Entretiens aux Filles de la Charité (page 97)
Elle a servi beaucoup à une sœur qui est morte à la Compagnie, dans les tentations qu’elle avait contre sa vocation.
Elle avait grande affection pour les enfants et disait qu’elle regardait en eux le petit Jésus, ne plaignant
3). Ainsi s’appelait un hôpital bâti au XIV° siècle rue Saint-Denis pour héberger les pèlerins passant par Paris. Cet hôpital avait son église.
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point sa peine pour eux, jusques à les tenir la nuit entre ses bras, faute de berceau.
Sœur Vincent Aucher :
Mon Père, après Dieu c’est à ma sœur Barbe que j’ai l’obligation de la grâce de ma vocation. La maison où je demeurais était le même corps de logis que celui de nos sœurs de Richelieu, où elle vint la première, et ma sœur Louise Ganset, pour faire l’établissement. Je ne pensais guère à me donner au service de Dieu ; au contraire, on parlait de m’engager dans le monde. Elle qui savait cela me dit qu’elle ne me croyait pas propre pour le mariage et que Dieu demandait quelque autre chose de moi, s’offrant à me servir en ce qu’elle pourrait (4).
Elle était fort sobre en son manger et faisait de grandes austérités.
Mademoiselle :
Cela lui a duré toute sa vie, quelques occasions qu’elle ait eues de vivre autrement que l’ordinaire de la Compagnie. Elle se contentait de peu de viande fort grossière.
Sœur Marie Poulet :
Mon Père, faisant voyage avec elle, elle ne se voulut jamais mettre à table avec une grande dame, quoique celle-ci lui fît beaucoup d’instance pour cela. Nous nous retirâmes dans un coin pour prendre notre repas, disant que nous étions pauvres et qu’il nous fallait traiter en pauvres.
— O mes sœurs, que cela est beau ! Oh ! que voilà qui est beau ! Voilà un grand exemple aux Filles de la Charité de ne pas vouloir aller de pair avec les dames, encore qu’elles témoignent affection. Voyez-vous, c’est une prédication muette que Dieu vous fait et à moi.
Une sœur demanda pardon et l’assistance des prières
4) Passage emprunté au ms. Déf. 2, p. 76.
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de la Compagnie pour mettre en pratique ce qui a été dit. A laquelle sa charité
Je prie Dieu, ma fille, qu’il vous fasse cette grâce et à nous tous ; j’en prie sa divine bonté, et qu’il ait agréable l’acte de pénitence que vous venez de faire à sa gloire.
110. — CONFéRENCE DU 11 AOûT 1659
RAPPORTS DES SŒURS DES MAISONS éLOIGNéES AVEC LES SUPéRIEURS DE PARIS. — CHOIX DES CONFESSEURS.
— OCCUPATIONS AUX HEURES LIBRES.
— LE RèGLEMENT N’OBLIGE PAS EN CAS DE BESOINS EXTRAORDINAIRES. — LECTURE DES RèGLES.
(Emploi de la journée, art. 24-27)
Mes sœurs, le sujet de la conférence de ce jour est la continuation de vos règles. J’espère que nous finirons aujourd’hui, et ainsi vous les aurez entendues. Voici la 24e de vos règles et celles qui suivent.
"Celles qui demeurent dans les villages éloignés de la maison de la supérieure et qui par conséquent ne peuvent y aller si souvent que celles qui en sont proches, s’y rendront pour tout ce que dessus lorsqu’elles le pourront commodément, en sorte que celles qui sont éloignées d’une journée ou deux tâcheront d’y aller du moins une fois, l’une après l’autre, pour y faire leur retraite. Mais elles en demanderont auparavant permission par lettres ou autrement."
Remarquez qu’il faut permission, car une fille ne doit jamais quitter le lieu où elle a été envoyée sans en avoir permission par lettres ou autrement. Ainsi est porté par la règle.
"Et quant aux autres qui sont beaucoup plus loin, comme serait de soixante, ou quatre-vingts lieues, ou environ, elles ne bougeront de là, si elles ne sont mandées. Et pour ce qui est de leurs retraites, conférences,
Entretien 110. — Ms. SV 4, p. 364 et suiv.
