Entretiens aux Filles de la Charité (page 93)
Or, mes chères sœurs, ne voulez-vous pas bien aujourd’hui vous donner à Dieu pour observer vos règles,
- 596 -
voyant les avantages qu’il y a pour celles qui y seront fidèles, et les malheurs dont celles qui les laissent sont menacées ? Je prie Dieu de vous donner un nouveau désir de les garder. Vous en voyez l’importance par ce que nous avons dit.
Mais, dites-moi, mes sœurs, êtes-vous bien résolues à garder l’ordre de l’emploi de la journée ? Je parle à toutes ; je parle à ma sœur Jeanne, à ma sœur Françoise et à toutes en général. Répondez-moi en votre particulier. Sentez-vous cette résolution de bien garder vos règles ? Si cela est, vous êtes bienheureuses, si cela n’est pas, je ne veux pas dire que vous soyez malheureuses, mais pour le moins non heureuses. Ne voulez-vous pas bien vous donner à Dieu pour garder cet ordre ?
Quelques-unes dirent qu’elles le voulaient, et les autres montraient assez par leur composition que c’était leur désir.
Dieu vous bénisse ! Dieu soit béni, mes chères sœurs ! Mais ce n’est pas assez de vouloir, il faut offrir votre volonté à Dieu et dire : "O Seigneur, voilà que je viens de donner ma parole, que je veux observer l’ordre de l’emploi de la journée. Si maintenant on demande si je n’y manquerai point, je dirai que je ne puis y être fidèle sans vous ; et partant donnez-moi la grâce nécessaire pour cela. Ah ! Seigneur, vous avez promis aux âmes qui n’ont point d’autre intention que de vous plaire, que vous observerez par elles, en elles et avec elles les règles que vous leur avez données ; c’est donc à vous que je m’adresse pour vous demander la grâce de bien observer mes règles. De moi je ne le mérite pas ; mais je vous le demande par les prières de votre sainte Mère et pour l’amour que vous portez à mon bon ange."
Mes sœurs, voyez si cela n’est pas raisonnable de garder cet ordre. Voilà donc une parole que vous venez de
- 597 -
donner à Dieu, que vous garderez l’ordre de l’emploi de la journée. Le voici. Commençons à le lire. Nous en avons dit quelque chose dans un autre entretien ; mais je ne sais comment cela fut mêlé. Nous le recommencerons.
Ordre de l’emploi de la journée.
"Elles se lèveront à quatre heures" et se coucheront à neuf ; car, quoiqu’il ne soit pas dit dans cet article, cela se doit entendre. "Elles se lèveront à quatre heures, donnant leurs premières pensées à Dieu." Voilà le premier article. Et avant que de l’expliquer, il faut savoir si vous faites ce qu’il contient. Je sais qu’il y en a qui y sont exactes ; mais il faut savoir si toutes se lèvent à quatre heures. Je sais encore qu’on le fait ici et en quelque autre lieu. Or, il faut être exactes à l’heure aussi bien du coucher que du lever, si ce n’est que ces pauvres filles qui ont quantité de malades fussent occupées dans ce temps-là à préparer les médecines pour le lendemain. Hors de là, il faut être couchées à neuf heures et se lever à quatre. Et l’on remarque que celles qui ne le font pas, encore qu’elles portent l’habit de Filles de la Charité, ne le sont point en effet.
