De la vraie religion (De vera religione)

Augustin d'Hippone · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — trad. abbaye de Port-Valais · 4 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Saint Augustin d'Hippone

De la Vraie Religion

DE LA VRAIE RELIGION.

Traduction de M. l’abbé JOYEUX.

In Œuvres Complètes de Saint Augustin, tome III, pp 547 ss. éd.

L. Guérin, Bar-le-Duc 1864

DE LA VRAIE RELIGION.

CHAPITRE PREMIER. LES PHILOSOPHES ENSEIGNAIENT DANS LEURS éCOLES CE QU'ILS NE PRATIQUAIENT PAS DANS LES TEMPLES.

CHAPITRE II. SOCRATE ET PLATON N'ONT PU FAIRE ADOPTER LEURS IDéES SUR DIEU.

CHAPITRE III. LA RELIGION CHRéTIENNE APPREND AUX HOMMES CE QUE PLATON NE CRUT PAS POSSIBLE D'ENSEIGNER.

CHAPITRE IV. COMBIEN SONT DIGNES DE MéPRIS LES PHILOSOPHES QUI N'EMBRASSENT PAS LA VRAIE RELIGION.

CHAPITRE V. OU CHERCHER LA VRAIE RELIGION?

CHAPITRE VI. ELLE FAIT SERVIR A SON DéVELOPPEMENT CEUX MêME QUI SONT éGARéS, ET CEUX QUI SE TROUVERAIENT INJUSTEMENT BANNIS DE SON SEIN.

CHAPITRE VII. IL FAUT EMBRASSER LA RELIGION CATHOLIQUE. — QUELLES SONT LES PREMIèRES VéRITéS QU'ELLE ENSEIGNE.

CHAPITRE VIII. FOI ET INTELLIGENCE. — UTILITé DES HéRéSIES. CHAPITRE IX. C'EST SURTOUT CONTRE LES MANICHéENS QUE CET éCRIT EST DIRIGé; COURT EXPOSé DE LEURS ERREURS.

CHAPITRE X. CE QUI NOUS DéTACHE DE DIEU; CE QUI NOUS RAMèNE A LUI.

CHAPITRE XI. TOUTE VIE VIENT DE DIEU. — LE CRIME EST LA MORT DE L’âME. CHAPITRE XII. CHUTE ET RéPARATION DE L'HOMME TOUT ENTIER. CHAPITRE XIII. LES BONS ANGES ET LES ANGES MAUVAIS.

CHAPITRE XIV. LE PéCHé VIENT DU LIBRE ARBITRE.

CHAPITRE XV. LA PEINE DU PéCHé NOUS APPREND A DEVENIR MEILLEURS.

CHAPITRE XVI. BIENFAITS IMMENSES DE L'INCARNATION DU VERBE. CHAPITRE XVII. L'ENSEIGNEMENT DE LA VRAIE RELIGION EST CONTENU AVEC UN ENCHAîNEMENT PARFAIT DANS L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT. CHAPITRE XVIII. POURQUOI LES CRéATURES SONT-ELLES MUABLES? CHAPITRE XIX. CE QUI PEUT êTRE VICIé EST BON, SANS êTRE SOUVERAINEMENT BON.

CHAPITRE XX. COMMENT L’âME PEUT êTRE VICIéE.

CHAPITRE XXI. L’AME SE LAISSE SéDUIRE PAR LA BEAUTé CORPORELLE QUI NE FAIT QUE PASSER.

CHAPITRE XXII. LES IMPIES SEULS CONDAMNENT L'ORDRE éTABLI PAR LA PROVIDENCE.

CHAPITRE XXIII. TOUTE SUBSTANCE EST BONNE EN ELLE-MêME.

CHAPITRE XXIV. DEUX MOYENS OFFERTS A L'HOMME POUR AIDER A SON SALUT : L'AUTORITé ET LE RAISONNEMENT.

CHAPITRE XXV. QUELS HOMMES, QUELS LIVRES DOIVENT NOUS SERVIR DE GUIDES. CHAPITRE XXVI. DANS LES PROGRèS DE L'HOMME CHARNEL ET DE L'HOMME SPIRITUEL, LA VIE PEUT êTRE PARTAGéE EN SEPT AGES.

CHAPITRE XXVII. LA VIE DU VIEIL HOMME ET DE L'HOMME NOUVEAU SE RETROUVENT DANS LA VIE DE L'HUMANITé TOUT ENTIèRE.

CHAPITRE XXVIII. L'ENSEIGNEMENT PROPORTIONNé A LA CAPACITé DU PEUPLE.

CHAPITRE XXIX. AUTRE MOYEN DE SALUT : LA RAISON. — COMMENT ELLE GUIDE L'HOMME VERS DIEU. — SON TéMOIGNAGE L'EMPORTE SUR CELUI DES SENS. CHAPITRE XXX. LA LOI IMMUABLE D'APRèS LAQUELLE LA RAISON FORME SES JUGEMENTS EST ELLE-MêME SUPéRIEURE A LA RAISON.

CHAPITRE XXXI. DIEU EST LUI-MêME CETTE LOI QUI RèGLE LES JUGEMENTS DE NOTRE RAISON ET QUE NOTRE RAISON NE PEUT JUGER. CHAPITRE XXXII. IL Y A DANS LES CORPS DES TRACES D'UNITé; MAIS L'INTELLIGENCE SEULE PEUT CONTEMPLER L'UNITé MêME.

CHAPITRE XXXIII. L'ERREUR NE VIENT PAS DES SENS , MAIS DU JUGEMENT. — DIFFéRENCE ENTRE LE MENTEUR ET LE TROMPEUR.

CHAPITRE XXXIV. COMMENT APPRéCIER NOS VAINES IMAGINATIONS. CHAPITRE XXXV. COMMENT NOUS DEVONS NOUS REPOSER DANS LA CONNAISSANCE DE DIEU.

CHAPITRE XXXVI. LE VERBE DE DIEU EST LA VéRITé, éGALE A SON PREMIER PRINCIPE. — LE PéCHé SEULE CAUSE DE NOS ERREURS. CHAPITRE XXXVII. L'AMOUR DES CRéATURES EST L'ORIGINE DE L'IDOLâTRIE SOUS TOUTES SES FORMES.

CHAPITRE XXXVIII. AUTRE ESPèCE D'IDOLâTRIE, LA TRIPLE CONCUPISCENCE. CHAPITRE XXXIX. COMMENT L'HOMME PEUT TRIOMPHER DE LA VOLUPTé. CHAPITRE XL. DE LA BEAUTé CORPORELLE ET DE LA VOLUPTé CHARNELLE. — PEINE DU PéCHé.

CHAPITRE XLI. LA PEINE INFLIGéE AU PéCHEUR CONTRIBUE A L'ORDRE GéNéRAL.

CHAPITRE XLII. LA VOLUPTé CHARNELLE, INVITE ELLE-MêME A CHERCHER L'UNITé.

CHAPITRE XLIII. L'HOMME DéCOUVRE L'ORDRE ET LES PROPORTIONS DANS L'ESPACE ET LE TEMPS. — L'ORDRE PROCèDE DE L'éTERNELLE VéRITé. CHAPITRE XLIV. TOUT EST RAMENé A DIEU PAR LA CRéATURE RAISONNABLE.