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confessions du mois, communications et autres secours spirituels, elles auront recours aux directeurs ordinaires, qui leur seront donnés pour cet effet sur les lieux. Et quand il y en aura un extraordinaire pour les visiter durant quelques jours, elles s’adresseront à lui pour tout ce que dessus."
De sorte donc, mes sœurs, que, selon votre règle, celles qui sont proches de Paris d’une ou deux lieues peuvent venir, ainsi qu’il a été dit ; mais j’ajoute que la sœur doit, avant de partir pour s’en venir ici, bailler quelque honnête fille ou femme du lieu pour coucher avec sa compagne, parce qu’il n’est pas à propos de la laisser seule, ni de venir sans en donner avis. Mais aussi pouvez-vous demander permission de venir faire, au moins une fois l’an, ce que font celles qui sont dans Paris, et vous qui êtes dans la maison, vous avez cette grâce, tous les mois. Pour celles qui sont éloignées, comme nos sœurs de Sainte-Marie, de Richelieu, de Metz, Cahors et Arras, elles ne bougeront de là si elles ne sont mandées, et feront ce que dessus selon les avis qui leur seront donnés par les directeurs qu’on leur aura donnés sur les lieux. Et quand il sera envoyé un visiteur d’ici pour les visiter durant quelques jours, il faudra s’adresser à lui pour tout cela, c’est-à-dire pour leurs confessions, communications et autres secours spirituels.
Mes sœurs, sur se sujet je vous prie de remarquer que la règle porte de se tenir aux confesseurs qui vous seront donnés. Quand une fille part d’ici pour aller en quelque lieu, on lui dit : "Vous irez à un tel à confesse." Or, vous devez vous tenir là, et il ne vous est point loisible de vous confesser à d’autres qu’à ceux qui vous sont marqués (1). Voyez-vous, ceci est de grande importance, et c’est pourquoi vous le devez retenir.
1) Voir page 631, note 2.
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Les Filles de la Charité ont pour supérieur le général de la Mission ou celui qu’il met en sa place ; de sorte qu’il a juridiction spirituelle sur toute la Compagnie, et non d’autres, s’il ne la leur donne. Il en est de même dans les couvents : le général a juridiction sur tous les religieux, et non d’autres, si ce n’est le visiteur, auquel il donne pouvoir d’agir en son absence. Suivant cela, voyez combien il importe que vous ne changiez point le confesseur que celui qui a juridiction sur vous vous a nommé. Pourquoi pensez-vous qu’à toutes les absoutes que les curés font dans leurs paroisses, ils avertissent tous ceux qui ne sont pas leurs paroissiens de se retirer ? C’est que le curé d’une paroisse ayant juridiction sur tous ses paroissiens ne l’a pas sur ceux d’une autre paroisse sans permission de son curé, et en vain une personne se serait-elle confessée à un prêtre d’une autre paroisse sans cette permission. Ainsi parmi nous il n’y a pas un prêtre qui osât prendre la licence de confesser, que celui à qui j’aurai donné permission. Pourquoi ? C’est parce que la juridiction réside en la personne principale et non aux autres, si elle ne la leur communique. Un curé a juridiction sur ses paroissiens, et de là vient qu’aucun prêtre n’a pouvoir de confesser dans sa paroisse, s’il ne le lui donne. Un supérieur dans une communauté, tout de même. Et comme je vous ai dit, chez nous il n’y a personne qui puisse absoudre que ceux à qui ce misérable donne permission, parce que Dieu m’a donné la juridiction ; et pas un ne la peut avoir si je ne la lui donne. J’en suis très indigne, mais c’est un ordre établi de Dieu. Selon cela, si vous étiez dans notre sacristie, vous verriez que, lorsque quelqu’un a besoin de se confesser, il me vient demander à qui il ira, quand celui qui est nommé n’y est pas ; et pour lors je lui dis : "Allez à un tel."
"25° Si, après avoir accompli tout ce qui est prescrit
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par règlement, elles ont du temps de reste et manquent d’emploi, particulièrement pour ce qui est du coudre et du filer, elles en demanderont à la supérieure ou à la sœur assistante, etc.
