Entretiens aux Filles de la Charité (page 94)
O mes sœurs, que voilà un exercice qui est beau et utile, à mon avis, quand il est bien fait ! Je ne sais si on pratique cela aux paroisses. Ma sœur, le faites-vous chez vous ?
— Oui, mon Père, si ce n’est que quelquefois le service des pauvres nous en empêche.
— J’en rends grâces à Dieu. Oh bien ! ma sœur, continuez cette bonne coutume tant que vous le pourrez, si ce n’est que le service des pauvres vous ôte ce temps-là, car il est bien raisonnable de servir les maîtres les premiers. Les pauvres sont nos maîtres ; ce sont nos rois, il leur faut obéir, et ce n’est pas une exagération de les appeler ainsi, parce que Notre-Seigneur est dans les pauvres.
Il faut retenir cela, voyez-vous, que la petite conférence du vendredi a été établie pour s’accuser des manquements contre les règles de la Compagnie et prendre les moyens de s’en corriger pour cet effet. Chacune y dit sa coulpe à genoux. Voilà qui est beau. Mademoiselle, cela se fait-il ainsi ?
— Mon Père, nous commençons par l’invocation du Saint-Esprit, et puis quelquefois, pas toujours, je dis quelque faute que j’aurais remarquée, soit en général, ou en particulier, Si je m’en ressouviens. Puis après, nos sœurs disent leur coulpe.
— Se met-on à genoux ?
— Mon Père, celles qui s’accusent s’y mettent ; quand les officières le font, alors toutes se tiennent à genoux.
— Dieu soit béni ! Voilà un bon ordre. Reçoit-on volontiers les avis et pénitences qu’on y donne ?
— Mon Père, pour les pénitences, cela n’est pas encore en usage. Nous attendons les avis qu’il vous plaira
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nous donner là-dessus. L’on ordonne bien de dire quelquefois le Pater, mais nous n’avons osé rien faire encore de plus rude.
— Eh bien ! il faudra aviser à cela et faire que dans les paroisses aux Forçats et aux Treize Maisons on fasse la même chose à peu près. C’est là, voyez-vous, que vous battez l’esprit malin à dos et à ventre car en cette action, si elle est bien faite, vous effacez le mal que vous avez fait en toute la semaine.
Saint Dominique vit un jour le diable, auquel il dit : "Viens ça que fais-tu là ?" Cet esprit malin répondit : "Je fais mon office je vais partout, et partout je gagne quelque chose ; je gagne à l’église par les distractions dans les prières ; je gagne à table par le plaisir que l’on prend aux viandes ; je gagne en la conversation ; enfin je gagne partout, et il n’y a qu’un misérable lieu où je perds tout." — "Je te commande, de la part de Dieu, lui dit ce saint, de me dire quel est ce lieu-là."
—" C’est dit-il, au chapitre, où l’on s’accuse de ses fautes bien humblement."
Oh ! c’est là, mes sœurs, que le diable perd tout ce qu’il a gagné. Et ainsi il faut se donner à Dieu pour faire cette action-là comme il] a faut faire.
Aux paroisses, on peut faire cela en cette manière. La servante commence par dire les manquements contre les règles, par exemple : "Ma sœur, il me semble que nous avons manqué à faire notre oraison à l’heure que nous aurions bien prise si nous avions prévu telle chose" ou bien : "Nous n’avons pas été bien réglées pour la messe, ou pour les autres observances." Puis elle doit demander pardon. Et après que la servante a parlé, sa compagne doit dire pareillement sa coulpe, avec résolution de prendre garde à se corriger l’une et l’autre de leurs manquements.
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"13° A neuf heures, après avoir pris de l’eau bénite et fait à genoux sa petite dévotion, etc."
"14° Depuis la fin de l’oraison du soir jusques après l’oraison du matin du lendemain, elles garderont étroitement le silence, etc.
Rendez-vous bien fidèles à cela, mes sœurs, car c’est un temps précieux. Il y a des monastères où l’on n’oserait quasi ouvrir la bouche dans les heures du silence, et s’il y a grande nécessité de parler, on fait signe, demandant permission de dire quelque mot.
15° Celles qui ont permission d’apprendre à lire et à écrire emploieront, au matin, demi-heure pour lire, etc."
Cela s’entend, mes sœurs, quand il y a du temps de reste après le service des malades, car, si les pauvres ont besoin, il faut laisser là la lecture et dire : "Mon Seigneur, qui est en ce pauvre, me commande de marcher ; il faut qu’il soit servi le premier."
