Entretiens aux Filles de la Charité (page 95)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Entretiens aux Filles de la Charité, éd. Coste, t. IX-X · 104 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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108. — CONFéRENCE DU 16 MARS 1659

CATéCHISME. — ACTES D’ADORATION A LA SORTIE DE LA MAISON ET A LA RENTRéE. — JEUNES ET ABSTINENCES. — CONFESSIONS. — COMMUNION. — COMMUNICATIONS. — RETRAITES. — CONFéRENCES.

(Emploi de la journée, art. 17-23)

Mes sœurs, nous continuerons et achèverons, si nous pouvons, l’explication de vos règles. Nous sommes arrivés au dix et septième article, qui traite des occupations des dimanches et fêtes. Pour les œuvres des autres jours de la semaine, l’on vous en a parlé dans l’explication de vos règles. Reste à voir ce qui suit : "Aux dimanches et fêtes, on gardera le même ordre, excepte que le temps qu’on emploie, les jours ouvrables, au travail manuel sera employé en des exercices spirituels, comme à ouïr le sermon, le catéchisme, le service divin, les entretiens de piété, ou à s’exercer à faire le catéchisme avec leurs sœurs pour se rendre capables d’instruire les pauvres et les enfants des choses nécessaires à salut."

Cet article, mes sœurs, ne requiert point d’autre explication, car il est assez intelligible de soi. Je vous dirai seulement deux mots sur ce sujet : premièrement, que les dimanches et fêtes sont ordonnés de Dieu pour vaquer à son service et cesser toute œuvre manuelle ; secondement, que vous devez prendre les heures que l’on emploie, les autres jours, au travail, pour faire le catéchisme et autres choses marquées par la règle. Il est à remarquer que cet article dit de le faire entre vous. Ce n’est pas que vous ne le puissiez faire ailleurs, s’il était jugé nécessaire.

Mademoiselle, cela se fait-il ainsi ?

— Oui, mon Père, il y a une sœur, une officière

Entretien 108. — Ms. SV 4, p. 354 et suiv.

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ou quelque ancienne, qui instruit les autres soit sur le catéchisme, soit en faisant dire le Pater par pétitions et le Credo par articles. Quelquefois aussi on s’entretient du sermon, quand on l’a entendu.

— Voilà qui est bien, Mademoiselle. Et puisqu’il a été expédient d’en user de la sorte, il sera bon de continuer et que vous ayez des sœurs préposées pour faire le catéchisme, qu’une interroge et que l’autre réponde. Mais, pour les autres qui sont présentes, il faut qu’elles écoutent avec grande modestie et respect. Celle qui préside entend les réponses et leur explique ce qui ne serait pas assez intelligible et qu’elles ne comprendraient pas. Et s’il s’y faisait quelque faute, elle en doit avertir la supérieure. C’est un moyen, mes chères sœurs, de vous instruire vous-mêmes ; et si vous vous en servez bien, vous serez capables de faire le catéchisme aux pauvres.

Cela est conforme à ce qui se fait dans la sainte église ou dans les assemblées. Il y en a deux qui disputent l’un contre l’autre : l’un argumente et l’autre soutient. Et c’est le moyen de devenir savant. Cela même se pratique dans les séminaires, aux Bons-Enfants et en beaucoup d’autres lieux. Et parce qu’il n’y a pas de meilleur moyen d’apprendre que de voir faire, ils ont cette coutume à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qu’ils ne permettent à aucun prêtre de baptiser, qu’ils ne lui aient proposé un enfant pour faire les mêmes cérémonies qui sont observées au baptême. Ils en font de même pour la confession : un clerc du séminaire fait comme s’il se confessait et dit tout haut les péchés qui se peuvent commettre ; et le prêtre qui l’entend, s’il ne s’accuse pas bien, interroge son pénitent. Le même se fait pour la communion. Et cela pour se rendre capables d’administrer les sacrements et bien faire leurs fonctions. Or, le moyen de vous rendre capables de

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bien instruire les pauvres, c’est de faire le catéchisme entre vous autres. Ainsi il est nécessaire de vous exercer à cela, autant qu’il se pourra, et d’y observer cet ordre dorénavant. Qu’il y en ait donc une qui interroge et une autre qui réponde, et que cela se fasse en présence de la supérieure ; et si elle n’y est pas, celle qui préside à sa place lui rapportera comment on s’y est comporté.