CHAPITRE XLV. LES EXCèS DE L'ORGUEIL NOUS ENSEIGNENT AUSSI LE CHEMIN DE LA VERTU.

CHAPITRE XLVI. CE QUI REND L'HOMME INVINCIBLE C'EST L'AMOUR DE CE QU'ON NE PEUT LUI RAVIR, L'AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN. — COMMENT IL DOIT AIMER LE PROCHAIN.

CHAPITRE XLVII. CARACTèRE VéRITABLE DE L'AMOUR POUR LE PROCHAIN. IL NOUS REND INVINCIBLES.

CHAPITRE XLVIII. QUELLE EST LA JUSTICE PARFAITE?

CHAPITRE XLIX. DE LA CURIOSITé. — COMMENT ELLE PEUT CONDUIRE L'HOMME A LA VéRITé.

CHAPITRE L. COMMENT FAUT-IL éTUDIER L'éCRITURE SAINTE ?

CHAPITRE LI. LA MéDITATION DES SAINTES éCRITURES SERT DE REMèDE A LA CURIOSITé.

CHAPITRE LII. LA CURIOSITé, COMME LES AUTRES VICES, DEVIENT UNE OCCASION DE PRATIQUER LA VERTU.

CHAPITRE LIII. INTENTIONS DIFFéRENTES DES SAGES ET DES INSENSéS. CHAPITRE LIV. LES TOURMENTS DES RéPROUVéS SONT EN RAPPORT AVEC LEURS VICES.

CHAPITRE LV. CONCLUSION. — EXHORTATION A LA VRAIE RELIGION. — CE QU'IL FAUT éVITER POUR Y PARVENIR.

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DE LA VRAIE RELIGION.

Après avoir démontré que la Religion catholique seule, est la vraie religion, à l'exclusion du paganisme et des sectes dissidentes, saint Augustin enseigne comment on doit l'étudier : il entre dans de magnifiques considérations sur la chute de l'homme, réfute avec vigueur les explications insensées des Manichéens sur la corruption de notre nature, et dans cette partie de son ouvrage il fait une peinture touchante du Sauveur des hommes. — Il expose ensuite les deux moyens qui nous sont donnés pour arriver à la connaissance de la vérité éternelle : l'autorité qui nous la fait connaître par la foi, la raison qui, bien dirigée par le Verbe de Dieu, en découvre les merveilleuses clartés. C'est pour ne pas avoir suivi ce divin flambeau que l'homme est tombé dans l'idolâtrie ou dans l'esclavage de ses propres passions; mais s'il veut, il trouve même dans la triple concupiscence de quoi le guider pour secouer ce joug honteux et revenir à sa perfection primitive. — Saint Augustin termine par une éloquente exhortation à la véritable piété, nous invitant à n'adorer qu'un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit.

CHAPITRE PREMIER. LES PHILOSOPHES ENSEIGNAIENT DANS LEURS éCOLES CE QU'ILS NE PRATIQUAIENT PAS DANS LES TEMPLES.

1. La seule voie qui nous conduise sûrement a une vie bonne et heureuse est la vraie religion, celle qui adore un seul Dieu et reconnaît en lui avec une piété éclairée, l'auteur de la nature entière, en qui tout commence, se perfectionne et se conserve dans un ordre parfait. Ce qui montre donc avec plus d'évidence l‘égarement des peuples qui ont préféré le culte de plusieurs divinités à celui d'un Dieu unique, véritable et souverain Seigneur de toutes choses, c'est que leurs sages, appelés philosophes, allaient tous aux mêmes temples, pendant qu'ils enseignaient des doctrines contradictoires. Le peuple, aussi bien que les prêtres , connaissait cette variété d'opinions sur la nature des dieux; car chacun de ces philosophes produisait au grand jour ses enseignements et cherchait par tous les moyens à les faire pénétrer partout. Et néanmoins tous ensemble, avec leurs disciples également animés de sentiments opposés, assistaient aux mêmes sacrifices sans que nul s'y opposât. Je n'ai point à dire lequel d'entr'eux était plus près de la vérité; mais ce qui paraît ici très-évident, c'est qu'ils se prêtaient avec le peuple à des actes religieux bien différents de ce qu'ils disaient à ce même peuple dans leurs enseignements particuliers.

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CHAPITRE II. SOCRATE ET PLATON N'ONT PU FAIRE ADOPTER LEURS IDéES SUR DIEU.

2. Socrate cependant est plus hardi que les autres; il jure par le nom d'un chien, d'une pierre, de tout ce qui lui vient à la pensée ou lui tombe sous la main. Il a compris sans doute que toute production naturelle créée par la divine providence est bien préférable à l'ouvrage des hommes, aux travaux des artistes les plus habiles, plus digne aussi des honneur; divins que les statues adorées dans les temples: Il n'enseigne pas qu'une pierre, un chien doivent être adorés des sages, mais il veut faire comprendre à quel degré d'abaissement en sont venus les hommes; si les plus éclairés (548) sont honteux de l'imiter, ils doivent trouver plus condamnable encore l'égarement de la multitude; et ceux qui enseignent que ce monde visible et le Dieu suprême comprendront l'absurdité d'une doctrine dont la conséquence rigoureuse est de faire adorer une pierre comme une faible portion de la divinité. Ont-ils horreur de cette conséquence ? ils doivent abandonner leur opinion et chercher à connaître le Dieu unique, élevé seul au-dessus de nos âmes, créateur du monde entier et de tout ce qui a vie dans le monde.

Après lui vint Platon, écrivain plus élégant que persuasif. Ces hommes, il est vrai, n'étaient pas nés pour amener leurs peuples au vrai culte du vrai Dieu, pour leur faire abandonner les superstitions païennes et les vaines idées du monde. Aussi Socrate lui-même adorait les idoles avec la multitude; après sa condamnation et sa mort, personne n'osa plus jurer comme lui par le nom d'un chien, ni donner à une pierre le nom de Jupiter, on s'est contenté de confier à la tradition et aux lettres le souvenir de ces actes. Etait-ce par crainte des châtiments ou pour suivre les idées de leur époque, que ces hommes agissaient ainsi ? Il ne m'appartient pas de le décider.

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CHAPITRE III. LA RELIGION CHRéTIENNE APPREND AUX HOMMES CE QUE PLATON NE CRUT PAS POSSIBLE D'ENSEIGNER.

3. Toutefois je le dirai nettement sans vouloir blesser ceux qui s'obstinent à aimer les écrits de ces savants, depuis l'ère chrétienne il n'y a pas à hésiter dans la recherche de la vraie religion, de celle qui doit nous conduire sûrement à la vérité et au bonheur. Si Platon vivait encore et qu'il daignât m'entendre, ou plutôt je suppose qu'à l'époque où il enseignait un de ses disciples l'eût interrogé: Platon veut lui persuader que la vérité ne se révèle point aux yeux du corps mais à l'esprit seul; et qu'en s'y attachant l'âme devient heureuse et parfaite; que rien n'empêche de la découvrir, comme les passions mauvaises et les,fausses images des objets sensibles qui imprimées en nous par ce monde visible, y laissent la trace de toutes les opinions et de toutes les erreurs; qu'il faut par conséquent guérir son esprit pour saisir la forme immuable de tous les êtres, cette beauté toujours égale, toujours la même, immobile dans l'espace, invariable dans le temps, se conservant partout parfaitement une et identique, dont les hommes rejettent l'existence, bien qu'elle soit d'une perfection souveraine et véritable ; que tous les autres êtres naissent, tombent, s'échappent et s'évanouissent, et toutefois ne subsistent dans ce qu'ils sont, que par ce Dieu éternel dont la vérité leur a donné l'existence ; qu'entr'eux tous, c'est à l'âme seule douée de raison et d'intelligence, qu'il a été donné de se complaire dans la pensée de l'éternité, d'en être pénétrée, embellie, et de pouvoir mériter la vie éternelle : mais si elle se laisse blesser par l'amour ou la douleur de ce qui ne fait que naître et passer; si elle se laisse aller exclusivement aux entraînements de cette vie des sens corporels, et qu'elle se perde en vaines imaginations, elle se rit alors de ceux qui affirment l'existence d'un être qu'on ne peut voir des yeux du corps ni se représenter soles aucune forme sensible, et dont la raison et l'intelligence seules peuvent se faire une idée.