Nous voilà au seizième article. Nous en demeurerons là. Voyons la seconde chose que nous avons proposée.
Mes chères sœurs, l’évangile que l’église fait lire, ce jour, à la sainte messe sur le sujet de la vie de sainte Catherine, ou la parabole de l’évangile, mérite bien d’attirer notre attention. La parabole nous fait voir deux sortes de personnes qui vivent en religion ou communauté, dont les unes furent rejetées de Dieu et les autres acceptées. Des dix vierges dont il est fait mention, cinq furent rejetées de l’époux, c’est-à-dire damnées. Dire que Dieu rejette quelqu’un, cela veut dire que Dieu l’envoie aux fonds des enfers. Les cinq autres eurent le bonheur de recevoir leur époux, qui leur a mérité le paradis, parce qu’elles s’étaient préparées. Leur époux les a enlevées, comme ses épouses, pour leur faire part de la gloire qu’il possède. Voilà donc, mes chères sœurs, Notre-Seigneur qui dit : "Il y avait dix vierges, dont cinq furent damnées et cinq sauvées."
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Dix vierges, voyez-vous, qui vivaient ensemble. Et voilà la moitié qui est rejetée de Dieu ; l’autre fut bienheureuse. Or, mes filles, si l’évangile, qui est véritable, n’était pas l’évangile, si nous n’avions point cette certitude-là, on pourrait objecter quelque chose. Mais principium verborum veritas ; la vérité est le principe de ces paroles. C’est pourquoi on ne peut douter de leur vérité ; car les paroles de Dieu sont effectives et portent toujours leurs effets. Si cela est, comme nous l’apprend l’évangile, que, de dix vierges, cinq sont damnées, n’est-ce pas là un sujet à craindre pour les Filles de la Charité ?
Représentez-vous, mes sœurs, que vous voilà peut-être quarante ou cinquante. S’il y en avait la moitié de sauvées, et l’autre du nombre de ces malheureuses vierges, ah ! Sauveur ! chacune aurait sujet de dire : "Numquid ego sum, Domine ?" O Seigneur, ne serai-je point de ce nombre ? Ou encore : "Serais-je bien assez heureuse d’être dans la voie de ces vierges qui ont été trouvées au gré de leur époux ?"
Mes filles, les paroles de Dieu sont véritables ; elles parlent d’elles-mêmes ; et ainsi qui ne craindra pas, voyant ce qui est arrivé aux vierges folles ? Ce doit donc être un sujet de crainte, non seulement pour les Filles de la Charité, mais pour toutes sortes de personnes, pour les Carmélites et pour les filles de la Visitation aussi bien que pour vous. Et si vous avez sujet de craindre, mes chères sœurs, ah ! quel sujet en ai-je moi, misérable, pour les abominations de ma vie et pour les obligations de prêtre, qui sont si grandes que peu s’en acquittent comme il faut.
La parabole dit qu’elles étaient toutes vierges ; et en voilà la moitié qui va en enfer ! N’avez-vous pas sujet de craindre, principalement celles qui se trouvent comme ces folles, et de dire : "Serais-je si malheureuse que d’être reléguée avec ces pauvres misérables !" Celles
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qui avaient leurs lampes allumées furent menées en paradis mais les autres qui n’avaient point d’huile en leurs lampes ont été rejetées. Et ainsi, mes chères sœurs, celles d’entre vous qui n’ont pas l’huile de la charité doivent craindre d’être de ce nombre. Celles qui ne vont pas comme il faut dans l’observance de leurs règles et qui ont une réponse intérieure qui leur dit : "Si je vis comme cela et si je ne mortifie pas mes passions, je suis perdue", oh ! Sauveur ! celles-là doivent faire leur possible pour sortir de cet état.
Voilà, mes filles, une belle leçon que nous avons aujourd’hui. Mais que faut-il faire pour en profiter ? Il faut faire en sorte que nous soyons du nombre des sages, vivant comme elles ont vécu, et sortir de l’état où ont été trouvées les malheureuses, si nous y sommes.
Or, mes filles, je vous ai dit que je vous demanderai vos pensées là-dessus. Conférons entre nous familièrement sur ce sujet. L’évangile dit que ces cinq vierges ne furent pas trouvées veillantes, mais endormies, et que les autres cinq allèrent au-devant de l’époux. Dites-nous vos pensées sur cela et quelles sont les choses qui les ont endormies ainsi et ce qui a fait que les sages ont été trouvées veillantes et prêtes à suivre l’époux.
