Actus humanus : le volontaire et l'involontaire selon saint Thomas (I-II, q. 6)

Chapitre 3 : Les actes humains et la conscience · cours « Éthique » · 9 questions

Volontaire, involontaire, délibéré : agir en homme.

Saint Thomas d'Aquin

Actus humanus, le volontaire et l'involontaire selon saint Thomas (I-II, q. 6)

Actus Humanus

Acte humain et acte de l'homme

L'actus humanus (acte humain) est celui qui procède de la volonté délibérée, éclairée par la raison. Lui seul est susceptible d'être jugé moralement bon ou mauvais. Les actes qui ne passent pas par la raison et la volonté, comme la digestion, sont de simples actus hominis (I-II, q. 1, a. 1). Ce qui distingue l'acte humain de l'acte de l'homme, c'est précisément la connaissance et la liberté : l'homme sait ce qu'il fait et choisit de le faire.

Le volontaire et l'involontaire

Le volontaire requiert deux conditions : la connaissance de la fin (l'agent sait ce qu'il fait et pourquoi) et un principe intérieur de mouvement (l'acte procède de l'agent lui-même, non d'une contrainte extérieure). Sans l'une ou l'autre, l'acte n'est pas pleinement volontaire (I-II, q. 6). Deux causes rendent un acte involontaire : la violence, c'est-à-dire une contrainte externe qui s'impose à l'agent contre sa volonté, et l'ignorance, c'est-à-dire un défaut de connaissance qui empêche l'agent de savoir ce qu'il fait réellement. Dans l'un et l'autre cas, la responsabilité morale est atténuée ou supprimée.

L'acte mixte

L'acte mixte, accompli sous la contrainte mais avec un reste de consentement, occupe une place particulière dans l'analyse thomiste. L'exemple classique est celui du marin qui jette sa cargaison à la mer en pleine tempête pour sauver son navire : cet acte est volontaire en soi (simpliciter), car le marin le choisit librement pour éviter un mal plus grand, bien qu'il soit involontaire sous un certain rapport (secundum quid). De même, l'acte accompli sous la menace grave d'un tyran est qualifié de « volontaire sous peur » : l'agent consent, mais sous une pression qui diminue sans supprimer sa liberté.

Animaux et concupiscence

Saint Thomas s'appuie principalement sur Aristote, en particulier le livre III de l'Éthique à Nicomaque, pour conduire cette analyse du volontaire et de l'involontaire. Il précise que les animaux, bien qu'ils agissent par des appétits sensibles, ne posent pas d'actes volontaires au sens strict, car ils n'ont pas la capacité de délibérer librement sur les fins de leurs actions. Seul l'être doué de raison et de libre arbitre pose des actes véritablement humains.

Enfin, Thomas examine le rôle de la concupiscence (la passion, le désir sensible) dans l'acte volontaire. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la concupiscence qui pousse à agir ne supprime pas le volontaire : elle l'augmente, car la passion incline la volonté à consentir plus vivement à l'objet désiré. L'homme passionné agit avec plus d'élan, non avec moins de liberté. C'est pourquoi l'acte accompli sous l'emprise de la passion reste pleinement imputable, et parfois davantage.

L'acte mixte, accompli sous la contrainte mais avec un reste de consentement (comme jeter sa cargaison à la mer dans la tempête), est volontaire simpliciter mais involontaire secundum quid.

Testez-vous : 9 questions

1. Comment saint Thomas appelle-t-il l’acte qui procède de la raison et de la volonté libre ?

  • Actus humanus
  • Actus reflexus
  • Actus hominis
  • Actus naturalis
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Réponse : Actus humanus

L’actus humanus procède de la raison et du libre arbitre, ce qui le rend moralement imputable à la personne.

2. Selon saint Thomas (I-II, q. 6), quelles sont les deux causes qui rendent un acte involontaire ?

  • Peur et tristesse
  • Violence et ignorance
  • Colère et passion
  • Habitude et oubli
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Réponse : Violence et ignorance

La violence (contrainte externe) et l’ignorance (défaut de connaissance) rendent l’acte involontaire selon saint Thomas.

3. Un marin jette sa cargaison à la mer pour sauver son navire en pleine tempête. Selon saint Thomas, cet acte est :

  • Moralement neutre
  • Totalement involontaire
  • Ni l’un ni l’autre
  • Volontaire en soi
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Réponse : Volontaire en soi

Jeter la cargaison est volontaire en soi (mixte) : le marin le choisit librement pour éviter un mal plus grand.

4. Selon saint Thomas, quelles deux conditions sont requises pour que le volontaire existe ?

  • Plaisir et intention
  • Force et habitude
  • Connaissance et principe
  • Passion et raison
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Réponse : Connaissance et principe

Le volontaire requiert la connaissance de l’acte et un principe intérieur (la volonté) qui meut l’agent.

5. Selon saint Thomas, les animaux posent-ils des actes « volontaires » au sens strict ?

  • Volontaires par instinct
  • Sans délibération libre
  • Pleinement volontaires
  • Selon l’espèce
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Réponse : Sans délibération libre

Les animaux agissent par instinct, non par délibération libre : ils ne posent pas d’actes volontaires au sens strict.

6. Comment saint Thomas qualifie-t-il un acte que l’on accomplit sous la menace grave d’un tyran ?

  • Moralement indifférent
  • Volontaire sous peur
  • Purement involontaire
  • Totalement libre
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Réponse : Volontaire sous peur

Un acte accompli sous menace grave est « volontaire sous peur » : mixte de volontaire et d’involontaire.

7. Dans son analyse du volontaire (Ia-IIae, q.6), quel philosophe grec guide principalement saint Thomas ?

  • Aristote
  • Plotin
  • Épicure
  • Platon
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Réponse : Aristote

Saint Thomas s’appuie principalement sur Aristote (Éthique III) pour analyser le volontaire et l’involontaire.

8. Selon saint Thomas, la concupiscence (passion) qui pousse à agir supprime-t-elle le volontaire ?

  • Elle l’augmente
  • Totalement
  • Selon l’intensité
  • Partiellement
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Réponse : Elle l’augmente

La concupiscence n’ôte pas le volontaire mais l’augmente, car la passion incline la volonté à consentir davantage.

9. Un acte humain se distingue d’un acte de l’homme par la connaissance et la liberté.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Vrai

L’acte humain engage connaissance et liberté, le rendant moralement imputable, contrairement au simple acte de l’homme.

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Dans ce chapitre : Les actes humains et la conscience

  1. Actus humanus : le volontaire et l'involontaire selon saint Thomas (I-II, q. 6)
  2. La volonté et l'intellect : les douze actes de l'agir moral (I-II, q. 8-17)
  3. Les circonstances de l'acte moral : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi (I-II, q. 7)
  4. La conscience morale : prudence, formation, conscience erronée (I-II, q. 19)
  5. L'ignorance vincible et invincible : le principe du double effet (I-II, q. 6, a. 8 ; q. 20, a. 5)