Je suppose donc que Platon persuade ces vérités à son disciple; je suppose de plus que celui-ci demande au maître, s'il jugerait digne des honneurs divins l'homme assez grand, assez rapproché de la divinité pour faire croire ces vérités, soit au peuple incapable de les comprendre, soit même aux esprits capables qui sont élevés au-dessus des opinions dépravées de la multitude, dont cependant ils partagent les communes erreurs; à cette question Platon eût répondu, je pense, que l'oeuvre était impossible à un homme : ou bien il aurait fallu que d'une nature à part et éclairé dès le berceau, non par l'enseignement des hommes, mais par les rayons d'une lumière intérieure, cet homme fût enrichi de tant de grâces par la puissance et la sagesse de Dieu, entouré de tant de force, environné d'une majesté si haute, que méprisant tout ce que les méchants convoitent, souffrant tout ce qu'ils abhorrent, et faisant tout ce qu'ils croient impossible, il amenât le genre humain à cette foi salutaire, par le dévouement le plus héroïque et la plus imposante autorité. Pourquoi demander alors, ajouterait Platon, quels honneurs sont dus à la Sagesse de Dieu? Entre ses bras et sous sa direction suprême ce génie exceptionnel n'a-t-il pas mérité pour le salut véritable du genre humain des distinctions particulières et surhumaines?

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4. Si cette merveille s'est accomplie; si elle est constatée par les écrits et les monuments publics; si, de la contrée qui seule adorait le vrai Dieu, et où avait du naître un homme aussi grand, d'autres hommes ont été choisis, envoyés dans l'univers entier, et ont de tous côtés, par leurs exemples et leurs discours, porté l'incendie de l'amour divin ; si après avoir confirmé leur salutaire doctrine ils ont laissé à la postérité l'univers rempli de lumière; et, pour ne point parler de choses passées qu'on pourrait ne pas croire, si aujourd'hui on répète à tous les peuples et à toutes les nations :« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; il était au commencement avec Dieu ; tout a été fait par lui, et sans lui rien n'a été fait(1) ». Si pour faire connaître ce Verbe, le faire aimer, faire trouver en lui des délices qui guérissent l'âme et rendent l'esprit assez fort pour contempler une si vive lumière, il est dit aux avares : « Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers détruisent, et où les voleurs fouillent et dérobent; mais thésaurisez pour le ciel, où la rouille et les vers ne détruisent rien, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi est ton coeur (2) ; »

s'il est dit aux impurs: « Celui qui sème dans la chair, de la chair recueillera la corruption; celui qui sème dans l'esprit, recueillera de l'esprit la vie éternelle (3) : » aux orgueilleux; « qui s'élève sera humilié, et qui s'humilie sera élevé (4); » aux emportés : « As-tu reçu un soufflet ? tends l'autre joue (5); » aux hommes haineux « Aimez vos ennemis (6) ; » aux superstitieux « Le royaume de Dieu est en vous-mêmes (7); » aux curieux : « Ne cherchez point ce qui se voit, mais plutôt ce qui ne se voit pas; car ce qui est visible passe avec le temps, ce qui est invisible, demeure éternellement (8); » enfin s'il est dit à tous: « N'aimez point le monde, ni tout ce qui est dans le monde; car tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, ou ambition du siècle (9). »

5. Si ces maximes sont aujourd'hui lues partout et partout entendues avec un respect mêlé de joie ; si, après ces flots de sang répandu, ces immenses bûchers, ces croix

1. Jean, I, 1, 3. — 2. Matth. VI, 19, 21. — 3. Galat. VI, 8. — 4. Luc, XIV, 11. — 5. Matth. V, 39. — 6. Ib. 44. — 7. Luc, XVII, 21. — 8. II Cor. IV, 18. — 9. I Jean, II, 15, 16.

innombrables des martyrs, les églises se sont multipliées, comme les fruits d'un arbre fécond , jusqu'au sein des nations barbares; si nul ne s'étonne plus de voir ces milliers de jeunes gens et de vierges qui méprisent le mariage pour une vie chaste et pure; au lieu que Platon, après avoir choisi ce genre de vie, sacrifia ensuite à la nature, dit-on , comme pour expier une faute, tant il était esclave des opinions de son temps; aujourd'hui il serait aussi étrange d'attaquer ce genre de vie qu'il l'eût été autrefois de le défendre; si dans toutes les contrées du monde habitable les mystères chrétiens sont confiés à ceux qui ont fait cette promesse et cet engagement ; si ces idées sont chaque jour lues dans l'église, et publiées par les prêtres;

si on se frappe la poitrine en travaillant à y conformer sa conduite; si tel est le nombre de ceux qui entrent dans cette carrière que les hommes de toute condition, qui abandonnent les richesses et les honneurs du siècle pour se consacrer exclusivement au service du Dieu suprême, suffiraient pour remplir les îles jusqu'alors inhabitées et des déserts immenses; si, enfin, dans les villes et les cités, les bourgs et les hameaux, dans les champs mêmes et les habitations isolées , le mépris des biens terrestres et l'attachement au vrai Dieu sont en honneur au point que chaque jour, dans le monde entier, le genre humain répond comme de concert « qu'il élève son coeur vers Dieu (1) : » pourquoi rester encore indifférents devant ces infamies d'hier, et chercher les divins oracles dans des entrailles sans vie ? Pourquoi, lorsque nous discutons, avoir sans cesse à la bouche le nom de Platon, plutôt que de remplir nos coeurs de la vérité ?

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CHAPITRE IV. COMBIEN SONT DIGNES DE MéPRIS LES PHILOSOPHES QUI N'EMBRASSENT PAS LA VRAIE RELIGION.

6. Il est des hommes qui regardent comme chose vaine ou dangereuse le mépris de ce monde visible et la nécessité de sanctifier son âme, en la soumettant au joug du Dieu tout-puissant ; il faut les réfuter d'une autre manière, si toutefois on peut leur accorder l'honneur de la discussion. Pour ceux qui jugent cette conduite borine et digne de nos efforts , qu'ils apprennent à connaître Dieu, et cessent

1. Canon de la messe.

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de résister à ce Dieu qui a fait accepter aux peuples toutes ces vérités. Ils le feraient s'il y avait en eux quelques ressources pour le bien; et en s'y refusant, ils ne peuvent échapper au reproche de n'écouter que leur orgueil. Qu'ils se soumettent donc à celui qui a accompli ce prodige, et qu'une curiosité insensée, ou l'étalage d'une vaine science ne les empêchent pas de découvrir quelle différence il y a entre les timides opinions de quelques hommes et le salut manifeste ainsi que l'amendement de peuples entiers. Car si ces anciens philosophes, dont ils répètent les noms avec complaisance, venaient à revivre; s'ils voyaient les églises fréquentées et les temples déserts, l'humanité en masse mépriser les biens temporels et périssables pour répondre à la voix qui l'appelle, pour courir à l'espérance de l'éternelle vie, aux biens spirituels et intelligibles, ils diraient sans doute, s'ils étaient dignes de la réputation qu'on leur a faite : Voilà ce que nous n'avons pas osé enseigner aux hommes, et nous avons suivi leurs coutumes plutôt que nous ne les avons amenés à nos croyances et à nos désirs.

