Histoire ecclésiastique

Théodoret de Cyr · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/theodoret · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DE THEODORET

HISTOIRE de L'ÉGLISE

Écrite par Théodoret.

LIVRE PREMIER.

CHAPITRE PREMIER.

Dessein de cet Ouvrage. QUAND les Peintres représentent d'anciennes Histoires dans leurs Tableaux, ils forment un des plus agréables spectacles, qui puisse être exposé aux yeux hommes, et conservent la mémoire des 96 choses passées. Mais les Historiens la rendent beaucoup plus stable et plus durable dans leurs Ouvrages, où au lieu de table d'attente, ils n'ont que du papier, et au lieu de couleurs, ils n'emploient que les ornements de leur Eloquence. Le temps détruit ce que la peinture peut faire de plus merveilleux, et c'est pour cela que j'ai entrepris d'écrire ce qui a été omis par ceux qui ont travaillé avant moi à l'Histoire de l'Eglise, de peur que tant d'actions si éclatantes, et si dignes d'être sues ne demeuraient ensevelies dans l'oubli. Quelques-uns de mes amis m'ont souvent exhorté à faire cette entreprise. Mais quand j'en considérais le poids, et que je le comparais avec le peu que j'ai de forces, j'appréhendais de m'en charger. Je m'en suis chargé pourtant par la constance que j'ai en la bonté de l'Auteur de tous les biens. Eusèbe Evêque de Césarée en Palestine, a écrit ce qui est arrivé de plus considérable dans l'Eglise, depuis le temps des Apôtres jusques au règne de Constantin, ce Prince si chéri de Dieu. La fin de son Ouvrage sera le commencement du mien.

CHAPITRE II.

Origine de l'erreur des Ariens. LORSQUE Maxence, Maximin, et Licinius ces Tyrans impies, eurent été enlevés du monde, on vit cesser les troubles qui avaient été excités dans l'Eglise par leur fureur, comme par un vent impétueux, et elle commença à jouir d'une paix solide, et durable, qui lui fut procurée par Constantin, ce Prince qu'on ne saurait assez louer, et qui avait été établi pour cet effet sur e trône, non par la volonté des hommes, ni par

97 le moyen d'un homme, mais par l'ordre de Dieu, comme le divin Apôtre. Il fit des lois pour défendre de sacrifier aux Idoles, et pour permettre de bâtir des Eglises. Il donna les Gouvernements à des Chrétiens, commanda d'honorer les Prêtres, et ordonna que ceux qui entreprendraient de les outrager seraient punis du dernier supplice. On commença à l'heure-même à relever d'un côté les Eglises qui avaient été abattues, et à en bâtir d'un autre de plus grandes et de plus magnifiques, que les anciennes. Ainsi l'état de la Religion Chrétienne était plein de prospérité et de joie, au lieu que le Paganisme était dans la tristesse et dans la consternation. Les temples des Idoles étaient fermés, et les Eglises étaient ouvertes. Les Chrétiens s'y assemblaient fort souvent pour y célébrer les Fêtes. Mais la jalousie du démon ne pouvant souffrir le bonheur de l'Eglise, il entreprit de faire périr ce vaisseau qui est gouverné par le Créateur du monde. Quand il vit que les artifices étaient découverts, que l'erreur de l'Idolâtrie était reconnue, et que la plupart des hommes rendaient leurs hommages au Créateur, au lieu Je les rendre comme auparavant à des créatures, il n'osa entreprendre une guerre ouverte contre notre Dieu et notre Sauveur ; mais ayant trouvé des personnes, qui bien qu'ils eussent l'honneur de porter le nom de Chrétiens ne laissaient pas d'être esclaves de l'ambition et de la vaine gloire, il crut qu'ils étaient fort propres à l'exécution de ses desseins, et se servir d'eux pour engager les autres de nouveau dans l'erreur, non en leur proposant comme autrefois des créatures, qui fussent l'objet de leur culte, mais en tâchant de réduire le Créateur au rang de ces créatures. Je dirai en quel endroit, et de quelle sorte il commença à jeter les semences de la fausse doctrine et de la discorde.

98.

LA Ville d'Alexandrie était fort grande, et fort peuplée, elle est aussi la Métropole non seulement de l'Egypte, mais encore de la Thébaïde et de la Libye voisine de l'Egypte. Achillas en gouverna l'Eglise durant quelque temps , après que Pierre cet illustre défenseur de nôtre Religion, eût surmonté par sa foi la cruauté des tyrans, et eût été honoré de la couronne du martyre, il eut pour successeur Alexandre, qui soutint si constamment la vérité de la doctrine de l'Eglise.

Arius qui était en ce temps là Prêtre de la même Eglise, et qui expliquait l'Ecriture sainte, ne pouvant voir sans jalousie Alexandre sur le trône, chercha contre lui des sujets de contestations et de disputes. Il reconnaissait que la vertu de cet Évêque était au dessus de la médisance, et ne pouvait pourtant demeurer en repos. L'ennemi de la vérité se. servit de lui pour troubler la paix des Fidèles, et lui persuada de combattre la doctrine Apostolique d'Alexandre, qui suivant le témoignage des Auteurs sacrés, disait qu'on doit rendre au Fils de Dieu un honneur égal à celui qu'on rend à son Père, et qu'ils ont tous deux la même substance. Arius ayant entrepris de combattre la vérité, il soutint au contraire, qu'il n'était qu'une créature, qu'il y avait eu un temps auquel il n'était point, et avança d'autres propositions, qu'on peut voir dont les Ouvrages. Il ne se contenta pas de les publier dans l'Eglise, il les répéta dans des assemblées particulières, et courut de maison en maison pour attirer quelqu'un à son sentiment. Alexandre qui était très-attaché à la doctrine des Apôtres, fit ce qu'il pût par la force de ses raisons, et par la sagesse de ses conseils pour le retirer de l'erreur. Mais quand il eut reconnu qu'il était monté à cet excès de folie que de publier son impiété, il le retrancha du nombre des Prêtres, suivant ce précepte de la Loi de Dieu ; Si votre œil

99 droit vous est un sujet de scandale et de chute, arrachez-le, et jetez-le loin de vous.

CHAPITRE III.

Evêques des principales Églises.

L'EGLISE de Rome était alors gouvernée par Silvestre, qui avait succédé à Miltiade, et Miltiade avait succédé lui-même à Marcellin, qui s'était rendu si célèbre durant la persécution. Vital ayant pris la conduite de celle d'Antioche, aussitôt que la paix lui eut été rendue, après la mort du tyran, et avait commencé à réparer les ruines que la persécution avait causées. Philogone qui lui succéda, mit la dernière main à cet Ouvrage, et signala sous le règne de Licinius, son zèle pour la vérité de notre Religion. Macaire homme digne de son nom, et orné de toutes sortes de vertus, s'acquittait dans Jérusalem avec un soin exemplaire de la charge pastorale, qui lui avait été confiée après la mort d'Hermonas. Alexandre, Prélat animé du même esprit, qui avait autrefois rendu les Apôtres de dignes Prédicateurs de l'Evangile avait été élevé au même ministère dans l'Eglise de Constantinople. Alexandre Evêque d'Alexandrie ayant donc alors reconnu qu'Arius était possédé par un désir excessif de commander, faisait des assemblées particulières, où il débitait sa mauvaise doctrine à ceux qu'il avait séduits, en donna avis aux autres Evêques. J'insérerai ici la lettre qu'il écrivit à Alexandre Évêque de Constantinople., et où il lui fit un récit a»« de toute l'affaire, de peur qu'on ne m'accuse d'inventer ce que j'en rapporte. J'insérerai ensuite une lettre d'Arius, et quelques autres qui 100 peuvent servir de preuve à cette Histoire. Voici la première.

CHAPITRE IV.

Lettre d'Alexandre Evêque d'Alexandrie, à Alexandre Evêque de Constantinople.

Alexandre à Alexandre son frère, avec qui il est lié par le nœud de la charité, et sur l'uniformité de la. doctrine : Salut en Notre-Seigneur.

« LA passion que les méchants ont de devenir riches, et de commander, les porte à rechercher le gouvernement des grandes Eglises, et d'attaquer la Religion sous divers prétextes. Etant agités par le démon qui les possède, ils renoncent à la piété, et mettent sous les pieds la crainte des jugements de Dieu. Le mal qu'ils me font, m'oblige à vous en donner avis, afin que vous les évitiez, et que vous ne permettiez pas que ni eux, ni ceux de leur secte s'approchent de vos Diocèses. Ce sont des imposteurs qui usent d'adresse pour tromper, et qui composent des lettres artificieuses, et remplies de mensonges, par lequel les simples peuvent être aisément surpris. Arius et Achiillas ont depuis peu conjuré ensemble, et ayant imité l'ambition de Collutus, ils sont devenus plus méchants que lui. Ce Collutus les condamne, et pour lui il avait quelque prétexte, dont il couvrait l'impiété de son entreprise. Quand ils ont vu le gain qu'il avait fait à vendre des Ordinations, ils n'ont pu demeurer soumis à l'Eglise, mais ont bâti des cavernes de voleurs, où ils se retirent, et où ils inventent jour et nuit des calomnies contre le

101 Sauveur et contre nous. Ils condamnent toute la doctrine des Apôtres, et ayant conspiré à la façon des Juifs contre le Sauveur, ils nient sa Divinité, et publient qu'il n'a rien au dessus du reste des hommes. Ils amassent avec soin tous les passages, où il est parlé du mystère de son Incarnation, et de la bonté qu'il a eue de s'abaisser pour notre salut, et s'en servent pour appuyer leur impiété, et éludent tous ceux où il est parlé de sa Divinité et de la gloire qu'il possède dans le sein de son père. Ils confirment les opinions désavantageuses que les Grecs et les Juifs ont conçues de Jésus-Christ, en supposant comme vrai dans notre Religion tout ce qui est le sujet le plus ordinaire de la raillerie de ces peuples. Ils excitent chaque jour des séditions et des persécutions contre nous, et nous traduisent devant les tribunaux par le moyen de certaines femmes déréglées qu'ils ont séduites. Ils déshonorent la Religion Chrétienne par la liberté qu'ils donnent à de jeunes femmes de courir par les rues. Ils ont la hardiesse de déchirer la robe du Sauveur, que ses bourreaux n'avaient pas voulu partager entre eux. Dès que nous avons connu le dérèglement de leur vie, et l'impiété de leur doctrine, bien que nous ne les ayons connus que trop tard, à cause du soin qu'ils ont pris de les cacher, nous les avons chassés tout d'une voix de l'Eglise, qui adore la Divinité du Fils de Dieu. Ils ont couru de côté et d'autre, pour faire des cabales contre nous, et ils se sont retirés vers nos Collègues qui sont dans le même sentiment que nous, sous prétexte de leur demander leur communion et la paix, mais à dessein en effet de les attirer par de belles paroles à l'erreur. Ils leur demandent aussi de longues lettres pour les lire à ceux qu'ils ont trompés, et pour empêcher qu'ils ne se détrompent, en leur faisant accroi-

102 re qu'il y a des

Évêques dons leur sentiment Ils se gardent bien de reconnaître devant eux qu'ils ont enseigné parmi nous une mauvaise doctrine, et fait de mauvaises actions, pour lesquelles ils ont été retranchés de notre communion. Mais ou ils les passent absolument sous silence, ou ils les déguisent par des discours artificieux, et par des attestations supposées. Ils cachent le poison de leur doctrine corrompue sous une fausse douceur qu'ils font paraître dans la conversation, surprennent par ce moyen ceux qui ne se défient point de leur fourberie, et n'omettent aucune occasion de parler à notre désavantage. De là vient que plusieurs se sont laissé tromper, signent leurs lettres, et les admettent à leur communion. Ceux de nos Collègues qui se sont portés à une action si téméraire ont donné lieu, à mon sens, à une accusation très importante qu'on peut intenter contre eux, parce qu'ils ont en effet violé le Canon des Apôtres et favorisé les actions que le démon fait en eux contre Jésus Christ.

Voila pourquoi, mes chers frères, au lieu d'user d'aucune remise, je me suis hâté de vous déclarer l'infidélité de ces personnes qui disent qu'il y a eu un temps auquel le Fils de Dieu n'était point, et que n'ayant point été auparavant, il a commencé, et que quand il a été fait, il a été fait de la même sorte que chaque homme naît. Dieu, disent-ils, a fait toutes choses de rien, et comprennent le Fils de Dieu, dans le nombre tant des créatures qui ont de la raison, que de celles qui n'en ont point. Pour parler conséquemment, ils disent qu'il est sujet 'au changement, et capable du bien et du mal. En supposant ainsi que Jésus Christ a été tiré du néant, ils ruinent les témoignages que l'Ecriture sainte rend de l'Eternité, de l'Immutabilité et de la Divinité du Verbe, qui est Jésus Christ même.

103 Nous pouvons, disent ces insolents, être Fils de Dieu aussi bien que lui. Car il est écrit, j'ai engendré des enfants, et je les ai élevés. Quand on leur oppose les paroles qui suivent ; mais ils m'ont méprisé, ce qui ne peut convenir au Sauveur, puisque de sa nature il est immuable, ils renoncent à toute sorte de respect, et répondent impudemment, que Dieu ayant prévu que son fils ne le mépriserait point, l'a choisi entre tous les autres, qu'il ne l'a point choisi pour aucune excellence qu'il eût naturellement au dessus des autres fils de Dieu, car Dieu, ajoutent-ils, n'a naturellement aucun fils, ni pour aucune autre raison particulière qu'il eût avec lui, mais parce que bien qu'il fût sujet au changement, il ne s'était point porté au mal. Que si Pierre et Paul avaient pris le même soin, et avaient fait le même effort, leur Filiation n'aurait rien au dessus de la sienne. Ils abusent des paroles de l'Ecriture sainte, pour confirmer l'extravagance de cette doctrine, et citent ce verset d'un Psaume, Vous aimerez, la justice et haïrez l'iniquité, c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu vous sacrera d'une huile de joie, en une manière plus excellente que tous ceux qui participeront à votre gloire.

Saint Jean l'Evangéliste enseigne clairement que le Fils de Dieu n'a point été tire du néant, et qu'il n'y a jamais eu de temps, auquel il n'ait point été, quand il dit : le Fils unique de Dieu qui est dans le sein de son Père. Car ce divin Docteur ayant dessein de faire voir que le Père et le Fils sont inséparables, a dit que le Fils est dans le sein du Père. Il déclare ailleurs très ouvertement que le Verbe n'est point renfermé dans le nombre des créatures, quand il assure que toutes choses ont été faites par lui, et il exprime précisément sa subsistance particulière par ces paroles. Au commencement était le Ver- 104 be était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait, n'a. été fait sans lui.

Car si toutes choses ont été faites par lui, comment celui qui a donné l'être aux choses, ne l'a-t-il pas eu lui-même eu un certain temps ? Car il est clair que le Verbe qui fait les choses, n'est pas de même nature que les choses qu'il fait. Il faut nécessairement que cela soit, puisqu'il était au commencement, que toutes choses ont été faites par lui, et qu'il les a faites de rien. Car ce qui est avant toutes choses, paraît fort différent et fort éloigné de ce qui est fait de rien. Cela fait voir encore qu'il n'y a point de distance entre le Père et le Fils, et que l'esprit ne saurait seulement concevoir qu'il y en ait. Or ce que le monde à été fait de rien, découvre que son origine n'est pas fort ancienne, et que tout ce qu'il renferme, a reçu son être du Père par le Fils. Saint Jean considérant la grandeur de la Nature du Verbe, et de combien elle est élevée au dessus de toutes les créatures, n'a osé se servir du terme, ni de génération pour l'exprimer, ni donner le même nom à l'Auteur et à l'Ouvrage. Ce n''est pas que le Verbe n'ait point été engendré. Car il n'y a que le Père qui ne l'ait point été. Mais c'est que la manière, dont il est produit, ne peut être exprimée par aucun langage, ni comprise par les Evangélistes, ni peut-être même par les Anges. C'est pourquoi je ne crois pas qu'on doive mettre au nombre des personnes de piété, ceux qui, au lieu de suivre cet avis : Ne cherchez point ce qui est trop difficile pour vous, et n'examinez point ce qui est au dessus de vous, sont si téméraires que d'entreprendre de pénétrer un sujet si caché. Car si plusieurs autres connaissances moins sublimes que celles-là sont au dessus de l'esprit de l'homme, comme ce que 105 saint Paul dit : que l'œil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur conçu ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment, ou comme ce que Dieu dit à Abraham : qu'on ne saurait compter le nombre des étoiles, et comme ce qui est dit ailleurs : qu'on ne saurait compter les grains de sable du rivage, ni les gouttes d'eau de la mer.

Comment quelqu'un, à moins que d'avoir perdu le sens, aura-t-il la présomption de vouloir comprendre la nature du Verbe de Dieu ? L'Esprit saint dit de lui, par la bouche d'un Prophète, Qui racontera sa naissance ? Le Sauveur voulant favoriser ses Disciples, qui sont comme les Colonnes, qui soutiennent le monde spirituel de l'Eglise, les a délivrés du soin de rechercher cette connaissance, quand il leur a dit que c'était un mystère impénétrable à leur esprit, et réservé au Père seul.

Il n'y a que le Père leur a-t-il dit,

qui connaisse le Fils, et que le Fils qui connaisse le Père. C'est peut-être sur le même Sujet que le Père a dit: Mon secret est pour moi et pour les miens.

II est clair que c'est une extravagance de s'imaginer que le Fils de Dieu ait été tiré du néant, et ait eu une existence temporelle, bien que ceux qui se l'imaginent, ne soient pas capables de reconnaître cette extravagance. Car ces paroles, qu'ils disent : il n'était point, se doivent entendre ou d'un temps déterminé, ou d'un espace compris dans l'étendue des siècles. Or s'il est vrai que toutes choses aient été faites par lui, il est clair que tous les siècles, tous les temps, et tous les espaces dans lesquels ce qu'on entend par ces termes, il n'était point, doit être compris, ont été faits par lui. N'est-il pas ridicule de dire, que celui qui a fait le temps et les siècles, dans lesquels l'espace où l'on prétend qu'il n'était point, est nécessairement compris, n'a pas toujours été ? Car on ne saurait dire sans une ignorance qu'on 106 aurait peine à comprendre, que l'Auteur de quelque chose que ce soit, ne soit pas avant la production de cette chose. L'espace de temps, auquel ils disent que le Fils n'avait point été produit par le Père, est plus ancien que la Sagesse de Dieu, qui a crée toutes choses. Ainsi ils démentent l'Ecriture sainte qui déclare, qu'il est le premier-né de toutes les créatures, et ce que saint Paul crie conformément au langage de cette Ecriture :

Dieu l'a établi héritier de toutes choses, et a fait le monde par lui. Tout a été créé par lui dans le ciel et dans la terre. Les choses visibles et les invisibles, soit les trônes, soit les dominations, soit les principautés. Tout a été créé par lui et pour lui., et il est avant toutes choses.

Puisque c'est une impiété manifeste de dire que le Fils de Dieu a été fait de ce qui n'était point auparavant ; il faut nécessairement avouer que le Père est toujours Père. Le Père est Père, parce qu'il a un Fils sans lequel il ne serait point Père, Mais ayant toujours un Fils, il est un Père parfait, sans qu'il lui manque rien. Il n'a point engendré son Fils unique dans le temps ni avec quelque distance, ni de ce qui n'était point auparavant. Comment ne serait-ce pas une impiété de dire que la Sagesse de Dieu n'a pas toujours été puisqu'elle parle d'elle-mê me en ces termes :

J'étais avec lui, et je réglais toutes choses. J'étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui ; Comment ne serait-ce pas une impiété de dire que la puissance de Dieu,, n'a pas toujours été, que le Verbe a été séparé de lui, ou d'avancer quelque chose qui ruine les notions, qui servent à découvrir le Fils, et à désigner lnt color="#008080">la substance de Dieu, on efface en quelque sorte la substance même qui est si fidèlement exprimée dans sa figure. Ce que je viens de dire fait voir très-clairement} que la Filiation de notre Sauveur n'a rien de commun avec la Filiation du reste des hommes. Car comme sa Substance, que nul langage ne peut exprimer, surpasse incomparablement l'excellence de toutes les choses, auxquelles elle a donné l'être, ainsi que nous venons de le voir, sa Filiation qui est une Filiation divine, surpasse aussi incomparablement la Filiation de tous les enfants qu'il a bien voulu adopter. Il est d'une nature immuable, très-parfaite, et qui n'a besoin de rien, au lieu que ses enfants adoptifs sont sujets au changement, et ont besoin de son secours. Quel progrès pourvoit faire la Sagesse de Dieu ? Que pourrait apprendre la Venté ? Quel surcroît de vigueur ou de clarté pourrait recevoir la Vie et la lumière éternelle ? Mais n'est-il pas encore plus impossible et plus contraire à la nature, que la Sagesse, soit susceptible de folie, que la puissance de Dieu soit sujette à la faiblesse, que la raison soit obscurcie par de faux raisonnements, et que les ténèbres se mêlent avec la lumière, puisque l'Apôtre dit qu'il n'y a rien de commun entre la lumière et les ténèbres, ni aucun rapport entre Jésus Christ et Belial ; et que Salomon témoigne qu'il est impossible de reconnaître sur la pierre la trace du serpent qui est Jésus Christ selon saint Paul ? Les Hommes et les Anges qui ne sont que ses Ouvrages, ont reçu la bénédiction pour craître en vertu, en s'exerçant à la pratique des commandements, et pour éviter le péché; et c'est pour cela que notre Maître étant Fils naturel de Dieu, est adoré par tous les autres, qui ayant été délivrés de l'esprit de la servitude, reçoivent l'esprit de l'adoption, comme une ré- 108 compense du progrès qu'ils ont fait en la vertu, et deviennent enfants de Dieu.