Mademoiselle, trouvez-vous qu’il y ait inconvénient à faire de la sorte ?

— Non, mon Père, il sera bien mieux comme votre charité a dit. Mon Père, vous plaît-il que je propose ce qui m’est venu en pensée au sujet de ce que vous avez dit ?

Ce qui lui ayant été accordé, Mademoiselle Le Gras dit :

Mon Père, c’est qu’il me semble que non seulement il est nécessaire que l’on fasse ce que vous avez dit, pour l’instruction de nos sœurs, mais aussi que les anciennes aient soin d’apprendre le catéchisme aux sœurs qu’on leur baille, non pas aux heures que nous le faisons à la maison, parce que je crois qu’elles ont moins de temps aux dimanches et fêtes qu’aux autres jours ; mais vous pourriez leur donner quelque heure pour cela.

Monsieur notre très honoré Père ayant trouvé ce que Mademoiselle venait de dire très utile et nécessaire, une sœur lui dit :

Mon Père, pour ce qui est de nous, nous ne le pouvons pas, parce que nous n’avons point de temps. Après être revenues des malades il y a toujours beaucoup à faire à la maison, tant pour préparer les remèdes que pour bailler ce que l’on vient demander, tantôt de la tisane, tantôt du sirop. Enfin on ne peut pas dire que l’on aura une heure à soi. Avec tout cela il faut encore

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faire les saignées. De sorte que je ne crois pas que nous puissions faire cela.

— Ma fille, jusqu’à cette heure nous ne l’avons pas pu ; mais il faudra dorénavant dire aux pauvres de ne point venir jusqu’à une telle heure que vous leur donnerez. Et ainsi vous aurez assez de temps.

— Mon Père, dit la même, il est bien difficile de leur donner une heure, parce que ce ne sont pas seulement les malades, mais ce sont encore d’autres personnes, comme le médecin, ou celui qui écrit les pauvres.

— Voyez-vous, ma sœur, la Sainte écriture dit que la charité bien ordonnée commence par soi-même, et l’âme doit être préférée au corps. Or, c’est une chose nécessaire que les Filles de la Charité instruisent les pauvres des choses nécessaires à salut, et pour cela il faut qu’elles soient instruites premièrement elles-mêmes avant que de pouvoir enseigner aux autres.

Quelques autres sœurs représentèrent à M. Vincent les mêmes difficultés à peu près que la première, disant qu’elles n’avaient point de temps, que les pauvres venaient à toute heure et que, si on les faisait attendre, ils murmuraient, qu’il y en avait même qui leur auraient dit qu’elles étaient obligées de les servir. A quoi il répondit qu’il fallait prier les dames de trouver bon qu’on prenne ce temps-là pour soi et que l’on donne avis aux pauvres qu’ils aient à ne point venir jusqu’à une telle heure. Elles ne sauraient trouver mauvais que vous preniez quelque demi-heure pour vous instruire des choses que vous êtes obligées de faire.

— Mon Père, dit une sœur, si nous disons cela aux dames, elles pourront répondre que nous avons une maison pour instruire les filles, et que l’on nous envoie pour servir et non pour autre chose.