"26° Quoiqu’il faille faire son possible pour observer exactement tous ces règlements, et même l’ordre de l’emploi de la journée, il ne faut pas pourtant qu’une sœur fasse scrupule de changer les heures, et de quitter même les emplois en quelques points, quand les besoins extraordinaires des malades ou des enfants, ou autres semblables nécessités le requerront, etc… (2)"
Mes chères sœurs, il ne nous reste qu’un article de vos règles communes à expliquer, lequel n’a pas besoin d’explication ; il s’explique lui-même ; nous ne nous y arrêterons point ; nous le lirons simplement. Le voici : "27° Elles liront ou entendront lire les règlements et ensemble ceux de leur office une fois le mois, si cela se peut commodément, s’examinant dessus pour voir si on les a bien pratiqués ou non, afin de rendre grâces à Dieu de l’un et lui demander pardon de l’autre."
Voilà donc, mes sœurs, que cela s’entend de soi-même. Il faudra vous donner vos règles ; vous les aurez ; on les fera imprimer ou écrire, et en vous les donnera, et ensemble celles de vos offices, comme de l’assistante, de la trésorière, de la servante, et ainsi des autres ; vous les aurez, et il faudra les lire une fois le mois, si cela se peut commodément. Cela s’entend ainsi ; car quelquefois dans les grandes paroisses l’on a tant d’occupation que l’on ne pourrait pas ; mais il le faut le plus que vous pourrez. Les pères capucins lisent leurs règles tous les vendredis ; et pourquoi cela ? Ces grands hommes, ils les savent si bien ! O mes sœurs, c’est que l’on trouve toujours quelque chose à profiter, et pour s’examiner si l’on
2). Le copiste a écrit ensuite : "Il faut que ce que M. Vincent a dit sur ces deux articles n’ait pas été recueilli, ni le reste de l’entretien."
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les pratique ou non, et afin de rendre grâces à Dieu de l’un et lui demander pardon de l’autre.
Voilà, mes sœurs, ce que vous devez faire : avoir vos règles sur vous. Les personnes de religion et communautés bien réglées portent toujours leurs règles sur elles et les lisent là où elles s’arrêtent ; et vous en devez faire de même.
Voilà donc vos règles communes, c’est-à-dire que toutes doivent garder. Elles sont communes à toutes, mais il y a des règles particulières pour les sœurs qui sont aux paroisses de Paris et pour les sœurs qui sont aux champs, d’autres pour les maîtresses d’école parce que ce sont des emplois particuliers.
111. — CONFéRENCE DU 24 AOûT 1659
PERFECTION NéCESSAIRE AUX SŒURS DES PAROISSES.
— ATTACHE AUX CONFESSEURS. —
MONASTèRE, CELLULE, CHAPELLE, CLOîTRE, GRILLE
ET VOILE DES SŒURS DES PAROISSES.
(Règles des sœurs des paroisses, art. I et 2)
Mes chères sœurs, il ne nous reste qu’un article de vos règles communes à expliquer, lequel n’a pas besoin d’explication il s’explique de lui-même. Nous ne nous y arrêterons point ; nous le lirons simplement :
Voici celles qui sont pour les sœurs des paroisses.
"1° Elles se représenteront que, comme leurs emplois les obligent d’être, la plupart du temps, hors de leur maison et parmi le monde et souvent toutes seules, aussi doivent-elles avoir plus de perfection que celles qui sont employées dans les hôpitaux et autres semblables lieux, d’où elles ne sortent que rarement. C’est pourquoi elles s’étudieront d’une manière toute particulière à se perfectionner par le moyen d’une plus exacte observance de
Entretien 111. — Ms. SV 4, p. 373 et suiv.
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leurs règlements, surtout ceux qui les regardent plus particulièrement, comme sont les suivants."