7. Si donc ces hommes pouvaient maintenant revenir à la vie, ils apprendraient quelle autorité dirige si facilement les hommes ; et en changeant quelques mots, quelques principes, ils deviendraient chrétiens, comme le sont devenus un si grand nombre de platoniciens de nos jours. Si au contraire , persistant dans leur orgueil et leur jalousie, ils ne reconnaissaient point et n'embrassaient point la vérité, comment pourraient-ils, avec leur âme fangeuse et souillée, prendre de nouveau leur essor vers ce qu'ils montraient comme le seul objet à désirer et à convoiter? Il est un troisième vice, celui de la curiosité à interroger les démons; c'est surtout ce vice qui éloigne du Christ et du salut les païens avec lesquels nous discutons aujourd'hui, mais ce vice est trop puéril et j'ignore si pour ces grands hommes il serait un obstacle.

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CHAPITRE V. OU CHERCHER LA VRAIE RELIGION?

8. Quelle que soit donc la jactance des philosophes, chacun peut comprendre qu'on ne saurait trouver la vraie religion parmi ceux qui assistaient aux mêmes sacrifices avec le peuple et enseignaient ensuite dans leurs écoles à ce même peuple des opinions diverses et contradictoires sur la nature des dieux et le souverain bien. L'enseignement chrétien n'eût-il fait disparaître que ce vice déplorable, on ne pourrait lui refuser les plus magnifiques éloges. En effet une foule de sectes, éloignées de la règle chrétienne, nous attestent qu'on n'admet point à la participation des saints mystères ceux qui ont et cherchent à communiquer des sentiments erronés sur Dieu le Père, sur son infinie Sagesse et sur le Don divin. Quand ceux dont nous condamnons les doctrines ne reçoivent pas même les sacrements avec nous, n'est-ce pas un moyen d'enseigner et de persuader, ce qui d'ailleurs est la source du salut, qu'il n'y a pas d'autre philosophie, c'est-à-dire d'autre amour de la sagesse, ni d'autre religion que la nôtre ?

9. Cette séparation est moins frappante dans ceux qui veulent avoir aussi des rites différents des nôtres, comme ces je ne sais qui que l'on nomme serpentins, comme les manichéens et plusieurs autres. On doit la remarquer et la faire remarquer davantage, dans ceux qui célèbrent les mêmes mystères que nous et qui sont exclus de la communion catholique et de la participation aux mêmes sacrements dans le sein de l'Eglise : parce qu'ils se sont écartés de nos croyances et ont obstinément défendu leurs erreurs plutôt que de les abjurer sans retour, ils ont mérité de recevoir des dénominations propres et de former des assemblées particulières qui les distinguent jusque dans leur culte réprouvé; tels sont les photiniens, les ariens et une foule d'autres. Quant aux schismatiques, c'est une autre question; ils pouvaient demeurer comme une paille inutile dans l'aire du Seigneur pour être vannés au dernier jour' ; mais emportés par le vent de leur orgueil , trop légers pour résister , ils se sont volontairement séparés de nous. Les juifs adorent comme nous le seul Dieu tout-puissant; mais ils n'attendent de lui que les biens temporels et visibles ; aussi, trop sûrs d'eux-mêmes, n'ont-ils pas voulu voir dans les Ecritures le peuple nouveau qui s'élevait du sein même de la faiblesse, et ils sont demeurés dans le vieil homme. Ainsi donc, ni la confusion du paganisme, ni les rognures de l'hérésie, ni la mollesse du schisme, ni l'aveuglement des Juifs ne peuvent nous enseigner la vraie religion ; on ne la trouve que chez les chrétiens

1. Matth. III, I2.

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appelés catholiques ou orthodoxes, c'est-à-dire gardiens de l'intégrité et disciples de la justice.

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CHAPITRE VI. ELLE FAIT SERVIR A SON DéVELOPPEMENT CEUX MêME QUI SONT éGARéS, ET CEUX QUI SE TROUVERAIENT INJUSTEMENT BANNIS DE SON SEIN.

10. Cette Eglise catholique,établie solidement et par tout l'univers, fait servir tous les hommes égarés à son propre développement et à leur amendement s'ils veulent s'éveiller. Ainsi le paganisme est le théâtre de son action , l'hérésie démontre la vérité de sa doctrine, le schisme en a prouvé l'immutabilité, le judaïsme en a fait ressortir la splendeur. Elle appelle les uns, retranche les autres, abandonne ceux-ci, devance ceux-là; mais elle donne à tous le moyen de recevoir la grâce divine soit pour les initier ou les rappeler au bien, les ramener à l'unité ou les y admettre. Pour ses enfants charnels, c'est-à-dire ceux qui ont une vie ou des sentiments tout charnels, elle les souffre comme on souffre dans l'aire la paille qui protège le bon grain, jusqu'à ce qu'ils soient dépouillés de cette grossière enveloppe.

Mais comme chacun, sur cette aire du Seigneur, est d'après son choix paille ou bon grain, l'Eglise tolère le péché jusqu'à ce qu'il soit publiquement dénoncé, ou l'erreur jusqu'à ce que le coupable la soutienne avec obstination. Quand ils sont bannis, les larmes de la pénitence les ramènent, ou bien, s'ils se laissent emporter au souffle trompeur d'une indépendance coupable, ils tombent dans l'infamie et réveillent notre vigilance; s'ils se séparent leur schisme exerce notre patience; enfin, s'ils forment de nouvelles hérésies, ils nous fournissent l'occasion de mieux comprendre la vérité. Voilà ce que produisent les chrétiens, esclaves de la chair, qui n'ont pu être convertis ni tolérés.

11. Souvent aussi la divine providence permet que, victimes des agitations séditieuses excitées par les hommes sensuels, des justes même soient exclus de l'assemblée des chrétiens. S'ils endurent patiemment ces outrages et ces injustices, sans vouloir troubler la paix de l'Eglise par les nouveautés du schisme ou de l'hérésie, ils montrent à tous avec quel dévouement véritable, quel amour sincère l'homme doit servir son Dieu. Ces chrétiens dévoués ont dessein de rentrer au port, quand le calme aura succédé à la tempête. S'ils ne le peuvent, soit parce que l'orage continue à gronder, soit parce qu'ils craignent que leur retour n'entretienne la tempête ou n'en excite de plus terrible, ils préfèrent pourvoir au salut des agitateurs qui les ont chassés: et sans réunir des assemblées secrètes, ils soutiennent jusqu'à la mort et confirment par leur témoignage la foi qu'ils savent prêchée dans l'Eglise catholique. Celui qui voit leurs secrets combats sait en secret couronner leur victoire. Cette situation semble rare dans l'Eglise, mais elle n'est pas sans exemple, elle se présente même plus fréquemment qu'on ne pourrait le croire. Ainsi tous les hommes et toutes leurs actions servent à l'accomplissement des desseins de la divine providence pour la sanctification des âmes et l'édification du peuple de Dieu.

