Les tropes : métaphore, métonymie, synecdoque

Chapitre 3 : Figures de style et ornements du discours · cours « Rhétorique » · 10 questions

Dire une chose par une autre : trois tropes majeurs.

Saint Bède le Vénérable

Tropi Sacri

Les armes de l'orateur sacré

L'art oratoire chrétien ne se réduit pas à la logique des arguments : il tire une puissance considérable des tropes, ces figures par lesquelles un mot quitte son sens propre pour revêtir un sens figuré. Le mot grec tropos signifie « tour, détour ». Quand le prédicateur lance depuis la chaire « Vous êtes le sel de la terre », il ne décrit pas un fait chimique : il déploie une métaphore qui frappe l'imagination, éveille l'émotion et grave le message dans la mémoire de l'auditoire. Les trois grands tropes (métaphore, métonymie, synecdoque) sont les armes maîtresses de l'orateur sacré.

Métaphore, métonymie, synecdoque

La métaphore transporte le sens d'un mot à un autre par un rapport de ressemblance. « Je suis la vigne » (Jn 15, 1) : le Christ n'est pas littéralement une plante, mais il nourrit ses disciples comme la vigne nourrit ses sarments. La métonymie, elle, repose non sur la ressemblance mais sur un rapport de contiguïté, un voisinage réel entre deux termes. Quand l'Écriture parle du « calice » pour désigner la Passion du Christ, le contenant (le calice) remplace le contenu (la souffrance, le sacrifice). La différence essentielle entre ces deux tropes tient donc à la nature du lien : analogie pour la métaphore, contiguïté pour la métonymie. La synecdoque, troisième grand trope, désigne le tout par la partie ou la partie par le tout. « Toute chair viendra à vous » (Ps 64, 3) : la chair, élément matériel du corps, désigne l'être humain tout entier, corps et âme. De même, un prédicateur qui s'adresse aux chevaliers en les appelant « épées de la chrétienté » emploie la synecdoque : l'instrument (l'épée) désigne celui qui le porte, rappelant aux guerriers leur vocation au service de la foi.

Bède et l'art divin

C'est Bède le Vénérable (672-735) qui composa le De Schematibus et Tropis Sacrae Scripturae, premier traité consacré aux figures de style dans la Bible. Il y puise tous ses exemples dans l'Écriture sainte afin de légitimer l'étude rhétorique comme discipline authentiquement chrétienne : si Dieu lui-même emploie métaphores, métonymies et synecdoques dans sa Parole, alors l'analyse de ces figures n'est pas un emprunt païen suspect mais l'exploration d'un art divin.

Les tropes sont les armes du prédicateur : la métaphore éclaire, la métonymie condense, la synecdoque élargit.

Testez-vous : 10 questions

1. Comment appelle-t-on une figure qui détourne un mot de son sens propre vers un sens figuré ?

  • Un schème
  • Un trope
  • Un mètre
  • Un cursus
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Réponse : Un trope

Un trope est une figure qui détourne un mot de son sens propre (littéral) vers un sens figuré. Le mot grec tropos signifie « tour, détour ». Les principaux tropes sont la métaphore (ressemblance), la métonymie (contiguïté), la synecdoque (inclusion), l’ironie (contraire) et l’hyperbole (exagération). Ils enrichissent le discours en créant des effets de sens.

2. Quel trope transporte le sens d’un mot à un autre par un rapport de ressemblance ?

  • La métaphore
  • La métonymie
  • La synecdoque
  • L’ironie
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Réponse : La métaphore

La métaphore est le trope qui transporte le sens d’un mot à un autre par un rapport de ressemblance. « Je suis la vigne » (Jn 15, 1) : le Christ n’est pas littéralement une plante, mais il nourrit ses disciples comme la vigne nourrit ses sarments. Le transfert repose sur une analogie entre deux réalités appartenant à des domaines différents.

3. Quel auteur écrit le « De Schematibus et Tropis », traité fondamental sur les figures dans la Bible ?

  • Isidore de Séville
  • Raban Maur
  • Alcuin d’York
  • Bède le Vénérable
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Réponse : Bède le Vénérable

Bède le Vénérable (672-735) écrit le « De Schematibus et Tropis Sacrae Scripturae », premier traité consacré aux figures de style dans la Bible. Il démontre que l’Écriture sainte emploie les mêmes figures que la littérature classique (métaphore, métonymie, synecdoque), légitimant ainsi l’étude rhétorique de la Parole de Dieu.