Or, mes chères sœurs, vous n’êtes pas religieuses de nom, mais vous le devez être en effet, et vous êtes plus obligées à vous perfectionner qu’elles. Mais, s’il se présentait parmi vous quelque esprit brouillon, idolâtre, qui dit : "Il faudrait être religieuses, cela serait bien plus beau", ah ! mes sœurs, la Compagnie serait à l’extrême onction. Craignez, mes sœurs, et, Si vous êtes encore en vie, empêchez cela ; pleurez, gémissez, représentez-le au supérieur. Car qui dit religieuse dit une cloîtrée, et les Filles de la Charité doivent aller partout. C’est pourquoi, mes sœurs, encore que vous ne soyez pas enfermées, néanmoins il faut que vous soyez aussi vertueuses et plus que les filles de Sainte-Marie. Et pourquoi ? C’est que celles-là sont enfermées. Quand une religieuse voudrait mal faire, la grille est fermée ; elle ne le saurait, l’occasion lui en est ôtée. Mais il n’y a personne qui aille parmi le monde comme les Filles de la Charité et qui ait tant d’occasions comme vous, mes sœurs. C’est pourquoi il importe beaucoup que vous soyez plus vertueuses que les religieuses. Et s’il y a un degré de perfection pour les personnes de religion, il en faut deux aux Filles de la Charité, parce que vous courez grand risque de vous perdre si vous n’êtes vertueuses, par exemple, si vous vous laissez emporter par malheur à l’argent, à prendre ce qui est aux pauvres. Ah ! mes sœurs, gardez-vous bien de cela.
Gardez-vous encore de la fréquentation des hommes. Se plaire à s’entretenir avec eux, particulièrement avec les ecclésiastiques, fuyez cela, et plus encore ceux-ci, car, sous prétexte de piété, l’on cherche à se satisfaire et l’on commence d’ordinaire par de bons mouvements, ce semble, tant de l’un que de l’autre. L’affection commence petit à petit par le spirituel. L’on vient à le témoigner ;
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l’on dira : "Monsieur, au nom de Dieu, je vous prie, pensez à moi ; aidez-moi à me perfectionner ; dites-moi ce que je dois faire sans m’épargner." Voilà qui est bon. Le confesseur dira : "Je le ferai ; j’aurai soin de vous témoigner mon affection." Aussi en cela le pauvre confesseur ne pense point non plus à mal. Mes sœurs, cette petite satisfaction de paroles, qui a commencé par le spirituel, devient peu après sensuelle, et il n’y a que ce confesseur au monde qui puisse contenter. "Un autre ne me dit rien ; un tel ne me contente pas." Puis après, l’on se trouve engagé petit à petit par la chair. Peut-être que le mal vient par le confesseur. Bien souvent la fille n’en a point à son gré que celui-là ; elle veut ce confesseur, et le confesseur veut la fille ; elle dit : "Je trouve quelque satisfaction en mon confesseur." Il le faut avoir à quelque prix que ce soit. Et bien souvent l’on quitte sa vocation pour se satisfaire. Tout aussitôt que vous sentez de l’attache à un confesseur, quittez-le ; il vous perdra. Ah ! mes sœurs si vous saviez le mal que c’est de s’engager à un confesseur ! Vous ne le sauriez croire.
Le remède à cela ? Dans le monde, si c’est une femme, et qu’elle ait un directeur, elle lui dit : "Je me trouve engagée de mon confesseur ; que ferai-je ?" Et il lui répond : "Quittez-le tout aussitôt, quittez-le." Je viens de recevoir une lettre de deux sœurs de la Charité, que vous n’avez pas encore vues ; Mademoiselle le sait ; j’ai été touché et fâché de voir l’effet produit par l’attache que l’une avait envers son confesseur. Tous deux avaient de la complaisance l’un pour l’autre ; si bien que cela a passé bien avant. Le dehors l’a su. Il y a une personne de condition qui s’est entremise pour l’avertir et lui a dit : "Ma sœur, vous témoignez trop d’inclination pour ce confesseur." Dame ! la pauvre sœur, qui était aveuglée, lui dit de fâcheuses paroles. Voilà l’effet de l’attache aux confesseurs.
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Vous direz : "Mais, Monsieur, je connais que je profite si bien sous cette conduite !" Amusement, mes sœurs, amusement ! Ce n’est pas le confesseur qui est la cause de votre avancement, c’est Dieu. C’est une finesse du diable qui vous fait croire cela. Mais, mes sœurs, dès que vous sentez de l’attache à un confesseur, parlez m’en, parlez-en à M. Portail ou à Mademoiselle.
