L'abstraction
Comment l'intellect agent extrait l'universel du particulier : le processus central de la connaissance humaine.
De Abstractione
Extraire l'universel
L'abstraction est l'opération par laquelle l'intelligence extrait l'universel du particulier. C'est le cœur du processus cognitif humain selon Aristote et saint Thomas : comment passons-nous de la perception d'un homme singulier (Pierre, Paul, Jacques) au concept universel d'« homme » ? Pour le comprendre, il faut distinguer deux puissances de l'intellect qui coopèrent dans cet acte.
L'intellect agent
L'intellect agent est la puissance active de l'âme. Tel un soleil intérieur, il éclaire les phantasmata, ces images sensibles conservées dans l'imagination, pour en extraire la forme intelligible universelle. Ce faisant, il fait abstraction des conditions matérielles individuantes : la taille, la couleur des yeux, le lieu de naissance, tout ce qui différencie Pierre de Paul. Il dégage ainsi ce qu'ils ont en commun : la nature humaine, ce qui fait qu'un homme est homme.
L'intellect possible
L'intellect possible est la puissance réceptive. Il reçoit la forme intelligible ainsi dégagée par l'intellect agent et la connaît actuellement : c'est en lui que se forme le concept universel proprement dit. L'abstraction n'est donc nullement une déformation du réel. Bien au contraire, elle le pénètre plus profondément en saisissant, dans le particulier, ce qui est véritablement intelligible : l'universel qui fonde la nature même de chaque chose.
La conversio ad phantasmata
Saint Thomas insiste cependant sur une condition essentielle : la conversio ad phantasmata, c'est-à-dire le retour nécessaire de l'intellect vers les images sensibles pour penser. Dans son état présent, l'homme ne peut jamais penser sans aucun recours à l'imagination. Même les concepts les plus abstraits ont besoin des phantasmata comme support. La pensée sans image sensible serait le mode propre des anges, qui connaissent par des espèces infuses directement reçues de Dieu. L'homme, lui, part toujours du sensible pour s'élever à l'intelligible : telle est la grandeur et l'humilité de la connaissance humaine.
Du phantasme au concept : l'intellect agent rend intelligible en acte ce qui n'était intelligible qu'en puissance dans l'image sensible
Testez-vous : 8 questions
1. Qu’est-ce que l’abstraction, au sens philosophique ?
- Tirer l’universel du concret
- Imaginer un songe doux
- Nier le monde sensible
- Une forme de méditation
Voir la réponse
Réponse : Tirer l’universel du concret
L’abstraction est l’opération centrale de la connaissance humaine : l’intelligence extrait la forme universelle (la nature commune) des images particulières fournies par les sens.
2. Quel rôle joue l’intellect agent dans le processus d’abstraction ?
- Il abstrait la forme
- Il mémorise le passé
- Il reçoit passivement
- Il produit les images
Voir la réponse
Réponse : Il abstrait la forme
L’intellect agent est la puissance active qui illumine les phantasmata pour en dégager la nature universelle, dépouillée des conditions matérielles individuantes.
3. Quel rôle joue l’intellect possible ?
- Il éclaire les images
- Il produit les images
- Reçoit la forme intelligible
- Il conserve les souvenirs
Voir la réponse
Réponse : Reçoit la forme intelligible
L’intellect possible est la puissance réceptive : il reçoit la forme intelligible extraite par l’intellect agent et forme le concept universel.
4. L’abstraction déforme-t-elle le réel ?
- Elle fuit le concret
- Indifférente
- Elle simplifie à l’excès
- Elle saisit l’universel
Voir la réponse
Réponse : Elle saisit l’universel
L’abstraction n’est pas une déformation mais une pénétration plus profonde du réel. L’universel est ce qui, dans le particulier, est intelligible : il est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est.
5. Qu’est-ce que la conversio ad phantasmata ?
- L’oubli des concepts
- La conversion à Dieu
- Le retour aux images
- Le passage à l’universel
Voir la réponse
Réponse : Le retour aux images
La conversio ad phantasmata est le retour nécessaire de l’intellect vers les phantasmata pour penser. Même les concepts les plus abstraits ont besoin d’images sensibles comme support chez l’homme.
6. Pourquoi l’homme ne peut-il pas penser sans aucun recours à l’imagination ?
- Besoin d’images sensibles
- Imagination supérieure
- Pas d’intellect agent
- Les concepts sont vides
Voir la réponse
Réponse : Besoin d’images sensibles
Dans son état présent, l’homme a toujours besoin de se retourner vers les phantasmata pour penser. La pensée sans aucune image sensible serait propre aux anges, qui connaissent par des espèces infuses.
7. De quoi l’intellect agent fait-il abstraction en extrayant la nature universelle ?
- Des marques individuelles
- De la nature commune
- De la forme intelligible
- De l’existence elle-même
Voir la réponse
Réponse : Des marques individuelles
L’intellect agent fait abstraction des conditions matérielles individuantes (ce qui différencie Pierre de Paul : taille, couleur des yeux, lieu de naissance) pour dégager ce qu’ils ont en commun : la nature humaine.
8. Selon Avicenne et certains aristotéliciens, l’intellect agent est un esprit séparé extérieur à l’homme.
- Vrai
- Faux
Voir la réponse
Réponse : Faux
Erreur monopsychiste reprise par Averroès et condamnée par saint Thomas (De unitate intellectus) : l’intellect agent est une puissance propre à l’âme humaine, non un esprit séparé commun.
Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›