Saint Paul déclare sa Filiation véritable, propre et naturelle, quand il dit : Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il sa livré à la mort pour nous, qui n'étions pas ses fils naturels. Car il l'a appelé propre fils pour le distinguer de ceux qui ne le sont pas. Nous lisons encore dans l'Evangile : Voila, mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection ; Et dans les Psaumes : Le Sauveur dit, le Seigneur m'a dit, vous êtes mon Fils. En disant qu'il est le Fils légitime et naturel, il déclare qu'il n'y en a point d'autres que lui qui le soient. Mais que signifient ces paroles, je vous ai engendré dans mon sein avant le jour, ne signifient-t-elles pas qu'il a été engendré naturellement par le Père, et qu'il est Fils, non par la pureté de ses mœurs ni par le progrès qu'il a fait dans la vertu, mais par l'avantage de sa nature ? De là vient que le Fils unique du Père ne peut perdre sa qualité de Fils, au lieu que les adoptifs qui ne la tiennent, que de la sainteté de leur vie, et de la grâce de Dieu, la peuvent perdre. L'Ecriture sainte le témoigne quand elle dit : Les enfants de Dieu ayant vu les filles des hommes, les prirent pour femmes. Dieu a dit dans un autre endroit par la bouche du Prophète Isaïe : J'ai engendré des enfants et les ai élevés, et ils m'ont méprisé.

Je pourrais, mes très chers frères, dire beaucoup d'autres chose, que je passe sous silence, de peur de me rendre importun en entreprenant d'enseigner des hommes aussi savants que vous, et qui sont dans mon sentiment. Vous avez puisé la science dans Dieu, qui en est la source, et vous n'ignorez pas que cette doctrine qui s'est élevée depuis peu de temps dans l'Eglise contre la piété, est la doctrine d'Ebion et d'Artemas, et une imitation de celle de Paul de Samosate Evêque d'Antioche,

109 qui a été retranché de l'Eglise par le jugement de tous les

Evêques. Lucien lui ayant succédé, demeura durant plusieurs années séparé de la communion de trois Evêques. Ceux qui disent que le Fils de Dieu a été fait du néant, ont bu la lie de leur impiété; ce font Arius et Achillas, leurs rejetons, qui le sont élevés parmi nous. Trois Evêques qui ont été ordonnés en Syrie, par je ne sais quel moyen, les autorisent dans le mal qu'ils font, par l'approbation qu'ils leur donnent. La cause de ces Evêques vous est référée. Ils apprennent les passages de l'Ecriture, où il est parlé de la passion du Sauveur, de son humilité, de sa bassesse et des misères, dont il s'est chargé pour notre salut, et s'en servent pour prouver qu'il n'est point d'une nature divine et éternelle. Mais ils ne retiennent point du tout, ceux où il est parlé de sa gloire, et de sa demeure dans le sein du Père, comme celui-ci : Mon Père et moi sommes une même chose. Ce n'est pas que le Sauveur veuille dire qu'il soit le Père, ni faire croire que les deux personnes ne soient qu'une. Mais c'est qu'il a dessein de donner à connaître que le Fils est une image fidèle du Père, et qui le représente très-parfaitement. Et c'est ce qu'il dit à Philippe: Car ce Disciple lui ayant demandé à voir son Père, il lui répondit : Celui qui me voit, voit mon Père, c'est-à-dite qu'il le voit dans le Fils, comme dans un miroir pur et vivant de la nature Divine.

Les Saints disent quelque chose de semblable dans les Psaumes, quand ils disent : Nous verrons la lumière dans la lumière.

C'est pourquoi quiconque honore le Fils, honore le Père, et quiconque honore le Père, honore le Fils. Toute parole impie qu'on avance contre le Fils, retombe sur le Père.

Après cela personne ne s'étonnera des calomnies qu'ils ont inventées contre moi, et 110 contre le peuple. Ils nous attaquent par des injures, après avoir attaqué la Divinité du Fils de Dieu par leur impiété. Ils tiennent à injure qu'on les compare aux Anciens, ou qu'on les égale à ceux qui ont été nos Maîtres dans notre jeunesse. Ils ne croient pas qu'il y ait aucun de nos Collègues, qui ait acquis seulement une capacité médiocre. Ils se vantent d'être seuls Sages, seuls dégagés de la possession, et de l'affection des biens du monde, seuls inventeurs de la véritable doctrine, dont les autres, qui sont sur la terre, n'ont jamais eu la moindre connaissance. Renversement étrange d'esprit, folie excessive, vanité sacrilège, orgueil diabolique ! Ils n'ont point de honte de s'opposer à la clarté des anciens livres, et au consentement général avec lequel tous nos Collègues s'empressent de témoigner leur piété envers le Sauveur. Les démons mêmes détestent leur impiété. Aussi s'abstiennent-ils d'avancer aucun blasphème contre l'honneur du Fils de Dieu.

Voila ce que j'avais à dire, selon le peu que j'ai de capacité, contre ceux qui s'étant engagés trop avant dans une matière qu'ils ne sauraient pénétrer, tâchent de décréditer la piété que nous avons envers le Sauveur. Ces imposteurs ridicules disent que nous autres, qui condamnons l'impiété et le blasphème contraire à l'Ecriture sainte, par lequel ils soutenaient que le Fils de Dieu a été fait de ce qui n'était point auparavant, reconnaissons deux êtres qui ne sont point engendrés. Car ces ignorants prétendent qu'il faut nécessairement avancer l'une de ces deux choses, ou que le Fils de Dieu a été fait de ce qui n'était point auparavant, ou qu'il y a deux êtres qui n'ont point été faits, ils ne sauraient comprendre qu'il y a une vaste distance entre le Père, qui n'a point été engendré, et les créatures qu'il

111 produites de rien, tant celles qui ont de la raison, que celles qui n'en ont point, et que le Verbe est comme dans le milieu, parce que le Père l'ayant engendré, a tiré par lui les créatures du néant. C'est ce que le Fils-même témoigne par ces paroles : Quiconque aime le Père, aime aussi le Fils qui est sorti de lui. Nous croyons, comme croit l'Eglise Apostolique, un seul Père qui n'a point été engendré, qui n'a aucun Auteur de son être, qui est immuable, et qui demeure toujours dans le même état, sans faire de progrès, ni souffrir de diminution, qui a donné la Loi, les Prophètes, et l'Evangile, qui est le Maître des Patriarches, des Apôtres, et de tous les Saints. Et un Seigneur Jésus Christ Fils unique de Dieu, qui n'a point été fait de rien, mais qui a été engendré de son Père, non à la façon des corps par incision, par division, par écoulement comme il a semblé à Sabellius et à Valentin, mais d'une manière inexplicable, selon ces paroles du Prophète, que nous avons déjà rapportées, Qui raconttra.sa génération? II n'y a point d'esprit créé qui le puisse comprendre, non plus qu'il n'y en a point qui puisse comprendre le Père. Mais les personnes qui sont conduites par l'Esprit de la vérité, n'ont pas besoin d'apprendre de moi des choses, puisque les paroles que le Sauveur a prononcées, il y a longtemps, frappent encore aujourd'hui à nos oreilles, personne ne connaît le Père que le Fils, et personne ne connaît le Fils que le Père. Nous avons appris que le Fils n'est sujet à aucun changement non plus que le Père, qu'il n'a besoin de rien non plus que lui, qu'il est parfait comme son Père, et qu'il n'est diffèrent de lui qu'en ce qu'il a été engendré, au lieu que le Père ne l'a point été. C'est une image très-fidèle du Père, et qui ne lui est en rien dissembla-

112 ble. Il est clair que cette image contient tout ce qu'elle représente, comme le Seigneur l'a déclaré, quand il a dit : Mon Père est plus grand que moi. Nous croyons suivant cela que le Fils procède toujours du Père, parce qu'il est la splendeur de sa gloire, et la figure de sa substance. Que personne ne s'imagine pouvoir conclure de ce que nous disons que le Fils procède toujours du Père, qu'il n'a point été engendré, comme croient ceux qui ont l'esprit aveuglé. Car dire que le Verbe était, dire qu'il a toujours été, dire qu'il a été avant tous les siècles, ce n'est point dire qu'il n'a point été engendré. L'esprit de l'homme ne saurait inventer aucun Nom, qui signifie ce que c'est que de n'avoir point été engendré, comme l'opinion que j'ai de la pureté de votre foi, me persuade que vous tenez tous. En effet tous ces autres Noms semblent ne signifier rien autre chose que la production du temps. Mais ils ne peuvent exprimer dignement la Divinité du Fils de Dieu, ni son Antiquité, s'il est permis de parler ainsi. Il est vrai que les Saints Pères s'en sont servis, quand ils ont taché d'expliquer ce mystère le moins imparfaitement qu'il leur était possible; et ils s'en sont excusés en même temps, en reconnaissant franchement qu'ils ne pouvaient aller plus avant. Que si quelqu'un, sous prétexte que les connaissances imparfaites sont abolies, et prétend qu'une bouche mortelle peut prononcer des paroles, qui soient au dessus de la portée de l'esprit humain, il est clair que celles-ci, il était ou toujours, ou avant les siècles, ne sont pas de cette nature ; et qu'elles ne signifient pas la même chose que non engendré. Il faut donc conserver au Père qui n'a point été engendré, sa dignité, en avouant qu'il n'a aucun principe de son être, et rendre au Fils l'honneur qui lui est 123 dû, en confessant qu'il est engendré par son Père de toute éternité, et en lui déférant le culte qui lui appartient ; Servons-nous de ces termes, en parlant de lui, il était, toujours, et avant les siècles. Ne nions point sa Divinité. Attribuons-lui une ressemblance parfaite avec son Père, comme à une image très-fidèle. Publions qu'il n'y a que le Père, qui n'ait point été produit, puisque le Sauveur a dit : Mon Père est pus grand que moi.

Outre cette doctrine pieuse touchant le Père et le Fils, nous confessons un seul Saint Esprit, comme l'Ecriture sainte l'enseigne, lequel a renouvelé les Saints de l'Ancien Testament, et les Docteurs du Nouveau : Nous confessons une seule Eglise Catholique et Apostolique, qui ne peut être abattue, quoi qu'elle soit attaquée par tout le monde, et qui dissipe toutes les entreprises impies des hérétiques, suivant cette promesse si magnifique de son Epoux,

aie confiance, j'ai vaincu le monde. Outre cela nous savons la résurrection des morts, dont Jésus Christ nôtre Maître a été les prémices. Il a eu un corps véritable, et non un corps fantastique. Il l'a tiré de Marie Mère de Dieu, et il s'est incarné sur la fin des siècles, pour la destruction du péché. Il a été crucifié, et est mort, sans que sa Divinité ait rien souffert. Il est ressuscité et monté au ciel, et est assis à la droite de la Majesté du Père.

Je n'ai touché que légèrement toutes ces choses si importantes, et n'ai pas voulu les traiter plus amplement, parce que sachant que vous en êtes très-bien instruits, j'avais peur de vous ennuyer. Voila la doctrine que nous enseignons, et que nous prêchons. La dogme de l'Eglise Apostolique, pour laquelle nous sommes prêts de mourir, sans appréhender la violence de ceux, qui nous y veulent faire renoncer. Nous 114 mettons notre confiance dans cette doctrine, de quelques tourments, dont on use pour ébranler notre fermeté. Arius, Achillas, et les autres ennemis de la vérité, qui rejettent cette foi, ont été chassés de l'Eglise, selon ce que dit Saint Paul : Si quelqu'un vous annonce un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème, quand il ferait semblant d'être un Ange du Ciel. Que si quelqu'un vous enseigne autre chose, et qu'il n'écoute pas la parole de Jésus Christ notre Sauveur, et qu'il ne tienne pas la doctrine qui est conforme à la piété, il est enflé d'orgueil, et ne fait rien.

Que personne d'entre vous ne les reçoive, puisqu'ils ont été condamnés par tous nos frères, et que personne n'écoute ce qu'ils disent, ni ne lise ce qu'ils écrivent. Ce sont des imposteurs qui mentent toujours, et qui ne diront jamais la vérité. Ils courent de Ville en Ville, à dessein seulement de donner des Lettres, sous prétexte d'amitié et de paix, et d'en recevoir, afin de les montrer à des femmes, qu'ils ont trompées, et qui sont chargées de péchés, et telles que l'Apôtre les a décrites.

Evitez donc, mes très chers frères, ces personnes qui ont commis un si horrible attentat contre le Sauveur, qui se sont moqués publiquement de la Religion, qui ont trainé les Fidèles devant les Tribunaux des Juges, qui ont tâché de nous susciter une persécution au milieu de la plus profonde paix, qui ont affaibli le mystère ineffable de la génération du Sauveur. Joignez-vous à nous pour réprimer leur insolence, aussi bien que d'autres de nos Collègues s'y sont joints, qui étant remplis d'une juste indignation contre eux, nous ont écrit, et ont signé notre profession de foi. Je vous ai envoyé ces Lettres, et ces signatures par Apion Diacre, mon Fils. II y en a d'Egypte, 115 de la Thébaïde, de la Libye, de Pentapole, de la Syrie, de la Lycie, de la Pamphylie, de l'Asie, de la Cappadoce, et des autres Provinces voisines, dont je crois que vous suivrez l'exemple, pour m'envoyer aussi les vôtres. Ayant recherché toute sorte de remèdes pour guérir ceux qui sont blessés dans leur foi, je n'en ai point trouvé de plus efficace, pour attirer à la pénitence le peuple que les imposteurs ont séduit, que de lui faire voir le consentement unanime des Evêques qui condamnent l'erreur. Saluez-vous les uns les autres. Je souhaite, mes très-chers frères, que vous vous portiez bien dans le Seigneur, et que je puisse recevoir le fruit de vos prières. » Voici les noms des hérétiques, qui ont été condamnés. Entre les Prêtres ; Arius. Entre les Diacres ; Achillas, Euzoïus, Acïtale, Lucius, Sarmate, Jules, Menas, un autre Arius, et Hellade. Il écrivit la même chose à Philogone Evêque d'Antioche, et à Eustate qui gouvernait alors l'Eglise de Bérée, et à tous les autres qui avaient entrepris la défense de la doctrine des Apôtres. Arius bien loin de demeurer de son côté en repos, écrivit à ceux qu'il crut être dans ses sentiments. II déclare lui-même dans sa Lettre à Eusèbe Evêque de Nicomédie, qu'Alexandre Evêque d'Alexandrie n'avait rien écrit de lui, qui ne fût conforme à la vérité. J'insérerai ici sa Lettre pour apprendre les noms des complices de son impiété à ceux qui ne les connaissent point.

116 CHAPITRE V.

Lettre d'Arius à Eusèbe Evêque de Nicomédie.

Arius injustement persécuté par le Pape Alexandre, à cause de la vérité, qui surmonte toutes choses, et pour la défense de laquelle vous combattez ; à Eusèbe, Seigneur très-désirable, Homme de Dieu, Fidèle, et Orthodoxe : Salut en notre Seigneur.

« AMMONIUS mon père étant prêt de partir, pour aller à Nicomédie, j'ai cru devoir me donner l'honneur de vous écrire pour vous saluer, et pour avertir la charité que vous avez envers vos frères, en considération de Dieu,, et de Jésus Christ, de la persécution que l'Evêque nous livre, des machines qu'il remue contre nous, et de la violence avec laquelle il nous a chassé de l'Eglise, comme des Athées, en haine de ce que nous ne demeurons pas d'accord, de ce qu'il prêche publiquement, le Père est toujours, le Fils est toujours, le Père et le Fils sont de toute éternité, le Fils est de toute éternité avec le Père, sans être engendré, il est toujours engendré, sans être engendré. Le Père ne précède le Fils ni par l'ordre du temps, ni par l'ordre de la pensée, Dieu est toujours, le Fils est toujours, et le Fils procède de Dieu. Eusèbe, votre frère Evêque de Césarée, Théodote, Paulin, Athanase, Grégoire, Aëce, et les autres Evêques d'Orient, ont été condamnés, parce qu'ils assurent que Dieu n'a point de principe, et qu'il est avant son Fils, à la réserve de Philigone, d'Hellanique, et de Macaire hérétiques et ignorants dans la foi, dont l'un dit que le Fils 117 est une effusion, l'autre que c'est une projection, et l'autre qu'il est non engendré comme le Père. Ce sont des impiétés que nous ne saurions entendre, quand les Hérétiques nous menaceraient de mille morts. Nous avons déjà déclaré et déclarons encore ce que nous tenons, et ce que nous disons, que le fils n'est point non engendré, ni en aucune sorte partie du non engendré, qu'il n'a subsisté d'aucune matière, mais par la volonté devant tous les temps, et devant tous les siècles, comme un Dieu parfait, Fils unique et immuable, et qu'il n'était point, avant que d'avoir été engendré, ou créé, ou terminé, ou fondé. Car il n'était pas non engendré. Nous sommes persécutés parce que nous avons dit qu'il a été fait de ce qui n'était point auparavant, ce que nous avons dit, parce qu'il n'est ni partie de Dieu, ni d'aucune autre matière. Voila le sujet pour lequel nous sommes tourmentés. Vous savez le restée. Je souhaite que vous vous portiez toujours bien en notre Seigneur, comme un véritable disciple de Lucien, et comme un homme qui avez autant de piété que votre nom en signifie. »

Il y avait des Prélats élevés à des Sièges considérables parmi ceux, dont Arius parle dans cette Lettre, savoir Eusèbe Evêque de Césarée, Théodote Évêque de Laodicée, Paulin Evêque de Tyr, Athanase Evêque d'Anazarbe, Grégoire Evêque de Bérite, Aëce Evêque de Lydda qu'on appelé maintenant Diospole. Il se vantait d'avoir tous ces Evêques-là de son côté. Il met au nombre de ses adversaires Philogone Evêque d'Antioche, Hellanique Evêque de Tripoli, et Macaire Evêque de Jérusalem, et les attaque par des calomnies, parce qu'ils avaient dit que le Fils de Dieu est éternel avant tous les siècles, égal à son Père, et de même substance que lui. Eusèbe Évêque de Nico- 118 médie ayant reçu cette Lettre découvrit ses erreurs, et écrivit en ces termes à Paulin Évêque de Tyr.

CHAPITRE VI.

Lettre d'Eusèbe Evêque de Nicomédie : à Paulin Evêque de Tyr.

Eusèbe: à Paulin son Seigneur : Salut en notre Seigneur. « NOUS n'avons pas ignoré combien le Seigneur Eusèbe a témoigné de zèle pour la défense de la vérité, ni de quelle manière vous êtes demeuré dans le silence. Si son zèle nous a donné de la joie, votre silence nous a causé de la tristesse, parce que nous n'avons pu regarder le silence d'un aussi grand homme que vous, que comme la perte de notre cause. C'est pourquoi comme vous savez que c'est une chose indigne d'un homme sage d'être dans un autre sentiment que les autres, et de taire la vérité, je vous exhorte autant que je puis, à exciter en vous-même l'esprit d'intelligence, et à écrire des choses qui seront utiles, et à vous, et à vos lecteurs, principalement, si vous suivez le sens et l'intention de l'Ecriture sainte. Nous n'avons jamais ouï parler de deux êtres non engendrés, ni d'un divisé en deux, et nous n'avons jamais ni appris, ni cru qu'il eût souffert quelque chose de corporel, mais qu'il y a un non engendré, et un autre qui procède véritablement de lui, qui n'est point fait de sa substance, et ne participe en aucune sorte à sa nature, mais est tout-à-fait différent en nature, et en puissance, et est fait néanmoins à la ressemblance de la nature, et de 119 la puissance de son Auteur. Nous croyons non seulement qu'il ne peut être exprimé par aucun langage, mais encore qu'il ne peut être compris, ni par l'esprit de l'homme, ni par aucun autre esprit d'un ordre plus élevé. Nous disons ceci, non après l'avoir inventé de nous-mêmes, mais après l'avoir appris de la sainte Ecriture. Nous avons appris de la bouche du Seigneur: qu'il est créé, fondé et engendré dans la souffrance et dans l'immuable et ineffable nature, et ressemblance, qu'il a avec son Auteur, lorsqu'il dit:

Dieu m'a créé dans le commencement de ses voies, il m'a fondé avant les siècles, et m'a. engendré avant les collines. Que s'il était de lui, et sorti de lui comme une de ses parties, comme par un écoulement de subsistance, on ne dirait plus qu'il serait créé ni fondé. Certainement vous n'ignorez pas ce que je dis. Car ce qui procède de ce qui n'est point engendré ne peut être créé ni fondé, ni par celui-là, ni par un autre ; puisqu'il n'a été engendré que d'une génération éternelle. Mais si l'on veut croire qu'il est né de la substance du Père, parce qu'il est dit qu'il a été engendré, nous savons que ce n'est pas de »lui seul que l'Ecriture dit qu'il a été engendré, mais qu'elle le dit aussi des autres qui sont d'une nature toute différente de la sienne. Car elle dit en parlant des hommes,

J'ai engendré des enfants, et je les ai élevés, et ils m'ont méprisé : Et dans un autre endroit :

Vous avez abandonné Dieu qui vous a engendré. En parlant des autres créatures, elle dit aussi .

Qui est-ce qui a engendré les gouttes de la rosée ? Ce n'est pas à dire que la nature de la rosée soit une partie de la nature Divine. C'est- à-dire seulement que rien n'a été produit que par sa volonté. Il n'y a aucune créature qui soit de sa substance, bien qu'il n'y en ait aucune qui n'ait été faite par sa volonté, et qui n'existe 120 de la manière qu'elle a été faite. Mais pour les créatures, elles ont été faites à sa ressemblance, et selon sa volonté par le Verbe. Toutes choses ont été faites par le Verbe, mais c'est Dieu qui les a faites. Quand vous aurez lu ma Lettre, et que vous l'aurez polie selon la lumière et la grâce que vous avez reçue de Dieu, je vous supplie d'écrire le plus promptement qu'il vous sera possible, à Alexandre mon Seigneur. Si vous prenez cette peine, je ne doute point que vous ne lui persuadiez ce qu'il vous plaira. Saluez tous nos frères en notre Seigneur. Que la grâce de Dieu vous conserve en santé, et qu'elle vous fasse prier pour nous. »

Voila comment ils s'écrivaient pour s'instruire mutuellement des moyens d'attaquer la vérité. Lorsque la semence de ces blasphèmes eût été répandue dans les Eglises d'Orient, il s'émut dans chaque Ville et dans chaque Bourg des contestations et des disputes touchant la nature de Dieu. Le peuple fut spectateur de ce qui fut fait, et juge de ce qui fut avancé de part et d'autre. Les uns louaient un parti, et les autres l'autre. C'était un spectacle tout-à-fait tragique, et digne de larmes. Car l'Eglise n'était pas attaquée comme autrefois par des étrangers. Elle l'était par ses enfants, qui étaient assis à la même table, qui ne composaient qu'un corps, et qui s'armaient cependant les uns contre les autres, et se battaient avec leurs langues, comme avec des traits.