Oh ! mes sœurs, quand vous n’auriez aujourd’hui appris que cela, ce serait beaucoup, si vous le mettiez bien en pratique, et une des choses les plus importantes que vous puissiez entendre. Car il y va d’une grande mortification ; et c’est un des plus grands sacrifices que vous puissiez offrir à Dieu, par lequel vous ôtez un piège de Satan. Oui, mes sœurs, c’est un acte de vertu de vous ôter une personne à qui vous étiez attachée. Mais vous le devez, mes sœurs, parce que c’est un grand engagement à la pureté. Je n’en voudrais pas répondre mes sœurs, non moins encore du confesseur, s’il continue de confesser la personne qu’il voit avoir de l’attache à lui. Oui, mes chères sœurs la chasteté de ces personnes-là est bien au hasard. Donc, la chose étant ainsi, je vous conjure, par les entrailles de Notre-Seigneur, dès aussitôt que vous vous sentirez engagées d’affection à un confesseur d’en avertir, parce que c’est là un des moyens dont le diable se servira pour perdre la Compagnie de la Charité, par le moyen des confesseurs si l’on n’a pas le courage de découvrir cette flèche qui est dans le cœur et qui tend à la sensualité. Elle se perdra, cette fille-là, et fera que l’on méprisera la Compagnie. Vous entendrez dire qu’une telle sœur affecte telle et telle chose en tel endroit. Il n’en faudra pas beaucoup il n’en faut qu’une. L’on dira : "Nous nous attendions à elles, et cependant ce sont des vilaines ; elles ne sont plus bonnes à rien ; elles retiennent l’argent des pauvres."
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Voilà la seconde chose, mes sœurs. Retenir l’argent des pauvres, ah ! mes sœurs, donnez-vous-en bien de garde. L’on dirait : "Nous les honorions comme des anges, et cependant ce sont des larronnesses. Nous n’avons plus que faire d’elles." Voyez donc, mes chères sœurs, s’il n’est pas nécessaire que vous ayez plus de vertu que les religieuses et plus de pureté qu’elles.
Voici le second article. "2° Elles considéreront qu’elles ne sont pas dans une religion, cet état n’étant pas convenable aux emplois de leur vocation. Néanmoins, à raison qu’elles sont plus exposées aux occasions de péché que les religieuses obligées à la clôture, n’ayant pour monastère que les maisons des malades et celle où réside la supérieure, pour cellule une chambre de louage, pour chapelle l’église paroissiale, pour cloître les rues de la ville, pour clôture l’obéissance, ne devant aller que chez les malades ou aux lieux nécessaires pour leur service, pour grille la crainte de Dieu, pour voile la sainte modestie, et ne faisant point d’autre profession pour assurer leur vocation, et que, par cette confiance continuelle qu’elles ont en la divine Providence et par l’offrande qu’elles lui font de tout ce qu’elles sont et de leur service en la personne des pauvres, pour toutes ces considérations elles doivent avoir autant ou plus de vertu que si elles étaient professes dans un Ordre religieux, c’est pourquoi elles tâcheront de se comporter dans tous ces lieux-là du moins avec autant de retenue et de récollection et d’édification que font les vraies religieuses dans leur couvent. Pour à quoi parvenir, il faut qu’elles s’étudient à l’acquisition de toutes les vertus que leur règlement leur recommande, mais particulièrement d’une profonde humilité, d’une parfaite obéissance et d’un grand détachement des créatures, et surtout user de toutes les précautions possibles pour conserver parfaitement la chasteté du corps et du cœur."
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Voilà donc, mes chères sœurs, ce que ce règlement porte. Souvenez-vous bien de cela, je le répète. Votre monastère est la maison des malades et celle où réside votre supérieure ; votre cellule est votre chambre de louage. En cela, vous êtes plus semblables à Notre-Seigneur. Pour chapelle, l’église paroissiale, où vous devez toujours assister au divin sacrifice et donner bon exemple, y être toujours à édification au peuple, ne quittant pas pourtant le service nécessaire des malades. Pour cloître, les rues de la ville, où vous devez aller pour le service de vos malades. Pour clôture, l’obéissance, parce que l’obéissance doit être votre clôture, n’outrepassant point ce qui vous est ordonné, vous tenant enfermées là dedans. Pour grille, la crainte de Dieu. Pour voile, la sainte modestie.