— Ma sœur il est juste qu’en servant les autres on ait soin de son âme. Vous avez obligation avec moi de

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former la Compagnie. Qui est-ce qui peut trouver à redire qu’on s’acquitte de ce devoir ? Lorsqu’on l’aura fait entendre à M. le curé et aux dames, ils ne sauraient le trouver mauvais. Quant aux pauvres, laissez-les dire et ne laissez pas de faire ce que vous avez à faire. Il est vrai que vous devez les servir, mais vous êtes encore plus obligées à votre salut. Dans nos maisons, nous faisons cela, et ils s’y soumettent. Quand on leur dit : "Nous ne confesserons point qu’à une telle heure", ils ne s’y attendent pas plus tôt, parce qu’ils voient que c’est un ordre que l’on tient. Pourquoi messieurs les curés et messieurs les autres ecclésiastiques ne portent-ils pas les sacrements la nuit dans Paris si souvent que l’on fait aux champs ? C’est qu’ils ont soin d’avertir à leur prône que l’on prévoie de bonne heure. Ce qui fait qu’ils ne le font que dans les besoins pressants et extraordinaires.

"18° Avant de sortir de la maison, elles prendront de l’eau bénite et se mettront à genoux devant l’image de Notre-Seigneur pour demander la bénédiction du bon Dieu et la grâce de ne le point offenser. Au retour, elles en feront de même pour le remercier. etc."

Mes sœurs, je pense que vous êtes dans cette pratique. Je vous prie, si vous l’avez, de la continuer ; si vous ne l’avez pas, prenez résolution de l’avoir. C’est un moyen qui vous est donné pour continuer la familiarité que vous avez eue, le matin, avec Notre-Seigneur en l’oraison. Quand vous sortez, vous lui offrez donc votre voyage. Surtout demandez-lui la grâce de marcher avec grande modestie, comme vous avez accoutumé de faire, par la grâce de Dieu ; car y en a quelques-unes qui sont à édification. Quand vous passez devant les églises, il faut faire la révérence et y adorer le saint Sacrement. Or, pour faire que votre voyage, ou ce que vous allez faire, soit agréable à Dieu, vous devez vous proposer

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d’adorer Notre-Seigneur dans les personnes avec lesquelles vous avez à traiter. Si c’est avec les hommes que vous avez à traiter, vous devez vous représenter que c’est à Notre-Seigneur que vous parlez ; si c’est avec les femmes, pensez à la sainte Vierge. Ayant fait ce qui vous était ordonné, il faut vous en revenir avec la même modestie que vous y êtes allées, et, au retour, voir si vous avez bien fait votre voyage, pour en remercier Dieu, et, si vous trouvez y avoir fait quelque faute, lui en demander pardon. Ainsi, mes sœurs, si vous vous comportez de la sorte, vous serez bénies de Notre-Seigneur au dehors, bénies au dedans, bénies en tout ce que vous ferez.

Voyez-vous, mes chères sœurs, cet article vous avertit de ne sortir jamais de la maison que vous ne vous mettiez à genoux devant l’oratoire ou dans la chapelle, et là vous abaisser devant Notre-Seigneur, l’adorer et lui demander la grâce de bien faire l’œuvre que vous allez faire. "Ah ! Seigneur, je m’en vais servir les pauvres ; je vous prie de me faire la grâce de le faire dans l’esprit que vous voulez que je le fasse et comme vous l’avez fait" ; car il a servi et visité les malades, mes sœurs.

Après, il faut prendre de l’eau bénite ; et, au retour, faire de même, pour remercier Dieu de vous avoir préservées ; si vous avez fait quelque faute, lui en demander pardon. Voilà ce que vous devez faire. Ne sortir jamais pour quoi que ce soit, sans offrir à Dieu ce que vous allez faire, parce qu’en vertu de cette oblation tout ce que vous ferez lui sera agréable.

Si vous me demandez sur quoi est fondée cette pratique, je vous dirai, mes chères sœurs, qu’elle est conforme à ce que pratiquaient les premiers chrétiens. Tertullien dit qu’ils faisaient le signe de la croix en entrant, en sortant de la maison, en se levant, en se mettant

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à table, bref qu’ils usaient de ce signe en tout ce qu’ils faisaient, parce que la coutume de se mettre à genoux n’était pas encore en usage de ce temps-là. Ils se servaient du signe de la croix pour offrir à Dieu toutes leurs actions, conformément au conseil de saint Paul, qui dit : "Soit que vous mangiez ou que vous buviez, faites tout au nom de Notre-Seigneur" (1) Ainsi, mes sœurs, donnez-vous à Dieu pour être fidèles à cela, et il bénira tout ce que vous ferez.