Il est dit dans ce point : "Elles donneront leurs premières pensées à Dieu." Voyez-vous, mes filles, Dieu a fait voir ceci à quelques saints, que le bon et le mauvais ange veillent toute la nuit : le bon ange, pour mettre une bonne pensée en l’esprit de la personne dès qu’elle est éveillée ; et le mauvais ange, afin de lui en présenter une mauvaise. C’est pourquoi vous devez être bien sur vos gardes pour ne point admettre d’autre pensée que de Dieu à votre réveil premier et faire en sorte d’en avoir de bonnes dès que vous êtes éveillées. Quand vous ne diriez que ceci : "O Seigneur, vous êtes mon Dieu ; je vous adore de tout mon cœur", c’est assez ; vous avez
- 598 -
fait ce que le bon ange désire que vous fassiez ; mais, quand une fille laisse vagabonder son esprit où ses passions la portent (car il y en a qui ont des passions ou d’amour ou de haine, et l’esprit malin ne laisse pas de les présenter sitôt qu’on est éveillé), quand une fille s’y arrête, que gagne le diable ? O mes filles, il a ce qui appartient à Dieu. Nous devons à Dieu toutes nos pensées, toutes nos actions et tout ce que nous sommes, et nous manquons à cela quand nous écoutons les pensées qui viennent du diable, lequel dérobe ce que nous devrions donner à Dieu. Or, pour éviter cela, dès que vous êtes éveillées, vous devez être soigneuses non seulement d’ouvrir votre cœur à la pensée que le bon ange vous présente, mais aussi de le fermer à toutes celles que l’esprit malin vous suggère, et dire : "Mon Dieu, je vous adore ; ah ! Seigneur, je vous donne mon cœur, faites-moi la grâce que je ne vous offense point, mais que je fasse votre volonté en toutes choses."
Voilà, mes chères sœurs, à peu près les pensées que vous devez avoir à votre réveil. Vous ne vous souviendrez pas de toutes, ou bien vous en aurez d’autres, n’importe, pourvu que vous pensiez à quelque chose de Dieu, quand vous ne diriez que ceci : "Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur", il suffit, vous acquittant bien de cela, c’est offrir à Dieu les prémices de vos pensées, et c’est ce qu’il demande de vous.
Voici ce qui suit : "Elles s’habilleront diligemment, feront chacune son lit." Il faut donc s’habiller promptement et ne pas faire comme plusieurs, qui traînent et passent leur temps à s’ajuster, pour plaire, je ne dis pas à qui. Or, cela est blâmable, s’il y en a qui le font. Ah ! mes sœurs, il faut être diligentes et prendre votre robe sans tant de façon.
- 599 -
Avant que d’achever de se vêtir, il faut prendre de l’eau bénite. Vous savez que l’eau bénite par l’ordre de l’église a cette vertu efficace de chasser le démon, qui a voulu vous donner de mauvaises pensées. Ainsi il faut être exactes à s’en servir et à en avoir auprès de son lit ou dans sa chambre.
Après que cela est fait, il est dit : "Elles se mettront à genoux."Pour quoi faire ? Pour adorer Dieu, le remercier de vous avoir préservées durant la nuit. Adorer Dieu, c’est-à-dire le reconnaître créateur et sauveur du monde et souverain seigneur de toutes choses reconnaître qu’on dépend entièrement de lui quant au corps et quant à l’âme, et pour cela lui dire : "Seigneur, je vous reconnais pour celui à qui toute créature doit obéir ; et pour moi, Seigneur, je me soumets entièrement à votre divine majesté."Or, il ne faut presque pas de temps ; tout cela se fait par un seul acte d’adoration, car disant : "Seigneur, je vous adore", l’on reconnaît son empire souverain et absolu sur les choses visibles, spirituelles et sur toutes les bonnes âmes.
Ce n’est pas assez d’adorer Dieu ; vous avez un autre acte qui suit c’est le remerciement de ce qu’il vous a préservées la nuit. Et s’il vous est arrivé de faire quelque péché, même ne le voulant pas, il faut lui en demander pardon ; car il y a certains péchés qui se commettent en dormant, pour lesquels l’évêque de Paris ordonne aux prêtres de s’abstenir d’offrir le saint sacrifice ce jour-là. Je ne veux pas vous les nommer, mais Mademoiselle Le Gras vous les dira. S’il vous était donc arrivé de tomber en quelqu’un, il faudrait s’humilier et en demander pardon à Dieu.