Ma sœur, quel est votre sentiment là-dessus ?
— Mon Père, je crois que, quand une Fille de la Charité ne suit pas ses règles, elle est endormie.
— Oh ! Dieu soit béni ! L’évangile dit que ces filles ne veillaient pas ; mes sœurs, ma sœur dit qu’une Fille de la Charité qui ne suit point ses règles est endormie et ne veille point ; par conséquent, que cinq vierges malheureuses ont été rejetées parce qu’elles ne veillaient pas à faire les choses qu’elles étaient obligées de faire. Et ainsi, mes sœurs, les Filles de la Charité qui ne vivent pas dans l’observance de leurs règles peuvent être appelées endormies, et, si elles ne se réveillent point,
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elles seront malheureuses, parce que, si elles sont surprises dans ce sommeil à l’heure de la mort, elles se trouveront comme ces vierges folles, sans huile. Ainsi elles seront damnées. Ne vous semble-t-il pas que c’est bien répondu et que Notre-Seigneur fera justement d’en user de la sorte ? Quoi ! Dieu vous a choisies pour ses épouses ; il vous a retirées de la masse corrompue du monde et, comme votre seigneur, il vous a donné quelques règles pour les observer ; il vous dit : "Faites cela, ce sont des choses faciles et qui ne surpassent pas vos forces." O mes sœurs, manquer à cette observance, c’est être endormies, comme ces vierges folles.
Ma sœur Vincente, dites-moi : ma sœur Antoinette dit que les sœurs de la Charité qui ne gardent pas leurs règles sont endormies, et que, si elles ne s’éveillent, elles ne seront pas reçues de l’époux comme ses épouses, que vous en semble, ma sœur ? Et quelles sont celles qui peuvent être appelées endormies ?
— Mon Père, il me semble qu’une fille qui ne fait pas ce qu’elle est obligée de faire en sa vocation est endormie, manquant aux œuvres de son salut, ou bien ne s’en acquittant pas comme il faut.
— Mais, ma fille, elle va visiter les pauvres.
— Mon Père, je crois que cela n’est pas grand’chose, si ce n’est bien fait.
— Vous avez bien dit ma sœur, car ce n’est pas assez de servir les pauvres. Le principal est de travailler à sa propre perfection et manquer à cela, c’est dormir, comme vous dites, aux œuvres de son salut de sorte que celles-là sont endormies qui gardent leurs règles, mais qui ne les gardent pas comme il faut ; elles les font, mais non pas avec toutes les circonstances requises, en la vue de Dieu et le plus parfaitement qu’il est possible, qu’elles soient grandes ou petites, et pour l’amour de
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Dieu, qui est la seule fin pour laquelle on doit faire toutes choses.
Ma sœur Françoise, qui peut-on encore appeler endormies comme ces vierges ?
— Mon Père, il me semble que c’est être endormies que faire ses actions négligemment, sans application d’esprit, avec quelque mélange du monde, c’est-à-dire mêler les affections de ses parents, de son pays, l’attache à la recherche des plaisirs, et demeurer dans l’irrésolution si on persévérera ou non, demeurer là, s’acquitter des emplois plus par manière d’acquit que par affection à l’obéissance.
— A celles-là, mes sœurs, appartient proprement le nom d’endormies qui ne font pas pour leur époux tout ce qu’elles font. Ces filles attendent la venue de l’époux, comme ces vierges folles, qui avaient assurément quelque autre chose à faire qu’à se préparer à recevoir leur époux, comme il paraît, puisqu’elles s’endormirent. Or, mes sœurs, si les Filles de la Charité et nous, prêtres de la Mission, ne faisons nos règles pour plaire à cet époux, si, dans tout ce que nous faisons, nous ne recherchons uniquement Dieu et si nous n’avons désir de lui plaire, nous avons grand sujet de craindre. Pourquoi ? Parce que vous faites bien quelque chose d’extérieur ; mais ce n’est pas pour votre époux. De sorte, mes sœurs, que celles qui sont en l’état que nous avons dit sont semblables à ces vierges.
Je ne vous en dirai pas davantage. Mais souvenez-vous qu’il faut faire tout ce que vous faites pour vous préparer à la venue de l’époux, et, pour cela, dresser votre intention dès le matin afin de lui plaire en tout, sans y mêler aucun respect humain. Si vous faites cela, lorsqu’il viendra, il vous embrassera comme ses épouses ; car il a un amour si grand pour les âmes qui lui sont fidèles qu’il n’y a point d’époux qui chérisse son épouse
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comme il chérit ces âmes-là. Donc celles-là ont sujet d’espérer qu’elles sont du nombre des bienheureuses vierges qui sont entrées avec l’époux.