O mon Seigneur, je vous remercie de la grâce que vous avez faite à vos filles de leur avoir fait part de votre modestie. Continuez, mes sœurs, continuez, par la grâce de Dieu. Cela est remarquable parmi vous jusqu’à cette heure. Si vous êtes modestes, vous êtes professes. Que votre modestie fasse que vous ne regardiez point les hommes en face. Et quand il est besoin de leur parler, coupez court.
"Et ne faisant point d’autre profession pour assurer leur vocation" que la confiance en la divine Providence, elles ont "autant et plus besoin de vertu que si elles étaient professes dans un Ordre religieux". C’est pourquoi elles seront exactes à l’observance de leur règlement, et particulièrement dans une profonde humilité, qui consiste à aimer d’être méprisées ; secondement, une parfaite obéissance, troisièmement, un grand détachement des créatures, de père, de mère, de biens, de vous-mêmes, en sorte que vous ne teniez qu’à Dieu. Oui, mes sœurs, vous devez être détachées de tout vous-mêmes. Et si Dieu vous fait la grâce d’en venir là, que ferez-vous ?
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Vous ferez, mes sœurs, ce que la bonne Mme de Goussault me dit avant de mourir. Elle me dit : "Monsieur, j’ai vu cette nuit les Filles de la Charité. Ah ! qu’elles feront du bien ! Elles feront tant de bien !" Je suis assuré, mes sœurs, que c’était Dieu qui l’enflammait et lui faisait voir cela. Et vous le ferez, mes chères sœurs, si vous êtes exactes à garder ces saintes pratiques.
Voici une quatrième vertu : "Et surtout user de toutes les précautions possibles" pour se maintenir dans la pureté et chasteté et dire : "Je veux honorer la pureté de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge. Comme Dieu est la pureté même, aussi je veux être attachée à lui pour me conserver dans la pureté." Ce que je viens de dire de l’attache au confesseur est tout à fait contraire à la vertu de pureté et de chasteté. Vous ne devez prétendre à autre chose, mes sœurs, qu’à vous rendre agréables aux yeux de Dieu. Oui, ne vous attachez qu’à lui seul.
Voilà donc les quatre vertus qui vous sont nécessaires. Et le contraire de ces vertus, l’attache du confesseur, d’une dame, d’une paroisse, d’une petite satisfaction, vous empêche infiniment. Il faut que vous ne teniez à rien qu’à Dieu.
O mes sœurs, voyez-vous, ce que je viens de dire mérite bien que l’on le repasse. Je m’en vais le redire. Votre monastère et votre maison est celle des malades ; vous n’en avez qu’une. Votre paroisse est votre église, et vous devez assister au divin service avec dévotion votre cellule, une chambre de louage ; et vous devez dire : "Ma cellule est une chambre de louage" ; votre cloître, les rues de la ville, où vous allez en hiver et en quelque temps que ce soit pour chercher les pauvres malades.
O Sauveur ! que nous verrons une grande charité ! Cette bonne dame a bien dit qu’elle voyait que vous
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feriez de grandes choses. Et que sera-ce de voir dans le paradis une Fille de la Charité qui aura vécu en ce monde de la manière que je viens de dire et qui n’aura eu pour cellule qu’une chambre de louage, pour clôture l’obéissance ! Oui, mes sœurs, si vous avez l’esprit obéissant, vous serez mieux cloîtrées que les religieuses qui sont enfermées. Pour grille, la crainte de Dieu ; ô mes sœurs, la crainte de Dieu est une bonne grille. Pour voile, la sainte modestie. Si vous avez ces vertus, vous êtes professes
La confiance en Dieu Qu’avez-vous qui vous retienne dans votre Compagnie ? La confiance en Dieu. Retenez bien cela et souvent promenez-vous là dedans. Si vous le faites, oh ! que Mme de Goussault aura dit vrai I Ce que je tiens très véritable ; c’était l’esprit de Dieu qui lui faisait dire : "Oh ! qu’elles feront de bien !"