Après cela, il faut s’humilier, s’offrir à Notre-Seigneur, avec toutes les actions de la journée, en cette sorte : "Seigneur, je m’offre à vous et vous donne tout
- 600 -
ce que je ferai aujourd’hui et tout le temps de ma vie." N’est-il pas bien raisonnable, mes sœurs, que le fruit d’un arbre qui est planté dans un jardin soit rendu à qui appartiennent l’arbre et le fruit et le jardin ? Dieu vous a plantées, comme des arbres dans ce monde, pour porter des fruits d’humilité, patience pauvreté et de toutes les autres vertus. C’est cela que Dieu demande de vous ; et ainsi vous voyez l’obligation que vous avez de vous offrir à sa divine majesté avec tout ce que vous pouvez faire.
Que faut-il donc dire pour cela ? Il faut, au moment qu’on est éveillé, élever son cœur à Dieu et dire : "Ah ! Seigneur, je vous adore et vous remercie des grâces que vous me faites. Mon Dieu, je vous offre et moi et toutes mes actions." Car, voyez-vous, mes filles, ce ne serait pas assez de reconnaître que nous dépendons de Dieu ni de nous offrir à lui, si nous ne lui offrions nos œuvres. Ce ne serait pas assez à un arbre de dire à celui à qui il appartient : "Mon maître je suis à vous" ; mais il doit, de plus, dire : "Et tous les fruits que je porte."
Monsieur, me direz-vous, si je fais ainsi, qu’arrivera-t-il de cela ? — Il arrivera, mes sœurs, que toutes vos pensées, toutes vos actions, toutes vos paroles et tout ce que vous ferez sera agréable aux yeux de Dieu, et l’on verra les Filles de la Charité croître en vertu de jour en jour. Pourquoi ? Parce que vous avez fait une oblation de vous-mêmes à Dieu, et en vertu de cette oblation que vous lui faites, vous lui offrez tous ces actes de vertu, et en même temps vous les pratiquez. Il les regarde avec plaisir. Ah ! c’est cela qui s’appelle grâce gratifiante, qui vous rend agréables à Dieu de plus en plus, avec laquelle vous lui êtes toujours agréables, servant les enfants, entendant la messe et faisant l’oraison, bref en toutes choses, tout ainsi qu’un enfant plaît à son père en tout
- 601 -
ce qu’il fait, mais avec cette différence que jamais enfant n’a tant aimé et plu à son père que vous faites à Dieu, quand vous pratiquez ce que vous venons de dire.
Afin de le mieux retenir, relisons encore ce premier point : "Elles se lèveront à quatre heures." Or, souvenez-vous d’avoir toujours quelque bon mot pour dire à Notre-Seigneur à votre réveil, comme celui-ci : "Mon Dieu, vous êtes mon Dieu, je vous donne mon cœur", ou quelqu’autre équivalent. Pourvu que vous lui disiez quelques paroles, cela suffit. Mais il est bon néanmoins, pour s’y habituer, d’en retenir quelques-unes de celles que nous avons dites, comme celle-ci encore : "Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur."
Voilà huit actes que vous devez faire tous les jours sans y manquer. Voyez si cela est difficile et si vous ne devez pas vous donner à Dieu pour y être fidèles. S’il y en avait parmi vous qui ne s’en soucient pas, nous pouvons dire que, si elles sont fidèles, elles ne le seront pas en beaucoup, et ainsi il n’y a rien à attendre d’elles ; c’en est fait.
Voilà donc, mes sœurs le premier article expliqué. Ce qu’étant fait, il faut venir à la chapelle ici.
Voici le second article : "A quatre heures et demie, elles feront en commun les prières ordinaires et ensuite entendront lire les points de méditation, laquelle on fera durant demi-heure."
Sa charité demanda à Mademoiselle Le Gras comme cela se faisait. Elle dit qu’il y avait un livre imprimé duquel on se servait et que, s’il le jugeait à propos, une sœur les dirait tout haut. Ce qui fut fait par deux sœurs, qui dirent l’une après l’autre les actes de foi, d’adoration, d’actions de grâces, d’offrande, etc. Après quoi M. Vincent dit :
Il y a deux manières de faire ces actes : ou avec intervalle, ou sans intervalle.
