La conscience morale : prudence, formation, conscience erronée (I-II, q. 19)
Conscience droite, erronée, douteuse, certaine.
Conscientia et Prudentia
Le jugement de la conscience
La conscience morale est l'acte par lequel l'intelligence pratique juge, ici et maintenant, qu'une action est bonne ou mauvaise. Elle applique les principes universels de la syndérèse aux cas particuliers. Or ce jugement peut être droit ou erroné. Saint Thomas distingue la conscience droite (qui juge conformément à la vérité morale), la conscience erronée vincible (qui se trompe par négligence coupable) et la conscience erronée invincible (qui se trompe de bonne foi, sans pouvoir corriger son erreur). La conscience invinciblement erronée oblige et excuse (I-II, q. 19, a. 6), mais la conscience vinciblement erronée n'excuse pas, car l'homme a le devoir de former sa conscience.
Le devoir de former sa conscience
Ce devoir de formation constitue l'obligation première de tout homme envers sa conscience : la former dans la vérité, car une conscience erronée égare l'agir et entraîne dans le mal celui qui la suit sans discernement. Agir contre sa conscience est toujours un péché, même si le jugement de celle-ci se révèle objectivement faux, car en agissant contre ce qu'il croit être la loi de Dieu, l'homme méprise cette loi dans son cœur.
La vertu de prudence
La vertu de prudence joue ici un rôle capital : elle est la « recta ratio agibilium » (droite raison des choses à faire), la vertu qui perfectionne le jugement de conscience en dirigeant la délibération, le jugement et le commandement pratique. La prudence se distingue de la simple habileté (solertia) par la rectitude morale : tandis que l'habileté trouve des moyens efficaces pour n'importe quelle fin, la prudence ordonne les moyens au vrai bien de l'homme.
Les parties intégrantes
Saint Thomas identifie parmi les parties intégrantes de la prudence trois dispositions essentielles au bon jugement :
- la mémoire, qui retient l'expérience des situations passées
- la raison, qui délibère avec rigueur
- la docilité, qui dispose l'homme à recevoir l'enseignement d'autrui et le magistère de l'Église
L'acrasie et la syndérèse
L'acrasie (akrasia, Aristote Éthique à Nicomaque VII) est la faiblesse de la volonté, savoir le bien et faire le mal. La syndérèse est l'habitus des premiers principes pratiques ("fais le bien, évite le mal") selon saint Thomas (Somme I, q.79, a.12). Saint Thomas distingue conscience antécédente et conséquente.
La vertu de prudence joue ici un rôle capital : elle est la « recta ratio agibilium » (droite raison des choses à faire), la vertu qui perfectionne le jugement de conscience en dirigeant la délibération, le jugement et le commandement pratique.
Testez-vous : 9 questions
1. Quelle vertu cardinale perfectionne le jugement de la conscience morale dans les cas particuliers ?
- La force
- La tempérance
- La prudence
- La justice
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Réponse : La prudence
La prudence perfectionne le jugement de la conscience dans les cas particuliers, guidant le choix concret du bien.
2. Comment saint Thomas définit-il la prudence en latin ?
- Recta ratio agibilium
- Lex aeterna
- Fides quaerens
- Actus humanus
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Réponse : Recta ratio agibilium
La prudence est la recta ratio agibilium : la droite raison appliquée à l’agir moral concret.
3. Comment appelle-t-on une conscience qui se trompe par négligence coupable, faute d’avoir cherché la vérité ?
- Conscience douteuse
- Conscience vincible
- Conscience droite
- Conscience invincible
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Réponse : Conscience vincible
La conscience vinciblement erronée se trompe par négligence coupable : l’agent aurait pu et dû chercher la vérité.
4. Selon saint Thomas, la conscience invinciblement erronée oblige-t-elle à agir selon son jugement ?
- Elle oblige
- Jamais
- Selon la gravité
- Seulement en privé
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Réponse : Elle oblige
La conscience invinciblement erronée oblige car l’homme doit toujours suivre le jugement de sa raison pratique.
5. Quelles sont les trois parties intégrantes de la prudence que saint Thomas identifie pour bien juger ?
- Corps, âme, esprit
- Objet, fin, contexte
- Foi, espérance, charité
- Mémoire, raison, docilité
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Réponse : Mémoire, raison, docilité
Mémoire, raison et docilité sont trois parties intégrantes de la prudence nécessaires au bon jugement.
6. Selon la doctrine catholique, le devoir premier de tout homme envers sa conscience est de :
- La former dans la vérité
- Ignorer les doutes
- Suivre son opinion
- Choisir selon son goût
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Réponse : La former dans la vérité
Le premier devoir envers sa conscience est de la former dans la vérité, car une conscience erronée égare l’agir.
7. Saint Thomas enseigne que l’homme qui agit contre sa conscience commet toujours un péché. Pourquoi ?
- On méprise la loi divine
- Conscience toujours juste
- La loi n’oblige pas
- L’acte est toujours grave
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Réponse : On méprise la loi divine
Agir contre sa conscience est toujours péché car on méprise ce que l’on croit être la loi de Dieu.
8. Quelle est la différence fondamentale entre la prudence et la simple habileté (solertia) selon saint Thomas ?
- La vitesse de calcul
- La rectitude morale
- L’âge de l’agent
- Le nombre de moyens
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Réponse : La rectitude morale
La prudence se distingue de l’habileté par la rectitude morale : elle ordonne les moyens au vrai bien.
9. Le premier principe inné de la conscience morale, « fais le bien, évite le mal », s’appelle la ____.
- syndérèse
- prudence
- sagesse
- science
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Réponse : syndérèse
La syndérèse est l’habitus inné qui pose le premier principe pratique : « fais le bien, évite le mal ».
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Dans ce chapitre : Les actes humains et la conscience
- Actus humanus : le volontaire et l'involontaire selon saint Thomas (I-II, q. 6)
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- Les circonstances de l'acte moral : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi (I-II, q. 7)
- La conscience morale : prudence, formation, conscience erronée (I-II, q. 19)
- L'ignorance vincible et invincible : le principe du double effet (I-II, q. 6, a. 8 ; q. 20, a. 5)