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CHAPITRE VII. IL FAUT EMBRASSER LA RELIGION CATHOLIQUE. — QUELLES SONT LES PREMIèRES VéRITéS QU'ELLE ENSEIGNE.

12. J'ai promis il y a quelques années, bien cher Romanien, de te faire connaître mes convictions sur la religion véritable (1). Je ne puis aujourd'hui différer, ni résister plus longtemps à tes instantes prières, et l'amitié qui nous unit me force à mettre un terme à tes hésitations. Ne consulte donc ni les hommes qui n'ont point de philosophie dans la religion ou de religion dans la philosophie; ni ceux que de funestes erreurs ou quelques ressentiments ont entraînés loin de la règle et de la communion catholique; ni ceux qui ont fermé les yeux à la lumière des saintes Ecritures et à la grâce du peuple spirituel ou du Testament nouveau; j'ai parlé de tous aussi brièvement que j'ai pu. Il faut nous attacher à la religion chrétienne et à la communion de l'Eglise nommée catholique, non-seulement par ses enfants, mais encore par tous ses ennemis. En effet, qu'ils le veuillent ou non, les hérétiques eux-mêmes et les enfants du schisme, quand ils parlent non pas entre eux, mais avec les étrangers, n'appellent catholique que l'Eglise véritablement catholique. Ils ne seraient point compris

1. Ci-dess. Contre les Acad. liv. II, c. 3, n. 8.

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s'ils ne lui donnaient le nom que lui donne tout l'univers. 13. Pour embrasser cette religion, cherche avant tout à connaître l'histoire et la prédiction des bienfaits temporels accordés par la divine providence pour sauver le genre humain, le régénérer et le réformer pour l'éternelle vie. Une fois affermie dans la croyance, l'âme se purifie en conformant sa conduite aux préceptes divins; ainsi elle deviendra capable des biens spirituels qui ne sont ni du passé, ni de l'avenir, mais demeurent éternellement les mêmes, sans succession ni changement. Croyant alors en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, l'homme verra clairement que cette Trinité a donné à toute créature intelligente, à toute âme vivante, à tout objet matériel, son être et sa forme, et qu'elle dirige tout dans un ordre parfait. Je ne veux point dire qu'une partie du monde créé ait pour auteur Dieu le Père, une autre le Fils, une autre le Saint-Esprit; la création tout entière et chaque objet créé en particulier est l'œuvre du Père par le Fils, dans le don du Saint-Esprit. Car dans toute créature, qu'on la nomme essence, substance, nature, ou autrement, il y a trois propriétés à distinguer; elle existe, elle se distingue de toute autre créature, elle ne sort point de l'ordre universel.

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CHAPITRE VIII. FOI ET INTELLIGENCE. — UTILITé DES HéRéSIES.

14. Ces principes admis, l'homme comprendra suffisamment, autant du moins qu'il en est capable, combien sont nécessaires, justes et inévitables les lois imposées par Dieu, le souverain Maître, à toutes ses créatures. Grâce à lui, après avoir cru d'abord sur la parole de l'autorité, la vérité nous deviendra intelligible, soit qu'elle nous apparaisse avec les clartés de l'évidence, soit que nous en voyions la possibilité ou la nécessité. Et nous déplorerons la triste condition de ceux qui ne croient pas, et qui ont mieux aimé tourner en dérision, que de partager nos convictions. Lors en effet que l'on connaît l'éternité de la Trinité et l'inconstance de la créature; l'adorable incarnation, l'enfantement de la Vierge, la mort endurée par le Fils de Dieu pour les hommes, sa résurrection d'entre les morts, son ascension dans le ciel, son siège à la droite du Père, l'abolition du péché, le jugement suprême et la résurrection des corps ne sont pas seulement des dogmes de foi; on y voit éclater la miséricorde que déploie le Dieu suprême envers le genre humain.

15. Mais puisqu'il a été dit avec pleine vérité

: « Il faut qu'il y ait beaucoup d'hérésies afin qu'on reconnaisse ceux dont la vertu est éprouvée (1), » nous tirerons un autre avantage de ce nouveau bienfait de la Providence. Les hérétiques sont pris dans les rangs de ces hommes qui eussent également embrassé l'erreur tout en demeurant dans l'Eglise. Mais séparés de nous ils peuvent nous être plus utiles, non pas en enseignant la vérité, car ils l'ignorent, mais en encourageant les hommes charnels à chercher la vérité, et les spirituels à en découvrir tous les secrets. Il y a en effet dans l'Eglise une foule d'hommes dont Dieu a éprouvé la vertu; ils demeurent ignorés parmi nous tant que, séduits par l'aveuglement et l'ignorance, nous préférons dormir plutôt que de chercher à contempler les splendeurs de la lumière. Aussi beaucoup, pour voir le jour du Seigneur et s'en réjouir, sont réveillés de ce sommeil par les hérétiques. Donc servons-nous de ces hérétiques, non pour approuver leurs égarements, mais pour écarter de l'enseignement catholique leurs perfides erreurs, pour devenir plus vigilants et plus prudents, quand même nous ne pourrions le ramener dans la bonne voie.

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CHAPITRE IX. C'EST SURTOUT CONTRE LES MANICHéENS QUE CET éCRIT EST DIRIGé; COURT EXPOSé DE LEURS ERREURS.

16. Je l'espère de la bonté divine, cet écrit inspiré par la piété, lu par les hommes vertueux, ne sera pas exclusivement dirigé contre une seule erreur; mais il attaquera à la fois toutes les fausses doctrines, toutes les opinions dangereuses. Il est néanmoins destiné avant tout à réfuter ceux qui prétendent que deux natures ou deux substances, issues chacune d'un principe opposé, sont en lutte continuelle. Le monde leur a présenté des œuvres qu'ils approuvent, d'autres qu'ils condamnent; ils attribuent à Dieu tout ce qui est bien et rien

1. I Cor. XI, 19.

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de ce qui leur paraît condamnable. Et comme ils ne peuvent renoncer à leurs coupables habitudes, retenus qu'ils sont par les liens de la volupté, ils prétendent que deux âmes habitent le même corps : l'une de Dieu, conforme dans sa nature à celle de son auteur; l'autre, de la puissance des ténèbres. Dieu ne l'a point engendrée, ni créée, ni produite à la lumière, ni rejetée. Elle avait une vie propre, une terre, des productions, des animaux, un empire enfin et un principe inné. Cette âme se révolta contre Dieu, et dans l'impuissance de créer rien autre chose, et de résister autrement à cet ennemi , Dieu fut contraint d'envoyer près d'elle l'âme bonne, et une portion de sa propre substance. Ce mélange, d'après les rêveries de ces insensés, calma l'ennemi et servit à la formation du monde.