CHAPITRE VII. Concile de Nicée. L'EMPEREUR, qui était un Prince rempli de sagesse, n'eut pas sitôt appris ces désor- 121 dres qu'il tâcha de les arrêter dans leur naissance. II envoya pour cet effet à Alexandrie un homme d'une rare prudence avec des Lettres, afin qu'il apaisât les disputes, et qu'il réunît les esprits. Mais ce voyage n'ayant point réussi, comme, il espérait, il convoqua ce Concile si célèbre de Nicée, et permit aux Evêques de s'y rendre avec leur fuite sur des chevaux et des mulets du public. Lorsque tous ceux qui purent supporter la fatigue du voyage, s'y furent rendus, l'Empereur s'y rendit lui-même, tant pour voir une nombreuse assemblée de Prélat, que pour rétablir parmi eux une parfaite intelligence. Il commanda qu'on leur fournît tout ce qui leur serait nécessaire. Ils se trouvèrent au nombre de trois cens dix-huit Evêques. Celui de Rome ne s'y trouva point à cause de son grand âge, mais il envoya deux Prêtres pour prendre connaissance de ce qui y serait traité, et pour donner leur consentement aux réformes qui y seraient prises.

Il y en avait plusieurs qui avaient reçu de Dieu les mêmes dons que les Apôtres, et plusieurs, qui comme le divin Paul, portaient imprimées sur leur corps les marques du Seigneur. Jaques Évêque d'Antioche Ville de Migdonie, et que les Syriens, et les Assyriens appellent Nisibe, a ressuscité des morts, et fait quantité d'autres miracles, que je crois qu'il est inutile de rapporter dans cette Histoire, puisque je les ai déjà racontés dans une autre, sui a pour titre Philothée. Paul Évêque de Néocésarée, Fort assis sur le bord de l'Euphrate, avait senti les effets de la fureur de Licinius. Il avait perdu l'usage des mains, parce qu'on avait brûlé avec un fer chaud, les nerfs qui leur donnent le mouvement. II y en avait d'autres, auxquels on avait arraché l'œil droit, et d'autres auxquels on avait coupé le jarret. Paphnuce d'Egypte était du nombre de ces derniers. Enfin c'était une assemblée de Martyrs.

122 Mais cette assemblée si célèbre ne laissait pas d'être remplie de plusieurs personnes divisées entre elles par des sentiments différents. Il y en avait quelques-uns en fort petit nombre, qui n'étaient pas moins dangereux que des écueils cachés sous la mer, et qui favorisaient secrètement les erreurs d'Arius.

L'Empereur leur fit préparer dans le Palais un grand appartement, où il y avoir autant de sièges qu'il en fallait, et leur donna ordre d'y aller, et d'y délibérer touchant les matières dont il était question. Il entra incontinent après, suivi de quelques-uns des siens avec une contenance, et une bonne mine, qui était relevée par sa modestie. Il s'assit sur un petit siège qui avait été placé au milieu, après en avoir demandé permission aux Evêques, et ils s'assirent tous avec lui. Le grand Eustate que les Evêques, les Ecclésiastiques, et les autres Fidèles d'Antioche avaient contraint de se charger de la conduite de cette Eglise, après la mort de Philogone, dont nous avons ci-devant parlé, prononça un Panégyrique en l'honneur de l'Empereur, et releva par des louanges fort avantageuses le soin qu'il prenait des affaires de l'Eglise. Lorsqu'il eut achevé son discours, l'Empereur en commença un autre, par lequel il exhorta les Prélats à la paix, leur rappela dans la mémoire la cruauté des tyrans qui avaient été exterminés, et la paix que Dieu leur avait rendue par son moyen. Il leur remontra que c'était une chose très- fâcheuse, que depuis que la puissance des ennemis était abattue, et qu'il n'y avait plus personne, qui osât faire la moindre résistance, ils s'attaquassent les uns les autres, et donnassent sujet à ceux qui ne les aimaient pas, de rire et de se moquer de leurs différends ou il s'agissait de questions de Théologie, dont la décision dépendait des instructions que l'Esprit saint leur avait laissées.

« L'Evangile, leur dit-il, les Lettres 123 des Apôtres, et les Ouvrages des anciens Prophètes nous enseignent aussi clairement ce que nous sommes obligés de croire touchant la nature Divine. Renonçons donc à toute sorte de contestations, et cherchons dans les Livres que le saint Esprit a dictés, la rons, renoncèrent aux disputes, et embrassèrent la saine doctrine. Ménophante Evêque d'Ephèse, Patrophile Evêque de Scythopole, Théognis Evêque de Nicée, Narcisse Évêque de Néromade, qui est une Ville de la seconde Cilicie, et que l'on appelle maintenant Irénopole, Théonas Evêque de Marmarique, et Second Evêque de Ptolémaïde en Egypte combattaient la doctrine des Apôtres, et appuyaient celle d'Arius, aussi bien qu'un petit nombre d'autres, donc nous avons parlé auparavant. Ils composèrent un formulaire de foi, mais il fut déchiré et déclaré qu'il contenait une fausse doctrine. Les Evêques ayant fait un grand bruit contre eux, et ayant élevé leur voix, pour les condamner comme des hommes qui trahissaient la piété, ils se levèrent tous saisis de crainte à la réservée de Second et de Thomas, et excommunièrent Arius. Cet impie ayant été de la sorte chassé de l'Eglise, le formulaire de foi qui est encore reçu aujourd'hui, fut dressé d'un commun consentement, et dès qu'il eût été signé, le Concile se sépara.

Mais les Evêques que je viens de nommer, ne le signèrent pas de bonne foi; comme il paraît tant par ce qu'ils brassèrent depuis contre les défenseurs de la piété, que par ce que ceux-ci écrivirent contre eux. Eustate Evêque d'Antioche dont j'ai déjà parlé, expliquant ce prodige des Proverbes de Salomon. Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il créât aucune chose, rapporte ce qui fut résolu contre eux dans le Concile, et réfute leur impiété.

CHAPITRE VIII. Réfutation des Ariens tirée des Ouvrages d'Eustate, et d'Athanase. « JE parlerai maintenant de la manière dont les choses se passèrent. Un Concile fort nombreux, ayant été assemblé pour ce sujet dans la Ville de Nicée, où deux cent soixante-dix Evêques ou environ assistèrent. Car ils étaient en si grand nombre que je ne le saurais marquer précisément, et d'ailleurs je n'ai pas pris grand soin de m'en informer. Lorsque l'on eut commencé à examiner la foi, on produisit le Libelle d'Eusèbe, qui contenait une preuve convaincante de ses blasphèmes. La lecture qui en fut faite, causa une douleur sensible à ceux qui l'entendirent, et une confusion extrême à son auteur. La malignité des partisans d'Eusèbe ayant été découverte, et l'écrit impie ayant été publiquement déchiré, quelques-uns, sous prétexte de la paix qu'ils proposaient, imposèrent silence à ceux qui avaient accoutumé de mieux parler que les autres. Les Ariens appréhendant d'être chassés de l'Eglise par le jugement d'une si grande assemblée, condamnèrent la mauvaise doctrine, et signèrent le formulaire de foi. Mais ayant observé par leurs cabales les principales dignités, au lieu d'avoir subi, comme ils devaient, les lois de la pénitence, ils défendent tantôt ouvertement la doctrine condamnée par divers arguments qu'ils ont inventés à dessein. Le désir qu'ils ont de répandre la semence de la 125 division, leur fait éviter la rencontre des Savants, et attaquer les défenseurs de la pitié. Mais nous ne croyons pas que ces Athées puissent vaincre Dieu. Quelques efforts qu'ils fassent, ils seront vaincus selon le témoignage si authentique du Prophète Isaïe. » Voila ce qu'Eustate en a écrit. Athanase qui a défendu la même cause avec une .vigueur égale, et qui a succédé à Alexandre dans le gouvernement de l'Eglise d'Alexandrie, ajoute ce qui suit dans une Lettre aux habitant d'Afrique.

« Les Évêques qui s'étaient assemblés ayant eu dessein d'abolir entièrement ces façons de parler impies que les Ariens avaient inventées, que le Fils de Dieu a été fait de ce qui n'était point auparavant, qu'il est une créature et un Ouvrage, qu'il y a eu un temps auquel il n'était point, et qu'enfin il est d'une nature sujette au changement, et d'en établir d'autres qui sont consacrées par l'autorité de l'Ecriture sainte, que le Sauveur est de sa nature Fils unique de Dieu, le Verbe, la Puissance, et la Sagesse du Père, qu'il est Dieu véritable, comme a dit saint Jean, la splendeur de la gloire et la figure de la substance du Père, comme a dit saint Paul : les partisans d'Eusèbe possédés par l'esprit de leur erreur, délibérèrent ensemble et résolurent de cette sorte, demeurons en d'accord. Car nous venons aussi de Dieu. Il n'y a qu'un Dieu, d'où toutes choses procèdent ; Et ailleurs les choses anciennes sont passées, et il n'y a rien qui n'ait été renouvelé; mais tout vient de Dieu. Ils firent aussi une réflexion particulière sur ces paroles qui se trouvent écrites dans le livre du Pasteur, croyez avant toutes choses qu'il n'y a qu'un Dieu qui a créé toutes choses, et qui les a tirées du néant. Mais les Evêques ayant découvert l'artifice de leur impiété, expliquèrent plus clairement ces pa -

126 roles de Dieu, en disant précisément que le Fils de Dieu est de la substance de son Père : De sorte qu'on dit que.les créatures procèdent de Dieux parce qu'elles ne tiennent pas leur être d'elles-mêmes; mais qu'elles le tirent de Dieu, comme de leur Auteur, et qu'on dit en un autre sens, que le Fils procède du Père, parce qu'il est seul produit de sa substance. Car c'est une propriété particulière au Fils unique de Dieu, et à son Verbe véritable. Voila la raison que les Evêques, eurent de déclarer que le Fils procède de la substance de Dieu.

Ces mêmes Evêques ayant encore demandé aux Ariens, qui semblaient n'être qu'en petit nombre, s'ils disaient que le Fils n'est point une créature, mais la puissance et la sagesse unique du Père, son image, qu'il est éternel ; qu'il n'est en rien différent du Père ; et qu'il est Dieu véritable, on remarqua qu'Eusèbe, et ses partisans se firent signe, pour se dire les uns aux autres, que toutes ces choses peuvent convenir aux hommes. Car il est dit de nous, que nous sommes l'image et la gloire de Dieu, il est dit de nous, car nous sommes toujours vivants. Il y a plusieurs puissances, puisqu'il est écrit : Toutes les Puissances de Dieu sont sorties d'Egypte. Les chenilles, et les sauterelles sont appelées la grande Puissance : Et en un autre endroit : Le Dieu des Puissances est avec nous, le Dieu de Jacob notre Protecteur. Il ne nous appartient pas simplement d'être enfants de Dieu, mais en tant seulement que le Fils de Dieu nous appelle ses frères. Quant à ce qu'ils disent, que le Fils de Dieu est véritable, cela ne nous incommode point ; car il est véritable, puisqu'il a été fait véritable.

Voila le mauvais sens des Ariens. Mais les Evêques ayant découvert encore ici leur tromperie, firent un recueil de plusieurs passages de l'Ecriture sainte, où le Fils 127 est appelé Splendeur, Fontaine, Fleuve, Figure de la substance de celui-ci, nous verrons la lumière dans vôtre lumière ; et de cet autre, mon Père et moi nous ne sommes qu'un. Enfin ils décidèrent clairement, et en peu de paroles, que le Fils est Consubstantiel à son Père. Car c'est ce que signifient les termes, et les passages que je viens de rapporter.

La plainte qu'ils font que ces paroles ne retrouvent point dans l'Ecriture sainte, est une plainte fort inutile, et à laquelle il est aisé de répondre par eux-mêmes, puisque les paroles, dont ils se servent, pour établir leur impiété, ne se trouvent point dans l'Ecriture sainte, et qu'on n'y lit point, il est ce qui n'était point auparavant, ni, il y a eu un temps auquel il n'était point. Il se plaignent d'avoir été condamnés pour s'être servis de quelques expressions qui, bien qu'elles n'eussent pas été tirées de l'Ecriture sainte, ne laissaient pas d'avoir un sens fort conforme à la piété. Ils ont employé des termes qu'ils avaient trouvés dans le fumier, et ont parlé le langage de la terre. Mais les Evêques n'ont point inventé d'eux-mêmes, des expressions, et n'ont rien improuvé qui ne fût appuyé sur l'autorité des Saints Pères. Il y a plus de cent trente ans que des Evêques de Rome et d'Alexandrie ont improuvé le sentiment de ceux qui disaient que le Fils de Dieu a été fait comme un Ouvrage, et qu'il n'est pas de même substance que son Père. Eusèbe Évêque de Césarée a été très-bien informé de la vérité du fait que j'avance. Il avait d'abord favorisé l'erreur d'Arius. Mais il signa depuis le formulaire du Concile de Nicée, et écrivit en ces termes aux habitants de sa Ville Episcopale. Nous trouvons d'illustres Evêques, et de savants Ecrivains qui se sont servis du terme de Consubstantiel,

128 pour expliquer la Divinité du Père et du Fils.

» Voila ce que dit Athanase. Ces Evêques ayant donc caché leur sentiment, comme une maladie, à cause de la présence des autres Evêques dont ils redoutaient le grand nombre, consentirent à l'explication du Concile, et attirèrent sur eux cette condamnation que Dieu prononce si hautement par la bouche du Prophète Isaïe : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Théonas et Second n'ayant pas voulu suivre leur exemple, furent excommuniés tout d'une voix, comme des personnes qui préféraient l'impiété d'Arius à la doctrine de l'Evangile. Les Evêques s'étant ensuite assemblés, firent vingt Canons touchant la discipline de l'Eglise.

CHAPITRE IX.

Lettre contre Mêléce. LE Concile écrivit aussi à l'Eglise d'Alexandrie touchant ce qu'il avait ordonné contre Méléce, qui ayant été ordonné Évêque un peu avant qu'Arius commençât à publier ses erreurs, et qui ayant depuis été convaincu de quelques crimes, avait été déposé par Pierre, très saint Evêque d'Alexandrie, et très illustre Martyr de Jésus Christ. Mais bien loin de déférer à la sentence de sa déposition, il avait excité des troubles dans la Thébaïde, et dans l'Egypte, et entrepris d'usurper les droits de l'Évêque d'Alexandrie. Voici sa Lettre.

129 Lettre Synodique.

« Les Evêques assemblés dans le grand et saint Concile de Nicée, à l'Eglise d'Alexandrie, qui est grande et sainte par la grâce de Dieu, et aux frères qui sont en Egypte, en Libye, et a Pentapoli ; Salut en notre Seigneur. Le grand saint Concile ayant été assemblé dans la Ville de Nicée par la grâce de Dieu, et par les soins du très-Religieux Empereur Constantin qui nous a convoqués de diverses Villes, et de diverses Provinces, nous avons cru qu'il était nécessaire de vous informer par notre Lettre de ce qui y a été agité et examiné, et de ce qui y a été résolu et décidé.

On a d'abord examiné en présence de Constantin Prince très-chéri de Dieu, l'impiété et la perversité de la doctrine d'Arius, et on à condamné d'un commun consentement ses pensées et ses expressions remplies de blasphèmes contre le Fils de Dieu .quand il dit qu'il a été fait de ce qui n'était point auparavant, qu'il n'était point avant que d'avoir été fait, qu'il y a eu un temps auquel il n'était point, et qu'il pouvait se porter au vice ou à la vertu par la liberté de sa volonté. Le saint Concile a condamné ces sentiments et ces termes remplis d'impiété et de blasphèmes. Vous avez déjà appris, ou vous apprendrez bientôt ce qui lui est arrivé. Nous ne l'expliquerons point ici, de peur qu'il ne semble que nous ayons dessein d'insulter au malheur d'un homme, qui a été puni comme il méritait. Au reste son impiété a eu assez de force pour corrompre Théonas Evêque de Marmarique, et Second Evêque de Ptolémaïde. On a prononcé contre eux la même sentence que contre lui.

Mais puisque par la grâce 130 de Dieu vous êtes délivrés de l'impiété de cette doctrine, et de la malice de ces personnes, qui ont été si hardies que de troubler la paix, dont le peuple jouissait, et que la désobéissance de Mêlée et de ceux de son parti, n'était pas encore réprimée, nous sommes obligés de vous dire ce que le Concile a jugé à propos d'ordonner à cet égard. Il a bien voulu traiter Méléce, avec douceur. Car à la rigueur, il ne méritait aucun pardon. Il lui a donc permis de demeurer dans sa Ville, sans y exercer aucun pouvoir ni d'élire, ni d'ordonner, et sans aller dans aucune Ville, ou dans aucun Bourg pour cet effet, mais de retenir seulement le nom et la dignité d'Evêque, sans aucune fonction. Pour ce qui est de ceux qu'il a établis, le Concile a ordonné qu'ils y recevraient une plus sainte imposition de mains, qu'ils seraient admis à la communion, qu'ils conserveraient l'honneur de leur ministère, mais qu'ils ne seraient jamais qu'après ceux qui ont été ordonnés avant eux dans chaque paroisse et dans chaque Église par Alexandre notre très-cher Collègue. Cette sainte assemblée a aussi jugé qu'ils ne devaient avoir aucun droit d'élire, ni de proposer qui que ce soit, ni enfin de faire aucune chose, sans le consentement de l'Evêque de l'Eglise Catholique, qui est dans la subordination d'Alexandre. Quant à ceux qui par la grâce de Dieu, et par un effet de vos prières, n'ont jamais eu de part à aucun schisme, mais qui sont demeurés d'une manière irrépréhensible dans la communion de l'Eglise Catholique et Apostolique, ils jouiront du pouvoir d'élire, et de proposer les noms qui mériteront d'être reçus dans le Clergé, et de faire toutes les fonctions selon les Lois et les Ordonnances de l'Eglise. Que s'il arrive que quelqu'un de ceux qui sont dans les Ordres, meure, un de ceux qui 131 viennent d'être admis, pourra être choisi pour remplir sa place, pourvu qu'il en soit jugé digne, et que le choix du peuple soit confirmé par le suffrage de l'Evêque d'Alexandrie. C'est une grâce, qui est accordée à tous les autres. Mais elle a été refusée à Méléce, de peur qu'un homme aussi fâcheux, et aussi emporté que lui, n'abusât de son autorité, pour exciter de nouveaux troubles. Voila ce qui regarde l'Egypte,, en particulier, et la sainte Eglise d'Alexandrie, Que s'il y a eu outre cela quelque chose de décidé, en présence d'Alexandre notre très-cher frère et Collègue, il vous en informera plus particulièrement, puisqu'il y a eu la principale part. Nous vous avertirons encore que par un effet de vos prières nous sommes demeurés d'accord touchant la célébration de la Fête de Pâques, et que tous nos frères qui sont en Orient, et qui ne célébraient point cette Fête-là, comme les Romains la célèbrent, et comme vous la célébrez de tout temps, la célébreront à l'avenir avec vous. Réjouissez-vous donc de l'heureux succès de nos entreprises, du rétablissement de la paix entre les Fidèles, de l'extirpation des erreurs, et recevez avec un profond respect et une profonde charité, Alexandre votre Evêque et notre Collègue, qui dans un âge fort avancé a supporté de grandes fatigues pour rétablir parmi vous une parfaite intelligence, et qui nous a donné une très-grande joie par sa présence. Priez pour nous tous, afin que ce que nous croyons avoir décidé très-équitablement, demeure stable et inviolable, par la puiflance.de Jésus Christ notre Seigneur, selon la volonté du Père, dans l'esprit, auquel gloire soit rendue durant tous les siècles. Ainsi soit-il. » La Trinité est Consubstantielle et éternelle. Quelque soin que cette sainte Assemblée eût 132 pris d'apporter des remèdes convenables aux maladies spirituelles de Méléce, il y a encore aujourd'hui des restes de son extravagance; et il se trouve des Congrégations de Moines, qui ne tiennent point une sainte doctrine, et qui observent une discipline, qui a grand rapport avec les folles coutumes des Samaritains et des Juifs. L'Empereur écrivit aussi aux Évêques, qui n'avaient pu assister au Concile, pour les informer de ce qui s'y était passé. Je crois devoir insérer sa Lettre dans mon Ouvrage, comme une preuve manifeste de sa piété.

CHAPITRE X.

Lettre de l'Empereur Constantin: Aux Évêque qui n'avaient point assisté au Concile de Nicée, touchant ce qui a été ordonné dans ce Concile. Constantin Auguste : Aux Eglises. « LA prospérité dont nous jouissons, m'ayant fait reconnaître très-clairement la grandeur de la bonté de Dieu envers nous, j'ai cru que le principal soin que je devais prendre, était de faire en sorte que les Enfants bienheureux de l'Eglise Catholique fussent unis par le lien d'une même foi, d'une charité sincère, et d'une piété uniforme envers Dieu. Mais parce qu'il n'y avait point de moyen plus convenable de s'assurer de la possession d'un si grand bien, que de faire examiner les matières de la Religion par tous les Evêques, ou au moins par le plus grand nombre, j'en ai assemblé le plus grand, qu'il m'a été possible, et j'ai assisté à leur assemblée comme un d'entre vous. Car je n'ai garde 133 de dissimuler le sujet de ma joie, qui est que je suis comme vous, et avec vous, serviteur de Jésus Christ. Tous les points concertés, ont ,été examinés très-exactement jusques à ce que la doctrine, qui plaît à Dieu, qui tend à la réunion des esprits, et qui ne laisse pas le moindre sujet de division, ait été très-clairement reconnue.