"19° Tous les vendredis et veilles des fêtes de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, elles jeûneront et tous les mercredis de l’avent elles feront abstinence, en sorte néanmoins que les infirmes, etc."

Voilà ce que porte cet article. Vous pouvez, même aux jours de jeûne de commandement, exposer votre besoin au confesseur, au directeur, parce que c’est à lui à juger si vous devez jeûner ou non. Vous pouvez dire votre disposition, comme, par exemple, une personne dira : "Monsieur, quand je vais aux malades, je me trouve le cœur tout affaibli ; je suis dans une certaine défaillance." Oh ! dans ce cas, il lui ordonnera de prendre quelque chose. C’est donc au confesseur à juger si une personne peut jeûner ; et la dispenser de cela est de sa juridiction.

Mademoiselle Le Gras dit à ce sujet :

Mon Père, nous prenons la liberté, quand nous voyons quelqu’une de nos sœurs avoir besoin, de lui faire prendre quelque petite chose, sans le demander.

— Mademoiselle, vous savez le pouvoir que vous avez d’en user de la sorte, quand vous le jugez à propos. Toutes les supérieures de Sainte-Marie ont un papier où sont écrites toutes les permissions qu’elles me demandent.

1) Première épître aux Corinthiens X, 31.

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Entre autres il y en a une où il est porté que la supérieure a permission de faire donner des bouillons de viande à ses filles au cas qu’elles fussent pressées de quelque nécessité, avant même que le médecin les ait vues.

"20° Tous les samedis et veilles des fêtes, elles se confesseront aux confesseurs que le supérieur aura nommés, et non à d’autres sans sa permission, et communieront les dimanches et fêtes."

Mes sœurs, pour obvier à beaucoup d’abus qui pourraient naître de cette permission générale de communier aux jours susdits, il a été bon de vous ordonner que vous en demandiez la permission à Mlle Le Gras, c’est-à-dire celles qui sont ici, et celles qui sont hors de la maison à la sœur servante, vous mettant à genoux et disant : "Ma sœur, trouvez-vous bon que je communie ?" Et cela, mes sœurs, afin de rehausser par ce moyen le prix de la sainte communion, que vous rendez plus agréable à Dieu, la faisant par obéissance, de sorte que vous ne devez jamais communier sans permission de la supérieure (2). C’est bien le fait du confesseur de permettre la communion parce qu’il connaît la disposition de la personne qui se confesse à lui. Ainsi la première permission de communion dépend de sa juridiction. Mais après il le faut demander à Mlle Le Gras ; car, quand on dit de demander cette permission, cela suppose que le confesseur, qui connaît l’état de votre âme et qui peut mieux juger si vous devez communier que pas une personne, laquelle ne sait pas votre disposition, vous l’a permise ; et en ce cas, vous la demandez pour rendre l’œuvre plus méritoire.

2). Cette pratique, en usage pendant longtemps dans diverses communautés, a été abolie ; elle n’est pas conforme aux instructions données actuellement par le Saint-Siège.