17. Notre but n'est point de les réfuter maintenant; nous l'avons déjà fait, et plus tard nous continuerons de le faire, avec l'aide de Dieu : nous voulons démontrer dans cet ouvrage, selon la mesure de nos forces et par les raisons que Dieu daigne nous suggérer, que la foi catholique n'a rien à craindre de leurs attaques et que le coeur ne doit pas trembler devant les motifs qui ont déterminé d'autres hommes à embrasser leurs sentiments. Pour toi, qui connais les dispositions de mon âme, retiens ceci et ne crois pas que je le dise avec cette espèce de solennité pour éviter le reproche d'une vaine prétention : si quelques erreurs se glissent dans cet ouvrage, c'est à moi seul qu'il faut les attribuer; si, au contraire, la vérité s'y trouve convenablement exposée, j'en suis redevable à Dieu seul, l'auteur de tous les dons.

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CHAPITRE X. CE QUI NOUS DéTACHE DE DIEU; CE QUI NOUS RAMèNE A LUI.

18. Tiens pour manifeste et pour acquis qu'il n'aurait jamais pu y avoir d'erreur dans la religion, si l'âme ne rendait les honneurs divins à l'âme, au corps ou à ses imaginations (1), ou à deux de ces objets réunis, ou bien à tous simultanément; car alors se conformant sans détour aux besoins de la société humaine pour le temps de la vie présente, l'homme nourrirait sa pensée des biens éternels, et servirait

1. I Rétract. ch. 13, n. 2.

son Dieu. Si ce Dieu ne demeurait immuable, aucune créature muable ne pourrait subsister. Or l'âme peut changer, non dans l'espace, mais dans le temps; c'est ce que reconnaît chacun d'après ses propres impressions. Tous aussi peuvent remarquer facilement que le corps peut se modifier et dans le temps et dans l'espace. Pour nos imaginations, elles ne sont que des images imprimées par les corps et reçues par nos sens; nous pouvons aisément, dès que nous les avons perçues, les confier à la mémoire, les diviser ou les multiplier, les resserrer ou les étendre, les coordonner ou les confondre, leur faire subir enfin toute autre modification; mais lorsque nous cherchons la vérité, il nous est bien difficile d'éviter leur fâcheuse influence.

19. Ne servons donc pas la créature de préférence au Créateur et ne nous perdons pas dans la vanité de nos pensées, voilà la religion parfaite (1). Car si nous nous attachons à notre éternel Créateur, nous participerons nécessairement à l'éternité. Mais comment l'âme accablée et appesantie sous le poids de ses fautes pourra-t-elle reconnaître par elle-même cette vérité et y conformer sa vie, si entr'elle et les biens du ciel aucun degré n'aide l'homme à s'élever de cette vie terrestre à la ressemblance de Dieu ? Aussi Dieu lui-même nous a secourus avec son infinie miséricorde, et pour nous rappeler notre première origine et nos perfections primitives, il emploie la créature muable, mais soumise aux lois éternelles, au service de chaque homme en particulier et du genre humain tout entier. Telle est de nos jours la religion chrétienne dont la connaissance et la profession fait la certitude et la sécurité du salut.

20. Il y a plusieurs manières de la défendre contre les téméraires discoureurs et de la faire connaître à ceux qui la recherchent; le Tout-Puissant en démontre lui-même la vérité, il en donne l'intelligence aux âmes de bonne volonté, par le ministère des anges et de quelques hommes. Or chacun emploie le mode le plus à la portée de ceux qui l'entourent; et après avoir longtemps et sérieusement examiné quels hommes j'ai vus outrager la vérité, quels autres chercher à la découvrir, ou plutôt ce que j'étais moi-même lorsque je la poursuivais de mes aboiements ou de mon amour, j'ai pensé devoir procéder de la manière suivante. Ce qui te paraît certain, crois-le fermement

1. I Rétract. ch. 13, n. 3.

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et l'attribue à l'église catholique; rejette ce qui est faux et pardonne-le à ma faiblesse humaine. Crois aussi ce qui est douteux, jusqu'à ce que la raison te démontre ou l'autorité t'enseigne qu'il faut le rejeter, ou que c'est la vérité, ou qu'il faut toujours y ajouter foi. Applique-toi donc à ce qui va suivre avec tout le soin et toute la piété possible, avec une pieuse attention, car Dieu aide ceux qui sont tels (1).

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CHAPITRE XI. TOUTE VIE VIENT DE DIEU. — LE CRIME EST LA MORT DE L’âME.

21. Rien ne vit que par Dieu, car il est la vie par excellence, la source même de la vie; et nulle vie n'est un mal en tant que vie, mais seulement en tant qu'elle court à la mort. Or la vie ne meurt que par l'iniquité nequitia, ainsi appelée de ce qu'elle n'est rien ne quidquam. Aussi les hommes les plus pervers sont-ils appelés des hommes de rien. Par conséquent lorsque la vie s'éloigne volontairement de son Créateur et que renonçant à la contemplation de sa divine essence, elle veut secouer le joug de ses lois et jouir des créatures corporelles au-dessus desquelles Dieu l'a placée, alors commence pour elle le néant : nihilum, nequitia. Non que le corps n'existe plus, il y a encore entre ses différentes parties une harmonie sans laquelle il ne pourrait subsister. Ainsi il a été créé par l'auteur même de toute harmonie. Il y a dans sa forme une paix sans laquelle il n'existerait sûrement pas ; il est donc l'ouvrage de Celui qui est le principe de toute paix, forme incréée et modèle de toute forme. Chaque corps a une beauté propre sans laquelle il ne pourrait être un corps; et si l'on veut savoir qui l'a ainsi distingué, cherchons le plus beau de tous les êtres, Celui de qui vient toute beauté. Or quel est cet Etre, sinon le Dieu unique, l'unique vérité, l'unique salut de tous, la première et souveraine essence de qui procède toute existence réelle, car toute existence est bonne, considérée comme existence.

22. La mort ne vient donc point de Dieu. « Il n'a point fait la mort et sa joie n'est point dans la perte des vivants (2). » Essence souveraine il a donné l'être à tout ce qui est; de là

1. I Rétract, ch. 13. n. 4. — 2. Sag. I, 13.

même ce mot essence. La mort, au contraire, pousse à n'être pas ce qui meurt, en tant qu'il meurt. Si les êtres qui meurent périssaient tout entiers, ils seraient complètement réduits au néant; mais ils meurent d'autant plus qu'ils participent moins à l'existence, ou, pourparler plus brièvement, ils meurent d'autant plus qu'ils sont moins. Or le corps est inférieur à la vie quelle qu'elle soit, parce que le peu qu'il conserve de ses traits il le doit à la vie, soit à celle qui anime chaque être vivant, soit à celle qui est répandue dans la nature tout entière. Le corps est donc plus soumis à la mort, aussi est-il plus voisin du néant. C'est pourquoi, la vie, qui se laisse séduire parles jouissances du corps et qui abandonne Dieu, court au néant c'est le crime par excellence : nequitia.

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CHAPITRE XII. CHUTE ET RéPARATION DE L'HOMME TOUT ENTIER.