- 602 -
Fait-on faire cela à des sœurs tout haut, ou une sœur les fait-elle tout de suite sans faire de pose ?
— Monsieur, répondit Mademoiselle Le Gras, la sœur qui fait les prières les dit tout haut, et les autres la suivent, faisant les mêmes actes tout bas, parce que la plupart les savent par cœur, et celles qui ne les savent pas joignent leur intention.
— Mademoiselle, je pense qu’il sera bon de faire apprendre tout cela par cœur à celles de nos sœurs qui ne le savent pas ; car, voyez-vous, il faut que cela soit bien inculqué dans l’esprit pour pouvoir suivre celle qui les dit tout haut. On n’a pas toujours l’esprit présent. A Sainte-Marie, les directrices des nouvelles venues leur apprennent tout cela et leur en font rendre compte, leur demandant : "Que faut-il faire quand on est éveillé ? Il faut adorer Dieu, il faut faire tel acte." Elles ne se contentent pas de voir qu’elles le savent ; mais elles leur enseignent la manière de le bien faire. Car, mes sœurs, vous dites qu’il faut adorer Dieu ; qu’est-ce qu’adorer Dieu ? Et ainsi des autres actes, jusqu’à ce qu’elles les sachent, lesquels vous devez faire de même, parce qu’ils vous feront entrer dans la connaissance des choses célestes, vous éloigneront de celles de la terre, et votre esprit en sera éclairé pour voir la beauté de la vertu. Car, voyez-vous, moins l’esprit est embarrassé des choses de la terre, plus il est disposé à recevoir les lumières de Dieu. Or, quand vous entrez en oraison, vous élevez votre esprit au ciel et vous l’éloignez de la terre. Là vous voyez les perfections divines, vous entendez des mystères que vous n’avez jamais vus. Mais admirez cela : après, quand on voit la bonté de Dieu et combien il a fait pour les hommes et, au contraire, la laideur du vice, on en conçoit de l’horreur. Et ainsi vous faites des actes conformément
- 603 -
aux affections que vous sentez. Voyant la beauté de la vertu, vous dites : "Ah ! mon Dieu ! voilà qui est beau ; oh ! si je pouvais l’avoir !" Voyez, mes sœurs, ce que c’est que l’oraison. Quand vous y entrez, vous avez l’esprit rempli de ténèbres ; mais, quand vous y êtes, voilà une lumière qui chasse toutes ces ténèbres, ainsi qu’une chandelle allumée dans une chambre. Et par cette lumière vous connaissez chaque chose comme elle est. Voyant la vertu, vous connaissez l’estime qu’il en faut faire. Et parce que nous ne pouvons pas voir le bien comme bien sans nous porter à l’affectionner, ni connaître le vice comme vice sans le détester, voilà pourquoi, si vous êtes fidèles à cette pratique, Dieu vous fera la grâce de connaître et affectionner la vertu ; et pour cela vous direz : "Oh ! que cela est beau ! Oh ! qu’il fait bon aimer à obéir ! Oh ! qu’il est bon de servir les pauvres en l’esprit qu’une bonne Fille de la Charité le doit faire !" Incontinent que vous aurez fini ce deuxième point, vous passerez au troisième, qui comprend les résolutions.
Après avoir vu la beauté de la vertu, il faut passer plus avant et se résoudre à la pratiquer ; autrement, ce ne serait pas avoir bien fait l’oraison. Une personne qui médite sur l’amour de Dieu et qui dit : "Ah ! Seigneur, que vous êtes beau ! Je veux que désormais vous soyez l’objet de mon amour. Je vous demande cette grâce", elle doit ajouter à ces affections cette résolution : "Voilà, mon Dieu que je me résous à faire tout ce que je pourrai pour votre amour" ; et puis après venir à la pratique dans les occasions. Suivant cela, vous voyez combien se trompent ceux qui passent tout le temps de l’oraison à s’imaginer leur sujet, ou qui, se sentant enflammés d’affection, en demeurent là sans faire des résolutions. On se résout donc à pratiquer ce qu’on a vu dans l’oraison, soit pour déraciner quelque vice, si l’on
- 604 -
en remarque en soi, soit pour faire le bien. Voici, par exemple, ce que vous pouvez dire : "Mon Dieu, quand je ferai quelque chose pour les pauvres, je veux le faire pour l’amour de vous, donnant la nourriture à ce pauvre corps, afin qu’il ait des forces pour vous servir. Si je m’emploie à des actions plus relevées, comme d’entendre la sainte messe, faire l’oraison, ou me préparer à la sainte communion, je veux faire tout cela pour l’amour de vous, afin de vous plaire, et ne rien faire pour la considération de la créature."