La question touchant la célébration de la fête de Pâques ayant été ensuite agitée, on a jugé tout d'une voix, qu'il était fort à propos qu'elle fût célébrée au même jour dans toute l'étendue de l'Eglise. Que pouvons-nous faire de plus conforme à la bienséance, et à l'honnêteté, que d'observer tous de la même sorte, cette fête, où nous avons tous reçu l'espérance de l'immortalité ? On a jugé que c'aurait été une pratique indigne de la sainteté de l'Eglise, de la solenniser selon la coutume des Juifs, qui ont les mains souillées, et l'esprit aveuglé par leurs crimes. Nous pouvons rejeter leur usage, et en faire passer aux siècles à venir, un qui est plus raisonnable, et qui a été suivi depuis le jour de la Passion du Sauveur jusques ici. N'ayons donc rien de commun avec la nation des juifs, qui est une nation ennemie. Nous avons appris de nôtre Maître une autre voie, et l'on tient une autre route dans notre sainte Religion. Demeurons-y tous, mes très-chers frères, et nous éloignons d'une société aussi infâme qu'est celle de ce peuple. Il n'y a rien sir ridicule que la vanité, avec laquelle ils se vantent que nous ne saurions célébrer cette fête comme il faut, si nous n'en apprenons la méthode dans leur école. .Que peuvent savoir des hommes qui, depuis qu'ils se sont rendus coupables de la mort du Seigneur, ne se conduisent plus par la lumière de la raison, mais sont emportés par la fureur de leurs passions. Ils sont si éloignés en ce point-

134 là-même de la vérité, qu'il arrive souvent, qu'ils célèbrent deux fois la fête de Pâques dans la même année. Quel sujet aurions-nous de suivre leur égarement ? Car jamais nous ne consentirons à célébrer deux fois dans la même année la fête de Pâques. Mais quand nous n'aurions pas toutes les raisons que je viens de dire, la prudence ne laisserait pas de vous obliger à souhaiter que la pureté de votre conscience ne fût salie par l'observation d'aucune coutume qui ait rapport à celles d'une aussi méchante nation que la Judaïque.

Il faut de plus considérer, qu'il n'est nullement peles membres, bien que répandus en divers lieux, ne laissent pas d'être mus par le même esprit, et conduits par la même volonté de Dieu. Que votre sainteté considère avec sa sagesse ordinaire, combien ce serait une chose fâcheuse et contraire à la bienséance qu'aux mêmes jours les uns gardassent le jeûne, et les autres fissent des festins. Le dessein de la divine providence est que cette diversité de discipline soit abolie, et que l'uniformité soit introduite, comme je me persuade que vous le reconnaissez de vous-mêmes. Ainsi cet abus devant être corrigé, afin que nous n'eussions plus rien de commun avec les parricides qui ont fait mourir nôtre Maître, et la coutume observée par toutes les Eglises de Midi, de Septentrion et d'Occident, et par quelques-unes mêmes d'Orient, étant très-raisonnable, tous ont jugé qu'elle devait être généralement reçue et j'ai promis que vous vous y conformeriez. Embrassez donc volontairement l'usage, qui 135 est établi à Rome, en Italie, en Afrique, en Egypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, en Achaïe, dans le Diocèse d'Asie, et de Pont, et en Cilicie. Considérez non seulement que le nombre de ces Eglises-là est plus grand que celui des autres, mais encore que leur usage est appuyé sur de solides raisons; et que nous ne devons rien avoir de commun avec le parjure des Juifs. Pour employer moins de paroles, je vous dirai que tous les Évêques ont été d'avis de célébrer la fête de Pâques au même jour. II ne doit point y avoir de différentes pratiques dans une si grande solennité, et le plus sûr est de suivre l'usage, qui éloigne de la société de l'erreur, et du crime.

Ce qui étant ainsi, obéissez avec joie à cet ordre, car ce qui est ordonné par les Evêques dans les Conciles, n'est ordonné que par la volonté de Dieu. Lorsque vous aurez fait savoir à vos très-chers frères ce que je vous écris, vous résoudrez ensemble d'observer au même jour la très-sainte fête de Pâques ; afin que quand je vous irai trouver, comme je le souhaite avec passion depuis longtemps , je puisse la célébrer avec vous, et me réjouit de ce que la cruauté du diable a été surmontée par la puissance de Dieu, et de ce que la paix et la vérité de notre Religion règnent par toute la terre. Je prie Dieu, mes très-chers frères qu'il vous conserve. »

CHAPITRE XI. Libéralité de Constantin envers l'Eglise. Voila ce que l'Empereur Constantin écrivit aux Évêques qui étaient absents. Pour les autres qui étaient à Nicée, et qui étaient au nombre de trois cens dix-huit, il les traita très-civilement, leur dit des paroles très-obligeantes, et leur fit des présents. Il commanda de dresser quantité de sièges couverts de tapis, fit à tous les Prélats de cette Assemblée un grand festin, mit les principaux à sa table. Ayant remarqué que quelques-uns avaient l'œil droit crevé, et ayant appris qu'ils l'avaient perdu pour l'intérêt de la foi, il baisa la plaie qui leur en restait, et crut qu'elle serait pour lui une source de bénédiction, et de grâce. Il leur fit encore d'autres présents après le repas. Il donna ordre aux Gouverneurs des Provinces de distribuer dans chaque Ville des pensions aux Filles, aux Veuves, et aux Ecclésiastiques, et en régla la somme non seulement selon lest: besoin, mais selon sa magnificence. On en paye encore le tiers en ce temps-ci. Julien les avait retranchées absolument. Mais son successeur n'en a rétabli que le tiers, à cause de la disette qui était en ce temps-là. Que si la pension était trois fois plus forte au temps de Constantin qu'elle n'est aujourd'hui, on peut reconnaître par là la grandeur de la libéralité de ce Prince.

Je n'ai garde d'oublier de dire, que quelques personnes qui aimaient les querelles et les différends, ayant présenté à l'Empereur des Requêtes contre des Évêques, il en fit un paquet où il commanda de mettre son cachet. Lorsqu'il eût rétabli la bonne intelligence parmi eux, il brûla toutes les Requêtes 137 en leur présence, et les assura avec ferment qu'il ne les avait point lues. Il disait qu'il ne fallait pas publier les crimes des Évêques, de peur qu'ils ne fussent au peuple un sujet de scandale, et de chute. II ajoutait que s'il avait surpris un Évêque dans un adultère, il aurait mis sa robe Impériale au devant, de peur que l'exemple de ce crime ne fût préjudiciable à ceux qui le verraient. Après avoir rendu ces honneurs aux Prélats, et leur avoir donné ces sages avis, il les exhorta à retourner à leurs Eglises. J'insérerai ici une Lettre d'Eusèbe Évêque de Césarée, pour faire voir l'extravagance, et la malice des Ariens, qui non contents de mépriser nos pères., renoncent aux leurs. Car bien qu'ils respectent Eusèbe comme un célèbre Ecrivain, qui est dans leurs sentiments, ils ne laissent pas de trouver à redire à ses Ouvrages. Il a écrit la lettre dont je parle à quelques Ariens, qui l'accusaient d'avoir trahi leur parti. Ses paroles expliqueront mieux sa pensée, que les miennes ne le pourraient faire.

CHAPITRE XII. Lettre d'Eusèbe, Evêque de Césarée. « IL y a apparence, mes très-chers frères, que vous avez appris par une autre voie ce qui a été agité touchant la foi dans le grand Concile de Nicée. Car la renommée a accoutumé de prévenir les relations les plus particulières et les plus exactes. Or de peur que cette renommée ne vous rapporte les choses d'une autre manière quelles ne se sont passées, j'ai cru vous devoir envoyer la formule de foi telle que je l'ai proposée, et ensuite les additions avec lesquelles les 138 Evêques ont jugé à propos de la publier. Voici la nôtre, telle qu'elle a été lue en présence de l'Empereur, et approuvée généralement par tout le monde ;

telle que nous l'avons reçue des Evêques nos prédécesseurs; telle que nous l'avons apprise dans notre jeunesse, lorsque nous avons reçu le baptême ; telle qu'elle est contenue dans l'Ecriture sainte ; telle enfin que nous l'avons enseignée tant dans l'Ordre de Prêtrise,, que dans la dignité Episcopale, et que nous tenons encore aujourd'hui.

Nous croyons en un Dieu, Père Tout puissant, qui a créé toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur a conversé parmi les hommes, qui a souffert,, et est ressuscité le troisième jour ; qui est monté à son Père, et qui viendra de nouveau, plein de gloire pour juger les vivants, et les morts., Nous croyons aussi en un saint Esprit. Nous croyons l'existence, et la subsistance de chacun d'eux, que le Père est vraiment Père, que le, Fils est vraiment Fils, et que le saint Esprit est vraiment saint Esprit : comme notre Seigneur le déclara, lorsqu'il envoya ses Apôtres prêcher l'Evangile, en leur disant :

Allez. et instruisez tous leσ peupleσ, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et au saint Esprit. Nous protestons que nous tenons cette foi, que nous l'avons, toujours tenue, et que nous la tiendrons constamment jusques à la mort, en condamnant l'impiété de toutes les hérésies. Nous attestons en présence de Dieu tout-puissant, et de notre Seigneur Jésus Christ, que nous avons tenu 139 sincèrement et de cœur toutes ces choses depuis que nous avons été capables de nous connaître, et de faire quelque réflexion sur nous-mêmes. Et nous sommes prêts de faire voir par des preuves très-certaines, et capables de vous convaincre, que nous avons toujours été dans cette créance, et que nous l'avons toujours prêchée.

Lorsque nous proposâmes cette formule de notre foi, on n'y trouva rien à redire. Notre Empereur très-chéri de Dieu témoigna le premier qu'elle était fort bien conçue, et qu'il l'approuvait, et exhorta tous les autres à la signer, en y ajoutant seulement le terme de Consubstantiel. II expliqua ce terme en disant qu'il ne l'entendait point selon les propriétés du corps, et, qu'il ne croyait point que le Fils subsistât du Père par division, ni par section, parce qu'une nature incorporelle et intellectuelle ne peut. avoir de propriété corporelle, et que cela se doit entendre d'une manière spirituelle et divine. Voila comment ce très-sage et très-religieux Prince s'expliqua. Les Evêques prirent occasion de ce terme de Consubstantiel, de dresser la formule qui suit. Symbole. NOUS croyons en un Dieu, Père tout puissant qui a créé toutes les choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus Christ, Fils unique de Dieu, engendré par le Père, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu, qui n'a pas été fait, mais engendré, qui n'a que la même substance que le Père, qui est Consubstantiel au Père, et par qui toutes les choses qui sont dans le ciel et sur la terre ont été faites ; qui est descendu des cieux pour nous hommes misé -

140 rables, et pour notre salut ; qui s'est incarné et s'est fait homme, et a souffert, qui est ressuscité le troisième jour, qui est monté au ciel, d'où il viendra pour juger les vivants et les morts. Nous croyons au saint Esprit. Quant à ceux qui disent, il ya eu un temps auquel il n'était pas, et il n'était pas avant qu'il eût été engendré, il a été fait de ce qui n'était point auparavant, il est d'une autre nature, et d'une autre substance que le Père, il est créé, et sujet au changement la sainte Eglise Catholique et Apostolique prononce contre eux anathème.

Quand ils eurent dicté cette formule de foi, nous ne laissâmes pas passer sans examen ce qu'ils avaient dit que le Fils est de la substance du Père, et Consubstantiel au Père. On fit plusieurs questions et plusieurs réponses pour rechercher le sens de ces termes. Ils avouèrent que le sens est que le Fils est du Père, mais non comme une de ses parties. Nous crûmes qu'il était juste de recevoir ce sens, parce que c'est une saine doctrine de dire que le Fils est du Père, non toutefois comme une partie de sa substance. Nous recevons cette idée, et ne rejetons pas même le terme de Consubstantiel pour le bien de la paix, et de peur de nous éloigner de la vérité. Nous avons approuvé par la même raison ces autres termes, engendré, et non pas fait. Car ils disaient que le terme de fait, est un terme commun à toutes les créatures qui ont été faites par le Fils, et auxquelles il n'est point semblable, étant d'une nature plus relevée ; qu'il tire sa substance du Père, selon que l'Ecriture l'enseigne, par une génération secrète qu'aucun esprit créé ne saurait comprendre, ni aucun discours exprimer. Cette manière dont le Fils est Consubstantiel au Père ayant été examinée» on demeura d'accord qu'elle est diifé- 141 rente de celle des corps, parce que ce n'est point par division de substance, ni par retranchement, ni par changement de la nature et de la vertu du Père.

Que quand on dit que le Fils est Consubstantiel au Père on n'entend rien autre chose, sinon que le Fils de Dieu n'a aucune ressemblance avec les créatures qui ont été faites par lui, mais qu'il aune parfaite ressemblance avec son Père par qui il a été engendré, qu'il est du Père, et non d'une autre hypostase, ni d'une autre substance. Cette doctrine ayant été expliquée de la sorte, nous avons cru la devoir approuver par ce que nous avons trouvé que d'anciens Évêques, et de savants Ecrivains se sont servis du terme de Consubstantiel, pour expliquer la Divinité du Père et du Fils. Voila ce que j'avais à vous dire touchant la Foi qui a été proposé dans le Concile de Nicée, et à laquelle nous avons crus, conscients, non inconsidérément et non sans avoir mûrement délibéré, mais après avoir examiné en présence du très-religieux Empereur les sens que je viens de rapporter, et les avoir approuvés pour les raisons que j'ai dites. Nous avons aussi consenti sans peine à l'anathème, qu'ils ont prononcé après la Formule de foi, parce qu'il défend de le servir de termes étrangers et éloignés de ceux dont l'Ecriture sainte se sert ; étant certain que c'est de ces termes-là que sont venus tous les différends et les troubles de l'Eglise. L'Ecriture inspirée par le saint Esprit ne s'étant donc jamais servie de ces termes, de ce qui n'est point, et il y a eu autrefois un temps où il n'était point, ni d'autres semblables qui sont rapportés dans le même endroit, nous n'avons pas cru qu'il fût raisonnable de les employer, ni de les enseigner. Nous nous sommes encore soumis d'autant plus volontiers en ce point au décret du Concile, que nous n'a-

142 vions point accoutumé de nous servir de ces termes. Nous avons cru, mes très-chers frères, vous devoir représenter exactement toutes ces choses pour vous faire voir avec combien de prudence et de maturité nous avons ou suspendu ou donné notre consentement, et pour vous faire connaître combien nous avons eu de raisons de résister presque jusques à la fin, pendant que nous étions choqués de certains terme, qui avaient été rédigés par écrit. Mais enfin nous avons reçu sans contestation ce qui ne nous choquait plus, depuis que par l'examen du sens, nous avons trouvé qu'il était conforme à la foi, dont nous avons toujours fait profession. »

CHAPITRE XIII. Réfutation des Ariens de ce temps, par les livres d'Eusèbe Evêque de Césarée. EUSEBE déclare ouvertement que le terme de Consubstanciel n'étéit pas un terme nouveau, qui eût été inventé par les Evêques du Concile de Nicée, mais que c'était un terme ancien, et que les pères avaient fait passer depuis longtemps à leurs enfants. Il assure tant dans le même Ouvrage, que dans un autre, où il donne des louanges extraordinaires à Constantin, que les Evêques de ce Concile approuvèrent d'un commun consentement la doctrine de la foi, qui y avait été expliquée. Voici ses paroles.

« Constantin ayant fait ce discours en latin, qui fut expliqué en grec par un interprète, il permit aux: principaux du Concite, de dire ce qu'il leur plairait. Alors les uns commencèrent à se plaindre de ceux qui étaient proche d'eux, et ceux-ci à se défendre, et à se plaindre à leur tour. L'Em-

143 pereur écouta patiemment tout ce qu'ils voulurent proposer de part et d'autre, repéra leurs raisons, leur donna un .nouveau jour, et apasfa leurs différends. Il leur parlait à tous avec une grande douceur, et leur parlait en grec, car il n'ignorait pas cette langue. Il se rendit agréable et charmant dans cette assemblée, en persuadant les uns, en fléchissant les autres, en louant ceux qui avaient parlé à propos, et les réunit de telle sorte, qu'ils firent tous profession de la même foi,.et convinrent de célébrer au même jour la fête de Pâques. Ce qui acait été ordonné, fut rédigé par écrit, et signé par tous les Evêques. »

Eusèbe ajoute un peu après.peu après.

« L'empereur leur donna congé et la permission de retourner en leur pays. Depuis qu'ils y furent retournés avec une extrême joie, ils y demeurèrent unis dans le même sentiment, et comme joints tous ensemble pour ne plus faire qu'un corps. Constantin fort content de l'heureux succès de cette grande .entreprise, en fit sentir le fruit par ses lettres à ceux qui en étaient le plus éloignés.Il fît de grandes largesses tant aux habitnts des Villes qu'aux peuples de la Campagne, afin qu'ils fissent des réjouissances publiques pour la vingtième année de son régne. » Bien que les Ariens aient accoutumé de combattre l'autorité des Pères, ils devaient déférer au témoignage de celui-ci qu'ils admirent parmi tous les autres, et croire que la profession de foi fut signée dans le Concile d'un commun consentement. Mais s'ils méprisent si fort leurs propres Auteurs, ils devaient au moins s'éloigner avec horreur de l'impiété d'Arius,lorsqu'ils apprirent l'étrange genre de sa mort. Comme il est probable qu'il n'est pas connu de tout le monde, j'en ferai ici un récit très fidèle.

144 CHAPITRE XIV. Mort d'Arius. APRES qu'il eut demeuré fort longtemps dans Alexandrie, il excita de nouveaux troubles dans les assemblées des Fidèles, tantôt renonçant à son impiété, et tantôt promettant de recevoir la profession de foi qui avait été composée par les Evêques du Concile. Mais n'ayant pu faire croire ni à Alexandre, ni à Athanase son successeur, et l'imitateur de sa vertu, qu'il agissait de bonne foi, il retourna à Constantinople par le moyen d'Eusèbe Évêque de Nicomédie. Les intrigues qu'il y trama, et la manière dont la justice divine le punit, sont mieux représentées par Athanase dans une de ses lettres à Appion, qu'ils n'auraient pu l'être par aucun autre. J'en insérerai ici une partie.

« Je n'étais pas, dit-il, à Constantinople, lorsqu'il mourut. Mais Macaire Prêtre y était, de qui j'ai appris le genre et les circonstances de sa mort Les Ariens avaient fait en sorte que l'Empereur Constantin envoyât quérir Arius. Lorsqu'il fut entré, l'Empereur lui demanda s'il tenait la foi de l'Eglise Catholique. Il répondit avec serment que sa foi était Orthodoxe, et en présenta sa profession, où il cachait artificieusement les erreurs, pour lesquelles il avait été chassé de l 'Eglise par Alexandre, et les couvrait sous quelques paroles de 'Ecriture. Lors donc qu'il eut juré qu'il ne tenait point les sentiments, pour lesquels il avait 'été chassé de l'Eglise par Alexandre, l'Empereur le renvoya, en lui disant :

si votre créance est Orthodoxe, votre serment est véritable, que si elle ne l'est pas, et que vous ayez fait un faux 145 serment, Dieu vous jugera.

Lorsqu'il fut sorti du Palais de l'Empereur, les partisans d'Eusèbe usant de leur violence ordinaire, entreprirent de le rétablir dans la communion des Fidèles. Alexandre Evêque de Constantinople, d'heureuse mémoire, s'y opposa, en s'écriant que l'auteur d'une hérésie ne devait point être admis à margin-left: 10px; margin-right: 10px"> Ce fut un samedi qu'ils le menacèrent de cette manière. Alexandre fort affligé de ce discours, entra dans l'Eglise, leva les mains au ciel, gémit devant Dieu, prosterné contre terre dans l'enceinte de l'Autel. Macaire était avec lui, il priait avec lui, et entendait les termes, auxquels la prière était conçue. Il demandait de deux choses l'une. Si Arius, disait-il, doit être admis demain à la communion, appelez-moi à vous Seigneur, et ne perdez pas le pieux avec l'impie. Si vous pardonnez à votre Eglise, et je sais que vous lui pardonnez, ayez égard aux paroles des partisans d'Eusèbe, et ne permettez pas que votre héritage soit ruiné et déshonoré. Otez Arius du monde, de peur que, s'il entrait dans l'Eglise, l'hérésie n'y entrât aussi avec lui, et que la piété ne se trouvât dans un même lieu avec l'impiété. Après avoir fait cette prière, il sortit de l'Eglise tout rempli de crainte et d'inquiétude, et à l'heure-même il arriva un miracle tout-à-fait étrange et étonnant. Les partisans d'Eusèbe avaient fait des menaces, l'Evêque avait fait des prières, Arius avait confiance en la protection que les partisans d'Eusèbe lui donnaient, et après avoir dit beaucoup de choses avec autant d'extravagance que de va-

146 nité, il se sentit pressé d'un mal de ventre, et entra dans un lieu secret, et il creva aussitôt par le milieu, comme il est écrit, tomba à terre, et fut privé de la vie aussi bien que de la communion.

Les Partisans d'Eusèbe chargés de honte, lui donnèrent la sépulture, comme à un homme de leur créance. Le bienheureux Alexandre assembla les Fidèles remplis de joie, de ce qu'ils ne voyaient plus rien dans leur assemblée.de contraire à la piété et à la foi. Il fit ses prières avec tous les frères, et rendit gloire à Dieu. Ce n'est pas qu'il se réjouit de la mort d'Arius, il en était fort éloigné ; car il n'y a point d'homme, qui ne doive mourir un jour. Mais c'est qu'elle était arrivée d'une manière qui surpassait l'esprit et les jugements des hommes. Car Dieu prononçant sur les menaces des partisans d'Eusèbe, et sur la prière d'Alexandre, condamna l'hérésie d'Arius, la déclarant indigne de la Communion de l'Eglise, et faisant voir que quand elle aurait été soutenue par la puissance de l'Empereur, et par le suffrage de tous les peuples, elle était rejetée par la vérité. » Voila les premières gerbes qu'Arius recueillit de la pernicieuse semence qu'il avait jetée dans le champ de l'Eglise, et les prémices des châtiments, qui lui étaient réservés dans le siècle à venir. Son supplice à été comme un aveu de son impiété.

Je parlerai maintenant de la piété de l'Empereur, et de la lettre par laquelle il exhorta ses sujets à renoncer à la superstition païenne, et à embrasser la doctrine du Sauveur, il excitait les Evêques à bâtir des Eglises, et leur donnait l'argent nécessaire pour paye lies Ouvriers. Mais ses paroles expliqueront ceci mieux que les miennes.