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Quant à ce qui est dit dans ce même article : "Elles se confesseront aux confesseurs que le supérieur aura nommés", cela mérite un peu d’explication. Vous devez savoir qu’un curé, dans sa paroisse, permet à ses paroissiens de se confesser aux confesseurs à qui il a donne pouvoir de cela ; et s’ils allaient à d’autres, ils ne feraient pas bien, parce qu’il n’y a que ceux auxquels le curé a donné juridiction qui le Fuissent faire. Il en est de même d’un supérieur de quelque religion ou communauté que ce soit, comme je le suis de Sainte-Marie et de quelques autres. C’est à eux à juger quels confesseurs ils doivent donner. De sorte qu’il n’est pas permis à une Fille de la Charité de se confesser à un autre confesseur qu’à celui qu’on lui aura donné. — Ah ! mais ce confesseur me reprendra toujours sur une même chose cela m’ôte la liberté d’aller à lui, ou bien il n’y sera pas à l’heure que j’ai à faire. — Mes sœurs, en telles rencontres, vous ne devez point changer ; pourquoi ? C’est que, si vous le faites, on dira que cette fille a quelque péché qu’elle ne veut pas dire à son confesseur. Voilà ce que l’on jugera. Voilà pourquoi il vaudrait mieux différer que changer. Ici nous nommons un confesseur ou deux ; et tous ceux de la maison sont obligés de se confesser à ceux-là, et non à d’autres. De là vient que, s’ils n’y sont pas et que quelqu’un ait besoin de se réconcilier, il me vient dire : "Monsieur, celui qui est nommé pour confesseur n’y est pas ; vous plaît-il que je me confesse à celui-là ?" On lui permet, car cela ne se refuse jamais. Mais, hors cela, on ne va point à d’autres qu’à ceux qui sont ordonnés. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a que le supérieur qui puisse donner pouvoir pour cela. Il a donné la juridiction à ces deux confesseurs, et non aux autres ; et ainsi il n’y a que ceux-là qui vous puissent entendre. (3)

3). Ici encore saint Vincent se fait l’écho d’une opinion reçue de son temps et abandonnée de nos jours à la suite des décisions du Saint-Siège. Les Filles de la Charité peuvent se confesser à tout prêtre approuvé par l’Ordinaire du lieu.

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Mes sœurs, ressouvenez-vous de ceci, vous qui allez aux paroisses qu’il ne vous est point permis d’aller changer de confesseur sans permission. Encore aujourd’hui qu’il a été question de donner un confesseur extraordinaire à Sainte-Marie, la Mère supérieure m’a envoyé demander permission de faire confesser la communauté extraordinairement selon la coutume de le faire quatre fois l’année.

En suite de la confession, il est dit : "Et communieront les dimanches et fêtes, et non plus souvent, sans la permission du même supérieur."

Il faut savoir que c’est aux fêtes principales, comme celles de Notre-Seigneur, de Notre-Dame, des apôtres, du saint qu’on a pour patron, du patron du lieu ; et à ces fêtes on peut ajouter le jour où l’on a pris l’habit, ou celui où l’on est entré en la Compagnie, celui du saint du mois, le jour où l’on a fait les vœux, celles qui les ont faits. Voilà les jours où vous devez communier. Mais il faut se contenter de cela ; faire le contraire, c’est vouloir être plus capables que les autres ; ce qui ne se peut sans orgueil. Quoi ! se croire plus capable de communier que sa sœur, ah ! Sauveur ! Ressouvenez-vous, mes sœurs qui pourriez être portées du désir de communier plus souvent qu’il y a eu des saints qui ne communiaient que tous les huit jours d’autres tous les mois, d’autre une fois en un an, d’autres jamais, et ils n’ont pas laissé d’être saints. Sainte Marie l’égyptienne communiait-elle dans son désert ? Point du tout. Il y a encore le jour du baptême. Or, s’il faut être exactes pour se garder de ne communier qu’aux jours susdits, il le

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faut être pareillement pour ne s’en pas priver de soi-même (4).

"21° Tous les mois, elles feront leur revue au directeur que le supérieur aura député, et par même moyen elles se présenteront à la supérieure."

"22° Tous les ans, elles feront, s’il se peut, la retraite spirituelle et leur confession générale des fautes commises depuis la dernière générale."