4. « Le calice » désignant la Passion du Christ est un exemple de quel trope ?

  • La métaphore
  • La métonymie
  • La synecdoque
  • L’allégorie
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Réponse : La métonymie

« Le calice » désignant la Passion du Christ est un exemple de métonymie : le contenant (le calice) remplace le contenu (la souffrance, le sacrifice). La métonymie repose sur un rapport de contiguïté réelle entre les deux termes, à la différence de la métaphore qui repose sur la ressemblance. Jésus dit : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? » (Mt 20, 22).

5. « Toute chair viendra à vous » (Ps 64, 3) emploie quel trope pour désigner tous les hommes ?

  • L’ironie
  • La métaphore
  • La métonymie
  • La synecdoque
Voir la réponse

Réponse : La synecdoque

« Toute chair viendra à vous » (Ps 64, 3) emploie la synecdoque : la partie (la chair, élément matériel du corps) désigne le tout (l’être humain tout entier, corps et âme). Cette synecdoque est fréquente dans la Bible, où « chair » signifie souvent « être humain » ou « humanité ».

6. Pourquoi Bède puise-t-il tous ses exemples de tropes dans l’Écriture sainte ?

  • Ignorer les païens
  • Simplifier le texte
  • Légitimer l’étude
  • Créer un psautier
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Réponse : Légitimer l’étude

Bède le Vénérable puise tous ses exemples de tropes dans l’Écriture sainte pour légitimer l’étude des figures de style comme discipline chrétienne. En montrant que la Bible elle-même utilise métaphores, métonymies et ironie, Bède prouve que l’étude rhétorique n’est pas un emprunt païen suspect mais l’analyse d’un art que Dieu lui-même a pratiqué dans sa Parole.

7. Quelle différence essentielle sépare la métonymie de la métaphore ?

  • Contiguïté, non ressemblance
  • Aucune différence
  • La longueur du mot
  • Lien réel, non ressemblance
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Réponse : Contiguïté, non ressemblance

La différence essentielle entre métonymie et métaphore est que la métonymie repose sur un rapport de contiguïté (voisinage, lien réel), tandis que la métaphore repose sur un rapport de ressemblance (analogie). « Boire un verre » (contenant pour contenu) est une métonymie ; « la vie est un voyage » (analogie) est une métaphore.

8. Un prédicateur dit : « Écoutez, ô épées de la chrétienté ! » en s’adressant aux chevaliers. Quel trope emploie-t-il ?

  • L’ironie
  • La synecdoque
  • L’allégorie
  • La métaphore
Voir la réponse

Réponse : La synecdoque

En appelant les chevaliers « épées de la chrétienté », le prédicateur emploie la synecdoque : il désigne les personnes (les chevaliers) par un objet qui les caractérise (l’épée, leur arme). C’est une synecdoque de la partie pour le tout : l’instrument pour celui qui le porte. Ce trope crée une image percutante qui rappelle aux chevaliers leur vocation militaire au service de la foi.

9. La synecdoque désigne le tout par la partie ou la partie par le tout.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Vrai

La synecdoque est bien un trope qui désigne le tout par la partie ou la partie par le tout. Par exemple, « gagner son pain » (la partie, le pain, pour le tout, la nourriture) ou « l’Église enseigne » (le tout, l’Église, pour la partie, le magistère). Ce trope crée un raccourci expressif fondé sur un lien d’inclusion.

10. Le trope qui remplace un mot par un autre lié par ressemblance est la ____.

  • métaphore
  • métonymie
  • synecdoque
  • litote
Voir la réponse

Réponse : métaphore

La métaphore est le trope qui remplace un mot par un autre lié par ressemblance (et non par contiguïté, comme la métonymie). « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12) : le Christ n’est pas littéralement une lumière physique, mais il éclaire les âmes comme la lumière éclaire les corps. Le transfert repose sur une analogie.

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Dans ce chapitre : Figures de style et ornements du discours

  1. Les tropes : métaphore, métonymie, synecdoque
  2. Allégorie et ironie
  3. Les figures de mots
  4. Les figures de pensée
  5. Les figures dans l'Écriture Sainte
  6. Litote, hyperbole et oxymore
  7. Asyndète, polysyndète et gradatio
  8. Figures de construction avancées
  9. Figures de sens avancées
  10. Le kairos et les figures avancées