Mademoiselle, ayant demande permission de parler, dit :
Mon Père, ne peut-on pas dire que celles-là sont endormies qui manquent à la pratique des règles, ne croyant pas y être obligées, et qui ne les estiment pas.
— Non seulement c’est être endormies, mais elles sont demi mortes, qui est bien pis qu’être endormies ; car l’endormi s’éveille mais le demi-mort ne se relève pas ? Quoi ! une Fille de la Charité reçoit des règles de Notre-Seigneur et ne pense pas y être obligée ! Qui demeure dans un esprit nonchalant, ou ne fait point ses actions pour l’amour de son époux, qui communie, ou entend la messe, ou fait quelque autre chose, et n’a pas le soin de le bien faire comme y étant obligée, celle-là est pire que ces vierges ; car elles attendaient leur époux, et leur seule faute fut de ne pas faire tout ce qu’elles devaient pour se préparer à sa venue. Mais une fille qui méprise les ordres que Dieu lui a donnés, ne tenant compte de les observer, ne fait pas ce qu’elle doit faire. Cette fille-là tôt ou tard sera du nombre des réprouvés, si elle ne se corrige. O mes filles, s’il y en avait parmi vous de celles-là, qui veuillent vivre de la sorte, selon leur humeur sans s’assujettir aux règles, ces filles sont en très grand danger de leur salut, et l’on peut dire qu’elles sont en état de perdition, si déjà elles ne sont pas perdues. Ces cinq vierges-ci étaient perdues en l’esprit de Dieu avant que l’époux arrivât ; et celles qui ne se préparent pas pour aller au-devant de l’époux, comme les vierges sages, sont perdues devant Dieu, qui voit leur misérable état. Elles ne le sont pas parce qu’il l’a vu, mais il l’a vu parce qu’elles le sont. Il voit simplement la vérité.
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Ainsi, mes sœurs, nous avons grand sujet de craindre si nous nous trouvons dans cette disposition.
Tout ce que nous avons dit, mes sœurs, tend à nous rendre généreuses pour faire tout ce que Notre-Seigneur veut que nous fassions comme a fait sainte Catherine, qui, touchée de compassion en entendant parler du carnage que faisait l’empereur Maximin, eut tant de courage qu’elle l’alla trouver pour lui dire qu’elle s’étonnait comment il osait entreprendre sur le sang des chrétiens, et cela, pour le détourner, si elle eût pu, de faire tant de mal. Oh ! qu’elle veillait bien, cette fille-là ! Oh ! qu’elle gardait bien les règles que Dieu lui avait données ! Elle veillait aux règles chrétiennes ; oh ! elle n’y manquait jamais. Elle veillait aux règles de la charité du prochain, ainsi qu’il paraît dans sa vie.
Mes filles, ayez dévotion à sainte Catherine ; demandez à Dieu la grâce de veiller comme elle, qui osa bien porter la parole à un empereur pour le reprendre de sa cruauté ; mais, n’ayant pu rien gagner sur lui, elle gagna cinquante philosophes, Porphyre avec deux cents soldats, et la femme même de Maximin, qui tous furent martyrisés devant elle. Ce roi, ne pouvant supporter en sa femme les maximes du christianisme, comme il était fort brutal, la fit mourir la première.
Ah ! mes filles, nous n’avons pas l’occasion de nous présenter aux tyrans, comme sainte Catherine, mais vous pouvez garder vos règles pour l’amour de l’époux. Si nous parlons, si nous désirons faire quelque action, donnons-nous à Dieu afin de tout faire tendre à l’époux, et ayons toujours intention de faire tout pour lui.
O Compagnie des Filles de la Charité, s’il plaisait à Dieu de t’animer de son esprit, que tu ne regardasses plus que Dieu en toutes tes actions et souffrances, oh !