"S’il se peut", voyez-vous, mes sœurs, cela ne se prend pas du côté de la sœur. L’expérience nous fait voir que, comme le soleil par ses influences, contribue à la production de tous les biens de la terre, le même s’expérimente des exercices spirituels. Nous disons quelquefois, parlant de la retraite : "O mon Sauveur, que vous avez versé de grâces et de bénédictions sur les exercices spirituels !" Et ce que je vous dis de nous, je vous le dis de toutes les communautés je vous le dis après une supérieure de Sainte-Marie qui, parlant des exercices, me disait il y a quelque temps : "Monsieur, qu’il y a de grâces sur cela ! C’est ce qui raccommode tout." "S’il se peut" ne s’entend donc pas du côté de la sœur, mais du côté de la supérieure car, quant à la sœur, elle le doit demander tous les ans, encore qu’elle prévoie qu’elle ne le pourra pas ; parce que c’est à la supérieure à juger s’il faudra différer à un autre temps. Nous les faisons quelquefois à quatre bandes ; les filles de Sainte-Marie six à six. Retenez donc, mes sœurs, que ce mot "s’il se peut" ne tombe que du côté de la supérieure, et c’est pour cela que je vous recommande d’avoir une dévotion toute particulière pour

4). Il n’est plus permis aux Communautés de limiter par règlement la communion à certains jours particuliers, à l’exclusion des autres. Si la communion quotidienne est recommandée à tous, elle l’est plus particulièrement aux personnes consacrées à Dieu.

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ces saints exercices, parce que c’est un moyen de vous tenir unies à Dieu.

"23° Toutes les fois qu’elles seront averties qu’il y aura assemblée ou conférence, etc."

Mes sœurs, vous y voilà. Et encore qu’on ne vous dise pas des choses délectables et que l’on ne prêche pas comme l’on fait aux grandes assemblées, aimez pourtant à y venir. C’est votre mamelle et le lait que vous devez sucer. Car tout ainsi que le chef communique la vie à tous les membres du corps, de même c’est au supérieur, par l’union qu’il a avec les inférieurs, à influer sur tous les membres du corps de la Compagnie dont il est le chef, la vie et l’esprit qui les doit animer. Vous devez prendre ce qui vous est dit ici comme un enfant prend le lait de la mamelle de sa mère. Ce n’est pas qu’il ne soit bon d’entendre les prédications qui se font aux autres lieux, quand vous le pouvez. Mais, parce que Dieu vous a liées à un corps de communauté, vous devez être unies à votre chef parce que Dieu lui a donné la vertu d’animer les membres qui lui sont conjoints. Et il est certain que les supérieurs ont grâce pour cela. C’est donc ici, mes chères sœurs que vous recevez, par le moyen de votre supérieur, les ordres de Dieu c’est par lui que Dieu vous manifeste ses volontés. Voilà pourquoi encore qu’il soit bon d’aller ouïr les prédications, quand il vous sera permis, vous devez avoir une dévotion toute particulière d’entendre les avertissements qui vous sont donnés ici. A ce que dit Notre-Seigneur, le bon pasteur connaît ses brebis, et elles entendent sa voix.

Béni soit Dieu, mes sœurs ! Voilà donc le moyen de bien régler tout ce qui regarde vos personnes et vos conduites au regard du prochain. Servez-vous des règles que l’on vous donne. Suivez ce conseil et vous ne trouverez pas tant de difficulté qu’il vous semble. On le pourra dire

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à messieurs les curés et aux dames. Et parce qu’il est vrai qu’en toutes les choses qui regardent la gloire de Dieu et l’utilité du prochain, on rencontre toujours quelque contradiction, adressez-vous à Notre-Seigneur et confiez-vous en sa bonté. Représentez-vous l’exemple de sainte Marie Madeleine et de ses compagnes. Lorsqu’elles allaient au sépulcre, elles disaient entre elles : "Mon Dieu ! qui nous ôtera la pierre ?" Mais un ange avait déjà fait cela quand elles y arrivèrent. Ainsi, mes sœurs, si vous me demandez : "Comment pouvons-nous faire ce que vous avez dit ?" je vous réponds que ce que vous ne sauriez faire de vous, Dieu le fera ; il enverra son ange, qui remuera la pierre.