23. Ainsi la vie devient charnelle et terrestre, ce qui la fait désigner aussi sous les noms de chair et de terre : tant qu'elle sera telle jamais l'âme ne pourra prétendre au royaume céleste, l'objet même de ses affections lui sera enlevé. Elle aime, en effet, ce qui est inférieur à la vie, la matière qui devient corruptible en punition du péché même, et, eu répandant ainsi ses affections, elle abandonne Celui qui l'aime. N'est-ce point pour un amour semblable que le premier homme abandonna Dieu? Car il négligea le commandement de Celui qui lui disait : Mange de ce fruit et non de cet autre'. Il est donc entraîné vers son châtiment, car puisqu'il aime les objets de classe inférieure, l'ordre lui assigne sa place dans les enfers avec la soif de ses plaisirs et toutes les douleurs. Qu'est-ce, en effet, que la douleur du corps, sinon l'altération soudaine de la santé dans les organes par la faute de l'âme qui en a fait un usage coupable? Et la douleur de l'âme est-elle autre chose que la privation des créatures périssables dont elle jouissait ou dont elle espérait jouir? Ainsi s'explique l'existence de tout ce qu'on appelle mal, c'est-à-dire du péché et de la peine du péché. 24. Si, au contraire, dans le cours de la vie humaine, l'âme surmonte ses passions après les avoir nourries contre elle-même en s'attachant aux jouissances mortelles, et que pour

1. Gen. II, 16, 17.

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les dompter elle se confie en la grâce de Dieu, le servant en esprit et avec bonne volonté, pour elle viendra sans aucun doute le moment de la régénération; réformée par la sagesse que rien n'a formée et qui a tout ordonné, elle quittera les biens muables pour se rattacher au seul Etre immuable, et jouira de Dieu par l'Esprit-Saint, qui est lui-même le don de Dieu. Ainsi l'homme devient cet homme spirituel qui juge tout et n'est jugé de personne (1), qui aime le Seigneur son Dieu, de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces; qui aime aussi son prochain, non pas d'un amour sensuel, mais comme il s'aime lui-même. Or il s'aime lui-même spirituellement, puisqu'il aime Dieu de tout ce qui vit en lui. Ces deux commandements renferment toute la Loi et les Prophètes (2).

25. De là il suit, qu'après avoir subi la mort due au premier péché, le corps sera, dans le temps et dans l'ordre convenable, rendu à sa stabilité première (3), non par lui-même, mais avec le secours de l'âme affermie en Dieu. Celle-ci, à son tour, ne trouve point en elle-même sa stabilité, elle la trouve en Dieu dont elle jouit. Aussi surpassera-t-elle le corps en vigueur. Le corps, en effet, recevra sa vigueur de l'âme, tandis que l'âme la recevra de l'immuable Vérité, c'est-à-dire du Fils unique de Dieu. Ainsi la vie nouvelle sera donnée au corps lui-même par le Fils de Dieu, du reste tout est par lui. Quant au don qui se communique à l'âme, c'est-à-dire quant à l'Esprit-Saint, il n'est pas seulement pour elle le salut, la paix et la sanctification, il sera aussi la vie du corps et lui donnera toute la pureté dont est capable cette nature. Ne dit-il pas lui-même : « Purifiez d'abord l'intérieur et ce qui est dehors sera également pur (4) ? » L'Apôtre dit aussi : « Il rendra la vie à vos corps mortels, à cause de l'Esprit qui demeure en vous (5). » Ainsi donc, le péché une fois détruit, la peine du péché disparaîtra aussi. Où est le mal? « O mort ! où est ton triomphe? O mort ! où est ton aiguillon? » L'être a vaincu le néant, et de cette sorte la mort sera abîmée dans sa victoire (6).

1. I Cor. II, 15. — 2. Matth. XXII, 27. — 3. I Rétract. ch. 13, n. 4. — 4. Matth. XXIII, 26. — 5. Rom. VIII, 11. — 6. I Cor. XV, 54, 55.

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CHAPITRE XIII. LES BONS ANGES ET LES ANGES MAUVAIS.

26. Les âmes ainsi purifiées ne doivent plus craindre le mauvais ange appelé aussi démon. Car lui-même n'est point mauvais comme ange, mais comme perverti par sa volonté propre. Il faut reconnaître en effet que par leur nature les anges peuvent changer, puisque Dieu seul est immuable; mais par leur volonté, en aimant Dieu plus qu'eux-mêmes, ils demeurent en lui fermes et inébranlables, et en lui restant délicieusement et uniquement soumis, ils jouissent de sa majesté. Le mauvais ange au contraire, en s'aimant plus que Dieu, lui a refusé l'obéissance; il s'est enflé d'orgueil, s'est éloigné de l'Etre souverain et il est tombé. Aussi est-il moins qu'il n'était, pour avoir voulu s'attacher à ce qui était moins, en cherchant à s'appuyer sur sa propre puissance plutôt que sur celle de Dieu. Il ne possédait point l'être souverain, mais il était davantage quand il jouissait du souverain Etre, de Dieu seul. Or tout ce qui est moins qu'il n'était est mauvais, non pas en tant qu'être, mais en tant qu'être amoindri, car en tant qu'amoindri il incline vers la mort. Pourquoi s'étonner que l'amoindrissement engendre la pauvreté, et que la pauvreté engendre l'envie qui a donné au démon toute sa perversité ?

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CHAPITRE XIV. LE PéCHé VIENT DU LIBRE ARBITRE.

27. Si cet amoindrissement qui constitue le péché tombait sur nous et malgré nous, comme la maladie, nous pourrions croire injuste la peine qui poursuit le pécheur, et que l'on nomme damnation. Telle est au contraire la nature du péché, qu'il cesse d'être péché, s'il n'est pas volontaire (1), principe d'une telle évidence , que le petit nombre des savants et la foule des ignorants l'adoptent sans opposition. Il faut donc ou nier l'existence du péché ou reconnaître que la volonté le commet. Or comment nier que l'âme puisse pécher, quand on reconnaît qu'elle se purine par la pénitence, et que son repentir lui mérite le pardon,

1. I Rétract. ch. 13, n. 5.

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et qu'en persévérant dans ses fautes elle est justement condamnée par la loi de Dieu? Enfin si nous pouvons pécher sans le vouloir, il ne faut plus adresser ni reproches, ni avertissements; or en les supprimant on supprime aussi la loi chrétienne et tous les préceptes qu'elle impose. C'est donc la volonté qui fait le péché, et comme l'existence du péché est indubitable, je puis affirmer avec la même certitude que l'âme est douée du libre arbitre. Dieu a voulu, comme plus distingués, des serviteurs qui lui fussent librement soumis, ce qui serait impossible s'ils lui obéissaient nécessairement et non pas volontairement.

28. Les bons anges servent donc le Seigneur avec liberté; c'est à eux, non pas à Dieu qu'en revient l'avantage. Car Dieu étant par lui-même n'a besoin de personne: ce qu'il engendre est de même nature, parce qu'il l'a engendré, et non pas créé. Mais ce qu'il a créé a besoin de lui, de lui, le seul bien suprême, la souveraine essence. Ces créatures sont moins qu'elles n'étaient quand, en péchant, elles le recherchent moins. Elles n'en sont pas néanmoins complètement séparées, sans quoi elles seraient entièrement anéanties. Or, les sentiments sont à l'âme ce que la distance est au corps. L'âme se meut par la volonté, et le corps dans l'espace. Par conséquent lorsque, comme on l'enseigne , le mauvais ange entraîne l'homme, celui-ci donne son libre consentement, et s'il eût agi par nécessité il ne serait coupable d'aucune faute.

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CHAPITRE XV. LA PEINE DU PéCHé NOUS APPREND A DEVENIR MEILLEURS.