Quoi ! mon Seigneur ! que désormais je fasse cela ! Il n’y a qu’à se recolliger, et c’était la grande oraison de saint Antoine. O mes filles, voilà qui va bien, je suis consolé. Mais, pour celle du jour, il faut la faire vers cinq heures et demie autant que vous pourrez.
A une sœur de Saint-Germain-en-Laye :
Ma sœur, faites-vous l’oraison ? — Mon Père, non pas toujours, mais nous n’y manquons guère.
— Au nom de Dieu, n’y manquez plus, ma fille, et concevez bien l’importance de bien faire l’oraison. Car, voyez-vous, mes chères sœurs, comme je vous dis dernièrement, l’oraison est aussi nécessaire à l’âme pour la conserver en vie, que l’air à l’homme, ou bien l’eau au poisson pour la conservation de sa vie. Or, comme les hommes ne peuvent vivre sans air, mais meurent lorsqu’il leur manque, de même une Fille de la Charité ne saurait vivre de l’esprit de la grâce sans l’oraison ; et si, lorsqu’elle y manque, elle ne meurt pas quant au corps, elle commence à mourir à la grâce. Voilà pourquoi vous devez faire votre capital de bien établir cela entre vous, et ce doit être le soin des sœurs servantes de le faire bien observer. De temps en temps je le demanderai, s’il plaît à Dieu.
- 605 -
"Après la messe, elles iront déjeuner et reprendront chacune son emploi." Que si on ne pouvait l’ouïr que bien plus tard, on ne ferait point de difficulté de déjeuner avant que d’y aller. Oh ! il le faut principalement avant que d’aller voir les malades, à cause de l’air. Je sais que c’est une bienséance et même un acte de piété de l’entendre à jeun. Mais aux personnes de travail, oh ! il ne faut point prendre garde à cela.
"A onze heures et demie, elles feront l’examen particulier, s’arrêtant sur les résolutions, etc."
Alors M. Vincent demanda à une sœur :
Ma fille, faites-vous votre examen particulier avant le repas ?
— Oui, mon Père.
— Dieu vous bénisse ! Je vous assure que nos pauvres frères de la Compagnie y sont si exacts que cela me console. Voilà M. Portail qui m’en est témoin. C’est une grande bénédiction de Dieu. Vous voyez ces pauvres frères se mettre à genoux en revenant de leur travail pour faire leur examen particulier ; et bien plus les serviteurs s’y mettent avec eux, à leur exemple.