Et je vous avertis d’une autre chose : c’est que, quand vous aurez des difficultés, vous ne les proposiez jamais dans la compagnie. S’il y a quelque chose qui mérite d’être éclaircie, adressez-vous à la supérieure ; et ainsi elle y remédiera. Mais jamais ne le faites devant la compagnie, parce qu’il se peut trouver des esprits faibles qui prennent les choses tout autrement qu’elles ne sont. Dans les communautés bien réglées on en use de la sorte. Quoi ! qu’on allât parler dans une assemblée ! Jamais cela ne se fait.

Cependant nous finirons en demandant à Dieu la grâce de bien observer vos règles, principalement celle-ci. Et votre grand désir doit aller là, que toutes celles qui sont en la Compagnie gardent bien leurs règlements. Que Dieu donne un grand zèle à toutes nos sœurs pour faire leur possible à ce que le bon ordre soit bien gardé dans la Compagnie en général, que chacune fasse son devoir, qu’on se rende capable de se bien acquitter de ses obligations ! Et pour cela, mes sœurs, je vous prie que la première communion que vous ferez soit à cette intention, afin qu’il plaise à Dieu d’animer toutes nos sœurs de cet esprit, surtout qu’elles soient

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zélées pour l’instruction, tant entre elles que pour les pauvres.

Oh bien ! mes chères sœurs, j’espère que vous vous servirez des moyens qui vous sont donnés pour cela. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la charité même et qui a fait la Compagnie de la Charité, qu’il vous donne cette grâce au moment que je prononcerai les paroles de bénédiction de sa part, quoique misérable. Humiliez-vous donc pour vous en rendre capables. Mais souvenez-vous que celles en qui vous remarquerez ce grand zèle pour le bien de la Compagnie et pour son avancement spirituel ont une des principales marques des vraies Filles de la Charité.

En cet avis de ne point dire ses difficultés dans la compagnie, donné par M. Vincent aux Filles de la Charité, elles remarqueront une de ses pratiques ordinaires du support du prochain, et, en deuxième lieu sa grande patience, ayant attendu à le donner à la fin de la conférence et souffert que les sœurs disent ce qui était hors de propos, sans pourtant ordonner de cesser, ni donner de confusion. Lesquelles reconnaissant leur faute, en demandèrent pardon à M. Vincent. Cette remarque a été écrite par l’ordre de Mlle Le Gras.

109. — CONFéRENCE DU 27 AVRIL 1659

SUR LES VERTUS DE SŒUR BARBE ANGIBOUST

Le dimanche vingt-septième avril mil six cent cinquante-neuf M. Vincent, notre très honoré Père, nous fit la conférence au sujet des vertus de feu notre sœur Barbe Angiboust, décédée le 27e décembre mil six

Entretien 109. — Ms. Déf. 7, p. 264 et suiv.

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cent cinquante-huit à l’Hôtel-Dieu de Châteaudun, où elle servait les malades.

Elle fut reçue en la Compagnie par Mademoiselle Le Gras, notre très honorée Mère, le premier jour de juillet mil six cent trente-quatre. Son père Mathurin Angiboust et sa mère Perrine Blanne étaient habitants de la paroisse de Saint-Pierre de Serville (1), diocèse de Chartres, où elle fut baptisée le 6e jour de juillet 1605. Elle fit les premiers vœux perpétuels avec Mademoiselle et les trois premières sœurs qui en firent en la Compagnie le 2se mars 1642.

Mes sœurs, dit Monsieur Vincent, le sujet de cet entretien est de notre chère sœur Barbe Angiboust, de laquelle Dieu a disposé. On le réduira en trois points à l’ordinaire.

Commençons par le premier point. Ma sœur, pour quelles raisons est-il à propos de parler des sœurs dont Dieu a disposé ?

— Mon Père, entre plusieurs raisons que j’ai vues, celle-ci me paraît d’importance, qu’en rapportant les vertus de notre sœur, ce sera honorer Dieu en elle ; la seconde, pour nous servir d’encouragement à la pratique de ses vertus.

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