29. Si le corps de l'homme, absolument parfait dans son genre avant le péché, a été depuis condamné à la faiblesse et à la mort, ce châtiment, tout juste qu'il soit, fait encore mieux ressortir la clémence du Seigneur que sa sévérité. Il nous apprend en effet qu'il faut renoncer aux voluptés charnelles et reporter notre amour vers Celui qui est et sera l'éternelle vérité. Voyez comme s'allient ici la beauté de la justice et la grâce de la miséricorde ! La douceur des biens intérieurs nous a séduits, l'amertume du châtiment nous détrompera. La divine providence a su adoucir la rigueur de nos peines, et nous pouvons dans ce corps si fragile chercher encore la justice, dompter notre orgueil, nous soumettre au joug de Dieu seul , nous défier absolument de nous et nous confier uniquement à sa direction et à sa protection suprêmes. Ainsi conduit par Dieu, l'homme de bonne volonté sait puiser la force au sein même des misères de la vie; il éprouve et affermit en lui la tempérance au sein des jouissances et de la prospérité de ce monde; sa prudence est tenue en éveil par les tentations pour en éviter les piéges ; il devient même au milieu d'elles plus actif et plus ardent pour la vérité qui seule n'égare jamais.

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CHAPITRE XVI. BIENFAITS IMMENSES DE L'INCARNATION DU VERBE.

30. Dieu, pour guérir nos âmes, varie ses moyens et les proportionne au temps que règle son admirable sagesse. Mais il ne faut pas parler de ces moyens; ou bien il le faut faire devant des hommes pieux et parfaits. Disons toutefois que cette prévoyante bonté pour le salut des hommes se montra sans mesure, lorsque la Sagesse de Dieu, c'est-à-dire le Fils unique consubstantiel et coéternel au Père, daigna s'unir personnellement à l'homme tout entier. « Et « le Verbe se fit chair et il habita parmi nous (1). » Ainsi les hommes charnels, esclaves de leurs sens et incapables de contempler la vérité, ont pu comprendre quel rang distingué parmi les créatures occupe la nature humaine. Non content de se rendre visible, comme il le pouvait dans un corps subtil et aérien , accessible à notre regard, il s'est manifesté aux hommes en se faisant véritablement homme: il convenait en effet qu'il revêtit la nature qu'il devait racheter, et afin que ni l'un ni l'autre sexe ne se crût rejeté de Dieu, il se fit homme et voulut naître d'une femme.

31. Il n'eut point recours à la violence, mais uniquement aux sages conseils et aux moyens de persuasion (2). Le temps de l'antique servitude était passé; le jour de la liberté avait lui, et l'heure favorable était venue démontrer à l'homme pour son salut, comment Dieu l'avait créé libre. Les miracles révélèrent en lui le Dieu qu'il était et ses souffrances l'homme qu'il s'était uni. Quand il parle en Dieu, il ne connaît pas même sa mère qu'on lui annonce (3);

1. Jean, I, 14. — 2. I Rétract. ch. 13, n. 6. — 3. Matth. XII,

48.

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et cependant, nous dit l'Evangile, il était dans son enfance soumis à ses parents (1). C'est un Dieu quand il prêche sa doctrine; on voit l'homme en lui par la succession des années. Veut-il comme Dieu , changer l'eau en vin, il ajoute : « Femme, retire-toi de moi ; qu'y a-t-il entre toi et moi ? mon heure n'est pas encore venue (2). » Et quand cette heure fut venue, quand il dut mourir comme homme, reconnaissant sa mère, du haut de la croix, il la conta au disciple bien-aimé (3).

Les peuples avaient le malheur de convoiter les richesses, escorte obligée des plaisirs ; il voulut être pauvre. On se disputait les honneurs, les commandements; il refusa d'être roi. Une postérité charnelle était partout un bien vanté; il méprisa une telle union , une semblable postérité. On repoussait avec orgueil les outrages ; il les endura tous. L'injustice semblait - intolérable ; quelle injustice plus criante que de voir le juste, l'innocent condamné ? La douleur corporelle était abhorrée; il fut flagellé, crucifié. On redoutait la mort; il la subit. La mort la plus ignominieuse Semblait celle de la croix ; il fut crucifié. Tout ce que nous recherchions dans notre vie d'iniquité, il s'en priva pour le rendre méprisable. Tout ce,, que nous voulions éviter en fuyant la vérité, il le souffrit et le foula aux pieds;

car on ne saurait commettre aucun péché qu'en recherchant ce qu'il a méprisé ou en voulant fuir ce qu'il a supporté.

32. Ainsi toute la vie qu'il a menée sur la terre avec l'humanité dont il a daigné se revêtir, est la règle des mœurs.

Quant à sa résurrection d'entre les morts, elle montre suffisamment que rien ne périt dans la nature de l'homme, puisqu'en lui tout est sauvé par Dieu : tout sert entre les mains du Créateur, soit au châtiment du péché, soit au salut du pécheur;

et cependant le corps obéit à l'âme sans contrainte, quand celle-ci est soumise à Dieu. Dans ces heureuses conditions, non-seulement aucune nature n'est essentiellement mauvaise, ce qui d'ailleurs est impossible; mais le mal ne peut même l'atteindre, puisqu'il est la suite du péché et son châtiment. Telle est la partie naturelle (4)

4. Les anciens avaient divisé la philosophie en trois parties, savoir la philosophie naturelle, la philosophie morale et la philosophie rationnelle. Saint Augustin fait allusion à cette triple division. Au n 32 il a présenté la partie morale du Christianisme, dans celui-ci, il en indique comme la partie naturelle, il réserve au chapitre suivant la partie rationnelle.

de l'enseignement : les chrétiens incapables de raisonner doivent y croire sans hésiter; les plus intelligents la trouveront pure de toute erreur.

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CHAPITRE XVII. L'ENSEIGNEMENT DE LA VRAIE RELIGION EST CONTENU AVEC UN ENCHAîNEMENT PARFAIT DANS L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT.

33. Si maintenant nous voulons examiner le mode d'enseignement lui-même, il est tantôt fort clair et tantôt orné de figures empruntées aux paroles, aux actions, aux mystères, toujours propres à éclairer et à exercer l'âme. Cela n'est-il pas conforme aux règles de l'enseignement rationnel? Toujours l'exposé des mystères se rattache à des vérités plus clairement énoncées. Si d'ailleurs tout y était facile à comprendre, il n'y aurait ni zèle à chercher la vérité, ni charme à la découvrir. Et s'il y avait des mystères dans les Ecritures, mais que ces mystères ne fussent point des signes de vérité, il n'y aurait point harmonie suffisante entre l'action et la connaissance. La piété commence par la crainte et se perfectionne dans la charité; voilà pourquoi le peuple de l'ancienne servitude vivant sous la loi de crainte était soumis à une foule de cérémonies mystérieuses : il le fallait, pour faire mieux désirer la grâce de Dieu, dont les prophètes célébraient l'avènement futur. A son apparition, c'est-à-dire lorsque la Sagesse de Dieu se faisant homme, nous appela à la liberté, peu de rites sacrés furent institués, mais tous conservent librement unie à son Dieu la société du peuple chrétien. Quant à ceux qui avaient été imposés au peuple hébreu et qui tenaient cette nation attachée par la crainte au même Dieu, il en est beaucoup d'abrogés pour la pratique; le souvenir en a été seulement conservé pour expliquer nos croyances. Aujourd'hui donc ils n'enchaînent plus des esclaves; ils exercent librement l'esprit.

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