La prudence et la vie pratique

Chapitre 4 : Les vertus et la vie bonne · cours « Éthique » · 10 questions

Délibérer, juger, commander : l'art du discernement.

Prudence

De Prudentia

La prudence parmi les vertus

La prudence occupe une place unique parmi les vertus : elle est à la fois intellectuelle et morale. Vertu de l'intelligence pratique, elle discerne le bien à faire dans chaque situation concrète. Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, distingue cinq vertus intellectuelles (science, art, prudence, intelligence et sagesse) qui éclairent les différentes manières dont l'esprit atteint la vérité. Les arts libéraux eux-mêmes, comme le montre Michel Sasseville, visent le développement de ces habitus intellectuels.

Spéculatif et pratique

Aristote distingue deux usages fondamentaux de l'intelligence : l'intellect spéculatif, qui vise la connaissance pour elle-même dans la contemplation désintéressée de la vérité, et l'intellect pratique, qui ordonne la connaissance à l'action. La prudence relève de ce second domaine : elle est la « recta ratio agibilium », la droite règle de l'agir. C'est pourquoi saint Thomas la situe dans l'intellect pratique et non dans la volonté. Elle se distingue nettement de l'art, car si l'art porte sur le « faire » (poiesis), c'est-à-dire la production d'un objet extérieur, la prudence porte sur l'« agir » (praxis), c'est-à-dire la conduite morale de la vie elle-même. Parmi les cinq vertus intellectuelles, la sagesse occupe le rang le plus élevé, car elle connaît les causes et les réalités les plus hautes.

Loi naturelle et bonheur

Saint Thomas d'Aquin, héritier d'Aristote, enseigne que la loi naturelle est la participation de la créature rationnelle à la loi éternelle de Dieu. Son premier précepte, évident pour la raison, s'énonce ainsi : « Fais le bien, fuis le mal ». Ce principe fonde l'ensemble de la vie morale. Aristote avait déjà montré que le bien suprême de l'homme, la fin ultime que vise toute l'éthique, est le bonheur, l'eudaimonia, cette activité de l'âme conforme à la vertu. Les arts libéraux sont dits « libéraux » parce qu'ils conviennent à l'homme libre : ils visent la formation de l'intelligence et la contemplation de la vérité, non l'utilité servile.

Les arts libéraux eux-mêmes, comme le montre Michel Sasseville, visent le développement de ces habitus intellectuels.

Testez-vous : 10 questions

1. Selon Aristote, combien de vertus intellectuelles l’esprit humain possède-t-il ?

  • Sept
  • Cinq
  • Trois
  • Quatre
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Réponse : Cinq

Aristote distingue cinq vertus intellectuelles : art, science, prudence, intelligence et sagesse.

2. Comment Aristote appelle-t-il l’intelligence qui vise la connaissance pour elle-même, indépendamment de l’action ?

  • L’intellect pratique
  • L’intellect moral
  • L’intellect spéculatif
  • L’intellect poétique
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Réponse : L’intellect spéculatif

L’intellect spéculatif vise la connaissance pour elle-même, contemplant la vérité sans viser l’action.

3. En quoi la prudence se distingue-t-elle de l’art selon Aristote ?

  • Elle est spéculative
  • Elle porte sur l’agir
  • Produit des œuvres
  • Elle est innée
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Réponse : Elle porte sur l’agir

La prudence porte sur l’agir moral (praxis), tandis que l’art porte sur le faire (poiesis) d’un objet extérieur.

4. Quelle vertu intellectuelle est la plus haute selon Aristote, car elle connaît les réalités les plus élevées ?

  • La science
  • L’art
  • La prudence
  • La sagesse
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Réponse : La sagesse

La sagesse est la plus haute vertu intellectuelle selon Aristote, car elle connaît les causes les plus élevées.

5. Qu’est-ce que la loi naturelle selon saint Thomas d’Aquin ?

  • Un instinct animal
  • Une convention sociale
  • Part de loi éternelle
  • Un code humain écrit
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Réponse : Part de loi éternelle

La loi naturelle est la participation de la créature rationnelle à la loi éternelle de Dieu (I-II, q. 91).

6. Quel est le premier précepte de la loi naturelle selon saint Thomas d’Aquin ?

  • Aimer son prochain
  • Faire le bien, fuir le mal
  • Ne pas tuer l’innocent
  • Honorer père et mère
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Réponse : Faire le bien, fuir le mal

« Fais le bien, fuis le mal » est le premier précepte évident de la loi naturelle selon saint Thomas (I-II, q. 94).

7. Selon le commentaire de Thomas d’Aquin sur Aristote, repris par Sasseville, les arts libéraux visent principalement quel objectif ?

  • Former l’intelligence
  • Maîtriser la technique
  • Enrichir l’homme
  • Contempler le beau
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Réponse : Former l’intelligence

Les arts libéraux visent à former l’intelligence, rendant l’esprit apte à la contemplation de la vérité.

8. Pourquoi les arts libéraux sont-ils appelés « libéraux » selon la tradition antique ?

  • Ils libèrent de la loi
  • Ils sont gratuits
  • Pour l’homme libre
  • Ils sont faciles
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Réponse : Pour l’homme libre

Les arts libéraux sont dits « libéraux » car ils conviennent à l’homme libre, visant la connaissance et non l’utile.

9. Selon Aristote, quel est le bien suprême de l’homme, la fin ultime que vise toute l’éthique ?

  • La richesse
  • Le plaisir
  • Le bonheur
  • La gloire
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Réponse : Le bonheur

Le bonheur (eudaimonia) est le bien suprême et la fin ultime de toute la vie éthique selon Aristote.

10. Pour saint Thomas, la prudence est une vertu de la volonté.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Faux

La prudence est une vertu de l’intellect pratique, non de la volonté : elle est la recta ratio agibilium.

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Dans ce chapitre : Les vertus et la vie bonne

  1. Qu'est-ce que bien agir ?
  2. Les vertus cardinales et théologales
  3. La prudence et la vie pratique
  4. La tempérance et ses espèces : sobriété, chasteté, modestie (II-II, q. 141-170)
  5. La force d'âme et le martyre (II-II, q. 123-140)
  6. La prudence, conductrice des vertus : auriga virtutum (II-II, q. 47-56)
  7. La justice selon saint Thomas