L'erreur et le jugement
Pourquoi l'homme se trompe, et comment la rigueur du jugement protège contre l'erreur.
Error et iudicium
Où naît l'erreur
Si l'intelligence humaine est faite pour la vérité, pourquoi l'homme se trompe-t-il ? La réponse de saint Thomas est précise : l'erreur ne se trouve pas dans la simple appréhension (saisir un concept) ni dans la sensation sur son objet propre, mais dans le jugement, c'est-à-dire dans l'acte par lequel l'intelligence affirme ou nie quelque chose de quelque chose.
L'erreur est un jugement faux : l'intelligence compose ou divise ce qui ne doit pas l'être. « Cet homme est un ange » est un jugement faux : l'intelligence attribue à un sujet un prédicat qui ne lui convient pas. L'erreur suppose donc un acte positif de l'esprit : on ne se trompe pas passivement, on se trompe en jugeant mal.
Les causes
La cause d'erreur la plus courante est la précipitation (praecipitatio en latin scolastique). On conclut trop vite, on généralise à partir d'un seul cas, on affirme sans avoir suffisamment examiné. Les passions agissent aussi sur le jugement : le désir, la colère ou la peur inclinent l'esprit à croire vrai ce qu'il souhaite être vrai, et faux ce qu'il redoute. C'est ce que les modernes appellent wishful thinking ; l'Aquinate l'avait identifié sept siècles plus tôt.
Il existe cependant un domaine où l'intellect ne se trompe pas : les principes premiers, évidents par soi, comme le principe de non-contradiction. L'erreur n'apparaît que dans le raisonnement composé, là où l'esprit enchaîne des propositions et peut mal composer.
Les remèdes
Le principal remède contre l'erreur est la prudence intellectuelle : examiner attentivement avant de conclure, distinguer le certain du probable, suspendre son jugement quand les évidences manquent. Le doute honnête vaut mieux que l'affirmation téméraire. Enfin, il faut bien distinguer l'erreur involontaire du mensonge : le mensonge est un jugement faux émis volontairement, on sait que c'est faux et on le dit quand même. L'erreur involontaire, elle, n'est pas un péché : c'est une infirmité de l'intelligence finie, qui appelle l'humilité plutôt que la condamnation.
L'erreur naît dans le jugement, non dans la sensation ni dans le concept. Ses causes : précipitation, passion, ignorance.
Testez-vous : 8 questions
1. À quel niveau de l’activité intellectuelle l’erreur se produit-elle ?
- Au niveau du jugement
- Au niveau de l’appréhension
- Au niveau de la sensation
- Au niveau de la mémoire
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Réponse : Au niveau du jugement
L’erreur se produit dans le jugement : l’acte par lequel l’intelligence affirme ou nie quelque chose de quelque chose. La simple appréhension et la sensation sur leur objet propre ne sont pas sujettes à l’erreur.
2. Quelle est la cause d’erreur la plus courante dans la vie quotidienne ?
- L’ignorance totale
- La précipitation
- La fatigue physique
- La mauvaise volonté
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Réponse : La précipitation
La précipitation (praecipitatio) est la cause d’erreur la plus courante : on conclut trop vite, on généralise à partir d’un seul cas, on affirme sans vérifier.
3. Comment les passions peuvent-elles causer l’erreur ?
- Elles aident la raison
- Elles éteignent l’esprit
- Elles inclinent le jugement
- Elles n’ont aucun effet
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Réponse : Elles inclinent le jugement
Les passions (désir, colère, peur) inclinent le jugement : on croit vrai ce qu’on désire être vrai et faux ce qu’on craint. C’est le wishful thinking.
4. L’intellect peut-il se tromper sur les principes premiers ?
- Oui, chez l’enfant seul
- Non, ils sont évidents
- Non, il les démontre d’abord
- Oui, on s’y trompe souvent
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Réponse : Non, ils sont évidents
Saint Thomas enseigne que l’intellect ne peut pas se tromper sur les principes premiers (per se nota), comme le principe de non-contradiction. L’erreur n’apparaît que dans le raisonnement composé.
5. Quel est le principal remède contre l’erreur ?
- Examiner avant de juger
- Ne jamais juger
- Se fier à son intuition
- Suivre la majorité
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Réponse : Examiner avant de juger
Le remède est la prudence intellectuelle : examiner attentivement, distinguer le certain du probable, suspendre son jugement quand les évidences manquent. Le doute honnête vaut mieux que l’affirmation téméraire.
6. Quelle est la différence entre l’erreur involontaire et le mensonge ?
- Mensonge voulu, erreur subie
- Aucune différence
- Mensonge subi, erreur voulue
- L’erreur est plus grave
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Réponse : Mensonge voulu, erreur subie
Le mensonge est un jugement faux émis volontairement : on sait que c’est faux et on le dit quand même. L’erreur involontaire n’est pas un péché : c’est une infirmité de l’intelligence finie.
7. Pourquoi l’erreur est-elle un « acte positif de l’esprit » ?
- On juge activement l’erreur
- On reçoit l’erreur du dehors
- On subit l’erreur passivement
- On tire un bien de l’erreur
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Réponse : On juge activement l’erreur
L’erreur est un acte positif de l’esprit : elle suppose un jugement actif par lequel l’intelligence compose ou divise ce qui ne devrait pas l’être. On ne se trompe pas sans juger.
8. L’erreur se situe dans la simple appréhension, avant tout jugement.
- Vrai
- Faux
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Réponse : Faux
L’erreur ne se situe pas dans la simple appréhension (qui saisit un concept sans affirmer ni nier) mais dans le jugement, quand l’esprit affirme ou nie à tort un lien entre des concepts. La simple appréhension, en elle-même, ne peut être ni vraie ni fausse.
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Dans ce chapitre : Connaissance sensible et intellectuelle
- Connaissance sensible et intellectuelle
- Les sens externes et internes
- L'abstraction
- L'erreur et le jugement