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que l’on y verrait mener une sainte vie ! Voyez-vous, mes filles, voilà comme vous serez si vous avez cet esprit et aimez vos règles. Si toutes ne l’ont pas, il est bien à craindre qu’elles ne se perdent ; car la porte du paradis est bien étroite. Bannissons de nos esprits le soin de nos parents, de nos pays, l’amour d’une sœur plutôt que de l’autre, le désir d’être en cette paroisse, l’amour pour cette dame. Ah ! Sauveur ! bannissons tout cela de nous et les soins mêmes de nos propres personnes pour ne penser à autre chose qu’à nous préparer à la venue de l’époux. Et s’il y a quelque chose qu’on doive craindre, c’est de nous trouver attachées à quelqu’autre chose qu’à notre époux. Or, celles qui entretiennent des affections pour les choses que nous venons de dire, attendent bien l’époux, mais elles ne se préparent pas à le recevoir. C’est pourquoi, mes filles, prenons à tâche de bannir de nous tout ce qui nous pourrait faire tomber dans le malheur de ces vierges folles. Faites-en résolution dès ce moment, afin que vous n’entendiez point, à l’heure de votre mort, cette malédiction de la bouche de votre époux : "Vous vous êtes endormies dans l’observance de vos règles ; maintenant je ne vous connais point pour mes épouses, allez, je vous abandonne." Mes chères sœurs, faisons en sorte de nous exempter de ce malheur par notre fidélité pour avoir le bonheur de voir cet époux avec assurance et d’être vues de lui de bon œil.
O Sauveur ! à qui pourrait voir l’amour qu’il porte aux bonnes âmes, il serait impossible de n’être pas épris d’amour pour un époux qui chérit si tendrement ses épouses. C’est un feu qui échauffe tous ceux qui s’en approchent comme il faut. Mais celles qui ne sont pas veillantes, qu’elles s’éveillent et n’attendent pas à demain, de crainte que l’époux ne vienne et qu’elles ne
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soient rejetées. Mes sœurs, emportons cette résolution avec nous, de faire tout pour plaire à l’époux. Mais, parce que nous ne pouvons rien de nous-mêmes pour cet effet, je prie Notre-Seigneur qu’il nous fasse à tous cette grâce ; et, de sa part, je prononcerai les paroles de bénédiction.
107. — CONFéRENCE DU 8 DéCEMBRE 1658
RéCITATION DU CHAPELET.
OCCUPATIONS DES DIMANCHES ET FêTES.
(Emploi de la journée, art. 16 et 17)
Monsieur notre très honoré Père, après l’invocation du Saint-Esprit à son ordinaire, commença par ces paroles :
Or sus, béni soit Dieu, mes sœurs ! In nomine Domini ! Nous continuerons la lecture de vos règles et cela tout en courant
Voyez ce que dit cet article touchant le chapelet : "16° Outre ce que dessus, on dira son chapelet, et ce à diverses reprises, etc."
Or, l’importance de bien faire cette prière, vous la savez, puisque, de toutes les oraisons, il n’y a que celle-là, c’est-à-dire le Pater, que Notre-Seigneur ait enseignée à ses apôtres ; et c’est la prière, au moins la principale partie, qui compose le chapelet. "Quand vous priez, leur dit-il, dites : Notre Père qui êtes aux cieux, etc." (1) Mes sœurs, représentons-nous qu’il est au milieu de nous et qu’il nous dit la même chose
L’autre prière qui compose le chapelet, c’est l’Ave Maria, qui a été fait par le Saint-Esprit. L’ange le commença en saluant la sainte Vierge, et sainte
Entretien 107. — Ms. SV 4, p. 352 et suiv.
1) Evangile de saint Matthieu VI, 9.
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Elisabeth en fit une partie quand elle fut visitée par sa cousine ; l’église a ajouté le reste. De sorte que cette prière a été inspirée du Saint-Esprit.
Suivant cela, mes sœurs, le chapelet est une prière très efficace quand elle est bien faite. Il y a environ 4 ou 500 ans que Dieu inspira à saint Dominique de mettre cela en usage. Comme ce bon saint voyait le monde tout rempli de péchés, il pensa que, s’il pouvait apprendre ces deux oraisons au peuple, il ferait une chose bien agréable à Dieu et ainsi il commença, lui et tous ses enfants, à l’enseigner par tous les lieux où ils allaient. De sorte que les Papes connaissant l’importance que cette dévotion s’établît parmi les chrétiens, notamment parmi le simple peuple, donnèrent des indulgences à ceux qui diraient le chapelet. Et c’est par ce moyen que nous voyons tant de saintes âmes unies ensemble pour louer Dieu et la sainte Vierge. Ce qui est tellement ordonné qu’à toutes les heures du jour il y en a qui récitent le chapelet. Et cela a été trouvé si beau par les Turcs mêmes qu’ils portent un chapelet quelquefois au col, d’autres en écharpe.