147 CHAPITRE XV. Lettre de Constantin pour le Rétablissement des Eglises. Constantin Vainqueur, très-Grand, Auguste : à Eusèbe. « Je me persuade, mon très-cher frère, que les serviteurs du Sauveur, ayant été jusques à ce jour exposés à l'injustice, et à la violence de la persécution, les Eglises sont tombées en ruine pour avoir été négligées, ou au moins qu'elles n'ont point été entretenues avec le soin qui était nécessaire. Mais maintenant que la liberté est rendue à l'Eglise, et que le dragon a été privé de sa puissance souveraine par l'ordre de la providence, et par la force de mes armes, je crois que la grandeur de Dieu est connue de tout le monde, et que ceux qui ont manqué autrefois ou par passion, ou par infidélité, embrasseront volontairement son culte. Travaillez donc avec toute application dont vous êtes capable, au rétablissement des Eglises soumises à votre conduite, et avertissez les Évêques, les Prêtres et les Diacres des autres lieux, de travailler avec la même application, pour réparer les Edifices, qui subsistent encore, pour les accroître, ou pour en faire de nouveaux. Demandez, vous, et les autres Évêques aux Gouverneurs de Provinces, et au Préfet du Prétoire, tout ce qui sera nécessaire pour cet effet. Car ils ont reçu par écrit d'obéir à tout ce que votre Sainteté leur commandera. Je prie Dieu, mon très cher frère, qu'il vous conserve. » Voila ce que cet Empereur écrivit aux Evêques de toutes les Provinces pour le rétablissement des

148 Eglises. Nous allons voir par ce qu'il manda à Eusèbe Evêque de Césarée, combien il prit de soin de faire écrire quantité d'exemplaires des livres de la sainte Ecriture. suite

DE THEODORET

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CHAPITRE XVI. Lettre de Constantin pour faire écrire les Livres de l'Ecriture sainte. Constantin Vainqueur, très-Grand, Auguste : à Eusèbe Evêque de Césarée. « UNE très-grande multitude de personnes ont, par la miséricorde du Sauveur, fait profession de la Religion Chrétienne dans la Ville laquelle nous avons donné notre nom. Il est juste que les Eglises y soient accrues, à proportion du reste de toutes les autres choses qui y reçoivent de jour en jour un nouvel accroissement, permettez donc que je vous déclare le dessein que j'ai conçu. Je suis d'avis que vous fassiez écrire en beau parchemin, cinquante exemplaires de la sainte Ecriture, dont vous savez que l'usage est très-nécessaire dans l'Eglise, et que vous choisissiez des personnes capables ; de sorte que ces exemplaires-là soient aisés à lire, et qu'ils puissent être transportés commodément. J'ai mandé au Logothète du Diocèse, qu'il ait soin de fournir ce qui sera nécessaire pour cette dépense. Il sera de votre diligence de pourvoir à ce que ces copies soient achevées en peu de temps. Lorsqu'elles le seront, prenez, en vertu de cette lettre, deux voitures publiques, pour me les envoyer, et choisissez pour cet effet un de vos Diacres, que je recevrai favorablement, Que Dieu vous conserve, mon très-cher frère.»

CHAPITRE XVII.

Lettre de Constantin : à Macaire Evêque de Jérusalem, pour la construction d'une Eglise. Constantin Vainqueur, très-Grand, à Macaire Evêque de Jérusalem. « LA grâce que le Sauveur nous fait, est si extraordinaire et si admirable, qu'il n'y a point de paroles qui la puissent dignement exprimer. En effet qu'y a-t-il de si admirable que l'ordre de la providence, par lequel il a caché sous terre durant un si long espace de temps le monument de sa passion , jusques à ce que l'ennemi de la piété eût été vaincu, et que ses serviteurs eussent été mis en liberté ? Il me semble que quand on assemblerait tout ce qu'il y a de Savants et d'Orateurs dans le monde, ils ne pourraient jamais rien dire qui approchât de la grandeur de ce miracle, parce qu'il est autant au dessus de toute créance, que la sagesse éternelle est au dessus de la raison. C'est pourquoi je me propose d'exciter tous les peuples à embrasser la véritable Religion avec une ardeur égale a l'éclat des événements merveilleux par lesquels la vérité de la foi est confirmée de jour en jour. Je ne doute point que comme ce dessein là que j'ai, est connu de tout le monde, vous ne soyez très-persuadé que je n'ai point de plus forte passion, que d'embellir par de magnifiques bâtiments, ce lieu qui étant déjà saint a été encore sanctifié par les marques de la passion du Sauveur, et qui a été déchargé par la volonté de Dieu et par mes soins, du poids d'une Idole dont il avait été chargé. Je mets à votre prudence, de prendre les soins 150 nécessaires, pour faire en sorte que les édifices surpassent en grandeur et en beauté tout ce qu'il y a de beau et de grand au reste du monde. J'ai donné charge à notre très-cher Dracilien, Vicaire des Préfets du Prétoire, et Gouverneur de la Province, d'employer suivant vos ordres les plus excellents Ouvriers à élever les murailles. Mandez-moi quels marbres, et quelles colonnes vous désirez, afin que je les fasse conduire. Je serai bien aise de savoir, si vous jugez que l'Eglise doive être lambrissée ou non. Car si elle doit être lambrissée, on y pourra mettre de l'or. Faites savoir au plus tôt aux Officiers que je vous ai nommés, le nombre des Ouvriers, et les sommes d'argent qui seront nécessaires, et les marbres, les colonnes et les orientements qui seront les plus beaux et les plus riches, afin que j'en sois promptement informé. Je prie Dieu , mon très cher frère, qu'il vous conserve.»

CHAPITRE XVIII. Piété d'Hélène. Invention de la vraie Croix. Eglises bâties à Jérusalem. CES lettres furent portées par la mère de l'Empereur, par cette Princesse si heureuse en enfants, qui avait produit cette grande lumière, et qui l'entretenait par l'infusion continuelle de l'esprit et des sentiments de la véritable Religion, et dont la vertu recevait des éloges de la bouche de toutes les personnes de piété. Son extrême vieillesse ne lui fit point appréhender l'incommodité du voyage, et elle l'entreprit un peu avant sa mort, qui arriva en la quatre-vingtième année de son âge. Lorsqu'elle fut au lieu, où le Sauveur souffrit autrefois la mort, qui .a été une source de vie pour 151 le monde, elle commanda qu'on démolît le Temple exécrable qu'on y avait bâti, et qu'on en portât les démolitions autre part. Le tombeau qui était demeuré si longtemps caché ayant été découvert, on aperçut proche, trois Croix. On ne doutait point qu'une des trois ne fût celle du Sauveur, et que les deux autres ne fussent celles des Larrons qui avaient été crucifiés avec lui. Mais la difficulté était de les discerner, et de reconnaître celle où le corps du Seigneur avait été attaché, et qui avait été teinte de son fang. Mais Macaire, cet Evêque rempli de sagesse, trouva le moyen de lever cette difficulté. Car après s'être mis en prière, il fit toucher les trois Croix à une Dame de qualité qui était malade depuis longtemps, et reconnut la puissance de celle du Sauveur. En effet cette Croix ne l'eut pas sitôt touchée qu'elle chassa la maladie, et lui rendit la santé.

La mère de l'Empereur ayant appris de la sorte ce qu'elle avait souhaité avec tant de passion de savoir, elle fit mettre une partie des clous au casque de Constantin pour le garantir des traits de ses ennemis ; et une autre partie au mors de son cheval tant pour le conduire, et pour le défendre, que pour accomplir cette Prophétie, qui avait été faite longtemps auparavant par Zacharie : Ce qui est dans le mors du cheval sera. Saint au Seigneur tout-puissant. Elle fit porter une partie de la vraie Croix au Palais, et laissa l'autre dans une chasse d'argent entre les mains de l'Evêque, qu'elle pria de la garder avec soin. Ayant ensuite fait chercher un grand nombre d^Ouvriers, et amasser quantité de matériaux, elle éleva deux Eglises, dont il est d'autant plus inutile de décrire ici la grandeur, et la beauté, que toutes les personnes de piété qui s'y rendent en foule, ne sauraient les voir sans les admirer.

Je rapporterai, encore une autre action fort louable de cette incomparable Princesse. Elle assem-

152 bla une troupe de filles qui avaient consacré à Dieu leur virginité, et les ayant fait asseoir, elle leur donna à laver, leur versa à boire; et les servit à table, elle retourna ensuite vers l'Empereur son fils, et mourut bientôt après d'une mort douce et tranquille. Elle lui donna, avant que de mourir, de sages conseils, et lui souhaita toutes sortes de grâces. Elle reçut après sa mort les honneurs qui étaient dus à sa piété.

CHAPITRE XIX. Translation illégitime d'Eusèbe Evêque de Nicomédie. LES Ariens poursuivaient cependant leurs détestables desseins. Ils n'avaient signé la profession de foi du Concile de Nicée que pour pouvoir agir en loups, sous des peaux de brebis. Alexandre Evêque de Byzance ou de Constantinople, qui avait fait mourir Arius par la force de sa prière, étant passé à une meilleure vie, Eusèbe le protecteur de l'impiété, sans respecter les règles qu'il avait faites un peu auparavant avec les autres Prélats, et les Canons qui défendent aux Evêques, et aux Prêtres de passer d'une Ville à l'autre, quitta l'Eglise de Nicomédie, pour s'emparer de celle de Constantinople. Mais il ne faut pas s'étonner que la discipline Ecclésiastique ait été violée par des personnes qui avaient été si extravagantes que de conspirer contre la divinité du Fils de Dieu. Ce n'était pas aussi la première fois qu'il avait contrevenu à ce Canon. Car il avait déjà abandonné l'Eglise de Béryte pour passer à celle de Nicomédie, d'où il fut chassé incontinent après la célébration du Concile de Nicée, de mê- 153 me que Théognis de celle de Nicée, lorsqu'ils eurent fait profession ouvertement de l'impiété ; la vérité de ce fait est justifiée par une lettre de l'l'Empereur Constantin aux habitants de Nicomédie, de laquelle j'insérerai ici une partie.

CHAPITRE XX. Lettre de l'Empereur Constantin, aux habitant de Nicomédie. « QUI est-ce qui a enseigné cela au simple peuple? c'a été Eusèbe le partisan de la cruauté des tyrans. Car il n'est que trop aisé de faire voir qu'il a perpétuellement favorisé leurs intérêts. Le massacre des Evêques, mais des véritables Evêques en fait foi. La persécution faite aux fidèles le crie hautement. Je ne parlerai point de mes injures particulières, des cabales faites pour émouvoir le peuple, des espions envoyés, et peu s'en faut que je ne dise, des troupes levées, parce que peu s'en est fallu en effet qu'il n'en ait levé contre moi Que personne ne s'imagine que je n'ai point de preuve de ce que j'avance. J'en ai de très-certaines, puisque je me suis saisi des Prêtres et des Diacres de sa suite. Mais je passe sur toutes ces choses, que je n'ai touchées que pour donner de la confusion à ces personnes, plutôt que pour témoigner mon ressentiment. Il n'y a qu'une chose qui me touche qui est qu'Eusèbe vous rend ses complices, et que par sa mauvaise doctrine il vous éloigne de la vérité. Mais il sera aisé de guérir vos consciences, si après avoir reçu un autre Evêque qui soit d'une doctrine orthodoxe, vous levez les yeux vers Dieu. Cela ne dépend que de vous et je ne doute

154 point que cela n'eût déjà été exécuté, si Eusèbe ne fût venu ici à la faveur de ses partisans, qui avaient alors un très-grand pouvoir, et qu'il n'eut troublé tout l'ordre de la discipline. Puisque je suis obligé de vous parler de lui, vous vous souvenez que j'assistai au Concile qui fut tenu dans la Ville de Nicée, comme mon devoir m'y obligeait, et que je n'y assistai par aucun autre motif, que par celui de rétablir la paix, et la bonne intelligence parmi les fidèles, et d'exterminer l'erreur à laquelle l'extravagance d'Arius avait donné la naissance, et les brigues d'Eusèbe un notable accroissement. Vous.ne sauriez croire, mes très-chers frères, avec qu'elle ardeur, et avec quelle impudence ce dernier étant convaincu par le témoignage de sa conscience, agit pour soutenir le mensonge, soit en interposant diverses personnes pour me parler en sa faveur, ou en implorant ma protection afin que j'empêchasse qu'il ne fût privé de sa. dignité, bien que son crime fût manifeste. Dieu, que je prie de m'être propice, et à vous aussi, m'est témoin de ce que je dis. Cet Eusèbe m'imposa alors, et me trompa honteusement, comme vous savez vous-mêmes. Il ne se fit rien que selon que le désirait cet homme, qui ne désirait rien de bien. Mais pour passer les autres crimes sous silence je vous prie que je vous raconte celui qu'il commit ces jours passés avec Théognis le compagnon de sa folie. J'avais commandé que l'on amenât ici quelques habitants d'Alexandrie qui cabalaient contre mon service, et qui excitaient les autres à la révolte. Mais ces excellents Evêques auxquels le Concile avait fait la grâce de les admettre à la pénitence, se rendirent non seulement leurs protecteurs, mais encore leurs complices en les retirant chez eux. Ce qui m'a fait résoudre à reléguer ces ingrats dans quelque 155 pays fort éloigné. Il ne vous reste plus que de regarder Dieu avec les yeux de la foi que vous avez toujours eue, et que vous devez avoir. Réjouissons-nous d'avoir trouvé des Évêques saints et orthodoxes. Que si quelqu'un parle avantageusement de ces pertes, ou entreprend de faire leur éloge, qu'il sache que sa hardiesse sera réprimée par l'autorité que Dieu m'a donnée comme à son serviteur. Je le prie qu'il vous conserve, mes très-chers frères. Eusèbe et Théognis ayant été déposés de leurs Sièges et chassés de leur Ville, Amphion fut chargé du gouvernement de l'Eglise de Nicomédie, et Chreste de celle de Nicée. Mais ces deux Évêques déposés abusèrent par leurs artifices ordinaires de la bonté de l'Empereur renouvelèrent les mêmes contestations, et acquirent le même crédit qu'ils avaient eu auparavant. »

CHAPITRE XXI. Intrigues artificieuses d'Eusèbe, et de ses partisans, contre Eustate Evêque à Antioche.156 le fut aussi de ce voyage.

Quand ils furent arrivés à Antioche ils y entrèrent avec un visage d'amis, et y furent reçus avec toute sorte d'honneurs; le grand Eustate, ce généreux défenseur de la vérité leur ayant rendu tous les devoirs de la charité fraternelle. Lorsqu'ils furent arrivés aux saints lieux, et qu'ils eurent conféré avec Eusèbe Evêque de Césarée, avec Patrophile Évêque de Scythopole, avec Aëce Évêque de Lydda, avec Théodote Evêque de Laodicée, et avec quelques autres infectés de l'erreur d'Arius, ils leur découvrirent leurs desseins. Après cela ils allèrent tous ensemble à Antioche, en apparence pour rendre honneur à Eusèbe et à Théognis, mais en effet pour faire la guerre à sa vérité. Ils gagnèrent par argent une femme, qui faisait profession de prostitution publique, et lui persuadèrent de déclarer ce qu'ils lui diraient. S'étant ensuite assemblés ils firent entrer cette femme, qui tenant un enfant entre ses bras eut l'impudence de dire à haute voix qu'elle l'avait eu d'Eustate. Ce saint Évêque qui était très-assuré de son innocence lui demanda, si elle avait quelque témoin de ce qu'elle avançait si hardiment. Quand elle eut répondu qu'elle n'en avait point, ces Juges équitables s'en rapportèrent à son serment, bien que la Loi demande au moins deux témoins, et que l'Apôtre défende de recevoir une accusation contre un Prêtre, s'il n'y a deux, ou trois témoins. Ils méprisèrent ainsi les lois de l'Eglise, et bien qu'ils n'eussent aucun témoin ils reçurent une accusation si atroce contre un si grand homme. La femme ayant répété avec serment qu'Eustate était père de l'enfant qu'elle tenait entre les bras, ils le condamnèrent comme un adultère. Les autres Evêques qui tenaient la doctrine des Apôtres, et qui ne savaient rien du secret de l'intrigue, désapprouvèrent la sentence, et conseil- 157 lèrent à Eustate de n'y point acquiescer. Les auteurs de l'accusation calomnieuse prévinrent promptement l'esprit de l'Empereur, et lui ayan fait accroire que le crime était véritable, et la condamnation Canonique, ils obtinrent de lui, qu'un Evêque d'une piété singulière et d'une continence exemplaire, fut exilé comme un adultère et un tyran, et conduit à travers la Thrace à une Ville d'Illyrie.

CHAPITRE XXII. Évêques hérétiques Ordonnés à Antioche. ILS Ordonnèrent d'abord Eulale en la place d'Eustate. Mais cet Eulale n'ayant survécu que fort peu de temps , ils tâchèrent de faire transférer Eusèbe de Césarée. Eusèbe ayant refusé d'être transféré. l'Empereur même ayant défendu qu'il le fût, ils élurent Euphrone, qui n'ayant survécu qu'un an et quelques mois, eut Flaccille pour successeur. Tous ces Evêques-là cachaient dans le fond de leur cœur, le poison de l'erreur d'Arius, ce qui fut cause que plusieurs tant du Clergé, que du peuple qui avaient un zèle plus sincère et plus ardent que les autres, pour l'honneur de la Religion, et pour la pureté de la foi, s'assemblèrent à part, et furent surnommés Eustatiens. Cette misérable femme qui avait prêté sa langue à la calomnie, étant tombée bientôt après dans une longue et dangereuse maladie, elle découvrit à plusieurs Prêtres l'imposture, avoua qu'elle avait faussement accusé Eustate, et que néanmoins son serment n'était pas tout-à-fait faux, parce qu'en effet l'enfant était fils d'Eustate, Serrurier.

158 CHAPITRE XXIII.

Conversion des Indiens à la foi.

LA lumière de la foi parut alors pour là première fois dans les Indes. Car comme la réputation de la piété, et du courage de l'Empereur s'était répandue par toute la terre, et que tous les étrangers avaient reconnu par expérience, qu'il leur était plus avantageux d'entretenir avec lui la paix, que de lui faire la guerre, ils entreprenaient de grands voyages, soit par pure curiosité, ou par le désir de trafiquer, et de s'enrichir. Un Philosophe natif de Tyr, fit le voyage des Indes avec deux de ses neveux, et après avoir contenté sa curiosité, il remonta sur mer, pour retourner en son pays. Le vaisseau sur lequel il était, ayant été obligé de prendre terre, pour faire eau, les habitants fondirent dessus, noyèrent quelques-uns des voyageurs, et prirent les autres prisonniers. Le Philosophe fut tué ; ses deux neveux, dont l'un se nommait Edése, et l'autre Frumentius, furent menés au Roi, qui ayant reconnu leur esprit, et leur suffisance, leur donna l'Intendance de sa maison. Que si quelqu'un fait difficulté d'ajouter foi à ce que j'écris, je le prie de rappeler l'Histoire de Joseph, dans sa mémoire, et de considérer la grandeur du pouvoir, qu'il exerça en Egypte, et de se souvenir pareillement de Daniel, et des trois jeunes hommes de Babylone, qui devinrent Ministres d'Etat, après avoir été esclaves. Le Roi étant mort, ils possédèrent un pouvoir plus absolu sous le règne de son fils, qu'ils n'avaient fait sous le sien. Comme ils avaient été élevés dans la Religion Chrétienne, des Marchands Chrétiens qui trafiquaient dans le pays 159 leur proposèrent de s'assembler, et de célébrer ensemble les saints mystères.

Longtemps après, ils demandèrent au Roi pour récompense de leurs services, la permission de retourner en leurs pays Quand ils l'eurent obtenue, Edése retourna à Tyr, mais Frumentius préférant la piété à la tendresse naturelle qu'il avait pour ses parents, alla à Alexandrie, et informa Athanase Evêque de cette Ville, de l'ardeur avec laquelle les Indiens souhaitaient d'être éclairés de la lumière de la foi. Qui pourrait mieux que vous, lui dit ce saint Évêque, porter cette lumière à ces peuples, et dissiper les ténèbres de leur ignorance ? Lui ayant conféré la grâce du Sacerdoce, il l'envoya pour leur prêcher l'Evangile. Il partit de son pays, et passa sans crainte, cette vaste étendue de mer qui sépare de cette nation, qui était encore sauvage, et il la cultiva avec tant de soin, qu'il la rendit capable de porter des fruits d'une véritable piété. Il confirma sa doctrine par des signes extraordinaires, et convainquit les esprits les plus rebelles par des miracles semblables à ceux des Apôtres.

CHAPITRE XXIV.

Conversion des Ibères.

UNE femme qui avait été prise prisonnière par les Ibères, leur découvrit au même temps le chemin de la vérité. Elle s'adonnait uniquement aux exercices de la piété, n'avait point d'autre lit qu'un sac étendu sur la terre, et faisait ses délices du jeûne. L'austérité de sa vertu fut récompensée de la grâce de faire des miracles aussi surprenants que ceux qui accompagnèrent autrefois la prédication des Apôtres. Ces Barbares ne sachant point 160 la médecine, avaient accoutumé de se visiter réciproquement, lorsqu'ils sentaient quelque indisposition, et de demander à ceux qui en avaient souffert de semblable, comment ils s'étaient guéris. Une femme du pays, étant allé trouver celle-ci avec un enfant malade qu'elle avait, lui demanda si elle ne savait point quelque moyen de le guérir. La femme Chrétienne le mit sur le sac, qui lui servait de lit, et pria Dieu qu'il lui rendît la santé. La santé ayant été rendue à l'enfant par le mérite de sa prière, la nouvelle de cette guérison se répandit partout, et parvint jusques aux oreilles de la Reine, qui étant alors tourmentée d'une fâcheuse maladie, envoya quérir la femme Chrétienne dont je parle.

Celle-ci n'ayant que de bas sentiments de foi même, s'excusa d'aller trouver la Reine. Mais cette Princesse se sentant fort pressée par la violence de son mal, oublia la bienséance convenable à sa dignité, et l'alla trouver elle-même. Cette femme fit reposer la Reine sur son lit, et lui appliqua le remède salutaire de la prière. Quand elle fut guérie, elle lui offrit de l'or, de l'argent, des étoffes, des habits et de semblables récompenses que les Grands peuvent donner. Cette sainte femme lui répondit qu'elle n'avait pas besoin de ces nichasses, et que toute la récompense qu'elle souhaitait, était d'être assez heureuse, pour lui faire connaître la vérité. Elle lui proposa ensuite le mieux qu'il lui fut possible, les maximes de nôtre Religion, et l'exhorta à faire bâtir une Eglise en l'honneur du Sauveur, qui lui avait rendu la santé. La Reine étant retournée à son Palais, et ayant raconté au Roi, la manière miraculeuse, dont elle avait été délivrée de son ma!, lui donna de l'étonnement, et lui fit admirer la puissance du Dieu que cette femme adorait. Elle lui proposa même de le reconnaître, et de le .faire reconnaître par ses sujets en élevant une 161 Eglise en son honneur. Le Roi fut bien aisé du miracle, qui avait été fait en la personne de la Reine, mais il ne voulut point bâtir d'Eglise.