Les moyens, mes chères sœurs, c’est de vous bien tenir dans votre cloître. Plaise à ! a bonté de Dieu de vous faire cette grâce ! A même temps que, de sa part, je prononcerai sur vous les paroles de bénédiction, je le prie qu’il vous donne cet esprit et la grâce d’imprimer dans vos esprits ce que je viens de dire, pour garder ces quatre vertus : l’humilité, l’obéissance, le détachement des créatures et la sainte modestie, qui a paru par sa bonté en vous autres jusques à présent qu’il lui plaise la conserver et vous détacher de tout ce qui n’est pas lui, pour désormais trouver en Dieu toute la satisfaction que vous sauriez souhaiter sur la terre. Je prie Notre-Seigneur qu’il éclaire vos entendements, qu’il échauffe vos volontés, afin que désormais vous n’aimiez plus rien que lui, en lui et pour lui.
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112. — INSTRUCTION DE SEPTEMBRE 1659
AUX SŒURS ENVOYéES A NARBONNE ET A CAHORS
Avertissement et petite conférence faite à nos quatre sœurs envoyées à Narbonne, dont trois pour ce lieu-là, savoir nos sœurs Françoise Carcireux, de Beauvais, Anne Denoual et Marie Chesse, de Bretagne, de divers endroits, et ma sœur Marie-Marthe Trumeau, proche de Saint-Germain-en-Laye (1).
M. Vincent, notre très honoré Père, ayant à son ordinaire invoqué le Saint-Esprit avant de commencer, dit à nos chères sœurs :
C’est donc vous, mes chères sœurs, que la Providence a choisies. pour ce voyage tant important et désiré par Monseigneur de Narbonne. Déjà il avait demandé de vous autres pour son évêché d’ [Agde]. Et il n’était pas temps, mes chères sœurs. C’était pour celui-ci qu’il vous réservait. C’est un grand serviteur de Dieu et qui a grand désir de faire bien assister les pauvres. Vous voilà donc, mes chères sœurs, choisies de Dieu pour accomplir ses desseins. De dire ce que vous allez faire, je ne le puis ; car je ne le sais pas, ni je crois aussi, ce bon seigneur, quoique je sois bien assuré que vous allez pour sa gloire et le service du prochain. Peut-être fera-t-il un hôpital, et je crois aussi qu’il fera établir la Charité dans la ville, et en l’un et en l’autre, vous vous exercerez, à l’ordinaire des Filles de la Charité, avec grande humilité et respect à tout le monde.
Voyons, mes chères sœurs, pourquoi vous êtes choisies de Dieu pour ce saint œuvre, préférablement aux filles hospitalières religieuses de la Charité et tant d’autres,
Entretien 112. — Cahier écrit de la main de Louise de Marillac. (Arch. des Filles de la Charité.)
1). Marie-Marthe Trumeau était destinée à l’établissement de Cahors.
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dont l’on aurait pu faire choix. C’est que Notre-Seigneur l’a ainsi voulu. Et pourquoi faire ? Le premier motif de votre appel, mes chères sœurs, est pour manifester sa Providence. Quelle merveille ! Dieu choisit et assemble des filles de divers lieux et provinces pour les unir et lier ensemble du lien de sa charité, pour faire paraître aux hommes, en tant d’endroits, l’amour qu’il leur porte et le soin que sa Providence en a, pour les secourir dans leurs besoins et ainsi le faire reconnaître. O mes sœurs, quel sujet avez-vous de vous humilier et de vous donner à Dieu pour qu’il vous donne les grâces dont vous avez besoin pour travailler fidèlement à l’œuvre qu’il vous veut commettre ! Il vous faut aussi disposer mes filles, à la souffrance ; car ne pensez pas n’avoir que des roses il y a des épines. Ce peuple est d’esprit subtil et délicat. Il faut vous attendre d’en être moquées. Il est bon ; mais toutes leurs inclinations sont portées au mal. Sur tout vice celui de l’impureté y est. C’est pourquoi, mes chères filles, il faut user de grandes précautions par la modestie, retenue en vos paroles et n’en point écouter. Oh ! qu’il est dangereux d’écouter les hommes ! Souvenez-vous que souvent je vous ai dit que leurs premiers entretiens paraissent bons et dévots mais c’est pour attraper. Donnez-vous-en bien garde. Ne vous tenez jamais seules avec eux. Ne leur témoignez pas les écouter avec plaisir, quand vous êtes engagées en leur présence auprès de quelque malade, et jamais ne leur donnez sujet de croire que vous les estimez ou affectionnez ; car, quand l’estime y est, c’est une avance ou piège pour affectionner. Soyez donc fort modestes et retenues tant à regarder qu’à parler, et ne jamais, en l’un et en l’autre, faire paraître aucune affecterie, cela étant très dangereux.