Oh ! savez-vous comment ils disent le chapelet ? Ils ne disent pas comme nous, le Pater et l’Ave, parce qu’ils ne croient pas en Notre-Seigneur et ne le tiennent pas pour leur seigneur, bien qu’ils le respectent beaucoup, lui et la sainte Vierge, au point que, s’ils entendaient quelqu’un blasphémer contre Notre-Seigneur ils le feraient mourir. Ils prennent donc leur chapelet : "Allah, allah, mon Dieu mon Dieu, ayez pitié de moi ; Dieu juste, Dieu miséricordieux, Dieu puissant." Ce sont les épithètes qu’ils lui donnent
Or, si les Turcs ont quelque sorte de dévotion au chapelet, voyez s’il n’est pas raisonnable que vous ayez grande dévotion à la sainte Vierge.
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L’on vous marque diverses heures pour dire votre chapelet ; et cela afin que vous ne soyez pas si longtemps occupées et que vous ne manquiez pas au service des pauvres. Vous en devez dire une dizaine le matin après l’oraison, deux à l’église et les deux autres après l’Angelus du midi et du soir.
Voilà donc, mes chères sœurs, comme vous direz votre chapelet mais il faut être soigneuses de vous en bien acquitter, c’est votre bréviaire. Ainsi vous devez avoir grand soin de dire votre chapelet. Or, comme tous les prêtres doivent dire leur bréviaire à l’intention de l’église, de même vous devez avoir soin de dire votre chapelet à l’intention de la Compagnie, afin que Dieu la sanctifie et qu’il bénisse le travail et tout ce qu’elle fait pour le service du prochain Les prêtres ne se chargent point d’aucune prière qui préjudicie à l’obligation de dire leur bréviaire ; ainsi ne devez-vous point prendre d’autres prières qui vous ôtent le temps de dire votre chapelet. Et comme les prêtres doivent avoir grande attention pour dire leur bréviaire, aussi vous devez réciter votre chapelet avec attention dévotion et révérence, pour obtenir de Dieu, par les prières de la sainte Vierge, les grâces dont la Compagnie a besoin pour lui être agréable. Voilà, mes sœurs, de quelle manière vous devez réciter cette prière, qui est si agréable à Dieu et à la sainte Vierge. Résolvez-vous donc a n’y pas manquer.
"17° Aux dimanches et fêtes, on gardera le même ordre excepté que le temps qu’on emploie, aux jours ouvrables, au travail manuel sera employé en des exercices spirituels, comme à la lecture des livres de dévotion, etc."
Cet article, mes sœurs, vous marque le bon emploi des fêtes et dimanches. Je ne vous l’expliquerai pas. La lecture de vos règles, si on les imprime, vous l’enseignera.
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Cependant j’exhorte nos sœurs de s’exercer à bien faire le catéchisme. Et si celles qui sont aux paroisses savent quelque lieu où on le fasse bien, elles doivent être soigneuses de l’aller entendre, quand cela se pourra. Mais aux Filles de la Croix et aux Ursulines, il faudra penser avec le temps s’il sera à propos de vous le permettre. Il faut tâcher de vous former à bien faire le catéchisme aux enfants.
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous bénisse et vous remplisse de son esprit, afin que désormais vous viviez de ce même esprit, humbles comme lui et obéissantes. Ainsi, mes chères sœurs, vous vivrez de sa vie. O Sauveur je vous demande cela, qu’elles ne vivent plus que de votre vie par l’imitation de vos vertus. Mes filles, pour obtenir cette grâce recourons à la Mère de miséricorde, la sainte Vierge votre grande patronne. Dites-lui : "Puisque c’est sous l’étendard de votre protection que la Compagnie de la Charité est établie, si autrefois nous vous avons appelée notre Mère, nous vous supplions maintenant d’agréer l’offrande que nous vous faisons de cette Compagnie en général et de chacune en particulier. Et parce que vous nous permettez de vous appeler notre Mère et que vous êtes la Mère de miséricorde, du canal de laquelle procède toute miséricorde, qui avez obtenu de Dieu, comme il est à croire, l’établissement de cette Compagnie, ayez agréable de la prendre sous votre protection." Mes sœurs, mettons-nous sous sa conduite, promettons de nous donner à son Fils et à elle sans réserve, afin qu’elle soit la guide de la Compagnie en général et de chacune en particulier.