Il alla quelque temps après à la chasse, où le Seigneur le convertit par un effet de si grande miséricorde, de la même sorte qu'il avait autrefois converti Paul. Car un orage s'étant élevé tout d'un coup, il fut environné de ténèbres, au lieu que ceux de sa suite jouissaient de la vue de la lumière Il trouva pourtant le moyen de les dissiper. Car ayant condamné sa propre incrédulité, et ayant imploré le secours du Dieu de la femme Chrétienne, il vit le jour comme auparavant. Il alla incontinent trouver cette femme, et lui demanda de quelle manière il fallait bâtir une Eglise. Celui qui avait autrefois enseigné l'architecture à Beseleel, rendit cette femme capable de tracer le plan d'un temple. Quand elle en eut donné le dessein, les Ouvriers l'exécutèrent. Elle conseilla ensuite au Roi d'envoyer demander des Prêtres à l'Empereur, qui ayant reçu l'Ambassade avec joie, envoya en Ibérie un Evêque d'une vertu exemplaire.

Il ne se contenta pas de pourvoir de la sorte à l'instruction, et à la conversion des Ibères, il se porta de lui-même, à soulager les Chrétiens qui étaient en Perse, et parce qu'il avait appris que le Roi les traitait avec une extrême rigueur, il lui écrivit pour le supplier de les respecter, et d'embrasser lui-même leur Religion. Sa Lettre exprimera mieux les intentions, que mes paroles.

162 CHAPITRE XXV. Lettre de Constantin à Sapor. « EN gardant la foi, je fuis éclairé de la lumière de la vérité, et en suivant cette lumière, je pénètre de plus en plus la sainte obscurité de la foi. Je fais profession de la Religion qui m'enseigne à adorer un seul Dieu, à la faveur duquel je suis parti des hors de l'Océan, et j'ai donné espérance à l'Empire, de se voir bientôt délivré de ses disgrâces. Les Provinces qui gémissaient sous la domination des tyrans ont trouvé un libérateur. Je publie la grandeur de ce Dieu qui les a secourues. Je fais porter son Etendard par mes soldats qui l'adorent, et qui par son moyen remportent des victoires très-signalées. J'avoue que j'ai toujours sa grandeur présente à l'esprit, que je le regarde dans l'élévation de sa gloire avec les yeux de l'âme, que je l'invoque à genoux. Je déteste l'effusion du sang, la mauvaise odeur qui sort des entrailles des victimes, la lumière qui est entretenue par des matières tirées de la terre, et toutes les choses dont l'erreur, et la superstition se servent pour perdre les Païens. Dieu ne saurait souffrir que les hommes abusent des biens, qu'il leur a accordés pour leur usage. Il ne demande qu'une âme pure, et une conscience irrépréhensible, dont il pèse les actions. Il se plaît à la modestie, et à la douceur. Il aime les personnes paisibles, au lieu qu'il déteste ceux qui excitent des troubles. II chérit la foi, et punit l'infidélité. Il réprime l'orgueil, abaisse ceux qui s'élèvent, et élève ceux qui s'abaissent. Il protège les Princes qui gouvernent avec justice, affermit leur puissan- 163 ce, et leur donne la paix. Je ne me trompe point, mon frère, quand je reconnais que ce Dieu est le Seigneur, et le Père de tous les hommes. Plusieurs de ceux qui m'ont précédé, ont été si aveugles que de le nier. Mais leur fin a été si malheureuse, qu'elle a été proposée depuis comme un exemple funeste, qui devait détourner les autres de l'impiété. Celui que la justice Divine a poursuivi d'ici, comme un foudre jusques dans votre pays, et qui a érigé le trophée de son infamie, a été l'un d'eux. Le châtiment public, que les autres ont souffert, fait une partie de la gloire de notre siècle. j'ai été témoin de la mort déplorable de ceux qui avaient publié des lois injustes contre les peuples qui font profession du culte de Dieu. C'est pourquoi je le remercie d'avoir par un ordre particulier de sa Providence, rendu la paix à ceux qui observent sa Loi. La bonté qu'il a de réunir tous les peuples dans l'exercice de la même religion me fait espérer que notre siècle sera comblé de prospérité, et de bonheur. Quelle joie croyez-vous que je sente, quand j'apprends que les plus belles Provinces de la Perse font remplies de Chrétiens ? Je souhaite que leurs affaires, et les vôtres soient dans un état florissant,. et que le Seigneur souverain de l'Univers vous soit favorable. Je mets les Chrétiens sous la protection de votre clémence, je vous les laisse entre les mains, et vous supplie de leur faire sentir les effets de votre douceur, et de votre bonté; qui ne vous seront pas moins glorieux qu'ils nous seront utiles. » L'Empereur estimait si fort toutes les personnes qui faisaient profession de piété, qu'il étendait ses soins jusques aux pays Etrangers, où il les allait chercher pour les délivrer de l'oppression. Sa piété fut récompensée par la protection dont Dieu le favorisa en rendant

164 ses sujets fournis à son obéissance, et affectionnés à son service, bien qu'il en eût par toute l'Europe, et dans une grande partie de l'Afrique, et de l'Asie. Les Etrangers mêmes reconnaissaient sa puissance : les uns par un pur effet de leur liberté, et les autres après avoir été réduits par la force de ses armes. On le proclamait en tous lieux, Vainqueur, et on lui érigeait partout des trophées. Ses louanges ont été publiées plus au long par d'autres Ecrivains. Pour nous continuons notre sujet.

Ce Prince qu'on ne saurait jamais assez louer, prenait des soins dignes du zèle d'un Apôtre, pendant que ceux qui avaient l'honneur d'être élevés à la dignité du Sacerdoce, bien loin de travailler à l'édification de l'Église, s'efforçaient d'en ébranler la fermeté. Ils déposèrent sur des accusations calomnieuses, ceux qui soutenaient avec plus de vigueur que les autres, la vérité de la doctrine que les Disciples du Sauveur nous ont laissée. Leur jalousie ne fut pas satisfaite de la fable monstrueuse qu'ils avaient inventée contre Eustate, ils remuèrent toute sorte de machines pour attaquer Athanase, cet autre rempart de la piété. Je décrirai cette attaque en aussi peu de paroles que je pourrai.

CHAPITRE XXVI. Piège dressé à Athanase. ALEXANDRE cet excellent Evêque qui avait condamné les blasphèmes d'Arius, étant mort cinq mois après la célébration du Concile de Nicée, Athanase fut chargé de la conduite de l'Eglise d'Alexandrie. Il avait été élevé dès la jeunesse dans l'étude de l'Ecriture Sainte, et s'était acquitté avec une approbation générale des fon- 165 ctions de tous les Ordres de l'Eglise. Il avait soutenu la doctrine des Apôtres dans le Concile de Nicée avec un courage, et une suffisance qui avaient mérité les éloges des défenseurs de la vérité, et qui avaient attiré sur lui la haine des ennemis de cette même vérité. Il avait assisté à ce Concile, à la suite d'Alexandre, étant encore alors fort jeune, et néanmoins le premier des Diacres. Dès que ceux qui avaient déclaré la guerre au Fils de Dieu, le virent élevé sur le Siège de cette Eglise, ils regardèrent sa promotion comme la ruine de leur puissance, et inventèrent cette fausse accusation contre lui.

Ils gagnèrent quelques-uns de la faction de Méléce, qui après avoir été déposé par le Concile de Nicée, ne cessait d'exciter des troubles dans la Thébaïde, et dans l'Egypte, et leur persuadèrent d'aller dire à l'Empereur qu'Athanase avait levé une imposition sur les habitants d'Egypte ; et qu'il avait donné l'argent qui en était provenu, à un homme qui méditait d'usurper l'autorité souveraine. La Religion de l'Empereur ayant été surprise par cette calomnie, Athanase fut mandé à Constantinople où il se justifia, et obtint permission de retourner à son Diocèse, comme il paraît par la Lettre que l'Empereur écrivit sur ce sujet à l'Eglise d'Alexandrie, et dont je ne rapporterai ici que la fin.

CHAPITRE XXVII. Lettre de l'Empereur Constantin, aux habitants d'Alexandrie. « CROYEZ-moi, mes frères, les méchants n'ont pu rien faire contre votre .Evêque. Ils n'avaient point d'autre dessein que de nous faire perdre le temps, et de ne se réserver aucun lieu 166 de faire pénitence. Subvenez-vous à vous-mêmes, chérissez ceux qui vous chérissent, poursuivez de toute votre force ceux qui tâchent de mettre la division parmi vous. Levez vers Dieu les yeux de votre esprit, et vous aimez vous-mêmes. J'ai reçu avec joie votre Evêque, et lui ai parlé comme à un homme que j'étais persuadé être homme de Dieu. »

CHAPITRE XXVIII. Autre piège dressé à Saint Athanase. LES ennemis d'Athanase bien loin d'avoir honte de leur calomnie, inventèrent contre lui une autre fable dont les Poètes, ni Comiques, ni Tragiques n'avaient point laissé d'exemple. Ils présentèrent à l'Empereur d'autres accusateurs tirés de la même faction, et dont les principaux étaient Eusèbe, Théognis, et Théodore Évêque de Périnte, qu'on appelle maintenant Héraclée. Ces accusateurs s'étant dressés contre Athanase, et ayant supposé qu'il avait commis plusieurs crimes si horribles, et qu'ils n'osaient rapporter, ils persuadèrent à l'Empereur de convoquer un Concile à Césarée Ville de Palestine, où ils savaient qu'Athanase avait beaucoup d'ennemis, et d'ordonner que sa cause y fût jugée. Ce Prince qui ne savait rien de leurs détestables desseins, et qui n'avait garde de se défier que des Evêques fussent des calomniateurs, leur accorda ce qu'ils demandaient. Athanase connaissait trop bien les mauvaises intentions de ses ennemis pour se soumettre à leur jugement. Quand il eut refusé de paraître devant le Concile, ceux qui avaient déclaré la guerre à la vérité, en tirèrent occasion de l'accuser de désobéissance et d'orgueil. L'Empereur

167 avec toute sa clémence fut si fort aigri par leurs clameurs, qu'il écrivit à Athanase une Lettre toute remplie des marques de la colère, et par laquelle il lui ordonnait de se rendre à Tyr, où le concile se devait tenir, parce que la Ville de Césarée était suspecte à l'accusé. Il écrivit aussi aux Evêques une Lettre digne de sa piété. En voici les termes.

CHAPITRE XXIX.

Lettre de l'Empereur Constantin, au Concile de Tyr.

Constantin Auguste : au Saint Concile assemblé dans la Ville de Tyr.

« LA prospérité dont nôtre siècle jouit, semblait désirer que l'Eglise Catholique fut exempte de troubles, et que les serviteurs de Dieu fussent au dessus des affronts et des insultes. Mais puisque quelques-uns étant agités par un désir violent de contester, et menant une vie, s'il est permis de le dire, indigne de la sainteté de leur profession, s'efforcent de nous remplir de confusion, et de désordre, ce que je regarde comme le plus funeste malheur qui pût jamais arriver, je vous exhorte à vous assembler promptement comme je sais que vous le désirez, à soutenir ceux qui ont besoin de votre appui, à guérir par des remèdes convenables les maladies spirituelles de vos frères, à réunir les membres divisés du corps de l'Eglise, à corriger les désordres pendant que le temps vous le permet, et à rendre à tant de Provinces la paix que l'orgueil, et l'insolence d'un petit 168 nombre de personnes leur ont ôtée. Tout le monde demeurera aisément d'accord que vous ne sauriez jamais rien faire qui soit si agréable à Dieu, si conforme à mes souhaits, et si glorieux pour vous-mêmes. Ne différez point. Redoublez, s'il est possible, votre ardeur, et terminez vos différends avec la sincérité, et la bonne foi que le Sauveur nous recommande si fort de garder dans toutes nos actions. Je ne manquerai à rien de ce que je pourrai faire à l'avantage de notre Religion. J'ai déjà satisfait à tout ce que vous avez demandé par vos Lettres. J'ai écrit aux Evêques que vous avez souhaité, pour les avertir de s'assembler, et de partager avec vous le soin des affaires de l'Eglise. J'ai aussi envoyé le Comte Denys, pour avertir de leur devoir les Evêques qui se doivent trouver avec vous, pour voir ce qui se passera, et pour prendre garde qu'il ne se passe rien contre l'ordre, ni contre la modestie. Que si quelqu'un est si hardi que de mépriser mes ordres, ce que je ne crois pas devoir arriver, et de refuser d'assister au Concile, j'enverrai des Officiers qui le conduiront en exil, et lui apprendront à ne plus désobéir aux ordres que l'Empereur donne pour l'intérêt de la vérité. Il ne reste plus rien à faire à votre Sainteté, que d'apporter des remèdes convenables, aux fautes qui ont été commises par ignorance, que de suivre les règles que les Apôtres vous ont laissées, sans juger ni par haine, ni par faveur, afin que vous effaciez la honte de l'Eglise, que vous me délivriez de mes plus fâcheuses inquiétudes, que vous procuriez la paix aux Fidèles, et que vous releviez vous-mêmes vôtre propre » réputation. Je prie Dieu qu'il vous conserve, mes très chers frères. »

Les Evêques s'étant assemblés à Tyr suivant cet ordre de l'Empereur

169 quelques-uns qui étaient accusés d'erreurs s'y trouvèrent, et entre autres Asclépas Evêque de Gaza, et Athanase. Je rapporterai la principale accusation qui fut intentée contre ce dernier, et puis je raconterai le reste de ce qui se passa dans le Concile

CHAPITRE XXX.

Concile de Tyr.

LES Méléciens cachèrent Arsène Evêque de leur faction, et le prièrent de demeurer longtemps au lieu, où ils l'avaient mis. Ayant ensuite coupé une main d'un corps mort, et l'ayant embaumée, ils la portèrent par les maisons, publiant que c'était la main d'Arsène qu'Athanase avait fait mourir. Mais l'œil de la Providence, auquel rien ne peut échapper, ne permit pas qu'Arsène demeurât longtemps caché où l'on l'avait mis. On apprit d'abord qu'il était en Egypte, puis qu'il était dans la Thébaïde, et qu'enfin la Providence l'avait amené à Tyr, où cette main qui faisait tant de bruit, était produite. Les amis d'Athanase ayant découvert le lieu où il était le menèrent à une hôtellerie, où ils le retinrent durant quelques jours. Athanase s'étant présenté un matin devant le Concile, on fit entrer une femme débauchée qui commença à crier, qu'elle avait consacré à Dieu sa virginité, mais qu'Athanase qu'elle avait logé chez elle, l'avait violée. Lés Juges ayant commandé à Athanase de répondre à l'accusation, il sec tut; mais un Prêtre, nommé Timothée, qui était entré avec lui, adressant la parole à cette femme, lui dit : Vous ai-je jamais parlé, suis-je jamais entré dans votre 170 maison ? Alors cette femme criant plus haut qu'auparavant, contestant avec la dernière impudence, et montrant Timothée au doigt, lui dit : C'est vous qui m'avez violée, c'est vous qui m'avez ôté ma virginité, et ajouta tout ce qu'une femme qui n'a point de pudeur peut avancer en pareille occasion. Ceux qui avaient inventé cette calomnie, et les Juges qui en avaient connaissance ayant été ainsi couverts de confusion, on fit sortir cette femme: Athanase; remontra qu'au lieu de la faire sortir on devait informer contre ceux qui l'avaient subornée. Mais les accusateurs s'écrièrent qu'il y avait d'autres crimes, dont il n'était pas possible à Athanase de se justifier, et qu'il ne fallait qu'avoir des yeux pour l'en reconnaître coupable. Ils produisirent à l'heure-même la boite où était la main embaumée. L'assemblée fit un grand cri, à la vue de cette main. Les uns croyaient que le crime était véritable. Les autres ne doutaient point qu'il ne fût faux, et qu'Arsène ne fût caché en quelque lieu. L'accusé ayant à peine obtenu de ses Juges qu'ils gardassent le silence durant un moment, et qu'ils lui donnassent audience, leur demanda s'il y avait quelqu'un parmi eux qui connut Arsène. Plusieurs ayant répondu qu'ils le connaissaient fort bien. Athanase donna ordre, de le faire entrer, et quand il fut entré, il leur demanda, encore si c'était Arsène, qu'on l'accusait d'avoir tué., et auquel on prétendait qu'il avait coupé la main. Quand ils eurent reconnu que c'étai lui-même, Athanase leva les deux côtés de son manteau, montra les deux mains, et dit : Dieu n'en a pas donne plus de deux à chaque personne. Les accusateurs et les Juges, qui étaient complices de leur perfidie, au lieu de le cacher, et de souhaiter que la terre s'ouvrît pour les abîmer, excitèrent un bruit et un tumulte extraordinaire, en criant qu'Athana- 171 se était un imposteur, qui par ses illusions avait enchanté les yeux de l'Assemblée, et en tâchant de le mettre en pièces, et de le faire mourir, bien qu'auparavant ils l'accusassent comme d'un grand crime, d'avoir fait mourir Arsène. Mais ceux que l'Empereur avait envoyés au Concile, pour y maintenir la discipline, les empêchèrent d'exécuter leur dessein, en retirant Athanase d'entre leurs mains, et en le mettant sur un vaisseau. Quand il fut devant l'Empereur, il lui rapporta de quels artifices ses ennemis avaient usé pour le perdre. Les accusateurs choisirent Théognis Evêque de Nicée, Théodore Evêque d'Héraclée, Maris Evêque de Calcédoine, Narcisse Évêque de Cilicie, et quelques autres de la même faction, pour les envoyer informer dans la Maréote, qui est une contrée voisine d'Alexandrie, qui a été ainsi appelée du lac Marius, où ils firent de fausses informations qu'ils envoyèrent à l'Empereur.

CHAPITRE XXXI. Dédicace de l'Eglise de Jérusalem. Exil de saint Athanase. L'EMPEREUR ayant ordonné que les Evêques se rendraient de Tyr à Jérusalem, pour dédier les Eglises qu'il y avait fait bâtir, et y ayant mandé quantité d'autres personnes, auxquelles il fournit tous les vivres nécessaires, ils ne manquent pas de s'y rendre. L'Autel était paré des tapisseries de l'Empereur les plus riches qu'on eût su voir. Lorsque la cérémonie fut achevée, chaque Evêque retourna à son Eglise. Constantin fut extrêmement satisfait de la magnificence, avec 172 laquelle la Dédicace avait été faite.

Athanase s'étant plaint à lui, comme nous l'avons dit, de l'injustice de ses Juges, il envoya quérir ceux dont il se plaignait. Quand ils furent arrivés à la Cour, ils ne proposèrent aucune .de leurs anciennes accusations, parce qu'ils savaient que la fausseté en serait très-clairement reconnue. Mais ils firent accroire à l'Empereur, qu'Athanase avait menacé d'empêcher le transport du blé hors d'Egypte. Ce Prince ayant ajouté foi à leurs discours, le relégua à Trêves, en la trentième année de`son règne.

CHAPITRE XXXII. Testament de Constantin. ETANT un an et quelques mois depuis à Nicomédie, il y fut attaqué d'une maladie, et ayant fait réflexion sur l'incertitude de la vie, il reçut le saint Baptême qu'il avait différé jusqu'alors de recevoir, à dessein de le recevoir dans le Jourdain. Il laissa trois héritiers de l'Empire : Constantin, Constance, et Constant. Il commanda qu'Athanase retournât à Alexandrie, et le commanda en présence d'Eusèbe, qui fit tout ce qu'il pût; pour l'en détourner.

CHAPITRE XXXIII.

Défense de Constantin. Il ne faut pas trop s'étonner qu'il ait exilé de si grands hommes, car quand il les a exilés, il a été trompé par des Evêques, qui avaient l'adresse de cacher leur malice sous d'éclatantes qualités. Ceux qui ont lu l'Ecriture sainte, savent que, bien que David fut Prophète, il ne laissa pas d'être trompé, non par des Prêtres, mais par Siba, qui n'était qu'un misérable esclave, et qui obtint par ses mensonges, le champ de Mephiboseth. Ce n'est cas pour accuser ce Prophète, que je parle de la sorte. Ce n'est que pour excuser l'Empereur, et pour faire voir les surprises, auxquelles la faiblesse de l'homme est sujette, et le peu de créance qu'on doit ajouter aux paroles des accusateurs, quand ils n'ont point de preuves, et nécessité qu'il y a de réserver une oreille à l'accusé.

CHAPITRE XXXIV. Mort de Constantin. L'EMPEREUR passa du Royaume de la terre à un autre plus excellent. Son corps fut porté à Constantinople par les Gouverneurs des Provinces, par les Généraux des armées, et par les principaux Officiers de l'Empire, précédés et suivis par l'armée, qui pleurait la mort de ce Prince, en la personne duquel elle avait trouvé un très bon Père. Il n'est pas nécessaire que je parle des honneurs, qui furent rendus à son corps, pendant 174 qu'on le gardait dans le Palais, et qu'on attendait l'arrivée de ses trois fils, parce que d'autres, que chacun peut lire, en ont parle assez amplement. Le lecture de leurs Ouvrages fera voir très-clairement la grandeur des récompenses, dont Dieu reconnaît la fidélité de ceux qui le servent. Que si quelqu'un fait difficulté de les croire, qu'il voie ce qui se passe proche de sa statue et se son tombeau, et. qu'il croie au moins cette parole du Seigneur : Je glorifierai quiconque m'aura rendu gloire, et ceux qui me méprisent, tomberont dans le mépris.

DE THEODORET

HISTOIRE DE L'Église,

Écrite par Théodoret.

LIVRE SECOND.

L'AN DE N. S. 337 CONSTANTIN, CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE PREMIER.

Retour de saint Athanase.

ATHANASE retourna à Alexandrie, après avoir demeuré à Trêves deux ans et quatre mois, Constantin fils aîné de Constantin, Empereur des Gaules écrivit sur ce sujet aux habitants d'Alexandrie, la Lettre qui suit.

L'AN DE N. S. 337 CONSTANTIN, CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE II.

Lettre de l'Empereur Constantin aux habitants de la ville d'Alexandrie.

Constantin César : Au Peuple de l'Église Catholique d'Alexandrie.