Or, mes sœurs, cet examen peut se faire en deux manières. L’une, en regardant si l’on a été fidèle aux résolutions de l’oraison du matin, car c’est le fruit de l’oraison de prendre de bonnes résolutions et pratiques. Par exemple, voilà une vertu dont j’ai besoin : je suis prompte, j’ai besoin de patience, je suis paresseuse, j’ai besoin de diligence. Et ainsi des autres. Comme l’on s’est proposé cela pour pratique, il faut faire attention, à l’examen particulier, si on a été fidèle, ou non. Ou bien il se fait en une autre manière, qui est que l’on tâche de connaître en particulier le défaut où l’on est plus enclin, pour s’en corriger. Et avant le repas on fait attention si on l’a mortifié. Et ainsi, quand vous faites votre communication au confesseur, soit M. Portail
- 606 -
ou un autre, la principale chose, c’est de lui dire quelle passion vous domine le plus et vous fait plus de peine, afin qu’il vous donne des moyens pour vous surmonter. C’est le fait du directeur ou de la directrice de demander cela à celle qui leur parle. "Ma sœur, voilà votre communication faite ; quelle est la passion qui vous tourmente le plus ?" Elle doit dire : "Mademoiselle, c’est celle-là." — "Oh bien ! ma sœur, tâchez de prendre les moyens pour vous en défaire, et pour cet effet, il faut vous appliquer à la vertu contraire." Ainsi, mes sœurs, faire aboutir là les résolutions de votre oraison, faire l’examen particulier sur cela, non seulement deux fois le jour, à l’heure accoutumée, mais y faire souvent attention, se demander : "Qu’est-ce que j’ai résolu ce matin à l’oraison ?" Si c’est de mortifier l’impatience, par exemple, vous direz : "J’ai coutume de m’impatienter avec ma sœur, comment me suis-je comporté ?" Et si l’on voit que l’on a pratiqué la patience dans l’occasion qu’on a eue de se fâcher, et qu’on ne l’a pas fait, il en faut remercier Dieu ; sinon, en demander pardon et s’imposer pénitence. Car, voyez-vous, il est impossible de bien corriger un vice si on n’est exact à cela.
Les païens mêmes ont connu cette nécessité ; de sorte qu’il importe que vous soyez fidèles à cet examen. Sénèque, qui était un philosophe païen, faisait tous les jours l’examen pour voir s’il avait vécu comme un philosophe est obligé de vivre et s’il n’avait point manqué à pratiquer les vertus d’un philosophe.
Voilà donc la différence d’un examen particulier, tant pour l’acquisition d’une vertu que pour déraciner un vice. Mais souvenez-vous que vous ne devez jamais rendre compte de vos consciences, que vous ne demandiez quel vice particulier vous devez combattre, ou la vertu à laquelle vous devez tendre, et y employer autant
- 607 -
de temps qu’il sera nécessaire pour cela, un mois, trois mois, un an, si l’on trouve ne s’être pas assez exercé, trois ans, si besoin est.
"Ensuite dîneront, disant le Benedicite, et le reste. Après le dîner, la récréation, etc."
Mes sœurs, voilà qui parle de soi-même. Votre récréation doit être faite dans une grande modestie. Et si quelqu’une s’échappait a quelque immodestie, ou entrait en quelque entretien contre la charité, la sœur à ce députée doit dire : "Nous allons entrer, mes sœurs, dans une matière qui ne nous est pas utile." Et cela fera souvenir de la présence de Dieu.
A deux heures, la lecture et le silence, que l’on finit par ces paroles : Christus factus est pro nobis obediens.
Voilà qui est beau. Je ne sais si on garde cela hors la maison.
Aux Treize Maisons (2), ma sœur, le faites-vous ?
— Mon Père, nous le faisons, mais à une autre heure, par l’ordre de Mademoiselle, à cause des enfants.
Oh bien ! mes sœurs, nous en demeurerons là ; et quoique nous n’ayons pas dit grand’chose, vous ne laisserez pas d’avoir le mérite d’avoir pris la peine de venir pour écouter parler un pécheur. Plaise à Dieu donner bénédiction à ce qu’il vous a dit par sa bouche ! Mes sœurs, assurez-vous que, tant que vous garderez cet ordre, Dieu vous gardera, parce que Dieu est auteur de tout ordre ; et la chose la plus agréable à Dieu que vous puissiez faire, c’est de garder vos règles.
Une sœur demanda pardon, voyant que Monsieur Vincent était prêt à finir la conférence ; à laquelle il dit :
Oh bien ! ma sœur, je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ,
2). Nom donné au pâté d’habitations qui servaient de demeure aux enfants trouvés, rue au Faubourg-Saint-Denis. Un agrandissement obligea de changer plus tard cette dénomination, et l’on eut les Quatorze Maisons.