Le second motif, mes chères sœurs, pour lequel vous êtes choisies de Dieu entre tant d’autres pour aller travailler
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à son œuvre est pour aller faire en ce lieu-là ce que le Fils de Dieu a fait sur la terre Oh ! si vous connaissiez la grandeur de la grâce de Dieu sur vous vous seriez dans l’étonnement que Dieu se veuille servir de vous pour de si grandes choses. Quoi ! mes sœurs, être regardées de Dieu tirées de vos pays, de la bassesse et de l’ignorance, pour être envoyées en une province éloignée ! Et quoi faire ? Pour y sauver des âmes.
113. — CONFéRENCE DU 19 OCTOBRE 1659
SUR LE SERVICE DES MALADES
(Règles des sœurs des paroisses, art. 3-5.)
Voici, mes sœurs, la troisième règle qui regarde les sœurs des paroisses, que nous allons lire simplement ; car il ne faut point d’explication ; cela parle de soi-même. "Elles penseront souvent à la fin principale pour laquelle Dieu les a envoyées en la paroisse où elles sont qui est de servir les pauvres malades, et non seulement corporellement, en leur administrant la nourriture et les médicaments mais encore spirituellement, en procurant qu’ils reçoivent dignement et de bonne heure tous les sacrements ; en sorte que ceux qui tendront à la mort partent de ce monde en bon état et que ceux qui guériront fassent une bonne résolution de bien vivre à l’avenir."
Voilà, mes sœurs, cette règle. Cela s’entend de soi-même. Vous êtes envoyées en ce lieu pour aider les pauvres malades à bien vivre ou à bien mourir. Voilà pourquoi vous êtes envoyées en une paroisse.
Voici la quatrième règle : "Et pour mieux leur procurer ce secours spirituel, elles y contribueront autant que leur petit pouvoir et le peu de temps qu’elles ont
Entretien 113. — Ms. SV 4, p. 379 et suiv.
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pour cela le leur permettent et selon que la qualité et disposition des malades le requerront. Or, le secours qu’elles tâcheront de leur donner sera principalement de les consoler, encourager et instruire des choses nécessaires à salut, leur faisant faire des actes de foi, d’espérance et de charité envers Dieu et le prochain, de contrition, de pardonner à leurs ennemis et de demander pardon à ceux qu’ils ont offensés, de résignation au bon plaisir de Dieu, soit pour souffrir, soit pour mourir, soit pour guérir, soit pour vivre, et autres semblables actes, non tout à la fois, mais un peu chaque jour, et le plus succinctement qu’il leur sera possible, de peur de les ennuyer."
Voilà donc, mes sœurs, que votre soin doit être de consoler les malades, de faire des actes succinctement et de les apprendre. Cela parle de soi-même. Il faut leur apprendre le moyen de bien vivre et de bien mourir en bons chrétiens.
Il se fait tard. Nous en demeurerons là.
Après, quelques sœurs demandant pardon des fautes qu’elles avaient faites contre les instructions qui avaient été données, M. Vincent dit :
Dieu vous bénisse, mes sœurs, Dieu vous bénisse et vous fasse la grâce d’augmenter de plus en plus en cette vertu de charité les unes envers les autres ! Ce qui vous empêchera de vous plaindre les unes des autres.