« JE crois que vous n'ignorez pas qu'Athanase, ce vénérable interprète de la loi de Dieu, a été en- 90 voyé pour un temps dans les Gaules, de peur qu'il ne fût opprime par la cruauté de les ennemis, qui conspiraient pour le perdre. Il a eu ordre de demeurer dans le pays de mon obéissance, et: on a eu soin de lui fournir tout ce qui lui a été nécessaire, bien que la sévérité de sa vertu, soutenue de la grâce de lui fasse mépriser les nécessités de la vie. Constantin, mon Seigneur, et mon père de divine mémoire, avait dessin de le rendre à votre piété ; mais puisqu'il en a été empêché par la mort, j'ai cru devoir, en qualité de son héritier, exécuter ses volontés. Vous apprendrez de lui avec combien de respect je l'ai traité. Aussi n'y a-t-il pas sujet de s'étonner, que j'aie fait quelque chose en faveur d'un si grand homme. J'y ai été porté par l'estime que je fais de sa vertu, et par le désir que vous aviez de le revoir. Je prie Dieu qu'il vous conserve, mes très chers frères. »

Le grand Athanase étant retourné en faveur de cette lettre les grands et les petits, les habitants de la ville et de la campagne le reçurent avec joie. Il n'y eut qu'Eusèbe, Theognis, et les autres Ariens, qui étant fâchés de son retour, remuèrent diverses machines contre lui, et le mirent mal dans l'esprit du jeune Empereur.

L'AN DE N. S. 337 CONSTANTIN, CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE III.

Constance s'éloigne de la vérité de la foi.

JE dirai ici de quelle manière ce Prince abandonna le droit chemin de la doctrine des Apôtres. Le grand Constantin avait une sœur nommée Constancie veuve de Licinius, de laquelle un Prêtre infesté de la doctrine d'Arius, était fort connu. Il n'avait garde de lui découvrir son sentiment. Mais il ne laissait pas de lui dire, en l'entretenant qu'Arius avait été condamné injustement, et accablé par les calomnies de ses ennemis. L'Empereur Constantin la chérissait tendrement, et faisait tout ce qui dépendait de lui, pour la combler dans sa viduité. Il l'assista aussi dans sa dernière maladie, et lui fit rendre tous les devoirs, dont il s'avisa pour la soulager. Elle lui présenta alors le Prêtre, dont je parle, et le supplia d'avoir soin de lui. Constantin lui promit de le considérer, et s'acquitta de sa promesse. Quelque accès qu'il eût auprès de l'Empereur, la connaissance qu'il avait de la fermeté de la foi de ce Prince, l'empêcha de lui découvrir son erreur. Mais lorsqu'il fut attaqué de la maladie, donc j'ai parlé, et qu'il fut prêt de quitter l'Empire d'ici- bas, pour aller prendre possession d'un autre, qui est éternel, n'ayant aucun de ses fils autour de lui, il mit son testament entre les mains de ce Prêtre, pour le donner à Constance, qui étant moins éloigné que ses autres frères, devait selon les apparences ar-

92 ver le premier.

Ce Prêtre ayant présenté à Constance le testament de l'Empereur son père, entra par là dans ses bonnes grâces, et reçut commandement de le visiter souvent. Ayant reconnu dans la conversation familière de ce Prince qu'il avait l'esprit aussi léger que les roseaux, dont le vent se joue, il tira avantage de sa faiblesse, et ayant pris la hardiesse de déclarer la guerre à la piété, il lui témoigna qu'il déplorait le malheur de l'Église, et les troubles, dont elle était agitée, que ceux qui avaient ajouté au symbole de la foi le terme de consubstantiel, qui est un terme qui ne se trouve point dans l'Écriture sainte, en étaient l'unique cause, et que c'était d'eux que procédait la division qu'on voyait parmi le Clergé, et le Peuple. Il donna ensuite à ce Prince des impressions fort désavantageuses à la réputation d'Athanase, et de ceux qui suivaient ses sentiments, et commença à dresser des pièges pour les perdre.

Eusèbe, Theognis, et Théodore que plusieurs appelaient aussi Héracléote, et qui était un homme fort recommandable par son érudition, et qui avait composé une explication des Evangiles: Ces trois Évêques, dis-je, ayant ce Prêtre pour compagnon de leurs desseins, et étant allé souvent visiter l'Empereur, lui firent accroire que le retour d'Athanase avait produit beaucoup de maux, et troublé la tranquillité non seulement de l'Egypte, mais aussi de la Palestine, de la Phénicie, et des Provinces circonvoisines.

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE IV.

Second exil de Saint Athanase. Ordination de Grégoire. Sa mort.

AYANT ébranlé par ces discours, et par d'autres semblables l'esprit de l'Empereur qui était la faiblesse même, ils lui firent prendre la résolution de chasser Athanase de son Église. Mais ce Saint Évêque ayant découvert le piège qu'on lui dressait se sauva en Occident. Les partisans d'Eusèbe avaient. écrit à Jules Évêque de Rome des calomnies contre l'honneur d'Athanase. Jules suivant la disposition des Canons avait cité à Rome les accusateurs, et l'accusé. Celui-ci partit incontinent après. Mais les accusateurs sachant que leurs mensonges seraient découverts n'y voulurent point aller. Cependant comme le troupeau de l'Église d'Alexandrie n'avait plus de Pasteur, ils en donnèrent la conduite à Grégoire qui était un véritable loup. Il exerça durant six ans de plus horribles cruautés sur ce troupeau que n'auraient fait les bêtes les plus farouches. Mais après cela il fut déchiré par le troupeau.

Athanase étant, allé trouver Constant, (car Constantin l'aîné des fils du grand Constantin était mort dans une guerre) se plaignit à lui des pièges que les Ariens lui avaient dressés pour le perdre, et de la guerre qui avait été déclarée à la foi des Apôtres. Il ne manqua pas de lui rappeler dans la mémoire le zèle que l'Empereur son père avait fait paraître pour la pureté de la foi en assi - 94 tant avec les Évêques au Concile de Nicée, et en confirmant depuis par une Loi tout ce qui y avait été ordonné.

Constant ayant été sensiblement touché par le discours d'Athanase écrivit à Constance son frère pour l'exhorter à imiter la piété de leur père, et ne pas abandonner une si riche succession. Il est vrai aussi que Constantin leur père avait établi son autorité sur le fondement de la Religion, et avait détruit les Tyrans, et assujetti les Etrangers. Constance ayant reçu cette lettre, ordonna que les Évêques tant d'Orient, que d'Occident s'assembleraient à Sardique ville d'Illyrie et Métropole de la Dace, pour y chercher les remèdes convenables aux maux dont l'Église était affligée.

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE V.

Paul Évêque de Constantinople est relégué et ensuite mis à mort par les Ariens.

LES Disciples d'Arius accusèrent Paul Évêque de Constantinople, qui était un généreux défenseur de la doctrine Orthodoxe, d'avoir excité des séditions, et commis d'autres crimes dont les hérétiques ont accoutumé d'accuser les Prédicateurs de la piété. Mais le peuple n'ayant pas voulu qu'on le menât à Sardique, de peur qu'il n'y fût accablé par le crédit de ses ennemis, ceux-ci abusèrent de la faiblesse de l'Empereur, et obtinrent de lui que Paul fût relégué à Cucuse petite ville qui était autrefois de la Cappadoce et qui est maintenant de la secon-

95 de Arménie. Les perturbateurs de la paix de l'Église ne se contentèrent pas d'avoir tiré cet Évêque de son Siège, et de l'avoir mis dans le fond d'un affreux désert. Ils le firent mourir par les mains des ministres passionnés de leur cruauté, comme saint Athanase le témoigne dans l'apologie qu'il a faite pour justifier sa retraite, où il en parle en ces termes.

« Ils poursuivirent Paul Évêque de Constantinople, et l'ayant trouvé à Cucuse ville de Cappadoce, ils le firent étrangler par l'autorité de Philippe Préfet du Prétoire, protecteur de leur faction, et exécuteur de leurs plus cruels desseins. Voila les meurtres que te l'impiété d'Arius causa. Elle n'avait garde d'épargner les serviteurs de Dieu, puisqu'elle avait déchargé sa rage sur son Fils unique. »

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE VI.

Hérésie de Macédonius.

LES Ariens ayant ainsi fait mourir Paul ou plutôt l'ayant fait passer au Royaume de Dieu, ils élurent en sa place Macedonius, qu'ils regardaient comme un homme de leur sentiment et de leur secte parce qu'il égalait l'impiété avec laquelle ils avançaient des blasphèmes contre le saint Esprit, Mais ils le chassèrent bientôt après lorsqu'ils virent qu'il refusait de donner le nom de créature à celui auquel l'Écriture sainte donne la qualité de Fils de Dieu. Ayant été retranché de la sorte de leur communion, il fit une secte à part, et enseigna que le 96 fils de Dieu n'est point de même substance que son Père, qu'il lui est seulement semblable en toutes choses, mais que le Saint Esprit n'est qu'une créature.

L'AN DE N. S. 347 CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE VII.

Concile de Sardique.

DEUX cent cinquante Évêques se rendirent à Sardique comme les actes en sont foi. Le grand Athanase, Asclepas Évêque de Gaza de qui j'ai déjà parlé, Marcel Évêque d'Ancyre Métropole de Galatie, qui était Évêque dès le temps du Concile de Nicée, s'y rendirent aussi. Les accusateurs et les principaux de la faction d'Arius qui avaient été Juges dans la cause d'Athanase ne manquèrent pas de s'y trouver. Mais quand ils virent que les Évêques du Concile étaient très attachés à l'ancienne doctrine de l'Église, ils n'osèrent paraître dans l'assemblée, bien qu'ils y eussent été invités, mais ils se retirèrent honteusement. La lettre du Concile est une preuve authentique de la vérité de ce que j'avance. Je l'insérerai ici toute entière pour la satisfaction de ceux qui prendront la peine de lire mon Ouvrage.

L'AN DE N. S. 347 CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE VIII.

Lettre du Concile de Sardique.

« LE saint Concile assemblé par la grâce de Dieu à Sardique, de la ville de Rome, d'Espagne, des Gaules, d'Italie, de la Campanie, de la Calabre, de l'Afrique, de l'île de Sardaigne, de la Pannonie, de la Mœsie, de la Dace, de la Dardanie, de la seconde Dace, de la Macédoine, de la Thessalie, de l'Achaïe, et de l'une et l'autre Epire, de la Thrace, de Rodope, de l'Asie, de la Carie, de la Bithynie, de l'Hellespont, de la Phrygie, de la Cilicie, de la Pamphylie, de la Lydie, des îles Cyclades, de l'Egypte, de la Thébaïde, de la Libye, de la Galatie et de la Palestine : A tous les Évêques de la terre nos Collègues dans le ministère de l'Église Catholique, et nos très chers frères, salut en nôtre Seigneur.

La fureur des Ariens s'est souvent portée à de grands excès contre les serviteurs de Dieu, et dès qu'ils ont introduit des nouveautés, ils ont tâché de persécuter ceux qui soutenaient l'ancienne doctrine. La guerre qu'ils ont déclarée à la foi a été si furieuse, que bruit en est allé jusques aux oreilles des Empereurs. Ils nous ont assemblas de diverses villes, et de diverses Provinces, et nous ont permis de tenir un Concile dans la ville de Sardique, pour ôter d'entre nous la division, et l'erreur, et pour garder à l'avenir la même foi. Des Évêques d'Orient sont venus au Concile à la persuasion de nos très-religieux 98 Princes, à cause principalement de ce que les Hétérodoxes publiaient contre nos très chers frères, et Collègues Athanase Évêque d'Alexandrie, Marcel Évêque d'Ancyre en Galatie, et Asclepas Évêque de Gaza. Peut-être qu'ils ont porté leurs calomnies jusques à vous, et qu' ils ont taché de vous faire recevoir les mensonges dont ils tachent de noircir l'innocence, et d'éloigner d'eux le soupçon d'avoir introduit l'erreur ; mais ils n'ont pas joui longtemps de cette liberté. Le Seigneur veille à la conduite, et à la défense de son Église. Il a souffert la mort pour eux, et pour nous tous, et nous a ouvert le chemin du ciel.

Eusèbe, Maris, Théodore, Theognis, Ursace, Valens, Menophante, et: Etienne ont écrit il y a longtemps à Jules Évêque de Rome notre Collègue, contre Athanase, contre Marcel, et contre Asclepas qui sont aussi nos Collègues. D'autres Évêques lui ont écrit en faveur d'Athanase, et lui ont fait voir qu'il était très-innocent, et que tout ce qu'Eusèbe avait inventé contre lui n'était que mensonge, et imposture. Le refus que ses accusateurs ont fait d'aller à Rome, lorsqu'ils y ont été cités, et la lettre de Jules notre Collègue sont des preuves convaincantes de leur calomnie, car ils eussent sans doute été à Rome, s'ils eussent cru pouvoir justifier la conduite qu'ils avaient tenue. Mais ce qu'ils ont fait dans ce grand et saint Concile, découvre encore plus clairement leur mauvaise foi, et leur tromperie. Car quand ils furent arrivés à Sardique, et qu'ils y eurent vu Athanase, Marcel, Asclepas, et quelques autres de nos frères, ils n'osèrent paraître devant le 99 Concile, bien qu'ils y eussent été cités non une, ou deux, mais plusieurs fois, et bien que tous les Évêques, et principalement Osius, ce Prélat qui jouit d'une si heureuse vieillesse, et: que son grand âge, sa générosité à soutenir la vérité de notre Religion, et les travaux qu'il a supportés pour son service, et pour sa défense rendent si recommandable, les attendissent. Ce refus de paraître, ce soin de se cacher, cette fuite, montrent mieux que tout ce qu'on saurait dire leur mensonge, leur imposture, et leur tromperie. Ceux qui sont assurés de la vérité de ce qu'ils avancent, sont toujours prêts de paraître. Puisque ceux-ci ont refusé de le faire, de quelque artifice qu'ils s'avisent à l'avenir contre nos Collègues, personne ne doutera qu'ils n'aient dessein de les décrier en leur absence, sans oser jamais soutenir leur présence.

Leur fuite a procédé de l'appréhension non seulement de ne pouvoir soutenir les accusations qu'ils ont faites contre nos frères, mais encore de ne pouvoir repousser celles que nos frères faisaient contre eux. On les chargeait d'avoir employé le fer, et les chaînes. On avait des personnes qu'ils avaient fait exiler ; on en avait d'autres qui avaient été envoyés par ceux qu'ils retenaient encore en exil, on avait des parents, et des amis de ceux qu'ils avaient fait mourir. Enfin, et ceci est plus important, il y avait des Évêques, et un entre autres qui montrait les fers, et les chaînes dont ils l'avaient chargé. Il y avait d'autres témoins prêts de déposer qu'ils avaient fait mourir des personnes par leur calomnie. Leur rage a monté en effet jusques à cet excès de tâcher 100 de procurer la mort d'un Évêque, et ils l'auraient procurée, s'il ne s'était échappé d'entre leurs mains. Théodule notre Collègue d'heureuse mémoire, mourut en fuyant les effets de leur calomnie, par laquelle il avait été condamné à la mort. Les uns montraient les marques des coups d'épée qu'ils avaient reçus ; d'autres se plaignaient qu'ils leur avaient fait souffrir la faim. Ces accusations-là étaient soutenues par le témoignage non d'un petit nombre de personnes peu considérables, mais des Églises entières, dont les Députés, prouvaient par des actes en bonne forme que les accusés avaient suscité des gens de guerre contre leurs ennemis, avaient armé contre eux le peuple, avaient abusé de l'autorité des Juges pour leur imprimer de la terreur par des menaces, et avaient supposé de fausses pièces. On lut des lettres par lesquelles Theognis et ses compagnons s'efforçaient d'aigrir l'esprit de l'Empereur contre Athanase, contre Marcel, et contre Asclepas nos Collègues. Ceux qui avaient été autrefois Diacres de Theognis prouveront invinciblement la vérité de ce fait. On ajouta qu'ils avaient dépouillé des Vierges consacrées à Dieu, qu'ils avaient brûlé des Églises, qu'ils avaient mis des Évêques en prison, et tout, cela pour soutenir l'extravagance de leur erreur, et pour se venger de ceux qui s'éloignaient de leur communion.

La connaissance qu'ils avaient de tous ces crimes les mit dans une étrange perplexité. Ils vinrent à Sardique. afin que la hardiesse qu'ils auraient d'y paraitre fit croire qu'ils étaient innocents. Mais quand ils virent que ceux qu'ils a- 101 vaient chargés de faux crimes, et auxquels ils avaient suscité de cruelles persécutions, étaient présents, et que d'ailleurs il y avait des personnes toutes préparées à intenter contre eux d'autres accusations, et que les preuves étaient confiantes, ils ne voulurent jamais se présenter devant l'assemblée des Évêques quoi qu'Athanase, Marcel, et Asclepas pussent faire pour les y attirer, en promettant non seulement de réfuter leurs accusations, mais d'établir solidement la vérité de celles qu'ils intenteraient contre eux, et de faire voir clairement combien ils avaient fait de mal à leurs Églises. Le témoignage de leur conscience leur imprima une si grande terreur qu'ils prirent la fuite, et qu'en fuyant ils firent voir à tout le monde, la malignité des suppositions par lesquelles ils s'étaient efforcés de noircir l'innocence, et la vertu.

Mais bien que leur malice, et leur médisance parussent autant alors qu'elles avaient déjà paru dès auparavant, nous résolûmes pourtant d'examiner leurs entreprises selon la règle de la vérité, de peur qu'ils ne trouvassent dans leur fuite même, l'occasion d'user d'une nouvelle tromperie. Nous reconnûmes par leurs actions qu'ils étaient des calomniateurs, et qu'ils avaient dressé des pièges à nos collègues. Arsène qu'ils disaient avoir été tué par Athanase est encore en vie. Cette supposition suffit toute seule pour faire voir que les autres faits qu'ils avancent sont de pareilles suppositions.

Quelque bruit qu'ils aient fait touchant le Calice qu'ils prétendaient avoir été rompu par Macaire Prêtre d'Athanase, et quoi qu'ils en aient publié partout, ceux qui sont venus ici 102 d'Alexandrie, de la Maréote, et d'ailleurs ont attesté que cela n'était point véritable. Les Évêques d'Egypte ont aussi assuré à Jules notre collègue par leurs lettres qu'il n'y avait pas seulement fondement du moindre soupçon. Les preuves qu'ils prétendent avoir sont des actes qui n'ont été faits qu'en présence d'une partie : ce sont des informations, et des enquêtes ou des Païens et des Catéchumènes ont été ouïs. Un de ces Catéchumènes a déposé qu'il était dans l'Église lors que Macaire y arriva. Un autre a déposé qu'lschyras dont on a fait tant de bruit était alors malade au lit. Il est clair par ces deux dépositions qu'on ne célébrait point alors les Mystères puisque les Catéchumènes étaient présents, et qu'lschyras n'était point présent puisqu'il était dans son lit. Ce scélérat qui avait dit qu'Athanase avait brûlé des livres sacrés, et en avait été convaincu, a avoué qu'il était malade au lit lors que Macaire arriva, et ainsi il est clair que c'est un faux témoin, et un calomniateur. Ils l'ont cependant récompensé de cette calomnie par le titre d'Évêque qu'ils lui ont donné, bien qu'il ne fût pas seulement Prêtre. Car deux Prêtres qui ont autrefois demeuré avec Méléce, qui ont depuis été reçus par Alexandre Évêque d'Alexandrie, et qui demeurent maintenant avec Athanase assurent qu'il n'a jamais été ordonné Prêtre, et que Méléce n'a jamais eu ni d'Église, ni de Prêtre dans la Maréote. Ils l'ont pourtant fait Évêque afin que l'éclat de sa dignité éblouît les esprits, et fît recevoir ses calomnies.

Le livre de Marcel notre collègue a aussi été lu, et la tromperie des partisans 103 d'Eusèbe découverte ; car ils avaient supposé qu'il avait assuré positivement, ce qu'il avait simplement proposé comme une question à agiter de part, et d'autre. On a rapporté ce qu'il avait avancé, avant que de proposer la question, ou depuis qu'il l'eût proposée, et on a reconnu que sa doctrine était orthodoxe. Il n'a point dit que l'enfantement de Marie était le commencement du Verbe, ni que son règne finirait, comme ils le supposaient. Il a écrit au contraire que son règne n'avait point eu de commencement, et qu'il n'aurait point de fin. Asclépas notre collègue a produit les actes qui ont été faits à Antioche en présence de ses accusateurs, et d'Eusèbe Évêque de Césarée, et a fait voir son innocence par les avis des Évêques qui l'ont jugé.

Ce n'a donc pas été sans sujet, mes très chers frères, qu'ils n'ont point voulu comparaître, quelque citation qu'on leur ait faite ; ce n'est point sans sujet qu'ils ont fui les reproches de leur conscience les ont obligés à fuir, et à découvrir en fuyant les fausseté de leurs accusations, et confirmé la vérité de ce que leurs accusateurs avaient avancé et justifié contre eux. Outre tout ce que nous venons de dire, ils ne se sont ce pas contentés d'admettre à leur communion ceux qui avaient été condamnés comme disciples d'Arius, ils leur ont donné les premiers dignités. Ils ont élevé les Diacres à l'honneur du Sacerdoce, et ont ce placé sur le siège Episcopal des Prêtres qui avaient été ce déposés : et: tout cela par le seul désir d'étendre leur impiété, et de corrompre la foi.