- 608 -
qui vous a inspiré de faire cet acte de pénitence, qu’il vous fasse la grâce de vous corriger. Je prie Notre-Seigneur, mes chères sœurs, qu’il fasse connaître à la communauté la beauté de ces actes d’humilité pour commencer cette pratique et la continuer. Je prie Notre-Seigneur qu’il fasse la grâce à toutes nos sœurs d’entrer dans la pratique de tout ce que nous venons de dire, et qu’à même temps que je prononcerai, de sa part, les paroles de bénédiction, il opère dans votre esprit la grâce nécessaire pour bien observer les règles qu’il vous a données.
106. — CONFéRENCE DU 25 NOVEMBRE 1658
EMPLOI DE LA JOURNéE.
— EXPLICATION DE L’éVANGILE DES VIERGES SAGES ET DES VIERGES FOLLES.
— DéVOTION A SAINTE CATHERINE.
Mes chères sœurs, nous ferons deux choses en cette conférence-ci : la première sera de vous lire quelque articles de vos règles, et l’autre de nous entretenir, par manière de conférence, sur le sujet de la fête de sainte Catherine, qui est aujourd’hui. J’en interrogerai quelques unes, si le temps le permet, vous demandant vos pensées sur l’évangile qui se lit aujourd’hui.
Mademoiselle Le Gras demandant si ce serait les pensées de l’oraison du matin, M. Vincent répondit :
Non, Mademoiselle, ce seront celles qu’on aura sur-le-champ.
Mes sœurs, nous ne faisons donc autre chose que lire vos règles simplement, sans vous les expliquer, pour deux raisons. La première, c’est parce que vous les gardez, que cela est en usage parmi vous et que, par la grâce de Dieu, vous les savez par la pratique. La deuxième, parce qu’en vous expliquant les autres règles, vraisemblablement nous avons expliqué celles-ci.
Entretien 106. — Ms. SV p. 349 et suiv., p. 367 et suiv.
- 609 -
Voici le huitième article de vos règles de l’ordre de la journée.
"8° Après le silence il faut continuer le travail ; l’on pourra encore s’entretenir comme devant de quelque chose d’édification, etc."
Voilà, mes sœurs, ce qui suit l’heure du silence ; l’on vient de dire comme vous la devez passer.
"9° A cinq heures et demie, on fera l’oraison jusqu’à six heures, etc."
Oh ! que cela est beau I avoir vu Notre-Seigneur le matin et lui avoir parlé, et le faire encore après-dînée ! O Sauveur ! quel bonheur ! Mais, s’il en est qui ne soient pas fidèles à bien garder cette règle-là de faire l’oraison de l’après-dînée, oh ! Sauveur ! vous êtes assurées que vous les verrez déchoir petit à petit et tomber en un pitoyable état. Si elles avaient l’humilité avant cela, on n’en verra plus ; si de l’amour pour Dieu et le prochain, elles n’en auront plus. Bref, si elles avaient quelque bonne coutume, comme de s’entretenir de quelque bonne chose, on ne verra plus rien de tout cela, parce qu’elles n’auront pas été exactes à garder cette règle. Et si vous voyez du déchet en quelques-unes parmi vous, si nous en voyons entre nous (oh ! que sais-je s’il y en a, ou s’il n’y en a point du tout !) mais, s’il y en avait, c’est pour n’avoir pas été fidèles à faire cette oraison et les autres, mais surtout celle-ci ; car c’est à cette heure de l’après-dînée qu’il se trouve plus de difficulté.
"10° Après souper, elles se mettront à faire ce qui est de leur office et observeront le reste qui est marqué pour la récréation d’après dînée."
Voilà, il s’agit de bien faire votre récréation. Oh ! que je souhaite que vous la fassiez comme il faut, et que je le demande à Dieu de bon cœur !
"11° A huit heures, elles se rendront au lieu destiné pour faire en commun l’exercice du soir, etc."
- 610 -
"12° Les vendredis, elles assisteront à la petite conférence qui se fait après les prières du soir en la présence de la supérieure ou de celle qui la représente."