Le kairos et les figures avancées
Le kairos rhétorique et les figures avancées : saisir le moment et ciseler la forme.
Kairos et Decorum
Le kairos et le decorum
Le kairos, mot grec intraduisible, désigne le moment propice, l'instant juste où la parole porte. Gorgias de Léontium en a fait le cœur de son art. Dans la prédication médiévale, on parlait de decorum : adapter le ton au public et à la liturgie.
Il faut savoir quand parler et non seulement comment : kairos, catachrèse, zeugma, procatalepsis, aposiopèse, tricolon, praeteritio
Récapitulatif : figures avancées
Figurae provectae
Le kairos
Le kairos désigne le moment propice, l'instant décisif où un discours peut avoir le maximum d'effet. L'orateur doit savoir saisir le kairos : dire la bonne chose au bon moment est aussi important que la qualité de l'argument.
La catachrèse
La catachrèse est une métaphore morte ou déviée, c'est-à-dire une métaphore devenue si courante qu'on ne la perçoit plus comme figurée. « Les pieds de la table » ou « les bras du fauteuil » sont des catachrèses.
Kairos, procatalepsis, aposiopèse : les figures avancées sont les armes secrètes de l'orateur médiéval.
Testez-vous : 7 questions
1. Que désigne le kairos ?
- La figure de style
- Le style élevé
- Le rythme oratoire
- Le moment propice
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Réponse : Le moment propice
Le kairos (du grec) désigne le moment propice, l’occasion favorable pour agir ou parler. En rhétorique, c’est l’art de dire la bonne chose au bon moment : adapter son discours aux circonstances, saisir l’instant où l’auditoire est le plus réceptif. Le kairos est complémentaire du decorum (convenance au sujet et au public).
2. Qu’est-ce que la catachrèse ?
- Une phrase inachevée
- Métaphore morte ou déviée
- Trois membres liés
- Une concession rhétorique
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Réponse : Métaphore morte ou déviée
La catachrèse est une métaphore morte ou déviée, c’est-à-dire une métaphore si usée par l’usage courant qu’on ne la perçoit plus comme figurée. « Le pied de la montagne », « les ailes du bâtiment », « la feuille de papier » sont des catachrèses. Elles comblent un manque lexical : il n’existe pas d’autre mot propre pour désigner ces réalités.
3. Que fait le zeugma ?
- Interrompt la phrase
- Lie sous un même verbe
- Répète trois fois
- Anticipe les objections
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Réponse : Lie sous un même verbe
Le zeugma est la figure qui lie sous un même verbe (ou un même régime grammatical) des compléments de nature différente, souvent l’un concret et l’autre abstrait. Par exemple : « Il prit son chapeau et la fuite. » Ce décalage crée un effet de surprise, parfois comique, parfois poétique, qui attire l’attention sur le rapprochement inattendu.
4. Que fait la procatalepsis ?
- Cite une autorité
- Interrompt la phrase
- Anticipe les objections
- Prétend taire ce qu’elle dit
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Réponse : Anticipe les objections
La procatalepsis (ou prolepse argumentative) est une figure de pensée qui consiste à anticiper les objections de l’adversaire ou de l’auditoire pour y répondre avant qu’elles ne soient formulées. En devançant la critique, l’orateur démontre qu’il maîtrise le sujet et neutralise les résistances avant qu’elles ne prennent corps.
5. Quelle figure illustre le « Quos ego... » de Virgile ?
- Le tricolon
- L’aposiopèse
- La praeteritio
- Le zeugma
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Réponse : L’aposiopèse
L’aposiopèse (ou réticence) est la figure qui interrompt brusquement une phrase, laissant l’auditeur deviner la suite. Le « Quos ego... » de Neptune dans l’Énéide de Virgile (I, 135), « Vous que je... », menace les vents rebelles sans achever la phrase. Le silence est plus intimidant que toute menace explicite.
6. Comment les prédicateurs médiévaux utilisaient-ils le tricolon ?
- Division en trois parties
- Trois prières
- Trois lectures bibliques
- Trois chants
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Réponse : Division en trois parties
Les prédicateurs médiévaux utilisaient le tricolon (groupement de trois termes) notamment dans la divisio in tres du sermon thématique : le verset biblique était couramment divisé en trois points, chacun développé séparément. Cette structure ternaire, héritée de la rhétorique classique, confère au sermon son rythme et sa plénitude.
7. Que fait la praeteritio ?
- Interrompt la phrase
- Lie des éléments
- Anticipe les objections
- Prétend taire ce qu’elle dit
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Réponse : Prétend taire ce qu’elle dit
La praeteritio (ou prétérition) est la figure qui prétend taire ce qu’elle dit en réalité. « Je ne parlerai pas de… » suivi d’une énumération détaillée : l’orateur feint de passer sous silence des faits qu’il met au contraire en pleine lumière. C’est une stratégie d’insinuation qui permet de dire sans assumer directement la responsabilité du propos.
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