Ils ont maintenant pour chefs après Eusèbe, Théodore Évêque d'He- 104 clée, Narisse Évêque de Néroniade en Cilicie; Etienne Évêque d'Antioche, George Évêque de Laodicée, Acace Évêque de Césarée en Palestine, Ménophante Évêque d'Ephèse en Asie, Ursace Évêque en Mœsie, Valens Évêque de Mursa en Pannonie . Car tous ceux-ci n'ont point voulu permettre que ceux qui étaient venus d'Orient avec eux assistassent au Saint Concile, ni qu'ils entrassent dans l'Église. Ils ont fait des assemblées durant leur voyage, et se sont réciproquement promis avec quelque sorte de ferment de ne point assister au Concile lors qu'ils seraient arrivez à Sardique, mais de se présenter seulement, et de se retirer à l'heure même. Ce fait nous a été rapporté par Macaire Évêque de Palestine, et par Astère Évêque d'Arabie, nos collègues qui sont arrivés à Sardique avec eux, mais qui ont depuis renoncé à leur infidélité. En se présentant au saint Concile, ils se sont plaints de la violence qu'on leur avait faite, et ont déclaré qu'il ne se faisait rien selon les règles de l'Église parmi ceux dont nous parlons. Ils ont ajouté qu'il y en avait plusieurs parmi eux qui avaient conservé la pureté de la foi, mais qu'ils les avaient empêchés de se rendre au Concile, et qu'ils usaient envers eux tantôt de promesses, et tantôt de menaces, pour les retenir dans leur parti. Ils les obligèrent pour cela de demeurer tous dans la même maison, sans les laisser seuls un moment. Comme il ne nous était pas permis de dissimuler, ni de passer sous silence ces calomnies, ces fausses accusations, ces meurtres, ces violences, ces emprisonnements, ces coups, ces mau-

105 vais traitements, ces falsifications d'écriture, et suppositions de lettres, l'injure qu'on a faite à des filles consacrées à Dieu, de les dépouiller, et de les exposer toutes nues, les démolitions des Églises, les incendies, les translations d'un petit Evêché à un grand, et surtout la malheureuse Hérésie qu'Arius a inventée contre la foi, nous avons déclaré qu'Athanase Évêque d'Alexandrie, Marcel Évêque d'Ancyrie, Asclepas Évêque de Gaza nos très chers frères et collègues, et les autres ministres du Seigneur, qui sont avec eux, sont innocents des crimes qu'on leur imputait. Nous avons aussi écrit à leurs Églises, afin que les peuples qui sont soumis à leur conduite reconnaissent leur innocence, les attendent comme leurs véritables Pasteurs, et regardent comme des loups ceux qui se sont emparés de leur troupeau, tels que sont Grégoire, Basile, et Quintien, et que bien loin de les tenir pour Évêques, ils ne leur donnent pas seulement le nom de Chrétiens, qu'ils n'entretiennent aucune correspondance avec eux, qu'ils ne leur écrivent point, et ne reçoivent point de leurs lettres.

Le saint Concile a déposé d'un commun consentement Théodore Évêque d'Héraclée en Europe ; Narcisse Évêque de Néroniade en Cilicie ; Acace Évêque de Césarée en Palestine; Etienne Évêque d'Antioche ; Ursace Évêque de Singidon en se Moesie ; Valens Évêque de Mursa en Pannonie; Ménophante Évêque d'Ephèse, et George Évêque de Laodicée, parce qu'ils ont tous imité l'extravagance d'Arius, et ont été convaincus de divers crimes. Il est vrai que George Évêque de Laodicée ayant eu 106 peur, n'est pas venu d'Orient, mais il a autrefois été déposé par le bienheureux Alexandre Évêque d'Alexandrie, et est aussi coupable que les autres. Nous les avons tous jugés indignes non seulement de la qualité d'Évêques, mais de la communion des fidèles. Ceux qui séparent le fils de la Divinité et de la substance de son Père, doivent être séparés de la sainteté de l'Église ; ceux qui éloignent le Verbe du principe d'où il procède, doivent être éloignés de la société des Chrétiens. Qu'ils soient donc anathème à vous, et à tous les fidèles parce qu'ils ont corrompu la parole de la Vérité. C'est un précepte du saint Apôtre.

Si quelqu'un vous annonce un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème. Ordonnez que personne ne communie avec eux, car qu'y a-t'il de commun entre la lumière, et les ténèbres ? Eloignez les de vous puisque Jésus-Christ, et Belial ne se peuvent accorder. Gardez-vous bien, nos très chers frères, de leur écrire, ni de recevoir de leurs Lettres. Faites plutôt en sorte nos très chers frères, et collègues que vous soyez présents en esprit au Concile, consentez-y en le signant, afin que tous les pasteurs de l'Église se trouvent en parfaite intelligence.

Nous déclarons retranchés du corps de l'Église Catholique ceux qui disent que Jésus-Christ est Dieu, mais qu'il n'est pas vrai Dieu , qu'il est fils, mais qu'il n'est pas vrai fils, et qu'il a été et engendré et fait tout ensemble. C'est ainsi qu'ils ont expliqué le terme d'engendré en disant, ce qui a été engendré, a aussi été fait. Au lieu que le fils de Dieu est avant tout les siècles, ils 107 lui attribuent un commencement, et une fin, bien qu'ils disent que ce commencement, est plus ancien que le temps. Valens et Ursace sont sortis depuis peu d'Arius, comme deux vipères d'un aspic. Ils se vantent d'être Chrétiens bien qu'ils disent que le Verbe, et le saint Esprit ont été crucifiés, sont morts et ressuscités, et qu'ils assurent comme les hérétiques que le Père, le Fils, et le saint Esprit ont des natures différentes, et séparées.

Pour nous, nous avons reçu de nos Pères cette tradition, et cette foi Catholique, et Apostolique, que le Père, le Fils, et le saint Esprit n'ont qu'une Nature, que les hérétiques appellent Substance. Que s'ils nous demandent quelle est la nature du Fils, nous répondrons que c'est la même que celle du Père, que le Père n'a jamais été, ni pu être sans le Fils, ni le Fils sans le Père. Le Fils a témoigné lui-même, qu'ils ne peuvent être l'un sans l'autre, quand il a dit, je suis dans mon Père, et mon Père est dans moi ; et en un autre endroit, mon Père et moi ne sommes qu'une même chose. Personne d'entre nous ne nie qu'il n'ait été engendré, mais nous disons qu'il a été engendré avant toutes les choses visibles, et invisibles, et qu'il est l'Auteur et le Créateur des Anges, et des Archanges, de l'univers, et de la Nature humaine. L'Écriture Sainte dit, la sagesse qui a fait toutes choses, m'a enseigné, et en un autre endroit. Toutes choses ont été faites par lui. Le Verbe étant toujours, il n'a point eu de commencement. Car s'il avait eu un commencement, il n'aurait pas toujours été. Dieu n'aura jamais de fin. Nous ne disons pas que le Père soit le Fils, 108 ni que le Fils soit le Père. Mais le Père est le Père du Fils, et le Fils est le Fils du Père. Nous confessons qu'il est la puissance du Père. Nous confessons qu'il est le Verbe de Dieu le Père, et qu'il n'y en a point d'autre que lui, que le Verbe est vrai Dieu, qu'il est la Sagesse, et la Puissance. Nous disons qu'il est véritable Fils, non de la manière que les hommes sont appelés fils de Dieu, soit à raison de la naissance spirituelle qu'ils reçoivent au baptême, ou à raison de leurs vertus, en récompense desquelles on leur attribue ce titre, et non a raison d'une même substance qui est commune au Père, et au Fils. Nous confessons qu'il est tout ensemble et unique, et premier né. Il est unique parce qu'il est, et à a toujours été dans le Père. Il est premier né à cause de la nature humaine , et il a cet avantage parmi les hommes auxquels la grâce tient lieu comme d'une seconde création, qu'il est le premier né d'entre les morts. Nous confessons qu'il n'y a qu'un Dieu, et que la divinité du Père, et du Fils est la même. Personne ne nie que le Père ne soit plus grand que le Fils, non que leur nature soit différente, mais parce que le titre de Père est plus relevé que celui de Fils. L'explication de ceux qui prétendent que le Seigneur Saint a dit : Mon Père, et moi ne sommes qu'une même chose, à cause de l'intelligence et de la correspondance parfaite qui est entre eux, est une explication fausse, et impie.

Tous tant que nous sommes de Catholiques, nous avons condamné cette opinion pleine d'extravagance, et d'aveuglement. Ils supposent qu'il peut y avoir des différends et des disputes entre Dieu 109 le Père tout-puissant, et son Fils, comme il y en a souvent entre les hommes, qui concertent, et puis s'accordent, ce qu'on ne saurait seulement penser sans se rendre coupable d'une impertinence très ridicule. Pour nous nous tenons, nous croyons, et nous assurons que ce sacré Oracle, Mon Père et moi ne sommes qu'une même chose a été prononcé à cause de l'unité de la nature du Père, et du Fils. Nous croyons que le Fils règne toujours avec son Père, sans que son règne ait de commencement, ni de fin, ni qu'il soit sujet au temps. Car ce qui a toujours été, n'a jamais commencé, et ne peut jamais finir.

Nous croyons, et nous recevons le Saint Esprit Paraclet, que le Seigneur a promis, et que nous ne doutons point qu'il n'ait envoyé. Ce n'est point cet Esprit qui a souffert, mais c'est l'homme que le Verbe a pris dans le sein de la Vierge qui a souffert, et qui pouvait souffrir ; car l'homme est sujet à la mort, au lieu que Dieu est immortel. Nous croyons que le troisième jour l'homme ressuscita en Dieu, et non pas Dieu en l'homme, et que Jésus-Christ offrit comme un présent à son Père, cette nature humaine qu'il avait garantie du péché, et de la corruption. Nous croyons qu'au temps convenable qu'il a déterminé il jugera tous les hommes de toutes leurs actions. Ceux dont nous parlons sont si fort aveuglés, et ont l'esprit couvert de ténèbres si épaisses, qu'ils ne sauraient voir la lumière de la vérité. Ils n'entendent pas en quel sens le Seigneur a dit ces paroles : Afin qu'ils ne soient qu'un en nous. Il est clair pourquoi il a dit qu'ils ne soient qu'un; c'est qu'encore que les 110 Apôtres eussent reçu le Saint Esprit, ils n'étaient pas le Saint Esprit qu'ils avaient reçu; aucun d'eux n'était ni le Verbe, ni la Sagesse, ni la Puissance, ni le Fils unique. Comme vous, et moi, dit-il, ne sommes qu'un, ainsi qu'ils ne soient qu'un en nous. Le Seigneur a parlé très exactement quand il a dit, qu'ils ne soient qu'un en nous, il n'a pas dit qu'ils ne soient qu'un en nature, de la même sorte que mon Père et: moi ne sommes qu'un , mais il a dit qu'ils ne soient qu'un, étant unis ensemble par l'unité d'une même foi, d'une même créance, de la grâce de Dieu le Père, et de la charité du Sauveur.»

Cette lettre est une preuve convaincante de la calomnie des accusateurs, de l'iniquité des Juges, et de la saine doctrine des Évêques qui ont assisté à ce Concile. Ces saints Évêques nous ont enseigné non seulement les vérités qui regardent la nature de Dieu, mais aussi celles qui regardent le mystère de la Rédemption de l'homme. L'Empereur Constant fut fâché de la légèreté de Constance son frère, et conçut une furieuse colère contre ceux qui en avaient abusé. Ayant donc choisi deux Évêques parmi ceux qui avaient assisté au Concile de Sardique, il les envoya à Constance avec Salien Maître de la Milice, homme d'une piété, et d'une équité singulière. La lettre qu'il leur mit entre les mains était une lettre pleine de vigueur, qui contenait non seulement une prière, et une exhortation, mais des menaces. Le sens était qu'il ajoutât pleine et entière créance, à ce que les Évêques lui diraient, qu'il prît connaissance des crimes d'Etienne, qu'il rétablît 111 Athanase sur son Siège, puisque la calomnie de ses accusateurs, et l'iniquité de ses Juges étaient manifestes. Il ajouta que s'il ne voulait déférer à sa prière, et rendre la justice qu'il lui demandait, il irait lui-même à Alexandrie, qu'il y rendrait Athanase au peuple qui le souhaitait avec passion, et qu'il chasserait les ennemis. Constance était à Antioche lorsqu'il reçut cette lettre, et promit d'exécuter fidèlement ce qui y était contenu. Les ennemis de la vérité en ayant conçu un extrême déplaisir, formèrent l'exécrable dessein que je vais dire

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE IX.

Piège dresse aux deux Évêques envoyés par L'Empereur Constant.

LES deux Évêques que l'Empereur Constant avait envoyés dont l'un se nommait Euphratas, et l'autre Vincent logeaient à Antioche proche d'une hauteur, et le Maître de la Milice logeait dans un autre quartier. Etienne tenait alors le gouvernail du vaisseau de l'Église d'Antioche, et la faisait couler à fond. Il avait plusieurs ministres de ses tyranniques entreprises, par le moyen desquels il persécutait les défenseurs de la bonne doctrine. Le Chef de ces ministres était un jeune homme hardi, entreprenant, et très corrompu dans ses mœurs. Il ne se contentait pas d'attaquer les hommes au milieu des rues, et de les traiter indignement, il entrait impudemment dans les maisons, et en tirait des Dames, de

112 condition. Mais sans m'engager à faire une longue énumération de ses crimes je me contenterai de rapporter ce qu'il fit contre ces deux Évêques, parce que ce fait suffit seul pour donner quelque idée des violences qu'il exerça contre les citoyens.

Il alla trouver une Courtisane, et lui dit qu'il était arrivé des Etrangers qui souhaitaient de passer la nuit avec elle. Ayant ensuite posé quinze hommes de sa faction en embuscade dans une masure proche de la montagne où logeaient les deux Évêques, il marcha avec la Courtisane vers la porte, qui lui ayant été ouverte par un valet qu'il avait gagné par argent, il entra, et ayant montré à la femme la chambre d'Euphratas le plus âgé des deux Évêques, il lui dit qu'elle entrât dedans, et pour lui il sortit pour aller quérir ses compagnons qu'il avait posés en embuscade. Euphratas était couché dans la première chambre, et Vincent dans la seconde. Euphratas ayant entendu du bruit demanda qui c'était. La femme ayant répondu, il eut peur, et croyant que c'était le diable qui avait pris la figure d'une femme, il appela Jésus-Christ nôtre Sauveur à son secours. Cependant le jeune homme (il s'appelait Onager, c'est à dire, âne sauvage, et il en était un en effet, parce qu'il donnait des coups de pieds aux personnes de piété,) revint à la tête de sa bande en criant, et en appelant méchants ceux qui espéraient que de méchants Juges leur seraient favorables, Vincent s'étant levé, et tous les valets qui étaient dans la maison étant accourus au bruit, ils ne purent prendre que sept des compagnons d'Onager, les autres s'étant échappés. 113 La femme fut aussi arrêtée, et mise en prison. Dès la pointe du jour les deux Évêques donnèrent avis au Maître de la Milice de ce qui leur était arrivé, et allèrent tous trois ensemble au Palais de l'Empereur .pour se plaindre de la violence d Etienne qui avait été si publique, que pour l'en convaincre il ne fallait ni Juges, ni témoins. Le Maître de la Milice demandait hautement que l'assaire fût jugée non par des Évêques assemblés dans un Concile, mais par les Juges ordinaires. Il offrait de livrer les Clercs des Évêques pour être mis les premiers à la question, pourvu que les Domestiques d'Etienne subissent la même loi. Comme ce dernier combattait cette proposition, et soutenait que des Ecclésiastiques ne devaient point être mis à la question, l'Empereur et les principaux de sa Cour trouvèrent à propos que l'assaire fût jugée dans son Palais. La femme fut la première interrogée, et on lui demanda par qui elle avait été menée dans l'hôtellerie où logeaient les deux Évêques. Elle répondit qu'un jeune homme l'étant venu trouver, lui avait appris l'arrivée de deux Etrangers, et déclaré le mauvais désir qu'ils avaient pour elle ; que sur le soir il était venu la prendre, et l'avait menée à l'hôtellerie, qu'ayant cherché ses compagnons, et les ayant trouvés, il l'avait fait entrer dans la maison, et lui avait dit qu'elle montât à la première chambre; que quand elle y était entrée l'Évêque avait demandé qui c'était, qu'il avait eu peur, et avait eu recours à la prière, et enfin que tout le monde était accouru en foule.

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE X.

Déposition d'Etienne Évêque d'Antioche.

APRES que les Juges eurent ouï cette déposition, ils ordonnèrent qu'on amenât le plus jeune de ceux qui avaient été arrêtés. Avant qu'on l'eût mis à la question, il expliqua toute l'intrigue, et confessa qu'Onager en était auteur. Onager ayant été amené déclara qu'il n'avait rien fait que par le commandement d'Etienne. La malice de cet Évêque ayant été découverte de cette sorte, l'Empereur et les autres Juges dirent aux Évêques qui étaient dans la ville qu'ils le déposassent, et ils le chassèerent à l'heure même de l'Église. Quand il en sortit la perfidie d'Arius n'en sortit pas avec lui, parce que Léonce lui succéda. C'était un Phrygien, fourbe et: trompeur de son naturel, et aussi dangereux que les ecueils qui sont sous la mer. Nous parlerons de lui plus au long ci après. L'Empereur Constance ayant reconnu par expérience les pièges qu'on avait malicieusement dressés aux Evéques écrivit trois fois au grand Athanase, pour l'inviter à partir d'Occident pour retourner à Alexandrie. J'insérerai ici la seconde lettre qu'il lui écrivit, parce qu'elle est la plus courte des trois.

L'AN DE N. S. 348 CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE XI.

Lettre de l'Empereur Constance à S. Athanase.

Constance Vainqueur, Auguste : A Athanase Évêque.

« BIEN que je vous aie mandé par mes lettres précédentes de revenir à la Cour pour satisfaire au désir que j'ai de vous renvoyer à votre Siège, je vous adresse encore celle-ci, pour vous exhorter à prendre promptement sans crainte, ni défiance une voiture publique, afin de vous rendre ici, et d'y jouir de ce que vous désirez. »

L'AN DE N. S. CONSTANCE ET CONSTANT

CHAPITRE XII.

Retour de saint Athanase.

QUAND Athanase fut de retour l'Empereur Constance le reçut très-civilement, et lui permit de gouverner comme auparavant son Église. Mais quelques-uns des plus puissants de la Cour qui étaient infectés de l'hérésie d'Arius, lui proposèrent de demander à Athanase une Église pour ceux qui faisaient difficulté de participer à sa communion. L'Empereur ayant fait la proposition à Athanase, il lui répondit qu'elle était fort juste, mais qu'il avait aussi une grâce à lui demander. L'Empereur ayant promis de lui accorder ce qu'il demanderait, il demanda une Église dans Antioche pour ceux qui faisaient 116 difficulté de participer à la communion de ceux qui tenaient la principale Église. Constance témoigna que la demande lui paraissait juste, mais les principaux de la faction des Ariens en empêchèrent l'effet, en disant qu'il ne fallait donner d'Église ni aux uns, ni aux autres Constance après avoir admiré la vertu d'Athanase l'envoya à Alexandrie. Comme Grégoire y avait été tué par les habitants, il y fut reçu avec de grands témoignages de joie. Les uns en firent des festins, les autres célébrèrent les vertus de leur Pasteur, et tous louèrent Dieu de le leur avoir rendu.

L'AN DE N. S. CONSTANCE.

CHAPITRE XIII.

Troisième exil de saint Athanase.

L'Empereur Constant étant mort bientôt après, ceux qui disposaient comme il leur plaisait de l'esprit de l'Empereur Constance son frère, lui rappelèrent dans la mémoire le différend qui avait été entre eux à l'occasion d'Athanase, et le peu qu'il s'en était fallu qu'ils ne fussent venus à une rupture ouverte, et à une guerre civile. Constance étant trompé par ces discours commanda qu'on fît mourir Athanase comme un scélérat, et: envoya pour cet effet Sébastien avec des gens de guerre. Ce saint Évêque qui courut en cette occasion un grand hasard, et qui l'évita par le plus grand bonheur du monde, nous expliquera mieux que personne de quelle manière il s'échappa d'entre les mains des soldats qui le cherchaient. Voici comme il en parle dans l'Apo-

117 logie qu'il a faite pour justicier sa retraite.

« Qu'ils s'informent de la manière dont je me suis retiré, et qu'ils l'apprennent de ceux de leur parti. Il y avait des Ariens qui étaient entrés avec les soldats tant pour les animer contre moi, que pour me montrer à eux. Si le récit que je ferai de ce qui se passa alors ne leur donne de la compassion, il leur donnera au moins de la honte. La nuit étant déjà commencée, et une partie du peuple étant demeurée dans l'Église pour y attendre l'heure de l'assemblée, un Commandant arriva à la tête de plus de cinq mille hommes, qui avaient l'épée à la main, des traits, des flèches, et des massues. Il fit investir l'Église de peur que personne n'en sortît. Comme je ne croyais pas pouvoir abandonner le peuple au milieu d'un si horrible désordre, mais plutôt devoir m'exposer au danger pour son salut, j'ordonne de ma chaise où j'étais assis que le Diacre lût un Psaume, et que le peuple répondît : Sa miséricorde demeure éternellement, et qu'ensuite chacun retournât chez soi. Mais les gens de guerre étant entrés dans l'Église, et ayant entouré l'Autel pour se saisir de moi, les Ecclésiastiques, et les Laïques qui étaient demeurés m'exhortèrent à me retirer. Je refusai de le faire, et protestai que je ne sortirais point que tous les autres ne fussent sortis avant moi. M'étant levé, et ayant fait dire une oraison je priai le peuple de sortir, et je dis qu'il valait mieux que je demeurasse dans le danger, que non pas qu'aucun souffrît le moindre mal. Lorsque la plus grande partie du peuple fut hors de l'Église, comme le reste suivait, les Moines et les 118 Ecclésiastiques qui étaient avec moi m'emmenèrent . Je prends à témoin Dieu qui me conduisit, et qui me garda, que je passe au milieu des Soldats qui entouraient l'Autel, et qui marchaient le long de l'Église. Nous sortîmes de la sorte, sans être aperçus, louant Dieu et le remerciant de ce que nous n'avions point abandonné le peuple, mais de ce que l'ayant mis en sûreté, nous avions ensuite évité de tomber, entre les mains de ceux qui nous cherchaient. »

L'AN DE N. S.356 CONSTANCE.

CHAPITRE XIV.

Violences commises par George Évêque d'Alexandrie.

ATHANASE s'étant échappé de la sorte d'entre mains cruelles de ceux qui le cherchaient, la garde de son troupeau fut confiée à George qui était un véritable loup, et qui déchira les brebis avec une plus horrible cruauté que ni un loup, ni un ours, ni un léopard n'auraient pu faire. Il contraignit des filles qui avaient consacré à Dieu leur virginité, non seulement de renoncer à la communion d'Athanase, mais encore de condamner la foi de leurs Pères. Il avait pour compagnon, et pour ministre de si cruauté Sébastien Commandant des troupes, qui ayant fait allumer un grand feu au milieu de la Ville, y présentait des filles toutes nues et les pressait de renoncer à leur foi. Bien qu'elles servissent d'un spectacle fort triste, et fort déplorable aux yeux tant des fidèles, que des infidèles, elles trouvaient de

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