tant que cela se pourra, de n’y point manquer et, s’il se peut, de faire un peu d’oraison ensuite.
Faire encore son examen particulier avant souper ; cela se peut facilement. Faire, avant de se coucher, l’examen général ; se coucher à neuf heures et s’endormir avec quelque bonne pensée. Tout cela n’est-il pas bien facile, et quelles raisons pourriez-vous avoir de ne pas le faire ?
Et outre ce que je vous ai dit, vous récitez encore
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votre chapelet à plusieurs reprises, comme une dizaine après l’oraison du matin ; deux, à l’église, avant la messe, ou jusqu’à l’évangile, si la messe commence plus tôt ; deux, après la lecture de l’après-dînée ; et une au soir. Il vous est permis de prendre d’autres heures, si celles-ci né vous conviennent pas.
Se confesser et communier les dimanches et fêtes principales, et non plus souvent sans permission du directeur. O mes filles, je vous recommande bien d’être exactes en la pratique de ce point, qui est de grande importance. Je sais bien qu’il pourra y en avoir plusieurs qui souhaiteront davantage ; mais, pour l’amour de Dieu, mortifiez-vous en ce sujet et pensez qu’une communion spirituelle bien faite aura quelquefois plus d’efficace qu’une réelle. Je le sais, mes filles, et je vous dirai volontiers que les communions trop fréquentes ont été cause de grands abus, non pas, à cause de la sainte communion mais par les mauvaises dispositions que souvent l’on y apporte. C’est pourquoi, mes filles, je vous prie de ne point communier plus souvent sans la permission de votre directeur.
Il est encore très important de ne point vous tenir sans rien faire et de vous occuper à coudre ou à filer, quand vous n’avez plus rien à faire pour vos malades. Oh ! il faut, mes filles, travailler pour gagner sa vie et être bien exactes à employer le temps, dont Dieu vous demandera un compte bien étroit. Il l’a dit lui-même : "Je vous redemanderai le temps qui est passé." C’est une chose si précieuse de bien employer le temps, et le temps que nous avons sur terre nous peut être si avantageux, que nous devons bien prendre garde de n’en point perdre. O misérable que je suis, que dirai-je à Dieu quand il me demandera compte du temps que je perds !
La seconde partie de vos règles, mes filles, consiste
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en quelques avis, contenus en dix-sept articles, pour bien pratiquer l’emploi de la journée, pour faire tous vos exercices en esprit d’humilité, de charité de douceur, et pour honorer la sainte vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur terre. Pour cela, il faut que vous dressiez votre intention au commencement de chaque action, et principalement quand vous vous appliquez au service de vos pauvres malades. Quel bonheur mes filles, de servir la personne de Notre-Seigneur en ses pauvres membres ! Il vous a dit qu’il réputera ce service comme fait à lui-même.
Portez grand honneur aux dames. N’est-il pas bien raisonnable de leur parler avec respect, de leur obéir en ce qui concerne le service des pauvres ? Ce sont elles qui vous donnent le moyen de rendre à Dieu le service que vous rendez aux malades. Que pourriez-vous sans elles, ô mes filles ? Portez-leur donc un grand respect, de quelque condition qu’elles soient. Il faut que je vous le die, j’ai remarque que plusieurs sont fautées en ce sujet. Oh ! il s’en faut bien garder dorénavant, tant en leur parlant, qu’en parlant d’elles. Elles vous font beaucoup d’honneur et vous aiment, mais il n’en faut pas abuser.